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Rétif de La Bretonne, Nicolas-Edme (1734-1806). Le pornographe, ou Idées d'un honnête homme sur un
Rétif de La Bretonne, Nicolas-Edme (1734-1806). Le pornographe, ou Idées d'un honnête homme sur un

Rétif de La Bretonne, Nicolas-Edme (1734-1806). Le pornographe, ou Idées d'un honnête homme sur un projet de réglement pour les prostituées, propre à prévenir les malheurs qu'occasionne le "publicisme" des femmes, avec des notes historiques et justificatives. 1769.

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.0C0M0T1VE

COMFÛUND

1 A

LE

GÉ!

GRAND

r

de la Société hanovrienne

Fia. 1. relevaUon. latérale.

ÎJDËES

PREMIÈRE

SINGULIÈRES*

PARTIE.

É~

~ORNOGllAPH}z~

ou

IDÉES

D'UN

UN

PROJET

HONNÊTE-HOMME

SUR

DE RÈGLEMENT; POUR

\ES

PROSTITUÉES,

Propre à prévenir

les Malheurs

qu'occasionne

le Publicifme des Femmes:

DES NOTES histoh^ues

V

AVECc

ET JUSTIFICATIVES.

Prenei le moindre mal

un bien.

pour

Machiavel,Livredu Prince cap. XXI

^ONDRES,

Chez Jean Nourse,

Libraire, dans le Strand,

G

L

o s s E junior, ,&Pinet,

A

A

HAIE,

Librairesde S. A. Sa

M. DCC, LXI X,

IDÉES SINGULIÈRES.

PRÉFACE DE l'Éditeur.

àJlDÉE de cet Ouvrage nefi

pas nie dans une teteFrançaifet il y a tout lieu de préfumer

qu'un Manufcrit anglais 9 que quelquesperfonnes de Londres ont vu eft le type fur lequel on s'efl modelé.Le premier Au- teur fe nommaitLewisMoore

yoicifon hijloire.

UN Anglais, jeune opu-

voulut voir le

lent, bienfait,

monde & fe former à l'école de toutesles Nations de l'Europe il vint à Paris. Cette ville lui

A5

parut bien audejfus de fa zt~ nommée tout le convainquit,

que le Paradisque

promet

à

fes Elus

Mahomet

riejl rien

en comparaison de la Capitale de la France pour un homme

qui peut y répandre l'or a. plei- nes mains. Durant cinq années,

il ne put fe réfoudre à quitter ce féjour enchanteur. Cepen- dant fes revenus, quoique con- jîdérables étaient bien infé-

rieurs àfadépenfe: les fantai- sies d'une principale Maîtrejfe en abforbaicnt les trois quarts. Ilfe vit enfin dans la nécejjîtéde faire une réforme illa commen-

çapar cette femmecapricieufe

enfuite il s efforça de remplir le vide que ce facrifice laiffait dans fon cœur par des plai- firs faciles, variés, & qui coû- taient moins. Ce fut ce qui

acheva de le perdre. De hon- teufes maladies Vaccablèrent caduc à trenteans9, il retourna dans fa Patrie gémir de fez erreurs ce fut-là qu'il entre- de tracer un Plan de ré-

prit forme 9 dont il ne deyait pas

profiter. Il mit à la tête de fon Projet ravis quan-valire.

Je fus libertin 5 je ne le fuis plus. »» A peine au milieu de ma carrière,

la fin. Des plaifirs fort fuivis dé maladies Ion-

» j'en aperçois courts, font

A4

» gués ëc cruelles. J'ai eu recours aux

» antidotes, à ce minéral piaffant, qui

« porte le nom de la Planète la plus *> proche du Soleil aux Charlatans 5-

v

*>d'être utile aux autres, en rendant

«

hélasï envain. Ne voyant plus rien

à faire pour moi-même, j'ai réfolu

publiques mes idées fur les moyens

de diminuer les inconvéniens d'un certain état qui révolte la nature',

mais que je fens bien qu'il eftimpok

»

»

y

fible d'anéantir. Puifîe-t-on,

Étabiiflement utile, prendre le mal

un,

par

»

» à fa fource & préferver d'une ma- s* nière efficacenos jeunes Citoyens a? de ce venin deftrndeur qui va me

« faire defcendre au tombeau ï Je

» déclare que je

» mon bien pour y contribuer, fi

» jamais Ton fe réfout a réalifer mes

¥.i^ées.

laiffe la moitié de

L!lw MQ.O!\t~

Suivaitfort Projet }prefqu%en mm femblable à celui du Français il h terminait ainjz ]

[

« S'il eft quelquefois permis à un « iîmple Citoyen de propofer fes

» idées pour le bien général ce n'eft

« fans doute que lorfqu'il le fait » avec tout le refpe£fc dîl au Gou-

» vernement fous lequel il vit & « quand il a fujet de craindre que >» les abus dont il defire la réforma- is tion ne tendent à le priver de fa »» plus douce efpérance, d'avoir des

» enfansfains robujies & vertueux».

