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DOSSIER Europe

Au cœur
de l’Europe
de la Défense Photos : ADC Olivier DUBOIS, ADJ Jean-Raphaël DRAHI, CCH Jean-Baptiste TABONE
Iconographe : BCH Pascal VILLEMUR

26 TIM n° 198 - Octobre 2008


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DOSSIER

Pas à pas _28-31

Un exemple à suivre _32-35

Le cœur des enjeux _36-38

1954
la France rejette le projet de Communauté européenne de Défense (CED). Il a fallu attendre
1 998 et les accords de Saint-Malo entre la France et le Royaume-Uni, les deux principaux acteurs
de la Défense en Europe, pour que soit réellement lancée la construction d’une Europe de
la Défense. En dix ans, l’Union européenne est parvenue à poser les bases d’une véritable politique de sécurité et
de Défense commune, que ce soit par la création de nouvelles institutions ou par la participation à des opérations
extérieures, notamment à partir de 2003 : CONCORDIA de mars à décembre 2003, ARTEMIS de juin à septembre 2003
en République démocratique du Congo (RDC), EUFOR RDC durant la période des élections de 2006, et actuellement
EUFOR Tchad-République de Centrafrique et EUFOR ALTHEA en Bosnie-Herzégovine.
Dans un contexte international marqué par des menaces nouvelles, il est plus que jamais nécessaire d’avancer dans
la réalisation de l’Europe de la sécurité et de la Défense, afin de garantir aux citoyens européens un niveau de sécurité
suffisant. Le président de la République a d’ailleurs annoncé que ce chantier serait l’une des priorités de la présidence
française de l’Union européenne au deuxième semestre 2008.
C’est dans ce but que l’armée de Terre française se dote d’instruments lui permettant d’être sur le devant de la scène au
niveau européen. Le Corps de réaction rapide-France (CRR-FR) a été certifié par l’OTAN lors d’un exercice multinational
en mars 2007. L’implication de l’armée de Terre dans la BFA et les Groupements tactiques 1500, ainsi que son poids dans
l’EUROFOR, QG multinational, et dans l’EUROCORPS, illustrent la place de notre armée de Terre au sein de l’« Europe
puissance ». Néanmoins, il reste du chemin à parcourir, notamment pour favoriser une meilleure interopérabilité,
indispensable à l’action.

LTN A nn e -Bé a t ri ce MI CA RD

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DOSSIER Au cœur de l’Europe de la Défense

Pas à pas
Au cours de la dernière décennie, l’Europe de la Défense a déjà conduit plusieurs
opérations à travers le monde, dans lesquelles l’armée de Terre française a occupé
une place de premier plan.

E
lle est l’un des domaines marquent une nouvelle étape, permet- en tant que nation cadre, puis de 94 hom-
les plus dynamiques de la tant à l’UE d’utiliser les moyens et les mes. L’Etat-major de force n° 1 (EMF 1)
construction européenne… capacités collectifs de l’OTAN1. En 2003, à Besançon est désigné pour assumer
Voilà dix ans déjà que la Poli- les interventions militaires de l’UE com- les fonctions de noyau dur du comman-
tique européenne de sécurité mencent à se multiplier. Les cinq opéra- dant des forces européennes et son chef,
et de Défense (PESD) existe réellement! tions, dont deux, ALTHEA en Bosnie et le général Pierre Maral, comme com-
Petit rappel des faits: les crises des Bal- EUFOR Tchad-RCA, sont toujours en mandant de la force. Les premières trou-
kans, en Bosnie-Herzégovine, à partir de cours, ont été des succès, même si elles pes sont déployées le 1er mars, le transfert
1991, puis au Kosovo en 1999, révèlent restent modestes. Mais un fait est là : d’autorité étant effectué le 31 mars entre
la faiblesse des Européens, incapables pour chacune des opérations déjà ache- l’OTAN et l’UE. Le centre de commande-
de régler un conflit à leurs frontières vées, l’Union a fixé un objectif politique et ment de l’opération est installé au QG des
sans l’aide américaine. Elles démontrent l’instrument militaire l’a atteint dans les puissances alliées en Europe à Mons. Au
surtout que la simple juxtaposition des délais impartis. Exemples d’expériences niveau opératif, le général de corps d’ar-
armées nationales ne peut en aucun cas encourageantes. mée italien Cocozza, chef d’état-major
suffire à la mise en œuvre d’une politi- du commandement sud des forces alliées
que de défense et de gestion des conflits L’opération de l’OTAN, commande depuis Naples. Au
efficace et autonome. C’est ce constat niveau tactique, le général Maral, installé
qui vient appuyer l’idée de défense euro- EUFOR CONCORDIA à Skopje, est en relation permanente avec
péenne, basée sur les capacités militai- en Ancienne république yougoslave le représentant spécial de l’UE. La plani-
res de chaque Etat, mais développant de Macédoine, du 31 mars fication et le commandement de l’opéra-
des institutions militaires propres pour au 15 décembre 2003
contribuer à la résolution des crises. CONCORDIA prend la relève de l’opéra-
La PESD est née institutionnellement tion de l’OTAN ALLIED HARMONY à par-
dans le traité d’Amsterdam, signé en tir de mars 2003, dans le but de garantir
1997 et entré en vigueur en 1999. Mais la mise en œuvre de l’accord d’Ohrid pour
c’est le sommet franco-britannique de construire un pays stable et démocrati-
Saint-Malo, en 1998, qui a permis de que. Au départ, le recours à l’OTAN pour
“débloquer” la situation et d’envisager la mettre en œuvre le volet militaire des
création d’instruments appropriés. Au accords s’impose. Cependant, dès que
Conseil européen de Cologne des 3 et l’Union dispose des instruments militai-
4 juin 1999, les Etats membres décident res pour mener une opération, il appa-
de doter l’Union européenne (UE) des raît normal qu’elle fournisse à son
moyens et capacités nécessaires pour représentant spécial à Skopje la force
assumer ses responsabilités, mais limi- militaire capable de le soutenir. Cette
tent la PESD aux missions de Petersberg: force multinationale, sous commande-
missions humanitaires et d’évacuation, ment français puis sous commandement
de maintien de la paix ou de forces de de l’EUROFOR, se compose d’environ 400 tion sont assurés avec le recours aux
combat pour la gestion des crises, y militaires légèrement armés provenant moyens et capacités collectifs de l’OTAN,
compris les opérations de rétablisse- de 26 pays, dont 23 Etats membres de dans le cadre de l’accord de “Berlin plus”,
ment de la paix. Les accords de “Berlin l’UE. La participation française s’élève à dont ce fut la première application
plus” avec l’OTAN du 16 décembre 2002 175 hommes au moment de son mandat concrète. Les responsabilités de nation

