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Livre du

Sous la direction de
Chantal Delannoy-Poilvé
professeur
Formatrice en Lettres, IUFM-UPEC,
académie de Créteil Français
Sabine Adler-Carreaud
Professeur de lycée professionnel,
lycée Gaston-Darboux, Nîmes, Programme 2011
académie de Montpellier

Anissa Belhadjin
Maître de conférences,
université de Cergy-Pontoise,
IUFM de l’académie de Versailles

Benoît Dumény
Professeur de lycée professionnel,
lycée Étienne-Dolet, académie de Paris

Nadia Gilard
Professeur de lycée professionnel,
lycée Jean-Caillaud, Ruelle-sur-Touvre,
académie de Poitiers

Alix Giraud
Professeur de lycée professionnel,
lycée Marcel-Desprez, académie de Paris

Philippe Maurel
Professeur de lycée professionnel,
lycée Simone-Weil, Pantin,
académie de Créteil

Sandrine Philippe
Inspectrice de l’Éducation nationale
en Lettres, académie de Créteil
Objet d’étude 1

Interrogation 1

Séquence A Regards vers l’Autre,


regard de l’Autre ? 5
• Évaluation 10
Séquence B Récits de voyages,
récits de rencontres ? 12
• Évaluation 19
ACTIVITÉS ET RECHERCHES 21
Histoire des arts : Pierre Alechinsky 23

Interrogation 2

Séquence A Comment dire l’enfance


en « pays dominé » ? 25
• Évaluation 30
Séquence B Que transmettre
de son histoire ? 32
• Évaluation 40
ACTIVITÉS ET RECHERCHES 42
Histoire des arts : Manish Arora 44

Interrogation 3

Séquence A Société moderne,


société multiculturelle ? 46
• Évaluation 51
Séquence B Lettres parisiennes :
entre ici et ailleurs ? 52
• Évaluation 57
ACTIVITÉS ET RECHERCHES 59
Histoire des arts : Aziza Alaoui 62

Étude de la langue 53
Objectif Bac Pro 65

Le code de la propriété intellectuelle n’autorise que « les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées
à une utilisation collective » [article L. 122-5] ; il autorise également les courtes citations effectuées dans un but d’exemple ou d’illustration. En
revanche « toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause,
est illicite » [article L. 122-4]. La loi 95-4 du 3 janvier 1994 a confié au C.F.C. (Centre français de l’exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands
Augustins, 75 006 Paris), l’exclusivité de la gestion du droit de reprographie. Toute photocopie d’œuvres protégées, exécutée sans son accord
préalable, constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal.

© Éditions Belin, 2011 ISBN 978-2-7011-5819-8


Objet d’étude 2 Objet d’étude 3

Interrogation 1 Interrogation 1

Séquence A Voies différentes, Séquence A Les mots


même engagement ? 69 expression de la volonté ? 123
• Évaluation 73 • Évaluation 127
Séquence B « Féminin » et « masculin » 75 Séquence B Faire rire, une affaire de langage ?129
• Évaluation 80 • Évaluation 134
AC T I V I T É S E T R EC HERC HE S 82 AC T I V I T É S E T R EC HERC HE S 136
Histoire des arts : J.-M. Basquiat 84 Histoire des arts : Théâtre du Soleil 138

Interrogation 2 Interrogation 2

Séquence A La négritude, une voix nouvelle ? 86 Séquence A La télévision,


• Évaluation 91 une « société du spectacle » ? 139
Séquence B La Peste, fléau mythique • Évaluation 143
et symbolique ? 92 Séquence B Le Roi s’amuse,
• Évaluation 99 une pièce qui dérange ? 145
AC T I V I T É S E T R EC HERC HE S 100 • Évaluation 151
Histoire des arts : Sudodh Gupta 102 ACTIVITÉS ET RECHERCHES 152
Histoire des arts : Jenny Holzer 153
Interrogation 3
Interrogation 3
Séquence A Prométhée
et le monde contemporain 103 Séquence A Orateur et public,
• Évaluation 108 une mise en spectacle ? 154
• Évaluation 158
Séquence B Cinéma et mythes du passé 109
• Évaluation 114 Séquence B Daewoo,
la parole sociale en spectacle 159
AC T I V I T É S E T R EC HERC HE S 115
• Évaluation 165
Histoire des arts : Pierre et Gilles 116
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

AC T I V I T É S E T R EC HERC HE S 166
Étude de la langue 118 Histoire des arts : Le Serment du jeu de Paume
Objectif Bac Pro 120
Étude de la langue 168
Objectif Bac Pro 170
Objet d’étude 1

Identité et diversité pages 10 à 71 du manuel

Interrogation 1 En quoi l’autre est-il semblable et différent ?


SÉQUENCE A Regards vers l’Autre, regard de l’Autre ? 5-11
1. art Pendé, P. Picasso, A. Malraux, Chéri Samba 2. D. Daeninckx, A. Kechiche
• Évaluation N. Delesalle, Y. Arthus-Bertrand
SÉQUENCE B Récits de voyages, récits de rencontres ? 12-20
1. A. Cojean, M. Dozier 2. Titouan Lamazou, Abd Al Malik 3. M. Houellebecq, J.-P. Mari, H. Silvester
• Évaluation J. Ferrandez, I. Eberhardt
ACTIVITÉS ET RECHERCHES 21-22
HISTOIRE DES ARTS P. Alechinsky, Central Park 23-24

Interrogation 2 Comment transmettre son histoire, son passé, sa culture ?


SÉQUENCE A Comment dire l’enfance « en pays dominé » ? 25-31
1. P. Chamoiseau 2. B. Cyrulnik
• Évaluation G. Halimi
SÉQUENCE B Que transmettre de son histoire ? 32-41
1. O. Lewis, L. Buñuel 2. P. Michon, N. Renaude, F. Kahlo
3. Grand Corps Malade, Idir, A. Jacquard, G. Porte
• Évaluation Ayaan Hirsi Ali, Camara Laye
ACTIVITÉS ET RECHERCHES 42-43
HISTOIRE DES ARTS M. Arora, Robe Butterfly 44-45

Interrogation 3 Doit-on renoncer aux spécificités de sa culture


pour s’intégrer dans la société ?
SÉQUENCE A Société moderne, société multiculturelle ? 46-51
1. A. Ernaux 2. G. Kelman, O. Roy 3. A. Sefrioui
• Évaluation A. Djouder, A. Berthod
Livre du professeur 1re Bac Pro @ Belin 2010

SÉQUENCE B Lettres parisiennes : entre ici et ailleurs ? 52-58


1. L. Sebbar, N. Huston 2. L. Sebbar, H. Massoudy 3. N. Huston, L. Sebbar
• Évaluation N. Huston
ACTIVITÉS ET RECHERCHES 59-61
HISTOIRE DES ARTS A. Alaoui, Le chemin 62

ÉTUDE DE LA LANGUE Grammaire - Lexique 63-64

OBJECTIF BAC PRO 65-67

4
Interrogation 1 En quoi l’autre est-il semblable et différent ?

REGARDS VERS L’AUTRE, REGARD DE L’AUTRE ?


R
SÉQUENCE A
pages 12-17 du manuel
p

Introduction au travail de la séquence

Cette séquence s’inscrit dans l’objet d’étude « Identité et diversité ».


Séquence d’ouverture du livre, elle questionne le rapport à l’autre, et plus
précisément le regard sur l’autre au travers notamment de productions
artistiques et culturelles. Elle permet ainsi de se demander si l’autre, si
le point de vue que nous avons sur l’autre, est constitutif de notre
identité.
De quelle nature est le regard que nous portons sur les autres ?
Comment les considérons-nous ? Est-ce que cet exercice est réversible ?
Comment les autres nous voient-ils ?
Cette séquence, proposée au tout début de l’année, devrait per-
mettre une confrontation des arts et des civilisations et permettre l’ou-
verture de débats à partir des réactions et des opinions des élèves.

1. L’art : une passerelle vers l’Autre ? p. 12-13 du manuel

Cette première séance traite du dialogue qui s’est instauré au début du XXe siècle, puis s’est
développé entre les arts dits « premiers » et l’art moderne.
On se demandera si l’art africain, océanien ou amérindien a tiré bénéfice de l’influence qu’il
Livre du professeur 1re Bac Pro @ Belin 2010

a eue sur l’art occidental, la peinture ou la sculpture, et s’il s’en est trouvé reconnu à son tour.

Lecture maux de l’esprit. Ils exhortent aussi au courage


devant l’affliction. Le masque mbangu représenté
 Étudier le masque et le tableau p. 12 du manuel, sculpté au milieu du XXe siècle,
(document 1) est dit « l’ensorcelé ». On notera la déformation
• Les Pendé, ethnie d’Afrique centrale, forment faciale, le jeu sur la forme et la géométrie du
une soixantaine de petits royaumes au sud-ouest visage, les deux couleurs…
de la République démocratique du Congo (ancien
Congo belge). Les masques maladie mbangu, que • Le tableau Les Demoiselles d’Avignon a été peint
l’on retrouve ailleurs en Afrique, sont là pour en 1907, son titre se réfère non pas à la ville fran-
repousser les maladies, tant physiques que les çaise mais au « Carrer d’Avinyó », littéralement la

Objet d’étude 1 - Identité et diversité • 5


REGARDS VERS L’AUTRE, REGARD DE L’AUTRE ?

Rue d’Avignon, une rue chaude de Barcelone près œuvres les plus célèbres, Les Demoiselles d’Avi-
de laquelle vivait Picasso jeune. Ce tableau, gnon, dont nous proposons ici l’étude préparatoire
considéré comme le point de départ du cubisme, d’un des personnages.
en raison de la rupture stylistique et conceptuelle
qu’il propose, a été acquis par le MoMA de New 
Étudier le tableau et l’entretien
York en 1939. (documents 3 et 4)
1. Le document 1a représente un masque afri- 4. Ce tableau est la deuxième partie d’un trip-
cain, le document 1b est une « étude » de Picasso, tyque intitulé : « Quel avenir pour notre art ? » Sur
une peinture préparatoire à son tableau. Le ce tableau, deux peintres sont représentés. En
masque a une fonction rituelle ou sacrée, le s’appuyant sur le document 4, on peut penser
tableau n’est qu’une œuvre d’art sans fonction qu’il s’agit de Chéri Samba et de Picasso – en
particulière. Pourtant les traits du visage peints dépit de la chronologie qui rend cette rencontre
par le peintre espagnol possèdent des contours impossible (Picasso est mort en 1973, Chéri
simples, géométriques, une proportion, un jeu Samba a alors dix-sept ans et vit à Kinshasa au
d’ombre et de lumière, des couleurs presque Congo). Le parallèle entre les deux hommes est
brutes, qui montrent nettement l’influence de accentué par le peintre : même allure générale,
Picasso, grand amateur d’art africain. même expression des visages, même pas décidé,
même type de tableau porté de la même façon,

Étudier le témoignage (document 2) même position des bras… La couleur de peau de
Picasso a été assombrie. Peut-être se rendent-ils
2. Les réactions de Picasso sont d’abord liées à
au musée d’art moderne qui se trouve sur leur
une perception négative : dans un premier temps,
gauche ? Le tableau, figuratif, marque des oppo-
il trouve ça « dégoûtant » et compare même le
sitions fortes entre les couleurs avec des tonali-
musée d’ethnographie au « marché aux Puces »
tés vives, chatoyantes.
(l. 1-2). Cependant, après s’être attardé, il est tou-
Chéri Samba justifie la présence (symbolique) de
ché : « il m’arrivait quelque chose », dit-il (l. 3). Il
Picasso à ses côtés par le fait que le peintre espa-
perçoit la nature « magique » (l. 5) des objets expo-
gnol a été influencé par l’art africain et que lui-
sés, leur rôle libérateur. Finalement, « dans ce
même souhaite lui rendre hommage. Mais c’est
musée affreux », il a la révélation du sens de sa
aussi pour Chéri Samba une manière de revendi-
vocation : « J’ai compris pourquoi j’étais peintre
quer la place de l’art africain dans un musée d’art
(l. 8-9).
et non pas dans un musée d’ethnographie.
3. Pour Picasso les objets du musée ethnogra-
phique ont une fonction « magique » : lors de cette
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

visite, il a pris conscience que les masques, les Écriture et oral


fétiches « étaient des armes » (l. 6), « des outils »
pour donner « une forme aux esprits » (l. 8-9). 5. Il s’agit d’un récit à la 1re personne. On attend
Picasso fait ici un double lien avec son œuvre : des élèves qu’ils racontent le musée et surtout
« J’ai compris pourquoi j’étais peintre », dit-il ses visiteurs du point de vue du masque.
lignes 9-10, faisant le parallèle entre objets rituels Pour les aider, on rappellera rapidement le
et peinture : de la même manière que les masques contenu des collections ethnographiques du
donnent forme aux esprits, la peinture donne musée du Trocadéro. D’autre part, il peut être utile
forme, exprime « l’inconscient », « l’émotion » d’attirer leur attention sur le fait que c’est l’Autre,
(c’est pourquoi il parle de « toile d’exorcisme »). celui qui est habituellement désigné comme
D’autre part, il considère que cette visite au musée l’Autre, qui délivre son point de vue. Il s’agit d’un
ethnographique, où il rencontre pour la première renversement de point de vue et on peut encou-
fois les arts premiers, est à l’origine de l’une de ses rager les élèves à tenir compte de ce renverse-

6
Interrogation 1

ment en soulignant ce qui peut être surprenant œuvres (comme le montre l’étude pour le tableau
ou choquant dans nos attitudes ou nos habitudes Les Demoiselles d’Avignon) les formes stylisées
à l’égard des autres civilisations. et hiératiques des objets de ces arts lointains
(doc. 1a et 1b).
6. Dans l’extrait de Malraux (doc. 2), le témoi- Chéri Samba nous dit (doc. 3 et 4) que cette ren-
gnage de Picasso révèle combien la découverte contre est réversible, c’est un aller et retour : ce
ou la rencontre de ce qu’on appelle aujourd’hui que l’art moderne a puisé dans cet art des Autres,
les « arts premiers » a été retentissante pour les il le lui a rendu en le valorisant, en lui donnant
artistes modernes, peintres ou sculpteurs. Le une légitimité. La culture ne s’arrête pas aux fron-
caractère sacré ou « magique » de ces œuvres tières, et l’image de ces deux créateurs, l’Africain
africaines, océaniennes ou amérindiennes, a for- et l’Occidental, côte à côte (toile de Chéri Samba),
tement impressionné les créateurs occidentaux est une parfaite illustration de cette rencontre
et on retrouve indiscutablement dans leurs réussie ou partagée.

2. Quels regards sur une « Vénus »


spectacle de foire ? pages 14-15 du manuel

Cette seconde séance traite du regard porté sur l’Autre, son corps et sa représentation, à un
moment historique précis, la colonisation, où l’on considérait l’homme non occidental comme
une curiosité et non comme l’un de ses semblables. À travers l’exemple de Saarje Baartman,
la « Vénus noire », on s’interrogera sur la nature de ce regard et sur ce qu’il nous apprend de
notre manière d’appréhender l’Autre.

Lecture emmenée en Europe où, revendue plusieurs fois,


elle devient une bête de foire.
Étudier le texte (document 1)
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

1. Au fil du texte, on apprend que Saarje Baart-


• Le roman Le retour d’Ataï reprend le personnage
man porte le nom de son « propriétaire » (l. 12),
principal d’un roman précédent de Didier Dae-
qu’elle a été achetée puis exilée en Europe, exhi-
ninckx, Cannibale (Verdier, 1998). Le vieux
bée dans des foires et des salons, examinée par
Gocéné quitte la Nouvelle-Calédonie pour retrou-
des « savants reconnus » (l. 18) et forcée à la
ver et rapporter dans sa tribu la tête d’un guerrier
prostitution (l. 20) ; après sa mort, le moulage de
kanak, prénommé Ataï, tête exposée dans un
son corps a été placé dans un musée, pour l’amu-
musée parisien.
sement des visiteurs (l. 6, 8-10).
• Saarje Baartman est née en 1789 dans une
tribu d’éleveurs et de chasseurs d’Afrique du 2. Le texte évoque de « la répulsion » et de « la
Sud. Victime d’une hypertrophie des hanches, moquerie » (l. 10) exprimées par les visiteurs, ainsi
des fesses et du sexe, elle est arrachée encore que « des réflexions idiotes » (l. 3). Selon le narra-
enfant à sa terre natale par un fermier vénal et teur, ces réactions correspondent au sentiment de

Objet d’étude 1 - Identité et diversité • 7


REGARDS VERS L’AUTRE, REGARD DE L’AUTRE ?

« supériorité » (l. 11) éprouvé par bon nombre de Elle semble vêtue simplement. Une main la
visiteurs européens. désigne et elle fait face au public d’un salon, elle
est au centre, elle est donc l’objet d’une repré-
3. Mots entre guillemets : l. 7 : « habillée » ; l. 12 : sentation. Le public, composé en grande partie
« propriétaire » ; l. 18 : « savants reconnus » ; de femmes richement vêtues, sourit, semble ravi
l. 24 : « Vénus ». du spectacle, applaudit. Le titre Vénus noire rap-
Les mots et les expressions entre guillemets sont pelle le nom dont fut affublé le moulage du corps
ceux que le narrateur ne reconnaît pas comme de la jeune femme, présenté au public du musée
les siens, qu’il met à distance pour mieux s’y de l’Homme à Paris : « Vénus hottentote ».
opposer. Il s’agit tout d’abord du mot « habillée »
pour indiquer la façon dont le moulage du corps 6. Le photogramme du film présente un gros plan
Saarje Baartman a été préparé en lui ôtant son d’une partie du visage de Saarje Baartman, les
humanité, afin de retenir l’attention du visiteur yeux clos, alors qu’un homme (probablement l’un
du musée. Puis, le mot « propriétaire » mis entre de ces « savants reconnus » dont parle le texte)
guillemets insiste sur l’illégitimité à défaut d’il- semble prendre des mesures à l’aide d’un outil
légalité d’une telle possession. Les guillemets en bois. On peut rapprocher ce photogramme des
encadrant l’expression « savants reconnus » lignes 18-19 du texte : « elle était aussi louée à
interrogent la validité de la démarche scientifique des “savants reconnus” qui l’auscultaient, la
et la notoriété de ceux-ci, à défaut d’interroger mesuraient sous toutes les coutures ».
leur humanité. Enfin, « Vénus » se réfère au sur- Effet produit : expression personnelle des élèves.
nom donné à Saarje Baartman de son vivant (« la On pourra faire valoir, par exemple, qu’il est
Vénus hottentote ») : le narrateur s’oppose aussi impressionnant de voir ainsi traiter un être
à ce nom qui réduit cette femme à ses particula- humain comme un objet d’étude scientifique,
rités physiques et sexuelles. soumis (les yeux fermés) et qui n’a pas son mot
à dire (les lèvres closes).
4. Les « savants reconnus » (l. 18) traitent Saarje
Baartman comme un objet ou comme un animal
qu’on observe, qu’on étudie afin d’en tirer des Écriture et oral
conclusions sur ses particularités physiques ou
On pourra laisser aux élèves le choix du sujet
psychologiques.
d’écriture (question 7 ou question 8).
« arguments racialistes » (l. 19) : dans « racia-
listes », il y a le substantif race, ce qui indique 7. Qu’il s’agisse de l’une des représentations
que ces savants tiraient de ces observations des dans un salon parisien ou d’une séance d’obser-
arguments pour conclure à l’existence de vation par les « savants » naturalistes, le travail
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

« races », à l’inégalité de ces dernières, et à la demandé aux élèves implique un changement de


supériorité de la « race » blanche. point de vue : c’est Saarje qui observe et com-
Le verbe « conforter » (l. 19) souligne que ce sont mente le comportement de la société des salons
des idées que les savants avaient au préalable, ou les agissements des savants ; celle qui est
avant d’entreprendre leurs observations, qui regardée à son tour regarde, décrit, raconte et
n’ont donc consisté qu’à confirmer leurs nous invite à partager ses sentiments. Une partie
préjugés. de ce qu’elle dit peut consister dans l’expression
de sa souffrance ou de sa révolte. On invitera les
élèves à utiliser les formes ou les procédés de la

Étudier les images (document 2) modalisation de l’émotion.
5. Sur l’affiche du film d’Abdellatif Kechiche,
Saarje Baartman se présente de dos, donc 8. L’exercice commence par la prise en compte
comme un être anonyme, sans identité propre. du contexte d’énonciation contenu dans la

8
Interrogation 1

consigne. Le travail doit, le plus possible, se gression dans le récit et la nature des réactions ;
conformer aux codes et aux usages habituels de après une brève description du public des salons,
l’article de presse (par exemple le fait de lui don- on peut imaginer, ainsi, que la première réaction
ner un titre). On peut aussi encourager les élèves de l’article pourrait être de l’étonnement, de la
à relater, au présent, le « spectacle », dans le surprise devant la première apparition de Saarje.
détail, comme s’il s’agissait d’un événement
d’actualité. La modalité ou la tonalité du discours
du journaliste est fixée par la consigne puisqu’on 9. On attend des élèves une brève synthèse des
nous dit qu’il est « scandalisé », mais il peut être réponses aux questions de la séance, mais aussi
productif d’inciter les élèves à ménager une pro- des réactions de la classe.
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

Objet d’étude 1 - Identité et diversité • 9


SÉQUENCE A REGARDS VERS L’AUTRE, REGARD DE L’AUTRE ?

ÉVALUATION S’entraîner au Bac Pro


pages 16-17 du manuel

Évaluation 2. (3 points) Nicolas Delesalle donne la parole


tout d’abord à Yann Arthus-Bertrand lui-même
des compétences de lecture (l. 22-25), puis à Sybille d’Orgeval qui est la coréa-
10 points lisatrice de l’exposition (l. 35-38). Le journaliste
donne donc la parole aux auteurs et aux promo-
Document 1 teurs de l’exposition, qui présentent leur travail,
1. (3 points) Nicolas Delesalle dévoile avec pré- leurs choix ou leur démarche. Sont révélées ainsi
cision l’origine et la présentation de l’exposition de les questions qu’ont été amenés à poser les jour-
Yann Arthus-Bertrand, 6 milliards d’Autres. L’opi- nalistes envoyés de par le monde pour rencontrer
nion du journaliste sur cette exposition peut sem- les hommes et les femmes que l’on retrouve sur
bler difficile à cerner pour les élèves qui peuvent se les images de l’exposition. On sera sans doute
laisser tromper par le registre utilisé (familier, et impressionné par le gigantisme de l’entreprise,
surtout moqueur, parfois même ironique) et repor- sa dimension épique et l’on peut être sensible à
ter sur l’exposition l’opinion du journaliste sur l’être sa dimension universellement humaniste.
humain et « sa capacité extraordinaire à se méfier
de ses six milliards de salauds de congénères ». 3. (2 points) Sibylle d’Orgeval insiste sur l’as-
pect humaniste de l’exposition ; en rencontrant
Il y a plusieurs exemples de ce ton ironique et toutes ces femmes et tous ces hommes sur l’en-
moqueur dans le texte : semble de la planète, en écoutant les histoires
« axiome que l’on peut vérifier en s’invitant chez qu’ils ont à raconter, les six reporters sont allés
son voisin le soir de Noël » (l .8-10), « des tronches » véritablement à la rencontre de l’autre et, par là
(l. 14), des « quidams » (l. 22), « fougueux » (l. 26), même, ils s’y sont attachés, en ont développé
« sonder les existences jusqu’au tréfonds de leur des sentiments : « la tendresse », l’amour de
trognon » (l. 28), « acabit » (l. 31), « quelques coups l’autre – ce que cette exposition invite le visiteur
de boule légitimes » (l. 31), « Que croyez-vous qu’il à partager.
arriva ? » (l. 32).
En dépit de ce ton, la précision apportée aux ori-
gines de l’exposition, à ses buts, prouve l’intérêt

Document 2
du journaliste pour une exposition qu’il montre en • 6 milliards d’Autres est un projet de Yann Arthus-
continuité avec les photos antérieures d’Arthus- Bertrand, mis en œuvre par GoodPlanet, fonda-
Bertrand, « posters beaux mais désincarnés », tion qu’il préside et qui a pour mission la
sensibilisation et l’éducation pour l’environne-
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

mais auxquels il « manquait de la chair, de la sueur,


des rides, des tronches » (l. 13-14). Visiblement, ment. L’exposition continue à être itinérante à tra-
l’exposition 6 milliards d’Autres apporte aux pho- vers le monde ; ainsi en 2011, elle aura été
tos de Yann Arthus-Bertrand ce qu’il leur man- présentée à Bruxelles (Belgique), à Rome (Italie),
quait : « des hommes ». à San Sebastian (Espagne), à São Paulo (Brésil),
Néanmoins, on ne pénalisera pas les élèves à Moscou (Russie), mais aussi à l’hôpital euro-
n’ayant pas perçu cette dimension du texte à condi- péen Georges-Pompidou de Paris qui aura été son
tion que les relevés effectués et les explications ultime étape des centres hospitaliers français.
apportées soient cohérents. Pour les convaincre, Ces portraits de l’humanité d’aujourd’hui sont
on pourra effectuer une lecture de l’intégralité de accessibles sur le site www.6milliardsdautres.org
l’article, sur le site de Télérama, à partir du lien : qui présente aussi le projet, ses making-off.
http://www.telerama.fr/scenes/sons-et-lumieres- 4. (2 points) Le panneau rassemble une multi-
du-monde,37187.php. tude de visages photographiés dans tous les

10
Interrogation 1

pays du monde pour l’exposition 6 milliards sens, une fonction qui peut nous échapper, ils
d’Autres. Ce panneau illustre directement la constituent, lorsqu’on les porte, une manière de
notion d’altérité : ces visages sont à la fois tous communiquer avec un monde « magique » et spi-
différents et singuliers mais semblent tous éga- rituel qui ne coïncide pas nécessairement avec
lement humains. L’exposition nous invite à par- les représentations occidentales. L’art occidental
tager, au-delà de nos différences, notre commune s’est évertué pendant des siècles d’abord à
humanité. reproduire le plus fidèlement possible la réalité ;
pourtant, lorsqu’il pénètre dans le musée d’eth-
nographie, Picasso découvre quelque chose qui
Évaluation bouleverse sa pratique d’artiste, au point que
des compétences d’écriture Chéri Samba peut penser à son tour que le peintre
espagnol est redevable aux artistes africains
10 points
pour le tournant qu’a pris l’art moderne au début
5a. (5 points) Il est important de tenir compte du XXe siècle et le peintre africain semble lui-
du contexte d’énonciation contenu dans les même vouloir reprendre le flambeau. On peut
consignes. Il s’agit de rédiger un texte destiné à donc dire qu’à travers ses créateurs quelque
d’autres élèves, ce dont on doit retrouver la trace chose a circulé d’un continent à un autre.
dans le texte. Il s’agit aussi de les convaincre du Dans le cas de Saarje Baartman, au travers du
bien-fondé de leur projet qui est, à leur échelle, récit de Didier Daeninckx comme du film d’Abdel-
le même que celui d’Arthus-Bertrand. Pour y par- latif Kechiche, on peut dire que les spectateurs
venir, il importe de mettre en avant des argu- des salons parisiens ou anglais ont pris en
ments pertinents ; les élèves pourront s’appuyer compte sa différence, pour s’en moquer, s’en
sur le texte. Ils peuvent commencer par chercher offusquer mais nullement pour reconnaître chez
ceux présents dans le texte et, pour en trouver cette femme une même humanité, une même
de nouveaux, lister, par petits groupes, ce que dignité. Pas plus que les « savants reconnus » qui
pourrait apporter, aux élèves ou à leur commu- n’ont, semble-t-il, à aucun moment vu autre
nauté, une telle initiative. chose chez la jeune femme qu’un terrain d’ob-
servation et d’expérience pour la science.
5b. (5 points) L’Autre c’est celui qui est diffé-
rent, qui peut physiquement sembler différent,
qui peut l’être par sa manière de vivre, par sa Quelques éléments bibliographiques
culture, ses valeurs ou sa religion. Faire l’expé- • Benoît de L’Estoile, Le goût des autres, Flam-
rience de l’altérité, c’est reconnaître et accepter marion, « Champs essais », 2010.
cette différence. Il peut être intéressant de sou- • Marine Dégli et Marie Mauzé, Arts premiers. Le
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

ligner à quel point les expériences des séances temps de la reconnaissance, Gallimard, 2000.
1 et 2 sont contraires. • Nicolas Bancel, Pascal Blanchard, Gilles
Les masques africains, comme ceux que Picasso Boëtsch, Éric Deroo, Zoos humains, au temps des
a contemplés au musée du Trocadéro, ont un exhibitions humaines, La Découverte, 2004.

Objet d’étude 1 - Identité et diversité • 11


Interrogation 1 En quoi l’autre est-il semblable et différent ?

RÉCITS DE VOYAGES, RÉCITS DE RENCONTRES ?


SÉQUENCE B pages 18-25 du manuel

Introduction au travail de la séquence

Depuis toujours, les hommes, curieux les uns des autres, se sont
intéressés aux récits des voyageurs ; il suffit de citer le grand poème
d’Homère, l’Odyssée, ou encore Le Périple d’Hannon, d’Hérodote, qui l’un
comme l’autre interrogent l’altérité et considèrent l’étranger comme un
miroir de soi-même.
Au Moyen Âge, Marco Polo fascinera ses contemporains par sa nar-
ration, dans Le Devisement du monde, des coutumes à la cour du grand
Khan.
Au XVIe siècle, Thomas More, dans Utopia, donne la parole à un
explorateur qui décrit un monde imaginaire, occasion pour l’humaniste
de proposer un projet très personnel d’organisation sociale… Pour les
humanistes, voyager appartient à la culture nécessaire, ce qui les conduira
à entreprendre des voyages, en particulier à destination de l’Italie, consi-
dérée, avec la Grèce, comme la patrie de l’art et de la culture antique.
À l’époque moderne, les écrivains philosophes ont été abondam-
ment inspirés par un dispositif qui interroge le monde dans lequel ils
vivent, soit par l’intermédiaire de voyageurs venus d’ailleurs (comme Rica,
le personnage des Lettres persanes de Montesquieu), soit de voyageurs
se déplaçant dans de lointaines contrées imaginaires (les pays des Contes
de Voltaire ou ceux des Voyages de Gulliver de Jonathan Swift), soit de
navigateurs revenant de terres lointaines (Le Supplément au voyage de
Bougainville de Diderot en est une illustration).
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

Un siècle plus tard, des romanciers comme Gustave Flaubert – on


pense à Salammbô, rédigée après un séjour à Tunis –, Eugène Fromentin
ou encore Pierre Loti seront attirés par l’Orient dont ils nourriront cer-
taines de leurs œuvres
Au XX e siècle, les récits de voyage abondent, c’est un courant
reconnu de la littérature, de nombreuses collections accueillent des écri-
vains-voyageurs. On peut citer l’œuvre d’Alexandra David-Néel, première
femme européenne à avoir pu pénétrer dans la cité interdite de Lhassa
en 1924, celle d’Ella Maillart, autre voyageuse photographe de nationa-
lité suisse, ou encore Nicolas Bouvier, également passionné d’Orient,
célèbre pour son récit L’Usage du monde ; on trouve même, en France, un
festival « Étonnants Voyageurs » initié par Michel Le Bris qui rassemble
chaque année à Saint-Malo des écrivains autour de ce thème.

12
Interrogation 1

Le voyageur est parfois un explorateur d’espaces inaccessibles ou


mal connus, c’est le cas de Jean-Baptiste Charcot qui relate ses grandes
expéditions polaires, par exemple dans Le Pourquoi-Pas ? dans l’Antarc-
tique (Éditions Arthaud, 2003 ; Pourquoi-Pas est le nom qu’il donna aux
différents navires qui servirent à ses expéditions polaires.)
Si l’on considère à présent la presse écrite, de nombreux journaux,
de manière épisodique, accueillent sur des blogs le récit de journalistes-
voyageurs (Le Monde ou Libération, par exemple).
Dans la séquence proposée, nous ne nous intéresserons, confor-
mément au programme, qu’à des récits contemporains (XXe et XXIe siècles)
et nous nous appuierons sur la lecture de textes qui mettent l’accent sur
la découverte de l’autre.
Pour entrer dans la problématique En quoi l’autre est-il semblable
ou différent ?, il nous a paru intéressant de nous décentrer : la parole n’est
pas donnée en premier aux Européens partis découvrir d’autres peuples
lointains, elle est prise par des Papous en visite en France. Déjà Mon-
taigne, dans Des Cannibales, avait donné la parole aux Indiens face aux
Portugais ; ici, cette exploration n’est pas sans rappeler celle du voyage
de Rica, venu de Perse, dans Les Lettres persanes de Montesquieu : grâce
au dispositif du roman par lettres, le philosophe a pu prêter sa voix à son
personnage pour critiquer les institutions de la société d’Ancien Régime.

1. Quand l’Autre se fait explorateur,


que nous apprend-il ? pages 18-19 du manuel

Le document 1 est extrait d’un article du Monde qui relate en partie l’aventure de deux habi-
tants de Papouasie Nouvelle-Guinée, visitant la France à l’invitation d’un ami photographe,
Marc Dozier, auteur notamment de la photographie de la page 19 du manuel. Venus une pre-
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

mière fois brièvement en 2004, les deux Papous, Polobi Palia et Mudeya Kepanga, ont pu
ensuite séjourner plusieurs semaines sur le territoire en 2006-2007. Ils ont été filmés pendant
leur périple par Jean-Marie Barrère et Marc Dozier ; ces séquences ont été rassemblées en dix
épisodes, diffusés sur Canal+, que l’on peut désormais visionner sur Internet.

Lecture voyages de découverte et d’exploration des terres


lointaines. De Bougainville à Livingstone, ils ont
 Étudier l’article (document 1) parcouru les mers et les continents pour décrire
1. Ce titre fait référence à la pratique des Euro- notre planète et ses habitants. Plus récemment,
péens dans le domaine de l’exploration ; ce sont au XXe siècle, des ethnologues et des anthropo-
eux, depuis le XVIIIe siècle, qui ont systématisé les logues (Marcel Mauss, Bronislaw Malinowski,

Objet d’étude 1 - Identité et diversité • 13


RÉCITS DE VOYAGES, RÉCITS DE RENCONTRES ?

Margaret Mead et Claude Lévi-Strauss, par incroyable avant leur départ : c’est pourquoi ils
exemple), ont tenté de rendre compte de civilisa- imaginent aisément que leurs compatriotes
tions qu’on a d’abord appelées « primitives », auront de la difficulté à les croire et qu’ils auront
avant de les dire « premières ». On peut ici parler besoin de preuves pour éviter d’être traités de
d’exploration inversée puisque ce sont des repré- menteurs. Ses craintes sont synthétisées dans
sentants des sociétés qui faisaient l’objet l’expression proverbiale « À beau mentir qui vient
d’études qui viennent étudier notre société. Ceux de loin ».
qui ont si longtemps été traités de « sauvages »,
qui apparaissent si exotiques, analysent cette fois
 Étudier la photographie (document 2)
la société européenne.
L’inversion est ici patente : les représentants 5. Cette photographie prête instantanément à
d’une civilisation première partent à la décou- sourire tant le décalage entre les trois person-
verte de l’Europe. nages est immense : voir côte à côte, au cœur de
la modernité souterraine d’une des capitales du
2. Les critiques émises par les deux Papous por- monde occidental, deux Papous en grande tenue
tent sur la répartition des richesses dans la et une femme vêtue à la manière citadine offre
société des Blancs : ils leur reprochent d’avoir un contraste d’autant plus irrésistible qu’aucun
« oublié la compassion et le partage » (l. 27), d’ac- des personnages ne paraît marquer d’étonne-
cepter qu’il existe « des gens misérables et humi- ment de la présence incongrue de l’autre. Il faut
liés » (l. 30) qui ont « froid et faim » (l. 31), de toutefois noter que Polobi et Mudeya affichent
maltraiter les étrangers. Mais ils s’inquiètent une certaine fierté d’avoir arboré leur grande
aussi de la place dévolue à la femme, « trop ins- tenue d’apparat tandis que la Parisienne affecte
truite » (l. 35) dans la société occidentale. Ils poliment de n’être pas surprise.
semblent redouter que les femmes papoues,
après avoir accédé à l’instruction, méprisent de
simples cultivateurs comme eux.
Écriture et oral
3. Ils admirent l’ingéniosité des Blancs : les voi-
tures, les trains rapides, les avions, les impres- 6. Il ne peut être question ici d’un modèle ; on
sionnent. Ils sont tout particulièrement friands du attend des élèves qu’ils soulignent, dans les
téléphone portable : un tel outil faciliterait telle- questions comme dans les réponses, l’étonne-
ment les communications dans leur pays ! Les ment des interlocuteurs et qu’ils reprennent les
Papous souhaiteraient bénéficier de l’aisance raisons d’admirer comme celles de critiquer notre
créée par un certain confort de la société occiden- société.
tale. Ponts, routes, téléphone, électricité sont
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

7. La synthèse attendue porte sur l’effet béné-


jugés positifs : « c’est ça la liberté ! » (l. 22-23).
fique d’un regard extérieur : l’autre, libre de tout
4. Polobi revient d’un périple au cours duquel, préjugé, souligne ce qui parfois échappe au plus
avec son ami Mudeya, il a été confronté à de nom- grand nombre ; il met librement en cause une
breux événements extrêmement surprenants ; organisation qu’il découvre et nous contraint à
pour les deux hommes, ce qu’ils ont découvert reconsidérer nos habitudes, nos mœurs, nos
peu à peu de la société française aurait paru certitudes.

14
Interrogation 1

2. Le voyageur peut-il prêter sa voix


à ceux qu’on n’entend pas ? pages 20-21 du manuel

Voyager, c’est aller à la rencontre de l’autre, pour échanger ; mais quand l’autre n’a pas de voix
(qu’il est assujetti, exclu, trop affaibli…), comment faire pour qu’il soit entendu ? On pense au
travail de certains romanciers, comme celui de Jack London rédigeant, après avoir vécu dans
les bas-fonds de l’East End londonien, Le Peuple de l’abîme, ou de journalistes comme Flo-
rence Aubenas, passant six mois auprès des travailleurs précaires dans la région de Caen
avant d’écrire Le Quai de Ouistreham, récompensé par le prix Joseph Kessel 2010 du festival
Étonnants Voyageurs.
Dans cette séance, il s’agit de confronter deux discours : celui d’une femme en partance pour
ce qu’elle espère être un Eldorado, capable d’endurer les pires misères, de risquer maintes
fois la mort pour atteindre enfin le pays de son choix et celui d’un migrant de retour vers sa
terre natale. Titouan Lamazou, connu pour ses trophées de navigateur (victoire dans le Vendée
Globe, la Route du Rhum, champion du monde de course au large pour la période 1986-1990)
est aussi un artiste et un écrivain qui s’est engagé pour la défense des droits des femmes et
des enfants dans le monde. Dans cette perspective d’aide humanitaire envers les plus dému-
nis, il a créé une association à but non lucratif, Lysistrata, pour prolonger son combat pour la
défense des femmes, dont il s’efforce d’être le porte-parole.
Ici, deux auteurs se font hérauts des exclus, représentés par deux migrants, une femme, puis
un homme (on oublie trop souvent que les femmes aussi quittent leur pays pour chercher du
travail au loin) et chacun des deux emploie un canal différent pour accompagner la voix de
ceux qui n’en ont pas : ce sera pour le premier l’image (dessins et photographie), pour le second
la musique.

Lecture ler les différentes étapes de cet itinéraire subi


plutôt que choisi.
 Étudier le texte et les images 2. Pour Lamazou, les oasis du Sahara évoquent
(document 1) certainement des instants de beauté et de pléni-
tude, tels que peuvent en rêver les voyageurs ;
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

1. Bien sûr, il est nécessaire de comprendre que


mais pour Blessing, ces étapes forcées ne peu-
Blessing cherche à émigrer pour fuir la misère de
vent qu’évoquer le retard apporté au projet, sans
son pays, le Nigeria, et que son voyage ne peut
parler des différentes avanies subies ça et là…
pas s’effectuer de manière directe : il s’agit d’im-
Enfin, le dessinateur se révolte à la pensée que
migration clandestine. Blessing ne peut pas cir-
les migrantes aujourd’hui financent elles-mêmes
culer librement d’Afrique vers l’Europe, elle est
leur propre traite (leur voyage) tandis que Bles-
obligée de s’en remettre aux circuits des pas-
sing observe sobrement qu’aujourd’hui le trafic
seurs. C’est la raison pour laquelle Lamazou
humain est devenu « un véritable business ».
parle d’« escales » à son propos : la jeune femme
a parcouru un itinéraire chaotique (trois ans se
sont écoulés depuis son départ) pour arriver  Étudier les images (document 1)
enfin en Mauritanie ; elle a dû circuler d’une oasis 3. Lamazou a construit sa page d’illustration
à l’autre à travers le Sahara, sans pouvoir contrô- autour de trois idées : deux dessins et une photo.

Objet d’étude 1 - Identité et diversité • 15


RÉCITS DE VOYAGES, RÉCITS DE RENCONTRES ?

Les deux dessins, à l’encre et à l’aquarelle, repré- reur (une « vie bête de gangsta rappeur » au
sentent le visage de Blessing, mettant en valeur milieu des « tours »), qu’il rêve d’un « foyer qu’il
sa beauté, la finesse de ses traits, le détail de sa n’a en fait jamais eu ».
physionomie, nous la rendant ainsi proche. Il crée
de l’empathie pour le personnage. La photo, sur  Mettre en relation des documents
fond de mur jaune, produit un effet différent et
complète le portrait en soulignant sa pauvreté et 5. Les documents 1 et 2 font le portrait de Bles-
sa solitude : elle est couchée sur une natte dans sing, une jeune femme nigériane en partance
une pièce au mobilier inexistant, avec pour seul pour l’Europe ; ils insistent sur les tribulations
bien apparent un baluchon de très petite taille accablantes qui attendent les candidats à une
où l’on imagine que sont resserrés ses maigres immigration illégale.
biens. La jeune femme apparaît très mince, bien Le document 2 inverse le scénario puisqu’il décrit
seule et triste. Cette photo, aussi construite soit- avec lyrisme le retour d’un jeune migrant sur la
elle, s’apparente davantage à un reportage sur terre africaine. Ainsi, le mouvement est considéré
la condition des migrantes tout en amenant le comme réversible, l’homme qui revient est jeune
spectateur à éprouver de la pitié pour Blessing. encore, il n’a pas gâché sa vie en désillusions, il
porte en lui l’espoir d’une vie meilleure loin de
l’Europe et de ses mirages.
 Étudier le texte de la chanson
(document 2)
4. « Le jeune noir » de la chanson quitte l’Europe Écriture et oral
pour l’Afrique, plus précisément le Maroc ; on sait
qu’il est devant le détroit de Gibraltar, à la pointe 6. Il n’est pas possible ici de donner un corrigé
sud de l’Espagne, au lieu de passage maritime précis. On demandera aux élèves qu’ils prennent
le plus proche du continent africain. C’est le en compte la situation d’écriture : leur texte doit
contraire de Blessing : lui voyage du nord au sud répondre aux exigences d’un article de journal ;
et quitte l’Europe pour l’Afrique (il « vogue vers on pourra utilement les renvoyer à la double page
« Capacités et attitudes » : Écrire un article engagé
le Maroc tout proche »). Ses sentiments au fil de
(p. 90 du manuel).
la chanson évoluent de la peur et la haine vers
Il est d’autre part souhaitable de les inviter à
un regain de courage (il « crie comme les braves »,
consulter le site de Titouan Lamazou (http://
il « appelle au courage »), puis vers une immense
www.titouanlamazou.com/) pour qu’ils aient
joie (« il pleure de joie »). Les personnifications
accès à une documentation qui puisse nourrir
des éléments illustrent cet enthousiasme final :
leur argumentation.
il « voit la lune le pointer du doigt et le soleil le
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

prendre dans ses bras » ; le jeune homme est à 7. Les différents documents rassemblés dans
nouveau en harmonie avec le monde qui cette séance visent à montrer que certains voya-
l’entoure. geurs donnent la parole à ceux qu’ils rencontrent.
La première partie de la chanson insiste sur tous Il suffit pour répondre à cette question de réca-
les aspects négatifs que le jeune homme a pituler ce qu’on a observé sur la démarche de
connus et qu’il laisse derrière lui pour retrouver Titouan Lamazou, qui se dit lui-même dépassé
l’espoir et oublier la peur. par l’ampleur de son projet de portraits de
On peut supposer qu’il exulte à l’idée de retrou- femmes, Zoé-Zoé, Femmes du monde.
ver sa terre, sa famille, ceux qui l’attendent au L’étude des paroles de la chanson d’Abd Al Malik
pays ; on sait qu’il s’est considéré comme un met également en évidence cette possibilité : il
« esclave » et qu’il fuit une vie qu’il avait en hor- prête sa voix à ceux qu’on n’entend pas.

16
Interrogation 1

3. Quels guides pour permettre les rencontres ?


pages 22-23 du manuel

Dans cette troisième séance, l’objectif consiste à s’interroger sur les moyens dont dispose le
voyageur pour faciliter les rencontres. Pour aller vers l’autre il ne suffit pas de régler des moda-
lités pratiques (quel pays, quel itinéraire, quelle durée…), la démarche exige également un
état d’esprit, une réceptivité adéquate. Le passage du roman de Houellebecq, ironique à sou-
hait, fait un sort aux voyages organisés, tandis que l’article de Mari relate une expérience de
rencontre réelle. Le lien entre les deux textes porte sur la polysémie du mot « guide », à la fois
livre pratique (le guide de voyages qui rassemble de précieuses informations, par exemple Le
Guide du Routard) et personne physique capable d’introduire le voyageur à des expériences
et des rencontres qui sans lui se seraient avérées impossibles (ici, Mulu, le guide du photo-
graphe Hans Silvester). Mari montre également qu’aller vers l’autre n’est pas toujours facile,
qu’il faut savoir se montrer patient, être prêt à prendre des risques, y compris physiques, pour
parcourir le chemin qui nous sépare de l’étranger.
Le photographe Hans Silvester a réalisé ce reportage auprès des peuples des rives du fleuve
Omo : aux confins de l’Éthiopie, il a photographié avec ardeur ces peuples à cheval sur un
triangle Éthiopie-Soudan-Kenya, la grande vallée du Rift, une région volcanique qui leur fournit
une immense palette de pigments. On pense au travail mené par Leni Riefenstahl au Soudan
dans les années 1970, auprès des Nouba de Kau, et on comprend que ce sont de précieux
témoignages sur des civilisations dont la survie est menacée.