Tel cfl aujfz mon but

9 en

donnantcetteEdition d'un Pro-

jet femblablex que fin Auteur allait enfevelirpour toujours. dans lobfcuritê. Les honnêtes- gens%en regardant ma dêmat-»

che commeun effet de mon %ele & de mon amour pour l'huma.

nité, ne feront que me rendre jujiice.

L Ouvrage compoféde onze Lettres, trouvedïvifêen cinq le Pre-

au § Dans

lVmcLettre.parties,

mier, on avoue ta ne'cejjité de tolérer les Projlituées dans la Capitale & les autres grandes Villes d'un Royaume.

Lettre.

Le Second renferme un détail -des inconvéniens inféparabtes

de la Pro

de la Projlitution

flitut'on,1 m' eme,

même en

-en

fuivant le Plan tracé. On parle

enfuite de ceux qui l'accompa- gnent aujourd'hui, & le Lee-

reur conviendra qu'il font ef

fiayans.

On propofe le remède dans VImtLettf(!r.

le Troisième § qui contient le Règlement. On y verra qiiune JMaifon publique, bien admi-

tou-

ra/femblerait tou-

nijlrée, 1

niflrèe qui _femblera'

tes ces malheureuf es le /cau- dale de la Société, pourrait fe foutenir par elle-méme; dimi-

nuer l'abus que la fagejje des Loix tolère fans amener aucun des inconvéniens qu'une réforme

d'un autre genre occajîonne- rait & contribuer au rétablif- fement de la décence& de l'hon- nêteté publique dont ilfemble

que les mœurs s'éloignent in- fenjîhlement.

vn^JUttïe. Le S IV.me répond aux Ob- jections; éclairc'a étend quel- ques Articles.

Xl^Lettre. Dans le V.meon récapitule la Recette S la Dépenfe.

Cejl par ces cinq §§, que

Fonprouvelapropofition, Que

rÉtabtiffement

outre l'avan-

tage que les hommes en reti-

reront pour conferver leur

fanté, leurs

leurs moeurs peut encore être utile d'une autre manière.

biens, & même

Dans le coursde F Ouvrage, placé quelques Notes peu conjîdérables il s'en trouve d'autres beaucoupplus impor-

on a

tantes, que ton a détachéespour les renvoyer à la fin; elles for- meront comme une Seconde Partie. Les Lecteurs y ver-

ront quelques traits hijloriques fur les mœursdes Anciens; l'o-

rigine & l'état de la ProJîitU' tionche^ les premiers Peuples fon état aclutl des exemples d'abus révoltans parmi nous la manière dont les filles publi-

ques ont été gouvernées dans le moyen âge Onfe convaincra

que ces viles & malheureufes créatures ne furentpas toujours abandonnéesà elles-mêmescom-

me aujourd'hui. Maisferait- il pojfibleque les foins du digne t& vigilant Magifirat qui gou-

~erne la Capitale de la France~ defcendi~ent dans les détails minucieux & dé~-oictansqu'exi- ge le nombre trop confidérable des Débauchées ?

Fautes à corriger.

Page *!4) ligne 17, foin, Zife~ fein.

186, Iigne 9 le monde, li~'e~ ton monde.

~6

ligne antépénultième, un,Corps-de-garde, lifet

un fécond Corps-de-garde. s76, ligne 16,7.,74'3>/000,

rctranche~ un o.

LE

L E

PORNOGRAPHE, OÙ LA

PROSTITUTION

RÉFORMÉE.

