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GOETHE

PEHDAHT LES DKRN1ÈBESAKHÈBSDE SA VIE

I8BS.1SSS

RECUEILLIESPAR ECKERMANN

TBAVSItE»

'AP. ÉMUE DÉLEROT

ptttegoiesPRêcÊoéEs D"urmtt'um INTRODUCTIOXuenonumoii

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M. aiISTE

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de l'Académie française

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SUIVIES

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INDEX

Gœlhoest onhommed*nn e«prlt prodigieux en eonvereaiion. Aune db Sun.

TOME PREMIER

CHARPENTIER.

PARIS

LIBRAIRE-ÉDITEUR

38, QUAI DE I-'KGOLE, 28

1803

Ton»droitsrtsenfa.

A M. CHARPENTIER MBRAIBB-ÊDIÏBOtt

Moncher ami,

Ce1« (Kat1803.

Vousdésirez que je vous redise ce que j'ai déjà écrit sur les Entretiemde Gostheet d'Eckemann;}e rougispresque de penserqu'en léted'unlivreoù parle un si grand homme, on croieutile de placer une autre paroleque la sienne. La France, il est vrai, avectout son esprit et ses qualitéscharmantes, est le plus singulier pays dès qu'il s'agit de gloiresétrangères elleest très-lenteà les accepter tout entièreset à les comprendre, ce qui

n'empêchepas d'en parler beaucoup et d'en juger à tort et à travers. On traduit, il est vrai, à la longue ce qu'il est hon teux d'ignorer; mais, trop souvent,comment tra-

>.

a

pour Gœtheet pour d'autres on les coupe, onlesdé- pèce, on donnece qu'onappelle leurs pensées; on traite le public commeon feraitun malade ou un conva- lescent,qui, ne pouvantsupporter toutela longueur d'un festin, se contentede prendrequelquespâtes nutritiveset d'emporterquelques tablettesde cho- colat. Vousavez pour votre compte, moncher ami, des idées plusjustes et plus saines;vousavez trop souvent affaireà notre publicpour ne pas le connaitre, et ce- pendantvous ne leflattez pas. Vousavez pensé notam- ment qu'àl'égard desEntretiensde Gœtheet d'Ecker- mann, il fallaitfairemieux qu'on n'a fait,et sedonner

le plaisir etle profit de cecommercede chaquejour, de chaqueheure, avecle plus beau génie traitantdes sujets les plus variés.Je plaindrais les espritsqui n'y verraient que dela fatigue, et qui nes'en trouveraient passingulièrement fortifiéset nourris.C'estunebonne

école, et la meilleure,que la compagniejournalière d'un grandesprit.

Et qu'était-ce d'abord que son interlocuteur, cet Eckermann,qui, venuà Weimar pour visiteret con- sulter l'oracle,y demeuradurantleshuitouneufder- nières années que Goethevécutencore?Eckermann

n'avait en lui rien de supérieur c'étaitce quej'ai appelé ailleursune de cesnatures secondes, un de ces

mière piété admirative, à être les secrétairesdeshom- mes supérieurs.Ainsi, en France, avons-nous vu, à des degrésdifférents, Nicole pour Arnauld,l'abbé de Langeron ou le chevalierde Ramsai pour Fénelon; ainsieut été Deleyrepour Rousseausi celui-ciavait permisqu'onl'approchât. Eckermannsortaitdela plus humble extraction son père était porte-balle, et habi- tait unvillage auxenvironsde Hambourg. Élevédans lacabane paternellejusqu'àl'âge de quatorzeans, al- lant ramasserdu boismortet fairedel'herbe pour la vachedansla mauvaise saison, ou accompagnant,l'été, son père danssestournées pédestres, le jeune Eeker- manns'était d'abord essayé au dessin,pourlequel il avaitdes dispositions innéesassez remarquables; il n'étaitvenu qu'ensuite à la poésie, et à une poésie toute naturelleet de circonstance.Il a racontélui- mêmetoutescesvicissitudesde sa vie première avec

bonhomieet ingénuité. Petit commis, puis secrétaired'une mairie dans l'un de ces départements de l'Elbe nouvellementin-

corporésà l'Empirefrançais, il se vit relevé, au prin- temps de 4815, parl'approche des Cosaques, et il prit part au soulèvementde la jeunesse allemande pour l'affranchissementdu pays. Volontairedansun corps de hussards, il fit la campagne de l'hiver de 4813-

1814. Le corpsauquel il appartenaitguerroya,puis

séjourna dans les Flandresetdansle Brabantle jeune

tion allait se diriger tout entière de ce côté.Maisà son retour en Allemagne, et lorsqu'il se croyait en voiede devenirun artiste et un peintre, une indispo- sition physique, résultatdeses fatigues et de ses mar- ches forcées, l'arrêta brusquement ses mainstrem- blaient tellement qu'il ne pouvait plus tenir un pinceau. Il n'en étaitencore qu'auxpremières initia- tionsde l'art; il y renonça. Obligé de penser à la subsistance, il obtint un em- ploi à Hanovredansun bureau de la Guerre.C'està cemoment qu'il eut connaissancedes chants patrio- tiques deThéodore Kœrner,qui étaitlehérosdu jour. LerecueilintituléLa Lyre et l'Épée, le transporta il eut l'idéede s'enrôlerà la suite danslemême genre, et il composa à sontour un petit poëme sur la viede soldat. Cependant il Usaitet s'instruisaitsans cesse. Onlui avaitfortconseillélalecturedes grandsauteurs, particulièrement de Schiller et de Klopstock; il les admira, maissanstirer grandprofit de leurs œuvres. Cene fut que plus tard qu'il se renditbien compte de la stérilité de cette admiration c'est qu'il n'y avait nul rapport entre leur manièreet ses dispositions naturellesà lui-même.