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L’opération EUFOR ARTEMIS a été mise en place


en juin à septembre 2003.

cadre sont transférées le 30 septembre


de la France à l’EUROFOR. Un nouveau
commandant, le général de division por-
tugais Luis Nelson Ferreira Dos Santos,
dirige l’opération sur le terrain jusqu’au
15 décembre. Comme l’indique le géné-
ral Maral2 : « Cette opération avait pour
rôle essentiel de valider le fonctionne-
ment des institutions européennes tou-
tes neuves ainsi que les accords dits
“Berlin plus” tout juste signés à l’issue
de longues et difficiles tractations. Vous
imaginez donc la pression politique qui
pouvait s’exercer afin que la PESD trouve
enfin une application concrète sur le ter-
rain et rôde les nouveaux outils mis à sa
disposition. » Puis il conclut: « L’opéra-
tion CONCORDIA fut indéniablement un
succès à la fois européen et français.
L’Europe a montré pour la première fois
qu’elle pouvait et savait conduire des opé-
rations de sortie de crises (…). »

Militaires de l’opération EUFOR CONCORDIA déployés en 2003 L’opération


en ancienne république yougoslave de Macédoine.
EUFOR ARTEMIS
en République démocratique
du Congo, de juin
à septembre 2003
L’opération ARTEMIS constitue une
étape importante dans la mise en
œuvre de la PESD à plus d’un titre : il
s’agit de la première opération militaire
autonome (sans recours aux moyens
de l’OTAN comme CONCORDIA) de
l’UE, de la première opération hors du
continent européen, de la première
opération initiée par un Etat membre –
la France – puis endossée par l’UE, de
la première opération réalisée en
situation de réaction rapide, enfin de la
première coopération militaire opéra-
tionnelle entre l’UE et l’ONU.
Dans le nord-est du pays, en Ituri, au
deuxième trimestre 2003, la force de
700 casques bleus de la Mission des
Nations unies au Congo (MONUC) se
révèle incapable de juguler les violen-
ces. L’ONU sollicite la France, puis
l’UE. Le 30 mai 2003, la résolution 1 484
est adoptée par le Conseil de sécurité
de l’ONU qui décide l’engagement
d’une force multinationale intérimaire
d’urgence à Bunia. Cette force, desti-
née à rétablir la sécurité, reçoit un
mandat limité dans le temps, jusqu’au
1er septembre 2003. Le 6 juin, les pre-
miers soldats français, dans le cadre
de l’opération MAMBA, sont déployés à
Bunia. Le 12 juin, l’opération MAMBA,
rebaptisée ARTEMIS, est officiellement
lancée par l’UE. Les soldats européens
de l’EUFOR se déploient. Ils sont rele-

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DOSSIER Au cœur de l’Europe de la Défense

L’EUFOR ALTHEA
en Bosnie-Herzégovine,
depuis décembre 2004
vés par une force de l’ONU le 1er sep- Avec ALTHEA – opération toujours en
tembre. L’opération d’interposition, cours –, l’UE connaît en 2004 une nou-
commandée par le général français velle montée en puissance sur le plan
Bruno Neveux, a été menée de manière opérationnel et ses perspectives peu-
autonome, avec la France comme vent laisser espérer la poursuite de
nation-cadre et l’utilisation du Centre cette montée en puissance.
de planification et de conduite des opé- Le 2 décembre 2004 marque la fin de la
rations (CPCO) comme PC d’opération. Stabilization Force en Bosnie-Herzégo-
Le quartier général de la force était en vine, déployée en vertu des accords de
Ouganda. 2 200 hommes issus de Dayton-Paris (1 995). Dans la continuité,
17 pays différents ont participé à l’opé- l’UE lance l’opération ALTHEA.
ration, dont 1 700 Français, les Suédois Cette opération comporte une force de L’opération
fournissant le deuxième contingent le 2 200 hommes venant de 33 pays, dont
plus important. Le mandat de la force 11 non-membres de l’UE, et répartis EUFOR RÉPUBLIQUE
était de sécuriser la ville, les centres de entre un état-major et trois Task For-
réfugiés et l’aéroport et d’assurer la ces. 2 830 militaires allemands, italiens DÉMOCRATIQUE
sécurité des ONG et des Nations unies.
En moins d’un mois, l’UE a ainsi mon-
et britanniques sont dédiés au titre de
la réserve opérationnelle à partir de leur
DU CONGO
tré sa capacité à monter une opération, territoire. Elle s’appuie sur les moyens de soutien à la MONUC pendant
en s’appuyant sur une nation cadre. La de l’OTAN selon le mécanisme de “Ber- la période électorale en RDC,
mission a rempli son mandat, dans un lin plus”. Le commandant de la force est en 2006
environnement difficile, permettant la le général espagnol Ignacio Martin Vil- Le centre d’opérations de Postdam a été
mise en place de la MONUC. Le succès lalain depuis décembre 2007. Le com- désigné comme quartier général d’opé-
de cette opération a été à l’origine de mandant d’opération est le général rations. Du 30 juillet au 30 novembre
nouveaux concepts : Groupements tac- britannique Mc Coll. À Sarajevo, l’OTAN 2006, EUFOR RD Congo a été comman-
tiques (GT 1 500), réaction rapide, cen- maintient un QG de quelque 350 hom- dée par le général allemand Viereck,
tre d’opérations de l’UE, entre autres. mes, dont 150 postes militaires. L’opé- avec comme commandant de la force
ration a des objectifs ambitieux. A déployée, à Kinshasa, le général de divi-
moyen terme, elle soutient les progrès sion français Damay. La mission : sur-
de la Bosnie-Herzégovine vers l’inté- veiller le déroulement des élections
gration dans l’Union en contribuant à un présidentielles de juillet à novem-
environnement sûr, avec notamment la bre 2006, une mission militaire de sou-
signature le 16 juin 2008 de l’Accord de tien aux casques bleus de la MONUC.
stabilisation et d’association entre la Les principaux contributeurs en trou-
Bosnie-Herzégovine et l’Europe. A long pes de cette seconde opération militaire
terme, elle veut assurer une Bosnie sta- autonome de l’UE en Afrique, après
ble, viable, pacifique et multiethnique. ARTEMIS, ont été l’Allemagne et la

L’opération EUFOR ALTHEA, en


Bosnie-Herzégovine, a commencé
en décembre 2004.