Fragment

d'une

e

Lettre

de madame Des Ti anges

»

»

à fort mari,

Paris, éayril i?6,t

\J? VI

j'en fuis très-

contente 5 monélève foutienti'éprett- ve à merveille. L'honneurl'emporte

| I Partie,

B

dans fon âme fur l'habitude du vice;

Il me difait hier, qu'il me trouvait

charmante, mais que

pourmonfieur Des

fon attachement

Tianges ne lui

de

voir dans la femme

permettait d'un ami

fi vrai,

qu'une fœur chérie. Efpérons tout,

fi refpeftable

mon aimable ami, d'un coeur qui

fans doute était fait pour ne s'égarer

Les fuites fâcheufes qu'ont

jamais.

eu fes premiers defordres, l'auront

dégoûté

qu'elles

trop qu'il defirerait qu'on mit dans les mœurs fur cet article. Lorfqu'il ren- de ces viles créa-

roulent

il eft certain, au moins, l'ont effrayé. Ses entretiens fouvent fur la réforme

contre quelqu'une

tures

il friflbnne enfuite la rou-

teur & couvre fon front. Il ne faudrait

amour honnête légiti-

plus qu'un

me, pour le bien.

achever de l'affermir dans

Dès que je croirai le pouvoir

faire fans imprudence,

rai au couvent

t'efï auffi chère qu'à

heur

augmentera fûre que D'Ji{an veut.

je le condui-

&I/rfule. Ma fœur

moi; fon bon-

le

nôtre, & je fuis le fera, s'il le

°

a

v

1

e

e

a

v

e

e

v

s

·

v

v

v

• Jeferai, cher bon ami, toute ma

vie glorieufe du titre de ton époufe, heureufe par celui de ton amante.

Adélaïde,

Bi

Seconde

Lettre,

De D'A l 2, an,

à

Des

Ti

an

ges.

Paris, io avril i?6t>-

*5 aïs- tu, mon cher Des Tian-

ges, que ton abfence eft trop longue? Quoi nouvellement marié, à la plus aimable. à la plus féduifante des femmes, tu ne t'effraies pas de trois grands mois! En vérité, mon cher je trouve ique fi ce n'eft pas avoir trop de confiance dans la vertu de ta charmante époufe, c'efl au moins

en avoir beaucoup trop en ton me- rite. Dans le fiècle où nous fom-

mes

Mais y fonges tu de notre tems Pénélope n'eût pas tenu huit jours, & Lucrèce n'au-

rait été qu'une coquette des amans

toujours à table toujours ivres, ob- jets bien féduifans le groffier S ex tus la menace à la bouche, un poignard

à la main fi ce féroce attentat fe-

rait aujourd'hui trouver une Lucrèce dans une fille de l'Opéra. Nos mœurs polies font bien plus fatales

à l'honneur des maris nous avons fecoué le joug des préjugés la

.fidélité conjugale n'était déjà plus

grand's- mères on fe

la vertu de nos

marie comme on fait un compli«

parce que c'efl: l'ufage; mais, dans le fond, l'on ne tient guère plus l'un à l'autre

qu'auparavant. Rien de plus com- mode il faut avouer que la fociété s'eft montée fur le meilleur ton; dans un demi-fiècle les fingu-

lières chofes que l'cn pourra voir dans

ment de la nouvelle année

un demi-fiècle Vous ne êtes pas mariés de la forte, la belle

vous

B î

Adelaïde 8~ toi vous vous êtes epoufés tout-de-bon j'en gémis en vérité. Une femme, jeune plus touchante que les Grâces vive

enjouée, faite pourrie monde & pour l'amour vit dans la retraite

parce que fon mari eft abfent fou- haite imbécillement fon retour)

compte les femaines les jours) les heures qui doivent s'écouler en- core fans le voir, tandis qu'elle pour-

oui, qu'elle pourrait imiter

rait.

les autres, ne t'en déplaife. Je n'en- treprendrai pas de la persuaderj je la crois incorrigible. Mais, fi je le vou- lais, que j'aurais de belles chofes à

lui dire Premièrement) je citerais les Grecs, 8~ je lui dirais avec em- phâfe Les Lacédémoniens, ce peu-.

ple fier courageux,

l'exemple du genre humain, penfaient ~omme a préfcnt, les femmes.

l'honneur &

Sparte, étaient

Et je le prouverais

la main. De-là je viendrais au fiècle

poli d'Auguftej i je lui ferais voir des

communesà tous;

un Plutarque à

Livie, paffant, quoiqu'enceinte

dans le lit de

l'heureux tyran de Rome je lui montrerais les Romains, ces conque-

bras de fon époux

rans du monde, fe fefant un jeu du divorce & de l'adultère leurs fem-

mes s'élançant avec intrépidité par-

deffus les quatorze

rOrcheftre

rangs defiêges de

(*)>pour aller ramaflèrun

(*) Domina

ufque ab orcheflrâ qua-

tuordecim tranfilit & in cxtremâ plèbe- quant quod diligat. Ego adhuc fervo num- qucrnifuccubui. Viderint matronœ quce

fiagdlorum vejligia ofculamur ego etiatn ,Jî ancilla fum umquam tamen nifi in eque-

jlribusfedeo

Ne hoc diijînant^ ut am-

plexus meosin crucem mittam Petron.

