Sunteți pe pagina 1din 24

L'ECONOMIE DU CODAGE SOCIAL

Laurent Thévenot
Thévenot, L., 1983c, "L'économie du codage social", Critiques de l'Economie Politique, n°23-24,
pp.188-222.

Le point de départ de ce texte, comme de notre recherche, est une interrogation sur les
données statistiques, plus spécifiquement celles portant sur la situation socioprofessionnelle.
Les "données" statistiques, ainsi que leur nom l'indique, sont couramment utilisées comme
des étant donné, des choses admises pouvant servir de base à des raisonnements dont elles sont
présentées comme l'origine. Les débats récurrents sur le bon chiffre ont parfois eu le mérite,
lorsqu'ils ne se limitaient pas au problème du choix de données appropriées, de faire porter les
regards en amont sur les conditions dans lesquelles elles avaient été produites. Toutefois une
interrogation enfermée dans la question de la justesse du chiffre risque fort d'aboutir à la
dénonciation d'une manipulation, sans éclairer pour autant les caractéristiques de cet objet. Qu'il
faille admettre ou non telle ou telle donnée relève de luttes scientifiques ou politiques entre des
professionnels en concurrence et nous voudrions plutôt nous interroger ici sur ce qui fait qu'une
donnée est prête à l'emploi, dans des argumentations d'hommes de sciences ou d'Etat, mais aussi
dans des traitements moins bruyants, plus anonymes et plus efficaces dont les mieux repérés sont
ceux de l'informatique et du droit.
Le support de cette réflexion sera l'examen du processus de codification statistique de
l'identité professionnelle, engagé lors des travaux préparatoires à la confection de la nouvelle
nomenclature des professions et catégories socioprofessionnelles1. On considérera donc les
définitions qui sont données à cette tache, les consignes et les outils pour l'exercer, la
qualification des agents employés. En mettant en évidence les liens multiples de cette tâche avec
d'autres activités sociales de constitution de l'identité professionnelle nous serons amenés à une
première série de conclusions sur les écarts entre les consignes explicites de codification et les
pratiques des agents participant à ce travail.
Mais cette interrogation nous conduira, au-delà de l'explicitation du travail de codification
des données et du rapport des pratiques à la règle, à une réflexion plus générale sur ce processus
de production du code et sur ses fonctions.
La forme codée n'est en effet pas propre à la statistique : on la rencontre dans le droit
évidemment, dans les textes réglementaires en général, dans les mesures, les instructions, les
objectifs, etc. Au lieu de tenir ces objets pour des formes symboliques, nous souhaiterions les
considérer d'un point de vue tout à fait matérialiste afin de les introduire dans l'analyse
économique. A quoi servent ces formes ? Comment sont-elles produites ? L'étude présentée ici
est la première étape d'une recherche plus générale sur les opérations de mise en forme standard
et sur leurs fonctions2. La description des modalités et des fonctions de codage de l'identité
professionnelle introduit donc à une étude plus large des immobilisations de formes (lois, règles,
consignes, etc.) qui ne sont généralement pas prises en compte dans l'analyse économique. Ce
travail d'institution est le plus souvent rejeté comme résidu devant être retraité par d'autres
disciplines. Mais sa non-intégration dans les formalisations utilisées peut conduire à de graves
inadéquations, comme dans les cas d'entreprises où tout se passe comme si ces immobilisations

1En raison de la perspective dans laquelle on se place ici, on n'évoquera qu'indirectement le contenu de cette
nomenclature et ses modifications, sur ce sujet on pourra se reporter à Desrosières, Goy et Thévenot, 1983 (voir la
bibliographie en fin d'article).
2Les premiers éléments de cette recherche, menée en commun avec François Eymard Duvernay, sont présentées dans
Eymard-Duvernay et Thévenot (1982a, 1982b; 1983a, 1983b).
de formes, établies pour la gestion de la main-d'oeuvre, contraignaient les investissements
matériels.
1. Le discours de la méthode
Nous prendrons le parti ici de présenter cette réflexion sur le codage social en retraçant
l'histoire de la constitution de notre objet de recherche. Non pas seulement pour tenter d'obéir
aux lois de la construction de l'objet scientifique qui imposent qu'on y comprenne son histoire, ni
pour s'abandonner à la mode de la mise en scène du sujet chercheur, mais surtout pour mettre
en évidence des liens détruits ou établis avec des objets conceptuels déjà constitués sur ces
thèmes. On verra en effet que ces procédures de mise en forme d'objets, concepts, catégories,
préparant l'établissement de relations entre eux, est au coeur des questions que nous voudrions
aborder ici.
La réforme des nomenclatures des emplois et des catégories socioprofessionnelles, engagée
par l'INSEE en 1978 était définie dans l'institution comme une tâche d'ingénieur consistant à
mettre au point un nouvel outil statistique devant être utilisé dans le processus de production des
données sur l'emploi et la situation sociale. Conformément aux méthodes du travail de
l'ingénieur, une première phase a consisté en études préliminaires sur la conception du nouveau
produit.
Depuis le début des années soixante-dix s'était développée une abondante littérature sur
les classifications d'emploi, destinée justement à mettre au clair les principes devant guider la
construction d'une bonne nomenclature.
Nous laisserons pour plus tard des observations sur les causes de cette efflorescence pour
ne retenir maintenant que les principes avances. Un document publié en 1973 par le CEREQ
faisait le point sur "l'analyse des qualifications et les classifications d'emploi" en réunissant des
contributions d'experts de diverses institutions impliquées dans le classement des emplois : INSEE
ministère du Travail, CEREQ, IEE [8]. De la plupart de ces contributions il ressortait une définition
cohérente de la tâche du taxinomiste que l'on pourrait résumer de la manière suivante : le
taxinomiste doit choisir des critères pertinents permettant de rassembler dans des catégories
homogènes et exclusives des emplois.
J. Vincens introduisait ainsi la question de la classification d'emplois : "Une classification
n'est pas autre chose qu'une combinaison de critères qui permet de construire une distribution
statistique des emplois. On utilise les différentes valeurs d'un ou plusieurs des critères qui ont
servi à analyser les éléments que l'on veut classer, pour construire les rubriques entre lesquelles
on répartit ces éléments" (Vincens, 1973). M. Pouget faisait reposer sa critique de la
Nomenclature des emplois (Pouget, 1971) sur la ("cohérence interne" de la nomenclature et sur la
"pertinence des critères" utilisés en rappelant en introduction les principes fondamentaux
énoncés par J. Vincens : "Les qualités fondamentales d'une nomenclature sont la capacité
d'exclusion et l'homogénéité : aucun emploi ne doit figurer dans deux rubriques de même rang.
Les emplois classés dans une rubrique doivent avoir un caractère commun 3"
Ces contributions avaient donc une forme standard qui comportait généralement, après un
exposé des principes de méthode, une critique des nomenclatures existantes à la lumière de ces
principes et des propositions finales sur le choix de critères pertinents. Ces critères étaient
présentés alors comme déterminés par une théorie des emplois et un usage déterminé de la
nomenclature. C'était la "qualification requise pour l'emploi" (Vincens, 1970) ("telle qu'elle est
déterminée par des experts objectifs"), les vingt caractéristiques professionnelles empruntées à
une étude allemande sur les classifications (Kosta, Krings, 1970) (citée dans Dupuy, 1973 et
Pouget 1973), les "critères d'analyse socio-technique de la forme", les "connaissances requises
pour tenir l'emploi", les "vitesses de passage entre emploi" (D'Iribarne, 1973); dans Foubert

3Onnotera que l'essai de B. Guibert, J. Laganier et M. Volle (1971), cité dans plusieurs de ces contributions (Dupuy,
1973; Pouget, 1973), n'est évoqué que pour la définition formelle d'ue nomenclature qui y est donnée dans sa
première partie : "Une nomenclature se présente formellement comme une suite de partitions emboîtées sur un
ensemble de postes élémentaires."
(1973) étaient énumérées un beaucoup plus grand nombre de caractéristiques qui allaient former
le cadre de description des emplois-types du Répertoire français des emplois4.
L'ensemble de ces travaux a eu le grand mérite de faire voir les nomenclatures, qui,
normalement, restent enfouies dans les données avec lesquelles on les confond, et de suggérer
diverses pistes d'analyse des emplois. Cependant plus encore que la détermination du bon critère,
il nous a semble que c'était la définition générale de la tâche du taxinomiste qui posait problème,
telle qu'elle ressortait de cette façon de compendium des règles de la méthode taxinomique. Elle
était certes conforme à la présentation canonique des classifications mais, compte tenu de la
nature des objets à classer, chacun des termes de cette définition soulevait des questions peu
traitées dans les textes cités.
— Le classificateur est-il en mesure de choisir la définition des catégories ?
— Ces catégories peuvent-elles êtres homogènes et exclusives sur le modèle des classes
d'équivalence, et peuvent-elles être fondées sur des découpages suivant des critères jugés
pertinents par le classificateur ?
— Quels sont les objets classés par le taxinomiste et quel est l'univers dont il prétend rendre
compte ?
II Du logique au chronologique : une perspective historique
Les premiers travaux engagés pour répondre à ces questions l'ont été dans l'esprit des
réflexions préalables à la réforme de la Nomenclature des activités et de produits, publiées dans
Guibert, Laganier, Volle5 (1971). Cet essai, après une présentation académique sur la définition
formelle d'une nomenclature, avait le grand mérite, dans une deuxième partie, de suggérer
l'importance des liens entre cet instrument et l'état de la société où il avait été produit. Esquisser
une chronologie des nomenclatures industrielles depuis le XVIIIe était une méthode pour faire
ressortir ces relations et mettre en cause l'idée d'un classificateur hors du jeu, choisissant les
bonnes définitions pour rendre compte du monde social. Dans ce travail, les principes de
construction des nomenclatures industrielles étaient rapportés à leur fonction et à leur usage.
Ainsi la nomenclature de Tolosan de 1788 reposait sur la distinction par matières premières,
conformément à la représentation que se faisaient les physiocrates du bon usage des ressources
naturelles. En 1861, les groupements étaient opérés par produits, le libre-échangisme entraînant
des regroupements défensifs selon ce principe. Plus nettement encore, le projet de 1942 épousait
les comités d'organisation corporatifs construits comme des cartels d'entreprises. Dans cette
perspective était donc déjà mis l'accent sur les relations entre classements et institutions, et cela
d'autant plus aisément que les nomenclatures d'activité industrielle devaient, à la différence des
nomenclatures socioprofessionnelles, servir d'outil de gestion et avaient valeur de droit.
Cette perspective historique était tout a fait étrangère à l'état d'esprit du statisticien, plus
prompt à "inventer" qu'à archiver et elle avait l'intérêt de dénaturaliser les nomenclatures. C'est
dans cette perspective qu'ont été menés les premiers travaux sur la nomenclature des catégories
socioprofessionnelles. Ainsi on a pu retracer l'histoire de la progressive séparation des catégories
d'activité individuelle et des catégories d'activité des entreprises, et de l'explicitation de
l'opposition salarié/non-salarié avec la suppression de la catégorie des isolés" après 1936 (petits
patrons, ouvriers ç domicile, salariés à emploi irrégulier) (Desrosières, 1977). Était mis en évidence
le lien entre l'"invention" des catégories statistiques des "cadres" et des "ouvriers qualifiés" et les
premières conventions collectives et réglementations du travail qui, entre 1936 et 1939,
commençaient à codifier les diverses catégories des classifications, et qui allaient être étendues et
solidement établie en 1945 par les décrets Parodi.
Les rapports entre les nomenclatures socioprofessionnelles et l'état de la société étaient
parfois abordés dans les travaux critiques sur ces instruments mais, le plus souvent, sous la forme

