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Sébastien Reuzé

Le summum du contre-seing Plus simple et souple d’emploi que la prise de vues argentique,
donnant le sentiment d’une gratuité de l’image, reproductible à volonté,
Clément Chéroux offrant un résultat immédiatement contrôlable et de surcroît trans-
missible en un clic à l’autre bout du monde, la photographie numéri-
que est venue parfaitement combler les exigences de rendement et
Dans Autour des sept collines, son récit de voyage à Rome et en d’efficacité de ce tourisme de validation décrit par Gracq.
Italie, Julien Gracq évoque le poids de l’habitus touristique auquel
il avoue n’avoir pas toujours su lui-même se soustraire. À l’ère des Depuis maintenant plus d’une dizaine d’années, Sébastien Reuzé
excursions organisées et des tour operators, le voyage d’agrément construit son œuvre photographique sur un principe de déambulation
se transforme, en effet, trop souvent en un cursus d’initiation ou de qui, à bien des égards, ressemble à une sorte de tourisme esthétique.
révision culturelle en accéléré. Comme si le touriste devait se préparer Aux oripeaux rapiécés du flâneur baudelairien qu’ont choisi beaucoup
à subir à son retour un examen, il lui faut tout voir en un minimum de de ses contemporains, il a préféré la panoplie complète du touriste
temps — les chefs-d’œuvre de l’architecture et des musées, les sites postmoderne. Il photographie le plus souvent en voyageant, recherche
incontournables, les curiosités locales recommandées par les guides systématiquement le dépaysement — même au coin de sa rue —, traque
— et tout enregistrer. « C’est, écrit Gracq, du tourisme de contreseing les moments de grâce ou les éphémères épiphanies, est attentif aux
et de validation, et je m’en veux un peu d’être venu ici pointer au incongruités, aux trouvailles et aux surprises. Cherchant lui aussi
tableau des must paysagistes comme on pointe à l’usine : Mai 76 « l’or du temps », il n’a pas son pareil pour repérer dans le torrent de
– Baie de Naples – Vu1 . » la trivialité quotidienne les petites pépites de poésie. Il les ramasse,
les amasse, et en remplit des albums, comme le photographe du
Curieux terme que celui employé ici par Gracq. Emprunté au voca- dimanche le ferait de ses clichés souvenirs2 .
bulaire juridique, « contreseing » désigne la seconde signature qui,
sur un acte notarié, authentifie un premier paraphe. Après avoir Passionné par sa recherche, se souciant pleinement de ses enjeux
coché chacune des cases de ce qu’il se devait de voir, le touriste théoriques, Sébastien Reuzé ne pouvait qu’être attentif aux transfor-
vient ainsi contresigner la convention tacite qui est censée faire de mations induites par l’avènement des technologies numériques dans
lui un être de culture et de goût. Mais, dans ce contexte de tourisme le champ de la photographie amateur. Numéristique, sa dernière
globalisé, où tous les échanges se font désormais dans un anglais série, porte précisément sur cette question. Réalisée au cours de
approximatif, la seconde partie du mot « contre-seing » évoque moins plusieurs voyages dans la capitale italienne, elle a pour cadre l’un
l’étymologie latine de la signature que la traduction anglaise du verbe de ses lieux touristiques les plus fréquentés : la basilique Saint-Pierre
voir. L’emploi par Gracq de ce jeu de mots en forme de néologisme de Rome. Pendant plusieurs jours d’affilée, Reuzé s’est fondu dans
franglais laisse à penser que cette conception efficiente et comptable la masse des touristes qui se rendaient dans la plus grande église
du voyage était pour lui la meilleure façon de ne rien voir, que ce de la chrétienté et y a, comme eux, frénétiquement photographié.
tourisme de validation était en fait, à ses yeux, un contre-regard. Mais, à la différence de ces derniers, il ne s’est pas attardé sur les
œuvres du Bernin, de Raphaël ou de Michel-Ange, il a préféré fixer
Depuis la publication du livre de Gracq, en 1988, le tourisme de l’image de ces amateurs en train de les photographier ou de poser
contre-seing (qu’il faudra désormais entendre à la franglaise) semble devant. Dans ce lieu où le culte des images semble avoir été porté
s’être encore accru avec le développement exponentiel de la photo­ à son paroxysme, il a mis en boucle la représentation elle-même.
graphie numérique. Qui n’a, en effet, été frappé de découvrir,
à partir des années 1990, dans les hauts lieux du tourisme mondial, Telle qu’elle est aujourd’hui proposée au public, l’œuvre se présente
