Sunteți pe pagina 1din 3

LE TESTAMENT FRANÇAIS : Aliocha, le narrateur, est un adulte d’origine russe exilé en France.

Il a
été élevé dans la culture française que lui a transmise celle qu’il croyait être sa grand-mère, Charlotte,
elle-même exilée en Russie. C’est au travers des mémoires de celle-ci, des livres et d’autres souvenirs
contenus dans sa valise que le narrateur « apprend » la France. Les souvenirs permettent un constant va-
et-vient entre l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte d’Aliocha tout en proposant des images de la
Russie et d’une France que le narrateur ne reconnaîtra pas lorsqu’il s’y rendra. Quel que soit son lieu de
résidence, il vivra toujours entre deux langues, entre deux visions du monde et entre deux identités qu’il
lui faut constamment traduire. Riche de l’héritage culturel de Charlotte et traducteur privilégié, Aliocha
se réfugie dans l’écriture et le bonheur de la médiation culturelle.
Cet important écrivain du paysage littéraire contemporain a vu l'ensemble de son oeuvre
récompensé en 2005 par la Fondation Prince Pierre de Monaco. Le testament français a,
quand à lui, remporté, au niveau international, le Prix Eeva Joenpelto en Finlande en 1998.
L’auteur, qui domine parfaitement l’art de la narration, révèle dans ce livre une grande
connaissance des littératures russe et française, de l’histoire mondiale et de la nature humaine.
Dans Le testament français, Makine se livre également à un travail de réflexion littéraire et poétique. Par
exemple, il fait dire à son narrateur : « la vraie littérature était cette magie dont un mot, une strophe, un
verset nous transportait dans un éternel instant de beauté ». Le Testament français est un roman fictif qui
contient un grand nombre d’éléments faisant référence à des évènements historiques
La double culture de l’auteur, que l’on retrouve d’ailleurs chez le narrateur et protagoniste du livre en
étude, permet un aiguisement des sens et une acuité de la perception intellectuelle qui le rend sensible
non seulement aux questions sociales, morales et politiques des deux pays en question, mais aussi aux
problèmes liés aux langues. En effet, s’il considère la langue comme un moyen de communication, il la
considère aussi comme un moyen d’identification puisqu’elle reproduit une culture et l’imaginaire de
chacun.
La construction de ce roman s’appuie sur de nombreux voyages dans le temps, sur des mises en abyme
et des parallélismes. C’est par le récit de ses séjours en Sibérie, en compagnie de sa soeur, que
commence l’aventure d’Aliocha. C’était le temps des vacances à Saranza, auprès de leur grand-mère
Charlotte, qui est ici une allégorie de la France. C’est là que le narrateur a commencé à percevoir sa
double identité.
Les flashbacks permettent au lecteur de découvrir le passé du narrateur qui persiste dans son désir de
nous présenter et de nous faire aimer Charlotte.
Ce roman, qui évolue entre tendresse et rudesse, a une structure circulaire qui permet au lecteur de se
sentir intégré dans l’histoire contée. Les nombreuses boucles ouvertes se referment et donnent au
lecteur, compagnon et témoin de voyage, une place confortable de confident intime.
Le testament français présente des personnages qui, à l’image de ceux de ses autres romans, ont les
caractéristiques de l’auteur lui-même.
L’auteur les a construits avec sa personnalité, son identité complète qui est, d’abord, le résultat de tout
ce qu’on lui a raconté, de ce qu’il a découvert, observé, appris, désiré, rêvé et éprouvé au long de toute
sa vie, dans les deux pays. À cela, il faut ajouter la double vision que le diplôme d’études françaises
obtenu en Russie lui a donné en l’obligeant forcément à une confrontation entre le monde dans lequel il
vivait et le monde, décalé, que lui a offert la littérature française. Puis, à ce mélange déjà assez
détonnant, il faut ajouter l’effet de l’imagination au travail.
Makine conduit ici, dans ce roman écrit en 1995, par le biais de la poésie d’Aliocha, une habile réflexion
en faveur de la diversité culturelle qui alimente, aujourd’hui, tant de débats.