4Ces caractéristiques relèvent de la "définition fonctionnelle de l'emploi" (activité et taille de la firme, produits, finalité
du travail, ...), des "éléments de la situation de travail" (relation aux données aux équipements et aux hommes), de
la "description des activités" et des "connaissances exigées".
5Michel Volle a poursuivi le travail amorcé dans cet article à propos des nomenclatures, dans deux ouvrages (Volle,
1980, 1982)
d'un dévoilement de la subordination de ces instruments aux intérêts de l'Etat 6. Il nous semblait
que ce court-circuit économique dans l'analyse empêchait un examen du travail effectif de
constitution des classifications et une analyse plus approfondie des fonctions du codage social 7.
Ces travaux historiques, en montrant que les nomenclatures statistiques sont des
représentations historiquement marquées de l'espace social, suggéraient qu'elles ne pouvaient
être construites de toutes pièces. Ils mettaient en cause la représentation précédente du
taxinomiste choisissant les critères pertinents de définition des emplois, représentation qui
constituait une définition théorique de la tâche de taxinomiste. La question des pièces, en
l'occurrence des formes réutilisées dans la tâche de classement, devenait centrale et il nous
semblait que le discours théorique devait être confronté aux conditions pratiques de la mise en
oeuvre de ces classements.
Le fait que !a reforme des nomenclatures de professions et catégories socioprofessionnelles
ait été réalisée au sein de l'INSEE dans une unité de production et d'analyse de données sur ces
sujets, et non dans une unité qui s'autonomisait à cette époque pour se spécialiser dans les
nomenclatures en général, a sans doute influencé les choix de cette méthode. Il n'aurait sans
doute pas été possible de maintenir le lien entre l'étude statistique des professions, celle des
personnes enquêtées et celle de leur classement, ni de construire un cadre théorique intégrant
l'ensemble de ces questions, si la division du travail statistique avait été encore plus poussée que
celle qui sera décrite.
III. L'atelier, le code et le coutumier
La division du travail inaboutie qui vient d'être évoquée est interne aux services centraux de
la direction générale de l'INSEE. Mais la principale division qui est, elle, effective, sépare cette
direction générale des établissements régionaux ou la quasi-totalité du travail de production des
données est réalisée dans ce qu'on appelle, au sein même de l'INSEE, les "ateliers" de saisie et de
chiffrement. C'est en effet là que se rencontrent les plus forts rassemblements de postes de
travail identiques, dans une organisation du travail soumis aux règles de la production
industrielle. Ainsi la chaîne de production courante de données concernant les individus peut être
représentée de la manière suivante. En amont, le travail de collecte des données est réalisé par
des enquêteurs ; les questionnaires qu'ils fournissent sont contrôles puis codifies par les
chiffr(eurs)euses8, et enfin saisis par des perfos. Ces ateliers sont encadrés par des chefs, eux-
mêmes sous la responsabilité d'un responsable de production. A la direction générale, un
responsable d'enquête supervise l'ensemble des opérations. Cette description à la platitude
formelle de l'organigramme, forme privilégiée de l'objectivation de l'organisation de l'entreprise.
Cependant, pas plus que les autres formes de codage social qu'on examinera ici, il ne nous semble
qu'elle doive être écartée comme un écran que le chercheur se devrait de dépasser pour
"dévoiler" les fonctionnements "réels" de l'organisation. Elle est une des formes les plus
longuement et solidement constituées pour régler les usages et est à prendre en compte en tant
que telle. L'échelle des statuts professionnels épouse de très près cet organigramme. Les
enquêteurs n'y apparaîtront pas parce qu'ils ne sont pas fonctionnaires mais pigistes, les
chiffreuses seront agent d'exécution (catégories C ou D), les chefs d'atelier seront souvent
contrôleurs (catégorie B), les responsables régionaux de production, attachés (catégorie A') et les
responsables nationaux d'enquête, administrateurs (catégorie A). Conformément aux lois de la
division du travail appliquées dans le cadre de l'organigramme décrit précédemment, le
responsable d'enquête définit par des "instructions", les tâches d'exécution qui, pour ce qui est
de la codification de la situation socioprofessionnelle, reposent sur l'application de "consignes" de
chiffrement réglant l'utilisation des nomenclatures, "code" des métiers et code des catégories

6Cf. par exemple Lorenzi, 1977.


7Des études sur les systèmes de classification dans les entreprises ont, à l'inverse, apporté des contributions
précieuses à cet examen (Dadoy, 1975; Bouguereau et Boullu, 1976)
8Quoiqu'il existe quelques chiffreurs on préfèrera, compte tenu de leur caractère minoritaire, parler de chiffreuses et
rendre compte de la coutume plutôt de que de se conformer à la loi.
socioprofessionnelles. Le respect de ces règles dans l'usage de ces outils doit assurer la qualité
standard du produit de ce processus : la profession codifiée.
La consonance des termes indigènes mentionnés entre guillemets (on parle dans le jargon
maison du "charbon" pour mentionner ces activités) montre que le modèle de référence, dans la
phase d'utilisation de la nomenclature, est le processus de production industriel, et non les
principes de la méthode taxinomique tels qu'on les a vus exposés précédemment. Pourtant,
comme on aura pu l'observer, ces deux modèles de l'activité de classement s'accordent sur plus
d'un point, la définition des rubriques par des critères distinctifs étant parfaitement adéquate à
leur formulation sous forme d'instructions prêtes à exécution. Plus généralement, on observera
que les définitions techniques des différentes tâches ; impliquées dans le processus s'assemblent
étroitement entre elles tout comme les habitus des agents qui y sont engagés (Bourdieu, 1979).
Ainsi, la rigueur formelle du taxinomiste, formalisateur par formation, s'articule bien avec les
exigences d'une formulation rigoureuse, sur le modèle du droit, qu'empruntent les formulaires
administratifs, comme avec celle du formatage de l'informaticien ou du formalisme de la
chiffreuse, et plus encore du contrôleur, qui sont mis dans une situation de magistrat par rapport
aux individus fictifs qu'ils catégorisent, par l'intermédiaire du formulaire que ces derniers ont plus
ou moins correctement remplis. Il résulte de cette adéquation, dont on oublie souvent que c'est
une condition de réussite de la division du travail, qu'une très faible part des difficultés
d'application de la consigne accèdent à l'explicitation et, remontant les échelons hiérarchiques,
sont susceptibles d'aboutir à la modification de cette règle. Des mesures systématiques d'écarts
de chiffrement montrent pourtant qu'environ un cas sur cinq ne peut être chiffré avec certitude
par l'application stricte de la consigne.
Tout statisticien familier de cette chaîne de production connaît cependant, comme
l'ingénieur de production, des échecs de la consigne et des résistances de la matière à traiter et
sait que le processus de production n'est pas absolument conforme à cet ensemble cohérent de
règles. S'il s'est déplacé dans les ateliers de chiffrement des enquêtes, il a pu observer l'usage de
listes manuscrites qui circulent entre les chiffreuses, espèce de coutumier établi au niveau de
l'atelier et destiné à traiter de manière standardisée des cas non prévus dans la consigne, et à en
constituer une sorte d'extension souple et locale. Plus informels encore, mais non moins
routiniers, sont les échanges verbaux entre les chiffreuses d'un même atelier au sujet des cas
difficiles. Ces habitudes ne peuvent d'ailleurs se former qu'en raison de la forte ancienneté des
chiffreuses, de leur familiarité avec l'usage des nomenclatures et de leur interconnaissance
mutuelle.
L'organisation du travail est évidemment différente pour l'exploitation du recensement de
population ou le volume de la matière à traiter tend à faire adopter une organisation du travail
plus taylorienne compatible avec l'emploi d'agents n'ayant pas le métier des chiffreuses
d'enquête9. A la suite de conflits importants dans les grands ateliers de chiffrement et de saisie,
lors du recensement de 1968, et des problèmes soulevés par le reclassement des vacataires
recrutés en nombre pour cette opération, une réorganisation complète du travail avait été
décidée pour le recensement de 1975, reposant sur des investissements matériels importants.
Ainsi, la mise en place d'un système informatique de saisie-chiffrement en conversationnel
(COLIBRI 1) devait permettre de réduire les tâches manuelles. La division du travail de chiffrement
était alors très poussée. Selon les principes de l'ancienne nomenclature des métiers10, seule
l'appellation de profession devait être codée par les chiffreuses, la prise en compte des autres
critères (statut, nombre de salariés, qualification, activité économique de l'employeur) ne
s'effectuant que dans la codification informatisée de la catégorie socioprofessionnelle. Le logiciel
conçu par les informaticiens était conforme à ces principes : si l'appellation de profession saisie
par I'opératrice ne figurait pas dans les fichiers stockés en mémoire, le système affichait une liste

9cf. l'article de Jean-Marie Pernot dans ce numéro.


10Ces principes étaient ceux de la première version de la "Nomenclature des activités individuelles" de 1947 et ils
avaient été conservés jusque dans l'édition de 1975 du "Code des métiers" (2, 3) et cela malgré les modifications
dont cette nomenclature avait été l'objet.
d'"échos", c'est-à-dire d'appellations figurant dans ce fichier et ayant plusieurs ou un seul mot
commun avec l'appellation saisie. Il ne fournissait aucune information à l'opératrice sur les
rubriques de la nomenclature auxquelles étaient affectées ces appellations. Sa tâche était donc
définie par les spécifications du système informatique et devait consister à rapprocher deux
appellations de profession, indépendamment de toute information complémentaire sur la
"matière première" (l'emploi et son titulaire) ou sur le "produit fini" (l'affectation à une rubrique
de la nomenclature). Le responsable des nomenclatures, désireux de s'informer sur la mise en
oeuvre de son outil, pouvait alors constater que la pratique des opératrices s'éloignait nettement
de la définition de la tâche selon les spécifications du système. Dans les cas complexes, ces
opératrices ne pouvaient effectuer le rapprochement entre appellations, tel qu'il était délimité
dans la tâche, mais cherchaient à se figurer l'emploi et son titulaire en mobilisant l'information
disponible et à se faire une idée des cas typiques de la rubrique en retournant au document
manuel qui fournissait une liste d'appellations contenues dans cette rubrique. Ces pratiques ont
d'ailleurs été confirmées par une mission ergonomique engagée par l'INSEE pour faire le bilan de
l'utilisation de ce système (Pinsky, Kandaroun, Lantin, 1979).
Même si le statisticien s'enquiert, par des échanges informels de ces dysfonctionnements,
l'essentiel est pour lui d'assurer les normes de production. Il fait partie de sa tâche d'évaluer la
fiabilité des données qu'il produit et d'élaborer des procédures de contrôle. Ainsi, en faisant
chiffrer à nouveau et indépendamment un échantillon de questionnaires, il calcule des taux
d'erreur. Les "erreurs de mesure" tenant à la collecte ou au chiffrement sont ainsi classiquement
distinguées dans les manuels de statistique des "erreurs aléatoires" résultant du plan de sondage.
A la différence des secondes, les erreurs de mesure ne peuvent toutefois pas être interprétées
dans un cadre théorique analogue à celui de la théorie des sondages.
Une information sur les limites des consignes circule d'autre part sous forme d'anecdotes
rapportant des cas particulièrement cocasses et difficiles à chiffrer. Il nous semblait que c'était à
partir des ratés du modèle de la tâche qu'on pouvait trouver des éléments pour avancer un autre
modèle. Des travaux visant à constituer sous une forme plus systématique que l'anecdote, ou
mieux adaptée à l'interprétation que le ratio moyen d'erreur de mesure, ont donc été menés dans
le cadre de la nouvelle nomenclature. Ils portaient sur deux types d'objets qui nous semblaient
fâcheusement ignorés ou réduits dans les théories sur les classifications : la matière première sur
laquelle opéraient les chiffreuses, autrement dit les déclarations des personnes enquêtées sur
leur situation professionnelle, et les procédures effectives par lesquelles les chiffreuses avaient
coutume de traiter les cas problématiques lorsque les consignes n'y suffisaient pas.
IV. S'abstraire des noms de métier
Cette orientation a résulté de la conjonction entre les contraintes d'une tâche matérielle à
réaliser, la fabrication d'une nomenclature, et un cadre théorique sur les fonctions sociales des
classements (Boltanski, 1970; Bourdieu et Boltanski, 1975). Il était en effet difficile de fabriquer
une nomenclature opératoire sans se familiariser avec l'usage effectif de cet outil au-delà du
débat savant sur les bonnes formes d'une nomenclature 11.
Cette épreuve de réalité obligeait, entre autres, à reconnaître que la matière première des
classements était faite de réponses à des questionnaires (réponses à des questions fermées mais
aussi ouvertes dans le cas de la déclaration de l'intitulé de profession) et non emplois "réels".
Lorsque cette condition du travail de classification n'était pas refoulée au profit d'une définition
plus noble de cet "emploi" ou "situation de travail", elle donnait lieu à des critiques sur les
déformations de la réalité qui résultaient de la médiation par les appellations de profession
mentionnées12.

