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Les femmes tupacamaristes et tupakataristes

à l'heure de la rébellion indigène anticolonialiste


(1780 - 1782)

L'histoire nous a habitués à retenir les noms des dirigeants masculins alors
que les femmes furent aussi très actives dans l'organisation de la lutte
anticoloniale. Mais est-ce leur participation à ces luttes un argument fort pour
la cause féministe? Dans quelle mesure le rôle des femmes dans le combat
contre le colonialisme est le point de départ du combat contre la domination
patriarcale?
Ce texte vise à donner quelques pistes de réflexion sur la participation
féminine du côté insurgé de la région quechua au Pérou comme celle de la
région aymara en Bolivie.

P endant qu'en Europe le triomphe de la bourgeoisie sur la monarchie s'annonçait par la


Révolution française, à Cusco (Pérou) éclata le plus grand soulèvement
anticolonialiste connu dans l'historiographie hispano-américaine. Ce fut la rébellion de Tupac
Amaru II, laquelle débuta le 4 novembre 1780 à Cusco en s'étendant rapidement dans toute la
région sur andine du Pérou actuel, et se radicalisa avec le soulèvement mené par Tupac Katari
dans les hauts plateaux de l'actuelle Bolivie. Ce grand soulèvement de masses indigènes, qui
mobilisa à peu près 180 mille combattants, se poursuivit et s’étendit au delà de l'exécution après
torture de leurs principales dirigeantEs entre 1781 et 1782, et seulement prit fin par la répression
brutale de l'appareil militaire colonial vers 1784.

Cette rébellion de masses indigènes émergea avec les réformes mises en place par les rois
Bourbons d'Espagne pour la Péninsule et l'Amérique hispanique. Ces réformes visaient à
moderniser l'État et recomposer la relation de la métropole avec les colonies, en les asservissant
d'avantage. De la sorte, le programme modernisateur avait des vues sur la création du vice-
royaume de Rio de la Plata (1776), désormais détaché du Vice-royaume du Pérou; la
libéralisation des règles commerciales d'Espagne avec les colonies (1778) et une plus grande
pression fiscale devant être instituée par le Visitador1, qui avait comme mission d'augmenter les
rentes pour la couronne et réduire le déficit fiscal de l'appareil bureaucratique du Vice-royaume

1
Le Visitador était un haut fonctionnaire royal en Amérique, temporairement muni de pouvoirs décisionnels au
même niveau que le Vice-roi. José Antonio de Areche fut le Visitador chargé des réformes bourboniennes en
Amérique de 1778 à 1780.
du Pérou.

Les effets les plus pervers de ces réformes étaient supportés par la population indigène, qui
subissait des exactions depuis le début de la colonisation. Les indigènes hommes, n'ayant pas
moyen de payer les impôts exigés par l'état coloniale, étaient obligés d'aller dans les mines
jusqu'à ce qu'ils mouraient (la mine de Potosí en est l'exemple le plus marquant). Les curacas2
devaient souvent payer doublement des impôts : pour la Couronne et pour le corrégidor3, et la
population indigène obligée d'accepter la « répartition » des marchandises dont ils n'avaient pas
besoin (chaussures, outils de cuisine, aliments) mais qu'ils devaient pourtant acheter, dans le but
de promouvoir les échanges commerciaux internes.

Le combat des femmes: une lutte avant tout anticolonialiste

Aux côtés des deux figures mythiques masculines du plus grand mouvement séditieux
indigène contre le pouvoir colonial, connu sous le nom de Rébellion de Tupac Amaru II, qu'il
serait plus juste d'appeler mouvement tupacamariste-tupakatariste, s'érigent deux noms féminins
majeurs: ceux de Micaela Bastidas et de Bartolina Sisa, compagnes respectives des dirigeants
quechua (José Gabriel Condorcanqui, appelé Tupac Amaru II) et aymara (Julian Apaza Nina,
surnommé Tupac Katari).

Bastidas et Sisa sont, encore aujourd'hui, des symboles pour les nationalistes de la gauche
latino-américaine, les indigénistes, des féministes contemporainEs, et des militantEs engagés
dans la déconstruction de genre. Et pourtant, elles ne brandirent pas aucune revendication
proprement féminine. En effet, l'implication politique de ces deux combattantes fut indéniable,
mais notre intérêt repose sur l'analyse des caractéristiques de leur participation dans les
soulèvements anticolonialistes de la fin du XVIIIème. Ce sera dans la qualité de ces actions de
lutte que l'on repérera le caractère conservateur ou révolutionnaire annonçant le potentiel pour
une disposition émancipatrice des femmes.

