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N : 4,701
ESSAIS ET RECHERCHES
D E
t

MATHEMATIQUE E T D E

PHYSIQUE.
Nouvelle Édition augmentée d'un troi
·ſiéme volume, & d'un tiers au moins
en chacun des deux premiers.
P R EM I E R V O L U M E.

Qui contient l'Analyſe des Principes, de la Metho


de , de la Dioptrique, des Metheores & de la
Muſique de M. Deſcartes ; avec des Suplémens
ſur quantité d'endroits. -

Pluſieurs Extraits curieux de differens Journaux ;


avec des Remarques & Additions.
Et quelques nouveaux Memoires de Mathematique,
de Phyſique, & de Metaphyſique.
Par M. PARENT Profeſſeur de Mathematique
& de Phyſique, & de l' Academie Royale
) des Sciences.

g$k
, A P A R. I S , ,
Chez JE A N D E N U L L r, ruë ſaint Jacques ,
•"
-

EG > à l'Image #
ſaint Pierre.
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|.-SS 42: M D c c x 11 l.
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R I y I L e G E bv TR0 r.
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V.
$# A,

caº ; •-'
A v L E C T E U R.
O† trouvera dans ce premier Vo
lume une Analyſe des princi
paux Ouvrages de Phyſique de M.
Deſcartes, beaucoup plus complette
& plus correcte que dans la premie
re Edition. J'y ay ſuivi le ſens qui
m'a paru le† naturel & le moins
recherché, ſans trop m'embarraſſer
ſi en pluſieurs endroits l'on ne pour
roit pas ſauver le ſens de l'Auteur à
force de ſubtilités ; d'autant que je
n'écris que pour ceux qui veulent
s'inſtruire de bonne foy, & nullement
pour ceux qui prennent à tâche de
ſoûtenir leurs Auteurs entout : le ſeul
· amour de la verité, & le ſeul intereſt
du Public étant tout mon motif, ſou
vent je paſſe des articles entiers ſans
y rien remarquer, parce qu'ils ſont
fondés la plûpart ſur des principes
déja refutés. D'ailleurs il y auroit
quelquefois tant de choſes à dire ſur
un ſeul article, que je crois faire
plus de plaiſir au Public de rendre
raiſon du fait comme je le conçois,
A7) L E C 7 E U R.
que de deſcendre dans une analyſe
détaillée qui lui feroit perdre beau
coup de tems , ſans l'inſtruire que
tres-peu. Je ne me ſuis cependant
engagé dans ces ſortes de Supplé
mens que le moins que j'ay pû, mon
deſſein n'étant nullement d'établir
ma réputation ſur la ruïne des au
tres. C'eſt-pourquoy de 685 articles
que contiennent les Ouvrages que
j'ay analyſés, & dont il y en a 356
ſur leſquels j'ay fait des remarques,
on ne trouvera gueres des Supplé
mens que ſur 139, & beaucoup plus
frequemment dans la ſeconde Par
tie, que dans la premiere.Au reſte,
je ne les propoſe encore que com
me des conjectures, qui m'ont paru
conformes aux regles des Mechani
ques, & aux experiences les plus
conſtantes. On les trouvera tous
marqués d'une étoile dans la Table
des articles analyſés que j'ay mis à
la tête de ce Volume. On a laiſſé
les extraits des Journaux avec quel- .
ques pieces nouvelles pour le diver
ſifier davantage, & le rendre plus
complet. -
LA Z) L E C 7"E Ö R.
lPar ce moyen les deux derniers Vo
lumes ne contiennent que des pieces
nouvelles, dont prés de 4o ont été
lûës dans les aſſemblées de l'Aca
demie. On trouve entr'autres choſes
à la fin du ſecond un Commentaire
& Supplément aux Elemens de Me
chanique & de Phyſique, que je fis
imprimer à Paris en 1699 chez Flo
rentin de Laune ruë S. Jacques à
l'Empereur, pour la facilité de ceux
qui voudront s'avancer dans cette
Science, & qu'on pourra incorporer
dans une ſeconde Edition de ces Ele
mens. On trouve la même choſe
dans ces deux derniers Volumes à
l'égard de pluſieurs Auteurs cele
bres, comme d'Archimedes, de Bo
relli, de Mrs Hugens, Mariotte, &c..
'& outre cela des Eclairciſſemens &
Supplémens pour chaque Volume.
J'ay retranché du ſecond Tome
quelques critiques que la vivacité
de celles de M. Saurin m'avoit arra
chées, & que le ſeul amour de la
paix m'a fait ſupprimer. J'ay auſſi
joint au troiſiéme Tome une Table
des pieces que j'ay données au Pu
· LA ty L E C T E U R.
blic, & queVolumes
les quatre l'on ne trouve
cités cy:point dans
deſſus.
Enfin le Lecteur eſt inſtamment
prié de ne point lire ces trois Volu- .
mes, ſans avoir les Supplémens &
Eclairciſſemens devant les yeux, à
cauſe que cette ſeconde Edition
ayant duré pluſieurs années , ºn *
eu occaſion d'y joindre quantité de
remarques tres-utiles.

ME MoIRE s AJQUTE z
aux deux premiers Volumes.
P R E M I E R. V o L u M F.
I.A#
ANalyſ #
& Suplément ſur la 4ººr
la Methode de
· M. Deſcartes. '
2.Analyſe & Suplémºnt ſur la Diop
trique.
3.Analyſe & Suplément ſur les Mé
theores.
4 Analyſe & Suplément ſur la Mu
lal46f.

5- # des articles analyſés.


«,Table, Eclairciſſemens & Suplément
pour les Memoires nouveaux.
S E c o N D V o L U M E.
| 1.Les raports des eſpaces , tems & ti
teſſes des corps qui tombent en l'air.
2.Les raports des eſpaces, tems & vi
teſſes des corps qui s'élevent en l'air.
3. Nouvelle Solaire dans le Syſtême de
AM. Caſſini & Maraldi.
4 Réſolution nouvelle des intereſts d'in
tereſts. -
:
DE

5, Des centres de gravité des onglets cy- '


lindriques , & des cercles d'oſcilla
tion des ſegmens de cercle par de
mouvelles methodes.
6. Nouvelle & unique explication de la -
vertu centrifuge. •,

7. Nouvelle démonſtration des centres


de tournoyement. .
8. La maniere la plus parfaite de con.
' ſtruire les Cartes Geographiques. V|
9. La veritable ſituation, route & vi jºtta
·. , #º figure plane mue dans un
· flb4t46 . -
che
ttſ
#. des Additions & Eclairciſſe aV0
mens aux Elemens de Mechanique
, , & de Phyſique de l'Auteur. -

11.Table, Eclairciſſemens & Suplémens de


pour le ſecond Volume, qui contient l

· entr'autres pluſieurs choſes nouvelles. .


15

-
#
# # #22 #à
#gº#é#ài
E X T R A I T S
DEs JOURNAUx DE LEIPSIK
de l'année 1682.
S U R.

LA PHYSIQUE.
D'un Monſtre ſorti d'une Riviere.

N 1681. le 17. de Juillet, la Ri


viere d'Elſter qui paſſe à Zeitz
Ville de Miſnie en la haute Saxe,
jetta ce Monſtre ſur ſes bords, pro
che du Village de Bornits. Sa tête
reſſembloit à celle d'un homme, il y
avoit au deſſus une éminence en
forme de Mitre. Ses yeux étoient
'fermez, & ſes oreilles de la gran
deur de celles d'un chat. Son nez
étoit plat, & ſa narine gauche fer
mée, ſa bouche étoit toute ouver
I Partie.
26 Recherches de Phyſique
te, fort grande, & garnie de dents
en haut & en bas, Il portoit au men
ton une barbe comme une chevre,
Son col, auſſi bien que le haut de ſon
corps, & ſes pieds de devant reſſem
bloient à ceux d'un veau. Le reſte du
corps étoit de la figure d'un cochon,
il avoit une queuë de meſme, Toute
ſa peau étoit de couleur noirâtre &
ſans poil, excepté ſon menton & le .
bout de ſa queuë, Il étoit du ſexe
femelle. La puanteur exceſſive du
dedans de ſon corps empêcha d'en
faire la diſſection. Cette Relation
vient de M. Schreyer Phyſicien de
meurant à Zeitz.
(» Il me ſemble que la reſſem
blance des parties du corps de ce
Monſtre avec pluſieurs animaux do
meſtiques , pourront faire juger
qu'il avoit été engendré par quel
qu'un de cette eſpece, & jetté dans
la Riviere, qui le rendit quelque
temps aprés en cet endroit, » ]
& de Mathematique. 27
• D'un Parhélie obſervé au coucher
du Soleil.

Le to. Avril 1682. M. Hevélius


obſerva à Dantzic, comme le Soleil
étoit à ſon coucher, les rayons de
cet aſtre qui s'étendoient vers le
Zenith, ſous la forme de ceux d'une
-Comete. Il paroiſſoit à leur extre
mité un Parhélie ou faux Soleil avec
un Arc-en-Ciel renverſé , & varié
des couleurs ordinaires.

De ſept Parhélies vûs à la fois.


A l'occaſion de cette apparence,
le même Hévelius parle d'un au
tre de cette nature qu'il a inſerée
dans ſon Mercure pag. 174. qui
ſurpaſſe, à ce qu'il prétend, tout
ce qu'on a vû juſques là de ſem
blable. Il obſerva le 2o. de Fevrier
de l'année 1661. en plein midy, &
le Ciel étant alors trés-pur, plu
ſieurs grands Arcs-en-Ciels fort lu
mineux : il y avoit ſur leur circon
C ij
28 Recherches de Phyſique
ference ſept Parhélies ou faux So
leils qui élançoient leurs queuës vess
la partie du Ciel oppoſée au verita
ble Soleil.
Ces ſortes d'apparences qui font
fort rares en ces païs-cy, ſont trés
communes dans les Antilles, ſoit
à l'égard du Soleil, ſoit même par
rapport à la Lune.
De l'Hiſtoire d'Ethiopie, par
Ludolphe.
Je n'ay rien trouvé dans cet ex
trait qui convienne à nôtre deſſein,
qu'une Plante nommée Aſſazoë,
qu'on prétend avoir une telle vertu
contre les Serpens, que ſon ombre
même engourdit les viperes, & les
rend ſans mouvement ; & qu'il ſuf
fit d'avoir mangé de ſa racine, pour
manier les Serpens de terre & d'eau
ſans en être offenſé. -

[ » Cette hiſtoire me paroît un peu


trop exagerée, le fond en peut être
veritable. Il vint cependant à Paris
l'an paſſé un Medecin François qui
.
---- -- -- -

-
---
• •
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me
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LE
Pr

tte

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-
é de Mathematique. 29
| arrivoit de la Cour de l'Empereur
d'Abiſſinie, où il avoit demeurétrois
ans , lequel n'aſſuroit rien de ces
| merveilles. Mais il en racontoit plu
ſieurs autres , dont on verra quel
que jour le recit. Nous eſperons
donner auſſi quand l'occaſion s'en
preſentera, un extrait de cette Hiſ
toire de Ludolphe. » ]
#-# # # # # # # # # # # # # # # # # # % %

S U R.

LES MATHEMATIQUES.
Principe pour les trois parties d'Opti
que, par M. Leibnits.
[ Planche I. des Extraits Pig. I. ]
L# lumiere va toûjours, ſelon
cet Auteur , d'un point à un au
tre par le chemin le plus aiſé ; &
ce chemin ſe doit meſurer par rap
port aux plans tangents des §.
ces courbes,
C iij
3s Recherches de Phyſique
Ce principe eſt premierement évi
dent par luy-même à l'égard de la
premiere partie d'Optique, puiſ
qu'il ne demande autre choſe, ſinon
que la lumiere aille toûjours en li
gne droite, dans un même milieu.
A l'égard de la ſeconde partie
d'Optique, il eſt aiſé de démontrer
que ſi la lumiere tombant ſur une
ſurface quelconque, fait en ſe ré
· flechiſſant l'angle de ſa reflection,
égal à celuy de ſon incidence, elle
arrivera du point d'où elle eſt par
tie au point de ſon arrivée par le
chemin le plus court, & par conſé
quent le plus facile. Ces chemins
étant pris par rapport aux plans
tangents des ſurfaces courbes. Pto
lemée & pluſieurs autres anciens ſe
ſont ſervis de ce principe pour dé
montrer les loix de la reflection de
la lumiere.
On trouve encore ce même prin
cipe démontré dans les Elements
d'Euclide du P. Dechalles.
Quant à la troiſiéme partie d'Op
tique, l'Auteur prétend que ſi un
è de Mathematique. 3I
rayon de lumiere CE [ Fig. I. J . .
paſſant par exemple au travers de
l'air, vient à rencontrer en E fa * .
ſurface de l'eau A B, au lieu d'al
ler droit en E V , il ſe détournera
en E GT; en ſorte que ſi l'on dé
crit du point E comme centre le
cercle A C B G, & que l'on mene
les ſinus CI , G K d'incidence & de
réfraction pris avec la perpendicu
laire J E K à la ſurface A B , le
premier C I aura toûjours même
rapport au dernier G K, que la fa
cilité de l'air à être penetré par la
lumiere, à celle de l'eau ; & de mê
me pour toutes autres ſortes de mi
lieux. Or la facilité qu'il y a à faire
un chemin eſt d'autant plus grande
que par un autre chemin ; que le
temps quel'on employe à parcourir
celui cy, eſt plus long que le temps
qu'on employe. à parcourir le pre
mier. Si donc, n, repreſente le che
min direct que la lumiere fait dans
l'air, & m celuy qu'elle fait dans
l'eau pendant un temps égal, que
j'appelle t ; on aura le temps qu'elle
32 Recherches de Phyſique
c employe à parcourir G E, par cette
analogie : n | c E |t l' ºf. De

même on aura le temps que la lu


miere employe à parcourir GE par
cette autre analogie : m | G É ſlt |
*°*. Donc , x * # + # # ſera
772 72 779 -

tout le temps qu'elle employera à


parcourir C E & G E. Nommant
donc encore le temps que la lumie
re employeroit à parcourir les droi
tes CH, H G , # , & la facilité
u'elle trouverroit dans ce paſſage
, on auroit la facilité à parcourir
C E + G E par cette analogie, t x
cE - C E
72
#|•cE- noei
/73

| aº IIf #IE Si l'on veut donc


EG

que la lumiere vienne de Cen G par


le chemin C E G le plus facile, il
—ſ-
faut que cette ſomme EGn-+-CEm ? .
faſſe (un plus grand.) •'

Soit donc C H=c, HL= h,


& de Mathematique. 33
G L=g, & la variable & incon
flue H E = y , & que C E & EG

ſoient entr'elles dans quelque rap


port que ce ſoit; c'eſt-à-dire que
les points C & G ne ſoient plus re
gardez comme étant neceſſaire
ment dans la circonference d'un
cercle. On aura C E = Y ,T5*
E L = h — y, & E G =
2/ hº-F5º-7ETE , ce qui donnera,
º - fa*
EGn=FGE T,JF-E7EE --
77#; & cette ſomme doit
être la plus grande qui ſe puiſſe.
[« Nôtre Auteur en reſte là, & cache
la methode par laquelle il a reſo
lu ce problême. Voicy comme je
le reſous ſuivant ſes propres prin
cipes. Je prens la differentielle de
cette quantité, en nommant, u* le
quarré de ſon diviſeur, ſçavoir fa*
...-y-+- h x n my -

»dyxx-# - EE # , & je
Fégale à zero ; ce qui me donne
b-yn = m y ) 2

( EG 7 # ) & enfin l'analo


34 Recherches de Phyſique
gie n | m | # #, qui eſt cel
le que donne l'Auteur.
Cette analogie ſubſiſtera toûjours
quelque rapport qu'il y ait entre
C E & E G; & comme ce rapport
eut varier infiniment ſans changer
† angles C E A, B E G, on peut
maintenant ſuppoſer C E, E G éga
les comme en premier lieu, & alors
cette analogie ſe reduira à la ſim
ple, n | m |y|h-y, qui nous en
ſeigne ; Que toûjours le ſinus d'in
cidence E H ou C 1, eft au ſinus
de refraction E L ou K G (l'un &
l'autre étant pris par rapport à la
perpendiculaire I K) comme la fa
cilité du milieu d'où vient la lu
, miere à celle où elle entre ; & par
conſequent toûjours entre eux dans
, un même rapport, comme l'expe
rience journaliere le confirme.
Nous n'avons pas ſuivi ſcrupu
leuſement les expreſſions de l'Au
teur qui ſe ſert de la ſomme des
difficultez, au lieu de celle des faci
litez, & qui demande qu'elle ſoit
& de Mathematique, 35
égalée à ( un moindre.) Ce qui
nous a porté à cela ç'a été pour
ne point abandonner l'idée de faci
lité qui eſt énoncée dans ſon prin- .
cipe , en quoy nous n'avons aucu
nement prétendu rabaiſſer le mérite
de ſa Démonſtration, puiſqu'au fond
la nôtre eſt la même que la ſienne.
On trouve dans le Traité de la
lumiere de M, Hughens une appli
cation de ce même principe aux
réfractions, en ſe ſervant du temps
au lieu des facilitez ou difficultez,
ce qui revient au même ; mais la
méthode eſt plus courte. Pluſieurs
autres Sçavans ont embraſſé ce
même principe, comme M. Fer
mat, Snellius, les PP. Pardies, An
go, &c. C'eſt le troiſiéme dont
je me ſers au même ſujet dans mon
diſcours ſur la lumiere.º]
Notre Auteur démontre encore
aprés Snellius une proprieté.de la
réfraction qui peut avoir ſon uti
lité; ſçavoir que menant la tangen
te lºT par l'extremité du diametre
44, laquelle rencontre le rayon
36 Recherches de Phyſique
direct prolongé en V , & le rompu
auſſi prolongé en T, le direct E V
aura toûjours même rapport au
rompu E que la reſiſtance du milie
I E d'où vient la lumiere à celle du
milieu E K où elle entre, ce qu'il
tire de ce que les ſecantes de diffe
rents arcs CA , B G, ſont entre
elles réciproquement comme les
ſinus G K, C I, des complemens
de ces mêmes arcs.
L'Auteur fait auſſi une trés-belle
reflexion contre Deſcartes & ſes
Sectateurs, qui prétendent (dit-il)
bannir abſolument les cauſes finales
-

de la Phyſique, pour ne recevoir


que les cauſes Méchaniques.
[* Il m'a toûjours effectivement
paru que quand un principe final ou
de perfection avoit une application
claire & nette au ſujet auquel on
l'approprie, ſans équivoque & ſans
ambiguité, comme celuy dont il
s'agit, on ne pouvoit pas ſe diſpen
ſer de l'admettre comme vray, &
de le prendre pour un fondement
inconteſtable. Il ſeroit même à
ſouhaiter
& de Mathematique. 37
ſouhaiter qu'on pût connoître tou
te la nature par de tels principes,
cela ne ſerviroit pas peu pour dé
couvrir les veritables cauſes Mé
chaniques. Enfin il me ſemble que
de révoquer en doute, que les cau
ſes morales ou finales § auſſi
naturelles que les Méchaniques,
c'eſt vouloir détruire la Providence
pour ſubſtituer le hazard, en préten
dant que l'Auteur de la nature con
noît moins la fin que les moyens. »]
L'Auteur tâche enſuite d'accom
moder le principe Méchanique de
réfraction dont M. Deſcartes s'eſt
ſervi avec le ſien. Or la concluſion
que M. Deſcartes tire du ſien, eſt,
comme on le ſçait, Qge le ſinus
d'incidence eſt toûjours à celuy de
*
· réfraction ( tous deux étant pris com
me cy-deſºus) comme la reſiſtance du
milieu d'où vient la lumiere, à celle
du milieu où elle va ; ce qui eſt à
la verité, également conforme à
l'experiehce journaliere, mais dire
ctement oppoſé à la concluſion de
nôtre Auteur. ' -

I Partie. D.
38 Recherches de Phyſique
Pour ſauver donc cette oppoſition,
il eſt obligé d'établir ce principe.
In caſu luminis (ce ſont les paroles,
du Journal) à reſiſtentiâ medii diffu-,
ſionem impediente, velocitatem pro,
reſiſtentiâ creſcere , & pro majore,
diffundendi ſui facilitate in ſingulis,
partibus langueſeere. C'eſt à dire ,
que ſelon luy, lorſque la lumiere,
rencontre un milieu qui luy fait ob-,
ſtacle, elle accelere ſa vîteſſe à pro-,
portion que l'obſtacle eſt plus grand,
& tout au contraire, lorſqu'elle
trouve trop de facilité à continuer
ſon chemin, ſon mouvement ſe ra-.
lentit, -

| [ » Mais il me ſemble, avec toute,


l'eſtime qui eſt duë à ce grand hom
me , que cela ne ſauve nullement la ,
· contradiction, puiſque la queſtion .
ne tombe pas ſur le nom qu'on doit .
donner aux milieux ; mais unique
ment ſur le plus ou moins de che
min que la lumiere fait en droite
ligne dans ces diffèrents milieux en .
même temps. - Or il eſt conſtant :
qu'afin que le principe de nôtre Au ,
-, -- à.
& de Mathematique. 39
teur ſubſiſte, la lumiere doit faire
j† de chemin en droite ligne dans
'air ( par exemple) que dans l'eau
· en même temps ; & c'eſt delà que
M. Hughens a tiré la même pro
portion droite des ſinus & des faci
litez que nôtre Auteur. Et au con
traire, afin que la proportion, des
ſinus & des reſiſtances que M. Deſ
cartes établit ſubſiſte, il faut que
la lumiere faſſe plus de chemin en
droite ligne dans l'eau que dans
l'air. Donc les principes de ces deux
ſçavants Auteurs ſont formelle
ment oppoſez , du moins cela me
paroît ainſi, chacun en jugera com
me il luy plaira. -

De plus, M. Deſcartes diviſe le


mouvement de la lumiere en paral
lele & en perpendiculaire à la ſur
face qui ſepare les milieux , & ce
pendant il prend dans ſa démon
ſtration le mouvement direct & le
parallele, c'eſt à dire le tout & la
partie ( au lieu du perpendiculaire
& du parallele ſeulement ) pour le
· tout, ce qui eſt abſolument détruire
D ij
4o Recherches de Phyſique
ſa conſtruction, & ce qui eſt for
mellement contraire à ſes propres
principes, & à la droite Méchani
que, comme on le verra plus am
plement dans la ſuite de l'Analyſe
de cet Auteur, & encore plus clai
rement dans mon diſcours ſur la
lumiere, & ce que pluſieurs Sça
vans ont reconnu, & particuliere
ment M. Sauveur dans ſon Traité
d'Optique.
Enfin nôtre Auteur donne encore
une démonſtration de la reflection
· par la reſolution du mouvement ,
en ſuppoſant que toute reflection
vient neceſſairement du reſſort. Il
conſidere donc que le mouvement
C E ſe reſout naturellement dans
les mouvemens C I, C H, que le
mouvement C I n'eſt changé en
rien par la ſurface A B, & que le
mouvement C H ou I E eſt rendu
tout entier en ſens contraire, en ſup
poſant le reſſort parfait, c'eſt pour
quoy prenant E R vers B égale à
E Hachevant le rectangle EIDR,
ſa diagonale E D ſera le mouve
i * .
& de Mathematique. 4x
ment du rayon reflechi, puiſque ce
mouvement eſt compoſé naturelle
ment des mouvemens E I , E K.
Or cela étant, il eſt aiſé de voir que
les angles d'incidence & de reflec
tion CEH, DEB ſont égaux.
La veritable Britannique des An
ciens, par M. A. Muntingen.
Doc. Med. de Groningue. A
Amſterdam 168I.
L† rapporte que cette plan
te a été celebre de tout temps,
premierement chez les Friſons, en
ſuite dans toute l'Europe pendant
plus de 8oo ans, depuis que l'ar
mée des Romains y fût attaquée du
Scorbut du temps de leurs premiers
Empereurs, cauſé par les mauvaiſes
eaux quel'on y boit.Mais cette plan
te fut enſevelie dans l'oubli, avec les
Arts & les Sciences, parl'arrivée des
Gots & des Normans dans ce païs,
versl'an758; de ſorte qu'il y a prés de
1ooo ans qu'on ne la connoiſſoit
plus, lorſque nôtre auteur conſi
derant que Dioſcoride, Pline, Gal
D iij
42 Recherches de Phyſique
· lien, & les autres Grecs, & même
les Arabes ont fait la Britannique
ſemblable au Lapas ſauvage à feüil
les noires & longues, appellé en
Latin Rumex, s'eſt aviſé de faire
l'examen de 27 ſortes de Lapas ; &
a enfin conclu que le Lapas noir
de marais, appellé Hydrolapas, eſt
la veritable Britannique. Et qu'ain- .
ſi c'eſt à tort qu'on a pris la Britanni
que pour la Biſtorte, la Tormentil
le, &c. , . -- - • • • • • * º

Il ajoûte que les qualités de cette


Plante, ſont d'être froide, ſeche,
aſtringeante, conglutinante, con
fortative pour les nerfs, & excel
lente contre les venins, & particu
lierement contre le Scorbut. Il en
fait prendre la décoction interieure
·ment & toute ſimple.
· Il prétend auſſi que cette Plante
eſt bonne pour les hémorroïdes,
l'hydropiſie, la ſquinancie, la diſ
centerie, les diarrées, & la pleuréſie.
Il aſſûre encore que l'on peut fai
re boüillir ſa racine avec le double
de Tormentille, & mêler la décoc
-
----

#
-

c
-

- + --

- -

-
- -
- -
- -

- º
:) ----
----_
& de Mathematique. 43
tion avec du petit lait pour en faire
boire aux troupeaux attaqués du
flus de ſang, par les urines.
Enfin il prétend que cette Plante
étant priſe en breuvage ſoit encore
vulneraire, & pour concluſion il en
fait quantité de remedes, tant ex
ternes qu'internes, qui la luy font
nommer la Panacée des Friſons.
Démonſtration de l'égalité qui ſe trou
ve entre trois figures planes ſem
blables , & ſituées ſemblablement
ſur les trois côtez d'un triangle
rectangle, par un Auteuranonyme.
[ Planche I. Fig. III. ]
C# Problême fut propoſé en
1679. à Prague par le P. S.
Hartman Jeſuite. L'Auteur anony
me l'a effectivement reſolu, à l'é-
gard de trois triangles équilate
raux ſituez ſur les trois côtez d'un
triangle rectangle, quelque propor
tion que ces côtez ayent entr'eux,
& cela pour une premiere méthode
qu'il appelle particuliere.
A
Il a tanté encore la même reſolu
44 Recherches de Phyſique
tion par une ſeconde maniere plus
generale, fort differente de cette
premiere , mais il m'a§ en l'exa
minant, qu'il avoit ſuppoſé ſa li
gne HR, égale à BS, (qui ſont
icy H u & B P) au lieu que le
point de la queſtion conſiſtoit à le
démontrer.
Il applique cette ſeconde métho
de aux quarrez en cette maniere.
A B C eſt un triangle rectangle
quelconque, C B Pp le quarré bâti
ſur B C. C A q Q le quarré bâti
ſur le côté A C, & A B T V le
quarré fait ſur l'hypothenuſe A B.
Il prolonge les côtez p P, Qq ſur
A B en D & E , & mene par
l'angle droit C la parallele R C S
qui les rencontre en G & S. Il con
duit par G la parallele G H à QC,
ſur AB en H , & au delà. Il meine
auſſi par B la parallele B O à AC,
ſur V T en O, rencontrant G H en
L, & par O la parallele B C qui
coupe A B en F, C * prolongée en
I, & C G en R. Enfin le prolonge
ment de CA rencontre V T en O.
v
& de Mathematique. 45
Cette conſtruction luy donne le
quarré B C P p égal au parallelo
gramme BCSD, le quarré ACQq,
égal au parallelogramme A CGE ,
& celuy - cy au parallelogramme
B C G H. Ainſi ces deux quarrez
ſont reduits au ſeul parallelogram
me HGS D. Il a de plus le quarré
A BTV égal au parallelogramme
A B O o, celuy-cy égalau paralle
logramme CBOI, & ce dernier égal
au parallelogramme CBFR. Ainſi ce
dernier doit être égal au parallelo
· gramme G HD S, ou le parallelo
gramme G H FR, au parallelo
gramme C B D S, ou enfin H F
égale à BD. Et pour le démontrer
il ne s'agit que de prouver que les
triangles équiangles H Fu ( Hu
étant parallele & égale à L O)
. B P D ſont égaux, ou ſimplement
que Hu , eſt égale à B P ou B C,
l'Auteur renvoye pour cet effèt à ſa
ſeconde methode cy deſſus, où il
s'agit de démontrer que H R eſt
égale à B S.
C'eſt pourquoy j'ay ajoûté ce qui
46 Recherches de Phyſique.
ſuit pour ſupplément à ſa démon
ſtration. -

[» Suppoſant que GH coupe AC


en z , on aura le triangle GZC
égal en tout au triangle H B L ;
ainſi HL , ou u O , ſera égale à
G z, pu, q A , ou A C, & menant
la verticale, O h, qui rencontre
Ku, en, h , on aura le triangle
Ou h, égal & ſemblable à A C B,
puiſque l'angle O ſera égal à l'an .
gle A, & l'angle u, à l'angle C,
& u O, égal à Ac. Donc O h, ſera
égale à A B, & à B T, & par
conſequent h , & H, ne ſeront
qu'un point. Donc, u H, ſera éga
le à B C ou B P, ce qui reſtoit à
prouver.
Au reſte on n'a pas crû devoir
rapporter les démonſtrations de
l'Auteur anonyme touchant les
triangles équilateraux, parce que la
propoſition étant une fois démon
trée à l'égard des quarrez ; elle ſe
déduit auſſi-tôt pour toutes les au
tres figures ſemblables entr'elles, au
moyen des proportions; & qu'on
& de Mathematique. 47,
ne voit pas l'utilité qu'il y a à ſe
† de ce ſecours, qui eſt d'ails
eurs ſi familier & ſi utile dans la
Geometrie. « ]
L'Auteur prétend de plus appli
quer ſes Démonſtrations à toutes
ſortes de figures ; mais cela ne m'a
pas paru d'abord auſſi aiſé qu'il le
prétend. « [ Je crois même que
† on y parviendroit, on ne
ſeroit jamais payé de la peine qu'il
y-auroit à l'entreprendre, par le
fruit qu'on en retireroit. « ]
Le même Auteur anonyme pro
poſe auſſi à ſon tour aux Sçavans ,
les deux problêmes qui ſuivent.
Le premier eſt de démontrer que .
les trois quarrez des trois côtez per- .
pendiculaires d'une pyramide rec
tangle ſont égaux au ſeul quarré du
diamettre de la ſphére circonſcrite. .
Le ſecond de trouver avec la ſurfa
ce ſphérique, deux moyennes conti ,

nuellement proportionnelles comme


on en trouve une avec la circonfe
rence du cercle.
48 Recherches de Phyſique
Quadrature indefinie du cercle & de
\ l'hyperbole en nombres rationnels ,
par M. Leibnits. -

- - [ Planche I. Fig. I V. ] ,
L† prétend que ſi le quar
ré du diametre d'un cercle eſt
1, la ſurface entiere du cercle ſera
égale à la difference de ces deux
progreſſions indéfinies (# + # + #
+ # + # &c.) & (# + #-+ # +
# + # &c. ) qui ſont deux pro
greſſions harmoniques continuës.
De plus en ſuppoſant le quarré
inſcrit au cercle (=#) il prétend
que la ſurface du même cercle eft
égale à la ſomme de cette progreſ
ſion infinie (#—+ # + # + # +
z# &c. ) . .. :
, Il ſuppoſe auſſi une premiere hy
perbole G C H entre ſes aſymptotes
A E, A F, il prend ſur A E ( par
exemple) la partie A E à volonté
qu'il diviſe en deux également en
B, il meine les ordonnées E H &
B C, paralleles à A F, il prétend .
que le ſegment aſymptotique
BCHE
-

·
• •• • -
-
|--) --★ →----
|-
& de Mathematique. . 49
BCHE eſt égal à cette progreſſion
infinie (#-+# + # + # + #
&c.) en prenant A E pour l'unité,
& ſuppoſant B C égale à A B, ou
le quarré A B C D = # .
Les termes de ces quatre progreſ
ſions ſont aiſez à trouver, puiſque
leurs numerateurs étant toûjours
1'unité , les dénominateurs des deux
premieres ſont les nombres impairs
1naturels (1.3.5.7.9.11.&c.) & que
ceux des deux dernieres ſont les
quarrez des nombres naturels pairs
& impairs (4, 9, 16, 25,36,49, &c.)
diminuez chacun de l'unité , en
commençant au ſecond quarré 4,
& ſautant 3 quarrez pour chaque
terme. La difference qu'il y a en
core d'une progreſſion à ſa pareille,
eſt que la ſeconde ne commence
qu'aprés le premier terme de la pre
miere immediatement. De plus il
donne la ſomme de cette progreſ
ſion infinie (# + #-+ # &c. ) qui
eſt ſemblable à la premiere des deux
dernieres, mais dans laquelle on ne
ſaute qu'un quarré à chaque fois :
I. Partie. t ... " "
5o Recherches de Phyſique
il dit que cette ſomme ne vaüt
que ( #. )
Enfin il donne la ſomme de cette
autre progreſſion infinie ( + # +
# &c, qui eſt encore ſemblable à la
même, & dans laquelle on ne ſaute
aucun terme que le premier, & dit
qu'elle ne vaut que (# )
Il fait remarquer de plus, que ſi
l'on double tous les numerateurs de
la ſeconde progreſſion circulaire
#- #- , &c.) pour avoir (#
+ # + # &c. ) on en formera
les deux premieres du cercle ( # -+
# + # &c, # + # + # &c, ) ôtant
chaque terme de la ſeconde de ce
luy qui luy répond dans la pre
miere. Ainſi du premier qui vaut
i ôtant le premier # il reſte (# ) du
ſecond qui vaut # ôtant le ſecond
qui vaut , il reſte (#,) & ainſi de
ſuite. - -

« Or la progreſſion (#-# # +
# &c. ) vaut un cercle double de
celuy dont la valeur eſt la progreſ
ſion (#-+ #-+# &c. ) Donc le
premier cercle que l'Auteur a ſup
-
c de Mathématique. 51
poſé, vaut le double de ſon ſecond,
& le quarré circonſcrit au premier
eſt par conſequent quadruple du
quarré inſcrit au dernier.
Au reſte l'Auteur s'eſt reſervé la
démonſtration de la liaiſon de ces
progreſſions avec le cercle & l'hy
perbole; on voit cependant l'origi
ne de celles du cercle dans la Geo
metrie pratique de M. Ozanam.
Mais ce dernier ne donne point non
plus leur liaiſon avec le cercle, pour
en laiſſer toute la gloire à leur pre
mier Auteur. Ceux qui voudront
voir le dénoüement de ces enigmes,
n'ont qu'à lire ce que M. Wallis en
a donné dans les mêmes Journaux
des années ſuivantes. ]
Regle de M. Tſchirnhaus pour
trouver les tangentes de quantité
de courbes.
[ Planche I. Fig. V. ]
Oit une courbe quelconque B F
S† ait pour axe quelqu'autre
courbe B D que ce ſoit, laquelle
BD eſt établie ſur la droite A B C
E ij
52 Recherches de Phyſique
comme axe, ayant les droites C D'
our ſes ordonnées. Soient priſes
† parties D F de ces mêmes or
données pour celles de la courbe
B F. Suppoſez les tangentes D A,
FA, menées aux points D, F de
ces deux courbes , & concourantes
en A. Nommez les abciſſes BDx,
& les ordonnées D Fy, & ſuppo
ſant que la courbe BF ait pour ſon
équation conſtitutive (- y*— x *
–x * y—+ x y * — a3-+a*y— a*x
—+ a x *- ay* = o.) Prenez depuis
D ſur la tangente A D une lon
gueur égale à la quantité ſuivante
–3a3 + la*y-2a*x +-ax*- ay*
–3x*-2xy+-y*—a*-+-zax +s)
& conduiſez la droite A F par A,
& par le point marqué F, elle tou
chera la courbe B F en F.
Or cette valeur de A D eſt formée
ſur l'équation propoſée en cette ma
niere. Aprés avoir égalé le tout à
zero, comme on a fait, on forme
une grandeur de tous les termes où
ſe trouve la quantité conſtante a,
en conſervant leurs ſignes & mul
· & de Mathématique. 53
tipliant chaque terme par le degré
de ſa conſtante. Ce terme eſt le nu
merateur de la fraction cy deſſus.
Et pour ſon dénominateur on for
me une autre grandeur de tous les
termes où l'abciſſe x ſe trouve, en
conſervant auſſi leurs ſignes, mul
tipliant chaque terme par le degré
de ſon abſciſſe x , & diminuant en
ſuite chaque puiſſance de la même
abciſſe d'un degré. Enfin on joint à
cette fraction l'abciſſe x , & la ſom
me donne la valeur de D A.
Si B D qui eſt l'axe de la courbe
B F eſt une ligne droite confonduë
avec B C la grandeur cy deſſus qui
marque A D, exprimera la diſtan
ce A C de l'ordonnée FC au point
A oû la tangente A F coupe l'axe
A C, ce qui eſt aiſé à voir.
L'Auteur ne donne point la dé
monſtration de cette découverte, il
ſe contente de la promettre, & de
dire qu'on pourra aiſément la trou
ver par les méthodes de M. Deſ
cartes, Fermat, Sluſe, &c.

E iij
J4 Recherches de Phyſique
Réponſe du P. Kochanski feſuite de
Pologne, à l'Auteur anonyme des
Problêmes propoſez cy devant.
[ Planche I Fig. V I. ]
P Our répondre au premier Pro
blême, il conſtruit ſur un des
triangles rectangles qui ſert de bâſe
à la pyramide en queſtion, un priſme
droit de même hauteur qu'elle, &
joignant à ce dernier un autre priſ
me tout pareil, il en forme un pa
rallelepipéde rectangle dont la moi
| c a ta
tié ſert de bâſe au priſme & à la
pyramide. Il confidere enſuite que
le quarré de la diagonale de ce pa
rallelepipéde vaut le quarré de ſa
hauteur, qui eſt auſſi celle de la py
ramide, & le quarré de la diagona
le de ſa bâſe. Or le quarré de cette
derniere diagonale étant égal aux
quarrés des 2 côtez de la même bâfe
de la pyramide, il eſt évident que le
quarré de la premiere diagonale du
parallelepipéde, ou du diametre de
la ſphére circonſcrite, eſt égal aux 3
quarrez des 3 côtez perpendiculai
eº de Mathématique. 55
res de la pyramide rectangle, ce
qu'il faloit prouver.
[» Je me ſuis ſervi de cette pro
prieté dans mes Elemens de Mécha
nique & de Phyſique pour diviſer
le mouvement en trois directions
perpendiculaires entr'elles, ſans l'a-
voir vûë ailleurs. » ]
Pour réponſe au ſecond Problê
me, il dit, qu'il ne regarde pas
plûtôt la ſphére que le cercle. Il ap
porte pour exemple ce Problême ;
ſçavoir. De trouver ſur le diametre
A D d'un demi cercle le point B,
tel qu'élevant la perpendiculaire BC
juſques à ſa circonference, les 4
droites AB, BC, BD, AD, ſoient
continuellement proportionnelles.
Il en donne en même temps la
ſolution, en ſuppoſant le rayon AE
de 1ooooo parties, & prétend que
A B vaudra 63534, B C, c 3114, &
B D 136465. ſans qu'il s'en faille
une unité; mais il en cache l'Ana
lyſe.
Il propoſe enſuite 2 efpeces d'in
ſtrumens pour trouver deux moyen
56 Recherches de Phyſique
nes proportionnelles entre deux
droites données ; mais comme ces
ſortes d'inſtrumens ſont de peu d'u-
ſage, nous les avons paſſez exprés.
Réponſe de l'Auteur anonyme au
P. Kochanski.
[ Planche I. Fig. V I. ]
L† anonyme n'approuve
pas l'exemple que le P. Ko
chanſki luy apporte, parce qu'il ne
répond pas a ſa queſtion, qui eſt
de trouver deux moyennes propor
tionnelles entre deux droites don
nées. Cependantil donne l'équation
Analytique, d'où il prétend que ce
Problême a eſté tiré, & pour cet
effet :
Il nomme A D, a, & B E, x, &
tire de ſa propoſition cette égalité
( xº + 3 ax*- 7 a*x —3 a 3= o)
& conclut que ſelon ce calcul l'an
gle BEC eſt de 68º. 36'49". 42".
&c.

Il ne paroît pas non plus fort


content des reſolutions méchani
ques du P. Kochanſki, ſur quoy il
& de Mathématique. 57
renvoye à la Geometrie de Deſcar
t6ºS,

Il luy propoſe à ſon tour ces deux


Problêmes : Le premier eſt de trou
ver tous les triangles inſcriptibles
dans un cercle donné, dont les cô -
tez ont la ſomme de leurs quarrez
toûjours d'une même quantité.
Le ſecond eſtant donné, la bâſe
triangulaire & acutangle d'une Py
ramide, avec l'angle ſolide oppoſé,
trouver la Pyramide. -

D'une Eclipſe obſervée par f. Flam


ſtéed le 18. Aouſt aprés minuit, à
Grenwik proche Londres.
Le diametre de la Lune eſtoit alors
de 619 I. 3o. 53. Le commencement
de l'Eclipſe fut apperçû à 13 h. 5o'.
4o". Mais on n'en put voir la fin à
cauſe des nuages qui l'enveloppe
IC1)t.

D'une Cométe obſervée la premiere


fois à Leipſik le 16.Aouſt au ſoir,
(anc.ſty,) en 1682.
On la vit le 17 pour la ſeconde
58 Recherches de Phyſique
fois auſſi-tôt aprés le Soleil couché.
Elle eſtoit à 1o h. en droite ligne
avec les eſtoiles de la grande Ourſe,
que Bayerus marque des lettres ,
l', 6 5 •! > & A.
Le 18 au matin à 2 h. ſa queuë s'é-
- tendoit au delà de 1, & x, du côté
droit, du double de leur diſtance.
Sa long eſtoit au 4 # d. du Lion ,
& ſa lat. de 24 , d.bor.
Le 19 à 3 h. ſa long. au 1o # d. du
Lion, & ſa lat. de 25 d. firent con
noître qu'elle avoit fait en un jour
plus de 5 d. de ſa courſe naturelle.
A 1o h. , du ſoir, deux lignes droi
tes menées par x, & !, & par a, &
», ſe coupoient au corps de la Co
JI)Ct6º.

· Le 2o à 9 h. les eſtoiles, », u, ê,y,


eſtoient en droite ligne avec elle, &
elle eſtoit plus éloignée 3 fois de u,
que pa, ne l'eſt de ».
Le 21 à 9 h. ſa queuë paſſoit par
c», & s'étendoit un peu au delà.Sa
largeur à ſon extremité ſurpaſſoit le
diam. de la Lune. Sa tête égaloit 5
en groſſeur.Sa long. eſtoit au 29 # d.
& de Mathématique. 59
g2 , & ſa latitude de 26 degrez.
Le 24. on la jugea paſſer par la
cheveleure de Berenice.
Le 29 à 9 h. ſa long. fut eſtimée
au 14 d. de =, & ſa lat. de 18 d.#.
Le 3o. ſon mouvement journalier
ſe trouva de 3 d, ſa long. au 7 de=ne,
ſa lat. de 17 # d. ſa queuë s'eſtendoit
vers ( de Bootés, avec un peu de
déclinaiſon vers z,
Le 31. elle parut éloignée du lieu
du jour precedent de 2 # d. & ſon
mouvement diminua toûjours de
puis le 22 qu'elle fit 7 d. en un jour.
Si l'on éleve le Glôbe à 47 d. &
qu'on mette le premier point d'Y au
meridien, l'arc de l'horiſon depuis ,
ſa ſection de minuit en allant vers
le couchant, marquera le chemin de
cette Comete.
- Sa queuë parut toûjours éloignée
de la droite menée par le Soleil, &
par le corps de la Comete au moins
de 2o d. & ſon nœud fut eſtimé
#º par jour ſſſ de # d'un de
gre,
6o , Recherches de Phyſique
D'une Diſſertation de O. Borrichius
ſur le Pavot & l'Opium imp. à
Copenhague , & à Francfort in
4°. en 1681.
'Auteur prend pour la cauſe du
ſommeil une certaine condenſa
tion des eſprits, qui ſe faiſant en for
me de broüillard dans la ſubſtance
corticale du cerveau, les empêche de
ſe mouvoir avec autant d'agilité
que pendant la veille. Ilattribuë l'o-
rigine de cette condenſation à des
vapeurs huileuſes, qu'il pretend être
excitées par la chaleur naturelle, &
portées au cerveau par le mouve
ment du cœur. Mais il qualifie icy
les eſprits animaux de ſels volatils
tres-ſubtils; parce qu'il croit que
ces ſortes de corps ſe joignent mieux
avec les huiles volatiles que d'au- .
tres. Il confirme ce ſentiment par le
mêlange d'eſprit de vin & d'uri
ne, qui compoſe un corps dur. Il
ne reſte donc que de chercher ces
huiles volatiles dans ces ſomniferes,
Avant d'y parvenir, il établit que
C€S
& de Mathématique, 6I
ces ſortes de mixtes conſiderez en
eux-mêmes, ſont de nature chau
de; parce qu'ils abondent en prin
cipes ignés; mais que par rapport
à nos corps , ils ſont de nature froi
de; puiſqu'ils en arrêtent les mouve
mens, procurent des ſueurs froides,
&c. Enfin, il confirme tout cecy
par l'Analyſe de ces narcotiques. Il
tire par le feu de ſable de 16 onces
de graine de Pavots 3 onces d'eau
& 9 d'huile vaporeux, 3 onces de
cap. m. l'autre once s'étant exhalée
au travers des luts , quoique faits
d'une veſſie en trois doubles.
Il tire auſſi d'une once d'Opium
6o gouttes d'eau tres-claire, & de
mie once d'huile vaporeuſe qui a
paſſé en fumée blanche, & rempli
tous ſes vaiſſeaux. Le reſte étoit une
huile craſſe, qui diſtilloit goute à
goute du bec de la cornuë. Il remar
que enſuite , que non-ſeulement
l'Opium, mais encore l'eſprit de
vin ſont mortels aux Chats. Il dit
que l'effet de l'Opium eſt bien à la
verité fortifié par ſon ſel, & par ſon
M. Partie. F
g2 Recherches de Phyſique
eſprit ; mais il prétend qu'il procede
en premier lieu de ſon huile ſubti
le, qui ſe répand comme un broüil
lard par tout le corps, & qui arreſte
par ce moyen le mouvement des
humeurs où il ſe mêle.
A l'égard de la maniere d'uſer de
l'Opium, il ne veut pas qu'on le
joigne avec des remedes doux & in
ſipides, comme les Perles ,ºle Ci
nabre, l'Antimoine diaphoretique,
la pierre de Bézoard, mais plûtôt
avec ceux qui ſont de nature chau
de, & non cependant ſpiritueux ,
mais plûtôt aromatiques, à cauſe
de l'analogie que ces derniers ont
avec l'Opium, qui fait qu'ils ne s'en
ſéparent pas aiſément. Au lieu que
ceux-là l'abandonnent dés qu'il eſt
dans le corps, ou s'ils y reſtent mê
lez avec luy, ils troublent ſon action
par leur trop grande activité.
63
QSºe95QQºb29eesk99 09:°Sº99QGtk22
(6 ºSÈ46 ºS)66 %Sè:03 (6 63è46 %Sè

E X T R A I T S
DES JOURNAUX DE FRANCE
de l'année 1682.

lD'une Eclipſe obſervée à Paris en


168 1. le 29. Aouſt.
C† Eclipſe fut obſervée le ma
tin à l'Obſervatoire. Le com
mencement fut à 1 h. 58'. 3o". & la
fin à 5 h. 13'. 5o". ſa durée entiere
fut de 3 h. 14'. 3o". à 5 h. 13. 56".
la hauteur apparente du bord ſu
perieur du Soleil étoit de 17'. 1o".
& de celuy de la Lune de 1 d. 11'.3o".
Conſtruction nouvelle des équations
du ſecond degré par M. l'Abbé
Catelan.