11 Le travail de M. POUGET apportait de nombreux éléments sur l'usage effectif de la "Nomenclature des emplois"
produite par l'INSEE et le ministère du Travail pour que les entreprises classent elles-mêmes leurs emplois dans le
formulaire de l'enquête "Structure des emplois" (Pouger, 1971).
12 "De même que l'on classait (dans les enquêtes ou recensement) les individus selon l'âge, le sexe ou le domicile. on
cherchait à les classer selon les occupations identifiées grâce à l'appellation donnée par la personne enquêtée.
L'information sur l'emploi était donc médiocre" (souligné par nous; Vincens, 1973). " Le critère utilisé par la
Les débats passionnés autour du concept de qualification, dans les années soixante-dix, ont
bien fait ressortir cette position à l'égard des formes d'enregistrement de la situation
professionnelle, considérées comme autant de formes perverties empêchant comme des
masques l'accès à la réalité des emplois. L'extension sémantique démesurée du terme fournissait
un espace de projection pour des distinctions entre les divers types de qualification "officielle",
"salariale", "requise" et leurs écarts par rapport à la "qualification réelle du travailleur" [9], c'est-
à-dire celle dont la définition revient en propre au chercheur. Dans la première présentation de la
réforme à venir des nomenclatures, il était toutefois rappelé par le responsable de l'opération à
l'INSEE que cette contrainte ne pouvait être levée : "Dans la pratique, quelle que soit la nature
des informations cherchées sur les activés (statistiques établies à partir de sources variées ou
simple description), celles-ci seront toujours repérées par des désignations plus ou moins
détaillées." (Begue, 1973). Il nous semblait donc prioritaire d'effectuer des travaux sur ces
appellations et plus généralement sur l'enregistrement de la situation professionnelle dans la
chaîne statistique13.
V. Un emploi à quel titre 14 ?
Dans la première étape de l'enregistrement où sont remplis les questionnaires, les causes
d'incertitude les plus apparentes sont celles qui entraînent des difficultés dans l'étape suivante (le
chiffrement). La plus évidente est, pour les questions sur la profession comme pour les autres,
l'absence de réponse15. Les taux de non-réponses sont régulièrement calculés, permettant
d'évaluer l'efficacité apparente de la question. Le plus souvent, ces taux ne sont explicables que
lorsqu'ils sont rapprochés d'autres caractéristique de l'enquête. Ainsi, dans le bulletin individuel
du Recensement général de population de 1975, la question sur la qualification des ouvriers a un
taux moyen de non-réponses de 34 %. Mais une analyse par métier montre que ce taux est très
dispersé, et qu'il y a des métiers ouvriers dans lesquels la distinction OQ/OS/manoeuvre n'a
pratiquement pas de sens : les bouchers-charcutiers (87 % de non-déclarés), les chauffeurs
routiers (73 %), les métiers de l'habillement (54 %) (Cezard, 1979). On reconnaît là des activités
artisanales exercées souvent dans de petits établissements où les grilles de classification sont mal
connues, où dans des secteurs dans lesquels la distinction ouvrier qualifié (professionnel)/ouvrier
non qualifié (ouvrier spécialisé) n'est pas pertinente (une échelle de lettres est utilisée par
exemple dans les métiers de l'habillement). Dans ces cas on attribue d'autorité une qualification
aux non-déclarés (le plus souvent une qualification d'ouvrier qualifié), pour permettre le
classement dans les catégories socioprofessionnelles. En remplaçant la réponse (la non-réponse)
par une autre, on rectifie la position de l'enquête ; on dit dans le jargon statistique qu'on le
"redresse", ce qui traduit bien le sens de l'opération : rapprocher les réponses obtenues des
réponses attendues, des réponses réglementaires, c'est-à-dire conformes aux règles de la
codification (Thévenot, 1979) .
Une autre source de difficultés très évidente est constituée par les réponses vagues ou
apparemment contradictoires. La fréquence de ces réponses non satisfaisantes, qui peut être
réduite par la présence d'un enquêteur, n'est souvent rapportée qu'à la formulation de la
question, à sa cohérence logique, ou à la bonne volonté de la personne enquêtée. En raison de
l'importance de ces difficultés, une étude a été menée concernant la question sur les aides

nomenclature du BIT est Ie contenu de l'emploi, ce qui pose aussi de très nombreux problèmes. En effet, pour
faciliter le classement des emplois, on est amené à composer un index alphabétique et l'on retombe facilement
dans les contradictions de nomenclatures basées sur des regroupements d'appellations"."
Les nomenclature utilisées en France par l'appareil statistique ainsi que celles utilisées par les entreprises, ont pour
caractéristiques communes de se présenter sous forme de listes d'appellations (en ital. par l'auteur) [...] . Dans
cette approche, il existe un lien entre l'économie et son évolution d'une part, et les emplois et leur évolution
d'autre part ; mais ce lien est à la fois implicite et formel " (D'Iribarne, 1973)
13On préfèrera le terme d'"enregistrement" statistique à celui d'"observation", de "recueil" ou de "collecte" des
données parce que, emprunté au droit, il fait ressortir les caractéristiques de cette opération, c'est-à-dire le coût
de cette inscription et ses effets, le constat dans un état faisant autorité.
14Les paragraphes V, VI et VII sont extraits de Thévenot (l98la).
15Pour des analyses systématiques de ces absences de réponse, voir Tabard (1975) et de Singly (1982).
familiales (Huet, 1981). Elle montre que la rigueur logique d'une formulation qui épouse la
définition statistique de la catégorie ne garantit pas que l'agrégat construit à partir des réponses
soit conforme à cette définition. La complexité nécessaire à cette rigueur peut en effet rendre la
question inintelligible à des esprits non formalistes. Ainsi la question du recensement de 1975,
destinée à construire la catégorie aide familial, est formulée de la manière suivante : "Travaillez-
vous, sans être salarié, en aidant une autre personne dans sa profession (par exemple, un
membre de votre famille) ?". Elle réunit trois conditions devant être vérifiées simultanément,
deux positives entourant une négative, et la dernière étant spécifiée par un exemple (entre
parenthèses) qui ne doit pas en principe être confondu avec ladite question. Même simplifiée
cette formulation rigoureuse n'est pas toujours bien comprise : plusieurs personnes interrogées
expriment leur incertitude sur le sens qu'elles doivent lui accorder puisqu'elles écrivent sur leur
bulletin "aide familial" afin de s'assurer que leur situation soit bien comprise et cela plus souvent
dans le cas des enfants d'agriculteurs16
Ces apparentes redondances ou bien, à l'inverse, les contradictions qui résultent de
réponses simultanées à des questions conçues comme contradictoires (aide familial et exploitant
agricole) s'expliquent par l'interférence des définitions statistiques avec des catégories
concurrentes auxquelles les enquêtes sont intéresses, parce qu'elles ont des sanctions juridiques
et économiques. Ainsi le ministère de l'Agriculture a une définition plus extensive des aides
familiaux et seuls les enfants d'agriculteurs cotisent comme tels à La Mutualité sociale agricole, ce
qui explique les réponses précédentes. Les écarts importants observés d'une source à l'autre sont
l'effet de la multiplicité des catégories non superposables qui ne sont pas "durcies", et de la
distance entre les situations de droit et les situations de fait. Ainsi l'activité des femmes
d'agriculteurs est un cas extrême de travail non "professionnalisé", particulièrement difficile à
saisir par le statisticien qui doit tracer les limites de sa catégorie dans une zone floue et
mouvante, et les disjonctions logiques qu'il impose (aide familial doit s'opposer à exploitant
agricole comme à un salarié agricole) ne sont pas conformes à la pratique des enquêtées17. Un
retour auprès de ces enquêtées a montré que leurs réponses ne dépendent pas tant de la durée
du travail sur l'exploitation (variable qui constitue en principe le meilleur critère de partage pour
le statisticien), que du type de l'exploitation et de la configuration du ménage. Dans la culture
maraîchère, les femmes peuvent pratiquer les mêmes activités que leur mari et il est dit souvent :
"On partage toutes les tâches". Elles se déclarent volontiers exploitantes agricoles comme leur
mari. Dans la petite exploitation de polyculture, en revanche, les femmes effectuent à la fois des
tâches spécifiques (soins aux animaux, traite) et des activités "bouche-trou", des "coups de main"
moins valorisées que celles de leur conjoint. Elles ont moins que les autres le sentiment d'exercer
une profession que, de plus, leur mari ne leur reconnaît que rarement, même lorsqu'elles sont
très actives sur l'exploitation et qu'elles ont une formation professionnelle (Huet, 1981).
L'accroissement des exploitants agricoles et la diminution des aides familiales expriment donc

16Puisqu'il s'agit ici de faire voir les catégories que l'on


met en oeuvre pour classer les situations professionnelles. Il est
important de distinguer les termes désignant des catégories construites, déterminées par le statisticien ou le
juriste et dont l'usage anonyme est réglé par des écrits qui les définissent et qui font loi, de ceux employés par les
personnes enquêtées en leur nom propre, dans un usage courant et non réglementé. Ces termes (aide familial,
cadre, etc.) sont parfois identiques - homonymes plutôt - mais ils n'ont pas la même valeur. On les distinguera en
soulignant ceux qui font référence à des catégories construites et en encadrant de guillemets ceux qui sonl
employés par les personnes enquêtées.
17Ce flou n'est pas propre aux aides familiales de l'agriculture. A partir de l'examen d'un échantillon d'environ 25 000
bulletins individuels (BI) de 1975 on peut estimer que parmi les 75 000 femmes classées aides familiales de
commerçant parce qu'elles ont répondu oui à la question 12 du Bl, 30 % s'identifient totalement au groupe
socioprofessionnel en déclarant l'appellation type "commerçant(e), 36 % mentionnent une appellation de
profession plus précise - en général la forme féminisée de celle du mari ("bouchère", "épicière", "foraine"...) plus
rarement une appellation spécifique ("bouchère-caissière", "vendeuse"), 7 % utilisent une périphrase pour
expliquer les tâches sans nom qu'elles accomplissent ("aide son mari", "aidant mon mari dans son commerce",
"seconde le mari dans son commerce", "aide à la vente dans la parfumerie", "travaille au commerce de boucherie",
12 % laissent en blanc cette question, enfin 15 % soulignent même leur absence de situation professionnelle
consolidée par la mention explicite "sans profession".
moins une augmentation du temps consacré au travail agricole qu'elles ne traduisent une
transformation du statut de la femme dans l'exploitation.
Mais cette transformation n'est pas encore inscrite dans le droit ("durcie" pour reprendre la
métaphore avancée précédemment)18, Elle peut toujours être contestée par des agents sociaux
ayant des intérêts contraires, de sorte que l'enregistrement statistique est très dépendant des
conditions d'interrogation et des consignes de codage. Ainsi, dans un couple de maraîchers âgés,
le mari qui a rempli les bulletins de recensement de toute la famille n'a pas indiqué de profession
pour sa femme et celle-ci, réinterrogée, a protesté en déclarant qu'elle travaillait davantage que
son mari (Huet, 1981). On voit bien, sur cet exemple, la conséquence sur la réponse de l'identité
de la personne interrogée et surtout de sa position par rapport aux catégories mises en oeuvre,
auxquelles elle est le plus souvent intéressée dans sa famille et dans son lieu de travail .
Les absences de réponse, ou la forme des réponses en général traduisent également
l'attitude de l'enquêté à l'égard du questionnement (Tabard, 1975). On sait que les questionnaires
de l'INSEE sont souvent perçus comme des demandes de renseignements émanant de
l'administration. On leur prête une qualité juridique qu'ils n'ont pas, et les réponses sont réglées
sur celles qui sont données à d'autres administrations et qui empruntent des catégories
réglementaires19. Une personne enquêtée, maraîchère travaillant quarante heures et plus sur
l'exploitation, a déclaré qu'elle inscrivait un trait sur tous les papiers administratifs où l'on
s'enquerrait de son activité professionnelle, suivant en cela le conseil de l'inspecteur des lois
sociales en agriculture. De même, une dactylo de l'administration peut ne faire figurer que la
mention "commis" (qui est son grade) sur le questionnaire du recensement, parce que c'est la
"vraie"> appellation (légale) de son métier, celle qui doit être déclarée a l'administration. Soumise
à une interrogation d'un autre type (familial, amical, scolaire...), l'enquête pourra mettre en
oeuvre d'autres principes de classement qui conduiront à d'autres déclarations : celle qui s'était
déclarée "commis" se désignera comme "dactylo", "secrétaire", ou signalera simplement qu'elle
"travaille dans un bureau".
On a indiqué précédemment, à propos des aides familiales, qu'une réponse ambiguë
pouvait manifester le flottement de ces systèmes de repérage ou leur contradiction dans une
période de transformation importante. Elle résultait en l'occurrence de la substitution progressive
d'une structure familiale (deux conjoints travaillant sur l'exploitation et faisant tous les deux
profession d'être agriculteur) à une autre (un chef d'exploitation chef de ménage et sa femme
"mère de famille" et en même temps "aide familiale"). Les déclarations figurant sur le bulletin
sont nécessairement marquées par ces différents systèmes qu'il est nécessaire de connaître pour
les interpréter, mais elles résultent aussi de l'attitude générale à l'égard du questionnaire, très
variable suivant les milieux sociaux des enquêtés. En l'absence d'étude systématique sur ce sujet,
on peut citer quelques observations qui mettent en cause l'opposition superficielle entre
enquêtés négligents et enquêtés consciencieux, et font ressortir l'influence de la configuration
sociale du ménage sur le mode de réponse20.

