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PLI

poétiques lacunaires

01
2013
Il dessine les signes manquants, il dit avec ses mots courts, il découpe
les apparats de la ville, il scande, il trace contre les murs des prisons, il
cherche la parole, il invente les mots, il devient archéologue, il cherche
l’attitude, il construit des cabanes, il récupère les restes, il se sent égaré,
elle cadre la chute, il pense avec : ils perçoivent les ruines

-Ne devrait il pas y avoir quelque chose, une entrée, une introduction,
quelque chose quoi.

Il a commencé par goûter les mots avant de pouvoir les dires. Goûter le
support des mots avant de pouvoir les lires. Puis les mots sont entrés dans
sa bouche. Puis par la bouche est passé le mot -cuit-. Il avait , petit à petit,
disséminé sa langue, tout autour de lui.

-Nous nous sommes rendu au centre de la forêt. J’ai sectionné le cade-


nas de la porte. Désormais, nous ne rentrerons que par effraction. Nous
allons écrire avec effraction.

-Nous trouvons toutes sortes d’astuces pour nous procurer de l’argent,


pour le rendre à qui nous le demande. C’est l’absurde dans l’ainsi.

Il cherche l’accomplissement : le mot travail provient du mot trepalium.


-Rien ne va. Rien n’ira jamais car rien n’est jamais allé. (chanté)

Elle dit le voyage pour ne pas dire la fuite, pour ne pas dire le comble de
sa vie, pour dire combler le vide de son être : maintenu en vie.

Il ne sait pas encore qu’il sera entendu et qu’il devra dire.

Il a commencé par goûter les mots, laissé macérer les mots, dans un li-
quide à déglutir, celui de sa bouche, acide et corrosif.
(Mordant, pas encore.)
-Nous cherchons, nous aussi, le sens de l’adjectif communiste. Nous cher-
chons, nous aussi, à répandre l’anarchie.

« tout doit disparaître »


-promotion sur les cuillères.

Il y a un petit train qui fait le tour du faux-centre de la ville.


-Il faut encore nous raconter des histoires pour pouvoir encore nous
endormir.

-Nous sommes de l’émeute, impatients.

Il dit qu’il a cent visages, une même voix. Qu’il faut combattre contre
le cours normal des choses. Remonter le courant. La vie courante. Que
rien n’est acceptable. Que jamais contribue à abolir le hasard. Qu’il n’a
ni famille ni école. Il raconte qu’il ne sait pas parler, qu’il a trouvé le fond
des choses dans le partage de la solitude.

« NOTRE BUT EST D’APPROFONDIR


LES CONTRADICTIONS
à TOUS LES NIVEAUX »

Puis : Il dessine les signes manquants, il dit avec ses mots courts, il dé-
coupe les apparats de la ville, il scande, il frotte contre les murs des pri-
sons, il cherche la parole, il invente les mots, il devient archéologue, il
cherche l’attitude, il construit des cabanes, il récupère les restes, il se sent
égaré, il pense avec
il y a

Alain Fleig - Ex-Voto


Gaetan Léon - Quod?
Alexis Judic - Oblivion
Charles Pennequin- On va vivre là
Marc Brunier Mestas - neuf gravures
Etienne Jean Monnier - Livre des suites
David Liaudet - Complément d’illustrations
Jean-Marie Gleize - à, pour, avec - Le livre des cabanes
Jocelyn Gasnier - Les étrangers sont partout
Nicolas Daubanes - Prison de Mataro
Mathieu Tremblin - Droit de glanage
Justin Delareux - Projectile Littéral
Marine Lévêque - aquatintes
Anonyme - Correspondances
Manuel Salvat - Princesse

prolétariat

PLI
CHARLES PENNEQUIN On va vivre là

-L’idiotie, le poème neuneu, la poésie au ras des pâquerettes, se mettre plus bas
que terre, se mettre honteux, ça c’est quelque chose qui m’a toujours travaillé. Ce
n’est pas une régression, c’est dire qu’il y a des désirs cachés qui passent dans les
mots, que chacun a sa manière bien a lui de remuer les choses dedans sa bouche,
que chaque parole a un secret dedans et que ce ne sont pas que les médias qui
savent tout de la parole, de la science à parler, pour moi l’armée noire c’est avant
tout une invasion de parole, un grouillement des mots dont on ne veut pas en-
tendre parler, on ne veut pas entendre parler l’enfant en soi, la femme en soi, le
faible en soi, le philosophe en soi, tous les en-soi mêlés et qui veulent prendre la
parole, toutes les bagarres positives avec l’être et le dehors. [...] La poésie dit ça,
elle dit le moment où ça peut partir en vrille dans le vivant, seulement le vivant
n’y croit pas, il préfère les discours des chefs, des autorités, de l’église, du patronat,
il préfère en chier de la publicité et de la morale que de voir qu’il chante à tue-tête
dans sa tête à longueur d’année. On ne veut pas croire au fait qu’on est des bêtes
à parler et à tournoyer dans la caverne avec des torches allumées dans le noir et
qu’on voit rien et qu’on danse, on ne veut rien voir de tout ça bien souvent. Sauf
par moment où ça rit de bon cœur avec la pensée qui sort dans la bouche et que
la bouche se mette à penser le chant et à livrer ça à l’air libre. Personne ne croit
en la poésie, même moi à 95 % de mon temps je n’y crois pas, je suis éteint comme
un téléviseur.
Charles Pennequin

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CHARLES PENNEQUIN On va vivre là

On va vivre là
On va s’écraser là
En douce
On respirera ici
On cueillera là
On foulera telle plante
On ira dans les chemins
On se tassera bien ici
Quelque part
Dans un pareil endroit
Vivre ici en fermant telle porte
On se souviendra des jours
Tous les jours passés ici
Tous numérotés
Consignés
On agrafera le tout
On enverra ça promener
On balbutiera quelques phrases
Ici ou là
Histoire de creuser quelque chose
Face aux fenêtres

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CHARLES PENNEQUIN On va vivre là

On passera l’été, l’hiver


On ira boire pas loin
On voisinera des autres
On regardera les routes, les monts
On passera son temps à observer, écouter
On mangera aussi, on fera des petits tours
Dans la forêt, on chassera
Et on se fera tuer
Comme tout un chacun
Mais on sera toujours là
Avec le soleil
La pluie, le vent
Et les saisons entières
A rien savoir
De quoi que ce soit
Et de qui ça vient
Et comment ça repart
Jusqu’à se découvrir enfin le son
D’une bonne pesée de terre
Par-dessus nous

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MATHIEU TREMBLIN Droit de glanage

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MATHIEU TREMBLIN Droit de glanage

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MATHIEU TREMBLIN Droit de glanage

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MATHIEU TREMBLIN Droit de glanage

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MATHIEU TREMBLIN Droit de glanage

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MATHIEU TREMBLIN Droit de glanage

-Un droit de glanage est appliqué à un trompe-l’œil publicitaire en autocollant,


apposé sur la devanture d’un supermarché et figurant une suggestion de présenta-
tion de petit déjeuner, café, jus de fruits, fruits et céréales.

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MATHIEU TREMBLIN Droit de glanage

Butin :

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ALAIN FLEIG Ex-voto

EX-VOTO
52 RAPPELS DE BASE
ET AUTRES VŒUX PIEUX

comme aide-mémoire
ou semainier
pour quelques hirsutes, hydropathes,
fumistes, zutistes,
incohérents, vilains bonshommes, situationnistes
et autres mal-pensants
pré, post ou péridadaïstes.
(tout ça également au féminin,
bien sûr.)

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ALAIN FLEIG Ex-voto

Qu’il soit une bonne fois entendu que


l’ART n’a pas de public : il a un
horizon d’attente.

L’ART ne saurait être pour tous, mais


pour chacun qui intimement l’espère.

En cela, l’ART est profondément


élitiste puisqu’il s’adresse à ce qu’il y
a de supérieur en chacun.

L’ART ne se diffuse pas. Pas plus


qu’il ne se ventile, se volatilise ou se
vaporise ni ne se consomme. Même
le plus mégalo
de ses propos, est affaire de
confidence.
De toi à moi, si tu le veux bien.

La culture tente toujours d’interférer


dans l’ART pour le modeler,
l’influencer et le dévitaliser au profit de
la pensée dominante.

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ALAIN FLEIG Ex-voto

L’ART, tant qu’il est vivant, ne peut


donc s’acoquiner à la culture sans se
perdre irrémédiablement.
Ce qui ne signifie pas que l’artiste, lui,
doive être inculte ni refuser les oboles
publiques.

La culture est la dépouille de l’ART,


au mieux son fantôme. C’est ce qui
reste quand a disparu ce qui l’a fait
être.

L’animation est le nom politiquement


correct donné à la branlette
nécrophage des petits asticots de la
culture.

Ceux qui prétendent aimer l’ART,


mais ne savent pas faire l’amour aux
artistes, sont des animateurs.

L’ART ne se vend pas, il est dû à


chacun.
Vendre l’ART est aussi ignoble que
vendre la justice ou les sacrements
(encore que ça…).

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ALAIN FLEIG Ex-voto

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L’artiste ne reçoit pas le prix de son


œuvre, mais une compensation.
Cela n’empêche nullement qu’il soit,
assez fréquemment, un prostitué qui
se vend au plus offrant ou à ceux qui
le caressent le mieux dans le sens du poil.

11

Une galerie est un passage couvert


où “travaillent” habituellement les
putains et les pickpockets.

12

Toute pédagogie de l’ART est une


imposture. Tout au plus peut-on tenter
de faire partager sa propre expérience
de la vie ou de la matière et ça n’est
déjà pas si mal.

13

L’ART n’est pas un jeu d’enfant,


n’en déplaise aux éducateurs. Il n’a rien à
voir avec l’éducation, le dressage, la coercition
ou l’aménagement du temps libre.
Il sème le trouble, attente à l’ordre du monde,
ricane aux enterrements,
regarde sous les jupes des filles
et dans la braguette des garçons, instille
le désir, la rébellion et pose
bizarrement des questions dont nul,
en général, n’a envie de connaître la réponse.

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ALAIN FLEIG Ex-voto

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Emmèneriez-vous vos enfants au


bordel ou sur un champ de bataille ?
Si oui, pourquoi ne pas les emmener
au musée le dimanche ou à la
cinémathèque ? Ce n’est pas
forcément moins dangereux ni mieux
fréquenté .

15

L’ART accepté ou loué par ceux qu’il


est censé déranger a toute chance
d’être un ART RATé.
La récupération est habile, les
malentendus sont plutôt rares et
“le système” toujours beaucoup plus
malin qu’on ne le croit.

16

En fonction de quoi, on peut dire


qu’en ART le succès est toujours
mérité.
L’insuccès aussi, bien sûr.