H entendit pour la première fois prononcer le nom de Goethe, et un volumede ses Poésieset Chansons lui tombaentre les mains.Oh! alorsce fut tout autre chose; il sentit un bonheur, un charme indicible;

sensibles; il en comprenait tout; là, rien de savant, pas d'allusions à des faits lointains et oubliés, pas de

noms de divinités et de contrées que l'on ne connait

plus il y retrouvait le cœur humain et le sien propre»

avec ses désirs, ses joies, ses chagrins it y voyait une nature allemande claire comme le jour, la réalité

pure, en pleine lumière et doucement idéalisée. Il

aima Gœlhe dès lors, et sentit un vague désir de se

donner à lui; mais il faut l'entendre lui-même

« Je vécus des semaineset des mois, dit-il, absorbédansses

poésies. Ensuite je me procnrai

WilhelmMeister, et sa Vie, en-

suite ses drames. Quant à Faust, qui avec tous ses abimesde

corruption humaineet de perdition,m'effraya d'abordet me fit

maisdont l'énigmeprofonde merattirait sans cesse,je le

reculer,

lisaisassidûment les jours de fête.Monadmirationet monamour

pour Goethes'accroissaient journellement, si bien queje ne pou- vais plus rêver ni parler d'autre chose.

propos Eckermann, peut nous

servir de deux manières en nousrévélantles mystères de nos propresâmes, ou en nous rendant sensibles les merveillesdu

« Un grandécrivain, observeà ce

inonde extérieur. Gœthe remplissaitpour moi ce double office.

J'étais conduit, grâce à lui,

les deux voies et l'idée de l'unité, ce qu'a d'harmonieuxet de

completchaque

enfindesmille apparitions delanatureet del'art sedécouvraient

à moi chaque jour de plus en plus.

à une observation plusprécise dans

être individuel considéréen lui-même, le sens

« Après

une longue étude de ce poëte et bien des essais pour

reproduire en poésie ce que j'avais gagné à le méditer, je me

tournai vers quelques-uns

temps

mais Sophocle et Homèredans les meilleurestraductions. >

des meilleursécrivainsdes autres

et des autres pays, et je lus non-seulement Shakspeare,

&

Eckermann, en un mot, travaille à se rendre digne

a.

défectueuses, il se mità les réparer et à étudiertant qu'il.put au gymnase de Hanovre d'abord,puis,quand il fut devenu pluslibre, et sa démission donnée, à l'u- niversitéde Gœltingue. n avait pu cependantpublier, àl'aide de souscriptions, un recueilde poésies dontil envoya un exemplaire à Gœthe, en yjoignantquelques explicationspersonnelles. Il rédigea ensuiteunesorte de traité de critiqueet de poétique à son intention.Le grandpoëte n'avaitcesséd'être de loin son « étoile polaire. » En recevantle volumede poésies, Gœthe reconnutviteun deses disciples et desesamiscomme le génie en a à tousles degrés; noncontentdefaireà l'auteurune réponse de sa main, il exprima touthaut labonne opinionqu'il avait conçue de lui. Là-dessus, et d'après ce qu'on lui en rapporta, Eckermann prit courage, adressasontraité critique manuscrità Goethe, et semitlui-mêmeen routeà pied et en pèlerinpour Weimar, sansautre desseind'abord que de fairecon- naissanceavec,le grandpoëte, son idole.A peine ar- rivé, il le vit, l'admiraetl'aimade plus en plus, s'ac- quit d'embléesa bienveillance, vit qu'il pourrait lui être agréable et utile,et, se fixant près delui à Wei- mar, il y demeura (sauf de courtesabsenceset un voyage de quelques mois-en Italie) sans plus le quitter jusqu'à l'heureoùcet esprit immortels'enalla. Après la mortde Gœthe, resté uniquement fidèleà sa mémoire,tout occupé dele représenter etdeletrans-

Weimardel'affectiondetousetde l'estimede la Cour; revêtuavecles annéesdu lustrecroissant quejetait surlui sonamitiéavec Gœlhe, il finitmême par avoir le titreenviédeconseiller aulique, et mourutentouré déconsidération, le 5 décembre1854. Ilétaitdanssa trente-troisièmeannée seulementà sonarrivée à Weimar; il avait gardé toutelafraicheur des impressionspremières et la facultéde l'admira- tion.Il y a des gens qui ne sauraient parler de lui sans le faire quelquepeu grotesque et ridicule il ne l'est pas. Il estsansdouteà quelquedegré dela familledes Brossetteet des Boswell, deceux qui se fontvolontiers les greffiers et les rapporteurs deshommes célèbres; maisil choisitbien son objet, il l'a adoptépar choixet pargoût, non par banaliténi par badauderie aucune; il n'a rien du gobe-mouche, et ses procès-verbaux portent en général surles matièresles plus élevéeset les plus intéressantesdontilse pénètre toutle premier et qu'il noustransmeten auditeur intelligent. Remer- cions-ledoncet ne le payonspas en ingrats,par des

épigrammes et avecdes airsde supériorité. Nerions pas decesnaturesdemodestieet d'abnégation, surtout quand elles nous apportent à pleines mainsdes pré- sentsderoi. Goethe, à cette époque où Eckermanncommenceà nousle montrer (juin1 $23), était âgé de soixante-qua- torze ans, et ildevaitvivre prés de neuf annéesencore.

pelle pas créationcettesecondeet éternelle partie de Faust, maisil revenaitsur lui-même, il revoyait ses

écrits, préparait ses Œuvres complètes,et, dans son retourréfléchisur son passéqui ne l'empêchaitpas d'être attentifà tout ce qui se faisaitde remarquable autourde lui et dans lescontréesvoisines,il épan- chait en confidences journalières les trésorsde son expérience et de sa sagesse.