Lecture voyages permettrait d’aller à la rencontre des


populations puisqu’ici il sert explicitement à évi-
 Étudier l’extrait du roman (document 1) ter les rencontres.
1. De nombreux titres sont possibles : en réfé-
2. Pour compléter les réponses à la question 1, on
rence au chapeau, « le voyage organisé » pourrait
peut ajouter que pour le voyageur du récit, le texte
convenir, mais il serait plus judicieux d’insister
imprimé permet de maintenir à distance le monde
sur la place dévolue aux guides de voyage. Deux
extérieur qui est parcouru en autocar : « j’allais
d’entre eux sont évoqués, Le Guide du Routard
devoir affronter la fin du circuit sans le moindre
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

et le Guide Michelin, avec un traitement assez


texte imprimé pour faire écran… le monde exté-
différent :
rieur m’apparaissait d’un coup beaucoup plus
Dans cet extrait, le premier finit à la poubelle, car
proche ». Le guide semble donc faire office de pro-
son rédacteur est, selon le narrateur, un « maso-
tection, de filtre entre le voyageur et le monde qu’il
chiste manipulateur » tout disposé à gâcher le
traverse ; ces textes auraient donc pour fonction
plaisir des touristes en quête de destination
de « protéger » d’éventuelles rencontres ceux qui
« paradisiaque ». Le second, très informatif,
s’aventurent au loin sans être disposés à s’inter-
aligne des données chiffrées sur l’activité éco-
roger sur eux-mêmes et les autres.
nomique du pays visité. On notera que le narra-
teur se rabat sur ce second ouvrage pour pouvoir 3. Le voyageur du roman de Houellebecq fuit la
affronter le circuit à l’aide d’un texte « écran » ; rencontre qui ne fait que l’inquiéter, le circuit
cette remarque renverse de manière brutale le consiste pour lui à traverser des paysages, à pro-
présupposé habituel selon lequel le guide de fiter de lieux paradisiaques, c’est le touriste-type :

Objet d’étude 1 - Identité et diversité • 17


RÉCITS DE VOYAGES, RÉCITS DE RENCONTRES ?

il veut profiter des plaisirs dispensés ailleurs  Étudier la photographie (document 3)


conformément au programme de la brochure des- 6. Cette question ne vise qu’à laisser libre place
criptive de son circuit. Le lecteur mesure rapide- à l’expression de l’élève, elle l’invite à formuler
ment que la Thaïlande n’est qu’une destination son ressenti. À n’en pas douter beaucoup seront
parmi d’autres possibles et que les habitants de frappés par la beauté de l’image, par le travail
ce pays n’intéressent nullement le narrateur. esthétique accompli par le modèle. Viennent à
esprit les adjectifs de gracieux, élégant, raffiné,
 Étudier l’article (document 2) candide, naïf, beau, charmant, etc. Difficile
4. Jean-Paul Mari manifeste une très grande admi- d’imaginer que quiconque puisse ne pas être tou-
ration pour ces peuples (« génie », l. 1, « art », l. 7) ché par une des photos de Silvester, moment de
qui ont su inventer une culture de la beauté éphé- pure beauté, d’une création subtile et fragile (si
mère. Le journaliste insiste sur l’immense créativité éphémère !), don de peuples qui estiment néces-
de ces ethnies, dont il compare les œuvres à celles saire le temps consacré à la parure, aussi brève
des plus grands noms de la peinture contempo- cette réalisation soit-elle.
raine (Miro, Picasso, Pollock, Tàpies, Klee).
5. Pour parvenir à approcher ces peuples, le pho-
tographe a entrepris dix voyages en six ans. Voici Écriture et oral
ce qu’en rapporte le journaliste : « À trois jours de
piste de la capitale éthiopienne, à des siècles de 7. Il s’agit de répondre à la question posée en
Khartoum ou de Nairobi, le pays est lointain et dur. début de séance, mais aussi d’attirer l’attention
L’été, à la saison sèche, il fait plus de cinquante des élèves sur la polysémie du mot guide et sur
degrés ; au printemps, la pluie rend les pistes ce qui peut – ou non – faciliter les rencontres. On
impraticables, la région est infestée de lions, de attend donc une sorte de synthèse mettant en
léopards, d’éléphants et de buffles tueurs. Restent évidence la différence entre un guide écrit (sorte
les insectes tueurs, la malaria endémique et ces de mode d’emploi d’un pays, fournisseur d’infor-
mouches Tsé-Tsé qui ont laissé sur les jambes du mations pratiques) et une personne qui appar-
photographe des trous larges d’un doigt, infectés tient aux cultures que l’on prétend rencontrer.
et douloureux. » On comprend aisément qu’il a Dans les documents présentés, la différence d’ef-
fallu beaucoup de patience et d’écoute à Hans Sil- ficacité est nettement en faveur de la deuxième
vester avant de pouvoir approcher les villageois : solution : le personnage du roman de Houelle-
il a marché, comme eux, il a dormi sous la tente, il becq ne cherche en rien à rencontrer l’autre, il ne
a appris leurs modes de communication (les « for- parcourt le monde que comme une carte de géo-
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

mules de politesse ») et grâce à son guide a enfin graphie, tandis que Silvester cherche à gagner
eu l’idée du partage. Lorsqu’il a suivi les conseils peu à peu l’estime de certains peuples pour
de Mulu, il a organisé un banquet et a enfin pu être mener à bien son travail et témoigner ainsi de
accepté et faire son travail de photographe. son émerveillement devant leur culture.

18
SÉQUENCE B RÉCITS DE VOYAGES, RÉCITS DE RENCONTRES ?

ÉVALUATION S’entraîner au Bac Pro


pages 24-25 du manuel

L’évaluation porte sur un extrait de l’œuvre d’Isabelle Eberhardt, figure d’une existence météo-
rique : convertie à l’islam, après avoir parcouru l’Algérie sous un habit d’homme, elle soutient
la lutte violente contre le pouvoir colonial et fait œuvre de journaliste au cours de ses voyages
vers le sud. Frappée par une crise de paludisme, elle se réfugie un temps à Aïn-Sefra où elle
est trop affaiblie par la maladie pour parvenir à s’enfuir quand l’oued, sur lequel se trouve sa
maison, devient un torrent furieux et submerge la ville basse, noyant la jeune femme de vingt-
sept ans. Le texte choisi provient de notes écrites au cours d’un voyage dans le sud oranais,
occasion pour la journaliste de nous faire part de ses propres sentiments à l’égard du monde
et de son goût pour l’ailleurs.
Le texte d’Isabelle Eberhardt est précédé d’une planche d’une bande dessinée de Jacques Ferran-
dez. Cette planche est extraite des Fils du Sud, troisième volume d’une série intitulée Carnets
d’Orient. Le dessinateur, né en 1955 en Algérie, y relate des moments de la vie de son grand-
père enfant sur la terre d’Afrique et fait apparaître dans son récit le personnage d’Isabelle Ebe-
rhardt au moment où, atteinte du paludisme, elle part pour Aïn-Sefra où elle trouvera la mort.

Évaluation terrogent sur elle et semblent stupéfaits que le


des compétences de lecture chef de la gare la connaisse. Cette reconnais-
sance suppose une certaine célébrité qui ajoute
12 points
au mystère du personnage. Les dialogues souli-
 Document 1 gnent l’intérêt des enfants qui commentent une
1. (3 points) Il est aisé de voir que le personnage rencontre qui les étonne : « Papa lui parle ! la
central de ces vignettes est Isabelle Eberhardt connaît. » (2e vignette), « Tu te rends compte ?…
puisque le dessinateur concentre l’intérêt sur elle Journaliste à La Dépêche algérienne ! Quand on
par de nombreux dispositifs. Il commence par un va dire ça à la Antonio ! » (dernière vignette).
plan large avant de resserrer de plus en plus la 2. (1 point) On apprend que la jeune femme
vision, jusqu’à un gros plan sur le visage de la circule habillée en homme, qu’elle porte la tenue
jeune femme qui montre sa beauté. Sur sept traditionnelle algérienne, qu’elle voyage habi-
vignettes successives, elle est représentée cinq tuellement à cheval, qu’elle souffre de palu-
fois et lorsqu’on ne la voit pas, elle est l’objet de disme, qu’elle connaît une certaine notoriété,
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

l’attention (les discours des enfants qui la qu’elle est journaliste à La Dépêche algérienne
regardent). et enfin qu’elle prend le train pour aller se soigner
Il installe également un certain suspense à son à Aïn-Sefra qui dispose d’un hôpital militaire.
égard puisqu’il nous présente d’abord en plan
moyen le chef de gare qui s’adresse à quelqu’un
assis au sol, qui n’avait jusque-là pas été identi-  Document 2
fié, avant de procéder au gros plan sur Isabelle 3. (2 points) Pour répondre à cette question,
Eberhardt. on pourra admettre tant de possibilités que nous
Elle est, en outre, le sujet évoqué par les deux ne ferons que suggérer quelques titres : « le
garçons (dans les planches précédentes, ils voyage étanche la soif de bonheur, le voyage
s’étaient déjà intéressés à cette femme habillée répond à un idéal de découverte, le voyage per-
en homme qui aiguisait leur curiosité ; ils l’avaient met de remonter aux sources de la vie »… ou de
surnommée « la femme de la terrasse »), qui s’in- manière plus succincte, « voyager, c’est vivre »…

Objet d’étude 1 - Identité et diversité • 19


RÉCITS DE VOYAGES, RÉCITS DE RENCONTRES ?

4. (3 points) L’auteur présente de manière très gumentation, on évaluera la conviction de la


ironique (« calmer la soif de bonheur ») deux lettre.
conceptions qui s’opposent : elle commence par
6b. (8 points) Il est très aisé de récapituler,
marquer son étonnement devant la première qui,
séance après séance, les réponses qui ont été don-
selon elle, consiste à accumuler des biens maté-
nées. Ainsi, pour la séance 1, adopter un regard
riels (chapeau, bottines, meubles, argenterie et
d’ethnologue, c’est aller sans conteste à la ren-
porcelaine), dont elle met en valeur la vanité en
contre de l’autre, sinon impossible d’enregistrer
employant des adjectifs (« à la mode », « correct »,
des informations à son propos. C’est parce que
« petit », « petits », « encombrants ») qui insistent
Polobi et Mudeya sont curieux des « tribus » fran-
sur la petite taille ou au contraire sur l’encombre-
çaises qu’ils peuvent rencontrer tant de personnes
ment d’objets liés à une mode et donc d’un inté-
différentes qui, chacune à sa manière, contribue-
rêt particulièrement fugace. À cette accumulation,
ront à former l’image d’un ensemble appelé France.
elle oppose une autre conception : l’intérêt pour
Pour la séance 2, le projet de Lamazou lui-même
la terre et les lointains, l’attrait de la découverte
consiste en des rencontres de femmes de pays
quels que soient les dangers à encourir pour
différents, femmes auxquelles il s’efforce de don-
éprouver des sensations fortes.
ner une voix. Lors de la parution de son livre
5. (3 points) Isabelle Eberhardt a appris à espé- Afghanes, en octobre 2009, voici ce qu’il écrit :
rer au milieu des dangers (« le moment du danger « Je me suis souvenu d’une réflexion d’une jeune
est aussi celui de l’espérance »), elle a appris à Berbère qui m’avait troublé, il y a vingt ans, lors
tirer des bienfaits de sa souffrance (« quand mon d’un séjour dans le Haut Atlas marocain : “Chez
cœur souffrait, il commençait à vivre »), elle a nous, le statut le plus envié en matière d’autono-
également pu appréhender l’humanité dans sa mie féminine est celui de veuve de guerre, car il
profondeur (« un voyage dans les profondeurs de confère, en plus d’une vraie liberté, le droit à une
l’humanité »), elle a ressenti des « sensations pension !” Ici, il n’y a pas à proprement parler de
fortes », en conclusion elle a vécu largement une vraie liberté, et encore moins de pension, mais
existence voulue en tout point (« la courbe voulue ce ne sont pas les veuves qui manquent. »
de mon existence se dessinait largement »). Si l’on considère la chanson d’Abd Al Malik, elle
fait état d’une rencontre (imaginaire ou réelle)
avec un jeune noir qui voyage à la rencontre de
Évaluation son pays natal et s’adresse en chemin à ceux qu’il
des compétences d’écriture croise (les autres, le pianiste) comme le chanteur
s’adresse à nous.
8 points
Pour la séance 3, s’opposent deux manières de
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

6a. (8 points) On ne peut ici proposer un cor- voyager, la première empêchant les rencontres,
rigé-type de l’exercice, mais il conviendra bien la seconde permettant d’aller au-devant d’un
sûr de rappeler quelques exigences : la forme de peuple que l’on admire. Hans Silvester met six
la lettre doit être respectée, tout comme le des- ans à rencontrer vraiment les peuples de l’Omo,
tinataire du message (un ou une amie). Ce travail car pour lui cela signifie pouvoir enfin photogra-
doit nécessairement employer les outils de l’ar- phier des modèles consentants et coopératifs.
gumentation (mise en paragraphes d’arguments Enfin, l’évaluation met en évidence, par les pro-
assortis d’exemples). Pour traiter le sujet, il faut pos d’Isabelle Eberhardt, que voyager c’est
indiquer une destination (à travers un continent retrouver les « gens du peuple et les nomades »
spécifié), puis mesurer l’intérêt de l’entreprise qui sont les meilleurs représentants de ce qu’est
dans un premier temps avant de spécifier son l’humanité, en quelque sorte l’essence de
accord ou son désaccord. Outre la qualité de l’ar- l’homme.

20
Interrogation 1 En quoi l’autre est-il semblable et différent ?

ACTIVITÉS ET RECHERCHES page 26 du manuel

Séquence A– sud-africain qui l’exhibe dans les foires et les


salons. Elle est examinée comme un animal par
REGARDS VERS L’AUTRE,
les savants de l’époque et sombre dans l’alcool
REGARD DE L’AUTRE ?S et la prostitution. Un moulage de son corps a
1. Selon Benoît de l’Estoile, rapportant les pro- longtemps été exhibé au musée de l’Homme à
pos du président de la République Jacques Paris.
Chirac, le musée Branly répond à une triple mis-
sion : il doit permettre d’accueillir « les arts pre- Elephant Man, réalisé en 1980 par David Lynch,
miers », « arts lointains » ; il doit servir à « réparer est inspiré par la vie de Joseph Merrick, sur-
l’injustice historique de la méconnaissance » ; nommé « Elephant Man » en raison de son aspect
enfin il est une « invitation au voyage » qui doit physique déformé. L’intrigue se déroule à Londres
permettre « la découverte de l’Autre ». en 1884, où « l’homme éléphant » est exhibé
dans des foires. Le docteur Treves, médecin qui
l’examine, s’intéresse à son cas et essaie de le
protéger en le cachant du monde. Treves découvre
2. On se référera au site officiel du musée, www. alors la sensibilité et l’intelligence de Merrick.
quaibrnly.fr, mais aussi aux articles ayant accom- Mais celui-ci est enlevé et subit de nouveau humi-
pagnés son ouverture et s’interrogeant sur la liations et mauvais traitements avant de réussir
nature du musée : musée ethnographique ou à s’enfuir pour retrouver l’hôpital.
musée d’art ? On voit donc le lien entre le destin de Saartjie
3. Samuel Douhaire resitue tout d’abord Vénus Baartman et celui de Joseph Merrick , humiliés,
Noire dans la filmographie du réalisateur Abdel- moqués, exhibés et traités comme des animaux
latif Kechiche et note la présence d’un thème de foire.
récurrent : « la difficulté pour un individu à trou-
ver sa place dans une société qui la lui refuse ».
Mais très vite apparaît la principale critique : le
film fait du « spectateur » un « voyeur », position Séquence BS
dénoncée comme « inconfortable ». Cette asser-
RÉCITS DE VOYAGES,S
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

tion est justifiée par le fait que le réalisateur « ne


cherche pas à susciter l’empathie avec son RÉCITS DE RENCONTRES ?S
héroïne » qui apparaît « résignée, souvent abrutie 1. Tristes Tropiques fut publié en 1955. Claude
par l’alcool, étonnamment passive face aux Lévi-Strauss a alors quarante-sept ans et il est
humiliations ». l’un des ethnologues les plus reconnus de la pro-
Il oppose Vénus Noire et Elephant Man, dans fession, spécialiste des sociétés traditionnelles
lequel David Lynch réussit à provoquer chez le américaines. Tristes Tropiques est avant tout un
spectateur une réelle empathie pour le malheu- récit de voyages et une réflexion sur le sens de
reux héros. ceux-ci, mais c’est aussi une autobiographie
Le film Vénus Noire a été réalisé en 2010 par intellectuelle, l’histoire de l’apprentissage du
Abdellatif Kechiche. Il raconte l’histoire d’une métier d’ethnologue. L’auteur y décrit les parti-
jeune femme, Saartjie Baartman, aux formes cal- cularités culturelles des Indiens Bororos, Nam-
lipyges, conduite en France par son « maître » bikwaras, Tupis vivant sur le plateau du Mato

Objet d’étude 1 - Identité et diversité • 21


Interrogation 1

Grosso (Brésil), qu’il a côtoyés pendant des traits de ces muses féminines, de la ministre à la
années. Mais, au fil des paragraphes, il passe paysanne, mettant en avant que la destinée des
inopinément d’un continent à l’autre, de l’Ancien femmes est aujourd’hui beaucoup plus représen-
au Nouveau Monde ; il se rappelle son exode vers tative de l’évolution de nos sociétés que celle des
New York au moment de l’occupation allemande hommes qui les dirigent depuis toujours. De plus,
en France, son passage par les Antilles… En il recueille, grâce à un questionnaire simple et
même temps qu’il dépeint ses pérégrinations universel, les témoignages bouleversants de
passées, il propose sa vision du voyage. Le voya- femmes confrontées pour la plupart à la guerre,
geur doit garder à l’esprit le fait qu’il a certes la misère et la faim, qui se battent pour survivre
changé de lieu, mais aussi de temporalité, et affronter leur quotidien. Il a fait une exposition
puisque le « progrès » ne touche pas toutes les de ses portraits réalisés au cours de ses voyages
parties du monde à la même vitesse, et enfin de sur les cinq continents, dont une partie est à voir
classe sociale, car l’argent dont on dispose n’a dans le livre Femmes du monde (Gallimard,
plus la même valeur en un autre point du globe. 2007).
Toutefois, ce regard particulier est rarement de
mise. Ainsi, la célèbre phrase d’introduction du
livre – « Je hais les voyages et les explorateurs »
– doit se comprendre comme une critique de 4. Recherches personnelles des élèves.
l’exotisme et du sensationnel présents dans tant 5. Recherches et expression orale personnelles
de récits d’aventures et qui débouchent sur la des élèves.
fabrication de stéréotypes, dont se repaissent 6. Recherches personnelles des élèves : Ella
les touristes. De ce point de vue, les tropiques Maillart (1903-1997) et Annemarie Schwarzen-
paraissent bien « tristes », car les voyages nous bach (1908-1942) sont des voyageuses, écri-
montrent finalement « notre ordure lancée au vains, photographes suisses. En 1939-1940,
visage de l’humanité »… alors que l’Europe s’enfonce de nouveau dans la
2. Expression personnelle des élèves. guerre, profitant de la neutralité de la Suisse,
3. Titouan Lamazou parcourt le monde à la ren- elles voyagent toutes les deux en Afghanistan.
contre des gens. Il est particulièrement inspiré 7.Recherches et expression personnelles des
par les femmes. Il se lance donc dans les por- élèves.
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

22
Histoire des arts page 27 du manuel

Thématique : « arts, sociétés, cultures »

Pierre Alechinsky, né en 1927, est un peintre et un graveur belge qui réunit dans son œuvre
des traits expressionnistes et surréalistes. Il est l’un des fondateurs du groupe Fauvisme et
proche du groupe Cobra (Copenhague, Bruxelles, Amsterdam), qui réunit des artistes origi-
naires de certains pays du Nord et prône en peinture « la liberté, la spontanéité et l’expéri-
mentation ». Sa peinture va se singulariser lors de sa rencontre avec le peintre chinois Wallace
Ting, rencontre décisive qui l’amène à abandonner progressivement l’huile pour l’encre. C’est
à partir de son séjour à New York, en 1965, qu’il se met à employer l’acrylique. Il y peindra
Central Park, en 1965, avant d’entourer son sujet par un cadre de dessins à l’encre : il inaugure
ainsi une nouvelle forme de peinture « à remarques marginales » qui s’inspire de la bande
dessinée et dans laquelle l’interaction entre les deux éléments (toile et vignettes du cadre)
crée un climat énigmatique.

Première impression qu’elles représentent des scènes réelles ou ima-


ginaires associées à cet espace. Si l’on étudie en
1 L’impression générale produite par la toile détail ces vignettes, force est de constater
appartient à chacun. On peut néanmoins observer
qu’elles évoquent un univers très violent : visages
qu’elle est impressionnante, composite, qu’il y a
inquiétants, expressions variées de la peur,
un cadre au tableau, qu’on y aperçoit comme un
scènes d’agression.
visage, assez effrayant, qu’il naît une atmosphère
étrange de cet assemblage de noir et blanc et de
couleurs. On peut distinguer sur la toile deux yeux Mise en contexte
ronds cerclés d’anneaux orange et la forme d’un 4 Voici ce que déclare Alechinsky lui-même à pro-
visage muni d’une sorte de bouche rose. pos de son œuvre, en 1977 : « En bas, un monstre
attendait, tapi dans la topographie du parc.
Méandres de Cobra ? Anamorphose ? Terrible avec
Analyse du tableau sa perruque en fouillis d’arbres, son profil dessiné
2 Le titre du tableau fait clairement référence au par la découpe des chemins, joues glabres colo-
parc du même nom situé à Manhattan. On peut riées en vrai. […] Revenir à ce poste d’observation
dès lors identifier des routes et des chemins, des – avec un pinceau chargé d’encre jusqu’à la
surfaces boisées (en vert), peut-être des plans gueule. » Il ajoute vingt ans plus tard : « En obser-
d’eau en mauve violacé (le parc en contient plu- vant, au printemps, les méandres des chemins, les
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

sieurs). On pourrait apercevoir des espaces cou- rochers et les pelouses de Central Park, du haut
verts en vert et découverts en orange (pelouses, de l’atelier new-yorkais de Wallace Ting, situé au
espaces de jeux divers). La représentation s’ap- 35e étage, j’ai cru entrevoir une gueule débonnaire
parenterait à une vue aérienne. Si l’on s’en tient de monstre. J’ai repris cette forme, venue de la
à l’interprétation d’une figure géante, les courbes topographie du parc, à l’acrylique, sur un rectangle
représentent les différents traits de son visage de papier posé au sol. L’été suivant, j’ai punaisé
(yeux, bouche). cette image sur le mur de l’ancienne école d’un
3 Le tableau est composé, nous l’avons vu, de village de l’Oise, où j’avais un atelier. Et pendant
deux parties distinctes qui se répondent l’une plusieurs soirées, en regardant cette image, je me
l’autre. Si le propos de l’artiste consiste à peindre suis mis à dessiner au pinceau et à l’encre de chine
Central Park, les vignettes évoquent certaine- sur des bandes de papier Japon, comme ça, pour
ment, elles aussi, le lieu ; on peut donc supposer le plaisir, mais tout en pensant aux mythologies

Objet d’étude 1 - Identité et diversité • 23


RÉCITS DE VOYAGES, RÉCITS DE RENCONTRES ?

citadines que ce parc “ventral” de New York sus- 5 Ce qu’Alechinsky interroge dans ce tableau, à
citait. » (Hors-série de Télérama, 1998) travers sa représentation d’un espace central et
On comprend mieux, dès lors, que sa toile évoque d’espaces périphériques, c’est le lien entre
une gueule de monstre, symbole de la peur que nature et culture, comme si le parc était un
génère le parc en 1965. L’adjectif « débonnaire » espace de folie inclus dans une rationalité
associé à « monstre » est assez inattendu, c’est humaine. André Breton ne s’y est pas trompé,
presque un oxymore ; il est aisé de constater, en puisqu’il affirme admirer dans l’œuvre « ce pou-
regardant attentivement le visage peint, qu’il voir d’enlacement des courbes, ce rythme de
assemble des éléments effrayants (la taille du toute évidence organique, cet heureux abandon
monstre, une gueule ouverte…) avec une expres- de femme que vous obtenez des couleurs, de la
sion plutôt sereine (les yeux). lumière. »
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24
Interrogation 2 Comment transmettre son histoire,
son passé, sa culture ?

COMMENT DIRE L’ENFANCE « EN PAYS DOMINÉ » ?


SÉQUENCE A
pages 30-35 du manuel

Introduction au travail de la séquence

Le titre de cette séquence est emprunté à un ouvrage de Patrick


Chamoiseau paru en 1997, Écrire en pays dominé. À la question générale
posée : « Comment transmettre son histoire, son passé, sa culture ? »,
cette séquence répond par la présentation de textes qui mettent en scène
des enfants découvrant l’oppression et s’armant, sans encore le savoir,
pour la combattre avec des armes diverses. Patrick Chamoiseau fécon-
dera la langue française par les ressources du créole, Boris Cyrulnik trans-
mettra sa force de résilience, Gisèle Halimi mettra ses talents d’avocate
au service des femmes et des opprimés.
Patrick Chamoiseau est né à la Martinique en 1953. Il effectue une
partie de ses études en France métropolitaine, puis retourne en Marti-
nique. Après un premier roman paru en 1986, Chronique des sept misères,
il obtient le prix Goncourt, en 1992, pour Texaco, dont l’intrigue se situe
dans un bidonville aux abords de Fort-de-France. Patrick Chamoiseau
place la créolité au centre de son œuvre, tout en atteignant à une dimen-
sion universelle. Cet engagement le pousse à participer à la création du
manifeste de la créolité avec Jean Bernabé et Raphaël Confiant. Il explique
sa démarche littéraire et son inscription dans la créolité dans son essai,
Écrire en pays dominé.
Il a par ailleurs participé à l’écriture de scénarios de films. Depuis
quelques années, il publie de brefs manifestes, notamment en collabo-
ration avec son ami Édouard Glissant : Quand les murs tombent ; l’identité
nationale hors-la-loi ? (2007), L’intraitable beauté du monde – adresse à
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

Barack Obama (2009), Manifeste pour les « produits » de haute nécessité


(2010).
Il est cofondateur de l’Institut du Tout-Monde qui milite pour un
monde propice à la rencontre des cultures (voir p. 79 du manuel).
Cette séance propose deux extraits du tome 2 d’Une enfance créole
(1990), Chemin-d’école, consacré aux années scolaires de celui que le
narrateur nomme « le négrillon ». On y voit l’enfant découvrir la violence
d’une l’école qui interdit l’identité créole.
Boris Cyrulnik est né en 1937 dans une famille de religion juive. Ses
parents luttent contre le nazisme : son père s’engage dans la Légion étran-
gère, sa mère, résistante, le confie à l’Assistance publique pour lui éviter
d’être arrêté. Ses deux parents mourront en déportation. Il est recueilli

Objet d’étude 1 - Identité et diversité • 25


COMMENT DIRE L’ENFANCE « EN PAYS DOMINÉ » ?

par une institutrice à Bordeaux, Marguerite Farge, mais, en 1943, à six


ans, alors qu’il est pris dans une rafle, il réussit à s’évader. Il est ensuite
placé dans une ferme. Après la guerre, il est recueilli par sa tante, Dora.
Il décide de devenir neurologue, puis psychiatre. Il est connu pour avoir
théorisé le concept de résilience.
Boris Cyrulnik revient sur son enfance et sur son évasion, en 2009,
dans un bref récit : Je me souviens…
Gisèle Halimi est née en Tunisie en 1927 dans une famille de religion
juive. Elle devient avocate en 1949 au barreau de Tunis, puis à Paris en
1956. Elle s’engage aux côtés des militants pour l’indépendance de la
Tunisie, défend les nationalistes du Néo-Destour puis dénonce la torture
pratiquée par l’armée française en Algérie. Elle préside également une
commission d’enquête sur les crimes de guerre américains au Vietnam.
Dès 1965, Gisèle Halimi, participe à la naissance des mouvements
de lutte pour les droits des femmes, pour le droit à la contraception et à
l’avortement et pour la pénalisation du viol.
Elle sera élue députée de l’Isère de 1981 à 1984 et ambassadrice
de la France auprès de l’UNESCO, en 1985 et 1986. Elle est membre de
l’association ATTAC et du comité de parrainage du tribunal Russell sur la
Palestine.

1. Comment Patrick Chamoiseau utilise-t-il


dans son récit les langues de son enfance ?
pages 30-31 du manuel

Lecture
l’enfant plonge dans le créole : « Et tout le reste
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011


Étudier le premier extrait (document 1) pour tout le monde (les joies, les cris, les rêves,
les haines, la vie en vie…) était créole. »
1. L’enfant prend conscience de la division lin-
guistique de son univers (« Cette division de la 2. L’enfant ressent tout d’abord un certain éton-
parole n’avait jamais auparavant attiré l’attention nement devant la découverte soulignée par l’ita-
du négrillon »). Si sa mère (« Man Ninotte utilisait lique : « Le Maître parlait français ». Puis se
de temps à autre des chiquenailles de français, manifeste l’incompréhension devant une langue
un demi-mot par-ci, un quart-mot par-là ») et son qu’il a pourtant entendue utilisée parfois par ses
père (« Le Papa lui, à l’occasion d’un punch, parents, mais qu’il ne reconnaît pas : « Et ce che-
déroulait un français d’une manière cérémo- min français se faisait étranger ». Enfin, l’enfant
nieuse qui n’en faisait pas une langue, mais un assimile le Maître avec un groupe étranger à son
outil ésotérique pour créer des effets. ») utilisent univers : « Le Maître parlait français comme les
parfois le français, la quasi-totalité du monde de gens de la radio ou les matelots de la Transat ».

26
Interrogation 2

L’enfant, par une formule qui reprend en écho la L’école privilégie les enfants vivant dans une
première phrase en italique de l’extrait pour en société liée de près à la France, utilisant la langue
accentuer l’exclamation, renvoie le Maître à un française et ne frayant pas avec le reste de la
univers étranger : « Ô le Maître était français ! » population : « Leurs parents avaient maçonné
autour d’eux de hautes murailles d’images de
3. Pour le Maître, la langue française permet France ».
d’acquérir une éducation qui délivrera d’un ave- La société martiniquaise ainsi décrite est un uni-
nir misérable dans « les champs-de-canne, les vers hiérarchisé et cloisonné ; ceux qui détien-
dalots balayés, les tambours-et-ti-bois », un ave- nent un pouvoir financier, administratif ou encore
nir fait de petits métiers fatigants et sales : intellectuel, excluent de leur monde toute forme
« charrier des sacs au bord-de-mer pour l’appétit de créolité. Ils élèvent leurs enfants dans un
des békés, racler des coquillages sur la boue de monde ségrégé. Les enfants créoles, eux, s’éton-
Terres-Sainville, aller fouiller les canaux de la nent d’une école qui leur semble étrangère –
Lévée ». Plus encore, pour le Maître la maîtrise voire parfois hostile – et qui nie leur identité.
de la langue française permet de se délivrer
« des chaînes de l’ignorance et de la bêtise » et 6. Le narrateur prend la parole à la première per-
de « l’obscurité bestiale » : elle fait accéder à la sonne dans cet extrait – « Parler devint héroïque,
condition d’humain éclairé, comme lui, défen- voilà ce dont je parle. » – pour dénoncer la vio-
seur des valeurs de l’École laïque « que les gens lence faite aux enfants. Il s’agit bien du narrateur
de sa génération durent conquérir de haute adulte qui prend directement la régie de son dis-
lutte ». cours et martèle ce qu’il veut dénoncer : une école
dans laquelle les enfants sont dépossédés de
4. Cette question ne sera posée que si les élèves leur langue, méprisée et bannie. Mais, au-delà
n’y ont pas répondu lors de la première question. de cette intervention directe, l’ensemble des
L’italique souligne les sentiments de l’enfant et scènes se rapportant à l’école participent à la
le cheminement de sa pensée qui passe de la dénonciation d’une école inculquant aux enfants
reconnaissance de la langue parlée par le Maître la haine de soi, de sa culture, de sa langue, de
à son appartenance à un groupe auquel l’enfant ses racines.
n’appartient pas. Au-delà de l’étonnement de
l’enfant, on peut imaginer la prise de position du 7. Pour plaire au Maître, les enfants se moquent
narrateur/auteur devant un système scolaire qui les uns des autres et se divisent : « Les enfants
exclue la langue et l’univers vernaculaires et pro- se mirent à rire de ceux qui ne maîtrisaient pas
pose/impose des modèles dans lesquels les leur u ou leur r. », quelles que soient par ailleurs
enfants ne se reconnaissent pas et qui nient leur leurs compétences linguistiques : « une meute
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

culture – voire leur identité. infernale dont les membres n’étaient pourtant
pas mieux lotis que quiconque face au
français ».

Étudier le deuxième extrait (document 2) L’école fabrique des bourreaux et des victimes :
5. Le narrateur explique les compétences des « Au détour d’une réponse ou d’une phrase, on
trois élèves, « petits-revenus-de-France », par pouvait basculer tout entier dans le grotesque et
leur séjour en France et par leur insertion dans le barbare », même si ces rôles ne sont pas tou-
un monde d’où la créolité est bannie. Leurs jours partagés de la même façon. Au fur et à
parents veillent à « l’articulation » et aux mesure, les enfants plongent dans le silence :
« manières » de leurs rejetons ; pour eux, la créo- « Prendre la parole fut désormais dramatique »,
lité s’apparente à une maladie potentiellement « Parler devint héroïque », « Les silences s’épais-
contagieuse, face à laquelle ils adoptent des sissaient à mesure que l’on avançait dans les
« comportements prophylactiques ». sons, les mots et les lettres ».

Objet d’étude 1 - Identité et diversité • 27


COMMENT DIRE L’ENFANCE « EN PAYS DOMINÉ » ?

Cette situation aboutit à une insécurité des Le créole, dans ces deux extraits, est utilisé pour :
enfants : « Chacun se sentait invalidé », c’est-à-dire – l’évocation d’un univers créole : « les dalots
à la fois « nul » mais aussi « rendu à l’état d’inva- balayés, les tambours-et-ti-bois » ;
lide ». Les enfants mesurent l’écart – voire l’oppo- – quelques idiomes imagés rapportés : « des
sition – entre les attentes de l’école et ce qu’ils chiquenailles de français », « l’un était marmaille
sont. d’un gros docteur », « l’autre d’un méchant ins-
pecteur des contributions directes », « une enra-
gée du Maître » ;
Écriture et oral – mais c’est aussi ainsi que la parole est donnée
aux enfants alors même qu’ils sont contraints :
8. On peut tout d’abord procéder à un relevé mon- « I fê an kawô. I fê an kawô ».
trant la façon dont Chamoiseau mêle le français On pourra lire aux élèves le texte de ces deux
et le créole. On peut par exemple noter la juxta- extraits dont on aura rétabli les coupes.
position d’une langue écrite académique qui uti- Une fois ces relevés effectués, on attend des
lise le passé simple et un lexique recherché pour élèves qu’ils remarquent la juxtaposition de la
dérouler un récit d’enfance pris en charge par la langue française du narrateur adulte et du créole
réflexion d’un narrateur adulte et les insertions qui anime et illustre le récit.
en créole qui enrichissent le texte, l’animent,
sans jamais gêner la compréhension d’un lecteur
non antillais.

2. Comment Boris Cyrulnik témoigne-t-il


d’un épisode douloureux de son enfance ?
pages 32-33 du manuel

Lecture pauvres contraints actuellement de travailler :


« un peu comme le sont certains en Asie

Étudier le premier extrait (document 1) aujourd’hui ». Cette comparaison circonscrit la
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

1. Les enfants placés dans les fermes à cette compassion du lecteur pour l’orienter vers des
époque sont avant tout une force de travail, quel combats qui perdurent. Il n’est plus possible d’ai-
que soit leur âge : « À l’époque on ne parlait pas der le petit Boris, mais il est toujours possible de
aux enfants, on les faisait travailler, c’était tout. » s’inquiéter du sort actuel de millions d’enfants.
Ils sont battus, méprisés, « On ne nous adressait
3. Les trois premiers pronoms indéfinis « on »
jamais la parole » ; ils sont objets de moquerie :
ligne 1 et ligne 2, se réfèrent aux membres de la
« je faisais le pitre en buvant du vin, ça les amu-
société rurale dans laquelle évolue le petit Boris
sait beaucoup », mais, précise Boris Cyrulnik, ils
mais aussi aux membres de la société en général
ne sont pas torturés – nuance utile, compte tenu
qui se soucient peu des enfants « sans famille ».
de l’époque où se situe le texte.
L’utilisation du pronom présente le sort alors
2. Boris Cyrulnik compare le sort des enfants pla- réservé aux enfants comme un cadre général. Le
cés dans des fermes à celui des enfants des pays silence qu’on leur oppose semble partagé.

28
Interrogation 2

Les pronoms indéfinis « on » des lignes 6 et 7 


Mettre en relation des documents
(« c’est-à-dire qu’on ne vaut quelque chose que (documents 2 et 4)
si on a des ancêtres, que si on sait d’où on vient ») 6. L’encart résume le concept de résilience de
représentent les enfants placés dans les fermes, façon très concentrée – donc très approximative.
mais aussi tous les enfants « sans famille » donc La photo montre Boris Cyrulnik adulte, dans un
considérés comme « sans valeur ». L’utilisation rôle important et militant et ayant, apparemment,
opposée d’un même pronom indique l’opposition donné un sens à ce qui lui est arrivé.
irrémédiable entre les deux mondes.


Étudier l’entretien (document 3)

Étudier le deuxième extrait (document 2)
7. La formulation « faire avec » pourrait indiquer
4. Pour Boris Cyrulnik, son évasion est « un la résignation à ce qu’on ne peut changer. L’as-
exploit, une prouesse ». Cette conscience d’avoir sertion rectificative « c’est faire de » indique au
accompli un fait hors norme lui donnera confiance contraire la volonté de l’individu d’utiliser l’évé-
et lui permettra de surmonter les obstacles qu’il nement douloureux dans sa construction et dans
rencontrera par la suite. ses choix de vie.
5. Les paroles rapportées au discours direct :
« T’inquiète pas, ça va aller, il y a toujours une
solution » et « si tu grimpes, tu pourras toujours Écriture et oral
t’en sortir. La liberté est au bout de ton effort »
8. On attend des élèves qu’ils aient observé,
nous donnent à entendre le discours intérieur de
d’une part, l’opposition entre les événements
Boris Cyrulnik. Ainsi le lecteur accède à ses pen-
dramatiques vécus par Boris Cyrulnik enfant et
sées et à la façon dont il se motive et se donne
la façon, presque conquérante, dont il les
du courage.
raconte, et d’autre part, qu’ils aient compris que
Boris Cyrulnik fait de son expérience particulière
une voie de guérison applicable à d’autres.
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

Objet d’étude 1 - Identité et diversité • 29


SÉQUENCE A COMMENT DIRE L’ENFANCE « EN PAYS DOMINÉ » ?

ÉVALUATION S’entraîner au Bac Pro


pages 34-35 du manuel

Évaluation 
Document 2
3. (1 point) La mère de Gisèle Halimi justifie
des compétences de lecture
l’organisation de la famille par les différences
10 points sexuelles imposées par une société et que l’on

Document 1 ne peut remettre en cause : « Ma mère armée de
son “parce que tu es une fille…” et de son
1. (2 points) Gisèle Halimi présente de façon très “puisqu’ils sont des garçons” s’entêta. » Le déter-
négative le milieu dans lequel elle naît : « Je vivais minisme sexuel ne peut se discuter dans sa
dans un milieu pauvre, inculte, religieux, tradi- famille, et ne peut simplement pas même se for-
tionnel et colonisé (la Tunisie des années 1930). » muler autrement.
Elle narre la réaction de désespoir de son père à
la naissance d’une fille : « mon père dissimula ma 4. (2 points) L’honneur de la mère consiste à
naissance pendant trois semaines. Le temps de élever sa fille selon les principes en vigueur dans
se faire à cette malédiction absolue qui le frap- son milieu. Une fille qui refuse d’obéir remet en
pait : être le père d’une fille » et évoque le destin cause ces principes et donc présente la mère
que sa famille avait prévu pour sa sœur et pour comme ayant failli à sa mission de transmission
elle : « Nous marier au plus vite […] et passer d’une de l’ordre établi. Par l’incise « le sien », Gisèle
autorité – celle du père – à une autre – celle du Hamili insiste sur la subjectivité des choix de sa
mari ». Ce destin façonné comporte trois volets : mère qui ne sait même pas qu’elle pourrait com-
tout d’abord « Servir les hommes de la maison – prendre le combat de sa fille.
mon père et mes deux frères », puis peu à peu
« comprendre notre inessentialité par rapport à 
Document 3
eux », pour en somme « accepter la totale dépen-
5. (3 points) Gisèle Halimi compare l’exclusion
dance d’un avenir tracé par l’homme ».
des femmes et la mise à l’écart des décisions
2. (2 points) Gisèle Halimi intervient directement politiques des peuples colonisés : « j’avais déjà
dans son récit pour nous livrer tout d’abord une observé que le mépris montré à l’égard des Tuni-
interrogation récurrente et à laquelle le lecteur est siens par ceux qui détenaient le pouvoir – les
invité implicitement à répondre : « Je me suis sou- Français – avait quelques points communs avec
vent demandé, je me demande encore, si la culture, le statut de l’exclusion des femmes. » La volonté
en grande part, ne se reçoit pas en héritage. » Puis, d’asservissement de sa famille a préparé Gisèle
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

elle analyse ce qui lui a permis de s’émanciper de Hamili à comprendre le désir d’émancipation des
son milieu familial : « Si j’ai surmonté, je crois, ce peuples en tutelle : « Les femmes et les colonisés
handicap originel c’est que la blessure de l’injus- se trouvaient confrontés à une domination à
tice avait libéré en moi une force insoupçonnée. » pièges multiples dont elles (et eux) saisissaient
Enfin, elle rappelle qu’elle a déjà raconté et qu’elle mal la violence symbolique. »
résume brièvement : « J’ai déjà raconté comment Cette volonté d’asservissement des femmes et
Édouard, mon père, dissimula ma naissance pen- des colonisés ne correspond pas à une réelle
dant trois semaines », rappel de la négation fonda- observation mais à « des stéréotypes différents
trice dont elle aurait pu être victime. mais efficaces ».
Ces intrusions organisent le sens du récit de Les liens que Gisèle Halimi établit entre la condi-
Gisèle Halimi et en font le récit d’un enfermement tion des femmes et celle des peuples colonisés
programmé mais évité, d’une révolte et d’une aboutiront à son premier engagement politique.
victoire. Ils seront même parfois particulièrement intriqués

30
Interrogation 2

lors de la défense de Djamila Boupacha, militante Le choix du texte est-il justifié de façon perti-
algérienne, arrêtée, torturée et violée. nente ? L’implication du scripteur est-elle
convaincante ?
– Forme du devoir :
Évaluation Les principales normes orthographiques sont-
elles respectées ? Comment classer les erreurs
des compétences d’écriture
récurrentes ?
10 points La graphie est-elle lisible ?
Le lecteur/correcteur peut-il ressentir un certain
6a. Vous pourrez tout d’abord présenter la
plaisir de la lecture ? Si non, quel est le frein à ce
séquence, son sujet, sa problématique. Puis vous
plaisir du lecteur ?
rendrez compte de chaque séance et précisant de
La rédaction pourra se faire en deux jets ; entre
quel pays dominé il est question. Vous terminerez
le premier jet et le second, l’élève sera invité à
en choisissant le texte qui vous a le plus intéressé(e)
améliorer sa production en fonction des
et expliquerez votre choix.
remarques du professeur ou d’un élève en
Les deux sujets proposés ne sont pas de difficultés
binôme.
égales. Ce premier sujet requiert une compréhen-
sion globale de la séquence et des documents étu- 6b. Ce second sujet ne présente pas de difficulté
diés et invite à une écriture synthétique. notable ni de rupture avec les situations d’écri-
Il serait malaisé de proposer ce sujet sans un ture que l’élève a rencontrées au cours des
recours aux documents et notes de cours. Le clas- années précédentes.
seur est alors considéré par l’élève comme un usuel On pourra là aussi proposer l’élaboration d’une
consultable. Bien entendu cet aspect du classeur grille de critères dont nous proposons un exemple
doit avoir été présenté par le professeur. (bien que cette fiche doive être élaborée avec la
De plus, l’écriture synthétique ici demandée pré- classe pour être vraiment utile).
pare à la première question du sujet proposé à – Respect du sujet :
l’épreuve de français du baccalauréat profession- Le devoir correspond-il à la situation d’écriture
nel (Présentation du corpus). On pourra se référer demandée ?
à la fiche 18 (la méthode de la synthèse, pages 216 Réel ou fictif le souvenir raconté comporte-t-il des
et 217 du manuel), en notant que l’analyse des marques d’implication (énonciation,
documents a été faite lors des séances et que le modalisation…) ?
plan à adopter est ici proposé. – Forme du devoir :
La rédaction de la compétence d’écriture pourra Les principales normes orthographiques sont-
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

être précédée par l’élaboration d’une fiche de elles respectées ? Comment classer les erreurs
critères, dont nous proposons un exemple (bien récurrentes ?
que cette fiche doive être élaborée avec la classe La graphie est-elle lisible ?
pour être vraiment utile). Le devoir est-il structuré ?
– Respect du sujet et du plan proposé : – Le lecteur/correcteur peut-il ressentir un certain
Le devoir répond-il à la question posée ? plaisir de la lecture ? Si non quel est le frein à ce
Le plan proposé est-il suivi ? Si non, est-il rem- plaisir du lecteur ?
placé par un autre plan pertinent ? La rédaction pourra se faire en deux jets ; entre
Le devoir est-il structuré ? le premier jet et le second, l’élève sera invité à
– Réflexion et implication : améliorer sa production en fonction des
Les textes et auteurs sont-ils présentés de façon remarques du professeur ou d’un élève en
judicieuse ? Cette présentation montre-t-elle la binôme.
compréhension de l’élève de ce qu’il a étudié ?

Objet d’étude 1 - Identité et diversité • 31


Interrogation 2 Comment transmettre son histoire,
son passé, sa culture ?

QUE TRANSMETTRE DE SON HISTOIRE ?


SÉQUENCE B pages 36-41 du manuel

Introduction au travail de la séquence

Au cours de leurs études, et notamment au collège, les élèves ont


étudié des textes autobiographiques. Ici, des formes différentes de trans-
mission sont présentées : qu’il s’agisse d’une étude aux confins de l’an-
thropologique et de la sociologie, menée par Oscar Lewis qui donne la
parole à une famille pauvre de Mexico dont certains membres sont anal-
phabètes, de la démarche de Pierre Michon qui fait revivre les gens
modestes et sans voix de sa propre famille ou encore de Noëlle Renaude
qui donne la parole à ceux qui sont passés sans jamais être entendus.
Cette séquence présente également des motifs d’interrogations sur
la transmission : transmettre ce qu’on a reçu ou transmettre la liberté de
choisir (Idir et Albert Jacquard). Enfin la séquence se clôt sur deux modèles
de transmissions orales africaines : celle que les enfants doivent connaître
génération après génération et la transmission artistique des griots.
La première séance propose l’étude de trois extraits de l’ouvrage
d’Oscar Lewis, Les enfants de Sánchez (1959), afin de permettre une
réflexion sur la transmission d’une histoire personnelle et familiale.
Oscar Lewis est né à New York en 1914, il meurt en 1970. Professeur
d’anthropologie, il remarque que, si les enquêtes sur les Amérindiens com-
mencent à être éditées, il n’existe rien sur l’étude des prolétaires des
grandes villes américaines. Il part pour l’Amérique latine, présente tout
d’abord la vie des paysans d’un village mexicain, Cinq familles, études de
cas du Mexique dans la culture de la pauvreté, puis Les enfants de Sánchez,
qui rencontre, aux États-Unis, un vif succès. Dans ces deux ouvrages, il
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

postule que la pauvreté fabrique un ensemble de réactions, en réponse


aux problèmes communs, réactions qui forment une « culture de la pau-
vreté », intergénérationnelle et non circonscrite aux frontières étatiques.
Devant les récits qu’il recueille, grâce à un magnétophone, Oscar
Lewis choisit de se taire et de donner la parole à ses interlocuteurs, laissés
pour compte de l’histoire, avec lesquels il noue, au fil des mois, des liens
affectifs sur lesquels il met l’accent dans l’introduction de son ouvrage.
À partir des années soixante, les récits de vie vont se multiplier. Ils
témoignent des conditions d’existence d’individus précis dans une société
particulière, à un moment donné. Ils se trouvent à la confluence de plu-
sieurs disciplines : sociologie, ethnographie, formation des adultes, psy-
chologie clinique… ils dépendent également du champ littéraire.

32
Interrogation 2

Parmi les textes fondateurs du récit de vie, on peut citer des œuvres
différentes aux enjeux connexes mais non univoques comme :
Oscar Lewis, Les enfants de Sánchez
Pierre Jakez Hélias, Le Cheval d’orgueil : mémoires d’un Breton du
pays bigouden.
Pierre Bourdieu, La Misère du monde.