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Si l’ART est mort, comme le


proclament certains, ce ne peut être
que de rire devant les institutions et
certains prétendus “artistes”.

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ALAIN FLEIG Ex-voto

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L’ART bouse, l’ART casse, l’art chie,


l’ART mord, l’ART gent, l’Art lequine…
Et vous fait bien d’autres choses
encore
que vous n’imaginez même pas.

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Si l’ART est essentiel pour l’humanité


et pour l’homme, certains dussent-ils
y perdre la vie, il est sans importance,
voire dangereux, pour la société ; d’où
la tendance générale à ne le
considérer que comme une question
de prestige, de jeu d’agrément et de
décoration.
Ce qui est un moindre mal quand on y
pense.

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L’ART triche. C’est sa grandeur et sa


force.
Il n’y a que les consommateurs
imbéciles pour croire à l’authenticité
de l’ART.

21

In fine, même lorsqu’il s’agit du plus


innocent des paysages, l’ART ne
traite toujours que de la rébellion, de
la mort et du sexe, toutes choses
inacceptables par une société

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ALAIN FLEIG Ex-voto

“comme il faut”.
Il n’y a pas d’ART sans rapport violent
et amoureux à l’Autre.

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Mais contrairement à l’orgasme


attendu, l’ART ne soulage de rien.

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Quoi qu’il en soit, malgré quelques


points communs, l’ART est loin d’être
aussi réjouissant que la chair, mais on
peut le pratiquer plus longtemps sans
crainte du ridicule.

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C’est sans doute en cela que L’ART


n’est pas un métier. Certains disent
que c’est la Révolution par d’autres
moyens ou que ça n’est rien. Le plus
souvent, ça n’est pas grand-chose,
mais un pas grand-chose essentiel,
même lorsqu’il est évidemment
mauvais.

25

L’artiste est entièrement libre, y


compris de se prostituer et de tenter
d’assassiner l’ART. Il ne fait alors que
se suicider debout et, pour chaque
artiste mort, dix autres sortent aussitôt
de l’ombre

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ALAIN FLEIG Ex-voto

(sans préjuger de leur qualité).


D’où, sans doute, l’inflation actuelle.

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Alors qu’il demande fréquemment


d’immenses sacrifices, l’ART s’offre
presque toujours et profondément,
comme une affaire de vanité.
Ce ne peut être que par pudeur.

27

Ce qui compte le moins en ART, c’est


pourtant l’artiste.
Ce que les gens appellent le “don” n’a
pas la moindre importance,
néanmoins, on ne peut faire sans.

28

L’ART finit toujours par coucher dans


le lit du pouvoir qui pense ainsi s’offrir
une caution, sans se rendre compte
que ce qu’il étreint alors n’est déjà
plus qu’un cadavre.

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En ART, tout a été déjà fait, pensé et


dit depuis longtemps. C’est ce qui fait
qu’on peut toujours continuer à faire
du nouveau sans crainte.

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MARC BRUNIER MESTAS neuf gravures

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MARC BRUNIER MESTAS neuf gravures

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NICOLAS DAUBANES Prison de Mataro

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NICOLAS DAUBANES Prison de Mataro

Frottages au graphite sur papier, réalisés sur les murs de la prison «semi-panop-
tique» de Mataro (Espagne). Prison imaginée par l’architecte Elies Rogent,
construite en 1851, inaugurée en 1863 et mise hors service en 1995, elle a notam-
ment été utilisée par Franco pour l’enfermement de ses opposants.

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NICOLAS DAUBANES

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ETIENNE JEAN MONNIER Le Livre des Suites

Au soir du dimanche 16 avril 2006, jour de Pâques, je notais : Crois voir,


au loin, que je n’ai plus d’idées – mais, sauvage, la vie et des humeurs.

Le bruit commença de cesser et j’eus soudain besoin du silence. Le si-


lence était là ; il m’attendait. La paix commença de souffler et j’allai m’asseoir
dans un coin. La paix soufflait. Je me cachai.

Mon piège – qui est peut-être en même temps mon salut : je me méfie
de tout ce qui vient de moi. Je n’obéis qu’aux appels les plus violents.

Je passe mes journées à chercher ce que mes nuits oublient. C’est le


ventre qui cherche. C’est le cœur qui touche. Nous piétinons le silence à l’inté-
rieur. Et c’est le silence qui conquiert.

Les mots tracés dans la nuit sur la neige sont effacés au matin par tes pas.

3 janvier 2009 : Toutes ces choses qui tiennent mon cœur et que je ne
sais toujours pas dire, et qui serrent mon corps. Pourtant l’œuvre naît. La foi
revient par instants, me traverse, m’emplit, m’emmène, vive et pareille aux vents
qui passent dans les Écritures. Depuis une semaine j’écoute en boucle La jeune
fille et la mort de Schubert. Mon Dieu où sont mes larmes.

*
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ETIENNE JEAN MONNIER Le Livre des Suites

15 février 2009 : J’essaie de faire taire les pensées. Quand les pensées se
taisent, le moindre geste, le moindre souffle est une naissance.
La moindre parole vit.
C’est toujours la déconstruction, lente et massive à la fois, de ce que je
crois pour laisser place à ce qui vit.
Chercher à faire silence en moi est tout ce qu’il me reste.
Tout ça pour encore des éclairs.

Il y a que j’aime infiniment l’humanité. Il y a que j’aime infiniment le


monde. Il y a que j’aime infiniment Dieu. Il y a que j’aime infiniment l’ivresse.
Il y a qu’il me faudrait un corps sobre.

Il y a pour l’Homme le sentiment de Dieu en lui, et le sentiment de lui


en Dieu : c’est ce que j’appelle foi. Il y a l’envahissement irrépressible de Dieu
dans l’Homme, et de l’Homme en Dieu : c’est ce que j’appelle feu. Il y a l’appel.
Il y a l’accueil. Il y a la vie commune.

Je cherche à unir ma vie ; à rassembler mes traits ; à concentrer mon


cœur ; à être indivisible.

J’ai tenu il y a peu que chaque battement de cœur était l’appel le plus
violent.

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ETIENNE JEAN MONNIER Le Livre des Suites

28 octobre 2009 : Je ne sais toujours pas qui je suis. Je ne sais à nouveau


plus rien, ni même si je ne sais plus rien. Le danger c’est peut-être de se mettre
aux aguets et d’attendre un savoir. Mais faire, oui, faire au creux de cette ten-
sion-là.

*

La tranquillité n’est pas la paix. On doit se priver de tout quand on a


quelque chose à faire disait Flaubert. Le chaos génère la paix et la paix génère
l’érection. L’érection permet le souffle.

Peut-on appeler vérité autre chose que le mouvement incessant et pour-


tant immobile tapi au fond de nous, loin derrière les pensées, les sensations ou
les sentiments, sinon la contemplation de ce mouvement, son saisissement, son
fixer, son dire ? C’est ce saisissement dans du langage que j’appelle simplement
nommer – et c’est cette vie saisie dans du langage que j’appelle nom.

Je marche vers l’abandon. Je cherche la confiance où m’engloutir. Je ne


crois pas. Je veux me fier absolument et ne plus jamais rien faire sinon le geste
nécessaire ; ne plus jamais rien dire sinon la parole vitale ; ne plus jamais penser
sinon le geste et la parole.

Au soir du jeudi 11 octobre 2007 je notais : Un jour, bientôt, il me res-


tera à dire je t’aime, et à partir.

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ETIENNE JEAN MONNIER Le Livre des Suites


Je vois partout les siècles surgir. Je veux en moi le feu autour duquel on
dansa dans les temps païens ; en moi les larmes des pères à la naissance ; en moi
le sang du Seigneur pour le monde.

Je dis : Quand je cesse de penser alors c’est le silence. C’est la brise lé-
gère. C’est la rumeur du monde, c’est la rumeur du ciel. C’est la douceur qui
ravit le cœur à lui-même.

Je cherche à parler aux vivants. Je cherche à faire revivre dans ma langue


toutes les voix qui ont cherché la parole. La parole, c’est la part commune aux
langages ; c’est l’éternité. Je cherche pour les siècles une voix qui permette la
parole.

La parole est le mouvement infini, que rien ne meut. Là l’être se trouve.


Que la voix devienne la parole, et la voix dira la parole.

Tout est grâce.


Tout est don.
Rien qui ne soit toi.

Je dis : Le silence n’est pas ce qui se tait.

*
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ETIENNE JEAN MONNIER Le Livre des Suites

Ce matin, mercredi 6 janvier 2010, je note pour mémoire que lorsque


j’ouvris les volets le sol était blanc car il a neigé dans la nuit. Et je note pour
mémoire qu’il serait bon sans doute de ne plus jamais avoir peur.

La quête continue, la vie est en marche, elle est là.

Je ne cherche pas la paix, je descends au silence quand je ne peux plus


faire autrement, quand je ne peux plus faire autrement je vais au creux des
sources, au creux des larmes. Et la chaleur qui infiltre ma poitrine alors, c’est elle
aussi que j’appelle Dieu.

J’entends l’appel des choses. Je lis les heures.

Quand je disais à Angeline au soir du samedi 17 janvier 2010 que je


comprenais mal le temps, car plus je me sens vieillir, plus je me rapproche de mes
sentiments et de mes comportements d’enfant, elle s’approcha très lentement
du bord de son fauteuil, et tout son corps se mit à m’écouter. Chaque pas fait
vers l’avant est aussi fait vers l’arrière lui disais-je, de sorte que le jour de notre
mort est le même que celui de notre naissance. Nous ne sommes qu’une boucle.
Je crois qu’on appelle saint celui qui finit cette boucle et qui continue de vivre
après. La vie d’après la boucle est sainte et nécessairement auprès de Dieu. La
paradis est derrière la fin. Parfois je crains ce songe fait un soir d’adolescence
alors que je rentrai à pied dans la nuit vers la maison familiale, et dans lequel je
vis qu’il ne me faudrait guère dépasser mon trentième anniversaire pour achever
ma boucle. Je vois très distinctement ce point de non-retour – au sens propre –
qui me stupéfait – de là l’appréhension.
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ETIENNE JEAN MONNIER Le Livre des Suites

Hier, aujourd’hui ni demain n’eurent, n’ont, ni n’auront cours. La suite


des âges est infinie. Le temps s’effondre dans l’éternité à mesure des instants et
des générations. Toute génération vide.

Je suis passé sous des toits qui ne s’écroulaient pas. J’ai couru sur des
terres qui ne me portaient pas. J’ai regardé des ciels. J’ai regardé des miroirs. Je
cherche la lumière qui ne s’éteint pas.