Il en est, dansces confidences,qui nous regardent

et nousintéressent plus particulièrement.Goethe, en effet,s'occupebeaucoup delaFranceet du mouvement littéraire des dernièresannéesdela Restauration il est peu de nos auteursen vogue dontlesdébutsences années n'aient été accueillisde lui avec curiosité, et

jugés avecune sorte desympathie; il reconnaissaiten eux des alliés imprévus et commedes petits cousins d.'outre-Rhin.Etici une remarque estnécessaire.

n faut distinguer deux tempstrès-différents,deux époques, dans les jugements de Gœthesur nous et

dansl'attentionsi particulièrequ'il prêta à la France:

il ne s'en occupaguère que dansla premièremoitié, et, ensuite, tout à la fin de sa carrière. Gœthe, à ses débuts, estun hommedu dix-huitièmesiècle il a vu jouer danssonenfancele Pèrede famille de Diderotet les Philosophes de Palissot; il a lu nos auteurs, il les goûte, et lorsqu'il a opéré sonœuvre essentielle,qui était d'arracher l'Allemagne à uneimitationstérileet

revenirde temps en temps à cette littérature d'un siècle qui, après tout, est lesien. Onn'a jamais mieux

définiVoltairedans sa qualitéd'esprit spécifiqueet toute françaisequ'il ne l'a fait on n'a jamais mieux saisidanstoutesa portée la conception buffonienne des Époques dela Nature; on n'a jamais mieux respiré et rendu l'éloquente ivressede Diderot; il semblela partagerquandil en parle « Diderot, s'écrie-t-ilavec un enthousiasme égal à celui qu'illui auraitlui-même inspiré, Diderotest Diderot, un individu unique celui qui cherchelestachesde sesoeuvresest un philistin, et leur nombreest légion. Leshommesne saventac- cepter avecreconnaissanceni de Dieu, ni de la Nature, ni d'un de leurs semblables, lestrésorssans prix. » Maisce ne sont pas seulementnos grands auteurs qui

l'occupent et qui fixentson attention; il va jusqu'à s'inquiéter des plus secondaireset des plus petits de ce temps-là, d'un abbé d'Olivet, d'un abbé Trublet* d'un abbéLe Blanc qui, « tout médiocre qu'il était

(c'est Goethe quiparle), ne put jamais parvenirpour- tantà être reçu del'Académie.» Cependant la France changeait après les déchire- mentset les catastrophessociales, elle accomplissait, littérairement aussi, sa métamorphose.Goethe,qui connutet ne goûta que médiocrementmadamede Staël, ne parait pas avoir eu une bienhaute idée de

Chateaubriand, le grand artiste et le premieren date

faisait pasgrande attentionà laFrance qui s'imposait à l'Allemagnepar d'autres aspects. Et puis il y avait entre euxdeux trop de causes d'antipathie. Goethere- connaissaittoutefoisà Chateaubriandun grand talent et uneinitiative rliétorico-poétique dont l'impulsion et l'empreinte se retrouvaientassezvisibleschezles jeunespoêtes venus depuis. Maisilne faisaitvraiment

cas, en fait de génies,que deceuxdela grande,race, de ceuxquidurent, dontl'influencevraimentféconde se prolonge, se perpétue au delà, de génération en génération, et continuedecréer après eux.Les génies purement d'art et de forme, et de phrases, dénuésde ce germe d'inventionfertile, et douésd'une action simplementviagère, setrouventenréalitébienmoins

grandsqu'ils ne paraissent,et, le premier bruit tombé, ils ne revivent pas. Leur forced'enfantementest vite

épuisée. Ce quicommença à rappeler sérieusementl'attention

de Gœthedu côtédela France, ce furentlestentatives

de

surtout à daterde 1824, et dontle journal le Globese fit le promoteur et l'organe littéraire. Ah iciGoethe se montra vivementattiré et intéressé.Il se sentait

compris, deviné par des Françaispour la première fois il se demandaitd'où venaitcette race nouvelle

qui importait chezsoiles idées étrangères, et qui les maniaitavecune vivacité, une aisance, une prestesse

critique et d'art dela jeune école qui se produisit

jugements, tandis que cette étenduetenait bien plutôt chezeuxaulibreet hardi coup d'oeilde la jeunesse. Cefutsurtoutvers 1827 que cevifintérêt de Goethe pour lanouvelleet jeune Francese prononçapour ne plus cesser.En 1825, il hésitait encore, et M. Cousin, dansunevisite qu'il lui fit à Weimar,ayant voulule mettresurle chapitre de la littératureen France, ne put l'amenerbien loin sur ce terrain encore trop neuf. Maisen 1827,lorsqueM.Ampèrele visita, sa dispo-

sition d'esprit étaitbien changée Goethe, averti par le Globe, étaitaufaitde tout, curieuxet avidede toutes

les particularités à notre sujet. Dansunelettreadressée

àmadameRécamierle 9 mai (1827)et publiéequelques joursaprès dansle Globe par suite d'uneindiscrétion

non regrettable, le jeune voyageurs'exprimait en ces

termes,qui

Ëckcrmannnous parle desmêmesentretiens

sont à

rapprocher deceuxdans lesquels

«

Gœthe,écriraitM. Ampère,a, commevouslesavez,quatre-

plaisir de

diner plusieurs foisavecluien

vingts ans.J'aieule

petitcomité, et je l'aientendu parlerplusieurs heuresdesuite avecune présenced'espritprodigieuse tantôtavecfinesseetori- ginalité,tantôtune éloquence et unechaleurde jeune homme. Ilestaucourantdetout,ils'intéresseà tout,ila del'admiration pour toutce quipeut enadmettre.Avecsescheveuxblancs,sa robedechambrebienblanche,il a unairtoutcandideettout patriarcal.Entresonfils,sa belle-fille, sesdeux petits enfants, quijouent aveclui,ilcausesurles sujets les plus élevés.0 nous a entretenudeSchiller,deleurstravauxcommuns,dece que