B 4

faquin dansla lie du peuple. Agrippi- ne, Julie oubliant le titre de mères. Mais c'en eft trop, & la raillerie va plus loin que je ne le voulais. Ta chère Adélaïde ne verrait dans ces

exemples trop fameux, que l'huma- nité dégradée indignement avilie fous les pieds fangeux de l'altière

impudence. Voila comme en tout tems les hommes ont fubftitué une licence

injufte effrénée, à une généreufe liberté. Il eft cependant des fiècles où les vices font plus gazés parce qu'on en rougit encore d'autres où on lève fcandaleufementle mafque.D'où

vient donc aujourd'hui nos mœurs fe raprochent-elles plus ouvertement de cet excès d'indécence où elles fe montrèrent à la chute de la Répu- blique romaine ?5

Sans répéter

ce

epe

l'on

a mille

Fois redit, que plus les hommes fe

trouvent raffemblés en grand nom- bre, plus les fortunes deviennent inégales & par une fuite néceffairee plus les mœurs font molles, effémi-

dans les uns baffes3

nées, déréglées

autres; j'en

ferviles, faciles à corrompre dans les

vois une caufe plus pro-

Ceft la Proftitution, telle

chaine

qu'elle eft tolérée parmi

davantage nia & nous

penfée cauferons. Je vais employer le refte de

mon papier à te parler de ta chère,

nous.

Je te déveloperais

mais tu reviens

de ta

refpe&ableépoufe.

Nous fommes prefque toujours en»

femble, comme tu nous l'as recom-

mandéj & le fruit que

fréquens

entretiens,

dignes

tiré de nos

j'ai c'eft: que je fuis

enfin convaincu qu'il y a des fem-

mes

d'être adorées, moi qui

ne croyais,pas qu'il en fût de vrai-

ment eflimables. Injufte prévention dont je rougis, & que je veux expier en fefant un choix comme le tien.

Madame Des Tianges ne m'a pas

converti par des fyllogifmes des raifonnemensj mais par fa conduite:

elle m'a ouvert fon cœur

quel tréfor d'innocence de ten-

dreffe de générofité

a excité mes defirs; mais je ne te l'ai

pas envié mon ami tu en es trop digne. Et puis, pour te dire la vérité fans aucune réferve, je viens d'ap- prendre que ton époufe avait une fœur aimable comme elle cela m'a rendus clairs certains propos de madame Des Tianges, je n'avais rien compris. Demain nous devons aller au couvent de cette jolie Re-. clufe je la verrai l'impatience je fuis de lavoir me furprend; je crois cela d'un bon augure c'eft elle fans

ô ciel

Ton bonheur

doute qui félicité

avant d'être reçu chez ta vertueufe

epoufe. Hâte-toi de revenir, mon

bon ami je

quelqu'un qui parle en ma fa-

veur. PuhTé je joindre

nom d'ami dont tu m'honores, le titre de frère Je fuis tout à toi 9 mon cher.

doit me faire goûter

cette

dont je n'avais pas d'idée

vais avoir befoin de

un jour, au

D'Alz a n.

r--

Troisième

LETTRE.

Du même.

ao avril.

EST-CE

CI

if st-ce tout-de-bon

tout-de.bou,

tu ne

tU ue

que viens pas encore? Ah! mon ami,

peut-on vivre fi longtems éloigné de ce que l'on aime? L'amour & l'ami-

tié reclament également leurs droits violés. Des affaires tu as des affai- res 3 dis-tu?Eh-bienj.onles laiflè-là

devenir ce qu'elles peuvent, & l'on revient auprès de fa femme, & d'un ami qui a befoin de nous. A- la di-

que

gnité avec laquelle tu parles de ces affaires qui te retiennent, et dans quel pays encore ? en Poitou ne femblerait-il pas qu'il s'agit de ta fortune ou de ta vie? J'ai vu la charmante Urfule. Ah t