Les mystères sont achevés depuis les siècles et se dévoilent aux vivants.

Dimanche 26 septembre 2010 : Je marchais hier avec Milad dans les


rues de Rennes et la foule grouillait. Je m’arrêtai sur quelque chose dont je ne
me souviens pas ; je me retournai ; et je vis la foule comme si j’allais mourir
dans l’heure. Tout continuait et j’avais cessé, je regardais, je respirais, je voyais
le monde sans moi, et cette première absence éclairait tous les gestes, tous les vi-
sages. Quelques minutes plus tard je regagnai ma place et le monde. Les visages
et les gestes avaient gardé ce voile vivant. Cette ombre si claire permit une fois
de plus un cœur neuf.

La vie éclate sans cesse. Je pleure où la vie éclate. Quand je pleure je vois
ma vie éclater dans ta vie. Ton Nom est la vie éclatante.

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ETIENNE JEAN MONNIER Le Livre des Suites

Et sur mes lèvres le goût du baume blanc dont Blanche soigne ses lèvres.

Je retraçais dernièrement avec Louis une partie de mon parcours d’écri-


vain. Je disais : D’abord je cherchais à écrire dans le Ciel, mais quand je reve-
nais j’étais si mal que je dus faire autrement. Ensuite je voulais être tout entier
dans tous mes mots, mais mes gestes quotidiens étaient trop éloignés du geste
d’écrire : même souffrance qu’avant. Alors je voulus que tous mes gestes soient
égaux au geste d’écrire, et j’opérai un long travail de réajustement, d’équilibrage.
Il eut été mesquin de faire descendre l’écriture dans le quotidien : je hissais le
quotidien jusqu’à l’écriture. Le Livre des Suites vint à son heure. Aujourd’hui
il n’y a plus de différence entre ce que j’écris et ce que je vis. Ça n’est plus de la
littérature ; c’en est pourtant une relance.

Je cherche une vie où déployer ma voix, mes gestes. Je cherche ma vie.


Toute la vie, nous cherchons notre vie. Qu’il en soit ainsi pour les siècles.

Je cherche dans mes livres l’endroit où d’amour le cœur tremble. Je


cherche l’horizon du cœur.

Écrire c’est donner dans l’ombre. Je veux vivre ensemble à l’ombre des
yeux et dans la lumière du monde.

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ETIENNE JEAN MONNIER Le Livre des Suites

J’écris pour n’avoir plus devant les yeux que la lumière.

Dans le grand champ derrière la maison du Pré des Pierres, un groupe


d’oies sauvages vont et viennent. Comme tous les ans à leur temps, elles s’y ar-
rêtent quelques jours avant de reprendre leur voyage vers le sud. Elles volent en
V, et le mouvement de leurs ailes dans le vent fait le bruit que fait le silence dans
le cœur. C’est le même ravissement tous les ans.

La vie est la chose la plus simple au monde, et la plus belle à nos yeux
quand nous la laissons vivre.

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MARC BRUNIER MESTAS neuf gravures

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MARC BRUNIER MESTAS neuf gravures

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DAVID LIAUDET Complément d’illustrations au dictionnaire Larousse

aux lecteurs,

Suite à un travail effectué en 1990 sur les définitions du dictionnaire Larousse, j’ai en-
trepris dès 1994 de poursuivre l’exploration de cet ouvrage. Je me suis tourné vers les
marges où se logent les vignettes qui illustrent certains mots. Je me suis aperçu qu’il y
avait des privilégiés. Tout mot n’a pas droit à sa vignette. Et, comme Monsieur Cinoc
dans La vie mode d’emploi de George Perec, se faisait le défenseur des mots oubliés, je
me suis fait le défenseur des mots non illustrés. J’ai engagé ce «Complément d’illus-
trations au dictionnaire Larousse» par des planches lithographiées en suivant scrupu-
leusement l’ordre alphabétique et j’ai commencé à attribuer un dessin à chacun de ces
mots. La première planche commence par le mot abandon et commencer par ce mot
n’était pas forcément stimulant.

Pourtant, après plus de quinze années de travail et plus de 90 planches, je vais bientôt
terminer la lettre E. J’avais réalisé la planche des Z pour mon ami Jacques Ramondot et
j’ai triché un peu, sous l’amicale pression de l’arthotèque de Châtellerault en réalisant
une petite planche avec les mots autour de manufacture. J’essaie de conserver une rela-
tion étymologiques entre tout mes dessins. J’aime particulièrement dessiner ces mots
qui a priori ne peuvent pas l’être comme les adverbes par exemple. Ces vignettes sont
aussi comme des objets que l’on pourrait poser dans des phrases, dont il faudrait inven-
ter une grammaire. Des objets qui pourraient conquérir la troisième dimension. On
pourrait alors caresser l’amitié, brûler la haine, sécher l’abattement.

Suite aux conseil avisé de Gérard Diaz, je me suis mis à aquareller certaines planches. La
couleur complète ainsi les informations. Je me suis donné cette tâche à effectuer, avec
une règle simple qui me porte, me conduit, à laquelle je dois me plier, avec laquelle je
dois jouer. Monsieur Bartlebooth, autre personnage de George Perec, est mon modèle.
C’est dans ces tâches régulières que je trouve le plus de variétés, c’est ce travail que je
poursuis.

David Liaudet

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DAVID LIAUDET Complément d’illustrations au dictionnaire Larousse

« Bartlebooth, en d’autres termes, décida un jour que sa vie tout entière serait
organisée autour d’un projet unique dont la nécessité arbitraire n’aurait d’autre
fin qu’elle même. Cette idée lui vint alors qu’il avait vingt ans. Ce fut d’abord
une idée vague, une question qui se posait - que faire ? - , une réponse qui s’es-
quissait : rien. L’argent, le pouvoir, l’art, les femmes, n’intéresseraient pas Bart-
lebooth. Ni la science, ni même le jeu. Tout au plus les cravates et les chevaux
ou, si l’on préfère, imprécise mais palpitante sous ces illustrations futiles ( encore
que des milliers de personnes ordonnent efficacement leur vie autour de leurs
cravates et un nombre bien plus grand encore autour de leurs chevaux du di-
manche ), une certaine idée de la perfection.
Elle se développa dans les mois, dans les années qui suivirent, s’articulant autour
de trois principes directeurs :

Le premier fut d’ordre moral : il ne s’agirait pas d’un exploit ou d’un record, ni
d’un pic à gravir, ni d’un fond à atteindre. Ce que ferait Bartlebooth ne serait
ni spectaculaire ni héroïque; ce serait simplement, discrètement, un projet, dif-
ficile certes, mais non irréalisable, maîtrisé d’un bout à l’autre et qui, en retour,
gouvernerait, dans tout ses détails, la vie de celui qui s’y consacrerait.

Le second fut d’ordre logique : excluant tout recours au hasard, l’entreprise fe-
rait fonctionner le temps et l’espace comme des coordonnées abstraites où vien-
draient s’inscrire avec une récurrence inéluctable des événements identiques se
produisant inexorablement dans leur lieu, à leur date.

Le troisième, enfin, fut d’ordre esthétique : inutile, sa gratuité étant l’unique


garantie de sa rigueur, le projet se détruirait lui même au fur et à mesure qu’il
s’accomplirait ; sa perfection serait circulaire : parti de rien. Bartlebooth revien-
drait au rien, à travers des transformations précises d’objets finis.»

extrait de La vie mode d’emploi


George Perec
P.O.L 1978

PLI / 42
JOCELYN GASNIER Les étrangers sont partout

Les étrangers sont partout


ou
l’écrivain faisant de la lèche à la langue est lui même étranger à sa fiction
— n’est ni franqué ni troncho ni frizailleur ni mortroll ni neutrino ni lep-
teuton et pas même mortrait — d’attente sur la frontière, dites leur de ne
pas faire comme nous et d’inventer — les tronchodes sont bonnes — ouais
j’y ai goûté — c’est comme ça, c’est écrit dans le dictionnaire — c’est bien
fait pour les malins — lex est quod notamus — cotiseur ergo loquatur —
Berthe Damneke qui colporte ça dans — c’est de la merde — des futureu-
reux — pour Losting jéné réchion — possédé par la glande-gidouille — with
his worn out shoes? — hier matin à Lascow — débile — débile — dé — la
Géniale Dysenterie — imprimé sur papier riet

(extraits)

PLI / 43
JOCELYN GASNIER Les étrangers sont partout

(au centre aujourd’hui)

- Tu as vu ce type qui s’est immolada devant le Pôle Emploi ?


- Ouais — torcho et brûlo — c’était un mortrait qui avait un travail dans sa
région le Mortrou — près de Brûlon
- Chez moi toute la famille est au chômage en ce moment — à table on parle
de permort tous les jours alors ça ne m’étonne pas ce qu’il s’est passé
- Merde vous parlez de permort en famille ? Le serf chasse le serf — pauvre
contre pauvre c’est la ligoudille de ce pays — abonnnés à l’abonminer-nation
- Ouais — même si j’ai pas bien compris qui habitait dans ce pays si ce n’est
mes voisins qui viennent bouzifailler du bigorneau de temps en temps avec
moi à la maison

(dans l’enveloppe du mort)

Chère famille, chers voisins,


Je vous aime, seulement je veux que le pourvoiment publicon sache que nous
sommes tous en train de souffrir. Mes derniers mots seront : Nous devons
urgemment redéfinir notre Humanilité, il y a danger

(dans le cottage village des cotiseurs)

- Tu as entendu parlé du cotiseur ergo loquatur — je cotise donc j’ai le droit


de parler
- Ah non pas du tout — moi je ne travaille pas et je parle — mais dis m’en
plus
- Quelqu’un me parle ? — ora et labora ! — mort aux oiseaux — mort aux
oisifs ! — On va tous vous contributer, vous les assistés ! Délaissons les adlé-
sés ! Ces acherges à piquer !
- Eh ! Oh ! Je suis là moi ! — Allo !
- quelqu’un me parle ? — Il a disparu
- Mais non je suis là ! — Je suis là ! Eh dis je te parle !
Le rapporteur pour les Éditions Réinsérer dit ensuite :
- Des personnes disparaissent chaque jour dans les villages. L’origine de cette
disparition semble être une nouvelle maladie : le cotiseur ergo loquatur C’est
la raison pour laquelle je vous fait part de ce rapport

PLI / 44
JOCELYN GASNIER Les étrangers sont partout

(sur le pont)

- Eh dites je vous connais vous ! — d’Avignon ? — vous êtes d’Avignon ! —


Les magiciens d’Avignon !
- Pas d’Avignon nous — pas nous prendre pour des concons ni ronchons
car à babord on gueule on gueule mais à Avignon on gueule plus très fort
— festoche fastoche pour bourgeois fastueux — tour de magie — HOP
— Avignon disparaît de ce monde — trou à mignon — HOP — Avignon
réapparaît et devient une marque de bière dans ce monde
- Buvons une Avignon ensemble pour fêter ça — décontenançons cette bou-
teille — vidons là ! — et continuons de décontenancer le reste du monde !