Militaire français pendant


l’opération ARTEMIS au Congo.

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En 2006, l’opération EUFOR RD Congo avait


pour but la surveillance du déroulement
des élections présidentielles, en soutien
des casques bleus de la MONUC. L’entrée du camp Europa, au Tchad.

France à parité, ainsi que la Pologne, gique. Pour l’heure, l’opération est en
l’Espagne, les Pays-Bas, la Suède et la EUFOR TCHAD cours. À l’EMAT, on se veut optimiste :
Belgique. La Turquie a participé égale- RÉPUBLIQUE DE CENTRAFRIQUE « L’UE sauvera les victimes du Darfour
ment à l’opération. Au total, 2 500 mili- depuis septembre 2007 en sécurisant les camps de réfugiés le
taires originaires de près de 20 pays Il s’agit de la cinquième et de la plus long de la frontière soudanaise. »
différents, dont la quasi-totalité des importante opération militaire de l’UE
États de l’Union européenne, y ont par- conduite dans le cadre de la PESD, et
ticipé. Près de 1 000 militaires français ne bénéficiant pas des moyens logisti-
ont contribué au succès de cette opéra- ques de l’OTAN. À ce titre, elle consti-
tion. Les forces prépositionnées au tue un test de crédibilité pour l’Union.
Gabon et au Tchad ont par ailleurs per- L’opération a été officiellement lancée
mis de mettre à disposition de l’EUFOR- par le Conseil de l’UE le 15 octobre 2007
RDC des infrastructures d’accueil et des et déployée le 12 février 2008 pour une
éléments de réserves opérationnelles période initiale de 12 mois. L’ossature
indispensables à la réussite de la mis- est française avec 2 100 soldats sur les
sion. Cette action fait partie de l’effort 3 700 prévus. La France a proposé
global de l’UE en soutien à la transition d’activer son OHQ pour l’opéra-
démocratique en RDC, et plus particu- tion3. Il s’agit d’une infrastruc-
lièrement au processus électoral. ture entièrement dédiée à
l’opération et située au Mont-
Valérien. Un noyau clé, com-
1
Accès aux moyens de planification de l’OTAN,
les options de commandement européen de posé de militaires majori-
l’OTAN et l’utilisation des moyens et des capa- tairement issus du CPCO, et
cités de l’OTAN. enrichi par des renforts mul-
2
« Le témoignage du général de division Pierre tinationaux a rejoint les locaux
Maral, ancien commandant de l’opération de
l’Union européenne en Macédoine, du 31 mars
de l’OHQ parisien, afin de prépa-
au 15 décembre 2003 », dans Doctrine, rer sa montée en puissance. Le
numéro spécial, janvier 2007. commandant de l’opération, le
3
La France, comme 4 autres pays européens, général irlandais Nash, a rejoint
la Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Italie et la
l’OHQ, qui constitue le poste de com-
Grèce, dispose d’une structure qu’elle met à
disposition de l’UE capable d’accueillir l’OHQ mandement de l’opération, d’où il
d’une opération européenne. assure la conduite du niveau straté-

« L’UE doit confirmer sa puissance militaire »


« À l’avenir, il sera impératif de clarifier les procédures avec le niveau politique. Dans les opérations, le cadre
juridique doit être défini par les autorités politiques en liaison avec des juristes et diffusé à la force avant son
déploiement. Pour ALTHEA, la différence des restrictions nationales d’un État à l’autre s’est fait ressentir. Ensuite,
l’UE doit confirmer sa puissance militaire en s’ “autonomisant” davantage face à l’OTAN. Avec CONCORDIA, une chaîne
de commandement plus claire et fluide s’est instaurée dans une autonomie progressive. Enfin, il faut poursuivre les
efforts en matière de planification, en renforçant le concept de nation cadre et en améliorant les relations OHQ-FHQ.
Ce concept présente l’avantage d’une plus grande réactivité par rapport à un concept multinational classique.
La prise en charge de certaines tâches par une seule nation – planification, reconnaissance, projection, entrée en
premier – évite les lenteurs des négociations et traductions, ou les doublons rencontrés lors d’opérations
multinationales. » Colonel Marc Roussel, bureau emploi de l’EMAT

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DOSSIER Au cœur de l’Europe de la Défense

Un exemple à suivre
En dépit de difficultés liées aux problèmes de génération de forces, que l’on
retrouve dans l’OTAN, et à un système de planification des opérations encore
perfectible, l’UE poursuit le développement de ses capacités militaires.

CORPS DE RÉACTION RAPIDE EUROPÉEN OU EUROCORPS


Le Corps de réaction rapide européen (CRRE), issu du Corps d’armée franco-allemand créé en 1992,
rassemble cinq nations dites nations-cadres1 : l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, la France, et le Luxembourg.

