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La géologie

Passé. présent et avenir de la Terre

Claude Allègre et René Dars

Édité par Philippe Boulanger

eIin

POUR LA SCIENCE

8, rue Férou - 75278 Paris cedex 06 www.editions-belin .com - www.pourlascience .fr

Les sciences de la Terre et de l'Univers aux éditions Belin-Pour la Science

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©

Pou r la Science 2009

ISBN 978 -2-8424 -5102 -8

Nou s dédions ce livre à la mémoire de Maurice M attauer.

Professeur à l'Université de Montpellier pendant près d 'un demi-siècle,

stru cturale du monde .

Son inlassable travail et celui de ses élèves pour déchiffrer la structure des grandes chaînes de montagnes ont eu une influence profonde sur la reconstruction de la géologie depuis l'avènement de la Tectonique des plaques. Il était amoureux de la géologie qu'il pratiquait avec passion et qu'il savait faire aimer aux autres, spécialistes, étudiants ou profane s. Il était notre ami, et so n exemple a été une source d'inspiration constante durant l'écriture de ce livre.

il y fonda l'une de s gra ndes écoles de Géologie

Claude Allègre et René Dar

La Géologie, pas sé , présent et avenir de la Terre 3

N

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L e ch emin de la science n'es t pas une lig ne d ro ite. Il resse mble plutô t à un labyr inthe qu e l'on explore à tâtons, à un rythm e vari able, avec de no mbreux arrêts et d 'é ton-

nantes et so udai nes accé lérati o ns. Ain si en a- t- il été de la géo logie.

L' étude de

la Terre, de so n orig in e (d'o ù ve no ns- no us?) , so n explorati o n, sa fo rm e, ses

p ropri étés (où so mm es- nous?), la m ani ère d ont nous déco uvro ns les sub stances util es

qu 'elle recèle, ont été parmi les l'appelle ai nsi.

L a géo logie es t devenu e un e di sciplin e cardinale. Elle a été d 'abo rd à l'o rigin e de débats

philoso phiqu es

à la base m êm e d e l'esso r

éco no miqu e de la Grand e- Bretagne grâce à la déco uverte des gisem ents de ch arbo n en

Angleterre et au

Empire colo nial britanniqu e. À la fin du xix c siècle, la découve rte du pét role relançait le beso in de géologie utile avec l'irrés istible esso r éco no miqu e des É tats-Uni s.

parti e du x:xcsiècle, la géo logie es t d evenu e mo in s fl amboya nte en

apparence, car le besoin de m ati ères premi ères était m oins prégnant. Pourtant, c'es t dans

ce tte ph as e qu 'e ll e a su co nstruire ses succès futur s e t préparer la situ a ti o n

début du x:xc siècle, elle

l'aide d e la radi oac tivité, la théo rie de la d érive des co ntin ents, la fa bri ca ti on des roc hes au

laboratoire, l'exploration est en soi un ach èvem ent.

D ans les ann ées 1960, o nt eu lieu les deux révolutions maj eures des géoscie nces: la

th éo rie de la tec toniqu e d es pl aqu es et l'explora ti o n lunaire. L a naissa nce de ce qu e l'o n

appelle auj ourd'hui la tecto niqu e d es pl aqu es a remi s à l'h o nn eur la th éo ri e d e la d éri ve des contin ents d e W ege ner, m ais elle va bi en au- delà. L'explo ratio n lunaire a perm is d'ex po rter les m éth odes de la géologie sur un e autre planète et a été le début de la gra nd e déce nni e

pl an étaire au co urs de laqu elle la Terre a été replacée p ar mi ses sœ urs, et de transpose r les

qu es ti o nn ements d e la géologie dans tout le Sys tèm e solaire.

d 'a uj o urd 'hui . A u géoc h ro nologie à

ro ch es , pui s d e

interroga ti ons premières de la science, ava nt m ême qu 'o n ne

co nsid érable s to uchant le rôle du Ciel et de l'Enfe r dans la fo rm ati o n des

l'o rig in e d es esp èces viva ntes . Elle a été surto ut

pays de Gall es , et à la prospection des dive rs métaux dans le giga ntesqu e

Pe nd ant la premi ère

a inventé la sism ologie, le paléo m agnéti sm e, la

des océans, la micropaléo ntologie

Ch ac une de ces ém erge nces

À partir de là,

jusqu e- là éclatées,

les géosciences se so nt total ement tra n sform ées. L es dive rses spécialités, se so nt ra sse mblées auto ur d e deux th èmes globaux : co mprendre le fo nc-

sui vi, pour la bi ologie

quelques ann ées après la découve rte de la stru cture de ! 'ADN et le développement de la

les géosciences, un extrao rdinaire esso r co mp arable en bi en des points

ti o nn ement de la T erre et reco nstitu er so n hi stoire depui s so n ori gin e.

Il s'e n es t

à

celui de

bi

ologie moléculaire.

L a géologie s'es t enti èrem ent reco nstruite avec la th éorie de la te cto niqu e des plaqu es .

C

e paradig me ne livre pas la soluti o n à tous les problèmes , m ais il fo urni t le cadre pour les

étudi er. C'es t pourqu o i, d ans la premi ère parti e , L e monde de la géologie, après un ra p id e, mai s indispensable ch apitre sur l'histoire de la géologie, nous avo ns abo rdé la tec to niqu e des

pl aqu es, le socl e d e tout. Il y avai t ce pend ant un préal abl e péd agogiqu e: on ne peut

co mprendre la cin ém atiqu e plaqui ste sa ns un e co nn aissa nce gé nérale de la stru cture intern e

du Globe. o us

avo ns dévelo ppé ce t as pect dans le ch apitre 2 .

4 La Géologie, passé , présent et avenir de la Terre

D ans le chapitre 3, no us avons exposé la th éo rie de la tec toniqu e des plaques avec ses prin cipes et ses co nséqu e nces. N o us avons so uhaité, dès l'ouverture, fixer le cadre de

des id ées

mani ère relati ve ment rig id e du suj et, derni er avatar du développem ent hi sto riqu e

de mobilisme. ous y avo ns co nsacré le ch apitre 4 e n faisa nt la transiti on entre W ege ner et

les

th éo ries modern es . Ce tte partie co nstitue l'ossa ture du livre.

L a deuxi èm e partie, Matériaux et structures, est co nsacrée aux m atéri aux qui co nstitu ent la T erre solid e. N o tre objectif es t d 'e n faire co nn aître la nature et la stru cture. Et ceci à toutes les éc helles car, d ans les géosc iences, le tran sfert d 'éch elles est esse ntiel: entre la stru cture des cristaux, do nt la descripti o n es t à l'échelle d 'un dix- milliardième d e m ètre, et les mass ifs de gra nites qu i s'é tendent sur 200 kilom ètres co mm e en Californie du Sud, il y a un e co ntinuité et une logiqu e. Par exe mple, la di stributi on de tel ou tel élément chimiqu e métalliqu e dép end d es stru c-

tures cristallin es des pr incip aux

refu ge. Entre un

séisme, qui se pro duit en deux seco nd es et le mouve m ent des plaqu es, qui s'es t déro ul é pendant un milli o n d 'a nnées, il y a un e relatio n d'effe t à cause : un e faille de 100 kilomètres

n'es t qu e la co mbin aiso n de failles plus petites qui interfèrent de l'éc helle du cristal à celle des di sloca tio ns des roches. L'un des succès de la géologie est d 'avoir développé les méthodes et les techniqu es pour,

par tant de l'obj et, dé termin er sa ge nèse et la m ani ère dont il a pris naissan ce . Apartir de la

pétrographie, c'es t-à-dire

dire la manière dont elles o nt pris naissance. Ainsi, après un exposé rapide sur la nature des roc hes et leur place dans la stru cture chimique de la Terre, qui co nstitu e le ch apitre premi er de la deuxième partie, nous avo ns abordé successive ment le processus de ge nèse des roches mag matiqu es, sédim entaires et

métamorphiqu es. D ans le ch apitre 6, nous avo ns ch erch é à décrire et expliquer les défor -

mations qu'ont subi es les roches . Enfin , d ans les ch apitres 7

ressés aux deux grand es stru cture s co ntinentales : les ch aî nes de m ontagnes et les bassins

minéra ux où tel ou tel ion peut trouve r

de la description des roch es , o n remonte

à la pétro logie, c'es t-à-

et 8, nous nous so mm es inté-

sédi mentaires. Pour le prem ie r de ces suj ets, no us avo ns large ment ado pté la Ma uri ce M attauer à qui es t dédié ce livre.

visio n de

L a

géo logie des bass ins sédim entaires n'es t gé néral ement pas traitée dans

les

livres , car

les

exp erts so nt surto ut les géologues pétroliers. M ais il étai t indispensable d 'ab ord er ce

suj et pour co mprendre co mm e nt se so nt traduits, d ans les stru ctures de l'éco rce, ces giga n -

tesqu es ph énomènes qu 'o nt été les transgressions marines, c'es t-à-dire les

invas ions des

co ntin ents, parfo is sous plu s

d e 300

mètres d'eau d e m er.

L a géo logie es t entièrem ent plo ngée dan s !'Histoire. Elle es t le cœ ur

de !'Hi stoire

naturell e, co mm e l' a appelée au XVIII° siècle Buffo n d an s les di ve rs to me s d e so n ex tra -

ordin aire H istoire naturelle. ous avo ns abordé, dans la tro isième partie, L a géologie

historique. L e premier ch apitre es t co nsacré à l'install ati o n progress ive des éc helles d e

temps utilisées par les géo logues qui o nt d éco uvert

qu e

la T e rre a 4,5 milli ard s d 'a nn ées

alo rs qu e l'app ariti on de l'H o mm e ne date qu e d 'à

peu

près 4, 5 milli o ns d 'a nn ées .

La Géologie, passé, présent et avenir de la Terre 5

L

e d e uxi è m e c h apitre es t co n sac ré à un e qu es ti o n fond a m e ntal e , p arfo is n égligée

d a n s les li vres, la co n se rva ti o n

particulier, n o us d evo ns no us

m è n es géo log iqu es qu 'a co nnu s n o tre

parmi d'autres à avoir été conservé?

d es reliqu es . L o rsqu e n o u s é tudi o n s un e n se mbl e roc h eux interroge r: es t - il réelle m e nt parti culi er parmi les ph éno-

T e rre o u serait - il p arti culi e r p arce qu ' il a é té le se ul

Avec le te mp s, les reliqu es so nt d é truite s.

sur la IIIe R é pu -

d e Ch arle m agn e. E n géo logie , c'es t p a re il. C o mm e d a n s !'Hi s-

On a plu s d e t ém o ig n ages

bliqu e qu e sur le règ n e

toire des H omm es, il y a une myopie temp orelle.

