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Maria de Zayas :

Le féminisme avant la lettre d'une écrivaine espagnole


Courtisane espagnole du XVIIe siècle, un des plus grands mérites de María de Zayas fut
d’avoir écrit et publié des nouvelles lascives pour s’affirmer comme femme écrivaine dans un
monde littéraire dominé par des hommes, et ce, au beau milieu de la Renaissance spirituelle et
culturelle européenne, mais surtout de « renaissance » catholique en Espagne, que préconisait
une image de femme en tant que mère-épouse vertueuse.
Les deux recueils de nouvelles de Maria de Zayas, l’un sous le titre de Nouvelles
amoureuses et exemplaires et l’autre, Désenchantements de l’amour, furent largement diffusés à
l’époque, presque autant que celles de l’auteur de Quichotte. Cependant, les grands tournants de
sa vie restent encore aujourd’hui un mystère : on connaît sa date de naissance (1590) et ses
publications (entre 1637 et 1649). Le reste n’est fait que d'approximations : née au sein d’une
famille noble, elle aurait suivit la cour de Philippe IV aux côtés de son père1. Elle serait peut-être
restée célibataire, même si à l’époque, la société aristocratique faisait peser sur elle et son amie
Ana Caro, écrivaine elle aussi, des soupçons de lesbianisme. Enfin, il est probable qu’elle ait fini
ses jours dans un couvent, comme certaines de ses héroïnes romanesques, qui préféraient la
réclusion monastique au martyre du mariage.
Au risque de s’exposer au dédain de ses contemporainEs, María de Zayas écrivit au XVII e
siècle en s'affirmant dans un genre littéraire connu comme le genre des mœurs, celui des ignobles
passions charnelles : la nouvelle. Alors que la tradition littéraire encourageait l'expression des
sentiments sublimes par la poésie, seuls sentiments censés être adaptés aux « saints esprits ». Et
ce, dans un moment, où l’idée de supériorité naturelle de l’homme sur la femme en Espagne, était
très peu contestée, où la contre-réforme de l’Église catholique avait érigé le mariage comme
seule institution capable de donner un sens à la vie des femmes.
Plus encore, elle commit cette audace tout en revendiquant à travers ses saraos (histoires
racontées à tour de rôle) et ses personnages, le droit des femmes au plaisir sexuel. Elle dénonça,
en même temps, la société patriarcale et misogyne de son époque, même si elle n’aboutit pas à
hisser la bannière de l’égalité des sexes. L’insistance de Maria de Zayas à dénoncer la tyrannie et
l’oppression patriarcale omniprésentes dans la société espagnole, nous permet de déduire que son
esprit fut celui d’une femme qui avait pris conscience de la problématique féminine de son
temps, dépeignant le rôle social dans lequel la femme était confinée. Dans une de ses nouvelles,
elle déplora le fait qu'« une femme n’avait pas besoin de savoir plus que travailler à son ouvrage
et prier, s’occuper de la maison et élever ses enfants ».
En effet, dans l’Espagne du Siècle d’Or, de fulgurance littéraire et artistique, deux tiers
des Espagnols ne savaient pas lire, ni écrire, ni calculer. Les femmes, dans ce contexte, étaient les
moins bien loties. À titre d’exemple, dans la deuxième moitié du XVIIe siècle, 55% des
Madrilènes ne savaient pas signer. Entre 1650 et 1700, sur les documents notariaux, 7 signatures
sur 10 correspondaient à celles d’hommes contre 3 pour les femmes, témoignage sur papier de
leur exclusion du monde de l’écriture et, par extension, de la culture qui restait ainsi une affaire
d’hommes2.

