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Histoire [modifier]

Ce poème qui comporte quatre quatrains composés d'alexandrins avec des rimes croisées apparaît
dans la section « Spleen et Idéal » des Fleurs du Mal.
L'idée initiale de ce poème, paru seulement en 1859, remonterait à un incident du voyage à la
Réunion (1841). Pour symboliser le poète, Baudelaire ne songe ni à l'aigle royal des romantiques, ni
à la solitude orguilleuse du condor, décrite par Leconte de Lisle. Il choisit un symbole plus
douloureux : l'albatros représente la dualité de l'homme cloué au sol et inspirant l'infini ; il
représente surtout le poète, cet incompris... Il a vraisemblablement été inspiré à Baudelaire par son
voyage en bateau à destination de l'île Bourbon (aujourd'hui île de la Réunion) alors qu'il avait à
peine 20 ans. La "pêche à l'Albatros" (avec une ligne portant un liège et un triangle de fer amorcé à
la viande) était traditionnelle à bord des voiliers au "grand long cours" au delà des trois caps.
L'instrument de pêche triangulaire servait d'ailleurs d'emblème à l'association des anciens marins
cap_horniers (musée de la tour Solidor à Saint Malo).
L'Albatros était souvent vu par les marins de l'époque comme malfaisant car un homme tombé à la
mer (qu'on ne pouvait pas en général repêcher) était aussitôt attaqué à coups de bec par les albatros.
Traditionnellement, l'albatros ainsi pêché servait aux marins à réaliser divers objets en dehors de
leurs heures de quart: la peau des pattes devenait blague à tabac, certains os servaient à
confectionner des mâts et vergues pour les maquettes de navires et le bec était monté sur une tête
d'albatros en bois sculpté,comme pommeau d'une canne faite de vertèbres de requin enfilées sur une
tige de fer, classique cadeau de l'équipage à son capitaine en fin d'une bonne traversée. (Réf Jean
Randier, Hommes et navires au Cap Horn).
Baudelaire (contrairement à certains "intellectuels" qui firent l'expérience du voyage en mer au
temps de la marine à voiles, tels le romancier américain Richard Dana, ou le poète anglais John
Masefield ou encore Jack London) n'avait pas choisi cet embarquement de plein gré (Il y avait été
contraint par son beau_père, le Général Aupick, qui espérait ainsi le"corriger de ses inconduites") et
s'il détesta l'expérience et ne s'intégra pas à l'équipage (Cf le livre d'Armand Hayet, Us et coutumes
à bord des longs courriers) fut néanmoins marqué par ce voyage qui influença son œuvre.

Analyse [modifier]

Baudelaire compare le poète au « vaste oiseau des mers » que « ses ailes de géant empêchent de
marcher » : comme lui, il aspire à l'élévation mais est ridiculisé par les hommes vulgaires. Le
poème prend alors la forme d'une parabole qui illustre la condition du poète maudit, incompris de
ses contemporains. On peut penser que ce rejet dont fait l'objet "l'Albatros" et le mal être qu'il
éprouve sont l'illustration de celui ressenti par Baudelaire lui même au sein d'une société où il ne se
sent pas à son aise, pas à sa place. C'est la grandeur de l'oiseau qui cause sa maladresse, comme la
grandeur du poète est responsable de son inadéquation avec le monde de ses contemporains.
On peut aussi parler de symbole à propos de cette image emblématique.
Les deux derniers vers sont connus pour constituer une rupture de construction appelée anacoluthe.
ntroduction :
Ce poème est extrait de "Spleen et idéal", la deuxième partie du recueil Les Fleurs du mal. Cette
partie évoque l'homme déchiré entre l'aspiration à l'élévation et l'attirance pour la chute,
déchirement à l'origine de l'envie nommé spleen, indissociable de la condition humaine et qui finit
par triompher. L'albatros traduit chez Baudelaire la conscience d'être différent des autres.
Baudelaire a recours à une image très suggestive pour dépeindre sa propre condition dans une
société qui l'ignore complètement. L'image de l'albatros capturé évoque l'idée d'un être totalement
étranger au monde qui l'entoure. Baudelaire faisait partie de la génération des poètes maudits, c'est-
à-dire non compris par les gens de son époque. Les trois premières strophes concernent l'albatros
tandis que la dernière est dédiée au poète.

Conclusion :
Selon Baudelaire, la place du poète dans la société est comparée à un albatros : majestueux dans le
ciel, son élément mais ridicule sur terre et au contact des hommes. De même, le poète se situe au-
dessus du commun des hommes pour ses poèmes, mais mêlé à la foule, il n'est rien et devient
ridicule. Baudelaire faisait ainsi partie de la génération des poètes maudits, c'est-à-dire non compris
par les gens de son époque.

Lecture du texte
Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.
A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.
Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!
Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.