Structure : sions blindées, 2 divisions •commandement de la composante terrestre


•Un QG d’environ 1 000 mécanisées, 1 compagnie de de la Force de Réaction Rapide de l’OTAN
personnels, dont la majo- reconnaissance ainsi que des (NRF 7), au second semestre 2006.
rité est issue des cinq éléments de commandement
nations-cadres, auxquels et de logistique. Perspectives :
s’ajoutent des contribu- Le Corps de réaction rapide européen, conti-
tions d’autres nations. Capacités : nuant à développer ses capacités opération-
Quatre autres pays y sont Le QG de l’Eurocorps a été nelles, reprendra très rapidement le tour
actuellement représen- certifié Corps de réaction d’alerte NRF de l’OTAN puis prendra part à un
tés: l’Autriche (pays euro- rapide High Readiness Forces déploiement opérationnel dans un cadre UE
péen mais « non OTAN »), (HRF), selon les critères de ou OTAN. Simultanément, les structures du
la Grèce, la Pologne et la l’OTAN, et placé à la disposi- corps continuent d’évoluer avec la probable
Turquie (pays OTAN et tion de l’UE et de l’OTAN, en intégration au sein de celles-ci de la Pologne,
représenté en tant que tel). Le QG dispose septembre 2002. Auparavant, son engage- renforçant ainsi son caractère multinational et
aujourd’hui de sa propre brigade d’appui au ment aux côtés des Alliés était défini dans le européen. D’autres nations devraient égale-
commandement et d’un bataillon de quartier cadre d’un accord avec le SACEUR datant de ment rejoindre à terme l’Eurocorps, en tant
général, conférant ainsi à l’Eurocorps une 1993. Il est en mesure de commander une que contributrices, dont une participation
autonomie renforcée; force de 60000 hommes, prête à se déployer américaine au titre de l’Alliance, annoncée
•la Brigade franco-allemande (BFA), brigade en 5 jours, sur décision du Conseil de l’OTAN. pour 2009. Cette évolution, menée en paral-
légère blindée permanente binationale, est lèle de celle du concept d’emploi, répond à un
placée sous le commandement opérationnel Engagements : affichage résolument européen et permettra
de l’Eurocorps (mais non sous un commande- •SFOR (Force de stabilisation en Bosnie) et d’élargir la gamme des missions opération-
ment organique). KFOR (Kosovo) en 1998 et 2001; nelles. A la fin du printemps, le Conseil de
Comme tout corps HRF qualifié (ce qu’il est •commandement de l’ISAF VI (International l’Europe a proposé que le CRRE soit la pre-
depuis 2002), l’Eurocorps peut engerber des Security Assistance Force) à Kaboul pour une mière structure militaire permanente dédiée
unités ad hoc non permanentes jusqu’à 2 divi- durée de six mois, en août 2004; à l’Europe de la Défense.

Sur le plan institutionnel


Sur le plan institutionnel, l’Union européenne est aujourd’hui en mesure de planifier des opérations de manière auto-
nome. Elle dispose d’un Comité militaire (CMUE) capable de fournir une expertise sur les questions militaires de l’UE,
d’un état-major de l’UE (EMUE) responsable de la planification stratégique des missions menées par l’UE et, depuis
juin 2007, d’un centre d’opérations militaires de l’UE, qui est en mesure de mener des opérations civilo-militaires de
moins de 2 000 hommes de façon autonome sous l’autorité de l’EMUE.
À la suite des attentats de Madrid en 2004 et dans le sillage de la « stratégie européenne de sécurité » de 2003, un nou-
vel organe de coopération européenne dans le domaine du renseignement a été créé : le Centre de situation conjoint
(SITCEN). Grâce à lui, l’Union européenne dispose d’un instrument permanent de veille, d’analyse et de réaction. Ces
analyses sont transmises au Conseil des ministres. Capable d’évaluer la situation de certaines régions de façon perma-
nente (24 heures/24), il peut être utilisé comme un outil de gestion de crise. Depuis les attentats de Madrid (mars 2004),
ses fonctions ont été élargies au secteur du renseignement intérieur et de la lutte antiterroriste.

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Engagements :
•La BFA a armé l’état-major de la division
multinationale Sud-Est à Sarajevo, en 1996;
•SFOR et participation à la KFOR, en 2000 puis
2002;
•La BFA a été déployée en août 2004 pour
6 mois avec le Corps européen en Afghanistan
dans le cadre de la FIAS sous l’égide de
l’OTAN. Elle a commandé la brigade multina-
tionale de Kaboul.

Perspectives :
Dans le cadre des groupements tactiques de
l’Union européenne (GT 1 500), la France et
l’Allemagne ont décidé en 2006 de contribuer à
la prise d’alerte du second semestre 2008
BFA avec un GT UE basé sur la BFA avec des
La BFA est une unité binationale placée sous le commandement opérationnel contributions espagnole, belge et luxembour-
du Corps européen (mais non sous sa responsabilité organique). geoise. Chacun des deux pays a par ailleurs
décidé de mettre d’autres GT à disposition de
Structure : Capacités : l’Union. Pour renforcer les liens avec le Corps
La BFA se compose d’un bataillon de Lors du sommet commémoratif du Traité de européen, la France et l’Allemagne ont décidé
commandement et de soutien, de deux l’Elysée, en janvier 2008, la France et l’Allema- d’ouvrir, dès 2005, l’état-major de la Brigade
régiments d’infanterie, l’un français – le gne ont souligné l’importance de faire de la BFA au personnel des autres nations-cadres
110e Régiment d’infanterie –, l’autre allemand un élément rapidement déployable pour des du Corps européen (Belgique, Espagne et
– le 292e Bataillon d’infanterie motorisée –, opérations de gestion de crise. L’emploi de la Luxembourg).
d’un régiment de blindés français – BFA en tant que force de réaction rapide pourra
le 3e Régiment de hussards – et de deux régi- ainsi s’accomplir sous l’égide de
ments d’appui allemands – le 295e Bataillon l’UE ou au profit de l’OTAN, dans
d’artillerie de campagne et la 550e Compagnie le cadre de la NRF.
du génie blindé2.