L

e t ro isiè me ch apitre es t co n sac ré à la géo log ie iso to piqu e. C 'es t l'é m erge n ce

d e

cette di sc ipline qui a rendu poss ible l'explo ratio n qu antitative du passé en da tant

les

roc hes et

Enfin , le ch apitre IV es t co n sacré à un p a rco urs rapide d e l'hi sto ire évé nem e ntielle

d e la géo logie . C' es t un exe rcice o b ligé qui, autrefoi s, occup ait l'esse ntiel d e l'e n seig n e-

ment géologique où l'on apprenait par cœ ur des coupes types et des descriptio ns de

pui s en d éte rmina nt les co nd iti o n s d a ns lesqu elles elles se so nt fo rm ées .

fa

un es e t d e flor es fo ssiles . ou s l' avon s ici réduit à l'esse ntiel po ur co nse rve r ain si un e

vi

s io n p a no ramiqu e d es te mp s géo log ique s.

D a n s la p ar ti e IV, L es gra ndes quest ions de la géologie, n o u s avo n s ex p osé l es g rand es

ques tio ns et les problè m es que la géologie m od ern e a p osés, et souvent (m ais pas

to

uj o urs) résolu s. L e ch apitre 1 traite d e l'ave nture pla n é tologique e t d es qu es ti o n s

su

scitées p ar ce tte extrao rdinaire d ém arch e : expo rter vers les autres plan ètes les

m

éth o des et les problém atiqu es d e

la

géologie. L e ch apitre 2 es t co n sacré aux th éori es

traita nt d e la fo rm ation d e la T e rre

et

de la n aissan ce d es co ntinents.

L e chapitre 3 traite de la naissance et d e la co mp ositio n de l'atm osph ère, des clim ats

passés, des m ouvements d e l'océan avec les fa m euses tra nsgressions et régressio ns

m arm es.

D a n s le ch apitre 4 , n o u s avo n s exa min é la qu es ti o n essenti elle d e la T erre co n sid é-

avo ns abo rd é un e qu es ti o n so n d évelopp e m e nt . N o us

te rmin o ns ce fl o ril ège d es gra nd es qu es ti o ns par !'Hi st o ire de l'H o mm e telle qu e n o us la

raco ntent les paléo ntologues.

rée

qui fa it d e la T erre un e pl anè te uniqu e: la naissa nce d e la vi e et

co mm e un sys t è m e co mp lexe. Pui s, da ns le ch apitre 5, no us

L a géo logie, no us l' avo ns d it, n'es t pas qu 'un e sc ie nce de culture e t d e sa vo ir s : ell e a des

appli ca ti o ns fru ctu euses po ur l' éco no mi e. Au ss i la cinqui è m e p ar ti e t ra ite- t-e ll e de La géolo-

de d e main, des g ise -

foss iles

(pét ro le e t ch a rb o n) q ui so nt e nco re la so urce d 'é ne rg ie m aj eure auj o urd'hui, m ais d o nt

l'épui se m e nt d es rése rves es t ann o ncé, d es t ravaux publi cs d an s le so us-sol qui ne sa ur aie nt se p asse r du co nco urs des géo logu es. Enfin d es ca tas t ro ph es telluriqu es po ur lesqu elles o n

me nts min éraux , so urce d e to us les mé taux utilisés p ar l'H omm e,

gie économique. D es resso urces e n eau, pro bl è me m ajeur po ur les soc iété

d es co mbu st ible

d em and e aux géo logues qu'il s prévoie nt et, si poss ible, prévie nn e nt d es ri squ es n aturels sur une Terre de plus en plus peuplée.

6 La Géol ogie, passé , présen t et avenir de la Terre

Qy elqu es m o ts sur le style qu e n o u s avo n s c h e rc h é à d ével op p e r. N o u s avo n s tent é d 'évi- ter un e prése ntati o n t ro p sys tém atique et scolaire. Po ur cela, no us n'avo ns pas h és ité à no us répéter pour m o ntre r qu 'un e qu es ti o n peut ê tre abo rd ée d e di ve rs points d e vu e e t po ur

fait un effo rt p arti n ùi er sur les

et

prése nts d e ce tte gra nd e

illu str ati o ns qui

co nfé re r aux ch ap itre s un e relati ve ind ép endan ce.

o us avo ns

co mprenn e nt auss i les ph o tographi es d es

prin cip aux ac teurs passés

saga qu 'a é té (et es t e nco re ) le d évelo pp em e nt d e la géo logie.

L a géologie, co mm e

to utes les scie nces, es t un e extraordinaire ave nture hum ain e, et il

paraî t intéressa nt d e m o ntre r le

visage d e ce ux qui l 'o nt illu strée .

Q1elqu es mo ts sur l' o ri gi ne

C e t o uvrage es t né d 'un e

e t la réali sa tio n d e ce livre.

ave nture auj o urd'hui très ancie nn e lo rsqu'un j eun e professe ur

d

e géo logie no uvelle me nt no mm é à P ari s d éc id a d 'aide r un j eun e g roup e d e géoc himi stes

d

o nt le p at ro n pro tec teur, L o ui s B arr abé,

ve nait de décéder brutal em e nt . Avec l'aide de de ux

coll ègue s auj o urd 'hui d écé d és , Yves Roca rd et J acqu es Fauch e rre , il aid a ce gro upe à fair e so n ch e min e n co ntribu ant à d ével o pp e r la géo log ie iso t o pique qui e n ét a it al o rs à ses d ébuts e t all ait révo luti onn e r la géologie t rad iti o nn elle. Près d'un demi -siècle plu s tard, nou s avo ns pensé qu'un e bo nn e m a ni ère d e fê te r ce tte ave nture ét a it d 'éc rire un li vre auqu el d eux d es

prin cip aux Un but

pl aisir qu e no us a

Se rres a nn o nce co mm e

à qui no us avo ns l'un e t l' autre co nsac ré no tre vi e, l' e nth o usiasme

e t e n parti culi er aux j eun es é tudi a nts

protago ni st es co ll abo re rai e nt. uniqu e, fa ire p ar tage r au plus g rand no mbre,

et le

p ro curés la géo logie. C'es t un e scie nce e n plein esso r qu e Mi ch el celle du xx 1c siècle.

Mai s ce proj et té méraire n'aurait j a m ais vu le jo ur sa ns le co ncours pati e nt , co nsta nt et te n ace d e no tre édit e ur Philipp e Bo ul ange r. Il a ét é l' édit e ur au sen s ang lo-saxo n du term e :

simplifi ant le j argo n d es

tr ava illa nt à la mi se

géosc iences po ur le re ndre acce ptabl e au plu s g rand no mbre .

e n p ages, cho isissa nt beau co up d es illu strati o n s,

o us le re m e rcio ns.

Claude Allègre et René D ars

La Géo logie, passé, présent et avenir de la Terre 7

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8

La Géo logie, passé , présent et avenir de la Terre

 

S

O

M

M

A

R

E

Dédicace

3

Introduction

4

Références bibliographiques

8

Index

300

Le monde

de la géologie

11

1

La naissance de la géologie

 

12

2

La constitution interne du Globe

26

3

La tectonique des plaques

 

32

4

De Wegener

 

à

la tectonique globale

46

P

A

R

T

I

E

2

 

Matériaux

et structures

 

55

1

Le monde minéral

 

56

2

Les roches, des sociétés de minéraux

54

3

Le magmatisme et la formation des roches ignées

76

4

La formation des roches sédimentaires

88

5

Le métamorphisme

 

104

6

La déformation des roches

114

7

Les chaînes de montagnes

120

8

Les cartes géologiques

128

9

Les bassins sédimentaires

134

 

Le temps

des géologues

 

141

1

Historique du temps en géologie

142

2

Conservation, reliques et nature

des sciences géologiques

 

152

3 La géologie isotopique

158

4 l'.histoire des temps géologiques

172

Les grandes questions

de la géologie

189

1 La géologie des planètes

190

2 La formation de la Terre et la croissance des continents

198

3 Atmosphère, climats, océans

208

4 Le système Terre

224

5 La vie et son évolution

230

6 Histoire et développement de l'Homme

240

La géologie

économique

.•

••

247

1 Le géologue et les besoins du

monde

248

2 l'.eau

250

3 Les gisements minéraux

260

4 Les combustibles fossiles

270

5 La géologie du génie civil et des travaux publics

284

6 Les catastrophes naturelles, prévision et prévention

290

La Géologie , passé , présent et avenir de la Terre 9

R

E

M

E

R

C

E

M

E

N

T

S

N o us remercions les géologues et les min éral ogistes qui nous o nt d onn é accès à leur collec ti o n et permi s de publier leurs pho tographi es, notamm ent Stéphane, Claus H ed e- gaard, Mar ie- Noëlle Maisonneuve, Paul Tapp o nni er, Kev in Klin g, Stephen Moorbath,

J ea n - Fran ço is M oye n, Fran ço ise Gi go t, J ac qu es Aubry, Mi chel Vill eneuv e, Jean - Lu c

Fra nch o mm e, Godfrey Fitto n, Vin ce nt C ourtill o t, le Musée Bo nnat à Bayo nn e,

T. Gonon, l e lycée G. Dub y, Je a n-Jacqu es Dub y, Adolphe Nicolas, R o land Tromp e tt e,

J ea n-François D ars, Cléme nt Beckert, B. Navez, Sém hur, J ean D ercourt et H élène

Tiphin e, Frank M a nh e im, W ya tt Durh a m, J. Duprat , Fran ço is

Mi ch el, la fa mille d 'H amo n Craig, Pierre Ch oukroun e.

Nous remercions parti culi è reme nt Lydi e Touret , direc tri ce du musée min é ralogiqu e

P a qu e t , B e rn a rd

d e !'É co le d es Min es

phi es de min éraux et

de P a ri s, J ac qu es T o uret et J ean- Mi ch el le Cleach

de roc h es qu 'ils o nt mi s grac ieuse m en t à notre di sp os iti o n.

d es photogra-

Un ce rtain nomb re de co llègue s on t lu la prem ière

éb auc h e de ce livre et nous o nt

fa

it bé néfi cier d e leurs nombreuses critiqu es et d e leur s sugges ti o ns, Vin ce nt Courtillot,

R

ené Bla nch et, Paul Tapp onnier, J acqu es Geyssant, Claude J aupa rt, Patri ce

Crossa-

R

ay naud. N ous leur en savo ns g ré.

Enfin, nous so uh ai to ns remercier Madame Geneviève Christe D elfin o qui a su lire

nos éc ritures et

réaliser avec tal ent la premi è re

fo rm e d e ce t ouvrage.

La ph o tograp hi e de co uver ture

Himalaya du Zanskar, Ladakh, Inde (Photo Kevin KLI

es t un e auge glaciaire aba nd onnée,

G).

10 La Géologie , passé , présent et avenir de la Terre

OAR/Nat,onal Undema Resurch Program (NURPJ. NOAA

D ans le s scie nce s naturelle s, co ntraireme nt à l'édu cation carté- sienne que nous avons reçue en France, nous ne pouvons pas exposer un corpus de connaissances en partant de zéro, puis en

», de s « par conséquent »,

». Nou s avo n s b eso in d e construire p e tit à p e tit avec

des prés uppos és , de s re tours en arri è re, d es rép é titi o n s. T el est le cas

« il s'e n s uit que

déroulant le t a pi s du savoir avec de s « donc

pour la géologie dont traite ce livre. Nou s nous contenterons, pour commencer,

de la géologie, elle se précisera tout au long de cet ouvrage.

d 'une définition rapide

D Le comte de Buffon ( 1707-1788 J.