1
C’est tout ce que l’on sait sur la biographie de Maria de Zayas. En outre, le Siècle d’Or espagnol ne consigne que
très peu des femmes écrivaines dans son répertoire parmi les nombreuses éminences de la littérature, tels Miguel de
Cervantès, Calderón de la Barca, Luis de Góngora, Francisco de Quevedo, le propre Lope de Vega –qui avait
reconnu le génie de Maria de Zayas en la consacrant « Sibylle de Madrid » –, etc.
2
LARQUIÉ, Claude, « L’alphabétisation des Madrilènes dans la deuxième moitié du XVII e siècle : stagnation ou
évolution ? », Éditions du CNRS, Paris, 1987.
Maria de Zayas réagit face à cette réalité: « Pour quelle raison les hommes seraient-ils
instruits et jugent que nous autres, les femmes, nous ne pouvons l’être ? ». Elle répondit à sa
propre question avec audace en égratignant le système phallocentrique dominant, vrai coupable
de cet état de faits. Dans un essai récent sur le sujet, on conclut avec justesse que : « […] la plus
grande des impertinences de Maria de Zayas [est] d’oser sous-entendre qu’on leur refuse l’accès
au savoir parce que la femme instruite inspire méfiance et crainte. L’instruction féminine fait
peur. La femme n’aurait pas eu accès à la culture parce que l’homme, redoutant d’être dépassé,
l’en a empêché »3. Et ce fût là que María de Zayas prit distance face aux autres femmes
écrivaines de son siècle, en général des religieuses, qui préféraient suivre le canon de la prudence
et de l’humilité –conditionnées par des pseudos préceptes divins– n’assumant pas publiquement
leurs qualités intellectuelles.
Et comment auraient pu les femmes espagnoles de la Renaissance revendiquer leur
capacité de produire une littérature née de leurs qualités inhérentes mais déniées ? N'étaient-ce
pas les femmes du Siècle d'Or espagnol plus dominées que jamais du à leur genre féminin?
Rappelons, en exemple, qu'après le concile de Trente en 1563, le libre consentement des fiancéEs
devint une condition indispensable au mariage, contre la tradition qui donnait jusqu'alors le
dernier mot aux lignages familiaux. Le mariage s’érigea alors en sacrement, c'est à dire, en
norme sociale et politique –revêtue de morale religieuse– de rang supérieur, à contrario des
traditions moyenâgeuses pour lesquelles la vie monastique féminine était perçue comme statut
supérieur au mariage. Le fameux Concile est encore aujourd'hui revendiqué par certainEs
théoricienNEs de l'histoire des femmes comme positif et libérateur, car jusqu'alors les femmes
n’étaient jamais consultées au moment de choisir leurs futurs maris. Quant au divorce, il fût
désormais interdit. Et on a cru encore voir là un atout pour les femmes, car auparavant elles se
faisaient répudier selon l’humeur de leurs conjoints. Pourtant, la conséquence vraie du Concile de
Trente est justement l'obligation du sacrement, obligeant la femme à rester à vie, derrière son
mari4.
Plus encore, les principales vertus féminines alors exigées étaient l’obéissance et le
silence, toute femme étant considérée intelligente –munie de la vertu de la sagesse– dès le
moment qu’elle savait se taire, se mettre en retrait de son mari, s’adapter à sa personnalité et être
malléable au caractère de celui-ci. Ainsi, dès le XVe siècle, dans un contexte ou l’érasmisme5 et
la contre-réforme post-tridentine sont mis en concurrence, le modèle de la femme vertueuse-
soumise se mit en place : humilité, obéissance, honnêteté, chasteté, modestie, discrétion,
prudence. Ce sont les vertus que l'on entend cultiver chez les filles pour en obtenir des femmes.
Face au mariage, face aux dogmes catholiques et aux normes culturelles dites humanistes
de son siècle, María de Zayas se révolta. Elle appela, dans ses nouvelles, au départ volontaire des
femmes au couvent ! En effet, à l’époque, le couvent était un lieu de refuge pour les femmes qui,
sous prétexte de vocation religieuse, voulaient échapper à l’oppression patriarcale. Les nonnes et
moniales pouvaient s’y instruire, quitte à relire dix fois par an le Nouveau Testament. Au XVII e
siècle, le couvent n'était plus l’endroit où les familles nobles mettaient à vie leurs filles pour
éviter de payer une dote de mariage. Le couvent avait comme fonction sociale l’instruction
intellectuelle et spirituelle des filles de la noblesse pour mieux leurs apprendre le rôle d’épouse et

