Sunteți pe pagina 1din 16

L’expérience ZERO

L’expérience ZERO Darpan 1

Darpan

1

Introduction

Fasciné par mes premières lectures sur la spiritualité et les expériences mystiques, je m’étais forgé l’idée que l’évolution spirituelle de l’Homme passe invariablement par l’expérience d’extases et de béatitudes. Naturellement je me trompais mais dans mon ignorance de jeune chercheur, je voyais dans ces manifestations spectaculaires du divin, un signe de progrès spirituel voir un aboutissement.

J’ai rarement eu de telles expériences et j’ai appris qu’elles ne transforment pas l’Homme. Parfois même, elles deviennent un obstacle lorsque l’on cherche à les reproduire ou à s’y accrocher. Les expériences de joie profonde et de révélations peuvent être bouleversantes mais elles indiquent simplement qu’il existe autre chose que le monde confiné de notre pensée cartésienne. Elles pointent dans la direction de notre vraie nature. Elles ouvrent une porte en nous, éveillent notre curiosité et laissent une trace indélébile. Mais quelle qu’en soit la beauté, elles ne durent pas et nous ne pouvons les retenir. Elles sont un signe d’encouragement vers le déploiement de notre potentiel mais ne nous épargnent pas la peine d’une transformation intérieure.

Ce qui m’est arrivé à Goa en décembre 1988 n’a rien à voir avec l’extase et j’étais bien incapable, lorsque cela m’est tombé dessus, de réaliser qu’il s’agissait d’une expérience spirituelle très profonde. Nous avons tous besoin, à un moment ou à un autre, d’être secoués et arrachés à notre torpeur. Ce n’est jamais agréable mais c’est sans doute ce que la vie avait prévu pour moi afin de briser l’armure de mon arrogance et de mes prétentions. Cette expérience donna à ma quête une tournure inattendue et révéla un mystère dans lequel j’allais entrer pas à pas, comme dans une eau très froide. Voici l’histoire de cette aventure.

2

Chapitre 1

Goa : J’ai été foudroyé un jour sans nuages. Rien n’aurait pu me préparer à cela. Arrivé à la veille de Noël, après un long voyage dans le sud de l’Inde, la perspective de vivre deux semaines de vacances dans ce lieu magnifique m’enchantait. Un bus m’avait déposé en pleine campagne, à la tombée de la nuit, et tous les établissements affichaient complets. Un chauffeur de taxi, flairant la bonne affaire, s’approcha et me dit qu’il savait où je pourrais sans doute passer la nuit. Il m’emmena loin des circuits touristiques, en pleine campagne, jusqu’à un bâtiment que je distinguais mal dans la pénombre et qui ressemblait à une ferme. Il s’arrêta et déclara que nous étions arrivé à destination.

Je ne m’attendais pas à rencontrer de difficultés pour trouver un gîte mais ce soir de Noël tout semblait désespérément plein y compris ce petit hôtel. On me proposa alors de dormir sous une tente qui servait pour l’occasion de consigne à bagages pour un groupe d’Indiens venu de la ville pour fêter dignement l’événement. La chaleur et les moustiques ne me laissèrent aucun répit. Mais ça n’avait aucune importance. Le bruit des tablas (tambours traditionnels indiens) et le vacarme de la sono m’auraient de toutes façons empêché de dormir.

Le lendemain, je me gavai les sens du charme d’un lieu où la main de l’homme avait su rester discrète. L’hôtel était construit de plein pied au milieu d’une palmeraie. Entouré par un vaste champ d’herbes sèches, l’endroit ressemblait à une île. On me logea dans une chambre du bâtiment principal, une construction circulaire recouverte d’un grand toit conique. De nombreux interstices entre le toit et les mûrs permettaient à l’ensemble de respirer au rythme des chaleurs accablantes et des brises du soir. L’endroit était sobre, à l’image de mes moyens. J’aimais pourtant cette simplicité. Elle ne m’isolait pas complètement du monde extérieur. Elle respirait la vie. Je partageais ma chambre avec un gecko, sorte de lézard translucide en forme de triton, qui se baladait le long des murs dans la plus parfaite indifférence. Je me sentais dans son territoire.

Le soleil au zénith, l’activité des Hommes ralentit et la fatigue aidant, je m’endormis pour une longue sieste, trop heureux de pouvoir jouir du calme enfin revenu. À mon réveil, le rougeoiement du soleil couchant inondait déjà la pièce de ses tonalités chaudes et enveloppantes. Je me levai pour profiter de ces derniers instants et mangeai un repas frugal. Mon horloge interne avait été quelque peu malmenée par une nuit sans sommeil mais je me délectais toujours de pouvoir disposer pleinement de mon temps pour dormir de tout mon soul quand le besoin se faisait sentir.