à gauche, est un esprit encyclopé- dique et fécond. Il pose des ques- tions fondamentales sur l'âge de la Terre, la naissance du vivant, les

espèces, la place de l'Homme . James Hutton ( 1726-1797). à droite, énonce en 1785 sa conception de la machine terrestre et de ses parties (l 'intérieur de la Terre, les océans et l'atmosphère] . Il affirme que la « machine» est adaptée à un certain but, digne des moyens mis

en œuvre pour la produ ire. L'.Église

anglicane attaquera Hutton, ou plutôt son œuvre, car il mourra peu de temps après la publication de son

livre, Theory of the Earth.

12 La Géologie, passé, présent et avenir de la Terre

La géologie, c'est l'étude de la Terre, de son fonctionnement, de son histoire à l'aide des témoignages directs et indirects que l'on récolte à sa surface.

Buffon, Werner et Hutton

Dès les origines des sociétés humaines, on a spéculé sur la Terre, ses origines, sa forme, son devenir. Ces réflexions ont même été à l'origine de la plupart des récits mythiques ou théologiques, de l'épopée de Gilgamesh à la Bible. De telles visions sont intéressantes, mais notre propos sera scientifique. Buffon avait fait les premiers pas en tentant de mesurer l'âge de la Terre par des expériences de refroidissement de sphères de divers maté- riaux, mais son dessein était plus naturaliste que géologique. Or, une science se définit à partir d'une démarche reliant rationnellement les observations et les expériences à l'aide d'un corpus de doctrines. Sur ces bases, il n'y a pas d'hésitation: l'émergence de la géologie date de la fin du XVlll° et du début du XIXe siècle avec les théories de !'Écossais James Hutton et celles de !'Allemand Abraham Gottlob Werner, de Freiberg (Saxe), toutes deux fondées sur deux types d'observations importantes. Il en est résulté une vive controverse. Werner, professeur à Freiberg, n'écrit pas, mais enseigne. Son ensei- gnement est fondé sur la lecture des premières cartes géologiques de l'Europe. Qu'y voit-il? Des massifs formés de granites, de roches méta- morphiques, indurées: elles constituent l'essentiel du Massif Central français, les Vosges, la Forêt Noire, le Harz. Sur ces massifs semblent moulées des roches sédimentaires. Entassées, elles forment des bassins sé dimentaires: le Bassin de Paris, le Bassin d'Aquitaine, etc., où l'on observe des empilements de couches (des strates) de roches sédimen- taires presque horizontales. À la partie inférieure, ce so nt des schistes; puis on observe au-dessus des grès, puis des calcaires. De cette cartographie sommaire, Werner conclut: les roches se sont formées par précipitation à partir de l'océan, lequel oscille, tantôt il recouvre les massifs plus anciens, tantôt il se retire et alors tout sèche! Au début des temps, l'océan

Premier niveau des océans

Niveau 2

Niveau 3

fi

Abraham

Go t tlob

Werner

[1?49 ou 1?50-181?) pense que les roches résultent de dépôts océaniques, le niveau des océans ayant oscillé depuis la création de la Terre. Selon Werner, les dépôts ne se recouvrent pas entièrement. Werner n'é crit pas, mais c'est un remarquable conférencier, qui atti - rera des élèves de toute l'Europe.

Primaire

1. La naissance de la géologie 13

D Le site de Siccar Po i nt ( à

20 kilomètres au sud-ouest de

la vil le de Ou n bar en Écosse).

découvert par James Hutton, consiste en des couches

sub-horizontales de grès rouge du Dévonien (400 millions d'années] surmontant des strates de grès

verticaux du Silurien ( la

géologique précédente] . Ce qu'on appelle en termes techniques , une discordance angulaire.

période

était chaud: il a dépo sé de s roches chaudes, tels les granites. Par la suite,

il s'est refroidi et s'est retiré. ~and il est revenu, tiède, il a dépo sé le s schistes et les grès. Il s'est retiré à nouveau et quand il est revenu, froid, il a laissé se déposer les calcaires. Les gisements métalliques se so nt

formés et déposés à chaud avec les granites. Les charbons se so nt

formés en

schistes . Cette explication dite neptunienne, qui fait jouer à la mer le

rôle essentiel ( eptune est le dieu de la mer chez les Romain s), est aujourd'hui un peu ridiculisée, mais elle expliquait fort bien nombre d'observations de l'époque faites à l'échelle du continent.

même temps et dans les mêmes conditions (tièdes) que le s

Une géologie d'observation

À l'inverse, Hutton observe, chez lui, en Écosse, des terrains, des affleurements, sensibles, palpables. Il casse le s cailloux (i l invente le marteau et la loupe des géologues), les observe, les identifie, puis déter- mine leurs relations mutuelles. ~e voit-il? a) Des roches sédimentaires plissées, tronquées à leur sommet et recouvertes, en discordance, par des strates horizontales d'autres roches sédimentaires. Il en conclut qu'il y a eu primitivement au fond de la

D Les discordances angulaires

et la pénétration des corps grani- tiques, combinées au principe de superposition des strates, permet- tent à Hutton de reconstituer la série d'é vénements géologiques:

dépôt dans les mers de la série A, plissement de la série A, intrusion de la série granitique B, dépôt de la série C, plissement de la série C, intrusion du granite 0, dépôt de la série d ' alluvions E.

Q Di scordances angula i res

A

14 La Géologie, passé , présent et avenir de la Terre

Fi lon de granit

en intersection

mer un dépôt de roches en couches, en strates, horizontales. En suite ces

co uches

éérodées;

dépo sé

sédi-

ments,

nouveaux dépôt s,

seco nd e série d'ob servations, il voit des filons de

ont

été

pli ssées . La

mer s'e st retirée;

les

couches pli

sées

ont

leur so mmet s'est aplani . Qyand la mer est revenue, elle a

sé rie

de

couches horizontale s. Hutton

pen se qu'il

la mer,

consolidatio n en roche de s

érosion,

puis

retour

de

la

mer

et

une nouvelle

y

a,

en alternance,

plisse ment

b)

À

dépôt dans

et

etc.

émersion,

la suite d'une

granites couper

à l'emporte-pièce

des

strates

plissées . Il

retrouve des

ces granites un

peu au-dessus dans

le s

strates horizontales

gale ts de qui,

comme

précé demment,

recouvrent

les

strates

pli ssées .

Il

en

conclut que

le

granite

est

une

roche

dont

l'origine

est

un

fluide

A

D Caricature de James Hut ton ,

premier géologue de terrain , avec

son

marteau.

Ill

Dans son

livre,

à

partir

d'une

il invente le concept, Hutton

reconstitue

Puis, il généralise et parvient

notion de

coupe géologique

(A). dont

l'histoire d'une région.

cycle géologique

à la

(B) .

On

sait aujourd'hui

que la durée

d 'un cycle se mesure en dizaines ou

en centaines de millions

d'années .

1. La naissance de la géologie

15

p

rofo nd , le

m ag m a, qui s'es t injec t é d ans la croû te sup éri eu re d e la

T

erre après

les co uch es pli ssées et ava nt les co uch es h o ri zo nt al es . Il

d

éco uvre égal eme nt d es fil o ns d e basalte et e n co nclut qu e les basal tes

fi Nicolas Sténon(1638-1686)

ex plique la fo rmation des

mont ag nes par les mou ve ment s

de la

l'i mportanc e de l'é ros ion , m et en

lumi ère le

m

Il

scientifique pour se con sac rer à la religion v ers 1675 . Il a ét é béa ti fié

par le pap e Jean -Paul Il en 19 88.

cro û t e ter re st r e, dém on t r e

ph énom ène de s édi-

et l a

not io n de s t ra t e.

en t ation

abandonn e la rec herche

so nt auss i nés d e fluid es chaud s.

Il appelle les gra nites et les basal t es d es roc hes ig nées (c'es t-à- d ire

la Te rre es t fai te d'i ntru sio ns d e qui so nt res po nsa bles d es pli sse- les reli efs . L es reliefs so nt rabo-

se d épose nt d ans la me r so us

m ous qui se t ra nsfo rm e nt e n roc hes dures en se

roc hes ig nées (gra nites et basaltes) son t d es roc hes

roc hes seco nd aires. Par là

pro duites par le fe u) et en hes profo ndes (g ra nit es

roc

ment s d es roc hes et, d e ce

d éduit qu e et basal t es) fa it, crée nt

tés par l'éros io n . L es

fo rm e d e sé dim e nts

d esséc h ant . L es

L e

pro duits d e l'éros ion

prim aires, les roc hes sédim e nt aires so nt d es

Hutt o n introduit la no ti o n , esse ntielle, de cycle géologique.

livre d e Hutto n p rovo qu e im médi ateme nt un e polémiqu e, non

se ule m e nt avec les p arti sa ns d e W e rn er, m ais auss i avec l'Égli se angli -

ca ne. L e d ébat a lieu en Écosse; les deux pri nc ipaux p ro tago nis tes so n t

pas teur s: Rob ert J amie so n, di sc ipl e d e W ern er, e t J ohn Playfa ir, part i-

sa

n d e Hutto n qui, étant mor t, ne

peut se d éfe ndre.

L'Égli se angli can e prend parti pour W ern er: ses co nce ptio ns so nt

co

mp atibl es avec l' ense ig nem ent d e

la Bible pui squ e la d erni è re époqu e

d e d épô ts sédim entaires d e W ern er

D éluge . Au co nt raire, Hutto n d o nn e

coïn cid e avec l'é pi sod e bibliqu e du

à l'intérie ur d e la T erre, et do nc au

Di

able, le rôle créa teur et au Ci el, et d o nc à Di eu, le rô le d es tru cteur.

L

e d ébat sc ientifiqu e va se co n ce ntrer sur

l' orig in e d es basal tes . Pour

W

ern er,

les b as altes ét aie nt d es roc h es sé dim e ntaires cuites

par la

co

mbu sti o n d e charb o n . Po ur Hutto n, c'é taient d es roc hes magma-

cro ûte sup éri eure. L a volca ns it aliens ac ti fs

co nvainquire nt un e parti e des W ern éri ens, les plu s ac t ifs, qu e les

visite du M ass if C entral fra nça is et celles d e

tiqu es d 'o ri g in e p rofo nd e et inj

ec t ées

d an s la

basal t es ét aie nt d es roc h es volc aniqu es , et d o nc mag mat iqu es : les idées

de Hutton triomphèrent en bloc.

L a géo logie po uva it al ors com mence r so n d évelo p peme nt qui se

fo nd ait sur les obse rva ti o ns d u t erra in et sur des règ les géo métriq ues

simples . En vo ici qu elqu es- un es .

-

Un e

stra te sup erposée à un e autre

es t plu s j eun e qu 'elle.

-

Un e

strate pli ssée indiqu e qu 'il y a

eu un dépô t suivi d 'un pli sse ment .

-

Un e

roc he qui en reco up e un e autre es t plu s jeun e qu 'ell e, ca r elle s'y

es

t inj ec tée pos téri e ure me nt

au d ép ôt d e

la roc h e qu 'e ll e reco up e, etc.