p

a II a une consciencenaïve de sa gloirequi ne peutdéplaire,

parce qu'il est occupé de tousles autrestalents et si véritable-

ment sensibleà tout ce qui se fait de bon,

les genres. A genoux devant Molièreet la Fontaine, il admire

et dans tous

partout

Athalie, goûte Bérénice, sait parcoeur leschansonsde

et raconte parfaitement nos plus nouveauxvaudevilles.A

du Tasse, il prétend avoirfait de grandes rechercheset

toire se rapprochebeaucoup de la manièredont il a traité son

sujet. Il soutient que la prison est un conte.Ce qui vous fera

Béranger,

propos

que

l'his-

plaisir, c'est qu'il croit à l'amour du Tasseet à celuide la prin-

cesse

absurdes

propositionsd'épouser qu'on drame récent. »

mais toujours à distance, toujoursromanesque et sansces

trouvecheznous dans un

N'oublions pas que la lettre est adressée à ma-

dame Récamier, favorable il tous les beaux cas d'a-

mour et de délicate passion. Je n'ai point à entrer ici dans l'analyse de ces En-

lire Je dirai seulement que leur

tretiens qu'on va

lecture complète m'a fait avancer d'un degré dans la

connaissance de Gœthe. Grâce à ces échanges conti-

nuels, à ces témoignages de voyageurs amis, nous étions dès longtemps initiés sans doute; nous avions

fini par nous bien rendre compte de cette profonde,

imposante et sereine figure, et nous la placions à son

rang. Je demande à reproduire un jugement ,qui est moins le mien en particulier, que celui des hommes

distingués avec qui j'avais mainte fois causé de Goethe

ce jugement, écrit il y a quelques années, me parait encore vrai sur tous les points, moins un seul, et c'est

«Sortonsun peu,disais-Je, de nos habitudesfran-

idée juste de Gœthe.Per-

çaisespour nous faire une

sonnen'a mieux parlé que lui de Voltaire même, ne l'a mieuxdéfiaiet compris commele type excellent et complet du géniefrançais; tâchonsà notre tourde lui rendrela pareille en le comprenant,lui, le type accompli du génie allemand.Goethe est, avec Cuvier, ledernier grand homme qu'ait vu mourir le siècle. Le propre de Goetheétait l'étendue, l'universalité même.Grandnaturalisteet poëte, il étudie chaque objet etlevoità la foisdanslaréalitéet dans l'idéal;

il l'étudiéen tant qu'individu, et il l'élève, il le place

à son rang dansl'ordre général dela nature; et cepen- dant il en respire le parfum de poésieque toutechose recèleen soi. Gœthetirait de la poésie de tout; il était curieuxde tout. Il n'était pas un homme, pas unebranched'étudedontil ne s'enquît avec unecu- riosité, une précisionqui voulaittout en savoir, tout en saisir,jusqu'au moindre repli. Onaurait dit d'une passionexclusivepuis,quand c'étaitfini et connu, il tournaitla têteet passait à un autre objet. Dans'sa noble maison, dansce cabinet qui avaitau frontispice cemot Salve, il exerçaitl'hospitalité enverslesétran- gers, les recevant indistinctement, causantaveceux dansleur langue, faisantservirchacunde sujet à son étude, à sa connaissance,n'ayant d'autrebut entoute chose que f agrandissement deson goût;serein, calme,

i.

b

p

s y arr pluslongtemps, il se détournaitet portait son regard ailleurs, danscevaste universoùil n'avait qu'à choi-

p a sa ,

p

q

sir;.non pasindifférent, maisnon pasattaché;curieux avec insistance, avec sollicitude, maissansse prendre au fond; bienveillantcommeon se figureque leserait un dieu véritablement olympien ce mot-là, del'autre côtédu Rhin, ne fait pas sourire.Paraissait-ilun poëte nouveau, un talent marqué d'originalité, un Byron, un Manzoni, Goethel'étudiaitaussitôtavec un intérêt extrêmeet sans yapporter aucunsentiment personnel étranger il avaitVamour du génie. Pour Manzoni,par exemple,qu'il ne connaissait nullement,quandle Comtede Carmgnola lui tomba entre,les mains, le voilà qui s'éprend,qui s'enfoncedansl'étudede cette pièce,y découvrantmille intentions, mille beautés, et un jour, danssonrecueil périodique(surTArtet VAn* tiquité), où il déversaitle tropplein deses pensées, il annonceManzoni à l'Europe.Quandune Revuean- glaisel'attaqua, il le défendit, et par toutessortes de raisons auxquelles Manzonin'avaitcertes pas songé. Puis,quand il vitM. Cousinet qu'il sut que c'était un ami de Manzoni, il se mit à l'interroger avec détail, avecune insatiable curiosité, sur les moindres parti- cularités physiques et moralesdu personnagejusqu'à ce qu'il se fûtbien représenté cet objet,cetdire, cette production nouvellede la nature qui avaitnomMan- &om, absolumentcomme lui, botaniste, il aurait fait

ardent,enthousiaste,qui était emportépar son génie sans savoirle conduire.Mille différences,qui sem- blaientdes antipathies, les séparaient. Goethen'usa pas moinsde son crédit pour fairenommerSchiller professeur d'histoireà léna. Puis, un incidentheureux les ayantrapprochés, la fusionse fit il prit insensi- blementen main ce génie qui cherchaitencoresa vraievoie.La Correspondance,publiéedepuis, a mon- tré Gœthele conseillant, influantsalutairementsur lui sanssefaire valoir, le menant à bien, commeeût faitun père ou un frère. Il appelait SchillerunÊtre magnifique. Goethe comprenait toutdans l'univers, tout, excepté deuxchoses peut-être, le chrétienet le héros.Il y eutlà chezlui un faible qui tenait un peu au cœur. Léonidaset Pascal, surtout le dernier, il n'est pas bien sûr qu'il ne les ait pas considérés commedeux énormités et deuxmonstruositésdans l'ordredela nature. a Goethen'aimait ni le sacrificeni le tourment. Quandil voyaitquelqu'un malade, triste et préoc- cupé, il rappelait de quelle manièreilavaitécritWer- ther pour sedéfaired'une importune idée desuicide