La nuit tombée, je fis quelques pas dans la palmeraie. Je regardai la pleine lune à travers la fine découpe des feuilles de palmes qui se balançaient lentement dans la douce brise du soir. La vue était saisissante et d’une grande beauté. Le chant des grillons donnait la réplique au silence que seul mon bavardage intérieur venait

3

parfois troubler. Soudain, d’une façon totalement inattendue et sans le moindre avertissement, quelque chose en moi se mit à céder. Le moi solide sur lequel toute mon identité reposait se mis à vaciller. Un coup net, précis, brisa ma cohésion psychologique et me mit aux prises avec une panique inexplicable et dévastatrice. La base de moi-même s’effondra comme si un tremblement de Terre l’avait, en un instant, réduite à néant.

Tout devint hostile. L’enveloppe de mon intériorité, chaude et rassurante, s’était soudainement brisée comme une digue. Je tombais dans un puit sans fond, inconnaissable et dévastateur. Le sol de mon « moi » qui, jusqu’ici, m’avait semblé si solide, s’effondra en un instant, laissant la place à un espace si vaste et si incontrôlable qu’une terreur sans nom s’empara de moi. La menace ne venait pas de l’extérieur mais bien de l’intérieur. Je tentai de m’accrocher à mes pensées désordonnées comme seul refuge tout en trouvant cet acte désespéré si dérisoire, si ridicule. J’étais en chute libre ! Dieu m’avait jeté du nid. Je me retrouvais sans domicile fixe, livré à un infini insoutenable. J’avais envie de m’enfuir, de plonger dans quelque chose d’humain, de consistant et d’identifiable.

Je ne supportai plus de rester à l’extérieur, là, dans la palmeraie, et m’empressai de rejoindre ma chambre. Un couple d’indiens écoutait de la musique dans la pièce voisine et pour mes sens exacerbés, ce bruit était insupportable. Je sorti et frappai à leur porte. Je leur demandai de baisser le volume. Vu mon état, je pensais avoir l’air d’un fou et cette vision de moi-même m’incommoda au plus au point. Je m’étais toujours vu comme un homme avec la tête sur les épaules, capable de mener sa vie avec bon sens et efficacité. J’avais réussi ma maturité, passé plusieurs années à l’université, piloté des avions, dirigé un bureau commercial et par conséquent accumulé suffisamment de preuves de mon équilibre et de ma santé mentale ! Mais là, je ne maîtrisais plus rien du tout et l’ampleur de mon impuissance me terrassait d’effroi. Perdu dans un lieu sans nom, livré à moi-même loin de mes repères habituels et à des milliers de kilomètres de ma famille, je faisais face à cette incroyable brèche dans ma raison. Etais-je en train de devenir fou ? Aurais-je une chance de revenir à ma normalité ? Ces questions ne faisaient qu’accroître ma panique alors que l’observateur en moi se riait de mes réflexions.

Je me blottis sur mon lit cherchant à trouver quelque réconfort dans une position de fœtus puis me levai et examina mes yeux dans le miroir. J’y cherchais la trace de cette folie pure qui s’était emparée de moi et qui ne transparaissait pas dans les traits familiers de mon visage. « Mais que m’arrive t’il donc ? » me demandais-je. Bien que je sois friand d’expériences nouvelles et d’explorations aventureuses, ma base psychologique avait jusqu’ici, toujours semblé solide. Je n’avais d’ailleurs jamais considéré qu’il puisse en être autrement. Cette fois cependant, un univers indescriptible s’était révélé à l’intérieur de moi et je n’aspirais qu’à colmater ce trou béant au plus vite. Je devais retrouver mon équilibre même si je savais que plus jamais je ne serais en mesure de vivre dans l’insouciance et l’ignorance de ma condition antérieure.

4

Je trouvai refuge dans le sommeil avec l’espoir qu’une nuit salvatrice laverait toute trace de ce cauchemar. Vers 3 heures du matin, je me réveillai. La porte de ma chambre était grande ouverte. J’étais désorienté. Un coup d’œil rapide à mon sac de voyage confirma mon intuition. Quelqu’un s’était introduit par effraction et avait dérobé tous mes biens. Je me levai et marchai jusqu’au pas de la porte. J’avais de la peine à rassembler mes pensées et à croire qu’une telle chose s’était produite. Quelques années auparavant, j’avais fait le tour de l’Asie, sac à dos, avec un ami et il ne nous était jamais rien arrivé. J’enfilai mes sandales et sorti. La voûte céleste brillait de mille feux. Le spectacle était grandiose et mon désarroi total. J’aurais souhaité pouvoir retourner dans la familiarité de mes réactions habituelles mais j’en fus incapable. Je m’assis et contemplai le ciel extraordinairement pur et lumineux. J’avais atteint un seuil qui provoqua en moi un détachement surprenant. La voûte du ciel et l’hallucinant effondrement de moi-même se rejoignaient dans une étonnante synchronicité.