18Dans le cas des aides familiales du commerce, une modification récente de la législation du commerce consacre un
relatif professionnalisme, et les épouses de commerçants peuvent aujourd'hui s'inscrire personnellement au
registre du commerce, à condition de "collaborer effectivement à l'activité commerciale de celui-ci sans être
rémunérées et sans exercer aucune autre activité professionnelle" (décret n° 79 434 du 1er juin 1979). Elles sont
alors rendues électrices et éligibles aux chambres de commerce et d'industrie (décret n° 79 630 du 13 juillet 1979).
19Ce mode de questionnement a des effets encore plus sensibles iorsqu'il est tout à fait administratif ; non seulement
parce que l'attitude du répondant est influencée par les sanctions réelles ou supposées associées à sa réponse,
mais surtout parce que la production statistique, alors objectif secondaire de la collecte d'une information
administrative. s'en trouve nécessairement influencée sur les effets d'un questionnement administratif auprès
d'individus, voir Merllie (1982).
20Voir aussi le travail sur le refus de réponse à l'enquête "situations défavorisées" (Borkowski, 1981). L'analyse de ces
refus suivant la catégorie socioprofessionnelle du chef de ménage met en évidence un taux de refus des
indépendants deux fois plus important que celui des salariés, une analyse des motifs de refus montre qu'ils sont
plus fréquemment "idéologiques" (explicitement) dans les couches moyennes et parmi les ouvriers. Les cadres
supérieurs proposent beaucoup plus volontiers que les employés (également nombreux à refuser de répondre)
une explication à leur attitude. et cette justification est plus souvent rapportée à leur situation personnelle. On
Ainsi dans un ménage où le mari est employé (niveau maîtrise) au ministère de la Marine et
qui n'a, ainsi que son épouse, que le certificat d'études primaires comme diplôme
d'enseignement général, la femme (qui élève cinq enfants) manifeste beaucoup de bonne volonté
en répondant aux questions de l'enquêteur venu la réinterroger ; mais elle ne peut préciser la
situation professionnelle de son mari qui n'a mentionné, à la question sur la profession, que
l'intitulé vague "agent administratif". Elle signale simplement qu'il s'est occupé de la vente
d'avions Breguet l'année précédente. En revanche, dans un ménage de cadres, la femme,
assistante de réalisation dans une station de radio, a rempli tous les questionnaires du ménage
avec un grand luxe de détails et en surchargeant bon nombre de réponses. Elle explique avec
complaisance qu'elle a eu beaucoup de mal à se classer dans les grilles du questionnaire qui
n'étaient jamais adaptées à sa situation particulière. Ainsi, étant titulaire d'un brevet de
technicien des métiers de la musique qui correspond tout à fait à la modalité baccalauréat de
technicien, brevet de technicien, etc., à la question sur le diplôme, elle a jugée nécessaire d'ajouter
cet intitulé complet à la question autres diplômes parce que, dit-elle, ce diplôme lui paraît
"quelque chose d'un peu à part". L'homme avec qui elle vit, qui occupe l'emploi de statut
inférieur au sien de technicien du son, et qu'elle a surclassé dans la catégorie ingénieur ou cadre à
la question, développe au contraire un point de vue radicalement opposé. Il pense que les
questionnaires sont faits pour que tout le monde y trouve sa place, qu'on doit s'adapter aux
grilles proposées sans les modifier, bref qu'il n'y a pas d'inclassables. On devine les conséquences,
tout à fait divergentes, que ces attitudes différentes à l'égard du questionnaire entraîneront, dans
la phase suivante du chiffrement. Dans le premier cas (l'agent administratif) l'incertitude sera très
grande, les choix de la chiffreuse ou les redressements automatiques opérés auront une grande
influence sur le résultat, dans le deuxième (la femme assistante de réalisation), l'information est
très riche mais en quelque sorte à côté du questionnaire, et seule une chiffreuse qualifiée et des
procédures manuelles peuvent permettre de la mobiliser, dans le troisième (le technicien du son)
l'enquêté opère lui-même les redressements et procure au statisticien une matière première tout
à fait conforme à ses attentes, sans qu'on puisse affirmer pour autant qu'elle soit de bonne
qualité (les catégories statistiques ont pu être mal comprise).
Les quelques observations que l'on a présentées montrent que les déclarations concernant
la situation professionnelle, qui laissent insatisfait le statisticien parce qu'elles sont lacunaires ou
contradictoires, ne résultent pas simplement de la formulation de la question ou de la
psychologie de la personne enquêtée. Pour les interpréter, il faut examiner le rapport entre les
catégories statistiques et les catégories juridiques ou pratiques par lesquelles l'individu est
identifié.
Vl. L'art, l'état et le métier: trois façons de faire profession
Dans le cadre des travaux de réforme des nomenclatures, il nous a donc paru utile de
réaliser sur des échantillons importants des études systématiques sur les déclarations de
profession, leur instabilité pour un même individu et l'effet spécifique de l'interprétation des
chiffreuses (le flou de chiffrement).
Les rubriques dont les appellations sont les plus stables (taux inférieur ou égal à 10 % alors
qu'il est de 34 % en moyenne) sont les suivantes : artiste peintre et sculpteur (0 %), artisan d'art
(0 %), notaire (0 %), clerc de notaire (7 %), sage-femme (0 %) kinésithérapeute (10 %), assistante
sociale (10 %), pêcheur (0 %) marin du commerce (10 %). Derrière l'apparence composite de cette
énumération, on peut saisir ce qui fait la solidité d'un nom de métier. On cherchera à relier cette
plus ou moins grande solidification aux différences dans le rapport que peut entretenir la
personne qui l'exerce à ce nom, différences qui apparaissent très clairement lorsqu'on fait
l'esquisse du champ sémantique des termes en usage pour désigner l'occupation (voir schéma).
Les deux premières activités sont pratiquées comme des arts, les suivantes comme des
charges ou des offices. Ce sont là les deux cas extrêmes de cristallisation de l'intitulé de

verra, dans un des exemples développés plus loin, une attitude semblable à la fois distante et motivée, de la part
d'une femme cadre qui développe l'idée que le questionnaire lui est personnellement inadapté.
profession et de son attachement absolu au titulaire, par l'effet d'un don, d'un achat ou d'une
nomination, termes évoquant une opération qui aurait conduit à cet attachement individuel
pratiquement inaltérable (partie haute du schéma). On sait que le terme art ne désigne pas
seulement l'activité de l'artiste mais aussi celle du médecin ou de l'avocat lorsqu'on veut indiquer
une habileté "naturelle" qui, si elle peut être mise en valeur grâce à un travail, tient du "don"
(qu'on "entretient" et non qu'on "acquiert" comme une charge, ou qu'on "apprend" comme un
métier). Dans ce cas limite, le nom de métier se confond tout à fait avec le nom propre de
l'homme de l'art, de celui qui a réussi à se faire un nom (sa signature dans le cas d'un artiste). La
charge, l'office, le ministère caractérisent des situations dans lesquelles l'adhésion du titulaire à
son emploi est sanctionnée par un acte juridique "d'achat" de la charge ou de "nomination" dans
un ministère. Cette adhésion est aussi forte que dans le cas précédent : ce n'est plus l'art qui se
confond avec l'homme de l'art dans sa signature, mais l'officier qui se fond dans son office,
comme le manifeste l'annexion du nom de l'emploi au nom du titulaire (maître X, lieutenant T,
docteur Z, etc.). Cet état juridique est tout à fait propice à un enregistrement statistique fiable et
explique, par la consolidation du nom de l'occupation qu'il implique, la faible variation des
intitulés déclarés21.
On peut assigner à la profession une place intermédiaire dans ce schéma. Si l'on songe aux
professions médicales souvent érigées en modèle du genre, on constate simultanément une
référence à l'état, à l'art et au métier. A l'état, par la réglementation tout à fait stricte de l'accès à
la profession et des propriétés qualifiantes (titre scolaire), dont les procédures de contrôle sont
déléguées au système éducatif. A l'art, par des allusions fréquentes au talent, à l'intuition
personnelle, au sens clinique du praticien, qui ne saurait être réduit à une science universitaire.
Enfin au métier, parce que l'expérience professionnelle est volontiers mise en avant, de même
que l'apprentissage auprès des maîtres de la discipline. Quant à la spécificité de la profession, elle
serait sans doute à chercher dans "l'autolégitimation" par les pairs et dans les mécanismes qui lui
sont associés. Ainsi, dans l'éventail des systèmes de classement dont les médecins disposent pour
se situer (diplôme, grade universitaire, fonction hiérarchique, spécialité) et qui sont à l'origine de
réponses variables mais précises, l'un est entièrement sous leur contrôle. Les médecins
dispensent en effet, par l'intermédiaire de leur Ordre, une qualification (dite "compétence") à des
membres pouvant n'avoir aucun certificat d'études spécialisées (CES) mais qui font profession
d'une spécialité de fait et qui demandent au groupe des pairs de la légitimer Cette
autolégitimation (relative dans ce cas, totale dans celui des psychanalystes qui ne "s'autorisent
que d'eux-mêmes") caractérise la position intermédiaire de la profession dans les différents types
d'occupation
Les deux dernières activités citées parce que leurs appellations sont particulièrement
stables, pêcheur et marin du commerce ne relèvent évidemment pas des deux types esquissés
auparavant (l'office et l'art). Ce sont des métiers et la référence à ce terme signale toute une série
d'oppositions aux précédents (cf. schéma) Le métier n'est le résultat ni d'un don, ni d'une qualité
juridiquement reconnue - un état -, mais d'un apprentissage. Cet apprentissage manuel imitatif
auprès de gens de même métier est ce qui fait traditionnellement la légitimité du métier (ni
juridique ni géniale) et donc la permanence du nom. On comprend alors pourquoi le métier de
pêcheur dont les conditions d'exercice ont peu varié jusqu'à une période récente, et auquel on
accède le plus souvent par un apprentissage sur le tas, a conservé un nom stable. Plus
généralement, ce sont les métiers ouvriers ou artisanaux les plus anciens, s'exerçant dans des

21En droit civil l'état est constitue par l'ensemble des propriétés inhérentes à la personne auxquelles la loi attache des
effets juridiques (propriétés qui, en termes juridiques, la qualifient). De la même façon la qualification des ouvriers
telle qu'elle est définie dans les conventions collectives et rémunérée par un salaire, caractérise les seules
propriétés du travailleur qii sont reconnues comme utiles dans le processus de production même si d'autres
capacités peuvent être mises en oeuvre dans le processus de production. On comprend que ces propriétés
qualifiées soient les mieux adaptées ) la saisie statistique parce qu'elles sont à la fois précises parce que
contrôlées), homogènes (par l'effet du droit) et connues des personnes enquêtées (parce qu'associées à des
sanctions économiques).
secteurs traditionnels dont les processus de production sont restés inchangés, qui ont conservé
un nom : coiffure (taux d'instabilité de 16 %), préparation et travail du cuir (12 % à 23 %),
alimentation, corps de métier du bâtiment (14 %à 26 %). Le cas des ouvriers de l'alimentation est
exemplaire puisqu'on rencontre, dans ce groupe d'emploi, des métiers traditionnels qualifiés aux
appellations rigides (moins de 25 % de variation), les boulangers-pâtissiers, bouchers, cuisiniers,
aides de cuisine, et des professions plus récentes, industrielles, dont les intitulés sont beaucoup
plus fluctuants. OS de la laiterie (42 %), ouvrier de brasserie, de conserverie (47 %) De la même
façon, les déclarations des ouvriers de la menuiserie et de l'ébénisterie sont assez stables (26 %
variation) alors que les scieurs et autres ouvriers du travail du bois brut ont des appellations très
variables (68 %).
Plus généralement, les emplois dont les dénominations sont les plus fluctuantes (taux
d'instabilité supérieur à 60 %) sont des emplois d'ouvriers des secteurs de transformation des
matières premières (sidérurgie et première transformation des métaux bruts, bois, verre, matière
plastique) où les processus de production ont été profondément transformés entraînant une
diminution de l'intervention individuelle et manuelle de l'ouvrier, et une mise en cause de la
délimitation des tâches par l'incorporation d'une large part de cette intervention dans des
installations automatisées. Les processus de production en continu, en particulier, font obstacle à
une délimitation nette des attributions et à la formation d'un nom de métier, mais sont plus
souvent définis par la phase du processus où l'ouvrier intervient ("surveillant sur machines au
mélange de produits chimiques", "employé aux mélanges produits chimiques" 22. De même, le
chef du personnel d'un établissement de transformation des matières plastiques de la région
nantaise, interrogé dans le cadre d'une étude sur l'utilisation de la Nomenclature des emplois
dans les établissements concernés par l'enquête Structure des emplois, explique que, selon lui, il
n'y a plus lieu de faire référence à des appellations d'emploi dans les classifications. Seules lui
importent, dans la gestion de sa main-d'œuvre, deux notions : le coefficient hiérarchique et
l'atelier "injection" ou "extrusion", où travaille l'individu employé.