ces étranges visiteurs cyclopéens dont l’œil semble rivé à leur écran sous la forme d’une projection dans une pièce confinée et obscure.
et qui ne prennent même plus le temps de regarder directement, Rien ne manque à ce dispositif qui n’est pas sans rappeler les « soi-
c’est-à-dire sans interface technique, ce qu’ils photographient. rées diapos » d’autrefois : ni les particules de poussière qui dansent
dans le faisceau du projecteur, ni la chaleur odorante de l’appareil. sautillements des films muets du début du siècle dernier. Aux images
La force visuelle de ce diaporama repose sur la combinaison d’une numériques, Sébastien Reuzé a, en somme, réappris à trembler.
prise de vues en rafale à une vitesse d’obturation peu rapide et d’un
montage en fondu enchaîné à une cadence assez soutenue, mais La double disjonction qui est au cœur de cette œuvre a pour prin-
qui laisse cependant suffisamment de temps pour voir les images cipal effet de mettre en évidence la gestuelle des photographes et
individuellement. De ce couplage de vitesses différentes résulte de ceux qui posent pour eux. La vitesse d’obturation adoptée fait
un curieux effet de double disjonction. passer au second plan tout ce qui ne concerne pas directement l’acte
photo­graphique. Le montage en saccades fait ressortir les gestes
Disjonction du réel, tout d’abord : le monde représenté par Reuzé lents, le discret pas de deux qui s’esquisse entre l’opérateur et son
semble soumis à une étrange bipolarité temporelle. Il y a le temps du sujet. L’association de ces deux vitesses révèle des positions ou
photographique qui consiste à poser devant la Pieta de Michel-Ange des attitudes corporelles inhabituelles, de nouvelles chorégraphies
et le baldaquin de l’autel du Bernin, ou à toucher le pied de la statue photographiques induites par le numérique. Ceux qui posent devant
de Saint-Pierre. Cette temporalité, où la pose est une pause, où seuls l’objectif semblent plus libres. Ils n’hésitent pas à faire des grimaces ou
affleurent quelques micro-gestes, de légers mouvements, d’infimes des mimiques et sont davantage enclins à l’expérimentation ludique ;
rectifications de position, semble parfaitement légitime en ce lieu car ils savent que l’on ne « gâche » désormais plus la pellicule, que
de tourisme de validation ; elle est, par conséquent, pleinement chaque prise de vue est immédiatement contrôlable et peut être
visible et lisible dans les images de Reuzé. Se superpose à cela une effacée puis indéfiniment recommencée.
temporalité extra-photographique constituée par tout ce qui s’agite
alentour. Mais curieusement, comme si elle était déplacée ou mal- Quant aux photographes, ils n’ont plus l’œil rivé à leur viseur. Avec
venue, cette temporalité apparaît diffuse et diluée. Dans les images le numérique, ils regardent désormais ce qu’ils photographient sur
de la série, elle ne laisse transparaître que de vagues silhouettes, un petit écran intégré à leur appareil. Ils ont éloigné celui-ci de leur
quelques traces incomplètes, des semi-présences. Cet au-delà corps, le tiennent à bout de bras, comme s’ils étaient soudainement
du photographique n’est en fait peuplé que de fantômes. atteints de presbytie. Les mains ainsi jointes à l’aplomb du visage,
parfois agenouillés pour plus de stabilité, immobiles et concentrés,
À la disjonction du réel, s’ajoute celle des images. Le montage dyna­ ils semblent être en position de prière. « Cette boulimie de l’image
mique d’images prises en rafales produit un curieux effet de vacillement m’apparaissait comme une nouvelle liturgie4 » explique Reuzé. Mais
qui perturbe nos habitudes visuelles. S’agit-il d’images mouvement ou qu’on ne s’y trompe pas, ces nouveaux pèlerins ne sont pas en ce lieu
de mouvements d’images ? Est-ce encore de la photographie, ou déjà pour trouver Dieu, ni même pour contempler ses représentations, mais
du cinéma ? La série de Reuzé se situe dans cet entre-deux théorique pour célébrer la religion des images omniprésentes. Et ils le font, dans
sur lequel plusieurs artistes utilisant la photographie — Victor Burgin, une authentique attitude de prière, en produisant eux-mêmes des ima-
Alain Fleischer, Jeff Guess, John Hilliard, Eric Rondepierre ou Hiroshi ges d’images. C’est là finalement, comme le démontre admirablement
Sugimoto pour n’en citer que quelques-uns — ont ces dernières années cette série de Reuzé, le stade ultime du tourisme postmoderne et par