EUROFOR
Les Euroforces ont été créées en
1995 (déclaration de Lisbonne) entre
la France, l’Italie, l’Espagne et le
Portugal. Elles comprennent une
dimension terrestre, l’EUROFOR,
et une autre maritime,
l’EUROMARFOR. Opérationnelle
en 1998, l’EUROFOR est une force
terrestre d’action rapide de niveau
brigade/LCC (Land Component Capacités :
Command). L’EUROFOR a vocation à exercer les responsa- des EM composites (KFOR, en 2000-2001 ;
bilités de commandement multinational d’une EUFOR Concordia, octobre-décembre 2003 ;
Structure : composante terrestre (LCC), ou de comman- ALTHEA au sein du PC EUFOR, décembre 2006-
•Un Etat-major installé en Italie (Florence), dement multinational interarmes de niveau juin 2007).
fort de 82 militaires des quatre nations (10 offi- brigade, pour remplir les missions de Peters-
ciers et 10 sous-officiers français); berg au profit de l’Union européenne. Elle peut Perspectives :
•Une unité de quartier général et une compa- être engagée au profit de l’OTAN ou de l’ONU, La France a pris le commandement de
gnie de soutien SIC italienne assurent le sou- seule ou associée à l’EUROMARFOR. l’EUROFOR en septembre 2008, pour deux ans.
tien; Mandat a été donné par le CIMIN, en juin 2007,
•L’EUROFOR ne dispose pas d’unité organi- Engagements : pour étudier l’évolution possible de l’EUROFOR
que, mais dispose selon les missions d’un L’EUROFOR n’a pas encore été engagée en comme (F) HQ de groupement tactique (GT
réservoir de forces pourvu par les nations. tant que force constituée mais a participé à 1500) de l’Union européenne.

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DOSSIER Au cœur de l’Europe de la Défense

GT 1 500
Après le succès de l’opération ARTEMIS, le Royaume-Uni et la France ont proposé que l’UE se dote de groupements
tactiques projetables, les GT 1 500. L’idée de mettre sur pied des groupements tactiques aptes à mener des interventions
lointaines et rapides a pris corps au sommet franco-britannique du 24 novembre 2003. Le Conseil a adopté le concept en juin 2004,
et définit une capacité initiale d’un GT début 2005, puis une capacité de croisière de deux GT en 2007.
Le GT 1 500 est défini par l’UE comme « le volume de forces minimum pour être militairement efficace, crédible, cohérent et apte
aux actions autonomes ou à la conduite de la phase initiale d’une opération plus importante. Il se fonde sur une force interarmes
de la taille du bataillon incorporant les appuis et les soutiens ».
Le concept, pleinement opérationnel depuis le 1er janvier 2007, se définit comme le paquet de forces minimum pour être militairement
efficace, crédible, cohérent et apte aux actions autonomes ou à la conduite de la phase initiale d’une opération.

(strategic enablers) fournies par les autres semestre 2005. En 2006, la France et l’Allema-
composantes (Marine, Air, forces spéciales, gne ont contribué aux deux GT: Germano-fran-
services interarmées, etc.). Sa constitution est çais au 1er semestre, et Franco-belgo-allemand
entièrement nationale et/ou avec des renfor- au second. La France contribue depuis le début
cements venant d’autres états, sous l’égide (1er janvier 2005) à la prise d’alerte des GT soit
d’une nation cadre ou par un groupe d’états. seule (1/2005), soit en association avec d’autres
nations: avec l’Allemagne en 2006, la Belgique
Capacités : en 2006, 2007 et 2009; l’Espagne en 1/2008. Pour
L’UE est ainsi en mesure d’entreprendre deux le 2e semestre 2008, la France et l’Allemagne ont
opérations de réaction rapide avec une force constitué un GT basé sur la BFA avec des contri-
de la taille d’un GT et peut en particulier lan- butions espagnole, belge et luxembourgeoise. Il
cer ses deux opérations presque simultané- a pris l’alerte au 1er juillet 2008.
Structure : ment. Compatibles avec la NRF, les GT sont
D’un volume d’environ 1500 hommes projeta- déployables jusqu’à 6000 km de Bruxelles, de Perspectives :
bles en moins de 15 jours (autonomie de 30 à 5 à 10 jours après décision du Conseil. L’UE disposera à brève échéance d’un réser-
120 jours avec ravitaillements), il s’articule voir de GT fournis par plus de 20 États
autour: Engagements : membres. Pour la période 2008-2014, l’ar-
•d’un “cœur combattant “composé d’un batail- Les GT n’ont pas été engagés à ce jour. En mée de Terre a déjà prévu de participer au
lon de mêlée à 3 ou 4 unités de combat; revanche, respectant la déclaration sur les moins aux GT espagnol (1/2008), germano-
•d’appuis interarmes (CS)3 et de moyens de capacités militaires européennes de novem- français (basé sur la BFA au 2/2008), belge
soutien (CSS)4 adaptés à la mission. bre 2004, le Royaume-Uni et la France se sont (2/2009) et sous format Weimar (Pologne,
Force à dominante terrestre, il bénéficie, selon engagés à fournir un GT durant le 1er semes- Allemagne et France) avec la Pologne comme
le besoin, de capacités de projection et d’appui tre de 2005, puis l’Italie durant le second nation pilote en 2/2013.

CRR-FR
La création du Corps de réaction rapide-France (CRR-FR), certifié depuis juin 2007,
positionne la France parmi les contributeurs militaires de premier rang en Europe. Avant
lui, six états-majors de réaction rapide Terre ont été créés sur le modèle plus ou moins
proche de l’Allied rapid reaction corps (ARRC). Ces états-majors projetables, certifiés
état-major de High Readiness Force (HRF) par le Supreme headquarters allieds power
in Europe (SHAPE) ont la capacité à commander une opération militaire de niveau corps
d’armée dans le cadre de l’OTAN.
Il s’agit de l’état-major de l’ARRC, en Allemagne, avec le Royaume-Uni comme nation
cadre ; du Corps européen à Strasbourg ; du NATO Rapid Deployable Corps (NRDC)
germano-néerlandais, à Münster en Allemagne ; du NRDC Italien à Solbiate Olona ;
du NRDC espagnol à Valence ; du NRDC turc à Istanbul. La France, avec le CRR-FR de
Lille, créé le 1er juillet 2005, a mis sur pied le 7e état-major HRF. Tous ces états-majors d’opérations. Sur le plan pratique, il assure
prennent successivement l’alerte NATO Response Force (NRF), qui est une alerte son déploiement en moins de 30 jours sur un
multinationale à disposition de l’OTAN pour une durée de 6 mois. théâtre d’opération.