2
Curaca est le titre donnée à une ou un descendant de la noblesse Inca pour l'assignation des territoires et
populations soumis aux impôts royales.
3
Nommé directement par le roi, le Corrégidor recevait des vastes territoires à exploiter avec leurs populations à
administrer et à appliquer des impôts. Le système de corregimiento étant une des plus grandes sources des
injustices, Tupac Amaru II marqua le début de la révolte avec l'emprisonnement, jugement et exécution du
corrégidor Areche, célèbre par sa volonté d'abus de pouvoir et par sa cruauté envers les indigènes. En 1784 les
Corregimientos sont abolis et substitués par les Intendencias.
A l'époque des grandes révoltes de la fin du XVIIIème et du début du XIXème siècle au dit
Nouveau monde, les femmes amérindiennes ont du combattre tout d'abord l'oppression coloniale
espagnole. Le combat contre le système patriarcal ne semblait pas être leur priorité, d'autant plus
que les relations entre femmes et hommes dans les cultures originaires de l'Amérique hispanique
avaient un caractère différent qu'en l'Europe du XVIIIème siècle. On en reviendra après.
Essayons tout d'abord de retracer la participation des femmes indigènes insurgées.

Micaela Bastidas Puyucahua(1745 – 1781), fille d'un homme d'ascendance africaine, et par
sa mère descendante de caciques4 des Andes de la région montagneuse près de Lima au Pérou,
savait parfaitement lire et écrire, ce qui était rare pour la population féminine de l'époque, autant
en Amérique qu'en Europe. Bien qu'elle fut une femme privilégiée parmi la « race » des vaincus,
elle avait conscience de la situation déplorable de son peuple et son esprit n'en resta pas
indifférente. D'ailleurs, lors d'un voyage à Lima, elle entendit les discours des criollos et métisses
revendiquant l'indépendance, tel que les États Unis l'avaient récemment réussi.

A 15 ans elle se maria à José Gabriel Condorcanqui ou Tupac Amaru II. De cinq ans son
aîné, il était cacique des territoires quechua près de Cusco. Commerçant aisé et homme raffiné, il
fut éduqué dans la tradition catholique et fasciné par la gloire du peuple Inca décrit dans les
récits de l'Inca Garcilaso de la Vega. Peu après leur mariage, ils mirent au monde trois enfants.
C'est avant tout avec cette union que Micaela se forgea son esprit contestataire, car son mari
subissait au quotidien le harcèlement du pouvoir colonial local du fait de son insoumission
fréquente.

En 1780, l'insurrection éclata, menée par Condorcanqui. Alors que celui-ci était sur le
champ de bataille, Micaela assuma un rôle important à Tinta (Cusco) en matière de logistique
pour les milices tupacamaristes. Elle dirigea la formation d'un réseau d'espionnage aux
chapetones5, et constitua un système de contrôle aux déplacements des personnes à travers des
sauf-conduits qu'elle signait de sa main. Il y eut une correspondance régulière entre Micaela
Bastidas et José Gabriel Condorcanqui durant toute la grande révolte, qui servit à communiquer
de manière très précise le positionnement des ennemis. Il est intéressant de noter que Micela,
plus pragmatique et virulente que son mari, lui donnait des conseils de stratégie de guerre. Une

4
Chef des familles amérindiennes ou ayllus, qui exerce son autorité sur un territoire nommé cacicazgo.
5
Chapetones est le nom donné aux espagnols colonisateurs, tandis que criollos est la dénomination des enfants
d'espagnols nés en sol américain. Ainsi, les chapetones seraient à priori plus loyales à la couronne que les criollos.
des lettres de Micaela recommande par exemple à Tupac Amaru de ne surtout pas retarder la
prise de Cusco au moment de la retraite des troupes colonialistes; cette analyse est d’ailleurs
connue par plusieurs historiens pour sa perspicacité. A ce sujet, on peut lire dans la lettre de
Micaela Bastidas à José Gabriel: « Mon Chépé (José), tu as perdu du temps […]; je t'ai prévenu
maintes fois de la nécessité de marcher sur Cusco au plus vite, mais jusqu'à maintenant tu as fait
la sourde oreille. Tu as facilité ainsi leur repositionnement, comme lors des prises de Picchio et
ailleurs, de la sorte que tu n'es plus en mesure de les faire reculer! »