22Pour des observations concordantes sur l'absence de nom de métier parmi les OS de la grande industrie de la région
d'Amiens, voir Desrosières et Gollac (1982).
13

VOIR TABLEAU A PART


Vll. La gestion des noms de métier dans les entreprises
Pour écarter le risque d'une interprétation qui ne verrait dans ces transformations des noms
que les effets d'une évolution technique des postes de travail, il faudrait montrer en quoi elles
constituent un enjeu de stratégies patronales. Dans le cas précédent, le chef du personnel
interrogé souligne lui-même cet enjeu en replaçant la question de la terminologie et de la
classification dans le cadre de la concurrence entre fractions du patronat, à l'intérieur ; à
l'intérieur même du secteur des matières plastiques. Jeune cadre d'une trentaine d'années, il
affirme constamment son souci de se définir comme résolument "moderne" par rapport aux
images "traditionnelles" de la profession auxquelles il se trouve confronté, soit dans la
nomenclature des emplois, soit dans la convention collective. L'établissement dont il a la charge
compte 200 salariés dont 180 OS. Il a été récemment créé (1970) dans la région nantaise qui n'est
pas traditionnellement spécialisée dans ce type d'activité, mais vers laquelle se décentralisent des
entreprises produisant des biens de consommation en grandes séries et qui, pour ce faire,
recherchent une main-d'oeuvre jeune, féminine pour les emplois d'OS peu rémunérés. Cet
établissement réunit les machines les plus importantes et les plus automatisées de l'entreprise et
il s'oppose donc, tant par le genre de ses productions (grandes séries) que par sa main-d'oeuvre
(peu qualifiée), aux autres établissements restés dans la région d'Oyonnax, fief traditionnel et
encore puissant de l'industrie des matières plastiques23. Il semble que le déclin du fief Oyonnax
fasse suite à une profonde transformation de la branche, qui se traduit par de nouvelles stratégies
d'implantation dans des régions à salaires plus faibles, de nouvelles productions, et de nouvelles
techniques24.
Cette lutte économique entre des secteurs modernes et des secteurs plus archaïques de la
branche se traduit, en l'état actuel du rapport de force, par la mainmise des secteurs traditionnels
sur les classifications des emplois dans la convention collective de la branche. Notre interlocuteur
est, comme membre de la fraction moderniste du patronat, conscient de l'enjeu qui réside dans
ces classifications. Présentées comme des grilles de qualifications techniquement justifiées, elles
permettent, si elles sont adaptées à l'établissement, de geler certains conflits sociaux, "d'éviter la
guerre, enfin pas la guerre, mais les conflits perpétuels à longueur d'année pour... tel monsieur
fait ca, il devrait avoir tant et il n'a que... c'est pas la peine de faire des dessins... ". Or la
classification en vigueur n'est pas adaptée à ce type d'établissement : "Actuellement au niveau
classification, pour l'extrusion, il y a rien. Les termes de la convention datent de 1920, quand tout
était fait à la main." Notre interlocuteur s'emploie à nous démontrer que la convention collective
est désuète, plus adaptée aux petits ateliers d'artisans de la région d'Oyonnax qui produisaient
des peignes à la main, qu'à un établissement comme le sien, tourné vers des marchés de plusieurs
millions de pièces. "Maintenant, les peignes ne sont plus faits à la main, ils sont moulés, ils sortent
directement. Il y a quand même certains artisans qui continuent à travailler comme ça. Mais les
artisans, ils ne sont pas intéressés par les conventions collectives, ils ne les appliquent pas !"
Même les exemples cités dans la classification nationale qui font état de nouvelles techniques
(injection) sont, selon lui, caducs.
Bref, en face de cette classification nationale jugée dépassée, le chef du personnel a mis au
point, en accord avec les représentants du personnel, une nouvelle ("définition des

23"Dans les professions matières plastiques, il y a de tels tiraillements entre les organisations patronales entre elles
qu'on n'arrive jamais à se mettre d'accord sur quoi que ce soit. I I y a une fédération patronale qui siège à Paris et
puis il y a le fiel Oyonnax, puisque Oyonnax est l'ancienne capitale européenne des matières plastiques. Ils se
croient encore au niveau Oyonnax les dieux de la matière plastique mais ils se mettent un peu le doigt dans l'œil".
24 "Il y a eu de gros changements dans les techniques tout de suite dans l'après-guerre : la presse à injecter. Avant la
guerre, les métiers existaient depuis des dizaines et des dizaines d'années. Ceux qui faisaient des peignes en
matière plastique faisaient les mêmes peignes en bois. Il y a beaucoup de petits artisans dans la région d'Oyonnax,
Nantes c'est la décentralisation".
14

classifications", signée de sa main et qui décrit différentes catégories d'emplois par ateliers
(injection, extrusion, sacherie, régénération, entretien, magasin). Les dénominations de métier
qui occupent une place importante dans la qualification nationale ont été supprimées au profit
d'une codification synthétique (OS1 A, OS 1 B, OS 2, OP 2, etc.) accompagnée du coefficient
hiérarchique correspondant et d'une courte description des tâches, mais sans mention d'aucune
appellation. Notre interlocuteur tire argument de l'indétermination des appellations pour les
éliminer complètement de sa classification. "En injection, on peut appeler celui qui travaille sur
machine, OS; on peut l'appeler monteur, on peut l'appeler ouvrier qualifié matières plastiques."
Si les observations précédentes, centrées sur un établissement particulier, montrent
comment les noms de métiers sont faits et défaits, une étude portant sur un large échantillon est
nécessaire pour juger des effets de ces processus25. Dans un échantillon de bulletins de personnes
actives issu du recensement général de population de 1975, on a examiné tous les bulletins
classés lors du chiffrement dans la rubrique des ouvriers de la transformation des matières
plastiques.
A côté des appellations caractéristiques des industries des matières plastiques comme
("monteur", "extrudeur", ("stratifieur", "soudeur plastique", "thermo-marqueur", on dénombre
une proportion très élevée (40 %) d'appellations vagues, ("ouvrier spécialisé", "ouvrier d'usine",
"ouvrière fabrique de tuyau plastique" qui ne doivent leur classement dans cette rubrique qu'aux
précisions concernant l'activité de l'établissement employeur. Ainsi, dans le cas de ces nouveaux
emplois, l'indétermination des travailleurs qui les occupent quant à leur nom de métier (le taux
d'instabilité atteint 65 %) va de pair avec un grand flou dans leurs déclarations (40 %
d'appellations vagues), cette concordance indiquant que le nom n'est pas en cours de
solidification26. Toutes ces indications montrent que la cristallisation plus ou moins avancée des
appellations constitue une caractéristique importante des métiers ouvriers. Elles suggèrent un
rapprochement entre cette forme de capital que représente le nom de métier pour le travailleur
(comme, à d'autres titres, la qualification salariale ou le diplôme) et le capital fixe immobilisé par
l'entreprise. Ce sont, en effet, les ouvriers des branches où l'intensité capitaliste est la plus faible,
bâtiment, petite production alimentaire, boucherie, boulangerie), industries de consommation
(cuir, chaussure, ameublement, presse, édition) qui ont les noms de métier les plus assurés 27.
Dans ces secteurs traditionnels, les petites et moyennes entreprises sont nombreuses et le
savoir-faire des ouvriers "de métier" est la forme principale du capital de l'entreprise. A la limite,
l'artisan peut n'avoir pour tout capital que son métier. Cette capacité a donc toute raison d'être
reconnue, dénommée, sinon toujours qualifiée dans une classification conventionnelle. Les
emplois ouvriers dont les dénominations sont les plus vagues et les plus fluctuantes
correspondent, en revanche, aux branches des industries agro-alimentaires et des industries
intermédiaires (papier-carton, production des métaux, sidérurgie, verre, chimie) où la part du

25Sur le rapport entre la gestion des classifications et les caractéristiques de l'entreprise et de sa main-d'oeuvre, voir
Eymard-Duvernay (1981) et Bony, Eymard-Duvernay (1982).
26 De la même façon on constate que les individus classés par les chiffreuses dans une rubrique réservée aux Ouvriers
de la métallurgie et du travail des métaux à l'appellation imprécise sont également parmi ceux qui ont les
déclarations les plus fluctuantes (63 %). On a vu toutefois lors de l'examen des professions de la santé qu'une
grande instabilité des appellations pouvait aller de pair avec une délimitation nette, soit lorsque la profession est
en cours de constitution et que des appellations sont en concurrence à l'image des groupes qui les soutiennent
("psychorééducateur" et "rééducateur-thérapeute en psychomotricité", soit dans le cas de professions tout à fait
établies dont les membres disposent d'un éventail de dénominations pour se caractériser sous des rapports
différents.
27 Les noms de métiers de la couture sont relativement stables (28 % à 30 %). En revanche, les métiers du textile ont
des appellations plus fluctuantes (39 %), il s'agit également d'une branche des industries de consommation il faut
souligner qu'elle est beaucoup plus capitalistique que les autres (97 400 F par actif en 1974 pour 59 200F en
moyenne) et surtout que cette intensité a crû très rapidement de 1959 à 1974 (+ 6,3 % contre 5,7 % en moyenne),
Indiquant une profonde transformation des processus et donc de la définition des emplois (Azouvi 1979).
15

capital fixe est très élevée28. Le poids des outils de production et leur modernisation vont à
l'encontre d'une reconnaissance d'un travail ouvrier qui n'est plus circonscrit et distingue de
l'utilisation des outils de production. Ainsi les appellations de "régleur", d'"outilleur"), plus
généralement du personnel d'entretien, restent utilisées alors que les servants des machines
perdent leur nom, la qualité de leur travail étant attachée à la machine, non transférable même
lorsqu'on leur reconnaît des capacités particulières29. Dans l'atelier d'injection de l'établissement
étudié, sont classés OS 2 (coefficient 130), c'est-à-dire non qualifiés, les OS qui ont acquis le coup
de main nécessaire pour sortir certaines pièces délicates du moule, bien que le chef du personnel
ajoute : "Il y a des moules, on en a trois par équipe qui arrivent à sortir de la pièce, parce qu'il y a
un coup de main à prendre. " L'étude des bulletins confirme également que l'absence de
dénomination va de pair avec l'absence de qualification (notons toutefois que ces deux modes de
cristallisation de la situation professionnelle ne sont pas équivalents, la sanction économique du
second étant immédiate). Si les tableaux statistiques issus du recensement de 1975 signalent une
proportion particulièrement faible d'ouvriers professionnels parmi les ouvriers de transformation
des matières plastiques (26 % parmi les hommes et 5 % parmi les femmes), l'examen des
déclarations montre que, parmi les rares ouvriers classes dans cette rubrique ayant une
qualification de professionnel un sur deux est ouvrier d'entretien ("ajusteur-outilleur", "régleur de
presses à injecter les matières") et relève donc en principe d'une autre rubrique de la
nomenclature.
Cette stratégie patronale de résistance à toute espèce d'incorporation par l'ouvrier d'une
capacité reconnue à l'exercice d'un métier, dont on a vu les effets sur les noms ou sur les
qualifications salariales, s'étend également aux titres scolaires, dont la légitimité n'est ni celle d'un
groupe professionnel ni celle de l'entreprise. Ainsi le chef du personnel interrogé n'assure pas le
recrutement dans les rares emplois qualifiés (ouvriers d'entretien en électricité ou en mécanique)
en faisant appel à des diplômes de l'enseignement technique (CAP et BEPC) car, selon lui, il
indique que le grief principal qu'il fait "aux CAP" tient à leur revendication à monnayer leur titre
scolaire30. A la limite, le travailleur ne se voit plus reconnu de caractéristiques propres et le seul
trait qui le distingue est le sceau de l'établissement qui l'emploie, marque de fabrique qui lui est
conférée au même titre qu'aux produits manufacturés 31. Ainsi les ouvriers travaillant chez
Michelin sont-ils nombreux à déclarer pour tout nom de profession "ouvrier Michelin", ou "agent
Michelin" (avec les qualifications "manœuvre" ou "OS") ou encore "employé Michelin" (dont la
qualification peut aller de manœuvre dans le cas d'un "vérificateur après cuisson") à OP dans le
cas d'un "chronométreur"). Cette appellation standard (agent Michelin) n'est pas pour autant
toujours stabilisée, comme lorsqu'elle est complétée par une référence irrégulière à une phase du
processus de production ("vérificateur Michelin", "employé fabrication mélange de synthèse
caoutchouc", "radio des pneus".