Structure : tionnels français et alliés qui portent ses Engagements :


Comprenant en temps de paix 350 militaires effectifs en temps de crise à environ 750. Certifié opérationnel à la suite de l’exercice
français, renforcés de 70 membres de pays CITADEL CHALLENGE en 2007, le CRR-FR
alliés, le CRR-FR, dont la France est nation Capacités : s’inscrit désormais dans le tour d’alerte NRF.
cadre, se situe dans la moyenne des QG HRF Le CRR-FR peut assurer le commandement Ainsi, il assure le commandement de la com-
terrestres existants. Pour permettre au d’une composante terrestre (LCC) nationale posante terrestre NRF 11 depuis le 1er juillet
Corps de mener des opérations de haute ou multinationale de niveau corps d’armée. et jusqu’au 31 décembre 2008. Il devrait par-
intensité dans la durée (emploi comme HRF), Le CRR-FR confère à l’armée de Terre la ticiper à l’état-major composite de l’ISAF XIII
le CRR-FR reçoit des compléments opéra- capacité d’entrer en premier sur un théâtre au deuxième semestre 2010.

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Pour en savoir plus : consultez le numéro


de juillet-août 2005 de Terre Information
Les apports du Livre blanc
Magazine. « Tirant parti de l’expérience et des acquis accumulés depuis 1999, la France
souhaite que l’Union franchisse une nouvelle étape […]. La première priorité
1
Au sens où elles en sont les vrais
propriétaires et pourvoyeurs financiers.
doit être donnée au renforcement des moyens d’action. Les Européens, dans
2
Les mesures de modernisation de l’armée de leur ensemble, disposent de forces armées considérables numériquement. […]
Terre concernant les unités de la BFA sont en Pour renforcer leur rôle […], la France estime qu’elle doit, avec ses partenaires
cours de redéfinition. européens, constituer effectivement et progressivement une capacité d’inter-
3
CS, Combat Support : Génie, Artillerie,
vention de 60 000 hommes, déployables pendant un an sur un théâtre éloigné,
ALAT, Guerre Elec., ERI, Imagerie, COMOPS,
GEO, NRBC, CIMIC, MVT. avec les composantes aériennes et maritimes nécessaires. Cette ambition était
4
CSS, Combat Service Support : Unité de déjà celle du Corps européen. […] Les Groupements tactiques interarmées de
commandement et de logistique, ESN 1 500 hommes […] offrent de réelles possibilités en termes de flexibilité et de
(Eléments de soutien national). rapidité d’intervention. Mais ils sont loin de satisfaire les besoins opération-
5
L’Allemagne, la France, la Belgique,
l’Espagne et le Luxembourg.
nels de l’Union. Les opérations de gestion de crise exigent en effet de disposer
6
Politique européenne de sécurité et d’un réservoir humain important, tant pour la phase de crise proprement dite
de Défense. que pour la phase de stabilisation et de reconstruction après un conflit. […]
L’objectif commun devrait être de pouvoir conduire simultanément, pour une
durée significative, deux à trois opérations de maintien ou de rétablissement
Trois questions à… de la paix […]. Il en découle plusieurs mesures concrètes :
- combler les faiblesses des moyens d’intervention [par] la mise en commun
de certains moyens des pays européens (A400M) ;
- renforcer la mutualisation des activités de soutien, […] pour améliorer
l’interopérabilité ;
- prendre en compte le rôle croissant des réserves ;
- accroître les capacités d’anticipation et d’analyse en favorisant une mise
en commun du renseignement ;
- renforcer nettement les capacités de planification et de conduite d’opérations
européennes. » Extrait du Livre blanc.

Général de division Philippe Sommaire,


commandant-adjoint de l’Eurocorps
allemande de prendre le commandement ministérielle tenue à Berlin) et les structures
Le Parlement européen a annoncé d’une opération réunissant 38 nations diffé- européennes de Défense.
début juin qu’il souhaitait déclarer rentes ce qui a contribué à faire progresser
l’Eurocorps comme première force simultanément la PESD6. Quels sont les liens de l’Eurocorps
armée de l’Union européenne. avec les forces multinationales
Mon général, que pensez-vous Quels sont les atouts de l’Eurocorps ? européennes ?
de l’apport de l’Eurocorps dans le Cette notion de copropriété entre les nations- On entre ici dans un domaine qui, à l’évidence,
dispositif de l’Europe de la Défense ? cadre évoquée il y a un instant fait toute la a vocation à être harmonisé. Le Corps euro-
A l’évidence, le Corps européen (CE) apporte- différence par rapport aux autres commande- péen n’est en effet pas tout seul : pour me
rait une visibilité politique et militaire détermi- ments équivalents dans lesquels il y a toujours limiter aux seules forces terrestres, il y a
nantes à une Europe de la Défense dont les un pays meneur. La forte imbrication multina- l’EUROFOR de Florence, à dimension certes
capacités militaires sont encore très limitées tionale et, disons-le, le système de prise de plus légère mais dont l’état-major a néan-
à ce jour. En effet, tout engagement opération- décision en commun en font à la fois son origi- moins le mérite d’exister à titre permanent.
nel dans un cadre européen implique un pro- nalité et sa force, car tout engagement du D’une manière plus générale, les forces mul-
cessus décisionnel complexe de génération de Corps européen incarne une solidarité com- tinationales européennes, qu’elles soient ter-
force faisant appel au bon vouloir des nations mune entre les nations membres. C’était le restres maritimes ou aériennes, concourent
contributrices, mais dans une certaine mesure, cas en 2003-2004 lorsqu’il a pris le comman- très clairement, dans leurs domaines d’action
l’OTAN n’y échappe pas non plus! Notons tou- dement de l’ISAF. respectifs, à l’accomplissement d’un objectif
tefois que les BG 1 500 constituent déjà une Par ailleurs, la décision de créer en 1992 ce commun, qui est de conférer à l’Europe une
étape significative. Cet affichage résolument qui était alors le “Corps d’armée franco-alle- capacité d’action en autonome.
européen du Corps européen renforcerait par mand” s’inscrivait d’emblée dans une pers- Malheureusement, les modèles juridiques sur
ailleurs le trait d’union indispensable avec pective résolument européenne. Le Corps lesquels elles s’appuient sont hétérogènes. Il
l’Alliance Atlantique sous la seule bannière de européen a donc été conçu comme une force est probable, et à mon avis très souhaitable,
laquelle il a été jusqu’à présent engagé. militaire pour l’Europe (plus précisément que l’un des prochains chantiers de la Défense
Le Corps européen n’est pas une unité dans le cadre des missions du Petersberg), européenne soit de mettre en convergence les
comme les autres, c’est une copropriété entre mise simultanément au service de l’OTAN pièces du puzzle. Or le Corps européen a, une
cinq nations5, dites nations-cadres ou nations pour le cas d’un conflit impliquant l’Alliance, fois de plus si j’ose dire, un temps d’avance
fondatrices, auxquelles s’ajoutent des nations mais n’oublions pas que c’était en 1992 et que avec l’entrée prochaine en vigueur du Traité de
participantes. Très simplement, le CE a déjà depuis lors, les conditions d’emploi comme Strasbourg qui va lui donner une capacité juri-
participé à l’effort militaire européen à travers les structures ont notablement évolué ! Le dique propre, notamment financière. Cette
plusieurs engagements opérationnels. Le Corps européen constitue en quelque sorte évolution du statut est appelée à s’étendre aux
mandat ISAF/FIAS en Afghanistan d’août 2004 un liant entre la branche de la Défense euro- autres forces multinationales. Je dirais même
à février 2005 a permis à 360 personnels de péenne au sein de la chaîne de commande- que le modèle constitué suscite dès à présent
son quartier général et à la brigade franco- ment de l’OTAN, identifiée en 1996 (réunion beaucoup de curiosité.