Progressivement, les conséquences pratiques de mes pertes se firent plus claires dans mon esprit. Je m’étais fait voler mon passeport avec tous les visas, les traveller chèques et tout l’argent liquide en ma possession. En une seule nuit, j’avais été dépouillé de mes fondements psychologiques ainsi que de mes biens matériels. J’étais nu et vulnérable. En marchant dans le champ alentour, je vis soudain la masse sombre de mon sac bordeaux et fus surpris d’y découvrir à l’intérieur mon appareil photo et mes objectifs intacts. Un fait inexplicable étant donné la valeur du matériel. La lumière dans plusieurs chambres était maintenant allumée. L’hôtel s’agitait. Le voleur avait pris la fuite non sans avoir au préalable rendu visite à plusieurs clients et laissé derrière lui un grand couteau qui en disait long sur sa détermination. Dans mon désarroi, je compris que les jours à venir seraient consacrés à rassembler les parties de moi-même, au propre comme au figuré.

Aux premières lueurs du jour, c’est un zombie qui se rendit au bureau de l’hôtel. Le propriétaire se confondit en excuses et me proposa de m’emmener jusqu’au poste de police. Un sergent bien gras prit ma déposition puis, cessant un instant de mastiquer sa boule de bétel, (feuille au propriété tonifiantes que l’on chique, mélangée à de la chaux et de la noix d’arec), me dit avec un fort accent, que je n’avais que peu de chances de retrouver mes biens. De nombreux occidentaux venaient en effet à Goa pour se droguer au grand jour et il n’était pas rare que certains d’entre eux commettent des délits afin de se procurer de l’argent. «Vous ne reverrez jamais votre passeport » dit-il dans un anglais typiquement indien tout en dodelinant de la tête.

Nous prîmes le chemin du retour. La camionnette fonça sans s’arrêter sur les poules picorant sur long du chemin de l’hôtel. Je m’attendais à un carnage mais à ma plus grande surprise, je les vis dans le rétroviseur reprendre leurs activités comme si de rien n’était. Je commençais à entrevoir toutes les démarches qu’il me faudrait accomplir pour me refaire une identité mais en tous les cas je devais me rendre à Bombay. Le bus partait dans une heure et je n’avais plus un sous en poche.

5

Une seule idée m’habitait : fuir cet endroit maudit. J’avais perdu mon assurance habituelle, celle qui me servait d’appui. Ma confiance en moi s’était effondrée comme une vieille bâtisse rongée par les termites. Privé de ce sentiment de sécurité intérieure, je n’arrivais plus à me réjouir ni à m’émerveiller. Je m’efforçais de retrouver mes sensations habituelles mais de toute évidence, il m’était impossible de retourner dans le ventre de mon ancien monde. Ce qui s’était produit avait brisé la continuité de moi-même.

Voyager en Inde est une expérience unique. Il faut parfois des heures pour faire une centaine de kilomètres en bus. La chaleur, le bruit, la poussière et les secousses permanentes provoquées par des routes passablement abîmées, ont vite fait de rendre l’expérience exténuante pour qui n’est pas habitué. Mais elle offre en contrepartie des vues insolites. Les camions renversés sur le bas côté ne sont pas rassurants. Ils sont laissés à l’abandon et rappellent constamment la présence du danger et de la mort. Un groupe de dromadaires, lourdement chargés, traverse la route, une voiture de luxe klaxonne impatiemment en dépassant notre bus. J’aurais juré qu’elle allait s’encastrer dans le rickshaw (une voiture légère tirée par un scooter) qui arrivait en sens inverse. Une route à deux voies se transforme selon les besoins en une autoroute à 6 voies et les croisements tiennent du miracle.

Le conducteur du bus resta impassible. Il fonça, la sono à plein tube, et se faufila entre les chars à bœufs, les vélos, les scooters et les voitures. Contraint parfois de freiner brusquement, il pencha à plusieurs reprise la tête hors de la portière en lâchant une volée d’injures cinglantes à des conducteurs qui tentaient de se justifier en pointant du doigt une concentration de véhicules hétéroclites. Plusieurs siècles cohabitaient simultanément dans un gigantesque chaos organisé et pour la première fois, j’avais l’impression que l’Inde était aussi en moi !

Par moment, le sens de ma vieille identité se reconstituait un court instant et m’offrait un répit délicieux. Hélas cela ne durait pas. Quelque chose s’était brisée dans ma continuité. J’en pleurais de trouille. J’aurais tant souhaité que quelqu’un m’explique ce qui m’arrivait mais encore aurait-il fallu que je sois en mesure de décrire mon état ce qui, de toute évidence, était hors de ma portée.

Nous roulions déjà depuis une dizaine d’heures. Je n’avais avec moi qu’une trousse de toilette, un pull léger et trois cents roupies, environ 20 euros, que le propriétaire de l’hôtel m’avait avancé pour me dépanner. Je savais que je n’irais pas loin avec cette somme d’autant plus que le coût de la vie à Bombay était dix fois supérieur à celui d’une bourgade de campagne. Pour ne pas me charger inutilement, j’avais laissé mes bagages à Goa, gage de ma bonne foi que je reviendrais rembourser mon dû. La simple idée de retourner dans cet endroit suscitait en moi une sourde angoisse mais pour ne pas l’alimenter, je m’empêchai de considérer toutes les difficultés qui m’attendaient.