[ Planche I. Fig. 7 & 8. ]


L† réduit toutes les équa
tions du ſecond degré à ces for
mules.
Fij
-
64 Recherches de Phyſique
-+ z*-+E a + y x &
—+ z * --+ a + yx z.
=yz
- 2.2 —+ + a + yx z
—+ z * —+ + a + yx <.

# #-»
+ yx z
— & * —+ + a
Et pour les conſtruire toutes , il
meine d'abord deux droites A H,
A B, à angles droits. Il prend
fur A B la valeur d'y, & ſur AH
-+- 4 -+- > V - 1

la valeur de E =2 , c'eſt à dire,


2,

la moitié de la quantité qui multi


plie (, telle qu'elle ſoit.
Enſuite pour les deux premieres
formules, il décrit un cercle DBd,
[ Fig. 7. ] du point H comme cen
tre avec l'ouverture H B qui ren
contre le diametre d HA D en D
& d, ce qui luy donne A D pour la
valeur de la veritable z de la pre
miere formule, & A d pour celle de
la ſeconde.
Pour avoir celle"de la troiſiéme
formule, il décrit ſon cercle HQb,
& de Mathématique. 65
[ Fig. 8.] du point A comme centre
par le point A ; & menant la paral
lele B Q qui le rencontre en Q. Il
meine encore Q P ſur A H en P
parallelement , a A B, ce qui luy
donne pour les deux valeurs verita
bles de z, de cette formule les lon
gueurs P H & P h. -

· Pour les trois formules ſuivantes,


, il porte b, ſur y, de B vers A en G,
& diviſe A G également en M.
· Et pour la quatriéme & cinquié
me formule, il éleve ſur A H en
H [ Fig. 7.] la perpendiculaire
H L = A M, & du point L com
me centre avec l'intervalle L B,
il décrit le cercle D B d qui rencon
tre A Hen D & d, ce qui luy don
ne toûours A D pour la valeur de
z de la quatriéme formule , & A d
pour celle de z de la cinquiéme.
Et pour avoir celle de la ſixiéme,
il décrit du point M [ Fig. 8. ] com
me centre, avec l'intervalle M H le
cercle HQh qui rencontre A H en
h, & menant la parallele BQ à AH,
qui le coupe en Q , & la perpendi
F iij
66 Recherches de Phyſique.
culaire Q P ſur A H, il a P H,p h,
pour les deux valeurs de z.
| Comme ces ſortes de conſtructions
ſont preſentement dans les mains de
tout le monde, & que chacun en
peut former ſur l'équation même »
on h'a pas crû en devoir mettre icy
la démonſtration. Ceux qui en vou
dront ſçavoir davantage pourront
s'en inſtruire dans la Geométrie de
M. Deſcartes, dans les Elemens des
Sections Coniques de M. de la Hire,
dans la Geométrie du P. Lami, &c.

8323232323C3C3C3C3
E X T R A I T" W
Des Collections Philoſophiques
d'Angleterre de 1681.
D Es animaux & autres corpuſ
cules que M. Leuvenhelx a re
marqué avec le Microſcope le 1o
Decembre 1681. il a trouvé dans de
la lie devin délaïée quantité de petits
globuies irreguliers, compoſés cha- .
& de Mathématique. 67
cun d'autres plus petits, juſques au
nombre de 6.Ces derniers ſont moin
dres que ceux qu'il avoit déja remar
qué dans le ſang & dans l'écume.
Le vin eſt compoſé de pareils glo
bules irreguliers. Et l'on voit outre
cela dans le mouſt, ou vin nouveau
mis dans un verre quantité de pe
tites bulles, qui ſortant des en
droits du verre les plusinégaux, s'é-
levent vers la ſurface, & s'uniſſent
pluſieurs en une ſeule.Ces bulles éle
vent avec elles les globules compo
ſés, & les ſoûtiennent pendant quel
que temps, juſques à ce qu'enfin ils
retombent & ſe ſeparent en pieces.
La même choſe ſe remarque dans
l'écume de Biere, & dans les Syrops
qui fermentent ; excepté que leurs
globules ne ſont compoſés que de
3 ou 4 autres au plus.
Pour appercevoir ceux de l'eau, il
a rempli d'eau de pluye une eſpece
de Siphon, dont une des branches
n'étoit autre choſe qu'une boule plei
ne d'air, qui communiquoit à l'autre
branche par un petit canalbeaucoup
68 Recherches de Phyſique
plus étroit que celle-cy. Il a expoſé
ce Siphon au Soleil & au vent pen
dant 14 jours, aprés leſquels il y a
apperçû avec le Microſcope environ
6 globules compoſés chacun de 6
autres ſemblables à ceux du ſang.
Et dans une autre experience ſem
blable, il a trouvé outre ces premiers
globules compoſés chacun de 6,
d'autres de figure ſphéroïdale, com
poſés chacune de 12, & pluſieurs
petits animaux qui nageoient parmi.
Il a trouvé auſſi que le Chyle
d'un agneau & d'un veau eſt com
† de quantité de pareils globu
es, comprimés & unis entre eux, &
dont chacun en contient juſques à
6 autres, & outre cela d'une infinité
d'autres ſix fois moindres que ceux
du ſang , le tout nageant dans une
liqueur glutineuſe. -

Il a remarqué dans le lait de va


che tout chaud de ces petits glo
bules 6 fois plus petits que ceux du
ſang, dont les uns s'uniſſant quel
quefois enſemble juſques au nom
bre de 5, tomboient au fond, pen
& de Mathematique. 69
dant que les autres nagoient à la
ſurface.
Il a trouvé dans l'urine d'un 'ma
lade pluſieurs de ces globules ſan
guins, ſuſpendus à de petits vaiſ
ſeaux, gros comme des fils de ver à
ſoye, Le reſte de l'urine eſtoit tout
rempli de ces globules, qui ne ſont
que la ſixiéme partie de ceux du ſang.
Il a obſervé auſſi que les particules
qui compoſent le broüillard, &
cellss de la ſuye des corps brûlés à
la chandelle , ou de la chandelle
même, ne ſont encore que la ſixié
me partie de celles du ſang, & que
la couleur noire qu'elles contractent
lors qu'elles s'aſſemblent, vient de
l'irregularité de leurs figures.
Il s'eſt apperçû encore en cher
· chant les embouchûres des arteres
avec les veines, que quand un des
gros globules ſanguins ne pouvoit
paſſer par l'artere capillaire, il ſe di
viſoit alors en 6 autres, qui ſe raſ
ſembloient en un, aprés avoir paſſé .
dans la veine. D'autres globules
moins ſolides ou plus liquefiés ſer
7o Recherches de Phyſique.
voient de matiere à la tranſpiration
& aux larmes.
, Il a vû auſſi dans le germe d'un
eſcarbot rouge au moment de ſon
accouplement pluſieurs petits in
ſectes vivans , dont le devant du
corps approchoit de la figure d'une
boule, # reſte du corps ſe terminant
en une queuë fort longue.
Dans la Demoiſelle ou mouche de
May mâle (qui ſont cesſortes de bel
les mouches longues comme le doigt
qu'on voit le long des rivieres,) #
trouvé le germe plein de petits vers
qui paroiſſoient morts à la verité ;
mais au temps du congrés , ces pe
tits animaux eſtoient tous vivans, &
ployoient leurs corps en 7 ou 8 on
doyemens comme des ſerpentaux.
Dans le germe du grillon ou criquet
mâle, ces petits vers paroiſſoient
morts au mois de Juillet, mais ils
eſtoient vivans ſur la fin d'Aouſt,
† eſt apparemment le temps qu'ils
ont en chaleur.)Quelquefois ces pe
tits animaux s'aſſembloient par eſca
drons juſques au nombre de 25, &
& de Mathematique. 7r
ils agitoient alors leurs queuës com
me de petits dragons.
Il a trouvé encore deux ſortes de
vers dans la mouche mâle qui reſ
ſembloient à de petits ſerpents, ils
eſtoient renfermés dans deux petites
cellules qu'il croit être leurs bour
ſes. , . -

Mais principalement dans le ger


me de la puce mâle, il y avoit (dit-il)
une armée nombreuſe de ces petits
animaux.
Il a encore remarqué dans les in
teſtins du Taon femelle quantité de
petits vermiſſeaux plus gros & plus
courts que ceux du mâle, & auſſi
plus agiles, & qui nageoient dans
une liqueur limpide.
Et dans les puces femelles , il a
trouvé un grande quantité d'œufs.
flt Enfin il a trouvé dans l'eau où il
|; avoit fait infuſer du poivre pulveri
ſé de deux eſpeces d'inſectes, &
|; dans chaque eſpece, il y en avoit
º• de petits & de grands, Il croit avoir
3° auſſi diſtingué ( car la matiere eſt
déliée ) quelques-uns des petits
72 Recherches de Phyſique
contenus au dedans des grands , &
d'autres qui nagoient accouplez.
Il dit au reſte, qu'il eſt auſſi aſſuré
de tout cela, que des autres petits
animaux qu'il a vû dans l'air avec
les yeux ſeuls. Quoiqu'il y ait des
etits inſectes nouveaux, qui ſont
§ un million de fois plus menus
qu'un grain de ſablon. Il le confir
me par tous les differens degrez de
leurs mouvemens qu'ils a diſtingués,
leurs tours & replis, leurs courſes
en tous ſens, comme d'animaux qui
ſe joiient. Il en a vû de mourans ,
d'autres tous morts. Les plus gros
couroient devant ſes yeux comme
des rats, dardoient & retiroient com
me des langues de leurs petites gueu
les, qui paroiſſoient bordées de poils,
comme pour ſe moquer.
A l'égard de la maniere dont il
compare les groſſeurs de ces ani
maux, en paſſant des plus gros aux
plus petits, elle eſt toute naturelle,
& toute geometrique.
[» Il ne manquoit plus à cet Ex
trait, que d'avoir vû la même choſe
dans
· & de Mathematique. 7;
dans les hommes, que dans les ani
maux dont il parle; ce que le temps
à la fin a manifeſté : car on y a vû
des inſectes pareils à ceux des Eſcar
bots tout couverts d'une peau dont
ils ſe dépoüillent pour s'en faire une
eſpece de capuchon ou de camail à
queuë, & alors il paroiſſoit un hom
me parfait, & auquel il ne man
quoit que la parole ; on peut voir
là-deſſus l'extrait d'une Lettre de
M. Dalempatius à l'Auteur des nou
velles de la Republique des Lettres
inſerée dans ces nouvelles au mois
de May 1699. -

· Si ces découvertes ſont bien con


firmées, elles nous apprendront que
tout vient d'un germe, les animaux
auſſi-bien que les plantes; que tou
te plante eſt du genre maſculin, &
que les femelles ſont à l'égard des
mâles, ce qu'eſt ſeulement la terre
au reſpect des plantes; les femelles
& la terre ne fourniſſant qu'un nou
vel aliment au germe, pour l'en
graiſſer, & luy faire prendreun nou
vel accroiſſement, comme il arrive
I. Partie. . G
74 Recherches de Phyſique .
à ces poiſſons qu'on jette dans la Ri
viere d'Aconie proche Chateaudun
en Beauſſe, qui deviennent en un
ou deux ans d'une groſſeur qui ſur
paſſe leur groſſeur ordinaire plus de
8 ou 1o fois.

Obſervations faites par M. M. Wil


lougby & Wray, de la Soc. Royale
d'Angleterre, ſur le mouvement
du ſuc dans les arbres.
I,I Es plus petites branches du
À- Bouleau rendent à proportion
autant de ſuc que les racines.
2. Comme dans les arbres la pe
ſanteur du ſuc le pouſſe naturelle
ment embas, & en facilite l'écou
lement vers cette partie ; les bran
ches courbées en jettent beaucoup
plus que les rameaux qui ſont tour
nés en haut. t ^ : »

3. Si l'on coupe la racine d'unSy


comore ou d'un Bouleau, il coulera
de la ſéve des deux parties de la ra
cine ; mais la partie qui reſte du côté
du tronc en jettera beaucoup plus
t. - -
& de Mathematique. 75
que celle qui en aura eſté retran
chée.
. 4. Le ſuc dans les Bouleaux ne
ſort jamais à travers l'écorce ; mais
lorſqu'on y fait une inciſion, ilcom
mence incontinent à couler.
5. Un morceau d'écorce de la lar
geur de la main qu'on avoit coupé
d'un Bouleau, n'empêcha pas que
le ſuc ne coulât de l'arbre ; quoique
cet écoulement fût beaucoup dimi
nué.
6. Le ſuc ne monte pas ſeulement
entre l'écorce & l'arbre, & entrdºſes
diffèrentes enveloppes, il paſſe auſſi
à travers le bois; car ayant un jour
coupé un Bouleau fort tendre, & mis
incontinent ſur le tronc une feüille
de papier, afin de reconnoître par
les marques que l'humidité du ſuc
montant, laiſſeroit ſur ce papier les
pôres par où il ſort, on trouva qu'il
ſortoit également dubois & des pel
licules qui ſont entre le bois & l'é-
corce. Mais afin de s'en aſſurer da
vantage, l'on fit couper le tronc en
pointe, & l'on obſerva que le ſuc '
G ij
76 Recherches de Phyſique
ſortoit par l'extrêmité de cette
pointe. - -

7. Dans quelques arbres de mê


me eſpece & de même âge, le ſuc
coule bien plus promptement des
uns que des autres, les vieux le
pouſſent toûjours beaucoup plus vî
te que les jeunes. .
8. Ayant un jour fait deux trous
égaux à un Sycomore , l'un du côté
du Midy, l'autre du côté du Sep
tentrion, le ſuc coula en plus gran
de quantité par le trou fait du côté
du Septentrion. Cette experience a
du rapport à ce que l'on remarqua
une autre fois, que le Sycomore
jette bien plus de ſuc en temps froid,
que par un temps chaud.
9. Pour connoître ſi le ſuc des
arbres monte ſeulement , ou s'il
deſcend auſſi, on fît un trou dans
un gros Bouleau , & ils remar
querent que le ſuc en tomboit gou
te à goute. Ayant fait enſuite †
le corps de l'arbre un peu au deſſus
de ce trou, & plus avant que ſa
profondeur, on remarqua que l'é-
& de Mathematique. 77
coulement de ce ſuc diminua de
moitié. Ayant de nouveau ſcié l'ar.
bre au deſſous du trou, & auſſi
avant, il ne ſortit plus de ſuc par le
trou, & preſque la moitié moins par
la ſcieure d'embas; la coupe que
la ſcie avoit faite au deſſus , parta
geant cet écoulement. Ce que l'on
réïtera pluſieurs fois, & toûjours
avec le même ſuccés.
1o. Lorſqu'on faiſoit ces experien
ces, le temps qui eſtoit aſſez chaud
devint extrêmement froid, ce qui fit
ceſſer entierement l'écoulement des
Bouleaux qui commençoit déja à
diminuer ; mais les Noyers & les
Sycomores qu'on avoit coupés , &
qui ne jettoient auparavant que fort
· peu de ſuc, & bien lentement, &
dont quelques-uns même n'en avoit
oint encore rendu, commencerent
# écouler abondamment jour & nuit
nonobſtant la rigueur du froid, qui
eſtoit ſi rude qu'il glaçoit le ſuc à
meſure qu'il ſortoit de la coupe. Dés
que la gelée commença à diminuer,
le ſuc commença auſſi à couler des
G iij
78 Recherches de Phyſique
Bouleaux : au contraire l'écoulement
des Sycomores diminua beaucoup »
& celuy des Noyers ceſſa entiere
Im6º11t .

11.Ayant planté quantité debran


ches d'oſier à rebours, ſçavoir, le
bout d'enhaut en terre, ces Oſiers.
jetterent au Printemps des rameaux
preſque de la longueur de deux pieds,
qui ſe couvrirent enſuite de feüilles.
++++++++++++++++++++-k
E X T R A I T
de la Connoiſſance des Temps de
I 6 9 4.
Des meſures réduites.
L§ meſures réduites ſont tirées
du rapport du cercle à ſon dia
metre, on les appelle réduites, par
ce qu'elles épargnent ce rapport dans
les calculs des figures circulaires, où
il entre toûjours neceſſairement.
CH A P 1 T R E PR E M 1E R.
A" Sur la Longimétrie.
| & de Mathématique. 79
Des meſures Diamétrales & Péri
me,iques.
A meſure Diamétrale eſt celle
qui fait connoître la circonfe
rence d'un cercle en meſurant ſeu
lement ſon diametre.
La meſure Périmetrique eſt celle
qui au contraire fait connoître le
diametre d'un cercle en meſurant ſa
circonference ſeulement.
Conſtruction de lameſure Diamétrale.
Our conſtruire la meſure Dia
métrale, prenez une meſure
quelconque , & partagez - la en
' 1ooo parties égales, par exemple.
Ayez enſuite une regle, & portez
deſſus 318 de ces parties, tant de fois
qu'il vous plaira, marquant à cha
que portée le nombre qui luy con
vient, depuis le commencement où
l'on marquera zero. Ou partagez ſi
vous voulez vôtre meſure en 5oo,
& portez en 159 ſur vôtre regle plu
ſieurs fois, vous pouvez encore la
partager en 5o, & en porter 16 tant
8o Recherches de Phyſique
de fois qu'il vous plaira, ou même
la diviſer en 25 , & en porter 8 plu
ſieurs fois, marquant les portées
comme cy-deſſus ; le tout ſelon l'e-
xactitude dont vous avez beſoin.
Si vôtre meſure eſt un pied, por
tez l'intervalle de 3 pouces, 9 lig. #
ſur vôtre regle ou jauge tant de fois,
que vous voudrez, comme 6 fois,
pour avoir une toiſe diametrique, &
marquez les portées ou pieds dia
metriques des nombres convenables.
Vous pourrez diviſer auſſi chaque
rtée en même nombre des parties,
que la meſure dont vous vous eſtes
ſervi. Ainſi ſi cette meſure eſt un
pied, vous diviſerez vos pieds dia
metriques chacun en 12 pouces dia
· metriques, & chaque pouce en 12
lignes diametriques, aprés quoy
vôtre jauge ou meſure réduite ſera
achevée. -

C) S A G E. : ,

Our vous ſervir de cette meſu


re reduite, vous meſurerez avec
elle le diametre d'un cercle propoſé,
& s'il ſe trouve par exemple de 2
& de Mathematique. 8I
toiſes, 3 pieds, 8 pouces, Io lignes
de cette meſure ; la circonference de
ce cercle contiendra cette même
quantité de toiſes, pieds & pou
ces courants, c'eſt à dire, deux toiſes
3 pieds, 8 pouces, 1o lignes couran
tes. Et de même quand la meſure
reduite ſera de quelque autre eſpece
que ce ſoit.
Je dis de quelque autre eſpece : car
tout le monde convient que ſi l'on
diviſoit les meſures geometriques
ſelon la progreſſion decimale, com
me par exemple, la toiſe en 1o
pieds, le pied en 1o pouces, †:
ce en 1o lignes, &c. tous les meſura
ges ſeroient dans le degré de per
fection à l'égard du calcul, oùl'on
peut les ſouhaiter.
Cette meſure eſt tres-utile lorſ
qu'on ne veut pas, ou qu'on ne peut
pas faire le tour d'un cercle, & qu'on
a beſoin cependant de le connoître.
Conſtruction de la meſure Périme
trique.
Our conſtruire la meſure Péri
metrique, diviſez une meſure
- •

82 Recherches de Phyſique
courante quelconque, comme par
exemple une perche, toiſe, pied,
&c. en 1ooo parties, & portez en
3142 ſur une regle ou jauge †
rée exprés pour cela, ou diviſez ſeu
lement vôtre meſure en 5oo, & por
tez-en 1571. ſur vôtre regle, vous
pouvez auſſi diviſer ſeulement vôtre
meſure en 5o,& en porter 157 ſur vô
tre regle ſelon l'exactitude dont vous
aVeZ § , ou ſi vôtre meſure eſt
un pied, portez ſur vôtre jauge 3
pieds 1 pouce 8 lignes # , & cela
pluſieurs fois tout de ſuite, mar
quant les portées ou pieds Périme
triques des nombres convenables,
depuis le commencement de la pre
miere où vous marquerez zero.
Vous pourrez diviſer auſſi chaque
portée dans le même nombre de
parties, que vôtre meſure uſuelle
contient, c'eſt à dire, que s'il s'agit
d'une meſure d'un pied, vous divi
ſerez vos portées en 12 chacune,
pour avoir des pouces Périmetri
ques, & chaque pouce Périmetri
que en 12 , pour avoir des lignes
& de Mathematique. - 83
Périmetriques, & ainſi de ſuite. De
même les 6 portées de ſuite compo
ſeront la toiſe Périmetrique; & ainſi
pour toutes les autres eſpeces de me
ſures.
"C) S A G E.

'Uſage de ces meſures réduites


eſt tout ſimple : car il ne faut
que meſurer avec une telle jauge le
circuit d'un cercle, & s'il ſe trouve
par exemple de 3 toiſes 4 pieds 5 pou
ces 8 lignes, on peut être aſſuré que
le diametre de ce cercle contientau
tant de toiſes, pieds, pouces & lig.
courantes ou uſuelles , & de même
des autres meſures. Cette meſure
eſt fort utile lorſqu'on a beſoin de
connoître le diametre d'une figure
circulaire, & qu'on ne peut entrer
dedans. - -

Demonſtration. . ,
º P Our la meſure Diamétrale,
j'appelle (a)le diametre d'un
cercle dont on veut connoître la cir
conference, j'appelle (b) cette cir
conference, ( m ) la meſure uſuelle
s4 , Recherches de Phyſique
dont on veut ſe ſervir, par exemple
un pied, (r ) la meſure réduite de
cetteuſuelle. On veut ſelon l'état de
b 4
la queſtion que (,=# ) Ofl all

ra donc en multipliant réciproque


• 4172 -

ment ces quantités, ( r= + ) qu1


eſt la conſtruction qu'on a donnée.
318m
Car (# = -
I O oo ). De plus ſi l'on
appelle un multiple de (m) comme
une toiſe (par exemple)(mp) il fau
dra ſelon l'état de la queſtion, que
(# =#) , ce qui donnera (rp b
= a mp) & encore (r=#).
Et ſi l'on appelle un ſoumultiple
ou une fraction de ( m ) comme un
pouce, par exemple, # il faudra que
(bl#I « I# ) ce qui donnera
b #-
(# =# ) & toûjours (#= )
ce qu'il falloit démontrer en pre
mier lieu. 2".
· & de Mathematique. 8;
: 2°. Pour la meſure Périmetrique,
les mêmes dénominations ſubſiſtant,
on conſiderera que ſelon l'état de la
queſtion, on doit avoir (# =# )
ce qui donnera en multipliant re
(
ciproquement r= * ſelon la
siproquement (r= 7
)
- (4 3 I42
ºnt aien.cº(#=#)
7 Deplus on doit avoir( # =#
d'où l'on tire (arp=à mp) & en
Core (r= #). - -

· Enfin on doit avoir auſſi( «l#


I*l;)d'où rente(#-#)
|. A. . bm
& toûjours r=7 ) . -

., r, Corollaire. -

O†
remarque ; †
fçavoir ,†
que ſi -

l'on veut connoître la longueur de


l'arc de quelque ſecteur donné, il
I. Partie. H
86 Recherches de Phyſique
ne faut que meſurer ſon raïon avec
la meſure Diametrique, multiplier
le nombre qu'on aura trouvé par le
nombre de degrez & parties que
contient le ſecteur, & diviſer le
roduit par 18o deg. le quotient ſera
† du ſecteur en meſures uſuelles.
Et pour trouver le raïon par l'arc
du ſecteur, on meſurera cet arc avec
la meſure Périmetrique, on multi
pliera enſuite le § trouvé par
18o, & on diviſera le produit par le
nombre de degrez & parties que
contient l'arc du ſecteur, le quo
tient ſera la valeur du raïon en
meſures courantes de l'eſpece de la
meſure reduite, ce qui ne merite
pas une plus longue explication.

CHAP1T R E I I.
Sur la Planimétrie.
Des meſures Diamétriques & Péri
metriques circulaires.
L, meſure Diametrique circulai
-ure eſt celle avec laquelle meſu
-- *
& de Mathematique. 87
rant le diametre d'un cercle ſeule
ment, on a auſſi-tôt la valeur de ſa
ſurface.
Et la meſure Périmetrique circu
laire eſt celle au contraire avec la
quelle meſurant le contour d'un cer
cle ſeulement, on a tout d'un coup -

ſa ſurface.
Conſtruction de la meſure Diamétri
que circulaire.
TNIviſez la meſure uſuelle dont
vous avez beſoin en 1ooo par
ties égales, & prenez-en I128 pour
vôtre meſure reduite, ou diviſez-la
ſeulement en 5oo pour en prendre
564, ou diviſez-la en 125, & pre
nez en 141 , ou enfin ſi vôtre meſu
re uſuelle eſt un pied, prenez un in
tervale de 13 pouces 6 lignes, &
portez-le ſur une regle pluſieurs fois
de ſuite, marquant les portées avec
les nombres convenables à l'ordinai
re. Diviſez auſſi chaque portée en
autant de parties que vôtre meſure
uſuelle en contient; c'eſt à dire en
, Pieds, pouces & lignes ;# cette me
1]
88 Recherches de Phyſique
ſure eſt un pied, alors vôtre meſure
reduite ſera achevée, , :

'C) S LA G E S.

º P Our trouver par cette meſu


re reduite, la ſurface d'un
, cercle, il ne faut que meſurer ſon
diametre avec elle, & prendre le
quarré de la quantité qu'il en con
tiendra, comme, ſi le diametre ſe
trouve contenir la meſure reduite
3 fois, on prendra le quarré de 3
qui eſt » ;ainſi la ſurface de ce cercle
contiendra9 pieds quarrezuſuels. , -
2°. Pour trouver la valeur de quel
que autre ſurface circulaire que ce
† , comme des zônes circulaires,
des cones droits entiers outronquez,
des cylindres, des ſpheres, & de
leurs zônes, & ſegmens, des elli
ſes, &c.leſquelles ſurfaces ſont †.
jours le produit d'une circonference
entiere par une ligne droite quel
quefois multiplié par un nombre,
& diviſé par un autre; on meſurera
cette ligne droite, & le diametre de
cette circonference avec la meſure
· & de Mathematique. 89
reduite, & on multipliera l'un par
l'autre. On multipliera auſſi le pro
duit par 4 fois le nombre multi
pliant naturel de cette ſurface ſi
elle en a, & diviſant ce dernier
produit par ſon diviſeur naturel ſi
elle en a, le quotient ſera ſa va
leur en meſures quarrées uſuelles.
Pour avoir par exemple la ſurface
d'un cône droit, qui eſt le produit
du cercle de ſa baſe par ſon côté
multiplié par 1, & diviſé par 2 ; on
meſurera le côté, & le diametre de
ſa baſe; enſuite on multipliera l'un
par l'autre, & le produit par 4 fois
1 ou par 4, & diviſant le dernier
produit par 2, on aura la ſurface du
cône en parties quarrées.
A l'égard de Pellipſe il y a une
abréviation §. qui eſt de
meſurer ſes deux axes avec la meſu
re diamétrique , & de multiplier
l'un par l'autre ; le produit donnera
la ſurface de l'ellipſe en meſures
quarrées. -

•.

H iij -
»o Recherches de Phyſique
Conſtruction de la meſure Périmetri
que circulaire.
Iviſez la meſure uſuelle dont
vous voulez vous ſervir en
Yooo parties, & prenez-en 3576
pour vôtre meſure reduite ou di
viſez-la ſeulement en 5oo, & en
prenez 1788, ou diviſez la en 4o
parties, & prenez en 143. ou enfin
fi vôtre § uſuelle eſt un pied,
prenez pour la reduite 3 pieds 4 pou
ces 11 lignes, portez cette valeur ſur
une regle ou jauge pluſieurs fois de
ſuite, marquant le nombre des por
tées ; § auſſi chaque portée
dans les mêmes parties que la me
ſure uſuelle ; c'eſt à dire en 12 pou
ces, chaque pouce, en 12 lignes, &c.
fi vôtre meſure uſuelle eſt un pied,
& pour les autres à proportion, &
votre meſure reduite ſera achevée.
# v S A G E.
I°. Eſurez le circuit d'un cer
cle propoſé avec votre me
ſure reduite, & prenez le quarré de
- & de Mathématique. 91
ſa valeur, vous aurez celle de ce
même cercle en figures quarrées
uſuelles ; ainſi par exemple, ſi vous
meſurez la circonference d'un cer
cle avec la toiſe Périmetrique cir
culaire, & qu'elle ſe trouve de 5toi
ſes, le quarré 5 de cette valeur vous
donnera la ſurface du cercle propo
ſé en toiſes quarrées.
2º. Pour avoir avec cette même
7
meſure la ſurface de quelque figure
circulaire que ce ſoit, qui ſoit le
produit d'une droite par une circon
ference multiplié ſi l'on veut par un
nombre, & diviſée par un autre; on
meſurera encore cette droite, &
cette circonference, on fera un pro
duit de leurs valeurs qu'on multi
pliera par 4 fois ſon multipliant nar
turel, & qu'on diviſera par ſon di
viſeur naturel ſi elle en a un.
Démonſtration.
*L# mêmes dénominations
- ſubſiſtant toûjours, ſoit en
core le rapport du diametre d'un
cercle à ſa circonference (=#)
92 Recherches de Phyſique
4C b d'
' on aura (b=#) (& a =#)
la meſure uſuelle ſera auſſi (m*) &
ſon côté ( m ). La ſurface d'un cer
cle propoſé dont (a) ſera le diame
tre & (b) la circonference ſera donc
(= #) & ſuivant l'état de la

queſtion,
a*c
on doit avoir (a* |r*|
- -

# 1mº ) ce qui donnera (r* c=


- 4 dm*
4 dm *) ; & r2 = --, & enfin
T 2m -
r=2mV =# v c d, ſelon nô
tre conſtruction : car (# vc d= m
I 1 2 8

, 1ooo
Prenant au lieu de (r) ſon multi
ple ou ſoumultiple ( # ) ſelon que
# ſera plus grand ou moindre que
(h ) pour meſurer (a), on aura auſſi
au lieu de ( m ) & de ( m*) (# &

=#: ) ce qui donnera ſelon la que


& de Mathematique. 93
ſtion cette analogie (a* l#
k
|| #
4d
mºg*
#-) ce qui donnera toûjours (**
m = #) & ( 4dm
2 -2 7.

=rº), & en
4d

fin (2 mvº=r) comme ci-deſſus.


- C

2°. Tout ſubſiſtant le même, on


(# ).
aura pour la ſurface du cercle
Or ſelon la queſtion (b*| r* | #
m*) ce qui donne (#=mº ) &
(º=# m ) & enfin (r=2mV# )
ſelon nôtre conſtruction.Car(2 m x
& 3 57 6 - -

V# - 1 ooo m) -

Pour les meſures multiples & ſou


multiples, la démonſtration ſe fera
comme cy-deſſus.
3". Soit une ſurface quelconque
qui ſoit le produit de la ligne droite
l, par ſa circonference b, multiplié
par e, & diviſé par i, ſçavoir ) (#
94 Recherches de Phyſique
ſon diametre étant encore a, & tout
le reſte le même. Or ſuivant l'etat

de la queſtion, on doit avoir (#


4ale |
bl
rºll#|m*) , ce qui donnera (r* b
= 4 a m* ) ou (rº=t# ) &
enfin (r=a-vi) (= »v#)
qui eſt la même valeur que dans les
articles précedens.
A l'égard de l'ellipſe, il ſuffit de
ſe ſouvenir que ſa ſurface eſt à ſon
rectangle circonſcrit, comme la ſur
face du cercle eſt à ſon quarré cir
conſcrit.
4°.La démonſtration ſe fera de mê
me pour les meſures Périmetriques.
Et celle des multiples & ſoumulti
ples ne ſera pas plus difficile.
5°. Pour avoir une portion de
ſurface compriſe entre deux raïons
ou deux verticaux , il eſt évident
qu'il ne faut que chercher d'abord
la ſurface entiere, la multiplier par
le nombre des degrez que contient
l'angle de ces raïons ou verticaux,
& de Mathematique. 95
& diviſer le produit par 36o le quo
tient donnera toûjours le ſecteur en
meſures quarrées.

C H A P 1 T R E I I I.
Sur la Stéreometrie.
Des meſures circulaires,ſolides, dia
metrales , & Périmetriques.
A meſure diametrale, circulaire,
ſolide, ou cylindrique, eſt celle
avec laquelle meſurant le diametre
de la baſe d'un cylindre & ſa lon la
gueur, on a auſſi-tôt ſa ſolidité en
meſures cubiques. - .
· La meſure Périmetrique cylin
drique eſt celle avec laquelle meſu
rant le circuit de la baſe d'un cylin
dre & ſa longueur, on trouve tout 'u« t «

d'un coup ſa ſolidité en meſures cu


biques. . " ' ' . '
Conſtruction de la meſure ſolide dia
, metrale. -

P† une meſure uſuelle quel


conque comme une toiſe, un
pied,&c. & l'ayant diviſée en 1ooo .
-
96 Recherches de Phyſique
parties, prenez-en 1o82 pour vôtre
meſure reduite, ou diviſez-la ſeule
· ment en 5oo, & prenez-en 541 ;
vous pouvez auſſi ne la diviſer qu'en
25, & en prendre 27 parties ; ou ſi
vôtre meſure uſuelle eſt un pied,
prenez 13 pouces courans. Portez cet
intervalle tant de fois qu'il vous
plaira ſur une jauge ou meſure re
duite, marquant les portées par des
chifres convenables; diviſez auſſi
chaque portée dans les mêmes par
ties que vôtre meſureuſuelle, & vô
tre jauge ſera achevée. · ·,
· · · · (J S A , G E S. .. : ..,
1°. D Our meſurer uncylindre avec
- Ji cette jauge ; commencez par
meſurer le diametre de ſa baſe & fa
longueur ; prenez le quarré de la va
leur du diametre, & multipliez-le
· par celle de la longueur, le produit
vous donnera la valeur du cylindre
en meſures cubiques. Si par exemr
ple le diametre ſe trouve de 3 pieds
diametriques, & la longueur de 5,
prenez le quarré de 3 qui eſt 9, &
multipliez-le par 5 vous *#
- pieds
-

& de Mathematique. 97
· pieds cubiques pour la ſolidité de
ce cylindre.
2°. Si vous avez une ſolidité circu
laire quelconque à meſurer qui ſoit
le produit d'un cercle par une ligne
droite, & ſi l'on veut par une frac
tion ; comme ſont les cônes droits
ou obliques, les ſphéres & leurs
ſecteurs, & ſegmens, les ſphéroi
des, les paraboloïdes, hyperboloï
des droits ou obliques, meſurez la
ligne qui ſert de meſure à vôtreſo
lide & le diametre de ſon cercle
avec la meſure diametrale cylin
drique, formés le quarré de ce dia
metre,multipliés-lepar la ligne qui
meſure le ſolide & par ſa fraction
naturelle, vous aurez la ſolidité de
ce corps en meſures cubiques.
conſtruition de la meſure Périme
trique cylindrique. .
Iviſez la meſure uſuelle dont
vous voulez vous ſervir en
1ooo parties, & en prenez 34o5
pour vôtre meſure réduite, ou di
I. Partie, t I
98 Recherches de Phyſique
viſez-la ſeulement en 5oo & pre
nez-en 17o2, vous pouvez encore
la diviſer en 2oo parties & en
prendre 681. ou ſi la meſure uſuelle
· eſt un pied, prenez 3 pieds 4 pou
ces 1o ligne #, & portez ces inter
valles tant de fois que vous vou
drez ſur vôtre jauge, marquant les
portées & les ſubdiviſant comme la
meſure uſuelle, vôtre meſure ré
duite ſera achevée.

(C) S A G E S.

Es uſages ſont les mêmes que


de la Diamétrique en meſurant
la circonference du cercle qui ſert
de baſe au cylindre, & prenant ſon
quarré ; meſurant auſſi ſa hauteur
perpendiculaire, & multipliant l'un
par l'autre, on aura toûjours la ſe
lidité du corps en figures cubiques.
Dans les autres figures il faut
encore multiplier ce dernier pro
duit par ſa fraction naturelle, il
vient toûjours leur ſolidité en me
ſures cubiques.
& de Mathematique. 99
Démonſtrations.
Es mêmes dénominations ſub
ſiſtant toûjours, la ſurface de
la baſe du cylindre ſera ( #) , &
ſa ſolidité en nommant ſa hauteur
a * lc
perpendiculaire ſera (= 4 d s

g - r,
Et prenant (#) pour l'unité , ou
pour un nombre entier, ou pour
y
-

une fraction, on aura # au lieu


- - •3 -3 -

de r, & # pour r', & de même


• 3 r 3
mg
# au lieu de m ; & (ºh &3
h )au
lieu de (m '). Or ſuivant l'état de
la queſtion , on doit avoir
r3 g 3
a* l c 1 mº gº
(el,|# 4 d
-

h 3 ) ; d'où
l'on tire (rsx #=m') &

(s dºº =rº)
C ; & enfin * e e
1oo Recherches de Phyſique
me la conſtruction le demande ;
3 /—
3
car m V**=Lº_º_º_º
C 1 oo o °
2°. La baſe du même cylindre
(=#) , & ſa ſolidité (=# -

Or ſelon l'état de la queſtion one


doit
O1U av
-
2VO ir(b * l,|
-
8 ||| ººº
] | ^3 gº bºld
4 c ||l mºgº
h3 ºh 8-).
3 **
3d
»
d'où l'on tirera
-

(#= mº) OU#


4 &
ma 3
r, =*# , & enfin . . . .
3 7

(r=m V4 d
= #) I O OO
ſelon la
conſtruction.
3°. Si on une ſolidité circulaire
dont labaſe ait a pour ſon diametre,
b, pour ſon circuit & dont l ſoit la
hauteur, & ſa fraction ( #) . En

ſorte que la valeur de cette ſolidi- .


té ſoit ( a b l e). On aura ſelon l'é-
4 à
. able mº g3 a*|elºgº
tat de lala queſtion
que 4 i. 1 #
h , ll i | h !
| --
& de Mathematique. 1or
-
& r3
-

d'où l'on tire a m 3 = | 4 & m 3


3 C
=-
4a
r = 4-,r';
d
& enfin r = m
3
'4 c
V4 , comme cy-deſſus.
C

4°. Enfin les mêmes dénomina


tions ſubſiſtant, on aura en ſe ſer
vant de la meſure perimétrique
. a b le m3 gº || b? je r 3 g 3 » _ A

( 4 4
- | ---
b 3 | --
Z
| --;
h ) d'où
- 3
l'on tirera b m º = $ ' , & c m '=
4

dr3 fi =m ' e
#-& enf1n 7°= 772 V# COIIlIIlC

dans le ſecond article cy-deſſus ,


ce qui reſtoit à démontrer.
Il y auroit pluſieurs autres cho
ſes à ajoûter pour la perfection de
ces ſortes de meſurages ; dont il eſt
juſte de laiſſer l'honneur à celuy
qui les a inventés, & qui nous en
a donné les pratiques; je veux dire
l'illuſtre M. Sauveur honoraire de
nôtre Academie , aux lumieres du
I iij
1o2 Recherches de Phyſique
quel je ſuis ſi redevable du peu que
j'en ay dans les Mathematiques.
8BE8B33333333333
J O UR NAUX
D E F R A N C E.
Experience de M. Mariotte de
l' Academie Royale des Sciences.
L† verſe 2 ou 3 gouttes
d'huile de Tartre dans un demi
verre de trés-beau vin rouge, il
perd ſa couleur, devient opaque &
jaunâtre, comme du vin pouſſé &
corrompu : mais ſi l'on y verſe en
ſuite 2 ou 3 gouttes d'eſprit de ſoul
fre qui eſt un fort acide, ce vin re
prend entierement ſa belle couleur
rouge. D'oû l'on voit la raiſon
pourquoy on fait brûler du ſoul
fre dans les tonneaux pour mieux
conſerver le vin ; & que ce n'eſt
pas la partie inflammable du ſoul
fie qui fait cet effet, mais ſon eſ
& de Mathematique. 1o ;
prit acide qui entre dans le bois
du tonneau.
[ « La même choſe m'eſt arrivée
dans un ſens contraire en verſant
d'abord de l'eſprit de vitriol, &
enſuite de l'huile de Tartre ſur de
la teinture de Tourneſol ou de bois
d'Inde ; & cela juſques à 3 fois
conſecutives avec la même liqueur.
Je faiſois alors mes experiences &
démonſtrations publiques d'Opti
que au College du Pleſſis de Sor
bonne, ſous l'illuſtre M. l'Abbé de
Mallement à qui je dois mes pre
mieres teintures de Philoſophie.Je
tiray delà une conſequence que les
couleurs conſiſtoient dans des par
ties figurées que l'acide reſoudoit
& deſaſſembloit, & que l'Alcaly
réüniſſoit enſuite en abſorbant les
acides. * ]
D'une lettre de Naples ſur l'embra
ſement du Mont Veſuve arrivé au
commencement de fanvier 1 682.
'Eſt une choſe fort commune
C§ de voir vômir des flâmes
1o4 Recherches de Phyſique
au Mont Veſuve : On comte depuis
la Naiſſance de N. S. 12 de ſes in
cendies les plus conſiderables ; mais
celle-cy ne l'a été ny par ſa durée,
ny par ſes ravages. Ses flâmes ſe
ſont trouvées mêlées de matieres
minerales. Et ce qui a paru de plus
extraordinaire, c'eſt qu'on n'avoit
point encore vû de ces incendies
qui n'euſſent été précedées de quel
que tremblement de terre, ou du
moins de quelques bruits. Et que
celle-cy n'a été accompagnée d'au
cun de ces accidens. On dit ſeule
ment qu'on a oüy à l'Orient de cet
te Montagne pendant pluſieurs
jours avant que les flâmes en ſor
tiſſent, un bruit ſemblable à celuy
que fait un torrent impetueux.
[ « La matiere minerale dont ces
flâmes étoient mêlées, confirme le
ſyſtême du celebre M. Lemery Chi
miſte de cette Academie, qui fait
naître ces embraſemens du mêlange
d'eau, de ſoulfre, & de matieres fer
rugineuſes, parce que ſi l'on mêle
de l'eau avec du ſoulfre pulveriſé &
& de Mathematique. 1o ;
de la limaille de fer dans une quanti
té ſuffiſante, au bout de quelque
temps, la matiere s'enflâmera d'elle
même. » ]
D'un tremblement de terre arrivé
à Paris & en pluſieurs autres
endroits le 12 May 1682.
C# tremblement s'apperçut la
nuit, & à la reſerve de celuy
du 6 Avril 158o , on ne trouve pas
, qu'il y en ſoit jamais arrivé aucun.
Le Lionnois qui avoit toûjours
paſſé pour exempt de ces accidents,
ne le fut pas ce jour-là, non plus
que le Dauphiné, & le Beaujolois.
Il ne fut pas conſiderable à Paris,
ny par ſes ſuites ny par ſaviolence;.
en ſorte qu'il y eut peu de perſon
nes qui s'en apperçurent.
Mais il fut ſi violent à Mets
qu'il renverſa la guerite d'un baſ
tion avec le Soldat qui y étoit en
|.
- ſentinelle. . -

Les maiſons & les Egliſes de


Tonnerre en furent autant ébran
lées, que ſi pluſieurs caroſſes à ſix
3o6 Recherches de Phyſique
chevaux euſſent roulé dans les ruës
à toute bride. Juſques là que plu
ſieurs roches du côté de Bourbiraut
ſe détacherent & tomberent. Mais
ce qui a paru fort étonnant, ça été
une fontaine proche Raviere, la
quelle fait meudre un moulin à 5o
pas de ſa ſource, qui pendant ce
mouvement extraordinaire demeu
ra ſéche l'eſpace d'une demi-heure ;
aprés quoy elle ſe remit à couler
comme auparavant , quoyqu'on
n'eût jamais entendu dire que cet
te fontaine eût ceſſé de couler.
Ce tremblement ſe fit ſentir à
Provins par deux ſecouſſes ſi ru
des, que les lits & les fenêtres des
chambres en furent ébranlées , les
portes de pluſieurs maiſons s'ouvri
rent , les vins de quantité de caves
ſe troublerent; & les animaux do
· meſtiques de toutes eſpeces en mar
querent de la frayeur par des mou
vemens & des cris extraordinaires.
Il dura chaque fois environ l'eſpace
d'une minute.
Les bergers qui étoient la veille
& de Mathematique. 1 o7
dans la campagne aux environs de
Dijon, ne purent jamais arrêter
leurs troupeaux, ny les empêcher
de gagner leurs étables dés les qua
tre heures du ſoir; au lieu que dans
ce temps là ils n'ont accoûtumé de
ſe retirer que vers les 7 heures. Ce
tremblement y fut ſi violent, que
pluſieurs femmes groſſes en accou
cherent de frayeur avant terme, &
il y en eut même qui en perdirent
la vie.
Il ſe fit ſentir encore avec plus
de violence à Rémiremont, où il
fit tomber 12 maiſons, & laiſſa tout
le reſte fendu du haut embas. Les
voûtes de l'Egliſe des Religieuſes
en tomberent, dont deux filles fu
rent tuées; ce qui cauſa tant d'ef
froy à ces Dames, qu'elles furent
obligées de camper pluſieurs jours
· dans un pré, ne ſe croyant pas en
aſſurance dans leurs maiſons. Le
dégât ne fût pas moindre dans le
Païs d'alentour, quantité de per
ſonnes furent tuées à Plombieres,
& au Valdage, outre pluſieurs au»
- - • -
1o8 Recherches de Phyſique
tres accidents funeſtes, qui y ſont
arrivés à cette occaſion.
Le tremblement qui arriva en
158o avoit aſſés de rapport avec
, celuy cy; à peine s'en apperçut-on
à Paris que vers l'Hôtel de Nevers ,
i8& aux † Hommes; mais plu
ſieurs Villes du Royaume s'en reſ
ſentirent fortement, quantité de
perſonnes en furent tués ou eſtro
piés ſous la ruine des bâtimens qui
tomberent par les violentes ſecouſ
ſes de ce mouvement : Il y a ce
pendant cette difference entre ces
deux tremblemens, que celuy de
158o. agita tellement les flots de
l'Ocean dans la Manche, que quoy
que d'ailleurs le temps fut aſſés ſe
rain & ſans apparence d'orage, il
perit par cette tempête plus de 25
à 3o vaiſſeaux entre Douvre & Ca
·
lais. Ce qu'on ne remarqua point
à l'égard de celuy de 1682.
D'ailleurs ce dernier ſe trouve
different du premier, en ce qu'il
fut precedé par des flammes qui
parurent 4 jours auparavant ſur une
montagne voiſine de Genéve.
TA B L E
DE S AR T I C L E S

Contenus dans l'Analyſe des Prin


cipes, de la Méthode, de la
Dioptrique, & des Méthéo
res de M. Deſcartes.
Les * marquent les Articles où l'on a ſup
pléé quelque, choſe.
| svr LEs PRINcIPEs.
SE C O N D E P ART I E.