28La transformation des matières plastiques figure également dans ce groupe. Rappelons que bien qu'elle soit classée
parmi les industries de consommation (industries diverses), cette branche est, sous de nombreux rapports, plus
proche des industries intermédiaires (Desrosières, 1972).
29La présence des outilleurs et régleurs parmi les métiers aux appellations instables (taux d'instabilité 45 %) n'est pas
la marque d'une absence de nom, mais plutôt de la pluralité des appellations possibles que manifestent les noms
composés "ajusteur-outilleur", "outilleur-fraiseur", etc.
30"Ils ont reçu une certaine éducation qui a été sanctionnée par un CAP. Mais je conteste violemment et vivement,
d'une part, les méthodes de formation ou l'enseignement actuel a de plus en plus tendance à dire aux gens : une
fois que vous aurez votre CAP vous allez voir comme c'est chouette dans les usines et comme vous allez être bien
payés. Les gens s'amènent là, les épaules en avant, bon, vous me payez combien ? C'est complètement dingue, des
gamins de 17-18 ans, qui prétendent des salaires de cinq ans d'expérience avec grosse qualification"
31Il semble toutefois que le développement des filières techniques, et plus généralement l'extension de la
scolarisation, empêchent que soient aujourd'hui dénommés les emplois de "jeunes à tout faire" qui continuent
pourtant à exister. Les qualités de la main-d'œuvre jeune (force physique, disponibilité, etc.) ne sont plus aussi
souvent qualifiées par des appellations spécifiques ("garçon de... , "fille de...") (Thévenot, 1979).
16

Ainsi peut-on parler d'une gestion patronale des noms d'emplois ouvriers dont on voit ici les
effets dans le brouillage de la distinction ouvrier-employé, et supposer qu'elle participe d'une
mise en question de la "classe ouvrière" et vise à contrecarrer le travail inverse de mobilisation
autour du nom d'ouvrier auquel participent les organisations syndicales. Mais une analyse
complète de la formation de cette espèce de capital que constitue l'appellation devrait
comporter, outre la description des mécanismes de cristallisation juridique (conventions
collectives) ou statistique (nomenclature), l'étude des modes d'incorporation qui ressortissent au
rapport de l'individu à son travail. La façon dont est formulée la réponse à une question sur
l'activité professionnelle exprime ce rapport et renseigne sur lui si on prend garde de ne pas
l'effacer par un classement statistique qui ne retiendrait pour toute information, dans cette
réponse, que le nom (ou l'absence de nom) du métier classable dans la nomenclature. Ainsi, si on
étudie systématiquement la déclaration "employé d'usine", déjà rencontrée parmi les ouvriers
des matières plastiques, qui manifeste la confusion entre les catégories ouvrier et employé, on
observe qu'elle est le plus souvent le fait des femmes : dans l'échantillon étudié (RP) cette part
est de 71 % alors que la part des femmes parmi les OS n'est que de 27 % et parmi les manoeuvres
38 %32 Le relevé des branches dans lesquelles travaillent ces employés d'usine montre qu'il s'agit
souvent des industries agricoles et alimentaires (24 %) et du papier-carton, c'est-à-dire de
secteurs implantés le plus souvent dans des régions agricoles, dont la main-d'oeuvre est très
féminisée et fréquemment d'origine rurale33, Toutes ces caractéristiques soulignent l'éloignement
de cette main-d'oeuvre de l'ouvrier type, que traduit la distance dans la déclaration de la
profession.
Ainsi, le statisticien a la possibilité, au travers d'un questionnement pourtant formaliste par
nature, de déceler les indices d'une plus ou moins grande solidité du nom de métier, et de les
interpréter en les rapportant à l'évolution des emplois. A fortiori, dans des interrogations plus
directes, on peut mettre en évidence le rapport entre le mode d'expression de la situation de
travail et cette situation. Ainsi une étude approfondie sur les jeunes ouvriers, opposant ceux dont
les situations stables et qualifiées s'inscrivent dans la logique d'un métier, aux "jeunes sans avenir
?" rencontres dans l'habitat le plus dégradé et promis à une succession rapide d'emplois
incertains non qualifiés et non qualifiants, rend compte de semblables différences dans
l'expression de la situation de travail (Pialoux, 1979). Un jeune ouvrier, fils d'ouvrier qualifié,
habitant dans un pavillon de la banlieue nord, possédant un CAP de mécanique générale et
occupant un emploi stable dans une petite usine de construction mécanique, développe son
mépris des emplois d'OS en déclarant qu'il s'agit d'"ébauche de travail", de "boulot vague". Le
jeune des cités, qui exerce un de ces emplois incertains et temporaires à la frontière de
l'inactivité, manifeste quant a lui son désintérêt pour les emplois successifs qu'il occupe en
décrivant d'une manière très vague sa situation de travail, ce qui semble corroborer le jugement
du précédent. Le jeune ouvrier qualifié justifie son opinion par la précision millimétrique de la
tâche qu'il doit effectuer, et il se livre ainsi à un rapprochement saisissant entre la netteté du
profil de la pièce qu'il travaille et celle des contours de son métier.
Vlll. Les représentants d'un espace des professions
Dans le paragraphe précédent, on a vu à l'oeuvre un cadre d'entreprise déclassant une grille
des emplois conforme à celle de la convention collective pour en établir une nouvelle qu'il avait
lui-même mise au point. Il a aboli la liaison entre des coefficients de salaires et une identité

32L'appellation "employé d'usine", ne doit pas faire illusion : C'est une désignation relativement fréquente (environ
32 000 personnes au recensement de 1975) pour un emploi ouvrier (on n'a pas retenu dans l'échantillon les
déclarations plus équivoques "employée dans une fabrication de literie" ou ("employée dans une usine de
chocolat",...). Parmi les personnes ayant indiqué cet intitulé, les trois quarts mentionnent une qualification (79 %
manoeuvre, 4 % OS, 5 % OP), ce qui démontre leur appartenance, juridique au moins, à la catégorie ouvrier.
33Au recensement de 1975 les secteurs des IAA et du papier-carton sont, après ceux de l'habillement et du cuir !es
secteurs industriels les plus féminisés (respectivement 32 % et 33 %) (Huet, 1977).
17

professionnelle représentée par des noms de métiers, et dont la définition lui échappait
largement puisqu'elle débordait son entreprise. Il a institué un nouveau mode d'identification en
termes d'emplois déterminés entièrement par son entreprise, ses ateliers et ses machines. On a
observe qu'en agissant de la sorte il contribuait à définir sa position par rapport à celle de ses
concurrents au sein de la même branche d'activité, et en particulier par rapport au pôle artisanal
le plus ancien qu'il jugeait archaïque. Est ainsi suggéré le rapport entre les classifications des
salariés et le champ des entrepreneurs qui les mettent en œuvre (Eymard-Duvernay et Thévenot,
1982a).
Dans les travaux préparatoires à la nouvelle nomenclature, on a eu l'occasion de rencontrer
d'autres types de fabricants d'identités professionnelles dont l'activité interfère avec
l'enregistrement statistique. On a pu ainsi étudier in vivo les interventions diverses des
représentants de groupes professionnels visant à modifier l'enregistrement de leur profession
dans les nomenclatures statistiques34. Les "luttes de classements" (Bourdieu et Boltanski, 1975)
sont apparues alors dans la clarté de l'explicite, au sein des groupes de concertation constitués
pour l'occasion, espèces de lieux neutres où se jouaient des conflits de définition entre groupes
professionnels, par l'intermédiaire de leurs représentants. Compte tenu du caractère formel de ce
dispositif aussi bien que de la nomenclature elle-même, ce n'est pas par l'influence ou par la
manipulation que s'exerçaient ces interventions, mais au contraire par le recours aux ressources
les plus objectivées pour définir les professions et argumenter le déplacement des frontières
entre elles. Ainsi les textes réglementaires, les titres scolaires, les formations instituées, les
organes représentatifs, les codes déontologiques, les noms constitués dans d'autres classifications
étaient autant de formes établies pouvant être articulées avec l'enregistrement dans la
nomenclature, le choix d'un critère, la formulation d'une définition de rubrique ou de son titre.
Les représentants des professions en attendaient en retour une consolidation de ces formes. Et si,
par exemple, les mesures évoquées plus haut ont fait apparaître un faible flou de chiffrement
pour les professions de santé, c'est-à-dire une articulation relativement rigide entre le codage
statistique et le codage social (Thévenot, 1981b), c'était le résultat de cette conformité à laquelle
on a vu les représentants professionnels s'employer.
Mais, les catégories statistiques n'ayant pas la rigidité du droit, il subsiste un jeu dans
l'articulation précédente qui caractérise les lieux où la "structure sociale travaille" (Thévenot,
1977), c'est-à-dire où des groupes professionnels travaillent à modifier leur identité lorsque
l'évolution de leurs emplois s'y prête. Ainsi, parce que la nomenclature statistique doit classer
toutes les professions et par conséquent ne peut effectuer des distinctions en dessous d'un
certain seuil quantitatif, elle suppose des agrégations qui peuvent à la marge, s'écarter des
différences qualitatives du droit et autoriser ce jeu. Ainsi, la proposition de regrouper l'ensemble
des professions paramédicales de rééducation et de réunir ainsi les kinésithérapeutes (profession
réglementée) avec les psychorééducateurs (profession non réglementée) a rencontré la résistance
des représentants de la première profession. Le seul fait d'être classé dans la nomenclature parmi
les professions de santé est un enjeu qui peut permettre, de proche en proche, d'accéder à des
formes plus "instituées" Alors que, dans un premier projet de nomenclature, les chauffeurs-
ambulanciers avaient été classés avec les autres conducteurs de véhicules légers, en raison du fait
que leur activité était peu médicale et, de plus, fréquemment mixte (taxi-ambulance), le
représentant du Centre national de formation des personnels sanitaires des transports a fait état
de ce que la moitié des entreprises étaient "agréés" et n'exerçaient qu'"une seule profession" et
que, d'autre part, cette profession "faisait partie de la chaîne de soin". L'existence d'un diplôme
de santé, pour les conducteurs-ambulanciers, le CCA, justifiait selon lui un classement avec les
aides-soignants. Cette proposition a été combattue par d'autres représentants professionnels

34 Pour quelques exemples de ces interventions, voir Desrosieres, Goy, Thévenot (1983) et (1983b).
18

faisant état, à leur tour, de la durée de la formation qui, pour les conducteurs, n'est que de 3 mois
alors qu'elle est de 10,5 mois pour les aides-soignants.
Les représentants des associations ou syndicats professionnels contribuent donc à délimiter
et à définir des professions et, parce que cela implique des prises de position par rapport aux
professions concurrentes, à constituer des éléments distinctifs de caractère plus ou moins général
pouvant servir à une représentation d'un espace des professions. Ces représentations ont le plus
souvent un caractère local puisqu'elles résultent des effets de concurrence au sein d'un champ. Il
est, en revanche, des spécialistes de la représentation exhaustive de l'espace des professions,
relevant d'institutions diverses, et qui ont été confrontés entre eux ainsi qu'avec les précédents
dans les lieux administratifs de consultation préparatoire à la nouvelle nomenclature 35.
La fonction première des classifications statistiques est l'enregistrement administratif. Nous
avons privilégié ce terme d'enregistrement pour souligner que la collecte de données, quelles
qu'en soient les justifications avancées, avait, par sa forme même, partie liée avec l'administratif
et le juridique, c'est-à-dire avec les formes comptables, réglementaires et légales. Les travaux sur
l'histoire de l'écriture montre d'ailleurs qu'à l'origine ces formes sont indissociables, les premiers
textes écrits du troisième millénaire avant J.-C ayant été des états utilisés pour l'enregistrement
des transactions de l'Etat mésopotamien (Goody, 1979). Ces listes administratives sont tout à la
fois les premiers écrits, les premières nomenclatures et les premières statistiques. Ainsi l'histoire
des nomenclatures statistiques épouse pendant longtemps celle des recensements. Lorsque
l'activité individuelle est, au milieu du XIX siècle, distinguée pour la première fois de l'activité
économique de l'entreprise, il semble bien que ce soit pour apprécier les impacts de réformes
douanières (Desrosières, 1977). Les premiers tris réalisés suivant la variable profession, en 1911,
sont envisagés pour enregistrer, par profession, des actes juridiques : état civil, patente, faillite,
condamnations, etc. (Desrosières, 1983). La nécessité d'étendre et d'homogénéiser des grilles
professionnelles établies dans les grandes entreprises ou organisations bureaucratiques, et bien
sur dans la fonction publique, suscitée par l'extension des conventions collectives dans les années
trente, va préparer le terrain aux nomenclatures statistiques de l'après-guerre. C'est en particulier
dans ce contexte qu'est ("inventée" la catégorie "cadre") (Boltanski, 1982). Or, à la différence des
représentants professionnels qui n'ont à rendre compte que de l'espace limité d'un champ de
professions en concurrence, les classificateurs doivent représenter dans leurs nomenclatures, de
manière formellement homogène, un espace national. Leur travail est donc en rapport étroit avec
les modalités de représentation politique, administrative, et juridique du monde social. La
"Nomenclature des activités individuelles " (NAI) de 1947, et ses éditions remaniées jusqu'au
"Code des métiers" de 1975, (1,2,3) sont fortement marquées par la représentation corporatiste
par groupes professionnels, même si, dans sa première édition, le niveau de qualification ou de
formation était codifié par le troisième chiffre de son code. Avec la création du commissariat au
Plan après la Libération, d'autres modes et instruments de représentation et de gestion des
rapports sociaux sont mis en place. Le discours sur la pénurie de main-d'œuvre, développé
pendant la période de reconstruction de l'après-guerre, commence au début des années soixante
à être mis dans les formes du modèle de l'action planificatrice, c'est-à-dire de relations entre les
objectifs des organismes publics et ceux des partenaires sociaux représentés. Le succès du
concept de qualification tient largement au fait qu'il est une bonne forme pour servir d'opérateur
dans ces relations entre les besoins de main-d'œuvre qualifiée avancés par les représentants du
patronat, les revendications des syndicats de salariés qui demandent une reconnaissance
standardisée dans les grilles conventionnelles des aptitudes des salariés, et les objectifs de
développement et de valorisation des formations qui relèvent de l'éducation nationale. Ce ne
sont pas des groupes professionnels qui sont représentes dans ces lieux, et la qualification est