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DOSSIER Au cœur de l’Europe de la Défense

Le cœur des enjeux


L’expérience tirée des théâtres d’opérations et le ler un même langage ! Mais cette inter-
opérabilité reste difficile à acquérir. L’ap-
développement de capacités militaires multinationales proche retenue actuellement vise d’abord
à harmoniser les méthodes et les pro-
propulsent l’interopérabilité au cœur de la problématique cédures de combat avant de s’intéresser
de l’Europe de la Défense. aux équipements. Et pour ce faire rien
de tel que de s’entraîner ensemble. Le

S
général de brigade Marc Duquesne en
i le phénomène n’est pas s’agit de la capacité de collaboration de témoigne, le 11 décembre dernier, le
nouveau, l’interopérabilité toutes les pièces de la chaîne opération- premier jour de l’exercice aéroporté
ne parle finalement pas à nelle, du plus haut niveau de comman- COLIBRI : « COLIBRI est une de ces
grand monde. Et pourtant… dement jusqu’au dernier des grenadiers nombreuses pierres qui contribuent à
C’est bien le cœur de l’enjeu voltigeurs sur le terrain. Entraînements, l’édification de l’Europe de la Défense.
d’une défense commune ! Pour bien équipements, mais aussi culture multi- A travers lui, il s’agit de connaître, si
comprendre, il suffit d’expliquer qu’il nationale, l’interopérabilité, c’est ça: par- ce n’est de partager, les méthodes et

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Des initiatives, encore des initiatives


La France a, en effet, pris plusieurs initiatives pour dynamiser
l’interopérabilité des armées européennes. Nombre de coopérations
existent déjà.

Dans le domaine de la formation


des personnels :
A titre d’exemple, l’école des troupes aéroportées, qui a constaté
la récurrence des demandes des armées étrangères pour séjourner en
son sein, a initié l’Initiative aéroportée européenne (IAPE). Elle propose
aux principaux partenaires d’améliorer les procédés de planification
et de conduite des opérations aéroportées (OAP) et de fournir les moyens
(espace aérien, zone de saut, logement, piste) et conditions
météorologiques permettant de parfaire leur formation et entraînement
aéroportés, faute de pouvoir envisager une véritable formation commune
pour des problèmes de langue et surtout d’équipements différents.

Un programme ERASMUS militaire :


« Nous avons le sentiment que nous aurions une source de progrès
en engageant une politique européenne de formation commune : nous
souhaiterions avoir un ERASMUS militaire, sur le modèle du programme
réservé aux étudiants, pour faire en sorte que les futurs cadres des
armées européennes aient des troncs communs de formation ».
C’est en ces termes que le ministre de la Défense, Hervé Morin, annonçait
à l’Assemblée nationale, le 14 novembre 2007, la création d’un programme
ERASMUS militaire. Ce projet était l’un des sujets de réflexion du
8e Séminaire interarmées des grandes écoles militaires (SIGEM) qui
s’est ouvert le 10 mars 2008 dernier, preuve que les autorités ont pris
conscience que la construction de l’Europe de la Défense passe nécessaire-
ment par le partage d’une culture commune. Gage d’interopérabilité, les
pays sont désormais déterminés, en matière de formation et d’échanges,
à participer au lancement d’un ERASMUS militaire d’homologation des
cursus des officiers et sous-officiers3 de manière à ancrer chez ces soldats
un état d’esprit européen. Bien connu des universitaires, ce programme
permet à des étudiants, chaque année, d’effectuer une partie de leur
cursus dans un établissement d’un autre pays d’Europe que le leur.
Actuellement, le Bureau politique des ressources humaines de l’Etat-major
de l’armée de Terre (BPRH-EMAT) cherche à développer des échanges qui
Exercice COLIBRI en décembre 2007. existent déjà sous une forme embryonnaire, mais tend de plus en plus
vers la mise en place de modules de formation communs ou de semestres
entiers. Pour le moment, deux volets sont à l’étude : des modules de
formation communs sur certains thèmes comme l’éthique, le commande-
procédures de raisonnement, de plani-
ment, et développer des échanges entre écoles. L’armée de Terre
fication et de conduite des opérations de
se concentre pour l’instant sur Saint-Cyr et les écoles de spécialité
nos alliés, les modes d’action et métho-
pour participer à ce projet.
des de combat de leurs unités, voire la
philosophie de leurs chefs et soldats. »
COLIBRI, selon le colonel Philippe Fleck- Partage des facilités d’entraînement
steiner, du Bureau relations internatio- au sein de l’UE :
nales de l’EMAT, répond aujourd’hui à Cette initiative a été présentée au Comité militaire le 6 novembre 2006.
des critères d’enrichissement tactique Le projet vise à améliorer les capacités militaires de l’UE en favorisant
et opérationnel mutuel bien identifiés. l’interopérabilité des forces et la connaissance mutuelle entre armées.
Par exemple, afin de partager un maxi- Il contribue également à améliorer le taux d’emploi des capacités
mum d’enseignements en commun, les d’entraînement. La simplicité du dispositif mérite d’être soulignée, sa mise
GTIA français ont été mutualisés : ainsi, en œuvre reposant sur des offres volontaires et des contacts bilatéraux.
à COLIBRI, le 1er Régiment de hussards Il n’apparaît donc pas superposable avec la démarche de l’OTAN de créer
parachutistes (1er RHP) a été renforcé des centres d’excellence (COE), qui a sa dynamique et ses exigences
d’une compagnie espagnole, le 2e Régi- propres (critères qualitatifs). Aujourd’hui, quinze États membres ont déjà
ment étranger parachutistes (2e REP) communiqué à l’État-major de l’UE leurs catalogues. Ces offres peuvent
d’une compagnie belge et le 3e Régiment être consultées sur Internet, via le site du secrétariat général du Conseil :
de parachutistes d’infanterie de Marine www.consilium.eu.int
(3e RPIMa) d’une compagnie allemande.