* Article 1. Deſcartes n'a bien con


page 2. " nu ni la creation, ni
le concours, ni le dehors, ni les corps.
yoyez le premier Diſcours ſur la Phyſi
ſique univerſelle, II. Tome pag. 99. ſur
cet Article & ſur les ſuivans, juſques au
46.
* Art. 4. p.7. Il n'a point non plus bien
connu la mature de l'étenduë, ni des .
figures, ni de l'extenſion, ni des atâ
-- mes . #

II.Partie. g
T A B L E
* Art. 5. p. 11. Il a confondu à tort la gran
deur des corps , avec leur extenſion , leter
étenduë, & avec la locabilité ou poſſi
bilité à exister dans le monde.
* Art. 6 p. 15. Il continuè de faire la mê
me confuſion. •a

« Art. 8. & 9.p. 18. & 19: Il fait encore icy


la même choſe.
* Art. 1o. 11. & 12. p. 19. Il confond à tort
le lieu interieur, l'eſpace, la place , le
Vide, avec le corps contenu. .
» Art. 13. 14 & 15. p. 22. Il confond en
core à tort le lieu exterieur avec l'eſba
ce, la figure, la ſituation, le placement
ou la place; & prétend que la ſurface
d'un corps eſt differente de ſes parties ex
trêmes.
« Art. 16. p. 27. Il confond à tort les parties
du vide qui me ſont que poſſibles, avec cel
· les des corps actuels.
» Art. 17 p. 27, Il confond à tort le Vide
rélatif, avec l'abſolu.
* Art. 18. p. 28. Il continué de confondre
l'extenſion poſſible avec la réelle, & pré
tend que Dieu ne peut former un corps
courbê tout ſeul; que l' Univers exiſte me
, ceſſairement, & c. . :

# Art. 19. p. 3o. Il prétend à tort qu'il


n'y a pas plus de matiere dans un vaſe
· plein d'or, que dans un autre égal ab
ſolument vide, & cela par un parallo
º» ! giſme. : * -

» Art. 2o.p. 3 I. Il fait un autre paralle


TY , , ... ' .
t3
D E S M A T I E R E S. -

- giſme, en définiſſant l'étenduë par l'éten


- duë, & ſuppoſe un progrés abſolument
- indéfini dans le corps; ce qui eſt ab
ſurde.
Art. 11. p. 33. Il tire de ſon imagination une
· preuve foible ſur l'immenſité de l' vni
ºUe1"S,

Art. 22. p. 34 Il donne une autre preuve


foible ſur l'Identité de la Matiere pre
-
7mtere,
*Art.13. p.4o9.du Sup. Il a crû à tort que le
eul mouvement joint à la diviſîbilité de
la matiere, pouvoient produire toutes les
varietez & la ſubſiſtance des productions
de l' vnivers, ſans le ſecours de figures per
manentes & régulieres.
Art. 24 p. 35. Il n'a pas connu le mouve
ment ou changement de ſituation, qui eſt
auſſi naturel que le direct dont il parle.
Art. 25. p. 35. Il veut à tort qu'un corps ne
- puiſſe être mû que dans le Plein, quoiqu'il
le conſtdere toûjours dans le Vide, & cela
par un parallogiſme.
Art. 26. & 27. p. 36. &c. Il prétend que le
repos ſoit une force dans un corps, & cela
- par un autre parallogiſme ; il conclud
contre l'experience, & ſe reléve par un
ſecond parallogiſme.
Art. 28. 29. & c. 32. p. 44o. Il prétend toü
jours, & gratuitement, qu'un corps en
mouvement, a plus de rapport aux corps
proches, qu'à ceux qui ſont plus éloi
gºe&. -

g ij
T A B L E
Art. 33. p. 41. Les vacuoles m'empêchen*
pa, le mouvement circulaire, ni la cºº
denſation, & la rarefaction de notre atº
teur, comme il l'a crû.
Art. 34 & 35. p.41. Les principes de M -
Deſcartes ſont incomprehenſibles , en prº"
mant comme luy le Vide à la rigueºr ;
& luy-même en convient.
* Art. 36. p. 42. Il confond la force a
vec le mouvement, quoiqu'il les diſtin
gue réellement dans l'Article 25. ey-de
vant. Il prétend auſſi à tort que la fºr
ce abſoluè de l' vnivers, eſt toujours l*
même. -

« Art.
que 39.
toutp.mouvement
46.L'auteur
eſt tâche de prouvºr
naturellement di
rečt, & cela par deux preuves infirmes
Il confond la force ſelon la Tangente »
avec la Centrifuge. -

» Art.4o. & 4 1. p.48. Il a crû à tort que


la détermination n'étoit qu'un môde ac
cidentel au mouvement. Il a ignoré la
force qui fait rejallir les corps.
Art. 42 p. 51. il regarde à tort la force
comme une des Entitez 'd'Ariſtote , qui
peut paſſer d'un corps dans un autre
* Art. 43. p. 53. Il prétend encore icy à tort,
que le repos eſt par luy-même une force,
de même que le mouvement. Il ajoâte
deux conditions inutiles à la Force. Il n'a
connu ni la force des corps qui ſont atta
chez ſolidement à un centre, ni celle des
fluides.
- D E S M A T I E R E S.
Art 44. p. 56. Il a crû à tort, que la force
n'eſt jamais oppoſée à la force. -

* Art. 46. p, 56. Il prétend à tort, que l'op


poſition n'eſt pas deſtructive de la force.
* Art.47. p.58. Il a crû à tort qu'un ( iota)
de maſſe ajoûté à un de deux corps, qui
ſe choquent, étoit capable de changér le
choq du tout au tout : On y ſupplée, &
dans le ſecond Tome pag. 759. dans l'A-
bregé du Choq des Corps.
* Art. 48. p. 61. Il a crû auſſi à tort qu'un
(iota ) de viteſſe ajoûté à l'un des deux
· pouvoit changer le choq du tout au tout.
* Art. 49. p. 62. Il a crû à tort qu'un corps
réſiſtoit abſolument au mouvement,& non
pas rélativement, pour une certaine force.
* Art. 5o. p. 64. Ce que l'auteur décide icy
. pour les corps durs, ne convient qu'aux
corps mous. -- - -

* Art.51. p. 65. Cette ſixiéme loy eſt con


traire à la raiſon & à l'experience, de
même que les cinq précédentes.
* Art. 52. p. 65. Il eſt de même de cette
· ſeptiéme loy. • • --

· * Art. 53. p. 67. Ses loix ſont autant con


traires à l'experience, que celles que nous
leur avons ſubſtituées y ſont conformes.
Art. 54. & 55. p. 68. La liquidité ne con
ſiſte pas ſeulement dans l'agitation des
' parties, comme
lidité dans leur ilſeul
le prétend
repos. icy, ni la ſo # •

* Art. 56.57. & 58. p. 69. E'auteur a crû à


tort, qu'un corps eu repos dans un liqui
g iij
T A B L E
de, étoit plus oppoſé au mouvement de la
: liqueur, que s'il ſe mouvoit : à quoy il
ajoûte une eſpece de contradiction.
Art. 59. p. 7o. Il croit à tort que les par
ties d'un liquide dans lequel on meut un
corps, le pouſſent par derriere.
Art. 6o. p. 71. Cet Article eſt oppoſé au pré
cédent. -

*Art. 61. & 62. p. 71. Il laiſſe voir une


contradiction entre ſa quatriéme regle cy
devant & cet Article,ſans la ſauver que
| par un ſubterfuge.
Art. 63. p. 72. Il fait la même choſe à l'é-
, gard de la cinquiéme Regle.
Art. 64 p. 73. L'auteur identifie à tort le
corps phyſique & ſenſible, avec l'éten
dué Geometrique.

T R O I SIE'M E P A R T I E.
*Art 5.& s.& Outes les meſures des
p,4II. du Sup. · Aſtres, que l'auteter
rapporte, ſont fort éloignées des verita
, , , &2b65- - -

* Art. 25. p.75.Il établit à tort que la liqui


, dité conſiſte plûtoſt dans le mouvement,
que dans la rareté.
Art. 26. p. 79. Il veut à tort qu'un vaiſ
ſeau arrivé ( par exemple ) du Perou par
les Moluques au Breſil , par l'eſpace de
plus de 6ooo lieuës, ſait toûjours demeu -

ré immobile.
-
D E S M A T I E R E S.
Art. 28. p. 8I. Il prétend à tort décider ſi
c'eſt la terre qui tourne ; &4 cela au
moyen du Ciel qui l'environne imme
diatement, plûtoſt que par les Etoiles
fixes.
* Art. 29. p. 81. Il prétend à tort que la
terre paſſantſucceſſivement entre le Soleil
& les Etoiles fixes, ne laiſſe pas de de
meurer en repos. Il n'a jamais bien connn
le repos, non plus que le mouvement.
Art. 3o. p. 86. Il prétend à tort expliquer
tous les Phénoménes celéſtes de cela ſeul,
que la matiere celeſte tourne plus vite
prés du Soleil, que plus loin. - -

Art. 38. p. 86. Il prétend à tort, dans le


Syſtême de Ticho, attribuer le détache
ment du Ciel qui environne la terre plû
toſt à l'une qu'à l'autre, & cela par une
preuve infirme. -

Art. 46.47. &c. 52. p. 87. Ses premiers


Elémens ſont impoſſibles, ſelon ſon Syſtê
me touchant la matiere. Ils ſont indignes
de l'Auteur de la Nature, contraires à
la ſubſiſtance de l'vnivers, & inconce
vables même ſelon luy.
* Art. 53.54. & c. 6o. p. 9I. Il admet à tort
un troiſiéme Ciel materiel.Il prouve contre
ſon intention,queles parties d'un tourbillon
tendent à s'écarter de ſon axe, & cela ſeu
lement par des exemples. On y ſupplée, &
dans le ſecond Tome pag. 793. -

Art. 62.63.64. p. 94. Il n'eſt pas vray que


les particules de lumiere pouſſent leurs
T A E L E
voiſines en tout ſens ; ni que cet effort
contiuuèroit, quand même le Soleil ſe
roit détruit; ny que ces parties n'ayent
qu'une ſimple tenſion.
Art. 65. 66 67. p. 98. Il n'a pas dû éta
blir l'arrangement de ſes Cieux, ſans a
voir égard à leurs proportions de gran
deur & de viteſſe.
* Art. 68. p. 99. La raiſon ſur laquelle il
établit l'inégalité des Cieux eſt infirme.
La lumiere d'un soleil ne vient pas non
plus neceſſairement de ſon mouvement ſur
ſon centre.
Art. 69. & zo. p. 1o1. si la matiere celeſte
paſſoit d'un tourbillon dans un autre, &-
ſi leur force ne venoit que de leur mouve
ment circulaire, comme il le prétend, les
cieux rentreroient bien-tôt dans leur pre
mier Cahos. -

* Art. 71. p. 1o4. Notre auteur fait voir


icy, en oppoſant la vertu centrifnge à
la circulaire, dont elle eſt dérivée, qu'il
m'en a jamais connu la nature autrement
que par experience.
Art. 72. p. 1o5. Cet Article eſt oppoſé au 54.
cy-devant, à l'égard du mouvement du
premier Element.
Art. 73. & 74. p. 1o8. Ses ſuppoſitions dé
truiſent la ſubſiſtance & la rondeur du
Soleil qu'il tâche d'établir,
Art. 75. p. 11o. L'exemple qu'il apporte pour
prouver cette rondeur, la détruit enco
7'6,
D E S M A TI E R E S.
* Art. 76. p. 111. L'agitation de la matiere
n'a rien decommun avec ſon mouvement
autour duSoleil, ni avecſa vertu centri
fuge, & l'une ne diminuë ni n'augmente
l'autre en rien.
* Art. 78. Si la matiere ſubtile entrant
par les Pôles du Soleil ſe choque à ſon
centre, il n'eſt pas vray que le ſecond
Element puiſſe en être repouſsé vers les
Pôles, comme vers l'Ecliptique, ainſi que
l'auteur le prétend. -

Art. 79. p. III. Il n'eſt pas vray non plus


que ſa matiere ſubtile ait moins de faci
lité à tourner autour du Soleil, & ſur
elle-même, qu'à s'aller promener par les
Cieux voiſins, pour revenir au Soleil.
Art. 82. & 83. p. 112. Il confond la vîteſſe
abſoluë des Aſtres, avec leur vîteſſe re
lative au centre de leur circuit. Il ſup
poſe des proportions de groſſeur & de vt
teſſe dans ſon ſecond Element purement
gratuites, & qui ſont oppoſées à la ma
ture des refractions
* Art. 84. p. 1 14. L'auteur prétend à tort,
que c'eſt le Soleil qui fait circuler la
matiere celeste qui eſt proche de luy plus
vîte que la plus éloignée.
• Art. 85. p. 115. Il prétend contre la raiſon
& l'experience, que ſi les parties plus
proches du Soleil étoient de même groſ
ſeur que les plus éloignées, elles auroient
plus de vertu centrifuge ; & la preuve
qu'il apporte de l'inégalité des parties
T A B L É
du ſecond Element, eſt infirme.
Art. 87. 88.89. p. 117. Il tire un troiſié
me Element de l'écornement du ſecond,
avec auſſi peu de fondement que le pre
772/67".

Art. 92. p. 119. Il ne ſpauroit prouver que


ſa matiere Canelée, puiſſe garder aucune
figure conſtante.
Art. 94 p. 12o. La formation des taches
ſur les Aſtres, doit plûtoſt être attribuée
à la vertu centrifuge de leurs parties,
qu'à leur mouvement circulaire.
Art. 96. p. 12 I. Les taches du Soleil me
ſçauroient demeurer ſur ſon Equateur
dans les principes de notre autetir, com
N me il l'a crû.
* Art. 1oo. 1o1. 1o2.1o3. p. 122. L'ath
moſphere que l'auteur attribué au Soleil,
m'eſt pas encore une choſe bien conſtante,
tout le reſte n'atteint preſque pas la vray
ſemblance.
Art. 1o4. &c. 1o8. p. 124. Les branches &
les canelures dont l'auteur parle ayant
été mal ou non prouvées, tout ce qu'il en
déduit ne peutpaſſer que pour un jeu d'eſ
prit, & ne peut expliquer le retour pério
dique des taches.
Art. 11o. pag. 125. Selon ' cet Article, le
Soleil ne devroit pas être lumineux du
côté de ſes Pôles contre l'Article 8o ; &3»
il ne devroit point ſe former de tourbillon
autour d'une Planette contre l'Article
Io8,
E=--

D E S M A T I E R E S.
Art. III. p. 126. Cet Article eſt contraire au
Paradoxe de l'Article 64. Il y détruit
r#
auſſi la premiere idée qu'il a donné des
ſºl Soleils.
# pº * Art. 112. 113. & 114.p. 128. Ce que ces
Articles contiennent eſt peu conforme à la
r# droite Mechanique.
4(# Art. 115. p. 13o. Cet Article eſt formellement
oppoſé à l'Article 11I. cy-devant, où il
# dit qu'un Aſtre étant couvert de taches,
# le ſecond Element qui l'environne a toû
r# jours la même force pour écarter les cieux
voiſins par ſa vertu circulaire.
jl ! Art. 1 1 6. p. 13o. Cet Article repugne au
4#! 46. cy-devant.
Art. 117. & 118. p. 131. Cet Article eſt op
poſé aux Articles 61. 62. 64 & 12o. où
'u# l'auteur tire la force d'un tourbillon de
#. ſa vertu circulaire, au lieu qu'il la dé
#ſl) duit ici de la vertu d'irradiation de l'Aſ
tre qui eſt à ſon centre, à peu près comme
Copernic.
,& Art. 119. & 12o. p. 131. Il prétend à tort
4ſ que le corps le plus ſolide a le plûtoſt at
l# teint toute la viteſſe du liquide où il eſt,
# & employe d'autres principes auſſi peu
rſº ſoûtenables. -

*Art.121. & 122. p.134. Le Syſtême du Plein


que notre auteur tient, doit donner à
tous les corps qui ont une viteſſe égale
: une force centrifuge égale, contre ce qu'il
prétend.
# * Art. 124 & 125. Les differens mouve
|
-
-
T A B L E
mens de la matiere étherée ne dimi
-

muènt en rien ſa vertu centrifuge, tan


dis qu'elle garde le même mouvement cir
culaire d'où cette autre dérive, contre ce
qu'il prétend.
Art. 126. p. 136. L'auteur ſuppoſe à tort
• qu'une Comete peut acquerir plus de vî
teſſe circulaire, que le Ciel où elle eſt
deſcenduë. -

* Art. 128. 129 & 13o. p. 137. Il ſuppoſe


gratis qu'une Comete ſort d'un ciel pour
entrer dans un autre comme enveloppée
d'un nuage, & ſe contredit en diſant,
que la lumiere d'un tourbillon s'éteint en
arrivant au centre d'un autre; & tout
dè ſuite que ce dernier ne diminuë en
rien la force de cette lumiere; ce qu'il
prouve par une petition. -

Art. 131. & 132 p. 139. Il prétend contre


toute experience, que la lumiere des Etoi
les fixes ſouffre réfraction en paſſant par
les confins des tourbillons, & fait quan
tité de propoſitions gratuites pour expli
quer les varietex des Cometes.
Art. 134. 135. & 136. p. 14I. Cet Article
eſt encore contraire au 64. cy - devant,
où l'auteur établit qu'une particule de
lumiere étend ſon action tout à la ronde.
Il diſtingue gratis deux ſortes de lumieres
à cet égard.
Art. 139 p. 144. La difference que l'auteur
fait icy des Etoiles fixes & des Cometes
eſt inſoûtenable, & ce qu'il rapporte des
chevelures
D E S M A T I E R E S.
chevelures des Cometes eſt contraire à
l'experience.
Art. 141. & 142. p. 145. Cet Article # op
poſé aux regles des Aphélies des Plane
te5.

* Art. 143. Cet Article qui paroît n'être


fait que pour expliquer les directions
des axes des Planetes, n'atteint preſque
pas la vrai-ſemblance.
* Art. 144. p. 412. du Sup. L'auteur de
voit comparer le tems de ſa Planete à ſon
diametre, & non-pas à ſa ſolidité, com
me il fait.
Art. 146. p. 146. Il eſt impoſſible que les.
Planetes dépoüillées de leurs tourbillons •

# amené leurs Satellites avec elles


ans celui du Soleil, comme l'auteur le
prétend.
Art. 148. p. 247. Il prouve que les taches
du Soleil vont plus lentement que les Pla
7metes, d'une maniere contraire à la droite
méchanique.
Art. 149. & 15o. p. 148. Il ſuppoſe gratis
que la terre & la Lune étant tombées
dans le tourbillon du Soleil , m'avoient
pas acquis toute la viteſſe du ciel, où elles
ſe ſont arrêtées.
Art. 151. p. 149. Il ſuppoſe gratis & contre
toute apparence que le ciel de la terre x
la même vîteſſe proche d'elle qu'autour de
la Lune, & qu'un corps ne prend pas
toute la vîteſſe du fluide où il eſt.
* Art. 152. Selon cet Article on pourroit dire
Ml. Partie.
T A B L E
que ce ſont les rayons du Soleil qui ont
fait les montagnes & les vallées de nô
tre terre, ce qui eſt abſurde.
* Art. 153. p. 15o. L'auteur ſuppoſe ſans
fondement un mélange de la matiere du
ciel du Soleil avec celui de la terre , pour
prouver contre toute experience que la
Lune n'eſt apogée & perigée que dans
les Syſygies.
Art. 154. p. 152. Cet Article détruit ce que
l'auteur a établi dans les Articles 146.
& 15o. touchant la continuation du mou
vement des Planetes, lorſqu'elles ſont deſ
cenduës dane le ciel du Soleil.
• Art. 155. & 156. Ces deux Articles
n'atteignent preſque pas la vrai-ſem
blance, touchant le paralleliſme des Pla
77et85.

QUATRIE'ME PARTIE.
Art. 2. A deſcente de la terre vers le
P. 153. Soleil paroît mal prouvée, en
ce que les taches des Soleils ne ſont pas ſi
paſſageres que l'auteur l'a crû, & que le
tourbillon d'un Aſtre tientſon mouvement
de lui-même, & non de l'Aſtre, ſelon
l'auteur même.
* Art. 3. p. 155. On ne peut aſſeoir aucun
jugement fixeſur cet Article, à cauſe du
pour & du contre dont il eſt farcy.
* Art. 9. P. 156, Les differentes écorces de
D E S M A T I E R E S.
la terre ne ſpauroient proceder de l'effort
du ſecond élement pour s'ecarter du cen
tre de ſon tourbillon, comme l'auteur l'a
crf.
Art. 13. p. 157. L'auteur prétend icy que
les parties du troiſiéme élement les plus
ſolides ſont pouſſées vers le centre avec
plus de force, contre ce qu'il a établi cy
devant en pluſieurs endroits.
* Art. 17. p. 41z. du Sup. Il explique la
tranſparence par une comparaiſon paral
logiſtique.
Art. 18. p. 157. On peut expliquer les pu
rifications des liqueurs par la ſeule pe
, ſanteur , contre ce que l'auteur prétend.
Art. 19 p. 413. du Sup. Il explique la ron
deur des goutes par une ſuppoſition qu'on
ne peut lui accorder.
Art. 2o. p. 158. Il donne un nouveau Syſtê
me de peſanteur different de celui qu'il a
tiré du mouvement circulaire du ſecond
élement, lequel il déduit d'un mouve
ment du premier élement qui environne
la terre, indifferent à tous les côtés du
monde, comme M. Huguens a fait de
puis, & qu'on a refuté dans ſon lieu.
Art. 22. p. 158. Il quitte encore ſon premier
syſtême de la peſanteur établi dans l'art.
14o. de la troiſiéme Partie, & veut main
tenant qu'elle vienne de ce que la matiere
étherée a plus de viteſſe que les corps ter
reſtres.
Art. 23. P. 16o. Il devoit comparer la force
h ij
T A B L E
d'un volume de matiere étherée avec uns
corps peſant, au lieu du volume même.
Art. 25. p. 161. & p. 413. du Sup. Il établit
icy contre toute experience que l'air va
plus vîte autour de la terre d'Occident en
Orient qu'elle. Il détruit à tort la propor
tion du poids à la maſſe, & prétend que
la fluidité contribuë à la legereté.
* Art. 26. p. 164. Il ſe contredit en voulane
que dans l'eau les parties inferieures ne
ſoient pas preſſées par les ſuperieures ,
quoique lefond du vaſe le ſoit. Il prétend
auſſi à tort qu'un homme, par exemple .
au fond de l'eau n'eſt preſſé que par les
parties ſuperieures.
* Art. 27. p. 165, La réſiſtance de la terre
doit écarter le ſecond élement à la ronde
autour de chacun de ſes points, comme
dans l'art. 64. de la troiſiéme Partie, c3
non-pas ſelon ſes rayons, ainſi qu'il le
prétend.
Art. 3o. On ne peut pas lui accorder que
les rayons du Soleil ne penetrent pas
juſqu'à la ſeconde region , & que cepen
dant ſa chaleur y parvienne.
* Art. 31. On refute dans les Méthéo
res l'exemple de la glace que l'auteur ap
porte, pour prouver que la chaleur con
denſe quelques corps.
Art. 32.p. 167. La ſeule peſanteur ſuffit
pour aſſembler les parties homogénes, &3»
ſéparer les hétérogénes, ſans qu'il ſoitne
ceſſaire de recourir à une cauſe étrangere,
D É S M A T I E R E S.
ſi ce n'eſt parceque ſelon ſon syſtême les
plus maſſives prendroient le deſſus, contre
ce qu'il prétend.
Art. 33. p.168. La formation des élemens
de nôtre auteur n'atteint pas la vrai
· ſemblance.
Art. 3º. P. 17o. Non-plus que celle de l'eau
é du ſel marin qu'il donne icy.
$* Art. 37. &c. 44. p.171.& p.414. du Sup.
Il démêle en ces Articles les parties de la
terre d'une maniere pleine d'ambages c5
de chiméres, contraire à la droite mécha
mique & à l'experience.
Art. 45. &c. 48. p. 174. La figure qu'il
donne aux parties de l'air cé de l'eau ne
"t convient nullement à leurs proprietés.
* Art. 49. p. 176. Il ſuppoſe à tort pour le
ftus & reflus de la mer, que la Lune ſe
meut moins vîte que ſon ciel, & que la
mer eſt plus baſſe ſous la Lune qu'ailleurs.
Art. 5o. p. 177. Il manque à ſon explica
tion de faire voir la même choſe pour les
quadratures , que pour les syzygies.
*Art. 53. p. 178. Il explique le Courant
équinoxial par une Méchanique non mé
chanique, & contraire au mouvement de
la matiere étherée, qu'il prétend être plus
grand que celui de la terre. .
* Art. 55.p. 181. Il fait la même faute pour
ſauver les lacs du flus & reflus. -

Art. 56. p. 181. Il fait la même faute à l'é-


gard des differentes côtes. .
Art * I. & 62, p. 181, La formation des
h iij
T A B L E
Acides & des Bithumes que l'auteur don
ne icy paroît auſſi gratuite que celle dus
$ des Articles précedens.
* Art. 64. & 65. p. 183. Il ſe trompe, coma
me on dit, toto celo, dans l'origine des
fontaines, & dans ſa prétenduë circula
tion des eaux de la mer.
* Art. 66. vn paradoxe des plus ſurprenants
de nôtre auteur eſt de prétendre que le
ſel des eaux de la mer alembiquées dans
le ſein des montagnes les y quitte pour
retourner à la mer.
* Art. 67. 68. & 69 p. 187.Il prétend con
tre toute ſorte de méchanique & d'expe
rience que tout le ſel des terres vient im
mediatement des eaux de la mer , & que
tous les ſels viennent du ſel marin.
Art. 7o. p. 189. L'exemple des exhalaiſons
qui ſortent en abondance des Mines ne
prouve rien pour les vapeurs qui de
vroient, ſelon lui , former les fontaines.
* Art. 71. p. 19o. La formation des pierres
précieuſes de l'auteur ne paroît pas ſoû
tenable.
Art. 72. Il y a plus d'apparence que
les métaux ne ſont que le $ incorporé
avec d'autres matieres propres , que de
dire que le # les abandonne aprés les
avoir ſublimées.
Art. 74. p. 191. Il prétend gratuitement &-
contre toute apparence que les Côtes Orien
tales des Continents ſont plus écha affées
q ue les Occidentales.
D E S M A T I E R E S.
Art. 76. p.192. Le ſouffre n'eſt pas neceſſai
rement métallique , & les huiles minera
les ne viennent pas neceſſairement du fond
de la terre, comme l'auteur l'a crû.
Art. 77. p. 193. Il manque à l'explication
des tremblemens la cauſe de l'inflamma
tion de l'exhalaiſon.
Art. 3o. 8I. 82. 83. p. 193. Il ne paroit
pas comprehenſible que le ſecond élement
me ſe méle pas avec le feu, non-plus que
le vent ne peut pas ne ſe pas mêler avec
la pouſſiere qu'il excite, ni que les corps
les plus groſſiers ſoient les plus propres à
s'enflamer.
* Art. 84. & 85. p. 196. Le feu qui vient
|! du frotement s'engendre par le ſeul roule-,
ment des parties détachées & mêlées avec
le ſecond élement, é non par le reſſort
des mêmes parties mêlées ſeulement avec
le premier.
* Art. 36.37. & 83. p. 197. on ne voit
point comme les parties des corps embra-"
ſés par le ſecond élement peuvent le chaſ
ſer d'entr'elles , somme l'auteur le pré
tend.
* Art. 89. 9o. 91. p. 199. La maniere dont
l'auteur fait chaſſer le ſecond élement des
interſtices des corps qui s'enflament rend
ſon Syſtême inſoütenable, auſſi bien que
celle dont il explique les flaméches des flots
de la mer. -

* Art. 92. & 93. p. 2o1. La Méchanique


dant l'auteur ſe ſert pour échauffer le foin
Y

| T A B L E
entaſſé ne peut ſubſiſter, non plus aºre
celle de l'échauffaiſon de quelques diſſo
lutions.
• Art. 94. p. 2o3. Les Méchaniques don*
l'auteurſe ſert pour produire les feux ſo4
terrains ſont purement accidentelles.
Art. 95. &c. 1co. p. 2o4 L'air n'eſt pas ne
ceſſaire pour nourrir la flame, comme
l'auteur l'a crû, mais pour la contenir
c5 pour lui fournir la matiere combuſti
ble. Enfin il ſe contrarie en admettant
auſſi le ſecond élement dans la flame.
* Art. 1o. p. 2o5. Si les linges ne ſont pas
brûlés par l'eau de vie dont ils ſont imbi
bés, ce n'eſt nullement parceque ſa ftame
eſt trop délicate, comme nôtre auteur l'a
C7f4•

Art. 1o3. p. 2o6. Nôtre auteur ſe tourmente


merveilleuſement pour bannir encore ſon
ſecond élement des corps ſolides, & de
l'eau de vie qu'on brûle; mais en vain.
· * Art. 1o7. & 1o8. p. 2o6. Cet Article eſt
en quelque fagon contraire à l'Article
1o6, où l'auteur veut que les parties ail
lent par degrés pour s'embraſer. -

Art. 11o. & c. 115. p. 2o7. La figure que


l'auteur donne au Nitre ne peut ſubſiſter,
non-plus que la ſituation & le mouve
ment qu'il lui donne dans l'embraſement
de la poudre à canon. Tout le reſte ne va
pas mieux.
Art. 116.p. 211. Il fait conſerver une lam
pe allumée pendant pluſieurs Siecles par
D E S M A T I E R E S.
une incruſtation fuligineuſe qui n'a nul
fondement, & qu'il ſçait être contraire à
l'experience journaliere.
* Art. I18. & 119. Il ſuppoſe pour la fu
ſion une égalité de parties inutile,
contraire à ce qu'il dit enſuite, que les
unes ſe changent en air, les autres en feu.
Il ſuppoſe auſſi ce qui eſt en queſtion, ſpa
voir la cauſe qui réunit les parties des
corps deſſechés par le feu.
Art. 124 & 125. p. 213. Le parallele qu'il
fait des cendres, de la chaux, de la pouſ
ſiere & du verre ne paroît pas avoir au
cun fondement. Il compoſe encore le feu
du premier, du ſecond & du troiſiéme éle
ment , contre les Articles précedens.
Art. 127.128. & 129. p. 214. Il explique
les proprietés du verre d'une maniere en
partie inſoûtenable, & en partie déja re
futée.
Art. 13o. p. 214. Il prétend à tort que le
verre dont les atômes ſeroient ronds, ſe
roit le plus ſolide de tous.
Art. 131 p. 2 14. Le ſecond élement de nôtre
auteur en paſſant au travers des corps
tranſparents quelconques, doit contracter
un tournoyement, contre ce u'il prétend.
* Art. 132. p. 217. Le # trouve plu
tôt dans les corps compoſés de filets , que
dans ceux dont les parties ſe touchent,
contre ce que l'auteur a crû. A*

Art. 133. p. 219. On ne voit ni la neceſſité


des poils que l'auteur employe à l'expli | --
T A B L È
cation de l'Aimant, ni le fondement de
ſa Matiere canelée. -

Art. 134. & 135. p. 22o. Tout ce qui eſ#


contenu en ces deux Articles paroît gra
tt4tf.

Art. 136. p. 221.La Méchanique dufer que


l'auteur apporte ne répond pas à ſa mal
leabilité.
Art. 137. &c. 14o. p. 222. Il n'eſt pas poſ
ſible que les parties du fer & de l'Ai
mant en ſe fixant dans la terre exterieure
ayent toutes gardé une même aſſiete pro
pre à filtrer la matiere canelée : La même
difficulté a lieu à l'égard de la fonte ; à
cauſe de leur agitation.
Art. 141. p. 222. La difference que l'auteur
met entre l'acier & le fer me paroît pas
ſoûtenable.
* Art. 142. & 143.p. 224. La moleſſe de
l'acier ne provient pas de la cauſe que
l'auteur apporte.
* Art. 144. p. 225. Il y a plus d'apparence
que s'il y a des pores en écrous dans l'a-
cier & le fer, ils fe ſont formés pendant
le refroidiſſement de la fonte, que de dire
que leurs parties ont été revirées par la
Matiere canelée.
* Art. 145.Nº. 1z. Il eſt conſtant que l'Ai
mant perd de ſa vertu en la communi
quant, mais il la recouvre aprés quelque
tems étant ſuſpendu en liberté. N°. 2 ».
Il n'eſt pas vrai que le pôle de l'Aimant
qui regarde le Nord ait toûjours plus de
D E S M A T I E R E S.
force que ſon oppoſé. N°. 33. Il n'eſt pas
ºrai non-plus qu'un Aimant perde ſa
force pour n'être pas ſuſpendu.
Art 149. p. 227. On pourroit demander
pourquoy les efflus du ciel ne pénétrent
Paº l' Aimant immediatement auſſi-tôt
4º'ºprés avoir paſſé au travers de la
terre,

* Art. 153 p. 227. L'attraction de l'Ai


mant meſ auroit s'attribuer à la réſiſtan
ce de l'air, comme nôtre auteur l'a crû ®

outre qu'il ne l'explique qu'en partie.


Art. 1ºI-P. 13o. Tout cet Article eſt con
traire à l'experience.
Art. 167 P. 23 I. Les pôles d'une lame ſe
trouvent toûjours à quelque diſtance de
ſes extremités, contre ce que l'auteur a
"UA272C€.

* Art. 17o je ne trouve aucun fondement


dans l'explication de cet Article.
Art. 17I. p. 23 ... L'auteur s'eſt trompé en
penſant que le fer a plus de force pour al
# vers l' Aimant, que l' Aimant vers le
67',

Art. 172 P. 232 Cet Article eſt contraire à


l'experience.
Art. 174 P. 233: Un Aimant pourra ſoûte
nir une Piroisette plus peſante, en repos
qu'en mouvement, contre l'opinion de
l'auteur.
;! Art 176 & 177.p. 233. L'auteur a recours
i9 º vertus Sympatiques pour la vertu
pi attractive. Il fait de plus un parallogiſ
T A B L E
me en diſant que la force eſt égale par
tout entre F & C. car il ne s'enſuit mul
lement de'cette verité, que l'Aimant le
plus fort ne dût pas attirer avec plus de
force. -

Art. 178. p. 234. On ne peut pas comparer


la ſuſtentation horizontale d'un fer entre
deux Aimants, avec celle d'un fer ſoûtenu
par un Aimant qui a ſon pôle Auſtral
tourné vers le Boreal de la terre , comme
fait l'auteur.
* Art. 179. p.417. du Sup. Il prétend gra
tuitement qu'un Aimant ou un ſimple
morceau de fer détache un autre morceau
de fer qui pend au pôle d'un plus fort Ai
mant, à cauſe que le premier le touche
en plus de parties. Il en eſt de même de
l'Article 176. cy-deſſus.
Art. 181. p. 236. On ne paſſe pas volontiers
à l'auteur qu'il y a du ſecond élement
plutôt dans les autres métaux, que dans
le fer, ni que les pores de celui-cy ſoient
plus étroits, ni que la matiere magnéti
que paſſe auſſi aiſément dans ces autres
métaux que dans l'air. -

Art. 182. & 183.p. 237. Il y a une quatrié


me cauſe qui ôte la force de l'Aimant,
dont l'auteur ne convient pas.
* Art. 184. 185. & 186. p.237. L'explica
tion que l'auteur donne de la sympathie
· ne ſçauroitſubſiſter.
Art. 187 p. 24 o. L'auteur explique icy
- quantité
D E S M A T I E R E S.
4ºantité de paradoxes dont il n'eſt pas
bien ſûr.
* Art. 189. & 1»o. • 24 .. En raiſonnant
fout au contraire de l'auteur, on expli
4º!º Pºſſions plus ſimplement, 3. auſſi
ºººformément à l'experience.
* Art. 19I. P. 247- Cet Article renferme
ºe contradiction manifeſte ; ſ#avoir,
que la joye & la triſteſſe puiſſent exiſter
º même tems dans nôtre am .
* Art. 197. on examine dans la Dioptri
4º 9-aprés ce que cet article contient.

DE LA M E T H O D E.
9U A T R 1 E'M E P A RT 1 E.
| Art. 1. O" ºe peut douter au plus que
P. 253. de quelques notions acquiſes
Par les ſens, & par le raiſonnement, c#.
ººº-pas abſolument de tout.
* Art. 2. p. 254. Le principe ſur lequel nô
ººº établitſa Philoſºpbie je penſe,
donc je ſuis, ne ſignifie § choſe ſinon
je penſe, donc je penſe. -

* Art. 3. p, 255. Sa regle générale, que les


#hoſes que l'on conçoit § clairement
ſont vraïes, ſouffre de *rºp grandes re
ſtrictions, pourPºuvoir s'en ſervir ſure
ment.
* Art. 5. p. 256. Il *'eſt pas vrai que l'idée
'un eſtre cºnfû parfait renferme abſolu
Jl. Partie. l
T A B L E
ment & indépendemment de tout rapore
l'exiſtence de cet eſtre.
* Art. 7. p. 258. Il n'eſt pas vrai non-plus
que la certitude de toutes nos connoiſſan
ces naiſſe en nous de celle de l'exiſtence de
Dieu.
(

C 1 N q U 1 E'M E P A R T I E.

Art. 1. p. 261.Les fautes dans leſquelles nous


ſçavons tres-certainement que nâtre au
teur eſt tombé dans ſes Principes , nous
ſont un témoignage manifeſte de l'imper
feétion de ſon principe de connoiſſance, c3
un avertiſſement pour nous en défier dans
le reſte de cet Ouvrage.
* Art. 4. p. 261. Le ſang eſt pouſſé hors le
cœur dans le tems de ſon raccourciſſement,
c3 non-pas pendantſa dilatation, comme
l'auteur l'a prétendu. *.

* Art. 8. p.263- Les arteres ne ſont pas dou


bles, parceque le ſang bat plus fortement
contr'elles, que contre les veines; & l'air
des poûmons ne ſert pas au ſang pour le
rafraîchir, ainſ que l'auteur l'a crû.
* Art. 9. p. 266. La preuve par laquelle il
' prétend ôter la raiſon aux bêtes, ſavoir
de ce qu'elles ne parlent point, eſt in
firme.
-
D E S M A T I E R E S,
#
|

DE LA D I O P T R I Q U E.
ſa
jſ! ! I. D 1 s c o U R s.

* Art. 3. | T E paſſage de la lumiere n'eſt


p. 27c. point inſtantané. Il n'eſt pas
vrai de dire que nos idées ne ſont point
analogues aux objets exterieurs qui les
cauſent, & c. Les Chats ne voient point
par aucune émiſſion de lumiere hors de
# f728,
yeux, comme l'auteur ſe l'eſt ima
-

©r # 4.p. 277. Il n'eſt pas vrai mon-plus

qu'un corps ne puiſſe pas ſe mouvoir vers


pluſieurs côtés à la fois. L'action de la
lumiere conſiſte dans un paſſage actuel c3
ſucceſſif, & non-pas dans une ſimple ten
ſion, comme M. Deſcartes l'a prétendu.
lº I I. D 1 s c o u R s. . • •

j# * Art. 1. p. 178. La ſituation de la raquette


r# n'eſt pas la cauſe de la détermination de
la bale. Il y a un moment de repos au
4i point de réflexion , contre ce que l'auteur
# ſoûtient. son explication de la réflexion
# eſt tirée d'un parallogiſme. Enfin il veut
à tort que la réflexion ne diminuë jamais
le mouvement abſolu.
Art. 2. p. 283. Il démontre la réfraction
par le même parallogiſme que la réfle
.X,0 72•

i ij
T A B L E
Art. 4. 5. 6.7.8. p. 185. Il tente de prou
ver par de nouveaux parallogiſmes , qae
l'eau eſt plus aiſée à pénétrer à la lumiere
que l'air. Il prétend auſſi par une Petition
que la lumiere accélére ſa vºteſſe en Paſ
fant de l'air dans l'eau ; & fait paſſer la
lumiere d'un point à un autre dans le
tems le plus long qu'il ſe puiſſe, au lieu de
la faire paſſer dans le tems le plus corerº
I I I. D I s c o U R s.

• Art. 1. p.286. L'humeur aquenſe de l'œil


n'eſt pas une glaire, & le mouvement de
l'Iris n'eſt nullement volontaire, comme
l'auteur le prétend. -

[ V. D 1 s c o U R S.
» Art. 1. p. 288. Les ſenſations ne ſe font pas
par le tirement des filets des nerfs, comme
l'auteur l'a crû ; & elles ſe font toutes par
des images analogues aux figures & aux
qualités des corps, contre ce qu'il a pré
tendu.
V. D I s C o U R S.
Art.3.p. 292.. La couleur rouge ne conſiſte
pas dans le mouvement circulaire du ſe
§ondElement, ainſi que l'auteur l'a penſº
V I. D I s c o U R S.
* Art. 1. p.293. Nos idées ſont toutes analo
gues avec les corps,i& avec leurs impreſſions
externes & internes, contre ce que l'*
D E S M A T I E R E S.
teur prétend. Il n'eſt pas vrai non-plus
que les couleurs ne puiſſent en paſſant au
travers des corps tranſparents ne contra
cter que des modifications, comme il l'a
C7'!Z.

* Art. 3. p. 295. Il n'arrive aucun change


ment à la ſubſtance du cerveau lorſqu'on
remuë quelque membre. L'unité des ob
jets ſe voit par les nerfsſympatiques, &
mon pas par jugement, comme nôtre au
teur ſe l'eſt imaginé.
* Art. 4. p. 298. Nous ne changeons neceſ
ſairement aucune partie de nôtre cerveau
pour appercevoir les changemens de diſ
tance , comme l'auteur l'a crû. La Geo
metrie naturelle qu'il a voulu établir n'eſt
qu'une chimére.
* Art. 5. p. 3oz. L'apparence de la gran
deur ne vient pas du jugement que nous
portons ſur la diſtance, & ſur la gran
deur de l'image, ainſi que l'auteur ſe l'eſt
perſuadé; mais la connoiſſance que nous
672 4"U0725.

* Art. 6. p. 3o8. Il n'eſt pas vrai, que


quand on ſe preſſe l'œil avec le doigt, on
voye les objets hors leurs lieux naturels,
parceque les parties du cerveau ſont alors
autrement diſpoſées, comme nôtre auteur
l'a penſé.
V I I. D 1 s c o U R s.
Art. 1. p. 3Io. cet Article n'eſt pas bien
% " clair,
i iij
T A B L E
* Art. 3. p. 311. Les axes obliques d'un ob
jet vû avec une Loupe ne ſe croiſent pas
dans la Loupe , ainſi que l'auteur l'a crû.
Le jugement dont il parle n'eſt pas un ju -

gement, c'eſt à dire une affirmation vo


lontaire; mais une ſimple perception qu'oxs
appelle Apparence, qui procede d'un veri
table agrandiſſement d'image au cerveate
* Art. 4. p. 314. Il n'eſt pas vrai que les
axes de la viſion ſe coupent ſur la Cornée,
comme nôtre auteur l'a prétendu.
* Art. 5. p. 314, Ilfait encore icy la même
faute, & c.
* Art 7. p. 315 Il ſemble prétendre encore
que le mouvement de l'Iris ſoit volontai
re, contre ce qu'on a démontré.
Art. 8. p. 315. L'image tracée au fond de
l'œil par des rayons paralleles, n'eſt pas
diſtincte, contre ce que l'auteur a crû.
* Art. 12. p. 316. Il ſuppoſe encore que le
mouvement de l'Iris eſt volontaire, &-
même que le Cryſtallin a auſſi du mouve
ment , ce qui eſt contre toute apparence.
V I I I. D 1 s c o U R s.
*Art. 2. p. 316. La maniere de décrire l'El
lipſe avec un fil, comme l'auteur le pro
poſe icy, ne ſçauroit être utile pour la
Dioptrique.
* Art. 12. p. 317. Sa maniere de décrire
l'Hyperbole a les mêmes inconveniens.
* Art. 23. 24. & 25. p. 317. L'auteur ne
s'eſt pas apperçû qu'on peut faire des Len
D E S M A T I E R E S.
tilles toutes circulaires qui ayent desfoyers
exačts.
Art. 2 6 p. 318. L'auteur n'a jamais bien
connu les axes des Lentilles & de l'hu
meur vitrée.
Art. 28: p. 318. Ce que l'auteur prétend,
que de deux verres d'un diametre égal,
le plus concave reçoit plus de rayons que
celui qui l'eſt moins, eſt une eſpece d'é-
mtgme.

I X. D 1 s c o U R s.
Art 1. P. 319- on ne peut pas concevoir
dans un corps une rectitude de pores en
tout ſens, comme l'auteur l'a prétendu,
ni comment les corps les plus denſes peu
vent donner un plus libre paſſage à la lu
772tê?'e,

Art. 3. p. 32o. Il ſuppoſe par une petition de


Principe qu'on peut ſubſtituer une ſurface
plate de verre à une hyperbolique.
Art. 4.p. 32o. On ne lui accordera pas ai
ſément qu'on puiſſe terminer une Loupe
· hyperbolique du côté de l'œil par un plan.
* Art. 5. p. 321. On ne lui accordera pas
non-plus qu'on puiſſe allonger ou accour
cir le tuyau d'une Lunete hyperbolique,
comme d'une circulaire, pour l'accommo
der aux differens yeux. De plus, il n'eſt
Pas vrai que plus le verre concave d'une
Lunete à deux verres eſt proche du foyer
de l'objectif, & plus l'objet eſt vù pro
che.
T A B L E
Art. 7. & 8. Les Microſcopes à trois verres
ſont bien plus parfaits que ceux que l'au
teur propoſe. Il en eſt de même des Lune
tes à quatre verres, ou ſeulement à deux
convexes, qui l'emportent ſur celle qu'il
décrit. Les mouvemens de l' Iris ne vien
ment nullement de nôtre imagination ,
comme il l'a crû.
X. D 1 s c o U R s.
©
l.
Art. 1. Les hyperboles tracées avec des
cordes ou par des points, ſont abſolument
inutiles pour la Dioptrique, contre ce que
l'auteur a prétendu.

DES M E T H E O R E S.
I. D 1 s c o U R s.