Dans la seconde séance, les élèves sont amenés à travailler sur un


extrait des Vies minuscules de Pierre Michon, publié en 1984, sur un texte
de Noëlle Renaude et sur une œuvre de Frida Khalo.
Œuvre autobiographique, Les Vies minuscules de Pierre Michon
raconte sous la forme de huit récits, l’histoire de huit personnes, appar-
tenant à la lignée directe de l’auteur ou proches de sa famille. Pierre
Michon revendique l’utilisation d’un style très travaillé au service de des-
tins anonymes. Il justifie ainsi l’adjectif « minuscules » : « Il n’y avait pas
de misérabilisme dans cet adjectif. Je pourrais dire en simplifiant que j’ai
appelé minuscule tout homme dont le destin n’est pas tout à fait à la
hauteur du projet, c’est-à-dire tout le monde. »
On pourra consulter sur le site Fabula un article de David Vrydaghs
consacré au récit de filiation contemporain.
Noëlle Renaude est une dramaturge née à Paris en 1949 ; elle écrit
pour le théâtre depuis le milieu des années soixante-dix. Actuellement,
une vingtaine de ses œuvres ont été jouées et traduites dans diverses
langues.
La pièce Les Cendres et les lampions a été publiée en 1994 puis
rééditée sous le titre Trois pièces contemporaines, accompagnée de
Maman revient pauvre orphelin de Jean-Claude Grumberg, et de Inven-
taires de Philippe Minyana (coll. « Classico », éditions Belin/Gallimard,
2002).
Frida Kahlo, est née en 1907 au Mexique – bien qu’elle ait modifié
sa date de naissance pour la faire coïncider avec le début de la révolution
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

mexicaine, en 1910. Sa mère, Matilda, est artiste peintre, son père, Guil-
lermo Kahlo, photographe, vient d’Allemagne.
En raison d’une attaque de poliomyélite, alors qu’elle a six ans, puis
d’un grave accident en 1925, Frida subira de nombreuses opérations et
vivra une partie de sa vie cerclée dans un corset, immobilisée dans un lit
ou hospitalisée. Elle explique le nombre de ses autoportraits (sur un total
de 143 tableaux, 55 sont des autoportraits) par le fait qu’elle n’a disposé
pendant de longs moments que d’elle-même comme seul modèle.
En 1928, Frida entre au parti communiste, elle épouse le peintre
Diego Rivera, de vingt et un ans son aîné, en 1929. Ils emménagent aux
États-Unis où Frida ne se plaît pas, puis reviennent au Mexique en 1933.
Elle quitte provisoirement son mari qui a une liaison avec sa sœur Cris-

Objet d’étude 1 - Identité et diversité • 33


QUE TRANSMETTRE DE SON HISTOIRE ?

tina. Elle rencontre Léon Trotski, qui s’est réfugié au Mexique ainsi qu’An-
dré Breton et sa femme Jacqueline Lamba.
Durant toutes ces années, Frida peint et expose une œuvre de mieux
en mieux reçue.
En 1942, l’artiste commence son journal et elle est élue membre du
Seminario de Cultura Mexicana, où elle a « pour mission d’encourager la
diffusion de la culture mexicaine en organisant des expositions, des
conférences, et la publication d’ouvrages ». Elle décède en 1953.

La troisième et dernière séance présente une chanson de Idir, un


texte d’Albert Jacquard et deux photographies de Gilles Porte.
Idir (Hamid Cheriet) est né en Kabylie en 1949. Après des études de
géologie, il débute un peu par hasard en interprétant sur Radio Alger une
chanson qui va connaître un vif succès : Rsed A Yidess (« Que le Sommeil
Tombe »). Il arrive à Paris en 1975, compose pour de nombreux musiciens
et enregistre plusieurs disques.
Idir milite pour de nombreuses causes et notamment pour le rap-
prochement entre les communautés kabylophones et arabophones. En
2007, il invite de nombreux artistes à le rejoindre sur un disque intitulé
La France des couleurs. Il défend la tolérance et l’ouverture culturelle dans
le respect de l’identité de chacun. On le considère comme un des précur-
seurs de la World Music
Albert Jacquard est né à Lyon en 1925. Il est généticien et essayiste.
En tant que tel, il diffuse un message militant au service de valeurs huma-
nistes. Après des études à l’école Polytechnique, il devient ingénieur puis
rapporteur auprès de la Cour des comptes. Après un séjour aux États-
Unis, il s’oriente vers la génétique. C’est en tant que généticien qu’il est
nommé expert auprès de l’Organisation mondiale de la santé (il a renoncé
depuis à ses travaux en génétique, inquiet d’une possible exploitation à
des fins commerciales du génome humain). Il s’oriente ensuite vers une
carrière universitaire à Genève, Paris et Louvain. Il est engagé dans de
nombreuses associations comme Droit au Logement, dans le soutien des
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

étrangers en situation irrégulière. Il est membre du comité de parrainage


de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de
non-violence. Il est proche du mouvement altermondialiste et contribue
régulièrement au Monde diplomatique. Il milite pour une « décroissance
soutenable ». Depuis 2009, il est membre du comité de parrainage du
tribunal Russell sur la Palestine.
Gilles Porte, réalisateur et photographe né en 1965, a photographié
soixante enfants, de deux à sept ans, dans vingt pays différents, ainsi
que leurs propres autoportraits. Ces portraits/autoportraits ont fait l’ob-
jet d’une exposition qui s’inscrit dans le cadre de l’anniversaire des vingt
ans des Droits de l’enfant.

34
SÉQUENCE B QUE TRANSMETTRE DE SON HISTOIRE ?

1. Peut-on transmettre son histoire sans l’écrire ?


pages 36-37 du manuel
Lecture phique et historique en « Amérique latine en
pleine évolution sociale et économique ».

Étudier les témoignages (document 1) Oscar Lewis estime que la méthode qu’il a mise en
1. Roberto, Consuelo et Marta commencent leur place respecte la parole de chacun : « Chaque
récit de façon bien différente. Roberto, d’emblée, membre de la famille raconte sa propre histoire
s’inscrit dans la transgression : il rapporte avoir dans les termes qui lui sont propres ».
volé très jeune, pour le simple plaisir et sans Il synthétise les points positifs de sa démarche qui
aucune nécessité. Consuelo fait part du senti- donne : « une vision cumulative, multiple et pano-
ment de solitude et de mise à l’écart qu’elle ramique de chaque individu de la famille », puisque
éprouvait face à ses frères et sœur, très soudés les souvenirs des différents membres se complè-
entre eux. Marta ne garde que des souvenirs heu- tent et se répondent.
reux d’une enfance faite de liberté et de petits Sa méthode permet une « vérification interne
méfaits impunis. Elle se décrit comme une enfant quant à la véracité et à la validité de la plupart des
très choyée, capricieuse et dotée d’un pouvoir faits » et elle permet aussi d’étudier la façon dont
certain sur son entourage. se forment les « processus du souvenir chez cha-
Consuelo et Marta se racontent dans des univers cun des personnages ».
très contrastés ; Roberto insiste, lui, sur ses Enfin, son étude dépasse le cadre d’une étude fami-
propres choix. liale pour donner une image de « nombreux aspects
Le lecteur peut s’étonner des divergences dans les de la vie du prolétariat mexicain ».
récits des enfants d’une même fratrie. Il s’attend
à ce que ces enfances vécues comme très diffé-
rentes les unes des autres aboutissent à des  Mettre en relation des documents
adultes dissemblables. (documents 1 et 3)
4. Pour faciliter la lecture, nous avons présenté

Étudier l’image (document 2) notre réponse dans un tableau :
2. Ce photogramme, extrait du film de Luis Buñuel,
Propos d’Oscar Lewis Témoignages
Los Olvidados, montre une famille nombreuse Roberto, Consuelo, Marta
dans un espace confiné. On imagine des simili- s’expriment à la première
tudes entre le film et le quotidien de la famille Sán- « Chaque membre de la personne. Si les souvenirs sont
famille raconte sa propre très différents, les styles ne
chez, ne serait-ce que le lieu de tournage, le
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

histoire dans les termes divergent pas vraiment : s’agit-il


Mexique, et l’époque : le film de Luis Buñuel est qui lui sont propres ». d’un effort d’Oscar Lewis pour
sorti en 1950, l’enquête d’Oscar Lewis a été entre- « lisser » les témoignages et les
rendre plus faciles à lire ?
prise en 1956.
« un moyen de vérification
Les extraits présentés sont
interne quant à la véracité

Étudier l’introduction (document 3) et à la validité de la
trop brefs pour pouvoir
observer cette vérification.
3. Oscar Lewis indique avec précision l’enjeu de plupart des faits »
son ouvrage : « offrir au lecteur une vision en pro- « la différenciation des Le début des trois témoignages
processus du souvenir montre la diversité des
fondeur de la vie d’une famille » ; cet enjeu s’ins- chez chacun des souvenirs évoqués pour ouvrir
crit dans une volonté sociologique – voire personnages ». les récits.
politique – « ce que cela signifie d’avoir grandi On imagine que la suite de
« une vision cumulative,
l’ouvrage permettra de vérifier
dans un logement d’une pièce d’un immeuble de multiple et panoramique
cette affirmation dont on ne
de chaque individu de la
rapport délabré, au centre d’une grande ville » ; il famille »
peut observer que les
ancre ses observations dans un cadre géogra- prémisses.

Objet d’étude 1 - Identité et diversité • 35


QUE TRANSMETTRE DE SON HISTOIRE ?

Les extraits présentés permettent de vérifier par- 6. On attend des élèves une réponse qui se réfère
tiellement la validation des objectifs énoncés par aux textes étudiés : l’histoire des Sánchez a bien
Oscar Lewis. été transmise sans qu’aucun d’eux ne l’écrive,
mais elle a été prise en charge par un auteur,
Oscar Lewis, qui la transmet.
Écriture et oral Par ailleurs, cette question peut déboucher sur
l’énoncé des formes orales de transmission – qui
5. Cette question d’écriture n’appelle pas de cor- seront étudiées au cours de la séquence.
rigé. On pourra demander aux élèves de lire de
telles annonces sur le Net.

2. Quelle mémoire de ces « vies minuscules » ?


pages 38-39 du manuel

Cette séance présente des « lignées » ; lignée familiale de Pierre Michon qui s’inscrit dans le
récit de filiation contemporain, lignée anonyme mise en scène par Noëlle Renaude, lignée
représentée par l’artiste Frida Kahlo.

Lecture Alphonse, Blaise sont tailleurs de pierre. Alphonse


insiste sur sa filiation : « j’ai taillé la pierre, comme
Étudier le témoignage (document 1) mon père ». Blaise précise : « Blaise a pris à son
1. La parole est aux élèves. tour les outils » ; on peut mettre sur le compte de
2. Les boîtes ont servi à protéger des biscuits – la fierté pour le métier légué la liste détaillée qu’il
nourritures terrestres. Mais elles protègent à pré- fait de ses outils : « le rossignol, l’engrois, le casse-
sent de menus objets, témoins de vies passées ; pierre, la roue, le treuil, l’esse et le picot » et la
ces objets sont présentés comme des nourritures description de son travail : « il a peiné, soufflé,
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

affectives ou spirituelles. ébousiné, tapé dans la roche, cassé des cailloux,


Le narrateur indique la façon dont, enfant, il taillé la pierre ».
considérait les boîtes : des « Trésors », ce qui s’op- Ces liens, à peine esquissés, entre les person-
pose à la façon dont il les décrit adulte : « deux nages ne peuvent s’observer avec Georges à
boîtes de fer-blanc naïvement peintes et cabos- cause de la coupe effectuée. Comme on peut
sées ». Il met à doute leur valeur véritable : « c’était l’observer avec les trois récits de Georges, Léon
des objets dits précieux » et définit leur rôle : ce et Rosalie, les liens entre les générations ne sont
« sont mémoires aux petites gens ». pas toujours observables.
Tous ces récits sont écrits à la première per-
sonne ; néanmoins ils sont de longueurs diffé-
Étudier l’extrait de pièce (document 2) rentes, les personnages sont différents (homme
3. Les trois premiers personnages semblent ou femme). Ils résument des vies modestes et
appartenir à une même lignée : Bertrand, inégalement difficiles.

36
Interrogation 2

4. Le récit de Rosalie comprend, à partir de « j’ai de mariage. La petite fille est nue et semble en
vu », une suite de propositions infinitives juxta- pleine santé : pas de signe de la jambe que la
posées dans lesquelles les verbes infinitifs sont poliomyélite atrophiera quand elle aura six ans.
COD du verbe voir. C’est la juxtaposition de ces À gauche de la petite fille, on aperçoit un ovule
treize verbes à l’infinitif qui aboutit tout d’abord fécondé par un spermatozoïde ; ceci laisse à pen-
à une mise sur le même plan les actions qu’ils ser que le fœtus dans le ventre de la jeune femme
énoncent – quand bien même seraient-elles est Frida elle-même et non sa jeune sœur Cris-
aussi différentes que la suite des saisons, la nais- tina. Le côté gauche du tableau, dévolu à son
sance des enfants, ou la disparition des proches ascendance maternelle, nous montre la terre
« trois cent quatre-vingt-dix-neuf saisons revenir, sèche du Mexique ; les grands-parents paternels
sept enfants me sortir du ventre […] mon père allemands, à droite, sont peints au-dessus de
s’éteindre… ». Puis les verbes infinitifs déroulent l’océan que leur fils a dû traverser.
une longue succession d’évocation de la mort :
« s’éteindre », « râler », « succomber », « flancher »,
Mettre en relation les documents
« expirer », « disparaître », « s’en aller », « partir »,
« sortir », « quitter » qui indique le destin final 6. Les personnages de la pièce de Noëlle Renaude
commun au-delà de l’individualité possible des sont de condition modeste, vivent une vie ordi-
destinées. naire et ressemblent aux personnes racontées
La dernière phrase, par la reprise du passé com- par Pierre Michon.
posé, « puis je me suis effacée la dernière, sans Quant à la famille de Frida Kahlo, même si elle
opinion sur la question », fait écho à la première : appartient à une classe aisée, elle n’aurait pas
« Je suis née » ; elles pourraient à elles seules laissé de trace dans l’histoire sans la volonté de
résumer la vie de Rosalie : « Je suis née […] puis l’artiste de les représenter.
je me suis effacée la dernière, sans opinion sur
la question » constat absurde au regard de la lon-
gévité énoncée de Rosalie. Écriture et oral

Étudier le tableau (document 3) 7. Cette proposition d’écriture d’invention n’ap-


pelle pas de correction particulière.
5. En 1936, date de création de ce tableau narra-
tif, Frida a vingt-neuf ans et elle peint depuis plus 8. On attend des élèves qu’ils puissent évoquer
de dix ans ; sa mère est décédée depuis quatre avec précision les deux textes et la volonté des
ans (à l’âge de cinquante-six ans), son père, deux auteurs de faire revivre des personnages
encore en vie, a soixante-cinq ans, ses grands- aux vies humbles. Ils devront néanmoins diffé-
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

parents sont décédés. rencier l’enjeu de Pierre Michon, qui puise dans
L’enfant au centre de la « Maison bleue » (maison une lignée familiale, et celui de Noëlle Renaude,
dans laquelle Frida est née et où elle décèdera) qui présente une foule d’anonyme dans laquelle
tient un ruban qui unit ses quatre grands-parents le plus grand nombre d’entre nous pourrait ins-
et encadre ses parents dans la pose de leur photo crire sa propre histoire.

Objet d’étude 1 - Identité et diversité • 37


QUE TRANSMETTRE DE SON HISTOIRE ?

3. Transmettre, n’est-ce pas aussi laisser le choix ?


pages 40-41 du manuel

Cette séance propose de confronter un chanteur, un généticien et un photographe.


Pourquoi ce choix ? Tous les trois, avec des moyens différents, présentent un monde dans
lequel nos choix, nos valeurs, nos actions individuelles tissent un destin collectif dont nous
sommes coresponsables et sur lequel nous pouvons agir.

Lecture de sa fille. Cette réflexion est introduite par le


connecteur logique « mais » qui oppose les
Étudier la chanson (document 1) valeurs qu’il a inculquées à sa fille et les raisons
de cette transmission : « Mais était-ce pour ton
1. La jeune fille décrite dans les six premières
bien ? Ou pour faire comme les autres ? » Connec-
strophes de la chanson est une étudiante qui va
teur répété au vers 22 qui pose la question du
« à la fac » et pense à son avenir – « tu te construis
bonheur de la jeune fille si sage : « Mais a-t-on vu
un horizon » ; c’est une « bonne élève » qui fait la
assez souvent un vrai sourire sur tes lèvres ? »
fierté des siens : « Tout le monde est fier de toi ».
Enfin, dans les strophes 7 et 8, le père invite la
Elle obéit aux règles familiales, « Tu rentres tout
jeune fille à profiter des simples plaisirs de la vie
de suite après l’école et ne sors jamais le samedi »,
et de la jeunesse.
et sors les cheveux couverts : « Comme tous les
Dans la dernière strophe, le père réitère l’expres-
matins, tu es passée devant ce miroir, Ajusté ce
sion de son amour pour sa fille.
voile sur tes cheveux, qui devra tenir jusqu’à ce
soir ». 3. Les strophes 7 et 8 invitent la jeune fille à la
Elle est également présentée comme réservée et découverte d’une vie nouvelle, loin des « bien-
peut-être même triste : « Mais a-t-on vu assez pensants », loin des « convenances », une vie
souvent un vrai sourire sur tes lèvres ? » faite de plus de liberté : « Si pour une fois tu avais
le droit de faire ce que tu veux » et notamment se
2. Le père énonce tout d’abord, du vers 1 à 18, la
libérer des contraintes sociales : « Si pour une
tendresse attentive qu’il éprouve pour la jeune
fois tu allais danser en lâchant tes cheveux ».
fille, si sage, qu’il a élevée et qu’il admire : « Je
Le père invite sa fille à profiter des joies de la vie
suis resté immobile, j’ai pensé très fort à toi / Réa-
et de son âge : « J’veux qu’tu cries, et que tu
lisant la joie immense de te voir vivre sous mon
chantes à la face du monde ! / Je veux qu’tu
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

toit », même s’il n’a jamais osé exprimer cette ten-


laisses s’épanouir tous ces plaisirs qui t’inon-
dresse : « C’est vrai, je ne te l’ai jamais dit -ni trop
dent / J’veux qu’tu sortes, j’veux qu’tu ries, j’veux
fort, ni tout bas ».
qu’tu parles d’amour / J’veux qu’tu aies le droit
Puis, il interroge le passé et se justifie par son
d’avoir 20 ans ». Cette invitation est portée par
obéissance à son milieu, à sa lignée, à la tradi-
une anaphore injonctive « J’veux qu’tu ». Même
tion : « Je t’ai élevée de mon mieux, et j’ai toujours
si cette liberté peut être fugitive : « Au moins pour
fait attention / À perpétuer les règles, à respecter
quelques jours ».
la tradition / Comme l’ont fait mes parents (crois-
moi sans riposter) / Comme le font tous ces 4. La chanson présente une image émouvante
hommes que je croise à la mosquée / Je t’ai éle- d’un père attentif et sensible qui, pour l’amour
vée de mon mieux comme le font tous les nôtres ». de sa fille, remet en cause les valeurs héritées
À partir du vers 19, il s’interroge sur la valeur de de ses ancêtres et invite sa fille au bonheur. Cette
ses choix et de leurs conséquences dans la vie image est d’autant plus émouvante que le père

38
Interrogation 2

transgresse une autre loi implicite, celle de la sens à tout ce qu’il a reçu : la liberté de ses
pudeur et ose avouer son amour à sa fille bien propres choix.
que : « chez nous, il y a des choses qu’on ne dit
pas ». Les images télévisées d’Idir, chantant cette Mettre en relation les documents
chanson, accompagné au piano par sa fille (documents 1 et 2)
Tanina, sont visibles sur le site de TF1.
6. Le père de la chanson et Albert Jacquard, avec
des moyens différents, présentent le but d’une
éducation réussie comme devant mener à la
Étudier le texte (document 2) liberté de choix.
5. Pour André Jacquard, « la nature d’homme »
nécessite de ne pas obéir aux rêves qui entra-
Étudier les images (document 3)
vent : « Je n’ai pas à réaliser le rêve que vous
aviez fait pour moi ; ce serait trahir ma nature 7. Les enfants sont photographiés de l’autre côté
d’homme. » Il ne peut pas y avoir d’éducation d’une vitre sur laquelle ils se dessinent. Nous
réussie sans la liberté, pour celui qui a été édu- pouvons ainsi voir, en une seule image, le portrait
qué, d’effectuer ses propres choix. Albert Jac- de l’enfant et la façon dont celui-ci se voit. La
quard revendique « la liberté de devenir celui que concentration des enfants et le dispositif adopté
je choisis d’être ». Pour lui, tous ceux qui l’ont émeuvent le spectateur.
façonné depuis sa création jusqu’à l’amour qui
l’entoure doivent concourir à un dernier don : Écriture et oral
celui de la liberté de devenir ce qu’il a choisi
d’être. 9. On pourra faire précéder la rédaction de la
Pour défendre cette thèse, il fait la liste des réponse à la problématique, qui devra prendre
remerciements anaphoriques qu’il doit à tous ses en compte les documents étudiés, mais aussi
« débiteurs » : parents, famille, maîtres, amours montrer une réflexion personnelle, issue d’une
et leur demande un dernier don qui donnera son discussion avec la classe.
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

Objet d’étude 1 - Identité et diversité • 39


SÉQUENCE B QUE TRANSMETTRE DE SON HISTOIRE ?

ÉVALUATION S’entraîner au Bac Pro


pages 42-43 du manuel

L’évaluation invite à la lecture de deux textes portant sur la transmission orale dans certaines
sociétés africaines.

Évaluation teurs de cette culture « qu’il(s)enseigne(nt) ».


Mais ils sont surtout des artistes qui ornent la
des compétences de lecture tradition historique et lui donnent un sens pour
10 points les « profanes ».

Document 1 4. (1 point) Camara Laye insiste sur le rôle artis-
1. (3 points) En Somalie, nous raconte Ayaan tique du griot. Il le compare au sculpteur qui fera
Hirsi Ali, les enfants doivent connaître leur loin- sortir du bois brut une œuvre originale ; de la
taine généalogie : « tous les enfants sont tenus même façon, le griot s’empare de la tradition his-
d’apprendre par cœur leur généalogie. » Elle torique mais la transmet selon ses propres choix
explique cette obligation par la nécessité de se artistiques.
forger ainsi une identité : « Chaque fois qu’un
Somalien rencontre un compatriote inconnu la 
Documents 2 et 3
question rituelle est posée “Qui es-tu ?” » et de 5. (2 points) Cette photographie insiste sur la
trouver sa place dans un clan familial : « Et chacun création artistique du griot qui opère comme par
remonte sa propre lignée jusqu’à ce qu’ils se magie et dont le souffle crée de l’art avec de la
découvrent un ancêtre commun », ce qui assure poussière et de la lumière. En ce sens, elle peut
la solidarité entre membres du groupe : « Vous se rapprocher de ce qu’en dit Camara Laye.
vous devez mutuelle nourriture et hospitalité » et
facilite la survie dans un milieu difficile.

2. (2 points) Les enfants essaient d’échapper


Évaluation
à cette obligation, d’une part, parce qu’elle est, des compétences d’écriture
pour eux, dépourvue de sens : « En vérité, ce
10 points
rituel ancestral nous paraissait dénué d’intérêt »,
car ils pensent appartenir à une autre société : 6. Le sujet requiert une compréhension globale
« Nous étions des enfants modernes », mais aussi de la séance et des documents étudiés et invite
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

parce qu’ils préfèrent jouer librement : « Nous à une écriture synthétique.


préférions y grimper et nous amuser dans ses Il serait malaisé de proposer ce sujet sans un
branches », sans être assujettis aux intermi- recours aux documents et notes de cours. Le clas-
nables leçons dans une chaleur intense : « la seur est alors considéré par l’élève comme un
sueur qui inondait ». usuel consultable. Bien entendu cet aspect du
classeur doit avoir été présenté par le
professeur.

Document 2 De plus, l’écriture synthétique ici demandée pré-
3. (2 points) Selon Camara Laye, les griots sont pare à la première question du sujet proposé à
des « membres importants de l’ancienne l’épreuve de français du baccalauréat profession-
société », dépositaires d’une culture historique nel (Présentation du corpus). On pourra se référer
sur la société traditionnelle : « détenteur(s) par à la fiche 18 (la méthode de la synthèse,
conséquent de la tradition historique », transmet- pages 216 et 217 du manuel), en notant que l’ana-

40
Interrogation 2

lyse des documents a été faite lors des séances Le choix effectué est-il justifié ?
et que le plan à adopter est ici proposé. – Forme du devoir :
La rédaction de la compétence d’écriture pourra Les principales normes orthographiques sont-
être précédée par l’élaboration d’une fiche de elles respectées ? Comment classer les erreurs
critères, dont nous proposons un exemple (bien récurrentes ?
que cette fiche doive être élaborée avec la classe La graphie est-elle lisible ?
pour être vraiment utile). Le lecteur/correcteur peut-il ressentir un certain
– Respect du sujet et du plan proposé : plaisir de la lecture ? Si non quel est le frein à ce
Le devoir répond-il à la consigne donnée ? plaisir du lecteur ?
Le plan proposé est-il suivi ? Si non, est-il rem- La rédaction pourra se faire en deux jets ; entre
placé par un autre plan pertinent ? le premier jet et le second, l’élève sera invité à
Le devoir est-il structuré ? améliorer sa production en fonction des
– Réflexion et implication : remarques du professeur ou d’un élève en
Les différentes formes de transmission retenues binôme.
montrent-elles une compréhension de la
séquence ?
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

Objet d’étude 1 - Identité et diversité • 41


Objet d’étude X
Interrogation 2 Comment transmettre son histoire, son passé,
sa culture ?
Xxxxxxxxxxxxxxx Pages xx à xx du manuel

ACTIVITÉS ET RECHERCHES page 44 du manuel

Séquence AE vrance », est ainsi légendée : « Cette photo me


montre peu après ma délivrance lorsque je revins
COMMENT DIRE L’ENFANCEE
à Paris, décidé farouchement à tout oublier et à
« EN PAYS DOMINÉ » ?E étudier pour réaliser mon rêve : devenir scienti-
Georges Charpak, né en 1924 dans un village fique. La France était un pays où l’on pouvait étu-
polonais, aujourd’hui ukrainien, est décédé en dier dans les meilleures conditions, sans argent,
2010. Sa famille de religion juive arrive en France si l’on avait la chance d’avoir une famille qui met-
en 1931. Militant communiste dès l’âge de quinze tait l’éducation au-dessus de tout ».
ans, il s’engage dans la Résistance en 1941 sous La seconde représente sa carte d’identité fran-
le nom de Jacques Charpentier. Il est arrêté, puis çaise accompagnée de cette légende : « Carte
déporté à Dachau. Après la guerre, il prend la d’identité au nom de Charpentier Georges, avec
nationalité française – qui lui avait été précédem- laquelle je vécus en 1943 ».
ment refusée en dépit de son combat dans la
Résistance et de sa croix de guerre. Il est reçu à
l’école des Mines de Paris, puis se spécialise dans
la recherche en physique. À partir de 1996, il 2. Patrick Chamoiseau, Boris Cyrulnik et Gisèle
milite pour une autre forme d’enseignement de la Halimi ont été présentés dans l’Introduction au
science à l’école et monte une association, La travail de la séquence.
main à la pâte, dans laquelle il s’engage active- 3. Écrire en pays dominé a été publié en 1997. La
ment en dépit de sa notoriété mondiale. Il obtient quatrième de couverture indique : « Écrire en pays
le prix Nobel de physique de 1992. dominé c’est l’histoire d’une vie, la trajectoire
1. Georges Charpak présente son arrivée en d’une conscience, l’intime saga d’une écriture
France comme une suite de faits relevant du conte qui doit trouver sa voix entre langues dominantes
de fée : « Arrivé en France à 7 ans, j’ai cru entrer et langues dominées, entre les paysages soumis
au paradis ! » La France dans laquelle il arrive est d’une terre natale et les horizons ouverts du
composée d’« une masse immense de gens tolé- monde, entre toutes les ombres et toutes les
rants », son intégration scolaire est une immer- lumières.
sion, son apprentissage du français facile et Écrivain, Marqueur de Paroles, et finalement
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

rapide : « au bout d’une année je parlais le Guerrier, Patrick Chamoiseau interroge les exi-
français ». gences contemporaines des littératures désor-
Notons que même son arrestation est dépeinte mais confrontées aux nouvelles formes de
comme propice à une expérience riche et nou- domination et à la présence du Total-monde dans
velle : l’apprentissage de la langue russe. nos imaginaires ».
Le registre détaché, voire humoristique, de cette 4. La carrière de Gisèle Halimi au service de la
seconde partie de l’extrait permet d’évacuer le lutte des femmes et des opprimés a été résumée
pathos qui pourrait suinter de la relation de l’ex- dans l’Introduction au travail de la séquence.
périence d’un avenir menacé, à dix-huit ans, dans
une cellule surpeuplée.
À l’appui de ce récit exemplaire d’insertion,
Georges Charpak insère dans son ouvrage deux
photographies ; la première, prise après « sa déli-

42
Interrogation 2

Séquence BE ses propos sur l’utilisation d’un monde qui est le


sien et sur la part revendiquée d’une autobiogra-
QUE TRANSMETTREE
phie au service de la fiction.
DE SON HISTOIRE ?e
3. On acceptera toute réponse justifiée.
1. Baru explique tendre un miroir aux hommes
qui l’entourent et choisir pour héros des « person- 4. L’Association pour l’Autobiographie et le Patri-
nages centraux qui sont rarement sur le devant moine autobiographique (APA) a été créée en
de la scène ». Son œuvre, bien que puisant dans 1992. Elle contribue à la conservation du patri-
une réalité reconnaissable (« je construis un mur moine autobiographique et conserve tous les
en utilisant des briques que je vais prendre à textes ou documents autobiographiques inédits
droite, à gauche, qui m’appartiennent ou que les déposés ou envoyés. C’est ainsi qu’elle peut
autres m’apportent ») est une fiction composée recueillir les documents privés (lettres, journaux
par l’artiste : « je les mets les unes sur les autres intimes, tenus de comptes…) provenant, par
en bouchant les trous avec ma propre imagina- exemple, de successions.
tion », et non un reportage dessiné. Les documents sont consultables à la média-
thèque de la ville d’Ambérieu-en-Bugey (Ain),
créée à l’initiative, entre autres, de Philippe
Lejeune.
2. On se référera, notamment, à l’entretien inté- Une fois par an, l’APA organise Les Journées de
gral avec Gilles Ratier sur le site bdselection.com. l’Autobiographie. Elle publie une revue trimes-
Ce site présente les albums de Baru et rapporte trielle La Faute à Rousseau.
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Objet d’étude 1 - Identité et diversité • 43


Histoire des arts page 45 du manuel

Thématique : « arts, sociétés, cultures »

Manish Arora, robe Butterfly, collection India Pop printemps/été 2008. New Delhi, Chivas
flashions tour 2007.
Manish Arora est un styliste indien installé à New Delhi ; il est reconnu comme un très grand
couturier, travaillant une riche palette de couleurs psychédéliques et des motifs kitsch, et
créant des tenues qui marient les broderies et les perles de l’artisanat indien avec des acces-
soires occidentaux.

Première impression Le rassemblement de ces centaines de papillon


fait de la robe une fleur qu’ils semblent butiner.
1 On acceptera toute réponse. Généralement, le papillon fait référence à la légè-
2 Cette robe, à première vue, ne semble pas reté et à l’inconstance. Chez les chrétiens, il
typique de l’Inde. À y regarder de plus près, les s’agit de l’âme débarrassée de son enveloppe
couleurs vives et leur mélange font écho aux charnelle et devenue bienfaitrice et bienheu-
tenues des femmes indiennes. reuse. Grâce et légèreté, le papillon est, au Japon,
un emblème de la femme. Un autre aspect du
Analyse de la robe du soir symbolisme du papillon est fondé sur ses méta-
3 Cette expression « Bollywood Pop Art » est morphoses : la chrysalide est l’œuf qui contient
souvent associée aux créations de Manish Arora. la potentialité de l’être ; le papillon qui en sort
Le Pop Art fait référence au mouvement artis- est un symbole de résurrection. Dans la mytho-
tique qui trouve son origine en Grande-Bretagne logie grecque, Psyché (l’âme), mariée à Éros
au milieu des années 1950, sous l’impulsion de (l’amour), acquiert des ailes de papillon. En grec
Richard Hamilton et d’Eduardo Paolo Zi. Un peu ancien, psukhê signifie à la fois « âme » et
plus tard, au tout début des années 1960, c’est « papillon ».
au tour du Pop Art américain d’émerger. Avec
Andy Warhol, Roy Lichtenstein, Robert Rauschen- Mise en contexte
berg ou encore Jasper Johns, c’est surtout la 5 Liste des références :
branche américaine qui va populariser ce courant – le laçage : corset du XIXe siècle, Europe ;
artistique devenu majeur, en questionnant la – les couleurs, l’exotisme : Inde, et plus généra-
consommation de masse de façon agressive. lement Orient ;
Bollywood est le nom donné à l’industrie ciné- – la traîne : robe de mariée ou de bal, Europe ;
matographique indienne installée à Mumbai – les rubans aux bras : costume traditionnel des
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

(Bombay) et dont les films sont réalisés en hindî. femmes indiennes ;


Il s’agit de la composante la plus populaire du – le foulard noué sur la chevelure : Afrique.
cinéma indien, le plus important au monde en Cette robe présente effectivement un mélange
nombre de films tournés. Les films s’apparentent de cultures, et c’est ce qui fait son originalité ;
au genre du film musical, voire de la comédie elle marie des influences de diverses parties du
musicale, et comportent généralement plusieurs monde et montre le talent de Manish Arora à
clips, chantés et dansés. Cette expression fait « mixer » avec brio influences exotiques et
écho aux couleurs vives, au kitsch ; la collection modernité.
se nomme « India Pop », un mélange de cultures 6 Manish Arora n’est pas un simple styliste, c’est
artistiques est donc souligné. un artiste, il utilise d’ailleurs des références artis-
4 Le papillon, motif principal de cette robe, fait tiques comme les arts plastiques (Pop Art) et le
référence à la légèreté, à la beauté, à la fragilité. cinéma (Bollywood). Il crée une robe unique et

44
Interrogation 2

symbolique du mélange des cultures et d’un Le magazine Elle India a sacré Arora « designer
hommage à la femme ainsi mise en valeur comme de l’année 2008 ». Le design est un art appliqué,
une fleur. une conception, une idée, une intention ou un
projet. C’est une recherche d’harmonie entre les
7 Plusieurs créateurs européens ont fait appel formes et les fonctions de l’objet. Cette définition
au talent de Manish Arora comme, par exemple, d’applique parfaitement à cet artiste et son
Paco Rabanne ou les marques Reebok et MAC. monde fantaisiste et magique.
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Objet d’étude 1 - Identité et diversité • 45


Interrogation 3 Doit-on renoncer aux spécificités de sa culture
pour s’intégrer dans la société ?

SOCIÉTÉ MODERNE,
SÉQUENCE A SOCIÉTÉ MULTICULTURELLE ? pages 48-53 du manuel

Introduction au travail de la séquence

Cette séquence propose de mener une réflexion sur la société


moderne en tant que société multiculturelle : et si la diversité des origines
et des cultures était ce qui définit la société d’aujourd’hui ? Pour réfléchir
à cette question, nous proposons une séquence dont les différentes
séances s’adossent à des auteurs pour lesquels cette question de la
culture et de la société renvoie à une époque et/ou à un lieu géographique
différents les uns des autres. Nous pouvons ainsi étudier avec les élèves
à quel point ces questions de la transmission, voire de l’héritage, peuvent
être argumentées. On peut aussi mettre l’accent sur le fait que l’expres-
sion des différentes singularités peut permettre de mettre à jour des
valeurs qui pourraient être collectives.

1. Refuser sa culture pour mieux s’intégrer ?


pages 48-49 du manuel
Lecture

Étudier le premier extrait (document 1) constante de l’endroit où l’on est à sa place pour
Annie Ernaux et son père, sans être déplacé.
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1. « Être déplacé » signifie à la fois avoir changé


de place (s’applique plutôt à un objet) et ne pas 2. Les différents motifs de honte sont :
se conduire aussi correctement que les circons- – Les erreurs par ignorance : monter en première
tances le voudraient. L’emploi du participe passé classe passe aux yeux du contrôleur pour une
– qui peut se confondre avec une tournure pas- malhonnêteté ; faire une faute d’orthographe
sive (« être déplacé par ») – met l’accent sur le chez le notaire met l’accent sur un manque de
caractère aliénant du procès : comme si la per- savoir dans des circonstances importantes.
sonne déplacée perdait son autonomie et son – Un exemple où une expression française fait
intégrité pour se voir soumise à des valeurs qui barrage à la compréhension, mettant encore une
ne sont pas les siennes. fois l’accent sur l’ignorance et donc, pour le père,
En ce sens, La Place, titre du récit, évoque bien, en sur l’infériorité.
même temps qu’un lieu urbain, carrefour où abou- Le « nous » désigne l’ensemble de la famille, qui,
tissent et commencent plusieurs voies, la recherche du fait de l’ignorance ressentie par le père, chef

46
Interrogation 3

de famille, se ressent tout entière comme infé- L’ensemble donne une écriture qui reproduit la
rieure, y compris la fille qui est pourtant une situation familiale, faite de difficultés à parler,
élève brillante. de gêne, et qui aboutit au sentiment d’infériorité
qui se transmet du père à Annie Ernaux.
Étudier le second extrait (document 2)
Mettre en relation les documents
3. Le thème de cet extrait est l’utilisation du
(documents 1 à 3)
patois, et plus largement le conflit entre utilisa-
tion de la langue française normée et du français 6. Cette photographie, qui reproduit une rue de
mêlé de patois normand : petite ville/village, rend bien compte de l’atmos-
« elle pète par la sente » (l. 6), « se parterrer » phère décrite par Annie Ernaux. Tout d’abord en
(l. 32-33), « quart moins d’onze heures » (l. 33). raison de l’identité des devantures et des par-
Ce thème de la langue, du langage, est important terres, qui n’est rompue que par la diversité des
car c’est par la langue que se constitue la culture : stores. On imagine alors bien en quoi la société
elle est même la première manifestation de l’ap- dans laquelle a grandi Annie Ernaux pouvait sol-
partenance culturelle. liciter cette même identité des lieux et des per-
sonnes, sous peine de rejet, ou de méfiance.
4. Le père d’Annie Ernaux préfère parler le fran-
çais que le patois normand de son enfance, signe
d’infériorité sociale. Cela étant, son emploi de la
langue française n’est pas exempt de mots ou
d’expressions normandes, qu’il guette dans le Écriture et oral
discours des notables comme s’ils s’étaient
7. La situation d’énonciation doit être celle qui
oubliés, alors que le lecteur imagine que ces
est requise par la forme épistolaire : je/vous,
notables emploient le patois par souci de proxi-
date, lieu.
mité. Par souci de la norme et par respect excessif
L’élève doit ensuite prendre parti sur cette ques-
de la langue, le père refuse aussi les nouveautés,
tion de la culture et de l’intégration en argumen-
les emplois non attestés de la langue, comme l’ex-
tant, soit qu’il/elle défende le point de vue
pression nouvelle « sûrement pas ».
d’Annie Ernaux, soit qu’il/elle le conteste. Dans
5. L’écriture d’Annie Ernaux privilégie les para- tous les cas, il/elle doit fournir des exemples tirés
graphes courts, les phrases courtes, voire les du texte (par exemple : la souffrance causée par
phrases nominales, articulée autour du verbe le fossé culturel entre l’auteur et son père ; ou le
avoir à l’infinitif : « Une de mes frayeurs imagi- fait qu’elle soit devenue enseignante et, donc,
naires, avoir un père instituteur qui m’aurait obli- ait finalement déjoué la situation qu’elle décrit)
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

gée à bien parler sans arrêt, en détachant les et de sa propre expérience.


mots » ou la phrase : « une autre fois : […] » ou : Au final, il s’agit de travailler sur les attitudes des
« toujours parler avec précaution ». programmes qui recommandent d’être « sensible
La comparaison « aussi mauvais effet que de aux échos et aux interférences entre soi et les
lâcher un pet », assez inattendue en littérature autres » et de « s’intéresser à l’expérience d’autrui
en sa trivialité, évoque une situation gênante et comme élément de l’expérience universelle ».
rend bien compte de la situation. L’exercice peut être préparé par oral.

Objet d’étude 1 - Identité et diversité • 47


SOCIÉTÉ MODERNE, SOCIÉTÉ MULTICULTURELLE ?

2. Culture contre société, une fausse question ?


pages 50-51 du manuel
Lecture l’énumération en forme d’accumulation (procédé
rhétorique) vise à noyer le lecteur sous la diversité
Étudier l’essai (document 1) des origines qui constitue la France. La deuxième
énumération est constituée de leurs apports à la
1. Gaston Kelman défend sa thèse d’une France
société, qui sont donc nombreux. La troisième
multiraciale et multiculturelle depuis bien long-
énumération est l’effet sur le « corpus national »,
temps dans une argumentation qui joue sur des
qui peut aller du positif (embelli, enrichi) au néga-
contre-arguments ironiques et moqueurs :
tif (enlaidi, appauvri).
« La France est multiraciale, mais préfère entrete-
Exemple 3. « Le café, le thé, le McDonald’s, le
nir le débat confus et trompeur sur ce que l’on
nem, le tiebdien, le couscous, tous ces éléments
appelle culture plurielle ou multiculturalité » ; « Si
exotiques participent à l’enrichissement multi-
l’on veut dire que la culture française est un tout,
culturel de la France et un jour, de multiculturels,
[…] la belle découverte ! » : l’auteur prend ses dis-
deviennent tout simplement culturels. »
tances, ironise, tout en affirmant finalement cette
(l. 46-49) : l’auteur met sur le même plan des
« multiculturalité ». Il en va de même avec la phrase
apports culinaires à la culture française : les uns
« Je me suis toujours demandé ce que l’on collait
(café, thé) sont si anciens que leur origine étran-
derrière ces mots, derrière ces expressions ».
gère n’est plus perceptible ; les autres, mis sur le
2. Exemple 1. « Dans notre modeste F 4 familial même plan indiquent bien que l’étranger n’est
de Courcouronnes, se côtoient déjà plusieurs qu’une perception : ne ressent-on pas plus faci-
cultures, cultures générationnelles et territo- lement le couscous ou le tiebdien comme étran-
riales, celle de mes enfants, adolescents ron- ger ? Importance ici de l’attrait pour les États-Unis,
chons et franciliens, la mienne d’adulte bougon qui minore l’origine étrangère du fast-food, plus
et bourguignon, et celle que souhaite imposer vite adopté parce que venant des États-Unis.
mon épouse, féminisée, féminine ou féministe. »
3. Cette phrase constitue la conclusion de l’extrait
(l. 11-19) : l’exemple de la famille de Kelman
proposé. Une culture nationale n’est faite de rien
montre que la culture peut être prise au sens le
d’autre que d’éléments étrangers progressivement
plus étroit, intergénérationnel. En ce sens, une
intégrés, et donc plus du tout ressentis comme ori-
famille est « multiculturelle » puisque la culture
ginaires d’ailleurs. En ce sens, la question de la
des parents n’est pas la même que celle des
multiculturalité est donc un faux débat au regard
enfants, celle du mari est différente de celle de
du temps et de l’histoire : une culture n’est pas la
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

sa femme… Kelman vide donc le sens de l’expres-


photographie d’une société à un moment donné
sion « multiculturelle », dont il réfute l’emploi.
mais doit s’appréhender dans le temps.
Exemple 2. « Celtes, Romains, Germains, Wisi-
goths, Ostrogoths, Vikings, Danois, Lombards,
Saxons, Arabes […], Polonais, Russes, Espagnols, Étudier la première de couverture
Italiens, Portugais, tous ces peuples et bien (document 2)
d’autres encore sont venus les uns après les 4. La photographie met en scène des hommes et
autres enrichir la culture française de leurs spéci- des femmes blancs vêtus comme des Africains,
ficités linguistiques, artistiques, gastronomiques, ou plutôt comme des hommes préhistoriques. On
scientifiques, qui tôt ou tard deviennent solubles soulignera le caractère primitif de leur accoutre-
dans le corpus national sans cesse renouvelé, ment. Au milieu d’eux, un homme noir habillé à
remodelé, déformé, transformé, métissé, enlaidi, l’européenne. Pour le titre de la photographie,
embelli, enrichi, appauvri, ennobli. » (l. 27-44) : toute proposition en relation avec l’inversion des

48
Interrogation 3

regards + importance du lieu (supermarché) est Écriture et oral


acceptée.
L’image provoque, attire l’attention : il ne serait 6. « La France est multiraciale, mais préfère entre-
pas étonnant de voir un Noir habillé de manière tenir le débat confus et trompeur sur ce que l’on
primitive. Le contraire est étonnant et met l’ac- appelle culture plurielle ou multiculturalité. » Ce
cent sur la force de nos représentations. débat est confus et trompeur, comme l’explique
Olivier Roy : il s’agit d’une actuelle reconstruction
Étudier l’extrait de l’entretien idéologique d’un phénomène vieux comme
(document 3) l’existence des sociétés.
Les élèves doivent prendre en compte le texte 2
5. Olivier Roy réfute l’emploi des expressions pour répondre à cette question.
« identité française » et « culture française », qui
participent de reconstructions sociales et poli- 7. Travail préparatoire : formuler des arguments,
tiques et pas du tout d’une description objective les distinguer des exemples qui seront tirés des
de la société qui se fonderait sur l’étude de l’his- textes ou de l’expérience personnelle. Les deux
toire. L’identité française n’est utilisée que par textes proposés indiquent bien qu’une société
rapport au climat social. La culture française est ne peut se définir par une culture unique.
de fait universelle et s’est toujours présentée
comme universelle. Donc, ces concepts sont faux.

3. Culture traditionnelle contre société moderne ?


page 52 du manuel

Ahmed Sefrioui, auteur peu abondant mais créant une cohérence dans son projet esthétique,
puise dans le fonds populaire marocain pour faire partager au lecteur « une partie de ses biens
pour tous ceux qui peuvent les apprécier ». Fasciné par les conteurs de son enfance, il écrit en
restituant cette culture populaire et l’atmosphère propre à l’oralité, par les invocations à Dieu
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

qui commencent, achèvent ou même entrecoupent les contes du Jardin des sortilèges ; par la
reproduction dans l’écriture des rituels des conteurs. Il offre de véritables contes de sagesse,
où le bien et le mal peuvent être discernés grâce à l’expérience des anciens et la vraie piété.
(Article « Sefrioui », Dictionnaire des écrivains francophones classiques, Champion, 2010.)

Lecture
– L’« électronique », les « voyages planétaires » et
les « miracles de la science » (l. 1-2) s’opposent
1. Le pays évoqué est le Maroc, où Sefrioui a tou-
à l’intérêt pour « les contes et leur magie » (l. 3).
jours vécu : « Au Maroc comme ailleurs » (l. 8),
– « Peuples encore en voie de développement, à
« Au Maroc l'artisanat… » (l. 15)
moitié civilisés, avec des relents de mentalité
2. Oppositions : primitive » (l. 4-5), mais « leur jeunesse est déjà

Objet d’étude 1 - Identité et diversité • 49


SOCIÉTÉ MODERNE, SOCIÉTÉ MULTICULTURELLE ?

plus conquise par le “rock” et le “minitel”, et ne forme d’un dialogue où, tel le conteur tradition-
prête plus l’oreille aux histoires de princesses nel, Sefrioui s’adresse directement à son lecteur :
captives et de chevaliers sans peur » (l. 5-7). « Entrons dans un de ces ateliers… » (l. 16).
– « Dans les ateliers d’artisans, on discute du der-
nier match de football » (l. 9), cependant, « dans
les mêmes ateliers, il y a toujours quelqu’un
connu pour son talent de conteur et qui jouit de Écriture et oral
la considération de ses compagnons » (l. 10-12).
– « Les ouvriers ont quelque tendance à perdre 6. La première de couverture présente le travail
tout contact avec l’humain » (l. 13-14) mais « Les minutieux d’un artisan sur bois. La quatrième de
artisans maintiennent la tradition » (l. 14). couverture doit :
Au moment de la publication du texte (1989), le – donner envie d’acheter le livre de
Maroc présente une société qui hésite entre tra- photographies ;
dition et modernité. – évoquer la place de l’artisanat dans la société
marocaine.
3. « Il est vrai », « Certes », « Cependant » : ces
Les élèves doivent donc rédiger un texte qui pré-
marques de la concession situent précisément la
sente l’intérêt de la tradition que maintiennent
société marocaine évoquée par Ahmed Sefrioui
les artisans.
entre deux cultures, passé/présent, ailleurs/ici.
Les concessions évoquent le tiraillement, les 7. Ahmed Sefrioui n’oppose pas la culture tradi-
hésitations, voire peut-être les conflits entre ces tionnelle et la société moderne, mais il est parti-
pôles qui semblent difficilement conciliables. san du maintien des traditions au sein de la
modernité.
4. Les artisans maintiennent les traditions (l. 14)
À l’oral, les élèves doivent prendre parti pour
et, au contraire des ouvriers, s’intéressent à
débattre de cette question, qui peut aussi se
« l’humain ».
poser en ces termes : « La modernité doit-elle
5. L’auteur invite à entrer chez un babouchier, passer par le renoncement à la culture tradition-
artisan et conteur. Cet extrait de conte évoque la nelle dont nous héritons ? »
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

50
SÉQUENCE A SOCIÉTÉ MODERNE, SOCIÉTÉ MULTICULTURELLE ?

ÉVALUATION page 53 du manuel

Évaluation afin d’indiquer qu’elles ne s’intègrent pas. La réa-


lité évoquée devient ainsi plus terrible, puisqu’on
des compétences de lecture peut aussi imaginer que les familles ou les per-
10 points sonnes sont détruites.

