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Petites chroniques d’une primaire écologiste

Petites chroniques d’une primaire écologiste Matthieu Orphelin

Matthieu Orphelin

Edité le 16 août 2011 Texte et photos : copyright ‘Matthieu Orphelin’, matthieu.orphelin@gmail.com

A toutes celles et tous ceux que j’aime, elles et ils sont nombreux et se reconnaîtront

Préface

1

Tout a commencé par un texto, dimanche 30 janvier

3

De l’hypothèse à la certitude, février

4

François de Rugy et le canard enchaîné, mercredi 23 février

6

Accident Nucléaire de Fukushima, vendredi 11 mars

7

Conseil fédéral transitoire, dimanche 3 avril

8

Déclaration de candidature, Sevran, 13 avril

11

Les premiers jours de campagne

15

Les coups bas

16

Manifestation contre les gaz de schiste, Assemblée Nationale, 10 mai

18

Les fiches et séances de travail, sur la péniche ou ailleurs

21

Déplacement à Nantes, mercredi 11 mai

23

Assises du nucléaire, samedi 21 mai

26

Le bras cassé, mardi 24 mai

29

Congrès de la Rochelle, 4 juin

30

Débat à Toulouse, mardi 7 juin

33

Débat à Paris, jeudi 9 juin

37

Ceux qui soutiennent, ceux qui ne soutiennent pas

38

Débat à Lille, mercredi 15 juin

40

Résultats du premier tour (votes papier), mardi 28 juin

43

Résultats du premier tour (votes électroniques), me rcredi 29 juin

46

La campagne de second tour

49

Notre-Dame-des-Landes, samedi 9 juillet

50

Le 12 juillet et les jours qui suivent

52

Fête Nationale, 14 juillet

53

Le dernier texto

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Préface

Pourquoi écrire ces petites chroniques ? Cela peut paraître bizarre de revenir sur cette phase de primaire, tant ce n’est pas le côté le plus glorieux et positif de la politique. Il y a, dans l’action politique, bien d’autres choses à côté et tellement plus essentielles : le militantisme, le travail des élu-e-s, les grands combats collectifs comme ici, dans l’Ouest, la lutte contre l’aéroport de Notre Dame des Landes.

Les professionnels de la politique me diront : « La primaire, c’est de l’histoire ancienne. Maintenant, faut passer au coup d’après ! ». Mais désolé, j’avais besoin de prendre le temps de raconter cette petite histoire de l’écologie politique moderne. Et de questionner le sens de tout cela.

Pour que les gens sachent comment cela se passe. Pour commencer à analyser cette séquence, alors que l’actualité et la tension sont retombées.

Pour que nous apprenions collectivement et que, par exemple pour les prochaines échéances électorales, en relisant cela, celles et ceux qui seront aux manettes ne refassent pas les mêmes erreurs et qu’un code de respect soit établi et respecté. Parce que je reste persuadé qu’on pourra faire de la politique autrement.

Pour partager les moments forts et les bons souvenirs de cette aventure, avec Nicolas et son équipe, avec les militants, et il y en a eu beaucoup. Les anecdotes aussi dont certaines, j’espère, feront sourire les lectrices et les lecteurs. Et enfin, les photos prises avec mon téléphone dans le vif de l’action, qui sont donc plus sincères que nettes.

Pour raconter la pression incroyable des médias sur Nicolas Hulot, à chacune de ses sorties, à chacun de ses gestes.

Pour passer à autre chose, et reprendre ce qui me fait avancer : le travail sur le fond. C’est d’ailleurs pour cela que je publierai dans les semaines à venir les fiches de travail qui avaient été préparées avec l’équipe de Nicolas, afin que toutes celles et ceux qui le souhaitent (et, pourquoi pas, les candidat-e-s des autres partis ;-) ) puissent s’approprier ces éléments de synthèse et ces propositions écologistes.

Bonne lecture !

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Tout a commencé par un texto, dimanche 30 janvier

Le premier texto était signé Jean-Paul Besset. Ancien rédac chef du Monde, père du manifeste écologiste qui m’avait tant fait vibrer, euro-député et surtout homme de confiance de Nicolas. Il sera son porte-parole pendant cette campagne éphémère. Ce 30 janvier 2011, le texto disait : « Rendez-vous donc ce mardi soir vers 20h pour dîner discrètement à quelques uns et envisager les conditions d’une candidature de Nicolas. L’adresse du restaurant est à venir ». Cela pouvait donc commencer. Enfin commencer. Cinq ans après le faux départ de 2007 alors que nous étions à l’époque déjà nombreux à espérer qu’il se lance.

Un restaurant à Paris dont j’ai oublié le nom, mais tellement bruyant qu’il était difficile de s’y entendre. Autour de la table, je retrouve, outre Jean-Paul, Annabelle Jaeger, ex de la Fondation Nicolas Hulot et conseillère régionale Europe Ecologie les Verts (EELV) en PACA, avec qui j’avais eu en 2005 tellement de plaisir à lancer le Défi pour la Terre. Mais aussi Pascal Durand, avocat, qui a œuvré pour que se concrétise Europe Ecologie les Verts, que je rencontre pour la première fois. Pascal et Annabelle seront les co-directeurs de campagne. Moi, comme nous l’avons rapidement évoqué dès ce premier diner, je m’occuperai du programme. Il y a aussi Gérard Feltzer, l’ami de Nicolas, aviateur et propriétaire de la fameuse péniche qui sera notre QG de campagne. Franck Laval, le propriétaire du Solar Hotel et animateur des ami-e-s d’Europe Ecologie et Gilles Lacan, ex-Cap 21 et avocat général à la cour de cassation, sont aussi là.

Et voilà comment a commencé cette aventure un peu folle de cinq mois.

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De l’hypothèse à la certitude, février

D’abord il a fallu travailler en n’ayant aucune certitude que Nicolas allait se présenter. Et en se rappelant qu’en 2007 c’est uniquement au dernier matin qu’il avait choisi. Juste un pari, une envie que nous partagions qu’il y aille. Et quelques signaux faibles de sa part que chacun d’entre nous essaie de décrypter. Tel appel du matin à Jean-Paul où ce dernier croyait voir une détermination. Tel texto à Annabelle, dans lequel le « si jamais je suis candidat » semble concrétiser la suite. Telle question à Pascal sur les aspects juridiques du devenir de la Fondation qui porte son nom et qui ne peut être que le signe qu’il y pense vraiment.

Fin février, à l’heure du départ de Nicolas vers la Colombie pour ce qui sera son dernier tournage Ushuaia avant l’aventure politique, nous ne sommes toujours pas fixés. Quelques heures avant de prendre l’avion, le 20 février, Nicolas m’envoie un mail sans ambigüité :

« Matthieu, merci de ta fidélité et confiance précieuse pour cette aventure. Seul compte pour moi qu'elle ait un sens et une dimension. Qu'elle ne soit en aucun cas la simple exploitation d'une opportunité. Pour ma part je ne changerai pas mais j'espère m'enrichir aux expériences et aux connaissances des autres. Mais je veux m'affranchir de tout ostracisme, sectarisme, simplisme qui éloignent de la politique des citoyens pourtant très concerné par l'évolution de nos sociétés. Je pense que nous devrons utiliser prioritairement l'espace dont nous bénéficierons pour nous exprimer pour faire de la pédagogie. Il faudra rassurer pour démontrer qu'un autre modèle est possible et apaiser le débat public. C'est à ces conditions que je m'engagerai pour cette mission. Amitiés, Nicolas ».

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Un texte simple, sincère, clair, à l’image de ce que j’aime chez Nicolas. Un texte aussi où l’on peut lire ce qui le fera souffrir au cours de la primaire, notamment le sectarisme de certains.

Maintenant, Nicolas est candidat à 100 % ; nous voilà au travail, il faut avancer en gardant un secret total. Mais le secret sera vite éventé.

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François de Rugy et le canard enchaîné, mercredi 23 février

Nicolas a du mal à revêtir la cuirasse pourtant si nécessaire en politique, tant les coups bas sont nombreux, en particulier le plus souvent venant de son propre camp. Il n’accepte pas les petites piques. Un mot déplacé dans la presse de François de Rugy, notre député nantais, et voilà que Nicolas l’appelle immédiatement pour lui dire qu’il n’apprécie pas. François fanfaronne qu’Hulot a l’air plus intéressé par le kite-surf que par le combat politique. Nicolas lui propose un rendez-vous en Bretagne, François en est tout content (il m’enverra un message pour me le faire savoir). Je ne sens vraiment pas cette entrevue, François aime trop voir son nom dans les journaux et est déjà totalement supporter de la candidature d’Eva Joly. J’alerte Annabelle et Nicolas, en les conseillant d’annuler. Mais le rendez-vous a lieu. Et Nicolas, dans un excès de sincérité, profite de l’entrevue pour annoncer confidentiellement à François qu’il a pris sa décision et « qu’il y va ». Le mercredi suivant, le canard enchaîné annonce la candidature certaine de Nicolas, révélée par François de Rugy qui rapporte une partie de la conversation censée rester privée et annonce même la date prévue (fin mars). Voilà un comportement bien peu courtois. Le pompier Jean-Paul Besset tente d’éteindre le feu médiatique mais personne n’est dupe. Toute la presse reprend l’information en « une ». Merci François… C’est vrai que je ne suis pas très fan de cette façon très traditionnelle de faire de la politique. Comme je n’aime pas non plus les petites phrases. Au contraire de François qui les adore, les travaille tout particulièrement, les distille à la presse (c’est un « bon client ») dans des stratégies bien huilées. Je dirai à plusieurs reprises au cours de la primaire que, si j’ai tant l’intuition que Nicolas peut ramener beaucoup de gens vers la politique, c’est aussi qu’il fera vraiment de la politique autrement, sans petites phrases notamment. Et que, mon cher François, on en a marre des petites phrases !