35 Sur ce point, comme sur le précédent, on ne procèdera ici qu'à l'esquisse d'un travail en cours qui sera l'objet de
publications ultérieures.
19

mieux que le métier, une catégorie sur laquelle les membres des commissions s'accordent, les
conflits étant circonscrits sur sa mesure. Sont donc mises en place des nomenclatures plus
adaptées que le "Code des métiers" à l'évaluation de la qualification, comme la "Nomenclature
des emplois" destinée aux enquêtes auprès des entreprises, ou le code "PJ" qui doit permettre de
relier les emplois aux niveaux de qualification. Ainsi les "besoins de recrutement de l'économie"
justifient une nouvelle nomenclature par niveaux de formation comme les besoins vitaux de
l'organisme humain étaient mis en avant pour fonder les nomenclatures de consommation
(Boltanski, 1970). L'ensemble de ces nomenclatures, y compris celle des catégories
socioprofessionnelles, a été remplacé par une nomenclature unique des professions et catégories
socioprofessionnelles (PCS) (Desrosières, Goy, Thévenot, 1983).
Les autres organismes qui ont produit des classifications d'emploi pendant les années
soixante-dix ne l'ont pas fait principalement avec une visée statistique. Sans entrer ici dans le
détail de leur construction, nous voudrions suggérer qu'elles sont, comme les précédentes, une
mise en forme instrumentale de la représentation de la relation entre les emplois et leurs
titulaires constituée par chacun des organismes qui les produisent. C'est sans doute le CEREQ qui,
avec le Répertoire français des emplois (RFE) (Thévenot, 1976), a produit la représentation la plus
armée théoriquement, et la moins soumise aux contraintes de l'utilisation. Le guide des métiers
de l'ONISEP est un outil de gestion de l'orientation professionnelle à la sortie du système scolaire
(Thévenot, 1976) (11). La formation y est donc privilégiée, en même temps que les qualités des
candidats qui peuvent y être valorisées, ce qui différencie cette classification du RFE qui, par
principe, s'abstient de prendre en compte les caractéristiques des titulaires. Le modèle de la
vocation est même parfois explicite comme dans les présentations des métiers classés par profils
psychologiques. Dans le Répertoire opérationnel des métiers et des emplois (ROME) (Thévenot,
1976) [12], conçu par l'ANPE pour "donner naissance à un langage commun", c'est l'emploi et les
possibilités de s'y adapter par des reconversions qui est privilégié. En plus de la référence aux
formations ou titres scolaires requis, il peut être fait mention de qualités physiques, plus
immédiates, comme celles reconnues dans la relation personnalisée de recrutement.
Autant qu'une représentation d'un univers des emplois, ces différentes classifications sont
donc la cristallisation d'un système d'interprétation du rapport entre emploi et titulaire, et un
outil pour le mettre en œuvre. Aux critères d'état des nomenclatures statistiques viennent
s'ajouter, dans les deux derniers cas, des propriétés moins formelles comme les possibilités
d'adaptation a l'emploi ou les caractéristiques du candidat, psychologiques ou physiques.
On évoquera pour finir un système de classement peu utilisé en France mais, a l'inverse, fort
en faveur dans les pays anglo-saxons et dont la comparaison avec les précédents peut éclairer la
réflexion sur la fonction des classifications professionnelles: l'échelle de prestige 36, Ce système est
caractérisé par la production d'une hiérarchie des positions sociales, à partir d'enquêtes où l'on
demande à des individus de mettre en ordre des noms de métiers. Cette représentation du
monde social s'oppose donc à la fois aux classifications d'emploi par critères, dont on a vu plus
haut qu'elles faisaient fonction d'opérateur articulant la profession avec des variables d'action
pour la politique économique, et aux classifications socioprofessionnelles où l'on cherche à rendre
compte de la constitution des groupes professionnels et de leurs rapports. Si des critères sont
utilisés, ils sont nombreux et l'agrégation, complexe, ne les laisse pas apparents ; quant à
l'interrogation sur ce que représente un nom de métier, pourtant préalable à la mesure d'indices
de prestige de ces noms, elle n'est guère abordée dans ces travaux. Plus nettement encore que
les classifications mentionnées dans ce texte, les échelles de prestige sont des outils pour
l'homogénéisation des représentations du monde social, puisqu'elles réalisent l'idéal de la

36Pour une revue des travaux sur ce sujet et une confrontation avec les nomenclatures de professions, voir Loriaux
(1982).
20

quantification d'une variable de position sociale37. Bien plus, de nombreux travaux ont cherché à
établir la preuve de la validité internationale de ces échelles et en ont fait un "instrument de
mesure" privilégié pour le travail de comparaison entre pays, c'est-à-dire la standardisation des
représentations des modèles de société.
IX. Retour sur la tâche de codage : un investissement
L'itinéraire que nous avons retracé nous a, comme l'aura constaté le lecteur, amené à suivre
des chemins apparemment fort détournés de la voie qui était strictement tracée par les règles de
la méthode taxinomique, rappelées en début de cet article. Alors que la tâche du fabricant de
nomenclature apparaissait rigoureusement déterminée par quelques principes logiques, et
limitée au choix de critères de classement pertinents, et que celle de l'utilisateur transparaissait à
peine dans l'ombre de l'instrument, l'examen de leurs activités effectives a fortement mis en
question la définition formelle de ces tâches. En étudiant ce processus de production particulier,
on a donc retrouvé l'écart souvent observé entre les instructions du bureau des méthodes et les
diverses opérations réellement effectuées pour faire le travail 38. C'est cette "marge de jeu", en
principe supprimée dans l'OST, qui permet aux salariés de développer des habitudes non
conformes à la consigne. Le processus de production examiné ici nous semble propice à l'étude de
cette marge de jeu, parce que, en principe. il convient idéalement à la mise en oeuvre de l'idée de
tâche prescrite dans les principes de Taylor. Idéalement, parce que le chiffrement est, par
excellence, la production en série d'un objet standard, à partir d'une matière première qui ne l'est
pas : c'est par conséquent une activité très adaptée à l'organisation systématique du travail.
Idéalement aussi puisque, dans ce cas, la rationalisation de la tâche que propose Taylor est, par
construction, inscrite dans les instruments utilisés ou est fondée sur des principes de logique :
l'organisation scientifique doit être bien adaptée à une activité elle-même scientifique.
Idéalement enfin parce que, dans le poste de travail impliqué, le processus mental occupe une
place fondamentale. Par conséquent, la rationalité du raisonnement sur lequel repose l'exercice
de la tâche doit rencontrer harmonieusement les principes de rationalité dont il faut instruire
l'ouvrier pour une mise en place efficace de l'OST, en particulier la formation ç la mesure.
On a déjà vu précédemment quelques exemples des pratiques des chiffreuses qui
s'écartaient de la consigne et tendaient à la compléter, à l'aménager, voire à la contourner.
Comme exemple de pratique "dévoyée" par rapport à la consigne de chiffrement, on peut citer
l'habitude des chiffreuses sur écran de saisir non la déclaration de profession figurant sur le
bulletin, mais un intitulé qui "marche bien", c'est-à-dire qui conduise rapidement, sans itération à
un chiffrement automatique, et dont la chiffreuse suppose qu'il relève de la même rubrique que
l'autre. Cependant, il nous semble qu'en opposant règles et pratiques, au lieu de s'intéresser à
l'économie de leur transformation, on tend à réduire à néant le degré de formalisation et donc de
standardisation de ces pratiques, ou, à l'inverse, lorsqu'il est question de "stratégie" ou
d'"intérêt", à suggérer un degré d'objectivation et de modélisation rationnelle qui est rarement
observé chez les individus "singuliers" par opposition aux "personnes collectives" (Boltanski,
1982). Les formes de ces pratiques non conformes aux règles sont elles-mêmes plus ou moins
solidement établies, comme on l'a noté dans le cas du coutumier écrit ou du "cahier personnel de
consignes" (Pinsky, Kandaroun, Lantin, 1979)39. Même la pratique non régulière citée plus haut
est fortement routinisée et les intitulés de remplacement sont standards. Dans le cas des

37Hall et Jones qui sont les auteurs d'une échelle classique de prestige concernant le Royaume-Uni (en 1950)
mentionnent comme première tentative dans ce sens les travaux de Stevenson en 1911 cherchant à construire un
ordre de catégories sociales pour l'étude de la fécondité différentielle des classes sociales (Loriaux, 1982).
38Cf notamment Linhart (1978) et, pour une approche ergonomique de cette question, Teiger, Laville et Duraffourg
(1974).
39L'article de Patrick Pharo, dans ce numéro, apporte de nombreux éléments concrets sur le "détournement" des
règles du processus tout en signalant également que ces détournements sont eux-mêmes plus ou moins normés
dans des groupes d'ouvriers travaillant ensemble.
21

interprétations individuelles de cas ambigus, on a pu montrer que les images typiques des
rubriques qui servent aux assimilations sont elles-mêmes formées de manière relativement
uniforme, par le travail de représentation des groupes sociaux (Boltanski, 1979; Desrosières, Goy,
Thévenot, 1983). La généralisation et l'objectivation des pratiques, y compris les plus "dévoyées",
sont donc à l'image des technologies et de la délimitation des tâches conjointement codifiées de
manière rigide. Ces principes d'unification font aussi l'identité du groupe réel, c'est-à-dire de
l'atelier, au sein duquel se fait l'information mutuelle 40. Cette identité peut être redoublée par le
fait que les chiffreuses sont des femmes ayant eu des trajectoires similaires 41.
Les observations précédentes suggèrent donc une autre approche de l'opposition entre
l'abstraction des modèles de la théorie économique et la diversité des observations que le
sociologue recueille sur les individus, ou entre la rigidité de la prescription des tâches et la variété
de leur condition d'exercice. L'étude de la production du codage social a en effet mis en évidence
une multitude de formes intermédiaires entre le réglementé et l'informé ; elle a fait ressortir le
travail nécessaire pour établir du code et indique les bénéfices qui pouvaient en résulter. Cette
étude nous incite donc a considérer ces formes, sur un même plan, comme autant d'états
possibles qu'on peut caractériser par leur coût d'établissement et leur rigidité, c'est-à-dire leur
capacité à reproduire économiquement une situation, à avoir des effets sans intervention
humaine. La démarche visant à une prise en compte de ces outils dans l'analyse économique nous
semblait d'autant plus justifiée que la modélisation de la demande de travail, faute de les
intégrer, était impuissante à rendre compte des modes de gestion dans lesquels des formes
consolidées règlent cette demande de travail (Eymard-Duvernay et Thévenot 1982a). Dans le
contexte d'une entreprise on a cherché à confronter les modalités de constitution de ces
différentes formes, les relations qu'elles autorisent et leur utilité : contact routinier avec la
clientèle, marque de fabrique, norme de fabrication, classification des emplois, accord
d'entreprise sur l'emploi du temps, ordonnance sur la durée du travail, etc. (Eymard Duvernay et
Thévenot, 1982b). Certaines de ces immobilisations de formes sont acquises, non par une
opération coûteuse et instantanée d'établissement, mais par la répétition dans le temps, comme
dans le cas d'une clientèle. Elles n'ont alors pas la forme plus constituée qui permet l'équivalence
sur un marche. Ce schéma permet donc de réexaminer les concepts néo-classiques de "capital
spécifique" et de "barrière a l'entrée" (Eymard-Duvernay et Thévenot, 1983a). On a donc avance
une conceptualisation de l'investissement qui rende compte, dans le même modèle, des fonctions
de l'outil et des règles, comme de leur articulation (Eymard-Duvernay et Thévenot, 1983b).
Nous dirons qu'investir c'est établir, par l'effet d'une dépense à un instant donné, ou par
l'effet cumulé dans le temps de l'habitude, la validité d 'une forme sur une durée et un domaine de
validité déterminés. Tous ces détours de production ont en commun de permettre, à terme, des
économies résultant d'une part de la régularisation des relations établies, et d'autre part, grâce à
la production de l'équivalence rendant compatibles les formes produites, de l'articulation
"automatique" avec d'autres relations.
Dans le modèle d'organisation taylorienne du travail, les seuls investissements calculés sont
les investissements matériels (Durand, 1973) parce que, pouvant aisément être mis sous forme
monétaire. ils sont prêts à être intégrés dans des relations comptables. La main-d'œuvre est ainsi
prise en compte, comme dans les modélisations macro-économiques standards, en tant que flux
d'heures de travail mesurable par une masse salariale42 Ce n'est que dans les modes de gestion de