(dans la bibliothèque A-tentative)

- Pourquoi cite-t-il tant — les Scythes ?


- Il est amoureux — Il dit « seule la vie amoureuse restera »

(coucou, salut, ça va?)

- CC
- Lu
- CV ?
- La forme — toujours la forme — putain de style
Le rapporteur pour les Éditions Réinsérer dit ensuite :
- Les tronchos sont fort en prolo-parlotte mais que faire s’ils abandonnent
les autres — le sentiment cosmicon — s’ils enfantent un marmonde sans
l’attacher aux peuplades aux forêts de peupliers ou à la prolo-parlotte, le mar-
monde s’en ira tourner en rond dans la salle de jeu et se délitera par concré-
tion faute d’avoir été ancré

(dans un vide comblé d’amour)

- Il me manque un truc dans ma vie


- La poésie sûrement
- Quoi? Trukudon que dis-tu donc?

PLI / 45
JOCELYN GASNIER Les étrangers sont partout

- Il te manque la poésie car partout où le manque ? sera poésie ! s’il te manque


de la guinouillette dans le frigo c’est qu’il te manque un pot de poésie dans le
placard — un poète à payer sur le tard
- Et le manque de lien politique?
- Manque de poésie
- Et s’il manque du travail?
- Travaille la poésie
- Et le manque de joie chaque jour, le manque de l’être aimé?
- Manque de poésie et chaque poète mort nous manquera
- Tu me manques
- Moi aussi je t’aime

1979, une guerre éclate dans la ville de Pouet-Loulé entre les pro-John-Deer,
les Pro-Ford et les Pro-Renault mais ce sont les Cosnards, mafia possédant
la barrière électrique extensible qui ont gagné à la suite de cette victoire —
en 1984 aménagement sur le site de Coulans-sur-Gée — L’entreprise prend
une dimension industrielle — paysans sans terre — contrôle des terres de la
région — Je salis votre nom Cosnetard !

Au marché Place des jacobins — sur un stand de poteries on vend des décon-
tenants — Il y en a de toutes les tailles — décontenant à vie — décontenant
à mots — décontenant à ennemis — décontenant à pisse pour incontinents
— décontenants décorés

Dans l’histoire de l’art de Gombrich — sur la carte des lieux cités à la fin — il
ne se passe rien dans l’ouest de la France — un désert culturel — soit-disant
— Quelle Folie ! Et la Charnie ?!

La ministre frizailleur Jenny Bonidé à changé l’appellation du RSA (Revenu


de Solidarité Active) qui devient le RDH (Revenu de Dignité Humaine). Il
n’est plus le revenu de celui qui reçoit de la part de ceux qui veulent bien le
laisser vivre, mais bien le revenu de celui qui peut jeter à la figure de ceux qui
le regarde noir son existence. Ainsi on ne regardera plus ce revenu comme
dépense pour des existences lourdes à porter mais bien comme un dernier
rempart de l’humanisme à entretenir
PLI / 46
JOCELYN GASNIER Les étrangers sont partout

La Génialogie de la Ligoudille
Étude du mythe fondateur de Max Bellastung
mémoire-mémorable d’un étudiant en génialogie

Les fictions moquent avec légèreté ce qui est pris pour du réel, dans la langue
même,elles décontenancent les gredins-guedins
Max Bellastung

Max Bellastung fut le premier juge de la ligoudille. Il portait une robe-cou-


verture-de-chambre bailbrun, d’alezan, de gris pommellé, de poil de rat, de
cerf, de rouen, de vache, de zencle, de pecile, de pye, de leuce. Il fut enfermé
chez lui par ses fils pour ne plus aller juger. Max Bellastung dormait toute
la journée sur un lit à son nom, si bien qu’il était parfois confondu avec ce
meuble de chambre. Il usait de la confusion pour prendre l’apparence de fu-
mée de fumier et laisser le lit le représenter devant la famille. Les fils disaient
«Bonjour père Bellastung» à l’oreiller, le lendemain, on donnait la soupe
verte à la couverture. Max Bellastung devint juge car il n’était né ni franqué,
ni troncho, ni frizailleurs, ni mortroll, pas même mortrait ce qui était caution
de son impartialité. Il était né  jeté-là  sous forme de quelques pellauderies
que feust l’enfant, fondement qui escappoit de sa mère. A partir de là, son
père s’exclama « t’es pas fini mon fils », et Max Bellastung cru toute son
enfance qu’il était donc infini. Très jeune, il lut Le traité du désespotoir de
Kiki Le Garde et il perdit toute idée de ce qu’il pouvait bien être, seul l’habit
de soi, l’apparat en soie, nu de soi, nul en soi, dépourvu d’intériorité, l’habit
faisait le bonhomme. Il deviendra alors ce qu’il pense des autres : juge. Max
Bellastung jugea en premier un écrivain, Louise Fernande Stephanie, pour
anti-trollisme et anti-ahurisme. Louise Fernande Stephanie est une nanti qui
fut installé par les éditions Galliyénamarre. Le dossier fut difficile pour Max
Bellastung car d’un côté les livres-heretico-ça-envoie-du-pâté plaisait à Max
Bellastung, mais il était manifestement devant une demeurée, une bouffeuse
de haricots, une simplette guinouillette tronchode. Il se reconnu en cet écri-
vain-fini et cette infinie-conne. Il la condamna au coupe-ongle de la ligou-
dille et au gourdin à gourdes. Après cela, tout le monde reconnu sa qualité de

PLI / 47
JOCELYN GASNIER Les étrangers sont partout

juge. Les fils de Max Bellastung l’ont enfermé pour savoir qui était vraiment
leur père. Les fils de Max Bellastung pensaient que la ligoudille était une ad-
diction pour leur père donc il lui firent subir une cure de désengage. La réa-
lité c’est que la ligoudille s’était confondue toute entière avec cet homme et
que sans le pouvoir de juger, il ne pouvait plus qu’être de la fumée de fumier
ou un lit. Tout vaporeux qu’était Max Bellastung, il commença à s’envoler,
devint omnipotent et pu juger tout le monde au même moment, des trains à
vapeur, des vipères et des guêpes, des mordus du crédit. Douze merdeux sans
prédisposition, jouant les apônautres ont dormi sur le lit du nom de Max
Bellastung, écrasés de douze rêves et d’une douzaine d’oeufs cassés, se per-
dirent de ligoudille pour écrire chacun un livre de malade  : Bubule, Bille,
Blâme, Balbutie, Drible, Balade, Bile, Bide, Bleute, Blême, Bam et Bondiou.
Livres proscrivant la préposition « dans » ; Seuls livres encore autorisés dans
les bibliothèques mortrolls et interdits dans les universités franqués, c’est ce
qu’on dit.

Le Bibliobus des Éditions Réinsérer


(décentralisation et ennui)

L’Autorité (il est à la fois flic, juge et président) — Alors pourquoi avez-vous
brûlé toutes les voitures du quartier ?
Le Gamin (il a à la fois 8, 12, 15, 20 et 29 ans) — On se faisait chier.
L’Autorité — Moi je pense que c’est dans tes gènes, c’est inscrit dans votre
sale race.
Le Gamin — C’est vous qui avez inventé ça, j’ai vu vos enfants jeter des pé-
tards sur des handicapés qui passaient, dans votre campagne, c’est du même
ordre. Et votre fils aîné qui ne dépasse pas le mètre carré de son lit, situation
d’insecte, c’est du même ordre.
L’Autorité — Ça n’a rien à voir, fais pas le malin c’est toujours vous.
Le Gamin — Parce qu’aucun de nous ne s’amuse monsieur.
L’Autorité — Pourquoi vous-êtes vous arrêté à ce quartier ? Vous aviez assez
de temps pour faire toute la ville comme vous ne branlez rien de vos journées.
Le Gamin — Parce que c’est devenu vite chiant aussi, on se lasse, au fur et

PLI / 48
JOCELYN GASNIER Les étrangers sont partout

à mesure ça se désenchante. J’allume le feu sur la première bagnole, puis je


laisse les prochaines à mes potes, une fois qu’on a tous passé notre tour, on se
fait chier.
L’Autorité — Situation de crevés !
Le Gamin — On a pas brûlé le bus magique par contre.
L’Autorité — Le ? Le quoi ?
Le Gamin — Le Bibliobus des Éditions Réinsérer, nos grands-pères qui se
font chier depuis qu’ils sont à la retraite passent leur temps dans ce bus. Res-
pect des anciens on n’en brûle rien. Vous n’avez pas vu le bus magique ?
L’Autorité — Encore des histoires de gamins.
Le Gamin — Vous ne pouvez donc pas le voir. Sûrement car vous cherchez
profondément toute raison, sûrement car vous croyez que les motivations
sont cachées. Le bus magique, seul ceux qui ont confiance en la puissance de
l’apparence peuvent le voir, tous ceux qui trouvent toute raison dans l’appa-
rent peuvent voir le Bibliobus car il est tellement flagrant.
L’Autorité — Mais que se passent-t-il dans votre cerveau ? Quand les scienti-
fiques pourront expliquer cette délinquance dans vos synapses, tout sera réglé
!
Le Gamin — N’allez pas si loin. Ne cherchez pas aussi profondément. Re-
gardez, regardez dans ce parc, vous voyez le bac à sable ? Le gamin qui fait
son château de sable là ; il se fait chier. Je vous envie, vous avez réussi à vous
convaincre que vous êtes occupés. Je vous envie car de ce point de vu vous
interprétez toute chose comme motivée. Mais les moteurs sont cramés, nos
têtes sont cramés, nous jouons aux jeux vidéos avec des champions complète-
ment cramés et OP, on lit nos BD dans
lesquelles les dessins sont tellement fumés qu’on n’aspire plus qu’à ça, deve-
nir auteur de BD, faire des images, de jolies images, d’inquiétantes images, de
sales images, éviter autant qu’on le peut la profondeur. le
fond, ça nous fait peur maintenant. On garde la vignette narrative, histoire de
se la raconter entre potes, on vous laisse les secrets mystères pour vos prêtres,
policiers et papa, papes, pompiers et pompidou
L’Autorité — Bon j’en ai assez de ces conneries. Je vais vous enregistrer dans
le fichier. Ton nom et celui de ton pote.
Le Gamin — Quick et Flupke.