L

/J

DesTianges, je t'aurais accusé d'il1":

juAice de m'avoir caché un fi rare tréfor, fi ma confcience ne m'avait crié que j'étais indigne d'elle. Mon

bon ami, que j'ai eu de plaifir à cette

entrevue

arrivés, le tour s'en: ouvert, Urfule eft venue, & les deux charmantes foeurs ont volé dans les bras l'une de l'autre i elles fe font carénées longtems ainfi que detendres colom- bes. Enfuite ton aimable compagne m'a préfenté a fa faeur comme ton ami & le fien. Je n'étais guère à moi le trouble dont je n'ai pu me défendre m'avertinait que je venais

Des que nous avons été

de trouver mon vainqueur, & que le beau-fexe allait être vengé. J'ai

voulu faire un compliment je n'a- vais pas le feus-commun. Madame Des Tianges a ri de tout fon cœurs & tu fais comme elle eit .jolie lorf-

qu'elle rit; Urfule rougiflait > & totî ami déconcerté, a gardé le filence. Je me fuis pourtant remis au bout d'un

moment & dès que j'ai cru pouvoir laifTerparler mon cœur fans montrer

d'efprit, je me fuis exprimé de manière à faire honneur à tous deux: au moins

eft-ce-làce

que m'a dit obligeamment

ton incomparable époufe. Que dis- je, incomparable! oh le mot n'eft plus de mife je l'aurais dit hier en-

core fans fcrupule) mais à préfent. Mon ami Urfule lui reffemble trop

bien pour ne pas l'égaler

parle

fule,

Elle

de toi, cette charmante Ur-

avec des éloges! je fuis fur

qu'elle déférera à tous tes avis. R.e^

viens donc, mon cher reviens pour

ladifpoferen aurais des remords. Car

tant

ma faveur.

Pour-

j'en

ta petite

que tes occupations à Poitiers font ,

fceur vient de m'aprendre

S

dignes d'un cœur comme le tien 3

qu'en vérité je me fais un fcrupule de priver de ton appui ces pauvres orfelins dont tu règles les affaires dont tu défens les droits. Tu le voisj je commence à marcher fur tes traces. Voila le premier effet des fentimens que m'ont infpiré les char- mes de l'aimable Urfule.

Cependant, envelopé dans ta ver- tu, tu t'ennuies, & je fuis fur que tu, nous fouhaiterais tous auprès de toi. Nous le voudrions bien auffi. Mais puifque les devoirs que ton

époufe remplit ici auprès de t-es-pa- rens, rendent la chofe impolîîble? .a je vais tâcher- de vaincre ma parefië

naturelle & de répondre à l'invi- tation que tu me fais de traiter le

point de morale que j'entamai dans ma dernière lettre.

Je te difais Çx je m'en râtelle

J

bien, que nos mœurs pourraient cle* venir indécentes, & qu'elles font

ires-corrompues j'avançais que la manière dont les filles publiques & entretenues vivent dans la capitale

& dans nos grandes villes mêlées par-

mi nous, en était une caufe prochaine.

Puifque j'écris pour te defennuyer je

ne ferai pas une DifTertation mais je tacherai de mettre de l'ordre dans ma

Pôrnognomonie( i) autant qu'il faut pour en être entendu. Je te vois fourire le nom demi- barbare de Pornographe ( 2) erre fur tes lèvres. Va, mon cher, il ne

m'effraie pas. Pourquoi ferait-il hon- teux de parler des abus qu'on entre- prend de réformer.

(1) Ce mot grec fignifie La Règle des Lieux de débauche.

(2) C'eft-à-dire, Écrivain qui traite de la Proflitution,

La

LA PORNÔGNÔMÔMÏË*

J. U lé fais, mon cher il eft une

maladie cruelle, aportec e.nx Europe de 111eHaiti (*)par ~r~ofe C'vlomb~

& qui fe perpétue dans ces mal-

heureufes que l'abord continuel des

Étrangers rend comme nécefTaires

(*) Haïti, à préfent Saint-Domingue rune des Antilles, où la grojfefœur de la petite-vérole eft endémique &c comme natu» telle foit par la qualité des alimens, là chaleur du climat, ou l'incontinence des anciens habitans. C'eft ainfi que l'autre fléau

nommé petite-vérole eft propre à Y Arabie il en fortit par les conquêtes de Mahomet}

les Croifés Importèrent en Europe en rêve- nant de la Terre-fainte de tels font les fruits que le genre humain a retirés des Croifades & de la découverte du Nouveau*

r

monde.

w

I Partie.