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Accident Nucléaire de Fukushima, vendredi 11 mars

25 ans après Tchernobyl, nous revivons un drame nucléaire, avec les mêmes conséquences effroyables et les mêmes mensonges. Dès le lendemain, j’écris avec Hélène Gassin (Vice présidente de la région Ile de France) et Jean-Philippe Magnen une tribune qui paraîtra sur Médiapart avec ce cri d’alarme : « à tous ceux qui promeuvent le développement du nucléaire ou une réduction modérée de son utilisation, nous redisons qu’il est temps d’ouvrir les yeux. Il n’est jamais trop tard pour reconnaître, devant la réalité des faits, qu’on a fait fausse route. ».

Nicolas a le courage de cette conversion. Il intervient depuis la Colombie pour dire que l’incapacité à enrayer la catastrophe a été pour lui un révélateur de l’impasse et qu’il appelle à sortir du nucléaire. Pour la première fois. Beaucoup lui reprocheront sa conversion trop tardive, alors qu’elle est sincère. C’est idiot et tellement révélateur du côté puriste et extrémiste d’une frange des membres du parti qui préfèrent avoir parfaitement raison à quelques uns que de faire partager la vérité et la vision écologiste.

Le drame nippon sera sans nul doute l’un des éléments qui convaincront définitivement Nicolas d’entrer en campagne. Le voilà donc dans la peau du candidat. Mais candidat à quoi ? Déjà à la présidentielle ? Ou seulement à l’investiture des verts ?

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Conseil fédéral transitoire, dimanche 3 avril

Pas question d’enfermer Nicolas dans le cadre trop strict d’une désignation interne au parti Europe Ecologie les Verts. Sa candidature n’a de sens que si elle rassemble beaucoup plus largement le peuple de l’écologie. Pour cela, nous posons des conditions impératives : tout le monde doit pouvoir voter à la primaire de l’écologie, le vote doit être gratuit et le calendrier souple pour que Nicolas ait le temps d’assurer au préalable l’avenir de ses équipes de la Fondation et d’Ushuaia. Nous n’obtiendrons finalement aucune de ces conditions lors du conseil fédéral du 3 avril.

Je suis à Paris pour le week-end, et surveille de loin ce qui se passe au même moment au « parlement » d’EELV, qui doit prendre deux décisions importantes : quel corps électoral ? quel calendrier ? Le dimanche matin, quelques appels de copains et copines membres du conseil fédéral transitoire qui me demandent d’expliquer pourquoi nous souhaitons que la primaire ait lieu après l’été. Mes interlocutrices semblent satisfaites de mes réponses mais je réalise que nous n’avons pas assez expliqué les raisons de nos exigences. Ce sera l’une de nos erreurs. C’est vrai que l’on nous avait dit que le vote sur le calendrier sera une formalité. A la tribune ce jour là, aucun lieutenant de la Secrétaire Nationale ne vient défendre notre option. Mauvais signe. Cécile Duflot serait-elle vexée de l’absence de Nicolas à ce CFT, elle qui souhaitait une photo avec les deux candidat-e-s ? Le vote est sans appel : corps électoral resserré au maximum (adhérents et coopérateurs d’EELV), vote payant (20 euros) et primaire en juin. Glorieuse incertitude du sport. Après avoir eu Pascal Durand au téléphone, je décide d’aller les rejoindre. Rendez-vous dans un café à Belleville, où je tombe sur un Jean-Paul Besset des

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grands jours, aussi abattu qu’énervé, pipe serrée dans un poing tremblant et vengeur. Jean-Paul aurait dû être acteur dramatique. Ce qui me plait le plus chez lui ? Sa sincérité, ses coups de gueule et sa plume magique. Nous prenons un café avec une dizaine d’Hulotistes (espère naissante à l’époque) avant de s’engouffrer à trois avec Pascal et Jean-Paul dans un tout petit resto libanais où, autour d’un taboulé, nous tenons une réunion de crise. Nicolas est au bout du fil, colère froide, il nous apprend avoir envoyé ce texto, dont la presse plus tard se fera écho, à Cécile Duflot et Eva Joly : « Si c’est comme cela, vous la ferez sans moi cette primaire ». Je pense qu’à cet instant, il réalise que beaucoup chez EELV ne seront pas bienveillants et que la primaire s’annonce animée.

Le lendemain matin, nouvelle réunion téléphonique où Annabelle nous rejoint, car il faut prendre une décision vite. Nous sommes dans le plus mauvais des

scénarios possibles. Nicolas a presque annoncé dans la presse il y a quelques jours qu’il partirait avec EELV, mais nous avons exactement le contraire de ce que nous voulions (il nous le rappellera d’ailleurs à plusieurs reprises !). Nous listons et analysons quatre scénarii :

1. Nicolas n’y va finalement pas

2. Nicolas se déclare candidat quoi qu’il arrive, et appelle au soutien d’EELV (« à la manière de Jean-Luc Mélenchon avec le PC »)

3. Nicolas participe à la primaire écolo et accepte les conditions fixées par le conseil fédéral

4. Nicolas participe à la primaire écolo, mais à condition que le conseil fédéral revienne sur le coût et sur le corps électoral.

Les scénarii 1 et 3 sont rapidement éliminés. Entre les deux restants, le choix est difficile. Nous aurions dû choisir le 2, ce sera finalement le 4.

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Nicolas maintiendra la pression (en laissant planer le doute sur une candidature hors parti) pour obtenir, au conseil fédéral suivant, deux avancées notables mais qui se révéleront insuffisantes. La première : le tarif pour voter passera de 20 à 10 euros (soit quand même 10 fois plus cher que nos amis socialistes qui sont sûrement dix fois plus intelligents ;-) ). A ce prix là, il n’y a que les plus politisés qui voteront et ceux qui en ont les moyens. La seconde : par un subterfuge un peu gros mais qu’aucun journaliste ne remarquera, la décision de n’ouvrir le vote qu’aux adhérents et coopérateurs d’EELV est habilement contournée en créant le statut de coopérateur de la primaire (d’EELV bien sûr ;-) ). Et voilà comment, ni vu ni connu, tous les participants à la primaire deviendront, qu’ils le veuillent ou non, coopérateurs d’EELV…

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Déclaration de candidature, Sevran, 13 avril

Nous préparons en secret la candidature. Et notamment le site internet, outil stratégique car il nous permettra de constituer notre base de données de soutiens. Difficile de demander à EELV de nous rétrocéder dès maintenant l’url hulot2012.fr sans se faire repérer. C’est donc 2012hulot.fr, qui était libre, qui sera notre adresse. Nous choisissons une agence de relations presse pour nous aider pour le jour du lancement. Quelqu’un de bien intentionné découvre que l’une des employés de l’agence a travaillé il y a quelques années pour la Fondation Areva pour une opération ponctuelle et c’est ainsi qu’éclate le lundi 11 avril, à deux jours du lancement, le faux scandale « l’attachée de presse de Nicolas Hulot est celle d’Areva ». Nous décidons malgré tout de mettre fin immédiatement à cette collaboration. Jean-Paul et Annabelle m’appellent : « ça te gêne que ce soit ton numéro qui soit sur l’invitation presse ? ». Pas le choix ! Je suis encore à Nantes quand nous la diffusons. En moins de cinq minutes, plus de 30 appels sur mon portable, toutes les télés, toutes les radios, chacune veut être la première à « avoir » Nicolas. 50 photographes, 150 journalistes confirment leur présence. L’attrait des médias est massif, confirmant la puissance de feu médiatique hors du commun de notre candidat.

Arrivée à Sevran en RER avec Annabelle. La salle est sombre, on cherche un beau vert pour le fond de scène. Vert, mais pas trop quand même. Ce sera un bleu-vert. Les journalistes commencent à arriver.

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Dans l’entourage proche, les consignes sont claires et Jean-Paul nous les rappelle en arrivant dans

Dans l’entourage proche, les consignes sont claires et Jean-Paul nous les rappelle en arrivant dans la salle à Sevran : « pas de commentaires aujourd’hui, on laisse la parole de Nicolas se diffuser, nous on commentera demain. ». Cinq minutes plus tard, Jean-Paul est déjà en train de répondre à une quinzaine de journalistes, provoquant ainsi notre hilarité.

LCP retransmet en direct à 11h la déclaration en direct. Donc pas de filet de secours. Nicolas nous avait dit : « Je vous demande juste une chose, c’est de vous assurer que le micro du pupitre marche. Je ne veux pas faire la déclaration avec le micro à la main ». A 10h50, le micro du pupitre plante. Stress maximum, les essais des techniciens et nos quelques minutes de prières au dieu cathodique n’y feront rien : à 10h58, Annabelle va annoncer à Nicolas qu’il fera le discours

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avec le micro-mains. L’arrivée sur scène déclenche la folie des photographes.

sur scène déclenche la folie des photographes. Stéphane Gatignon remercie Nicolas de « faire sa

Stéphane Gatignon remercie Nicolas de « faire sa déclaration ici, à Sevran, alors qu’il aurait pu la faire dans un salon parisien ». L’intervention se déroule tranquillement même si l’émotion du candidat est palpable, 15 minutes de lecture d’un texte que Nicolas a entièrement écrit seul. Seule péripétie : à cause du micro-mains, Nicolas tourne moins facilement les pages et l’une d’entre elle vole du pupitre. Sueurs froides partagées avec Pascal Durand. Coup de bol :

c’était la page 6 alors que Nicolas était déjà à la 8.

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Retour dans les loges. Le premier texto est de Cécile Duflot, qui félicite Nicolas qu’elle

Retour dans les loges. Le premier texto est de Cécile Duflot, qui félicite Nicolas qu’elle a trouvé très bon. Elle lui souligne que son compagnon Xavier Cantat est dans la salle, ce qui est un signe. Le premier appel est de Jacques Chirac, qui souhaite bonne chance à Nicolas. Ah, cette amitié avec Chirac, elle lui sera aussi si souvent reprochée. Comme si l’on devait restreindre l’amitié à ceux qui sont de son bord politique… La belle affaire !

Nous nous retrouvons pour déjeuner dans un petit bar restaurant de Sevran. Stéphane Gatignon nous rejoint. Il parle de son expérience de maire, de son combat contre les dealers, de l’énergie qu’il met avec habitant-e-s à changer tout cela et je me dis qu’il y a vraiment des gens biens dans ce parti.