PLI / 49
JOCELYN GASNIER Les étrangers sont partout

La Géniale Dysenterie

T’es tout petit — t’es tout petit — et ya pas d’arbre chez toi — t’as pas de
jardin — t’as pas de plante — et tu dois marcher une heure pour aller à Lidl
— oui il y a des Lidl en Allemagne — oui Lidl c’est allemand — alors tu
marches — et quand tu marches — il y a des arbres — alors quand tu marches
tu possèdes tous les arbres — pense à payer le loyer un jour — fais pas sem-
blant de ne pas comprendre la facture — les chiffres — c’est international

- Tiens si je m’achetais une plante à Bauhaus? — ou un petit arbre? — un


Noyer! — j’adore les noix — mais je ne sais pas si un petit noyer — un
noyaux — ça fait des noix — ou alors j’achète des noix au super-marché —
mais alors il faut marcher — pouah — boyaux — un cageot — mieux —
chercher s’il y a un marché — comme ça je pourrais marcher et acheter! —
et je rentre à l’appartement après — sac de noix — bière — où ils parlent
allemand — où je comprends rien — à mon bouquin — ah ouais tiens si
j’écrivais un bouquin! — un truc malsein! — quand je m’arrêterais de mar-
cher — je commence l’histoire — un père qui va niquer ses enfants — des
petits nuciculteurs — putain — on va me détester après ça — putain c’est
fort — putain c’est drôle ce mot — nuciculteur — un bouquin — une vraie
merde qui dégouline — amoureusement — je vais écrire un livre — un livre
de merde — un livre génial — le mien:

LA GÉNIALE DYSENTERIE

PLI / 50
MARC BRUNIER MESTAS neuf gravures

PLI / 51
Frères et soeurs, quels sont vos désirs réels ?

Végéter dans le drugstore, le regard lointain,


vide, ennuyé, en buvant du café insipide ? Ou
peut être LE FAIRE PETER OU LE CRAMER COMPLÈTE-
MENT. La seule chose que l’on peut faire avec ces
maisons d’esclaves modernes - appelées des bou-
tiques - EST DE LES DÉFONCER. Vous ne pouvez pas
réformer le capitalisme et l’inhumanité. Donnez-
y des coups jusqu’à ce qu’ils crèvent.

Récemment nous avons commencé à voir à travers


une autre sorte de duperie : il y a un certain
type de professionnels qui prétendent nous re-
présenter... Les députés, le Parti Communiste,
les leaders syndicaux, les travailleurs sociaux,
la vielle-vieille gauche... Tous ces gens ont
prétendu agir en notre nom. Tout ces gens ont
certaines choses en commun... ILS nous vendent,
toujours... ILS ont tous peur de nous... ILS prê-
cherons toujours le maintien de la paix... Et
nous en avons marre... Et nous sommes pauvres...
Et nous sommes fatigués de la paix.

Angry Brigade, mars 1971

PLI / 52
ALEXIS JUDIC Oblivion

PLI / 53
GAETAN Léon Quod?

notule (ou amusement préalable à user comme tu l’entends ;


ou plus exactement comme tu le voudras, ou pas) :

« la vie de l’homme
est embrouillé et insignifiante

La société
trivialité sans fin »
Mac Diarmid

«on n’enflamme pas une allumette sur un mur qui s’effrite»


Mac Diarmid

PLI / 54
GAETAN Léon Quod?

ATTN :CONFIDENTIEL
RECOMMANDÉ en RECOMMANDÉ A.R.

COURRIER DE NUIT
COURRIER OFFICIEL

ENVOI SPÉCIAL FACSIMILÉ PERSONNEL PAR AVION

RE :
EN REPONSE A: V/REF : OBJET REFERENCE

À l’attention de :
Mais À qui de droit :

Chers amis, Chers Maman et Papa, Madame, Monsieur, Mesdames, Messieurs, Cher

À bientôt,

Veuillez agréer, <>, l’expression de mes sentiments distingués.


Veuillez agréer, <>, mes salutations distinguées.
Je vous prie d’agréer, <>,
mes salutations les meilleures.

Veuillez croire, <>, à mon meilleur souvenir.


Je vous prie de croire, <>,

en l’expression de mes sincères salutations.

Recevez, <>, mes meilleures salutations. Salutations distinguées, Salutations,


Très cordialement.

Affectueusement, Amicalement, Amitiés, Cordialement vôtre, Cordialement,

Merci,

PLI / 55
GAETAN Léon Quod?

Vous acceptez de ne pas exporter ni réexporter


tout/..../ou /.../ confidentielle obtenu
auprès /...(OU LOINTAINEMENT)/
vers (I) les pays
ou tout
ressortissant
ou
résident des pays suivants :
Corée du Nord, Cuba,
Iran, Iraq,
Libye, Serbie,
Soudan, Syrie,
ou tout autre
pays
auquel
/.../ imposent un embargo sur les biens ;
(II) toute
personne
inscrite sur les listes
/...(TENU PAR QUI QUI VEUT)/

PLI / 56
GAETAN Léon Quod?

EN PARCOURANT, LISANT CETTE RE-


VUE, vous affirmez et garantissez que vous
n’êtes ni situé, ni sous le contrôle, ni un res-
sortissant ou résident de l’un desdits pays, ni
inscrit sur l’une desdites listes. Vous acceptez
en outre de ne pas utiliser ces POÉSIES à des
fins interdites par la législation/.../ y compris,
de manière non exhaustive, au développe-
ment, à la conception, à la fabrication ou à la
production de missiles nucléaires ou d’armes
chimiques ou biologiques.

à part ça....

PLI / 57
GAETAN Léon Quod?

Quod ?
(Qu’arrive t il ?)

se disait-il qui pourtant se tait

PLI / 58
GAETAN Léon Quod?

Titre légende image :

P15 : RUINES (08/04) voir. voir encore, à l’envers et au-delà


P17 : trace du presque rien (tirage numérique jet d’encre, 100 x 70 cm)
P19 : «où aller ? il n’y a nulle part où aller.»
P20/21 : «l’horizon n’aveuglera pas mes désirs»
P22/23 : «jamais si loin d’une origine insignifiante»
P24 : «ceci est à moi»
P25 : «ceci est à moi. D’ici à ici»
P26 :«où est-ce «là-bas» ?
P27 : «de l’autre côté»
P28/29 : Scène : Il y a
P30 : Ici tu fus mon «ailleurs»
P31 : Et cet «ici» a tous lieu
P32 : Scène : Que c’est-il passé ?
P35 : «Ce»

(.)

PLI / 60
GAETAN Léon Quod?

notule pour la série d’images qui suit.


«ni plus ni moins qu’une adoration du chaos» disait Powys de Tchouang-Tseu

ni plus ni moins
ni
ni
ordonné sans ordre établi est ce désordonné ?
____________________________
ref. Notes : Kenneth White «l’esprit nomade», Le livre de poche, septembre 2008.

PLI / 61
GAETAN Léon Quod?

Aussi :
_J’ai déplacé l’image (page) «déchets» au début de la série RUINES.
_ Je pense que l’image «watched and re-watched» semble un peu étrangement
placer, ici, en fin de série. Alors ou on la met, on l’insère au début, au milieu des
textes, ou et elle s’installe n’importe où dans la revue, ou tu la dégage.
_quelques titres ont été corrigés.
_à voir aussi s’il est utile d’insérer les dimensions des tirages ; car je ne crois
l’avoir indiqué qu’une fois.

PLI / 64
MANUEL SALVAT Princesse

PLI / 65
JEAN-MARIE GLEIZE à, pour, avec

à, pour, avec

Dire à qui j’écris. J’écris à. À Philippe Beck, à Aliette Cosset, à Michel


Crozatier, à Anne-Laure L, à Aurelien G. , à Christophe Hanna, à Cécile
Mainardi, à Patrick Sainton, à Olivier, à Laurent, à Bertrand, à beaucoup
d’autres comme eux, j’écris à (ou avec) celui, Siegfried, dont je viens de
recevoir ces lignes, il vit en Allemagne, je lui ai donné, un jour, un pola-
roid noir trouvé dans la rue d’Assise, il y a entre nous ces mots : «La pho-
tographie est noire, mais ça n’est pas un négatif» : «Depuis bientôt 1 an,
je n’ai en tout et pour tout qu’une fenêtre pour écrire. Le cadre percé à
jour, le châssis d’une fenêtre. Le tout étant de ne pas lâcher prise. À faire
le guet. À être de garde. À veiller au flux et reflux du temps qui passe dans
le temps qu’il fait. Chemin faisant j’en suis venu à tenir des bulletins mé-
téorologiques sous une hutte en bois, tout en devisant sur le passage des
nuages dont Goethe dit qu’il «donne fort à penser». Il en naît un ramas-
sis de phrases dont aucune bouche ne voudrait. À vrai dire j’en suis même
à ne plus voir quoi dire. Au pire il ne restera plus qu’à proférer le moindre
mot en blanc ou dans le noir pour ne pas avoir à l’inscrire - noir sur blanc.
Étrange infirmité que celle d’avoir toujours à tenir en rejet ce que l’on
trouve à écrire. De n’écrire que contraint, contre son gré. Sous la dictée.
À main forcée à ne pas lâcher prise. Et cette tâche, que trop souvent je me
sais à moi seul ne pas être là. C’est un état singulier. D’éveil, mais qui vous
laisse vacant. À ne pas être là. En hors-je, via un il. En exil, pour tout dire.
Exilé à l’intérieur d’une langue dans laquelle on tente encore d’écrire alors
qu’on ne l’entend plus parler autour de soi depuis nombre d’années. Et
c’est ainsi qu’avec le temps me vient comme un langage de ventriloque. Je
ne dis plus une chose, mais suis tenu d’avoir à me la faire dire alors qu’elle
m’ignore et me délaisse sur le devant d’une scène désertée. Et là, donc, je
m’y fais parler, soliloque à vide, et tout en sachant avoir pris à tout jamais
congé de ma personne pour n’être plus qu’un vacataire.»
Altitude zéro, poètes, etcetera : costumes. (extrait)
Java, collection les petits essais, 1997

PLI / 66
JEAN-MARIE GLEIZE Le livre des cabanes (extraits)

Sans date

Juillet 1987 - août 2013. Comme si le


souvenir, « antérieur à la question », ou
le souvenir de la question, était remonté
à la surface de l’écran. Quelque chose de
nocturne ou le tableau noir (Caravage ?),
« la simple surface pleine d’un volume
noir infiniment dense ». Un récit à peine
prononcé, presque inaudible, modifié par
le temps.

Conçu pour réaliser le chant.