-

Un gale t d e roc he ig née dans un e ro che sédim entaire indiqu e un

épi sode d'éro sio n pos téri eur à un e graniti satio n .

li William Smith (1769-1839)

éta it un autodidacte qu i pen sa, comme Cuvier, à utilis er les

fo ss i les pour dat er les t errain s.

Il publia s es rés ult ats sous form e de ca rtes géolo giqu es en 18 18.

La naissance de la stratigraphie

D es ca rt es fur ent levées qui ra pportaie nt les obse rva ti o ns fa ites sur les

stru cture. D es rés ultats pra tiqu es s'e n- d épôts de ch arb on, qui von t d eve nir la

suivirent,

ri ch esse d e la Grand e- Bretag ne: les géologues d eve naient d es art isa ns

affl eurem ents d es ro ch es et leur

telle la déco uverte d es

16 La Géologie , passé , présent et aven i r de la Terre

PLATE VI

de so n développement économiqu e. Ils le so nt encore aujourd'hui! La

Ru ssie, sous le régime d e l'URSS, eut un mini stère d e

la

G éolog ie: elle

en recueille auj ourd'h ui éco n om iqu ement le fruit avec

le

p étrole, le gaz,

et les minerais métalliqu es.

~in ze an s ap rès cette difficile émerge nce, la géologie a été so umise

à un nouveau débat et l'Angleterre a, d e nouveau, polémique . L'Égli se anglicane s'es t encore engagée

pourtant la di scuss ion es t née d 'une idée française . On savait, depui s le

ce ntre de la

vigoureusement, et

été au

XVW siècle, avec icolas Sténon et Robert Hooke (1635-1703) au

de

dépô ts anciens dan s les mers et que leur superpo sition s'était faite dans

l'ordre chronologique, du bas vers le haut.

gé nie universel, que les stra tes géologique s étaient les témoin s

1---''x----->

Perm ien

(- 250 M. A.]

Silurien-Dévonien

(- 400M. A.]

Ordovicien

(- 450M. A.]

Cambrien supérieur

(- 500 M. A.]

Cambrien moyen

(- 520M. A.)

Cambrien inférieur

(- 550 M. A.)

-~

-- - - - -

4

W111T

ll.l Couches géologiques au vois i- nage de Newcastle, dessinées par le géologue anglais J. Whitehurst. Cet auteur explique les failles et le pendage des couches par la chaleur dégagée dans la Terre, chaleur qui

dilate et craquelle la croûte. l

mer s'engouffre par les fissu res et se vaporise, ce qui renforce les « convulsions » de la croûte . Les ressources charbonnières (filon noir en haut de la figure). comme celles de Newcastle, ont amené les Anglais à s'intéresser à la géologie.

'.eau de

ml Su ccessions de faunes de trilobites permettant de dater re lativement les couches géologiques { à gauche] . Àdroite, corrélation entre différentes couches séd imenta ires sé parées par de grandes distances, au moyen de la faune de foss il es qu 'ell es abritent.

1. La nai ssa nce de la géologie 17

ffl La première carte géologique

gaucheJdénommée carte minéralogique ( de la région de

Fontainebleau] est l'œuvre, en 1746,

de Jean-Étienne Guetta rd ( 1715-

1786] assisté d'Antoine Laurent

de Lavoisier [ en médaillon} qui

s'intéressait aussi à la minéralogie

et d'Antoine-Grimald Monnet.

Antoine Laurent de Lavoisier

( 1743-1794] est surtout connu

pour son œuvre magistrale en

chimie. Les ressources de la région

cartographiée, comme les mines

de charbon , de fer, de plomb

et de cuivre, sont indiquées

par des icônes.

18 La Géo log ie, passé, prése nt et avenir de la Terr e

ffl Georges Cuvier ( 1769-1832)

à 29 ans : d'aprè s ses contempo-

rains ,«

science ». Àcette époque, Cuvier

est épouvanté à l'idée que la

plupart des ossements fossiles

n'ont pas leurs analogues parmi les êtres vivants. La sarigue {en bas], animal

« antédiluvien », a ét é découverte

dans les gypses de Montmartr e. Cuvier a reconst itu é« ces antiques

monuments d'épouvantables r évolutions ». En déterminant dans quelle couche on retrouve chaque espèce, il établit

« une théorie de la Terre ».

Il était, à lu i seul, toute une

Les reste s de coquilles que l'on trouvait dans les couches sédimen-

reliques d'anciens êtres vivants comme l'avait compris

taire s étaient d es

Léonard de Vinci, et pas Voltaire qui était persuadé que les coquilles fossiles trouvées dans le seuil du Poitou étaient des coquilles d'huîtres

que les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle avaient jetées! En Angleterre, William Smith (1769-1839), dans la continuation des travaux de Hutton et avec sa méthode, étude minutieuse du terrain et observation des relations géométriques simples des strates, avait

de Londres d 'a près leur

nature (grès, calcaires, schistes) et les fossiles qu'elles contenaient. Par

comparaison de s successions observées, qu'on appelle des coupes géolo- gique s, il avait pu comparer de s observations distantes de plusieurs centaines de kilomètres et dresser des cartes géologiques précises. Un travail semblable avait été entrepris en France, dans le Bassin de

so us l'i mpulsion de Jean-Étienne Guettard et de so n assistant, le

jeune Antoine Laurent de Lavoisier, qui deviendra l'inventeur de la chimie moderne, puis fermier général et directeur de !'Arsenal. Lavoisier sera exéc uté en 1794 avec pour épitaphe la phrase lapidaire de Jean-

Bapti ste Coffinhal, président du tribunal révolutionnaire: « La Répu- blique n'a pas beso in de savants. Il faut que la justice suive son cours.»

son élève Alexandre Brongniart

(le fils de l'architecte qui construisit le palais de la Bourse des valeurs

de Pari s) la mi se au point déci sive de cette méthode de classification des strates que l'on nomme la stratigraphie. Cuvier avait remarqué que les formes des fossiles collectés changeaient au fur et à mesure que l'on montait dans les coupes de terrain . Les mollusques changeaient, les vertébrés changeaient, le s plantes fossiles changeaient. À certains endroits, le s fossiles avaient donc changé de forme en même temp s.

entrepris de répertorier les strate s du Bassin

Pari s,

ous devon s à Georges Cuvier et

Après Cuvier, le déluge

Reprenant

également l'idée de va-et-vient de la mer de Werner, Cuvier affirme

que l'activité géologique est faite de cycles qui se répètent avec des

une

catastrophe qui détruit tou s le s êtres vivants. Dieu crée ensuite une nouvelle faune et une nouvelle flore. Le Déluge de la Bible est la dernière de ces catastrophes. Cette idée va être adoptée par le pasteur anglais William Buckland, professeur à Oxford, qui annonce dans sa leçon inaugurale que la recherche géologi que va permettre de démontrer scientifiquement l'exis tence de Dieu. Face à cette théorie des catastrophes, Charles Lyell (1797-1875) et so n di sciple et ami Charles Darwin (1809-1882), au tant géologue que biologiste, vont opposer une vision résolum ent « anticatastrophique », fidèle aux idée s de Hutton. Le s cycles géolo- giq ues se reprodui se nt se mblables à eux-mêmes, affirment-ils. Le s phénomènes du passé so nt analogues à ceux du prése nt.

ava ncées puis des retraits de la mer. Chaque cycle est marqué par

la notion de cycles géologiques de Hutton mai s, en adoptant

mwilliam Buckland (1784-1856).

professeur de géologie à Oxford . Il

avait déclaré, lors de sa leçon inaugurale, que le but de la géologie était de démontrer la véracité de la Bible. Il ouvrira à Cuvier sa collection de fossiles qu'il avait contribué à ramasser. Sur la peinture, il a un parapluie pour se protéger des intempéries lors de ses courses et un sac pour collecter ses trouvailles. Déçu de ne pas avoir pu démontrer l'existence de Dieu, il démissionnera de son poste à Oxford et finira à l'abbaye de Wesminster.

1. La naissance de la géologie 19

mLes cartes géologiques

ont changé notre vision

du monde. Elles ont apporté des données à une

géologie engluée dans des débats philosophiques.

La première véritable carte géologique ( en

haut}

a

été réalisée par Cuvier et Brongniart (en

médaillon}

en

1811. Cette carte du Bassin parisien tient compte

de dix formations stratigraphiques allant de la craie

aux « limons d'atterrissement ». Brongniart utilisait

systématiquement les fossiles pour établir des corrélations détaillées entre ses strates tout comme

William Smith qui publia la carte d'Angleterre, du

Pays de Galles et d'une partie de l'Écosse en

1915.

Sa hauteur est de 2,66 mètres . La carte

ruinera

Smith qui fera de la prison pour dettes avant d'être,

à la fin de sa vie,

reconnu par la communauté

géologique anglaise.

20 La Géologie, passé, présent et avenir de la Terre

0

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Les dépôts de sédiments dans la mer? L'érosion des reliefs? Les éruptions volcaniques? Tous ces phénomènes peuvent s'observer 10 ., aujourd'hui. Les mêmes causes ont agi dan s le passé et les petites causes répétées à l'infini fini ssent par avoir de grands effets. C'est à la 10 , longue durée de l'action des forces géologiques que nou s devons tout ce que nou s observons. ~ant aux êtres vivants, ils évoluent, se trans- 10 , forment. C'est Darwin qui, après Lamarck, développera cette convic- tion. Là encore, après un débat houleux, la vision uniformitariste de 10' Lyell l'emportera . Le fait est important: si la théorie des catastrophes s'était imposée, elle aurait permis d'invoquer des causes «surnaturelles» chaque fois qu'on n'aurait pas compris l'origine d'un phénomène. L'uniformita- risme a obligé la géologie à rester dans l'observable. Comme un clin d' œ il de !'Histoire, deux siècles plus tard, l'idée des grandes catas- trophes refera surface avec la néce ss ité d'expliquer les grandes extinc- tion s, celle de s dinosaures en particulier (voir le chapitre IV de la partie 4, La vie et son évolution). Pour avoir écrit le premier traité « moderne » de géologie Charles Lyell a été parfoi s considéré comme le père de la géologie moderne. Sa pensée doit être placée dans la continuité de celle de Hutton , écossais co mme lui et dont il se réclama explicitement. Cependant, il va plus loin . Il introduit le principe de l'actualisme, selon lequel les phéno -

mène s qui se so nt produits dan s le passé so nt identiques

l'on observe aujourd'hui: érosion, sé dimentation, volcanisme, plisse-

ment des roches. Il y ajoute un second principe tout aussi essentiel, celui du gradua- /isme: des phénomènes dont les effets so nt petits, mais qui s'accumu- lent sur de long ue s durée s, finissent par produire de s résultats gigantesque s. Cela le conduit à proposer de longues durées pour le s

temps géolog iqu es. Lyell va appuyer ses raisonnements sur des obser-

vations faites dan s diverses régions du monde, notamment en

en Italie. En ce se n s, il internation alise les observations et les exemples de Hutton. Lyell crée la paléoclimatologie, toujours en s'appuyant sur l'obse rvation de s différents types de climats actuels. Il va aussi défendre

l'id ée d e co ntinuité des espèces et se réclame

pour cette idée. Charles Darwin n'aura pas cette délicatesse d'âme: il critiquera L amarck et ignorera so n propre grand-père Érasme Darwin.