C

dans les grandes villes

Ceft ainfi

la nature mère commune de

que tous les hommes, fembla, dès les

premiers inftans d'une injufte ufur- pation, vouloir venger les droits des

frères, fur des barbares qui dépouil- laient d'un patrimoine facré leurs propres frères. Punition auffi jufte

doit faire regar-

qui

der comme les fléaux du genre hu-

main, ces prétendus héros, à qui notre hémifphère ne fuffifait pas.

Les anciens n'étaient pas moins am-

bitieux que

beaucoup

nous ji mais ils furent

que

terrible &

plus fages ils avaient été

les

temps fur différentes

jetés par

côtes

gros

de l'Amérique $ ils ne firent

aucun ufage de cette décou- Eh qui fait la vraie raifon

verte

de cette maxime effrayante qu'ils établirent enfuite, qu'on ne pouvait pafler la Zone torride fans mourir î

pourtant

Leur expérience, moins fatale quâ la nôtre les avait fans doute inf- truits ceux qui furent infe&és du wirus vénérien foit dans les îles ou dans le continent du nouveau-mon-

fans le communiquer $

de, périrent

eurent la bonne foi d'en

parce qu'ils faire connaître à temps les horribles

ravages. Mais fût-ce un préjugé que cette terreur qu'avaient les Anciens il était heureux: plût au ciel que dans ces derniers tems, il eût arrêté le premier infenfé qui ofa traverfer les mers 1

Puifque le mal eft fait, il ne s'a- gît plus que d'y trouver le remède.

De deux moyens qui fe préfentent

celui de fépa rer de lafociété^ comme autrefois les lépreux *r tous ceux que

h contagion a attagués ticable qu'à l'arrivée du

n'était pra- virus d'Haiti

Voye\ la

note (Aj

fin. }

à U

en Europe 5 le fecond qui confifterait

tl

rtietrre dans un lieu oû l'ott puz~"e répondre d'elles, toutes les FILLES UBL 1 g I7LS eft d'une exécution moins difficile: il eft le plus efficace3

le plus important puifque ce ferait le mal à fa fource. Un Rè-

prendre glement pour les ProÍ1:ituées) qui

procurerait leur féqueflration, fans les abolir, fans les mettr e hors de la

portée de tous les étais, en même tempsqu'il rendrait leur commerce, peut-être un peu trop agréable, mais fûr, & moins outrageant pour la nature un tel Règlement, dis-je, aurait, a. ce que je pente, un effet

immancable pour l'extirpation du vi- rus & produirait peut-être encore d'autres avantages qu'on eft loin

d'en

du dernier degré de la corruption dans les mœurs, ferait le chef-dceu- vre de la fageffe humaine, une imi- tation de la Divinité.

attendre Faire naître un bien

L'honnête-homme, citoyen des

grandes villes, y voit à regret régner

les plus faints de

ces plaifirs

tes

l'abus des plaifirs

deftinés à réparer les per-

que fait chaque jour le genre

humain. Cet abus» toujours toléré,

quoique fes épouvantables

enlèvent tant de fujets

un écueil, où fe brife la fageffe de nos loix. Tous les foins & toute la

prudence d'un père fage ne peuvent

garantir du péril reils entraînent,

& que leur malheur

même n'inftruit qu'à demi s'il ne

ravages

à l'état, eft

un fils

que fes pa-

le partage. Une jeuneffe

tu le fais, mon cher,

plaifir

débordée*

court après le

& ne rencontre que les dou- & fouvent la- mort. Du fond

leurs,

de leurs provinces, de jeunes-gens

accourent à la

l'ambition, ou conduits par le de- voir 5.&ces âmes, novices encore >

capitale,

attirés par

Ci

fe trouvent au milieu du grand monde, au centre de la politeffe, plus expofées qu'au milieu des bar- bares & des bêtes fauvages. En effet, comment réfifteront- ils? Une fille faite au tour les agace:

un fourire charmant fe trace fur fon

minois trompeur fa gorge feule- ment foupçonnée, tente également la bouche & la main elle a la taille

fwelte & légère avec art, elle laiffe entrevoir une jambe fine, & fon petit contient à demi une mule

pied que mignone. Cependant ces attraits fé- du&eurs ne font prefque rien encore,s auprès de ceux que leur- vante une infâme vieille. Elle les aborde en