Sébastien Reuzé
travaillé et que Philippe Dubois a appelé « l’effet film ». « L’effet film,
écrit-il, est autant une question d’image (un problème visible dans les
images) qu’une affaire de dispositif (une machination invisible, mais
là même le summum du contre-seing.

pensée, qui est affaire de processus : la lumière, l’écran, la projection,


1  Julien Gracq, Autour des sept collines, Paris, José Corti, 1988, p. 34.
le transport, la texture, la vibration, la trajectoire), autant une affaire de 2  S ébastien Reuzé, Constellations, Bruxelles, La Lettre volée / Contretype, 2002 ;
Sébastien Reuzé, Rennes, La Criée, Centre d’art contemporain, 2003.
perception que d’intellection, de sensation que d’émotion3 . » Aussi para- 3  S ébastien Reuzé, « entretien avec Yvette Le Gall », carton d’invitation de l’exposition
doxal que cela puisse paraître, cette série de Reuzé sur ce qui constitue de Sébastien Reuzé, Numeristic Choregraphy, Rennes, Le Triangle, 2009, n. p.
4  Philippe Dubois, L’Effet film, figures, matières et formes du cinéma en photographie, Lyon,
le plus récent progrès de la technologie photographique fait penser aux Le Réverbère 2, 1999, n. p.
The height of contre-seing halide devices, giving the feeling of a gratuitousness of the image,
which can be reproduced at will, offering an immediately controllable
Clément Chéroux result which in addition can be transmitted in a click to the other side
of the world, digital photography has managed to perfectly fulfil the
productivity and efficiency requirements of this validation tourism
In Autour des sept collines, his travel book about Rome and Italy, described by Gracq.
Julien Gracq refers to the widespread tourist habitus which he
confesses he hasn’t always managed to avoid. In the age of package For more than a decade now, Sébastien Reuzé has been building up
excursions and tour operators, travelling for pleasure has in fact his photographic oeuvre based on a principle of wandering, which
all too often turned into a speeded up initiatory cursus or cultural in many respects resembles a sort of aesthetic tourism. Instead
revision. It is as though tourists had to prepare to take a final exam of the patched up, faded finery of the Baudelairian flaneur chosen
on their return home. They have to see everything in the shortest by many of his contemporaries, he prefers the entire panoply of
possible time — the masterpieces of architecture and museums, postmodern tourism. His photographs are taken most often whilst
the major sites and local curiosities recommended by guides — and travelling, and he systematically seeks things that are out of place —
record everything. As Gracq wrote, “It is all about contreseing and even at the corner of his own street — to reveal charming moments
validation, and I am a little annoyed with myself that I have come or ephemeral epiphanies, through his attentiveness to incongruities,
here to point out the paintings of the essential landscape artists as discoveries and surprises. In seeking “the gold of time” also, no
one would point to a factory: May ’76 – Bay of Naples – Done1 .” one compares to him for his identification of little gems of poetry
in the torrent of daily triviality. He collects them, amasses them
The term Gracq uses here is curious. Borrowed from legal vocabulary, and fills albums with them, like an amateur photographer with his
“contreseing” refers to the second signature which, on a notarised souvenir snapshots 2 .
deed, authenticates the preceding initialled pages. After having ticked
each of the boxes of what he ought to see, the tourist thus counter- Impassioned by his research and taking his theoretical issues fully
signs the tacit agreement which is supposed to make him a person into consideration, Sébastien Reuzé could not fail to be mindful of
of culture and taste. But in this context of global tourism, where all the transformations brought about by the arrival of digital technolo-
exchanges now take place in broken English, the second part of the gies in the field of amateur photography. Numéristique considers
word “contre-seing” refers less to the Latin etymology of signature as precisely this issue. The series was made during several journeys
to seeing. Gracq’s play on words in the form of a Franglais neologism to the Italian capital, in one of the city’s most visited tourist sites :
suggests that this efficient and quantifiable approach to travelling Saint Peter’s Basilica in Rome. During several consecutive days,
was in his view the best way not to see anything, and that such valida- Reuzé blended in with the hoards of tourists visiting the largest
tion tourism was in fact, as he saw it, a counter-view. church in Christendom and like them, frantically took photographs.
Unlike the others however, he did not linger on the works of Bernini,
Since the publication of Gracq’s book in 1988, contre-seing tourism Raphael or Michelangelo, but instead preferred to capture the images
(used here in its Franglais acceptation) appears to have expanded still of these amateurs as they photographed or posed in front of them.
further with the exponential development of digital photography. In this place where the cult of images appears to have reached its
Who has not been astounded since the 1990s to discover these strange paroxysm, he closed the loop of representation itself.
Cyclopean visitors in global tourist centres, whose eyes appear to be
riveted to their camera screens and who no longer even take the time As presented to the public today, the work takes the form of a projec-
to look directly, i.e. without a technical interface, at what they are tion in a confined, darkened, silent room. Nothing has been forgotten
photographing. Being simpler to use and more adaptable than silver in this device which is reminiscent of “slideshow evenings” from the
past, not even the particles of dust which dance in the projector’s The principal effect of the double disjunction central to this work is
beam, or the smell of the hot projector. The visual power of this slide­ that it highlights the gestures of the photographers and those who
show lies in the combination of pictures in rapid-fire succession at a pose for them. The shutter speed used relegates to the background
slow shutter speed and a quite fast cross fade montage, whilst leav- everything which is not directly related to the act of photography.
ing sufficient time to see the images individually. This combination of The jerky montage emphasises the slow gestures, the discreet pas
different speeds results in a curious, double-disjunction effect. de deux that emerges between the photographer and his subject.
The association of these two speeds reveals uncustomary body
First there is the disjunction of reality: the world Reuzé represents positions and postures, in new photographic choreographies brought
appears to be subject to a strange temporal bipolarity. There is the about by digital technology. Those who pose in front of the lens appear
photographic time which consists of posing in front of Michelangelo’s to be freer. They don’t think twice about pulling faces or imitating
Pieta and Saint Peter’s Baldachin by Bernini, or touching the foot of gestures and are more inclined to engage in playful experimentation;
Saint Peter’s statue. This temporality, where the pose is a pause and for they know that they are no longer “ruining” a film and that each
where only a few micro-gestures, slight movements and minute rectifi­ shot can be checked immediately, deleted and begun again from
cations of position emerge, appears to be perfectly legitimate in this scratch indefinitely.
validation tourism site; it is consequently entirely visible and clear in
Reuzé’s pictures. Superimposed on this is an extra-photographic tem- Photographers no longer have their eyes riveted to their viewfinders.
porality constituted by everything that is going on around it. But curi- With digital photography, they now look at what they are photo­
ously, as if it were out of place or unwelcome, this temporality appears graphing on small screens integrated in their cameras. They hold
to be diffused and diluted. In the pictures in the series, it only reveals it away from their body, at arm’s length, as if they have suddenly
vague silhouettes, a few incomplete traces and semi-presences. become long-sighted. Thus with hands held together directly below
This world beyond the photographs is in fact only inhabited by ghosts. their faces, sometimes kneeling to achieve greater stability, immobile
and concentrated, they appear to be bowed in prayer. “This bulimia
The disjunction of reality is combined with that of the images. of images seems to me to be a new liturgy4,” explains Reuzé. But let
The dynamic montage of pictures taken in quick succession produces there be no mistake, these new pilgrims are not here to find God,
a curious, shifting effect, which unsettles our visual habits. Are they nor even to contemplate representations of Him, but to celebrate the
moving images or images in motion? Is it still photography, or has it religion of omnipresent images. They do so by producing images of
become cinema? Reuzé’s series lies in this theoretical interim which the images themselves, in an authentic posture of prayer. Ultimately
several artists who work with photography — Victor Burgin, Alain and as the series here by Reuzé admirably demonstrates, this is the
Fleischer, Jeff Guess, John Hilliard, Eric Rondepierre and Hiroshi final stage of postmodern tourism and as such, it is the height of
Sugimoto to name but a few — have used in recent years and which contre-seing.
Philippe Dubois called “the film effect”. As he explains, “The film
effect is as much about the image (a visible problem in the images) as