Il ou elle s’ouvre. Cette


phrase décrit l’ouverture. « Une fente ».
Mais la description est attendre. Il y a des
fleurs qui s’ouvrent. Au même instant.
Pour décrire il suffit d’un seul mot. Quel
souvenir ? Un mot qui décrivait l’attente,
ou le commencement. Quelque chose
s’ouvre. – Non, avant l’ouverture. Le sou-
venir de quelque chose avant. Le silence
d’un seul mot, avant. Un instant de juillet.
Une possibilité nocturne.

Encore une question encore. Celle du pas-


sage d’une vérité froide à l’idée de l’eau.
Il n’y a encore (je ne perçois) qu’une
seule tache au fond de l’eau. Cette véri-
té concerne les yeux. Pourtant encore la
question encore. Aucun souvenir antérieur
à la question. Un jour de juillet. Cela,

PLI / 67
JEAN-MARIE GLEIZE Le livre des cabanes (extraits)

« quelque chose de nocturne », avant.

Le passage d’une vérité froide à (je le


nomme) : encerclement. Un lieu qui n’est
pas encore. Une possibilité nocturne. Leur
description en ce lieu. Et celle d’un autre
sentiment : rien (rien d’autre avant). Tou-
jours ils ou elles « absents à leur place ».
Non, la forêt n’a jamais été plus belle.

Ainsi je n’ai jamais pu savoir (n’ayant que


substitué). Plusieurs mots ainsi substitués
à d’autres. A un seul. «  Quelque chose
s’ouvre, quelque chose de nocturne ». Quel
souvenir encore ? Il prendra la place d’un
autre. Inscrit pour toujours. Au même ins-
tant. Dans sa chute, avant de disparaître.

Quelque chose alors de ce temps devenu


sourd. Pour elle, devant moi, telle mu-
sique. Je ne sais plus où. Le texte com-
mençait par un mot  : entre. Passage. …
Ainsi le passage. Je suis de l’autre côté.
Où ? Plus tard, entre les branches, la forêt.
Absentes, attentives, comme absents et
absentes à leur place.

(Sans date). C’est elle qui dit : le jour se


lève. Il y a, dans le paysage, un trou. Creu-
sé, joues creuses. Le souvenir de ces joues
creuses au moment où le jour se lève.
L’eau est au fond. Ce qui reste de noir au
fond.
PLI / 68
JEAN-MARIE GLEIZE Le livre des cabanes (extraits)

Je vois le jour entre les deux. Je suis pas-


sé devant et maintenant les touche. Elles
n’ont pas de visage. A l’instant où le jour
se lève. A gauche, un pré, et la bouche,
le mouvement infime de ces deux lèvres
closes. Et le brouillard. Dialogue :

De tête à travers la vitre, s’exerçant à


l’acuité : déjà, un souvenir. C’était la mé-
moire qui changeait les mots. Le temps les
avait effacés. – Tu connais cet instant où
la réalité sort de l’eau, réellement impré-
visible. Modifiée par le temps au fond de
ces cuves.

Maintenant le récit commence à l’intérieur


du visage. Je dis que les yeux voient le
jour. Pour qu’ils voient. Pour qu’il y ait le
regard. Et le corps tout entier. Les yeux, la
bouche, le visage, la forme des arbres et
des buissons, modifiés par le temps à l’ins-
tant où le jour se lève : la possibilité noc-
turne, le commencement d’un dialogue :

Immobiles en train de tomber. (Sans


date) : c’est elle qui dit « cette musique est
la mienne », « je les vois, elles tombent »,
et : « pour ce chaos qui ouvre la porte ».
Dont la source à l’instant où du lit se lève
un jour en courant, dont les mains sont
ouvertes, dont les paumes sont offertes, -
couchées, « à partir d’ici ».

PLI / 69
JEAN-MARIE GLEIZE Le livre des cabanes (extraits)

Je ne suis plus la chose ensevelie. Au-


jourd’hui, avec précision. Cet angle droit à
midi : voici la rivière, la Vienne. « Je vais
plus vite que toi  ». «  Plus froidement  ».
Voici aveuglément la rivière à l’angle,
droit ici, tout en bas. En nous, à partir d’ici.

Jeudi. Le chemin que j’ai quitté, avec les


arbres. A des hauteurs différentes. Bras
tendus à des hauteurs différentes. Jeudi  :
c’est un sommeil d’arbre. Voici un champ.
Comme un champ d’arbres. (Je ne par-
viens à décrire aucun de ses gestes). Il se
lève. Il est debout. Il tourne trois fois au-
tour de cet arbre. Il tourne ses bras.

Quel souvenir ? Une à une, comptées une


à une… « Données au ciel ». Une (elle a sa
propre mémoire). Sans date : il ferme les
yeux. Le jeu du bois sur lui-même avant
le collier. Le temps passe d’arbre en arbre.
De la jambe gauche à la jambe droite.

Du temps encore. Cela, l’histoire du vis-


à-vis des arbres. La possibilité nocturne.
Le passage du sang d’une jambe à l’autre.
Comme une visite en forêt . Le souve-
nir d’un lieu. Les chevilles opposées au
courant. Debout, contre la pente.

On distingue les éléments du jeu  : long


comme (un canal), long comme (jambes et
bras donnés au ciel, chevilles opposées au
PLI / 70
JEAN-MARIE GLEIZE Le livre des cabanes (extraits)

courant – « gardant la mémoire du lieu »,


noir comme (écluse). Et deux fois le même
arbre, même longueur au sol, même lon-
gueur maintenant vertical, même (…)

Même longueur maintenant droite. Il se


lève, il est debout les bras le long du corps.
Le jour monte à travers les arbres. « Cette
vérité sensible vers laquelle nous allons ».
Division, pliage, pression désormais dans
la trajectoire. Injectée de plomb.

Simplement, ce geste de retourner. Sim-


plement, parce que la rivière. De nuit en
nuit. Jusqu’à épuisement des nuits.

A l’envers  : «  Cette nuit, la plus belle  ».


Je marche. (Nous marchions et cette nuit
était la plus belle). Jusqu’à épuisement des
nuits. Sans date : c’est lui qui écrit La forêt
n’a jamais été plus belle.

Ainsi, dans la mémoire du dialogue. Elles


se sont levées en même temps que moi.
Les chevilles froides. Vérifiées. A contre-
courant. Un chant, le chant qui te voit.

PLI / 71
JEAN-MARIE GLEIZE Le livre des cabanes (extraits)

Les dernières pages de ce journal étaient


presque transparentes, et sur la couverture
du cahier on pouvait lire à l’encre rouge
deux des lignes de la méthode :

4. Les yeux fermés nous entendons la


musique de tout (objective),

et 8. Nous appelons une révolution


possible.

PLI / 72
JUSTIN DELAREUX Projectile Littéral

PLI / 73
JUSTIN DELAREUX Projectile Littéral

Histoire de la poésie lacunaire du siècle 2 au siècle 30.


(ou Partitions pour un poète sonore)

On va reprendre l’automatique. Clic-clic. Ratatatata. L’automatique revient.


En force l’automatique en force. L’auto en force l’auto clic. Ratatatata. ça dé-
gaine de partout ça déborde ça lâche des salves des balles des sourdes des sales
des salves de balles à salive automatique. clic. Tonne pète de partout ratatiné peu
ratatiné mot ratatiné mort ça claque. Dernier bouleversement du monde avant
mise à jour bim bim tu test tes mots tu peu pas test manges tes mots manges vas
y manges toi dans le vent l’automatique bim dans l’air la poésie foutu en l’air
qui retombe molle c’est cinq euros l’entrée clic clic ratatatata la soupe la fouf la
poésie dite en l’air dis tout dans l’air dans l’eau noyée en force l’auto critique
crame en force ça butte direct l’auto claqué avec ses petites roues de misères
au pneu qui ne se fabrique plus que part piquet ou plan sociale paye ton plan
ton gros plan qu’on t’a bien mis ta retraite avant l’heure merci en vous remer-
ciant la poésie en vous remerciant veuillez disposer la poésie veuillez disposer
en vous remerciant par la porte sans porte ouverte et solidaire au monde de la
force clic clic la force poésie vous remercie t’a participé c’est le principale rentre
chez toi en auto critique sévère la poésie shlag la peupeu c’est chaud le pneu est
chaud c’est plastique partout plastique en tranche le pain sec et sa mie de bulle
creuse et sa croûte épaisse dure de taxation sauvage et de débraillage la poésie
te remercie débraillée la poésie à poile tatoué sur la main la poésie à points bim
Ratatatata c’est l’organe qui parle de ma main j’ai plus de voix c’est pour les
sourds la poésie sonore c’est pour les sourds putain la poésie putain partout
vulgaire salope de média cravate la poésie avec elle te remercie vas y clic dispose
tu clic clic bouge plus clic sans coupure sans silence toujours mâcher la poésie
bouche la peupeu dans la teuté qui taxe trois fois ta marge de salaire vocale à
liberté fuyante du rock Ratatatata multiplication des pains dans ta poésie boum
dégaine auto combustion sur le torse arrache tes poils sec arrache ta voix muette
pleine de salve d’obus rouille de but rance crame ta salive à cinq euros ta salive
au travail ta langue prolo plus là qui donne son poste de pute contre un ticket
resto easy c’est ssissi gros la poésie dans les roues dans les gentes les gentils gentes
zizi qui claque shlag lumière sur ta tronche bouge plus vas y bouge la poésie

PLI / 74
JUSTIN DELAREUX Projectile Littéral

bouge répète sa claque ça pète sa mère en à sa claque par dessus le marché de la


poésie du marché sans fond des papiers sans encre de peau et vas y tire toi dessus
la poésie se tire dessus voila tout co-corde automatique étage moins deux la poé-
sie moins une trace t’es grillé vas y court c’est gratos gras gris et gorge de poésie
profonde qui te remercie du passage de ta volonté c’est sympa de ta volonté
première de participer à la participation des clic Ratatatata en force dans ta face
l’auto crasse l’auto crame retournée contre la poésie barrage du bas des barrières
des bas chaudasse poésie chaude recouverte de fuel l’allumoire à la place du geu-
loir la poésie ta gueule la poésie sonore pour les sourds le sonore Ratatatata dans
le tram vos papier la fermeture dans quinze minutes merci la poésie d’enregistrer
vos documents à la sortie bravo merci t’es fort ça butte nique tout la montagne
nique la montagne et ses trous partout la tronche de l’arbre paye sa tronche la
poésie de l’arbre à scie qui en glande pas une de gland de ruines de bouches à
plein pots sur bande pressante ça fuie de partout l’automatique dans la poche
ceinture sur le manche clic tour de bras clé de sol bim te fume la peu la pu la
po la pi la pa la pa compris la poésie le mot silence depuis le début crie cire
Bim tiens t’apprendra à la poésie t’apprendra l’auto truc coco vin biscotte crue
mâche les mots ta discipline à mots la peu peu c’est facile gratte vromb c’est ça
c’est swag c’est cleen la poésie easy auto clic en bande en clic en pots en purée
de pieds de vers en gros la poésie du bateau fixe c’est truc bien c’est épuisant
produit épuisé du marché des consciences pain de plastique clic automatique le
gueuloire ta gueule assommé dans l’ascenseur totale poésie sociale totale du gros
pavé toto tout tonfa la poésie gomme la poésie cogne giro girouette n’a rien a
dire la niche pépère du mot de trop sans fin sans jamais sans suite suie toujours
clic ratatatata c’est sans fautes la poésie sans fautes non foutu non de peu en l’air
clic dans ton diez du bizz c’est l’assure en l’air c’est passant c’est sans cesse stop
ou marge clair marge à faire et à dire et à taire et atterrir putain parsqu’il nous
reste triste beaucoup à faire péter les affaires au plastique clic au boom bang des
petites solutions privées de vie publique au mot peu peu accordé au gens peu qui
pense encore qui pense la grosse pensé commune qui nous écrase le gros marché
boiteux et friable qui maintiens la grosse pensée boiteuse commune tout ça au
placard au plastique au pain clic clic l’automatique putain écrire c’est oeuvrer
comme on ramasse des merdes comme on vice des boulon rond pilonne des