3
COSTA PASCAL, Anne-Gaëlle, María de Zayas, une écriture féminine dans l’Espagne du Siècle d’Or, Une
poétique de la séduction, L’Harmattan, Paris, 2007, p. 31.
4
Cependant, le divorce sacramental continua d’exister, mais seulement pour ceux qui avaient des relations
privilégiées avec la papauté, la seule institution à avoir le pouvoir divin de dissoudre un mariage, en général, royal.
5
D’après Marcel Bataillon (1895-1977), hispaniste français, l’érasmisme (d'Érasme de Rotterdam) constitue un des
traits centraux de l’histoire spirituelle de l’Espagne des XVI e et XVIIe siècles. En ce qui concerne les femmes
espagnoles, ce mouvement humaniste permet de changer la vision aristotélique de l’infériorité intellectuelle des
femmes, en préconisant leur droit à l’éducation pour l’accomplissement spirituel, bien que le but de cette
instruction soit destinée à l’accomplissement des tâches exigées par le rôle « naturel » d’épouse et mère.
de mère, dans le bon esprit de l’érasmisme et de la contre-réforme. Mais à contre-courant de la
norme dominante qui voulait que les jeunes filles de la noblesse fussent richement mariées,
María de Zayas incita les femmes à retourner au couvent pour être indépendantes et continuer à
s’instruire.
Certes, María de Zayas écrivit pour être lue par les femmes instruites de sa classe. En
revanche, elle dénonça dans ses écrits les hommes machos qui, en bons héritiers de la pensée
aristotélique, déniaient les capacités intellectuelles et morales des femmes. Cependant, ce combat
n’était pas nouveau, puisque c’est avec Christine de Pizan (1364-1430) que l’on commença à
récuser cette idée très ancrée au Moyen-Âge, selon laquelle la femme était inférieure à l’homme.
Effectivement, à l’époque, la femme était considérée comme « un mâle raté » ou « un
accident de la nature » si l'on suivait Aristote. Et d’après la théorie des humeurs d’Hippocrate, les
femmes étaient « naturellement hystériques », incapables d’accomplir les tâches supérieures de
l’esprit, à cause de leur tempérament « froid et humide ». De même, pour Saint Augustin
d’Hippone, elles étaient perçues comme la source du pêché, la tentation vers le mal, et Saint
Thomas d’Aquin, au XIIIe siècle, vit en elles de simples êtres vouées à la procréation. Il leur
dénia, de plus, la capacité de procurer du plaisir sexuel aux hommes. En effet, d’après ce
« saint » qui avait dédié tant de pages à réfléchir sur le sexe des anges, les mâles se débrouillaient
mieux entre eux. Trois siècles après Christine de Pizan, Maria de Zayas décrivit, dans ses
« Nouvelles amoureuses et exemplaires » (1637) ainsi que dans ses « Désenchantements de
l’amour » (1649), les hommes comme « des bourreaux, des misogynes et, en amour, des
séducteurs sans vergogne et sans parole »6.
Certes, elle fit de son féminisme une fatalité, et de sa fatalité une arme : María de Zayas
ne se contenta pas de dénoncer les cruautés des hommes (pères, frères, maris, amants, curés) qui
maintenaient les femmes en soumission et en humiliation permanentes, mais surtout, elle voulait
mettre en garde ses contemporainEs sur l’iniquité des hommes. De la sorte, dans une de ses
nouvelles, « L’innocence châtiée », elle conseilla : « Quant à la cruauté envers les malheureuses
femmes, il ne faut se fier ni aux frères, ni aux époux, car tous sont des hommes ». Maria de Zayas
alla encore plus loin, ses personnages féminins réagissant parfois avec une violence inouïe,
fulminent leurs bourreaux, après quoi ces héroïnes tarissaient leurs vies pour toujours en se
suicidant.
Parler de féminisme au XVIIe siècle est-il anachronique ? À la fin du XIXe siècle, la
subordination de la femme en Espagne continuait encore d'être justifié par une supposée
infériorité génétique. Ce n'était pas seulement l'opinion des secteurs conservateurs, mais aussi des
républicains progressistes. Les défenderesses des droits des femmes espagnoles étaient, au début
du XXe siècle, des féministes profondément catholiques, lesquelles ne mettaient pas en cause la
division de genre dans la société mais luttaient pour le droit au suffrage féminin ou bien pour des
améliorations dans les conditions de travail. Le combat pour la révision et modification de la
législation concernant la famille, laquelle considérait la femme comme un être absolument
dépendant et en obligation de soumission au mari, n'arriva en Espagne qu'avec la deuxième
république en 1931; mais il n'y est nullement question des droits sexuels, tels que la libre élection
sexuelle et l'association libre, l'avortement ou la revendication du plaisir, etc. Les féministes
anarcho-syndicalistes de l'avant guerre civile préconisaient encore pour les femmes un rôle lié à
la maternité: la transmission des valeurs révolutionnaires à leurs enfants pour l'égalité sociale et
la lutte contre le fascisme. L'avènement du franquisme, totalitarisme imprégné des valeurs
conservateurs et réactionnaires, dont les piliers idéologiques étaient basées dans la triade « Dieu,
Patrie et Famille » qui fut longtemps cuvé pendant le haut Moyen-Âge et subtilisé à la
Renaissance, fit reculer tous les avancées du féminisme espagnol jusqu'alors embryonnaire.
6
COSTA PASCAL, Anne-Gaëlle, María de Zayas, une écriture féminine dans l’Espagne du Siècle d’Or, Une
poétique de la séduction, L’Harmattan, paris, 2007, p. 11.
María de Zayas donc, ne fut-elle pas une féministe d'avant la lettre, en ce qui concerne la prise de
conscience de l'oppression patriarcale et catholique que subirent les femmes de son époque et qui
perdure en Espagne jusqu'à aujourd'hui ?

Danitza