Sébastien Reuzé
the mechanism (an invisible but considered machination, involving the
process : the light, screen, projection, transport, texture, vibration and
trajectory). It is equally about perception and intellection, sensation
and emotion3.” As paradoxical as it may seem, this series by Reuzé
1  J ulien Gracq, Autour des sept collines, Paris, José Corti, 1988, p. 34.
on what constitutes the most recent progress in photographic 2  S ébastien Reuzé, Constellations, Brussels, La Lettre volée / Contretype, 2002; Sébastien Reuzé,
technology is reminiscent of the flickering images of the silent films Rennes, La Criée, Centre d’art contemporain, 2003.
3  Philippe Dubois, L’Effet film. Figures, matières et formes du cinéma en photographie, Lyon,
made early in the last century. Sébastien Reuzé has in effect taught Le Réverbère 2, 1999, n. p.
4  S ébastien Reuzé, « entretien avec Yvette Le Gall », invitation for Sébastien Reuzé’s exhibition,
digital images how to flicker again. Numeristic Choregraphy, Rennes, Le Triangle, 2009, n. p.
Prises de vues effectuées en 2006 dans la basilique Saint-Pierre du Vatican
www.sebastienreuze.com

Remerciements  à :
Clément Chéroux, Daniel Vander Gucht, Joël Van Audenhaege, ainsi qu’à Yann Le Goff, président et
François-Nicolas L’Hardy, directeur (Centre Atlantique de la Photographie, Brest), David Chevrier
(Le Village-site d’expérimentation artistique, Bazouges la Pérouse), Yvette Le Gall, chargée de la
programmation arts plastiques (Le Triangle, Rennes), Yves Bernard (iMAL)

Je remercie également Julie Cuvelier Brenta, Damien De Lepeleire, Jean-Louis Godefroid,


Erwan Mahéo, Xavier Noiret-Thomé, Romain Reuzé, Laurence Vaes et Karin Vermeire, qui,
par leurs interventions diverses et leurs encouragements, ont contribué à l’existence de ce projet.