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Les premiers jours de campagne

Nous surveillons comme le lait sur le feu le remplissage de la base de données de ceux qui nous soutiennent et s’inscrivent sur 2012hulot.fr. La bonne nouvelle : nous recevons des centaines de messages de soutien, parfois longs, et la « qualité » de la base est très bonne : plus de la moitié des contacts laissent leur adresse complète et leur numéro de téléphone, très peu de fausses adresses. La moins bonne nouvelle : on est loin d’un engouement massif. Après 3 jours, un peu plus de 3 000 inscrits. Nous finirons à 7 000. Ce chiffre n’est pas négligeable, mais nous attendions une participation plus élevée. Le défi pour la terre avait rassemblé plus de 700 000 internautes, le pacte écologique, plus de 800 000. Nous nous étions dit que si 1 personne sur 40 de ce « vivier » nous suivait, on serait à 20 000 personnes qui pourraient voter pour nous à la primaire, nous assurant donc un succès « dans tous les cas » (le nombre d’adhérents d’EELV stagnait à 12 000 avant la primaire, avec seulement 2 000 coopérateurs). Bref ce fût au final plutôt 1 sur 100…

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Les coups bas

Il faut faire face aux coups bas alignés par l’équipe d’en face, avec l’assentiment ou en tout cas le silence complice d’Eva Joly. Dur à encaisser d’autant que la ligne imposée par Nicolas et partagée par nous tous est claire : « pas d’attaques personnelles, pas de polémique politicienne, pas de coups en dessous de la ceinture ». Le premier fut donc notre prétendue attachée de presse d’origine nucléaire, j’en ai déjà parlé. Qu’aurions-nous fait d’autre de méchant ? Sergio Coronado (nouveau directeur de campagne d’Eva Joly, qui a remplacé Yannick Jadot à ce poste) et le monde.fr nous accusent d’avoir utilisé la base de données du pacte écologique pour aller chercher des soutiens. Ben non, malheureusement pour nous d’ailleurs, nous ne l’avons pas fait. Lemonde.fr sera obligé de corriger son article. Quoi d’autre ? Le micro-parti « hulot2012 », dont je suis trésorier. Le camp Jolyste entretient une polémique dans la presse dans un amalgame douteux avec les micro-partis de l’UMP alors que c’est la seule solution pour être entièrement transparent sur les coûts de la pré-campagne. Cela nous fait rire jaune, alors que’Eva Joly utilise les moyens du parlement européen (dont son attachée de presse, les déplacements payés par Bruxelles) pour faire campagne. Mais que nous n’utiliserons pas ces éléments. Mais encore ? Nous aurons aussi le prétendu bourrage des urnes électroniques, la suspicion autour du soutien de Tim Jackson, et d’autres polémiques du même type, pitoyables et si peu écologiques. Ceux qui les portent et qui assènent les petites phrases le font avec délectation, arguant que « c’est ça aussi, faire de la politique »… Ben justement, c’est de cette politique « à la papy » que les Françaises et les Français ne veulent plus ! Je reste d’ailleurs persuadé qu’on peut encore changer tout cela et qu’une autre manière de faire vraiment de la politique différemment est possible.

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Il faut que certains comprennent qu’il faudrait mettre moins d’énergie dans les luttes internes et les coups bas et que ce n’est pas avec des séquences de ce type qu’on arrivera à réconcilier les Françaises et les Français avec la politique.

Il y a aussi les messages sur les listes mail internes au parti. Certains, certes en petit nombre, traduiront une haine féroce envers Nicolas que je n’ai jamais compris.

Je pense que le spectacle offert par tout cela, finalement assez indécent, et notamment les petites phrases fratricides de certains auront détourné des électeurs de la route (et du vote !) EELV. Je me trompe peut être. Rendez-vous au printemps prochain, et on verra si EELV est plus proche des 1,57 % de la dernière élection présidentielle ou des 13 % dont était crédité Nicolas Hulot par certains instituts de sondage.

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Manifestation contre les gaz de schiste, Assemblée Nationale, 10 mai

Première sortie parisienne. Le début de la manifestation est à 11h, mais le train en provenance de Saint Lunaire n’arrive qu’à 11h15 à Montparnasse. C’est là- bas que nous nous donnons rendez-vous. Nicolas a d’ailleurs loupé son train (des travaux sur la route) et a dû aller en deux-chevaux, à fond sur la quatre-voies (à fond comme le permet son antiquité) pour aller prendre la correspondance à Rennes. Pour quelques minutes, la première sortie parisienne du candidat aurait pu tout simplement… ne pas avoir lieu. Donc rendez-vous à Montparnasse, mon train arrivant d’Angers quelques minutes avant celui de Nicolas. Le scooter électrique nous attend, les deux casques aussi et en route pour l’assemblée nationale. Sous un beau soleil printanier, une promenade en deux-roues bien peu banale : malgré le casque, Nicolas est reconnu à chaque feu rouge. Surprise, sourires, la scène se rejoue plusieurs fois. Dès 11h, mon téléphone n’arrête pas de sonner, chacun de nos ami-e-s dans la manifestation voulant savoir où et à quelle heure précise arrivera Nicolas, s’il est bien à l’heure ou déjà en retard, pourquoi il n’est pas là alors que c’est commencé (parce que c’était prévu, tout simplement). Arrivée après avoir garé le scooter, à pieds derrière l’assemblée nationale. Nous tentons de rejoindre la manifestation, place Herriot, mais deux CRS zélés nous demandent de faire tout le tour, alors qu’ils ont reconnu Nicolas. Heureusement, Yves Cochet vient à notre rencontre et les CRS capitulent devant un sonore et autoritaire « laissez-le passer ». La place est calme, quelques dizaines de participants, quelques banderoles, quelques hommes et femmes politiques. Mais l’arrivée de Nicolas bouleverse tout. Des dizaines de caméras, de micros sortent de nulle part et se ruent sur nous. Une belle bousculade s’en suit. Des participants sont ballotés, des tables et

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stands menacent de craquer. Nos talents de garde du corps sont à l’épreuve. Des militants commencent à s’énerver : « On était là avant ! Qu’est ce que c’est que ce cirque médiatique ? Il n’y en a que pour Nicolas Hulot ! », oubliant au passage que c’était justement pour sa résonance médiatique qu’il était un bon porte-parole pour les sujets écologistes.

était un bon porte-parole pour les sujets écologistes. Liberation.fr en fera d’ailleurs un article, qui paraîtra

Liberation.fr en fera d’ailleurs un article, qui paraîtra moins d’une demi- heure après la manifestation, qui ne relatera que cette première bousculade et qui donnera donc une impression très négative de ce premier déplacement. Les nouvelles contraintes imposées par l’info sur le net, notamment l’immédiateté absolue de l’info sont parfois peu compatibles avec la vérité. Si l’apprentie-journaliste était restée quelques minutes de plus, elle aurait vu les responsables du collectif, bonnet phrygien sur la tête, remerciant chaleureusement Nicolas de sa venue. Par ailleurs, très peu d’articles relaieront le fait que la Fondation Nicolas Hulot a depuis toujours été très critique sur l’exploitation des gaz de schiste. Quelques rencontres politiques agrémentent le moment. Jean-Marc Ayrault, multi-député-maire de Nantes, vient expliquer à Nicolas comment les députés socialistes viennent de quitter la commission paritaire pour protester contre le

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texte. Habile politicien, il oublie de rappeler que ce n’est qu’une volte-face car les socialistes avaient été favorables à ce texte depuis le départ… Pas très grave d’ailleurs, je ne sais même pas si Nicolas l’a reconnu. François de Rugy est là aussi, il tente de se glisser pour saluer Nicolas et c’est assez touchant de le voir redoubler d’efforts pour cela. Et enfin, l’heure de la première photo Eva Joly – Nicolas Hulot est là. Eva Joly, à l’écart, lâche d’ailleurs un « C’est incroyable, tous ces journalistes » ; elle réalise la puissance de feu médiatique de son concurrent. Midi et demi, Nicolas me fait signe que l’heure du départ a sonné. Nous décidons de partir à pied pour ne pas retourner directement au scooter. Nicolas me dit avoir un rendez-vous (évidemment ça m’intrigue mais je ne pose pas de question), nous nous retrouverons vers 13h à la Péniche. Après quelques minutes de marche, avec Nicolas et Sandrine Bélier, il reste encore une dizaine de photographes à nous mitrailler. C’est vrai qu’une photo de Nicolas Hulot marchant dans les rues de Paris, c’est très intéressant… Arrivés au boulevard Saint Germain, Nicolas me glisse un « Regarde ! » puis traverse le boulevard en courant devant le flot de voitures. Les paparazzi n’ont pas eu le temps de réagir et restent coincés sur notre trottoir. Mais la victoire est de courte durée, ils le rattraperont quelques minutes après et l’obligeront à retourner chercher son scooter (« ah dommage, vous n’êtes pas venu en grosse voiture ») pour les semer ensuite. Et pouvoir enfin aller à son rendez-vous secret que Nicolas nous révélera l’après-midi : c’est Jacques Chirac, dont les bureaux sont proches, qui lui avait proposé de monter lui dire bonjour. Retour sur la péniche. Nicolas nous rejoint. Déjeuner frugal et sympathique préparé par Gérard. Entre deux tours de magie, Nicolas débriefe la matinée : un peu peiné par les quelques (disons 5 pour 100) manifestants qui ont critiqué sa présence, il nous demande de ne pas trop multiplier ce type de sorties.

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Les fiches et séances de travail, sur la péniche ou ailleurs

Que serait un homme politique sans fiches ? Rien ! Nous mettons en place une petite dream team de cinq personnes, cinq plumes que je remercie vivement ici, la plupart en off complet car travaillant pour de prestigieuses organisations. Parmi eux, Serge Guérin, spécialiste du « care » et l’une des belles rencontres de la campagne. Au fil des semaines, nous couvrons une bonne partie des sujets en une quarantaine de fiches que nous essayons de faire les plus synthétiques possible.