« Faitescomme moi, ajoutait-il, mettezau mondecet « enfant qui vous tourmente, et il ne vous fera plus « mal auxentrailles.» Jen'ai certes rien à rétracter aujourd'hui de tout cela.Le portrait reste exact, saufun point,je l'ai dit

ne

guère que

production

ciale des plus artificielles, et Pascallui paraissait effectivementun pur malade. Il était, de sa nature, antipathique à ceux « qui assombrissenten unevallée de misèrele lumineux séjour de la terre deDieu.» Maisle héros, Goethe l'admettait, le comprenait, et en Grèceet depuis la Grèce;nul n'a parlé plus ma- gnifiquementque lui de Napoléon, de Mirabeau, et n'est entré plus avantdans l'esprit de leur nature. Il

était lui-même, dans son ordre, un héros. Je necrois pas qu'il y ait lieu à beaucoup de remar- ques sur ce qu'il dit des écrivains français de'notre temps Courier,Béranger,Mérimée, sonfavorià bon droit, et quelques autres dontil puts'exagérerparfois le mérite. Ce sontdes jugementsgraduels,mobiles, et, pour ainsi dire, en fusion,qu'il donneen causant aucunn'est définitif.

Maisà propos de ce qu'il dit' deVictor Hugo, une remarque est à faire, provoquéepar certainescri- tiques qu'on a adresséesà sa mémoire.n s'est intro- duit de nos jours une tellebassessedansles juge- ments, et ceux qui s'en mêlenten sontle plus souvént si peu capables,que ces esprits servilesn'ont pu ex- pliquer les jugementsmélangésque Goethea donnés sur lesécrits de Victor Hugo,publiés ence temps-là, que par un sentimentde rivalitéjalouse etd'envie.Ne pas comprendreque Goethe, étantce qu'il est, a dû juger Victor Hugo commeil le fait, c'est ne rien en-

.

que Goethe acceptâtQuasimodo, lui qui, même quand

il a fait son diable,Méphistophélès, l'a présenté beau

encoreet élégant?Nulle part, mêmechez Manzoni, que d'ailleursil goûtait et prisait tant, Goethen'aime ce qu'ilappelle «les abominations; » et, à ce titre, la peste du romandes Fiandslui déplaisait. Il n'aimait pas la littérature qui faitdresserles cheveuxsur la tôte.Telil était par nature et par art, bien sincère-

ment « comme philosophe,apôtre de la félicité; comme poète,organe et interprète de la jouissance

large et pure,complète et honnête.» Essayez, si vous

le pouvez, dedéfinirVictor Hugo et sa philosophie en

regard, et voyez le contraste.Pour moi, je l'avoue, si

je suisétonnéde quelque choseen tout ceci, c'est de

la sagacité et de la divinationde Gœthe.Quen'aurait-

il pasajouté et dit,

Hugo et pour assisterau développement colossal qui

a suivi, et où qualités et défauts, de plus en plus grossis, se heurtentet seconfondent?'1 Soyons doncsensésunebonnefoisdansnosadmira-

tions ne

mentidolâtres.Éditeurset

commentateurs, ne refaites

s'il avaitassezvécu pour liretout

redevenons pas à plaisir étroitset exclusive-

paspourHugo dansun sens, ce que d'autres, en d'au- tres temps, ont fait pour Racine ils ne pouvaient

comprendrequ'ilmanquât uneseule perfection &leur déité, et si l'on paraissait en doutertant soit peu, M. Auger criaitau sacrilège. Vousêtes exactement, et

b.

q dis-je? vousêtes cent fois pis. Lebon M. Auger avait une paille dans l'œil et vous, vousavezune poutre 1 Pour la pleineintelligencedes Entretiens,pour qu'on en ait bien présents à l'esprit le lieu, le cadre, toutesles circonstances,je demandeà rappeler encore la manièredont GoethevivaitàWeimarencesannées. Weimarétaitun centre, maisun bien petitcentre, et ce- lui qui n'en sortitjamais et qui tenait pourtant àembras- serdu regardl'univers, avaitdû songer debonneheure àtousles moyens d'entreteniret de renouvelerautour delui l'activité, le mouvement régulier dontil sentait le besoin, et qui, autrement, aurait pu lui faireun peu faute. Il avaitdonc organisé sa vieavec ensemble, avecune

suprême ordonnance. Très-occupéjusqu'à la findes'a- grahdir, de se perfectionner en tout, de faire de soi

,

q

g

a une plus nobleet pluscomplètecréature, »il s'est arrangépour avoir auprès deluià quiparler enchacune des applicationsmultiplesqu'il varie d'un jourà l'autre. Il a souslamainetà sa portée, sans paraîtrey viser, des représentants desdiversesbranches d'étudesauxquelles il est constammentouvert et attentif.Énuraéronsun peu:- Biemer,bibliothécaire,philologue, helléniste:

avec lui, Goetherevoitses ouvrages au point de vue de la langue et causedelittératureancienne Meyer, peintre, historiende l'art, continuateuret disciple de Winckelmannaveclui Goethecausera peinture et se