Document 1
1. (2 points)

Document 2
• Le pronom « nous » représente les familles 4. (4 points) Les écrivains dont les parents sont
issues de l’immigration, que Ahmed Djouder défi- issus de l’immigration sont au carrefour de plu-
nit par parents (qui ne connaissent pas la société sieurs cultures et, par conséquent, leurs difficul-
française et ne la comprennent pas) et enfants tés ne se trouvent pas dans les stéréotypes
(qui voient leurs parents perdus). auxquels on voudrait les réduire : ils n’ont pas de
• Le pronom « vous » représente les familles fran- difficulté d’intégration, mais des difficultés de
çaises d’origine, qui ne cherchent ni à connaître leur génération. L’exemple de l’écrivain franco-
ni à aider les familles issues de l’immigration. marocaine Houda Rouane montre qu’elle « se
L’effet produit est l’opposition des deux mondes. sent plus péquenaude provinciale que
beurette ».
2. (2 points) La télévision éduque les parents,
la télévision fait rêver et occupe : telles sont,
résumées, les deux fonctions de la télévision
pour Ahmed Djouder. Mais son rôle principal est Évaluation
un rôle pédagogique : voir l’emploi des termes des compétences d’écriture
« éduquer » et « pédagogue » en début et en fin
d’article. 10 points
3. (2 points) Le substantif « intégration » signi- 5. Le devoir doit être structuré : introduction,
fie « incorporation », mais désigne aussi le phé- deux parties discutées, conclusion.
nomène par lequel les étrangers s’intègrent dans Le raisonnement doit s’appuyer sur l’ensemble
une société donnée ; on dit alors qu’ils sont inté- des textes de la séquence : la question de la
grés. Ce sens d’intégration est aujourd’hui plus culture et de la société n’est pas liée à l’intégra-
fréquent que le premier. « Désintégration » n’est tion dans un pays particulier (comme Gaston Kel-
le contraire que du premier sens, « incorpora- man), mais peut aussi se ressentir entre parents
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

tion », et signifie « destruction ». Ici, Ahmed Djou- et enfants (Annie Ernaux), ou entre personnes de
der l’applique aux familles issues de l’immigration générations différentes (Sefrioui).

Objet d’étude 1 - Identité et diversité • 51


Interrogation 3 Doit-on renoncer aux spécificités de sa culture
pour s’intégrer dans la société ?

LETTRES PARISIENNES, DE N. HUSTON


SÉQUENCE B ET L. SEBBAR : ENTRE ICI ET AILLEURS ?
pages 54-61 du manuel

Introduction au travail de la séquence

L’étude d’une œuvre intégrale, ici les Lettres parisiennes de Nancy


Huston et Leïla Sebbar, permet de mettre en valeur les notions de diver-
sité culturelle et d’intégration. Deux femmes exilées correspondent, se
racontent, analysent leur situation. L’origine différente des deux auteurs
implique une richesse qui se partage.
Cette séquence permet de réfléchir à l’interrogation : « Doit-on
renoncer aux spécificités de sa culture pour s’intégrer dans la société ? »
Ce recueil épistolaire montre comment l’écriture peut soigner certains
maux dus à l’exil, au départ, à la nostalgie, au sentiment d’être ni d’ici
ni d’ailleurs ; les lettres deviennent un partage de sentiments et permet-
tent une réflexion sur l’identité et l’intégration.

1. L’exil, une double culture ? pages 54-55 du manuel

Lecture
Étudier les lettres I et II
(documents 2 et 3)
Étudier la couverture (document 1)
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

2. Ces lettres mettent en correspondance deux


1. On peut imaginer en étudiant la première de
auteurs d’origine différente : Leïla Sebbar, née
couverture que l’œuvre fait référence au voyage :
en Algérie, et Nancy Huston, née au Canada. Ces
l’avion, l’île, le sous-titre : « Histoires d’exil ».
deux femmes sont amies, elles se tutoient : « toi »,
Il est sans doute question d’un recueil de lettres
« tu », s’appellent par leur prénom.
en raison de l’arrière-plan (les écritures) et du
titre Lettres parisiennes. 3. Le thème annoncé est celui de l’exil. Un champ
L’exotisme est présent avec le palmier, l’île, la lexical important est présent : « exil », « terre »,
maison et les couleurs utilisées, ainsi que le nom « déportation », « culture », « départ », « partir »,
des auteurs. « migrantes », « touriste », « origine », « pays »,
L’indication « Document » donne un ton réaliste « étranger », « accent », « nationalité ».
à l’ouvrage, sans doute s’agit-il de véritables Les répétitions appuient ce thème, le mot « exil »
lettres échangées. est répété plusieurs fois.

52
Interrogation 3

Le contenu de ce recueil épistolaire sera sans nul en public suscite parfois des réactions vio-
doute celui de l’exil et de la façon dont il est vécu lentes », explique le Wall Street Journal qui narre
par ces deux femmes, apparemment différentes la mésaventure de deux jeunes gens, Javed Khan
par leur origine (Sud/Nord ; Orient/Occident). et Ashna. L’article conclut ainsi : « À Bombay, ces
dernières semaines, une centaine de couples qui
4. « Il faudrait que nous disions, l’une et l’autre,
s’embrassaient passionnément sur une prome-
la bizarrerie qu’il y a à “rentrer chez soi” en tou-
nade en bord de mer ont été interpellés, jetés
riste… » Le sujet est annoncé : cette correspon-
derrière les barreaux et inculpés pour comporte-
dance aura pour thème l’écriture de l’exil. Il y a
ment obscène. “L’Inde ne doit pas se laisser
une opposition entre « rentrer chez soi » et « en
envahir. Il faut mettre en place un dispositif pour
touriste », c’est dire que l’on serait devenu étran-
repousser cette invasion”, plaide Ram Madhav,
ger chez soi. Il est question du sentiment de n’ap-
porte-parole du parti national-hindouiste
partenir à aucun des deux pays, celui de
Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS). Le visage
naissance et celui d’accueil, et donc de réflexion
inoffensif de la mondialisation s’est introduit
sur cette étrangeté : riche de deux pays, ces exi-
dans le pays sous les traits de Mickey Mouse et
lées semblent, finalement, ne se sentir apparte-
de Barbie. Aujourd’hui, il prend la forme de
nir à aucun.
Richard Gere. C’est la dernière représentation en
date d’une attaque culturelle. Nous avons le droit
de dire non à certaines choses. » (Emily Wax,
Écriture et oral avec Ghosh Nangia, The Wall Street Journal,
avril 2005, repris dans Courrier international,
5. Les codes culturels sont l’ensemble des pra-
30 mai 2007)
tiques culturelles : vocabulaire, goûts culturels,
habillement, lieu de résidence qui dénotent la 6. L’exil est semble-t-il une double culture :
place ou le rang social d’un individu et son appa- culture du pays natal et culture du pays d’adop-
rence à une classe ou une catégorie sociale. tion, l’examen du contenu du sac de Leïla montre
Nous pouvons trouver un exemple de code culturel comment le sac à main reflète le pays dans lequel
en Inde sur le site Internet suivant : http://www. elle vit. De plus, Nancy Huston évoque la « double
bladi.net/forum/102806-inde-baiser-maisons/ nationalité ».
« Dans une société indienne bousculée entre tra- Il serait intéressant de lire les deux lettres dans
ditions et mondialisation, le fait de s’embrasser leur intégralité pour évoquer cette double culture.
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

Objet d’étude 1 - Identité et diversité • 53


LETTRES PARISIENNES, DE N. HUSTON ET L. SEBBAR : ENTRE ICI ET AILLEURS ?

2. L’exil, nécessairement un manque ? pages 56-57 du manuel

Lecture elle permet cependant de s’épancher, de faire


part de sentiments et surtout se conserve. La

Étudier la lettre XXIII (document 1) trace de l’écriture imprime une partie de l’autre
sur la feuille. Le mot « toucher » ici est une syl-
1. Leïla Sebbar fait le portrait suivant de son
lepse (figure par laquelle un mot est employé à
père : il a « soixante-dix ans », « a des ennuis car-
la fois au propre et au figuré) et renforce le côté
diaques », « il a toujours eu de l’asthme », est
affectif.
« malade », « sur un lit d’hôpital », il porte bien
son nom, Sebbar, c’est « le patient », « sa maison
natale [est] en Algérie », c’est un « homme de 
Étudier l’entretien (document 3)
patience », un « homme de silence ». 4. Leïla a dû quitter son pays d’origine pour la
Leïla est très proche de son père, elle a une rela- France à cause de la guerre. Ce n’est pas une
tion très respectueuse avec lui, elle respecte « son décision personnelle : « Lorsque je viens en
silence ». Elle veut occulter le fait que son père est France à Aix-en-Provence pour poursuivre des
malade : « je ne peux croire que ce sera grave », études supérieures de lettres (à Alger l’OAS
« j’ai peur de la mort de mon père ». Son père est sévit), c’est une décision de mes parents à
aussi sa « source », sa « ressource », il est le sym- laquelle je souscris. En France, il n’y a pas la
bole de son pays de naissance, l’Algérie. guerre. »
2. « J’écris depuis le début sur du manque » : Leïla L’exil sera désormais source de création, c’est
file une métaphore sur la terre et l’eau. « J’écris sur une véritable « quête » que de se construire et
du fragment, du vide, une terre pauvre, inculte, d’écrire autour de ce thème. Cet exil est en rap-
stérile où il faut creuser profond et loin pour mettre port étroit avec la langue de son père qu’elle ne
au jour ce qu’on aurait oublié pour toujours… J’ai parle pas, comme une étrangère et qu’elle aurait
peur d’un tarissement, parce que je comprends voulu apprendre pour comprendre, combler les
aujourd’hui qu’il est ma source. » Si son père trous, le manque (voir lettre XXIII).
meurt, son histoire meurt. Le manque de commu- 5. Les sentiments de Leïla à l’égard de ses racines
nication avec lui entame la vie de Leïla. Sa partie paternelles sont importants :
algérienne part avec lui, cet homme de silence – elle est en « exil de la langue de son père »,
laisse des trous dans sa vie et Leïla a du mal à c’est-à-dire qu’elle ne connaît pas cette langue ;
combler ces manques. Son père est une source, il – elle regrette que cet homme « du livre et lettré »
rend sa terre fertile, comme l’eau, il lui est indis- ne lui ait pas transmis cet héritage : « l’arabe qu’il
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

pensable pour vivre, sans lui, une partie d’elle- ne m’a pas appris, qu’il ne m’a pas transmis » ;
même mourra. – elle regrette aussi la non-transmission de « son
histoire familiale », « cette privation volontaire » ;

Étudier la publicité (document 2) – cependant, cette privation est pour elle source
de création, d’écriture, cet arabe qu’elle n’a pas
3. L’écriture d’une lettre est présentée ici comme
appris, qu’elle entend comme « une musique
un acte d’amour, la lettre personnifiée par un
dépourvue de sens » sera le fil conducteur de son
homme enlace, embrasse une femme, heureuse de
écriture. « Cette absence […] fonde son travail
se reposer sur son épaule. Le slogan « Si vous vou-
d’écrivain ». Les mots incompréhensibles et
lez vraiment toucher quelqu’un, envoyez-lui une
absents deviennent des mots qui font sens et
lettre » joue sur le double sens du verbe toucher.
traçants.
L’écriture et l’envoi d’une lettre renvoient à l’in-
time, la lettre manuscrite est rare de nos jours,

54
Interrogation 3

 Mettre en relation des documents rouge et le noir, le concret et l’abstrait font réfé-
(documents 1 et 4) rence aux racines algériennes de la narratrice.
6. Hassan Massoudy est un artiste, un peintre et
calligraphe irakien né en 1944 à Najef, une ville
du Sud de l’Irak. Ses créations sont le fruit d’une Écriture et oral
rencontre entre le passé et le présent, entre l’art
7. La dernière phrase, citation du roman Je ne
oriental et l’art occidental, entre la tradition et la
parle pas la langue de mon père, « j’écris le corps
modernité. Il perpétue la tradition de la calligra-
de mon père dans la langue de ma mère », est
phie tout en rompant avec elle. Il épure son trait,
symbole de sa recherche et de ce qu’elle est,
tend vers une grande simplicité de la ligne. Les
c’est-à-dire à la recherche de son identité double :
mots, les phrases qu’il calligraphie, ont été écrits
une langue qu’elle ne connaît pas, celle de son
par des poètes, des écrivains du monde entier,
père, qu’elle ne perçoit qu’à travers son corps et
ou dits simplement par la sagesse populaire.
sa langue celle de sa mère, française.
L’émotion ressentie à la vue de ses calligraphies
Leïla fait un lien entre son histoire familiale et
est procurée par le mouvement des lignes, leur
l’Histoire : c’est en effet un événement historique
légèreté, leur transparence, le rapport entre le
qui la contraint à quitter son pays ; la guerre a
noir et le blanc, le plein et le vide, le concret et
conduit ses parents à partir et s’exiler en France,
l’abstrait. Son site : http://www.massoudy.net/
Leïla n’a pas eu le choix.
La langue utilisée est l’arabe, cette langue,
« musique » au sens inconnu pour Leïla. Massoudy 8. On attend des élèves une réponse argumentée
fait de la langue un art, comme Leïla fait de ce à cette question et une écoute attentive des
manque un art, celui de l’écriture. Les courbes, le réponses de leurs camarades.

3. L’exil, une vie « entre guillemets » ? pages 58-59 du manuel

Lecture présenter l’appartenance, à la fois parce qu’elle


se sent ne pas faire partie de ce pays et parce sa
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

Étudier la lettre XXIV (document 1) langue anglaise lui interdit : « en anglais, ils sont
1. Nancy évoque ses rapports aux mots et donc impossibles, l’article défini étant de rigueur dans
à l’existence. Elle a l’impression de « vivre entre de tels cas ».
guillemets », car la langue anglaise qu’elle parle
3. J’ai l’impression […] de vivre entre guillemets :
ne peut exprimer l’appartenance, ces « mon »,
le principal usage des guillemets est de mettre
« ma », « mes » qu’utilise à tout bout de champ la
en exergue une expression, un terme ou une cita-
nourrice berrichonne. La langue française est
tion, ici il s’agit du verbe « vivre », signalé ainsi
pleine de certitudes, impossibles à dire ainsi en
comme un mot incertain, que l’on met de côté,
anglais.
tout en soulignant son importance. Les guille-
2. L’exemple d’une femme au foyer française et mets qui encadrent le verbe « vivre » montrent
de son utilisation de la langue fait opposition à son hésitation, son inaptitude à nommer plus
Nancy, incapable de dire « me », « mon, « ma », de précisément et plus justement.

Objet d’étude 1 - Identité et diversité • 55


LETTRES PARISIENNES, DE N. HUSTON ET L. SEBBAR : ENTRE ICI ET AILLEURS ?

Nancy ne parvient pas à appartenir à ce pays. Elle rais de m’éprendre par exemple d’une maison »,
est à côté, à part ; l’exemple de sa maison illustre « je me garde de cette passion », comme si elle
cette difficulté à appartenir : « quand je reviens à allait à nouveau souffrir d’un exil, d’une perte.
“ma” maison – que ce soit à Paris ou en Berry
– ce “ma” sera encore et toujours entre guille-
Étudier la photographie (document 3)
mets, car cette maison, c’est M. qui l’a choisie,
achetée, meublée ; j’y suis en permanence 7. L’exil ici est sujet à discussion, autour d’un
comme une invitée privilégiée qui participe aux débat sur la littérature canadienne, lors du Fes-
tâches d’entretien. » Elle résume son apparte- tival America de 2006 : l’écran situé derrière les
nance avec le terme « invitée », elle est une invi- intervenants met en lumière l’Amérique du Nord
tée du pays, de sa maison, de sa vie. (probablement les États-Unis), et les panneaux
indiquant les directions SOUTH et EST soulignent
les diverses orientations, les diverses directions.
Étudier la lettre XXV (document 2) L’exil est synonyme de voyage, de discussion, de
4. Le mot « francité », inventé par Leïla, fait réfé- rencontres.
rence aux caractères spécifiques de ce qui est
français ; Leïla définit elle-même ce qu’elle
entend par francité dans la suite de la phrase :
« la manière dont je suis française », elle ajoute Écriture et oral
« sans l’être tout à fait ».
8. Lors de la rédaction de cette lettre, les élèves
5. Leïla ne se sent pas complètement française, pourront, par exemple, mettre en avant des
en raison sans doute de l’unicité de sa situation caractéristiques qu’ont souvent en commun les
dans une région peu ouverte aux autres. Le pays gens en exil : une perte d’identité, un décalage
natal de sa mère ne lui paraît pas son pays d’ap- de culture, une solitude, une langue ou un accent
partenance. Cela peut sembler paradoxal, peut- différents. Ils sont déracinés et doivent s’habi-
être parce que les enfants de Leïla ont des tuer à un climat différent, à des habitudes ali-
prénoms typiquement français – Sébastien et mentaires différentes, des codes sociaux
Ferdinand – et que Leïla a a priori acheté une opposés ou décalés.
maison dans cette région qu’elle ne considère
9. Pour les deux auteurs, on peut dire que l’exil
pas comme la sienne.
implique cette vie entre guillemets ; en effet l’une
6. Ce sentiment pourrait se modifier grâce à ses et l’autre l’écrivent. Leïla va plus loin en disant
enfants et en s’investissant dans des travaux « j’aurais besoin de tant de guillemets que fina-
pour la maison et le jardin : « Peut-être si je déci- lement le mot disparaîtrait étouffé par la quantité
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

dais que cette région sera la mienne, par la de réticences ».


mémoire qu’en auront Sébastien et Ferdinand, On pourrait élargir avec les élèves cette vision de
peut-être en accomplissant un travail sur cette l’exil et trouver dans des exemples littéraires ou
maison et ce qui l’environne. » Finalement Leïla cinématographiques des histoires où l’exil n’est
semble avoir peur d’aimer sa maison, « je risque- pas une vie entre guillemets.

56
SÉQUENCE B LETTRES PARISIENNES, DE N. HUSTON ET L. SEBBAR :
ENTRE ICI ET AILLEURS ?

ÉVALUATION S’entraîner au Bac Pro


pages 60-61 du manuel

Évaluation 
Document 2
4. L’intégration : c’est vivre dans un pays d’ac-
des compétences de lecture
cueil en respectant ses principes, c’est-à-dire les
12 points droits et les devoirs, tout en conservant sa propre

Document 1 identité.
1. (1 point) Selon M., le compagnon de Nancy, 5. (2 points) L’intégration préserve l’originalité
l’expérience de l’exil se décompose en plusieurs de celui qui arrive dans une société et accepte
phases : d’y vivre en en respectant les usages.
– « Dans les premières années » de l’exil, « on se L’assimilation signifie la perte de l’originalité de
déleste de son passé, on est sans poids, eupho- celui qui se fond dans une société au détriment
rique, capable de tout » (l. 3-4). de sa culture première.
– Peu de temps après la naturalisation, il y a un
retour en force du refoulé, c’est-à-dire de tout ce 
Documents 1 et 2
que l’on a enfoui ou mis de côté, et on prend
6. (2 points) Nancy décrit un processus d’inté-
conscience du « caractère irrévocable de la perte
gration qui passe par « la culture, la langue, l’his-
et de l’appauvrissement inévitable » (l. 11-12). Le
toire et les péripéties politiques de son nouveau
pays d’adoption devient « une prison » (l. 13).
pays ». Néanmoins le passé est toujours là et
– « Le désespoir serein » est la troisième phase.
l’exil et l’assimilation sont impossibles.
« Cela consiste à savoir qu’on ne sera jamais par-
faitement assimilé à son pays d’adoption et jamais
non plus dans un rapport parfaitement assimilé à 
Document 3
son pays d’adoption et jamais non plus dans un 7. (2 points) Le titre L’exil est mon pays signifie
rapport d’harmonieuse évidence avec son pays que les personnes qui sont nées autre part ne
d’origine. » (l. 17-19) seront jamais vraiment chez elles dans leur pays
2. (3 points) D’après M., Nancy se situe dans la d’origine. L’exil est en soi un point d’encrage, une
phase 2, celle du « retour en force du refoulé ». racine. La première de couverture montre une
Nancy elle-même dit ne pas avoir encore atteint vieille photographie d’une petite fille, mais sans
la « sérénité » : « Pour ce qui me concerne, n’ayant que l’on puisse réellement identifier l’endroit où
pas encore atteint le troisième stade, j’en com- elle se trouve.
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

prends mieux pour l’instant le désespoir que la La phrase « être né quelque part, c’est toujours
lucidité. » (l. 21-22) un hasard… » fait sans doute référence à la chan-
son de Maxime Le Forestier et insiste justement
3. (2 points) M. a une vision assez juste de ce sur ce flou qui entoure les gens en exil, nés
que peut ressentir un exilé, étranger lui-même de « quelque part », sans origine définie, sans
longue date (il « a dix ans d’avance sur moi dans précision.
l’expérience de l’exil », l. 1). Il souligne le fait que
l’exil n’est ni tout à fait d’ici et ni tout à fait
d’ailleurs, que sa véritable place n’est ni dans son
pays d’origine, ni dans son pays d’adoption. Il
parle de « désespoir serein » (l. 17), c’est-à-dire
d’une tristesse admise.

Objet d’étude 1 - Identité et diversité • 57


LETTRES PARISIENNES, DE N. HUSTON ET L. SEBBAR : ENTRE ICI ET AILLEURS ?

Évaluation
des compétences d’écriture
8 points
8. On attend des élèves : – une utilisation judicieuse des documents étu-
– un respect du sujet (2 points) ; diés dans la séquence ;
– une argumentation pertinente, appuyée sur – une attention à la langue (2 points) ;
des arguments et des exemples, liée à une – un effort pour rendre plaisante la lecture du
réflexion aboutie (2 points) ; devoir (2 points).
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

58
Interrogation 3 Doit-on renoncer aux spécificités de sa culture
pour s’intégrer dans la société ?

ACTIVITÉS ET RECHERCHES page 62 du manuel

Séquence AE Le site du dictionnaire de l’Académie française


propose une définition claire et complète du
SOCIÉTÉ MODERNE, SOCIÉTÉE
concept :
MULTICULTURELLE ?E http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/generic/
1. Le Château de Versailles est le lieu embléma- cherche.exe?15;s=2373079215;
tique de la culture et de l’histoire françaises. L’ar- « FRANCOPHONIE n. f. XXe siècle. Dérivé de fran-
tiste en convient : « le Château de Versailles est cophone 1. Le fait de parler français. Les défen-
l’un des plus grands symboles de l’histoire occi- seurs de la francophonie. 2. L’ensemble des
dentale ». Néanmoins, il affirme le droit de reven- populations dont le français est la langue natu-
diquer un lieu transformé par l’imaginaire relle, officielle ou d’usage ; l’ensemble des indi-
collectif, notamment japonais, jusqu’à atteindre vidus pour qui le français est langue principale
une dimension magique – voire mythique – ou seconde. 3. Avec une majuscule. Nom par
jusqu’à devenir : « une sorte de monde irréel à lequel on désigne couramment, par abréviation,
part entière ». L’appropriation que Takeshi Mura- la Conférence des pays ayant le français en par-
kami fait du Château de Versailles lui permet de tage, et les diverses institutions qui s’y
s’ouvrir à une culture autre sans renier sa culture rattachent. »
d’origine. L’encyclopédie en ligne Wikipédia propose une
2. En se présentant comme le chat du Cheshire liste d’écrivains francophones, classés selon leur
d’Alice au pays des merveilles, Takeshi Murakami pays d’origine.
insiste sur sa volonté d’inscrire son exposition
dans la fiction, dans la recréation artistique. Il
affirme ainsi ne pas insérer son exposition dans
une volonté patrimoniale ou historique en dépit
Séquence BE
des lieux qui l’accueillent. LETTRES PARISIENNES :E
ENTRE ICI ET AILLEURS ?E
1. Pas de corrigé particulier, les élèves pourront
lire leurs propositions de lettre.
3. Ahmed Sefrioui, né à Fès en 1915, dans une
famille berbère, décédé à Rabat en 2004, est un 2. Le sentiment d’exil est constitué par des
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

écrivain marocain de langue française. « éclats de mémoire » : a priori la nostalgie est


En plus des informations recueillies grâce aux toujours présente, les souvenirs d’enfance, du
moteurs de recherche, on pourra se référer au pays de naissance sont là. Le passé revient par
Dictionnaire des écrivains francophones clas- bribes. La mémoire est parcellaire. On ne sou-
siques (voir Introduction au travail de la séquence, vient pas de tout. Il serait intéressant que cer-
page 49). tains élèves ne soient pas d’accord avec cette
affirmation et explique pourquoi.
4. On pourra consulter le Trésor de la Langue
Française (TFL) : http://atilf.atilf.fr/dendien/ 3a. Le Gone du Chaâba d’Azouz Begag, Points
scripts/tlfiv5/advanced.exe?8;s=1988712615 ; Seuil, 2005 (1986).
« Francophonie, subst. fém. Ensemble de ceux – Genre : roman
qui parlent français ; plus partic., ensemble des – Résumé : Azouz vit avec sa famille d’origine
pays de langue française. » algérienne à Villeurbanne, dans un bidonville, le

Objet d’étude 1 - Identité et diversité • 59


LETTRES PARISIENNES, DE N. HUSTON ET L. SEBBAR : ENTRE ICI ET AILLEURS ?

Chaâba. Très épris de lecture, doué pour les 3b. Garçon manqué de Nina Bouraoui, Stock,
études et souhaitant par là s’intégrer à la société, 2000.
Azouz se trouve pris au piège entre culture arabe – Genre : roman.
et culture occidentale. Un jour, la famille Begag – Résumé : de père algérois et de mère bretonne,
doit quitter le Chaâba pour s’installer dans une fruit d’un amour contesté, une jeune fille cherche
cité de Lyon. C’est là que commence pour celle-ci sa place. D’une nationalité à l’autre, d’une identité
le sentiment d’isolement et pour le père la nos- à l’autre, d’un sexe à l’autre. Elle s’appelle Yas-
talgie du village natal. mina, se préfère en garçon, sous le nom de Nina,
– Auteur : Azouz Begag est un fils d’immigrés puis Ahmed, puis Brio, qui ment, se dissimule,
algériens, paysans arrivés en France en 1949. Né qui s’invente, façonne « un corps fait pour la
en 1957 dans la banlieue lyonnaise, il passe son lumière, le sable et les vents de sel ». Mais dans
enfance dans un bidonville, puis dans une cité ce troublant jeu de l’identité, Nina porte sur elle
de Lyon. Malgré une existence dans un milieu la blessure de sa famille, tout le traumatisme de
précaire, il accède sans difficultés aux études la guerre d’Algérie. Garçon manqué, au-delà
supérieures grâce à un goût prononcé pour la d’une histoire intime entre Alger et Rennes, est
lecture. Ses lectures préférées sont des livres à aussi le rappel d’une histoire algérienne, en sou-
caractère social, évoquant la vie des gens, venirs épars et douloureux : la guerre d’indépen-
pauvres et riches. Azouz Begag mène sa carrière dance, le massacre de femmes par les hommes
d’écrivain parallèlement à sa vie professionnelle de l’OAS, l’apprentissage de la souffrance, de la
(chercheur au CNRS). En 1986, il écrit son premier violence. C’est encore l’expérience du racisme
roman intitulé le Gone du Chaâba, pour lequel il ordinaire en guise d’héritage, d’une certaine
reçoit de nombreux prix littéraires. L’idée d’écrire France, incapable « d’aimer vraiment ce qui est
lui est venue par hasard et, grâce au succès de étranger », l’expérience des humiliations et d’une
son premier roman, il a continué à publier des haine dans laquelle la narratrice puise sa force.
romans pour la jeunesse mais aussi des romans – Auteur : née d’un père algérien et d’une mère
et documentaires pour adultes. L’écriture est bretonne, Nina Bouraoui passe les premières
pour lui un outil de communication, il trouve son années de sa vie en Algérie, pays dont elle ne
inspiration en observant les gens, en regardant connaît ni la langue ni la culture. Revenant bruta-
la télévision… lement en France à l’âge de quatorze ans pour
Azouz Begag manifeste son intérêt pour la jeu- s’installer en Bretagne avec sa famille, elle est
nesse en multipliant les rencontres avec les alors prise entre deux pays et deux identités.
jeunes dans les écoles. L’auteur est sensible aux Enfant sauvage et peu loquace, elle trouve dans
souffrances des enfants d’immigrés. La plupart l’écriture le moyen de se délivrer des fantômes qui
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

de ses livres évoquent le sujet de l’immigration la hantent. Ses romans, de La Voyeuse interdite,
et les difficultés pour ces jeunes à s’intégrer dans récompensé par le prix du Livre Inter en 1991, à
la société française. Il met en avant la difficulté Poupée bella en 2004, parlent de l’Algérie, de son
pour les enfants d’immigrés à trouver leurs enfance, de la violence, de la difficulté d’être une
repères entre deux cultures différentes. II s’ins- femme dans un pays où les contrastes et
pire de son vécu en tant que fils d’immigrés. contraintes sont forts. Elle prend de l’assurance,
C’est la raison pour laquelle dans ses ouvrages, épure son style à coup de phrases courtes, vio-
Azouz Begag s’assimile toujours au héros. Le per- lentes, âpres et envoûtantes. Ce « langage du
sonnage principal est souvent un enfant, en corps », Nina Bouraoui le construit par petites
général un garçon d’origine maghrébine. Les touches d’émotions brutes tel un véritable peintre
membres de la famille tiennent une place notable, des sensations. En 2005, elle obtient le prix Renau-
en particulier le père. dot pour Mes mauvaises pensées et publie en 2011
Avant les hommes, chez Stock.

60
Interrogation 3

On pourra inciter les élèves à visionner le film gers, imaginaires ou réels. En six nouvelles, Leïla
tiré du livre d’Azouz Begag : Le gone du Chaâba, Sebbar raconte les liens passionnels entre l’Al-
1998, de Christophe Ruggia. gérie et la France, les conflits d’identité, les
affrontements entre tradition et modernité.
4. Expression personnelle des élèves.
– Parle mon fils, parle à ta mère (Thierry Magnier,
2005) : une conversation entre une mère et son
fils. Le fils revient dans la maison natale, au pays
de l’immigration, dans une banlieue française. Il
5. Pour avoir accès aux nombreux ouvrages de ne dit presque rien. C’est la mère qui parle. Elle
Leïla Sebbar et aux résumés, il est conseillé de a beaucoup à dire dans sa langue où glissent des
consulter le site d’Amazon par exemple. mots français. Elle lui parle de la maison, du père,
des filles, de lui, son fils aîné,…l’épouse idéale,
On peut citer, entre autres, pour les romans :
les femmes françaises. La religion, l’Islam…
– La Jeune Fille au balcon (Points Seuil, 2006) :
Pour les recueils de textes :
Alger, aujourd’hui. Que sait la jeune fille au
– Une enfance algérienne (Folio, 1999)
balcon ? Que tout est interdit, dangereux, sus-
– Une enfance d’ailleurs (J’ai lu, 2002)
pect… Elle rêve d’amour, mais ne quittera pas
son refuge. Dehors, c’est l’heure de tous les dan- 6. Expression personnelle des élèves.
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

Objet d’étude 1 - Identité et diversité • 61


Histoire des arts page 63 du manuel

Thématique : « arts, sociétés, cultures »

Aziza Alaoui, Le chemin, 2008. Technique mixte sur toile, 1,80 x 1,20 m.

Aziza Alaoui, artiste plasticienne marocaine, native de Casablanca en 1966, de père marocain
et de mère allemande, a poursuivi ses études en Allemagne avant de s’installer au Mexique
en 1992 avec son conjoint mexicain. Elle estime que les affluents qui ont façonné sa person-
nalité et marqué son parcours, trouvent des formes d’expression dans ses toiles. Elle ambi-
tionne de faire connaître le monde arabe sous un autre jour, celui des artistes et des créateurs.
Aziza Alaoui affirme que, de par sa condition de « produit d’un mariage mixte », elle est convain-
cue que le rapprochement par la culture est le meilleur antidote contre les poncifs et les idées
préconçues. Elle se dit influencée par le courant impressionniste, sans pour autant renoncer
à son ancrage dans l’abstrait ; quant à ses tableaux paysagistes, l’inspiration de l’artiste se
nourrit des impressions ressenties dans les tréfonds de l’âme, modulant ainsi sa façon de
saisir les lumières et les quatre éléments de base : l’eau, l’air, la terre et le feu.

Première impression ici le sentiment émanent du tableau est celui de


1 On acceptera toute proposition ; les réponses la joie, de la gaieté ; la lumière vive semble rap-
de la classe seront confrontées de façon à faire peler le soleil qui fait baisser les yeux tant il
émerger confluences et oppositions. darde.

Analyse du tableau Mise en contexte


2 Aziza Alaoui évolue entre art abstrait et art 6 On peut distinguer des éléments de chacun
impressionniste, ce tableau représente un pay- des trois pays. Maroc : les couleurs et les
sage, comme l’indique le titre « Le chemin », on lumières ; Mexique : les quatre éléments natu-
aperçoit un chemin, des champs, des arbres, le rels, les couleurs (orangés et bleus) ; Allemagne :
ciel. la végétation (conifères au premier plan, feuillus
avant que la route ne s’estompe), les champs
3 Les couleurs utilisées sont en contraste : les cultivés.
bleus vifs côtoient les couleurs chaudes, le jaune,
Les œuvres de l’artiste peintre marocaine Aziza
les orangés, les rouges. Les verts tranchent avec
Alaoui se déclinent, à travers les reflets de cou-
les oranges et les jaunes. Leurs connotations sont
leurs et de lumière, comme une forme de dialo-
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

multiples, comme le revendique Aziza Alaoui ; ces gue entre les différentes cultures, et dégagent
couleurs font référence au paysage marocain et une harmonie créative valorisant différentes
mexicain, aux couleurs chaudes de ses pays composantes culturelles.
qu’elle affectionne. Elles connotent la chaleur, la
lumière, l’orient, l’exotisme.
7 On peut conclure à une universalité de la pein-
ture, en effet cette artiste combine ces diffé-
4 Les quatre éléments naturels présents dans rentes cultures et origines afin de créer une
ce tableau paysagiste sont : l’eau, la terre, l’air et œuvre qui s’adresse à tous, qui est compréhen-
le feu. Ces éléments sont mis en valeur par l’uti- sible de tous. Pour Aziza Alaoui, l’art est « le reflet
lisation des couleurs et leur contraste. extérieur des états d’âme » de l’artiste et reflète
5 Pour Aziza Alaoui, le paysage naturel repré- l’instantanéité de son inspiration au contact des
sente une manière d’exprimer un sentiment, un éléments de son environnement que cristallisent
état d’esprit et l’instantanéité du vécu intérieur, ses toiles.

62
Étude de la langue pages 66-67 du manuel

Grammaire
La phrase complexe Les connecteurs d’opposition
1 le texte de Philippe Grollet est composé de 3 Cet exercice vise autant à évaluer la compé-
deux phrases complexes. tence de lecture de la photographie (saisir la
• La première phrase complexe commence par la situation d’énonciation : les deux Papous éton-
proposition principale : « L’altérité est la valeur », nés dans la station de métro) que la compétence
suivie d’une proposition subordonnée relative « qui d’écriture (l’emploi des connecteurs).
place l’homme et la femme », complétée par une
subordonnée comparative « tels qu’ils sont comme
premiers sujets de droit ». Cette première phrase Les procédés de la concession
complexe est formée de trois propositions. 4a – Sans vivre sous les mêmes latitudes, ils
• La seconde phrase, beaucoup plus longue, est ont bien supporté le climat du Nord de la France.
composée d’une proposition principale : « C’est – Sans être timide, elle préfère ne pas faire de
au nom de l’altérité », suivie d’une subordonnée commentaires.
complétive conjonctive « que la laïcité combat – Sans renoncer à certains préjugés, il finit par
toutes les discriminations », complétée par une accepter le mariage de sa fille avec un étranger.
subordonnée relative « [celles] qui frappent […]
les lesbiennes », suivie d’une autre relative coor-
4b – Bien que je l’aie averti, il est parti en mer.
– Je suis contraint d’obéir, bien que je ne le veuille
donnée « et tous ceux qu’on n’a […] ghetto » ; cette
point.
relative est complétée par une subordonnée cir-
– Quoiqu’il soit cruel, l’ogre ne dévore pas tous
constancielle causale « parce qu’ils ne sont pas
les enfants !
dans la norme » ; une dernière relative, coordon-
– Je suis sûre qu’il réussira à ses examens,
née à la relative précédente vient clore l’énumé-
quoique ses pronostics soient pessimistes.
ration : « ou encore ceux que […] à la marge. » Six
verbes conjugués composent cette longue phrase
complexe, qui mime « l’arborescence » de la pen-
sée de l’auteur ; la coordination et l’enchâsse- Modalisation du jugement,
ment des subordonnées dans la chaîne valeurs du je
syntaxique mettent en évidence la longue liste 5 On attend des élèves qu’ils produisent un texte
de ceux qui sont frappés par la discrimination. argumentatif s’appuyant sur la dénotation et la
2 – Banda montra au contrôleur blanc ses fèves, connotation de l’illustration.
que celui-ci regarda et qu’il jeta par terre parce 6 Pour les quatre premiers exemples, l’emploi du
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

qu’elles lui semblaient trop sèches. présent de l’indicatif présente une valeur tout à
– La tuberculose était une maladie grave car, la fois énonciative et gnomique (présent de vérité
avant-guerre, la guérison était difficile ; en effet, générale).
il n’existait pas de traitement. – J’ai découvert l’Égypte cet été : ce pays est à
– Pendant les vacances, nous étions sur une île tout point de vue extraordinaire !
où il y avait des moustiques, ce qui était parfois La tournure affirmative des deux propositions,
gênant, mais nous avons néanmoins passé de l’emploi des deux points (valeur démonstrative)
bonnes vacances. et l’exclamation finale marquent l’enthousiasme
– On se méfie de ce patron, qui est inflexible et du touriste.
qui accorde peu de primes, mais qui sait aussi se – Il est impératif que les pays émergents émer-
montrer gentil. gent, quoiqu’il nous en coûte !
– Je partirai en vacances cet été, bien qu’il fasse La tournure impersonnelle et l’emploi de l’adjectif
chaud l’été et que je craigne la chaleur. « impératif » scandent un ton résolument injonctif,

Objet d’étude 1 - Identité et diversité • 63


ÉTUDE DE LA LANGUE pages 66-67 du manuel

injonction réitérée par le jeu de mots (« émer- – Seuls ceux qui vont voter sont de bons citoyens.
gents »/« émergent ») et la subordonnée La phrase est affirmative, l’emploi du présent
concessive. insiste sur le caractère irrévocable de
– L’écologie en politique n’est plus un concept, l’affirmation.
c’est une réalité : presque tous les partis s’y inté- – Je souhaiterais que les footballeurs reversent
ressent, n’est-ce pas ? une partie de leurs salaires exorbitants à des
La phrase est construite doublement en miroir : ONG.
deux propositions indépendantes se font écho, Le ton est d’emblée modalisé par l’emploi du
la première est négative, la seconde positive. conditionnel et du verbe « souhaiter », qui est
L’emploi des deux points marque la juxtaposition consensuel ; néanmoins, l’adjectif « exorbitants »
(« coordination zéro ») et annonce, de façon laisse pointer la critique.
démonstrative, la proposition indépendante, sui-
vie de la question rhétorique finale.

Lexique
Individuel, collectif et singulier 3 Les phrases choisies doivent bien montrer que
1 – Certains croient que l’histoire est dominée l’élève a saisi le sens du mot. Exemples :
par quelques individus remarquables qu’on – Cet homme a un comportement singulier : il se
appelle des grands hommes. frotte les mains toutes les deux minutes.
– Une révolution, qui se mène de façon collective, – Chaque être humain est singulier : il est unique
ne peut accepter les compor tements et différent de ses six milliards de congénères.
individualistes. – « Je » est la première personne du singulier,
– Les membres de l’assemblée se sentent indi- « nous » est la première personne du pluriel.
viduellement responsables de l’application d’une
décision.
– Malgré nos ressemblances, il est toujours pos- Les termes du comportement,
sible d’individualiser un être parmi six milliards du jugement et des valeurs
d’autres. 4 Cette affiche dénonce le travail des enfants dans
– Comment concilier les libertés individuelles et les pays émergents, ainsi que le profit commercial
l’intérêt collectif ? que les pays riches tirent de cette main-d’œuvre
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

bon marché. L’affiche vise à responsabiliser les


2 – Compassion : cum + pathos (souffrance) = acheteurs que nous sommes : nous devons savoir
fait de partager les souffrances de quelqu’un. d’où vient le produit, qui l’a fait, dans quelles
– Collaboration : cum + laborare (travailler) =
conditions, à quel prix. En agissant ainsi, nous
action de travailler avec quelqu’un.
serons, au sens noble du terme, de véritables
– Commémoration : cum + memorare (mémoire)
citoyens de la planète.
= action de rappeler, de célébrer.
– Conjoint : cum + jungere (joindre, associer) = 5 Cet exercice permet d’établir des échelles de
personne à laquelle on est marié. valeur : les réponses des élèves montreront que
– Conjugaison : cum + jugare (unir) = action d’as- nous n’avons pas forcément les mêmes valeurs
socier, d’unir. (par exemple comment notre ego se situe par rap-
– Conscience : cum + scientia (science) = connais- port à l’alter, où commence pour chacun la sphère
sance maîtrisée. publique et où finit la sphère privée…).

64
Objectif Bac Pro pages 70-71 du manuel

Le bulletin officiel n° 20 du 20 mai 2010 précise les modalités d’évaluation du français au bac-
calauréat professionnel, à partir de la session de juin 2012.

FRANÇAIS
Évaluation sous forme ponctuelle – durée 2 h 30.
Support : un corpus de textes et documents (2 à 3) référé à l’un des objets d’étude de l’année de
terminale.
Première partie : compétences de lecture (10 points)
1) Question portant sur le corpus : « Présentation du corpus »
Le candidat rédige quelques lignes (de 3 à 6 environ) pour présenter les relations que les docu-
ments proposés dans le corpus entretiennent entre eux.
2) Question(s) portant sur un ou des documents du corpus : « Analyse et interprétation »
Le candidat analyse un ou deux effets d’écriture (inscrits dans le libellé de la ou des deux ques-
tions) et en propose une interprétation.
Deuxième partie : compétences d’écriture (10 points)
Dans le libellé du sujet une question est posée en lien avec le corpus proposé en première
partie.
Le candidat répond à cette question en une quarantaine de lignes et de façon argumentée.

Cette évaluation propose une réflexion à par- Document 2 : Le manifeste de Patrick Chamoi-
tir de trois documents. seau et d’Édouard Glissant, Quand les murs
tombent, a été écrit en 2007, lors de l’inaugu-
Document 1 : « La fresque des expulsés »,
ration du ministère de l’Immigration, de l’In-
reproduite sur le wagon de la communauté
tégration, de l’Identité nationale et du
d’Emmaüs de Lescar, est une copie de la
Codéveloppement en « protestation contre ce
fresque, dédiée à la mémoire des sans-
mur-ministère ». Il a été édité par L’Institut du
papiers expulsés, commandée, en 2009, par
Tout-Monde, créé à l’initiative d’Édouard Glis-
le maire de Billère à un collectif d’artistes bor-
sant, et dont l’objectif « est la constitution
delais. Cette première fresque, effectuée sur
d’un vaste réseau culturel à la fois francilien,
un bâtiment public a été effacée, à la demande
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

interrégional, en très étroite connexion avec


du préfet des Pyrénées-Atlantiques, après
les régions de l’Outre-Mer, et international ».
une décision judiciaire.
On consultera avec profit le site de l’Institut :
« La communauté Emmaüs de Pau-Lescar a
www.tout-monde.com/presentation.html
décidé de faire recréer l’œuvre, par les trois
jeunes peintres de la fresque originale, sur un Document 3 : L’extrait de l’ouvrage de Domi-
wagon en stationnement sur un parking qui lui nique Groux et de Louis Porcher, consacré à
appartient, en pleine vue des automobilistes l’altérité, nous a paru de nature à conclure la
provenant de l’autoroute A64. » réflexion sur l’objet d’étude consacré à l’iden-
Nouvelobs.com avec AFP. tité et à la diversité.

Objet d’étude 1 - Identité et diversité • 65


Objectif Bac Pro

Évaluation cette conception de l’identité responsable des


« éternelles confrontations de peuples » et citent
des compétences de lecture les conflits ainsi engendrés : « les empires, les
10 points expansions coloniales, la traite des nègres, les
atrocités de l’esclavage américain, les horreurs
Présentation du corpus impensables de la Shoah, et tous les génocides
Cette question vise à dégager l’unité du corpus. connus et inconnus », conflits particulièrement
Il ne s’agit donc pas de décrire un par un les docu- meurtriers en Occident « sous l’amplification des
ments qui constituent le corpus mais bien, pour sciences et des technologies ».
l’élève, de montrer que lors de la première lecture Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau oppo-
intégrale des documents, il a su saisir le lien qui sent le « mur identitaire » avec ce qu’ils nomment
les unit. la « Relation », les échanges entre les hommes
1. (2 points) Ces trois documents témoignent au-delà des différences : « là où le côté mur de
d’une volonté d’aller vers l’autre, sa culture, sa l’identité renferme, le côté relation ouvre tout
façon de voir le monde. Si le document iconogra- autant ». Ils expliquent que cette capacité à
phique illustre une nécessaire solidarité, le texte mettre en place des relations a aidé les humains
de Glissant et Chamoiseau se veut un manifeste à survivre : « ceux qui duraient le mieux, qui se
qui redéfinit la notion d’identité pour la com- reproduisaient le mieux, avaient su pratiquer ce
prendre comme une « Relation » à l’autre et non, contact avec l’autre, compenser le côté mur par
comme ce qui les oppose. Le troisième document la rencontre du donner-recevoir ».
invite lui aussi à une « décentration » propice à On acceptera comme élément de réponse, seul
la rencontre. ou en complément, en opposition au mur identi-
Dans ce corpus, identité et diversité sont donc taire le « Tout-Monde », c’est-à-dire ce qui permet
intimement liées et s’enrichissent l’une l’autre. la rencontre entre « les langues et les cultures,
les civilisations » et « les peuples [qui] se sont
quand même rencontrés », et nom choisi pour
Analyse et interprétation l’institut fondé par Édouard Glissant afin de favo-
Ces questions appellent une lecture fine des riser ces rencontres et d’abattre les murs
documents qui s’appuient sur des exemples pré- identitaires.
cis permettant de construire du sens. Il est néces-
3. (2 points) L’expression, qui peut sembler
saire de faire référence notamment à la capacité :
absconse, est expliquée dans le texte ; la ques-
« Comprendre comment une œuvre met en ten-
tion demande donc aux élèves de relever cette
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin

sion les expériences individuelles et les ques-


explication (ou de la reformuler). « L’opération de
tions collectives » et à l’attitude « être sensible
décentration » est une posture qui « s’efforce de
aux échos et aux interférences entre soi et les
comprendre selon quels critères l’autre juge le
autres » référées à cet objet d’étude.
monde ». On peut poursuivre par la suite de la
2. (3 points) Édouard Glissant et Patrick Cha- phrase : « et déploie ses préférences (et aussi
moiseau nomment « mur identitaire » ce qui mène comment il envisage ses relations avec l’alté-
à combattre « l’autre, qu’on érige alors en rité) ». Cette capacité a souvent été demandée
menace ». Le mur identitaire sépare les êtres aux élèves lorsqu’il s’agissait pour eux de réé-
humains et les mène aux confrontations fondées crire un texte en changeant le point de vue. Au-
sur la nationalité, l’ethnie, la religion, la langue… delà de l’exercice scolaire, cette activité a dû les
Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau rendent inciter à comprendre le point de vue de l’Autre,

66
INTERROGATIONS 1-2-3

ou tout au moins à comprendre que l’Autre peut Évaluation


avoir un point de vue différent. Si les récits expli-
quent le monde, il n’est pas étrange de voir la des compétences d’écriture
narratologie contribuer à le faire comprendre. 10 points
4. (3 points) Avant même de relever les élé-
5. Cette question appelle une prise de position
ments composant la fresque, on peut remarquer
argumentée et personnelle du candidat. La for-
le lieu où elle est visible : un terrain appartenant
mulation invite l’élève à partir de l’explication de
à l’association Emmaüs, lieu d’échange et de
l’expression pour aborder sa mise en relation
solidarité.
avec les documents étudiés tout au long de l’ob-
L’œil est tout d’abord attiré par le dessin des deux
jet d’étude. On attend des élèves qu’ils soient
mains de couleurs différentes qui s’unissent en
sensibles à la définition donnée qui présente
un geste de fraternité.
l’échange avec l’Autre comme un enrichissement
On sera tenté ensuite de relier certains éléments :
pour celui qui s’y livre et garde pourtant sa propre
ceux qui se réfèrent aux valeurs et qui sont les
altérité.
plus nombreux : « entraide ! », « justice », « huma-
Le manuel, tout au long du chapitre, a proposé
nisme », « engagement », « solidarité », mais aussi
des rencontres avec l’Autre : par l’art, les voyages,
un dessin d’une main au doigt tendu qui désigne
la réflexion sur la transmission, la rencontre des
la devise de la République française au centre du
cultures et l’exil, enrichissant et parfois
wagon…
douloureux.
Les éléments qui évoquent la situation des expul-
On attend des élèves qu’ils aient été attentifs à
sés : « asile », « précarité », « séjour », « enfant
ces rencontres de manière à pouvoir les évoquer
sans papier », « expulsés », « arbitraires », aux-
avec précision.
quels on peut ajouter un globe et une carte de
Exemples de critères d’évaluation :
France.
– L’élève répond à la question posée, il rend
Les éléments qui trahissent l’état d’esprit des
compte de sa compréhension de la citation, de
artistes graffeurs : « honte », « dénoncer », appuyés
ses connaissances liées à l’objet d’étude.
par des dessins : des silhouettes humaines, un
– Il construit un jugement personnel, prend posi-
cadenas, deux cœurs…
tion et développe son argumentation à partir
Les typographies diverses, les couleurs variées,
d’idées et d’exemples pertinents.
la multiplication des mots et slogans renforcent
– L’élève emploie un lexique de l’individuel, du
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

un message de solidarité et d’acceptation de la


singulier, du collectif. Il sait utiliser les procédés
diversité.
de l’argumentation étudiés au cours du cycle de
baccalauréat professionnel et s’implique dans
son propos.
– Son propos est cohérent et structuré ; le lecteur
progresse aisément dans sa lecture, la langue
est correcte. La graphie n’est pas un obstacle à
la compréhension.