Il y a aussi les séances de travail avec les experts ou les gens « qui comptent ». Par exemple, Augustin Legrand vient parler à Nicolas du logement. A sa manière, Augustin est lui aussi, depuis l’époque des tentes sur le canal Saint Martin, une icône médiatique. C’est sympathique de les voir l’un et l’autre si heureux de discuter ensemble. Augustin rêve d’un grand plan (Marshall, comme tous les plans, de tous les partis, sur tous les sujets) sur le logement. Avec lui, Nicolas se remet dans une posture qu’il affectionne tout particulièrement :

l’écoute. Nicolas questionne, élargit son spectre de connaissances. Il est humble et pense toujours que son interlocuteur ou son interlocutrice a plus à lui apprendre que l’inverse. Revers de la médaille : il a du mal à se mettre dans une position de proposant, qui est pourtant évidemment l’une des postures obligées de l’homme politique. Il a l’habitude de conseiller, pas d’être conseillé. Il est, pour l’instant, plus habile pour aider à la décision que pour décider.

Nicolas parle souvent de ses « angles morts », des sujets qu’il sait importants et sur lesquels il ne se sent pas à l’aise. Régulièrement, à son rythme et à celui des questions sur lesquelles il sèche notamment dans les rencontres militants, il m’appellera pour me demander des fiches sur tel ou tel sujet. Le top 3 des sujets pièges ? L’emploi des jeunes (les gouvernements successifs s’y cassent les dents

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depuis trente ans), la culture (le PS l’a même oublié dans ses trente propositions pour 2012), la réduction de la dette.

La primaire l’amène vers des sujets sur lesquels il n’a pas eu l’occasion d’approfondir. C’est par exemple le cas des droits LGBT ; Pascal Durand avait pris cet exemple pour expliquer à Nicolas qu’un candidat à la présidentielle devait être capable de répondre sur tous les sujets. Et en plus, la lutte contre toutes les formes de discriminations est un combat majeur de l’écologie. Le magazine Têtu est demandeur d’une interview que Nicolas refuse car il ne se sent pas assez prêt. Nous travaillons, passons en revue les propositions du projet 2012 d’EELV, Nicolas fait une séance de travail avec les responsables de la commission ad-hoc du parti, il se forge une position personnelle. Et décide d’accorder l’entretien à Têtu, m’envoie un texto dans la soirée pour me demander une fiche sur le sujet pour l’interview qui aura lieu… le lendemain matin. Aussitôt dit, aussitôt fait. L’interview qui paraîtra dans le numéro de juin sera superbe, car Nicolas y associe les propositions du parti avec ses analyses et positions personnelles (par exemple ses interrogations sur la gestation pour autrui). C’est aussi ce que j’apprécie chez lui : loin d’être un perroquet qui répète des petites phrases et des chiffres appris par cœur, Nicolas ne se contente pas d’une analyse trop superficielle des sujets.

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Déplacement à Nantes, mercredi 11 mai

Le programme a été préparé par la tonique Aïcha Bassal, adjointe au maire de Nantes et par mon collègue Jean-Philippe Magnen, vice président de la Région Pays de la Loire. Jean-Philippe est l’une des personnes en qui j’ai le plus confiance en politique. Même si nous sommes parfois (assez souvent pour être honnête) en désaccord, notamment sur les stratégies politiques à adopter, nos rapports sont d’une réelle complicité, d’une rare franchise. Vraiment quelqu’un dont je sais que jamais il ne me fera un mauvais coup (et réciproquement !). Une vraie amitié, si rare et précieuse en politique.

Tour du quartier de Malakoff à Nantes, sous la houlette d’Aïcha qui y a vécu 25 ans et qui en connaît chaque habitante et chaque habitant. L’accueil réservé à Nicolas est incroyable. Chacun veut sa photo (y compris les clients du coiffeur), donne ses encouragements, s’arrête dire un mot. Certains espèrent que Nicolas changera enfin les choses. Il n’y a que le boucher qui a une petite phrase un peu pinçante et, comme par magie, c’est celle là que nous retrouverons dans Libération sur la pleine page qui sera consacrée à ce déplacement. Libération, pourtant mon journal préféré (enfin, jusqu’à cette primaire, maintenant je lui fais la gueule), aura un traitement très pro-Jolyste tout au long de la campagne.

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Après un échange avec les associations et

quartier,

place à la réunion militante. Presque 200 personnes, et Nicolas qui se soumet au jeu des questions / réponses. Et en avant pour les questions qui fâchent : TF1, les sponsors (les mécènes), le nucléaire, … Nicolas répond tranquillement, inlassablement comme il le fait depuis des années. Et quelques autres plus inattendues, dont une mythique « Est-ce vrai que tu as des nègres pour écrire tes livres ? »… Il répond qu’évidemment non, qu’il a d’ailleurs aussi écrit lui-même sa déclaration de candidature. « Malheureusement pour nous ! » rigole Pascal Durand.

« Malheureusement pour nous ! » rigole Pascal Durand. jeunes du Le jeudi, la journée commence

jeunes

du

pour nous ! » rigole Pascal Durand. jeunes du Le jeudi, la journée commence par un

Le jeudi, la journée commence par un échange avec les acteurs nantais de l’économie sociale et solidaire. Nicolas y est accueilli par Marï-Am Demba, fondatrice de l’association Takapres Nord Sud, avec ces mots : « Tu es l’une des personnes qui ont donné envie aux jeunes de ma génération l’envie d’avoir envie d’agir dans le co-développement Nord-Sud. Je

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connais les actions importantes que tu as soutenues via ta fondation pour le développement du Sénégal et à Ponpéguine en particulier. Tu m’as montré la voie sur la solidarité internationale, sur la nécessité d’avoir un pied au nord et un pied au sud. ». Nicolas savoure et semble vraiment ému. C’est si rare comme entrée en matière, quelqu’un qui lui parle des actions de sa fondation plutôt que de TF1 et de ses mécènes.

L’échange avec les acteurs locaux fut un super moment. La discussion déviera vite sur d’autres sujets, politique étrangère notamment. Nicolas repart de Nantes gonflé à bloc. « Ce sont ces moments là, précieux, qui régénèrent mon énergie ».

Tous les déplacements que nous organiserons, pour Nicolas se dérouleront avec la même réussite, avec la même passion. Une mention spéciale aux quartiers de Marseille, à la rencontre militante sous les platanes à Montpellier, au couscous républicain à Clichy sous Bois.

Les sondages sont bons, très bons. Nicolas est déjà en train de conquérir le cœur des Françaises et des Français mais n’oublions pas qu’il nous faut d’abord faire la danse du ventre aux écologistes. Un sujet rêvé pour cela ? Le nucléaire !

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Assises du nucléaire, samedi 21 mai

Rendez-vous pour le café dans une brasserie chic à Paris, le Murat. Nous revoyons très (trop ?) rapidement les éléments de langage que j’ai préparés avec Denis Baupin. Nous les avons axés sur les solutions (maîtrise de l’énergie et renouvelables) plutôt que sur le constat de la nécessaire sortie du nucléaire que de nombreux intervenants auront déjà abordée. Mais Nicolas a visiblement la tête ailleurs. L’objet de ses pensées : Stéphane Lhomme, qui fait le forcing depuis plusieurs jours auprès des organisateurs pour avoir un temps de parole au cours de la journée. Les organisateurs sont stressés et redoutent l’esclandre, ils proposent de nous avertir par texto de la bonne fenêtre horaire pour arriver. Après une nouvelle traversée de Paris en scooter électrique (« Nicolas, ne va pas trop vite, j’ai pas envie de mourir ! » auquel il me répond : « Ce serait con pour toi si on avait un accident, on ne parlera que de moi aux infos »), nous voilà donc à la Bellevilloise. Allons-nous assister à un numéro de l’ancien responsable du réseau Sortir du nucléaire, qui veut faire parler de lui à tout prix et qui n’admet pas la conversion trop tardive de Nicolas sur le nucléaire ?

la conversion trop tardive de Nicolas sur le nucléaire ? Comme dans un film de série

Comme dans un film de série B, la première personne sur qui nous tombons dès notre arrivée est Stéphane Lhomme. Nicolas lui propose un café, et les voilà, contre toute attente, partis dans une discussion bien tranquille de vingt bonnes minutes. Stéphane est doux comme un agneau,

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content que la « star » Hulot lui accorde du temps. Ah, la condition humaine… Il restera d’assez bonne disposition toute la journée. Les assises se dérouleront bien, Nicolas enchaîne quelques interviews de qualité, répond à des sollicitations, est d’excellente humeur. Une bonne journée donc. Avec une crise de fou rire quand Nicolas me fait écouter un message laissé sur son portable par un illustre homme politique que la décence m’interdit de nommer et qui imite (mal) la voix de Nicolas Sarkozy.

Vient l’heure de l’arrivée de Cécile Duflot puis d’Eva Joly. Cécile est très

détendue. J’apprends à la connaître petit à petit et j’avoue qu’elle me convainc de plus en plus ; elle sera une bonne candidate en 2017. Eva est beaucoup moins

à l’aise.

La

séance

photo,

obligatoire,

se

déroule

dans

un

climat

très

tendu, sur

le toit

de la

Bellevilloise.

 

Il

fait

lourd.

Eva

Joly

demande de l’eau ; il y

a des bouteilles d’Evian

mais

pas

décapsuleurs.

décapsuleurs.

de

Nicolas

d’Evian mais pas décapsuleurs. de Nicolas vient à son secours, décapsule la bouteille d’un coup

vient à son secours, décapsule la bouteille d’un coup sec sur la balustrade et la tend à Eva avec cette froide blague : « comme quoi, un aventurier dans la campagne, ça peut toujours servir ». Eva ne cille pas. Chaude ambiance.