Art. I. L* figure d'anguilles que l'au


. 325• teur donne aux parties de
l'eau ne leur convient point, ni celle d'é-
pines entrelaſſées aux corps caſſants. Il
conclud par un parallogiſme que les ma
tieres les plus agitées ſont auſſi les plus
groſſieres. Il n'eſt pas vrai non-plus que
la glace admette moins la lumiere que
les marbres, les métaux, les bois, & c.
Et la congelation de l'eau me vient nulle
ment de ce que la lumiere eſt plus ſubtile
en hyver qu'en eſté, comme nôtre auteur
l'a penſé.
D E S M A T I E R E S.
Art. 5. p. 33 I. Les ſels & les eſprits ne ſont
point renfermés dans l'eau. La diminu
tion de l'agitation de la lumiere ne fait
point dilater les liqueurs, contre ce que
· l'auteur prétend ; & l'eau bouillie devroit
ſelon ſes ſuppoſitions ſe gêler plus tard,
que celle qui ne l'eſt point, contre ce
qu'il conclud.
I I. D 1 s c o U R s.
* Art. I. p. 333. La cauſe que l'auteur ap
porte pour l'élevation des vapeurs c3 des
exhalaiſons eſt tres-inſuffiſante. Suivant
ſon Syſtême ſur la nature de l'eau ſes
parties ne ſpauroient en ſe meuvant ſur
elles-mêmes demeurer étenduës, comme il
le prétend. Enfin les vapeurs ne ſont pas
telles que l'auteur les ſuppoſe.
* Art. 2 p. 336. Ce que l'auteur prétend,
ſ,avoir que la chaleur de l'air eſt aug
mentée par ſa condenſation, n'a lieu que
quand l'air eſt enfermé dans quelque
corps ſolide, & non-pas lorſqu'il eſt libre,
contre ce que l'auteur prétend.
* Art. 3. p. 337. On déduit de cet Article &°
du précédent qu'une même vapeur peut
être plus condenſée & moins agitée, &
en même tems plus claire & plus chaude
qu'une autre vapeur; ce qui peut paſſer
pour un double parallogiſme en bonne
Phyſique,
* Art. 4: p. 338. Les exhalaiſons ne ſont
Pas toûjours terreſtres, ou ſalines, ou hui
T A B L É
leuſes ; elles contiennent ſouvent des ſe
mences de métaux, de vegetaux & d'a-
nimaux, du miel , de la manne, & c. Le
ſel peut être élevé à toutes ſortes de diſ
tance de la terre, comme il paroît par les
pluies ſalées qui précédent les ouragants,
contre ce que l'auteur a crû.
I I I. D 1 s c o U R s.
* Art. 1. p. 34o. On ne peut pas dire que le
ſel marin ſoit compoſé des parties les plus
groſſieres & les plus roides de l'eau dou
ce, comme l'auteur le prétend. L'auteur
m'a pas pris garde qu'un corps tout homo
géne demeure ſuſpendu dans un liquide
dans une indifference parfaite. L'eau de
la mer paroît moins claire & moins li
quide que l'eau douce. Son explication de
la glace artificielle paroît gratuite. La
plupart des vapeurs que le Soleil éleve
vers la Ligne y retombent. Les fontaines
ne ſont point formées des vapeurs ſubli
mées du fond des montagnes. Les étincel
les de la mer ne ſont pas non-plus cauſées
par ſon ſel immediatement, contre tout
ce que l'auteur établit dans cet Article.
* Art. 2. p.351. Les Cubes de ſel marin ne
ſe forment pas par des parties élevées en
l'air, & retombées ſur la ſurface de
l'eau, comme l'auteur l'a crû.
I V. D 1 s c o U R s.
* Art. 7. p. 35;. Les vapeurs cauſent peu
D ES M A TI E R E S.
de vents en paſſant d'un lieu dans un
autre, de la maniere que l'auteur l'ex
plique.
* Art. 2. p. 354. Ce qu'il dit des vents du
Nord eſt oppoſé à ce qu'il a dit de ceux
d'Orient & d'Occident. Ce qu'il ajoûte du
Printemps ne prouve nullement ce qu'il
prétend prouver.
Art. 3. p. 355. La lumiere de la Lune ne
contribué en rien aux vapeurs, & encore
moins celle des Etoiles fixes, contre ce que
l'auteur a crû.
V. D 1 s c o U R s.
* Art. 1. p. 357. La raiſon que l'auteur
apporte pour prouver que les gouttes de
pluie qui tombent ſont rondes, ſuppoſe
que l'air ne réſiſte nullement à ſa divi
ſion ; ce qu'on ne lui paſſera pas, non
plus que la raiſon qu'il donne de la groſ
ſeur de ces gouttes.
# Art. 2. p. 358. Le froid ne ſpauroit glacer
les parcelles de l'eau qui voltigent en
l'air, avant qu'elles ſoient aſſemblées en
vapeurs, contre ce que l'auteur a crû.
* Art. 3. p. 36o. Il n'eſt pas neceſſaire de
vents pourformer les broüillards, comme
l'auteur le prétend. Ce qu'il dit enſuite
à ce ſujet renferme une contradiction.
L'air n'eſt pas froid non-plus au ſommet
des montagnes les plus hautes.
Art.4.p. 361, La Méchanique par laquelle
l'auteur bâtit une croûte de glace autour
T A B L E
· de ſa nuë eſt une pure chimere, qui n'a
nul exemple dans la nature.
V I. D 1 s c o U R s.
* Art. 1 & 2. p. 362. Il n'y a nulle neceſſité
que toute ſorte de grêle ſoit de neige. Tout
ce que l'auteur avance au reſte ſur les
differentes eſpeces de neige & de gréle, eſt
abſolument inſoûtenable.
* Art. 3. p. 364 La neige Exagonale dont
l'auteur parle, peut s'expliquer bien ſim
plement, mais bien differemment, ſans
s'écarter de ſa méthode : outre que, ſelon
lui, il ne devroit ſe former que des Rouès
à dents aiguës, & non-pas des Roſettes.
Art. 4.p. 365. Il réuſſit encore moins dans
ſes Lames, & dans ſes Etoiles à eſſieux.
ce qu'il dit des Etoiles en fleurs de lis eſt
plein de chimeres.
* Art. 5. p. 367. La chûte des nuës ne peut
nullement être attribuée à l'air qui ſe
retire de deſſous, ni à celui qui les preſſe
par deſſus, comme l'auteur l'a crû.
* Art. 8. p. 368. Le premier ſigne de pluie
du matin que l'auteur apporte eſt équi
voque, & le ſecond peut s'expliquer par
une raiſon contraire à celle qu'il donne,
V I I. D 1 s c o U R s.
* Art. 2. p. 369. Les tonnerres & les éclairs
ne ſont pas formés par un air preſſé. Il
n'y a point de tonnerres fans éclairs,
comme l'auteur le prétend. On ne voit
nulle
D E S M A T I E R E S.
nulle méchanique dans la maniere dont
nôtre auteur fait fraper les clochers & les
autres lieux éminens.
* Art. 3. p. 37 3. Les Etoiles cheantes ne ſont
pas produites de la maniere que nôtre au
teur le prétend.
* Art. 3, & 4. p. 374. Les Chevrons, les
Poûtres, les Lances de feu ſont formées
d'exhalaiſons nitrò-ſulphureuſes, contre
ce que l'auteur a crâ.
V I I I. D I s c o U R s,
Art. 2. p. 375. Les couleurs ne conſiſtent pas
dans un raport entre le mouvement direct
de la lumiere, & ſon mouvement circu
laire, comme l'auteur ſe l'eſt imaginé.
Art. 4. p. 379. La refraction devroit être
plus grande dans l'eau chaude que dans
l'eau froide ſelon l'auteur, contre ce qu'il
prétend dans cet article. -
I X. D 1 s c e U R s.
* Art. 1. p. 379. La couleur blanche & les
autres ne viennent nullement du mouve
ment circulaire de la lumiere, c4 celle de
la mer procede d'une autre cauſe, que celle
que l'auteur apporte. Ce ne ſont pas les
broüillards quifont paroître le Soleil rou
ge le ſoir ou le matin , mais les exhalai
ſons de la terre.
* Art. 2. p. 382. Les Couronnes qu'on voit
t, autour des Aſtres ne ſe forment pas dans
les Etoiles de neige comme l'auteur l'a crû,
º, . non plus que celles qu'on voit quelquefois
% autour des chandelles , & encore moins
,'
#! II. Partie.
T A B L E D E S M A T I E R E S.
les rais ou traînées de lumiere qu'on ap
perçoit depuis la chandelle juſqu'à l'œil,
lorſqu'on cligne les yeux à demi. On y
ſupplée à la fin de l'Analyſe.
Art. 3 p. 384. On voit quelquefois des cou
ronnes entre une chandelle & l'œil à la
vapeur de l'eau chaude, contre ce que
l'auteur a crû , comme je l'ay obſervé.
X. D I s c o UR s.
* Art. 1. p. 385. L'Anneau blanc ne peut
s'expliquer comme l'auteur l'a prétendu,
non plus que les Couronnes, & que les
Parhelies ou Partſelénes qu'o2 voit en
même tems. On y ſupplée ſelon la métho
de de M. Hugens.

Errata & Eclairciſſemens.

Pº 15 ligne 18. matiere premie


re, ou l'atôme. Pag. 32.lig 21. de
corpuſcules. Pag. 38. lig. 8. doit auſſi
au plus l'arrêter. Pag. 76. lig. 17.
d'un corps liquide lui donne. Lig. 22.
le corps ſolide qui eſt dans le liquide.
Pag. 1o4. lig. 16. Partie, & dans le
ſecond Volume. Pag. III. lig. 16.Ele
mens, & dans mon ſecond Volume.
Pag 112.lig. 3. qu'une dégénération.
Lig. 12 & 2o. dans le Journal des.
Pag. 113. lig. 24. toute égale depuis
les limites du tourbillon juſques.
Errata & Eclairciſſement.
Pag. 114, lig. 1o. que $ ; # que 5.
Pag. 115. lig. 4. telle ſorte que ces
parties ; & lig. 6. vertu centrifuge
& abſoluë ; & lig. 14. Soleil pour lui
conſerver ſon mouvement. Pag. 117.
lig. 13. l'Atmoſphere qui s'étend de
puis le Soleil juſqu'à # retarde la
viteſſe abſoluë du ſecond Element,
à proportion que cet Atmoſphere eſt
plus épais du côté du Soleil, quoy- .
que la viteſſe relative augmente con
tinuellement; ce qui diminuë la ver
tu centrifuge à meſure que la maſſe
augmente, d'oû l'équilibre s'enfuit.
Mais depuis b juſqu'à # la viteſſe
abſoluë augmentant continuelle
ment à meſure que les diſtances di
minuënt, ſçavoir en raiſon inverſe
des racines des diſtances , il faut ne
ceſſairement que le ſecond Element
augmente à meſure en ſubtilité ou
legereté, afin que ſa vertu centrifu
ge ſoit par tout égale. Pag. 123 lig.
17. l'article 1o2 ne ſçauroit. Pag. 126.
lig. I. contre ces mêmes taches. Pag.
128. lig. 25. devienne plus preſſé.
Pag. 134 lig. 18. de ſa ſolidité. Pag
- k ij
Errata & Eclairciſſemens.
139. lig. 8. & c'eſt ce qui en fait la
queuë, la barbe, & la chevelure.
Pag. 162. lig. 9 d'eau & d'air qu'il
y en a. Lig. 11. ſubtile & étherée des
volumes d'air & d'eau qu'il y en a.
Pag. 165. lig 17. partie, article 64.
Pag. 189. lig. 8. des côtes de mer, &
lig. II. comme de 1 ou 2 lieuës. Pag.
198. lig. penult. tonnerre, & à la
crême que l'on convertit en beurre
en la battant. Pag. 2oI. lig. 2. ob
ſervé pluſieurs fois. Pag. 22o. lig. 8.
devoit apporter. Pag. 242. lig. 19.
public dans les Journaux des #
vans au commencement de ce ſié
cle. Pag. 288. lig. 12. en le ſerrant ;
& lig. 17. en le tirant. Pag. 316. lig.
4. d'un verre obſcur. Pag. 317. lig.
23. voir dans le 3. Volume. Pag. 373,
lig. 8. encore dans le 3. Volume.
Pag. 378. lig. 19. Perroquets , des
Roſſignols, & des Civettes. Table
ſur la Dioptrique, I. Diſcours, Art.
5. Pag. 178 ſelon l'Auteur le progrés
de la lumiere devroit ſe faire ſphe
riquement comme celui de l'air.
Supplément. 411. lig. 8. ainſi faites
au hazard. - -

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ANALYS E
DE LA seconde PARTIE

· DES PRINCIPEs
- DE LA -

PHILOSOPHIE
DE M. DES CARTES.

Des Principes des choſes naturelle .


M† s1E U R Deſcartes eſtant
ſans contredit un des plus ce
· lebres Philoſophes dont nous ayons
connoiſſance, & celuy qui a raiſon
né le plus clairement des effets na
I I. Partie. A
2 Recherches de Phyſique
turels, c'eſt auſſi par cet Auteur que
j'ay crû devoir commencer de don
ner mes Analyſes au public comme
étant celuy pour lequel les ſçavans
doivent prendre plus d'interêt que
ſes principes ſoient bien éclaircis ;
tout dépendant des principes dans
les ſciences. C'eſt encore par cette
raiſon que je ne m'arête pas à faire
les Extraits de ſes articles , eſtant
perſuadé qu'un Auteur auſſi connu
& auſſi rebatu que celui cy, doit
ſe trouver dans les mains de tout
le monde. -

I. Artic'e. Nous remarquerons ſur


ce premierArticle, que puiſque l'Au
teur de nôtre ame la conſerve par la
meſme action par laquelle il l'a for
mée dés ſon commencement, & qu'il
eſt conſtant que dans le moment de
ſa création , nul autre agent n'au
roit pû par luy meſme luy impri
mer aucun caractere, ny luy cauſer
quelque diſpoſition que ce pût eſtre ;
il faut avouer qu'il en eſt de meſme
encore aujourd'huy, & que par con "
#. - -
," .
- '& de Mathematique. 3
ſequent c'eſt ſon Auteur qui forme
en elle toutes les impreſſions ou per
ceptions qui luy arrivent 5 enſorte
que tout autre agent n'en peut eſtre
tout au plus que l'occaſion, ſçavoir
en tant que notre Auteur s'eſt aſſu
jetti par ſa propre volonté, & pour
des raiſons qu'il s'eſt reſervées, de
former dans nôtre ame de telles
diſpoſitions dans de certaines con
jonctures. Il eſt donc conſtant que
c'eſt ce meſme Auteur qui trace dans
notre ame l'idée d'une figure corpo
relle quand nous appercevons un
corps Et il me paroiſt que c'eſt trop
s'avancer, de vouloir qu'il ne puiſſe
y graver ces images, par des raiſons
qui luy ſont particulieres, ſans avoir
formé auparavant au dehors une
creature qui leur ſoit toute ſembla
ble. J'avouë cependant que ſi par
créer on entend que nôtre Auteur
ait luy-meſme une idée repreſenta
tive à laquelle celle qu'il nous inſi
nuë ſoit autant ſemblable que l'im
perfection de nôtre nature le peut
A ij
4 Recherches de Phyſique -

permettre : j'avoue , dis je, qu'il


n'imprimera rien dans nôtre ame
dont il n'y ait de cette maniere un
fujet creé. Ou ſi par créer au de
hors on entend la communication
de l'idée que Dieu a d'un corps à
ſes creatures, la queſtion ſe reduira
à une contradiction, ſçavoir ſi Dieu
peut tracer dans nôtre ame l'idée
d'un corps ſans l'y tracer. Ainſi la
propoſition de l'auteur ne ſçauroit
ſe prendre en ce ſens. Mais la con
ception d'un eſtre dans l'eſprit divin
n'eſt pas non plus ce qu'on entend
ordinairement par le mot de créa
tion au dehors ; & nous ne conce
vons cependant que ces actions li
bres en Dieu, conception & mani
feſtation. Et ſi par le mot de dehors,
on entendautre choſe que l'idée que
Dieu forme d'un eſtre en tant qu'el
le eſt communiquée à ſes creatures;
je demande premierement ce que
c'eſt que ce dehors, & pourquoy
nôtre Auteur en dépend pour agir
ſur nous. Et ſil'on répond que c'eſt
& de Mathematique. 5
par la raiſon que l'auteur apporte,
je répons qu'elle me paroît auſſi
peu fondée, que le ſeroit une per
ſonne qui ſoutiendroit,que l'Auteur
de la nature nous trompe quand il
nous fait voir le Soleil ou la Lune
lors qu'ils ſont encore ſous l'hori
ſon , & qu'à l'occaſion de cela nous
jugeons qu'ils ſont veritablement
deſſus. J'avouë donc qu'il eſt impoſ
ſible, non pas ſeulement morale
ment, mais meſme métaphyſique
| ment, que nôtre Auteur nous trom
pe ( c'eſt à dire nous imprime ce
qu'il n'a jamais conçû ;) mais il eſt
tres-poſſible au contraire, que ne
ſçachant pas clairement d'où nous
viennent nos impreſſions , parce
que nous ne voulons pas toujours
raiſonner ſut nôtre dépendance à
l'égard de nôtre Auteur (car tous
les hommes ſon naturellement plus :
ou moins portez à l'indépendance )
nous nous formions l'idée d'un de
| hors purement gratuit, qui ne con
# ſiſte que dans le nom , ou que ſur
A iij
& Recherches de Phyſique
ce qu'il y a pluſieurs impreſſions qui
ſe † en nous ſans nôtre aveu,
nous placions les idées que notre
Auteur nous communique dans ce
dehors feint ; afin de n'avoir pas la
peine de recourir toujours à luy; &
ue nous nous contentions de pen
er qu'il preſte ſeulement ſon con
cours à ces idoles corporelles, au
moyen de quoy elles font tout le
reſte, c'eſt à dire leurs impreſſions
elles-meſmes. Mais ſi on reflechit
ſur ce qui a eſté dit cy.deſſus de la
création & de la conſervation des
creatures ; on verra aiſément que
l'idée que l'on a de ce concours n'eſt
pas mieux prouvée que celle du de
§ & ſans doute auſſi que celle
des corps ne l'eſt pas mieux dans le
ſens que l'on a coutume de leur at
tribuer. Je ne m'arrêteray pas à
· éclaircir davantage cette matiere ;
cela ſeroit inutile aprés ce qu'on en
vera dans le premier diſcours ſur la
-Phyſique univerſelle, qui doit pa
*roître inceſſamment- -

: º -

-
- c5 de Mathematique. 7
Afin cependant que perſonne ne
prenne icy le change par avance, &
ne s'imagine que je n'admets d'eſtres
que Dieu & des eſprits créez; j'a-
vertis que je conçois que l'idée pro
duite de Dieu, c'eſt à dire l'objet
de l'entendement divin , eſt un ve
ritable eſtre, ſoit ſpirituel, ſoit cor
porel, ſelon la nature de cette idée
produite. Au lieu que dans les eſ
prits créez, cet objet , cette idée
produite n'eſt qu'un ſimple môde
de la ſubſtance ſpirituelle , & c'eſt
la diffèrence qu'il y a entre l'eſprit
createur, & l'eſprit creé ; & ſans
cette difference la creature ſeroit
elle - meſme un createur , ou le
createur n'auroit plus la faculté de
créer , & ne ſeroit par conſéquent
luy meſme qu'une ſimple creature ;
mais cette idée produite en Dieu
n'eſt point encore ſortie au de
hors juſques à ce qu'elle ait eſté
manifeſtée à ſes creatures.
Dans l'Art. IV.l'Auteur prétend
icy que la nature du corps eſt d'eſtre
)
8 Recherches de Phyſique
une ſubſtance étenduë, à cauſe qu'il .
paroît tel pour l'ordinaire à la vuë
& au toucher. Mais ſi M. Deſcartes
n'avoit jamais vû ou touché que des
objets indiviſibles à la vûë & autou
cher , il auroit eu ſans doute une
idée du corps bien differente de cel
le-cy; puiſqu'il eſt conſtant que ny
l'odorat, ny le goût, ny l'ouye ne
nous font point avoir l'idée d'éten
duë qu'il prétend. Que pourroit
donc faire un homme dans cet état,
qui voudroit définir un corps en ge
neral : il diroit ſans doute que par
un corps il conçoit un eſtre ſimple,
capable de faire impreſſion ſur luy,
& rien plus. Et je ſuis perſuadé
qu'avec ces ſeules connoiſſances du
corps , il n'eſtimeroit pas poſſible
de connoître ſa nature à ford. Si
on luy faiſoit enſuite toucher ou voir
une multitude innombrable de tels
petits corps aſſemblez , il auroit ſans
doute alors une ncuvelle idée qu'il
n'avoit jamais euë ; qui ſeroit la
meſme que celle que nous avons
& de Mathematique.
d'une ſubſtance étenduë. Et ſi on
luy figuroit cette ſubſtance en cercle
ou en quarré, & c. & qu'on luy dé
montrât toutes les proprietez de ces
figures, il auroit encore de nouvel
les idées qu'il n'avoit jamais euës ;
mais il eſt conſtant qu'il attribueroit
ces dernieres idées & les préceden
tes uniquement à la multitude indé
finie & à l'arrangement des corpuſ
cules , & non pas au corps, dont l'i-
dée luy reſteroit toujours la meſme,
§ obſcure qu'auparavant. On
voit donc par là que l'idée du corps
ne conſiſte point abſolument dans
l'étenduë, ny dans les figures ; mais
que l'idée d'étenduë continuë ne
renferme autre choſe qu'une multi
tudeinnombrable de parties ſembla
bles , c'eſt à dire de petits corps aſ,
ſemblez & conjoints ; & qu'en un
mot celle des figures ne renferme
que l'arrangement de ces corpuſcu
les. De ſorte que l'obſcurité de la
nature du corpuſcule reſte toujours
toute entiere.
1o Recherches de Phyſique
Je ſçay qu'on ne manquera pas
de m'objecter que quand on veut
connoiſtre ce corpuſcule plus clai
rement, on ſe le repreſente étendu
& figuré ; & qu'ainſi l'étenduë & les
figures compoſent toute la nature
du corps. J'avouë qu'on a plus de
facilité & de plaiſir à conſiderer des
figures & de l'étenduë, que quelque
choſe qui paroît indiviſible en ſoy
meſme , parce que telle eſt l'habitu
de de nôtre imagination dés nôtre
enfance, & que les figures propo
ſent à nôtre eſprit des proprietez
qui luy plaiſent , & c'eſt pour cela
qu'on repreſente Dieu, les Anges,
les Vents, la Nature, &c. avec des
corps. Mais qu'eſt ce que cela nous |
fait connoître de plus ? que tout
au plus ce point materiel que nous
regardions d'abord comme ſimple,
unique, & par conſéquent indiviſi
ble, eſt peut-eſtre compoſé encore
luy-meſme d'autres ſemblables atô
mes, ceux-ci, d'autres pareils ; &
qu'on ne ſçauroit déterminer par la
| & de Mathematique.
comparaiſon de ce corpuſcule avec
II

nos ſens, juſques où s'étend ſa divi


ſibilité. Que peut-eſtre elle eſt indé
finie, c'eſt à dire qu'elle va au delà
de tout ce que nous pouvons jamais
nous imaginer, & que nous nous
tromperions ſi nous voulions regar
der ce corps conmme étant fait uni
quement pour nos ſens ; mais on ne
peut pas conclurre par là qu'il ſoit
eſſentiellement compoſé.
Article V. Il ſuffit de ſe ſouvenir
ici que l'on conçoit le plus ordinaire
ment un corps comme une multitu
de innombrable de corpuſcules ſem
blables & conjoints ſans confuſion,
parce que ces corpuſcules font plus
ſouvent leur impreſſion en cette ma
niere, qu'en tout autre ; & qu'ils
agiſſent le plus ſouvent de concert
& unanimement conmme ſi ce n'étoit
qu'un ſeul. Cela étant, il eſt évi
dent qu'on a raiſon de donner un
nom à l'arrangement general ou à
la diſtinction de ces corps, au moyen
de laquelle ils ſe touchent ſans ſe
4

12, Recherches de Phyſique


penetrer; & c'eſt cet arrangement
general qu'on appelle communé
ment extenſion ; & comme on a
ſouvent à comparer pluſieurs de ces
multitudes entre elles, on a beſoin
de les rapporter à une meſure com
mune, & la multitude des atômes
ainſi meſurée s'appelle la grandeur
de ce corps. Mais comme le vulgai
re n'a pas toujours ſes idées ſi diſtin
ctes , il confond fort ſouvent les
termes d'extenſion, d'étenduë & de
grandeur.
Mais doit-on s'étonner ſi le vul
gaire confond ſes idées, aprés qu'un
auteur d'ailleurs auſſi excellent que
M. Deſcartes , confond celle de la
ſubſtance corporelle composée; c'eſt
à dire de la multitude innombrable
des corpuſcules avec ſon extenſion,
& ſa grandeur, qui ſont trois choſes
tres differentes; c'eſt à dire la ſub
ſtance avec ſes môdes; le bied ou le
ſable qui compoſe un monceau, avec
le môde qui diſtingue un grain d'a-
vec un autre en les ſeparant, &
21 VCC
& de Mathematique. 13
avec celuy qui marque la meſure de
CC taS.

Il eſt vray que le môde n'eſt autre


choſe qu'une comparaiſon de nôtre
entendement , ou que la ſubſtan
ce meſme, entant que comparée
d'une certaine maniere ; & l'on peut
dire en ce ſens que l'extenſion n'eſt
autre choſe que le corps compoſé
entant que ſes parties ſont aſſem
blées ſans penetration, & ſans con
fuſion. Mais jamais perſonne n'a
confondu le môde conſideré abſo
lument, avec la ſubſtance conſide
rée de meſme. Ainſi un corps com
poſé, conſideré abſolument, n'eſt
autre choſe qu'une multitude innom
brable de parties aſſemblées & diſ
tinguées. L'extenſion & la grandeur
conſiderées abſolument, ne ſont au
tre choſe que des façons de conſi
derer ces corpuſcules , leſquelles
conſiderations reſident purement
dans nôtre entendement. Il me pa .
roît donc que M. Deſcartes n'a pas
droit de confondre icy les idées de
ſubſtances & de môde diſtinguées
I I. Partie. B
14 Recherches do Phyſique
par elles-meſmes. Il a cependant
raiſon dans un ſens lors qu'il blâ
me ceux qui admetent de l'éten
duë où il n'y a point de corps,
puiſque l'étenduë n'eſt qu'un mô
de du corps. Mais il faut conſide
rer que le vulgaire prend fort ſou
vent la poſſibilité prochaine, pour
la ſubſtance meſme ; ainſi comme là
, où il n'y a point de corps, il y a ce
pendant la poſſibilité prochaine d'en
avoir, puiſque l'immenſité de Dieu
eſt par tout, & qu'il n'eſt rien de ſi
aiſé à Dieu que de créer des corps,
où il n'y en a point, il arrive delà
ſouvent que lorſqu'on ſuppoſe quel
que lieu vuide, on enviſage en meſ
me temps qu'on pourroit poſer dans
ce lieu pluſieurs fois de ſuite un pied,
une toiſe, &c. pour meſurer la diſ
tance d'un de # termes au terme

oppoſé ; cette poſſibilité de contenir


des corps eſt ce que le vulgaire en
tend par le mot d'eſpace, de place,
de lieu, de vuide, &c. & cette mul
titude de pieds, de toiſes, &c. en un
mot de corps poſſibles qu'il enviſa-.
º
& de Mathematique. 15
ge comme déja interpoſez , pour
meſurer ce lieu, ce vuide, &c. eſt ce
qu'il a acccoutumé de nommer de
l'étenduë & de la grandeur ; c'eſt
pour cela que l'on dit d'une ma
niere corrompuë, que là où il n'y a
qu'un lieu, qu'un eſpace qu'un vui
»

de, il y a cependant de l'étenduë, &


de la grandeur ; mais ce n'eſt qu'une
étenduë, qu'une extenſion, & qu'-
ne grandeur poſſibles & virtuelles.
Cette façon de parler, quoy qu'im
propre, ſert cependant à nous fai
re conſiderer que tous les hommes
diſtinguent naturellement l'étenduë,
l'eſpace, la grandeur, le lieu, d'avec
la matiere.
Article VI, & c. Quant à ce que
M. Deſcartes dit de la rarefaction
& de la condenſation dans cet ar
ticle, & dans les deux ſuivans, on ne
nie pas que dans l'état preſent de
la nature, lorſqu'un corps eſt rarefié
il n'entre quelque nouveau corps
dans ſes pores, ou que quelqu'un qui
y étoit déja en partie, n'y vienne
en plus grande abondance ; & je
- B ij
16 · Recherches de Phyſique
|
ſuis perſuadé que cela arrive aux
corps qui ſe rarefient ſur le feu,
aux liqueurs , à l'air, à la lu
miere : en un mot à toutes
les matieres fluides que nous con
noiſſons ; mais on n'accorde pas
qu'un corps qui ſeroit ſeul au mon
de, ou ſi ſ'on veut, le corps qui con
tient tous les autres au dedans de
ſoy, ne pût avoir toutes ſes parties
détachées , & plus ou moins écar
tées les unes des autres, & meſme
, éparſes çà & là, dans toutel'immen
ſité Divine , c'eſt à dire diſperſées
dans toutes ſortes de diſtances entre
elles ; & pour parler plus phyſique
ment, occuper quelque ſorte d'eſ
pace que ce ſoit , ſans le remplir ;
c'eſt à dire en un mot que l'Auteur
de la nature peut les écarter les
uns des autres, enſorte qu'une de
ces parties, priſe à ſouhait pour me
ſure commune , pourra eſtre poſée
ou contenue tant de fois entre les
unes, & tant de fois entre les autres,
ſans que rien exiſte entre elles de
materiel, ny d'étendu actuellement.
N
& de Mathematique. 17
· On peut cependant dire en quel
que façon que tout le corps a alors
plus d'extenſion , puiſqu'il occupe
un plus grand eſpace , & un lieu
plus grand , & que l'extenſion dans
les corps dont on conçoit les parties
ſeparées & éloignées les unes des au
tres, ſignifie ſeulement la poſition
des corpuſcules les uns hors des au
tres ou leur écart, enſorte que plus
ces corpuſcules ſeront éloignez les
uns des autres , & plus l'extenſion
eſt grande. Cette ſorte d'extenſion
eſt neanmoins dite improprement,
en comparaiſon de l'extenſion pro
pre qui met les corpuſcules proches
les uns des autres, & qui les aſſem
blent , enſorte qu'on ne peut les
approcher davantage. Et dans la
verité ce n'eſt plus alors un verita
ble corps; mais c'eſt toujours la meſ
me grandeur, la meſme quantité, la
meſme meſure de corpuſcules , ce
qu'on trouve en les réuniſſant par
penſée , de ſorte que la multitude
n etant aucunement augmentee, on.
peut dire en ce ſens que c'eſt tou
B iij
18 Recherches de Phyſique
jours le meſme corps, c'eſt à dire
la meſme multitude, & la meſme
meſure des corpuſcules. On peut
auſſi par l'extenſion d'un corps rare
fié entendre le vuide qu'il occupe ; |
c'eſt à dire la poſſibilité de loger un
plus grand nombre de corps entre
les termes du corps rarefié.
A l'égard du huitiéme Article oû
l'auteur pretend prouver ce qu'il
dit à la fin du ſeptiéme ; il eſt évi
dent qu'il ne fait que répéter ce qu'il
a déja dit ſans apporter aucune preu
ve; car effectivement on peut con
ſiderer la ſubſtance corporelle ou
les corpuſcules ſans leur attribuer
aucune grandeur déterminée & con
nuë ; & reciproquement on peut
penſer au môde en faiſant abſtrac
tion de la ſubſtance ; & c'eſt par là
qu'on pretend prouver que l'un n'eſt
pas l'autre, puiſque l'un peut eſtre
conçu ſans l'autre : on avouë auſſi
qu'on ne peut diminuer la grandeur
ou la meſure du corps, ſans dimi
nuer le corps; mais à l'égard de ſon
extenſion, lorſqu'il eſt rarefié, on
& de Mathematique.
peut la diminuer en le condenſant
ſans diminuer la quantité ou la gran
deur, ou la meſure du corps. Il eſt
vray auſſi qu'on ne peut rien retran
cher du corps ſans diminuer ſa quan
tité ; mais on le peut ſans diminuer
ſon extenſion, puiſqu'il ne faut pour
cela qu'écarter ces parties les unes
des autres à proportion; & par meſ
me moyen on peut ajouter de l'ex
tenſion à un corps à ſouhait , mais
non pas de la grandeur ou de la
quantité. De ſorte que tous ces
équivoques viennent de ce que l'au
teur n'avoit pas une idée diſtincte,
des termes de corps, d'étenduë, d'ex
tenſion , & de grandeur , ou de
uantité.
. | Al'égard du neuviéme Article, je
diray ſeulement que l'on pourroit
avec bien plus juſte titre reprocher
à Monſieur Deſcartes qu'il a fait
une confuſion de l'eſtre materiel, &
de ſes môdes, pour avoir voulu dé
couvrir quelque choſe de plus que
les autres ſur la nature du corps.
Articles X. X I. & XI I. On
2o Recherches de Phyſique
voit dans ces trois articles que no
tre auteur eſt obligé d'avouer que
tous les hommes diſtinguent l'éten
due d'un lieu interieur, d'une place,
d'un eſpace, d'avec celle du corps
qui y eſt logé ; cela n'empêche pas
cependant que pour philoſopher à
ſa maniere il ne les confonde, ſans
vouloir conſiderer que l'étenduë du
corps, l'extenſion de ſes parties , &
leur grandeur ſont des choſes pro
pres au corps compoſé, comme la
figure, la dureté, &c. & qu'au con
traire l'étenduë ou l'extenſion du
lieu interieur , de l'eſpace, de la
place, & du vuide, ne regarde que
les corps poſſibles qu'ils peuvent
contenir entre leurs termes ; en
ſorte que cette étenduë n'eſt plus
veritablement qu'une diſtance Geo
metrique, c'eſt à dire une locabilité
de corps ou de meſures, & non pas
des corps réels ou ſimples , ou com
poſez. Car nous ne concevons rien
de premier dans les corps que ou
leur poſſibilité , ou leur exiſtence
actuelle ; de ſorte que là où il n'y
'& de Mathematique. 1#
a point de corps, il n'y a que leur
poſſibilité. Il eſt vray , comme on
l'a déja dit, que l'on confond ſou
vent cette poſſibilité avec une exi
ſtence réelle, à cauſe que la figure
du lieu environnant demeure tou
jours la meſme, lorſque le corps eſt
aneanti : & c'eſt pour cela qu'on
voudroit naturellement identifier
l'idée de l'eſpace avec celle des corps
contenus. Il eſt vray que la meſme
meſure peut ſervir à meſurer le
corps & ſon lieu ; & que tandis
qu'ils ſont réunis, on peut dire que
leur grandeur eſt réelle, & la meſ
me, puiſque la poſſibilité eſt tou
jours confonduë dans l'exiſtence
d'un eſtre actuel ; mais du moment
qu'ils ſont ſéparez, la grandeur du
premier n'eſt plus que poſſible, &
celle du dernier eſt encore réelle : à
l'égard de l'extenſion ou de l'éten
due du lieu interieur , elle eſt dite
improprement, puiſqu'il n'a point
de parties actuelles. On avouë en
core qu'on peut tellement dépoüil
ler un corps de toutes ſes proprie
x2 Recherches de Phyſique
tez, qu'on n'apercevra en luy qu'- |
une ſubſtance étenduë ; mais il ne
s'enſuit rien de là, puiſqu'on peut
auſſi ofter l'étenduë ſenſible d'un
corps, ſans qu'il ceſſe d'eſtre ſenſi
ble, comme quand on ne voit qu'un
point de lumiere, qu'on ne touche
qu'un point dur , qu'on n'entend
qu'un ſon, &c.
On ne doit donc point s'étonner
de ce que l'étenduë & la grandeur
d'un lieu interieur s'attribuent aux
corps qui le rempliſſent, puiſque
l'étenduë & la grandeur d'un lieu
vuide ne regardent que la poſſibi
lité des corps qu'il peut contenir,
le rien ou la privation n'ayant
point de parties , qui ne ſoient auſſi
du rien & de la privation.
Articles X I I I. X I V. &" X V.
Il ne paroiſt pas que notre auteur
ait eu des idées plus nettes & plus
diſtinctes , de ce qu'il écrit icy du
lieu & de l'eſpace, que du corps, de
l'étenduë , &e. Car il devoit dire
d'abord que le lieu ſe prend en trois
manieres, ou pour l'aſſemblage des
& de Mathematique. 25
corps environnants & éloignez, ou
pour celuy des corps qui touchent
immediatement, ou enfin pour l'eſ
pace ou la place qu'un corps occu
pe , & qu'outre le lieu, il y a encore
une autre relation dans les corps
qu'on appelle leur ſituation ou leur
correſpondance permanente , ainſi
une maiſon qu'on bâtit dans une
place, peut en demeurant toujours
dans le meſme lieu éloigné, comme
dans la meſme ruë , dans la meſme
Ville, Province , Republique, &c.
eſtre tournée vers differens coſtez
du monde.Ces quatre relations étant
bien diſtinguées, il n'eſt pas diffici
le de voir ſi notre Auteur s'explique
bien. Ainſi on voit qu'au commen
cement de l'Article 13. il fait une
confuſion du lieu exterieur , & de
l'eſpace ou place, ou lieu interieur.
avec la figure, qui eſt l'arrangement
determiné de ſes parties entre elles,
& avec ſa ſituation.
Au commencement de l'Article
14. ce que l'Auteur dit du lieu, doit
s'entendre du lieu exterieur, quoya
24 Recherches de Phyſique
qu'il ne les diſtingue pas ; & ſous le
mot de ſituation il en confond de
deux ſortes , l'une dans laquelle on
compare tout le corps comme un
point, & ſans avoir égard à ſes par
ties, avec les corps environnants, &
qu'on pourroit appeller d'un mot à
laveritéinuſité,ſon placement.com
me on dit en François déplacement;
& l'autre dans laquelle on compare
les differentes parties du corps avec
les corps environnants : & c'eſt celle
là qu'on appelle proprement ſitua
tion. On pourroit nommer la pre
miere ſituation de diſtance, & celle
cy ſituation de correſpondance ou
d'aſpect. C'eſt de la ſituation de
diſtance qu'il entend parler. Sur la
fin de l'article il s'aperçoit de la
difference du lieu exterieur & de
l'interieur. Mais je ne ſçay ce qu'il
entend, quand il dit que la ſituation
étant changée, le lieu eſt auſſi chan
gé; c'eſt ce qu'il n'a point aſſez ex
pliqué. - --

# On voit enfin dans l'Article 15.


comme l'Auteur eſt contraint de
- diſtinguer
& de Mathematique. 25
diſtinguer le lieu en interieur & ex
terieur, & l'exterieur en proche &
éloigné : ce qui auroit beaucoup
éclairci ſon diſcours s'il l'avoit fait
dés le commencement.
Quant à ce que nôtre auteur dit
icy de la ſuperficie qui environne le
corps, ſçavoir qu'elle eſt ſeulement
l'extremité d'entre le corps environ
nant & l'environné, qu'elle eſt un
môde, & non pas une ſubſtance,
qu'elle n'eſt nycorps, ny partie des
deux corps : il eſt aiſé de faire voir
le contraire. Car ſi c'eſt un môde
de corps, ce ſera ou la figure, ou
l'extenſion, ou la grandeur de ce
corps ; car il n'y a que ces trois mô
des primitifs qui ſoient propres au
corps compoſé & fini. Or la gran
deur & l'extenſion regardent la ſo
lidité du corps, & ſa figure eſt la
diſpoſition de ſa ſurface, puiſqu'on
dit une ſurface quarrée, ſphérique,
conique , &c. donc la ſurface du
corps n'eſt aucun de ſes môdes eſ
ſentiels ; il faut donc que cette ſu
perficie qui ne peut être un môde
II. Partie. C
26 Recherches de Phyſique
ſoit une ſubſtance, & qu'elle ſoit
priſe ou ſur les corps environnants,
ou ſur le corps environné : & cela
s'accorde parfaitement avec la ma
niere de trouver la ſuperficie d'une
ſphére (par exemple : ) car en pre
nant d'abord toute la ſolidité d'une
ſphére, enſuite toute la ſolidité d'u-
ne autre ſphére, dont le rayon ſoit
· moindre d'une quantité indéfini
ment petite, ou d'un zero, que ce
lui de la premiere, ôtant la derniere
ſolidité de la premiere, il reſtera la
même ſurface de ſphére, qu'on au
roit trouvée par quelqu'autre me
thode que ce fût; ce qui fait voir
que la ſurface d'un corps eſt ve
ritablement un corps. Il en eſt de
même des cônes & des cylindres
droits. -

Sur la fin de l'article, l'auteur


fait ſentir la difference du lieu exte
rieur éloigné d'avec le proche ; car
le proche qui ſont les parties du
corps environnant, change à la ve
rité continuellement, quoy que le
lieu éloigné qui ſont les rivages, &c.
& de Mathématique. 27
ne change point. Or c'eſt par rap
port aux derniers corps qu'on juge
du repos du corps propoſé, comme
étant les plus ſenſibles.
Article X V I. Je diray encore
icy contre le ſentiment de nôtre
auteur , que l'extenſion de l'eſpace
vuide eſt bien differente de celle
d'un corps, puiſque l'extenſion d'un
corps convient à des parties actuel
lement exiſtentes , & que celle de
l'eſpace ne regarde que les corps
poſſibles ilu'il peut contenir, c'eſt à
dire en un mot, que le corps a des
parties réelles, & que l'eſpace n'en
a que de poſſibles, & qu'il n'en a
que dans nôtre maniere d'imagner,
qui eſt toute corporelle.
- A l'égard de l'article 17. je n'ay
rien autre choſe à remarquer icy,
ſinon, que l'auteur nous fait enten
dre que le vuide ſe prend en deux
manieres, ou abſolument, ou rela
tivement. Il le prend dans le ſens
relatif; mais dans le ſens abſolu,
le vuide ſignifie la privation, ou la
négation de tout corps ; #cette né
1]
28 Recherches de Phyſique
gation ou privation ne ſe tire pas de
nos ſens, mais d'un principe de Me
taphyſique inconteſtable & clair,
ſçavoir, qu'avant qu'un eſtre fût
creé, il y avoit négation ou priva
tion de cet eſtre avec une ſeule poſ
fibilité d'exiſter ; & c'eſt ainſi qu'a-
vant que Dieu eût creé l'Univers,
les prétenduës eſpaces imaginaires
n'étoient que le neant & la poſſibi
lité du monde en même temps. Si
nous ne pouvons donc imaginer le
rien, il faut nous en # à nô
tre imagination , qui étant toute
materielle & toute empreinte de
corps, ne ſçauroit imaginer que des
corps : c'eſt-pourquoy il ne faut pas
s'étonner ſi le vuide & le neant ſe
preſentent à nôtre imagination a
vec des images corporelles & éten
duës. -

Article XVIII. Toute la preu


ve que nôtre auteur nous apporte
pour nous perſuader qu'il y a une
liaiſon neceſſaire entre une figure
concave & une étenduë interieure,
n'étant tirée que de la peine qu'il a
,- & de Mathematique. 29
d'imaginer le contraire, on ne doit
y avoir aucun égard au préjudice
des raiſonnemens qu'on apporte cy
devant contre cette prévention : car
toutes ces feintes étenduës ou ex
tenſions du vuide ne regardent que
la poſſibilité des corps, & par con
ſequent ne ſont rien de réel, à plus
forte raiſon les ſubſtances étenduës
qu'il en déduit, ſont purement gra
tuites. Mais voicy d'autres conſe
quences bien plus étranges qu'il en
déduit luy-même, l'Auteur de la
nature ne ſçauroit ſelon luy créer
un corps creux tout ſeul, comme un
orbe, un puits, une cloche, &c. il
faut pour cela qu'il crée un monde
entier. Voicy comme on prouve le
contraire. Il s'enſuivroit delà auſſi
que Dieu ne pourroit jamais faire
que des corps droits : car pour peu
que ces corps fuſſent courbez, il y
auroit une diſtance vuide entre leurs
extremitez, ce qui ne peut être ſe
lon luy. Mais ſi nous pouvons con
cevoir toutes ſortes de figures à plai
ſir, ou toutes ſeules, ou pluſieurs
C iij
3o Recherches de Phyſique
enſemble , pourquoy l'Auteur de
la nature ne le pourra-t-il pas ? Or
cela nous ſuffit, puiſqu'il n'a qu'à
nous manifeſter ſon idée, pour qu'il
y ait création au dehors & dans la
1latllfe,

De plus, ſi nous jugions de l'exi


ſtence de la ſubſtance étenduë par
rapport à nôtre imagination, com
me fait nôtre auteur , de ce que
nous ne pourrions ne pas imaginer
de l'étenduë, il s'enſuivroit que la
ſubſtance étenduë ou corporelle
exiſteroit neceſſairement, & qu'el
le ſeroit infinie. Or un eſtre qui
renferme dans ſon idée l'exiſtence
neceſſaire , & l'infinité en même
temps, porte le caractere de la Di
vinité.
Article X IX. Pour comprendre
la réfutation de cet article, il ſuffit
de ſe ſouvenir que le vuide n'étant
que la poſſibilité des corps, ſes par
ties ne ſont que poſſibles, au lieu
que celles du corps compoſé ſont
réelles, & que ces parties ne ſont
autre choſe que des corpuſcules
& de Mathematique.
plus ou moins proche les uns des
autres, ſelon que le mouvement les
porte.
Article XX. Il bien vray que
nous n'imaginons point de corps,
que nous ne l'imaginions compoſé
de parties, c'eſt à dire étendu, dont
la cauſe eſt que les corps qui ont
fait impreſſion ſur nôtrevûë, & ſur
nôtre toucher depuis nôtre naiſſan
ce, ont preſque tous été étendus,
& que ces ſortes d'impreſſions éten
duës s'impriment bien plus forte
ment dans l'imagination, que tou
tes les autres qui ſont indiviſibles
au ſens, & qui ne font que de la
douleur ou du plaiſir, comme celles
qui ſe forment par le goût, l'odo
rat & l'oiiie. Mais ſi un homme n'a-
voit jamais eu que ces trois ſens, il
n'y a pas de doute qu'il n'auroit pas
l'idée des corps comme de ſubſtan
ces étenduës, mais ſimplement com
me d'eſtres capables d'agir ſur nôtre
aInc.
Et ſi tous les hommes n'avoient
jamais eu que ces trois ſens, il eſt
32 Recherches de Phyſique
conſtant qu'on ſeroit fort éloigné
de mettre l'eſſence du corps dans la
multitude de parties conjointes &
arrangées.
Or la choſe eſt autrement dans
les hommes qui ont vû & touché, ils
définiſſent le corps par une figure
étenduë, une figure étenduë par un
aſſemblage de parties étenduës , &
ainſi à l'infini.
On pourroit donc leur objecter
deux raiſons qu'on a de coûtume
d'objecter en Philoſophie, ſçavoir
qu'on ne définit pas une # par
cette choſe; & que le progrés infini
eſt abſurde en Phyſique.
Mais il me ſemble qu'on ne tom
be dans aucune abſurdité, en diſant
qu'un corps compoſé eſt un aſſem ^-

blage innombrable des corpuſcules


diſtinguez les uns des autres ; qu'un
corpuſcule eſt un eſtre capable d'a-
gir ſur nous, & ſur tous les corps
pour s'unir à eux, s'en détacher, les
pouſſer, ou tirer, &c. ſoit que ce
corpuſcule ſoit encore luy-même
un aſſemblage d'autres ſemblables
& de Mathematique. 3;
corpuſcules, ſoit qu'on le conçoive
unique. Etant conçû de la premiere
maniere qui eſt la plus commode
pour nôtre imagination , j'avoué
qu'il eſt diviſible indéfiniment, &
même qu'il eſt poſſible que dans
l'état des choſes preſentes les pre
miers corpuſcules ſoient ſi petits,
qu'il n'y en ait aucun, quelque pe
tit qu'il ſoit, qui n'en contienne un
tres-grand nombre. Du moins ſup
poſant l'étenduë Geometrique, divi
ſible indéfiniment , on découvre un
grand nombre deveritez qu'il ſeroit
tres-difficile , pour ne pas dire im
poſſible de connoître ſans cela. Mais
on ne doit point admettre ce pro
grés infini dans la Phyſique, ſans en
· avoir une neceſſité indiſpenſable,
parce qu'elle eſt déja par elle-même
aſſez obſcure. -

Article XXI. L'auteur continuë


toûjours de confondre la réalité avec
la poſſibilité ; car tous ces eſpaces
imaginaires ne regardant que la
poſſibilité des corps, nous font ſeu
lement connoître la puiſſance infi
34 Recherches de Phyſique
nie que l'Auteur de la nature a de
créer des corps ; & ſi nous imagi
nons des corps réels dans tous ces
eſpaces, il faut s'en prendre à nô
tre imagination materielle, qui ne
ſçauroit faire que de deux choſes
une, ſçavoir ou ceſſer d'agir , &
alors nous concevons le neant ; ou
imaginer des corps , & alors nous
avons l'idée ordinaire d'eſpace & de
matiere. Ainſi il faut d'autres argu
mens pour prouver l'infinité de l'U-
Il1V6IS.