Objet d’étude 1 - Identité et diversité • 67


Objet d’étude 2

Au XXe siècle, l’homme


et son rapport au monde pages 72-91 du manuel

Interrogation 1 En quoi le XXe siècle a-t-il modelé l’homme moderne ?


SÉQUENCE A Des voies différentes pour un même engagement ? 69-74
1. K. Arkana, Tiken Jah Fakoly 2. A. Ferenczi, T. George
• Évaluation S. Hessel
SÉQUENCE B « Féminin » et « masculin » : vers de nouveaux rôles ? 75-81
1. L. Sebbar, F. Mauriac 2. B. Bettelheim, S. de Beauvoir, S. Daldry, C. Eastwood
3. J. Cherhal, C. Boutin, H. Chapier, F. Chaumont
• Évaluation É. Badinter, J. Rémy et I. Germain
ACTIVITÉS ET RECHERCHES 82-83
HISTOIRE DES ARTS J.-M. Basquiat, Marché aux esclaves 84-85

Interrogation 2 Comment la lecture d’œuvres littéraires permet-elle de s’interroger


sur le rapport de l’homme au monde ?
SÉQUENCE A Comment les poètes de la négritude font-ils entendre une voix nouvelle ? 86-91
1. S. Diantantu, A. Césaire 2. L. S. Senghor, L.-G. Damas
3. L. S. Senghor, J.-P. Sartre, revue Gradhiva, F. Masereel
• Évaluation A. Césaire, F. Fanon, L. Metssitane
SÉQUENCE B La Peste : fléau mythique et symbolique ? 92-99
1. A. Camus, L. Puenzo 2. A. Camus, É. Legrand 3. A. Camus, M. Olinger 4. O. Todd, J. Guérin, M. Olinger
• Évaluation A. Camus
ACTIVITÉS ET RECHERCHES 100-101
HISTOIRE DES ARTS S. Gupta, Dieu affamé 102

Interrogation 3 Les mythes appartiennent-ils seulement au passé ?


SÉQUENCE A Le mythe de Prométhée, pour mieux comprendre le monde contemporain ? 103-108
1. A. Eissen, J. Jordaens 2. Eschyle, A. Camus, L. Ronconi, S. Braunschweig
• Évaluation Eschyle, J. Lacarrière, Ch. Bec
SÉQUENCE B Comment le cinéma met-il en lumière les mythes du passé ? 109-114
1. Apocalypse, F. Youssouf, S. Acker 2. Ch. de Troyes, A. Astier
3. A. Hitchcock, H. Philibert-Caillat, D. Van den Berghen
• Évaluation A. Stähli, P. Francisci, B. Paul, R. Scott
ACTIVITÉS ET RECHERCHES 115
HISTOIRE DES ARTS Pierre et Gilles, Diane 116-117

ÉTUDE DE LA LANGUE Grammaire - Lexique 118-119

OBJECTIF BAC PRO 120-121


Interrogation 1
En quoi le XXe siècle a-t-il modelé l’homme moderne ?

DES VOIES DIFFÉRENTES


SÉQUENCE A
POUR UN MÊME ENGAGEMENT ? pages 74-79 du manuel

Introduction au travail de la séquence

En quoi le XXe siècle a-t-il modelé l’homme moderne ? Pour répondre


à cette interrogation, nous avons choisi le thème de l’engagement. Certes
l’engagement des écrivains, des artistes ou des simples citoyens n’est pas
une idée propre au XXe siècle, mais il nous a semblé intéressant d’en mon-
trer quelques-uns de ses aspects, revisités, actualisés ou nouveaux.
La première séance propose l’étude de deux textes de chansons
contemporaines ; la séance 2 prend l’exemple d’un cinéma de la dénoncia-
tion ; l’évaluation repose sur l’indignation contagieuse d’un vieux
monsieur.

1. La chanson, une arme pour dénoncer ?


pages 74-75 du manuel

Ces deux chanteurs, Keny Arkana et Tiken Jah Fakoly, ont été choisis pour ce qui les unit :
artistes contemporains, vraisemblablement connus des élèves, ils présentent une image déva-
lorisée du monde qui les entoure pour le dénoncer.
On trouvera page 88 du manuel (question 2) une liste, non exhaustive, de chansons de com-
bat, de la Révolution française à nos jours.
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

Lecture – les violences étatiques et politiques (l. 5 et 6,


8, 9) ;

Étude du premier texte (document 1) – la misère et les injustices (l. 11, et 20) ;
– la perte de liberté (l. 14 et 21) ;
1. La première partie de la chanson (l. 1 à 22)
– les névroses sociales (l. 15 à 18).
présente les diverses faces d’un monde injuste
Il est possible d’interroger les élèves sur le
auquel Arkana s’oppose.
constat fait par Arkana.
On peut établir la liste suivante, de ce que
dénonce Arkana au fil des vers de la chanson : 2. Le message d’espoir est essentiellement
– l’individualisme et l’égoïsme (l. 1 et 2 et 10) ; contenu par trois ensembles de vers situés dans
– les valeurs négatives adoptées (l. 3 et 7) ; la seconde partie de la chanson.
– le non-respect de la Terre (l. 4 et 10) ; Tout d’abord les lignes 24 à 26 :

Objet d’étude 2 - Au XXe siècle, l’homme et son rapport au monde, à travers la littérature et les autres arts • 69
DES VOIES DIFFÉRENTES POUR UN MÊME ENGAGEMENT ?

« Dernière génération à pouvoir tout changer ou martèlent par une série d’anaphores explica-
La vie est avec nous, n’aie pas peur du danger tives le message délivré :
Alors levons nos voix, pour ne plus oublier ». « Car nous ne sommes qu’un divisé dans la chair »
Puis les lignes 29 à 31 : (l. 29).
« Car nous ne sommes qu’un divisé dans la chair « Car la vérité est ennous
Retrouvons la joie, l’entraide qu’on s’élève Car la solution est en nous
Une lueur suffit à faire fondre les ténèbres ». Parce que la vie est en nous
Enfin la dernière partie, parlée, de la chanson, Parce que la vie est en nous » (l. 33 à 35).
lignes 32 à 34 :
« Car la vérité est en nous 
Étude du deuxième texte (document 2)
Car la solution est en nous
Parce que la vie est en nous ». 4. Tiken Jah Fakoli dénonce un monde morcelé
Arkana incite à la prise de conscience, au com- par les puissants.
bat, à l’espoir d’une lutte possible pour changer 5.a. Le pronom personnel « ils » n’a pas de réfé-
le monde. rant direct dans la chanson ; il représente un
3. S’il est difficile d’étudier le rythme d’une chan- groupe indéterminé et puissant, jouant avec les
son hors de toute écoute, on peut néanmoins peuples, les frontières et les richesses ; chacun
remarquer son organisation sous la forme d’une est libre d’y associer des dirigeants et des
suite d’asyndètes (figure de style fondée sur la sup- régimes. Dans le refrain, « ils » s’opposent au
pression des liens logiques et des conjonctions chanteur « moi ». À partir de la ligne 23, le « ils »
dans une phrase) – donnant ainsi au monde s’oppose à un « nous » qui représente les popu-
dénoncé de l’artiste un aspect décousu et dépourvu lations de l’Afrique : « Ils ont partagé Africa sans
d’harmonie. Notons que ces asyndètes, très pré- nous consulter / Ils s’étonnent que nous soyons
sentes dans la première partie de la chanson, se démunis » (l. 23-24).
raréfient dans les vers porteurs d’espoir (voir les 5.b. Ces deux pronoms « je » et « tu » mettent en
relevés effectués en réponse à la question 2). scène des grandes puissances qui se partagent
Cette vision d’un monde dépourvu de cohérence le monde : on a l’impression d’assister à une
repose aussi sur l’emploi de nombreuses phrases négociation entre deux personnes pour savoir
nominales ainsi que par la quasi-absence de la qui aura quel pays, qui aura quelle richesse. Si
ponctuation, mis à part les virgules. Nous pou- les pays désignés par « je » et « tu » ne sont pas
vons relever, pour illustrer ces observations, la nommés, il est facile d’y reconnaître néanmoins
presque totalité de la première partie de la chan- quelques-unes des grandes puissances
son (l. 2-8), par exemple : mondiales.
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

« Les gens se détestent, la guerre des égos


6. Tiken Jah Fakoli dénonce le démantèlement de
XXIe siècle, cynisme et mépris
l’Afrique au moment des indépendances et le
Non-respect de la Terre, folie plein les tripes
tracé des frontières qui n’a pas tenu compte des
Frontières, barricades, émeutes et matraques
peuples africains et de leur histoire.
Cris et bains de sang, bombes qui éclatent
Politique de la peur, science immorale
Insurrection d’un peuple, marché des armes ».
Les répétitions, essentiellement situées dans la Écriture et oral
seconde partie de la chanson, renforcent l’injonc-
tion des vers porteurs d’espoir : 7. On attend des élèves qu’ils puissent passer des
« N’oublie pas ton histoire, n’oublie pas ta mis- deux exemples présentés à une réflexion plus
sion » (l. 23). générale tenant compte de leurs connaissances.

70
Interrogation 1

2. Le cinéma : « à l’écoute du monde


et de ses tragédies » ? pages 76-77 du manuel

Cette séance propose trois documents sur le film Hôtel Rwanda et invite à une réflexion sur le
rôle du cinéma, non seulement comme miroir du monde et de ses luttes, mais aussi comme
vecteur de possibles modifications du monde.

Lecture 4. Aurélien Ferenczi clôt son article par une pro-


fession de foi sur le rôle du cinéma : « à l’écoute

Étude de l’article (document 1) du monde et de ses tragédies », rôle que Hôtel
Rwanda assume. Cette opinion est également
1. On acceptera tout titre montrant que l’enjeu
celle du réalisateur Terry George, pour qui le
du texte (présenter l’intrigue du film Hôtel
cinéma est « capable de changer le monde ».
Rwanda et montrer son intérêt) est compris.

2. Aurélien Ferenczi semble tout d’abord repro-  Étude des images (document 2)
cher au film un aspect artificiel, fabriqué : l’his-
toire semble presque « trop belle, peut-être » 5. On acceptera, pour la première partie de la
(l. 7) pour le cinéma. Le fait que le film soit tourné réponse, toute réponse justifiée.
en anglais, « artifice de cinéma », choisi sans La composition de l’affiche est nettement mar-
doute pour des raisons commerciales, le discré- quée et participe à sa lisibilité. À droite, des infor-
dite. Le critique note également le choix d’une mations qui jouent sur les différentes typographies
certaine dramatisation qui suit le sort de et sur les couleurs (mais qui ne seront balayées
quelques personnages : « l’histoire d’une poi- par le regard qu’après une lecture de l’image de
gnée de survivants », rescapés alors que tant gauche). De haut en bas :
d’autres ont été assassinés, et la volonté de lais- – la colonne s’ouvre en haut par le rappel du suc-
ser « hors champ » les « charniers ». Il note égale- cès officiel du film ;
ment un suspense abusif qualifié presque d’« une – puis le nom des principaux acteurs se détache
astuce de scénario » et la maladresse, parfois, en lettres rouges ;
du film : « On pense aussi parfois à un téléfilm un – une citation précise le rôle du héros ;
peu maladroit ». – le nom du film indique le lieu ;
Mais ces réserves, qui pourraient faire penser – l’affirmation « d’après une histoire vraie » ins-
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

que le film ne tient pas la route, laissent rapide- crit l’intrigue dans la réalité ;
ment la place aux éloges étayés par le critique ; – la dernière bande, peu lisible dans ce format,
elles apparaissent donc comme des concessions informe sur les acteurs secondaires, la
discursives avant l’énoncé de la thèse du production…
critique. À gauche, l’illustration attire le regard et est com-
posée de trois parties horizontales. De haut en
3. Aurélien Ferenczi se montre sensible à « la bas :
force émotionnelle [que le film] dégage ». Il note – le visage en gros plan du héros du film ;
son rôle « cathartique et expiatoire » qu’il estime – au milieu, un montage photographique repré-
nécessaire. Ce film « grand public » lui paraît sentant les différents protagonistes : à gauche
« faire mouche » et représente une des formes du un reporteur, au centre un casque bleu, à droite
cinéma à « d’écoute du monde et de ses un groupe composé d’une jeune femme enser-
tragédies ». rant trois enfants.

Objet d’étude 2 - Au XXe siècle, l’homme et son rapport au monde, à travers la littérature et les autres arts • 71
DES VOIES DIFFÉRENTES POUR UN MÊME ENGAGEMENT ?

– en bas, des silhouettes découpées de mains Dans la foule, plusieurs personnes lèvent les
et de bras levés en un geste de supplication. La bras dans un signe de reddition.
couleur blanche de ces silhouettes accroche le Ces différents éléments participent à la drama-
regard et universalise les suppliants qui pour- tisation de la scène.
raient appartenir à toutes les victimes de tous les
conflits.
L’intrigue est ainsi campée : elle se déroulera sur Écriture et oral
fond de conflit « encadré » par une armée inter-
7. S’il est évident que Hôtel Rwanda est un film
nationale, et présentera un groupe de victimes
de dénonciation, on pourra proposer aux élèves,
fragiles et de morts anonymes.
pour étayer la liste à établir, de consulter le site
6. Le photogramme représente une foule enca- consacré au festival international du film des
drée sur la droite par une file de militaires en droits de l’homme de Paris :
armes. La foule, présente sur la plus grande par- http://www.youphil.com/fr/article/03639-guan-
tie de l’image, est très dense. Cette densité, et tanamo -paris-festival-film-droits-homme
les visages fermés ou grimaçants, évoquent une ou de se référer au dispositif « Apprentis et
fuite. Le danger peut se deviner aux expressions lycéens au cinéma », qui propose tous les ans une
et par l’absence de bagages, ce qui suggère une sélection de films dont certains peuvent s’ins-
fuite précipitée, plus qu’un exode. Au premier crire dans cette veine du cinéma militant. On
plan deux personnages portent deux enfants. On pourra également effectuer l’activité 1 proposée
reconnaît le héros du film au centre de la photo. page 88 du manuel.
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

72
SÉQUENCE A DES VOIES DIFFÉRENTES POUR UN MÊME ENGAGEMENT ?

ÉVALUATION  S’entraîner au Bac Pro


pages 78-79 du manuel

Cette évaluation repose sur des extraits des entretiens entre le journaliste Jean-Michel Helvig
et Stéphane Hessel, diplomate, ancien résistant, toujours militant.
Stéphane Hessel est né à Berlin en 1917, d’un père, Franz Hessel, essayiste et traducteur et
d’une mère, Helen Grun, journaliste, qui servira de modèle au roman autobiographique d’Henri-
Pierre Roché Jules et Jim. Il émigre avec sa mère en France en 1925 et choisit d’être naturalisé
français en 1937. Il épouse en 1939, Vitia, une jeune russe, interprète de conférences avec qui
il aura trois enfants. Après l’invasion de la France, il se retrouve prisonnier de guerre alors que
son père et son frère sont internés au camp des Milles, d’où ils seront libérés pour des raisons
de santé. Après s’être évadé d’un camp de prisonnier, Stéphane Hessel part pour Londres et
rejoint les Forces françaises libres. Il est envoyé en mission en France en mars 1944, où il est
arrêté, torturé et déporté, tout d’abord à Buchenwald, puis à Rottleberode et enfin à Dora.
Lors d’un transfert vers Bergen-Belsen, il réussit à s’évader, rejoint les troupes américaines
et s’y engage. Son détachement arrive à Paris le 8 mai 1945. Après la guerre, il devient diplo-
mate et secrétaire de la troisième commission de l’Assemblée générale des Nations unies, en
charge de l’élaboration la « Charte internationale des Droits de l’homme ». Durant les années
cinquante, Stéphane Hessel participe au gouvernement de Pierre Mendès France, puis occupe
divers postes diplomatiques de par le monde. Il est nommé ambassadeur de France à l’ONU
en 1977. Il est également médiateur dans le combat des sans-papiers des églises de Saint-
Ambroise puis de Saint-Bernard, à Paris.
Depuis une dizaine d’années, il affirme ses prises de position en faveur des Palestiniens. Il est
membre actif de nombreuses associations comme Non-Violence XXI, membre fondateur du Col-
legium international éthique, politique et scientifique, parrain de l’ONG Bibliothèques sans fron-
tières. En 2010, son opuscule, Indignez-vous !, connaît un succès international. Des mouvements
de jeunes (notamment en Espagne) se regroupent sous la dénomination des « Indignés ».

Évaluation qui se passe et s’en remettre à lui » est donc


obligé de se référer à sa conscience et à ses
des compétences de lecture valeurs pour agir. Il est alors amené à refuser la
10 points partie de son cerveau qui le pousse « dans le goût
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

du pouvoir », pour « utiliser une autre partie de


Document 1 son cerveau », plus « complexe ».
1. (2 points) Stéphane Hessel énonce la néces-
sité d’un changement qui nous permettrait de 
Document 2
vivre en harmonie avec la terre et avec plus
3. (3 points) Selon Stéphane Hessel pour sur-
d’équité. Il prône la venue « d’un homme nou-
monter les « événements très graves » de l’His-
veau » qui saurait résister à la tentation du pou-
toire, il est nécessaire :
voir. Il croit en notre possibilité de résoudre nos
– de vouloir « résister à l’inacceptable » quelle
problèmes, grâce notamment à l’héritage des
que soit la forme politique que le totalitarisme
Lumières.
puisse prendre ;
2. (2 points) « Cet homme nouveau », qui « ne – de s’unir pour résister : « des groupes, des
peut plus d’adresser à Dieu pour comprendre ce camarades, des “nous”, pas des “je” » ;

Objet d’étude 2 - Au XXe siècle, l’homme et son rapport au monde, à travers la littérature et les autres arts • 73
DES VOIES DIFFÉRENTES POUR UN MÊME ENGAGEMENT ?

– de refuser la résignation : « On peut se dire que boration d’une fiche de critères, dont nous pro-
la nature humaine sera toujours ce qu’elle est, posons un exemple (bien que cette fiche doive
qu’il y aura toujours des potentats, des tyrans être élaborée avec la classe pour être vraiment
et des exploiteurs, mais qu’il faut bien vivre… utile).
Eh bien ça, non ! » ; – Respect du sujet :
– d’oser se lever et de s’affirmer « dissident » ; Le devoir répond-il à la question posée ?
– de prendre en compte les leçons de l’histoire : Ai-je choisi un thème correspondant à la
« au nom justement de l’expérience du XXe siècle ». question ?
On attend des élèves qu’ils relèvent au moins Ai-je justifié mon choix ?
quatre de ces conditions. – Réflexion et implication :
Le choix de mon thème est-il suffisamment argu-

Sur l’ensemble des documents menté pour être accepté par mon lecteur (voire
emporter son adhésion) ? Ai-je essayé de
4. (3 points) On attend des élèves qu’ils soient convaincre un lecteur non convaincu ? Si oui,
sensibles à l’engagement toujours actif de Sté- comment ?
phane Hessel et qu’ils montrent l’intérêt très vif Les marques de mon implication sont-elles
de cet homme âgé pour le monde actuel. visibles ?
L’image de Stéphane Hessel relayée par ces docu- – Forme du devoir :
ments est celle d’un homme infatigable qui, au Les principales normes orthographiques sont-
soir de sa vie, continue à revendiquer le droit elles respectées ? Comment classer les erreurs
d’agir pour modifier l’ordre des choses selon les récurrentes ?
valeurs pour lesquelles il a toujours lutté. La graphie est-elle lisible ?
Le lecteur/correcteur peut-il ressentir un certain
plaisir de la lecture ? Si non quel est le frein à ce
Évaluation
plaisir du lecteur ?
des compétences d’écriture
10 points On incitera les élèves à revenir sur leur produc-
tion première pour l’améliorer : entre le premier
5. On pourra faire précéder cette activité d’écriture jet et le second, l’élève sera invité à améliorer sa
par une liste des motifs d’indignation retenus par production en fonction des remarques du profes-
la classe. On pourra également procéder à l’éla- seur ou d’un élève en binôme.
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

74
Interrogation 1
En quoi le XXe siècle a-t-il modelé l’homme moderne ?

« FÉMININ » ET « MASCULIN » :
SÉQUENCE B
VERS DE NOUVEAUX RÔLES ? pages 80-91 du manuel

1. Filles et garçons : deux mondes séparés ?


pages 80-81 du manuel

Lecture
emprisonnent les femmes dans des carcans qui

Étude de la nouvelle (document 1) se transmettent de générations en générations ;
il peut ainsi dénoncer ces discriminations sexistes
1. Dans ce début de nouvelle, certaines opposi-
et faire entendre au lecteur que nous sommes
tions apparaissent : « elle »/« elles » ; « elle
tous responsables de ces stéréotypes et que fina-
court »/ « elles fabriquaient des poupées » ; « ses
lement ces derniers ne sont pas fondés.
frères et elle »/« sa mère, sa sœur, les cousines ».
Le narrateur met l’accent sur ces oppositions car,
dès l’incipit, il met en lumière le personnage prin- 
Étude de la conférence (document 2)
cipal de sa nouvelle, la jeune fille qui court, qui
est différente des autres filles, qui n’appartient 3. Selon Mauriac, la femme est faite pour être
pas au monde féminin mais qui côtoie le monde mère et non pour être cultivée et être en concur-
masculin, celui de ses frères. Elle n’a pas les acti- rence avec l’homme sur le plan intellectuel.
vités féminines attendues : elle court, tire les 4. La femme est destinée à être une mère, c’est-
oiseaux à la fronde… Elle est différente. à-dire « créer des hommes », les « porter » et « les
nourrir ». Cette opinion est très orientée ; Mau-
2. Les stéréotypes de la femme sont mis en
riac, bien qu’il soit cultivé et savant, considère
valeur :
la femme comme les hommes de son époque, à
– les filles jouent à la poupée, « elles fabriquaient
savoir, une mère et non une femme.
des poupées qu’elles maquillaient comme des
femmes… » ; 5. Vis-à-vis de la culture, les garçons et les filles
– les femmes se maquillent, sont coquettes ; ne sont pas tout à fait égaux ; voici les arguments
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

– « une fille doit savoir tenir une maison debout, de Mauriac :


comme sa mère… » ; – « elle n’aborde pas la culture faute de pouvoir
– « une fille qui court n’est plus une fille » ; suivre sa vocation naturelle » ;
– elle doit trouver un mari ; – « elle me semble avoir moins de chance que son
– une fille doit cacher son corps : « tu es grande camarade masculin de s’y adonner avec désinté-
maintenant, tu ne peux plus courir comme ça ressement et de l’aimer pour elle-même » ;
dans les rues, les jambes nues » ; – pour la fille, « la vie de l’esprit ne s’impose pas
– le père est le chef de famille : « ton père ne veut avec la même force » ;
plus ». – « elle s’y adonne faute de mieux ».
Le but est de souligner combien ces stéréotypes Mauriac souligne une « vocation naturelle » de la
sont présents dans la famille, dans le village, femme : la nature serait celle qui décide pour elle,
dans la ville, en bref partout. L’auteur met en la femme est destinée à procréer, à élever ses
lumière ces idées toutes faites stupides et qui enfants, à s’occuper des autres.

Objet d’étude 2 - Au XXe siècle, l’homme et son rapport au monde, à travers la littérature et les autres arts • 75
« FÉMININ » ET « MASCULIN » : VERS DE NOUVEAUX RÔLES ?


Étude des premières de couverture (document 3)
6. Ces livres sont destinés aux jeunes enfants et aux adolescents. La répartition des rôles entre filles
et garçons est nette :

Filles Garçons
Première de Chloé joue à faire le ménage Le camion de Léon
couverture pour Couverture ornée de fleurs et de couleurs Couverture ornée de boulons et d’écrous,
les jeunes enfants dites féminines (rose, orange) des couleurs dites masculines (rouge, bleu)
Collection « p’tite fille ». Collection « p’tit garçon ».
Petite fille blonde avec des nattes, Petit garçon en uniforme de pompier, faisant
coquette, heureuse de repasser, avec un clin d’œil au lecteur, dans un superbe
tous les accessoires nécessaires au camion de pompier avec grande échelle,
ménage. tuyaux, gyrophare…
Les rôles des filles : dès son jeune âge, la Les rôles des garçons : le goût pour la
fille est destinée au foyer et est heureuse mécanique, les voitures et les camions,
ainsi. l’homme sauveteur, courageux…
Première de Le roman des filles Perçy Jackson le voleur de foudre
couverture pour Sous-titre : « confidences, sms et prince L’illustration présente un jeune homme de
les adolescents charmant ! » profil tenant un éclair dans sa main et
L’illustration met en scène deux jeunes semblant sortir de l’eau, aspect fantastique
filles en ombre sur fond rose ; ces et invincible.
silhouettes sont coquettes : sac à main, Le jeune homme a les cheveux courts et
bottines, leggins, robe, cheveux longs, porte un tee-shirt bleu.
longues jambes fines. Le fond choisi est à dominante bleue.
Les rôles des filles : les filles croient au Les rôles des garçons : la force, la
prince charmant, parlent beaucoup, domination, le courage.
aiment l’amour et la mode.

Écriture et oral Sebbar, les autres participent à rendre vivant ces


clichés sur les femmes et les hommes. On ne
7. D’après ces documents, filles et garçons appar- mélange pas le monde des garçons et le monde
tiennent à deux mondes séparés, voire opposés. des filles, la littérature de jeunesse le montre
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

En effet, l’ensemble de la séance montre que les bien, on peut se demander comment ensuite
stéréotypes sont toujours présents et persistent. combattre ces clichés s’ils sont montrés dès la
Certains semblent les combattre, comme Leïla plus tendre enfance ?

76
Interrogation 1

2. Peut-on éviter la « fabrique sociale »


des filles et des garçons ? pages 82-83 du manuel

Lecture 5. « C’est l’ensemble de la civilisation qui élabore


ce produit intermédiaire entre le mâle et le cas-

Étude du premier essai (document 1) trat qu’on qualifie de féminin. » Simone de Beau-
voir explique bien que cette différenciation n’est
1. Le thème de ce texte est le rôle du jeu de pou-
pas innée, que les garçons et les filles ont les
pée chez le petit garçon.
mêmes qualités, les mêmes intérêts, que seule
La thèse de Bettelheim est que le garçon peut et
la société est responsable.
même doit avoir les mêmes jeux que la fille, « il est
fort regrettable que les garçons aient rarement
l’occasion de jouer à la poupée et soient encore 
Étudier les images (document 3)
plus rarement incités à le faire ». Le jeu de poupée 6. Billy Elliot de Stephen Daldry : Billy est un enfant
pour le petit garçon est « une occasion inestimable de douze ans en 1984. Il vit dans une ville minière
d’enrichir sa vie ludique ». au Nord-Est de l’Angleterre, avec son père, son
2. Selon l’auteur, la poupée convient aux deux grand frère et sa grand-mère. Sa mère est décé-
sexes, car elle permet de maîtriser certains dée. Son père et son frère sont mineurs de fond,
apprentissages, comme « la propreté, l’alimen- comme tous les hommes de la région. Billy va à
tation… ». Quand « un petit garçon entoure de l’école et prend des cours de boxe après la classe.
soins une poupée, il se prépare certainement à Son père l’y pousse, croyant qu’une réussite dans
sa future vie de père ». ce domaine les sortira de l’embarras financier
Le jeu de poupée permet de régler des problèmes dans lequel ils sont. Mais la boxe ne lui plaît pas
liés au passé, au présent et à l’avenir. et il préférerait faire de la danse comme les filles
Ce psychanalyste donne un point de vue nouveau à l’autre bout du gymnase. Alors, en secret, il va
pour son époque, il bouscule les préjugés, un à la danse plutôt qu’à la boxe. Il a du talent et son
garçon peut et doit jouer à la poupée sans que professeur, Mme Wilkinson, le pousse à pour-
cela soit une atteinte à sa virilité ! suivre dans cette voie et à tenter d’entrer dans une
école de danse renommée. Ceci nécessite natu-

Étude du second essai (document 2) rellement de révéler la vérité au père qui a, par
ailleurs, d’autres soucis, la mine étant menacée
3. La femme n’est pas destinée à être femme, elle de fermeture par le gouvernement de Margaret
devient femme par la société.
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

Thatcher, comme toutes les autres mines d’Angle-


4. Des exemples issus de la vie quotidienne illus- terre. Le père renonce finalement à faire grève pour
trent la phrase « On ne naît pas femme : on le payer les dépenses pour Billy, il accepte de voir
devient » : son fils tenter d’avoir un avenir meilleur par la
– l’éducation modèle l’enfant : les filles s’occu- danse, malgré ses préjugés.
pent du foyer, ont des enfants ; les garçons s’in-
téressent au bricolage, à la mécanique ; Million dollar baby, de Clint Eastwood : autrefois
– les vêtements : les femmes portent des robes, entraîneur de boxe réputé, Frankie dirige une petite
des jupes, des chaussures à talons ; salle de boxe régionale avec son meilleur ami, un
– les couleurs : les femmes préfèrent le rose ; ancien boxeur nommé Scrap. Leur quotidien est
– les jouets : les petites filles jouent à la poupée, bouleversé par l’arrivée d’une jeune boxeuse, Mag-
à la dinette, se déguisent en princesses, en fées : gie Fitzgerald. Frankie, réticent à l’idée de devenir
– les sports : les filles font de la danse… son entraîneur, accepte finalement de la prendre

Objet d’étude 2 - Au XXe siècle, l’homme et son rapport au monde, à travers la littérature et les autres arts • 77
« FÉMININ » ET « MASCULIN » : VERS DE NOUVEAUX RÔLES ?

en charge. Il en fait une combattante célèbre et Écriture et oral


organise un combat à Las Vegas contre Billie
« L’Ourse bleue », pour le titre de championne du 7. Dans la vie quotidienne, plusieurs exemples
monde. Durant ce match, elle est victime d’un coup illustrent la phrase « On ne naît pas garçon, on
illégal de son adversaire après la fin d’un round et le devient » :
chute accidentellement sur le tabouret que lui tend – jeu : voitures, camions, cow-boys et indiens,
son soigneur. Blessée à la moelle épinière, Maggie robots…
se retrouve tétraplégique et est condamnée à finir – activités : mécanique, moto, foot, rugby…
ses jours sur un lit d’hôpital. – couleurs : bleu, rouge
– peu de garçons cuisinent, participent au
Les deux affiches mettent en scène des rôles ménage,
inversés.
8. Il est difficile d’éviter la « fabrique sociale des
L’affiche de Million dollar baby montre une
filles et des garçons », car notre civilisation est
femme déterminée, au premier plan, en boxeuse,
établie fondamentalement sur une différencia-
et deux hommes au second plan. Le photo-
tion fille-garçon. Certains participent heureuse-
gramme lui illustre le côté masculin de cette
ment à nous montrer que les femmes et les
jeune fille, ses cheveux sont attachés, elle porte
hommes sont semblables et que les unes et les
les gants hargneusement, dans un monde
autres n’entrent pas forcément dans des rôles
d’hommes.
prédéfinis, comme Simone de Beauvoir ou encore
Pour Billy Elliot, on voit sur l’affiche un jeune gar-
les réalisateurs des deux films présentés.
çon au milieu de danseuses en tutus, habillé en
On acceptera toute réponse argumentée et, évi-
boxeur, son rêve de devenir danseur, contre l’avis
demment, conforme à la loi contre les discrimi-
de son père, dépasse tous les stéréotypes. Sport
nations (voir encadré « se documenter » page 91
souvent mal vu chez les hommes, la danse est la
du manuel).
passion de Billy. Sur le photogramme, il porte un
On peut consulter en complément, et pour illus-
tee-shirt bleu et un collant noir, et a déjà le port
trer le propos, un extrait de l’ouvrage d’Elena
de bras des danseurs ; il est seul au milieu d’un
Gianni Belotti, pédagogue féministe italienne, Du
monde de filles en tutus.
côté des petites filles (éditions des Femmes, 1994
[1974]), sur le site :
www.ses.ac-versailles.fr/extras/reserve/pages/
txt/alpha.htm
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78
Interrogation 1

3. L’orientation sexuelle : une liberté fondamentale ?


pages 84-85 du manuel

Lecture 5. La suite de questions et l’énumération de


nationalités permettent au lecteur de s’interroger

Étude du texte de la chanson sur ses propres positions. Elles lui permettent
(document 1) également de s’orienter vers une réponse : les
homosexuels sont des hommes et des femmes
1. Le thème de cette chanson est l’homosexualité
comme les autres.
et l’intolérance.
2. Le père réagit très mal à la réponse de son fils,

Étudier l’affiche (document 3)
il l’insulte : « petit con », il réagit violemment car
il ne veut pas d’homosexuel dans sa famille ; son 6. Cette affiche montre un nouveau-né qui porte
fils remet en cause le schéma traditionnel : « les un bracelet de naissance sur lequel est inscrit le
garçons avec les garçons / on voit ça que dans mot « homosexualité » ; elle cherche sans doute à
les feuilletons / pas sous le toit de ma maison ». prouver que l’homosexualité n’est pas une mala-
Il considère son fils comme un « débauché » et le die. Mettre en avant un bébé est une façon d’at-
met dehors. La persistance des idées concernant tendrir et d’attirer les gens, qui sont rarement
les homosexuels est visible ici. Pour le père, il effrayés par un nourrisson. La phrase « On ne choi-
s’agit d’une atteinte à la virilité et à l’image de la sit pas son orientation sexuelle » est un message
famille, à l’honneur. fort qui insiste sur le fait que l’hétérosexualité ou
L’image de cette famille explique aussi la réaction l’homosexualité ne sont pas des choix, mais des
du père, c’est lui le chef de famille, on voit bien faits, contre lesquels il n’y a pas à lutter.
que la mère est soumise : « elle souriait à Jean-
Louis / Comme pour lui dire : « Réponds-nous oui » 
Étudier l’enquête (document 4)
et qu’elle ne s’oppose pas au père ; sa seule réac-
tion est : « pleura madame Suzon », « Il regarda 7. La parole est donnée aux élèves. Il est évident
madame Suzon /Qui se mouchait dans un torchon qu’il faudra remarquer l’importance des vio-
/ Les yeux rouges comme des pucerons / Et puis lences contre les homosexuels, le fait que cela
il quitta la maison ». La mère ne dit pas un mot, se produise chez de très jeunes adolescents, le
seul le père parle, il domine la situation. peu de soutien et d’encadrement pour les vic-
times d’actes d’homophobie.
3. Le message implicite délivré ici est une invita-
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

tion à réfléchir à l’homosexualité : un fils hétéro-


sexuel ou homosexuel ne reste-t-il pas un fils ?
Jeanne Chéral a voulu montrer que des préjugés Écriture et oral
sur une sexualité peuvent détruire une famille.
8. L’orientation sexuelle est une liberté fonda-
mentale, chacun doit être libre de pouvoir choisir

Étude de l’essai (document 3)
sa sexualité sans être victime ensuite de repré-
4. Les comparaisons « comme l’agoraphobie » et sailles, d’insultes… Il semble, compte tenu des
« comme l’arachnophobie » semblent appuyer le statistiques, que l’homosexualité est encore
fait que l’homosexualité est vue comme une taboue, et que tout ce qui est différent fait peur.
maladie ; le suffixe « phobie » montre que cette Désormais, il faut faire preuve de tolérance, c’est
sexualité fait peur, comme on peut avoir peur des ce que nous invite à faire Jeanne Chéral, par
araignées ou de la foule. exemple.

Objet d’étude 2 - Au XXe siècle, l’homme et son rapport au monde, à travers la littérature et les autres arts • 79
SÉQUENCE B « FÉMININ » ET « MASCULIN » : VERS DE NOUVEAUX RÔLES ?

ÉVALUATION S’entraîner au Bac Pro


pages 86-87 du manuel

Évaluation pourtant, beaucoup ne croient plus » : les


hommes n’ont pas su se défendre des clichés qui
des compétences de lecture circulent ; l’homme est fort, l’homme ne pleure
12 points pas, l’homme est musclé, l’homme est coura-
geux… Ils n’ont pas évolué sur ce plan et ne sem-

Document 1 blent pas chercher à sortir de cet « éternel
1. (1 point) Titre : on pourrait, par exemple, masculin », pourtant bien souvent dépassé.
proposer « Elle et Lui ». 5. (2 points) « L’éternel masculin » représente
2. (2 points) Élisabeth Badinter explique la les images canoniques, les clichés véhiculés par
réflexion qui naît sur les rapports entre les sexes les images ou les textes : l’homme est supérieur
par l’histoire : « il faut remonter deux siècles en à la femme, il ne montre pas ses sentiments, il
arrière » (l. 7) pour comprendre ce rapport ; en ne pleure pas, il est courageux, sait bricoler, c’est
effet, selon l’auteur, c’est la naissance des démo- un aventurier, un protecteur…
craties qui a imposé l’égalité et combattu pour
« mettre fin aux systèmes de pouvoir fondés sur 
Document 3
l’idée une hiérarchie naturelle entre les êtres
6. (2 points) Cette affiche pour la marque Eram
humains ».
(magasin de chaussures) inverse texte et image.
3. (3 points) Les majuscules attribuées à « Elle » En effet, le slogan des associations de défense
et à « Lui » renvoient à la Femme et à l’Homme en des animaux « aucun animal n’a été maltraité
général, c’est-à-dire la Femme représentante de pour cette publicité » a été détourné et est ici
toutes les femmes dans le passé, celle qui donne appliqué aux femmes. De même, on attendrait
la vie et s’occupe de son foyer, et l’Homme repré- un modèle féminin pour vanter les chaussures,
sentant les hommes en général, qui dans le passé mais le « corps de femme » a été remplacé par
avait un rôle de protecteur, de conquérant et de une autruche : femmes et autruches seraient-
guerrier. elles interchangeables ?
On pourra consulter sur Internet les deux autres

Document 2 publicités de cette campagne d’Eram :
• http://www.suite101.fr/view_image_articles.
4. (2 points) Le texte oppose les hommes et les cfm/136929 : cette affiche met en scène une
femmes grâce à la conjonction de coordination chaise qui porte des escarpins. Ici encore, nous
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

« mais » : sommes dans le décalage total.


« Les femmes ont conquis le droit de s’échapper • http://www.suite101.fr/view_image_articles.
du carcan de l’archétype traditionnel et même de cfm/136926 : cette affiche représente un homme
le casser » : les femmes refusent d’apparaître posant nu, portant aux pieds des escarpins des-
comme des stéréotypes de la femme ménagère, sinés par le styliste Alexandre Matthieu ; on
de la femme fatale, de la femme superficielle, de notera le sexisme « inversé » (par rapport aux
la femme faible… Elles ont avancé en luttant pour exemples les plus fréquents de sexisme qui
se libérer des clichés dans lesquels elles étaient concernent surtout les femmes) de cette affiche.
enfermées.
« Mais les hommes, qui ne se sont jamais révoltés
collectivement contre le prototype pesant de
l’éternel masculin, restent confusément, intime-
ment, profondément arrimés à un modèle auquel,

80
Interrogation 1

Évaluation
des compétences d’écriture
8 points
7a. Critères d’évaluation :
7a. Critères d’évaluation : – sujet compris (2 points),
– sujet compris, réponse cohérence (2 points), – longueur respectée (1 point),
– devoir construit : présence d’une introduction, – devoir construit : présence d’introduction, de
d’une conclusion, de paragraphes (1 point), conclusion, de paragraphes (1 point),
– utilisation pertinente des documents de la – utilisation pertinente des documents de la
séquence et des débats ou opinions (1 point), séquence et des débats ou opinions (1 point),
– présence d’exemples et d’arguments perti- – présence d’exemples et d’arguments perti-
nents et cohérents (2 points), nents et cohérents (1 point),
– plaisir de la lecture (1 point), – plaisir de la lecture (1 point),
– langue (1 point). – langue (1 point).
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

Objet d’étude 2 - Au XXe siècle, l’homme et son rapport au monde, à travers la littérature et les autres arts • 81
Objet d’étude X
Interrogation 1 En quoi le XXe siècle a-t-il modelé l’homme moderne ?

Xxxxxxxxxxxxxxx Pages xx à xx du manue


manuel

ACTIVITÉS ET RECHERCHES page 88 du manuel

Séquence AE Les sites proposés en réponse à la dernière ques-


tion page 77 du manuel pourront faciliter la
DIFFÉRENTES VOIESE
seconde partie de l’activité.
POUR UN MÊME ENGAGEMENT ?E
1b. On peut citer, entre autres, Pearl Harbor (M.
1a. Apocalypse Now : le capitaine Willard, durant
Bay, 2001), La Chute du faucon noir (R. Scott,
la guerre du Vietnam, est chargé de retrouver et
2001), Fair Game (D. Liman, 2010), La Ligne rouge
d’exécuter le colonel Kurtz, déserteur aux
(T. Malick, 1998).
méthodes sanguinaires. Au cours du voyage qu’il
effectue pour retrouver Kurtz, Willard découvre
au cœur de la jungle les horreurs de cette guerre.
Ce film, de Francis Ford Coppola, tiré du roman
de Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres, a été 2 Tapez « chanson engagée » sur un moteur de
Palme d’or du Festival de Cannes en 1979 et a recherche et lisez le texte des chansons propo-
reçu deux Oscar en 1980. Il a fait l’objet d’un nou- sées. Choisissez-en une et présentez-la à la
veau montage en 2001. classe. Des pistes de réponse ont été énoncées
lors de la correction de la question 7 page 75 du
Full Metal Jacket : la première partie du film se manuel.
déroule dans un camp d’entraînement en Caro-
line, où un jeune engagé, J.T. Davis, va essayer de
protéger une recrue, Leonard Lawrence, en butte Séquence BE
aux sévices d’un instructeur brutal, le sergent
« FÉMININ » ET « MASCULIN » :E
Hartman. Dans la seconde partie, nous suivons
J.T. Davis, journaliste militaire au Vietnam, lors de
VERS DE NOUVEAUX RÔLES ?E
l’offensive du Têt. Davis va découvrir la violence 1 Les stéréotypes lexicaux concernant les per-
de la guerre et ses effets dévastateurs. sonnages féminins et masculins : le sexe fort, le
Film britanno-américain, adapté du roman de sexe faible, une femmelette, une poule mouillée,
Gustav Hasford, Merdier, Full Metal Hacket a été le masculin l’emporte sur le féminin, une femme-
réalisé par Stanley Kubrick, en 1987. objet… Le lexique lui-même crée des stéréotypes,
on pourrait citer le nom de certains métiers qui
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

Platoon : jeune engagé, Chris Taylor, affecté dans


la 25e division d’infanterie, découvre la réalité ne varient pas en genre : sage-femme, femme de
quotidienne de la guerre faite de violences et ménage, pompier, plombier, par exemple.
d’exactions. Un village, perdu dans la jungle, va 2 De nombreuses publicités sont sexistes, elles
subir l’assaut de la section à laquelle appartient concernent surtout les femmes, mais aussi les
Taylor. Mais le film illustre essentiellement le hommes. Les élèves peuvent par la suite faire
combat entre la force brutale utilisée par certains une recherche dans des magazines, ce type de
militaires et la conscience morale que possèdent publicités est encore très présent.
encore certains autres pourtant dépourvus d’il- Les élèves pourront également consulter les sites
lusions sur l’issue de cette guerre. suivants :
Réalisé en 1986 par Oliver Stone, Platoon (« pelo- http://www.lexpress.fr/actualite/economie/ces-
ton » ou « section » en anglais), se déroule pendant pubs-qui-font-hurler-les feministes_824371.
la guerre du Vietnam. Le film a reçu deux Oscar. html

82
Interrogation 1

h t t p : // m a n o n - c - s p c o m 0 9 . b l o g s p o t . fille, contribue largement à entretenir les inégali-


com/2009/12/discrimation-dans-la-pub-publi- tés filles/garçons. C’est donc aux adultes de mon-
cites.html ht tp://w w w.adver tising times. trer l’exemple, sans imposer de restriction aucune
fr/2010/07/le-sexisme-dans-la-publicite-en-45. dans les jouets destinés aux enfants.
html
4 Van Gogh, Manet ou encore Renoir ont peint de
En complément, il leur suffira de taper sur un
nombreux portraits. « Au début du XIXe siècle,
moteur de recherches les mots clés « discrimina-
tous les grands peintres font des portraits, quels
tion dans la publicité », « publicités sexistes »,
que soient leur style ou leurs thèmes favoris. […]
pour trouver de la documentation sur Internet.
Le genre devient un prétexte, un moyen comme
3 Le texte d’Elena Gianini Belotti montre qu’avant un autre de déterminer l’attitude du peintre vis-
l’âge de trois ans filles et garçons jouent avec les à-vis du monde réel, de la société et de l’art. C’est
mêmes jouets, sans distinction de sexe. À partir que la photographie permet dorénavant d’enre-
de trois ans, les enfants « ont appris à demander gistrer une image fidèle du sujet et bouleverse
le “bon jouet”, conscients que le “mauvais” leur profondément l’art de la figuration. » (RMN, Pein-
sera refusé ». Un petit garçon ne comprendra donc ture, le portrait, http://www.rmn.fr)
pas qu’une petite fille joue avec des jeux de
5 Expression personnelle des élèves.
construction, par exemple. En posant des inter-
dictions aux enfants, une maman qui explique à 6 Les élèves peuvent consulter le site :
son petit garçon que faire la lessive est un truc de www.fondationemergence.org
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

Objet d’étude 2 - Au XXe siècle, l’homme et son rapport au monde, à travers la littérature et les autres arts • 83
Histoire des arts page 89 du manuel

Thématique : « arts, mémoires, témoignages, engagements »

Jean-Michel Basquiat, Slave Auction (Marché aux esclaves), 1982.


Collage de papiers froissés, pastel gras et peinture acrylique sur toile, 1,83 x 3,05 m.
Musée national d’art moderne, Centre Pompidou, Paris.

Les œuvres de Jean-Michel Basquiat (1960-1988) ont été exposées au Musée d’Art moderne
de la ville de Paris du 15 octobre 2010 au 30 janvier 2011 ; en effet, Basquiat est aujourd’hui
considéré par tous comme un des très grands artistes de la fin du XXe siècle.
Le choix de cette toile vise à mettre en évidence l’engagement de Basquiat, artiste américain,
né d’un père haïtien et d’une mère portoricaine.

