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Parfum de guerre froide au Conseil de sécurité

Le Figaro, Adèle Smith, Mis à jour le 01/04/2013 à 11:05

Éclats de voix, manœuvres d'obstruction : les tensions entre Russes et Américains


rappellent l'atmosphère des années 1950.
Ce jeudi à l'ONU, l'ambassadeur russe Vitali Tchourkine inaugure la nouvelle salle de
consultation du Conseil de sécurité, qui vient d'être entièrement rénovée aux frais de Moscou. «Prions le
ciel pour que les négociations y soient moins tendues à l'avenir», soupire-t-il en russe. Une allusion à ses
récentes querelles avec l'implacable ambassadrice américaine, Susan Rice, qui débordent régulièrement
en public au point que certains parlent d'une ambiance digne de la guerre froide. Le stratège russe proche
du président Poutine, Sergueï Markov, évoque, lui, une «paix froide» entre les deux pays. En privé,
certains diplomates décrivent un climat délétère depuis que la Syrie s'enfonce dans le chaos.
«Avec le retour de Poutine au pouvoir, la Russie a adopté une politique étrangère plus nationaliste
et les positions de Vitali Tchourkine reflètent cette tendance», commente un diplomate occidental. Depuis
le début du printemps arabe, la Russie soupçonne les Occidentaux de pousser systématiquement au
changement de régime dans les pays concernés. Ces derniers, en retour, s'irritent de voir Moscou
raisonner encore selon des schémas de pensée de la guerre froide. Une opposition qui, toutes proportions
gardées, rappelle les grandes empoignades d'antan, lorsque le chef de la diplomatie soviétique, Andreï
Gromyko, surnommé «M. Niet», ne dégainait pas moins de 26 veto en deux ans. Ou lorsque les
Américains profitant de l'absence du représentant soviétique firent adopter en 1950 une résolution
autorisant l'intervention contre la Corée du Nord…
Dans la crise actuelle autour de la Syrie, la dernière passe d'armes entre Russes et Occidentaux
porte sur l'usage d'armes chimiques, dont s'accusent mutuellement le gouvernement et l'opposition. Les
Russes ont été les premiers à pousser Damas à réclamer une enquête à l'ONU, bientôt suivis par la France
et la Grande-Bretagne, qui ont exigé la leur avec le soutien de Washington. «Les États-Unis, la France et
les autres» emploient des «tactiques de diversion», a vociféré l'ambassadeur russe. Et d'émettre
l'hypothèse que l'opposition, soutenue par les Occidentaux, inventerait des attaques chimiques pour
provoquer une intervention militaire en Syrie… À l'ONU, on prédit de sérieuses frictions sur le résultat de
l'enquête tandis qu'une autre bataille, déjà, se profile. L'opposition syrienne s'apprête, avec le soutien des
États-Unis, à demander le siège des Nations unies actuellement occupé par Bachar Jafari, allié fidèle de
Bachar el-Assad. Une démarche à laquelle Vitali Tchourkine compte bien s'opposer de toutes ses forces.
La Syrie, au demeurant, n'est pas la seule pomme de discorde entre Russes et Occidentaux. Début
mars, les débats ont tourné au pugilat à propos du Soudan. Vitali Tchourkine a doublé sa collègue Susan
Rice en proposant un texte singulièrement clément envers le président soudanais, alors qu'elle-même
essayait d'en faire adopter une version plus musclée depuis des semaines. Furieuse, elle a immédiatement
raconté aux médias cette tactique de sabotage. Tchourkine, offusqué, l'a à son tour mise en garde contre
des méthodes d'intimidation «inutiles avec la délégation russe».
Le représentant russe, décrit par ses collègues comme un brillant diplomate, est un habitué des
manœuvres de torpillage, qui font partie des règles du jeu diplomatique. «On dirait des adolescents»,
glisse un membre du Conseil qui, pour faire bonne mesure, rappelle que Susan Rice peut se montrer tout
aussi intraitable avec ses alliés britanniques et français. «Les heurts sont extrêmement réguliers» entre
Tchourkine et Rice, note un autre, blasé. «Ce sont deux tempéraments qui démarrent au quart de tour.
Gérard Araud n'est pas mal non plus dans le genre», relève-t-il. Tous trois adorent se livrer à des joutes
verbales et se retrouvent régulièrement à déjeuner.
Spécialiste des Nations unies à l'université de New York, Richard Gowan distingue l'attitude russe
de celle adoptée par la Chine, son alliée fidèle au Conseil de sécurité, avec qui elle a opposé trois vetos
sur la Syrie. «Pékin se préoccupe plus de son image et se montre globalement plus coopérative sur les
dossiers quotidiens comme le Soudan, alors que la Russie a une attitude généralement belliqueuse et
obstructionniste.» Deux tendances que les attaques américaines sur le dossier Magnitski et les violations
des droits de l'homme en Russie ne devraient guère contribuer à assouplir.