Article XXI I. Quand même


on accorderoit que tout l'Univers
n'eſt compoſé que de corps étendus,
cependant ces corps pouvant avoir
des figures , des mouvemens & des
diſpoſitions interieures dans un lieu
qu'elles n'auroient point dans un
autre, il eſt manifeſte que cela cau
ſeroit des differences eſſentielles
dans les mondes qui en ſeroient
compoſez. Comment en pourroit
on douter, voyant que nôtre terre
même engendre autant de differen
tes productions, qu'elle contient de
& de Mathematique.
lieux differens, quoy qu'à l'égard
de l'Univers elle ne ſoit que comme
un atôme. Mais il n'eſt pas difficile
d'appercevoir les vûës de nôtre Au
teur, qui ſont ſans doute, de nous
vouloir prouver qu'on peut parve
nir à avoir connoiſſance de tout l'U-
nivers par ſes principes.
Article XXIV. Je ne vois pas
pourquoy l'auteur ne veut pas ap
peller auſſi mouvement, le change
ment de relation qui arrive à un
corps qui tourne ſur luy-même au
milieu de pluſieurs autres immobi
les, en leur preſentant ſucceſſive
ment ſes differentes faces, ſans chan
ger de lieu, vû qu'il y a au contraire
d'habiles Philoſophes qui ne recon
noiſſent que celuy-là de réel & de
poſitif. •
Article XX V. On ne ſçauroit
s'étonner aſſez de ce que l'auteur
quitte une notion du mouvement
reçûë de tous les Philoſophes qui
l'ont précedé, d'oùl'ondéduit d'une
maniere purement Geometrique,
tout ce qui regarde le mouvements
36 Recherches de Phyſique
comme l'on a vû dans mes Elemens,
& qui ne renferme en elle aucun
paradoxe, pour en ſuivre une, d'où
il ne tirera dans la ſuite aucun fruit,
& qui ſuppoſe que l'Univers ſoit
plein de corps, avant que l'Auteur
de la nature en puiſſe mouvoir un
ſeul. Il faut encore bien remarquer
qu'il veut qu'on diſtingue le mouve
ment d'avec la force, quoy que dans
la ſuite il ne manque jamais de les
confondre ; ce qui marque que les
idées de nôtre auteur n'étoient pas
plus diſtinctes ſur le mouvement &
ſur la force, que ſur le lieu, le vuide,
la matiere, &c.
Article XXVI. De ce que nous
employons de la force, auſſi-bien
pour arrêter des corps en mouve
ment que pour les mouvoir quand
ils ſont en repos, on peut ſeulement
conclure que le mouvement de
mande de la force auſſi-bien pour
être arrêté, que pour être produit ;
& on peut ſeulement inferer delà,
que le mouvement eſt une force
qui ne peut être détruite que par
llIlC
& de Mathematique. 37
une force du moins égale. Mais le
repos n'étant que la négation du
mouvement, & le mouvement n'é-
tant qu'un changement de lieu ou
de ſituation, il eſt évident que le
repos n'eſt autre choſe qu'une ſub
ſiſtence ou ſtabilité dans un même
état de lieu, ou de ſituation. C'eſt
pourquoy ſi le repos d'un corps luy
donnoit quelque force, il s'enſui
vroit que la ſimple permanence d'un
corps dans ſon lieu, ou dans ſa ſitua
tion, luy donneroit de la force &
de la détermination. Mais les corps
environnants étant quelque choſe
de purement accidentel à l'égard du
corps environné, on ne ſçauroit
penſer que leur abſence ou leur pre
ſence produiſe une nouvelle nature
dans le corps environné: donc cette
· force qu'il auroit, luy ſeroit natu
relle : donc un corps auroit de luy
même la force d'affecter un lieu plu
tôt qu'un autre : donc enfin un corps
ne ſeroit pas un eſtre purementin
déterminé, comme tout le monde .
· II. Partie. . D
38 Recherches de Phyſique
en convient, & l'auteur même.
Article XXI I I. Il ſemble par
cet Article que nôtre auteur étoit
dans la penſée de ceux qui croyent
que la même puiſſance qui fait
mouvoir un bateau dans une eau
calme, doit auſſi l'arrêter quand il
eſt fixe , & que l'eau vient le cho
quer avec la même vîteſſe. Cepen
dant quoique le choq de l'eau ſoit le
même, on n'en doit rien conclure
pour la force motrice ; car en ren
verſant la propoſition, il faudroit
qu'une puiſſance capable d'arrêter
un bateatſ pouſſé avec une vîteſſe
d'eau quelconque ( ce qui ſe peut
toûjours en diminuant la groſſeur
du bateau à proportion ) fût auſſi
capable de le mouvoir dans une eau
tranquille avec la même vîteſſe. Or
cette vîteſſe pourroit aiſément ex
ceder la portée de la puiſſance ani
mée, ainſi il eſt évident qu'elle ne
pourroit jamais arriver à mouvoir
le bateau de cette vîteſſe , & par
conſequent pour d'autres vîteſſes
moindres, il y aura toûjours de la
& de Mathematique. 39
diminution à proportion. Et ſi la
force qui reſiſte eſt un fluide comme
le vent, nommant le poids de l'eau
| a, u la vîteſſe avec laquelle elle
vient choquer le vaiſſeau que le vent
ſoûtient, la baſe ſur laquelle elle
' choque b ; le poids du fluide ou vent
S, ſa vîteſſe V , la baſe ou voile ſur
laquelle il choque B, on aura dans
l'état de l'équilibre, a u* b=SV· B,
& tz = V x #.
v/
Mais ſuppoſant
l'eau tranquille, & appellant x, la
plus grande vîteſſe à laquelle le vent
fera arriver le vaiſſeau , & conſide
rant qu'alors il ne le choquera plus
qu'avec" --la vîteſſe, V - x , on aura
> --- z.

pour l'effort du ventd'un côtéV-x


x S B, & pour celui de l'eau de l'au
tre, a bx*; ce qui donnera une éga
lité, ſçavoir V-x x S B= abx ,
& V-x vSE=Vabxx, & V vSB.
= VS B + Va b x x , & enfin
D ij
(
2o Recherches de Phyſique
V V5 E
( =v#
-

VS R —+ Va b
• Aº

qui eſt à ...


^

( ys º )
#- V x ; comme Ya b,
V ab
à va b+vS F. Donc la plus gran
de vîteſſe x, à laquelle le vent peut
faire arriver le vaiſſeau , eſt toû
jours moindre que celle que l'eau
doit avoir pour faire équilibre avec
le vent. - - ,

Articles XXVIII. XXIX. XXX.


XXX I. X X X I I. On ne s'arrête
pas à examiner tous ces articles en
particulier, parce que l'Auteur y
convient d'une verité conſtante, ſça
voir que le mouvement eſt commun
& reciproque à tous les corps qui
ſe choquent ; & qu'un corps peut
avoir en luy en même temps un
nombre à ſouhait de mouvemens
differens. Mais on ne croit pas de
voir paſſer outre ſans faire remar
quer que nonobſtant l'aveu de cette
verité, il ne laiſſe pas de reconnoître
un mouvement dans un corps à qui
il donne le nom de propre, ſçavoir
& de Mathematique. 4I
le tranſport des corps qui le tou
chent immediatement. Comme ſi
un corps avoit un rapport plus eſ
ſentiel aux corps qui ſont † pro
ches de luv
éloignez. y ,, q
qu'à ceux q
qui ſont Pplus
-

_Article X X X I I I. Quoy qu'on


admette des vuides entre les corpuſ
cules dont les corps ſenſibles ſont
environnez, cela n'empêche pas que
Panneau dont l'auteur parle, n'ait
Heu , & quoy qu'on ſoûtienne une
veritable condenſation ou rarefa
étion, cela n'empêche pas non plus
qu'on n'accorde que les matieres
fluides ne coulent plus vîte lorſqu'el
les ſont plus ſerrées, & tout au con
traire, ny même que dans la con
denſation il ne ſe faſſe ſouvent une
expreſſion de la plus fine matiere,&
une introduction pendant la rarefa
étion de cette même matiere.
Articles XXXIV. & XXXV. Ces
deux articles ont ſans doute dégoûté
des principes de Monſieur Deſcartes
pluſieurs perſonnes d'ailleurs affe- .
ctionnées pour la Phyſique, & onne
· D iij
42 Recherches de Phyſique -

doit pas s'en étonner, puiſqu'il y


avouë luy-même qu'ils ſont incom
prehenſibles. En effet, ils le ſont, en
prenant le vuide à la rigueur, com
me il fait 5 mais dans le parti con
traire, rien ne paroît plus aiſé que
de penſer que les particules d'une li
queur devant paſſer par quelque en
droit plus étroit, s'approchent da
vantage les unes des autres, juſqu'à
ce qu'elles ſe touchent, & qu'enſuite
elles gliſſent tellement les unes ſur
les autres, comme de petits diamans,
ou de petites boules de verre polies,
que celles qui échapent, augmentent
leur vîteſſe, & faiſant tour à tour la
même choſe ; le tout ſe trouve en
avoir davantage, dans l'endroit le
plus étroit, que dans le plus large.
Article XXXVI. Les équivoques
dont cet article eſt rempli ont été un
ſujet de chûte à pluſieurs, d'ailleurs
ébloüis des lumieres de l'auteur.
Premierement nous ne ſçavons au
jourd'huy ce que c'eſt que le con
cours de l'Auteur de la nature, ſinon
Faction même par laquelle ill'a tirée
& de Mathematique. 43
du neant, laquelle il continuë tant
qu'il luy plaît qu'elle ſubſiſte, & la
quelle action n'eſt pas moins imme
diate que la premiere.Secondement,
par le mouvement on entend ordi
nairement deux choſes tres-differen
tes du conſentement même de nôtre
auteur, ſçavoir le changement de
lieu ou de ſituation, & la force qui
reſte dans les corps pour faire ce
changement. A l'égard de la pre
miere eſpece, il faudroit dire ſelon
l'auteur, que la ſomme des eſpaces
parcourus par toutes les parties de la
matiere, pendant un temps quel
conque (par exemple) pendant une
minute, eſt toûjours la même : dans
le ſecond cas il faudroit dire que tou
te la force augmentant dans des par
ties de la matiere, elle diminuë avec
telle proportion dans d'autres, que
ſi tout l'effort de tous les corps qui
ſont au monde, étoit tourné contre
un mêmé'corps, cet effort ſeroit toû
jours le même. S'il ya quelque appa
rence de verité dans la propofition
del'auteur,c'eſt principalement dans
-

| |
44 Recherches de Phyſique
ce dernier ſens : mais pour mieux
l'entendre, il faut conſiderer que la
force totale ſe peut prendre en deux,
manieres, ſçavoir abſolument & re
lativement. Lorſque deux hommes
ſe roidiſſent pour en pouſſer un troi
ſiéme qui leur reſiſte, on dit abſolu
ment parlant qu'il y a là la force de
trois hommes ; mais conſiderant que
les efforts ſont détruits de part & .
d'autre, on dit qu'il n'y a aucune
force; ſi les deux l'emportent ſur le
ſeul, étant d'ailleurs ſuppoſez tous
trois égaux en force, on dira rélati
vement parlant, qu'il n'y a que la
force d'un homme, à cauſe que le
ſeul détruit celle d'un des deux , mais
il faudroit ajoûter que cette force
reſtante ſe prend dans le ſens ſelon
lequelles deux premiers font effort.
Pour répondre donc à la queſtion de
l'auteur, on conſidere qu'el'e peut
s'entendre de quelque nombre fini
de corps que ce ſoit qui ſe choquent,
même de deux ſeuls, ou de multitu-.
des innombrables. L'experience l'a
déja contredit dans les deux cas cy
' (
& de Mathematique. 45
deſſus, particulierement lorſque les
corps ſont héterogenes ; car alors la
force totale quelconque augmente
ou diminuë au hazard, comme on
peut le voir dans nos Elémens de
Méchaniques & de Phyſique impri
mez chez de Laune en 17oo. Si la
queſtion tombe ſeulement ſur des
multitudes innombrables, on voit
par les mêmes Elémens qu'il arri
vera encore la même : enfin ſi la
queſtion regarde la nature entiere,
on répondra à l'auteur en deux
manieres. Premierement , que la
force pourroit augmenter ou dimi
nuer dans chaque moment en cha
que partie de la matiere proportion
nellement, auquel cas il ne ſe feroit
aucun changement dans tous les
phénomenes de la nature.En ſecond
lieu, il eſt poſſible auſſi que quand
l'Auteur de la nature l'a tirée du
neant, il ait mis ſa force totale en
progreſſion augmentante ou dimi
nuante ſuivant ſon plaiſir, & pour
des cauſes qu'il s'eſt reſervées. En
ſorte qu'il garde conſtamment l'or
46 Recherches de Phyſique
dre qu'il s'eſt preſcrit à luy-même,
bien loin qu'on puiſſe par là luy im
puter aucune inconſtance. On pour
roit donc dire à Deſcartes qui veut
cependant décider ce fait , Tu forte
cum eo fabricatus es cœlos , ou ces
ºllltI6ºS paroles
5 Quis enum conſîlia
rius ejus fuit. D'où il eſt aiſé de con
clûre qu'il eſt impoſſible de tirer au
cune verité d'un principe auſſi équi
voque & auſſi peu évident que celui
de nôtre auteur , comme on le verra
par les Analyſes ſuivantes.
Article XXXIX. Il ne me paroît
pas que les deux preuves que l'au
teur apporte, pour prouver que le
mouvement ſe doit continuer en
ligne droite, ayent toute la force
qu'on pourroit peut être penſer : il
eſt évident premierement que c'eſt
ne rien dire que d'avancer que l'Au
teur de la nature conſerve le mou
vement tel qu'il eſt lorſqu'il le con.
ſerve : on pourroit dire tel qu'il étoit
dans le moment précedent, encore
faut-il prouver que le mouvement
change lorſqu'un corps décrit lill©
& de Mathematique. 47
courbe. La ſeconde preuve me pa
roît à peu prés de même eſpece ;
ſçavoir que quand la pierre eſt ve
nuë en A, il n'y a en elle aucune |

partie de la courbe qu'elle a décrite,


| & qu'ainſi elle ne doit pas la conti
nuer ; car on pourroit dire de même
que jamais l'Auteur de la nature ne
pourroit, pour quelque raiſon qu'il
eût, faire décrire une courbe à un -

corps, parceque ce corps ne contient


jamais aucune partie de cette courbe.
Mais il me ſemble qu'un corps qui
parcourt une ligne droite qui eſt la | |
centiéme partie d'un pouce (par
exemple) peut être regardé comme
s'étant mû par un eſpace tres-conſi- -

derable, & pendant un temps tres- |


long, puiſqu'on peut toûjours envi- 1

ſager un tres-grand nombre de par- -

ties dans ce petit eſpace, qui répon- ·

dront à autant de parties de temps ; ,

& que ces parties & ce temps ne ſont ·


petits que par rapport aux meſures
dont nous nous ſervons, mais ils ne |
ſont rien d'abſolu en eux-mêmes. , .
Or on ne demande point pourquoy
48 Recherches de Phyſique
un corps qui a parcouru une toiſe
continuë ſuivant la même ligne droi,
te, donc &c. Enfin l'auteur confond
icy la force qu'a un corps qui tourne
our s'éloigner en tangente, & cel- .
# qu'il a pour s'éloigner ſelon les
rayons du cercle qu'il décrit, ſans
démontrer la liaiſon ny la diffèren
ce qu'il y a entre ces deux tenſions ;
ce qui le mériteroit cependant bien.
On peut voir ce que j'en ay dit dans
le Journal des Sçavans de 17o1. &
dans mes Elémens citez.
Articles XL. & XL I. Il eſt vi
ſible que dans ces deux articles, par
le mot de mouvement, l'auteur en
tend la force ; mais qu'il prenne le
mouvement , ou pour la force, ou
pour le ſimple changement de ſitua
tion ou de lieu, c'eſt toûjours une
maniere de parler tres - impropre,
que de dire qu'un corps donne de
ſon mouvement à un autre; car la
force n'étant compoſée que de la
maſſe & du changement local qui eſt
un môde propre & inhérent à cette
pmaſſe, il eſt évident que ny la force
ny
& de Mathematique. 49
ny le mouvement ne ſçauroient ſe
communiquer , comme on peut par
tager avec une autre perſonne de
l'argent, des étoffes, des vivres, &c.
l'on devroit donc ſeulement dire
qu'un corps fait prendre du mouve
-ment à un autre par ſon choq, &
rien plus. Or de quelque maniere
que la détermination ſe prenne, ou
comme une proprieté eſſentielle &
inſéparable de la force, ou de l'im
petuoſité que l'on conſidere dans le
corps, ſil'on veut comme l'action de
la force, ou comme un ſimple mô
de qui détermine le changement de
lieu ou de ſituation, mais également
eſſentiel, (car on ne peut concevoir
qu'un corps change de lieu ou de ſi
tuation, que ce ne ſoit vers quelque
côté.) Il eſt encore manifeſte, que
détruire une détermination , & en
rendre une contraire, c'eſt la même
choſe que détruire une force, ou un
ſimple changement local, & enim
primer un contraire. De ſorte qu'il
ne reſte plus que de voir s'il eſt vray,
que de ce qu'un corps eſt dur & fer
I I. Partie. E,
5o Recherches de Phyſique
me, il a en luy le pouvoir de donner
de la force & de la détermination à
d'autres corps. Je ſuis perſuadé, que
quoy que cette concluſion ſoit con
forme à l'experience journaliere, il
n'y a cependant preſque point au
jourd'huy de Philoſophe quine cher--
che uneautre cauſe de cet effet, que
la ſeule dureté & fermeté conſide
rées comme ne renfermant en elles
que l'idée du repos. C'eſt pour cela
qu'on a nommé reſſort la vertu qui .
fait rejalir les corps, & que tant de
Sçavans , & nôtre auteur même
avant eux, ont cherché quelle pou
voit être cette cauſe du reſſort Ef
fectivement la raiſon fait voir que
la même force qui rétablit les corps
qu'on a ployez, eſt celle qui les ré
tablit quand on les a comprimez.
Or l'experience journaliere fait voir
auſſi que l'acier, le verre & les corps
les plus durs, ſont ceux qui ont plus
de force pour ſe rétablir quand on
les a ployez ; donc les plus durs ont
auſſi le plus de reſſort quand on les a
comprimez, pour ſe rétablir & pour
- . - - ;
*-
& de Mathematique. . 51
faire en même - temps rejallir les
corps comprimans, bien loin que ce
ſoit un § du repos des corps fer
mes. A l'égard de ce que l'auteur
prétend conſiderer le mouvement
en ſoy-même , ſans rapport aux
corps exterieurs, il eſt évident que
c'eſt veritablement déduire l'idée
qu'il nous veut donner de mouve
ment, qui ne conſiſte ſelon luy, que
dans un changement de relation
d'un corps à l'égard de ceux qui l'en
vironnent immediatement, pour ne
conſerver que la ſeule idée du corps
mû ; d'où il ne peut rien déduire.
Quant à la déterminatipn du mou
vement, comme elle eſt un môde eſ .
ſentiel & inſéparable du mouvement
pris comme on voudra, il eſt évident
qu'on ne ſçauroit la détruire ſans dé
truire le mouvement, & que la dé
termination étant oppoſée à la déter
mination, il faut neceſſairement que
le mouvement ſoit auſſi oppoſé &
deſtructif du mouvement. -

Article XLII Aprés ce qu'on a


dit cy-devant ſur la conſervation
- E ij
52 Recherches de Phyſique
prétenduë du mouvement total, il
ne reſte plus icy qu'à faire quelques
remarques ſur la façon de parler de
nôtre auteur, à l'égard de la com
munication du mouvement ; c'eſt
qu'il conſidere le mouvement qui
n'eſt qu'un môde accidentelaucorps,
comme une de ces entitez des Ariſto
téliciens qu'ils faiſoient exiſter dans
les corps, pour produire toutes leurs
actions. Je ne ſçaurois m'empêcher
de rapporter icy une comparaiſon 2

par laquelle le P. Pardies fait voir :


l'abſurdité de cette conſideration. Il
reproche donc à Deſcartes de regar
der le mouvement, qui n'eſt qu'un
môde comme du ſel dont l'Auteur de
la nature a ſalé les eaux de la mer ;
& qui, lorſqu'on mêle de cette der
niere eau avec de l'eau douce, ſe
mêle & ſe répand également dans
toute la liqueur , & ce qui me ſur
prend le plus, c'eſt que de tant de
Sçavans qui ont ſuccedé à Deſcar
tes, le ſeul dont on vient de parler,
ait fait cette reflexion. J'avouë que
ce qui s'oppoſoit à cela, étoient quel-,
& de Mathematique. 53
ques loix du mouvement de nôtre
auteur qui ſe ſont trouvées verita
bles par hazard, encore faut-il les
expliquer favorablement ; mais ces
loix ſont en tres petit nombre , &
dans un ſeul cas ; ſçavoir lorſque
deux corps mous ſe choquent en mê
me ſens ſur une ligne droite, au lieu
qu'il y a un nombre preſque infini
d'autres cas où ces loix ſont contrai
res à la raiſon & àl'experience, com
me on le verra cy-aprés, & comme
on a pû déjale voir dans nos Elémens
C1tCZ.

Article XLIII. On peut tirer icy


une conſequence toute contraire à
l'intention de l'auteur, à l'égard du
rincipe qu'il avance, que chaque
choſe perſiſte, c'eſt à dire, ſelon luy,
fait effort, autant qu'elle peut, à
demeurer dans l'état où elle eſt. Car
chaque choſe n'ayant par elle même
(excepté l'Auteur de toutes choſes )
aucun pouvoir à demeurer, ou à ne
pas demeurer dans aucun état ; il
s'enſuit tout juſte le contraire de ce
qu'il prétend, ſçavoir une diſpoſi
E iij
54 Recherches de Phyſique |
|

tion parfaite à un changement con


tinuel d'états. A l'égard de la com
paraiſon qu'il fait du mouvement
avec le repos; il eſt tres-aiſé de la
détruire, puiſqu'il ne faut aucune
nouvelle action du côté de l'Auteur
de la nature pour conſerver un corps
ſeul au milieu de pluſieurs autres en
repos; & qu'il en faut au contraire
une differente de la création pour le
faire changer continuellement de
lieu, de ſituation & de figure. Or
c'eſt cette nouvelle détermination
de l'Auteur de la nature qui fait tou
te la force du mouvement qui eſt
dans la nature. Donc le mouvement
renferme de la force, & le repos une
indifference parfaite. A l'égard de la
meſure qu'il apporte de la force des
corps, elle contient deux parties ſu
perfluës; ſçavoir, la 2° & la 4° con
dition; car de la 2° condition il s'en
ſuivroit qu'un corps ne pourroit
avoir de mouvement ny de force,
qu'il ne fût environné d'une multi
tude innombrable de corps, ce qui
paroît étrange ; puiſque deux corps,
& de Mathematique. 53
ſçavoir, le mobile & ſon terme, -
ſuffiſent pour faire du mouvement,
& par conſequent de la force ; à l'é-
gard de la derniere condition, elle a
lieu dans les choqs obliques ſeule
ment ; mais ce n'eſt pas icy le lieu
d'en parler. Il manque de plus dans
cette énumeration des parties conn
ſantes de la force deux conditions,
l'une pour les corps qui ſont atta
chez à un centre autour duquel ils
tournent; car la vîteſſe de ces corps
ſont les ſecteurs parcourus, & non
pas ſimplement les arcs, comme on
l'a déja vû dans les Elémens citez, &
comme on le verra encore plus am
plement dans le ſecond diſcours de
la Phyſique generale; l'autre à l'é-
gard des corps fluides : car outre la
maſſe, ou les poids, & la vîteſſe., il
faut y faire encore entrer les bâſes
contre leſquelles ils choquent, & les
multitudes des parties qui choquent
en même temps, leſquelles ſont
comme les vîteſſes ; de ſorte que les
conditions que nôtre auteur appor
re, ſont fort défectueuſes.
56 Recherches de Phyſique
Article XLIV. On accorde à n6
tre auteur, que deux mouvemens en
même ſens ne ſont aucunement con
traires, parceque les mouvemens
ne ſçauroient être contraires que
par leurs déterminations ; & c'eſt
pour cela que deux mouvemens dont
les déterminations ſont oppoſées,
ſont dits être contraires. On accor
de encore qu'il y a une oppoſition
formelle entre le mouvement & le
repos, comme entre l'eſtre & la pri
vation. Mais il faut toûjours ſe ſou
venir que cette oppoſition n'eſt que
relative, puiſque le mouvement &
le repos n'ont rien de déterminé;
tout ce qui eſt en mouvement, pou
vant être en repos dans un autre
ſens, & ce qui eſt en repos dans un
ſens, pouvant être en mouvement
dans un autre; comme on le voit aſ
ſez par lesexemples mêmes que l'au -

teur rapporte d'un homme qui eſt


dans un Navire, & par les Elémens
C1teZ.

Article XLVI. Il faut remarquer


que cette force évidente dont parle
& de Mathematique. 57
nôtre auteur, ne peut être autre
choſe que le reſſort parfait des corps
qui ſe choquent; car s'il eſt impar
fait ou nul, on ne voit plus aucune
cauſe qui puiſſe les faire réjalir avec
toute leur vîteſſe.Ainſi cet article ne
doit s'entendre que des corps parfai
tement élaſtiques s'ilyen a. La cau
ſe de l'erreur qui ſe trouve dans cet
article, vient de ce que l'auteur con
ſidere la force d'un corps comme
une qualité ou forme inhérente &
indépendante de tous les côtez vers
leſquels il peut ſe mouvoir, à peu
prés comme les anciens conſide
roient leurs formes ſubſtantielles ;
& c'eſt pour cela qu'il prétend que
cette qualité ne peut être détruite
par l'oppoſition des autres corps ;
mais qu'il faut ou qu'elle demeure
toute entiere, ou qu'elle paſſe des
uns dans les autres. Mais s'il avoit
conſideré que la force d'un corps ne
conſiſte au contraire que dans une
ſimple comparaiſon de ſa maſſe , de
l'eſpace qu'il parcourt, & du temps
qui meſure ce paſſage, avec les maſ
-
• 58 Recherches de Phyſique
ſes, les eſpaces, & les temps des au
tres corps qui ſont au monde ; en
ſorte qu'un corps tout ſeul dans le
monde n'eſt ny fort ny foible, com
me il n'eſt ny en repos ny en mou
vement, ny icy, ny là , nygros, ny
menu &c, & que l'Auteur de la na
ture à l'occaſion de ces comparai
ſons, & ſelon l'occurrence produit
tout le reſte ; il auroit ſans doute
raiſonné tout au contraire de ce qu'il
a fait, & auroit vû que rien n'eſt
plus capable de détruire le mouve
ment que l'oppoſition.
Article XLVII. Il faut remarquer
que lorſqu'on fera l'experience avec
deux corps, dont l'un ſera par exem
ple le double de l'autre, chacun ayant
un reſſort parfait & 6 degrez devî
teſſe, le plus gros réjalira avec 2 de
grez, & le plus petit avec 1o, ce qui
ſuffit pour refuter cet article.
On peut le refuter auſſi aiſément
enfaiſant voir le parallogiſme de ſon
raiſonnement; car lorſque les deux
corps ſont égaux , chacun réjalit
avec 6 degrez de vîteſſe; ſi j'ajoûte

& de Mathematique. . 59
donc à l'un des deux un atôme, tout
ce que cet atôme peut faire, eſt de le
faire réjalir avec un peu moins de
vîteſſe, & le plus petit avec un peu
davantage. Et ainſi ajoûtant conti
nuellement un peu à un même, ſans
rien ajoûter à l'autre ; il eſt mani
feſte que le réjaliſſement du plus gros
ſera perpetuellement ralenti, & ce
lui du plus petit augmenté, & cela
juſqu'à ce que le plus gros contienne
3 fois préeiſément le plus petit. Car
alors le plus gros demeurera tout
court, & le plus petit prendra tous
les 12 degrez de vîteſſe.Aprés quoy
ſi l'on continuë d'augmenter le mê
me corps tout ſeul, il pouſſera le plus
petit devant luy; enſorte que quand
le plus gros contiendra le moindre 5
fois (par exemple) le premier conti
nuëra avec 2 degrez de vîteſſe, & le
plus petit avec 14, & ainſi des autres
proportions. Ainſi tout cet article
eſt contraire à la raiſon & à l'expe
rience. - -

- On trouverales démonſtrations de
ces regles dans les Elemens citez.
co , Recherches de Phyſique
déduites de la ſeule nature du mou
vement d'une maniere purement
geometrique , & ſans le ſecours
d'aucune experience, quoy qu'elles
y ſoient toûjours conformes (l'ex
perience ne pouvant jamais être
contraire à la démonſtration.) On
les trouvera encore d'une maniere
plus phyſique, plus ſimple & plus
generale, dans le ſecond diſcours ſur
la Phyſique univerſelle ; car j'y don
ne dans une ſeule démonſtration, &
dans une ſeule regle generale toutes
les loix du choq entre tant de corps
qu'on voudra, dans quelque degré
de reſſort que ce ſoit, homogénes ou
héterogénes, ſolides ou fluides, ſur
des paralleles, autour d'un pointfixe;
ou ſur des lignes obliques, ſans au
cune connoiſſance de la nature du
reſſort, de matiere ſubtile, de pôres
&c. & cette loy eſt que (les corps
gardent toûjours la loy de leur équi
libre à l'égard de leur Milieu mécha
nique mû ou en repos) ou d'un point
qui ſe meut aprés le choq de la vî
feſſe qu'avoit ce Milieu avant le
choq.
& de Mathematique. t61
-choq. Et ce milieu méchanique n'eſt
autre choſe qu'un point, ou une li
gne droite, ou un plan qui égale la
force entre les uns d'un côté, & les
autres de l'autre, ce qu'on ne ſçau
roit expliquer icy plus au long. On
peut voir auſſi ſur ce ſujet le Jour
nal des Sçavans du mois de May de
l'année 1699. -

Article XLVIII. Sil'on fait auſſi


l'experience ſuivant les conditions
de cet article avec des corps égaux
dont le reſſort ſoit cenſé parfait,
comme avec de l'acier, de l'yvoire,
-du cryſtal, du jaſpe , &c. on trou
vera que C réjalira avec 6 degrez de
vîteſſe de B; tandis que B réjalira
auſſi de ſon côté avec les 4 degrez
de C'; & que dans le cas du reſſort
parfait toutes les fois que les deux
corps ſeront égaux, en qnelque ma
niere qu'ils ſe choquent, ſur une li
gne droite, ils feront toûjours é
change de leurs vîteſſes; ce qui fait
voir que cet article ne contient rien
de vray en ſoy. La raiſon en fait
voir auſſi le parallogiſme avec évi
l I. Partie. . F
62 Recherches de Phyſique
dence. Car ſi les vîteſſes étoient éga
les, l'auteur convient dans l'article
45. que chacun auroit dû retourner
ſur ſes pas avec toute ſa vîteſſe. Si
donc on ajoûte un atôme de vîteſſe
au premier, cela ne peut au plus que
retarder un peu ſon réjaliſſement,
& accelerer un peu celui du dernier;
& à proportion lorſqu'on ajoûtera
de la vîteſſe au premier de plus en
plus. Car il ſeroit abſurde de penſer
qu'un atôme plus ou moins fût ca
pable de changer un phénoméne
dans toute ſon étenduë, la nature
agiſſant toûjours comme on dit (ſita
viter) c'eſt à dire par degrez, &
avec ordre. -

Article X L IX. Lorſqu'on fera


l'experience de cet article, on trou
vera dans le cas propoſé du reſſort
parfait, que B réjalira avec un de
gré de vîteſſe, & C avec 2.Ce qui
eſt fort contraire à la loy de nôtre
auteur, dont le paralogiſme vient
de ce qu'il prétend que † corps en
repos reſiſtent au mouvement. A
l'égard de l'excuſe que l'auteur pré
& de Mathematique. 63
tend tirer de ce que les corps avec
leſquels on fait l'experience ſont en
vironnez d'un fluide ; il ſuffit pour
la réfuter, d'alléguer que les princi
pes ſur leſquels je me fonde pour
établir d'autres loix que les ſiennes,
ſuppoſent auſſi le vuide; avec cette
diffèrence cependant, que mes loix
ſont fondées ſur le vuide que j'ad
mets; & les ſiennes ſur un vuide qu'il
nie abſolument.Aprés cela doit-on
s'étonner ſi les loix de nôtre auteur
ſont ſi contraires à l'experience, &
à la raiſon, puiſqu'elles le ſont à ſes
propres principes. Monſieur Deſ
cartes devoit bien , ce me ſemble,
conſiderer qu'il donnoit des loix à
la Nature, qu'elle ne devoit iamais
ſuivre ſelon luy, par l'impoſſibilité
oû il la mettoit en même temps de
les executer. A l'égard de celles que
j'ay données, il eſt conſtant qu'elles
s'executeroient mieux dans le vuide
que j'admets, que dans le plein où
je ſuis obligé de les faire. Cepen
dant en les faiſant dans l'air, on n'y
trouve pas de difference ſenſible ;
F ij
, 44 Recherches de Phyſique
parcequ'on ne† qu'un petit eſ
, pace pour les faire, & que des vî
teſſes médiocres. -

Article L. Lorſqu'on fera l'expe


rience de cet article, on trouvera
en ſuppoſant le reſſort des corps par
fait, que ſi B avoit 6 degrez de vî
teſſe ( par exemple ) dans le premier
cas de l'auteur, B continueroit avec
2 degrez devîteſſe, & Ciroit avec8;
& dans le ſecond cas B ayant 4 de
grez devîteſſe, continueroit avec z
degrez, & C avec 6, & ainſi des
autreS. -

On peut cependant remarquer


icy, que ſi l'on ſuppoſe les corps B
& C ſans aucun reſſort, ou tres
mous, dans le premier cas cy-deſ
ſus, B & C iroient chacun avec 4
degrez de vîtefſe; & dans le ſecond
cas chacun iroit avec 3 , comme
l'Auteur l'entend icy.
Et ce qu'il y a de particulier en
cecy, eſt que cette loy que l'auteur
avoit faite pour des corps parfaite
ment durs, ſe trouve fauſſe dans ſa
ſuppoſition, & vraie pour des corps
& de Mathematique. 65
parfaitement mous. Et c'eſt pour
cela que j'ay avancé au commence
ment, que de toutes ſes loix, il ne
s'en eſt trouvé que deux de vraies,
encore n'eſt-ce que par hazard, &
en les expliquant favorablement.
Au reſte je ne m'arrêteray pas à
faire voir les parallogiſmes de ces
dernieres loix, ce qui pourroit être
ennuyeux, & qui ſeroit ſans doute
infructueux : parceque l'experience
ſuffit quand il s'agit de réfuter.
Article LI. La loy de cet article
n'eſt pas plus veritable que les pré
cedentes ; car l'experience fera toû
jours voir que dans le cas du reſſort
parfait B demeurera immobile au
moment du choq, & C prendra tou
te ſa vîteſſe; mais dans le cas du reſ
ſort nul , ces deux corps iront de
compagnie avec la moitié de la vî
teſſe de B, & dans les autres cas à
proportion, ce qui ſuffit pour la ré
futer.
Article LII. Quand on fera l'ex
perience du premier cas de cet ar
ticle, on trouvera toûjours pour le
- F iij
é6 Recherches de Phyſique
cas du reſſort parfait, que B ayant
3 degrez de vîteſſe, & C 2, la vîteſſe
de B ſera aprés le choq de # en mê
me ſens, & celle de C de # auſſi en
même ſens , & dans le cas du reſſort
nul, celle de B & de C ſeroit de# en
même ſens ; ce qui eſt contraire à
ce que l'auteur avance dans le pre
mier cas ; & à l'égard du ſecond cas
où B eſt ſuppoſé avoir 5 degrez de
vîteſſe & C 2 , on trouvera toûjours
que la vîteſſe de B aprés le choqſe
ra d'un degré ſeulement, & celle de
C de 4 toûjours en même ſens dans
le cas du reſſort parfait : ce qui eſt
contraire à la déciſion de l'auteur.
Mais dans le cas du reſſort nul , la
choſe arrivera comme l'auteur l'a
déterminée. . -

Il eſt aiſé de voir comme ce n'eſt


encore que par hazard que l'auteur
a rencontré la verité; puiſqu'il con
fond toûjours le reſſort parfait avec
le nul , & que quand il veut décider
pour l'un, ſa déciſion eſt fauſſe, &
vraie pour l'autre. - :

On peut remarquer auſſi comme


& de Mathematique. 67
il n'a pas décidé une fois vray, lorſ
qu'il a ſuppoſé de l'oppoſition dans
le mouvement, & comme il n'a pas
rencontré une fois la verité dans le
cas du reſſort parfait, qui eſt le ſeul
qu'il ait examiné; ainſi on peut ſans
luy faire d'injuſtice luy conteſter
toutes ſes loix ſans en excepter au
cune, nonobſtant l'aſſurance hardie
avec laquelle il prétend les faire
aſſer pour vraies.
Article L I I I. Il ſuffit de ſe ſou
venir icy de ce qu'on a dit cy-de
vant, ſçavoir, que les loix que j'ay
ſubſtituées à celles de nôtre auteur,
ſont démontrées pour le vuide, auſſi
bien que les ſiennes, qui par con
ſequent ne peuvent ſe ſoûtenir par
cette excuſe , puiſque les miennes
ſont toûjours ſenſiblement confor
mes à l'experience ; au lieu que cel
les de nôtre auteur y ſont tellement
contraires , qu'elles donnent un
grand mouvement, lorſque l'expe
rience donne du repos, ou tout au
contraire, qu'elles font réjalir les
corps , lorſqu'ils devroient conti
68 Recherches de Phyſique
nuer; qu'elles font aller un corps le
plus vîte, qui devroit aller le plus
lentement; enſorte qu'il ſuffit pour
abandonner ces loix, d'en faire une
ſeule fois l'experience, & des nôtres
en même temps.
Article L I V. & L V. Il ſemble
qu'il ſuffit que les parties d'un corps
ne ſoient point accrochées les unes
aux autres, ou que ſi elles le ſont,
elles ſoient d'ailleurs tres molaſſes,
pour que le tout puiſſe être aiſément
diviſé, qui eſt la qualité d'un tout
fluide ; Et qu'ainſi des corps tres
olis comme des polyèdres, des cy
§ , des cônes, des boules &c.
doivent faire un tout aiſé à être di
viſé, particulierement les corps dont
les ſurfaces ſont courbes , à cauſe
qu'elles ne ſe touchent qu'en tres
eu de parties. Car des corps taillez
à faces & tres. polis, pourroient être
colez fortement les uns contre les
autres, étant d'ailleurs environnez
d'un corps fluide, comme il arrive
à deux marbres tres - polis qu'on
joint l'un contre l'autre. Mais cecy
& de Mathématique. 6g
n'eſt qu'un effet du liquide environ
nant , puiſque ſi I'on met ces mar
bres dans le vuide, ils ſe ſéparent du
moins bien plus aiſément. Et c'eſt
peut être l'attachement de ces mar
bres, qui a donné occaſion à nôtre
auteur de croire que le ſeul repos
des parties leur donnoit de l'attache
entr'elles ; mais le raiſonnement
dont il ſe ſert, ne conclud aucune
ment cela : Puiſque ce n'eſt jamais
par le repos que l'on réſiſte au mou
vement, mais par un mouvement
contraire; le repos ne diſant rien de
nouveau dans le corps outre ſon
exiſtence, ſon lieu & ſa ſituation, &
· n'étant oppoſé au mouvement, que
comme la privation l'eſt à l'exiſ
tence. .
Au reſte, on ne nie pas pour cela
que le mouvement des parties ne leur
donne de la diſpoſition à être divi
ſées, puiſqu'il les tient ſéparées le
plus ſouvent les unes des autres.
Articles LVI. LVII. 6 LVIII.
Je ne m'arrête pas au détail de ces
trois articles, parcequ'il peut y avoir
7o Recherches de Phyſique
beaucoup de vray. Je diray ſeule
ment que l'auteur prétend dans le
premier, que le corps ſolide B s'op
poſe plus par ſon repos au fluide dans
lequel il eſt, que s'il ſe meuvoit, &
que dans le ſecond il dit que lorſ
qu'il eſt en repos, les parties du flui
de ne perdent rien de leur mouve
ment par ſa rencontre. En quoy il
paroît une eſpece de contradiction,
autrement l'oppoſition dont il parle
dans ce premier article n'eſt d'aucu
ne conſideration. -

De plus, lorſque ce corps ſe meut


vers quelque côté, les parties qui
ſont de ce côté, & dont pluſieurs ſe
meuvent en ſens contraire, luy font
plus de réſiſtance, & celles qui ſe
meuvent vers luy par derriere, l'ai
dent moins ; & c'eſt-là ce qu'on peut
· appeller une oppoſition réelle, bien
loin qu'il ſouffre moins d'oppoſition
ou de réſiſtance, tandis qu'il eſt mû,
que tandis qu'il eſt en repos ; & nô
tre auteur même en convient à la fin
de l'article 58.
· Article LIX. Cet article a été une
& de Mathematique. 71
occaſion de chûte à pluſieurs, pour
n'avoir pas conſideré aſſez que les
parties a e, ay, ne prennent leur
cours vers O , qu'autant qu'elles
ſont pouſſées par le corps B ; bien
loin qu'elles le pouſſent en o en au
cune façon du monde ; puiſqu'elles
luy font toûjours au contraire de la
réſiſtance au point a.
Article LX.Je ne ſçaurois m'em
pêcher de m'étonner de ce que nôtre
auteur étant auſſi éclairé qu'il étoit,
ne s'eſt pas apperçû que cet article
détruit préciſément le précedent ;
car il eſt bien évident que ſi le fluide
agité par le corps ſolide, ne prend
pas plus de vîteſſe que luy en circu
lant par derriere, il ne ſçauroit faire
aucune impreſſion deſſus, ſelon l'a-
xiome commun.
Article LX I. & LXII. Nôtre au
teur ſemble ſe défier icy de la verité
de ſa quatriéme Regle. Car àl'égard
de la raiſon qu'il apporte dans l'ar
ticle 62, pour la ſauver; ſçavoir que
le corps § qui ſuit le cours d'un
fluide, doit être regardé comme en
72 Recherches de Phyſique
repos ; il eſt évident que ce n'eſt
qu'un ſubtil perfuge, puiſqu'on ré
pondra toûjours que ce repos appa
rent n'eſt qu'un effet de la motion du
corps ſolide par le fluide environ
nant, le corps ſolide n'ayant point
de mouvement par lui-même.
Ii pouvoit cependant ſe garentir
contre ſa quatriéme Regle d'une
maniere bien plus aiſée & vraie, en
diſant, que ſi un des atômes du flui
de n'eſt pas capable de mouvoir le
corps ſolide B, une multitude infi
nie dont il eſt environné, pourront
bien le faire. -

Article LXIII La maniere dont


nôtre auteur ſoûtient ſa cinquiéme
Regle, n'eſt pas plus ſoûtenable,
que celle dont il appuie la préceden
te; & pour le faire voir, il ſuffit de
luy objecter, que ſi onemployoit le
marteau, les ciſeaux &c. en la mê
me maniere dont on employe la
main ; c'eſt à dire, ſans autre action
méchanique , on ne viendroit pas
mieux à bout de rompre le cloud,
qu'avec la main ſeule : & pour le
comprendre
& de Mathematique. . 7;
comprendre aiſément, ſuppoſez un
tres-grand cloud comme d'un demi
pied de longueur ſur 2 lignes de
ros vers le milieu ; que ce cloud
ſoit enfoncé dans un poteau ou mur
environ de 3 pouces, il eſt conſtant
que ſi montant deſſus, le pied nud,
enſorte qu'il porte tout le poids du
corps, on nepeut pas le rompre ; on
ne le rompra pas mieux lorſqu'on
attachera ſous ſon pied une plaque
de fer fort épaiſſe, & qu'on s'éle
vera deſſus au moyen de cette pla
que, parceque l'action eſt la même.
Mais on peut emmancher cette pla
que dans un long manche, & en
faire un marteau, on peut en la
forgeant en faire des tenailles, un
ciſeau, &c. avec leſquels agiſſant
d'une autre maniere on rompra ai
ſément ce cloud ; ce qui eſt une
marque que la raiſon de difference
que l'auteur apporte, n'eſt pas la
vraie ; mais que c'eſt uniquement
la difference d'action qui fait la dif
ference de force.
Article LXIV. On ſçait aſſez que
l I. Partie. G
74 Recherches de Phyſique
l'étenduë que les Geométres conſi
derent, & ſur laquelle ils fondent
toutes leurs démonſtrations, ne
réſide que dans leur imagination.
Quand, par exemple, ils meſurent
une boule, ils donnent le circuit, la
ſurface, ou la ſolidité d'une autre
boule infiniment parfaite qu'ils ont
dans l'imagination , & non point
de cette maſſe brute, irreguliere,
& imparfaite qu'ils ont entre les
mains, & ainſi de toutes les autres
figures corporelles. De ſorte que ſi
l'on vouloit identifier l'étenduë cor
porelle avec la Geométrique, en
voulant rendre la premiere trop
parfaite, on la détruiroit en mê
me-temps, pour ne la faire réſider
que dans l'entendement pur. Ainſi
on ne pourroit expliquer comment
les corps ſont ſenſibles en tant de
manieres, pourquoy ils n'offrent à
nôtre eſprit rien que d'imparfait,
comment ils peuvent ſe pouſſer les
uns les autres; comment ils agiſſent
ſur nous malgré nous : pourquoyils
nous cauſent des douleurs, ou des
& de Mathematique. 75
plaiſirs ſenſibles, toutes leſquelles
qualitez, & tant d'autres, ne con
viennent aucunement à l'étenduë
Geométrique.
-s33-s33--s9 &#
## # ## # # # # #
-z2g-3g-gog--,3 s -,23-26

A N A LY SE D E L A
troiſiéme Partie

D E S P R I N C I P E S
D E M. DE s c A R T E s.