Quelques autres noms de femmes insurgées sont associées à la Bastidas. Ainsi, Tomasa
Tito Condemayta (174? - 1781), warmi-curaca6 de Akos-Pomakanchis, abandonna son mari pour
joindre le soulèvement et constitua une armée féminine efficace qui empêcha le passage des
troupes espagnoles dans le site de Pilpinito (Cusco). Elle participa aussi avec ses femmes
guerrières dans la bataille de Sangarará, où les indigènes attaquèrent et brûlèrent l'église du
village, raison pour laquelle les criollos et ecclésiastiques retirèrent leur appui au mouvement
insurrectionnel.

Du côté tupakatariste, la figure emblématique est celle de Bartolina Sisa (1753 – 1782).
Son mari était Julian Apaza Nina, alias Tupac Katari, commerçant aymara qui se mit à la tête du
mouvement rebelle bolivien. Bartolina, quant à elle, était une jeune femme illettrée, tisserande et
commerçante de la feuille de coca et, comme son conjoint, ne provenant d'aucune lignée de
noblesse Inca. Elle passa son enfance dans les hauts plateaux à l'est du lac Titicaca (dans
l'actuelle Bolivie) et dans les vallées de la forêt pluviale bolivienne au moment où l'oppression et
les exactions coloniales atteignirent leur plus haut sommet.

Les voyages et le commerce firent de Bartolina une enfant libre de l'esclavage. Mais elle
fut cependant témoin de la souffrance de son peuple envoyé de force dans les mines et les
« obrajes » (travaux publiques), asservi dans les « haciendas » (grandes propriétés d'exploitation
agricole), et sur l'interdiction de pratiquer leurs coutumes ancestrales (les fêtes religieuses
chrétiennes ayant été superposées aux fêtes indiennes). En résumé, elle vit son peuple tant de fois
humilié et dénié. Bartolina Sisa, comme tant d'autres indigènes, n'attendaient que le moment où
la révolte éclaterait.

Effectivement, la rébellion de Tupac Amaru vint à galvaniser la révolte qui avait déjà
6
Une warmi-curaca est une femme de noblesse Inca qui exerce, indépendamment de son conjoint, l'autorité sur des
territoires et populations indigènes.
commencé dans le Haut Pérou (Bolivie actuelle) depuis quelques décennies. Bartoline fut
rapidement reconnue par les communautés aymaras comme une Mama T'alla7, c'est-à-dire, une
femme guerrière dotée d'autorité en égalité avec le Kapac MallKu. Tout comme Micaela
Bastidas, Bartolina souhaitait l'anéantissement pur et simple des envahisseurs. En juillet de 1781
elle commanda les milices indigènes lors du siège de La Paz, milices conformés par plus de 40
mille personnes entre femmes et hommes armés principalement de pierres et dont la mission était
de faire une barrière humaine autour de cette ville espagnole jusqu'à son épuisement. Cette
barrière tint durant plus de cent jours.

Peu après, Tupac Katari du se retirer de manière provisoire du site pour affronter une autre
avancée ennemie, ce qui causa les chefs des troupes espagnoles restées dans la ville de La Paz à
se croire dans une position de force, puis qu'ils n'y avaient plus qu'une femme à la tête des
indiens. Le commandant péninsulaire Ségurola envoya alors une petite armée pour abattre « la
femme de Katari ». Mais Bartolina Sisa, sur un cheval arraché aux espagnols et brandissant la
Wiphala (une sorte de bannière multicolore des peuples indigènes), se lança au combat suivie par
une multitude d'indiennEs, et en rapporta la victoire. Les espagnols s'empressèrent d'attribuer à
la sorcellerie le triomphe de Bartolina. Plus tard, cette héroïne indigène fut trahie et rendue aux
espagnols.

Les femmes aymara, traditionnellement résolues, représentèrent à La Paz une partie


importante de l'armée assiégeante. D'innombrables sont restées dans l'anonymat, mais elles
s'affrontèrent au corps à corps, et conspirèrent durant les révoltes indigènes. L'historiographie
retient quelques autres noms du côté aymara de la rébellion. Nous pouvons citer la figure de
Grégoria Apaza, qui dirigea des contingents indigènes en habits d'homme, aux côtés de Tupac
Amaru; ou bien celle de Kurusa Llave, qui dirigea les milices des Quiswas, groupe ethnique de
la zone de Chantaya.