Ouvrage publié avec le soutien de :


Ministère de la Communauté française de Belgique, service des Arts plastiques
Centre Atlantique de la Photographie (Brest) – www.centre-atlantique-photographie.fr
Centre culturel Le Triangle (Rennes) – www.letriangle.org
Site d’expérimentation artistique Le Village (Bazouges la Pérouse) – www.association-levillage.org
ARP2, Art & Research Publishing – www.arpeditions.org

Co-production du DVD : iMal – www.imal.org


Conception graphique : www.dojodesign.eu
Traduction anglaise : Laura Austrums

Dépôt légal : Bibliothèque royale de Belgique 4 e trimestre 2009 – D/2009/5636/6


ISBN 978-2-87317-342-5

© 2009 La Lettre volée – www.lettrevolee.com

Sébastien Reuzé
Achevé d’imprimer sur les presses de l’imprimerie AD Press à Seraing (Belgique) en octobre 2009.
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Le summum du contre-seing Plus simple et souple d’emploi que la prise de vues argentique,
donnant le sentiment d’une gratuité de l’image, reproductible à volonté,
dans le faisceau du projecteur, ni la chaleur odorante de l’appareil.
La force visuelle de ce diaporama repose sur la combinaison d’une
sautillements des films muets du début du siècle dernier. Aux images
numériques, Sébastien Reuzé a, en somme, réappris à trembler.
Clément Chéroux offrant un résultat immédiatement contrôlable et de surcroît trans- prise de vues en rafale à une vitesse d’obturation peu rapide et d’un
missible en un clic à l’autre bout du monde, la photographie numéri- montage en fondu enchaîné à une cadence assez soutenue, mais La double disjonction qui est au cœur de cette œuvre a pour prin-
que est venue parfaitement combler les exigences de rendement et qui laisse cependant suffisamment de temps pour voir les images cipal effet de mettre en évidence la gestuelle des photographes et
Dans Autour des sept collines, son récit de voyage à Rome et en d’efficacité de ce tourisme de validation décrit par Gracq. individuellement. De ce couplage de vitesses différentes résulte de ceux qui posent pour eux. La vitesse d’obturation adoptée fait
Italie, Julien Gracq évoque le poids de l’habitus touristique auquel un curieux effet de double disjonction. passer au second plan tout ce qui ne concerne pas directement l’acte
il avoue n’avoir pas toujours su lui-même se soustraire. À l’ère des Depuis maintenant plus d’une dizaine d’années, Sébastien Reuzé photographique. Le montage en saccades fait ressortir les gestes
excursions organisées et des tour operators, le voyage d’agrément construit son œuvre photographique sur un principe de déambulation Disjonction du réel, tout d’abord : le monde représenté par Reuzé lents, le discret pas de deux qui s’esquisse entre l’opérateur et son
se transforme, en effet, trop souvent en un cursus d’initiation ou de qui, à bien des égards, ressemble à une sorte de tourisme esthétique. semble soumis à une étrange bipolarité temporelle. Il y a le temps du sujet. L’association de ces deux vitesses révèle des positions ou
révision culturelle en accéléré. Comme si le touriste devait se préparer Aux oripeaux rapiécés du flâneur baudelairien qu’ont choisi beaucoup photographique qui consiste à poser devant la Pieta de Michel-Ange des attitudes corporelles inhabituelles, de nouvelles chorégraphies
à subir à son retour un examen, il lui faut tout voir en un minimum de de ses contemporains, il a préféré la panoplie complète du touriste et le baldaquin de l’autel du Bernin, ou à toucher le pied de la statue photographiques induites par le numérique. Ceux qui posent devant
temps — les chefs-d’œuvre de l’architecture et des musées, les sites postmoderne. Il photographie le plus souvent en voyageant, recherche de Saint-Pierre. Cette temporalité, où la pose est une pause, où seuls l’objectif semblent plus libres. Ils n’hésitent pas à faire des grimaces ou
incontournables, les curiosités locales recommandées par les guides systématiquement le dépaysement — même au coin de sa rue —, traque affleurent quelques micro-gestes, de légers mouvements, d’infimes des mimiques et sont davantage enclins à l’expérimentation ludique ;
— et tout enregistrer. « C’est, écrit Gracq, du tourisme de contreseing les moments de grâce ou les éphémères épiphanies, est attentif aux rectifications de position, semble parfaitement légitime en ce lieu car ils savent que l’on ne « gâche » désormais plus la pellicule, que
et de validation, et je m’en veux un peu d’être venu ici pointer au incongruités, aux trouvailles et aux surprises. Cherchant lui aussi de tourisme de validation ; elle est, par conséquent, pleinement chaque prise de vue est immédiatement contrôlable et peut être
tableau des must paysagistes comme on pointe à l’usine : Mai 76 « l’or du temps », il n’a pas son pareil pour repérer dans le torrent de visible et lisible dans les images de Reuzé. Se superpose à cela une effacée puis indéfiniment recommencée.
– Baie de Naples – Vu . » la trivialité quotidienne les petites pépites de poésie. Il les ramasse, temporalité extra-photographique constituée par tout ce qui s’agite