1800

1850

1900

1950

2000

ffl L'âge de la Terre a constamment augmenté au cours du développe - ment de la géologie.

à ceux que

France et

explicitement de Lamarck

Le long débat sur l'âge de la Terre

« Pas de tra ce d 'un début, pas d'indi ce d'une fin . » Hutton voyait la géologie co mme un éternel recommencement. Comme la rotation des planètes autour du Soleil, le s cycles géologiques se répètent depuis la nuit des temps, pour l'éternité. L'idée de l'âge de la Terre, de ses débuts, n'é tait pas sa préoccupation. Lyell, suivant les mêmes principes, ajoutait« La géologie s'est éloignée de s débats sur les orig ines, elle y a gagné en sérieux», elle est devenue ainsi

ffl Le

géologue Charles Lye li ( 1797-

1875) a diffusé la doctrine uniformi - tariste. En 1828, lors de ses voyages en France et en Italie, il observe que les couches géologiques peuvent être classées selon les fossiles de coquillages marins que l'on y trouve.

1. La naissance de la géologie 21

mLe débat sur l'âge des roches

fossilifères opposait, sur cette gravure de 1843, le stratigraphe et le paléontologue. Les scientifiques sont aussi hommes de passions et d'engouements et les duels à fleu - rets mouchetés ne sont pas rares. Remarquez la série de strates sur la poitrine de l'arbitre.

une vraie science rigoureuse, éloignée des préoccupations philoso- phiques (donc des conflits possibles avec les église s). Cette attitude a été bénéfique au développement de la géologie, toutefoi s, si la vision de Lyell, s'était imposée, on aurait renoncé à reconstituer l'histoire primi- tive de la Terre. Le plus grand physicien anglais du milieu du XJX< siècle, William Thompson (1824-1907), plus connu sous le nom de Lord Kelvin, va attaquer cette vue statique de la Terre. Il le fait d'abord sur des bases théoriques. La Terre, avec tous les mouvements de matière qui y règnent, en fusion ou non, consomme de l'énergie. Or l'énergie disponible n'est pas infinie. Kelvin constate que, lorsqu'on s'enfonce à l'intérieur du Globe, la température augmente. C'est la preuve, affirme-t-il, que la Terre se refroidit en évacuant sa chaleur vers l'extérieur. Il calcule alors le refroidissement, en suivant la théorie de Fourier sur la conduction thermique et la diffusion de la

Ill] Les dateurs : chacun d'entre eux a augmenté l'âge de la Terre par rapport à son prédécesseur. Au milieu du xv111• siècle, les scientifiques envisagent que la Terre et l'Homme ont pu être créés en des temps différents de celui de la création de l'Uni- vers, fixé par la Bible à - 4 000 ans. En 1779, Buffon (a] mesure le refroidissement d'une petite sphère de terre et calcule un âge de 75 000 ans . Lord Kelvin (b] évalue un âge de 100 millions d'années en recalculant le refroidissement. Vers 1903, John Joly [c} [qui avait utilisé la teneur en sel de la mer pour calculer l'érosion, donc la durée de celle-ci, qui était du même ordre que l'âge de Kelvin]. Ernest Ruther- ford (d] et Pierre Curie (e] pensent à utiliser la radioactivité pour dater la Terre. Les mesures de l'horloge uranium-plomb faites par Boltwood sur la suggestion de Rutherford donnent un âge de 1,6 milliard d'années. Clair Patterson [ 1922-1995 J a déterminé, lorsqu'il était élève à Chicago, l'âge de la Terre à 4,55 milliards d'années (f]. Bien plus tard, il montrera, le premier, l'importance de la pollution de l'atmo- sphère par le plomb tétra-éthyl des carburants .

22 La Géo logi e, passé, pr ése nt et ave nir de la Terr e

chaleur, et évalu e, pour la Terre, un âge de 100 milli o ns d 'années. Il calcul e auss i l' âge du Soleil par le s même s méthode s et aboutit au même chiffre. L'lrlandais John Joly (1857-1933) calcule indépendamment l'âge de

la Terre par la quantité d e sel dans les océans, co nséquen ce chiffrable d e l'érosion des roc h es et du dépô t d es minéraux d ans le s océa n s. Il trouve aussi 100 milli o ns d' ann ées. Ces chiffres co ntredi se nt la Bible qui

et Darwin s'o ppose nt tant

donne à la T er re un âge d e 4 000 ans. Lyell

au chiffre bibliqu e qu 'a u chiffre de 100 milli ons d 'a nn ées . Ils parlent de

milliards d'années sa ns, il fa ut le dire, beauco up de preuves co nvai n -

ca ntes. L'intuition

qui a parfo is du bo n.

Ouatre révolutions retardées

En tre 1896 et 191 5, quatre prog rès révoluti o nnent la géo logie ou, plu s exactement, auraient dû la révolutio nn er, m ais ne le fero nt qu 'un demi- siècle plu s tard.

iepce de Saint-Victor avait découvert la radioactivité natu-

relle en 1858. H enri Becquerel la redécouvre en 1896, dan s un appen- ti s du J ardin des Plantes de Pari s. L a nature de ce phénomène sera comprise g râce à Pi erre et Marie Curie, d 'un e part, et Ernest Ruth er- fo rd , d 'au tre part. Pierre Curie et Ernest Ruth erfo rd pense nt qu e le s désintégrations ra di oac ti ves so nt d es ho rloges naturelles et établi sse nt ind épe nd am ment la loi de décroissa nce radioac tive; ils suggè rent l'un et l'autre, en 1902, que ce ph énomène pourrait être le moye n d e mesurer

Abel

{a}

[b]

[d]

[e]

[c]

{f}

Ill] Le

Alfred

m ét éorologiste allemand Lothar Wegener ( 1880-

19 3 0 J est l'i nventeur de la théorie

de la dérive des continents . Selon cette th éorie , la posit ion des continents a changé avec le temps et on a su reconstituer l'histoire du globe terrestre.

1. La naissance de la géologie 23

fllll Théorie orogénique telle que la

concevait James Hall ( 1751-1832]

et J. Dana (1813-1895]. Cette série de coupes schématiques montre

la succession des événements

conduisant aux reliefs montagneux. La création de la fosse est due à la contraction thermique,

l'é mergence des reliefs résulte de

l'isostasie (force d'Archimède]. leur

atténuation est l'e ffet de l'é rosion.

Ci - dessus, James Dana ( 1813-

1895] a été le tenant de la théorie

des géosync linaux: il a ét udié

la formation des montagnes,

l'activité volcanique , la structure

des continents et des océans.

Serrage et plissements

Granitisation et métamorphisme

Réajustement isostatique

Érosion

Croûte

Manteau

Stade

géosynclinal

Période

orogénique

Période

postorogénique

les longues durées géologiques . En 1906, Ernest Ruth erford réalise la première datation d'une roche par la radioactivité . Pour de s raiso ns de développement technique, cette méthode ne sera véritablement opéra- tionnell e qu'après la Seconde Guerre mondiale. La deuxième avancée est, en 1910, la proposition par Alfred Wege- ner, de la dérive des continents. Cette théorie aurait pu illuminer la

géologie . Elle sera refusée

par la co mmunauté de s géologues et de s

géophysiciens d'alors, et ne renaîtra qu'en 1960. Le trois ième grand progrès est la naissance de la sismologie, grâce principalement à l'activité de Richard Oldham, directeur du Service géologique des Indes . C'est le début de la détermination de la structure

in terne du globe et, pour tout dire, le coup d'envoi de la géophysique.

s' intéresse r qu 'à la

Malhe ureusement, comme la géologie ne semble

surface, la géophysique se découp le de la géologie et se développe de manière au tonome. Les deux disciplines ne se retrouveront qu'en 1960, lors du développement de la tectonique des plaques.

24 La Géologie, passé, présent et avenir de la Terre

L e qu atri ème prog rès , passé lui auss i inape rçu, es t la d éco uverte à

Cl erm ont- Ferra nd en 1906 , par le França is Bern ard B runh es , des

inversions

du champ magnétique terrestre. C ette d éco uve rte, très utile

po ur da te r le

tati o n mag nétiqu e, ne se ra expliqu ée qu e 60 ans plu s tard. D ans ce co ntex te, qu e d evi e nt la géo log ie?

dép ôt des roc h es m ag n étiqu es e n fo n cti o n d e le ur ori e n -

Genèse des montagnes et géosynclinaux

Pe tit à p etit, à la suit e d es t ravaux d e pi o nni ers, les Fran ça is Éli e d e

Beaum o nt et Pi erre T ermi er, le Sui sse É mil e Arga nd et !'Autrichi e n É douard Suess, les géologues vo nt s' intéresse r à la mani ère dont les

mo nt ag nes se

so nt fo rm ées. L e p ro bl è me qui les fasc in ait é tait de savo ir

co

mm e nt des

sédim e nt s d ép osés au fo nd d e la me r ava ient pu se retrou -

ve

r au so mm et de L a th éo ri e qui

!'Everes t. va se d évelopp er

es t celle d es géosy nclin aux , c'es t -à-

à un serr age

d es

nappes de ch arri age. L es Alp es so nt co nsid érées co mm e l'a rch étyp e d e mo ntagnes fo rm ées se lo n ce méca ni sme. J ea n Aub o uin éc rir a, e n 1963, un livre synth étiqu e sur ce tte th éo ri e d es géosy nclin aux. L ors d e l' ex plorati o n géo ph ys ique d es océa ns, o n d écouvri ra, à partir de 1960, qu e les planchers d es océa ns se for me nt aux dorsales,

d ire de l'age nce ment d e fosses m arin es qui so nt so umi ses

e t qui se d évagin e nt, ju squ 'à do nn er d 'imm e nses pli s co uch és et

ri ve nt e t reto urn e nt d a ns le m a ntea u, e ntraîn a nt

« sur leur dos» les

co

ntin e nts. Ce tte idée se ra fo rm ali sée et sys t ém ati sée d ans la t ec to-

ni

q ue d es pl aqu es.

Du milliard d'années à la seconde

Ain si app ara ît l' ex t rao rdin aire vari ét é t emp o rell e de la géo log ie. L es

te

mp s géo logiqu es se mes ure nt e n milli o n s, vo ire e n milliard s d 'ann ées;

ce

pend a nt les phé no mè n es géologiqu es se produi se nt à to ute s les

éc

helles de te mp s: des milli o ns, d es

millie r

, d es ce ntaines d 'a nn ées,

mais aussi qu elqu es jo ur s. E t po ur les

tremble m e nts

d e te rre, l'unité es t

la seco nd e, co mm e pour la vie.