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Voila le temps des discours des deux candidats principaux arrive. Nous nous sommes arrangés pour qu’Eva parle en premier (oui, c’est mal, je sais). Elle s’avance vers le pupitre, a visiblement très chaud, et demande à ce que l’on le déplace pour ne pas être sous les spots. C’est ainsi qu’Eva et Nicolas feront ce jour là leurs interventions dans une ambiance mi-ombre mi-lumière qui rendra assez moche à la télévision. Nicolas parle à son tour. L’intervention est laborieuse et difficile, ce qui est rare avec Nicolas. Il insiste beaucoup sur les conditions de sa conversion tardive, part dans des grandes considérations sur le progrès, et ne déroule que très peu les solutions que nous avions préparées. La salle est loin d’être conquise, peu d’applaudissements, quelques vannes lâchées dans les rangs de l’assistance. En fin d’intervention, Nicolas avance l’idée de tarifs progressifs pour l’énergie. Il développera l’idée ensuite avec les journalistes et cela fera notamment une belle dépêche AFP dans la foulée. Je recevrai le lendemain quelques textos d’amis socialistes qui me remercieront :

cette idée, qui est présente depuis quelques années dans les propositions écologistes, a été reprise récemment dans le projet socialiste et c’est très bien ainsi d’ailleurs.

Nicolas est lucide dans son débriefing. Il reconnaît que l’intervention a été difficile mais, comme il le dit, « c’est dur sous le faisceau d’autant d’ondes négatives ». Ce rejet chez certains extrémistes de Nicolas et de ce qu’il représente est effectivement pour moi incompréhensible et dur à vivre. Mais nous le vivrons encore plus intensément quelques jours plus tard.

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Le bras cassé, mardi 24 mai

Une chute de vélo. Voilà un bon coup de comm, non ? J’apprends la nouvelle alors que Nicolas est en route vers l’hôpital. Bilan : triple fracture au poignet. Comme il devra garder le plâtre quasiment toute la campagne des primaires, au risque d’être un peu lourd, on pourrait y voir a posteriori une illustration de son manque de liberté pendant cette campagne interne. En tout cas, voilà donc le kite-surf entre parenthèses pour les semaines à venir.

Cet incident a au moins un effet positif : Nicolas et Pascal se reparlent enfin. En effet, depuis quelques jours, Pascal a abandonné sa place de co-directeur de campagne. Et sa décision semble irrévocable. Les raisons ? Une proposition de déplacement refusée par le candidat alors que Pascal trouve le programme trop light, une réunion mal calée sur l’agenda qui fait que l’un ou l’autre poireaute, un peu de stress, de mauvaise foi et de fierté des deux côtés et nous vivons sans Pascal pendant quelques jours. Le bras cassé de Nicolas l’amadouera et notre avocat préféré reviendra enfin diriger cette aventure un peu folle.

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Congrès de la Rochelle, 4 juin

Tout avait parfaitement commencé. Un covoiture avec Nicolas et Florence depuis Nantes, un moment privilégié et tranquille, au cours duquel nous avons

eu le temps de travailler quelques sujets, puis une virée à Rochefort pour mettre en scène le soutien d’Alain Bougrain Dubourg à l’occasion d’une visite de la station de lagunage de la ville et, enfin, une heure à l’hôtel où Nicolas se documente sur les coûts du nucléaire. Nous rejoignons le port à pied. Beaucoup de monde dans les rues et à chaque mètre, à chaque passant, on entend « Tiens, c’est Nicolas Hulot », « Monsieur

Des dizaines, des centaines de fois. Il faut le

Hulot ! », « Nicolas, bonjour »

vivre pour imaginer ce brouhaha de « Hulot ». La notoriété encore. J’imagine la difficulté à ne jamais pouvoir être tranquille.

A

20h nous arrivons à

ce

fameux diner avec la

A 20h nous arrivons à ce fameux diner avec la presse. Nicolas se marre car cela

presse. Nicolas se marre car cela se passe dans le quartier « Saint Nicolas », c’est écrit partout et il nous dit qu’il a la meilleure équipe du monde. Nous avions convié trente journalistes, les trente journalistes « qui comptent ». Tous ont répondu présents. Dès l’apéritif, Nicolas est soumis au feu nourri des questions. A ce moment, il est entouré et cerné de toutes parts, il est acculé au mur, le pied sur le mur, les trente journalistes autour de lui. Impression encore de meute. Des dizaines, des centaines de questions, des dizaines, des centaines de réponses au

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cours des 2h30 d’échanges, et les journalistes n’en retiendront qu’une seule. Là aussi, c’est la loi actuelle des médias.

A 22h30, je quitte le restaurant, avec l’idée de faire un tour en ville. Quelques minutes après, un mauvais pressentiment me faire dire que tout s’arrêtera vite. A l’heure de la fameuse phrase sur Borloo. Plus tard, vers 23h, je croise Sandrine Bélier qui me dit qu’il y a eu un gros problème, que tout le monde est affolé, que Pascal a essayé de rattraper le coup mais trop tard. Je découvre la dépêche AFP dès 23h30 au retour à l’hôtel. Dans les minutes qui suivirent, les version web des journaux se mettent au diapason et les articles pleuvent, avec déjà quelques réactions de nos bons clients des médias qui profitent pour s’engouffrer dans la brèche.

La nuit fut courte et longue, entre les textos reçus (« comment l’avez-vous laissé faire cela ? » et « Il aurait pu éviter » remportent la palme), les coups de fils avec Pascal et Jean-Paul. Ce soir là, je me dis que tout est perdu, que l’aventure s’arrêtera le lendemain.

L’étape tourne au désastre. Mais elle révèle aussi les caractères. Nous arrivons le samedi matin à l’Espace Encan à pieds. A l’entrée, Patrick Farbias, une des figures historiques des verts, crie « Hulot et Borloo n’ont rien à faire chez les verts » ou quelque chose du style. Il a, littéralement, la bave aux lèvres. Autant de haine exprimée par un seul visage… Cela restera pour moi l’image la plus sordide de cette primaire. Je sais que cela a marqué aussi Nicolas.

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La journée se déroule dans un climat de stress palpable. Nicolas s’explique mille fois sur

La journée se déroule dans un climat de stress palpable. Nicolas s’explique mille fois sur la phrase avec Borloo. Les photographes font leur métier.

Retour vers Nantes avec Florence Hulot. La journée a été difficile à vivre pour elle. Etrangère à la galaxie Europe Ecologie les Verts, elle ne comprend pas l’agressivité et la haine qui sont déployées contre Nicolas. Elle le sent si étranger à ce monde politique dont elle découvre le côté glauque. Elle rêve d’un Nicolas au-dessus de tout cela, pourquoi pas à un poste à l’ONU, qui lui irait mieux que ce monde politique un peu pitoyable.

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Débat à Toulouse, mardi 7 juin

Rendez-vous à Montparnasse pour une séance de travail puis Paris – Toulouse en TGV. A Bordeaux, quelques journalistes et membres du bureau exécutif du parti montent dans le train. Il y a notamment le numéro 2 du parti, Jean-Vincent Placé, notre seul véritable apparatchik. Je donne pour lui (et pour lui uniquement) un aspect plutôt positif à ce terme, tant il joue ce rôle avec plaisir et en toute conscience. Nous réglons d’ailleurs au wagon-bar quelques affaires électorales. Je le revois encore à la Rochelle, deux jours plus tôt, alors que nous le croisons par hasard sur le port, dire à Nicolas : « tu vois, la politique, c’est un truc de professionnels, c’est pour cela qu’il nous faut des professionnels. Et là, ta phrase sur Borloo, c’est pas pro ». Je ne partage pas cette analyse, si souvent répandue - et autant chez les « grands élus » EELV que dans les autres partis, que la politique est un métier. A mon sens, on ne devrait tout simplement pas avoir le droit de devenir un professionnel de la politique, d’enchaîner les responsabilités politiques pendant des dizaines d’années, car tout cela éloigne du monde réel. Question ouverte à ceux qui se reconnaîtront : au fait, à part politique, c’est quoi ton métier ? Et ça fait combien d’années que tu ne l’as pas exercé ? ;-)

Revenons au TGV Paris – Toulouse. Je rejoins Nicolas à sa place. Je pensais le trouver à lire ses fiches mais non, il dort. La sieste est cependant de courte durée. Nous échangeons sur les thèmes du débat du soir. Quelques kilomètres plus loin, Nicolas se lève et me dit : « interdiction absolue de se foutre de ma gueule ! ». Devant mon air interloqué, il sort de son sac de voyage une ceinture abdominale électrique, cet engin miracle qui permet d’avoir des abdos parfaits. Alors que je manque de mourir de rire, il m’explique qu’il l’a ressorti d’un placard il y a deux jours et qu’il veut se remettre à l’utiliser pour s’entretenir car le sport lui manque depuis qu’il a son plâtre. Il commence sa

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séance alors que je retrouve enfin mon souffle. Jean-Vincent Placé traverse alors le wagon pour rejoindre sa place. Je lance à Nicolas : « Imagine qu’il découvre ta ceinture, le lendemain toute la planète est au courant ». Nouvelle crise de rire puis Nicolas relève le défi et propose que l’on teste la confidentialité de notre ami. Nous allons le voir en lui montrant l’appareil, sous prétexte d’une mauvaise blague (« regarde comment je bosse les débats ») et en lui demandant de garder cela pour lui. Quelques jours plus tard, mon téléphone sonnera un matin à 8h alors que je suis sur mon vélo en route pour le Conseil Régional et Nicolas m’apprendra, hilare, que la ceinture abdominale est dans le Paris Match et le Canard enchainé, que ces deux journaux assurent d’ailleurs que Nicolas en est accro et qu’il pratique tous les soirs. Voilà comment naissent les légendes urbaines.

Arrivée à Toulouse et, pour Nicolas, rendez-vous en tête avec Cécile Duflot qui a demandé à le voir. Nous tuons le temps avec Annabelle et Pascal dans le café d’à côté. Pascal est, comme d’habitude, debout. Je ne sais pas si je l’ai déjà vu assis plus de cinq minutes au cours de la campagne. Il parle à son oreillette, à nous, à son oreillette et à nous en même temps. Il parle, parle fort, argumente. Comme d’habitude, il plaide. Je le soupçonne d’ailleurs de n’être jamais d’accord avec personne uniquement par plaisir de plaider. Il m’a appris beaucoup au cours de cette campagne. Et notamment qu’homme politique et avocat, c’est la même chose : tu tentes de convaincre sans y arriver, et tu t’opposes coûte que coûte aux arguments de la partie adverse (du parti adverse), quitte à y mettre une forte dose de mauvaise foi. C’est sans doute Pascal qui, le premier d’entre nous, a compris que Nicolas n’était pas adapté au monde politique.