PLI / 75
JUSTIN DELAREUX Projectile Littéral

pilonnes débranche et rebranche maintiens diffuse passe à la chaîne à la main dis


bonjour merci au revoir fondu dans l’acier liquide dans le tissus tissé imprimé
noué empaqueté compté rangé puis recompté puis envoyé puis transporté puis
marchandé puis revendu puis recompté puis au revoir merci de nous disposer
les mots partout disposent de nous les disposons partout pour mieux les oublier
pour mieux leurs faire la peau clic les Ratatatata de la manière artisanale du pa-
quet chelou du colis suspect discret à la porte de vos certitudes merci en l’air
tout ça en l’air

à venir : Ressac de la poésie dans les courants répétitifs moyens

fragments dit :

-les yeux historiques du passage et du passage car cette humanité passagère fait
face au silence publique et le porte sur ce qui à lieu et qui nous meut mais il y a
bien plus l’histoire est bien plus longue mais tout effacé cette histoire cette par-
tie de l’humanité cette partition du silence des hommes est tout effacée comme
eux les courbés s’effacent en publique lors qu’il faut représenter s’efface comme
le long texte simple et portent ainsi l’histoire silencieuse de l’humanité.

Elliptique. Plongé ; La lumière de l’auberge met en scène l’arbre vert. Nocturne


est allumée, lourd l’air humide, solide, palabre: se traîne. Le plateau en damier
de noyé repose contre le mur. Dans une obscurité calme et reculée. Sire, je suis
d’un autre pays. Où la voltige du sommeil, posture sans gravité, poursuit nuit
en nuit, le monologue des âmes, orchestre, danse macabre. Le langage c’est de
choir. Chaque phrase est décombres. Une ascèse. Une assise. Une chaise. Une
vitrine. Le fracas.

écrire par soustraction par effacement élaguer couper supprimer des mots re-
prendre obstruer rendre obscure cacher ôter les mots petit à petit rétrécir le
texte simplifier ou taper sec enlever ne pas se soustraire au mot soustraire le mot
en enlever diminuer vers le moins le nécessaire moins

L’extinction du silence L’extinction l’éviction Silence l’étouffement


la disparition du retrait.
PLI / 76
JUSTIN DELAREUX Projectile Littéral

Il y a une autre faune aux frontières des eaux sur la limite des fleuves un autre
courant d’autres univers mondes à la limite des terres par dessus les noyés tout
un autre temps au gré des courants au vent des crues rien de semblable aux habi-
tudes du monde sur la nappe fraîche courante au pied des monts, il y a l’absence.

Une grande histoire comme la profonde histoire du trou noir c’est


d’ailleurs la plus lointaine des histoires c’est le plus épais creux qu’il
y eu avant la fin c’est le point des convergences des confusions de
toute les attentes et même des attentions surtout de latence c’est le
point à l’angle de la main c’est la bouche d’aération de l’œil, par où
parfois l’on capture l’autre, l’oreille au couteau à couteau tiré. Pen-
dant ce temps, dans le fond de la salle on attend toujours, sous cou-
verts dans le fond des têtes de tous : à couvert. Sans cette précision
aucun indice aucune marge d’erreur aucun possible. Sans cet indice
imprécis - l’espace autour. Manière noire lumière. Deux individus
se collent nez à nez se sentent. Nous revenons à ce moment précis
sur l’histoire du creux ou du nu extrême, sous , l’histoire du début,
celle des linges déchirés et de la nuque, du bol fracassé : le passage
au feutre sous la paupière. -Je peux t’offrir mon regard pour que tu
le maquille. Dans l’apparat, l’aporie, que des rebonds de fonds, des
bourdonnements de chaires, des frissons. Je peux faire don de mon
corps pour que tu t’y perde. Les écumes débordent, les eaux sépa-
rées se lient les langues et les sexes reconnaissent les chemins, loin de
l’espace sans précision, encore aussi loin des jours, tout aussi loin des
règles et des lois. à titre de mémoire, avant fragmentation. À titre de
mémoire, un carnet vide, effacé. Influencé des orgueils passionnels,
aux recoins des rues, de la fougue charnelle contre les pares-brises
du matin, sous l’alcôve de la collégiale, c’est alléchant, animal, désir
à tire tendu, impatiences. Dans la seconde zone, au fond, manière,
noire lumière, attentes. -Qu’on t-ils tous à vouloir ressembler à de
vieilles photographies. Ils sont enfants et déjà nostalgiques. Où n’au-
raient ils connu l’enfance qu’ à travers de vieilles photographies. Ne
sont ils que des représentants. Que reste t-il de la caverne. Pourquoi
les habitudes des anciens sont devenu les devoirs des nouveaux. Que
c’est il passé. Qui a bien pu effacer les contours de ce corps. Les sous-
titres se poursuivent mais l’image à disparue. Reste quelques pro-
positions sombres et lentes, la tentative d’un langage, un dispositif
incendiaire.
PLI / 77
JUSTIN DELAREUX Projectile Littéral

Sur
la disparition du texte
Sur
la sublimation du mot peu

de défaites à célébrer-
monocorde. horizontale. silencieux, imprécis,

La photographie montre une table sur laquelle on remarque des vê-


tements noirs des graines un pistolet à colle des boites en plastiques
sans couvercles des sacs de graines, du bois

Précipice
Ou détachement
Ou presqu-

J’ai mis mes deux mains en bol. Puis je suis allé cueillir cette eau là.
J’ai appris par coeur. à la poursuite du temps. J’ai rencontré. J’ai re-
tenue. J’ai porté cent visages et le même coeur. Fait cent pas tourné
autour tout autant. Le même coeur. Et une fatigue fixe. L’obscurité
d’écrire écrire c’est obscure. L’opacité de l’être. J’ai fais le mur. Face
aux lumières décadentes. J’ai perçu l’obscurité des temps. Le leurres
de tout ce qui scintille.

-Mettre le feu aux rampes. Voila tout.


(Toute les promesses irrésolues) - Fragment de masques.

Noircir
(jusqu’à la lumière)
PLI / 78
ANONYMES Correspondances

PLI / 79
ANONYMES Correspondances

PLI / 80
Anonymes Correspondances

PLI / 81
ANONYMES Correspondances

PLI / 82
ANONYMES Correspondances

PLI / 83
MARINE LéVêQUE Sans titres ( aquatinte)

PLI//84
PLI 1
MARINE LéVêQUE Sans titres ( aquatinte)

PLI / 85
MARINE LéVêQUE Sans titres ( aquatinte)

PLI / 86
PLI / 87
JUSTIN DELAREUX détitrer

PLI / 88
INDEX / BIOGRAPHIES

CHARLES PENNEQUIN est né en 1965 à cambrai, poète fais des poèmes simplifiés
ou standards des poèmes délabrés et des improvisations au dictaphone mégaphone et
des vidéos à l’arrache dans les trains des lectures le long des autoroutes travailleur de lui-
même à travers la parole de l’autre il se dit écouteur de sa propre mort dont il n’a plus
de nouvelles depuis la naissance.

MATHIEU TREMBLIN, Droit de glanage, 1 août 2013. Supermarché U, rue du 4


septembre, Arles (FR). Impression au traceur sur autocollant, cutter. 300 x 150 cm. Ma-
thieu Tremblin est né au Mans en 1980, il vit et travaille à Rennes et Arles, Il forme
avec David Renault le duo les Frères Ripoulain. Il est membre du collectif de pho-
tographes BIP. Mathieu Tremblin met en œuvre des dispositifs d’interventions gra-
phiques et s’inspire des pratiques et expressions anonymes, autonomes et spontanées
dans l’espace urbain pour questionner les systèmes de législation, de représentation et
de symbolisation de la ville.

ALAIN FLEIG est un plasticien qui travaille essentiellement avec la photographie, his-
torien et critique d’art, écrivain et collectionneur né en 1942 et décédé le 17 décembre
2012. Il participe à la fondation du FHAR (Front Homosexuel d’Action Révolution-
naire) et crée en 1973 le Groupe 5, ouvertement d’inspiration situationniste. Il publie
une revue : Le Fléau Social, jusqu’en 1975. À partir de 1982 enseigne à l’Université de
Paris VIII puis à l’École de l’Image de Poitiers-Angoulême et enfin à l’École supérieure
des Beaux-Arts d’Angers. Il est l’auteur de grandes compositions photographiques réa-
lisées à partir de photographies instantanées. C’est un des premiers ayant adapté, dans
les années 1970, les recherches en photographie expérimentale à la représentation du
désir homoérotique par la métaphore de l’image : photographies très agrandies afin
de valoriser la trame, jeux de mise en abîme, assemblages de polaroids puis plus tard
d’Ektachrome, polyptyques. Ses œuvres, qui proposent aussi une réflexion sur la mise
en image de notre monde, tournent toutes autour des notions de pulsion scopique.
Parallèlement à son travail de recherche photographique, il réalise plusieurs actions de
rue liées à sa réflexion sociopolitique. En 1981, participe à la création des Cahiers de
la Photographie avec Gilles Mora, Bernard Plossu, Arnaud Claass, Claude Nori… En
1984 à la revue des Arts avec Benzakin, Jaques Fol, Yannick Milhou. Il est l’auteur
d’une quinzaine d’ouvrages tant de recherche historique que de réflexion sur la photo-
graphie ainsi que de nombreux articles et textes de catalogues.
-Nous publions le texte inédit Ex-voto en deux parties, la prochaine partie dans le
prochain numéro de PLI.