Zelter,musicien celui-làest à Berlin, mais il ne cessede correspondre avec Goethe, et leur Correspon- dance (nontraduite) ne fait pas moinsdesixvolumes; Zoltertient Goetheau courantdes nouveautésmusi. cales, destalentset des virtuosesde génie,et, entre autresélèves célèbres, il lui envoie unjour Meûdelssohn, « l'aimableFélix Mendelssohn, le maîtresouveraindu piano, » à qui Goethedevradesinstantsde pure joie

par une belle matinéede mai 4850; –puis Coudray encore, un architecte, directeur général desbâtiments à la Cour.Touslesartsont ainsiun représentant au- près delui.Maisil y a autrechose que les arts Goethe aura donc,pourcompléter son Encyclopédie ou son Institutà domicile, M. de Mûller, chancelierde Weimar c'est un politiquedistingué; il tient Goethe au courantdes affairesgénérales de l'Europe Soret, Génevois,précepteur à la Cour, savant il traduitles ouvragesscientifiques de Goethe, et met en ordre sa collectionde minéraux.N'oublions pas sa belle-fille, madamede Goethe,Ottilie elle lui sert volontiersde lectrice; ellea fondéun journal polyglotte à Weimar, le Chaos, où toutela sociétéweimarienneécrit; les jeunesgensanglais ou françaisqui y séjournent, sur- toutles dames, tout ce monde collaboreet babille dans cette Babel, chacundanssa langue. « C'estune très-jolie idéedema fille, » disaitGoethe.Partout ail- leurs,c'eut étéun affreuxguêpier debas-bleus là, ce

un passe-temps de dtteltanti,qui entretientdansce cerclel'activitéde l'esprit et sauvedes commérages. Enfin,indépendamment d'un secrétaire attitré, Goethe fait l'acquisitiond'Eckermann,qui vadevenirsoncon- fident, sonAdi (l'Ali de Mahomet), son fidus Achates. Cerôleest connu, mais personne ne l'a jamais mieux

rempli,plushonnétement,plus loyalement, avec plus de bonhomie.Eckermann donne la réplique au maître, nelecontredit jamais, etl'excite seulementà causerdansle sensoù il a enviededonnerce jour-la aveclui Goethecauserade lui-même, dela littérature

contemporaine en Allemagne, en Angleterre, en Ita- lie, en France, en Chine,partout; et après desannées d'un commerce intime, il lui rendrace témoignage

qui fait aujourd'hui'sagloire

a Le fidèle Eckartest pour moid'un grand secours.IIcon-

augmente tousles

jours sesconnaissances;sa pénétration, t'étenduedesavues'a-

servesa manièredevoir pure et droite, et il

grandissentl'excitation qu'il medonne parlapartqu'ilprend à mestravauxmelerend inappréciable*. »

Etc'est ainsi que s'était complété autourdu grand esprit de Weimarce ministère général de l'intelli- gence dontil était le régulateur et le président; ou, si l'on aime mieux, on y peut voirun petit système planétaire très-bien monté, très-bien entendu, dontil était le soleil.

On n'a plus maintenant

qu'à ouvrir le livre d'Ecker-

Lettre de Gœtbeà Zeller, du 14 décembre1850.

leure biographie de Goetheà notre usage celle de l'Anglais Lewes pour les faits, celled'Eckermann pour

le portrait du dedanset la physionomie. L'âme elle- mêmedu personnagey respire. Lelivreest à la fois

écritcommeun journal, aufur et à mesure, et

siblement composé; on sent, au milieudeshasardsde la route,qu'ony avance par degrés; on s'y élève.Les dernières pages dans lesquelles onvoitEckermannvi- sitant pour une dernière fois, sur sonlit mortuaire, la forme expirée,mais encore belle, decelui qu'il a tant aiméet vénéré, font uneconclusion digne et gran- diose. Eckermann, hommed'un talent personnel,qui seul et de lui-mêmen'aurait pu atteindrebien haut, s'est choisila bonne part. n a indissolublementen- chaîné sonnomà celuid'un immortel il ne peut désormaismourir.Il est à Goethece qu'Elisée est à Élie. Ces Entretiens, tels que M. Délerotnousles rend

insen-

aujourd'hui, sontaussi complets, et même plus com- plets, s'il se peut,que ce qui a été donnéen Allema- gne ils sontsurtout plus facileset plus agréables à lire. D'abord, M.Délerota fonduen un seulet rangé selonl'ordredesdatesles deux journaux successive- ment publiéspar Eckermann,qui n'avait d'abord risquéqu'un essai.Il a, de plus, éclairci quantité de passagespar des noteset des rapprochements; tout ce qui concernela France en particulier et nos au-

-respondance de Gœtheécrivantà ses amis sur les mêmes sujetsdesquels il vientdecauseret dontil est plein. M. Délerot,lui-même, on le sent, esttout plein de Gœtheet vit dans un doux enthousiasme pour ce grand esprit. Pendantune année entière passée à Weimar, à l'âge où le coeurest ouvertà toutes les

piétés, il s'est inspiré du génie du lieuet s'est initié à cette tradition, conservéelà plus religieusement qu'ailleurs,qui parle encore, toute vivante, à qui sait l'écouteravec recueillementet modestie, et qui est commela voixdivinedela Muse.

SAINTE-BEUVE.

V

Qu'il me soit

permis de

dire quelques mots sur cettetra-

été possible,J'ai, en

duction.Elleestaussilittérale qu'il m'a

général,préféré l'exactitudeun peu dureà

infidèle.Je n'ai

pas versation Goethese contentaitde

parler

chait jamais à parler « commeun livre.»

mann est reproduitintégralementpour

n'ai

sées. Quant

regardeGcethe;je

l'élégance un peu

effacéleslibertésfamilièresde la con.

d'or, et ne cher.