Première impression de formes, de couleurs, de matériaux (acrylique,


pastel gras, papiers collés).
1 On n’attend rien de précis comme réponse : la
question permet aux élèves de marquer leur réac- 3 Les visages qui apparaissent sur les fonds car-
tion (qui peut être de surprise, d’étonnement, de rés représentent, de toute évidence, les esclaves
critique…). Certains d’entre eux ne manqueront noirs. Basquiat veut évoquer l’histoire du peuple
pas d’observer que cette peinture est digne d’un noir en trois temps, de gauche à droite, qui cor-
enfant, qu’elle évoque un gribouillis… respondent aux trois temps du trafic de l’escla-
vage : le rassemblement sur le sol africain, la
traversée de l’océan puis la vente une fois arri-
Analyse du tableau vés. Le titre du tableau, Slave Auction, littérale-
2 La composition de la toile est assez complexe. ment « vente aux enchères d'esclaves », permet
Sur un fond bleu marine très soutenu, ou noir, qui de comprendre que Basquiat peint les différentes
unifie le tout, apparaissent des éléments très dis- étapes qui conduisent à cette vente.
tincts : des formes inscrites dans des carrés, des On peut donc se risquer à imaginer que ce qui
dessins, des lettres blanches, des signes gra- couronne le crâne blanc est une couronne
phiques, des papiers collés graffités. On distingue d’épines, symbole de la Passion du Christ, mais
de nombreux visages, une tête de mort surmontée également des souffrances endurées par les Afri-
d’une couronne, un personnage en noir qui lève cains déportés.
les bras, un bateau à voile sommairement 4 Le personnage en noir (allure officielle avec
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

esquissé ; le fond sombre n’est tranché que par son chapeau strict) aux grands yeux vides peut
deux à-plats orange, des traits blancs pour cer- symboliser le commissaire-priseur qui lève les
tains contours (lettres ou personnage), quelques bras pour conduire les enchères ; il est environné
à-plats blancs, un bleu décliné sous deux teintes des multiples esclaves offerts à la vente (ils sont
(ciel et plus proche du cyan), et deux taches rouges tous inclus dans le même carré bleu).
dans la partie droite, en bas. Il faut ajouter la teinte
bistre des papiers collés, reprise pour la voile et la
coque du bateau, la couronne et certains traits de Mise en contexte
la tête de mort (yeux, dents). On peut également 5 Les lettres blanches en bas à droite renvoient
relever les bavures du bleu qui entoure le bateau au passé de graffeur de Basquiat (il signait alors
(ciel et mer ?) qui ajoutent du dynamisme à l’en- SAMO, acronyme de « Same old shit », qui peut se
semble. Il s’agit donc d’un assemblage composite traduire par « toujours la même merde »), mais

84
Interrogation 1

aussi aux consonnes du nom de Charlie Parker 6 Les dernières œuvres de Basquiat sont mar-
(PRK). En effet, Basquiat aimait beaucoup la quées par une invasion de l’écrit. On peut citer
musique de ce musicien de jazz, saxophoniste si Eroica I et II ou, encore plus frappant, Pegasus
aérien qu’il fut surnommé Bird (« l’oiseau ») ; il lui (1987, 223,5 x 228,5 cm), qui contient, sur
rend hommage dans plusieurs tableaux, particu- presque toute sa surface, une alternance de
lièrement dans Now’s the time en 1985, qui porte signes graphiques et de mots ou de lettres en
le nom d’une des compositions les plus célèbres noir sur fond blanc.
de Parker et représente un vinyl noir sur lequel 7 Pour la consigne d’écriture, il n’y a aucun cor-
figure en lettres blanches le nom de cette rigé type. Il est intéressant d’amener les élèves
composition. à se confronter à deux regards issus de deux
générations différentes sur un problème
douloureux.
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

Objet d’étude 2 - Au XXe siècle, l’homme et son rapport au monde, à travers la littérature et les autres arts • 85
Interrogation 2 Comment la lecture d’œuvres littéraires
permet-elle de s’interroger sur le rapport de l’homme au monde ?

COMMENT LES POÈTES DE LA NÉGRITUDE


SÉQUENCE A FONT-ILS ENTENDRE UNE VOIX NOUVELLE ?
pages 92-99 du manuel

Introduction au travail de la séquence

Portée par les étudiants antillais et africains, la notion de négritude


apparaît à la fin des années 1930 ; poètes et romanciers vont se montrer
soucieux de défendre leur identité culturelle. Ce combat va prendre de
l’ampleur avec les nouvelles revendications des peuples colonisés qui
aspirent à l’indépendance après avoir mesuré la fragilité du colonisateur.
Pour les trois fondateurs de ce mouvement, la négritude représentera
diverses acceptions : pour Damas, c’est le fait de défendre sa qualité de
Nègre ; pour Césaire, le fait d’être Noir et de le revendiquer pour gagner
en dignité ; pour Senghor, c’est l’enracinement dans la culture africaine,
voie de passage vers l’universel.
Ces artistes avaient été précédés par quelques précurseurs ; citons
par exemple W. E. B. Du Bois, un Américain qui s’exclame, en 1890 : « Je
suis nègre, et je me glorifie de ce nom ; je suis fier du sang noir qui coule
dans mes veines. »
Aimé Césaire (1913-2008) n’est pas seulement un poète dont le
Cahier d’un retour au pays natal (1938-1939) est l’œuvre la plus célèbre ;
c’est également un dramaturge et un essayiste. Il représente une voix
exceptionnelle dans la lutte envers le colonialisme, contre lequel il luttera
avec son fameux Discours sur le colonialisme (1950). C’est également un
homme politique qui assumera des mandats électifs (député de 1945 à
1993, maire de Fort-de-France jusqu’en 2001) et se signalera jusqu’à sa
mort par des prises de position dans la vie publique (il dénonce en 2005
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

la loi qui prétend vanter les aspects positifs de la colonisation). Avec


Alioune Diop, il participera au lancement de la revue et de la maison
d’édition Présence africaine.

86
Interrogation 2

1. Comment la poésie de la négritude naît-elle ?


pages 92-93 du manuel

Deux documents pour lancer la réflexion : la bande dessinée de Serge Diantantu résume, de
manière pédagogique, la naissance du mouvement ; nous y avons associé un extrait du Cahier
d’un retour au pays natal, œuvre maîtresse d’Aimé Césaire.

Lecture à son bon maître »). Il s’agit pour Césaire de prendre


ses distances avec le passé, de refuser le statut
 Étudier la BD (document 1) que tant de Noirs ont subi et accepté.
1. Serge Diantantu donne la parole à Aimé Césaire 5. La « vieille négritude » est représentée par le
(le titre de la planche nous l’indique : La négritude. « grand-père », terme générique qui représente les
D’après Aimé Césaire). La planche est organisée en noirs soumis à leur destin. Par opposition, le poète
trois temps : une définition, la relation d’une apos- appelle à une prise de conscience et à de nou-
trophe raciste, la réaction de celui qui la subit. Il veaux comportements. Il se réjouit de l’émancipa-
s’agit dès lors de « retourner » le terme injurieux. tion à venir qu’il décrit de manière dynamique : le
Césaire apparaît très déterminé et très réactif. mouvement est amorcé (« progressivement »,
« craque et résonne », « ronge les boyaux »…), c’est
2. Césaire évoque ses amis Senghor et Damas,
la mort d’un monde qu’il anticipe. L’espoir s’ex-
auxquels il propose de fonder un journal, L’Étu-
prime par les exclamations de joie (« hurrah ! ») par
diant noir ; Senghor suggère de le nommer Les
la métaphore filée de l’horizon (« se défait »,
Étudiants nègres. Il s’agit pour tous trois de
« recule et s’élargit »), ainsi que par celle du ventre
répondre à une provocation par un concept, celui
du bateau dont la cargaison se révolte.
de négritude.

 Étudier le poème (document 2)  Mettre en relation les documents


3. Césaire présente le « bon nègre » comme « un 6. Ce travail de recherche lexicale dépend, natu-
bon nègre à son bon maître », autrement dit comme rellement, des termes que les élèves associeront
un couple indissoluble maître/esclave. Pour preuve à négritude. Le but de l’activité consiste à leur
de cette aliénation, il énumère toutes les idées que faire remarquer la valeur de certains suffixes et
ce grand-père avait faites siennes : la certitude à réfléchir au néologisme négritude. Si on fait le
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

d’être le jouet de la fatalité, la conviction de son parallèle avec francité quelle nuance obtient-on ?
impuissance, la croyance en son indignité. Il ne On fera en sorte de répertorier, avec les nuances
cherche jamais à accomplir d’autres actions que de sens, les suffi xes des mots abstraits (par
celles que lui impose son maître : « houer », « fouir », exemple en -itude, -ité, -sion ou -tion).
« couper la canne ». Le superlatif « très bon », par-
ticulièrement repris en anaphore, produit un effet
ironique. Écriture et oral
4. Les anaphores structurent le poème en strophes. 7. Il s’agit de récapituler les éléments relevés tour
On trouve « C’était un très bon nègre » à 3 reprises à tour dans chacun des documents présentés,
(vers 7, 14, 17), mais des variantes circulent dès le depuis l’anecdote narrée par la bande dessinée,
vers 3 : « c’était un bon nègre » repris au vers 4 et jusqu’aux explications plus historiques qu’elle
décliné deux fois (« vrai bon nègre, vrai bon nègre fournit sur les fondateurs de ce mouvement. Il

Objet d’étude 2 - Au XXe siècle, l’homme et son rapport au monde, à travers la littérature et les autres arts • 87
COMMENT LES POÈTES DE LA NÉGRITUDE FONT-ILS ENTENDRE UNE VOIX NOUVELLE ?

s’avère ensuite nécessaire de définir ce que Le poète met à distance la posture soumise à
Césaire critique sous le vocable de « vieille négri- laquelle tant de ses ancêtres ont été contraints,
tude » et de comprendre ce qu’il rejette dans le il revendique la capacité à maîtriser son destin,
mot de nègre et ce qu’il reprend à son compte. à mener toutes les investigations qu’il lui plaira.

2. La négritude :
une arme pour quelles revendications ? pages 94-95 du manuel

Après Césaire, voici deux poèmes des fondateurs du mouvement de la négritude : le premier,
signé de Léopold Sédar Senghor (né au Sénégal en 1906) est dédié à Léon-Gontran Damas
(né en Guyane en 1912) et le second est de Damas lui-même. Les deux hommes se sont retrou-
vés à Paris où ils étaient venus suivre des études supérieures. S’y ajoute un document icono-
graphique qui représente la couverture d’un CD américain contenant des poèmes lus de Damas.
Ce détour par les États-Unis peut permettre de souligner l’intérêt que représentent les textes
de Damas pour le continent américain, ainsi que la valeur universelle de ses propos.
Léopold Sédar Senghor n’est pas seulement un poète, c’est également un homme politique
qui sera président du Sénégal de 1960 à 1980, tout comme Damas, qui sera élu député de
Guyane en 1948.
À partir de sa fondation en 1947, les deux hommes vont collaborer, sous l’impulsion d’Alioune
Diop, à la revue Présence africaine, qui sera également le nom d’une maison d’édition.

Lecture leur frère d’armes, frère de sang : comme eux, il


a été mobilisé, comme eux, il connaîtra des
 Étudier le premier poème (document 1) conditions de détention affreuses en raison de
la couleur de sa peau.
Le recueil de poèmes de Senghor Hosties noires
paraît en 1948 ; le poète y retrace son expérience 2. Le poète fait allusion à la Seconde Guerre mon-
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

douloureuse de la guerre et des camps de travail diale au cours de laquelle il a été mobilisé. Il choi-
(il est mobilisé en 1939, est fait prisonnier par les sit de chanter les Tirailleurs Sénégalais pour en
Allemands et passe ensuite deux années en camp faire l’éloge (« les louanges », « honneur »,
de travail). Cet épisode renvoie au statut particu- « héros », « noblesse nouvelle »), pour rappeler
lier que les nazis avaient réservé aux prisonniers leur courage car ils sont morts au champ d’hon-
africains : ils étaient détenus dans des camps spé- neur. Il refuse que leur trépas ait lieu de manière
cifiques, sur le territoire français, dans des condi- furtive (« vous enterrer furtivement »), il se veut
tions abominables et en butte aux violences « bouche » et « trompette » du peuple noir.
racistes. On pourra consulter Noirs dans les camps
3. L’évocation d’un rire Banania renvoie à la
nazis de Serge Bilé (Éditions du Rocher, 2005).
marque de chocolat en poudre du même nom. Un
1. Senghor s’adresse aux Tirailleurs Sénégalais, bref coup d’œil à l’image publicitaire de la marque
ses « frères noirs » ; il veut les chanter car il est indique clairement qu’elle repose sur des stéréo-

88
Interrogation 2

types racistes : un tirailleur sénégalais en train de 6. Le poème, remarquable par la brièveté de ses
goûter la boisson s’exclame « Y’a bon Banania ! ». vers, est formé de 4 strophes de 6 / 4 / 6 / 19 vers.
Outre le fait qu’il est représenté avec un sourire Il commence par un rythme régulier formé d’une
éblouissant (les Noirs seraient de grands enfants suite de vers anaphoriques de trois syllabes,
joyeux, selon un stéréotype raciste véhiculé par rompu par le début de la question : « Qu’atten-
le colonialisme), il ne maîtrise que très imparfai- dons-nous » qui initie une longue phrase au
tement la langue française puisqu’il s’exprime rythme heurté. Les trois premières strophes s’or-
avec une syntaxe approximative (autre cliché sur ganisent autour d’un constat : les Nègres ont peu
l’incapacité à parler correctement le français). Ces de poids dans la société. Les rimes gueux/peu,
publicités étaient placardées sous forme d’af- rien/chiens, maigres/Nègres l’attestent. Constat
fiche sur les murs, ce qui explique la synecdoque brutal suivi d’une strophe qui interrompt l’énu-
déchirerait les rires. Le poète signifie sa colère mération. La strophe 3 reprend, en refrain, la
devant une représentation aussi caricaturale de strophe 1 tandis que la strophe 4 comporte à
ses frères noirs, ainsi que son intention de lutter nouveau, à deux reprises, ce refrain une première
contre de telles images dévalorisantes. fois sans le pronom « nous » et une seconde fois
en ajoutant la préposition « à ». Ces variations
4. Senghor évoque différentes écoles de poésie
introduisent de la diversité dans l’insistance du
dans cette strophe ; on peut peut-être identifier,
poète qui conclut trois strophes par le mot
sous les traits d’ironie, certains courants : le
« nègres ». On ressent ici la violence du ressenti-
« désespoir distingué » pourrait représenter la
ment de Damas à l’égard de tous ceux qui ont fait
poésie romantique ; on peut penser également
aux Noirs une vie « stupide et bête ».
aux Paradis artificiels ainsi qu’aux Fleurs du mal
de Baudelaire avec cette référence aux « fleurs 7. Dans la dernière strophe, Damas appelle ses
artificielles ». frères à « jouer aux fous », « pisser un coup »,
Le nom de Montparnasse évoque le lieu de ren- c’est-à-dire à vivre enfin librement, en refusant
contre privilégié des avant-gardes picturales et l’aliénation d’un monde raciste.
littéraires du début du XXe siècle, nom auquel on
peut associer ceux d’Apollinaire, Max Jacob,
 Étudier l’image (document 3)
Cocteau…
Senghor affirme que le poète noir doit être mili- 8. La couverture du CD représente un masque
tant : il est « la bouche et la trompette » du peuple, africain : il est l’emblème d’une culture que reven-
il en est le héraut. dique Damas, un des fondateurs de la
négritude.

 Étudier le deuxième poème


Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

(document 2)
Black-Label paraît en 1956 ; Damas y exprime la Écriture et oral
douleur que provoque le souvenir de l’esclavage
9. La question posée en début de séance appelle
tout en revendiquant sa négritude.
plusieurs réponses : outre la reconnaissance
5. Impossible ici de préciser les attentes : l’élève d’une culture, les chantres de la négritude récla-
trouve l’occasion d’exprimer ce qu’il ressent (sur- ment un traitement digne, la fin des discrimina-
prise, émotion, colère…) et d’échanger avec ses tions, ils appellent leurs frères à se révolter
camarades. contre l’oppression.

Objet d’étude 2 - Au XXe siècle, l’homme et son rapport au monde, à travers la littérature et les autres arts • 89
COMMENT LES POÈTES DE LA NÉGRITUDE FONT-ILS ENTENDRE UNE VOIX NOUVELLE ?

3. Le poète se fait-il ici « phare » ou « miroir » ?


pages 96-97 du manuel

Cette troisième séance porte en titre une référence aux propos tenus par Jean-Paul Sartre dans
Orphée noir : « Le noir qui appelle ses frères de couleur à prendre conscience d’eux-mêmes
[…] se veut phare et miroir ». Ce texte a paru dans l’Anthologie de la nouvelle poésie nègre et
malgache de langue française de Senghor, publiée en 1948. Sartre y vante le rôle du poète
noir offrant à ses frères l’image de leur négritude, il se fait relais de leurs revendications.
Le poème de Senghor, Chant pour Jackie Thompson, fait l’éloge, dans la tradition sérère, de
la championne de cent mètres américaine. En effet, ce peuple auquel appartient Senghor a
une longue tradition de louanges chantées.

Lecture  Étudier la préface (document 2)


5. On demande aux élèves de s’interroger sur la
 Étudier le poème (document 1) fonction du poète telle qu’elle est illustrée par
1. Le poème présente Jackie Thompson comme les différents poèmes : si Damas appelle à la
un être d’exception (elle fait partie de ceux qui révolte, si, comme Césaire il ressent durement la
sont précédés d’un superlatif : « les plus forts », souffrance de l’esclavage, il n’en va pas tout à
« les plus habiles », « les plus beaux »). Son éloge fait de même pour Senghor, plus intéressé par la
s’appuie sur des caractéristiques physiques culture africaine qu’il veut défendre. Lui aussi,
(« longues jambes d’olive », « souplesse cam- pourtant, souhaite réhabiliter ses frères, comme
brée », « proue de pirogue et sillage de cygne il le chante à propos des tirailleurs sénégalais.
noir », « grâce »), mais aussi morales (« sourire
mutin, si frais d’enfant », « sereine », « royale »).  Étudier l’image (document 3)
2. Le poète lance ce cri, à la fois mot d’ordre et 6. La couverture de la revue reprend le frontispice
nom d’un mouvement culturel, car il souhaite d’un recueil de Damas. On identifie une gravure
exprimer son enthousiasme devant la prouesse en deux temps : un costume qui emprisonne dans
de la sprinteuse. Elle incarne toutes les qualités un univers citadin étouffant et un homme nu se
de la beauté noire. libérant enfin d’un costume-carcan qui symbolise
sans nul doute la civilisation occidentale telle
3. Le poème s’articule autour de quelques opposi-
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

qu’elle a été imposée aux Africains. L’homme lève


tions (« olive » / « cygne », « noir » / « ébène » /
les bras au ciel pour marquer son enthousiasme
« Black » s’opposent à « poussière d’argent » /
et son soulagement d’avoir échappé à la prison
« albâtre »), qui se résolvent dans l’oxymore « cygne
que représente la culture occidentale, il se réjouit
noir » : l’athlète condense en elle toutes les quali-
de quitter un vêtement qui n’a pas été taillé pour
tés, qu’elles soient dévolues aux Noirs ou aux
lui.
Blancs.
4. Les comparaisons sont explicites : elles sont
empruntées aux végétaux comme aux animaux Écriture et oral
(liane, chamelle) pour souligner la ligne de la
jeune femme tout comme son allure. La méta- 7. Pour répondre à la question, les élèves peuvent
phore « tu ouvris tes ailes » souligne là encore la mettre en avant un des aspects, choisi par eux,
grâce, l’élégance et la légèreté de sa course. du poème de Senghor.

90
SÉQUENCE A COMMENT LES POÈTES DE LA NÉGRITUDE...

ÉVALUATION  S’entraîner au Bac Pro


pages 98-99 du manuel

Les documents rassemblés dans cette double inhumaines […] de leurs ancêtres respectifs ». Il
page se composent d’un extrait de Cahier d’un signifie par là que chacun a été aliéné dans le
retour au pas natal (dont un extrait a déjà été passé, que ce soit comme colon ou comme colo-
lu en séance 1), d’un court passage du fameux nisé, comme maître ou comme esclave. Il estime
texte de Frantz Fanon, Peaux noires, masques que la question ne se pose pas en terme de cou-
blancs et d’une affiche d’un spectacle de leur mais en terme d’humanité : c’est grâce à elle
théâtre, Palabre en négritude. que naîtra une « authentique communication ».


Documents 1 et 3
Évaluation 6. (1 point) Cette affiche du théâtre de l’Atrium
des compétences de lecture installé à Fort-de-France, en Martinique, informe
d’un spectacle « autour d’Aimé Césaire ». On peut
10 points supposer qu’une partie des textes de cet auteur
Document 1 sera lue. On trouve rassemblées, dans le titre du
spectacle, deux notions : la palabre, la négritude.
1. (2 points) Il n’y a pas de proposition idéale : Le mot de palabre nécessite quelques explica-
les élèves sont invités à associer une impression tions : il fait référence à une coutume africaine
dominante à une première lecture ; il leur est seu- de rencontre qui sert à maintenir ou créer le lien
lement demandé de justifier leur choix. social et qui concerne toute la communauté. La
2. (1 point) L’alternance de ces anaphores sou- palabre se tient fréquemment sous l’arbre à
ligne les différences technologiques (« ni la palabres ou dans une case spécifique, on peut y
poudre, ni la boussole », « ni l’électricité ») entre régler les conflits entre villageois. Le mot de
deux cultures, en insistant sur les conséquences négritude fait bien évidemment référence au
pour les Africains (« asservissement », « accultu- concept défendu par Césaire et ses amis.
ration », « aliénation »). Les deux séquences sont On voit sur l’affiche un grand arbre qui évoque le
séparées par l’adversatif « mais », qui souligne la « Kaïlcédrat royal » de la dernière strophe ; le sol
souffrance subie. rouge fait penser à « la chair rouge du sol » de
l’avant-dernière strophe.
3. (2 points) Césaire commence par définir sa
négritude par défaut ; il inventorie ce qu’elle n’est
pas au moyen de métaphores (« pas une taie
d’eau morte sur l’œil mort de la terre […] ni une Évaluation
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

tour ni une cathédrale »), avant de la définir de des compétences d’écriture


manière dynamique : elle est une suite d’actions
10 points
(« plonge », « plonge », « troue ») qui convoquent
la terre et le ciel (« la chair rouge du sol […] chair 7. Il s’agit ici de faire une synthèse des différents
ardente du ciel »). aspects abordés dans la séquence tout en invi-
tant l’élève à opérer un choix parmi les poèmes
Document 2 étudiés et à le justifier.
4. (2 points) La phrase qui semble contenir le
8. Le travail porte plus particulièrement sur la
sens de ce poème : « Que cesse à jamais l’asser-
question posée en début de séquence et, si elle
vissement de l’homme par l’homme. »
nécessite de récapituler les différents points
5. (2 points) La désaliénation consiste, pour abordés dans chaque séance, elle n’exige pas
Fanon, à s’écarter, blanc comme noir, des « voix que l’élève s’implique personnellement.

Objet d’étude 2 - Au XXe siècle, l’homme et son rapport au monde, à travers la littérature et les autres arts • 91
Interrogation 2 Comment la lecture d’œuvres littéraires
permet-elle de s’interroger sur le rapport de l’homme au monde ?

LA PESTE, DE CAMUS : FLÉAU MYTHIQUE


SÉQUENCE B ET SYMBOLIQUE ? pages 100-107 du manuel

Introduction au travail de la séquence

La Peste, d’Albert Camus, s’impose comme le grand roman de l’im-


médiate après-guerre, faisant allusion, de façon symbolique, à la défaite,
à l’Occupation et aux atrocités liées à celles-ci. Le fléau qui s’abat sur la
ville d’Oran permet au romancier de s’interroger sur « le rapport de
l’homme au monde » en abordant des thèmes récurrents de son univers :
la vie quotidienne, la solitude, l’étrangeté aux autres et à soi-même, la
beauté de la nature méditerranéenne, la présence de la mort, la quête
du bonheur, une réflexion tant existentielle que spirituelle. Le parcours
que nous proposons au travers différents passages significatifs de
l’œuvre met en évidence le cheminement de cette réflexion à la dimen-
sion tout à la fois individuelle et générale.

1. Comment le narrateur fait-il naître l’intérêt


du lecteur pour ce roman ? pages 100-101 du manuel

La séance 1 étudie l’incipit du roman, où il s’agit de voir de quelle manière ces premières lignes
répondent aux exigences d’information et de séduction d’un début de roman, avant de souli-
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

gner ce qu’il a d’original. L’atmosphère qui se dégage au travers de la description d’une ville
banale, laide et inhospitalière installe d’emblée le lecteur dans l’inconfort. La description se
charge progressivement d’une valeur symbolique de la rencontre du rat jusqu’au moment fatal
où le mot « peste » est prononcé : le drame qui se joue à Oran n’est pas différent de ceux qui
se jouent ailleurs et dans un autre temps.

Lecture une ville réelle, et non imaginaire, inscrit le récit


dans un univers concret. Le narrateur précise qu’il
 Étudier le premier extrait (document 1) s’agit d’une « ville ordinaire » et qu’elle n’est « rien
1. L’incipit du roman se présente, de prime abord, de plus qu’une préfecture française de la côte
de façon très traditionnelle : le cadre spatio-tem- algérienne ». Le professeur vérifiera les connais-
porel est fixé. Le choix de la ville d’Oran, qui est sances des élèves sur ce point historique essen-

92
Interrogation 2

tiel : l’Algérie française, au temps des colonies. La deux bandes noires qui l’enserrent et par son
date mentionnée, et qui est tronquée (« 194. »), sujet : des rats recouvrent – et peut-être s’y atta-
nous y reviendrons, confirme le statut « départe- quent – un chapeau d’homme. Un monde déshu-
mental » du pays. Si le récit s’étale sur dix mois, il manisé est ainsi évoqué. Les rats rappellent les
peut être compris entre 1940 et 1949, période grandes épidémies, le chapeau nous invite à
trouble et douloureuse ; on pourra faire émerger actualiser notre vision des épidémies.
des hypothèses sur le choix de l’auteur d’avoir
tronqué la date. La séance 2 consacrée à la portée
 Étudier le troisième extrait
historique du roman validera ces hypothèses : la
(document 4)
peste est un fléau, au même titre que la guerre, la
déportation, la menace nucléaire. La description 4. Le mot « fléau » est issu du latin flagellum, « le
peu flatteuse de la ville (« laide », « neutre ») s’op- fouet ». Le sens propre de ce terme désigne un
pose à l’adjectif « curieux événements ». La curio- instrument pour battre les céréales, composé de
sité du lecteur peut être aiguisée : en quoi, par deux bâtons liés bout à bout. C’est aussi une
quoi, cette ville ordinaire a-t-elle pu être secouée ? arme médiévale formée d’une boule hérissée de
pointes et reliée à une hampe par une draine. Par
dérivation métaphorique, le fléau désigne une
 Étudier le deuxième extrait calamité publique, telle que la guerre, les épidé-
(document 2) mies, etc. Au cours du récit, le sens premier du
2. Bernard Rieux est tout à la fois le premier per- mot sera repris par le père Paneloux qui évoque
sonnage du roman présenté et celui qui ren- « l’immense pièce de bois tournoyant au-dessus
contre, le premier, un rat mort. En tant que de la ville » (page 93), accompagnée de la men-
médecin, son sens de l’observation et de l’ana- tion d’un « bizarre sifflement » (page 98). Les
lyse doit être plus fin que la moyenne des gens. deux sens (physique et moral) sont convoqués
Le narrateur précise d’ailleurs que « la pensée lui tout au long du roman. Dans l’extrait, le fléau,
vint que ce rat n’était pas à sa place ». Même s’il c’est bien sûr la peste ; mais ce terme lui-même
ne réagit pas immédiatement, comme le mon- recouvre d’autres réalités qui se confirmeront
trera l’extrait 3, on peut d’ores et déjà supposer quelques pages plus loin : « Comment auraient-
que Rieux, en tant que médecin, sera vite ils pu penser à la peste qui supprime l’avenir, les
confronté au danger que représente ce rat mort, déplacements et les discussions ? »
danger annoncé dès le titre : la peste. Prévenir
5. Le jeu de mots repose sur la reprise du verbe
des dangers de l’épidémie, soigner les malades,
« passer » dans la phrase. Employé dans une
faire face aux conséquences d’une mortalité
construction intransitive, il exprime un mouve-
massive, rassurer la population, se confronter
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

ment temporel : « le mauvais rêve passe ». Dans


aux autorités politiques et religieuses, telles
le second cas, il est aussi employé de façon
seront en effet les missions du personnage.
intransitive, mais exigerait l’emploi de l’auxiliaire
« avoir », et non « être », au passé composé : « les
 Étudier l’affiche (document 3) hommes ont passé », ce qui signifie : les hommes
3. L’affiche du film est composée de trois grandes sont morts.
parties : une photo centrale, surmontée d’une
bande noire à visée informative (titre du film,
acteurs principaux, réalisateur, lien avec le Écriture et oral
roman d’Albert Camus), en bas de l’affiche, en
petits caractères, ces informations sont reprises 6. Cette phrase est intéressante à deux titres :
et complétées (acteurs secondaires, produc- elle émet tout d’abord un constat : « les hommes
tion…). La photo centrale attire l’attention par les se croyaient libres » alors que, comme nous

Objet d’étude 2 - Au XXe siècle, l’homme et son rapport au monde, à travers la littérature et les autres arts • 93
LA PESTE, DE CAMUS : FLÉAU MYTHIQUE ET SYMBOLIQUE ?

l’avons vu à la question 3, les hommes sont pri- 7. On prendra soin de noter au tableau les
vés de leur première liberté, celle de circuler. La réponses sous forme de « catalogue », afin que
fin de la phrase est au futur, qui a valeur de pré- les élèves produisent ensuite un paragraphe cor-
sent de vérité générale (on pourra faire remar- rectement rédigé :
quer aux élèves l’intervention, derrière le – opposition curieux événements / ville ordinaire
narrateur, de l’auteur lui-même) : « personne ne et laide ;
sera libre tant qu’il y aura des fléaux ». On peut – date imprécise, mais la période historique est
observer que la peste prend d’emblée une dimen- chargée de faits terribles ;
sion symbolique : à travers cette histoire, c’est – la présentation d’un personnage essentiel : le
l’histoire de l’humanité et de ses souffrances qui docteur ;
nous est racontée et sur laquelle, nous lecteurs, – la portée émotionnelle forte et symbolique de
sommes amenés à réfléchir. la peste ;
– la réflexion amorcée sur l’image du fléau.

2. La Peste, une signification historique ?


pages 102-103 du manuel

La séance 2 met en lumière la dimension historique fortement connotée dans les passages
retenus : comme Camus l’écrit à Roland Barthes, « le contenu évident de la peste, c’est la lutte
de la résistance européenne contre le nazisme », qu’on appelait aussi « peste brune ». On trouve
ainsi la transposition de certaines horreurs de ces années-là : camps d’isolement, ghettos,
fours crématoires. L’homme est bien ici celui qui est « séparé », pour reprendre le titre initial
du roman, de l’humanité et qui plonge dans le gouffre infernal, ce que l’aquarelle d’Édy Legrand
montre bien.

Lecture des enfants, des époux, des amants ») ; en outre,


il insiste sur la « stupide confiance humaine » qui
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

 Étudier le premier poème (document 1) permet aux hommes de continuer à vivre, mais
qui peut les conduire aussi à l’inéluctable ! Cette
1. L’extrait 3 de la séance 1 mentionnait, mais de
scène, comme nous le verrons plus tard à la ques-
façon rapide, la privation de liberté qu’entraîne
tion 4, renvoie à l’éternelle et douloureuse ques-
la peste. Cette absence de liberté commence
tion : « Savaient-ils ? Ne savaient-ils pas ?
avec la « séparation » d’avec les êtres chers. La
Avaient-ils conscience du danger ? », évoquant la
fermeture des portes de la ville est d’autant plus
situation des Juifs dès octobre 1940.
dramatique qu’elle n’était perçue que comme
« temporaire » par les Grenais. Or, celle-ci va 2. Le mot « séparation » s’étend ensuite à d’autres
durer dix mois, et, de façon tragique pour cer- termes tels que « l’exil », « notre condition de pri-
tains, cette séparation sera définitive. Le narra- sonnier », « le désir déraisonnable de revenir en
teur parle du quotidien des gens, dans lesquels arrière », « ces flèches de la mémoire ». Quelle dif-
nous pouvons nous reconnaître (« des mères et ficulté à s’imaginer dans une prison à ciel ouvert !

94
Interrogation 2

3. Le sentiment d’exil est comme « un creux que – les corps jetés dans les fosses (massacres de
nous portions constamment en nous ». Le subs- masse en Ukraine et en URSS, par les Ein-
tantif « creux » est employé de façon métapho- satzgruppen, unités mobiles d’extermination
rique, comme lorsque l’on dit qu’on a « un nœud nazies) ;
au ventre ». L’image est ici d’autant plus saisis- – les crémations à ciel ouvert dans les camps
sante que le narrateur parle de creux qu’il porte : d’extermination (à Auschwitz, notamment) ;
comment porter ce qui n’est pas ? Par ailleurs, le – les gens parqués dans les stades (rafle du Vél
choix du mot « creux » peut annoncer les fosses, d’Hiv, camps d’internement et de concentration
les trous que l’on va creuser pour inhumer les en France).
corps morts et toxiques, comme l’extrait 2 le
montre.  Étude de l’image (document 3)
6. Réalisé probablement au crayon gras et à la
 Étudier le deuxième extrait plume, le dessin joue sur le gris-noir et l’orangé
(document 2) (crayon sanguine ?). La couleur froide préfigure
4. Dans cet extrait, le narrateur relate l’inhuma- l’obscurité, l’abîme, la mort. La couleur chaude
tion des corps dans des fosses communes puis représente la terre creusée, les pierres et le feu
leur crémation, car on manque de place et il faut de la crémation. Les personnages semblent tra-
faire vite. Cette scène évoque bien sûr la réalité vailler sans relâche : pendant que les uns creu-
des camps d’extermination mis en place par le sent les fosses sombres, les autres apportent des
Troisième Reich. La description est faite sans brancards de corps morts, qui vont être jetés
pathos, sans émotions ; seuls les détails tech- dans ces fosses. L’obscurité en arrière-plan laisse
niques prévalent sur le reste. L’inhumanité qui se deviner un avenir des plus sombres.
dégage de ce passage est aussi transmise par
l’emploi de formes impersonnelles et passives
qui montrent à quel point il ne reste rien de
Écriture et oral
l’homme à cet instant : « les corps étaient jetés », 7. On accueillera toutes les réponses des élèves.
« on fut obligé », « un arrêté préfectoral expro- On pourra mettre en évidence :
pria », « l’on achemina », « II fallut bientôt ». – L’aspect sentimental que peut revêtir le titre
Les Séparés : il peut s’agit d’une séparation
 Étudier les trois extraits amoureuse.
(documents 1, 2 et 4) – La Peste annonce d’emblée le thème, mais très
vite, son sens s’étend au terme « fléau » et l’on
5. Les élèves auront sans doute relevé assez vite
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

comprend la valeur symbolique du mot « peste ».


ces allusions au nazisme :
– les familles séparées : on peut évoquer la 8. Les élèves reprendront les réponses données
grande rafle du Vélodrome d’hiver en juillet 1942 ; aux questions précédentes.

Objet d’étude 2 - Au XXe siècle, l’homme et son rapport au monde, à travers la littérature et les autres arts • 95
LA PESTE, DE CAMUS : FLÉAU MYTHIQUE ET SYMBOLIQUE ?

3. Quelles réponses face à la condition


de l’homme dans La Peste ? pages 104-105 du manuel

La séance 3 propose d’étudier la confrontation entre deux visions du monde, que représentent
le docteur Rieux et le père Paneloux. Face aux différentes formes du mal qui rongent leur vie,
le scientifique et l’homme d’Église s’interrogent sur les réponses à apporter. Que signifie ce
monde qui sépare les êtres chers et qui devient une prison ? Comment accepter ce monde qui
frappe les enfants ? Peut-on alors croire en un Dieu qui châtie des innocents ? La portée méta-
physique du roman nous semble fort bien retranscrite sur la scène théâtrale : l’univers terrestre
s’oppose à l’univers céleste, la face obscure et la face sombre du monde s’affrontent.

Lecture
les enfants meurent dans la souffrance ; c’est
pourquoi il brave le père Paneloux, qui, en
 Étudier l’extrait du roman (document 1) homme d’Église, voit dans l’épidémie une
1. Après avoir relevé au tableau les phrases rete- épreuve que Dieu a envoyée aux hommes. Néan-
nues, on pourra synthétiser l’ensemble sur deux moins, c’est Rieux qui ouvre la voie de la
colonnes ou en deux parties distinctes : réconciliation.
A. la colère et la tristesse de Rieux B. L’acceptation de Paneloux
• Les paroles : • Les paroles :
– Ah ! celui-là, au moins, était innocent, vous le – Pourquoi m’avoir parlé avec cette colère ? Pour
savez bien ! (l. 11) moi aussi, ce spectacle est insupportable.
– Et il y a des heures dans cette ville où je ne sens (l. 20-21)
plus que ma révolte. (l. 23-24) – Je comprends. Cela est révoltant […]. Mais peut-
– Je me fais une autre idée de l’amour. Et je refu- être devons-nous aimer ce que nous ne pouvons
serai jusqu’à la mort d’aimer cette création où pas comprendre. (l. 25-27)
des enfants sont torturés. (l. 30-31) – je viens de comprendre ce qu’on appelle la
– Nous travaillons ensemble pour quelque chose grâce. (l. 33-34)
qui nous réunit au-delà des blasphèmes et des – Vous aussi, vous travaillez pour le salut de
prières. Cela seul est important. (l. 38-39) l’homme. (l. 41)
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

• Les gestes, le ton de la voix : • Les gestes, le ton de la voix :


– d’un pas si précipité, et avec un tel air (l. 6) – Paneloux […] tendit le bras pour le retenir (l. 7)
– Dans le même mouvement emporté (l. 9) – … murmura Paneloux (l. 25)
– avec violence (l. 9-10) – Sur le visage de Paneloux, une ombre boule-
– il avait envie de crier encore (l. 14-15) versée passa (l. 32)
– Il regardait Paneloux, avec toute la force et la – il avait l’air ému (l. 40)
passion dont il était capable (l. 28-29) Paneloux est un homme d’Église qui recherche
– et secouait la tête (l. 29) avant tout le salut de l’homme ; il voit dans la
– avec plus de douceur (l. 36) peste le signe d’une condamnation divine. Il
– Rieux essayait de sourire (l. 42) tente de rallier le docteur à ses vues. Néanmoins,
Rieux est révolté par la mort de l’enfant ; il veut la mort de l’enfant semble lui ouvrir les yeux. Le
se battre, il ne croit pas en Dieu et ne peut personnage va effectivement évoluer, comme
admettre d’accepter passivement un monde où l’atteste la suite du récit.

96
Interrogation 2

2. Le climat participe à la dramatisation de la  Étudier la photographie (document 2)


scène : en effet, la mort de l’enfant rend l’atmos- 4. Le metteur en scène a fait le choix de transpo-
phère insupportable. Rieux suffoque de chaud ser cette scène, non dans un décor qui figure un
et de « mal-être ». Les éléments climatiques sem- extérieur, mais dans l’hôpital. Le docteur est en
blent venir rappeler aux hommes qu’ils sont vul- blouse blanche, devant un lit blanc, au centre de
nérables et que le combat est loin d’être gagné. la scène fortement éclairée. Sa « blancheur »
Le sera-t-il jamais ? contraste avec l’obscurité de la salle et l’appari-
3. « Je n’ai pas de goût pour l’héroïsme et les tion en clair-obscur du père Paneloux. C’est
saints. Ce qui m’intéresse, c’est d’être un homme. » comme une apparition ! L’homme d’Église vient
Comme nous l’avons dit précédemment, Rieux d’« en haut » pour apporter la bonne parole « en
n’en a que faire de son salut : seule la vie de l’en- bas ». Le contraste au niveau des habits et des
fant l’intéresse. À la phrase négative « Je n’ai pas éclairages traduit l’opposition spirituelle et phi-
de goût » s’oppose la phrase affirme « Ce qui m’in- losophique des deux hommes.
téresse » ; de même, à l’héroïsme et aux saints, il
oppose l’homme. Rieux est un homme modeste,
bon, généreux. Il n’a pas besoin de l’Église pour Écriture et oral
prôner de telles valeurs. Son premier souci est « de
5. On attend des élèves qu’ils reprennent les
bien faire son métier » (p. 44 et 151 de l’édition
principaux éléments analysés :
« Folio ») ; et bien faire son métier, c’est aussi son
– le refus de baisser les bras ;
« métier d’homme ». À cet égard, on pourra lire aux
– la dignité et la solidarité ;
élèves l’introduction de Primo Lévi à son livre, Si
– la foi dans l’homme ;
c’est un homme (1945-1947).
– le fait de pouvoir dépasser les positions per-
sonnelles pour œuvrer ensemble.
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

Objet d’étude 2 - Au XXe siècle, l’homme et son rapport au monde, à travers la littérature et les autres arts • 97
LA PESTE, DE CAMUS : FLÉAU MYTHIQUE ET SYMBOLIQUE ?

4. La Peste de 1947 à nos jours : quels accueils ?


page 106 du manuel

La séance 4 veut mettre en évidence, non seulement l’accueil triomphal du roman (tant auprès
du public que de la critique littéraire), mais son actualité et sa modernité. La portée symbo-
lique, métaphysique et philosophique de l’œuvre romanesque lui permet d’être lue et étudiée
indéfiniment. La confrontation de l’homme avec un monde qu’il ne comprend pas fait qu’il ne
peut donner un sens à sa vie et provoque, par là même, ce sentiment de l’absurdité. Mais loin
de renoncer face à l’absurdité de la vie, le roman propose différentes voies : la révolte, bien
sûr, mais aussi la solidarité, l’action collective.

Lecture

 Étudier la biographie (document 1)  Étudier l’entretien (document 2)


1. Paru le 10 juin 1947, le roman connu un succès 2. Albert Camus dit de son roman qu’il peut se
immédiat ; certains critiques pensent que « c’était lire sur « plusieurs portées » ; Jeanyves Guérin,
manifestement le livre qu’attendait le public : un auteur entre autres d’un Dictionnaire Albert
livre sur les années d’épreuves sans allusion Camus (Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2009),
directe à ces mêmes années, à la défaite, à l’Oc- affirme quant à lui : « La métaphore de La Peste
cupation, aux atrocités ; tout résidait dans l’allé- est aisément universalisable ». C’est bien cet
gorie ». On aura pu voir avec la classe, lors des aspect « universalisable » qui a donné à La Peste
séances précédentes, la portée symbolique et sa dimension internationale : chacun peut opérer
historique du récit : la peste, c’est la guerre. L’at- un transfert selon le pays où il se trouve ; chaque
mosphère de l’occupation allemande est resti- pays, chaque culture a « son fléau », comme l’ex-
tuée à travers les descriptions du couvre-feu, des plique Jeanyves Guérin.
pénuries, de l’isolement, des crémations… La Il conviendra de bien préciser aux élèves la dif-
portée métaphysique, abordée dans la séance 3, férence essentielle entre « islam » et « islamisme »
amène le lecteur à réfléchir sur la notion du Mal, et introduire la notion d’« intégrisme ».
sur la position de la religion. L’engagement de
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

Rieux, la tendresse et la solidarité qu’il manifeste


ouvrent une réflexion sur la dimension politique
du roman. Enfin, l’image du fléau, à travers la  Étudier la photographie (document 3)
peste, amène les élèves à se questionner sur des 3. La modernité du roman, son actualité, la force
notions philosophiques telles que la liberté, l’en- du langage et des dialogues font de La Peste une
gagement, la foi en l’homme. œuvre souvent adaptée, au cinéma et au théâtre.

98
SÉQUENCE B LA PESTE, DE CAMUS : FLÉAU MYTHIQUE ET SYMBOLIQUE ?

ÉVALUATION  S’entraîner au Bac Pro


page 107 du manuel

L’évaluation propose de s’interroger sur le le désir de vengeance ou de conquête, le prosély-


dénouement de l’histoire et sa portée. L’ana- tisme, les dictatures ; comme le souligne le critique
lyse des images permet de mesurer la double Nouchi (p. 106) : « La métaphore de La Peste est
portée du roman : sa vision fataliste et néan- facilement universalisable. »
moins pleine de vie et d’espoir.
 Document 2
Évaluation 3. (2 points) La première illustration, la plus
ancienne, propose un dessin réaliste de la ville
des compétences de lecture d’Oran, en bordure de mer (fond bleu du ciel et
10 points de la Méditerranée), éclatante de blancheur sur
son piton rocheux. La silhouette noire de dos et
Document 1 le titre du roman surligné en rouge sont les signes
1. (3 points) Le lecteur apprend enfin qui est le visibles du fléau. La seconde illustration joue
narrateur mystérieux de ce récit : c’est le docteur aussi sur les contrastes : un dégradé de bleus,
Rieux. Le docteur décide donc de relater ces évé- du plus clair au plus foncé. Ils peuvent figurer le
nements pour se faire le porte-parole de ceux qui ciel et la mer ; les taches plus claires d’ocre et de
ont souffert, de ceux qui ne savent pas dire leurs jaune peuvent être interprétées de deux façons :
douleurs, pour faire entendre au monde que ce le soleil oranais ou l’incendie (symbole d’un fléau
fléau a existé, pour témoigner de « l’injustice et de ou crémations à ciel ouvert). L’élève devra ensuite
la violence » faites aux hommes. Le récit revêt une justifier son choix.
dimension mémorielle, thérapeutique (entendre et
reconnaître la souffrance), politique et humaniste
(« Il y a dans les hommes plus de choses à admirer Évaluation
que de choses à mépriser. »). Le docteur Rieux s’est des compétences d’écriture
montré un homme d’engagement, de lutte, comme
nous l’avons vu dans son face-à-face avec le père
10 points
Paneloux (p. 104 du manuel). Dans cet excipit, le 4a. Le premier sujet évalue conjointement la com-
personnage de Rieux devient le double de l’auteur : préhension du texte et la capacité à retranscrire
c’est bien Camus qui se dessine sous les traits du les pensées du docteur sous la forme d’un mono-
docteur, qui abandonne un temps son scalpel pour logue. On peut attendre des élèves qu’ils retracent
prendre la plume et raconter. le « parcours » du docteur, depuis la découverte du
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

fléau, son engagement professionnel et moral, sa


2. (5 points) Le docteur Rieux est animé par une
révolte face à la mort de l’enfant jusqu’à la victoire
« foi » en l’homme et, surtout, une volonté de faire
relative face au fléau. Ses derniers mots doivent
progresser la condition humaine, car « tous les
porter sur les dangers futurs qui menacent l’huma-
hommes qui, ne pouvant être des saints et refusant
nité et la vigilance qui s’impose désormais.
d’admettre les fléaux, s’efforcent cependant d’être
des médecins ». Néanmoins, il reste lucide sur la 4b. Le second sujet est davantage une synthèse
situation présente (« cette chronique ne pouvait structurée, qui évalue la lecture globale de l’œuvre,
pas être celle de la victoire définitive. »), comme mettant en évidence la dualité du message : l’ab-
sur celle à venir (« le bacille de la peste ne meurt ni surdité de la condition humaine qui provoque la
ne disparaît jamais. »). De façon métaphorique, le révolte, mais aussi la volonté et la pugnacité pour
lecteur comprend que le terme « bacille » recouvre y faire face. Les élèves doivent rappeler des pas-
quantité d’autres réalités : la haine des hommes, sages significatifs des extraits étudiés.