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DOSSIER Au cœur de l’Europe de la Défense

incontournables. Ils doivent être com-


plétés par l’incorporation de détache-
ments de liaison, plus étoffés qu’en
configuration nationale et armés par du
personnel qualifié. Ces détachements
de liaison doivent être raccordés par des
Savoir-faire communs moyens de communication fournis par
Né en 1962, COLIBRI a été élargi au la nation d’accueil, postes radio ou SIC,
niveau européen en 2007. Il s’était déve- servis si nécessaire par du personnel de
loppé de manière bilatérale entre la la nation d’accueil. »
France et l’Allemagne jusque-là alors Le niveau d’interopérabilité est un
que, parallèlement, la France organisait paramètre majeur de l’efficacité mili-
aussi l’exercice GALIA avec l’Espagne. taire, tant pour la rapidité d’exécution de
Le général Duquesne explique : « Sous la manœuvre que la mise à disposition
l’impulsion française, ces deux exerci- au bon endroit et au bon moment des
ces ont été fondus en un seul et euro- capacités requises. Affaire à suivre donc.
péanisés, en l’ouvrant aux Belges
notamment. L’intérêt a toujours été de 1
Contrôle tactique.
développer des savoir-faire et des pro- 2
Réunion des commandants d’unités autour
cédures communes. Et cela ne relève du chef opérations après une manœuvre
pas de la simple déclaration d’intention. pour en tirer les enseignements.
Nous sommes déjà intervenus avec ces 3
L’ERASMUS militaire se concentre aujourd’hui
sur la formation initiale des officiers.
pays dans un cadre multinational, au
L’exercice aéroporté COLIBRI est mis en œuvre
Congo, au Gabon ou encore, actuelle- depuis 1962 par la France et l’Allemagne.
ment, dans le cadre de l’EUFOR, au
Tchad. » Et cela commence dès la phase
de préparation : « Les procédures com-
munes sont affinées lors des réunions
préparatoires. Et durant l’exercice, on
a procédé à l’échange d’officiers de liai-
son. L’Allemagne est la nation pilote de
COLIBRI 2 008 et nous sommes déjà en
train de définir en commun les objectifs
pour ce prochain exercice. » Ceci étant,
le chef de bataillon Magne, du Comman-
dement des forces terrestre (CFT), pré-
cise que pour l’heure, faute d’une langue,
d’approches politiques et de restrictions
nationales communes, le CFT considère
que l’interopérabilité doit être abordée
avec prudence aux petits échelons tac-
tiques. Et de citer l’analyse du colonel
Eric Recule du CFT, publiée dans la
revue Doctrine, en mars 2007: « La pré- Une semaine d’entraînement conjoint à La Courtine ont
servation de l’efficacité opérationnelle permis de roder les procédures.
milite pour maintenir une forte homo-
généité des GTIA et de leurs unités
subordonnées et pour appliquer la mul- Les apports du Livre blanc
tinationalité au niveau de la brigade,
voire au-dessus pour les opérations de « La complexité des opérations de gestion de crise nécessite que les
coercition ou d’entrée en premier. » Et personnels civils et militaires des pays membres de l’Union bénéficient
d’ajouter : « Ces principes valent tout de formations communes […]. De nombreuses initiatives voient le jour
particulièrement pour la phase inter- dans ces domaines […] :
vention d’une opération. » Car l’inter- - les formations, initiale et continue, générale et spécialisée, seront de
opérabilité aux niveaux inférieurs à la plus en plus conçues dans cette perspective. C’est déjà le cas de l’école
brigade présente bien des intérêts : franco-allemande de pilotes d’hélicoptère […] ;
réduction des contributions nationales, - l’utilisation en commun des capacités d’entraînement sera également
possibilité d’envisager plus de renfor- organisée et intensifiée. Les groupements tactiques interarmées
cements capacitaires, etc. Mais précise- 1 500 auront recours à ces facilités ;
t-il : « La prise sous TACON1 d’unités - plus largement, la France proposera un programme d’échanges et
étrangères reste donc possible, voire de formation à la sécurité et la Défense ;
souvent nécessaire. Elle impose des - un centre européen permanent de formation à la gestion des crises
procédures formelles pour éviter toute serait enfin un atout considérable, pour lequel la France est prête à se
incompréhension. Le contact physique mobiliser. » Le Livre blanc.
et la procédure du back brief2 sont

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