L'ouvrage d'Ëcker- toute la

partie qui

ses

pen-

pas supprimé une seule de

aux récits qu'Eckermann nous fait sur lui-

supprimés. Eckermann,

même, je n'avais pas les mêmesraisons pour les respec-

ter, je lesai abrégés ou même

grande

sans s'en douter, s'estlaisséaller parfois, avecune

bonhomie, à écrire ses mémoires particuliers en même

temps que personne, mêmeen Allemagne. Cesontles conversationsde

ceux de Goethe.Ces confidencesn'intéressent

noncelles d'Eckermann, que l'on désireconnattre.

Goethe, et

Peut-êtretrouvera-t-on quej'ai été encore trop sobre de cou.

pures de ce genre;je répondrai avecles paroles d'un spirituel écrivain, placé dansunesituationsemblableàla mienne «Pour éviter l'ennui, c'estunexcellent moyenque d'abréger, maisil

En échange des pagestoutesperson-

nefaut pas en abuser.» nellesd'Eckermann queje

tants fragments de la correspondance de

Reinhardet Boisserée, desextraitsde

considérabledu petit livrede Falk.Les passages intéressants

decet

la jeunesse de Goethe, se trouventdansl'introductionsi com-

retranchais,j'ai

donné

d'impor-

Zelter,

Gœtheavec

Viehoff, et une partie

onttraità

n'ai

ouvragequeje

pas traduits, parcequ'ils

M<Blazede Bury a placée en têteduFaust. Dans traduitun certainnombredemorceauxde

Mélanges de Goethe.Tous se

rapportent à

Conversations, dontils forment

plèteque

Appetidice,j'ai critique, tirésdes

un

des sujets traitésdansles

temps un c ant on e sa critique universelle.Plu-

fragments ne

sont que de simples notestrès-

Goethe, pendant lesdernières

cependant les moins remarquables me sem-

grand intérêtde curiosité.

sieursde ces

courtes, dictées rapidementpar

annéesde sa vie;

blentavoirau moinsun

Ainsi complété,l'ouvrage d'Eckermannformel'Introduc-

naturelleet la plus intéressanteaux écritsde

fait pressentir la profondeur etlavariété.On

avaitune page

qui

celui-ciest un de ceux qui satisfont

philologue, historien, politique,peintre,compositeur,

théâtre, quesais-je encore?

parole

dansleur

langue,

et tous

puiseront dans

approfondie de

fé-

En terminant, c'est

plus

pour

lui doisune foulede

suis adresséà

renseignementsqu'il

s'estem-

caractérisentle vraisavant.

tion la plus

Goethe, et elleen

a dit que le livre le meilleurétait celui

pour chaquelecteur;

le mieuxà cette condition. Poëte,artiste, philosophe, sa-

vant,

acteur, directeur, décorateurde

tous peuvent venir écouterces conversationsGcetheleur

adresserala

sesdiscours quelque bon conseil.Je souhaitesurtout qu'ilsy

puisent le désir de faireuneétude sérieuseet

ses

grandschefs-d'œuvre, si richesen leçons vivanteset condes.

moiun devoiret un plaisir d'a-

dresserles

conservateurde la bibliothèquegrand'ducale, à Weimar.

vifsremercimentsà M. le Docteur Kœhler,

Toutesles fois quej'étais embarrassé,je me

lui, et je

pressé de mettreà ma disposition, aveccezèlede complai-

sanceetcette générositéqui

AVANT-PROPOS

ffE LA PREMIÈ.RE PARTIEDESCONVERSATIONS

PBBtlÉËES18S»

Cettecollectiondecauserieset d'entretiensavecGœthedoit

surtoutson origine au penchant naturel quej'ai toujours eu pour m'approprier,par un compte rendu écrit, tout ce qui,

danslesévénementsde

valeur, uncertainintérêt.

ma vie,

me sembleavoirunecertaine

De plusj'aitoujours eu

rencontrai pour la

lasoif d'apprendre,je

l'avaisau temps

oùje

et je laconservaimême après avoirvécudesaiméesavec lui;

aussic'étaitavecbonheur queje m'emparais des

renfermaientses

première foiscet

homme extraordinaire,

penséesque

paroles, et queje restedemavie.

lesnotais afin d'enêtrele

possesseurpour le

Cependant,lorsque me rappelant la multitudeimmensed'i-

dées qu'il a prodiguées devantmoi pendantl'espace de neufans,

je

viens à considérerle petit nombred'entreelles quej'ai pn

enfant,

rassembleret écrire, il mesemble queje suiscommeun

qui,pendant une pluie rafraîchissantedu recevoirdansle cretixde sesmainsune

tombent, et qui

printemps, chercheà partie des gouttesqui

lesvoit presque toutess'eufoirentreses doigts.

les livres; cemot

On dit souvent II a une fatalité pour

y

peut s'appliquer aussibienàla manièredontleslivresnaissent

i.

I

que

;

laises, des affaires, et

ne

lesmille occupations de lavie quotidienne

d'écrireuneseule ligne;puis lesétoiles

retrouvaiset la

santé, et le loisir,

me permettaientpas

redevenaient pluspropices,je

et le goût d'écrire; j'avais alorsla joie de faireun pas en avant.