A# XXV. Je ne m'ar
rête pas à réfuter ce que l'au
teur dit icy de l'impoſſibilité du vui
de, parceque cela a été aſſés examiné
cy-devant, outre qu'on le fera en
core dans la ſuite par les notions
même de l'Auteur : Je m'arrêteray .
ſeulement ſur ce qu'il dit de la flui
dité, qui eſt une facilité à être di
viſé ; ſçavoir, qu'elle ne conſiſte
nullement dans le plus ou le moins
de denſité. Je trouve donc que cela
G ij
76 Recherches de Phyſique .
eſt contraire à la droite Méchani
que, & à l'experience. Car moins
un corps fluide contient de ſa pro
pre matiere en même volume, ou
plus il eſt rare, & plus on trouve de
facilitéà ſe mouvoir au dedans ; par- .
ce qu'on a moins de parties à chaſ
ſer devant ſoy en même-temps : &
tout au contraire, plus il contient de
ſa propre matiere en même volume,
ou plus il eſt denſé, & plus on a de
parties à chaſſer devant ſoy, & plus
par conſequent on trouve de réſiſ
tance. De plus, il ne paroît pas non
plus bien clair que le mouvement
des parties d'un corps luy donne de
la facilité à être agité. Car ce mou
vement des parties, dont parle nôtre
auteur, étant en tout ſens, il y a par
devant, autant de parties qui repouſ
ſent le corps,qu'il y en a qui s'en éloi
gnent; & par derriere, autant qu'ily
en a qui le pouſſent, autant ily en a
auſſi qui s'en éloignent. Sil'on veut
donc faire cette eſtimation, on con
ſiderera'que ſi on ſuppoſe qu'un corps
pouſſe un fluide dont les parties ſont
& de Mathematique. 77
en repos; & que dans une autre ſup.
poſition il le pouſſe, lorſqu'elles ſe
ront dans un mouvement de fluidi
té; dans le premier cas, le choq,
que le corps ſouffrira, ſera le pro•
duit de la bâſe du corps par le quar
ré de ſa vîteſſe ; & dans le ſecond,
ce ſera le produit de la moitié de
cette bâſe, par le quarré de la ſom
· me des vîteſſes du corps & du fluide,
joint au quarré de leur difference,
quand le corps aura plus de vîteſſe
que le fluide; mais quand il en aura
moins, le choq ou la réſiſtance ſera
le produit de la moitié de la bâſe du
corps, par la difference du quarré
de § des vîteſſes, au quarré
de la difference des mêmes vîteſſes ;
parceque dans le premier des deux
derniers cas, le fluide choquera le
corps par devant avec la ſomme, &
la difference de leurs vîteſſes en mê
me-temps; au lieu que dans le ſe
cond il le choquera pardevant avec
la même ſomme de vîteſſe, & par
derriere, il en ſera en même-temps
choqué avec la difference des mê
G iij
78 Recherches de Phyſique
mes vîteſſes : & comme ces deux der
niers choqs ſont en ſens contraire, le
dernier devra s'ôter du premier.C'eſt
ſur ces principes qu'on a trouvé
•dans le premier cas, que la vîteſſe
du fluide étant à celle du corps com
me les nombres, 1, & 1 5 ou I, & 2 ;
ou 1, & 3 ; ou 2 & 2 ; ou 2 & 3 ; ou
2 & 4 , la réſiſtance du fluide en
repos ſera à celle du fluide en mou
vement comme les nombres, 1, & 2;
4 & 5 ; 9 & 1o.1 & 2 ; 9 & 13 ; 2o
& 16. Mais dans le ſecond cas la
vîteſſe du fluide étant à celle du corps
comme les nombres 1 & 1 , 2 & 1 ;
3 & 1 ; 4 & 1, &c. la réſiſtance du
fluide en repos, ſera à celle du flui
de en mouvement, comme les nom
bres 1 & 2 ; 1 & 4 ; 1 & 6, 1 & 8,
&c; ce qui fait aſſez voir que le
mouvement des parties du liquide,
diminuë toûjours ſa liquidité ; bien
loin de l'augmenter, comme nôtre
auteur l'a crû. Il eſt cependant vray
dans un ſens que le mouvement des
parties contribuë à la fluidité, en les
tenant détachées les unes des autres;
& de Mathematique. . 79
mais comme on peut penſer auſſi que
des atômes de matiere ronds,ou d'au
tre figure ſeroient couchez les uns
ſur les autres ſans être aucunement
accrochez, il ſemble que le mouve
ment ne ſoit pas une condition ne
ceſſaire à la fluidité. Du moins la
fluidité qui naîtroit d'une politeſſe
& dureté parfaite des parties, de
vroit être plus parfaite que celle qui
auroit beſoin du mouvement, puiſ
que le mouvement diminuë la flui
dité. - -

Article XXVI. Quoique je ſois du


ſentiment de ceux qui ſoûtiennent
que le mouvement ou ſur le centre
ou local, n'eſt qu'une pure relation,
n'étant qu'un changement de cor
reſpondance ou de diſtance ; & ces
changemens conſiderez en eux mê
mes étant toûjours réciproques entre
les corps & leurs termes; & qu'à
proprement parler, & de l'aveu mê
me de nôtre auteur (comme on le
verra cy-aprés dans l'article dix
huitiéme) ce ne ſoit qu'une manie
re de parler, de dire que la Terre,
8o Recherches de Phyſique
ou que les Cieux, & les aſtres tour
nent, ou ſont en repos : cependant
comme il y a de l'abſurdité de tom
ber dans des contradictions, auſſi
bien dans les paroles que dans le
ſens, & qu'il y auroit une contra
diction évidente de dire qu'un Vaiſ
ſeau, qui ſeroit venu des Moluques
au Breſil, ſans rames ny voiles, par
la force du ſeul courant équinoxial
de la mer, auroit toûjours été en
repos ; il eſt évident qu'on ne peut
accorder l'auteur avec la raiſon,
qu'en diſant que ce Vaiſſeau, à l'é-
gard de la mer, auroit toûjours été
dans un parfait repos ; mais qu'à
l'égard du Ciel, & des terres, ilau
roit été dans un tranſport, dans un
paſſage, & dans un mouvement vé
ritable. Cet exemple pourroit ſuffire
pour faire voir l'abſurdité qu'il y a
de vouloir s'aſtraindre à ne meſurer
le mouvement d'un corps, que par
rapport au ſeul milieu environnant.
Mais d'autres motifs plus forts font
voir la même choſe, comme onl'a
remarqué en ſon lieu.
& de Mathematique. 8r
Article XXVIII. L'auteur avouë
icy qu'il y a cependant un fens dans
lequel on peut dire, qu'un corps
eſt en repos & en mouvement en
même-temps, ſçavoir en le com
parant au lieu proche, & au lieu é
loigné ; mais il trouve cette maniere
trop populaire pour luy , & trop
commune. Or il faut prendre gar
de qu'il ſophiſtique , lorſqu'il dit
qu'on doit attribuer le mouvement
· de la matiere qui environne les
corps celeſtes , plutôt à cette matie
re qu'à ces corps : car cela ne peut
s'entendre que du mouvement de
fluidité, & non pas du mouvement
de circulation autour de ces corps,
qui ſe peut également bien attribuer
aux corps celeſtes. Or la queſtion
tombe ſur ce dernier.
Article XX I X. L'auteur nous
fournit icy des exemples qui mar
quent combien ſa maniere de phi
loſopher eſt gênée ; car de ce qu'il
veut que le lieu exterieur ne foit
autre choſe que l'aſſemblage des
corps qui touchent immediatement;
82 Recherches de Phyſique
il s'enſuit qu'on ne peut pas jamais
dire qu'un homme † meuve, par
ceque ſon lieu exterieur qui eſt ſon
habit (ſelon nôtre Auteur) ne le
quitte point en quelque lieu qu'il
aille; on ne peut pas dire non plus
ſelon luy, qu'un œufdans ſa coque,
ou un Iroquois dans ſon canot,
ſoient jamais en mouvement ; par
ceque l'un eſt toûjours revêtu de
cette coque, comme l'autre de ſon
canot. Il ſemble cependant ſe relâ
cher un peu, en diſant qu'il ne faut
pas prendre pour le lieu exterieur,
des corps extrêmement éloignez ;
c'eſt à dire, que peut être dans un
beſoin, il les pourroit prendre dans
une diſtance médiocre, ſi cela l'ac
commodoit. Quant au reſte de l'ar
ticle, il ſuffit de répondre, que quand
on dit qu'il y a des étoilles fixes,
ce ne doit point être du tout, par
cequ'on ne ſçauroit imaginer au
cun corps au-delà, par lequel on
pût juger de leur mouvemens; puiſ
que ce ſeroit une choſe abſurde de
vouloir déterminer le repos, ou le
& de Mathematique. 83
mouvement des étoilles fixes, par
un corps qui auroit beſoin lui-mê
me d'un autre corps ou ciel, pour
pouvoir être dit, en repos ou en
mouvement, & ainſi à l'infini. On
n'attribuë donc point d'autre repos
ou mouvement aux étoiles fixes,
que ceux qu'elles pourroient avoir
entr'elles. Ainſi puiſqu'elles paroiſ
ſent fixes entr'elles , il faut dire
qu'elles ſont dans un parfait repos.
Effectivement, quoique pluſieurs
Aſtronomes ayent attribué la révo
lution journaliere , & même celle
de 25ooo. ans aux étoilles fixes, ils
ne les ont pas moins nommées fixes
pour cela, que ceux qui ne leur
attribuënt aucun de ces deux mou
vemens : & on peut auſſi raiſonna
blement dire, qu'un corps ſe meut
ſous elle, quand il leur répond ſuc
ceſſivement à l'égard du Soleil, dans
l'opinion de Copernic, qu'on peut
dire qu'un homme ſe meut, quand
il fait le tour d'une place en dedans,
| en paſſant devant toutes les maiſons,
qui ſont à l'entour, quoy qu'il ne
84 Recherches de Phyſique
ſorte point de ſon habit : ſans qu'on
ſoit obligé pour cela d'examiner ſi
les maiſons ne tournent point avec
la maſſe de la terre, autour du cen
tre de la place; & il ſuffit que ces
maiſons ſoient fixes entr'elles.
, Il eſt même vray de dire qu'il
n'y a point de repos dans la natu
re, que celuy qui ſe trouve entre
des corps , qui ne changent point
entr'eux : c'eſt ſur cette eſpece de
repos que ſont établis tous les mou
vemens. C'eft, par exemple, ſur le .
repos des differentes Villes & Vil
lages, que ſont établies les differen
tes courſes des Poſtes : c'eſt ſur ce
repos des differentes parties des
frontieres des Empires, que ſont
établis les mouvemens des armées.
Enfin, c'eſt ſur le repos des diffe
rentes parties conſiderables de la
terre, & des mers, que ſont établis
les differents voyages par terre &
par mer, & ce ſeroit tout renverſer
ue de vouloir nous ôter cette idée
# naturelle du repos. On peut donc
aſſurer, ſans faire d'injuſtice à nôtre
- auteur,
& de Mathematique. • 85
0!
auteur, qui n'a pas mieux enten
du le mouvement, & le repos que
l'étenduë , le lieu, & la fluidité.

Cependant il ſe tempere ſur la fin
(t
de l'article, & conſent qu'on diſe
que la terre tournant autour du So
leil a du mouvement , comme un
lll
Sauvage en a, en traverſant un lac
[ll
dans ſon Canot, dans lequel il eſt
tſt
comme emboîté; & par conſequent
jſl
auſſi comme un œuf en a, quand
on le jette d'un lieu dans un autre ;
mais ce n'eſt qu'en parlant (dit
il ) improprement. Je trouve une
bien plus grande gêne, de dire
qu'il n'y a jamais que la ſurface des
corps qui ſe meut, & que tous les
corps ſont dans un parfait repos au
dedans de cette ſurface. Comme
une chataigne dans ſa coque, ou un
melon dans ſon écorce; c'eſt cepen
dant ce qui ſuit de la reſtriction de
nôtre auteur , puiſqu'il n'y a jamais
que la ſurface exterieure des corps
qui ſoit touchée immediatement par
les corps environnans, & que ce
n'eſt que par ceux-cy, qu'on doit
MI. Partie.
86 Recherches de Phyſique
ſelon luy, déterminer le mouve
IIlC11C. · · " | i. .. ! ! " ! ..
Article X X X. L'auteur peut
bien à la verité faire imaginer ſon
Syſtême par les tournoyemens qui
ſe font dans les rivieres ; mais on
ne luy accorde aucunement que ce
qu'il ya de ſemblable entre cestour
noyemens & ſon Syſtême, vienne
d'une même cauſe : parce que les
tournoyemens des rivieres doivent
leur formation & leurs divers ac
cidens uniquement à leur lit ; en
ſorte que fi ce lit étoit poli en de
dans, comme une glace, il ne s'y
formeroit aucunstourbillons. Il faut
donc que nôtre auteur nous apporte
une cauſe réelle de la formation de
ces prétendus tourbillons, dont il
veut que les Planettes ſoient enve
loppées, s'il veut qu'on les admette
comme quelque choſe de veritable.
Article XXXVIIJ. Il eſt bon de
remarquer ce que l'auteur vient de
dire au commencement de cet arti
cle , ſçavoir, que quand deux corps
s'éloignent l'undel'autre, leur ſépa
- •
, , & de Mathematiqué.
ration eſt une choſe commune & ré
ciproque , de ſorte que ce n'eſt que
ſelon la maniere de les comparer
aux corps environnans , ou par
rapport à la cauſe de cette ſépa
ration, qu'on l'attribuë plûtôt à un
corps qu'à l'autre. Ainſi je ne ſçau
rois aſſez m'étonner comment aprés
cela un homme, auſſi ennemi des
préventions que nôtre auteur, peut
vouloir encore, que le mouvement
journalier ſoit imputé plûtôt à la .
ſl terre qu'aux cieux dans le Syſtême
de Ticho. D'ailleurs la ſeconde rai
ſon qu'il apporte ne vaut pas mieux
| que la premiere ; puiſque ſi le déta
chement ſe fait ſeulement dans la
ſurface concave, commune aux cieux
& à la terre, il ne ſe fait pas plus
dans la terre que dans les cieux.
Articles 46.47.48.49.5o. 51.52.
On admet aſſez volontiers que ſi la
matiere eſt conçûë compoſée d'a-
tômes, ou de particules inalterables,
quand même elle auroit eſté dans ſa
creation pouſſée confuſément vers
differens côtez du monde, elle ſe
- Hij
·88 Recherches de Phyſique
ſeroit reduite par tourbillons ſenſt
bles; & que même pluſieurs atô
mes auroient piroiieté ſur eux-mê
mes par leur choq mutuel ; parce
que cela ſuit naturellement de leur
impénétrabilité. Mais on ne conçoit
nullement que la matiere n'étant
qu'une étenduë geometrique, c'eſt
à dire infiniment molle, comme
l'auteur l'a ſuppoſé, elle puiſſe en
, tournant ſur elle-même conſerver
aucune figure conſtante, n'y s'écor
ner, & ſe froiſſer, ny ſe ranger par
tourbillons ſenſibles. On ſoutient au
contraire, que ſi aprés avoir eſté un
ſeul inſtant dans l'état où l'auteur
la met, elle venoit à ſe heurter (ce
qui ne peut manquer d'arriver) elle
commenceroit dés le ſecond inſtant
de perdre cette forme, de ſe re
broüiller en ſe penetrant, & en un
mot, de rentrer dans le premier ca
hos ; & que ſi elle conſervoit du
mouvement, ce ne ſeroit que pour
changer de forme dans tous les in
ſtans imaginables, ce § enCOre

bien plus difficile à imaginer que le


cahos , & infiniment contraire à la
& de Mathematique. 89
ſubſiſtance de l'Univers dans l'état
|
floriſſant où il paroît à nos yeux. |
De plus, ce ſeroit une marque de
foibleſſe dans l'Auteur de la nature,
d'avoir eſté obligé de former au com
mencement les parties de la matiere
anguleuſes, pour en tirer des rondes,
& une pouſſiere capable de remplir
tous leurs interſtices; comme s'il
n'avoit pas eſté d'abord aſſez puiſ
ſant pour former tout d'un coup ces
molécules rondes ; & pour créer
d'autres particules plus petites les
unes que les autres indéfiniment,
afin de remplir tous les vuides de la
nature; & ſi cet état de la nature eſt "
digne de ſon Auteur, pourquoy ne
luy aura t-il pas donné tout d'un
coup cette forme 2 Car former l'U-
nivers de la maniere que nôtre au
teur le veut, ce n'eſt autre choſe que
faire un monde dans un premierin
ſtant, pour le détruire dés le ſecond ;
mais que dis-je ? C'eſt le detruire
continuellement, puiſque lces pre- .
mieres particules de raclûres ne fi
niſſent ja mais de changer de figure
9o Recherches de Phyſique
Cette maniere de concevoir la for- -
mation de l'Univers, eſt donc abſo
lument indigne de l'Auteur de la na
ture, & d'autant plus qu'on ne ſçait
ce que c'eſt qu'une figure geometri
que, ſubſiſter, ſe mouvoir, reſiſter,
choquer, &c. cela ne convenant
qu'à des figures inaltérables. Enfin,
l'état preſent de la nature nous ap
prend, que la foibleſſe des agens
naturels eſt recompenſée par le tems;
de ſorte que ſi les globules de nôtre
auteur ne peuvent pas être detruits,
& changés dans un inſtant par le
-
choq : au moins depuis que le mon
de a eſté crée, devroient-ils avoir
aſſé par toutes les formes imagina
§ ; la nature cependant eſt enco
re la même qu'au jour de ſa naiſſan- '
ce, nonobſtant tous les changemens
qui la compoſent ; Il faut donc a
voüer qu'au moins ces principes
ſont naturellement indeſtructibles,
que les figures de la matiere pre
miere ne ſçauroient être naturelle
ment changées; & qu'ainſi la natu
re ne peut point être conçûë avoir
& de Mathématique, 9I
eſté formée de la maniere, que nôtre
auteur le veut. Joint à cela qu'il y a
: deux choſes inconcevables dans cet
te maniere; ſçavoir, le changement
inſtantané des particules de raclûte,
& leur diminution actuellementin
finie, afin qu'il n'y ait aucun vui
de; comme ſi le plain abſolu étoit
fort neceſſaire ; & comme ſi la na
ture ne pouvoit pas ſubſiſter telle
qu'elle eſt, avec des corpuſcules ſo
lides , agités, & plus petits les uns
que les autres, & cela autant qu'il
eſt neceſſaire pour ſuffire aux gene
rations que nous appercevons ; car
pour cela il ne faut rien d'infini
abſolument, & le ſurplus eſt inu
tile.
Articles 53.54.55.56.57.58.59.
6o. Je ne comprens pas comment
nôtre auteur accorde ſon troiſiéme
ciel, avec la force qu'il dit que tous
les tourbillons, qui compoſent le
ſecond ont pour s'étendre ; car à
moins que ce troiſiéme ne fût auſſi
compoſé de tourbillons , on ne voit
pas comment il pourroit empêcher
92 Recherches de Phyſique
ceux du ſecond de ce dilater indéfi
niment & de le remplir.Or ſion con
oit le troiſiéme ciel ſemblable au
§. on ne voit plus comment
le diftinguer de ce § Que ſi
on prend pour le ſecond l'aſſembla
e de ceux qui touchent le premier,
il eſt évident que nous verronsd'icy
pluſieurs aſtres qui ſeront dans le
troiſiéme, ce qui ſeroit contraire à
ſa ſuppoſition. Il faut donc avoüer
ue le ſecond & le troiſiéme ciel ,
§ les principes de nôtre au
teur, doivent n'en faire qu'un ſeul,
ou qu'il n'y en a que deux en tout ,
& que le ſecond eſt immenſe. Il faut
remarquer auſſi que nôtre auteur
abuſe icy des comparaiſons qu'il fait
de ſa fonde, ou de ſon tuyau avec
les tourbillons , car il ne prouve au
tre choſe par ces comparaiſons ; fi
non qu'un corps tend à s'éloigner
du centre du cercle qu'il décrit ;
encore ne le prouve t il que par des
exemples ; & un ſujet auſſi impor
tant que celuy-là pour ſon Syſtême,
meritoit bien d'être prouvé dans la
& de Mathematique.
rigueur de la méchanique , c'eſt à
dire, par la compoſition & la réſo
lution du mouvement. Et tout ce
qu'on peut tirer de ce principe, eſt
que toute la matiere d'un tourbil
lon fait effort pour s'écarter des
points de ſon axe, autour deſquels
elle circule, & non pas du centre
du tourbillon. D'où il s'enſuivroit
que la matiere qui étant la plus ſub
tile, a moins de force pour s'écarter
de cet axe, ſeroit repouſſée vers luy,
& s'aſſembleroit tout autour , &
non pas autour du centre du tour
billon. Car tout de même que les
liqueurs contenuës dans des vaiſ
ſeaux, repouſſent vers leur ſurface
les corps plus legers qu'elles ſelon les
lignes mêmes, ſelon leſquelles ces
liqueurs tendent à deſcendre : de
même la matiere d'un tourbillon doit
repouſſer vers l'axe, dont elle tend
à s'éloigner, les corps qui ont moins
de force pour s'en éloigner qu'elle.
Et il eſt inutile d'apporter pour rai
ſon, que le tourbillon eſt preſſé ex
terieurement ſelon des lignes per
94 Recherches de Phyſique .
pendiculaires à ſa ſurface , car les
liqueurs qui rempliſſent les vaiſſeaux
à comble, ont leur ſurface en cour
bûre ſphérique à peu prés, & ſont
preſſées par l'air environnant per
pendiculairement à cette ſurface; ce
pendant les corps plus legers y mon
tent par tout verticalement, comme
quand leur ſurface eſt platte ou con
cave ; de ſorte que tout le change
ment ne doit arriver que dans la ſur
faee même. Effectivement, on re
marque que les corps qui nagent à
ces ſurfaces, ſont repouſſés dans les
convexes vers le milieu, & dans les
concaves vers les bords.
Article 62. 63. 64. L'auteur pré
tend que ſon ſecond Element,ou ſes
globules qu'il regarde icy comme
incapables de compreſſion, éten
dent leur action en toute circonfe
rence : puiſqu'il fait étendre l'action
de ſes points B & D ( 6°. planche
figure 1°. ) juſques en F; & des au
tres qui ſont entre ceux-cy à pro
portion. Or il eſt évident que ſi ce
la étoit, & qu'il y eût une Cham
& de Mathematique. 75
· bre quelque part autour de S, com
me en F ouverte d'un trou F du côté
de S , l'action du ſecond élement
ayant paſſé par ce trou , devroit s'é-
tendre enſuite dans toute la cham
| bre de quelque grandeur qu'elle fût ;
Comme les cercles que l'on forme
roit dans un étang, ſéparé en deux
parties par un mur percé d'un trou,
ſe communiqueroient par ce trou
dans toute l'étenduë de l'autre par
tie, ou comme la voix d'un Orateur
ſe communique de ſa bouche dans
tout ſon auditoire, & ſe répand
dans toute l'étenduë des lieux voi
ſins par les moindres communica
tions. Cependant la lumiere ne ſe
communique point ainſi en toute
circonference; mais paſſant du corps
lumineux par le trou d'une cham
bre, elle continuë en ligne droite vers
la partie oppoſée ſeulement : en ſor
te que ſi la partie oppoſée étoit per
cée, la chambre n'en ſeroit prefque
pas éclairée, & l'on verroit †
ment une trace d'une lumiere foible,
étenduë en droite ligne d'un trou à
96 Recherches de Phyſique
l'autre , laquelle trace viendroit de
l'air éclairé qui reflechiroit un peu
de lumiere dans la chambre : c'eſt
pourquoy ſi on pouvoit ôter l'air
compris entre ces deux trous, la
chambre demeureroit entierement
obſcure. On ne peut donc pas dire
que les particules de lumiere ſoient
rondes & dures, comme l'auteur
le prétend icy. Mais on ne peut pas
non plus penſer que ſon action con
ſiſte dans le ſeul effort qu'elle fait
pour avancer ; car ſi cela étoit, &
ue ſes parties fuſſent parfaitement
† comme l'auteur les conſi
dere, ſon action ſe tranſmettroit dans
un inſtant; puiſqu'il ſeroit neceſſaire
pour que ſon action conſiſtât dansun
ſeul effort, que ſes particules ſe tou
chaſſent immediatement, c'eſt à di
re, en telle ſorte qu'elles ne puſſent
s'approcher d'avantage. Or cecy ne
ſe peut concilier avec ſa fluidité ;
ny le paſſage inſtantané avec les ex
periences des plus grands Aſtronô
mes, qui ont remarqué une ſucceſ
ſion aſſez ſenſible dans la propaga
, tlOIl
, & de Mathematique. 97
+ion de la lumiere ; mais ce qui
me paroît icy plus incompréhen
ſible, eſt de conſiderer des bou
les Géométriques, & par conſe
quent infiniment molles comme
faiſant l'office de boules parfaite
ment dures ; ſçavoir de ſe pouſſer
dans un inſtant en tout ſens & ſans
s'aplatir. I1 falloit donc bien du
moins établir auparavant d'où leur
:0r vient cette dureté : D'ailleurs il
# n'eſt pas vray que dans cette ſu
poſition il n'y eût que les boules
ê! du Triangle B F D qui s'étendiſ
ſlk ſent en F; car elles y afflueroient
4ſi
de toutes parts, § tout eſt
également preſſé autour de F ; de
même que toute la liqueur qui eſt
à l'entour du trou d'un Vaiſſeau
fait au fond ou aux côtés, affluë à
ce trou depuis une certaine diſ
tance à la ronde. La lumiere ne
peut donc § être telle que nôtre
Auteur la ſuppoſe ; & quand mê
me elle le pourroit, elle ne répon
droit pas aux experiences journa
lieres.
Jl. Partit, I
58 Recherches de Phyſique
Enfin nôtre Auteur prévient une
objection qu'on ne doit pas natu
rellement luy faire ; ſçavoir que
l'impreſſion des points B & D ,
par exemple ( planche VI. Fig. I. )
ne doit s'étendre que dans le plan
de l'écliptique A E I ; car ſi cette
impreſſion a dû s'étendre autour de
B & de D dans le plan A IDS B,
pourquoy ne s'étendra-t-elle pas
auſſi vers les pôles de ce tourbillon,
† les points B & D ſont auſſi
ien touchés de globules du côté
de ces pôles, que dans le plan AIS,
& qu'ils ne pouſſent ceux qui ſont
dans ce dernier : plan qu'autant
qu'ils tendent à s'éloigner de S di
rectement : or cette tenſion ſelon
les rayons de leur tourbillon ne les
porte point à choquer quelques
uns des corps qui les environnent
plûtôt que d'autres.
ART. 65, 66, 67. J'aprouve fort
le principe ſur lequel l'Auteur ſe
fonde pour ſituer ſes tourbillons ;
mais je ne ſçaurois condeſcendre
qu'il veüille établir leur ſituation
- & de Mathematique. 99
ſans parler de leurs proportions,
tant en groſſeur qu'en rapidité ;je
Ine vois pas11OIl plus pourquoy il

veut qu'ils ſe mélaſſent en ſe


rencontrant de même ſens par les
pôles, & qu'ils ne ſe mélaſſent pas
en ſe rencontrant de même par
leurs éclyptiques. Je ſuis donc
perſuadé que les tourbillons ne ſe
confondent jamais, tandis que cha
cun a une force ſuffiſante pour
repouſſer ſes voiſins. Il ſemble que
l'Auteur avoiië par-là tacitement,
que les tourbillons n'ont nulle force
pour ſe preſſer par les pôles; d'où
il s'enſuivroit que la matiere dont
ils ſont compoſés ne tend pas avec
un effort égal pour s'écarter de
tous côtés de leurs centres, com
me il l'a prétendu cy-deſſus.
ART. 68, Il ſemble que l'Auteur
veüille que la principale cauſe de la
lumiere d'un § oit ſon mouve
ment circulaire ; on ne voit point
cependant aucun mouvement cir
culaire dans la totalité de la flamme,
ny dans la plûpart des autres corps
I ij
1oo Recherches de Phyſique
lumineux ; où il eſt cerrtain qu'if
n'y en a point, ſi ce n'eſt par ha
zard. J'avoûë qu'on pourroit pré
tendre que l'Auteur prend pour
la cauſe de la lumiere le mouve
ment des particules du corps lumi
neux autour d'elles-mêmes, & non .
pas de leur totalité autour d'un
centre commun : mais il ne faut
plus alors ſupoſer ces particules
ſpheriques, parcequ'elles ſont alors
fort mal propres à s'écarter d'au
tres parties de pareille figure d'au
tour d'elles. Enfin on pourroit ſu
poſer que les particules de la ma
tiere êthérée qui environne chaque
étoile fixe ſe meuvent circulaire
ment ſur elles, mêmes, ſans que la
totalité tournât autour de cette
étoile ; & quand même il n'y au
roit aucuns tourbillons dans l'Uni
vers, pourvû qu'il fût rempli de
matiere étherée, & que les parti
cules de la ſuperficie de chaque
étoile fixe tournaſſent ſur elles
mêmes ; cela ſuffiroit pour étendre
leur lumiere, comme nous voyons .
& de Mathematique. 1o1
º

| qu'il arrive à une chandelle dans


|* une chambre , où il n'y a aucun
tournoyement à l'entour. Enfin je
ne vois pas non plus qu'on puiſſeat
tribuer aucune inégalité entre les
tourbillons des étoiles fixes, de ce
qu'elles nous paroiſſent inégalement
arrangées entr'elles ; en prenant
même les plus inégales en gran
deur apparente ; car il eſt poſſible
nonobſtant cela que toutes les é
toiles fixes ſoient effectivement
égales, & que parconſequent auſſi
leurs tourbillons ſoient égaux, &
que toute l'inégalité que nous y
trouvons nevienne que de leur ſitua
tion à nôtre égard ; ſçavoir en
tant que les unes ſont plus éloi
nées de nous que les autres, &
qu'elles ſont ſituées les unes der
riere les autres. -

ART. 69, & 7o. Je ne ſçaurois


#
penſer qu'il y ait un tel commerce
entre differens tourbillons ſans
qu'ils ſe confondent dans peu de
temps entierement comme deux
goutes de liqueur ſe † dés
11]
1o2 Recherches de Phyſique
qu'elles ſe communiquent, & il eſt
inutile de dire que ce commerce
n'eſt qu'entre le premier élément
ſeulement ; car puiſque ſelon l'Au
teur le ſecond élément a plus de
force pour s'écarter que le premier,
il ſemble au contraire qu'un tour
billon devroit par ſucceſſion ſe vui
der entierement de ſon ſecond é
lément par ſon écliptique dans les
pôles de ſes voiſins pour ne gar
der que ſon premier, ou du moins
pour ſe remplir du ſecond élément
de ſes voiſins par ſes pôles , mais
neanmoins l'Auteur qui ne manque
pas d'invention aubeſoin, nous ap
prend qu'il ne peut y avoir de
commerce entre le ſecond élément
des tourbillons , à cauſe que la ma
tiere du premier étant arrivée au
centre d'un tourbillon par ſes pô
les, s'en rend tellement la maîtreſſe
qu'elle écarte aprés cela tout le
ſecond élément du centre ; mais la
difficulté reſte toûjours, de ſçavoir
pourquoy c'eſt le premier & non
pas le ſecond élément qui s'em
& de Mathematique. 1e;
pare de cette place pour repouſſer
l'autre. Au reſte cet endroit eſt bien
à remarquer ; car l'Auteur admet
· formellement, que le mouvement
circulaire d'un tourbillon luy don
ne bien moins de force pour s'é-
tendre vers ſes pôles que vers ſon
écliptique ; il eſt conſtant que ſi,
cette force y eſt moindre à pro
ortion que le mouvement eſt plus
† elle doit être nulle , ou preſ .
que nulle ; & cela étant, un tour
billon devroit s'aplatir extréme
ment vers ſes pôles, & s'étendre
en s'écoulant par ſon écliptique ; &
il eſt inutile de dire que la matiere
qui entre par ces mêmes pôles, l'o-
blige de s'arondir ; car cela ne peut
avoir lieu que dans le cas où il
ne pourroit s'étendre & s'écouler
par ailleurs ; mais comme il le
peut par ſon écliptique, il ne man
quera pas de le faire, & ſes voi
ſins faiſant chacun la même choſe,
ils rentreront bien-tôt dans le ca
hors d'où leur Auteur les avoit ti
- /

JKCS, -
1o4 Recherches de Phyſique
ART. 71. L'Auteur nous réſout
icy l'énigme de l'article précedent
à ce qu'il croit ; en oppoſant la
viteſſe circulaire du ſecond élé
ment à ſa vertu centrifuge ;. mais
ſans conſiderer que la vertu cen
trifuge n'eſt qu'une émanation de
• la circulaire, & qu'elle s'en déduit
comme un mouvement compoſant
ſe déduit du compoſé ; ainſi que
tous les Sçavans d'aujourd'huy l'ont
reconnu, & comme on le voit auſſi
démontré dans les élémens de Mé
chanique & de Phyſique troiſiéme
Partie ; & que par conſequent plus
le circulaire eſt grand , & plus le
centrifuge l'eſt auſſi, & tout au
contraire ; bien loin que le centri
fuge augmente à meſure que le
circulaire diminuë : de ſorte que
tout ce que nôtre Auteur pourroit
établir icy, eſt que ſa matiere du
ſecond élément a moins de force
pour s'écarter du centre de ſon
tourbillon dans les endroits où elle
a plus d'eſpace pour s'étendre, &
où par conſequent elle coule plus
& de Mathématique. 1es
lentement, comme au droit du pôle
B, ce qui paroît favoriſer ſa pré
tenſion, quoyque ſes paroles y pa
· roiſſent contraires ; mais à bien
confiderer la choſe, cette matiere
du ſecond élément ne coule plus
lentement au droit de B, que par
- ce qu'elle aplatit ce pôle de plus
en plus vers cet endroit. Bien loin
qu'elle l'aplatiſſe moins,parce qu'el
le y a moins de force : de ſorte
que le contraire de ce que nôtre
Auteur prétend eſt toûjours veri
table ; ainſi il faut avoüer icy que
la vertu centrifuge n'étoit connuë
de nôtre Auteur que dans ſes effets
& par experience, & non pas dans
ſa nature, comme elle l'eſt aujour
d'huy des Méchaniciens. -

ART. 72.'Nôtre Auteur établit cy


devant que le ſecond élément ayant
plus de ſolidité que le premier
s'écarte du centre,S, & l'y chaſſe.
Maintenant il veut que ce même
premier s'échapant au travers du
ſecond, paſſe du centre S vers la
circonference, tandis que le ſecond
Yo6 Recherches de Phyſique
reſte en arriere ; il admet donc
deux mouvemens dans ſon pre
mier élément tout-à-fait opoſés : Le
premier, de la circonference vers
le centre , & le ſecond, du même
centre vers la circonference. De
plus il veut que le ſecond élément
d'un tourbillon tende continuelle
ment à s'écarter de ſon centre vers
la circonference de ſon écliptique,
ſans cependant paſſer dans le tour
billon voiſin : il faut donc que cette
tenſion ne pouvant s'exercer ence
ſens, produiſe ſon effet du côté
qu'elle trouve de la facilité à le
faire : or rien n'empêche que le
ſecond élément ne ſe détourne in
ſenſiblement du plan de l'éclipti
que M r vers les pôles A & B,
en s'écartant continuellement du
centre S, & continuant en même
temps ſon mouvement circulaire ,
& qu'étant arrivé de part & d'au
tres aux pôles A & B, il ne con
tinuë ſon mouvement en ſpirale
vers le centre S, pour de-là ren
trer dans le plan de l'écliptique, &
& de Mathematique. * I e7
continuer comme auparavant, &
que ſe choquant en S, il ne s'y
faſſe un amas de la matiere du
premier élément, qui étoit mêlée
au dedans des intervalles du ſecond.
Il faut, dis je, que cela s'enſuive
de la ſuppoſition que l'Auteur fait
ue le ſecond élément ne ſçauroit
échaper d'un tourbillon; ou ſi l'on
accorde que le ſecond élément é
chape auſſi-bien que le premier,
il faut neceſſairement que les tour
billons retournent dans la confu
ſion. Enfin il veut que ſa matiere
ſubtille puiſſe ſe pénétrer mutuel
lement dans le corps du Soleil ,
ſelon la longueur de ſon axe, &
qu'elle ne puiſſe pas étant arrivée
à ſes pôles, pénétrer plus avant à
cauſe de la matiere du ſecond élé
ment, qu'elle yrencontre, comme
ſi une matiere qui a un mouve
ment oppoſé , ne réſiſtoit pas da
vantage à être pénétrée , qu'une
beaucoup plus groſſiere, & qui laiſſe
par conſequent de bien plus grands
intervalles entre ſes parties , &
|
5o8 Recherches de Phyſîque
qui n'a aucun mouvement op
poſé. .
| | ART. 73, & 74. Ce que l'Au
teur dit dans l'article 73. touchant
la rondeur du Soleil, eſt fort con
forme à la droite Méchanique,
ſupoſéqu'il y ait commerce entre
le Soleil & les tourbillons voiſins ;
· c'eſt pourquoy je ne m'y arrête pas
davantage. J'ay cependant deux
remarques à faire : La premiere,
eſt qu'il conclud que le corps du
Soleil eſt rond, quoy qu'il admette
que la force de la matiere ſubtile
qui entre par ſes pôles, ſoit inégale ;
ainſi il me paroît qu'il devoit ac
corder cette eſpece de contradic
tion en expliquant comment les
fluides élaſtiques ſont par tout éga
lement preſſés , & également ré
ſiſtans. La ſeconde eſt, que toute
ſa Méchanique n'eſt inventée que
† que le corps du So
il eſt au milieu de ſon Ciel, ce
que la flamme eſt au milieu de
l'air. Il faloit donc pour confirmer
cette Méchanique, qu'il prouvât
- · · encore

& de Mathematique. 1o2
encore qu'il n'eſt pas poſſible que
le corps du Soleil ſoit ſolide, ce
que le retour des mêmes taches
ſans interruption de leurs pério
des, ſemble cependant confirmer,
comme on le voit dans mon troi
ſiéme diſcours.
A l'égard de l'article 74. il me
paroît que les courants que l'Au
teur ameine des centres L & K
pour former le corps du Soleil S
doivent être directement opoſés
· en S, & ne faire qu'une même li
gne droite ; car s'ils étoient ſeule
ment paralleles, & qu'ils ſe ren
contraſſent de côté, ils feroient
iroüeter ce corps du Soleil dans
# plan de ſes méridiens, & l'on
s'en appercevroit par ſes taches ;
de plus le plus fort le chaſſeroit &
le feroit rouler devant luy : ou ſi .
les cours de ces deux torrens n'é-
toient pas bien paralleles entre
eux, ils pouſſeroient le corps du
Soleil hors du centre de ſon tour
billon dans leur route compoſée ;
ainſi nôtre pauvre Soleil devien
MI. Partie. K.
-

iïo Recherches de Phyſique


droit le joüet de ces vents étran
gers , & ne ſeroit plus qu'un feu
folet. C'eſt pourquoy je ne crains
point de déſavoiier icy nôtre Au
teur, auſſi-bien toutes ces inégali
tés qu'il rapporte dans cet article,
ne me paroiſſent fondées ſur au
cune experience , & ſemblent
vouloir prouver que l'écliptique
du Soleil eſt inclinée à l'égard de
celle de ſon Ciel ; mais j'aime
mieux penſer qu'il n'en eſt rien du
tout, & que ſeulement celles des
planettes le ſont à l'égard de celle
du Soleil ou de ſon Ciel, comme
l'écliptique de la Lune l'eſt à l'é-
gard de l'équateur terreſtre. -

ART. 75.Je diray ſeulement ſur


cet article, que la comparaiſon
dont ſe ſert M. Deſcartes ne me
paroît pas tout-à-fait favorable à
ſon deffein, parce qu'il ſe rencon
tre peu de bouteilles de verre qui
ſoient exactement rondes, & qu'il
eſt même fort difficile d'en faire.
Le P. Pardies a prétendu même
que la figure naturelle des Fioles de
e5 de Mathématique. Irr
verre eſt hyperbolique ; ce que je
ne crois pas pourtant, quoyque je
ne la croye pas ronde non plus.
ART. 76. Cet article me paroît
auſſi peu méchanique, en ce que
nôtre Auteur regarde le mouve
ment d'une portion de matiere
comme une bourſe d'argent dont
on ne ſçauroit dépenſer une partie
à un § ſans que cela # tort
à un autre. Je ſuis donc perſuadé
que la force centrifuge de la ma
tiere ne diminuë en rien ſa force
circulaire ; comme je crois l'avoir
démontré dans mes élémens & que
l'agitation de ſes petites parties n'a
rien de commun avec ces deux
mouvemens ; ainſi ces ſortes de
mouvement ne s'aident ny ne ſe
diminuent en rien , & on ne doit
nullement les comparer.
ART. 79. Je ne crois nullement
que la matiere ſubtile de nôtre Au
teur ait plus de facilité à s'écarter
du Soleil, & à s'aller promener dans
t les Cieux voiſins qu'à continuer le
º mouvement circulaire que l'Au
K ij
112 Recherches de Phyſique
teur de la nature luy a imprimé att
commencement, puiſque celuy-là
n'eſt qu'une génération de celuy
cy, & qu'il ne s'engendre que
quand ce dernier eſt empêché, &
que l'autre ne rencontre pas d'obſ
tacles. Or pourquoy vouloir que
cette matiere ſubtile ſouffrît de la
réſiſtence à tourner ; c'eſt ce que
je ne vois pas. D'ailleurs il ſemble
que nôtre Auteur prétende que
plus la matiere ſubtile décrit de
grands cercles, & plus elle a de
force pour s'écarter de ſon centre ;
ce qui eſt cependant tout oppoſé
à l'experience & aux démonſtra
tions de quantité de Sçavans &
à celles que j'ay données dans les
Journaux des Sçavans du 23 May
17oI.
ART. 82, 83. Il me paroît que
l'Auteur prétend ſans fondement
dans ces deux articles, que les
parties du ſecond élément les plus
éloignées du centre S vers M &
T, ont plûtôt achevé leur tour que
celles qui en ſont plus proches
& de Mathematique. 113
vers H & Q à cauſe qu'il prétend
que les plus éloignées ſe meu
vent plus vite que les plus proches ;
car la Lune par exemple ſe meut
f† deux fois plus vite que
la terre , & cependant elle em
ploye prés de trente fois plus de
temps à achever ſon tour periodi
que que la terre. L'Auteur fait
donc un ſophiſme, lorſqu'il con
clud que les parties qui ayant plus
de viteſſe abſoluë prennent le deſ
ſus, achevent à cauſe de cela leur
ê;j circuit en moins de temps ; & il
ſé n'eſt tombé dans ce parallogiſme,
3° que pour n'avoir pas diſtingué la
viteſſe abſoluë des corps qui cir 'w

culent, de leur viteſſe rélative au


centre, & cela pour fonder ſon
ſyſtême des Cométes qu'il explique
cy-aprés.Je ne crois point au reſte
qu'on puiſſe luy paſſer que la ma
tiere êthérée, ſoit toute égale juſ
ques à Saturne, & que de-là elle
aille toûjours en diminuant vers le
Soleil, ny que ſes viteſſes abſo
luë & relative aillent toûjours en
- K iij
114 Recherches de Phyſique
diminuant du Soleil juſques à 5 ;
pour augmenter enſuite continuel
lement ; car à l'égard de la pre
miere viteſſe, il eſt conſtant que
le Soleil a moins de viteſſe abſo
luë que # ( par ex.) & que $ en
a plus que 5 ; 5 que la terre, &c.
& qu'au contraire le Soleil a plus
de viteſſe rélative que $ , 5 que
la terre, &c. Or ſuivant cet ordre
ces deux viteſſes doivent toûjours
aller en diminuant depuis # juſ
ues aux limites du tourbillon.
ART. 84 J'avouë que les parties
du ſecond élément, qui ſont plus
proches du centre , ſe meuvent
plus vite circulairement, c'eſt-à-
dire, ont plûtôt fait leur tour que
celles qui en ſont plus éloignées ;
mais ce n'eſt nullement le Soleil
qui eſt au centre de leur tourbillon
qui leur aide à avancer ; au con
traire lorſqu'un tourbillon dont les
parties ſont égales entrc elles &
muës également vîte ſe forme, les
plus proches du centre ne ſont em
pêchées de garder toute leur vi
& de Mathematique. r1ſ
teſſe que par celles qui en ſont plus
éloignées, & qui les retardent,
en telle ſorte cependant que ces
parties plus éloignées conſervent
plus de vertu centrifuge qu'elles ;
ſans quoy le tourbillon ſe confon
droit : de ſorte quand ces parties
ſe ſont ainſi accommodées à for
mer un tourbillon , ſi chacune ſe
meuvoit à part dans ſon cercle,
elle y garderoit continuellement
ſa viteſſe, ſans avoir beſoin d'un
Soleil pour le hâter; & cecy ne
pourroit avoir lieu que dans le
-
, cas qu'on pût prouver que le pre
mier élément qui remplit le tour
billon acheve ſon tour en moins de
temps que le ſecond : or il ne me
paroît pas que cela ſoit probable,
puiſque naturellement les parties
plus maſſives conſervent mieux
leur viteſſe que les plus déliées,
& que du moins depuis le com
mencement du monde le ſecond
élément devroit avoir pris toute la
, viteſſe du premier.
ART. 85. L'Auteur confond en
116 Recherches de Phyſique
core icy la viteſſe abſoluë des par l
ties d'un tourbillon avec la réla
tive ; car les parties de ſon ſecond
élément, qui ſont les plus proches
du centre S, peuvent achever leur
circuit plûtôt que les plus éloi
gnées, & être toutes égales entre
elles ſans que cela leur donne plus
de force pour s'éloigner, ny mê
me autant qu'à ces plus éloignées,
comme on l'a dit cy-deſſus, ce que
l'experience & la raiſon coufir
ment ; car cela a lieu dans les tour
billons des rivieres, de l'air, &c. &
on déduit de la vertu centrifuge,.
que ſi la viteſſe abſoluë des parties
les plus proches du Soleil avoit a
vec la viteſſe abſoluë des parties
plus éloignées un raport moin
dre que la racine quarrée du cercle
des premiers à la racine quarrée du
cercle des derniers ; & cependant
plus grand que du premier cercle
au ſecond, les plus proches ache
veroient leurs circuits plûtôt que
leurs ſuperieures , & cependant
quoyqu'égales auroient moins de
& de Mathematique, 1 r7
vertu centrifuge qu'elles. Enfin
l'Auteur croyant avoir beſoin de
prouver que ſon ſecond élément
eſt plus ſubtil proche du Soleil',
que plus loin, ne manque pas d'i-
maginer à ſon ordinaire une mé
chanique pour cet effet ; mais il
reconnoît luy-même de bonne foy
qu'il s'éloigne en cela de ſes pre
mieres ſuppoſitions. Au reſte je
laiſſe au† à juger de la clarté
de cette méchanique.
ART. 87, 88, 89. Nôtre Auteur
ayant encore beſoin d'un troiſiéme
élément d'une figure particuliere
ne manque pas d'imaginer auſſi
tôt une méchanique pour cet effet ;
mais dans les converſations, que
j'ay eu avec les Sçavants ; je n'en
ay vû aucune qui ait été plus uni
verſellement taxée que celle-cy.En
effet quelle apparence que cette
matiere ſi fluide du premier élé
ment trouve quelque repos entre
des boules qui non ſeulement rou
lent ſur elles-mêmes, mais tour
nent encore à l'entour de l'axe du
118 Recherches de Phyſique .
tourbillon, en ſupoſant outre cela
que ce premier élément ſe meut
des pôles vers le centre de ce tour
billon, & quand même ce premier
élément pourroit trouver un mo
ment de repos, quelle force cela
luy donneroit-il pour garder ſa fi
gure, lorſqu'il ſeroit hors de ſon
moule, malgré l'agitation des au
tres matieres environnantes ? Au
reſte ſuffit il de l'eſpace triangulai
re compris entre trois boules pour
pour former un ſolide ; n'en faut
il pas pluſieurs ſemblables de ſuite ?
& où en trouver qui ſe correſpon
dent deux inſtants de la même ma
niere ? Quand à ce qu'il dit, que
les parties ſe fixant enſuite enſem
ble transferent leur agitation à
celles qui ſont plus fluides; on voit
aſſez que c'eſt afin qu'il n'y ait
rien de perdu dans la nature : mais
on a fait voir dans l'Analyſe de
la ſeconde Partie, que cette précau
tion étoit fort ſuperfluë, & que la
nature s'enembarraſſoit peu.Aureſ
te comment concevoir que des figu
& de Mathematique. 113
res infiniment molles, & ſans preſ
que aucun mouvement,s'acrochent,
- s'uniſſent par des angles, compo
ſent un corps ſolide qui ne ſoit
pas à tout moment pétri & repé
tri par celles qui les environnent,
qui ſont auſſi ſolides que le ſe
cond élément, ou auſſi pénétrantes
que le premier. Je ne vois rien icy
de déterminé, nôtre Auteur s'ou
blie pour ſuivre ſes vûës, & dans
un tel oubli, je ne le connois plus.
ART. 92. On voit dans cet ar
ticle, comme l'Auteur même vou»
lant établir la formation de ſa ma
tiere ſpirale eſt obligé de recon
noître que ſon premier élément,
ne ſçauroit conſerver aucune figu
re déterminée entre les parties du
ſecond, excepté, à ce qu'il croit
la figure canelée en ſpirale ; mais
outre qu'il luy eſt fort indifferent
qu'elle ſoit canelée, ou cylindri
que, pourvû qu'elle ſoit formée
[!º en ſpirale, comme on le verra dans
| la ſuite ; c'eſt qu'il n'y a pas la
% moindre apparence qu'elle puiſſe
12e Rccherches de Phyſique
conſerver aucun état permanent
dans un changement pareilà celuy
ui ſe trouve entre les parties du
§ élément. Enfin nôtre Au
teur ayant établi que ſon ſecond
élément eft d'autant plus ſubtil ou
plus menu qu'il aproche davan
tage du Soleil ; il s'enſuit que ſes
intervalles triangulaires vont auſſi
en diminuant à proportion ; ainſi
la matiere canelée de nôtre Au
teur, qui ſe ſeroit moulée fort loin
des pôles du Soleil, devroit conti
§ ſe changer & s'atenuer
à meſure qu'elle s'aprocheroit du
Soleil, c'eſt-à-dire en un mot, ſe
former & ſe détruire auſſi-tôt.
ART. 94. Je ne vois nullement
la cauſe qui peut donner à la ma
tiere du premier élément , quand
elle entre dans un aſtre par ſes pô
les, une viteſſe plus grande que celle
qu'elle avoit avant cela pour circu
ler autour de l'axe de ſon tour
billon ; & la raiſon que l'Auteur
aporte de cette augmentation me
Paroît auſſi peu conſiderable, que
& de Mathematique. Izr
la conſequence qu'il en tire pour
faire monter l'écume des aſtres vers
1eur ſuperficie ; car à l'égard de
l'écume des liqueurs, on ſçait qu'-
elle ne monte à leur ſurface que
parce qu'elle eſt plus legere, &
nullement par le mouvement de la
liqueur, ce qu'on reconnoît aſſez
en retirant la liqueur de deſſus le
feu ; car quoy qu'elle ne boüille
plus, cependant l'écume demeure
à la ſurface, juſques à ce que l'air
dont elle remplie l'ait abandonnée,
& quand même elle retomberoit
au fond de la liqueur du moment
qu'elle eſt hors de deſſus le feu,
cela prouveroit ſeulement que les
ſ'!
particules du feu ne l'élevent plus
en s'envolant comme ils faiſoient