Une fois le soulèvement réprimé, les dirigeantEs indigènes furent capturéEs et


condamnéEs à mort dans des places publiques où ils-elles furent cruellement torturéEs :
écartèlement des membres, garrote, tranchage de la langue, arrachement des ongles... Pour finir,
les survivants furent pendus. Après leur mort, leurs membres et leurs têtes furent tranchés et

7
Mama T'alla (la femme) est l'équivalent complémentaire du Kapac Mallku (l'homme). Ainsi, le couple sexuel
apparaît de manière récurrente dans la culture aymara, notion fondamentale que régissent tous les cycles vitaux et
le monde des divinités. C'est pourquoi la reconnaissance du statut des couples sexuels par l'ayllu signifie
consécration de la personne sociale.
envoyés à différents villages pour être exposés aux yeux de tous.

Comment les femmes ont-elles pu s’immiscer dans la guerre, traditionnellement une


affaire d’hommes ?

En effet, comment expliquer la grande proportion des femmes engagées dans les
contingents rebelles, non seulement dans les tâches logistiques mais aussi dans des rôles politico-
militaires contre le pouvoir colonial? Rappelons qu'avant la Conquête les liens traditionnels
indigènes se reproduisaient au sein de l'ayllu8, et la division du travail sexué n'impliquait pas le
déni du rôle ni du corps des femmes. Mais pendant le XVIIème siècle, suivant les réformes du
Vice-roi Tolède, ces liens communautaires se modifièrent progressivement.

Des « pueblos de indios » (réduits d'habitation ou hameaux indiens) furent créés tout
d'abord par les missionnaires espagnoles dans un but évangélisateur mais, aussitôt mis en place,
l'initiative fut soutenue par la Couronne comme moyen de contrôler le territoire et l'installation
des populations indigènes pour faciliter le recrutement forcé d'indiens et le payement d'impôts
(Thierry Saignes, 1984). Devant l’institutionnalisation de cette nouvelle organisation sociétale,
les migrations et les activités économiques qui impliquaient une certaine transhumance prirent
une forme de résistance face à la volonté du pouvoir colonial de maintenir la fiction des
« pueblos de indios ».

Ainsi, avant la révolte, Tupac Amaru II était commerçant et muletier, ce qui lui permit de
tisser des relations dans les Andes de Cusco, Aréquipa et Puno, surtout avec les membres de sa
famille, des caciques eux aussi ou des commerçants métisses et indigènes. Micaela Bastidas, sa
femme, s'occupait généralement de le seconder dans l'administration du cacicazgo lors de son
absence. Pour sa part, Bartolina Sisa, femme de Tupac Katari, grande connaisseuse des routes et
villages des hauts plateaux boliviens, voyageait avec son mari et exerçait les mêmes
responsabilités que lui dans le négoce. Donc, à l'opposé de Micaela Bastidas, Bartolina agissait
au quotidien dans des rapports d’égalité avec son époux.

Ce qui explique, peut-être, que les femmes aymara, à différence de leurs homologues du
côté quechua, furent impliquées en plus grand nombre dans les champs de bataille lors que la
rébellion éclata. Ainsi, nous avons vu que Bartolina se trouva bien placée pour diriger un énorme

8
Les ayllus sont des communautés composées de plusieurs familiales qui considèrent avoir une origine commune.
contingent d'indigènes qui rejoignit le contingent de son mari, et se mit à la tête des insurgEés
lors du siège de La Paz. Et lorsque Tupac Katari s'autoproclama Vice-roi de l'Inca Tupac Amaru
II, les foules nommèrent aussitôt Bartolina Sisa comme la Vice-reine, non pas pour être l'épouse
de Katari, mais pour ses habilités politico-militaires. Ce n'est pas donc par hasard que les
espagnols ne la tuèrent pas immédiatement après sa capture -comme ce fut le cas de presque
toutes les autres femmes insurgées-, mais la gardèrent dans les pires conditionnes d'enfermement
pendant une année, en attendant le meilleur moment pour exercer pression sur les troupes
tupakataristes.