Et puis aussi quel est le long commerceavecune méme.per-

sonne qui n'est pas attiédi parfoispar un peu d'indifférenceEt

où estl'homme qui sait toujours estimerà son prix véritable l'heure présente â

Si je parleainsi, c'est parceque je

désirefaireexcuserles

grandsespaces de temps videsdont s'apercevra le lecteur qui portera sonattentionsur lesdatesdesentretiens.Ceslacunes devraientêtre rempliespar deschosesexcellentes queje n'ai

pasnotées; on y

deGoethesur sesnombreuxet lointains amis,

ouvrages detel ou tel

noté qu'unepartie

qu'il pronon-

cées.Jel'ai dit mêmedansleurs origines, leslivresobéissent

trouveraitsurtoutmainte parole bienveillante

ainsi quesurles

écrivainallemand contemporain. Je n'ai

des paroles de cettenature

a

dois déjà êtreheureuxd'avoir pum'approprier

joyau précieuxqui ornemon existence, et je

avecunecertaine confiance,que lemonde

à unefatalité. Cependantje

ce que renfermentces volumes;je peux considérerces entre-

tienscommeun

m'en pare en rendant des actionsde grâcespour une liaisonsi

haute; aussi je crois,

mesaura gré à sontourde ce queje luidonne. Selonma conviction, non-seulementdanscesconversations

on trouvemaints éclaircissements, maintesidéesd'un

prix

inestimablesurla vie, sur l'art, sur la science, mais aussiet

surtoutles esquissesd'après nature qu'ellesprésentent contri-

buerontà

de Goethe après avoirlu es

compléterl'imageque

que

chacunde

nous peut

sefaire

ouvragessi variés.Jesuis cependant l'âmede Goetheestlà reflétéetout

bien éloigné decroire

entière.On pourrait, avec justesse,comparer cet esprit, cetêtre

extraordinaire, à un diamant à facettes,qui

lancedans chaque

pour Etcette parole serait vraie, non-seulementdansle sens où

.

tiensde la dire, maisencoredansun autre sens, carGcethe

a laisséeen moi, voilàce

que

perde pas quelque

quelquemélangeétranger. Lés

l'ondoit

à Rauch, à Dawe, à

haut degré de vérité, et

cepen.

moins portentl'empreinteparticulière de

qui

les traits

rayants et in-

soitle résultatdemontra-

esprit

est vrai

pour

bien plus encore pour lestraits

tous

Quel que

ceux qui,par

l'autoritédeleur

je

est icitel que j'étais, moi,capable dele comprendre et de le

reproduire.L'imagequ'il

l'on

trouvera, et il est très-rare que dansson passage à traversun

autre individuun caractère original ne

chose, et ne soit pas altéré par imagesphysiques deGœthe que Stieleret à David, onttoutesun

danttoutes plus ou

l'individu qui les a créées. Ce

physiques le sera

saisissablesdu caractère.

vail,j'espèreque

ou par

des relations personnelles avec Goethe, ont le droit de

me juger en pareillematière, neméconnaîtront pas lesetrorts

quej'ai faits pour arriverà l'exactitudela plus parfaitepos- sible. Après ces explications surlamanièredontce livrea été ré-

digé,je

dois ajouterquelques motssur soncontenu.

l'on

appelle la vérité, mêmesur un

de

cemotifelleestdifficileà

problèmeunique,

n'est jamaisquelque chose d'étroit,depetit,

contraire, une vérité, toutenétant simple, a toujours une riche

complexité; et pour

blableen celaà une loide la

exprimer, sem-

Ce que

limité; bienau

nature, quiprolonge au loinses

êtres, et qui se ma-

conséquencesjusque dansla profondeur des

nifeste par mille phénomènes variés.Nousneseronsdonc jamais

premièreformule; uneseconde essayée ne nous

contentsd'une

satisfera pasencore; noustenteronsla formule opposée; celane

sera

pas encorela vérité, et nous n'arriverons, non pas au but, maisà une approximation,qu'en réunissantl'ensemblede nos

divers aperçus.Ainsi* pour citerun exemple,quelquesopinions de Goethesur la poésiepeuvent semblerexclusiveset souvent

tantôtc està l âmeseuledu poètequ'elle estduetout entière;

tantôtlechoixdu sujet est tout, tantôteest la manièredontle

sujet,quelqu'ilsoit, est traité. [ci,

formen'est rien, l'âme qui

animela poésie est seuleà considérer. Toutescesdécisions opposées sontdescôtésdifférentsdu vrai,

qui

c'estuneforme parfaite,

assurele

succès;ailleurs, la

elles précisent sa nature, etaidentàen approcher. Aussi jemestiis

toujours bien gardé, dans mon livre,

contradictions apparentes, telles qu'elles se sont montrées, sus-

citées par ladifférencedes temps et descirconstances.Jemere-

pose sur l'examen intelligent du lecteur éclairé,qu'unpassage

isolén'induira pas

semble, ramenerà leur place et réunirles différentesidéesdis-

de

faire disparaître ces

en erreur, mais qui

saura, considérantl'en-

perséesçà etlà. Peut-êtreaussirencontrera-t-on plusieurspassagesqui, au premierabord,paraissentinsignifiants.Mais, si on remarqueque

ces lignesinsignifiantes enamènent d'importantes, sontsouvent

le point de départ

qu'elles contribuentaussià

ture du caractère, alorson accorderasansdoute que leurné-

cessité, sansles justifier, dumoinsles excuse.

de

développementsqui

viennent ensuite,

ajouter une touche légère à la pein-

Maintenant je n'ai

plus, à cet ouvragelongtempscaressé,qu'à

diredu fonddu cœur Adieu!et à lui souhaiterd'êtreassez heureux pourplaire, et pour fairenaître et répandre au loin d'heureuxfruits.

AVANT-PROPOS

DE LA SECONDEPARTIEDES CONVERSATIONS

PTOIIÉKEXi«*7

Je voisenfindevantmoiterminale troisièmevolumedemes

conversationsavec Goethe, promisdepuislongtemps;j'éprouve

la joieque donnele

grands obstacles.J'étaisdans

unesituationtrès-difficile.Je ressemblaisaumarin qui ue peut

pas faireroute par le ventdu jour, et

avecla

ce

plusgrandepatience dessemaineset desmois jusqu'à

triomphe de

qui

est