Objet d’étude 2 - Au XXe siècle, l’homme et son rapport au monde, à travers la littérature et les autres arts • 99
Objet d’étude X
Interrogation 2 Comment la lecture d’œuvres littéraires
permet-elle de s’interroger sur le rapport de l’homme au monde ?
Xxxxxxxxxxxxxxx Pages xx à xx du manue
manuel

ACTIVITÉS ET RECHERCHES page 108 du manuel

Séquence AE L’Étudiant noir. C’est dans les pages de cette


revue qu’apparaîtra pour la première fois le terme
LA NÉGRITUDEE
de « négritude ». Ce concept, forgé par Aimé
1. Chez Césaire, la machine à coudre Singer est Césaire en réaction à l’oppression culturelle du
le symbole que la souffrance endurée par la système colonial français, vise à rejeter d’une
maman du narrateur qui, pour nourrir ses enfants, part le projet français d’assimilation culturelle et
pédale inlassablement sur la machine : « la mor- à promouvoir l’Afrique et sa culture, dévalorisées
sure âpre dans la chair molle de la nuit d’une par le racisme issu de l’idéologie colonialiste. Il
Singer ». C’est une image négative, des souvenirs s’agit, au-delà d’une vision partisane et raciale
pesants. du monde, d’un humaniusme actif et concret, à
Chez Senghor, au contraire, la Singer est une destination de tous les opprimés de la planète.
héroïne, accomplissant des exploits extraordi- Césaire déclare en effet : « Je suis de la race de
naires : « domptait les tigres », « charmait les ser- ceux qu’on opprime ». Il meurt en 2008.
pents », « bravait paludismes et cyclones ». Grâce
à elle, la famille est habillée, « cousait des feuilles Léon Gontran Damas est né à Cayenne en 1912.
à notre nudité » et ne souffre pas de la faim, « ten- Il fit ses études secondaires au lycée Victor-
dait des pièges fantastiques à la faim ». Schoelcher en Martinique ; c’est là qu’il rencontra
Aimé Césaire, qui allait être pendant longtemps
2. les instruments sont la trompette, le hautbois son proche ami et collaborateur. En 1929, il vint
et le tam-tam. Senghor associe les bruits de la à Paris pour ses études supérieures, et il ren-
ville à ces instruments, à la sonorité puissante contre Senghor. En 1935, les trois jeunes gens
et vibrante. Ce sont des instruments bruyants, publièrent le premier numéro de la revue littéraire
mais aux sons imposants. De plus, la trompette L’Étudiant noir, fondatrice pour ce qui allait être
et le hautbois sont des instruments très présents appelé la négritude, mouvement littéraire et
dans le jazz, et le tam-tam renvoie aux rythmes idéologique d’intellectuels noirs francophones
africains. rejetant la domination occidentale en matières
politique, sociale et morale.
En 1937, Damas publia son premier livre de poé-
sie, Pigments. Damas s’engagea dans l’armée
3. Recherches personnelles des élèves. On peut française durant la Seconde Guerre mondiale, et
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

donner cependant les quelques informations sui- fut ensuite député de Guyane (1948-1951). Il fut
vantes, à faire compléter par les élèves. aussi l’un des rédacteurs de Présence africaine,
Aimé Césaire est né en 1913 à Basse-Pointe important périodique d’études noires, et délégué
(Martinique). Il fait ses études à Paris. Au contact auprès de l’UNESCO pour la Société africaine de
des jeunes africains étudiant à Paris, Aimé culture. Il meurt en janvier 1978.
Césaire et son ami guyanais Léon Gontran Damas René Depestre est né en 1926 en Haïti. Il publie
découvrent progressivement une part refoulée en 1945 ses premiers vers dans le recueil Étin-
de leur identité, la composante Afrique, victime celles. Engagé dans la vie politique de son pays,
de l’aliénation culturelle caractérisant les socié- il est incarcéré, puis doit quitter son île natale pour
tés coloniales de Martinique et de Guyane. partir en exil en France puis à Cuba. Il y exerce
En septembre 1934, Césaire fonde, avec d’autres pendant près de vingt ans d’importantes fonctions
étudiants antillo-guyanais et africains, le journal aux côtés de Fidel Castro et Che Guevarra. Il conti-

100
Interrogation 2

nue à écrire des poésies et publie notamment


Minerai noir en 1956, dans lequel il évoque les
souffrances et les humiliations de l’esclavage. 2. La première recherche porte sur les prix Nobel.
Dans les années 1970, il fuit Cuba et les dérives C’est une récompense internationale. Remis pour
castristes, et s’installe à Paris où il travaille de la première fois en 1901, les prix sont décernés
nombreuses années pour l’UNESCO. chaque année à des personnes « ayant apporté
Frantz Omar Fanon, né en 1925 à Fort-de-France et le plus grand bénéfice à l’humanité », par leurs
mort en 1961. C’est un psychiatre et essayiste mar- inventions, découvertes et améliorations dans
tiniquais et algérien. Il est l’un des fondateurs du différents domaines de la connaissance, par
courant de pensée tiers-mondiste. Penseur très l’œuvre littéraire la plus impressionnante, ou par
engagé, il a cherché à analyser les conséquences leur travail en faveur de la paix, suivant ainsi les
psychologiques de la colonisation à la fois sur le derniers vœux d’Alfred Nobel, inventeur de la
colon et sur le colonisé. Dans ses livres les plus dynamite.
connus, il analyse le processus de colonisation Au XXIe siècle, les prix sont décernés dans le cou-
sous les angles sociologique, philosophique et rant du mois d’octobre de chaque année. La céré-
psychiatrique ; mais il a également écrit des articles monie a lieu le 10 décembre, jour anniversaire de
importants dans sa discipline : la psychiatrie. la mort d’Alfred Nobel. Chaque année, des per-
sonnes sont récompensées dans les disciplines
4. Recherches personnelles des élèves. différentes : paix ou diplomatie, littérature,
5. Exemples de liens à consulter : chimie, physiologie ou médecine et physique.
http://www.uzeste.org/a/index.php/CieLubat-Cri- Au travers de cette recherche, les élèves pourront
tique/JazzmanEdouardGlissantLeJazzEstUne s’interroger sur la portée humaniste de ce prix et
NegritudeDepassee des retentissements dans le monde, notamment
http://www.dansez.com/strasbourg2/pdf/djn.pdf d’un point de vue politique.
3. À l’origine, cet édifice devait être une église,
mais, par un décret du 4 avril 1791, l’Assemblée
nationale décida qu’il servirait de nécropole aux
Séquence BE personnalités exceptionnelles ayant contribué à
la grandeur de la France. « Panthéon » désigne le
LA PESTE, D’ALBERT CAMUSE
temple consacré à tous les dieux, mais, par
1. La lettre écrite par Albert Camus, adulte, roman- extension, c’est aussi le monument consacré à
cier reconnu et couronné, est extrêmement émou- la mémoire des grands hommes d’une nation.
vante puisqu’il s’agit d’une lettre d’hommage. Situé dans le 5e arrondissement de Paris, sur la
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

L’adulte redevient, d’une certaine manière, le petit montagne Sainte-Geneviève, il est le lieu symbo-
écolier, respectueux et redevable face à M. Ger- lique de la « Patrie qui honore ses fils », le temple
main, l’instituteur qui, par « sa main affectueuse républicain qui est aussi le lieu de la mémoire
tendue » et les « efforts », le « travail et le cœur collective. On pourra mener une réflexion avec
généreux », a permis au « petit enfant pauvre » de les élèves sur le sens de ce lieu mémoriel sym-
se révéler à lui-même. La modestie et la générosité bolique où chaque personne inhumée a son nom
de ces deux hommes s’éclairent réciproquement. inscrit dans le marbre.

Objet d’étude 2 - Au XXe siècle, l’homme et son rapport au monde, à travers la littérature et les autres arts • 101
Histoire des arts page 109 du manuel

Thématique : « arts et sacré »

Subodh Gupta, Very Hungry God, « Dieu affamé », 2006. Pots et ustensiles de cuisine, métal ;
poids : une tonne. Sculpture exposée dans l’église Saint-Bernard à Paris en 2006.
Subodh Gupta est considéré comme une figure majeure de l’art contemporain en Inde. Son œuvre
Very Hungry God, immense vanité constituée d’ustensiles de cuisine assemblés sous la forme
d’un crâne, rivalise avec Bhandarghar, une de ses installations regroupant des jarres accrochées
en chapelet. Confrontant la tradition à la mondialisation, l’espace urbain à la ruralité, le plasti-
cien sacralise ainsi le produit de consommation, loin de l’Inde du kitsch et de Bollywood.

Première impression quent en art et dans la société : Very Hungry God


évoque le conflit entre « l’accélération rapide de
1 Cette sculpture est étonnante par sa taille, sa l’économie indienne » et « l’extrême privation des
composition. On acceptera tous les adjectifs. Il
classes indiennes les plus pauvres ».
serait intéressant de proposer une confrontation
À lire sur Internet : http://eternallycool.
des réactions de la classe.
net/2007/08/257/
5 Installée dans l’église Saint-Bernard de Paris
Analyse de la sculpture – lieu symbolique du mouvement des sans-
2 Cette sculpture est composée d’ustensiles de papiers –, cette œuvre affirme sa dimension spi-
cuisine et de récipients. Gupta crée un amoncel- rituelle et communautaire. Elle est étonnante
lement de ces objets, une accumulation, il tra- dans ce décor, elle est en accord (le crâne et le
vaille sur les icônes de la culture indienne : ici le Calvaire), mais aussi et surtout en opposition
fer galvanisé des ustensiles de cuisine. L’œuvre avec l’église :
de Subodh Gupta tente de comprendre comment – le métal brillant en opposition au doré ;
tous ces objets emblématiques d’une culture – l’immensité ;
construisent à la fois les identités individuelles – le titre : l’image d’un dieu affamé (sacrilège) et
ou collectives et le corps politique de la nation éventuellement dévoreur de l’humanité ;
elle-même. – la consommation, le quotidien dans un lieu
3 Le crâne est un emblème de la mort. Il peut spirituel.
signaler un danger, voire un poison. Il rappelle
également dans l’imaginaire collectif la piraterie. Mise en contexte
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

Il fait référence au « lieu du crâne » (Calvaire), lieu 6 L’art peut parler à tous malgré les différences
où Jésus a été crucifié. de culture, car il est universel ; ici le choix du
4 Le titre de l’œuvre est Very Hungry God, c’est- crâne permet à tous de comprendre son symbole.
à-dire « Dieu (très) affamé ». Gupta expose une Cette sculpture est compréhensible que l’on soit
gigantesque vanité sous la forme d’un crâne com- indien, européen, américain, africain…
posé exclusivement d’ustensiles de cuisine 7 Pour l’écriture, on attend des élèves qu’ils res-
indiens. L’intention de l’artiste est liée au lieu uti- pectent la mise en page et les composantes de
lisé, une église, et à une lutte : celle du mouve- l’article de presse, qu’ils respectent le sujet,
ment des sans-papiers, accueilli dans cette église qu’ils utilisent des arguments et des exemples
en août 1996. L’artiste utilise un symbole très fré- pour défendre l’artiste.

102
Interrogation 3 Les mythes appartiennent-ils seulement au passé ?

SÉQUENCE A LE MYTHE DE PROMÉTHÉE, POUR MIEUX


COMPRENDRE LE MONDE CONTEMPORAIN ?
pages 112-117 du manuel

Introduction au travail de la séquence

Le mythe de Prométhée (dont le nom signifie « la pensée pré-


voyante ») n’est étudié que partiellement dans cette séquence. Le combat
contre les Titans auquel il participe aux côtés des Olympiens, l’épisode
du partage de la viande, qui peut apparaître comme un événement fon-
dateur de la réflexion sur ce qui ressortit aux dieux et sur ce qui revient
aux hommes, la libération de Prométhée grâce à Héraclès, la réconcilia-
tion de Prométhée et de Zeus, ne sont pas évoqués.
L’image de Prométhée étudiée puise dans la vision première qu’en
donne d’Eschyle dans Prométhée enchaîné, vision dont s’apparentent les
modernes, Voltaire tout d’abord (qui écrit une tragédie connue sous le
nom de Pandore, ou aussi de Prométhée), puis Goethe (Prométheus,
drame inachevé de 1773), Shelley (Prométhée délivré, 1820), Gide (Pro-
méthée mal enchaîné, 1899) et enfin Camus (« Prométhée aux Enfers » in
L’Été, 1946, et L’homme révolté, 1951).
Ainsi circonscrit, le mythe de Prométhée nous a paru propice à une
réflexion sur la condition humaine et sur la révolte comme composante
de la liberté. En donnant aux hommes le feu, les arts et les sciences, Pro-
méthée crée un homme nouveau : « Le mythe de Prométhée […] marque
l’avènement de la conscience, l’apparition de l’homme » (Chevalier et
Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, Robert Laffont, coll. « Bouquins »,
page 788).
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

Objet d’étude 2 - Au XXe siècle, l’homme et son rapport au monde, à travers la littérature et les autres arts • 103
LE MYTHE DE PROMÉTHÉE, POUR MIEUX COMPRENDRE LE MONDE CONTEMPORAIN ?

1. Prométhée : le premier rebelle ? pages 112-113 du manuel

Cette séance permet de réactiver le mythe de Prométhée. Le premier document rappelle briè-
vement une partie du mythe, le second l’importance de ce mythe : le tableau de Jacob Jordaens
illustre le moment le plus dramatique de l’histoire de Prométhée.

Lecture fille Perséphone est enlevée par Hadès, dieu des


Enfers, refuse de permettre les moissons tant
 Étudier le premier texte (document 1) que sa fille lui est ôtée. Finalement, Zeus ordonne
que Perséphone retourne à sa mère huit mois par
1. Tout d’abord partie prenante du camp des
an ; durant les quatre mois que Perséphone
Olympiens contre les Titans, Prométhée est
passe auprès de son époux, l’hiver s’abat sur
admis en leur compagnie. Mais par la suite, lors
terre.
du déluge ordonné par Zeus, Prométhée va per-
On peut aussi rappeler, toujours dans la mytho-
mettre la survie des hommes auxquels il donne
logie grecque, l’explication de la mort par le tra-
le feu et par là même une certaine maîtrise de
vail des trois Moires (Les Parques chez les
leur univers. Prométhée s’oppose alors à Zeus,
romains), l’origine de l’arc-en-ciel dans l’écharpe
qui le punit en le condamnant au supplice sur le
d’Iris, ou de la punition de la nymphe Echo,
mont Caucase.
engendrant notre écho.
2. Les dieux semblent animés de sentiments
négatifs à l’égard des hommes : désir de les
 Étudier l’image (document 3)
anéantir, puis de les maintenir dans l’ignorance,
avant de leur envoyer, par l’intermédiaire de Pan- 5. Il sera aisé aux élèves de reconnaître l’aigle de
dore, maux et malheurs. Zeus venant ronger le foie de Prométhée. On invi-
tera les élèves à énoncer les enjeux du tableau
(illustration d’une partie du mythe, mais aussi
 Étudier le second texte (document 2) désir de faire partager au spectateur une impres-
sion d’horreur) et à analyser la façon dont le
3. On acceptera toute formulation montrant la
peintre traduit cette impression (position renver-
compréhension du concept. Rappelons l’étymo-
sée de Prométhée, souffrances du héros visibles
logie du mot « étiologie » : du grec aita, « la cause ».
dans les soubresauts des membres, l’expression
L’étiologie est l’étude des origines, des causes
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

de son visage, le choix des couleurs, mais aussi


premières. Un mythe étiologique est donc un
envergure terrifiante de l’aigle…).
mythe qui raconte la création d’un être, ou d’une
réalité quelconque, le plus souvent par un dieu.
Dans son ouvrage, Ariane Eissen précise que des
mythes semblables à celui de Prométhée ont pu Écriture et oral
être observés dans des « civilisations, archaïques
6. Cette séance invite à la découverte de Promé-
ou non, de l’Afrique, de l’Asie, de l’Australie ou
thée opposé à l’ordre injuste des Olympiens et
de l’Océanie » (Les mythes grecs, Belin, 2010,
au sort fait aux hommes. Cette opposition se tra-
page 40).
duit par un acte fondateur : le don du feu, qui
4. On peut donner comme exemple de mythe étio- entraîne la perte (transitoire) du héros et permet
logique la façon dont les Grecs anciens expli- aux hommes de fonder une civilisation
quaient le cycle des saisons : Déméter, dont la technique.

104
Interrogation 3

2. En quoi la révolte de Prométhée


est-elle moderne ? pages 114-115 du manuel

Si la première séance permettait une découverte (ou redécouverte) du mythe, cette séance ouvre
vers la transmission du mythe dans le monde antique grâce au théâtre d’Eschyle puis témoigne
de l’actualité du mythe grâce à la réinterprétation de Camus et aux reprises théâtrales.
La traduction du texte d’Eschyle par Jean-Paul Savignac nous a paru la mieux à même d’être com-
prise des élèves. Le texte nécessite pourtant l’aide de l’enseignant, qui interviendra pour expli-
quer la demande d’Hermès à Prométhée sur l’avenir de Zeus et pour montrer que certaines
répliques sont complexes. Une démarche identique peut être suivie lors de l’étude du texte de
Camus (lecture professorale, suivie par la formulation de ce qui est compris et de ce qui fait obs-
tacle – sans doute le lexique –, observation du rôle des citations, puis reformulation du sens
général du texte).
L’étayage apporté par le professeur permet ainsi aux élèves de lire et de comprendre globalement
deux textes dont l’accès n’est pas immédiat, dans une démarche qui n’est, bien sûr, pas une ana-
lyse précise.

Lecture  Étudier l’essai (document 2)


2. L’image de Prométhée présentée par Camus est
 Étudier le dialogue de théâtre héroïque : « martyr éternel exclu à jamais d’un par-
(document 1) don qu’il refuse de solliciter », il est lucide et reven-
Prométhée enchaîné est le premier volet d’une dique son destin : « nul malheur viendra sur moi
trilogie dont la suite ne nous est pas parvenue. que je ne l’aie prévu ». Il est une « douloureuse et
Eschyle y présente un Prométhée « révolté, qui noble image du rebelle ». Les citations reprises par
s’oppose à l’autoritarisme de Zeus, et un bienfai- Camus donnent à entendre la voix du héros et
teur de l’humanité : avec le feu, il ouvre à l’homme donne de la chair à la réflexion de l’auteur.
la voie de la civilisation et du progrès » (A. Eissen,
3. Pour Camus, la révolte de Prométhée est méta-
Les mythes grecs, Belin, 2010, page 37).
physique. On peut s’appuyer sur le texte présent
Dans cet extrait, Hermès, envoyé par Zeus, essaie
dans le manuel, mais aussi sur le rétablissement
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

de convaincre Prométhée de lui dire quel sera le


de la coupe effectuée ligne 6 :
nom de celle qui mettra au monde un enfant, fils
« On ne peut donc dire que les anciens aient
de Zeus, capable de détrôner son père.
ignoré la révolte métaphysique. Ils ont dressé,
1. Hermès apostrophe Prométhée et l’enjoint de
bien avant Satan, une douloureuse et noble
répondre, il l’insulte en lui rappelant ses fautes
image du rebelle et nous ont donné le plus grand
passées : « Le fourbe, le plus aigre, le fautif
mythe de l’intelligence révolté. L’inépuisable
devant les Dieux », « le voleur de feu », « ces traits
génie grec, qui a fait la part si grande aux mythes
d’arrogance ». Il espère l’intimider : « mon père
de l’adhésion et de la modestie, a su donner,
t’enjoint », « explique cela sans énigmes ». Pro-
cependant, son modèle à l’insurrection ».
méthée méprise le rôle d’Hermès, valet de Zeus :
« je n’irais pas troquer mes déboires contre ta 4. Camus distingue trois traits prométhéens qui
servitude », le rabroue et le renvoie : « Allons, toi, nous concernent directement :
hâte-toi à rebours du chemin d’où tu viens ». – « la lutte contre la mort » ;

Objet d’étude 2 - Au XXe siècle, l’homme et son rapport au monde, à travers la littérature et les autres arts • 105
LE MYTHE DE PROMÉTHÉE, POUR MIEUX COMPRENDRE LE MONDE CONTEMPORAIN ?

– « le messianisme » ;  Étudier l’entretien (document 4)


– « la philanthropie ».
Ces trois traits sont illustrés de citations prove- 6. Stéphane Braunschweig voit en Prométhée un
nant d’Eschyle, qui justifie l’interprétation de héros rebelle qui ose « transgresser ».
Camus et donnent à entendre la voix du héros. Pour la seconde partie de la question, on accep-
tera toute réponse : la modernité tient-elle à la
transgression – si oui à quelle sorte de transgres-
 Étudier l’image (document 3) sion ? Et dans quelle société ? La question n’ap-
5. On acceptera toute réponse justifiée. On pelle pas une réponse univoque mais doit
pourra néanmoins valoriser les réponses sen- permettre l’échange entre les élèves. Le profes-
sibles à l’aspect démesuré du décor, qui introduit seur pourra demander quelques phrases de syn-
une différence d’échelle propre à une interroga- thèse des opinions exprimées : pour cela, il serait
tion sur la place des hommes et sur leur destin. utile de consigner les propos entendus.
Ainsi que celles qui noteront l’opposition appa-
rente entre la gestuelle suppliante de la statue
et le refus de repentir de Prométhée. Écriture et oral
7. On attend des élèves qu’ils reprennent la figure
du héros telle qu’elle est présentée dans les
documents.
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

106
SÉQUENCE A LE MYTHE DE PROMÉTHÉE...

ÉVALUATION  S’entraîner au Bac Pro


pages 116-117 du manuel

Évaluation  Document 2
des compétences de lecture 3. (1 point) Pour Jacques Lacarrière, le Promé-
thée d’Eschyle ne peut voir le jour que dans une
10 points Athènes où s’est installée la démocratie.
 Document 1 4. (2 points) Cette démocratie met en avant
1. (1 point) Le premier domaine dans lequel certaines valeurs : « l’ordre des mérites » et « une
Prométhée revendique son intervention est obéissance consciente et réfléchie à un pouvoir
métaphysique ; grâce à lui les humains accèdent librement accepté ».
à un ordre supérieur : « j’ai su faire des êtres sen- 5. (1 point) Jacques Lacarrière passe du mot
sés jouissant de leur âme » ; il décrit le monde « lumière », simple substantif, à la majuscule et
des hommes avant lui, composé d’êtres qui au pluriel : « Lumières », faisant de Prométhée
« voyaient sans rien voir, entendaient sans le précurseur du XVIIIe siècle occidental. Il revi-
entendre ». site le mythe pour l’actualiser et pour l’ancrer
Le deuxième domaine est matériel, Prométhée dans une revendication moderne du droit des
décrit l’univers misérable des hommes, lovés au hommes à penser par eux-mêmes et à se vouloir
fond des grottes avant son intervention et leur responsables.
l’ignorance de l’usage des briques et du bois :
« ignorant/les maisons au soleil qui se tissent  Document 3
de briques, ou l’œuvre du bois ». (La deuxième vignette de la bande dessinée
Le troisième domaine concerne la compréhen- reprend un tableau de Jan Cossiers, Prométhée
sion des saisons et les jours : « Ils n’avaient nul donne le feu aux hommes, XVIIe siècle, musée du
indice assuré/de l’hiver, du printemps fleuris- Prado, Espagne.)
sant, de l’été/fructueux… ».
6. (1 point) Dans le commentaire, Christian Bec
Le quatrième et le cinquième concernent les
donne la parole à Prométhée. Le vol du feu est
mathématiques et l’écriture : « et le Nombre »,
présenté comme un acte de charité. La misère
« et aussi l’assemblage des lettres ».
des hommes est visible dans la vignette : grotte
Le sixième, la domestication des animaux : « les
nue, couleurs sombres, humains courbés, crânes
bestiaux… », « les chevaux ».
exposés…, mais ce don, pourtant redouté par
Le septième, l’invention des bateaux : « ces char-
Zeus, apparaît comme la suite de la création de
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

rettes aux ailes de lins des marins ».


l’humanité par Zeus et Prométhée.
On attend des élèves le repérage de trois
domaines différents. 7. (2 points) Les deux vignettes s’opposent
dans le choix des sujets représentés et des cou-
2. (2 points) Quels que soient les relevés effec-
leurs : hommes misérables et statiques pour la
tués par les élèves, on attend qu’ils soient sen-
première, couleurs froides et sombres, mouve-
sibles à la diversité des apports de Prométhée
ment vif de la course de Prométhée dans la deu-
et à l’importance de ces domaines pour le bien-
xième et couleurs chaudes. Les tailles des deux
être et la compréhension, voire la domination,
vignettes s’opposent également : une vision large
par les hommes du monde qui les entoure.
de la grotte d’un côté, un cadre resserré autour
du héros – et donc du vol – de l’autre. La première
donne une impression de tristesse et de froid. La
seconde une impression de joie et de vie.

Objet d’étude 2 - Au XXe siècle, l’homme et son rapport au monde, à travers la littérature et les autres arts • 107
LE MYTHE DE PROMÉTHÉE, POUR MIEUX COMPRENDRE LE MONDE CONTEMPORAIN ?

Évaluation La rédaction de la compétence d’écriture pourra


être précédée par l’élaboration d’une fiche de
des compétences d’écriture critères, dont nous proposons un exemple (bien
10 points que cette fiche doive être élaborée avec la classe
Les deux sujets proposés ne sont pas de difficul- pour être vraiment utile).
tés égales.
Si le second sujet ne présente pas de difficulté – Respect du sujet et du plan proposé :
notable et pas de rupture avec les situations Le devoir répond-il à la question posée ?
d’écriture que l’élève a rencontrées au cours des Le plan proposé est-il suivi ? Si non, est-il rem-
années précédentes, le premier sujet, lui, requiert placé par un autre plan pertinent ?
une compréhension globale de la séance et des Le devoir est-il structuré ?
documents étudiés et invite à une écriture – Réflexion et implication :
synthétique Le choix des aspects du mythe montre-t-il une
Il serait malaisé de proposer ce sujet sans un compréhension du mythe de Prométhée ? Donne-
recours aux documents et notes de cours. Le clas- t-il à comprendre le point de vue du scripteur ?
seur est alors considéré par l’élève comme un – Forme du devoir :
usuel consultable. Bien entendu cet aspect du Les principales normes orthographiques sont-
classeur doit avoir été présenté par le elles respectées ? Comment classer les erreurs
professeur. récurrentes ?
De plus, l’écriture synthétique ici demandée pré- La graphie est-elle lisible ?
pare à la première question du sujet proposé à Le lecteur/correcteur peut-il ressentir un certain
l’épreuve de français du baccalauréat profession- plaisir de la lecture ? Si non, quel est le frein à ce
nel (Présentation du corpus). On pourra se référer plaisir du lecteur ?
à la fiche 18 (la méthode de la synthèse,
pages 216 et 217 du manuel), en notant que l’ana- La rédaction pourra se faire en deux jets ; entre
lyse des documents a été faite lors des séances le premier jet et le second, l’élève sera invité à
et que le plan à adopter est ici proposé. améliorer sa production en fonction des
remarques du professeur ou d’un élève en
binôme.
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

108
Interrogation 3 Les mythes appartiennent-ils seulement au passé ?

COMMENT LE CINÉMA MET-IL EN LUMIÈRE


SÉQUENCE B
LES MYTHES DU PASSÉ ? pages 118-125 du manuel

Introduction au travail de la séquence

Dans cette séquence, il s’agit de montrer que les mythes n’appar-


tiennent pas seulement au passé et d’interroger le savoir des élèves sur
ce qu’est un mythe et sur sa fonction. Des mythes canoniques ont été
choisis et traités à travers le cinéma, les rendant ainsi visibles et acces-
sibles aux élèves.
La séance 1 utilise un film d’animation en rapport avec l’Apoca-
lypse ; la séance 2 met en parallèle le mythe de la quête du saint Graal et
sa parodie dans la série TV Kaamelott ; la séance 3 confronte le mythe
d’Œdipe et le film Psychose d’Hitchcock ; enfin l’évaluation présente le
mythe d’Hercule et l’univers du péplum.

1. L’Apocalypse : un récit ancien


ou une mythologie moderne ? pages 118-119 du manuel

Lecture
« séisme », « noir » (l. 2), « sang » (l. 3), « tombent »
 Étudier le texte biblique (document 1) (l. 4), « secoué » (l. 5), « se cachent » (l. 9), « tom-
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

1. Conséquences de l’ouverture du sixième bez » (l. 11), « brûlure » (l. 15).


sceau : « un grand séisme », « le soleil devient De même, les figures de style soulignent
noir », la lune « comme du sang », les étoiles « tom- l’Apocalypse :
bent sur la terre », « le ciel se retire », « toute la – les comparaisons : « comme du sang », « comme
montagne et toute l’île se meuvent », les gens « se un figuier », « fruits verts » ;
cachent dans les cavernes, les rocs ». Les consé- – la personnification : l’impératif « Tombez sur
quences sont des catastrophes naturelles qui nous ! » s’adresse aux montagnes et aux rocs.
mélangent les éléments et provoquent le chaos.
2. Ce passage de l’Apocalypse produit un effet  Étudier le synopsis et le photogramme
terrifiant sur le lecteur. L’accumulation des catas- (documents 2 et 3)
trophes juxtaposées accentue encore les ravages. 3. Dans le synopsis de Numéro 9, font référence
Le lexique lui-même connote la fin du monde : à l’Apocalypse : « un monde ravagé » (l. 1), « dans

Objet d’étude 2 - Au XXe siècle, l’homme et son rapport au monde, à travers la littérature et les autres arts • 109
COMMENT LE CINÉMA MET-IL EN LUMIÈRE LES MYTHES DU PASSÉ ?

les ruines » (l. 4), « la peur » (l. 5), « cachés » (l. 5),  Étudier l’entretien (document 4)
« le cauchemar » (l. 7), « la catastrophe » (l. 8).
Dans le photogramme : le ciel jaune orange, 6. Le réalisateur dit s’être intéressé « aux rai-
aucune végétation, des arbres morts, les ruines, sons pour lesquelles le monde a sombré dans
la solitude, des rochers, des morceaux de bâti- le chaos et à ce qui est arrivé à l’humanité ». Son
ments, des carcasses. choix n’est pas de faire un film catastrophe des-
Il serait intéressant de montrer aux élèves le début criptif, mais de comprendre ce qui est arrivé aux
du film, qui met en lumière l’atmosphère post-apo- hommes, pourquoi ce monde a été détruit.
calyptique présente dans le photogramme.
4. Numéro 9 est le héros du film, il s’agit d’une Écriture et oral
petite créature conçue par un scientifique : « une
neuvième petite créature, en insufflant la vie à 7. Le réalisateur Shane Acker revisite le mythe
une poupée fabriquée à partir de toile et de fer- de l’Apocalypse. D’autres se sont inspirés de ce
raille ». Ce personnage rappelle Pinocchio et les mythe.
personnages de Tim Burton, comme Edward aux – Films : Le livre d’Eli (2010), Je suis une légende
mains d’argent. (2007), 2012 (2009)
Le scientifique l’a nommé « Numéro 9 », car il – Romans : Je suis une légende de Matheson
s’agit de sa neuvième création. Le 9 est le sym- (1954), La route de Cormac McCarthy (2006)
bole de la germination. Chiffre de la patience, de – Les œuvres artistiques sacrées sont nom-
la méditation, de l’harmonie, il représente la per- breuses à représenter l’Apocalypse, notamment
fection des idées. C’est un chiffre sacré en Égypte dans les édifices religieux de la religion
et en Grèce antiques. Dans la mythologie chré- catholique.
tienne, c’est le nombre de la hiérarchie, repré- Ce goût pour les récits de fin du monde, de
senté par les neuf chœurs des Anges célestes. l’Apocalypse s’explique par la peur de l’avenir,
Dans la mythologie grecque, les neuf muses des la croyance en des signes, ou en des prédic-
sciences et des arts représentaient la somme des tions. Notre époque n’est pas la première à
connaissances humaines. Enfin, le chiffre neuf est craindre la fin des temps (rappelons la grande
associé à l’éternité. peur de l’an mille par exemple).
Actuellement, les effets des catastrophes natu-
5. Ce film peut être qualifié de « post-apocalyp- relles sont nombreux et effraient. Séismes,
tique », car le scénario commence après la fin du cyclones, inondations, tsunamis font partie de
monde, l’Apocalypse n’est pas racontée, elle est notre quotidien. Les alertes sur le climat sont
un constat. On découvre un monde chaotique, autant d’inquiétudes pour l’avenir. Certains, en
les ruines et les machines règnent dans ce décor
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

imaginant la fin du monde ou l’après-apoca-


dévasté et ravagé. lypse, cherchent à exorciser leurs peurs et à
sensibiliser les hommes par des images chocs.
8. On attend des élèves qu’ils puissent situer
l’Apocalypse, en tant que récit biblique mais
aussi en tant que mythe actualisé par nos peurs.

110
Interrogation 3

2. Parodier un mythe, est-ce le faire revivre ?


pages 120-121 du manuel

Lecture
XVesiècle, le Graal et le festin ne sont pas pré-
 Étudier le roman (document 1) sents. Néanmoins, la série semble reprendre le
1. Description du graal : « il s’en dégagea une si dispositif scénique de la légende.
grande clarté » (l. 6) ; « de l’or le plus pur » (l. 9) ;
3. Le royaume de Kaamelott est caractérisé par
« serti de toutes sortes de pierres précieuses, les
la débandade et le désordre : « mal entouré »,
plus riches, les plus rares » (l. 10).
« héros de pacotille » ; juxtaposition d’adjectifs à
L’entourage dans lequel il apparaît est luxueux
valeur négative : « peureux, naïfs, stupides, vio-
et cérémonial. Le graal est porté par une « demoi-
lents, archaïques, désordonnés ». Le lexique uti-
selle », escortée de deux « jeunes gens tenant des
lisé est péjoratif.
chandeliers d’or pur ». Un autre porte un plat
« d’argent ».
Le graal semble l’invité, il est célébré, on le trouve  Étudier le dialogue (document 4)
« en tête du cortège » (l. 9). Le décor et les escortes 4. Le père Blaise, dans cet extrait, est le rappor-
sont caractérisés par la beauté (« grande beauté », teur de la quête du Graal, il est le scribe. On
« belle », « gracieuse », « élégamment ») et le luxe trouve les termes : « tracer une lettre », « plumes »,
(« or », « chandeliers », « pierres précieuses », « noter », « faire une légende ». Le père Blaise doit
« riches », « rares », « pierres », « ornaient »). faire d’Arthur et ses chevaliers une « légende »,
La lumière met en valeur l’objet mythique : mal- celle de la quête du Graal.
gré les chandeliers aux « dix chandelles », le graal
illumine la pièce. La comparaison appuie cette 5. Le ton de cette scène est comique. Le père
incandescence : « il s’en dégagea une si grande Blaise se met en colère et jure. Les chevaliers
clarté que les chandelles en perdirent leur éclat, semblent désabusés, totalement indifférents,
comme les étoiles et la lune du lever du soleil » blasés par le fait d’appartenir à la légende.
(l. 6-7). La colère est visible : « non, on s’est mal com-
pris » ; le vocabulaire injurieux : « il parle bien
de travers, le cureton ».
 Étudier les images et le synopsis Le père Blaise s’oppose à Perceval, Léodagan,
(documents 2 et 3) Calogrenant, Galessin ; Arthur s’oppose à Léo-
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

2. Les deux iconographies ont de nombreux dagan et Calogrenant à Arthur.


points communs. Les niveaux de langue sont multiples :
– La première image est une enluminure du – familier : « Vous m’avez jamais dit » (l. 1-2) ;
XVe siècle représentant le roi Arthur et les cheva- « le cureton » (l. 12) ;
liers autour de la Table Ronde, où est servi un – vulgaire : « Qu’est-ce que ça peut foutre ? »
festin. Le saint Graal est présent au centre de la (l. 3), « putains de plumes » (l. 5) ;
table. – soutenu : la citation du père Blaise (l. 1) : « un
– La deuxième image est un photogramme issu fidèle destrier harassé par la tâche ».
de la série télévisée Kaamelott : on y voit les che- La dispute rebondissant de personnages en per-
valiers de la Table Ronde, beaucoup moins nom- sonnages et la juxtaposition des différents
breux que sur l’enluminure. Arthur préside. Les niveaux de langue (en fort écart avec la légende
chevaliers sont réunis et semblent attendre ou et le rang des personnages – des chevaliers)
écouter ; contrairement à l’illustration du contribue à l’effet comique.

Objet d’étude 2 - Au XXe siècle, l’homme et son rapport au monde, à travers la littérature et les autres arts • 111
COMMENT LE CINÉMA MET-IL EN LUMIÈRE LES MYTHES DU PASSÉ ?

6. Cet extrait fait référence au Moyen Âge par les façon caricaturale l’époque, l’histoire et les per-
termes suivants : « Enluminures », « légende » sonnages. Les décalages notamment des
(l. 11), « fidèle destrier » (l. 1) registres de langue créent un grand comique.
Cet extrait fait référence au mythe arthurien par
8. On peut argumenter que parodier un mythe,
les noms des personnages ; l’utilisation du mot
c’est le faire revivre. En effet, Kaamelott vulgarise
« Légende » (l. 9) avec une majuscule ; et la pré-
le mythe de la quête du Graal, donne peut-être
sence de « la Table Ronde » (indications
envie au grand public de savoir de quoi il rit –
scéniques).
même s’il donne plus à voir notre vision du mythe
et de l’histoire qu’une réalité historique. Notons
que pour apprécier les subtilités d’une parodie,
Écriture et oral
il faut connaître ce qu’elle parodie.
7. Kaamelott est une parodie du mythe de la
quête du Graal, en effet la série met en scène de

3. Hitchcock utilise-t-il le mythe d’Œdipe ?


pages 122-123 du manuel

Lecture nages : Marion hurle (photogramme 1 et affiche),


Norman la main sur la bouche se retient de crier
Synopsis du film Psychose, d’Alfred Hitchcock
(affiche), ses yeux connotent la terreur. La pré-
(1960) : l’action se passe à Phoenix, Arizona. Une
sence de l’oiseau, ailes déployées, ajoute à la
jeune femme, Marion Cane, qui est la maîtresse
menace la momie (photogramme 2) ; le squelette,
de Sam, dérobe dans un moment d’égarement
momie de la mère (photogramme 3), est angois-
une valise de 40 000 dollars que son patron lui
sant, terrifiant.
avait demandé de déposer à la banque. Elle s’en-
fuit, et à la nuit, elle s’arrête dans un motel peu 2. Psychose est le titre en français, en anglais
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

fréquenté et tenu par Norman Bates. Sous le Psycho ; ce titre se réfère eu domaine de la
charme de la jeune femme, ce dernier se confie psychiatrie.
à elle et lui avoue qu’il vit avec sa vieille mère
invalide et très difficile dans une maison à proxi-
 Étudier le premier extrait (document 2)
mité du motel. Avant de se coucher, Marion prend
une douche, la vieille femme surgit et la poi- 3. Le sujet atteint de psychose n’est pas conscient
gnarde sauvagement. du désordre de sa personnalité, alors que celui
qui souffre de névroses perçoit le caractère mala-
dif de ses troubles.
 Étudier les images (document 1) La psychose, dans son acception psychiatrique,
1. Psychose semble être un film noir, un film à équivaut à la notion familière de folie. La névrose
suspens, ou un film d’horreur. Il crée la peur, on se traduit par des troubles de l’affectivité et de
peut le voir dans le regard et le cri des person- l’émotivité, mais le malade garde ses fonctions

112
Interrogation 3

mentales intactes. En effet, contrairement à la  Étudier le deuxième extrait


psychose, la névrose n’altère pas gravement la (document 3)
personnalité. D’une manière générale, la névrose
5. Le document établit un lien entre le sujet du
est due à un conflit psychique non résolu (impos-
film et la psychanalyse, le complexe d’Œdipe.
sibilité de choisir entre deux pulsions contradic-
Norman est sous l’emprise de sa mère, il « vit »
toires, d’intégrer un interdit, de surpasser un
avec elle, ou plus exactement, comme on l’ap-
traumatisme…).
prend à la fin du film, il vit avec la momie de sa
Le dialogue rapporté entre Norman et Marion
mère. Son complexe d’Œdipe n’est pas résolu.
révèle leur caractère. Norman est en tête-à-tête
avec Marion, qui semble lui plaire, il explique un
peu sa vie et fait un portrait peu flatteur de sa
mère, caractérisée par la folie (« un peu folle »), Écriture et oral
il se rassure en disant que « cela arrive à tous ».
6. On peut considérer qu’Hitchcock utilise le
Norman mène la discussion, c’est lui qui ques-
mythe d’Œdipe : en effet Norman entretient des
tionne Marion, qui reconnaît elle-même que cela
relations particulières avec sa mère, son cadavre.
peut lui arriver aussi.
Le récit repose sur les théories de Freud et du
4. La configuration des lieux reflète les relations « complexe d’Œdipe », dont le terme apparaît
entre Norman et sa mère : pour la première fois en 1910 dans son texte inti-
– la chambre de la mère a une position centrale tulé Contribution à la psychologie de la vie amou-
dans la maison, entre la chambre de Norman et reuse. Selon Freud, le complexe d’Œdipe
la cave ; correspond à des pulsions qui poussent l’enfant
– l’escalier est le lien entre la mère et Norman. mâle à ressentir une attirance pour sa mère et
Il serait intéressant de montrer aux élèves un une hostilité pour son père. Le complexe se
photogramme de la célèbre maison, qui sur- résout à l’adolescence, où le garçon renonce à
plombe, domine le motel, lieu de travail de Nor- séduire sa mère et recherche un autre partenaire
man (on en trouvera de multiples images sur sexuel.
Internet) ; cette maison, véritable personnage, Ainsi, le cas de Bates est, selon certains cri-
est le symbole de la surveillance de la mère. tiques, celui d’un complexe d’Œdipe non résolu.
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

Objet d’étude 2 - Au XXe siècle, l’homme et son rapport au monde, à travers la littérature et les autres arts • 113
SÉQUENCE B COMMENT LE CINÉMA MET-IL EN LUMIÈRE LES MYTHES DU PASSÉ ?

ÉVALUATION  S’entraîner au Bac Pro


pages 124-125 du manuel

Évaluation sance : Ridley Scott fait « son retour dans les


sphères du cinéma ambitieux à grand spectacle »
des compétences de lecture et le choix de « son désir de diriger un empire,
12 points sous le prétexte d’un revival ».
 Document 1
1. (3 points) Un péplum est un film historique
 Document 4
à grand spectacle sur l’Antiquité. 5. (2 points) Référence au péplum dans le film
Les caractéristiques du péplum selon le Gladiator :
document 1 : – le titre du film ;
– un récit mythologique ; – le héros Maximus, puissant, rageur, sa ges-
– un héros qui vient à bout de tous les dangers ; tuelle en fait un vainqueur, il semble invincible ;
– une séduisante créature à protéger. – son nom romain ;
– son costume et ses accessoires : la tunique, la
ceinture de cuir, les mitaines de cuir, les épau-
 Document 2 lières, le costume de garde prétorienne, l’épée
2. (3 points) Cette affiche de film provoque de cavalerie.
chez le spectateur l’attente de l’histoire d’un
héros mythologique, Hercule. Ce personnage
figure au centre de l’affiche au premier plan,
entouré de deux superbes femmes. Ce héros est
tout en muscles, il semble invincible. Il porte la
Évaluation
toge romaine et les spartiates. On s’attend donc des compétences d’écriture
à une aventure faite d’amour(s) et d’actions, dont
10 points
le héros sortira vainqueur.
6. Le péplum et son succès de nos jours interro-
 Document 3 gent l’homme et son rapport au monde.
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

Critères de correction : des arguments et des


3. (2 points) Ridley Scott réalise Gladiator pour
exemples issus de la séance ; des connaissances
« faire revivre le fastueux genre populaire d’ins-
personnelles (les péplums au cinéma sont nom-
piration historique à vocation spectaculaire du
breux : Troie (2004), 300 (2006), Alexandre
péplum » et « réconcilier le public avec le
(2003), La Dernière Légion (2007), Le Choc des
péplum ».
Titans (2010), etc.) ; une écriture organisée : intro-
4. (2 points) La comparaison faite entre le réa- duction, paragraphes, conclusion ; une langue
lisateur et le sujet de son film concerne la renais- correcte.

114
Interrogation 3 Les mythes appartiennent-ils seulement au passé ?

ACTIVITÉS ET RECHERCHES page 126 du manuel

Séquence AE Séquence BE
MYTHE DE PROMÉTHÉEE COMMENT LE CINÉMAE
ET MONDE CONTEMPORAINE MET-IL EN LUMIÈRE LES MYTHESE
1. Une première étude du tableau a été effectuée DU PASSÉ ?E
lors de la séance 1. 1 Le synopsis devra tenir compte :
On pourra compléter les réponses obtenues et – du monde post-apocalyptique ;
comparer les différentes représentations de Pro- – des quelques survivants ;
méthée (Chez Jacob Jordaens, Dirck Van Baburen, – du narrateur, solitaire depuis des années et qui
Vulcain enchaîne Prométhée, 1623, Jan Cossiers, parle à la première personne ;
Prométhée donne le feu aux hommes, XVIIe siècle – des temps des verbes ;
et Gustave Moreau, Prométhée, 1868, par – de la mission : « Votre destin est de redonner
exemple). l’espoir, de sauver le futur. »
2. Claude Nougaro adopte un registre comique, 2 Le mythe du Graal a été repris dans de nom-
notamment par l’utilisation d’un lexique familier breux films. Voici quelques éléments de réponse
– « belle lurette », « vous pouvez vous les g’ler », pouvant expliquer l’attrait pour cette quête
« grand gars rigolo » –, mais aussi par l’image, mythique.
peu digne, qui est donnée des dieux : « Les dieux – Le Graal, objet sacré aux pouvoirs
étaient aigris morgueux et trouble fête ». surnaturels ;
Ce registre est renforcé par le jeu de mot sur le – le mystère entourant cet objet ;
nom du héros : « Prométhée moi d’en faire bon – les doutes concernant sa réelle existence ;
usage/Prométhée, Prométhée le moi ». – l’attrait des hommes pour la recherche de
trésors.
3 Demander aux élèves de faire une recherche au
CDI ou sur Internet, par exemple sur les sites
3. Claude Nougaro montre dans la suite de sa
suivants :
chanson l’usage immodéré que les hommes font
http://www.ac-nancy-metz.fr/louvreedu/her-
du feu et les catastrophes qu’ils engendrent.
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

cule/index.html
4. Pas de réponse précise attendue. On notera http://hercule.travaux.free.fr/sommairefra.php
simplement les moins grands résultats
4 Critères de correction : choix du film, introduc-
statistiques.
tion, critique positive ou négative, présence d’ar-
guments, présence d’exemples, texte attractif.
5 Des films reprenant les mythes du Moyen Âge :
– Tristan et Yseult de Kevin Reynolds (2006).
– Le Roi Arthur d’Antoine Fuqua (2004).
– Les Visiteurs de Jean-Marie Poiré (1993).
– Cœur de dragon de Rob Cohen (1996).
– Le Nom de la rose de Jean-Jacques Annaud
(1986).

Objet d’étude 2 - Au XXe siècle, l’homme et son rapport au monde, à travers la littérature et les autres arts • 115
Histoire des arts page 127 du manuel

Thématique : « arts, sociétés, cultures »

Pierre et Gilles, couple d’artistes français, aversion pour le mariage, qu’elle demande et
formé par le photographe Pierre Commoy et le obtient de son père la grâce de garder une virgi-
peintre Gilles Blanchard, sont connus pour nité perpétuelle. Jupiter l’arme lui-même d’un arc
leurs photographies retouchées à la peinture et de flèches, et la déclare reine des bois. Il lui
qu’ils réalisent ensemble depuis leur ren- donne pour cortège soixante nymphes, appelées
contre. Ces œuvres abordent des thèmes de la Océanies, et vingt autres nommées Asies. Avec
culture pop, de la culture gay, y compris la por- ce nombreux et gracieux cortège, elle se livre à
nographie, ou de la religion (représentation de la chasse, son occupation favorite. Quand Apol-
saint Sébastien et d’autres saintes et saints). lon (le Soleil) disparaît à l’horizon, Diane (la
La religion est quelque chose de très impor- Lune) resplendit dans les cieux et répand discrè-
tant, de très fort dans leurs œuvres – « Nous tement sa lumière dans les profondeurs mysté-
avons le goût du mystique. Il est très difficile rieuses de la nuit. Ces deux divinités ont des
de séparer art et religion » –, qui sont souvent
fonctions complémentaires : frère et sœur
qualifiées de kitsch. Pierre et Gilles définissent
jumeaux, elles éclairent alternativement le
leur travail ainsi : « On aime idéaliser mais on
monde. Apollon est célébré de préférence par les
parle aussi de la mort, du mystère et de l’étran-
jeunes garçons ; Diane, plutôt par les chœurs de
geté de la vie. Il y a autant de douceur que de
violence dans nos images. » jeunes filles. Diane est une déesse sévère et
cruelle : elle sévit sans pitié à l’encontre de ceux
qui ont provoqué son ressentiment.
Première impression Ses attributs : arcs, flèches, carquois, croissant
1 On ne peut bien sûr pas donner de réponse de lune.
type à cette première question. 5 La mythologie semble ici rattachée à la beauté
2 Cette question devrait permettre d’identifier de la femme chasseresse, du mannequin. La
les différents éléments qui composent l’image. beauté de la composition est mise en scène de
On reconnaît facilement le mannequin Naomie manière volontairement exagérée. Le travail sur
Campbell, la cuirasse de légionnaire, les flèches. la couleur est des plus raffinés, jusqu’à l’ou-
trance. L’extrême précision du rendu aboutit à un
lissage esthétisant. On y voit une célébration
Analyse de la photographie plastique du corps humain. Le sujet photogra-
3 Cette œuvre représente Diane dans un décor ; phié est présenté travesti, endossant l’habit et
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

il s’agit du mannequin Naomi Campbell. Diane le statut d’une autre : ceux d’une figure de la
est en portrait à mi-cuisse, de face, au centre de mythologie antique.
l’œuvre, un décor l’encadre, sorte de mouchara-
bieh, deux lions trônent à ses côtés. Un ciel étoilé
sert de fond. Ce personnage se détache dans un Mise en contexte
monde fantasque et kitsch. Il est mis en valeur
6 Pour découvrir le panthéon des dieux romains,
par la dorure de son costume et sa place au
on pourra se référer au site
centre de l’œuvre. http://www.rome-decouverte.com/la-vie-sous-
4 La déesse Diane est la fille de Latone (Léto) et la-rome-antique/les-dieux-du-pantheon.html
de Jupiter, sœur jumelle d’Apollon. Elle vient au Diane, comme la déesse grecque Artémis, était
monde quelques instants avant son frère. Témoin la déesse de la chasse. Il s’agit d’un culte très
des douleurs maternelles, elle conçoit une telle ancien. Le nom grec de la déesse est Artémis.