On va déco uvrir qu e la T erre obéit à d es rythmes variés qui s'e mb oî- tent les un s dans les autres suiva nt des règles très subtil es . On va décou- vrir qu e la Terre es t un e pl anète viva nte qui évolu e sa ns cesse depui s

4,5 milli ard s d 'a nn ées . Elle transporte d es matéri aux sur d es di stances

f1J Eduard Suess ( 1831-1914) est

un géologue autrichien sp écialiste des Alpes . Il découvre deux des traits géographiques majeurs de la Terre maintenant disparus, le supercontinent Gondwana et

mer Téthys . Il montre que les

Alpes du Nord proviennent du fond

d'un océan , la Téthys, dont

la Méditerranée est un reste .

la

fll Jean Aubouin est sans doute

le

le

classiques lors de l'avènement de la tectonique des plaques. Après avoir renouvelé avec ses élèves l'é tude géologique de la Gr èce et de la Yougosl avie, il écrivit le livre qui reste la référ ence sur le th ème des géosynclin aux. Converti à la t ectoniqu e des plaqu es, il entra îna les géologu es fran ça is à tra vailler

à la fois sur les cont inents et

les oc éans afin de bien interpréter

leurs observations des montagnes

à la lueur des nouvelle s

géologue fran çais mieu x la mutation

qu i illustre des géologues

idées

mobilistes. Ici à bord du Glomar Challenger en 1982.

co

nsidérables. On

va auss i déco uvrir

qu e ses profo ndeurs, d 'o ù m ontent

ve

rs la sur face des

m atéri aux fluid es,

p euvent ê tre étudi ées et

co mpri ses.

L a Terre es t dite planète viva nte no n se ule ment parce qu 'e lle accueille la

s'y es t d évelo pp ée , m ais auss i parce qu 'ell e

vi e qui

y a pri s naissa nce et

ch

ange

co nstamme nt .

o us

reviendron s sur ce large éve ntail de s temp s

da

ns la

partie 3, Le temps des géologues.

1. La naissance de la géo logie 25

C, La constitution interne

~ ~d~u~G~l~o~be~ ~~~~~~~~~

D Le forage d e la pr esqu'île de Kol a

est le plus profond [ 12 262 m ètres]

j amais réalisé sur notre

été entrepris en 1970, à

de la cit é de Zapoliarny , dans un

mil ieu particuli èrement

pour ambition d'atteind re la lim it e

des 15 kilom ètres . Le forage a été

i nterrompu en 1992 . Ce tte r égion

poss ède l'avantage exceptionn el de prés enter à nu les roch es cri sta1- lines du boucli er balt e, vi eilles de 2

à 3 milliards d'année s. Le s ol y a ét é rabot é et le s for eurs, au lieu de devoir commenc er par percer une

première dizaine de kilom ètre s de

ho stil e, av ec

planèt e. Il a

proximit é

roches récentes, démarrent directement dans des roch es cristall ines. Les carotte s remont ées

des profondeurs ont naturellement

fa it l'objet de multiple s analyses .

Àun moment où le s matière s

premières se raréfient, la connaissance de notre sous -s ol n'est pa s un luxe i nutile.

a plu s grand e parti e de l'intéri eur d e la Terre nous es t inaccess ible directement. L e forage le plus p rofo nd réalisé à ce jour (dans la presqu 'île de Kola) a atteint 12 kilomètres enviro n, alo r qu e le

rayo n terrestre es t de 6400 kilomètres. N ous n'avo ns accès direc teme nt

qu 'à d eux milli èmes du rayo n du Globe.

g nages direc ts d e roc h es plu s profo nd es, en surface p ar les j eux tec toniqu es , soit

d ans les laves nées à gra nde profo nd eur. M ais, pour l'esse nti el, nos idées

sur la co nstituti o n et la stru cture du Globe repo ent sur des info rma ti ons

indi rec tes , prove nant d es mes ures géo phys iques : plus

la sism olog ie et un peu d e la gravi m étrie, co mplétées

expé ri ences

cherch e à rep rodui re les co nditi ons

extrêmes d e température et de press io n qui règnent à l'intérie ur du G lobe.

Premières observations de la structure interne de la Terre

par ti culi èrement de et enrichi es par des

ous avo ns ce pend ant des témoi- soit qu 'elles aie nt été remontées qu 'elles se tro uve nt en encl aves

L

de laboratoire où l'on

D

éla issa nt les co nj ec tures plu s o u moins fa ntaisistes des An ciens, no us

co

mm encero ns la d étermin ati on de la stru cture intern e de la T erre avec

L o rd C avendish. N ewto n avait détermin é qu e la fo rce d' attrac ti on entre

deux co rp s es t prop orti o nn elle au produit d e leur masse . Cave ndi sh

co nn aissait la fo rce (l e « p oid s") entre un e m asse m co n nue et la m asse de la T erre; e nco re fallait-il mes urer ce tte co nstante de p rop orti onn alité pour co nn aî tre la masse d e la T erre. Avec un e expéri ence d 'un e prodi- gieuse in ve ntivité, il m esura ce tte co nstante G et par co nséq uent la masse d e la T erre. C o nn aissa nt so n volum e, il calcula sa de nsité moye nn e et

tro uva 5, 45 gra mm es par

es t imée à 5 ,52 ce qui montre l'excellence des mes ures d e

ce ntim ètre cub e (ce tte d ensité est aujourd 'hui

C ave ndish ).

L a d ensité d es ro ches de surfaces étant d e 2

à 3 gra m mes par ce nt i-

m ètre cub e, il fall ait adm ettre qu e l'intéri eur du Gl o be ava it un e d ensi té sup é ri eure, d e 7 à 10 g ram mes p ar cen tim è tre cub e .

L a n ature du co nstitu a nt intern e do nn a lieu à des d ébats anim és au

d ébut du XIXe siècle. C o mm e on ava it t ro uvé d e l'o r assoc ié aux roc h es

vo lc aniqu

E ldorad o inté ri eur!

es du P érou , o n im ag in a l' exi ste nce d 'un tréso r e nfo ui , un

26 La Géologie, passé, présent et avenir de la Terre

Graine

5150 -6370 km

Cro ûtes océ an ique et co nti nentale

Noy au li qu ide

289 1-5 150 km

Puis la mode passa à un gaz tellement comprimé que sa densité serait considérable. On supputa que ce gaz comprimé était de l'hydrogène (l'élément le plus abondant dans l'Univers). Ensuite, en fonction de la mesure du moment d'inertie de la Terre et de sa densité moyenne on proposa la présence d'un noyau interne de densité supérieure à 10 grammes par centimètre cube. C'était le schéma admis à la fin du xrxcsiècle lorsque naquit la séismologie.

Naissance de la séismologie

Le 18 avril 1889, !'Anglais John Milne fit une prédiction hardie:

« Compte tenu de l'énergie qu'ils mettent en jeu, les séismes doivent engendrer des vibrations qui peuvent être détectées en n'importe quel point du Globe. » Ce n'est que six ans plus tard que !'Allemand Von Reben Paschwitz observa, sur un pendule construit pour mesurer l'hori- zon tale, une vibration étrange. Il identifia l'origine de cette vibration: il s'agissait d'un tremblement de terre à Tokyo dont les vibrations avaient mis une heure pour arriver à Potsdam . Richard Oldham, qui travaillait au service géologique de l'Inde, confirma en 1900 que l'interprétation de Von Reben Paschwitz était bonne. Milne se mit de la partie et en quelques mois la réalité de sa prédiction était confirmée. Les sé ismes, ou tremblements de terre, engendrent des ondes élas- tiques qui se propagent dans toutes les directions . Des appareils appelés sismographes permettent de les enregistrer à la surface du Globe, de déterminer d'où elles viennent - ce qu'on appelle le foyer - et de mesu- rer leur vitesse de propagation. On distingue les ondes de surface, qui se

D Croûte, manteau, noyau,

graine, relevés par la sismologie. Àdroite, les trajets des ondes sismiques . On remarque une zone d'ombre où peu d'ondes arrivent. Ceci est la conséquence du fait que dans le noyau liquide, la vitesse des ondes est plus faible que dans le manteau.

D

Inge Lehmann ( 1888-1993)

découvrit que des ondes de compression P s'enfonçaient dans le noyau avant de rebondir. Elle détermina ainsi une structure du noyau terrestre, la « graine ». Inge Lehmann publia

son dernier article à 99 ans I

2 . La constitution interne du Globe 27

D Richard Dixon Oldham ( 1858-

1936 J est l'inventeur des sismo- graphes dont il recouvrit le Globe.

déplacent guidées par la surface terrestre, et les ondes de volume (Pet S), qui traversent la Terre dans son volume (on les appelle P parce qu'elles arrivent les Premières, et les autres S parce qu'elles arrivent les Secondes). Les ondes P et S ont des propriétés différentes. Par exemple, les ondes de compression P peuvent se propager indifféremment dans les milieux liquides ou solides, alors que les ondes de cisaillement S ne traversent pas les milieux liquides (n'oublions pas cela!). Les vitesses des ondes sismiques dépendent des propriétés des matériaux traversés (densité, élasticité) . Réciproquement, la mesure des vitesses des différentes ondes permet de reconstituer la structure interne de la Terre comme les ultra- sons permettent de visualiser les structures du corps humain. Richard Oldham eut l'idée d'enregistrer systématiquement les ondes sismiques pour déterminer la structure interne de la Terre. Il construisit des appareils appropriés - les sismographes - et installa le premier réseau sismique mondial. Depuis le début du xxc siècle, les nombreux enregistre- ments de temps de parcours des ondes de volume ont permis de détermi- ner les structures internes du globe. Ce problème dit «inverse» est difficile:

imaginez que vous deviez reconstituer la route qu'a prise un cycliste, connaissant le temps de parcours, ses vitesses en côte, en descente, sur différents revêtements de route, etc. L'informatique a beaucoup aidé les mathématiques pour résoudre à peu près définitivement le problème. L'étude des temps de propagation des ondes Pet Sa mis en évidence plusieurs discontinuités de propagation à l'intérieur de la Terre où, sur quelques kilomètres, la vitesse des ondes varie brusquement.

La structure interne du Globe

Il Harold Jeffreys (1891-1989) fut

le grand théoricien de la séismologie, mais aussi l'assassin de la dérive des continents de Wegener.

Ill Le géophysicien allemand Beno Gutenberg ( 1889-1960). fondateur du SeismoLab de Caltech, détecta, en 1914, une discontinuité entre le manteau inférieur et le noyau et détermina le rayon du noyau.

La structure interne du Globe est, en première approximation, à symétrie sphérique, c'est-à-dire que les propriétés sont identiques à une profondeur donnée, quelle que soit la géographie. En revanche, près de la surface, une distinction fondamentale existe entre continents et océans. On distingue trois unités essentielles:

- la croûte (ou écorce) dont la limite inférieure est la discontinuité de Mohorovicic (Moho en langage géologique courant, du nom du géologue serbe qui l'a découverte). La vitesse des ondes sismiques P passe brutale- ment de 7,8 à 8,3 kilomètres par seconde (1 kilomètre par seconde, c'est

3 600 kilomètres par heure). Nous verrons que sous les continents la croûte

a 35 kilomètres d'épaisseur, et que sous les océans, elle n'en a que 6;

- le manteau s'étend du Moho jusqu'à 2 900 kilomètres de profondeur;

- le noyau est séparé du manteau par la discontinuité sismique de Gutenberg. Les ondes sismiques du noyau externe ont des vitesses de

8 kilomètres par seconde, alors que, dans le manteau profond, elles sont

de 14 kilomètres par seconde. Autrement dit, la transition correspond ici

à une diminution de vitesse;

- à 6 000 kilomètres de profondeur, on trouve

très faible, découverte par la sismologue danoise Inge Lehmann, qui sépare une graine centrale du noyau externe.

une autre discontinuité,

28 La Géologie, passé, présent et avenir de la Terre

Les étu des sur la propagation d es o nde s S, ondes de cisaillement qui ne se propagent pas dan s les liquides, nou s ont appris que:

- la croû te et le manteau so nt solides (sauf en de rares zo nes très réduites situées so us les volcans). Nou s ne vivons don c pas sur un océan de magmas comme le croient certains !