,!
auparavant. Or ſelon cette mécha
nique nôtre Auteur auroit dû at
zribuer l'élévation des tâches du So
|!
leil vers ſa ſurface à la vertu cen
trifuge & à la matiere ſubtile dont il
eſt compoſé, & non à ſon mouve
, ment circulaire.
ſt ART. 96. Il ſemble qu'il né
II. Partie, L
122 Recherches de Phyſique
manquoit à la comparaiſon de n6º
tre Auteur que de dire, que tout
de même que l'écume ſe retire au
derriere du Vaiſſeau, où le mou
vement de la liqueur l'a rejettée ;
de même les taches du Soleil ne
s'aſſemblent que vers ſes pôles, où
le mouvement de ſa matiere qui eſt
du côté de ſon écliptique plus grand
que vers ſes pôles la rejette; mais
cette méchanique n'auroit pas ac
commodé nôtre Auteur étant con
traire à ſon deſſein. Il me ſemble
en effet qu'elle affoiblit fort ſon
ſyſtême. , " -

, ART. 1oo. Il ne me paroît pas


que ce prétendu atmoſphere du
Soleil ſoit encore quelque choſe
d'aſſez conſtant entre les Aſtronô
mes, pour qu'on doive s'apliquer
ſerieuſement à l'expliquer.Au reſte
on paſſera légérement auſſi ſur les
articles qui concernent les taches
& leur formation, par ce que tout
ce que l'Auteur en dit , ne va tout
au plus qu'à une legere vrayſem.
blance , & qu'en ſe ſervant de ſes
& de Mathematique. 123
propoſitions, on pourroit fort ſou
vent établir plus clairement le con
traire de ce qu'il prétend ; ainſi ce
ſeroit abuſer du temps des Lec- .
teurs que de s'y arrêter davantage.
Par exemple il ſupoſe dans l'arti
cle 1o1. que deux parties de ma
tieres s'atachent l'une à l'autre, &
enſuite pluſieurs autres à celles-cy,
ſans expliquer auparavant com
ment ſe fait cet acrochement dans
une matiere auſſi ſimple que celle
qu'il a décrite jufques-icy, & auſſi
molle qne l'étenduë Géométrique.
De même tout ce qu'il avance dans
l'article 1 o7, ne ſçauroit ſubſiſter
à l'égard de la matiere des taches,
ui eſt expoſée à la rapidité de
§ premier élément, c'eſt-à-dire,
à l'égard de celle qui eſt du côté
du centre, & aux côtés des taches,
parce qu'elle n'eſt ſoûtenuë de rien,
cela ne ſçauroit avoir lieu qu'à l'é-
gard de celle qui eſt aux deux ex
trémités d'une tache preſſée ſelon
le cours de la matiere ; encore faut
il que ce premier élément charie
Lij
124 Recherches de Phyſique
avec luy plus d'écume, qu'il n'en
peut détacher par ſon choq ; au
trement il détruiroit la tache au
lieu de l'augmenter.Ona des exem
ples de tout cela dans les Iſles qui
ſont ou qui ſe forment dans les
rivieres : il paroît que c'eſt auſſi
gratis qu'il prétend que la lumiere
d'un aſtre ne puiſſe diminuer ou
augmenter que par une formation
ou une deſtruction de taches , puiſ
que cela ſe peut faire auſſi par
l'affoibliſſement de ſon activité,
ou par un mélange de matiere é
trangere, ou par la diminution de
ſa ſubſtance, comme-il arrive à
tous les feux que nous avons icy
bas. /

Les articles 1o4, 1o5, 1o6, 1o7,


& 1o8 ne paroiſſent gueres plus
vray-ſemblables , quoy qu'aſſez
conformes à la droite méchani
que ; mais cela vient de ce que
la matiere qu'il fait deſcendre des
Cieux voiſins, & ſes cannelures &
écrous ne paroiſſent que comme
# jeux d'imagination faits à plai
lſ,
e de Mathematique. I 1 5
Il me paroît auſſi qu'on pour
roit fort bien ſe ſervir de l'article
11o. pour prouver que le Soleil ne
peut pas être lumineux du côté de
ſes pôles ; quoyqu'il n'y ſoit cou
vert d'aucune tache , contrece que
l'Auteur a voulu prouver dans l'ar
ticle 8o. ou pour prouver qu'il ne
doit point y avoir de tourbillon
autour d'une Planette ; car ſi ces
parties canelées ont la force de
continuer leur mouvement au-de
là du pôle opoſé, & n'ont pas cepen
dant la force d'exciter le ſecond
élément & d'en former de la iu
miere, on dira la même choſe dans
un aſtre ſans taches , ſi de plus
celles qui tendent à ſortir par un
pôle ſont rabatuës avec une force
égale par celles qui tendent à y en
trer , il eſt évident qu'il ne doit
point ſe former de tourbillon. On
doit bien remarquer auſſi que
nôtre Auteur prétend icy que le
mouvement ou la force de la ma
riere d'un aſtre couvert de taches,
ſe perd entierement en choquant
- L iij ,
1 26 Recherches de Phyſique
contre ces menuës taches; on ſçait
cependant que toutes ſes loix du
mouvement roulent ſur ce qu'il
prétend que le mouvement ne ſe
perd point.
On trouve dans l'article 111. une
contradiction à l'égard de l'arti
cle 64. car nôtre Auteur prétend
dans celuy-cy que le ſecond élé
ment qui environne un aſtre cou
vert de taches ne diminuë point
de force pour s'éloigner de ſon
centre, quoyque cet aſtre ne ſoit
plus lumineux ; & dans le 64 il
dit qu'un aſtre ne laiſſeroit pas de
paroître lumineux, quand même
il ſeroit tout à-fait aneanti ; à cauſe
que le ſecond élément qui l'envi
ronne auroit toûjours la même
force pour s'étendre, ce qui fait
aſſèz voir que la force de la lu
miere ne conſiſte nullement dans
le mouvement du ſecond élément
autour du centre de ſon tourbil
lon , comme nôtre Auteur le pré
tend.
Sur la fin de ce même article
& de Mathematique. 127
nôtre Auteur commence à effacer
l'idée qu'il nous a voulu laiſſer d'un
Soleil, en le comparant à une
flamme pure & toute fluide, puiſ
qu'il nous fait voir ici des Soleils,
dont le corps eſt tout ſolide, &
qui font cependant auſſi-bien leur
office que ces premiers ; ainſi rien
n'empêche † ne croye que tous
les Soleils ſont aujourd'huy de la
nature de ces derniers, auſſi-bien
ſeroit-il difficile de penſer qu'ils
euſſent pû garder une pureté par
faite, malgré toute l'éterogéneité
des corps dont l'Univers eſt rem
pli.
L'Auteur prétend encore dans
le même article , que quand le
ſecond élément ceſſera de preſſer la
croûte, qui environne un aſtre ;
cette croûte pourra encore con
ſerver toute ſa ſolidité contre l'ef
fort du premier élément contenu
au d dans de cet aſtre , & qui tend
à la diſſiper ; ſans nous expliquer
quelle eſt la force qui liera & ſer
rera les parties de cette tache con
128 Recherches de Phyſique -

tre l'effort du premier élément : or


du moment qu'on ne reconnoît que
trois élémens, & qu'un corps com
poſé du troiſiéme eſt forcé à ce diſ
ſiper par le premier, il eſt évident
qu'il n'y a que le ſecond qui le peut
retenir ; mais je vois que notre
Auteur ſe ſauve , en nous diſant
que le ſeul repos des parties de la
tache les afermit les unes contre
les autres ; c'eſt ſe tirer d'affaire
à bien peu de frais, & il ſeroit bien
difficile d'en être quitte aujourd'huy
à ſi bon marché.
Les articles 112, 11:, 114. ont à
peu prés les mêmes deffauts; car
nôtre Auteur veut que ſon pre
mier élément coule & ſoit ſerré
entre l'écorce d'un aſtre , & leſe
cond élément qui l'environne ſans
alterer cette écorce, tout ſubtil &
tout pénetrant qu'il eſt ; il veut que
s'il arrive que ce premier élément
devienne plus empreſſé & plus
ſerré par quelque cauſe étrangere,
cela donnera occaſion à la forma
tion d'une nouvelle écorce. Il pré
& de Mathematique. 119
tend que l'air qui environne les
aſtres eſt un corps plus difficile à
pénetrer à ſa matiere canelée que
les écorces mêmes des aſtres quel
que dures qu'elles ſoient : enfin il
prétend qu'à chaque fois qu'une é
toile diſparoît, elle eſt revêtuë d'une
nouvelle écorce. Quand à ces pre
mieres prétentions je ne m'étonne
nullement s'il les prouve ſi foible
ment ; car je les crois fort peu mé
chaniques. A l'égard de la derniere
on en peut ſauver tout l'apareil,
qui eſt peut-être plus grand que
nôtre Auteur ne ſe l'eſt imaginé,
en ſupoſant le corps d'un aſtre com
poſé d'une partie claire & d'une
obſcure ; & faiſant tourner ſes deux
faces ſucceſſivement vers nous ;
ainſi je ne crois pas qu'on doive
regarder toutes ces refléctions in
genieuſes de nôtre Auteur autre
ment que comme des ſubtilités
dont on eſt fort revenu aujour
d'huy. Il eſt vray cependant que
ceux qui les ont étudiées trop ſe
rieuſement , ſe ſont fait une ma
13o ' Recherches de Phyſiqué
niere de philoſophie ſi vague, & ſt
peu déterminée, qu'ils prouvent
tout ce qui leur plaît.
ART. 115. L'Auteur faiſant men
tion de ce qui peut empêcher un
tourbillon d'en envahir un autre ,
veut bien oublier ce qu'il a établi
cy-devant dans les articles 6o, 62,
64, &c. ſçavoir que la matiere d'un
tourbillon tend par ſon mouve
ment circulaire à éloigner les au
tres qui l'environnent , laquelle
cauſe doit toûjours avoir lieu ſoit
que l'aſtre, qui eſt au centre, ait
des taches, † qu'il n'en ait point,
comme il le marque expreſſément
dans l'article III. ce qui me paroît
aſſez difficile à accorder.
ART. 1 1 6. Nôtre Auteur veut
maintenant qu'un tourbillon ne
puiſſe ſubſiſter ſans aſtre dans ſon
centre ; on ne voit pas cependant
d'où vient la force que cet aſtre
peut donner à ce tourbillon plûtôt
que le tourbillon à l'aſtre, vû que
ſelon l'article 46. cy-devant , le
tourbillon a été fait auparavant
& de Mathematique. 13r
l'aſtre, & que l'aſtre n'eſt qu'une
production du tourbillon qui n'au
roit point eu lieu ſi ces parties a
voient été parfaitement dures.
ART. 117, 118. Nôtre Auteur
produit icy un nouveau ſyſtême
des tourbillons ; car il veut que
ce ſoit l'aſtre qui eſt au centre du
tourbillon qui l'ait formé , & qui
luy donne le mouvement, au lieu
qu'il a fait cy-devant venir l'aſtre
& ſon mouvement de ſon tour
billon. ( Article 46.) On ne voit
pas non plus pourquoy nôtre Au
teur ne veut pas qu'un tourbillon
étant environné de pluſieurs aſtres
égaux en force, & venant à per
dre la ſienne, tous ces autres ne
partagent pas ſa dépoüille éga
lement entr'eux, puiſqu'il eſt im
oſſible que celuy-cy défaillant,
§ autres n'entrent pas dans ſes li
mites. -

ART. 1:9, & 12o. Il faut re


marquer quatre choſes ſur ces deux
articles : La premiere, que l'Auteur
ne prend pas icy le terme de ſae
132 Recherches de Phyſique
lide pour celuy de dur, comme il
a fait en pluſieurs endroits cy-de
vant ; nmais il entend par la ſo
1idité d'un corps ſimplement la
quantité de ſa propre matiere,
c'eſt-à-dire ſans compter celles
qui eſt dans ſes pôres, comme il
l'explique cy-aprés. Il eſt à remar
quer en ſecond lieu, que le corps
le plus ſolide ſpécifiquement, ou
qui contient le plus de ſa propre
matiere en même eſpace , doit
prendre ſelon luy toute la viteſſe
d'un fluide où il eſt plûtôt qu'un
autre corps moins ſolide ; ce qui
me paroît entierement contraire à
la droite méchanique , puiſqu'il
faut plus de temps pour qu'un
corps communique une même vi
teſſe à un plus grand nombre de
p† qu'à un moindre; ou ſi
l'on veut à un plus grand corps
qu'à un plus petit de même eſpece,
ce qui eſt la même choſe, à quoy
i'experience journaliere eſt confor
me. Un Navire, par exemple, fort
chargé eſt plus long-temps à P†
e
& de Mathematique. 133
lºl dre ſa plus grande viteſſe qu'un
autre moins chargé, tout le reſte
étant égal. Il faut encore remar
quer 3o, qu'il ſe fonde ſur un prin
cipe gratuit ; ſçavoir que le ſe
-cond élément a plus de rapidité
proche des limites du §
-que plus prés de ſon centre ; on
croit même avoir prouvé le con
-traire : il n'a même établi ce prin
cipe que pour expliquer ſon ſyſtê
me des Cométes qu'on refutera
dans ſon lieu par les experiences
journalieres des plus grands Aſtro
-1momes. 4°, Que l'idée qu'il donne
. de la maſſe ou ſolidité d'un aſtre
-ne ſçauroit ſe ſoûtenir dans le ſyſ
-tême du Plein , comme on va le
-voir cy-aprés. Il eſt cependant
vray de dire qu'un corps qui en
- treroit dans un tourbillon, deſcen
droit vers ſon centre continuelle
ment, s'il avoit moins de ſolidité
qu'aucune des differentes couches
-de ce tourbillon : mais que ſi ayant
plus de ſolidité que quelques-unes,
il venoit à aquerir autant ou plus
II. Partie. M
134 Recherches de Phyſique
de viteſſe qu'elles, avant qu'il les
eût ateintes, il n'y arriveroit ja
mais , & qu'enfin s'il avoit auſſi
lus de ſolidité que les parties par
§ il eſt deſcendu , lorſ
qu'il ſeroit arrivé à un certain dé
gré de viteſſe circulaire, il devroit
remonter, comme l'Auteur l'a pré
tendu ; ainſi la méchanique de ces
deux articlès ne laiſſe pas de ſub
ſiſter, quoyque les principes ne me
paroiſſent pas ſoûtenables.
ART. 121, & 122. J'avoiië que
dans l'eſtimation que l'on fait de
la force d'un corps pour pénétrer
au travers de l'air, par exemple,
c'eſt-à-dire en géneral de la ſoli
dité par raport à vaincre la réſiſ
tance d'un fluide, ſa ſurface y doit
entrer ; ainſi alors cette force ſe
roit exprimée par le quotient de la
diviſion de la maſſe ou du poids
du corps par ſa ſurface, comme
l'Auteur le prétend dans l'article
2 I. J'avoûë encore que dans l'eſti
mation de la force de cet aſtre pour
· s'éloigner du centre de ſon tour
& de Mathematique. 135
billon, ou pour choquer quelque
obſtacle ; cette ſurface ne doit point
être comptée , mais uniquement ſa
ſolidité abſoluë , c'eſt - à dire la
quantité de ſa matiere propre.
Mais il me paroît qu'il eſt évident
que dans le ſyſtême du Plein que
nôtre Auteur tient , tous les corps
devroient avoir une force égale
pour s'éloigner du centre de leur
tourbillon, du moment qu'ils ont
acquis toute ſa viteſſe à circuler (ce
qu'ils ne ſçauroient manquer de
faire avec le temps, ) & pour en
être convaincu, il ne faut que con
fiderer que la matiere étrangere,
qui eſt dans les pores d'un corps, a
même force pour s'éloigner du
centre du tourbillon qu'une pa
reille quantité dematiere exterieure
de ce tourbillon. Otant donc ces
deux quantités égalestant du coprs
ſolide que du volume qui le pré
cipite vers le centre, il ne reſte
plus que de prouver que la ma
tiere propre du corps ſolide a pré
ciſement la même force pour s'é
M ij
136 Recherches de Phyſique
loigner du centre, que le reſte de
ſon volume précipitant : or du
moment que tout eſt plein, la
quantité de la matiere propre du
corps ſolide eſt préciſement égale
à la quantité du reſte de la matiere
de ce volume. Donc puiſque la
viteſſe circulaire eſt la même de
part & d'autre, la force doit auſſi
être la même pour s'éloigner du
centre , & il ne ſert de rien d'a-
porter que le reſte du volume a
quantité d'autres mouvemens qui
diminuent ſa force centrifuge ; car
ſiils ne diminuent pas ſa force circu
laire, le centrifuge qui en eſt une
émanation neceſſaire n'en ſçauroit
non plus être diminuée.
ART. 126. Il faut qu'il y ait
une faute d'inadvertance ſur la fin
, de cet article, où l'auteur dit que
ce que la matiere du ſecond élé
ment a de viteſſe par deſſus le corps
ſitué au deſſous d'elle en C, eft
cauſe qu'il monte plus haut ; car
au contraire plus cet excez de vi
teſſe eſt grand, plus le corps C eſt
· e3 de Mathematique. | 137
repouſſé vers le centre S, & plus
auſſi la ligne C E qu'il décrit s'é-
carte de la tangente C.
ART. 128, 129, & 13o. Outre
que nôtre auteur feint à plaiſir
que ſa matiere ſubtile ſe meutbien
lus vite dans les limites des tour
†§ où il ſemble que l'oppoſi
tion qu'elle ſouffre devroit ralantir
ſon mouvement, que plus proche
de leurs centres , il invente une
nouvelle fixion , par laquelle il en
velope ſon aſtre erratique comme
d'une nuë, & le rendre inviſible,
juſques à ce que le moment de ſa
ſcene ſoit venu ; mais pourquoy
cet aſtre ſe dévelope-t-il de ſon
tourbillon en paſſant ainſi de l'un
dans l'autre ; ou pourquoy ne ſe
revêt-il pas d'un nouveau dans
le tourbillon où il entre ? Au reſte
l'auteur n'a inventé toutes ces bel
les & ingenieuſes méchaniques, que
parce qu'il a crû que les Comettes
étoient des aſtres abſolument étran
gers & paſſagers, au lieu que l'ex
perience journaliere nous confirme
M iij
138 Recherches de Phyſique
que ce ſont des aſtres permanents,
comme tous les autres , qui ont
leurs periodes & leurs regles conſ
tantes comme eux. Il me paroît
qu'il y aauſſi un ſophiſme en ce que
dit nôtre auteur , ſçavoir qu'un
tourbillon qui ſe trouve entre
quelqu'autre & le nôtre, ne dimi
nuë pas davantage l'effort de la
lumiere de cet autre à nôtre égard
en envoyant ſa propre lumiere vers
luy, qu'ill'augmente en l'envoyant
vers nous ; car ce raiſonnement
ſupoſe que la lumiere de cet autre
eut pénétrer le tourbillon de ce
† ; ce qui eſt préciſement en
queſtion.Joint qu'il ſuit de-là qu'un
aſtre pourroit faire ſentir ſa lu
miere dans une diſtance infinie ,
nonobſtant tous les tourbillons in
terpoſés. Il me ſemble qu'on pour
roit penſer ſans tant de fictions ,
qu'une Cométe eſt comme un
Phoſphore ſans tourbillon, qui s'a-
prochant du Soleil de trop prés
en C, non ſeulement conçoit de la
lumiere ; mais même s'enflamme
A"
-

- & de Mathematique. 139


& ſe conſume du moins en partie ;
en telle ſorte que les parties qui
s'en détachent pour être bien plus
ſolides que celles de l'Ether où elles
nagent, s'éloignent toûjours du
centre Sautant directement qu'elles
le peuvent.
ART. 131. Nôtre auteur pré
tend au commencement que tous
le Cieux ſont de la même matiere,
& il veut maintenant que la lu
miere des étoiles fixes ſouffre ré
fraction en paſſant d'un Ciel dans
un autre. J'avoûë que je ne ſçay
comment accorder cecy avec l'ex
perience journaliere , & avec la
ſcience profonde de nôtre auteur
dans l'Optique : D'ailleurs comme
on a vû quantité d'étoiles nouvel
les paroître & diſparoître , croître
& décroître, il auroit fallu ſuivant
ſon ſyſtême que cela eût paru à la
fois dans quantité d'endroits du
Ciel, ce qu'on n'a jamais obſervé.
Il faut cependant avoüer qu'il n'eſt
rien de plus ingenieux, & de plus
méchanique en même-temps que
14o Recherches de Phyſique
la ſeconde raiſon qu'il tire de l'é-
terogéneité de la matiere de la Co
mette , par laquelle il prétend
qu'elle tourne toûjours une même
face vers les centres des tourbillons
où elle paſſe, & peu s'en faut que
je n'aplaudiſſe à ſon ſentiment à
cauſe de l'exemple de la Lune, &
d'un ſatellite de b. Ce qui m'en
empêche, eſt que je ne comprends
·pas comment toutes les Comettes
ſeroient ainſi étérogénes ; je ne
comprens pas 11O1l plus COIIlII]611t
une Comette entrant dans un nou
·veau tourbillon ne s'eſt retournée
que quand elle eſt arrivée vers le
'milieu de ſon paſſage , où elle eſt
le plus prés du centre de ce tour
billon. Enfin je ne vois pas com
·ment l'auteur pourroit prouver
qu'une Comete n'a aucune lumiere
d'elle-même , comme nos Phoſ
phores, vû principalement qu'avec
les conditions qu'il demande pour
qu'une Comette nous renvoye la
lumiere du Soleil, nos Phoſphores
pourroient fort bien nous envoyer
la leur.
& de Mathematique. 141
ART. 134, 135, 136. Comme c'eſt
icy l'endroit eſſentiel des Cométes,
nôtre auteur ne manque pas d'ai
guiſer la pointe de ſon eſprit à pro
portion , c'eſt pourquoy ſans nous
arrêter à ſes façons de parler dans
l'article 133. dans leſquelles il nom
me chevelure ce qu'on apelle au
jourd'huy barbe, ny à la maniere
dont il veut déterminer les ſitua
tions des queiies des Cométes à
la fin du même article 133. qui ne
me paroît pas bien déterminée : "
examinons ſes principes. 1°. On
ne luy accorde point que l'effort
- de ſes boules A , F, &c. s'étende
moins dans toute l'eſpace A C H
F, &c. que celuy des boules C &
AH dans tout l'eſpace C E G H,
d'autant que c'eſt la même nature
de corps, & que luy-même éta
blit qu'une particule de lumiere
F d, & c. planche 7. étend ſon ac
tion tout à la ronde. 2°, Il n'a pas
démontré que les boules du ſecond
élément ſoient toutes uniformes
depuis les limites d'un tourbillon
-
142 Recherches de Phyſique
juſques à un certain terme vers le
centre, & aillent enſuite depuis ce
terme toûjours en diminuant. En
troiſiéme lieu, quand tout cela ſe
roit, comme chaque boule étend
ſon action, non pas ſeulement dans
une cône, ainſi qu'il le prétend,
mais dans toute l'étenduë d'un hé
miſphere au moins; il eſt aiſé de
voir que les queües & les barbes
des Cométes ne devroient pas pa
roître s'étendre ſeulement un peu
en élargiſſant, comme il le con
clud, mais toûjours en démiſphe
re, & paroître d'icy comme une
démifraiſe d'Eſpagnol d'une gran
deur énorme , ce qui ne ſe voit
cependant que lorſque la terre ſe
trouve proche de la conjonction
ou de l'oppoſition avec le Soleil
& la Cométe; encore fort en petit ;
ainſi on peut regarder tout cet
endroit , comme une belle inven
tion d'eſprit ; & ſelon cette ma
niere de philoſopher, il n'y a pas
d'Hiſtoire vraye ou fauſſe , dont
on ne pût rendre une raiſon mé
6 de Mathematique. 143
chanique, quand même le fait ne
ſeroit pas naturel ; comme par
exemple de la fable de Narciſſe
changé en fleur. Il me ſouvient à
ce ſujet d'un Philoſophe moderne,
qui s'étant enfin aviſé de s'appli
quer à la Phyſique Méchanique,
expliquoit méchaniquement une
eſpece de miracle, qu'on diſoit
être arrivé au ſujet d'un corps qu'on
avoit trouvé enterré aprés quator
ze ans ſans aucune marque de
pourriture, quoyque tous les au
tres d'autour fuſſent entierement
pourris. Il aportoit donc pour mé
chanique de ce phenoméne la
comparaiſon d'une pomme qui ne
ſe pourrit point au milieu d'un tas
d'autres pommes pouries : cette
comparaiſon ne ſurprit pas beau
coup ceux qui connoiſſoient ſon
païs, elle parut ſeulement un peu
trop precipitee , car pour peu que
ce Philoſophe & tout nouvel Auteur
y eût fait réflexion avant de la
mettre au jour , il y auroit vû une
• ſº _ •_ / •

grande diſparité Effectivement une


144 Recherches de Phyſique
pomme qui ſe conſerve ainſi ſans
ſe pourir,ne le fait que parce qu'elle
n'a pas encore ateind le terme or
dinaire de la corruption de celles
de ſon eſpece, qui n'eſt pas éloi
gné, auquel elle ſe corromperoit
infailliblement, quand même elle
ſeroit ſeule ;au lieu que le corps en
queſtion avoit paſſé le terme or
dinaire de la corruption des cada
vres au moins 28. fois.
ART. 139. Ce que l'Auteur pré
tend icy des étoiles fixes ; ſçavoir
que leur chevelure devroit toû
jours paroître autour d'elles en
rond, à cauſe qu'elles luiſent par
elles-mêmes , ne me paroît pas
ſoûtenable.Car quand la Cométe C
· (planche 9. ) luiroit par elle-mê
-me, elle devroit produire encore
le même effet qu'il luy attribuë,
· puiſqu'elle ne réfléchit pas la lu
miere du Soleil comme un miroir,
· mais comme un corps brute, (ſe
lon l'Auteur même article 132.)
c'eſt-à-dire de même qu'un Soleil
· ou que tout autre corps lumineux
envoye
& de Mathematique. 145
envoye ſa lumiere vers nous ; &
quandà ce qu'il compare les rayons
qu'on voit avec les yeux nuds au
tour des étoiles aux chevelures des
Cométes; c'eſt une pure tromperie,
puiſque cet effet vient uniquement
de nos yeux , d'autant que ces
rayons ne paroiſſent plus lorſqu'on
regarde les étoiles avec des bonnes
lunettes d'aproche.
ART. 14i. Il ſemble que l'au
teur veüille inſinuer que les Aphé
· lies des Planettes ſont toûjours .
dans les plus grands eſpaces des
tourbillons ; mais il eſt aiſé de re
futer cette opinion, puiſqu'il s'en
ſuivroit de -là que tous les aphé
lies ſeroient vers un même côté du
Firmament ; ce qui eſt contraire
aux experiences journalieres & aux
mouvemens de ces Aphélies autour
du Soleil qui s'achevent en des pé
riodes differentes pour chacun.
ART. 142. Il ſuit de cet article
que ces Aphélies & Parhélies des
Planetes ne ſe feroient jamais qu'au
hazard, & ſans aucune régle conſ
MI. Partie. N
;46 Recherches de Phyſique
tante, ce qui eſt contraire à toutes
ſortes d'experiences.
· ART. 146.Je ne vois pas comment
l'auteur entend que les tourbillons
-
des Planettes ont été détruits avant
qu'elles ſoient deſcenduës dans ce
luy du Soleil, & ccpendant qu'el
les ayent aporté leurs ſatellites a
"vec elles , car il me paroît au con
traire qu'il n'y a que les tourbil
lons de ces Planettes qui puiſſent
contraindre leurs ſatellites à les
ſuivre. Il faut donc que l'auteur
avoüë qu'au moins celles qui ont
des ſatellites comme la terre 7 &
b ont conſervé la meilleure par
tie de leurs tourbillons en deſcen
dant dans celuy du Soleil ; mais
que pour ces ſatellites, ils ſont
deſcendus tous nuds & tous dé
poüillés de leurs Cieux dans ceux
de ces Planettes, & comme d'ail
leurs il ne prouve point que# cº
& Q n'ayent point de tourbillon ;
on peut penſer auſſi qu'elles ſont
deſcenduës toutes revêtuës de leurs
Cieux dans celuy du Soleil ; ce qui
*-
& de Mathematique. 147
mettroit une difference eſſentielle
entre les ſatellites & les Planettes,
ui ne s'accorderoit gueres avec la
méchanique de nôtre Auteur.
Ce qu'il dit des Cométes ; ſça
voir que ce ſont des corps plus ſo
lides que ceux des Planettes me pa
roît auſſi fort éloigné de la pré
vention commune, & même de
la maniere dont il les fait calciner
cy-devant par l'ardeur des rayons
du Soleil, lorſqu'elles en aprochent
de trop prés, (article 132.) car rien
n'eſt encore arrivé de pareil à nô
tre planette, par la grace de Dieu.
ART. 148. On a déja réfuté cy
devant que la matiere du corps du
Soleil donnât le mouvement à
ſon tourbillon, par les ſupoſitions
mêmes de nôtre auteur : mais
quand même on luy accorderoit
cecy , on auroit toûjours lieu de
demander pourquoy cette matiere
]; ſubtile qui compoſe le corps du So
|! leil étend ſa force juſques à Sa
turne , & ne ſçauroit ſeulement
I'étendre juſques à cette air pré
Nij
148 Recherches de Phyſiquè
tendu qui environne le Soleil , pour
luy donner plus de viteſſe abſoluë
qu'à Saturne. En verité cecy me
paroît un peu paradoxe, comme
ſi cette matiere ſubtile ne devoit
as donner à la fin toute ſa viteſſe
à tous les corps qu'elle contient.
ART. 149, & 15o. Il eſt bien
vray qu'un petit corps aura plûtôt
atteint toute la viteſſe d'un fluide
dans lequel il nage , qu'un plus
ros de même matiere, à cauſe que
# plus petit a plus de ſuperficie
que le plus gros à raiſon de leurs
maſſes ; mais il ne s'enſuit nulle
ment de là que ces deux corps ne
doivent pas à la fin avoir acquis
une même viteſſe, puiſque chacun
doit prendre toute la viteſſe du
fluide pour circuler. De plus nôtre
auteur avouë dans l'article 5o.
que la terre aprés être tombée
dans le Ciel du Soleil a conſervé
ſon mouvement circulaire, comme
une piroüette conſerve le ſien aprés
qu'on l'a quittée des doigts : §
il a fallu neceſſairement que la
& de Mathematique. 149
terre ſe ſoit revêtuë dans peu de
temps , d'un nouveau tourbillon
formé de la matiere de celuy du
Soleil qui l'environnoit, & ce tour
billon a dû avoir le même mou
vement que la terre ; bien loin
donc qu'il l'ait emprunté de la
Lune ; celle-cy au contraire doit
tenir ſon mouvement circulaire
autour de la terre de la matiere
même de ce tourbillon , comme
celuy cy tient le fien de la terre,
& cela dans les principes de nôtre
Auteur.
Mais quand même on accorde
roit à nôtre Auteur que ce ſeroit
le paſſage de la Lune par le voiſi
nage de la terre qui auroit donné
le branle à ſon tourbillon, on ne
voit pas que cette cauſe eût dû le !
faire continuer de circuler un tour ,
entier ſeulement ; mais il paroît ,
au contraire que la Lune ſe ſeroit ,
bien-tôt dépétrée de ce tourbillon,
pour continuer ſa courſe en s'éle
vant au-deſſus de la terre. -

: ART. 151, L'auteur ne fait que


N iij
1go Rccherches de Phyſique
trop voir dans cet article, que les
roprietés de la vertu centrifuge
uy étoient fort inconnuës, puiſ
qu'il veut que la matiere du Ciel
de la terre circule abſolument auſſi
vite proche d'elle qu'autour de la
Lune ; car on a fait voir cy-de
vant, que ſi cela étoit, la matiere
étherée, qui eſt proche de la terre,
paſſeroit toute dans la region de la
Lune, & que le Ciel de la terre
en un mot ne ſubſiſteroit pas un
moment dans l'état où on l'a ſu
oſé, outre qu'il eſt certain qu'à
a diſtance de la Lune, la matiere
du Ciel de la terre ſe meut plus
vite que proche de celle-cy de prés
du double
ART. 153. Ce mélange de la ma
tiere fluide environnante du Ciel
du Soleil avec la matiere de celuy
de la terre, ne peut ce me ſemble
que l'agrandir & non point chan
ger ſa figure, ny le rendre plus
long dans un ſens que dans l'au
tre , comme nôtre Auteur le pré
tend ; cardumoment qu'il ſeroit
& de Mathematique. ryr
entré de la matiere éterée du Ciel
du Soleil dans le Ciel de la terre,
elle ſuivroit le cours de celle de
ce dernier, & s'accorderoit à tour
ner comme luy ; c'eſt pourquoy fi
d'abord on le ſupoſe rond, cela ne
doit changer ſa § en rien.
Il me ſemble cependant qu'on
† penſer, que tous les tour
illons des Planettes comme ceux
de la terre, Jupiter & Saturne ſont
un peu aplatis à la verité dans le
ſens que nôtre auteur le veut ;
mais par une raiſon bien differente ;
ſçavoir par l'effort que la matiere
étherée qui eſt entre S & D, fait
pour s'écarter du centre S, ce qui
luy fait preſſer, & par conſequent
aplatir le Ciel A B C D de ce côté,
· & conſequemment auſſi du côté
opoſé vers B, par la matiere éthe
rée qui réſiſte en cet endroit à la
premiere.Ce n'eſtpas que jeveiiille
apuyer par là ce que dit nôtre au
teur; ſçavoir que la Lune doit toû
jours † vite vers B & D,
que vers A & C, puiſque l'expe
152 Recherches de Phyſique
rience y eſt contraire , d'autant
qu'elle eſt apogée & perigée dans
tous les endroits du Ciel ABCD ;
au lieu que nôtre auteur a crû
qu'elle étoit toûjours perigée dans
la droite BD , & toûjours apogée
dans la droite A C.
AR r. 154. Ces deux ſatellites
immobiles que nôtre auteur attri
buë à b ſont ſelon toutes les apa
rences ce que l'on a nommé ſes
anſes, depuis qu'elles ont été ob
ſervées, & qu'on ſçait préſente
ment n'être autre choſe que deux
portions ou ſegments de ſon an
neau opoſées diametralement entre
eux ; mais la choſe étoit encore
inconnuë du tems de nôtre auteur.