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L’arrivée aux abattoirs fut épique. Beaucoup retiendront ce moment immortalisé par le petit journal de Canal +, très marrant d’ailleurs il faut le reconnaître, où Sandrine Bélier (euro-députée, mais appelée « attachée de presse » par le petit journal, comme quoi le sexisme a encore de beaux jours devant lui) essaie, sur les conseils de Denis Baupin et avec l’assentiment de Pascal Durand, d’enlever le chèche de Nicolas. Nicolas commence à s’énerver et explique que personne n’a à lui dire comment il doit s’habiller. Mais les minutes qui suivirent furent autrement plus chaudes. Hors caméra, nous pataugeons un peu pour trouver le chemin des loges. Nicolas commence à nous faire comprendre que c’est de ce genre de détails que l’équipe devrait s’occuper, pas de la couleur de son écharpe. Puis il explose de colère sur Annabelle et moi : « Bravo, c’est nul ! Vous pouvez être fiers de vous ! A cinq minutes du débat, alors que cela fait trois mois qu’on travaille et que je me suis programmé pour ce moment précis là, vous gâchez tout ! C’est lamentable ». La colère est soudaine, noire, et continue dans la loge. Ce sera la plus belle de la campagne. Avec Annabelle, après avoir étudié les différentes solutions (pleurs, évanouissement, dématérialisation), nous laissons finalement passer l’orage. Nicolas retrouve son calme, enlève son chèche et nous attendons tranquillement le début du débat.

et nous attendons tranquillement le début du débat. Peu de choses à dire d’ailleurs sur ce

Peu de choses à dire d’ailleurs sur ce premier échange entre les quatre candidats, pas très folichon. Une partie des médias donne Eva Joly gagnante aux points. Cela se discute, mais c’est vrai que

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Nicolas n’était pas très à l’aise ce soir là dans cet exercice qu’il découvrait. J’ai trouvé Henri Stoll plutôt bon ; il le sera nettement moins dans les débats suivants, trop caricatural à mon goût. J’ai du respect pour son parcours et pour ce qu’il a fait dans sa commune, mais il faut qu’on dépassé le côté « cravate en bois » si on veut vraiment un Président de la République écolo avant que la planète n’explose.

Petit resto sympa ensuite avec quelques militants locaux et la bande. Nicolas fait une analyse très lucide de sa prestation, est de bonne humeur, rigole de sa colère d’avant-meeting. Dès son départ (le commandant couche-tôt n’est pas une légende), je m’engueule avec Pascal qui fanfaronne que « le fond n’a pas d’importance en politique ». Il m’énerve car c’est dur à entendre quand tu passes tes journées là-dessus. Mais surtout car il a tellement raison en fait. On ne parle pratiquement jamais de fond dans la politique actuelle.

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Débat à Paris, jeudi 9 juin

Changement de mode de préparation par rapport au premier débat. Nicolas a du mal à passer du constat (dans lequel il excelle) aux propositions concrètes. Il accepte enfin de monter sur scène avec des fiches donnant quelques propositions, quelques chiffres clefs. Les thématiques du jour : économie et social, fiscalité, agriculture et immigration. Avec Pascal, après une séance de travail avec Nicolas, nous finalisons les éléments de langage. Je suis ce débat à la télévision car je passe la soirée avec mes enfants ce soir là. C’est frustrant de ne pas vivre ce débat « en vrai », , mais ça donne un peu de recul.

Stéphane Lhomme montre son vrai visage et lance une charge féroce contre Nicolas. Inacceptable. Il a pourtant signé une charte déontologique, comme les trois autres, imposant un code de bonne conduite et de non-agression. Il ne la respectera jamais, ni dans les débats, ni dans sa profession de foi. Le parti aurait du montrer que les écrits ont un sens, et l’exclure de la primaire. Le parti a été incapable de réagir et a laissé le bordel se faire. Revenons à Paris. La salle n’accepte pas l’entrée en matière bien peu écologiste de Lhomme. Nicolas est dopé et riposte positivement. « Je veux incarner une écologie de l'action et pas de la sanction. De la conviction et pas du rejet. De la proposition et pas de la punition. Une écologie qui ne soit pas moralisatrice, oui, j'assume ce choix ». Nicolas assure être prêt à « battre le Front national, pas seulement à le combattre ». La salle, qui dans les premières minutes du débat, était majoritairement acquise à Eva Joly, se renverse et Nicolas est longuement applaudi. Quelques heures plus tard, lemonde.fr titre « A Paris, Hulot marque des points dans la primaire ». Ouf, ça fait du bien.

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Ceux qui soutiennent, ceux qui ne soutiennent pas

Nous n’aurons pas le soutien de Dany Cohn Bendit. Dany qui fit rêver la génération de mes parents en 1968. Dany, avec qui je fus si fier de signer une tribune dans Libé contre l’aéroport de Notre Dame des Landes. Dany, dont mes deux fils sont fans à chacune de ses interventions sur les plateaux politiques. Bref, une icône trans-générationelle, le pape de l’écologie politique à tout jamais. Dany n’aime pas le côté un peu pasteur de Nicolas et n’a jamais totalement digéré qu’il n’accepte pas de venir dans l’aventure des élections européennes en 2009. Dany veut maintenant que Nicolas fasse son bizutage de campagne électorale : « Nicolas, fais un tour de France ! » sonne comme un « passe ton bac d’abord ! ».

Nous aurons le soutien de José Bové. Il rappelle le rôle que Nicolas a joué pour obtenir le moratoire sur les OGM. C’est un fantastique pied de nez à celles et ceux qui nient, volontairement ou par ignorance, tout ce que Nicolas a apporté à l’écologie. Pour moi qui ai travaillé plus de dix ans à l’ADEME, c’est pourtant si clair. Le ralliement de José est aussi un gage important pour l’aile gauche du parti, l’un de nos points faibles dans cette primaire, surtout après l’incident de la Rochelle.

Nous n’aurons par le soutien officiel de Cécile Duflot. Notre secrétaire nationale préféra garder une neutralité apparente que les statuts du parti ne lui imposaient pas. Nous n’aurons pas le soutien officiel de Philippe Meirieu. J’admire Philippe, dont j’ai découvert finalement assez récemment les écrits si éclairants sur l’éducation et la pédagogie. Nous pensions qu’il « basculerait », nous avions même organisé avec lui un déplacement à Lyon pour mettre cela en scène. Mais Philippe renonça à une prise de position trop nette. Avec le soutien de ces deux

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figures emblématiques de la création d’EELV, le vote aurait pu être bien différent.

Et puis, il y aura les soutiens honteux. Celles et ceux qui nous disent être supporteur officiel d’Eva par fidélité historique ou pour ne pas l’abandonner, mais qui pensent qu’Hulot est un meilleur candidat. No comprendo. Ou alors, comprendo trop bien : certains nous assurent qu’ils seront des nôtres dès le soir de la primaire et nous suggèrent de leur garder au chaud une petite place au soleil… Il y a même un membre de la garde très rapprochée d’Eva qui me jurera avoir voté Nicolas à la primaire. Je lui ai promis de ne pas répéter son nom, je tiens promesse. Mais franchement, cher XXXXX, c’est du grand n’importe quoi !

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Débat à Lille, mercredi 15 juin

Matinée passée à préparer le débat avec Nicolas. Les thèmes : liberté publique et justice, politique étrangère, éducation et santé.

et justice, politique étrangère, éducation et santé. Détour par M6 pour l’enregistrement de Capital qui sera

Détour par M6 pour l’enregistrement de Capital qui sera diffusé le dimanche suivant. Le thème est l’énergie. Le présentateur Guy Lagache est incisif, vraiment très incisif. Mais Nicolas se défend bien, aligne les chiffres, les exemples, ne se laisse pas chahuter. Ce sera le meilleur score d’audience d’ailleurs de l’année pour cette émission. Nous partons alors que l’autre invité de l’émission arrive, le nouveau ministre de l’industrie Eric Besson.

Dans le train pour Lille, un de mes contacts chez M6 m’appelle en off sur le portable : Eric Besson vient de quitter le plateau du tournage, avec un « bon, je me casse » bien peu ministériel, excédé par les questions sur la sécurité du nucléaire. Mon contact me demande si je peux les aider à faire fuiter l’info car ils ont peur que les pressions fassent que cet incident soit minimisé par la direction de la chaîne. C’est d’ailleurs ce qui se passa puisque M6 réalisa l’exploit de couper complètement la scène au montage. Pas même un lancement ou un bandeau déroulant précisant que l’interview a fini en queue de poisson. Pas très bon pour la démocratie tout cela.

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Arrivée Gare du Nord où je tombe sur Stéphane Lhomme parlant tout seul dans le hall de la gare, sans doute révise-t-il son débat du soir.

hall de la gare, sans doute révise-t-il son débat du soir. Voyage bien agréable pour Lille.

Voyage bien agréable pour Lille. Nicolas, Annabelle, Pascal, moi : tout le monde est d’excellente humeur. Il faut confirmer le bon débat de Paris, ne pas faire d’impair. Jean- Paul Besset et Sandrine Bélier nous attendent à la gare. Nous allons à l’hôtel où nous restons un bon moment à discuter et à savourer le plaisir d’être ensemble. Nicolas demande à retravailler une dernière fois les thématiques. On le fait, il est parfaitement prêt, ça ne peut que bien se passer.

Ce débat restera sans doute un des moments les plus pitoyables de l’histoire de l’écologie politique française. Eva Joly attaque Nicolas bille en tête, dans la position de faible contre les puissants qu’elle affectionne tant. « Avant toute chose, je suis une femme étonnée que Nicolas ait utilisé contre moi les armes de ceux qui veulent une écologie à genoux et aux ordres des lobbies ». Visages atterrés dans les premiers rangs « VIP » de la salle, qu’ils s’agissent de Jolystes (l’un d’entre eux me dira le soir, interloqué par son agressivité : « ce n’est pas du tout ce que nous avions préparé comme intro ! ») ou de Hulotistes. Cécile Duflot a l’air aussi abattue. C’est vrai que le spectacle offert par les écologistes ce soir promet encore d’être fantastique.