PLI / 89
INDEX / BIOGRAPHIES

NICOLAS DAUBANES, Prison de Mataro. Frottages au graphite sur papier, réalisés


sur les murs de la prison «semi-panoptique» de Mataro (Espagne). Prison imaginée
par l’architecte Elies Rogent, construite en 1851, inaugurée en 1863 et mise hors ser-
vice en 1995, elle a notamment été utilisée par Franco pour l’enfermement de ses oppo-
sants. infos : www.nicolasdaubanes.com

ETIENNE JEAN MONNIER est écrivain il est né au Mans en 1983. -Nous choisissons
de publier dans PLI quelques extraits du Livre des Suites. L’écriture de ce texte à dé-butée
par un livre déchiré. Il s’agissait d’en finir avec la littérature. Il y a dans le Livre des Suites
une expérience qui nous est commune, celle du silence et de la pauvreté.

DAVID LIAUDET est artiste et enseignant. Il enseigne à l’école supérieure des Beaux-
arts du Mans.

JOCELYN GASNIER est né en 1988, il est peintre et écrivain.

ALEXIS JUDIC, Oblivion, dessin numérique. Alexis Judic est né en 1983 à Saint
Nazaire en France. Il vit et travaille à Nantes. -En archéo-anthropologue des « formes
perdues », mon travail reconstitue des sculptures nées d’architectures et de formes uto-
piques auxquelles je redonne mémoire et matérialité. A travers des voyages réels et vir-
tuels mon travail explore les inventions singulières contemporaines ou lointaines créées
par l’Homme. Villes et villages abandonnés ayant servi à des expérimentations mili-
taires, communautés hippies ayant vécu à la fin des années 60 des expériences utopiques
et artistiques, conflits architecturaux et ensembles pavillonnaires sont mes principaux
sujets et le point de départ de mes productions. Après avoir décelé ces architectures et
autres lieux, j’opère un travail de reconstitution, généralement utilisé dans une pers-
pective historique, scientifique ou anthropologique. A l’échelle sculpturale, la recons-
titution me permet par un parti pris didactique, de faire découvrir la monumentalité et
l’inventivité d’une architecture disparue, le mécanisme d’une technique obsolète ou les
pratiques d’une civilisation lointaine. infos : www.alexisjudic.com

PLI / 90
INDEX / BIOGRAPHIES

GAETAN LEON est né de ça quelques et nombreuses années. Il vit quelque part et ail-
leurs, ou ici. Là-bas, là, et au-delà de (« voir ci-dessus »)... À parcouru, parcours divers
chemins entremêlés, en différents paysages, espaces égrenant jeux et questionnements;
mises en formes. Que dire ici d’une certaine gamme de thèmes de recherches quand il
s’agit, est question de « rapport au monde, à l’autre », de vie _du vivant_ formes aux-
prises avec l’existence _ l’ « ex-»_(lieu, ou position à partir duquel...) Tout est affaire
de temps-espace, praxis et « attitude » .

JEAN-MARIE GLEIZE est écrivain; il est né à Paris, aux Tournelles, dans le quar-
tier du Marais entre Bastille et Saint Paul. Il est aussi Professeur émérite à l’Ecole nor-
male supérieure de Lyon où il a dirigé le Centre d’Etudes Poétiques durant dix années
(1999-2009). Il a conçu ce laboratoire comme une « communauté » de recherche et
de création. Il travaille (avec d’autres) à l’émergence d’une écriture objective. Il s’est
marié en Tunisie, a vécu à Carthage et a enseigné à l’Université de Tunis. Il a également
enseigné aux Etats-Unis (dans la forêt du Vermont) et en Chine intérieure, à Wuhan.
Il a beaucoup tourné autour du trou de Léman, le lac. Dès qu’il en a la possibilité, il
retourne en Chine, à Xi’an et à Pékin. Ou à Tarnac, qui est le village de son enfance.
Il travaille à l’exténuation et au dépassement du genre poésie. Il croit pouvoir parler
de « post-poésie ». Il encourage toute initiative en ce sens. Il a longtemps documenté
ses déplacements dans l’espace à l’aide du Polaroïd. Il aime la musique arabe, le noir,
la pluie. Il s’intéresse aux ordres mendiants. Il ne va pas au théâtre. Il a fondé la revue
Acid(e) avec Michel Crozatier Puis la revue Nioques dont il est toujours responsable.
Il croit que l’adjectif « littéral » et l’adjectif « communiste » doivent avoir un sens.
Il travaille (avec d’autres) à le chercher.Il a publié dans de nombreuses revues dont
L’in Plano, ZUK, Tartine, Axolotl ou TTC. Il a fondé la cellule Max Stirner à Sigonce
(Alpes de haute Provence), avec Michel Crozatier et Patrick Sainton (« deadly wor-
kers »). Il dit qu’il a mangé un poisson de source et qu’il faut construire des cabanes. Il
dit qu’il va vers un arbre et qu’il revient. Ou qu’il devient.

Bibliographie sélective : Poésie et figuration, Seuil, 1983, Simplification ly-


rique, Seghers, 1987, Francis Ponge, Seuil, 1988, Léman, Seuil, 1990, A noir,
Seuil, 1992, Le Principe de nudité intégrale, Seuil, 1995, Les Chiens noirs de
la prose, Seuil, 1999, Non, Al Dante 1999, Néon, Seuil, 2004, Film à venir,
Seuil 2007, Sorties, Questions Théoriques 2009, Tarnac, un acte prépara-
toire, Seuil 2011. A paraître : Le Livre des cabanes.

PLI / 90
INDEX / BIOGRAPHIES

MANUEL SALVAT, Princesse, tirage photographique, débris divers, papier peint, sty-
rodur, (15x15x25) 2011-2012, exposition Ubique, galerie Gilla Loercher, Berlin.
Depuis la fin des années 90, Manuel Salvat propose une idée de la ville comme orga-
nisme proliférant. Il en désigne chaque élément, chaque cellule, qu’il agence, comme
dans un jeu de construction dont on organise les pièces avec les hésitations et les cer-
titudes de l’improvisation. Entre les murs des lieux d’exposition, il installe -ou laisse
s’installer- tout un univers urbain, une multitude d’immeubles réduits par la photo-
graphie -maquettes inversées- miniaturisés comme pour les contraindre à rentrer dans
cet unique contenant. A ces reconstructions empruntées au réel, il adjoint des éléments
évocateurs d’architecture, assemblages, moulages, objets trouvés : Meubles-immeubles,
objets hybrides de représentations d’immeubles et de mobilier d’intérieur, Angles, Im-
meubles producteurs, et leurs précieuses déjections sont autant de jeux avec la forme et
l’anti-forme. Qu’elles soient fabriquées, parfois de façon sophistiquée, ou bien ramas-
sées, sorties d’un quelconque rebut, il considère et conserve les pièces qui serviront
à ses arrangements avec un regard de collectionneur, qu’il abandonnera toutefois au
moment de livrer l’installation au spectateur. Confrontés sans hiérarchie, immeubles
et objets -peu identifiables- contribuent à opérer un brouillage des frontières, un jeu
sensitif et mental d’aller-retour entre intérieur et extérieur, espace intime et espace
public. En 2008, pour son installation Paysage d’angle avec Fouetterie à la Galerie
SMP reprise à Berlin l’année suivante, il fait clairement référence à Philip K. Dick en
matérialisant l’Edifice du roman A Maze Of Death (Au bout du labyrinthe). De plus
en plus, Manuel Salvat semble interroger la supposée solidité du réel et en ramasser les
résidus après effritement. Angèle Assia, 2010

MARC BRUNIER MESTAS, neuf linogravures. «... Le coup vient d’être tiré. La fi-
gure, le trait franc et incisif de Marc Brunier-Mestas évoquent l’art des grands maîtres,
de Rembrandt et Dürer jusqu’aux vignettes expressionnistes. L’univers, lui, dessine des
horizons plus incertains. Au centre de tout, l’humain. Ce qu’il est, ce qu’il transforme.
Le fou, le monstre, la nature, la ville, la machine, l’animal. Le linograveur procède par
assemblage, un morceau d’homme, un bout de bête, un tour d’écrou. Sourire aux lèvres,
le grand méchant loup se glisse dans l’Histoire de l’Art. Partout, l’hybride, le difforme,
l’incongru...». Xavier Fayer

PLI / 91
INDEX / BIOGRAPHIES

ANONYMES, correspondances. Nous avons choisi de publier ici quelques traces de


ce qu’il reste du geste ingénieux d’un faussaire de timbres. Correspondances et gratuité,
oeuvres miniatures. D’autres éléments de cette collection paraîtrons dans le prochain nu-
méro de PLI.

MARINE Lévêque est née en 1987, elle est artiste et enseignante. Elle pratique la
photographie et l’estampe. Nous publions ici trois aquatinte réalisées entre 2009 et
2010.

JUSTIN DELAREUX est artiste et écrivain, il est né en 1987. Il est aussi le fondateur
de la revue PLI. infos : www.justindelareux.fr

PLI est une vue ou ressemble à une revue ou est un espace qui prend la forme
d’un livre (se déguisant comme), aux creux, comme tentative. PLI existe grâce
et avec tous ceux qui ont souhaité recevoir cette revue. Les raisons qui nous
ont poussées à créer cet endroit sont aussi le manque d’espace et la tentative de
mettre en lien différents groupes de penser. PLI est en projectile littéral ou pour
les luttes insurrectionnelles. Nous nous ennuyons des parutions cycliques et répé-
tés, confortables et rassurantes, nous proposons ne rien prévoir et ne rien reven-
diquer. PLI se sent proche de la tentative car ne pourra jamais être entièrement
abouti, de l’échec, car nous ne gagnons rien, à quoi bon jouer encore, quand nous
ne faisons que cultiver notre en-nui. Nous remercions ceux qui ont contribué
généreusement à la revue.

Si peu nous a été transmis, c’en pourrait être une chance


Tiqqun

PLI / 92
Le numéro 01 de la revue Pli a été
tiré dans un premier temps à 30
exemplaires, papier 90g, couverture
300g, dos carré collé, en octobre 2013.

La revue a été réimprimée trois fois.


Ont été distribués 90 exemplaires au
total, sans subvention, sur le mode
opératoire du pré-achat ou du don.

Les couvertures sont faites à la


main. Était ajouté dans chaque
exemplaire un dessin origi-
nal réalisé par Justin Delareux.

Ce numéro est archivé dans


la bibliothèque du Centre Inter-
national de la Poésie à Marseille.

Cette note a été écrite


en décembre 2014.

construction / liaison :
justin.delareux@gmail.com