Sébastien Reuzé
les amasse, et en remplit des albums, comme le photographe du alentour. Mais curieusement, comme si elle était déplacée ou mal- Quant aux photographes, ils n’ont plus l’œil rivé à leur viseur. Avec
Curieux terme que celui employé ici par Gracq. Emprunté au voca- dimanche le ferait de ses clichés souvenirs . venue, cette temporalité apparaît diffuse et diluée. Dans les images le numérique, ils regardent désormais ce qu’ils photographient sur
bulaire juridique, « contreseing » désigne la seconde signature qui, de la série, elle ne laisse transparaître que de vagues silhouettes, un petit écran intégré à leur appareil. Ils ont éloigné celui-ci de leur
sur un acte notarié, authentifie un premier paraphe. Après avoir Passionné par sa recherche, se souciant pleinement de ses enjeux quelques traces incomplètes, des semi-présences. Cet au-delà corps, le tiennent à bout de bras, comme s’ils étaient soudainement
coché chacune des cases de ce qu’il se devait de voir, le touriste théoriques, Sébastien Reuzé ne pouvait qu’être attentif aux transfor- du photographique n’est en fait peuplé que de fantômes. atteints de presbytie. Les mains ainsi jointes à l’aplomb du visage,
vient ainsi contresigner la convention tacite qui est censée faire de mations induites par l’avènement des technologies numériques dans parfois agenouillés pour plus de stabilité, immobiles et concentrés,
lui un être de culture et de goût. Mais, dans ce contexte de tourisme le champ de la photographie amateur. Numéristique, sa dernière À la disjonction du réel, s’ajoute celle des images. Le montage dyna- ils semblent être en position de prière. « Cette boulimie de l’image
globalisé, où tous les échanges se font désormais dans un anglais série, porte précisément sur cette question. Réalisée au cours de mique d’images prises en rafales produit un curieux effet de vacillement m’apparaissait comme une nouvelle liturgie » explique Reuzé. Mais
approximatif, la seconde partie du mot « contre-seing » évoque moins plusieurs voyages dans la capitale italienne, elle a pour cadre l’un qui perturbe nos habitudes visuelles. S’agit-il d’images mouvement ou qu’on ne s’y trompe pas, ces nouveaux pèlerins ne sont pas en ce lieu
l’étymologie latine de la signature que la traduction anglaise du verbe de ses lieux touristiques les plus fréquentés : la basilique Saint-Pierre de mouvements d’images ? Est-ce encore de la photographie, ou déjà pour trouver Dieu, ni même pour contempler ses représentations, mais
voir. L’emploi par Gracq de ce jeu de mots en forme de néologisme de Rome. Pendant plusieurs jours d’affilée, Reuzé s’est fondu dans du cinéma ? La série de Reuzé se situe dans cet entre-deux théorique pour célébrer la religion des images omniprésentes. Et ils le font, dans
franglais laisse à penser que cette conception efficiente et comptable la masse des touristes qui se rendaient dans la plus grande église sur lequel plusieurs artistes utilisant la photographie — Victor Burgin, une authentique attitude de prière, en produisant eux-mêmes des ima-
du voyage était pour lui la meilleure façon de ne rien voir, que ce de la chrétienté et y a, comme eux, frénétiquement photographié. Alain Fleischer, Jeff Guess, John Hilliard, Eric Rondepierre ou Hiroshi ges d’images. C’est là finalement, comme le démontre admirablement
tourisme de validation était en fait, à ses yeux, un contre-regard. Mais, à la différence de ces derniers, il ne s’est pas attardé sur les Sugimoto pour n’en citer que quelques-uns — ont ces dernières années cette série de Reuzé, le stade ultime du tourisme postmoderne et par

Depuis la publication du livre de Gracq, en 1988, le tourisme de


contre-seing (qu’il faudra désormais entendre à la franglaise) semble
œuvres du Bernin, de Raphaël ou de Michel-Ange, il a préféré fixer
l’image de ces amateurs en train de les photographier ou de poser
devant. Dans ce lieu où le culte des images semble avoir été porté
Sébastien Reuzé
travaillé et que Philippe Dubois a appelé « l’effet film ». « L’effet film,
écrit-il, est autant une question d’image (un problème visible dans les
images) qu’une affaire de dispositif (une machination invisible, mais
là même le summum du contre-seing.