116
Interrogation 3

(Voir réponse à la question 4 pour plus de Le regard des deux artistes irrigue l’imaginaire
précisions). collectif au-delà des limites de l’art contempo-
rain. Chaque image raconte une histoire.
7 On dit de Pierre et Gilles que leur travail explore
et réinvente des images populaires sans fron- 8 Ces deux artistes mettent au cœur de leurs
tières. En effet, leurs portraits semblent univer- œuvres un message de tolérance et d’ouverture,
sels et communiquent un message compréhensible qui abolit les limites entre art académique et
par tous. Le fait d’utiliser des personnes connues esthétique contemporaine. Le choix du manne-
accentue le côté populaire du message. quin renouvelle la vision académique et crée une
nouvelle Diane.
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

Objet d’étude 2 - Au XXe siècle, l’homme et son rapport au monde, à travers la littérature et les autres arts • 117
Étude de la langue Pages 130-131 du manuel

Grammaire

Les procédés de la persuasion Symbole et allégorie


1 Le discours de Nelson Mandela est fortement 3 Barack Obama est né d’un mariage mixte : son
rythmé par les anaphores (« Le temps », trois fois ; père est originaire du Kenya, sa mère du Kansas.
« Nous », 5 fois ; « Que + subjonctif », 3 fois), l’em- Il incarne véritablement, par son métissage, le
ploi du présent de l’indicatif, les tournures affir- principe fondateur des États-Unis d’Amérique : le
matives, les champs lexicaux du « devoir » et de melting pot, c’est-à-dire le « creuset » où se fon-
la « conscience », enfin, l’emploi du subjonctif à dent les différentes populations qui ont émigré
valeur optative. Tous ces procédés convergent aux USA.
vers un même effet de sens : l’espoir en des jours 4 Ces deux représentations allégoriques de la
meilleurs et bénis comme le suggère la dernière justice offrent de forts contrastes : peinture
phrase du discours à valeur christique. médiévale pour la première, peinture moderne
pour la seconde ; sur le tableau du peintre italien,
Jacobello del Fiore, la justice est encadrée par
Discours rapportés et citation
deux lions, qui la protègent. Elle tient dans sa
2 Le discours introduit une forme dialogique par main droite un glaive qui signifie que la justice
le biais du discours direct ; Martin Luther King est celle qui tranche ; dans l’autre main, elle tient
place la communauté noire en véritable interlo- la balance dans laquelle elle soupèse le pour et
cutrice et lui confère une nouvelle posture : elle le contre. La peinture colombienne offre un
peut être enfin reconnue à part entière. regard très critique sur la justice, que le peintre
L’orateur s’appuie sur des faits historiques vrais. considère comme trop souvent arbitraire ; ce n’est
Les panneaux « Réservé aux Blancs » ont bel et qu’une parodie de justice qui est ici représentée :
bien existé. Il ne fait que rappeler une triste
le fond semble un décor théâtre. Le ciel n’est pas
réalité.
d’un bleu uniforme, les nuages laissent présager
Martin Luther King légitime son action en repre-
d’un avenir peu radieux. Le rideau accentue le
nant une phrase extraite de la Déclaration d’In-
côté artificiel et théâtral du lieu. Dans son confor-
dépendance américaine du 4 juillet 1774 : « Nous
tenons pour évidentes pour elles-mêmes les véri- table et vaste fauteuil, le clown-magistrat rend
tés suivantes : tous les hommes sont créés une justice plus qu’improbable : d’un doigt dis-
égaux… » trait, il fait osciller la balance, jouant du destin
L’orateur se fait aède et prophète en inventant un des justiciables comme s’il s’agissait de marion-
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

nouvel air, un chant d’espoir. nettes. Les dés et l’échiquier, qui lui tient lieu de
bureau, renforcent l’arbitraire d’une justice digne
du Procès de Kafka.

118
INTERROGATIONS 1, 2 ET 3

Lexique

Nature et culture – Ses parents appartenaient à la haute société.


➞ grand monde.
1 Je n’y peux rien, c’est ma nature.
– La Société des Nations (SDN) a été créée par le
➞ personnalité.
traité de Versailles en 1919. ➞ l’organisation.
– Cette personne est une petite nature.
➞ fragile. 6 Cette affiche présente le documentaire de Jean-
– Le cambrioleur a disparu dans la nature. ➞ sans Paul Jaud, qui dénonce l’emploi massif des pes-
laisser de trace. ticides, lesquels, selon lui, sont la cause directe
– La malade refuse tous les médicaments, elle de cancers détectés dans ce petit village du Gard.
préfère laisser faire la nature. ➞ guérir sans L’affiche repose sur un procédé de contrastes :
traitement. – un ciel bleu/les nuages (avenir qui se couvre) ;
– Il faut d’abord déterminer la nature du conflit. – un petit arbre/le sac avec sa tête de mort ;
➞ le type. – les légumes à peine cueillis/déjà nocifs ;
– Dans les campagnes, autrefois, les paysans – « nos enfants » en typo rouge/« nous accuse-
payaient le médecin en nature. ➞ produits frais. ront » en typo noire.
– Qu’est-ce qu’ils sont nature, les voisins ! Tous ces éléments convergent vers un même
➞ simples et directs. sens : notre avenir est déjà là, sombre et
2 Les réponses sont données par les élèves, mais morbide.
le professeur peut nourrir le débat en apportant
des documents supplémentaires sur les sujets
Les arts et la pensée
abordés.
3 Les phrases rédigées doivent attester que le 7 – « L’univers me comprend et m’engloutit
comme un point ; par la pensée, je le comprends. »
mot a été bien compris. Exemple : Cette femme
(Pascal) : la phrase repose sur un jeu de mots
est d’une érudition incroyable, comme en témoi-
(l’antanaclase) : l’univers me contient physique-
gnent la richesse de sa bibliothèque et tous les
ment, je le saisis intellectuellement. La pensée est
journaux qu’elle lit chaque jour.
ici synonyme de « compréhension »
4 Le passage de la forme simple « cultiver » à la – « Vous qui vivez, donnez une pensée aux
forme pronominale « se cultiver » s’est fait par déri- morts. » (V. Hugo) : la pensée a ici une valeur
vation métaphorique : c’est en creusant, en labou- commémorative.
rant la terre qu’on rend celle-ci fertile ; de la même – « À la pensée d’en faire l’aveu, je sens le rouge
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

façon, en « se creusant les méninges », on fait fruc- me monter au front. » (Courteline) : la pensée est
tifier son savoir, et par là même, son pouvoir ! synonyme d’« idée ».
– « Il est évident pour tous que la pensée poli-
tique se trouve de plus en plus dépassée par les
Société évènements. » (A. Camus) : la pensée est syno-
5 – Les abeilles, les fourmis vivent en société. nyme de « réflexion ».
➞ groupe.
– L’ethnologie étudie les sociétés primitives.
➞ cultures.

Objet d’étude 2 - Au XXe siècle, l’homme et son rapport au monde, à travers la littérature et les autres arts • 119
Objectif Bac Pro pages 134-135 du manuel

Les deux poèmes d’Henri Michaux ont été choisis car ils présentent deux formes opposées d’une
même révolte ; la sculpture monumentale de Louise Bourgeois incite à une redéfinition de l’art.
Si les élèves n’ont pas besoin de connaissances biographiques pour traiter le sujet, il nous a
néanmoins semblé utile de proposer ces quelques éléments.
Henri Michaux (1899-1984) publie Cas de folie circulaire en 1922, suivi de Les Rêves et la Jambe
en 1923 et de Qui je fus en 1927. Il se lie d’amitié avec Supervielle, Brassaï, Jean Paulhan. Mêlant
la réalité et la fiction, il publie des carnets de voyages réels (Ecuador en 1929, Un barbare en Asie
en 1933) ou imaginaires (Ailleurs en 1948), qu’il illustre parfois lui-même. À partir de la fin des
années trente, son œuvre graphique ou photographique passe au premier plan de ses créations.
Louise Joséphine Bourgeois (1911-2010) est une sculptrice et plasticienne franco-américaine. Elle
s’oriente vers l’étude des mathématiques avant de bifurquer vers les Beaux-Arts. Après son
mariage, elle s’installe à New York et commence à composer une œuvre diverse qu’elle présente
dès 1945. À partir des années soixante-dix, elle connaît une notoriété grandissante. En 1982-
1983, le MoMA lui consacre une première exposition. Interrogée sur le choix des araignées qui
ponctuent son œuvre depuis 1940, elle explique : « L’Araignée, pourquoi l’Araignée ? Parce que
ma meilleure amie était ma mère, et qu’elle était aussi intelligente, patiente, propre et utile, rai-
sonnable, indispensable qu’une araignée. Elle pouvait se défendre elle-même ». La sculpture
« Maman », ou « big Mama », photographiée ici sur le parvis du musée Guggenheim à Bilbao, a
été produite en plusieurs exemplaires.

Évaluation Jusqu’au vers 19, un « je » révolté s’oppose à un


« vous » indifférencié, singulier ou pluriel, mais
des compétences de lecture honnit. Cette opposition énonciative se complique
10 points lors de l’apparition de pronom personnel « te »,
vraisemblablement adressé au monde refusé : « Oh
 Présentation du corpus monde, monde étranglé, ventre froid ! […] Je contre
1. (3 points) Cette question vise à dégager et te gave de chiens crevés. » (v. 16 et 18)
l’unité du corpus. Il s’agit donc d’énoncer ce qui Le monde peut-être circonscrit au corps du poète
unit les documents du corpus, pourquoi ils sont lui-même :
proposés ensemble à l’étude du candidat. « Carcasse, où est ta place ici, gêneuse, pisseuse,
Les trois documents mettent en évidence une pot cassé ?
mise à l’écart du monde et un désir de s’y oppo- Poulie gémissante, comme tu vas sentir les cor-
ser par la révolte (« Contre »), la fuite (« Un homme dages tendus des quatre mondes !
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin

paisible ») ou la remise en cause des thèmes Comme je vais t’écarteler ! » (v. 27 à 30)
artistiques représentés (« Maman »). On accep- Notons que « je » s’amplifie à partir du vers 22 par
tera toute réponse exposant un lien justifié et la jonction avec des camarades d’infortune :
acceptable entre les documents. « Frères, mes frères damnés, suivez-moi avec
confiance » (v. 22).
« Dans le noir nous verrons clair, mes frères.
 Analyse et interprétation Dans le labyrinthe nous trouverons la voie droite »
Document 1 (v. 25 et 26).
2. (3 points) Le titre du poème indique l’opposi- On attend des élèves qu’ils soient attentifs à l’op-
tion du poète au monde. Cette opposition se note position des marques de la première personne et
tout d’abord dans l’opposition des locuteurs. à celle de la deuxième personne pluriel et qu’ils

120
remarquent que la première personne du singulier Document 3
s’enfle pour devenir une première personne du plu- 4. (2 points) Dans l’imaginaire collectif les arai-
riel. On valorisera les réponses poursuivant l’étude gnées sont souvent associées à la peur et à la
de façon plus précise. répulsion – en dépit de leur rôle utile au cycle de
Mais cette opposition du poète et du monde se la vie. Elles suscitent l’effroi, au tout au moins le
marque aussi par le lexique : tout d’abord le lexique malaise. Cette araignée géante peut jouer avec
des éléments qui composeront le monde du poète : ces sentiments par sa taille, mais elle peut aussi
« […] avec des loques, moi ! (v. 1) susciter la curiosité voire l’amusement.
Je vous construirai sans plan et sans ciment (v. 2)
Avec de la fumée, avec de la dilution de brouillard
Et du son de peau de tambour,
Je vous assoirai des forteresses écrasantes et
superbes, Évaluation
Des forteresses faites exclusivement de remous et
de secousses » (v. 7-10). des compétences d’écriture
Et également un lexique des éléments qui compo- 10 points
sent les constructions habituelles :
5. Cette question appelle une prise de position
« sans plan et sans ciment (v. 2)
argumentée et personnelle du candidat.
Et au nez gelé de tous vos Parthénons, vos arts
On attend une compréhension de la métaphore :
arabes, et de vos Mings (v. 7).
« fenêtre sur le monde ». Il est possible d’ouvrir
Contre lesquelles votre ordre multimillénaire et
le sujet en proposant d’appliquer cette formule,
votre géométrie
non seulement à la littérature, mais aux autres
Tomberont en fadaises et galimatias et poussière
arts. L’élève doit construire sa réponse à partir
de sable sans raison » (v. 11-12).
des documents étudiés dans les séquences de
On attend des élèves le relevé de deux ou trois
cet objet d’étude. Il est donc nécessaire pour le
mots décrivant le monde que le poète se propose
professeur de vérifier avec ses élèves l’état de
de construire et l’énoncé de l’opposition de ce
leur compréhension, de leur appréhension des
monde avec le monde existant.
textes et des documents, mais aussi l’état des
connaissances qui en résultent.
Document 2 Exemples de critères d’évaluation :
3. (2 points) Cette question invite directement – l’élève répond à la question posée, il construit
à l’interprétation sans imposer une phase de rele- un jugement personnel, prend position et déve-
vés ou d’identification. La volonté de Plume de loppe son argumentation à partir d’idées et
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

déserter le monde qui l’entoure est poussée à l’ex- d’exemples pertinents ;


trême par le poète. On peut y voir le stade ultime – l’élève emploie un lexique du jugement, il sait
de la révolte qui n’accorde plus aucune attention utiliser les procédés de l’argumentation étudiés
à ce qui l’entoure ; un refus de participer à l’absur- au cours du cycle de baccalauréat professionnel
dité du monde et de ses contingences. Notons que et s’implique dans son propos ;
le fatalisme de Plume devant ce qui arrive ne s’ac- – les textes et documents étudiés dans les
compagne pas d’une même inattention de la diverses séquences sont rappelés judicieuse-
société à son égard : pendant qu’il se rendort le ment ; l’élève montre les connaissances qu’il
monde continue à bouger et à le juger. Peut-être, possède ;
dans ce cas, le poème montre-t-il les limites d’une – le propos est cohérent, le lecteur progresse aisé-
révolte sans espoir car sans combat ? ment dans sa lecture, la langue est correcte.
On acceptera toute explication, justifiée et
cohérente.

Objet d’étude 2 - Au XXe siècle, l’homme et son rapport au monde, à travers la littérature et les autres arts • 121
Objet d’étude 3

La parole en spectacle
pages 136-197 du manuel

Interrogation 1 Dans le dialogue, utilisons-nous seulement des mots ?


SÉQUENCE A Suffit-il de mots pour exprimer ce que l’on veut ? 123-128
1. D. A. Harvey, G. Peress, N. Sirkis, G. Fourcade, V. Novarina 2. S. Jobs, F. Frommer
• Évaluation Esti, H. Clinton
SÉQUENCE B Faire rire : seulement une affaire de langage ? 129-138
1. H. Lloyd, G. Oury, Copi, H. Bergson 2. Y. Baby, J. Tati 3. M. Freydefont, Royal de Luxe
• Évaluation R. Dubillard
ACTIVITÉS ET RECHERCHES 136-137
HISTOIRE DES ARTS Théâtre du Soleil 138

Interrogation 2 Comment la mise en spectacle de la parole fait-elle naître


des émotions (jusqu’à la manipulation) ?
SÉQUENCE A La télévision, une « société du spectacle » ? 139-144
1. Qui veut gagner des millions ?, V. Cauhapé 2. Allocutions présidentielles, S. Landrin
• Évaluation F. Jost
SÉQUENCE B Le Roi s’amuse : comment mettre en scène une pièce qui dérange ? 145-151
1. V. Hugo, F. Rancillac, R. Sarti 2. F. Rancillac, V. Hugo 3. V. Hugo, F. Rancillac, D. Méreuze
• Évaluation J.-L. Boutté, F. Rancillac, L. Ducré
ACTIVITÉS ET RECHERCHES 152
HISTOIRE DES ARTS J. Holzer, Peux pas supporter ça 153

Interrogation 1 Qu’apporte à l’homme, d’hier et d’aujourd’hui,


la dimension collective de la mise en spectacle de la parole ?
SÉQUENCE A De l’orateur à son public : une mise en spectacle ? 154-158
1. J. Jaurès, A. Boscus 2. B. Obama
• Évaluation Aung San Suu Kyi
SÉQUENCE B Daewoo : comment une parole sociale devient-elle un spectacle ? 159-165
1. F. Bon, J. Schlomoff 2. F. Bon, Ch. Tordjman 3. F. Bon, Ch. Tordjman
• Évaluation J.-C Lebrun, F. Bon
ACTIVITÉS ET RECHERCHES 166
HISTOIRE DES ARTS D’après David, Le Serment du jeu de Paume 167

ÉTUDE DE LA LANGUE Grammaire - Lexique 168-169

OBJECTIF BAC PRO 170-171


Interrogation 1
Dans le dialogue, utilisons-nous seulement des mots ?

SUFFIT-IL DE MOTS POUR EXPRIMER


SÉQUENCE A
CE QUE L’ON VEUT ? pages 138-143 du manuel

Introduction au travail de la séquence

Pour gagner en émotion et en efficacité, la parole publique met en


spectacle les mots qu’elle emploie. Le développement des médias visuels
conduit à s’interroger sur la relation qui existe entre parole et spectacle.
Cette séquence s’inscrit donc naturellement dans la première interroga-
tion de cet objet d’étude : « Dans le dialogue, utilisons-nous seulement
des mots ? » et conduit à étudier la combinaison entre les mots et le visuel.
L’image est-elle indispensable ? Comment s’effectue cette combinaison ?
En quoi celle-ci influence-t-elle la réception du spectateur ?
Il peut sembler opportun d’entrer dans cet objet d’étude par cette
courte séquence qui permet d’introduire le sujet en activant des connais-
sances et capacités que les élèves maîtrisent déjà, tant dans le domaine
scolaire que professionnel. L’enseignant pourra ainsi centrer sa démarche
sur les situations proposées dans cette séquence et l’élargir à d’autres,
tirées du domaine scolaire ou professionnel (présenter une situation,
argumenter, prendre position, débattre…) La mise en voix de l’extrait de
Vinaver rend possible la réception d’un texte de théâtre dont la seule
lecture peut s’avérer déconcertante ; l’analyse de l’extrait de Franck From-
mer révèle la mise en scène d’un véritable show, dont l’enjeu essentiel
est la promotion d’une entreprise. Enfin, les trois documents de l’évalua-
tion permettent de réfléchir sur les moyens mis en œuvre par les politi-
ciens pour convaincre les électeurs.
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

Objet d’étude 3 - La parole en spectacle • 123


SUFFIT-IL DE MOTS POUR EXPRIMER CE QUE L’ON VEUT ?

1. En quoi le visuel contribue-t-il


à créer l’émotion ? pages 138-139 du manuel

Cette séance questionne le rapport entre la langue et le geste. Comment recevons-nous les
messages qui nous sont adressés ? Quel effet produisent-ils sur nous ? Les documents de cette
double page interrogent la relation entre la gestuelle et le langage.

Lecture


Étudier les quatre images (documents 1 à 3)
1.
Document N° 1a 1b 2 3
Dans quelle situation Reportage Reportage Concert Spectacle
a-t-elle été prise ? de théâtre

Quelles émotions Amusement, Tristesse, inquiétude, Plaisir, communion des Étonnement,


s’en dégagent ? surprise déchirement lié à la spectateurs et du drôlerie
séparation chanteur
Quels éléments Le doigt et les Les deux mains Le chanteur debout au Grimaces et
visuels viennent regards tournés séparées par la vitre milieu du public ; ses mimiques
appuyer la parole ? vers le haut, la de la voiture, le bras ouverts laissent accompagnant
bouche ouverte et regard triste de la imaginer qu’il se donne la gestuelle
les sourires femme à son public, prêt à le des mains
symbolisant la recevoir les bras levés
surprise, la joie
Quel est l’effet Plaisant, léger Pathétique Sentiment de Comique,
produit sur le lecteur/ communion, d’osmose humoristique
spectateur ?

2. Les deux premières photographies, de repor- faire sens et pourtant, une lecture attentive et
tage, mettent en scène des personnes prises sur oralisée permet de comprendre ce dialogue.
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

le vif et rendent compte d’une situation légère et


4. Nihil est un pronom latin qui signifie « rien ».
joyeuse (les enfants) ou de la douleur de la sépa-
Fantoche désigne à la fois une marionnette et une
ration dans un contexte troublé (la guerre en ex-
personne qui ne manifeste aucune volonté.
Yougoslavie). Ici, ce sont les gestes qui priment
De tels noms, donnés aux deux personnages qui
sur les mots. En revanche, les deux dernières
interviennent principalement dans cet extrait, ren-
photographies (théâtre et concert) mettent véri-
forcent l’écart entre l’impression d’incohérence et
tablement en scène la parole du chanteur ou du
de non-sens des paroles qu’ils prononcent et le
comédien. La gestuelle participe des paroles
sérieux et la gravité du propos tenu. La mise en
énoncées, elle les accompagne et les illustre.
scène de cet extrait doit rendre compte de cet
écart par un jeu pouvant être à la fois grandilo-
3. La première lecture peut paraître déroutante
quent et bouffon.
du fait de la langue employée. Les phrases pro-
noncées par les personnages ne semblent pas 5. L’extrait recèle :

124
Interrogation 1

– des mots inventés : « nocturnité » (l. 4) ; « dèr- corps qui viennent donner sens au texte. La mise
dans » (l. 6) ; en voix peut donner l’occasion d’un échange
– des associations d’idées étranges : « finir au entre les élèves sur leur appréciation des diffé-
futur » (l. 19), « il n’est pas de retour : il vient de ce rentes prestations : laquelle paraît la plus
pas » (l. 25) ; convaincante ? pourquoi ? quel effet produit-elle
– des jeux de mots : « ma Mire » (l. 9) / « mon Pire » sur le spectateur ?
(l. 13) ;
– des détournements de genre grammatical : « la 7. Si l’on s’appuie sur la définition donnée par le
spectre » (l. 10-11). dictionnaire Nouveau Petit Robert de la langue
Tous ces écarts constituent une langue en soi avec française (2009), le langage est défini comme un
une syntaxe et une prosodie propre qui contribuent « système d’expression et de communication »,
à faire osciller le texte entre gravité du propos (réfé- qui permet une « fonction d’expression de la pen-
rences claires à la pièce de Shakespeare, Hamlet) sée et de communication entre les hommes, mise
et drôlerie de la langue et de la situation. en œuvre au moyen d’un système de signes
vocaux [parole] et éventuellement de signes gra-
phiques [écriture] qui constitue une langue ». La
Écriture et oral réponse doit mettre en évidence que l’expression
d’un propos écrit, quelle qu’en soit la forme, se
6. On appréciera notamment le travail de diction trouve renforcée par la dimension vocale et ges-
et d’intonation ainsi que les mouvements du tuelle et influence la réception du destinataire.

2. Convaincre : une simple affaire de mots ?


pages 140-141 du manuel

À partir des documents de cette double page, il s’agit d’analyser comment la mise en spec-
tacle de la parole contribue à son efficacité et s’apparente à un véritable spectacle orchestré
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

qui implique un jeu précis entre le locuteur et son auditoire.

Lecture Cette photographie, qui fait sourire, aurait pu


être prise lors d’un spectacle comique ou de

Étudier la photographie (document 1) mime.
1. et 2. Un homme, vêtu d’un jean, d’un tee-shirt 3. Steve Jobs, fondateur d’Apple, en a été le direc-
et de baskets, fait une sorte de figure de gym- teur jusqu’en 2011. Sa tenue vestimentaire, ordi-
nastique (debout sur sa jambe gauche, le bras naire, ainsi que la figure qu’il est en train
droit par-dessus sa tête, le gauche passé sous d’exécuter peuvent paraître décaler par rapport
sa jambe droite levée). L’homme semble être à la fonction occupée par Jobs et la notoriété de
dans une position peu confortable qui lui la marque. Mais ces deux éléments visuels par-
demande un effort de contorsion important. ticipent du marketing d’Apple qui revendique

Objet d’étude 3 - La parole en spectacle • 125


SUFFIT-IL DE MOTS POUR EXPRIMER CE QUE L’ON VEUT ?

simplicité d’utilisation et décontraction. Pour rock » (l. 14-15) ; les différentes « standing ova-
vanter le nouvel iPhone, Steve Jobs pratique la tions » (l. 17) qui accueillent les paroles de Jobs,
dérision en mimant les gesticulations que l’utili- le discours indirect libre et la syntaxe des lignes
sateur d’un autre type de téléphone mobile est 15-16 ; la « scénographie high-tech » (l. 20) et la
contraint de faire. Il s’agit donc à la fois de faire projection « du film » (l. 26), la gestuelle de Jobs
la promotion du nouveau produit et de faire rire (lignes 24-25). L’intérêt d’une telle présentation
le personnel de l’entreprise présent à cette mani- est clairement énoncé dans la dernière phrase
festation, pour leur confirmer qu’Apple est vrai- de l’extrait, il s’agit de créer « la complicité, la
ment le meilleur et le plus innovant. connivence, voire l’identification » (l. 32-33) pour
faire du public le véritable « héros de la présen-
tation » (l. 30), comme dans les jeux télévisés.

Étudier l’essai (document 2)
6. L’auteur du texte est critique. Son décryptage
4. Le champ lexical du spectacle, omniprésent de la scène tend à mettre en évidence la mani-
dans cet extrait, démontre la nécessité dans le pulation qui s’opère, le ton est moqueur, caus-
monde de l’entreprise de créer des événements tique, parfois ironique. On en trouve la trace dans
médiatiques qui sont à la fois le symbole de la le choix des termes employés et les modalisa-
réussite de la firme et qui créent un sentiment de teurs : « accueilli comme le messie » (l. 5) ; « seul
communauté parmi les employés, mais aussi les “papa” peut guérir le rejeton » (l. 7) ; « le show
utilisateurs du produit : « Expo » (l. 1) ; « show », est […] hollywoodien » (l. 8) ; les éléments de
« hollywoodien » (l. 8) ; « scène », « écran monu- comparaisons à caractère ironique : « la vraie
mental » (l. 9) ; « effet scénographique », « public » fausse table ronde » (l. 18), « le défilé style Miss
(l. 11) ; « acteur », « écran », « gros plans et pano- France » (l. 19) ; « un autre artifice très basique »
ramiques », « chauffeur de salle » (l. 12) ; « comme (l. 26-27).
dans un concert rock » (l. 15) ; « standing ova-
tion » (l. 17) ; « scénographie high-tech » (l. 20) ;
« mise en scène » (l. 22) ; « spectacle » (l. 25) ;
« film », « artifice » (l. 26) ; « nouvelle ovation » Écriture et oral
(l. 29) ; « public » (l. 30) ; « auditoire » (l. 31).
7. Cette question permet d’entraîner les élèves à
5. La dramatisation s’organise autour des diffé-
la compétence d’écriture du baccalauréat. Il
rents temps qui ponctuent le show et des élé-
s’agit donc de produire un texte argumentatif qui
ments visuels et sonores qui l’accompagnent :
réponde de manière personnelle à la question en
« deux hauts kakémonos » (l. 9) ; « scène immense
s’appuyant tant sur les documents de la séance
et écran monumental » (l. 9-10) en opposition à
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

que sur les connaissances et réflexions person-


« l’orateur et le pupitre paraissent minuscules »
nelles des élèves dans ce domaine. Il est souhai-
(l. 10) ; l’alternance « acteur »/« écran » (l. 11-12)
table que les exemples ne s’appuient pas sur un
ainsi que l’écart de perception visuelle « gros
seul genre.
plans et panoramiques » (l. 12) ; la présence d’un
« chauffeur de salle » (l. 13) pour que « la tension 8. La réponse doit mettre en évidence l’enjeu de
monte progressivement comme dans un concert la mise en spectacle de cette manifestation.

126
SÉQUENCE A SUFFIT-IL DE MOTS POUR EXPRIMER CE QUE L’ON VEUT ?

ÉVALUATION  S’entraîner au Bac Pro


pages 142-143 du manuel

Évaluation pagne à l’investiture démocrate pour les élec-


tions présidentielles américaines de 2008. Sa
des compétences de lecture tenue, tailleur strict mais original par sa couleur,
10 points fait ressortir sa silhouette du fond violet avec
lequel l’harmonie des couleurs est juste. Elle se
Document 1 tient debout au centre du pupitre, le regard
1. (3 points) La thèse développée par l’auteur tourné vers l’auditoire, la main droite levée pour
du documentaire aborde la question de l’élo- marteler son propos. Son visage, sérieux, décidé,
quence dans le cadre de la parole politique. L’élo- un peu dur (sa bouche ouverte laissant imaginer
quence est-elle innée chez les hommes le niveau sonore de ses paroles) fait d’elle une
politiques ? Est-elle le fruit d’un travail au même femme d’action. Sa coiffure est impeccable, son
titre que celui des acteurs et des comédiens ? Les maquillage et ses bijoux, discrets, mettent en
hommes politiques doivent-ils maîtriser leur évidence sa position sociale : une femme qui a
parole et pourquoi ? réussi – et compte continuer en dehors de son
2. (2 points) Du fait de la multiplication des rôle d’épouse d’un ancien président américain
médias en direct, et notamment la rapidité de dif- – et qui l’assume. Elle sait qu’en cas de victoire,
fusion via Internet et les réseaux sociaux, la maî- elle constituerait un symbole, être la première
trise de la parole est devenue indispensable pour femme élue à cette fonction.
les hommes et les femmes politiques, afin que
celle-ci ne puisse être interprétée en leur défa-
veur. A contrario, le développement de ces médias
favorise également la diffusion de « petites
phrases » et de rumeurs qui peuvent influencer le Évaluation
public et déstabiliser les adversaires. des compétences d’écriture
10 points

Document 2
3. (2 points) Cette affiche publicitaire propose 5a. Cette question appelle une prise de position
des cours de communication à toute personne personnelle à partir de l’ensemble des docu-
devant s’exprimer en public. Elle emploie les ments de la séquence, mais aussi de l’expérience
mêmes accroches que celles destinées aux personnelle de l’élève (discours politiques, émis-
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

comédiens : « techniques théâtrales », « gérer son sions télévisées, spectacles de théâtre).


trac », « art oratoire » et fait appel à des profes- Exemples de critères d’évaluation :
sionnels du spectacle pour légitimer la perti- – Le candidat répond à la question posée,
nence de ses techniques de communication. Elle construit un jugement personnel sur une ques-
tend donc à rapprocher le métier de comédien de tion précise, prend position et développe son
celui d’orateur par l’emploi de verbes qui évo- argumentation à partir d’idées et d’exemples per-
quent l’effet produit sur l’auditoire : « stimuler », tinents tirés de la séquence ou de son expérience
« captiver, convaincre son auditoire ». personnelle ;
– Le candidat emploie un lexique du jugement,
sait utiliser les procédés de l’argumentation et

Document 3 s’implique dans son propos ;
4. (3 points) Rien n’est laissé au hasard dans – Le propos est cohérent, le lecteur progresse
cette prestation d’Hillary Clinton, lors de sa cam- aisément dans sa lecture, la langue est correcte.

Objet d’étude 3 - La parole en spectacle • 127


SUFFIT-IL DE MOTS POUR EXPRIMER CE QUE L’ON VEUT ?

5b. Cette question appelle une prise de position situations de communication, prend position et
personnelle à partir de l’ensemble des docu- développe son argumentation à partir d’idées et
ments de la séquence et de l’expérience person- d’exemples pertinents.
nelle de l’élève. Elle nécessite donc un esprit de – Le candidat emploie un lexique du jugement,
synthèse et une abstraction plus accrue. il sait utiliser les procédés de l’argumentation
Exemples de critères d’évaluation : étudiés au cours de la séquence, comparer des
– Le candidat répond à la question posée, il situations et s’implique dans son propos.
construit un jugement personnel sur une ques- – Le propos est cohérent, le lecteur progresse
tion nécessitant la prise en compte de différentes aisément dans sa lecture, la langue est correcte.
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

128
Interrogation 1
Dans le dialogue, utilisons-nous seulement des mots ?

FAIRE RIRE : SEULEMENT UNE AFFAIRE


SÉQUENCE B
DE LANGAGE ? pages 144-151 du manuel

Introduction au travail de la séquence

Cette séquence s’intègre dans l’objet d’étude « La parole en spec-


tacle », qui questionne aussi bien la mise en scène ou les dispositifs qui
s’ajoutent à la parole que les formes de spectacles, les images qui peu-
vent exister sans la parole.
Au travers notamment du cinéma, on se demande ici de quelle
manière on peut faire rire, en plus des mots ou sans les mots, quels pro-
cédés visuels, quels éléments de mise en scène peuvent déclencher le rire ?

1. Comment concevoir une comédie sans paroles ?


pages 144-145 du manuel

Cette première séance s’intéresse au comique cinématographique, du burlesque muet aux


comédies plus récentes. Il s’agit pour l’essentiel d’un comique visuel dont le concentré repose
sur le gag. Comment fonctionne-t-il ? Pourquoi peut-on dire qu’il s’agit d’une mécanique ?

Lecture le genre burlesque au cinéma. Dans le second


photogramme, il est probable que certains recon-
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011


Étudier les photogrammes naîtront Louis de Funès ou Bourvil et évoqueront
(documents 1 et 2) le genre comique.
Il peut être judicieux de projeter les extraits des
1. Pour nos élèves, ces images et les acteurs
films en question.
qu’on y retrouve ne sont pas nécessairement très
parlants. Le premier photogramme est en noir et 2. Les deux photogrammes présentent des catas-
blanc, l’allure d’Harold Lloyd paraît singulière trophes déjà advenues ou à venir. Harold Lloyd
avec son maquillage blanc et son chapeau, et il est suspendu dans le vide et donc en grand dan-
se trouve pour le moins dans une situation ger ; le personnage joué par Bourvil vient visible-
irréelle. Peut-être que certains élèves évoqueront ment d’être victime d’un accident de la route,
le cinéma muet ? D’autres le burlesque ? Il peut puisque son véhicule est en pièces détachées.
se révéler utile de leur faire entreprendre une Néanmoins, l’allure des personnages ou l’attitude
recherche à partir du nom des comédiens ou sur qu’ils semblent avoir dédramatise totalement

Objet d’étude 3 - La parole en spectacle • 129


FAIRE RIRE : SEULEMENT UNE AFFAIRE DE LANGAGE ?

l’événement au point qu’on peut en rire. Le c’est « involontaire ». Il évoque aussi la « mala-
comique utilise fréquemment catastrophes, dresse » et souligne que la chute est d’autant
mésaventures et malheurs des personnages, plus drôle qu’elle contraste avec la raideur ou le
source du rire. On peut demander aux élèves de sérieux du personnage.
raconter d’autres exemples de films à mettre en
corrélation avec les deux photogrammes et d’ana-
lyser la « mécanique » qui a conduit au dénoue-
ment catastrophique du gag. Écriture et oral
6. Si l’on synthétise ce que l’on a observé à la

Étudier la scène théâtrale (document 3)
fois dans les photogrammes et dans les textes,
3. La didascalie initiale surprend et fait sourire on peut dire qu’un gag repose sur un événement
– « un arbre à melon », un « vrai facteur », de (qui relève plutôt du quotidien, de la vie réelle)
« faux facteurs ». Puis le déroulement de la scène, avant tout visuel, qu’il est aussi inattendu ou
relaté dans la didascalie, montre le personnage involontaire (pour celui qui en est victime, parce
répétant à l’infini le même geste quotidien (le que pour celui qui le met en scène au cinéma c’est
réveil sonne et elle l’éteint), un geste familier de plutôt une mécanique) et, pour cela, provoque le
tous mais qui devient, par sa répétition, quelque rire que ce soit au cinéma ou au théâtre.
chose de délirant et de risible. Jeanne semble
commander aux objets : « la sonnerie cesse ». On 7. On peut inciter les élèves à débuter la scène
peut donc classer cette pièce dans le genre de la par une didascalie relativement longue et précise
comédie. qui relate l’enchaînement qui a conduit à l’acci-
dent. Ensuite, il est possible de donner un rôle
ou un caractère à chaque personnage, dire que

Étudier l’essai (document 4) celui qui est au volant est effondré et se plaint
4. Bergson démonte le mécanisme du rire qui naît alors que celui qui est debout prend l’événement
selon lui de la maladresse et de l’inaptitude à à la légère et s’en moque.
répondre de manière judicieuse à une situation. Souligner que de nombreux éléments comiques
Il montre à travers l’exemple de l’homme qui tré- au cinéma sont d’ordre visuel. L’ingrédient cen-
buche, tombe et se retrouve par terre, que la tral d’une comédie cinématographique, surtout
chute, si elle n’entraîne pas des conséquences lorsqu’il s’agit du burlesque, c’est le gag. C’est
trop graves, est le plus vieux gag du monde. Cela une séquence construite par un enchaînement
est arrivé à chacun d’en rire ou d’être l’objet du de causes, de péripéties qui vont conduire à un
rire. événement, parfois catastrophique pour les per-
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

sonnages, mais risible pour les spectateurs.


5. Pour Bergson, c’est le caractère inattendu de
la chute qui provoque le rire. L’événement (nor- 8. On attend des élèves qu’ils montrent leur com-
malement malheureux) est drôle parce que celui préhension des documents étudiés et leur écoute
qui en est victime ne l’avait pas prévu, parce que des réponses apportées par la classe.

130
Interrogation 1

2. Un décor peut-il participer au comique ?


pages 146-147 du manuel

Cette seconde séance attire notre attention sur l’importance du décor pour construire du sens
et faire rire, à travers l’exemple de Mon oncle, de Jacques Tati. Dans ce film, le décor, aussi
bien de la villa Arpel que de l’habitat de M. Hulot, synthétise presque tout le propos du film.
En quoi est-il critique de la société de consommation ou du progrès ? Quelle importance a le
décor pour déclencher le rire ?

Lecture son jardin apparaît en opposition avec l’aspect


tout à fait conventionnel de ses propriétaires

Étudier l’article (document 1) (vêtements d’intérieur colorés et chargés pour
elle, costume trois pièces d’où pointe un ventre
1. Le sujet du film repose sur l’histoire d’un
pour lui).
couple qui vit dans une maison ultramoderne,
mais leur fils s’ennuie dans cet univers aseptisé 3. L’immeuble de M. Hulot ressemble à ceux que
et découvrira le jeu, l’imaginaire, la poésie chez l’on trouvait dans les centres anciens des villes,
son oncle, M. Hulot, qui vit encore dans son quar- mais qui tendent actuellement à disparaître. Les
tier à l’ancienne, et qui va provoquer catas- couleurs sont multiples, les formes et les maté-
trophes sur catastrophes. riaux visiblement hétéroclites ; certains éléments
ne semblent pas en très bon état. Des rajouts
architecturaux (éléments en bois au dernier

Étudier les photogrammes
étage) montrent la vie du bâtiment et ses trans-
(documents 2, 3 et 4)
formations. Mais les habitants s’y dévoilent :
2. Dans les photogrammes où l’on voit la villa plantes à de nombreuses fenêtres, linge qui
Arpel, les éléments modernes apparents sont de sèche, peintures aux couleurs désaccordées des
formes géométriques, composés de matériaux volets ouverts ou fermés. Néanmoins, l’im-
nouveaux comme le métal, les murs blancs ou meuble de M. Hulot semble vivant, gai et animé,
des couleurs primaires. L’ensemble se présente alors que la villa des Arpel semble froide et
comme graphique avec des formes très pures. La ennuyeuse.
nature a été bannie du jardin.
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

À l’intérieur, la villa semble très peu meublée, les


murs sont uniformément blancs, on aperçoit un
lampadaire avec une forme très moderne, un Écriture et oral
canapé étrange et qui ne semble pas très confor-
4. On peut commencer par établir la liste des élé-
table. La rigidité des formes, l’esprit de sérieux
ments susceptibles de pouvoir être utilisés pour
dans lequel elles ont probablement été pensées,
provoquer le rire : les deux hublots, le poisson-
peuvent à tout moment se trouver déréglés ou
fontaine, le sentier ou les graviers dans le jardin
détournés de leur usage habituel, ce qui peut
très soigné, le mobilier à l’intérieur de la maison.
provoquer le rire. Par ailleurs, certains éléments
Puis, on peut proposer d’imaginer un moyen de
semblent parodiques : les fenêtres rondes de la
les détourner de leur usage normal.
villa apparaissent comme de gros yeux d’in-
sectes ; la sculpture en forme de poisson dressé 5. On attend des élèves qu’ils soient attentifs aux
semble incongrue. L’ensemble de la villa et de contraintes de l’écriture (scène de théâtre, liée à

Objet d’étude 3 - La parole en spectacle • 131


FAIRE RIRE : SEULEMENT UNE AFFAIRE DE LANGAGE ?

un photogramme, dans un registre comique, avec ces gadgets électroménagers qui apparaissent à
deux personnages féminins…). mesure que la société de consommation se déve-
loppe à partir des années soixante, par leur « rai-
6. Il est indéniable qu’un décor (se souvenir de deur » (comme l’écrit Bergson) peuvent être une
celui de l’usine dans Les Temps modernes de Cha- parfaite mécanique qu’un maladroit ou un discret
plin) et, en particulier ici, celui des nouvelles peut dérégler ou perturber, provoquant le rire du
habitations de banlieue ou périurbaines, tous spectateur.

3. Le théâtre de rue : quels effets sur la ville ?


pages 148-149 du manuel

Cette troisième séance s’intéresse au spectacle de rue, qui s’est développé de manière impor-
tante depuis une vingtaine d’années. Il répond à notre interrogation dans la mesure où les
mots n’ont presque pas ou pas du tout de place dans ce type de représentations, pourtant
très populaires. Quel est l’intérêt de ce type de spectacle ? Quel effet peut-il avoir sur le public,
sur une ville ?

Lecture géants. Pourquoi ne pas évoquer aussi tout type


de manifestation publique, sociale, politique ou

Étudier le texte (document 1) religieuse ? C’est un spectacle populaire parce
que cela s’adresse à une ville tout entière et
1. Les spectacles de la compagnie Royal de Luxe
gratuitement.
sont des spectacles de rue, ce qui veut dire qu’ils
ont lieu au cœur d’une ville dont les habitants,
nous dit-on, partent à la recherche des person- 
Étudier les images (documents 2 et 3)
nages. Ces personnages sont des géants, sortes
4. La légende du document 2 nous dit que la mani-
de marionnettes actionnées par de nombreux
festation a eu lieu à Berlin pour fêter les vingt ans
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

manipulateurs. Le spectacle est divisé en trois


de la chute du mur.
séquences, qui durent chacune une journée, et
Celle du document 3 nous montre que le spec-
est d’abord annoncé par un affichage public.
tacle a d’abord eu lieu à Nantes. Dans les deux
2. L’argument du spectacle fait penser au conte cas, on aperçoit un public de tous les âges,
en raison de la présence des géants et de sa tona- important et joyeux.
lité merveilleuse (le géant se libère grâce au
5. Devant le gigantisme du spectacle, les specta-
rêve). Le fait que le personnage soit un géant
teurs peuvent être impressionnés ou émerveillés,
ainsi que le nom des manipulateurs (lilliputiens)
ils peuvent aussi manifester plus bruyamment
évoque l’histoire de Gulliver.
leur joie, applaudir, rire ; on peut considérer que
3. Ce type de spectacle de rue se rapproche de ce type de manifestation est une manière de ras-
la parade d’un cirque mais aussi du défilé d’un sembler sur la place publique des femmes et des
carnaval, dans lequel on peut aussi retrouver des hommes, des enfants, plus généralement des

132
Interrogation 1

citoyens, et de les faire communier, tout du moins 8. On peut d’abord considérer que le spectacle de
communiquer entre eux. rue a pour objet à la fois de divertir et de rassem-
bler les habitants d’une ville ou d’une région. C’est
un divertissement spectaculaire qui peut toucher
Écriture et oral toutes les catégories de population, des plus
jeunes aux plus vieux ; c’est un spectacle gratuit
6. On attend des élèves qu’ils respectent les aussi et qui se déroule en plein air, souvent à l’oc-
codes et usages de l’article de presse : donner casion du retour des beaux jours. Le public se
un titre, rédiger un chapeau, relater l’événement masse donc sur le parcours qu’emprunte le défilé
comme si l’on y avait assisté, résumer à la fois le ou à l'endroit où il se déroule, s’il ne s’agit pas
spectacle et ses conséquences dans la ville, faire d’un spectacle en mouvement. C’est aussi l’une
une place aux réactions du public. des rares occasions de mettre dans la rue,
7. Expression personnelle des élèves. ensemble, les habitants de toute une ville, de les
extraire de leurs espaces privés pour vivre
ensemble un événement festif et fédérateur.
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Objet d’étude 3 - La parole en spectacle • 133


SÉQUENCE B FAIRE RIRE : SEULEMENT UNE AFFAIRE DE LANGAGE ?

ÉVALUATION  S’entraîner au Bac Pro


pages 150-151 du manuel

Évaluation entre les répliques et la manière dont les person-


nages répètent les mots présents dans les
des compétences de lecture répliques qui précèdent (« DEUX. – Ouais… / UN.
10 points – Ouais ! » (l. 8-9).
Document 1
1. (1 point) Dans cette scène, deux person-

Document 2
nages nommés simplement par les chiffres « UN » 4. Le titre, Les Diablogues, surprend et amuse, il
et « DEUX » conversent à propos de la surdité du fusionne les mots « diable » et « dialogues », aver-
compositeur Beethoven. L’un pense qu’avec ce tissant le spectateur potentiel qu’il s’agira pro-
handicap il était probablement plus difficile de bablement d’un spectacle qui devrait jouer avec
composer, l’autre le contredit considérant que les mots.
c’est avec les mains qu’on écrit et non avec les En ce qui concerne le dessin, les deux person-
oreilles. nages sont similaires, ce qui intrigue, et on se
demande également pourquoi celui qui a ouvert
2. On peut penser qu’on apprend le sujet de son parapluie se retrouve tout de même sous
conversation, s’il s’agit de la surdité probléma- l’eau, alors que l’autre personnage y échappe, ce
tique de Beethoven, dès la seconde réplique. Le qui est surréaliste et drôle.
spectateur se demande donc, lors de la première
réplique, de quoi parle la personne. Mais le spec-
tateur ne comprend réellement le sujet du conflit 
Document 3
qu'à la cinquième réplique (« c’est pas avec ses 5. D’après cette critique, l’intérêt du spectacle
oreilles qu’il écrivait », l. 10) ou à la neuvième repose sur le caractère irréel, un peu fou ou
réplique (« c’est pas parce qu’il était sourd qu’il absurde, et finalement comique, du dialogue que
ne pouvait pas écrire », l. 16). Dans le cas, l’ab- nouent les personnages, mais aussi sur le jeu des
surdité de cette réplique ne peut que faire rire. deux comédiens choisis. On peut s’appuyer sur
les répliques déjà citées dans les réponses 2 et 3.
3. C’est d’abord le sujet de conversation qui est
comique, le fait de s’interroger sur l’importance
relative dans l’écriture musicale des mains et de
la surdité – mises sur le même plan fonctionnel.
Évaluation
Mais le comique naît aussi de l’incompréhension
Livre du professeur Term Bac Pro @ Belin 2011

des personnages qui semblent eux aussi atteints des compétences d’écriture
de surdité. Ainsi que le raisonnement par l’ab- 10 points
surde présent à la fin de l’extrait.
On acceptera tout relevé pertinent : « DEUX. – 6. – En ce qui concerne le décor, on peut d’abord
Ouais, mais quand même : c’est pas avec ses se demander si toutes les scènes se dérouleront
oreilles qu’il écrivait ? » (l. 10), « DEUX. – […] hein ? dans un même lieu, si c’est un espace du quoti-
UN. – Beethoven ? » (l. 11-12), « UN. –