6

Dans le bus, la tension montait. Deux jeunes anglais tenaient des propos déplacés à l’égard des indiens et des conditions de transport lamentables dans lesquelles ils étaient contraints de voyager. La violence était palpable. Je me senti soulagé lorsque le bus s’arrêta pour la collation du soir. À la lumière des néons crus, une femme vêtue d’un sari immaculé nous servit des feuilles de bananiers soigneusement empaquetées et maintenues au centre par un cure-dent. Je mangeai en silence le riz chaud qui se trouvait à l’intérieur et refusai les sauces piquantes qui l’accompagnait. Mon estomac s’accommodait très mal des chilis qui ne manquaient pas de garnir chaque plat. Je devais me préserver tant bien que mal des pièges alimentaires qui avaient eu raison, à de nombreuses reprises, de mon transit intestinal.

Je me sentais terriblement seul et l’envie de m’apitoyer sur moi-même me tenaillait. Ma solitude ne venait pas d’un isolement physique mais du fossé inconcevable qui s’était crée entre mon expérience intérieure et l’incapacité d’en témoigner adéquatement avec les mots. En outre, je savais intuitivement que d’en parler, même maladroitement, m’aurait irrémédiablement fait passer pour un dingue. Je savais par expérience que tout ce qu’on ne comprend pas est réduit systématiquement ou catalogué dans le registre de la folie ou de l’impossible. Plus grave encore, je redoutais de ne pas être compris par les gens qui comptaient le plus pour moi et particulièrement mon père.

La nécessité de me concentrer sur les démarches à accomplir pour récupérer mes papiers m’empêchait de trop m’appesantir sur mon état. J’avais rassemblé quelques adresses qui me servaient de phare : Le consulat suisse à Bombay et le bureau des traveller chèques. Le temps pressait. En pleine période des Fêtes de fin d’année, je ne savais même pas si je trouverais un seul bureau encore ouvert mais je n’avais pas d’alternative.

Nous arrivâmes, aux premières heures de l’aube dans les faubourgs de Bombay. La vue de l’immense cloaque que nous traversâmes me fit vaciller. Comment des gens pouvaient-ils vivre dans de telles conditions ? Un enchevêtrement de tôles et de sacs de riz constituait les abris de fortune de milliers de personnes, venues en ville avec l’espoir d’y trouver une vie meilleure. Je captai à la dérobée plusieurs images qui me soulevèrent le cœur. Jamais encore, je n’avais vu une telle misère. Dans l’état d’insécurité où je me trouvais, elle prenait une proportion telle qu’elle me plongea dans l’abattement le plus total. Le bus s’arrêta à un carrefour. Des enfants jouaient pieds nus dans la boue. Ils riaient et souriaient. La noirceur de leur peau faisait ressortir la blancheur de leurs dents. L’incongruité de ma situation me rapprochait d’eux.

Quelques mois plus tôt, j’avais survolé cet endroit dans le 747 qui entamait son approche sur l’aéroport de Bombay. Je m’étais dit qu’il fallait mieux être là haut, confortablement assis, un soda à la main, plutôt que de vivre dans ce qui m’apparaissait comme les marais de la désolation humaine. Je n’aurais jamais pensé m’y retrouver en plein milieu, démuni de mes possessions. En traversant ces

7

bidons ville, j’eu envie de prendre le premier avion pour m’extraire de cet endroit. L’Inde devint pour moi cet immense cloaque d’insécurité et de misère que je voyais à l’extérieur et que je ressentais en moi de façon intolérable. Progressivement, la circulation se fit plus dense et l’air irrespirable. Le bus ralentit son allure tandis que nous nous enfonçâmes dans le cœur de Bombay.

8

Chapitre 2

Mon parcours du combattant venait de commencer. La chaleur, le bruit et les odeurs de gaz d’échappement m’assaillirent de plein fouet. Le bouillonnement de la grande métropole entrait par tous mes pores. Je me sentais crasseux. En regardant mon visage dans le miroir d’un photomaton vétuste, je me dis que jamais ma tronche ne pourrait passer sur un passeport.

Il ne me restait que peu de temps. Je n’avais que la journée pour réaliser l’impossible : refaire un passeport, récupérer mes travellers et obtenir un visa de l’ambassade de Etats-Unis afin de pouvoir retourner à San Francisco où je suivais une formation de thérapeute.

Epuisé par une nuit sans sommeil, j’éprouvai toutefois une sorte de satisfaction à m’occuper de mes affaires pratiques. J’avais l’impression de recouvrer un semblant de contrôle sur les événements. Je me rendis au consulat suisse muni de la photo passeport la plus originale qu’il m’ait été donné de présenter pour un document officiel. J’avais l’air d’un terroriste : mal rasé, sale, les traits tirés, le regard halluciné, j’eu crainte de plus jamais passer les frontières comme le simple touriste que j’étais.