s’être encore accru avec le développement exponentiel de la photo- à son paroxysme, il a mis en boucle la représentation elle-même. pensée, qui est affaire de processus : la lumière, l’écran, la projection,
graphie numérique. Qui n’a, en effet, été frappé de découvrir, le transport, la texture, la vibration, la trajectoire), autant une affaire de
à partir des années 1990, dans les hauts lieux du tourisme mondial, Telle qu’elle est aujourd’hui proposée au public, l’œuvre se présente perception que d’intellection, de sensation que d’émotion . » Aussi para-
ces étranges visiteurs cyclopéens dont l’œil semble rivé à leur écran sous la forme d’une projection dans une pièce confinée et obscure. doxal que cela puisse paraître, cette série de Reuzé sur ce qui constitue
et qui ne prennent même plus le temps de regarder directement, Rien ne manque à ce dispositif qui n’est pas sans rappeler les « soi- le plus récent progrès de la technologie photographique fait penser aux
c’est-à-dire sans interface technique, ce qu’ils photographient. rées diapos » d’autrefois : ni les particules de poussière qui dansent

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The height of contre-seing halide devices, giving the feeling of a gratuitousness of the image,
which can be reproduced at will, offering an immediately controllable
past, not even the particles of dust which dance in the projector’s
beam, or the smell of the hot projector. The visual power of this slide-
The principal effect of the double disjunction central to this work is
that it highlights the gestures of the photographers and those who
Prises de vues effectuées en 2006 dans la basilique Saint-Pierre du Vatican