- le noyau externe est liquide (d'où la forte atténuation des ondes P). Le noyau interne, qu'on appelle la grai ne, est solide.

temp éra ture

augmente: ceci es t co nnu depui s le s première s mines creusées par les

Romai ns. Cette chaleur dégagée par la Terre rés ulte, à parts e nviron

Lorsqu'on s'e nfonce à l'intérieur de la

Terre,

la

Propagation de l'onde P ( onde de compression)

Propagat ion de l' onde S (onde de cisaillement)

On des Pe t s

61 Les premiers sismographes, ont

été inventés par Richard Oldham . Il s

sont essentiellement constitués de masses couplées, par l'intermédiaire d'un ressort, à une base posée au sol et enregistrent les mouvements hori - zontaux et verticaux du sol. Oldham fut le premier à distinguer clairement les ondes Pet les ondesS: il esquissa une cartographie de l'intérieur du globe terrestre fondé sur les temps de propagation et identifia un noyau .

Ill Ondes dans un solide.

l'.onde S est une onde de cisaillement et l'onde P une onde

de

compression; leu rs vitesses

de

propagation dans l'i ntérieur de

la Terre sont différentes. Les deu x

premières courbes représentent les composantes horizontales des ondes et la tro isiè me courbe la composante verticale .

D Les mousquet aires de la

sismologie de Caltech des années 1955-1960. De gauche à droite, Frank Press, Bena Gutenberg,

Richter, l'i nventeur ( après

Wadati) de l'échelle de magnitude des séismes qui porte son nom, et Hugo Benioff.

Charles

ml Franc i s Birch ( 1903-1992) a

montré que le manteau était majori- tairement formé de silicates, une discontinuité dans le manteau résul - tant d'une transition de phase. Birch ironisait sur le changement de vocabulaire lorsque les géologues parlaient du manteau. Le premier mot étant le terme dans le vocabu- laire « haute pression » et le second du langage ordinaire:

certain = douteux, indubitable = possib le, preuve = présomption vague, argumentation destructrice = objection évidente, fer pur = mélange indistinct de tous les éléments chimiques.

m Courbes de variations de

la vitesse des ondes sismiques en fonction de la densité des éléments chimiques. On augmente la densité en faisant croître

la pression . Les domaines mesurés

par les sismologues pour le manteau et le noyau sont représentés en violet. La vitesse augmente avec le numéro atomique des éléments. Tel sera le socle de l'interprétation de Francis Birch fondé sur la meilleure adéquation des minéraux en fonction de la mesure des vitesses:

le manteau est fait de silicates, le noyau d'un mélange fer-nickel.

égales, de la radioactivité et de la chaleur fossile emmagasinée lors de la formation de la Terre. La radioactivité est due aux éléments (Uranium (U), Thorium (Th) et leurs descendants radioactifs, et Potassi um (K)) qui, comme l'ont montré Pierre Curie et Albert Laborde, dégage nt de la chaleur en se dé sintégrant. À cette chaleur s'ajoute la chaleur fossile emmagasinée lors de la formation de la Terre. Pour donner une idée de cette augmentation de

température avec la profondeur, sachons qu'à 100 kilomètres sous

pieds, la température est de 1300 °C; à l'interface noyau-manteau, elle

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es t de 5 000 °C (un e aug me ntati o n de 10 d egrés p ar kilom ètre près de la surface es t un bo n o rdre d e g rand eur à rete nir ).

L a pressio n augmente elle aussi avec la profondeur. Vers 150 kilo-

mè tres, elle est de 48 kilobars (48 kb ar). À l'interface noyau - mante au, vers

2

le système d 'unités modern e dans lequel la masse s'exprime en kilo-

gramm es, la distance

1 bar = 10 5 pascals, 1 kilobar = 10 8 pascals = 100 millions de pascals

= 100 méga pasc als. 1

Francis Birch , élève de Percy Bridg man (l'inventeur de la physique à haute press io n qui fe ra prog resser notre compréhensio n de la nature des maté ri aux d e l'intéri eur du Globe), mes ure dan s les ann ées 1970, les

vitesses de prop aga ti o n dans divers matéri aux , dans des conditions de

pressio n variées . Il établit ain si les relatio ns entre

vitesse sismiqu e et teneur en dive rs éléments chimiques.

T rava il sys tém atiqu e et fas tidi eux , m ais qui éclaire les rés ult ats

sismiqu es d 'un e vive lumi ère. Il n'es t plu s nécess aire de fa ire appel à

d es métaux ra res co mm e l'o r ou le pl atin e pour expliqu er le noyau

d ense : le

température et de

900 km , elle es t de 1 gigabar (1 Gb ar). En fai t l'unité d e pression, dan s

en mètres , le te mp s en seco nde s, est le pascal (Pa).

mégabar = 10 6 bars= 10 11 p ascal s = 100 gigapa scals.

h aut e pre ss io n , 11 à 13 vitesses de prop aga tion .

o us reve rro n s cela d a n s le ch apitre 2 d e la partie 2, L es roches des socié-

fer

d o

nt la d ensité atteint, à très

g ramm es par ce ntim ètre cube, expliqu e les

tés de minéraux . T o uj o urs es t-il qu e la co nstituti o n chimique fer et ni ckel du noya u es t bi en ét ablie auj ourd 'hui: c'es t le NiFe, cher aux géo ph ys icie ns d 'ava nt -g uerre.

La géographisation de l'intérieur du Globe

L a sé ismologie d 'après-guerre es t d omin ée p ar la géog raphi sation de la

stru cture intern e du Gl o be qui se pe rfec ti o nn e auj ourd'hui avec g raphi e sismique. C o mm e nous le verron s au chapitre suivant,

li sa ti o ns des sé ism es le lo ng d es pla ns in clin és d e W ad ati - Be ni o ff

vie nn e nt ro mpre la sym étri e sph ériqu e d es sph ères

Un e seco nd e d éco uve rt e m ajeure a été la géog raphi sa ti o n du

Mo h o , d éco uve rte à laqu ell e es t assoc ié le no m

labora toire L amo nt avec so n directeur M auri ce Ewing, pui s à Caltech , o ù il es t directeur du Seismo lab , Frank Press m o ntre qu e le M o ho n'a

pas la mê me p rofo nd e ur so us les océa ns qu e so us les co ntin e nts, 6

bi en plus ép aisse qu e

la cro ûte océaniqu e. Fra nk Press montre qu e le M oho a une géogra-

phi e li ée à la to pog raphi e d e sur face; ce tt e obse r va ti o n j ouera un g rand rôle d ans la tec to niqu e des plaqu es. D e surcroît, il obse rve qu e dan s un e zo ne situ ée entre 150 et 200 kilo-

sismiqu es so nt atténu ées fo rtem ent ,

notamm e nt les o nd es S, et en déduit qu'il y a un peu de liquid e dans ce tte

zo ne, do nc qu 'elle peut se défo rm er fac ilement. •

mètres de profo nd eur, les ond es

kil o mètres co ntre 35: la cro ûte co ntin ent ale es t

la tom o - les loca-

emb oî tées.

d e Frank Press . Au

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ffl Température, densité, pression et force de gravitation

à l'intérieur de la Terre. Si la Terre était homogène, la décroissance de la force de gravitation serait en 1/r2 et la courbe de décroissance serait, en coordonnées logarithmiques, une droite.

~ La tectonique

~ ~d~e~s~P~l~aq_u~e~s~ ~~~~~~~~

D La carte des fonds océaniques

{page ci-contre, en haut} montre

une très grande cha î ne de reliefs serpentant au milieu des océans et des fosses de profondeur très importante que l'on trouve souvent en bordure des continents, comme les grandes fosses qui bordent

l'Ouest du Pacifique .

D Sur la carte des sept plaques

du Globe ( page ci-contre, en bas] ,

les flèches indiquent les mouvements relatifs par rapport

à la plaque africaine ( fi xe par convention). les doubles traits avec des point illés indiquent les dorsales, les traits fléchés, les zones de subduction.

D epuis la fin d es ann ées 1960,

les géo logues et les géop hysiciens

ont participé à la renaissa nce et à la t ransfigur ati on de la théo- rie de la dérive des co ntin ents proposée par Alfred W egener en

1910. Cette th éo ri e ava it été aband o nn ée , détruite par les arguments

« math ématiques» du grand géo phys icien H aro ld J effreys et par le sce p- ti cisme d e la communauté géologiqu e. Actuellement, la th éorie d e la tec to niqu e d es plaques participe du nouveau paradig me des Sciences d e la T erre, c'es t-à-dire qu 'il n'est plu s possible d'étudi er un phénomène géologiqu e quelco nqu e en dehors du cadre que ce tte th éo ri e propo se.

L a tectonique de s plaqu es permet d'expliquer rationnellement tous

le s ph é no mè ne s pour

le squel s la géo log ie classique ap portai t des solu -

en plu s, elle fait mi eux co mprendre la répar tition changea nte

tion s mais, de s ma sses

niques, l'édifi ca tion des ch aî ne s de m on tag nes, la topog raphie du fond

d es océans, la formation d es gî te s min éraux , et elle nombre de s interroga tion s anci enn es . L a tecto niqu e

lève fin aleme nt d es plaques es t

d ém ontr ée pour les deux ce nts derni ers millions d'années. Peu t-ê tre peut-on remonter plus loin dans le temps?

Le paradigme fondamental de la tectonique des plaques

continentales, le s trembl eme nts de terre, les érupti ons volca-

L a surface de la Terre solide es t constituée par un asse mblage, un e

mo saïqu e de plaqu es rigide s.

sphérique s de 60 kilom ètre s d'épaisse ur enviro n. Elles son t définies et

limitées par troi s type s de fronti è res.

Ce s pl aq ues son t des m orceaux de calo ttes

- Les dorsales océaniques so nt de s reliefs volcaniques allongés, sous-

marin s, qui de ssinent à la surface du globe un résea u presque con tinu.

Les gra nde s dorsales sont: la dor sale médio -A tlantiqu e, les dorsales

indienne s, la dorsale de

Au niveau de s dor sale s océaniques se fabriquent les nouvelles portion s de plaques, les morceaux de lithosphère, car les plaques ne sont pas fixes et immobiles : sitôt formé, chaque nouveau segm ent dé rive d e part et d'autre de la dorsale.

l'E st Pacifiqu e et la d orsale médi o-A nt arctique .

-

PLAOUE

PACIFIQUE

34 La Géologie, p assé , présent et avenir de la Terr e

- L es gra nd es fosses océan iqu es ou w nes de

subdu cti o n . Là, les segments de plaqu es fo rm és aux dorsales, qui o nt dérivé sur des m illiers de kilomè tres, s'e nfo nce nt dan s le ma nteau en créant les reliefs néga- tifs qu e so nt les fosses océa ni ques.