40 A contrario, Michèle Legendre, étudiant la restructuration des tâches en milieu administratif, observe que la
constitution de Groupes d'employés polyvalents destinée en principe à valoriser le travail en groupes, ne favorise
pas des pratiques de groupe mais à l'inverse à "une tendance croissante à se débrouiller seul lorsqu'on a des
difficultés, comme si l'affaiblissement de la division du travail avait pour conséquence une plus grande réserve de
chacun" (Legendre, 1979)
41 Voir l'article de Jean-Marie Pernot dans ce numéro.
42Voir aussi l'article de Pierre Dubois et Claude Durand
22

la main-d'œuvre ou l'entreprise investit dans ses salariés, qu'il est envisagé explicitement des
mesures coûteuses pour y parvenir43.
L'examen de l'ensemble de ces investissements, dans l'acception étendue que nous avons
donnée à ce terme, devrait permettre d'approfondir les questions ouvertes par la réflexion
générale sur les modalités de régulation (Aglietta, 1976, Boyer, 1981). L'économie attendue de
ces investissements est, en fin de compte, celle du conflit ouvert et de la renégociation des
rapports entre groupes sociaux. Quant au coût d'établissement, est-ce que la description qu'on a
faite du processus de codage de l'identité professionnelle n'en fournit pas une évidente
illustration ?

BIBLIOGRAPHIE

1. Dictionnaire des métiers et appellation d'emploi, INSEE, PUF, 1955.


2. Codes des métiers, index analytique, INSEE, 1975.
3. Codes des métiers, index alphabétique, INSEE, 1975.
4. Code des catégories socioprofessionnelles, 6e édition, INSEE, 1977.
5. Nomenclature des professions et catégories socioprofessionnelles, index analytique (PCS),
1re édition, INSEE, mars 1983.
6. Nomenclature des professions et catégories socioprofessionnelles, index alphabétique
(PCS), 1re édition, INSEE mars 1983.
7. "Les catégories socioprofessionnelles et leur repérage dans les enquêtes", Archives et
documents, n° 38, INSEE, décembre 1981.
8. "L'analyse des qualifications et les classifications d'emploi", Bibliothèque du CEREQ, vol. 5,
septembre 1973.
9. La qualification du travail : de quoi parle-t-on ?, la Documentation française, Paris, 1978.
10. Répertoire français des emplois, Centre d'études et de recherches sur les qualifications,
la Documentation française.
11. Guide ONISEP des métiers et des formations, ONISEP, Paris, 1976
12. Répertoire opérationnel des métiers et des emplois (ROME), ANPE, Paris, 1976.

Aglietta, M., 1976, Régulation et crise du capitalisme, Paris, Calmann-Levy.


Azouvy, A., "Emploi, qualification et croissance dans l'industrie", Les Collections de l'INSEE, t. 1
E58, t. 2 E63.
Begue, J., 1973, "Lancement de la réforme des activités humaines" in [8]
Boltanski, L., 1970, "Taxinomies populaires, taxinomies savantes : les objets de consommation et
leur classement", Revue française de sociologie, XI.
Boltanski, L., 1982, Les Cadres ; la formation d'un groupe social, Paris, Editions de Minuit, .
Bony, D., et F. Eymard-Duvernay, F., 1982, "Cohérence de la branche et diversité des entreprises :
étude d'un cas", Economie et Statistique, n° 144, mai.
Borkowski, J.-L., 1981, "Les refus de réponse à l'enquête 'Situations défavorisées' ", INSEE, division
Conditions de vie des ménages, ronéo, 30 janvier.

43Voir,dans l'article de Alain Desrosières et Michel Pialoux, la description de ce modèle de gestion de la main-d'œuvre
et des mesures qu'il implique : possibilités de promotion interne, classification plus fréquente en "professionnel"
pour les ouvriers, stage de psychosociologie pour la maîtrise, redéfinition des postes d'ingénieurs, chef de groupe
de production et de chef du personnel, etc.
23

Bouguereau, J.-M., et Boullu, P., 1976, "La crise des systèmes de classification", Centre
d'anthropologie économique et sociale.
Bourdieu, P. et Boltanski, L., 1975, "Le titre et le poste", Actes de la recherche en sciences sociales,
n° 2, mars.
Bourdieu, P. et Boltanski, L., 1976, "La production de l'idéologie dominante", Actes de la recherche
en sciences sociales, n°2-3, juin.
Bourdieu, P., 1979, La Distinction, Paris, Editions de Minuit.
Bourdieu, P., 1980, Le Sens pratique, Paris, Editions de Minuit.
Boyer, R., 1981, "Les transformations du rapport salarial dans la crise : une interprétation de ses
aspects sociaux et économiques", Critiques de l'économie politique, n° 15-16, avril-juin.
Cezard, M., 1979, "Les qualifications ouvrières en question", Economie et Statistique, n° 110, avril.
Coxon, A.P., et Jones, C.L., 1978, The Images of Occupational Prestige, New York, St. Martin's
Press.
Dadoy, M., 1975, "Système d'évaluation de la qualification du travail et politique du personnel :
analyse d'une expérience", Revue française des affaires sociales, n° 1, janviers-mars.
Desrosières, A. et Gollac, M., 1982, , "Trajectoires ouvrières, système d'emplois et comportements
sociaux", Economie et Statistique, n° 147, septembre.
Desrosières, A. et Thévenot, L., 1979, "Les mots et les chiffres : les nomenclatures
socioprofessionnelles", Economie et Statistique, n° 110, avril.
Desrosières, A., 1972, "Un découpage de l'industrie en trois secteurs", Economie et Statistique, n°
40, décembre.
Desrosières, A., 1977, "Eléments pour l'histoire des nomenclatures socioprofessionnelles", in Pour
une histoire de la statistique , t.l, INSEE.
Desrosières, A., 1983, "Des métiers aux classifications conventionnelles : l'évolution des
nomenclatures professionnelles depuis un siècle", in J. Affichard (ed.), Pour une histoire de la
statistique, t.2, INSEE.
Desrosières, A., Goy, A. et Thévenot, L., 1983, "L'identité sociale dans le travail statistique ; la
nouvelle nomenclature des professions et catégories socioprofessionnelles", Economie et
Statistique, n° 152, février.
Dupuy, Y., 1973, "Problèmes de définition d'une nomenclature d'emplois", in [8].
Eymard-Duvernay, F. et Thévenot, L., 1982, "L'économiste et son modèle", INSEE, division Etudes
des Entreprises et division Emploi, Ronéo, octobre.
Eymard-Duvernay, et Thévenot, L., 1983, "Les immobilisations de formes pour l'usage de la main-
d'oeuvre" INSEE, division Etudes des Entreprises et division Emploi, Ronéo, avril.
Eymard-Duvernay, F. et Thévenot, L., 1982, "La mobilisation de la demande de travail ; éléments
pour un cadre théorique renouvelé", INSEE, division Etudes des Entreprises et division
Emploi, Ronéo, mars.
Eymard-Duvernay, F. et Thévenot, L., 1983, "Investissements spécifiques et "barrière a l'entrée"
sur un marché", INSEE, division Etudes des Entreprises et division Emploi, Ronéo, avril.
Eymard-Duvernay, F., 1981, "Qualification, poste, salaire ; étude sur l'industrie horlogère" in [7].
Foubert, J.-C., 1973, "Le rassemblement des matériaux indispensables à l'élaboration des
nomenclatures d'emploi, l'analyse des contenus d'emploi", in [8].
Goody, J., 1979, La Raison graphique ; la domestication de la pensée sauvage, Editions de Minuit,
Paris.
Guibert, B., Laganier, J. et Volle, M., 1971, "Essai sur les nomenclatures industrielles", Economie
et Statistique, n° 20, février.
Huet, M., 1977, "Emploi et activité entre 1968 et 1975", Economie et Statistique, n° 94, novembre.
Huet, M., 1981, "Les catégories statistiques utilisées pour classer les épouses et enfants
d'agriculteurs, des principes à l'usage effectif ", in [7].
24

Iribarne (d'), A., 1973, "La nécessité d'un système de repérage des emplois comme préalable à
l'élaboration des nomenclatures", in [8].
Kosta, Krings, Lutz, 1970, Probleme der Klassifikation von Erwerbstätigen und Tätigkeinten, Institut
fur Sozial Sozialwissenschaftliche Forschung, Munich.
Legendre, M., 1973, "La restructuration des tâches en milieu administratif, un essai à
transformer", Revue française de sociologie, XX.
Linhart, R., 1978, L'Etabli, Paris, Editions de Minuit.
Lorenzi, J.-H., et al., 1977, Inégalités et groupes sociaux dans la société française contemporaine,
Institut de recherche et d'information socio-économique, Paris.
Loriaux, M., 1982, "Profession, statut social, classe : un tiercé gagnant pour la sociologie ; du bon
usage des nomenclatures et des catégories professionnelles, des échelles de prestige, des
indices de statut et des mesures de classe", in Population et structures sociales; chaire
Quetelet 81, Université catholique de Louvain.
Merllie, D., 1982, "Sur la production de données statistiques : l'origine sociale des étudiants", in
Etudes dédiées à Madeleine Grawitz, Liber amicorum, Paris.
Pialoux, M., 1979, "Jeunes sans avenir et travail intérimaire", Actes de la recherche en sciences
sociales, n°26-27, mars-avril.
Pinsky, L., Kandaroun, R., Lantin, G., 1979, "Le travail de saisie-chiffrement sur terminal
d'ordinateur", Collection de physiologie du travail et d'ergonomie du CNAM, n°65.
Pouget, M., 1971, "L'utilisation de la nomenclature des emplois du ministère des Affaires
sociales", in [8]
Pouget, M., 1973, "La révision de la nomenclature des emplois du ministère des Affaires sociales",
in [8]
Simula, P., 1983, "Représentation des emplois et nomenclatures", Formation Emploi, CEREQ, n°2.
Singly (de), F., 1982, "La gestion sociale des silences", Consommation, n°4.
Tabard, N., 1975, "Refus et approbation systématique dans les enquêtes par sondage",
Consommation, n°4.
Teiger, C., Laville, A., Duraffourg, J., 1974, "Nature du travail des OS : une recherche dans
l'industrie électronique", L'Orientation scolaire et professionnelle.
Thévenot, L., 1975, "Les catégories sociales en 1975 : l'extension du salariat", Economie et
Statistique, n°91, juillet-août.
Thévenot, L., 1979, "Une jeunesse difficile : les fonctions sociales du flou et de la rigueur dans les
classements", Actes de la recherche en sciences sociales, n°26-27, mars-avril.
Thévenot, L., 1981b, "Le flou d'appellation et le chiffrement dans les professions de santé", in [7]
Thévenot, L., 1981b, "Un emploi à quel titre ; l'identité professionnelle dans les professions de
santé", in [7].
Thévenot, L., 1983, "A propos de la définition des couches moyennes et de la nouvelle
nomenclature des professions et catégories socioprofessionnelles", Revue française de
sociologie, avril-juin, XXIV-2.
Vincens, J., 1970, La Prévision de l'emploi, PUF.
Vincens, J., 1973, "Quelques réflexions sur les qualifications d'emplois et l'analyse des
qualifications", in [8]
Volle, 1980, Le métier de statisticien, Paris, Hachette.
Volle, 1982, Histoire de la statistique industrielle, Paris, Economica.