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Nicolas ne voit même pas de quoi Eva veut parler, cela se lit sur son visage. Mais l’attaque a réussi : il est complètement déstabilisé. Alors qu’à Paris il riposta immédiatement à l’attaque, plus prévisible, de Stéphane Lhomme, il est là incapable de répondre à celle d’Eva Joly. Il nous avouera plus tard dans la soirée avoir perdu pied. Il balance alors cette petite phrase que je déteste mais qui sera reprise en boucle par tous les médias : "Eva, l'écologie de combat, ce n'est pas l'écologie des coups bas". La suite du débat est sans intérêt, les quatre candidats étant en très petite forme ce soir là. Une ambiance lugubre donc, renforcée par le fait que Philippe Meirieu a demandé à la salle de ne pas applaudir. Un meeting politique sans applaudissements, c’est comme un match de foot dans un stade à huis-clos ou un concert de Michael Jackson sans cris hystériques. Glacial.

Nicolas s’échappe de la salle. Nous le retrouvons à l’Hôtel, abattu, affalé sur le canapé. Il a honte de l’image donnée, ne se reconnaît en rien dans cette façon de faire de la politique et s’en veut malgré tout terriblement de n’avoir pas réagit autrement. Finalement, au lieu d’un petit resto typique, nous mangerons des chili con carné surgelés à l’hôtel dont nous n’arrivons pas à décoller…

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Résultats du premier tour (votes papier), mardi 28 juin

Le grand jour est là. Le début du dépouillement des votes papier est prévu ce mardi après midi, les volets électroniques seront ouverts le lendemain. Rendez-vous de travail sur la péniche avec l’équipe élargie. Au programme ce matin : que faire si l’on gagne au premier tour, s’il y a un second tour, dans quel ordre, avec quel écart. Si Nicolas est largement distancé au soir du premier tour, Pascal et moi suggérons qu’il se désiste et appelle à voter pour Eva Joly. Peu de succès pour cette option chez les autres participants. Après la réunion, petit temps de répit avec Annabelle. Efficace, pro, toujours d’humeur parfaite, elle aura joué un rôle majeur, travaillé sans relâche avec Anne de Bétencourt (qui a rejoint l’équipe début juin) pour l’organisation de tout ce cirque et l’animation de celles et ceux qui soutenaient Nicolas. J’aime nos crises de rires au téléphone quand l’un de nous deux appelle l’autre en lui disant qu’il est au fond du gouffre et que c’est l’enfer cette primaire. La force de notre équipe, c’est le respect, l’amitié, la complémentarité mais aussi le fait que personne d’entre nous n’était venu dans l’aventure par tactique ou ambition personnelle. Cela simplifie grandement les rapports.

Nicolas nous rejoint sur le pont. Nous lui disons : « à partir de maintenant, tu vas avoir des infos et des bruits contradictoires, ferme les écoutilles ! ». Nicolas acquiesce mais, comme pour le faire mentir, dans la même seconde, Yves Cochet arrive et lui lance : « La Chocolaterie (le siège d’EELV) vient d’appeler. Nicolas, sur les votes nuls, tu es très largement distancé. C’est perdu ! »… Les votes nuls, ce sont ceux qui ont été éliminés car les votants n’ont pas respecté la procédure. C’est par exemple, celui du fils d’Eva Joly qui avait glissé son bulletin dans l’enveloppe de correspondance et pas dans l’enveloppe de vote, un bel acte manqué ! En faisant l’hypothèse que les électeurs de l’un ne sont pas moins intelligents ou plus étourdis que ceux de l’autre, effectivement ça donne

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une tendance. Moment de stupeur générale. Pascal Durand est au fond du gouffre, ça se voit sur son visage, il sait que c’est perdu.

Nous partons avec Pascal en vélo pour la Chocolaterie, où le dépouillement commence à 14h30. J’aime ces moments, où nous prenons le temps d’échanger

en toute franchise sur la campagne, sur le sens de tout cela, sur nos doutes et nos angoisses (nombreuses, on a un peu le même caractère là-dessus, et surtout là avec la tendance très défavorable sur les votes nuls). Arrivés là bas, il insiste pour prendre un Perrier dans le café en bas. On se prend en photo pour immortaliser ce

Je

comprendrai plus tard

qu’il retardait le moment d’entrer.

plus tard qu’il retardait le moment d’entrer. moment. Le dépouillement commence sans nous. Nous rentrons

moment.

Le dépouillement commence sans nous. Nous rentrons enfin à la Chocolaterie. Anne est dans l’escalier, les larmes aux yeux : « Sur la première centaine, Eva est à 53 et nous à 35 ». Incroyable. Un écart énorme. Je prends la relève en tant que mandataire de Nicolas pour la suite du dépouillement. Les centaines s’enchaînent, deux tables de dépouillement (trois aux meilleurs moments, quel drôle de parti qui ne trouve que huit volontaires pour dépouiller les résultats de sa primaire), et sont d’une effroyable stabilité. Les statistiques sont une science tellement exacte que même les militants EELV ne les font pas mentir. La moyenne sur 500, la moyenne sur 1000, la moyenne sur 1500 : on restera en permanence très proche de ce 53 – 35.

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J’essaie de sourire, notamment parce que les caméras des équipes de Serge Moati filment tout, ce qui montre bien d’ailleurs que ce n’est jamais la réalité parfaite que les documentaires sur la politique nous révèlent. Parce que si la caméra n’avait pas été là, je n’aurai pas souri du tout. Je retrouve Pascal dans l’escalier. Nous prévenons Jean-Paul Besset (avec précaution, on y tient à notre Jean-Paul !), Annabelle, puis enfin Nicolas. Nous savons déjà que l’écart sera énorme et qu’il ne sera pas rattrapable.

Retour vers la péniche en vélo, sous la pluie cette fois-ci. Nicolas et Annabelle nous attendent là bas. Peu de mots. Chacun d’entre nous est sonné par le mauvais résultat, le très mauvais résultat. Gérard sort une bonne bouteille de rouge. Pascal, qui ne boit jamais, commence à aligner quelques vodkas. Très vite, l’humour (un peu jaune) reprend ses droits. Nicolas nous quitte tôt (étonnant ? ;-)). Nous allons dîner Boulevard Saint Germain. De retour à la péniche, je regarde l’assemblée nationale et la tour Eiffel du hublot de ma cabine et je suis frappé une nouvelle fois par la beauté de tout cela. Ce sera le seul bon moment de la journée.

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Résultats du premier tour (votes électroniques), mercredi 29 juin

Levés tôt car nous avons gardé le programme de travail, malgré les mauvais résultats du vote papier. Nicolas arrive dès 8h30 sur la péniche. Puis rendez- vous à 12h pour un média-training avec Denis Muzet. Nicolas en a enfin accepté le principe, alors qu’on tentait sans succès de lui vendre depuis des semaines. Il s’agit de préparer l’interview en direct au 19-20 de sur France 3 (FR3, comme dirait Nicolas) - interview qui sera d’ailleurs annulée en raison de la libération des journalistes otages de la chaîne - et le débat du second tour. Nous avons préparé les sujets avec Pascal. La première question du média- training est sans détour : « Nicolas Hulot, les résultats du premier tour montrent l’échec de votre candidature. Soutiendrez-vous la campagne d’Eva Joly ? ». Nicolas attend de longues secondes avant de répondre un peu convaincant : « On verra. Je n’en suis pas sûr ». Comme d’habitude, Nicolas dit tout simplement la vérité. Je lui demande, pour une fois, d’essayer de mentir un peu, comme le font si bien et si souvent les hommes politiques classiques, et de dire que oui, il soutiendra la campagne d’Eva Joly. Même si je n’en crois rien.

Retour à la péniche où nous rejoindra Florence Hulot. A la chocolaterie, au même moment, un scénario volontairement hollywoodien. Il faut réunir 3 des 5 clefs USB portées par Philippe Meirieu et les 4 mandataires des candidats pour ouvrir les votes électroniques. Pourquoi 3 ? Pour éviter que Stéphane Lhomme ne puisse tout bloquer. Il a déjà tellement pourri la primaire. Sur la péniche, nous recevons les résultats par texto. D’abord le taux de participation, les résultats papier, puis quelques longues minutes après, le résultat final.

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Eva 49,75 %, Nicolas 40,2 %. Fermez le ban. Forcément le silence. Et Nicolas qui s’assoit seul de longues minutes sur le pont de la péniche, face à la Seine là où il aurait sans doute voulu être face à la mer. Il parait si seul et si fragile à cet instant.

la Seine là où il aurait sans doute voulu être face à la mer. Il parait

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Tout le reste de la troupe arrive à la péniche. Et nous nous retrouvons à une grosse quinzaine, autour de Nicolas, à discuter de ce qu’il faut faire. Une alternative : se maintenir ou non. Avec Pascal et Jean-Paul, devant l’écart, nous conseillons à Nicolas de prendre acte, d’appeler à voter Eva Joly au second tour afin de donner la plus grande légitimité à la candidate et de se déclarer « disponible » pour la suite. Cela laisse toutes les portes ouvertes, et on sait que l’histoire chez les Verts a réservé de grands rebondissements pour les candidats heureux ou malheureux des précédentes primaires. Tous les autres participants poussent Nicolas à continuer, certains avec même l’espoir d’un retournement (pourtant impossible) des votes. Certains avec de vrais arguments (il faut respecter les électeurs), d’autres en utilisant des métaphores sportives qui me resteront en travers de la gorge (un match de tennis, c’est en cinq sets, regarde Tsonga a battu Federer cet après midi après avoir été mené deux sets à zéro).

Jean-Paul doute.

Nicolas décide d’y aller.

Avec Pascal, nous touchons le fond, incompris et esseulés.

Je décide de quitter la péniche et de revenir à Nantes, afin de ne pas faire subir à la petite troupe mes ondes négatives. Car vraiment, ce second tour, je ne le sens pas, mais alors pas du tout. Les jours qui suivent me conforteront.