Le consul allait partir en vacances. Il prit la peine de passer quelques coups de fils aux autorités en Suisse afin de s’assurer de mon identité et me fit attendre quelques instants dans son bureau. La vue sur Bombay était magnifique. Sur un grand mur blanc, orné de moulures, un paysage alpestre trônait majestueusement au-dessus d’une bibliothèque de classeurs fédéraux à croix suisse. Une boule monta dans ma gorge. J’étais ému aux larmes. Mais je ne me laissai point aller car je savais que la route serait encore longue. J’avais besoin de toutes mes forces. La Suisse n’était qu’une enclave dans cette immensité, un refuge temporaire et un rappel d’une sécurité qui me faisait cruellement défaut.

Le retour du consul mit fin à ma nostalgie. Il déclara que tout était en ordre et que je pourrais disposer d’un nouveau passeport dans une petite heure. J’en profitai pour prendre un petit déjeuner. J’en avais bien besoin. Lorsque l’on me tendit mon nouveau passeport tout rouge et tout neuf, j’eu l’impression de faire à nouveau partie des citoyens de ce monde. Jamais encore un passeport ne m’avait fait un tel effet ! En ressortant du consulat, je réalisai que je l’avais échappé belle. Quelques heures plus tard et il m’aurait été impossible d’obtenir un passeport avant le début de la nouvelle année.

Le bureau des travellers chèques était malheureusement fermé. J’arrivais trop tard. Le rickshaw qui m’avait déposé devant l’entrée était déjà reparti dans le fracas d’un échappement troué. Accroupis, j’étudiais le plan de la ville, acheté un peu plus tôt dans l’une des nombreuses échoppes qui jalonnaient l’avenue des ambassades. Je devais trouver une solution. Sans argent, je n’irais pas bien loin.

9

Poussé à l’action par un instinct de survie, je me dirigeai vers une banque et demandai à voir le directeur. Je craignais, vu mon apparence, d’être mal reçu mais la vue d’un blanc dans un lieu où ils ne se rendaient généralement pas me facilita les choses. Etait-ce l’empreinte de l’époque coloniale ou le fait qu’on associait souvent les occidentaux à des gens fortunés qui me valu ce traitement de faveur ? Je n’eu pas le temps de répondre tandis que le directeur, un homme charmant et serviable, m’invita à le suivre.

Après lui avoir raconté ma mésaventure, il me pria d’attendre et passa un coup de fil. Il revint vers moi et dit que je pourrais récupérer mes chèques le lendemain, en fin de journée, après la fermeture. Il m’indiqua une porte de service que je devrais utiliser pour entrer dans la banque. Je le remerciai chaleureusement tandis que je pris congé de lui. En retraversant une bonne partie de la ville pour me rendre à l’ambassade des Etats-Unis, je sorti les quelques billets sales que j’avais soigneusement pliés au fond de ma poche. Mes maigres ressources s’amenuisaient. Bringuebalé dans tous les sens par la conduite sportive du conducteur de rickshaw qui, de toute évidence voulait m’impressionner, je pensai à mon rapport à l’argent. La perspective d’être coincé dans un tel pays m’effrayait. Je pouvais supporter la misère et le chaos, voir même en retirer quelque chose d’utile pour ma vie en occident mais l’idée de n’avoir aucune porte de sortie m’apparaissait comme une damnation. Paradoxalement, il m’avait fallu des circonstances extraordinaires pour activer en moi une débrouillardise et une guidance intérieure que je ne soupçonnais pas.

Le rickshaw, dans un dernier coup de frein, se planta devant les gardes de l’ambassade des Etats-Unis. Je payai la course et rentrai dans l’immense édifice. Le hall principal ressemblait à un aéroport. Plusieurs centaines de personnes attendaient là et je fus pris de panique à la vue de tous ces gens qui étaient probablement venus ici pour les mêmes raisons que moi. Je m’approchai d’une famille d’indiens et leur demandai s’ils étaient là afin d’obtenir un visa. Ils acquiescèrent en coeur en hochant la tête de droite à gauche. Je leur demandai ensuite si tous les gens présents attendaient dans le même but. Des hochements de têtes encore plus rapides et vigoureux confirmèrent mes craintes.