Clément Chéroux result which in addition can be transmitted in a click to the other side show lies in the combination of pictures in rapid-fire succession at a pose for them. The shutter speed used relegates to the background Remerciements à :
of the world, digital photography has managed to perfectly fulfil the slow shutter speed and a quite fast cross fade montage, whilst leav- everything which is not directly related to the act of photography. Clément Chéroux, Daniel Vander Gucht, Joël Van Audenhaege, ainsi qu’à Yann Le Goff, président et
productivity and efficiency requirements of this validation tourism ing sufficient time to see the images individually. This combination of The jerky montage emphasises the slow gestures, the discreet pas François-Nicolas L’Hardy, directeur (Centre Atlantique de la Photographie, Brest), David Chevrier
In Autour des sept collines, his travel book about Rome and Italy, described by Gracq. different speeds results in a curious, double-disjunction effect. de deux that emerges between the photographer and his subject. (Le Village-site d’expérimentation artistique, Bazouges la Pérouse), Yvette Le Gall, chargée de la
Julien Gracq refers to the widespread tourist habitus which he The association of these two speeds reveals uncustomary body programmation arts plastiques (Le Triangle, Rennes), Yves Bernard (iMAL)
confesses he hasn’t always managed to avoid. In the age of package For more than a decade now, Sébastien Reuzé has been building up First there is the disjunction of reality: the world Reuzé represents positions and postures, in new photographic choreographies brought
excursions and tour operators, travelling for pleasure has in fact his photographic oeuvre based on a principle of wandering, which appears to be subject to a strange temporal bipolarity. There is the about by digital technology. Those who pose in front of the lens appear Je remercie également Julie Cuvelier Brenta, Damien De Lepeleire, Jean-Louis Godefroid,
all too often turned into a speeded up initiatory cursus or cultural in many respects resembles a sort of aesthetic tourism. Instead photographic time which consists of posing in front of Michelangelo’s to be freer. They don’t think twice about pulling faces or imitating Erwan Mahéo, Xavier Noiret-Thomé, Romain Reuzé, Laurence Vaes et Karin Vermeire, qui,
revision. It is as though tourists had to prepare to take a final exam of the patched up, faded finery of the Baudelairian flaneur chosen Pieta and Saint Peter’s Baldachin by Bernini, or touching the foot of gestures and are more inclined to engage in playful experimentation; par leurs interventions diverses et leurs encouragements, ont contribué à l’existence de ce projet.
on their return home. They have to see everything in the shortest by many of his contemporaries, he prefers the entire panoply of Saint Peter’s statue. This temporality, where the pose is a pause and for they know that they are no longer “ruining” a film and that each
possible time — the masterpieces of architecture and museums, postmodern tourism. His photographs are taken most often whilst where only a few micro-gestures, slight movements and minute rectifi- shot can be checked immediately, deleted and begun again from
the major sites and local curiosities recommended by guides — and travelling, and he systematically seeks things that are out of place — cations of position emerge, appears to be perfectly legitimate in this scratch indefinitely.
record everything. As Gracq wrote, “It is all about contreseing and even at the corner of his own street — to reveal charming moments validation tourism site; it is consequently entirely visible and clear in
validation, and I am a little annoyed with myself that I have come or ephemeral epiphanies, through his attentiveness to incongruities, Reuzé’s pictures. Superimposed on this is an extra-photographic tem- Photographers no longer have their eyes riveted to their viewfinders.
here to point out the paintings of the essential landscape artists as discoveries and surprises. In seeking “the gold of time” also, no porality constituted by everything that is going on around it. But curi- With digital photography, they now look at what they are photo-
one would point to a factory: May ’76 – Bay of Naples – Done .” one compares to him for his identification of little gems of poetry ously, as if it were out of place or unwelcome, this temporality appears graphing on small screens integrated in their cameras. They hold Ouvrage publié avec le soutien de :
in the torrent of daily triviality. He collects them, amasses them to be diffused and diluted. In the pictures in the series, it only reveals it away from their body, at arm’s length, as if they have suddenly Ministère de la Communauté française de Belgique, service des Arts plastiques
The term Gracq uses here is curious. Borrowed from legal vocabulary, and fills albums with them, like an amateur photographer with his vague silhouettes, a few incomplete traces and semi-presences. become long-sighted. Thus with hands held together directly below Centre Atlantique de la Photographie (Brest) – www.centre-atlantique-photographie.fr
“contreseing” refers to the second signature which, on a notarised souvenir snapshots . This world beyond the photographs is in fact only inhabited by ghosts. their faces, sometimes kneeling to achieve greater stability, immobile Centre culturel Le Triangle (Rennes) – www.letriangle.org
deed, authenticates the preceding initialled pages. After having ticked and concentrated, they appear to be bowed in prayer. “This bulimia Site d’expérimentation artistique Le Village (Bazouges la Pérouse) – www.association-levillage.org
each of the boxes of what he ought to see, the tourist thus counter- Impassioned by his research and taking his theoretical issues fully The disjunction of reality is combined with that of the images. of images seems to me to be a new liturgy ,” explains Reuzé. But let ARP2, Art & Research Publishing – www.arpeditions.org
signs the tacit agreement which is supposed to make him a person into consideration, Sébastien Reuzé could not fail to be mindful of The dynamic montage of pictures taken in quick succession produces there be no mistake, these new pilgrims are not here to find God,
of culture and taste. But in this context of global tourism, where all the transformations brought about by the arrival of digital technolo- a curious, shifting effect, which unsettles our visual habits. Are they nor even to contemplate representations of Him, but to celebrate the Co-production du DVD : iMal – www.imal.org
exchanges now take place in broken English, the second part of the gies in the field of amateur photography. Numéristique considers moving images or images in motion? Is it still photography, or has it religion of omnipresent images. They do so by producing images of Conception graphique : www.dojodesign.eu
word “contre-seing” refers less to the Latin etymology of signature as precisely this issue. The series was made during several journeys become cinema? Reuzé’s series lies in this theoretical interim which the images themselves, in an authentic posture of prayer. Ultimately Traduction anglaise : Laura Austrums
to seeing. Gracq’s play on words in the form of a Franglais neologism to the Italian capital, in one of the city’s most visited tourist sites : several artists who work with photography — Victor Burgin, Alain and as the series here by Reuzé admirably demonstrates, this is the
suggests that this efficient and quantifiable approach to travelling Saint Peter’s Basilica in Rome. During several consecutive days, Fleischer, Jeff Guess, John Hilliard, Eric Rondepierre and Hiroshi final stage of postmodern tourism and as such, it is the height of Dépôt légal : Bibliothèque royale de Belgique 4 trimestre 2009 – D/2009/5636/6
was in his view the best way not to see anything, and that such valida- Reuzé blended in with the hoards of tourists visiting the largest Sugimoto to name but a few — have used in recent years and which contre-seing. ISBN 978-2-87317-342-5
tion tourism was in fact, as he saw it, a counter-view. church in Christendom and like them, frantically took photographs. Philippe Dubois called “the film effect”. As he explains, “The film
Unlike the others however, he did not linger on the works of Bernini, effect is as much about the image (a visible problem in the images) as © 2009 La Lettre volée – www.lettrevolee.com
Since the publication of Gracq’s book in 1988, contre-seing tourism
(used here in its Franglais acceptation) appears to have expanded still
further with the exponential development of digital photography.
Raphael or Michelangelo, but instead preferred to capture the images
of these amateurs as they photographed or posed in front of them.
In this place where the cult of images appears to have reached its
Sébastien Reuzé
the mechanism (an invisible but considered machination, involving the
process : the light, screen, projection, transport, texture, vibration and
trajectory). It is equally about perception and intellection, sensation
Sébastien Reuzé
Achevé d’imprimer sur les presses de l’imprimerie AD Press à Seraing (Belgique) en octobre 2009.

Who has not been astounded since the 1990s to discover these strange paroxysm, he closed the loop of representation itself. and emotion .” As paradoxical as it may seem, this series by Reuzé
Cyclopean visitors in global tourist centres, whose eyes appear to be on what constitutes the most recent progress in photographic
riveted to their camera screens and who no longer even take the time As presented to the public today, the work takes the form of a projec- technology is reminiscent of the flickering images of the silent films
to look directly, i.e. without a technical interface, at what they are tion in a confined, darkened, silent room. Nothing has been forgotten made early in the last century. Sébastien Reuzé has in effect taught
photographing. Being simpler to use and more adaptable than silver in this device which is reminiscent of “slideshow evenings” from the digital images how to flicker again.

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