Pouvez-vous nous parler de votre enfance ? Le Testament français raconte l’histoire d’un enfant
russe. Et vous êtes russe.
Je suis russe. Je suis l’enfant du Testament français.
Cet enfant est-il tout à fait vous ?
Non, bien sûr. Vous n’avez pas de mémoire à trois ans. Mais vous pouvez inventer. Et c’est la même
chose pour vos cinq ans, même si vous étiez déjà un petit garçon, avec deux ou trois souvenirs et une
babouchka. Le romancier imagine donc toujours.
Le Testament français est donc une fusion de vérité et d’imagination ?
Vérité et divination plutôt qu’imagination. Je devine certaines choses. Je me dis que j’avais cinq ans
dans les années soixante. A l’époque, le pain blanc était rare en Russie. Et je continue à construire mon
histoire sur ces indications. Je me dis que peut-être, pour cet enfant, manger du pain blanc était un
plaisir. J’essaie de recouper les évènements et de les comprendre.
Charlotte a donc réellement existé ? -Oui. C’est elle qui m’a appris le français.
La France vous a-t-elle beaucoup influencé ? Ecriviez-vous avant de venir à Paris ?
Je composais des poèmes quand j’étais jeune.
Effectivement, Le Testament français est très poétique. Ecriviez-vous des poèmes ?
Je me considérais même comme un jeune poète débutant, quand j’avais quinze ou seize ans.
Mais j’ai arrêté car je me suis rendu compte que je pouvais dire en prose tout ce que j’exprimais dans ma
poésie. C’est pour cela que mes romans sont très poétiques, avec des descriptions où il y a un souffle,
comme si c’était un long poème.
Les littératures russe et française ont été très influencées l’une par l’autre : Nabokov a écrit en
français, avant lui, l’œuvre de Tolstoï comporte beaucoup de références à des éléments français.
Qu’en pensez-vous ?
Guerre et Paix de Tolstoï, le plus grand roman russe, commence en français. Le livre débute sur une
scène se passant dans un salon russe au moment de l’invasion napoléonienne. Les protagonistes sont des
aristocrates russes et le français est presque leur langue maternelle. Pouchkine, notre grand poète, a écrit
ses premiers poèmes en français. Il n’a pas parlé le russe jusqu’à l’âge de cinq ans. La langue française
était très enracinée dans la culture. Elle était quasiment la première langue des aristocrates.
Quel a été l’écrivain français le plus important pour vous ?
Je dirais que c’est Proust. Il y a bien évidemment Flaubert et Balzac. Stendhal également, mais je l’aime
moins. Chaque écrivain apporte quelque chose.
Dans Le Testament français, vous parlez de Marcel Proust. Avez-vous lu l’intégralité de A la
recherche du Temps perdu ?
Non, je lis Proust en ouvrant une page au hasard. Peut-être l’ai-je lu en entier, mais par fragments. Je
pense que c’est la meilleure façon de le lire.
Quel est l’écrivain russe classique que vous préférez ? J’aime tous les grands classiques. Tolstoï…
Lisez-vous les auteurs français de votre génération ?
Oui, mais je suis un mauvais lecteur. Je lis très lentement, avec toujours un crayon à la main. Je ne lis
pas vite, je ne lis pas dans le métro. Mais quand j’ai lu un livre, je peux le citer dix ans plus tard. Parmi
les écrivains contemporains que j’ai lus, je peux citer Michel Houellebecq. Son travail est très
intéressant. Il y a également Gabriel Osmonde. Je ne connais pas beaucoup d’écrivains. Je pense que
l’on publie trop, en France.
Vous êtes Russe, mais vous avez longtemps vécu hors de la Russie. Vous définissez-vous avant tout
en tant que Français ou en tant que Russe ?
Quand j’écris en français, et j’écris toujours en français, je suis un écrivain français mais la Russie est
présente en moi. Je suis un écrivain français mais avec un passé russe.
Vous êtes Russe, mais vous avez longtemps vécu hors de la Russie. Vous définissez-vous avant tout
en tant que Français ou en tant que Russe ?
Quand j’écris en français, et j’écris toujours en français, je suis un écrivain français mais la Russie est
présente en moi. Je suis un écrivain français mais avec un passé russe.
Vous sentez-vous étranger en France ?
Oui, je reste un étranger. Il y a certaines choses que je ne comprends pas et d’autres que je comprends
mieux que les Français. C’est ce regard double qui est intéressant. Si j’étais un écrivain, j’aurais plutôt
raconté la vie d’un étranger à Paris, car l’étranger est étonné et regarde intensément, tandis que le
Français ne voit rien, il se contente de courir.
Vous arrive-t-il de vous sentir incapable d’écrire en français ?
Non, il y a uniquement l’angoisse de ne pas être compris quelle que soit la langue.
Quelles sont vos habitudes pour écrire ?
Il faut que le lieu soit très calme, j’écris ici, mais aussi dans une petite maisonnette que j’ai louée au
bord de l’océan Atlantique, en Vendée, qui est un joli pays. Ce n’est pas très loin de la Rochelle et il y a
le bruit du ressac, c’est un endroit très calme.
Le Testament français a gagné le Prix Goncourt et le Prix Médicis. Est-ce que les prix sont
importants pour vous ?
Ils ont de l’importance pour moi, car ils signifient la reconnaissance de la part d’écrivains que je
respecte. Pour le Goncourt, il y avait par exemple François Nourissier ou Edmonde Charles-Roux. On
peut les aimer ou ne pas les aimer. C’est autre chose. Mais ce sont des écrivains qui sont là et qui ont
beaucoup écrit. C’est également important parce que le prix aide le livre à faire face à ses redoutables
ennemis, qui sont la télévision, les mass media, internet. Les gens n’ont plus le temps de lire
aujourd’hui. Ceux qui lisent forment une toute petite élite de quelques milliers.
Ne rêvez-vous pas de gagner le Nobel ?
Ce n’est pas ma façon de penser. Un jour, j’ai rencontré une très vieille dame, qui était peut-être
centenaire. C’était sa fille qui l’avait conduite et sa fille était elle-même assez âgée, octogénaire. Et cette
vieille dame m’a dit qu’elle allait perdre la vue et que Le Testament français serait le dernier livre de sa
vie. Quand vous entendez ça, vous ne pensez plus au Nobel, vous ne pensez pas au Goncourt, c’est cette
réaction qui est précieuse.