3 elle leur parle, elle les re- le miel eft fur fes lèvres le

tapinois

tient

poifon dans fes difcours, la conta-

s'exhale de fon âme impure

gion

§5ils.çonfçntent à l'entendre ils font

perdus. Elle a chez elle des filles dont la figure enchanterefîè porte dans tous les cœurs le trouble & les brûlansdefirs vous ne ferez em-

barrafîe que du choix on y trouve toutes les nuances de la jeunefle >

des tendrons, qui dans l'âge de l'in- nocence, ont acquis déjà tous les talens des malheureufes auxquelles on les a livrées. Semblables à ces

jeunes Efclaves que le Géorgien ou l'habitant de la Tartane Circajjîenne élève pour les ferrails de Perfe ou

de Turquie &qu'il inftruit dès l'en- fance à câreffèr le maître qui doit

les acheter, elles ont à la bouche tous les termes de la débauches elles en ont les lubriques attitudes,

rien comprendre. Ces apas Nature a rendus le doux apa-

nage de leur fexe ne font point encore formés } & déja un goût bru-

fans y

que la

C4

L

a

J

tal fe plaît à en abufer (*) d'inno-

(*) Il femble que les defordres les plus

révoltans, foient la tache des fièdes les plus éclairés. Voici le tableau que fait Pétrone de

la conduit? que tenait, dans la capitale du monde, l'impudique Quartilla. Encolpe de Afcylu font chez Quartilla avec Giton après que de vieux débauchés les eurent fatigués de careffeslafcives & ré-

voltantes, PJyché, fuivante de Quartilla, s'aproçha de l'oreille de fa maitrefle & lui dit en riant quelque chofe à l'oreille. Elle

répondit; Oui, oui, c'ejî fort bien avifé pourquoi non ? Voila la plus belle occajlon quonpuifje trouver pour faire perdre le pu- celage à Pannichis. On fit aujjîtôt venir cette

petite-fille, qui était fort jolie, & neparaifi fait pas avoir plus defe.pt ans. ç était la

un peu auparavant, était entrée

dans notre chambre avec Quartilla. Tous

ceux qui étaient préfens aplaudirent à cette

même qui

& pourfatis faire à l'emprejfe- chacun témoignait on donna les

proportion rnent que

ordres nécejfaim pour le mariage* Pour

tentes & malheureufes créaturesfont:

deftinées à ranimer dans des vieil- lards libertins moins laids qu'ufés

& corrompus, une volupté languif- fante, des fenfations éteintes. Le jeune homme même entraîné fé-

moi ( c'eft Encolpe qui parle ) je demeurai

immobile d'étonnement t &je les ajfurai que Giton avait trop de pudeur pour foutenir

une telle épreuve & que la petite fille n'était

pas aujflî dans un âge à pouvoir endurer ce que les femmesfouffrent dans ces occajîons* ––Quoi! répartit Quartilla étais-je plus âgée lorfque je fis le premier facrifice à Vénus ? Je veux que Junon me pùnijfe fi

je me fouviens d'avoir jamais été vierge car je n'étais encore qu'une enfant, que je folâ- trais avec ceux de mon âge; & à mefure que

je croijjais je me divertijfais avec de plus grands, jufqu'à ce que je fois parvenue à

l'âge où je fuis. Je crois que de-là ejl venu ce proverbe Qiue tuîeritvitulum5 iilapotefl & tollereîaurura.

1 duit quelquefois, pour ton coup d'eHai, commence par violer toutes les loix de la nature. Mais fi la raifon & l'humanité ré- gnant encore au fond de fon ceeur, ne fe livre au bar-

faner les boutons des

le fouffle de Zéphyre

empêchent qu'il

bare plaifir de rofes avant

que

les ait épanouies, on fera bientôt- la

Nature a formé de plus parfait.

paraitre â fes yeux tout ce que

C'eÍ1;

dont la beauté fit

trois lucres à peine

un jeune' objet, le malheur

achevés gorge naiffante, 8c fraîche encore teint de rofes &de lis. Nonchalamment étendue fur une

bergère, la déeife a choifi la po~ure

à faire fortir fes apas:

moins blanche que le

la plus propre la neige eft

deshabillé galant qui la couvre une

jupe trop courte) un peu dérangée, laine voir la moitié d'une jambe faite

au tour mollement apuyé fur tîn couffin un joli pied donne envie de -le baifer, tandis que l'autre tombe