C’est alors que j’eu une idée géniale. Je me dirigeai vers l’un des gardes et en pleurant lui dit que mon père venait de mourir et que je devais absolument obtenir mon visa le jour même pour pouvoir rentrer en Suisse via les Etats-Unis. Je n’eu aucun peine à me laisser aller aux pleurs et au désespoir. Ils étaient bien réels ! L’occasion me permit de me laisser aller totalement comme si cette situation servait d’exutoire à la masse d’émotions qui se bousculaient en moi depuis mon arrivée à Goa. Je pouvais enfin à loisir laisser s’écouler toute la tension qui s’était accumulée. Le garde m’indiqua de le suivre et après qu’il eut parlé à l’un des employés, m’invita à m’entretenir directement avec ce dernier. Je du être particulièrement convaincant car moins d’une trentaine de minute plus tard, je ressortis de l’ambassade avec un visa américain tout frais. J’étais éberlué, cela

10

s’était fait si rapidement, qu’en retraversant le hall bondé de l’ambassade, je retins mon enthousiasme pour ne pas éveiller les soupçons.

Lorsque je me couchai, exténué, sur le matelas douteux d’un petit hôtel minable, déniché à la hâte dans un faubourg de la ville, je n’en revenais pas de ma bonne fortune. La journée avait été fructueuse, bien au-delà de mes espérances et je pouvais enfin me reposer. J’étais tellement fatigué qu’il me fallu plusieurs heures pour trouver le sommeil.

Le lendemain, je me rendis dans les bureaux de l’administration indienne. Sans le visa d’entrée qui était apposé sur mon passeport volé, je résidais illégalement en Inde et il me fallait absolument une autorisation spéciale pour sortir du pays. L’endroit était glauque. Le bâtiment central ressemblait à une prison. Quelque chose dans l’air ne laissait rien présager de bon et ce n’est pas mon aversion viscérale pour l’administration qui me faciliterait la tâche. À la vue de la file d’attente, tous des étrangers, je compris rapidement qu’il me faudrait m’armer de patience.

Les procédures se révélaient ici un casse tête impitoyable pour quiconque tentait d’en saisir la cohérence. Pour les quelques touristes malchanceux qui se trouvaient là, cette situation ne faisait qu’ajouter à leur désarroi. André, la tête penchée en avant, le haut du corps secoué par des spasmes, était l’un d’eux. Je m’approchai de lui et vis qu’il pleurait. « Puis-je vous aider ? » Lui demandais-je. La quarantaine, les cheveux noirs, il releva sa tête et me dévisagea un instant. Il esquissa un frêle sourire et m’expliqua qu’il s’était bêtement fait voler son passeport et que cela faisait deux jours qu’il attendait son visa de sortie. « Je dois absolument rentrer en France pour mes affaires et ces gens me rendent fou » lança t’il en pointant le doigt vers une longue rangée de bureaux.

André était tendu, les nerfs à vif. J’essayai de le calmer et de le rassurer. Il semblait ravi d’avoir rencontré un compagnon d’infortune et m’invita à m’asseoir à côté de lui. Il m’expliquât qu’il passait d’un bureau à un autre uniquement pour obtenir un tampon supplémentaire sur un document déjà chargé de signatures. Le temps passé entre chaque bureau dépendait du bon vouloir des employés qui prenaient un plaisir sadique et ostentatoire à faire patienter les occidentaux au-delà du tolérable. Je devinais dans cette attitude la revanche d’un peuple jadis soumis au joug d’un pouvoir étranger. Bien que l’Inde ait acquis son indépendance depuis fort longtemps, je soupçonnais ces fonctionnaires, détenteur d’un pouvoir infime, d’en jouer abusivement.

J’observais l’un d’eux par l’entrebâillement d’une porte et nota qu’il lui fallu plus de 45 minutes pour agrafer un document avant de le remettre sur une pile. Il lisait le journal, impassible, la main posée à plat sur les feuillets qui virevoltaient dans le courant des pâles d’un grand ventilateur fixé au plafond.

11

C’en était trop. Je n’étais pas disposé à attendre plusieurs jours ce fichu visa et j’entrai dans le premier bureau avec la détermination inflexible de faire avancer les choses. Toujours aussi impassible, le fonctionnaire ne leva même pas la tête et m’indiqua de patienter à l’extérieur. Je n’avais plus que quelques roupies en poche et n’envisageai pas de passer une nuit de plus dans cette ville. Je voulais savoir où en était la procédure, où se trouvaient mes papiers et combien de ces foutus tampons je devais rassembler pour pouvoir enfin obtenir mon visa.

J’étais prêt au scandale. Je pénétrai dans plusieurs bureaux et exigeai de voir le responsable, le chef ou un directeur qui serait à même de désengorger ce laisser aller insupportable. Ma détermination agit comme un bâton dans une fourmilière. Je hurlai à qui voulu bien l’entendre qu’une telle attitude était indigne d’un pays tel que l’Inde et qu’on ne faisait pas attendre impunément des touristes pendant des jours tandis que des fonctionnaires lisaient tranquillement leur journal.

André était impressionné. Il me regarda, ébahi, rentrer et sortir des bureaux tel un ouragan. Je voulais briser cette énergie lourde et figée qui nous accablait tous, bien plus que la chaleur. Un fonctionnaire plus âgé s’approcha de moi et me fit asseoir dans son bureau. « Vous ne pouvez pas crier comme ça » me dit-il calmement. Vos papiers sont en bonne voie, je m’en occupe personnellement. Vous pourrez vous en aller d’ici une demi-heure.