Le « rôle domestique »: front féminin pendant la grande rébellion

Le XVIIIème siècle a été considéré comme « l'ère des insurrections » pour l'Amérique
hispanique coloniale (Steven Stern, 1984). Ainsi, quarante ans avant la rébellion tupacamariste-
tupakatariste, un autre soulèvement de grande ampleur, bien que circonscrit à l'espace amazonien
est celui de José Santos Atahuallpa. Celui-ci ne fut jamais vaincu par les troupes espagnoles, et
bien que cette rébellion ne dépassât pas les limites de la forêt, son leader resta tout de même un
mythe dans l'imaginaire collectif. Beaucoup d'autres mouvements rebelles eurent lieu, mais la
liste est longue et l'espace trop court.

Ces luttes visaient à refouler le modèle de pouvoir colonial, qui s'inscrivait dans la
domination et l’exploitation de quatre sphères : le travail et ses produits, l'autorité collective, le
genre et la sexualité, et l'intersubjectivité (Anibal Quijano, 1992). La domination de ces quatre
sphères par le pouvoir colonial est la cause des transformations sociales du monde indigène et la
construction progressive de nouvelles formes de reproduction sociale. Mais cette domination
généra de la même manière de nouvelles stratégies de résistance face au pouvoir (nous avons
déjà parlé des migrations et transhumance comme forme de résistance à l'asservissement dans
les villages d'indiens), au sein des sociétés qui oscillaient entre la permanence et le
renouvellement de leurs traditions (Santiago Sanchez, 2004).

Sur le plan intersubjectif, ce que nous appellerons la « cosmogonie indigène », il est


important de remarquer la « conception dualiste »9 du monde parmi les quechuas et aymaras.
Pour ce qui est des représentations sociales, la femme et l'homme n'existaient qu’en tant que

9
Le dualisme dans les cultures quechua et aymara parcourt toutes les dimensions de la vie communautaire. Ce
dualisme part de la reconnaissance de la différence au même temps que la complémentarité des éléments, sexes,
âges, divinités.
couple. Ils étaient, au sein de l'ayllu, complémentaires et différents, et leur complémentarité se
régissait par le principe du « tinku » ou solidarité. Ainsi, la distribution des rôles dans l'ayllu -
rôle « domestique » versus rôle « productif », par exemple- ne peut être jugée dès la perspective
occidentale, basée sur une division sexiste du travail.

Existait-il dans le plan intersubjectif des aymaras et quechuas cette idée de domination
patriarcale dû à la division du travail par sexe? En tout cas, lors de la rébellion tupacamariste-
tupakatariste, les femmes se battaient autant sur le front « domestique » que sur le front armé.
Et si l'on assume que l'origine latin du mot « domestique » (domus = maison), nous renvoie à
toutes les activités qui se développent dans le foyer, le « rôle domestique », considéré par le
féminisme occidental comme l'expression de la domination patriarcale par excellence, étaient
considéré par les femmes indigènes comme des vrais bastions de guerre pendant les périodes
insurrectionnelles.

Ainsi, lors de la période de 1780 à 1782 elles se chargèrent du ravitaillement des troupes
rebelles, raison pour laquelle elles durent maintenir les activités agricoles, textiles et d'élevage
des troupeaux. Elles s'occupèrent aussi de la surveillance des chemins; du trafic secret des
marchandises et ce faisant, de l'obtention d'argent; du réseau de communication entre les
combatantEs dans le front de bataille et les villages d'indiens; des barricades dans les points
d'entrée de ces villages; du barrage des ponts et des chemins... Toutes ces activités rattachées à
ces périodes de guerre ont été relevés par l'histoire, mais seulement une faible reconnaissance
est accordée au rôle déterminant des femmes dans ces activités.

Les transformations que les sociétés originaires américaines subirent tout au long de la
domination coloniale ont fini par imposer les notions occidentales de « femme » et d'« homme »,
de « domination patriarcale » et de « couple monogamique ». La féministe mexicaine Maria
Lugones a écrit un essai où elle soutient que « le bouleversement des rapports communautaires
[entraînèrent] la subordination de la femme colonisée par l'homme colonisé... », et que par
conséquent, ce constat devrait nous conduire à nous engager dans la lutte pour un féminisme
décolonisateur10. Mais ce sera peut-être le sujet d'un autre numéro de Cancaen Canaille!

Danitza
10
Lugones, María; Colonialidad y Género: Hacia un feminismo descolonial; en: Género y Descolonialidad; Walter
Mignolo comp.; Ed. Del Signo, 2008.