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La campagne de second tour

Je vis à distance ces quelques jours pénibles.

second tour Je vis à distance ces quelques jours pénibles. Je suis en effet en session

Je suis en effet en session budgétaire (deux jours et une nuit) au Conseil Régional au moment du débat de second tour. Je suis à la tribune à l’heure précise où Nicolas et Eva commencent leur dernier round. Certains de mes collègues du groupe EELV préfèrent suivre d’un œil le débat de Grenoble sur leur ordinateur portable, plutôt que de m’écouter religieusement ;-). Au cours de mon intervention, j’évacue tout mon stress en chargeant lourdement l’opposition régionale, en fustigeant la politique éducative désastreuse de Luc Chatel ou les propos inacceptables de certains de leurs responsables politiques. Grosse ambiance dans l’hémicycle. La droite est très énervée par mon discours et, pour se venger, me balance quelques lourds missiles sur la défaite de Nicolas. Les copains de la majorité (et notamment les socialistes) m’envoient des dizaines de textos pour me dire qu’ils sont contents de me retrouver en forme. Tout cela fait du bien, le combat politique retrouve son sens quand il s’agit de s’opposer au gouvernement et à l’UMP.

Les jours qui suivent sont difficiles à vivre. Je passe d’un coup du « trop » au « vide ». Il faut encaisser la défaite. Nicolas fait quelques interviews et commence à taper plus directement sur Eva Joly et sur les pratiques peu honorables de son équipe. Mais c’est trop tard pour le faire.

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Notre-Dame-des-Landes, samedi 9 juillet

Nicolas avait pris l’engagement de venir au rassemblement annuel de lutte contre le projet d’aéroport. Malgré le mauvais score du premier tour, il décide d’honorer sa promesse, alors qu’il sait très bien que le moment va être particulièrement difficile.

J’arrive quant à moi sur le site dès 13h car je participe à un débat sur la nouvelle croissance. Les questions sont nombreuses et on me taxe à trois reprises de suite de capitaliste. C’est la première fois de ma vie d’ailleurs. Je tente d’exposer qu’une révolution fiscale serait un pas important vers une croissance plus durable. On me dit que je suis complice du système. J’avance l’idée, proposée par les experts de la Fondation Nicolas Hulot, d’un financement par la banque centrale européenne de la conversion écologique. On me dit que c’est le traité de Maastricht qui est à l’origine de tous les problèmes et que ceux qui comme moi avaient voté pour ce traité portent la responsabilité de tout cela. Je me dis que l’ambiance est à la rupture, à la radicalisation, que je n’arrive pas à comprendre tous ces gens qui trouvent EELV trop mou et qui crient « révolution » sans rien proposer derrière.

Nicolas arrive, ponctuel, à 15h45. Je vais l’attendre à l’entrée du parking. Dès qu’il descend de voiture, je vois qu’il est de mauvaise humeur. Nous rentrons sur le site, passons devant quelques stands. Un jeune s’approche et crie :

« Hulot, Collabo ! ». C’en est trop pour Nicolas qui l’accroche par le bras :

« retire cela ou je te mets un coup de boule ». Le jeune, surpris de la réaction, paraît nettement moins sûr de lui et bredouille quelques débuts d’excuses. Nicolas le laisse partir et se tourne vers moi, froid : « ce genre de choses, j’aurais vraiment voulu qu’on me l’évite ». Ambiance.

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Nous traversons le champ et arrivons à quelques mètres du stand du point presse où Eva Joly est déjà arrivée. Nous discutons avec Gilles Denigot, Sandrine Bélier et Yoann Hendryckx. Aucun de nous n’a vu arriver le connard qui tenta de renverser un seau d’épluchures de carottes sur la tête de Nicolas. Ce n’était pas un écologiste, ça c’est sûr, car tous les écolos savent que les biodéchets se mettent dans le compost et pas sur les hommes politiques. Alors oui, j’ai eu a posteriori une certaine culpabilité. De n’avoir pas anticipé, alors que quelques jours avant, j’avais pensé à l’accueil chaud réservé à Daniel Cohn Bendit à l’occasion du déplacement en bus avec nos stars sur le site l’été dernier. De ne pas avoir prévu plus de monde autour de Nicolas, même si nous étions quand même quatre au moment de l’agression.

Nicolas lâche quelques phrases acerbes aux journalistes qui se délectent de l’événement. Il en a ras-le-bol, veut repartir immédiatement et me demande d’organiser son évasion. Je temporise pour qu’il reste au moins jusqu’à la fin de la conférence de presse. Pas facile de s’échapper car pas de porte dérobée dans le chapiteau où nous nous trouvons. Nous attendons que les caméras se dispersent mais comme d’habitude, c’est Nicolas qui les intéresse.

Après de longues minutes, nous tentons un départ discret. Raté, les caméras nous suivent, nous poursuivent, alors que nous rejoignons le parking. Nicolas me dit qu’il veut prendre ma voiture plutôt que la sienne. Nous montons dans ma Fiat punto (119 gCO2/km, classe B), je démarre et recule, bute contre une ornière (le parking est un champ, ce ne serait pas arrivé dans un parking Vinci) et cale. C’est sur cette image, qu’au journal télévisé du soir, le reportage sur les événements de la journée finira avec ce commentaire assassin : « A Notre Dame des Landes, la campagne de Nicolas Hulot a définitivement calé ». Promis, c’est la dernière fois que je cale devant huit millions de personnes. Parce ce que, après, tu en entends parler souvent, très souvent !

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Le 12 juillet et les jours qui suivent

Eva Joly 58 %, Nicolas Hulot 40 %.

L’entourage d’Eva Joly me propose à quatre reprises d’intégrer l’équipe de campagne de la candidate. Je refuse, car je ne crois pas vraiment à cette candidature (même si j’ai un grand respect pour Eva et son parcours) mais aussi parce que je sais que je n’arriverai pas me lancer dans une telle aventure sans un minimum de passion. Je refuse en remerciant, parmi ceux qui me le proposent, ceux que j’estime : Yannick Jadot, qui malgré son trop grand attrait pour les médias, est un type bien (et j’ai une dette envers lui, une caisse de Chinon que je lui avais promis pour qu’il vienne me soutenir à Saumur pendant la campagne des régionales et que je ne lui ai jamais offert, comme quoi, Yannick, il ne faut jamais croire les promesses des hommes politiques) ; Pascal Canfin, autre euro- député dont j’apprécie le sérieux et la compétence ; Damien Demailly qui lui aussi fait avancer la cause.

Je garde par contre une rancœur particulière pour Sergio Coronado, le directeur de campagne d’Eva Joly. Il a aligné et orchestré, avec la complicité de Noël Mamère, François de Rugy et Patrick Farbias, les coups bas contre nous. Donc, je réponds un peu vertement à ses propositions par un texto du style « jamais je ne travaillerai avec un naze comme toi ». Pas très diplomate mais terriblement sincère. Je n’ai rien en commun avec des écologistes de ce type. Mais plus que le comportement de Sergio Coronado et de quelques uns de ses compères, ce qui m’a profondément choqué finalement, c’est que tout le monde a laissé faire. Que beaucoup, même parmi la garde rapprochée d’Eva Joly, nous appelaient pour nous dire qu’ils n’étaient pas solidaires de ces attaques. Mais au final, personne ne s’élevait publiquement ou essayait d’arrêter cela. Alors qu’on était si loin des valeurs de l’écologie politique.

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Fête Nationale, 14 juillet

Tournoi de volley aux Ponts-de-Cé, comme j’en ai d’ailleurs fait pratiquement tous les dimanches en mai et juin. L’occasion chaque fin de semaine de faire un « RESET» et de retourner dans la vraie vie, avec mes ami-e-s du volley, à prendre du bon temps. De se retrouver physiquement aussi. Un monde à l’opposé exact de la politique, avec des relations simples, où je me rends compte aussi à quel point, vu de l’extérieur, personne ne comprend les psychodrames internes des verts. Pour cela, je comprends parfaitement le rôle du kite-surf dans l’équilibre de Nicolas. Premier tournoi gagné de la saison d’ailleurs. J’en profite pour envoyer un message à Nicolas pour lui dire que j’avais plus d’avenir dans le volley que dans la politique. Réponse immédiate : « Pour moi, la politique telle qu’on l’a vécue depuis trois mois, c’est no way !». La douleur de la défaite est encore là.

Pendant ce temps, Eva Joly est au centre de la spirale médiatique avec son idée de défilé démilitarisé. Le coup médiatique est beau (même s’il n’était pas préparé), les journaux n’ayant comme d’habitude que peu de sujets à traiter à cette période-là, les rédactions s’affolent et François Fillon donne un coup de main majestueux au buzz avec ses déclarations pratiquement racistes sur les origines étrangères d’Eva. Mais je ne suis pas fan de ce genre de comm’, et pas seulement parce qu’il met en scène celle qui nous a vaincu. Le problème est que c’est l’accessoire qui est mis en avant. Ce n’est pas du défilé du 14 juillet dont on devrait arriver à parler, mais de la politique militaire de la France. Ce n’est pas en victime de Fillon qu’on devrait se poser, mais en adversaire politique et en proposant une alternative. Mais j’avoue, la critique est facile.

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Le dernier texto

« Appelle-moi, je te dirai ». C’est par ce texto que Nicolas m’informa que sa décision était prise. Je rappelle immédiatement. Même s’il se laisse encore quelques jours de réflexion avant de l’annoncer, il ne devrait pas être présent aux journées d’été d’Europe Ecologie les Verts.

Mais ce n’est en aucun cas la fin. Il reste tant de combats pour l’écologie et la justice sociale. Et tant de manières de les mener. A nous, toutes et tous, d’écrire la suite. Go !

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Matthieu Orphelin est ingénieur Centrale Nantes et Docteur en énergétique de l’école des Mines de

Matthieu Orphelin est ingénieur Centrale Nantes et Docteur en énergétique de l’école des Mines de Paris. Il est directeur à l’ADEME, l’agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (en congé pour mandat politique). Tête de liste d’Europe Ecologie les Verts dans le Maine et Loire pour les élections régionales, il devient, en mars 2010, Vice Président de la Région des Pays de la Loire en charge de l’éducation et de l’apprentissage. En 2011, il fait partie de l’équipe de Nicolas Hulot pour la primaire de l’écologie.

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