André et moi quittâmes effectivement le bâtiment trente minutes plus tard. Il était enchanté et avait retrouvé le sourire. Pour me remercier de l’avoir aidé, il m’invita à passer la nuit dans hôtel où il séjournait. Il était maintenant trop tard pour reprendre la route vers Goa d’autant plus que je devais encore récupérer mes travellers chèques avant la tombée du jour. J’acceptai sans hésiter. Il héla un taxi qui nous déposa devant le porche somptueux de l’Oberoï Hôtel, l’un des plus prestigieux cinq étoiles de Bombay.

Je n’avais encore jamais goûté à un tel luxe ! Mes modestes moyens m’avaient toujours permis de trouver un lit et une douche mais privé d’imaginer me retrouver un jour dans un palace de marbre et de cristal. Le contraste avec ma nuit précédente était sans mesure. En pénétrant dans la fraîcheur du hall d’entrée, je me vis dans un grand miroir. Mon unique chemise et pantalon, clairs de surcroît, étaient barbouillés de crasse et de poussière et laissaient penser que je faisais parties des mendiants qui gravitaient autour de l’hôtel plutôt que d’un touriste. Mon visage, mal rasé, d’un gris crasseux trahissait la fatigue et faisait ressortir le blanc de mes yeux.

André prit congé de moi. Nous nous donnâmes rendez-vous un peu plus tard pour le repas du soir tandis que je dépliais le plan pour retrouver ma route jusqu’à la banque où j’espérais récupérer tout mon argent. Le directeur m’avait indiqué une petite ruelle où se trouvait l’entrée du personnel et je n’eu aucune difficulté à la trouver. Il m’accueillit avec bienveillance. Sur son bureau, des travellers tout neufs n’attendaient que ma signature. Je touchais au but. Après l’avoir vivement

12

remercié, je sortis rapidement par la grande porte métallique qu’un employé referma aussitôt. La banque ainsi que tous les bureaux de la ville étaient maintenant fermés pour le Nouvel An.

Dans le rickshaw qui me ramena à l’hôtel, je palpai à plusieurs reprises la sacoche qui pendait contre ma poitrine. Elle contenait tous mes biens et j’en appréciai la lourdeur. En 48 heures j’avais réussi à récupérer tous les documents mais je n’avais pas encore rassemblé la totalité de ma vieille identité. L’insécurité dans laquelle cette nuit à Goa m’avait plongé n’avait pas disparue et je savais qu’aucun événement extérieur n’aurait le pouvoir d’y remédier.

Tandis que la pénombre effaçait les derniers rougeoiements du soleil couchant, le rickshaw se faufila dans le trafic apocalyptique de Bombay. Le revers de ma chemise collé contre mon nez pour me protéger de la pollution, quelques larmes coulèrent de mes yeux. Ma raison ne s’était toujours pas remise du choc irréversible qu’elle avait subi. Je ressentais une profonde solitude car je savais déjà qu’aucun de mes proches ne serait en mesure de comprendre ce qui m’était arrivé. La brèche m’avait transporté dans un univers qui ne se partage pas.

Une heure plus tard, je me retrouvais au penthouse de l’Oberoï Hôtel. Des fontaines d’eau aux jets multicolores entouraient un merveilleux buffet gardé par des serveurs en uniformes impeccables. Je n’avais pas encore eu le temps de me doucher ni de me raser Je dissimulai mes fringues sales en déployant la grande serviette blanche et en tirant un peu la nappe sur mes cuisses. André m’invita à ne pas me préoccuper des clients, sapés comme des princes. Son aisance me fit penser qu’il devait fréquenter souvent ce genre d’endroits.

Un peu plus tard, il prépara pour moi un immense canapé tout en s’excusant de ne pas avoir de lit supplémentaire à me proposer. Je me glissai dans les draps frais et propres et songeai un instant à ce revers d’infortune. Je n’étais qu’une feuille dans le vent de la vie.

13

Chapitre 3

Les feuilles de palmiers scintillaient déjà sous le soleil d’une matinée sans nuage tandis que le bus s’arrêta dans le centre de Goa. Je me précipitai dans la première agence de voyage pour tenter d’obtenir un vol de retour sur Poona. Je voulais retourner au plus vite dans l’ashram d’où j’étais venu et quitter cet endroit maudit.

Malheureusement, les vols étant tous complets dans cette période de l’année, j’étais contraint de rester une semaine supplémentaire. L’idée de reprendre un bus dépassait mes maigres forces et je consenti à prendre mon mal en patience. Ni le soleil, ni les plages ne m’attiraient tant l’expérience de cette nuit mystérieuse avait à tout jamais transformé ma perception des choses.