négligeamment fur le parquet la féduifante fyrène donne à fon

fein que preffe un corfet raflem-

blant, collé fur fa taille

mouvement vif & répété, qui dans une beauté naïve, efb l'avant-cou-

reur de là défaite les Grâces vont

ouvrir fa bouche mignone fous deux

barrières de corail, on

voire & la perle

fine ce

aperçoit l'i-

un fon de voix

plus flateur que celui de la lyre fe fait entendre un bras, une main blanche comme le lait fe déploie, elle fait figne à la vi&ime d'apro- cher ce mouvement enchanteur, Pâme eft ébranlée on ne fe connaît

plus: le jeune imprudent s'avance:

déja la volupté l'ennivre les tu- multueux defirsfont bouillonner ton

fang & la Beauté même le careflelâ

Beauté perfide qui faura paraître

elle jouera fe rendre

tendre

que dis je

jufqu'à la pudeur, pour

emportement af-

bientôt avec un

feéfcé, lorfque les tranfports aveugles Succéderont aux vœux craintifs.

arrête 1

O malheureux jeune-homme

» arrête un ferpent ces fleurs {*).

eft caché fous

Hélas la vue du précipice, n'eit

pas aflez puifiante pour le retenir:

féduit par fon cœur

même &

court à fa perte. Ah s'il pouvait con-

naître le dangeri .fouhaits impuif- fans il doit payer fes tardives lumiè-

res du bien le

vertu de fa fanté.

la nature

par

par fon tempérament, ii

plus précieux après la

(*) Elles ne

font pas toujours auffi dan*:

gereufes. Voyi^ la note (A).

Les loix de la fociété, la décence, la pudeur, & fur-tout la parure, en ai- guifant les defirs font devenues le principe fecret de la Proftitutionmo- derne ainfi l'on verra des intem-

pérans & des fenfuels, tant que les mets délicats & les liqueurs fines

chatouilleront

lais friand c'eft donc à nos loix non pas à détruire cet état vil 3il fera tant qu'elles exifteront j mais à en diminuer l'inconvénient & les

agréablement un pa-

dangers phyfiques d'abord & par contrecoup les moraux. La Proftitution n'a pas à la vérité

produit la honteufe contagion qui defole l'univers mais elle la pro- page > elle en eft le réfervoir, la

fource impure, & toujours renaif- fante(*). Quand les coupables feraient

(*) Quoique cette maladie terrible foit

par les fuites affreufes

fçuls 'punis

d'une

la peine n'empêcherait

fût toujours

volupté brutale la juftice de

un

pas que ce ne

grand mal pour le-

humain. ». Mais, ô mères fa*

o .d durant tant d'années d,'

genre

ges, vous» qui cultivates avec foin ces tendres fleurs,J

l'ornement de la patrie, & les chef.

d'ceuvres de

exemples

vos filles l'amour de la vertu & d'une

chafte décence quelles larmes amè-

res vous prépare ce jeune époux que vous leur deftrnez Aveuglées par des, vertus fadices, féduites par des dehors brillans vous êtes bien loin

dans fon fein

mort; il ne s'en

la nature; qui par vos

& vos leçons, infpira.tes à

de penfer qu'il porte

la corruption & la

i

accompagnée de fymptômes moins graves qu'autrefois, il ne faut pas s'imaginer qu'elle s'anéantiffe jamais cTelie-même.

doute peut-être pas lui-mêmei M bientôt une jeune, une timide époufe, tourmentée par le poifon dont elle ignore la nature & la fource, périra douloureufement, en donnantle jour à un être innocent, infortunécom- me elle qui va la fuivre au tom- beau Oui; la Proftitution eft un mal néceflaire partout où il règne quel- que pudeur; j'en conviensavec tout l'univers& tous lesfiècles Sparte(*)>

(*) Les loix de Lycurguc font croire que

ce législateur ne regardait pas la pudeur comme la confervatrice de la chaftecé. Les

filles de Sparte étaient toujours indécetrH ment vêtues il y avait même des occafions

où elles paraiffaient en public dans une en- tière nudité, pour disputer entr'elles le prix de la courfe « Mais en profcrivant la pu-

deur, il n'eft pas démontréque Lycurgm

«

v

ait rétifii à con&rver la çhaftetéj l'unç ds

CA) Les notes de-

/ignées par ces lettres

majuf-

cules, forment

la féconde

Partie.

où cette vertu était proscrite, eft le feul endroit au monde que je con- naifle où l'on ne dut point voir de ces malheureufes qu'ordinaire- ment tous les vices réunis précipi-

tent jufqu'au dernier de