- L es faill es tra nsfo rm antes so nt des zo nes de

cisaillem ent qui limitent les plaqu es

entre les deux autres typ es de fro ntiè res .

en faisa nt le li en

Ain si la surface du globe es t -elle cons t itu ée par

roulants qui , co nstam men t,

englo uti sse nt la surface des

fo nd s océani q ues. X . L e Pi ch on ava it dénombré 7 plaqu es, on en envisage aujourd 'hui 12.

une mosaïque d e tap is crée nt , t ra nsportent et

~ elqu es chi ffres po ur fixe r les id ées sur le fonc-

ti onn eme nt de ce tte ce me nts d es plaqu es

an, ce qui fa it de 10 à 150 kil o mètres par mi llion

d 'a nnées . L e relief des do rsales océaniques par rapport aux plai nes abyss ales qui les entoure nt es t de l'ordre de 3 000 mètres, mais les fosses d e subdu cti on

ndre d e 8 000 à 11000 mètres de

peuve nt at tei

profo nd eur. E ntre les poi nts les plus profo nds des océa ns et les som m et s d es co ntin ents, il y a d eux fo is

m ac hin e gra ndi ose . L es dépla- von t d e 1 à 15 ce ntim ètres par

la hauteur de !'Himalaya. C o mm e le suggè rent déj à ces ch iffres , les vitesses ne so nt p as p artout id entiqu es, il y a d es

d o rsales lent es, ra pid es, sup erlent es (A rctiqu e),

sup errapides (Es t Pacifiqu e). Par co nséq uent, la dim ensio n et do nc la fo r me des plaqu es var ien t et

o nt vari é tout au lo ng d es tem ps géo logiq ues . U ne fo is fo rm ées , ces plaqu es so nt rig id es. L e mouveme nt rel ati f d es plaqu es rig id es pe ut

être fo rm ali sé g râce aux règles de la géo métri e sur

la sph ère dévelo pp ée au XlXe siècle

ti cie n sui sse L éo n ard E ul er. L e th éo rè m e qu 'il a

établi dit que tout mouveme nt sur une sphère lais-

sa nt inchangée la fo rm e d es stru ctures se ramè ne à

un e ro tati o n auto ur d 'un

axe passa nt par le ce ntre

d e la ph ère; les failles t ra nsfo rm ant es qui so nt le rés ultat d es mouve m ents d es pl aqu es so nt do nc de

par le m ath éma-

D Les plaques tectoniques sur

et au centre} . Sur une coupe à peu près équatoria le, disp osi ·

tian des

subduct ion. Dorsales et subductions n'a lternent pas ré guliè- rement , mais avec une certaine fantais ie: les angl es a, b et c var ient au cours des t emps géologique s et les do rs al es voy a- gent les unes par rapport au x autres.

la sph ère terr estr e {en haut

zones d'expansion (les dorsa les ) et des zon es de

petits ce rcles ce ntrés sur l' axe d e rotati o n du mouve ment de s deux plaque s qu e ces fa illes séparent . L'intersecti o n de l'axe de rotati on avec la surface n'a aucune propriété géologique ou gé ophysiqu e p articu - li ère. C' es t seul em ent un rep ère géo métriqu e qui perm et la reco n sti - tuti o n d es mouve ments d es plaque s.

Les continents

W ege ner avait no mm é sa th éo rie dérive

des continents, et les gé ologue s obse rvent

Surface créée le long de la do rsa le par la rotation a

j

Crête de la dorsale

et

interprètent les structures co ntin entales.

Si

la tec to niqu e des plaqu es es t le fondement

même de la géologie mod ern e, il y a d e quoi s' in -

terroge r: qu el

rôle jouent les

co ntin ents?

C

e qui es t

éto nn ant d ans

le mod èle de la tec tonique

des plaqu es , c'es t qu e les passe co mm e s'ils étaient

d 'une casserole d 'eau que l'on chaufferait, le chau ffage aya nt induit en

so n sein de s m ouve ment s.

co ntin e nts o nt l'air pass if T out se d es morceaux de liège fl ottant à la surface

plaque s relèvent les morceaux de

la lithos phère océa nique. Pourtant un e propri été des continents, leur

faible d ensité, va leur conférer un rôle essentiel d ans l'évolution de la

co ntinents ne replo ngent pas dan s le manteau au

subdu ction, ils so nt in submersible s. Du coup , ils

jouent un rôle par leur inertie , par leur résistance à l'enfouissement, ou, plu s précisé ment, deux rôle s :

- lorsqu e les co ntinents arrivent près d 'une zone d e subdu cti o n, ils

co nstitu ent une sorte de barri ère. C'est le cas de l'Am érique du Sud qui

L es méca ni smes fond ame ntaux d e la te ctonique de s

des porti o ns océa niqu es où so nt fa briqués et tran sportés

sur face terres tre. L es

ni veau d es zones de

es t bord ée du

- lo rsqu e deux co ntinents arrivent en co ntact, ils entrent en collision

co mm e ce fut le cas lo rsque l'Ind e es t entrée en contact avec l'Asie,

ord au Sud par une zo ne d e subdu ction,

Faille transformante

Faille transformante

Dorsale

Portion de la plaque B disparaissant sous la plaque A

119Les mouvements des plaques à

la surface de la sphère sont assimi- lables à des rotations d'angle et d'axe donnés. Connaissant ces valeurs pour deux points, on reconstitue les positions initiales des plaques et leurs transformations.

Il Situations types de

la cinématique des plaques. Les plaques lithosphériques sont créées aux dorsales, glissent sur l'asthénosphère dans laquelle elles s'enfoncent aux zones de subduction ( d'après lsaacks , Oliver et Sykes] .

donn ant n aissa nce à l'ense mbl e m ontag neux Himalaya-Tib et ou lo rsqu e l'Afrique a percut é l'Europe, d o nnant naissa nce à la chaî ne alpin e.

d es co ntin en ts

est qu e, n'étant j amais d étruits par la subdu ctio n, ils co nstitu ent la m émoire de s évé ne m ent s aya nt li eu à la surface d e la T erre. L es plan -

chers océaniqu es so nt d étruits in exo rable me nt d a ns les zo nes d e subdu c-

tion . Du coup, les plu s

Les contin ents, eux, ne sont détruits qu e par l'érosion et un phénomène

compliqué qu'o n app elle m étam orphi sm e. Il en exis te des m orceaux qui

o nt survécu depuis 3,8 milliard s d' ann ées. L es co ntin ents so nt les

de la Terre, c'es t dan s leurs roch es qu 'es t enregistrée do nc les lieux privilégiés d 'é tud e du géologue. D e

cette hi stoire ; ils so nt

mémoires de l'hi stoire

L a seconde co nséqu en ce d e ce co mp orte ment spécial

vieux o nt 200 millio ns d 'ann ées .

plus, ils ne so nt pas sous l' ea u! L es océans représe ntent la jeun esse, l' éner-

gie de la gé odynamique; les co ntin ents ont enregistré sa pérennité, ils en co nstitu ent la m émoire.

Le magnétisme et la découverte de l'expansion des fonds océaniques

C' es t en expliqu ant l'allure d es m es ures m agn étiqu es en mer, leurs

form es et leur distributi o n, qu e le C anadi en L awrence M orley d 'abord ,

Drum o nt M atth ews, ont « démo ntré» la

réalité d e l'exp an sio n d es fo nd s océa niqu es .

puis les Anglais Fred Vin e et

Ill Dan Peter McKenzie [Cambridge,

Angl eterre] et Jason Morgan [Prin - ceton , États -Un is) ont propos é, en m ême temps , le paradigme de la tecton ique des plaques.

1) Le champ magnétique terrestre

So n ac tion sur l' aiguille aim antée es t se mblable à celle qu e produi rait un

(dip ôle) situ é au ce ntre du globe et dont

l'orientati o n Nord-Sud ferait un angle d 'environ 11 d egrés avec celle de

l' axe d e rot ati o n d e la Terre (pôles géogra phique s) . En tout point M d e la surface le champ magnétiqu e terrestre peut être défini par so n intensité et deux angle s:

- la déclinai on qui est l'angle D fo rm é par la direc tion de la boussole

(pointée vers le N ord magnétiqu e) avec celle du ord géographique.

g iga ntesqu e barrea u aim anté

- l'inclin aiso n, c'es t- à-dire l'a ngle I fo rm é p ar la direc ti o n d e l'ai-

61 Xav ier Le Pichon a proposé en

1958 le prem ier schéma de tecto -

nique des plaques appliqu ée. Ce modèle, fond é sur le principe mi s au point par Jason Morgan, est composé de sept plaqu es et mon - tre leurs mouvements relatifs depui s 120 m i ll ions d'années.

plan hori zo ntal . teslas (T ). Étant do nn é

les faibles valeurs du ch amp mag nétiqu e terres tre, on utili se le nanotesla (lnT = 10- 9 tesla).

gu ille aim a ntée libre (s uspe ndu e à un fù ) avec le

- par so n inte nsité m es urée th éo riqu em e nt e n

L e ch a mp m ag nétiqu e vari e d 'un point à un autre du globe, m ais il

va rie au ss i en un e nd ro it do nn é, avec le te mp s. Il a un e do ubl e o ri gin e,

interne et externe.

circul ati o n de fluid es métalliqu es (fer et

mouvements d e ces fluid es , co ndu c-

teurs, créent un courant électriqu e qui enge ndre un champ magnétique

induit qui, à

son tour, induit un cour ant , e tc. Les travaux de J ea n - L oui s

L e M ouël e t de so n équipe à l'In stitut d e Physique du Globe de Par is et

ni ckel) d ans le noyau ex tern e. Les

L e principal fa cteur es t la

36 La Géologie, passé , présent et avenir de la Terre

Nord

,_ gé raphique

Nord

--- --;----, magnétique

de D avid Gubbin s à l'Université de L eed s no tamm ent , perm ettent d e se

d a ns ce tt e dynam o t erres tre

auto-e ntrete nue. L a l'atm os ph ère, par la

tri e équ atorial e. M ais, à l'intéri eur du noyau, le fer fondu es t anim é de mouve me nts turbule nts, déso rd o nn és qui d onn e nt au ch amp m agn é-

ti que un e allure ca pricieuse . À ce tte co mp osa nte dip olaire globale d 'o rigine intern e s'aj oute un e

co mp osa nte no n dip olaire du e à la prése nce de co rps aim antés d ans la croûte sup éri eure.

également une co mp osa nte d 'o rig ine ex tern e. L e ch amp

mag nétiqu e terres tre interagit avec le ve nt solaire (plas m a de proto ns et

d 'é lec tro ns ve n ant co ntinu elle me nt du Soleil) . D e ce fa it, les lig nes du

plu s dipolaire à très haute

champ se courb ent et la m ag nétos ph ère n'est altitud e (plusieurs rayo ns terres tres) .

fai re un e

celle d e

bo nn e im age d e ce qui se passe

circulati on des fluid es

es t ori entée, co mm e

rotati on d e la T erre. Cette circulati o n a un e symé-

Il exis te

2} Les inversions du champ magnétique terrestre et le paléomagnétisme