J’étais déboussolé. Je recherchais âprement la sensation de sécurité intérieure qui m’avait jusqu’ici toujours donné la base nécessaire pour affronter le monde et ses difficultés mais je ne la trouvais nulle part en moi. Elle semblait s’être évaporée. Je me sentais exposé comme un escargot sans coquille. Paradoxalement, cela ne m’avait pas empêché de réussir le tour de force de récupérer tous mes papiers dans un temps record et dans des circonstances qu’il m’aurait été impossible de planifier. J’avais été porté par une vague bienveillante et guidé pas à pas. Je soupçonnais que l’entité que j’avais considérée jusqu’ici comme mon moi authentique n’était qu’un leurre. Elle n’avait pas fonctionné comme à son habitude mais œuvré sous la gouverne d’une force plus vaste et plus profonde.

Tout se bouscula dans ma tête. J’avais besoin de repos et d’un endroit où je pourrais rassembler les morceaux de mon ancien moi et faire le point. J’étais incapable de mesurer la portée de tout ce qui m’était arrivé parce que cela dépassait l’entendement. Je n’avais alors que ma raison pour tenter d’y voir un peu plus clair mais pour la première fois, mes pensées se révélèrent sans substance et tellement insignifiantes au regard de l’espace infini et redoutable que je percevais en moi.

Après avoir récupéré mes affaires et remboursé le propriétaire de l’hôtel, je n’avais plus qu’une idée en tête : m’enfuir de cet endroit où s’était abattu, par une nuit de pleine lune, la pire calamité qu’il m’avait été donné de vivre. En attendant le taxi, assis sur mon sac à dos, je vis cette étrange et merveilleuse statue de marbre blanc, dissimulée dans l’ombre d’un buisson d’hibiscus rouges. Partiellement érodé, le visage d’une jeune femme s’en détachait distinctement et ses yeux me regardaient avec une intensité déconcertante. Son sourire imperceptible m’envoûtait et je fus ému aux larmes par la sensation de bienveillance et d’amour qui émanait d’elle. Là où plus rien n’avait de sens, l’amour m’apparut comme la seule vérité qui subsistait dans le chaos que je traversais.

14

Le taxi m’emporta avec le souvenir de ce fascinant visage. Je demandai au chauffeur de m’emmener dans un bon hôtel, avec des mûrs bien épais, là où je ne risquerais pas de me faire voler mon âme. Il ne compris pas ma remarque. J’élevai la voix et répétai : « Un bon hôtel ! »

Fin

Dans l’année qui suivit, cette expérience déroutante se renouvela à plusieurs reprises et à des intensités variables. Toute mon identité avait été ébranlée dans ses fondements. Une brèche s’était ouverte et ne se refermerait plus jamais. Je ne pouvais ignorer la présence de cet abîme dont je me préservais au mieux mais je le savais là, comme mon ombre, prêt à engloutir mes barricades mentales.

Des années plus tard, je compris qu’une telle puissance ne pouvait être le fruit du hasard et que cette nuit à Goa avait été une manifestation de la grâce. Point d’extases ni de béatitudes mais la froide et décapante vérité qui transcende l’illusion d’un moi solide et substantiel. Je compris intuitivement que je devrais revenir un jour à cet abîme, pas à pas, consciemment et à mon rythme. On n’oublie pas une telle chose et elle ne vous oublie pas.

C’est un livre d’Osho qui, un jour, me livra enfin la clé du mystère. J’avais, pendant des années, suivi les enseignements de ce Maître controversé et goûté à son extraordinaire présence lors de mes séjours dans son ashram à Poona. Lorsque je tombai enfin sur une description de l’expérience que j’avais traversée, tout s’éclaira dans mon esprit. Il l’a décrit ainsi :

« L’entrée dans le divin apparaît parfois comme la mort car la porte est la même. L’expérience peut être très effrayante car on a l’impression de mourir, de tomber en morceaux et de se dissoudre. Mais la dissolution de ce côté est une sorte de mort qui conduit à un processus de résurrection de l’autre côté.

En occident cette expérience n’a jamais été comprise. Elle a été interprétée de façon erronée et c’est cette interprétation qui engendre la peur. En orient, on appelle cette expérience shunya ou l’expérience zéro, parce qu’on devient si vides et que l’on se dissout si profondément qu’il semble ne rien rester de nous-mêmes. Ce qui subsiste est une flamme de conscience. Cette conscience EST ce que nous sommes. On peut donc affirmer que rien vraiment n’a disparu.

15

Il me fallu plus de 15 ans d’un long processus de transformation intérieure pour être enfin capable d’entrer au cœur de ce qui m’avait terrorisé à Goa. Je n’avais pu en parler à personne, même pas dans l’ashram à Poona, car j’étais incapable de mettre en mots ce qui était arrivé tant cela dépassait mon entendement. On ne peut pas comprendre cette expérience si on ne l’a pas vécue mais on peut la deviner palpiter sous le sol instable de notre fausse identité.

Darpan, Chamby, décembre 2005

16