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A NA LY SE
D E LA

qUATRIE'ME PARTIE

D E S P R INC IPES
DE LA

· PHILOS O P HIE
DE D ESCART E,S.
ART. HT# cet article eſt
fondé ſur la croyance
où nôtre auteur étoit, qu'il ſe for
me des taches ſur le Soleil, qui
ſe diſſipent enſuite. Mais on a vû
dans l'Analyſe de la troiſiéme Par
tie, que cette opinion pourroit bien
être fauſſe. Car il ſe peut faire auſſi
que ces taches ſoient des corps qui
x54 Recherches de Phyſique
ſe plongent de temps en temps dans
la ſubſtance fluide du Soleil, ſans
ceſſer de tourner; ou même que la
ſubſtance du Soleil ſoit ſolide , &
couverte d'une matiere fluide, qui
par des flus & reflus nous cache, &
nous découvre ſucceſſivement les
parties du corps du Soleil les plus
éloignées de ſon centre.
Du moins ces deux dernieres ſup
poſitions s'accorderoient mieux aux
experiences les plus recentes, qui
ſemblent faire appercevoir les mê
mes taches aprés un certain nom
bre complet de révolutions du So
leil ſur luy-même, comme ſi ces
taches n'avoient point ceſſé de pa
roître, ce qu'on ne ſçauroit expli
quer auſſi naturellement à beau
coup prés dans le ſyſtême de nô
tre auteUIr. -

D'ailleurs il ne nous enſeigne pas


par quelle méchanique ces parties
les plus groſſieres du Soleil s'uniſ
ſent pour former un air épais & des
taches.
Enfin on a remarqué auſſi cy-de
& de Mathematique. 155
vant que ſelon les principes mêmes
de nôtre auteur, un tourbillon ne
tenoit pas ſa force circulaire de l'aſ
tre, qui eſt au centre, mais du mou
vement que l'auteur de la nature a
donné à la matiere de ce tourbillon
aprés l'avoir formée; ainſi cette
prétenduë deſcente de la terre dans
le voiſinage du Soleil paroît mal
prouvée, - -

ART. III. Il me ſemble qu'il ſe-.


roit difficile de prouver qu'il ne
peut point y avoir dans i§ I.
Planche 9. F 1 c. 1. un eſpece de
matiere ſpongieuſe, à peu prés com
me la moëlle des arbres ſe trouve
au milieu de leurs écorces; laquelle
ſeroit formée de l'écume de la ma
tiere ſubtile qui remplit l'eſpace I,
& qui ſe diſſipe & ſe régenere con
tinuellement. Car la formation que
nôtre auteur apporte de la terre, a
beaucoup rapport avec la forma
tion des Plantes. Au reſte la matie
re ſubtile de cet eſpace I, ne ſeroit
autre choſe que le feu central des
Anciens. Et je ne crois pas qu'on
•r
- -

-
156 Recherches de Phyſique
puiſſe la nier, à cauſe de tous les
effets qui ſemblent en proceder.
Les végétations qui croiſſent au
fond de la mer, celles des roches
au fond des carrieres, les feux ſou
terrains, la vertu magnétique de
de la terre, & même la peſanteur,
les exhalaiſons des mines, les va
urs ſouterraines qui ſe reſolvent
† ſurface de la terre & l'érection
des plantes &c. m'ont toûjours paru
tenir vraiſemblablement leur ori
gine de ce feu central.
ART. 9. On a déja remarqué†
la matiere d'un tourbillon fait effort
par ſon mouvement circulaire pour
s'éloigner des points de ſon axe, &
non pas de ſon centre, & par con
ſequent elle doit par cet effort re
pouſſer les corps vers l'axe du tour
billon, non pas vers ce centre.
Cependant ces corps ſont pouſſés
| vers le centre autourduquel ils font
comme des voûtes, ou des écorces
ſphériques ; ce qu'on remarque
aſſez par les lits des pierres. Donc
cette tenſion des corps vers le cen
tre
& de Mathematique. 157
tre d'un tourbillon vient d'une autre
cauſe que de ſon mouvemêrt circu
laire.On peut voir là deſſus le Jour
nal des Sçavans du 7. Fevrier 17or.
ART. 13. Cet article eſt formel
lement contraire à ce que nôtre
auteur dit dans la troiſiéme Partie,
ſçavoir que les corps les plus ſoli
des ont le plus de force pour s'éloi
gner du centre du tourbillon oû ils
ſont ; & que les moins ſolides ſont
chaſſés vers le centre de ce tourbil
lon par la matiere qui le compoſe
& qui a plus de ſolidité qu'eux, avec
plus de force que les autres. D'ail
leurs on ne comprend pas bien pour
quoy former des taches ſur un aſtre
pour les briſer auſſi-tôt, & de leurs
débris former enſuite des écorces,
comme ſiles premieres ne ſuffiſoient
pas. Ne ſuffit-il pas auſſi de la ma
tiere ſubtile qui en ſort continuel
lement pour enlever de ces premie
res taches la matiere de l'air, des
vapeurs, & des exhalaiſons ?
ART. 18. L'auteur ne répond
point à une objection qu'on pour
II. Partie. O
158 Recherches de Phyſique
roit luy faire pour prouver que la
clarification des liqueurs eſt un ef
fet de la ſeule peſanteur de leurs
parties ; ſçavoir que les plus lege
ress'attachent en s'élevant à la par
tie ſuperieure d'un vaiſſeau rond ;
tandis que les plus peſantes étant
portées en bas rencontrent ſa par
tie inferieure, & que c'eſt la cau
ſe pour laquelle tout le tour du
tonneau eſt couvert de Tartre.
ART. 2o. C'eſt apparamment de
cet article que M. Huguensa pris l'i-
dée de ſon ſyſtême de la peſanteur,
lequel on a refuté dans ſon lieu.
ART. 22. Cet article eſt entiere
ment contraire à ce que l'auteur a
étably dans la troiſiéme Partie art.
14o. &c. Car là il avoit égard au
plus ou moins de ſolidité des corps
en comparaiſon de la matiere éthe
rée environnante, pour les faire
monter ou deſcendre, à l'égard du
centre d'un tourbillon ; maintenant
il s'apperçoit bien de l'objection
qu'on ne manquera pas de luy faire;
ſçavoir que moins les corpsauroient
- t-

, , & de Mathematique. 159


de ſolidité , ou moins ils contien
droient de leur matiere, & plus
fortement ils devroient être chaſſés
vers le centre du tourbillon ; c'eſt
pourquoy il # icy de principe,
& établit que ſi ſa matiere étherée
fe meuvoit de même vîteſſe autour
de la terre , qu'un corps terreſtre
contenu au dedans d'elle : ce corps
auroit autant de force qu'elle pour
s'éloigner du centre, tel que fût ce
corps; c'eſt pour cela qu'il poſe au
paravant que la terre tient ſon
mouvement ſur ſon centre de ſon
ciel ; afin de donner à ſa matiere
étherée plus de vîteſſe qu'à aucun
corps terreſtre, & de rendre par-là
tous les corps terreſtres peſans.
Mais il faudroit pour cela qu'il
donnât la veritable raiſon pour la
quelle depuis le temps que le tour
billon de la terre l'agite autour de
ſon centre, elle n'a pû prendre en
core toute la vîteſſe de ce ciel. D'ail
leurs ſi la matiere étherée peut bien
précipiter les corps terreſtres vers
| le centre du tourbillon; pourquoy
O ij
16e Recherches de Phyſique
ne pourra-t-elle pas ſe faire ſentis
ſur la ſurface de la terre, en heur
tant contre les corps, qu'elle y ren
contre, puiſque nôtre auteur veut
qu'elle aille plus vîte qu'eux ? En
fin il eſt évident qu'on peut luy de
mander pourquoy les planetes peu
vent deſcendre vers les Soleils, ou
s'en éloigner , ſelon que leurs ta
ches ſont plus ou moins ſolides,
que la matiere étherée environnan
te; & pourquoy les corps terreſtres
qui ſont des parties de taches ſem
blables ne font jamais la même
choſe à l'égard de l'éther environ
nant. Ce ſont des objections que
nôtre auteur ne reſoud point. . ,
ART. 23. Pour parler exactement
il ne faudroit pas comparer à un
corps peſant un volume de matiere
étherée auſſi gros que luy, mais
ſeulement la force de ce volume à
celle du corps; car il eſt évident
que ſi ce corps étoit renfermé dans
un vaſe renverſé, qu'il remplit preſ
que entierement ( excepté un peu
d'eſpace tout autour plein de ma
& de Mathematique. 161 .
tiere étherée) ce corps ſeroit enco
re pouſſé auſſi fortement vers la
terre, que ſi cet eſpace d'autour
étoit égal en grandeur au corps ſo
lide, ou même beaucoup plus grand;
ce que l'on ſçait être certain par la
nature des liqueurs. Or dans cette
ſuppoſition on n'auroit plus un vo
lume de matiere étherée à compa
rer au corps peſant de la même
groſſeur que luy, mais ſeulement
une force précipitante égale à celle
qu'auroit un même volume. Au
reſte la fin de cet article eſt encore
oppoſée à l'article 14o. de la troi
ſiéme Partie.
ART. 25. Voicy un paradoxe en
core bien plus ſurprenant que dans
l'Article 22. nôtre auteur va juſques
à établir que l'air qui environne
la terre ſe meut plus vîte qu'elle
d'Occident en Orient ; ſuivant ce
rincipe on devroit ſentir un vent
d'Oüeſt encore bien plus fort que
cy-deſſus; au lieu qu'on en apper
oit continuellement un d'Orient
xres remarquable par toute la Zône
O iij
16 : Recherches de Phyſique
torride. Ce que l'auteur dit des
corps peſés dans l'air, ne me paroît
pas moins étrange, car lors qu'on
peſera deux volumes, l'un d'eau,
l'autre d'or dans l'air , ayant retran
ché par penſée autant de matiere
du troiſiéme élement du volume
d'eau, qu'il y en a dans ſon volu
me d'air égal, & autant de matiere
ſubtile du volume d'air qu'il y en
a dans celuy d'eau, & fait la même
choſe à l'égard du volume d'or ,
& de ſon volume d'air égal , ce qui
reſtera du troiſiéme élement des
volumes d'eau & d'or ſera toute
leur peſanteur. Or ce reſte e bien
plus grand dans l'or que dans l'eau ;
puiſque l'or contient moins du pre
mier & du ſecond élement que l'eau ;
mais pour avoir tout le 3° élement
tant de l'or que de l'eau, on n'ajoûte
cependant à ces deux reſtes que des
quantités égales ; ſçavoir les volu
mes du 3º élement égaux à la quan
tité'qu'il y a dans l'air : donc la pe
ſanteur de l'or, auroit bien plus
grand rapport à celle de l'eau, que
& de Mathematique. 16;
la matiere propre de l'or, à celle de
l'eau ; ainſi c'eſt ſelon nôtre auteur,
# un fort mauvais moyen pourjuger
de la quantité de matiere que les
corps contiennent, que de les peſer,
qui eſt cependant le ſeul qui ſoit en
uſage chez toutes les Nations du
monde; enſorte que je ne ſçay pas
bien ſi toutes les découvertes en
ſemble de M. Deſcartes pourroient
recompenſer la ſocieté des hommes
de leur avoir ôté un preſent de la Na
ture auſſi avantageux que le poids
des corps pour les comparer. A l'é-
gard de la legereté qu'il tire de la
· fluidité des liqueurs, elle eſt enco
re plus incomprehenſible, en ce
, qu'il s'enſuivroit de-là que les li
queurs gelées ſeroient bien plus pe
† que les liqueurs fonduës, l'ex
perience fait cependant voir le con
traire. Enfin ſi le ſecond élement &
l'air contribuoient à la peſanteur,
il s'enſuivroit que deux corps ſoli
des mis à côté l'un de l'autre, peſe
roient plus que ſi l'un étoit renfer
mé dans l'autre, puiſque dans ce
164 Recherches de Phyſique
dernier cas il n'v
y auroit que
q le pre -

mier élement, qui paſſant au tra


vers du corps environnant, pour
roit donner de la peſanteur au corps
renfermé, le ſecond élement & l'air
renfermés avec ce corps n'ayant
aucun mouvement alors plus que
luy pour le précipiter.
ART. 26. Il faut qu'il y ait icy
une faute d'expreſſion, lorſque nô
tre auteur avance que la goute mar
quée I par exemple, n'eſt point preſ
ſée par celles qui ſont au deſſus
d'elle. Pour voir le contraire il ne
faut que prendre cette goute tout
proche des côtés de la cuve, & fai- ^
re un trou à la cuve en cet endroit,
car on verra bien alors par le jaliſ
ſement de cette goute & des ſui
vantes, combien elles ſont preſſées
par leurs ſuperieurs ; & cela d'au
tant plus que ſi on verſe davantage
d'eau dans la cuve, on verra que
le jet ſe fera plus loin à proportion.
Il faut donc entendre que les parties
inferieures de l'eaune ſont pas chaſ
ſées ny dérangées de leur place par
& de Mathematique , 1é;
les ſuperieures, ny élevées au deſſus
d'elles, à cauſe des colomnes latera
les qui les ſoutiennent. Quand à
· ce que l'auteur dit que la partie B
n'eſt preſſée que par le cylindre
1234. cela n'eſt pas juſte ; car tou
tes les parties d'autour de B agiſſent
auſſi en B, ce qu'on remarque aſſez
| lorſqu'on ouvre la partie B, en ce
que toutes les parties d'alentour y
acourent. Voyez là-deſſus les expe
riences du mouvement des eaux de
M. Mariotte. • -"

ART. 27. On peut rappeller icy


ce qui a déja été dit dans la troiſié
me Partie contre ce que l'auteur
avance dans cet article ; ſçavoir,
que ſuppoſant tout l'Ether rempli
de globules, les choqs que chacu
ne des parties de la terre luy donne
en tournant ſur ſon axe, s'étendent
chacun au moins dans tout un Hé
miſphere. Ce qui fait que ces glo
bules ſont pouſſés auſſi-bien vers
les pôles de la terre, que vers ſon
équateur ; mais bien plus foible
ment à meſure qu'on s'avance vers
166 Recherches de Phyſique
les pôles. Et quand même on con
ſidereroit la terre comme en repos,
& ſon tourbillon comme ſans mou
vement circulaire, mais ces parties
ayant ſeulement de l'agitation ou
du reſſort, il ne s'enſuivroit nulle
ment de-là qu'elles repouſſaſſent les
corps terreſtres vers la terre. Non
lus qu'on ne peut pas dire qu'une
§ étant ſuſpenduë au milieu
d'un balon plein d'air, les corpuſ
cules de pouſſiere fuſſent chaſſés
contre cette boule par le reſſort de
l'air ; parce que les colomnes d'air,
qui inſiſtent ſur cette boule, n'ont
pas plus de tenſion à s'éloigner de la
boule que de la ſurface interieure
· du balon, ny à droit qu'à gauche ;
ſuivant la nature des reſſorts qui
preſſent également en tout ſens.
Ainſi cet air conſideré dans des par
ties ſenſibles, demeurant dans une
indifference parfaite au dedans du
balon, il n'y a pas de doute que les
corpuſcules groſſiers de pouſſiere,
de cendre &c. qu'il contiendroit,
n'iroient nullement vers la boules
- -
& de Mathematique. 167
mais deſcendroient inſenſiblement
au bas du balon. " •*

Et il n'y a qu'un cas où ces co


lomnes de l'Ether ont la force de
repouſſer les corps vers la ſurface
de la terre directement, qui eſt ce
luy où elles s'en éloigneroient ac
tuellement, & c'eſt le ſyſtême que
j'ay expliqué dans le Journal des
Sçavans, cité cy-deſſus.
ART. 32. Que dire ſur cet arti
cle, ſinon qu'il ſuffit de la peſanteur
pour ſeparer les parties éterogenes
d'un tout encore fluide, tel qu'un
air rempli de vapeurs, d'exhalaiſons,
& ſi l'on veut encore de pouſſiere,
& pour aſſembler les parties omo
génes. Quoy ſi la ſeule peſanteur
fait paſſer le vin autravers de l'eau,
& réciproquement , pour ſeparer
ces deux corps d'ailleurs ſi permix
tibles, ne pourra-t-elle pas faire la
même choſe à plus forte raiſon
quand ces parties ſeront fort étéro
genes ? n'eſt-ce pas la ſeule peſan
teur qui ſepare quantité de liqueurs
mêlées enſemble, comme du mer
4g8 Recherches de Phyſique
cure, de l'eau, du vin, de l'huile
&c. & qui les diſpoſe par lits ?
pourquoy donc recourir à l'action
d'un fluide environnant & étran
ger, quand on a ce qui eſt neceſ
ſaire dans le tourbillon, dont il eſt
queſtion, & qu'on n'apporte aucu
ne raiſon de cette action. -

2 ART. 33. Il me paroît fort diffi


cile de tirer un eſpece de corps tel
que B de la rupture des taches d'un
aſtre; car quoyqu'il y eût dans ces
taches quantité de parties longue
tes, & peut être branchuës, com
me nôtre auteur le prétend, cepen
dant on ne voit pas comment ces
parties branchuës auroient pû de
meurer entieres, tandis que le pre
mier élement briſoit l'aſſemblage
qu'elles compoſoient. L'auteur ne
dit point non plus comment les par
ticules qui compoſent ces branches,
demeurent colées les unes auprés
des autres, tandis que ces mêmes
branches ſe plient en cent manieres
diffèrentes. Sil'on veut que ces par
ticules ſoient ſeulement en repos
· : entre
& de Mathematique. 163
entre elles, on répondra que l'agent
qui peut bien les faire mouvoir
pour les plier, peut bien auſſi les
mouvoir pour les détacher. Où ſi
on les regarde comme colées entre
elles, ainſi que des marbres polis,
il ne ſera pas aiſé de concevoir com
jm6 llfle § de ces petites particu
les peut compoſer un tout capable
de ployer ſans ſe rompre; à moins
que de ſuppoſer chaque petit atô
me, comme des portions de cylin
dres ou de ſphéres creuſes poſées les
unes ſur les autres. Nôtre auteur
devroit donc nous déduire des prin
cipes de dureté & de flexibilité, de
la molleſſe infinie de ſa matiere pre
miere, c'eſt ce qu'il ne fait point
& on ne doit pas s'en étonner beau
coup. Quand à ſon ſecond genre de
matiere, on peut dire que c'eſt un
genre informe, & duquel on ne
peut rien tirer de connu, non plus
que d'un tas de pierres de toutes
ſortes de figures jettées confuſé
ment les unes ſur les autres. Pour
le troiſiéme, il ſemble qu'il de-.
II. Partie, -
17o Recherches de Phyſique
vroit faire partie du premier, ou
plûtôt être ſubſtitué en ſa place ;
mais voyons la ſuite.
ART. 36. Voicy une nouvelle
production de l'imagination de nô
tre auteur , dans laquelle il veut
qu'entre des matieres d'un même
ordre qui n'avoient d'abord aucune
flexibilité, les unes ſoient devenuës
tres pliables, & les autres ſoient
au contraire demeurées toûjours
dans leur rigidité naturelle. Quelle
apparence de raiſon y a-t-ilencela ?
on pourroit bien ſuppoſer qu'en
mêlant des parties tres roides avec
de tres molles, elles circuleroient
long temps enſemble, avant que
les dures devinſſent molles; parce
que les molles cederoient toûjours
le paſſage aux dures ; mais enfin les
dures à force de ſe heurter & de ſe
débarraſſer dés molles devroient de
venir ce me ſemble molles à leur
tour , à moins que leur inflexibilité
ne fût infinie; mais d'où la pren
droient-elles, elles qui ſont nées
dans une infinie molleſſe ? ",
-
-

* • • -
, & de Mathematique. 171
ART. 37 38.39.4o. 41.42
43. 4.4. Comme tous ces articles
tendent à faire voir le démêlement
des differentes parties de la terre,
& qu'ils ſuppoſent qu'il y ait na
turellement des eaux ſous la terre
corticale qui ne viennent pas acci
dentellement des pluyes, & que
l'auteur y explique tout par des em
bages & des tours d'imagination
tres ennuyeux à mon gré; je crois
qu'il ſuffit pour en faire voir le
mauvais, de dire en peu de mots
la maniere la plus ſimple dont la
choſe a pû ſe faire, comme par
| exemple que toutes les parties d'un
' même ordre qui ſeront ſi l'on veut
les parties metalliques étant deſcen
duës d'une même vîteſſe , & com
me de compagnie, ont formé le
noyau M autour du feu central I ;
que des parties d'une autre nature
· & beaucoup plus legeres, ont for
| mé la terre corticale, ſçavoir les
lits des pierres, les lits de ſable, &
ceux d'argille. Que celles qui com
poſent l'eau, ſe ſont aſſemblées au
- P ij
172 Recherches de Phyſique
tour de ces dernieres, enſuite l'air
& le feu encore ſil'on veut: que tou
tes ces matieres s'étant aſſemblées
par differentes repriſes , elles ont
formé differentes couches autour du
centre. Et que dans les endroits par
où la matiere étérée s'eſt évadée en
plus grande quantité, il s'y eſt fait
de grands afaiſſements des termes ;
& qu'auſſi tôt les eaux s'y ſont écou
lées, en formant au milieu des terres
plus ſolides, les lits des rivieres com
meil arrive ſur les terraſſes qui ſont
nouvellement faites & un peu en
pente, lorſqu'il pleut deſſus en abon
dance, ou ſil'onveut en la maniere
dont ſe forment les ravines dans les
-campagnes. Car ſelon la maniere de
l'auteur , on ne ſçauroit dire com
ment les lits des rivieres ſe rendent
tous les uns dans les autres, & enfin
dans les mers. Si de plus les valées &
les montagnes s'étoient faites com
me il le prétend, on verroit encore
partout de ces prétenduës crevaſſes,
des avances de rochers affreuſes ; &
les ſomets de nos montagnes au .
-
& de Mathematique. - 17;,
roiènt du moins autant d'abîmes que
le fond des mers a d'éciieils. On ne
voit cependant rien de tout cela.Ain
ſi tout ce beau ſyſtême en apparence
ſent trop l'illuſion pour qu'on puiſ
ſe s'en laiſſer prévenir, quoyqu'il
contienne en ſoy pluſieurs verités,
mais le bon grain y eſt ſi fort étouf
fé par le mauvais, que je ne crois
pas qu'on puiſſe ſerieuſement s'ap
pliquer à le démêler.
Il y a de plus une faute d'imagi
nation dans la figure 2 planche 15.
Car de la maniere dont elle eſt fai
te, les parties E, F, E, ne ſçau
roient faire voûte, mais la partie
E 5 doit renverſer F par deſſus E 3
& celle-cy tomber fous la premie
re. Enfin la figure longue & ſouple
que nôtre auteur donne à l'eau ne
me paroît nullement propre ni à ex
pliquer ſon extrême fiuidité, ny ſon
violent reſſort, ny ſa force à péné
trer & à acourcir les cordages, &
autres corps, nyſa ſolidité pour fon
dre le fer , ny l'extrême dureté de
la glace 3 ny même† extrême
11]
174 Recherches de Phyſique
tranſparance, inſipidité, volatilité
&c. ny en un mot preſqu'aucune
de ſes proprietés eſſentielles. Com
me par exemple de compoſer des
corps tres durs étant mêlée avec
de diffèrentes pouſſieres, comme
de la chaux, de l'argille, du marbre
broyé, du plâtre pilé &c.
ART. 45. & 46.47. & 48. L'Au
teur compare icy les parties de l'air
à des bouts de plume ou de corde,
comme ſi ces deux figures étoient
fort ſemblables. Or il a déja conſi
deré les particules de l'eau comme
de petits bouts de corde ; il ſemble
donc qu'il ne peut plus enviſager
les particules de l'air ſous la même
idée ſans faire de confuſion ; car s'il
ne veut mettre de difference entre
l'un & l'autre que dans le plus ou
le moins decondenſation, il s'enſui
vra que l'eau étant trés dilatée ſe
. changera en air; & l'air trés com
primé en eau, ce qui eſt contraire
à toute ſorte d'experience. Si l'on
conſidere l'air comme des parties
ramuleuſes, telles que ſes figures le
& de Mathematique. -

repreſentent, il ſera trés difficile ,


pour ne pas dire impoſſible d'ima
giner, comment ſes parties peu
vent être agitées en tout ſens, ſans
ſe mêler & s'entrelacer, & ſi elles
ſe mêlent & s'entrelacentainſi, elles
compoſeront une liqueur graſſe (ſe
lon les principes de nôtre auteur )
comme de l'huile, du miel, du bi
tume &c. Sil'on veut qu'elles ſoient
mûës ſeparément autour d'elles
mêmes dans un petit tourbillon de
matiere ſubtile, on aura lieu de de
mander comment elles y peuvent
demeurer entieres ; pourquoy elles
ne ſe reſoudent pas dans le premier
élement, & qui eſt-ce qui leur don
ne la force de s'étendre ? Car pour
avoir du reſſort, il faut que cela
vienne d'une méchanique interieu
re, & c'eſt ce que l'auteur n'a point
encore expliqué. Outre que ces §
ties ramuleuſes agitées par leur
tourbillon ſeroient devenuës ſi ſou
ples qu'elles devroient ſe replier ſur
elles-mêmes comme un écheveau
de fil, & former enfin de petites
176 Recherches de Phyſique
plotes dures, ſinon leur tourbillon
devroit les reſoudre & les diſſiper
comme le feu reſoud & diſſipe les
particules des huiles. .
ART. 49. Quoyque cette queſ
tion ſoit une des plus belles qui ſe
trouve dans les Ouvrages de Deſ
cartes, elle eſt cependant traitée
d'une maniere trés defectueuſe.Car
1°. Il n'eſt pas vray de dire que la
terre ou la Lune ne ſe meuvent pas
de la même vîteſſe que le fluide qui
les environne immediatement. Car
ſi cela étoit le fluide allant plus vî
te, les choqueroit & augmenteroit
leur vîteſſe juſques à ce qu'elle fût
égale à la ſienne; & cela doit être
arrivé ainſi depuis le commence
ment du monde. . - - -

Tout ce qu'on peut donc dire,


eſt que les parties du tourbillon de
la terre qui ſont entre celle-cy &
la Lune, ont plûtôt fait leur tour
que celles qui environnent la Lune;
Or cela ne ſe peut ſans que la terre
& la Lune en ſoient preſſées. Ce
Pendant il eſt conſtant que le flus
& de Mathematique. 177
& reflus de la mer ne vient pas
d'une ſimple preſſion, puiſqu'il s'en
ſuivroit delà que les eaux de la mer
ſeroient plus baſſes ſous le corps
de la Lune , que quand elle eſt
abſente ; ce qui eſt contre l'ex
perience qui les donne plus hautes,
environ de trois pieds par toute la
Zône torride. D'où il faut conclu
re que le reſſèrrement de la matie- .
re du tourbillon de la terre la fait
inſinuer dans les eaux de la mer
plus abondament que de coûtume,
ce qui y produit une efferveſcence,
inſenſible à la verité, dans une pe
tite profondeur, comme d'un pied.
Mais trés ſenſible dans une profon
· deur de 1ooe , c'eſt à dire, qui va
environ à une ligne par toiſe,com
me je l'ay expliqué dans le Journal
des Sçavans du mois de Juin ou
Juillet de l'année 17o1. . -

ART. 5o. L'auteur prouve bien


qu'il ſe doit faire un flus & reflus
ſucceſſif par toute la ſuperficie
de la terre, quand la Lune eſt en
tre B ou D qui ſont les en"
178 Recherches de Phyſique
droits les plus reſſerrés de ſon tour2
billon : mais il reſtoit à prouver qu'-
il s'en doit faire auſſi un quoyque
bien moindre, quand elle eſt dans
les endroits les plus larges entre C
ou D. Or cela ne ſe peut que la
proportion entre les parties A E,
EG, GC, BF, HD, ne ſoit telle
lorſque la Lune eſt entre A & C,
que ce qui reſte d'eſpace entre ces
points ne ſoit moindre que ce qu'il
y a entre B & D, quand elle n'y
eſt pas ; car autrement ce ſeroit en
| tre B & F & entre D & H que la
preſſion ſeroit la plus grande, & ce
ſeroit-là par conſequent que ſe fe
' roient les élevations d'eaux, quoi
que la Lune fût entre A & C, ce
· qui eſt contraire à toutes ſortes d'ex
periences. Et c'eſt encore une des
conditions qu'on a ſuppleées dans le
Journal cité. - -

ART. 53. Selon ce que l'auteur


avance icy, quand la Lune vient
vers le Tropique d'Eté, par exem
ple, le courant devroit ſe trouver
ſous ce Tropique, quoyque le So
& de Mathematique. 179
leil fût dans celuy d'Hyver. Et au
contraire, quand la Lune ſeroit dans
celuy d'Hyver, & le Soleil dans
celuy d'Eté ; & des autres paralleles
à proportion. Cependant le cou
rant des mers d'Orienten Occident,
dont nôtre auteur veut parler, &
qu'on appelle courant équinoctial,
ſe trouve toûjours ſous le Soleil, ou
tout au moins il ſuit ſes declinai
ſons dans toutes les mers, & dans
tous les temps de l'année, & n'ont
point du tout celles de la Lune, (à
moins qu'elle ne fut nouvelle ).
Ainſi la Lune peut auſſi peu raiſon
nablement être priſe pour la cauſe
de ce courant, qu'elle l'eſt vraiſem
blablement des maréés. Mais ie ne
doute pas que pluſieurs ne ſe §
apperçus du Sophiſme par lequel
nôtre auteur prétend expliquer ce
phénomene merveilleux (ce qui luy
eſt aſſés ordinaire quand les verita
bles principes luy manquent). Au
lieu qu'il devoit bien conſiderer que
l'élevation d'eau & d'air E 1 ſuit la
Lune pas à pas à meſure qu'elle
18o Recherches de Phyſique
avance de E par F vers G ; & que
l'élevation G3 la précede de même,
ce qui eſt tout conforme à la droite
méchanique. Au contraire aprés
avoir conſideré l'élevation E 1, il
l'abandonne là pour prendre l'éle
vation 48 à contre ſens du cours de
la Lune, parce qu'il ſent bien qu'en
ſuivant les loix de la méchanique,
il trouveroit tout juſte le contraire
de ce qu'il cherche. Cet exemple
nous doit bien enſeigner combien
il eſt dangereux d'épouſer aveuglé
ment les ſentimens d'un auteur cé
lebre, & qu'on doit en l'étudiant
être continuellement en garde avec
luy. J'ay expliqué ce même phéno
mene dans † Journal cité
cy-deſſus. Au reſte j'ay toûjours
crû que ce courant équinoctial,(s'il
eſt bien veritable ) avoit ſa cauſe
dans l'oppoſition qui ſe trouve en
tre le tourbillon du Soleil & celuy
de la terre du côté du Soleil, la
• quelle † retardoit la vîteſſe
du tourbillon de la terre, & par
conſequent auſſi des eaux de la mer,
-

' &
& de Mathematique. 18r
& les faiſoit refluer vers l'Occident.
ART. 55. Ce que l'auteur dit des
lacs ne ſçauroit avoir lieu, parce
qu'il ſuppoſe que les eaux de la mer
ſont toûjours baſſes ſous la Lune,
& enflées tout à l'entour, ce que
l'experience a refuté ; puiſqu'elle
les fait trouver élevées auſſi-bien
ſous la Lune qu'ailleurs. De ſorte
que ſi les lacs par deſſus leſquels la
Lune paſſe ne ſe gonflent pas ſen
ſiblement ſous elle, il faut croire
ue cela vient de ce qu'ils n'ont pas
aſſez de profondeur, pour que ce
gonflement ſoit ſenſible, ou qu'il
eſt peut-être neceſſaire que les eaux
ſoient ſalées, afin que leur efferveſ
cence devienne auſſi ſenſible à pro
portion que celle de l'Ocean.
ART. 56. L'auteur a ſuivy ſa
penſée au commencement de cet
article, mais s'il eût eu égard aux
experiences des Pilotes, il auroit
trouvé tout le contraire de ce qu'il
a avancé.
ART. 61. & 62. Je ne ſçaurois
trop admirer l'induſtrie de nôtre
II. Partie. Q
182 Recherches de Phyſique
auteur à tirer des méchaniques d'un
ſujet auſſi ſtérile que ſon corps C.
Ainſi les parties de ſa terre interieu
re luy ſervent de moules d'enclu
mes, de marteaux, d'éteaux, de
pierre à émeudre, & en un mot de
tout un équipage de forgeron. Mais
quoyqu'il y ait toûjours quelque
ſubtilité dans ces inventions, ce
pendant plus on en tire d'un même
principe douteux, & plus elles pa
roiſſent gratuites. Ce n'eſt pas
que je tienne que les mineraux ne
ſe puiſſent former dans les pores
de la terre, auſſi-bien que les mé
taux. Mais je ne penſe pas que ce
ſoit avec tout l'appareil que nôtre
auteur apporte; mais d'une manie
re bien plus naturelle, & bien plus
· ſimple ; & neanmoins aprés tout
cet appareill'auteur ne nous donne
encore aucun corps déterminé &
conſtant. Au contraire tous ſes éle
mens conſiſtent dans une irregula
rité, dans une diverſité, & dans
une mutabilité infinie. Cependant
depuis que la terre ſubſiſte, nous
& de Mathematique. 18;
avons toûjours les mêmes métaux,
le même mercure, la même eau,
les mêmes ſels, les mêmes ſoulfres,
les mêmes plantes, les mêmes ani
maux. Ce qui nous prouve aſſez
que toutes ces choſes ont des
principes conſtants & déterminés,
· & en un mot bien differens de ceux
de nôtre auteur.
ART. 64. & 65. Nôtre auteur
ne paroît pas moins induſtrieux dans
ces articles, que dans les précedens ;
on peut aſſurer cependant qu'il n'a
gueres mieux rencontré. Car il ſuf
fit pour refuter ſon raiſonnement
de luy objecter que ſi les eaux des
fontaines venoient uniquement des
vapeurs élevées par la chaleur ſou
terraine, plus cette chaleur ſeroit
grande, & plus il s'en éleveroit,&
plus par conſequent les fontaines
ſeroient alors abondantes ; ainſi
elles ne devroient jamais l'être tant
que pendant les chaleurs de l'Eté,
ce qui eſt fort contraire à l'expe
rience. Ou ſi l'on dit que cette
chaleur ne vient pas du · Soleil ,
Qij
184 Recherches de Phyſique
mais uniquement du centre de la ter
re, il s'enſuivra donc delà, que les
fontaines & les rivieres ne devroient
pas tarir comme elles font la plû
part aprés de longues chaleurs ſans
pluyes. D'ailleurs on n'a preſqueja
mais vû de fontaine qui ne fût ſur
montée d'un terrain capable de four
nir beaucoup plus d'eau qu'elle n'en
rend ; ſuivant les experiences & les
calculs faits principalement par M.
Mariotte dans ſon Traité du mou
vement des eaux. De plusil eſt con
ſtant que les fontaines ſont plus
abondantes, où la terre eſt plus fa
cile à pénétrer par les eaux pluvia
les, comme on le voit aſſez dans
tous les terrains pierreux, monta
gneux & ſabloneux, ce qui n'ari
veroit pas , ſi elles venoient# V3 - .

peurs internes de la terre, leſquel


les devroient pénétrer facilement
la terre en ces endroits, & delà ſe
perdre en l'air. On pourroit ajoû
ter à cecy que preſque toutes les
fontaines ſortent des premiers lits
des roches, des glaiſes & des crayes,
" .,
& de Mathematique. 185
qu'elles n'ont pas pû encore péné
trer ; comme tous ceux qui cher
chent des ſources, le ſçavent aſſez ;
ou s'il ſe trouve dans ces roches
des crevaſſes & des fentes comme
on en voit en quantité de carrieres,
alors leurs eaux deſcendent ſur
d'autres lits plus inferieurs, ſur
leſquels elles s'écoulent, & conti
nuent ainſi juſques à ce qu'elles
ayent rencontré le niveau des ri
vieres voiſines, ou tout au moins
de la mer. Il y a un puits au Villa
e de Silly proche Nanteuil dans
# Cour du Château, lequel n'a que
18 pieds de profondeur, quoyque
tous les autres du Village en ayent
environ 125. Son eau croupit ſur un
lit de craye ; quoyqu'elle ſoit un
peu rouſſâtre & ſente le fumier, ce
qui ne peut provenir que de ce que
cette eau vient en partie des pluyes
ui tombent dans les cours voi
§ , & en partie de celle qui s'aſ
ſemble dans l'enclos de ce Château
ruiné, lequel enclos eſt tout plein
de petites fondrieres. La même cho
Q iij
186 Recherches de Phyſique
ſe ſe trouve dans une infinité de
ſemblables rencontres. Enfin ſi les
eaux des ſources & des pluyes ve
noient des vapeurs de la terre, il
faudroit que toutes les carrieres fuſ
ſent continuellement remplies de
vapeurs qui y formaſſent un broüi
lard épais , particulierement dans
celles où l'on voit quantité de cre
vaſſes dans leurs roches, avec des
ſources. On voit cependant au con
traire ces eaux dégouter par ces
crevaſſes & s'amaſſer dans ces car
rieres, & nulles vapeurs, ſinon dans
les mines où les exhalaiſons mine
rales ne ſont que trop abondantes.
A l'égard de la circulation dont
parle nôtre auteur, elle a lieu à la
verité étant priſe dans un ſens op
poſé ; car les eaux de la terre ſor
tent en vapeurs des mers, des lacs,
des étangs & des rivieres ; delà elles
retombent en pluyes ſur les terres,
enfin elles retournent dans les lacs,
& dans les mers en partie par deſ
ſus la terre, & en partie par dedans,
O n ne peut pourtant pas nier que
-

& de Mathematique 187


les terres étant pénétrées par la lu- .
miere du Soleil pendant l'Eté juſ
ques à la profondeur des premieres.
eaux dont elles ſont imbibées, n'ex
halent quantité de vapeurs, leſquel
les ſont à la verité trop attenuées
pour s'arrêter pendant le jour à ſa
ſurface à câuſe de ſa grande cha
leur ; mais qui ſe condenſant pen
dant la fraîcheur de la nuit contre
cette même ſurface, ou même dans
l'air voiſin, ſervent à l'humecter &
à la rafraichir : mais ces vapeurs
condenſées pendant la nuit ſont tel
lement attenuées & diſſipées par la
chaleur du jour, qu'elles ſont bien
éloignées de pouvoir redeſcendre,
& former des ſources comme nôtre
auteur l'a crû.
ART. 67. 68. 69. L'auteur ne
reconnoît que ſur la fin de ce 3°
article combien ſon ſyſtême ſur la
formation du ſel terreſtre eſt diffi
cile à ſoûtenir, & pour le faire con
noître dans ſon jour, il ne faut que
conſiderer que les ſources de Salins
en Lorraine ſont plus hautes que
-

Y88 Recherches de Phyſique .


toutes les mers d'alentour de beau
coup, puiſque leurs eaux coulent
dans une riviere voiſine, de celle
cy dans la Moſelle , de la Moſelle
dans le Rhin & du Rhin dans la
mer, & que ce territoire eſt un des
plus élevés de la France. Cependant
elles ſont trés ſalées, & on les tire
d'un puits qui n'a qu'environ 3o
pieds de profondeur, & qui eſt tout
proche d'un autre de même pro
fondeur environ, & dont la §.
ce eſt parfaitement douce. Peut-on
penſer raiſonnablement que le ſel
de la mer s'eſt élevé juſques à la
hauteur de ces ſources (c'eſt à dire
peut.être plus d'une demi-lieüever
ticale) comme ſur un plan incliné :
Qui ſera l'agent qui l'aura roulé juſ
ques-là ? Sera-ce le flus de la mer,
qui en eſt éloigné de 1oo lieües au
moins de tous côtés ? Sera-ce la
chaleur ſouterraine ? Il faudroit
qu'elle fût bien violente, puiſque
la plus forte chaleur du Soleil ne
ſoûtient le ſel qu'à 2 ou 3 pouces
pris verticalement ? Sera-ce le poids
& de Mathematique. 185
de l'air, lequel ne ſoutient l'eau
qu'à 32 pieds ? Ce n'eſt pas que
l'on nie qu'il n'y ait des fontaines
& des puits aſſez proches de la mer
our participer à ſon ſel, & même
à ſon flus & reflus; on ſçait au con
traire qu'il y a des côtés de mer oû
tous les puits ſont ſalés. Mais cette
ſalûre ne s'étend qu'à une diſtance
trés mediocré comme de 3 ou 4
lieües au plus. Il eſt donc bien plus
naturel de dire au contraire que
tous les ſels viennent des terres, &
qu'on ne trouve des eaux emprein
tes de ces ſels, que parce qu'elles
les ont diſſouts , & qu'elles s'en
ſont chargées.
Il n'eſt pas vray non plus que
tous les ſels de la terre viennent du
ſel marin, puiſqu'au contraire le
ſel marin ſe reſoud en terre & en
nitre ; ce qui marque aſſez que tout
le ſel marin s'eſt formé par un nitre
introduit dans une terre propre.
ART. 7o. L'auteur a raiſon d'a-
vancer que les mines exhalent des
fumées compoſées de parties ſalines
19o Recherches de Phyſique
& metalliques qui forment ſouvent
des métaux au dedans des terres, &
des roches, en forme d'arbriſſeaux ; .
mais ces fumées ne ſortent point
d'ailleurs que des mines, & ne prou
vent par conſequent rien pour les
ſources des puits & des fontaines.
ART. 7I. De ce que des exhalai
ſons s'arrêtent & ſe liquifient dans
une terre opaque, il ne s'enſuit nul
lement que le compoſé doive être
opaque, puiſque le papier, qui de
luy-même eſt opaque , devient
tranſparent du moment qu'il eſt
abrevé d'eau ou d'huile &e. d'ail
leurs c'eſt une méchanique en quel
que façon étrangere de tirer les di
vers cryſtaux des exhalaiſons de la
terre inferieure, quand on peut ai
ſément les former des eaux pluvia
les qui s'empreignent en paſſant au
travers des terres de § ſels
ou ſables trés fins, & qui les dépo
ſent dans les terres que les ſels ne
ſçauroient plus pénétrer ; ſoit en
s'exhalant, ſoit en s'écoulant inſen
ſiblement au travers de ces terress
& de Mathematique. 19 F
Ce n'eſt pas qu'on nie abſolument
qu'il ne ſe mêle des exhalaiſons
métalliques parmi ces matieres cry
ſtallines qui leur donnent des cou
leurs ou des varietés qu'elles n'au
roient pas ſans cela, comme il s'en
mêle parmy les differentes terres s
parmy les ſoulfres &c.
ART. 74. L'auteur ne nous ap
porte point la raiſon pour laquelle
il veut que le Soleil échauffe davan
tage les terres expoſées à l'Orient,
que celles qui ſont tournées vers
1'Occident; car il ſemble au con
traire que le vent qui ſouffle con
tinuellement d'Orient en Occident
ſous la Zône torride doit rafraichir
davantage les terres Orientales que
les Occidentales; à quoy l'expe
rience s'accorde parfaitement, car
les côtes orientales de l'Amerique,
de l'Afrique, & de l'Aſie ne ſont
pas à beaucoup prés ſi échauffées
que les Occidentales; juſques-là
même qu'elles ſont ſouvent auſſi
temperées que les terres de l'Euro
pe, & l'auteur même en convieng
19z Recherches de Phyſique
dans l'article 54. cy-deſſus. . )
ART. 76. Il ſemble que nôtre au
teur prétende dans cet article que le
ſoulfre ſoit naturellement métalli
que; cependant ce ne peut être au
plus que celuy qui n'eſt pas aſſez
épuré, puiſque les fleurs de ſoulfre
n'en contiennent aucunement. Cela
n'empêche pas qu'il ne ſe trouve du
ſoulfre fort ſemblable au commun
dans des métaux ou mineraux ;
mais cela provient de ce que la
terre où leurs parties métalliques
ſe ſont arrêtées, contenoit du ſoul
fre commun. .

A l'égard des huiles ou graiſſes


minerales, dont nôtre auteur veut
expliquer la formation, comme il
eſt conſtant par leur anatomie qu'-
elles ſe reſoudent en ſel , en eau &
en terre; Il n'y a guéres d'apparen
ce qu'elles viennent neceſſairement
du fond de la terre; mais ce n'eſt
vraiſemblablement autre choſe ou
qu'un ſoulfre liquefié par la chaleur
interieure de la terre, ou qu'une
eau pluviale qui a délayé des ſels
mêlés
Mathematique. 193
· & de
mêlés avec une certaine terre, &
qui en a fait une huile coulante ,
comme ſont la Nephte, le Bitume
&c. qu'on trouve en pluſieurs en
droits ſous cette forme, comme en
France, en Georgie, dans la Chine
&c. ou ſimplement une glaiſe, ou
un charbon de terre, ou une mar
ne, ou toute autre ſorte de terre
graſſe qui ſe trouve partout.
ART. 77. Cette explication pour
roit aſſez bien ſe ſoutenir, ſi nôtre
auteur nous avoit apporté une bon
ne cauſe de l'inflamation de ces ex
halaiſons ſouterraines, mais cette
partie qui eſt la plus eſſentielle,
y manque, quoyqu'elle ne ſoit pas
bien difficile à trouver , puiſque
nous avons pluſieurs exemples de
matieres qui s'échauffent juſques à
prendre feu d'elles-mêmes, comme
le foin, par exemple, & tant d'au
trCS.

· ART. 8o. 81. 82. 83. On ſup


poſe premierement dans ces arti
cles, que toute eſpece de matiere
étant dilatée par la chaleur, puiſſe
-

II. Partie, R.
194 Recherches de Phyſique
prendre la forme de l'air, ce qu'on
n'accorde pas volontiers. Car il
s'enſuivroit delà que l'air ſeroit un
aſſemblage de toutes ſortes de corps
terreſtres, & qu'enconſervant long
temps de l'air enfermé & trés preſ
ſé dans quelque vaiſſeau, il devroit
reprendre enfin la forme de ces dif
ferens corps comme d'eau, de mer
§
cure, de , d'huile &c. ce qu'on
n'ajamais encore vû.En ſecondlieu,
on ſuppoſe que le ſecond élement
ne ſe trouve pas dans le feu ; ce qui
repugne entierement auxexperien
· ces des miroirs ardens; caril s'enſui- .
vroit dela que la lumiere reſoudroit
la plûpart des corps en feu ſans ſe
mêler parmy leurs petites parties ;
C6:§ auſſi incomprehenſible,
que ſi on vouloit que le vent qui
agite la pouſſiere par tourbillons ne
ſe mêlâtpoint avec elle : En troiſié
me lieu, l'auteur ſuppoſe que tous
les corps ſont rendus ſolides par le
preſſement exterieur & interieur
que font contre leurs parties celles
du ſecond élement, ce qu'on n'acs
• º) • -
& de Mathematique. - 195
cordera pas non plustrés volontiers.
Car 1°. On ne ſçai pas bien ſi tous
les corps ſont pénétrés interieure
ment de la lumiere ; ny en ſecond
lieu, quand cela ſeroit, on ne voit
pas que cela dût les rendre plûtôt
durs, que l'air qui pénétre une .
éponge fine, la rend dure en la preſ
ſant dedans & dehors. Et tout ainſi
que la preſſion de l'air n'empêche
pas qu'on ne faſſe aiſément chan
ger la figure de cette éponge, en la
preſſant avec la main ; de même
il paroît que tous les corps ne de
vroient pas en être plus ſolides pour
être pénétrés, & environnés du ſe
cond élement de nôtre auteur. Cela
devroit du moins avoir lieu à l'é-
gard des corps tranſparens qui ſont
à l'égard de la lumiere, ce qu'une
éponge eſt à l'égard de l'air ou de
l'eau &c. -

Enfin il ne paroît pas évident que


les parties les plus groſſieres, ſoient
plus propres à ſe changer en feu
que les plus ſubtiles ; puiſqu'il eſt
conſtant que les rº,#º
1J
196 Recherches de Phyſique
ſe convertiſſent en cendre & for
ment les ſels ,tes ; ou tout au
moins en ſuye, ou même en va
peur aqueuſe qui retombe en pluye ;
tandis que les plus ſubtiles, comme
les parties huileuſes ou nitreuſes
- conſervent la forme du feu & s'en
volent. ,

ART.84. & 85. Si l'on conſide


re bien ce qui arrive chez les Coû
teliers, lorſqu'ils éguiſent un raſoir,
un canif&c. il eſt manifeſte que le
preſſement qui ſe fait entre la meu
le & le raſoir n'eſt que ſuffiſant pour
faire qu'il ſe détache des parties de
l'un & de l'autre, & rien plus; or
il ne paroît rien autre choſe dans
ce détachement ſinon des particu
les dures & inflexibles qui roulent
avec une rapidité incroyable entre
l'une & l'autre, & qui échappant
dans cet état en l'air l'éloignent
d'elles , & ébranlent en même
temps par leur tournoyement tout
l'Ether environnant. La même cho
ſe arrive dans les Arquebuſes à
roiiet, lorſque leur rouë vient à
6 de Mathematique. r97
tourner avec une rapidité extrême
ſous la pierre d'agate, que porte
le chien.Les limes fort uſées échauf
fent auſſi fortement, à cauſe que
les particules qu'elles enlevent ne
ſçauroient reſter dans leurs cavités,
non plus que l'Ether qui ſe trouve
entre deux, ce qui oblige ces par
ticules & cet Ether à circuler vio
lemment. Enfin plus les parties en
levées ſont petites & plus rapide
ment elles circulent, c'eſt pourquoy
elles font plus de feu.
ART. 86.87. & 88. On voit bien
comment la réünion des parties du
ſecond élement , leur donne une
vîteſſe prodigieuſe, & par conſe
quent auſſi aux particules des corps
qu'elles détachent ; mais on ne
voit pas de même † C6S
particules des corps chaſſeront du
milieu d'elles, celles du ſecond éle
ment qui les agitent, & qui ſont
plus mobiles qu'elles. D'ailleurs ſi
la formé du feu conſiſtoit en l'ab
ſence du ſecond élement, & en des
parties groſſieres, il faudroit ſui
R iij
19s Recherches de Phyſique
vant nôtre auteur, que le mercure
fût un eſpece de feu, car il établit
cy-devant article 58. que le ſecond
élement ne le pénétre que trés peu,
à cauſe que ces parties ſont trop
groſſieres. On peut donc établir au
contraire que pour produire du feu,
il faut des particules trés-legeres
qui ſoient agitées par le premier &
par le ſecond élement enſemble, &
qui compoſent un tourbillon qui
chaſſe & ſoutienne l'air environ
nant. Et c'eſt ce qui ſe trouve dans
les exhalaiſons graſſes dont les feux
folets & autres ſemblables, & mê
me le tonnerre ſont compoſés; ſoit
que ces exhalaiſons ſortent de la
terre, ſoit qu'elles ſe ſoient aſſem
blées & purifiées dans le haut air,
aprés avoir abandonné les corps
plus groſſiers, dont elles étoient
chargées, ſoit enfin qu'elles ſe ſoient
accumulées par une violente preſ
ſion de l'air, cauſée par des nuës
agitées en ſens contraire, comme
il arrive dans le temps du tonnerre.
A l'égard des éclairs ſans tonner
-

& de Mathematique. 199


re, dont parle nôtre auteur, je les
tiens fort ſuſpects, & je crois que
l'éclair n'étant produit que par la
dilatation trés ſubite d'une exhalai
ſon enflâmée, n'eſt jamais ſans ex
ploſion grande ou petite, proche
ou éloignée. -
ART. 89.9b. & 91. Il ne paroît
que trop dans le premier de cestrois
articles, combien il eſt difficile de
deffendre le ſyſtême de l'auteur, ſur |
l'abſence de la lumiere à l'égard de
la flâme, par les raiſons avec leſ
quelles il le ſoûtient. On pourroit
donc plûtôt penſer que l'exhalaiſon
prend feu dans la ſituation qu'elle
a reçûë ou par les vents ou par ſa
eſanteur, de la même maniere que
# foin s'enflâme de luy-même dans
les greniers. C'eſt à dire, lorſqu'il
y a une quantité ſuffiſante de par
ties volatiles aſſemblées pour chaf
ſer l'air d'autour de leur aſſembla
ge, car cette condition ſuffit pour
faire de la flâme , comme on le voit
aſſez en ce qu'on n'en peut preſque
former dans la machine du vuide,

26o Recherehes de Phyſique


parce qu'il n'y a point là d'air
groſſier pour la contenir.
Enfin la maniere dont nôtre au
teur fait eſcrimer l'eau de la mer
contre le ſecond élement, pour def
fendre le commerce qu'elle a avec
· le premier , a quelque choſe en ſoy
qui me paroît tenir plus du facetieux
que du ſerieux, & ce n'eſt pas peut
être la premiere fois que nôtre au
teur plaiſante.
Al'égard de l'alteration des bois,
& des chairs des poiſſons & des ani
maux, il eſt conſtant qu'elle pro
duit de la lumiere par la fermen
tation de leurs parties inſenſibles,
& que ſi les poiſſons fraichement
ſalés ſont luiſants, cela ne peut ve
nir que de ce que le ſel entre dans
des pores où il y avoit déja un peu
de matiere fermentée qui excite la
lumiere en ſortant. Car toute ma
tiere dont l'agitation eſt aſſez prom
pte pour écarter tout l'air d'autour
d'elle, peut exciter de la lumiere :
c'eſt ainſi que des Merlans un peu
gardés ſans le ſecours d'aucun ſel,
& de Mathematique. 2o1
jettent quelquefois une lumiere ſi
forte, qu'elle ſe voit en plein jour
de toute l'étenduë d'une grande
chambre, comme je l'ay obſervé..
ART. 9z. & 93. Je ne ſçay pas
ſi on ſera fort content des mécha
niques de ces deux articles ; mais
pour moy je ſuis perſuadé qu'il ſuf
fit pour l'inflâmation du foin (com
me dans toute autre occaſion) qu'il
s'aſſemble dans un même lieu une
quantité d'exhalaiſon fort legere &
fort ſubtile, juſques à un certain
point; car cela ſuffit pour qu'elle
participe de plus en plus de la rapi
dité du premier élement, juſques
à avoir aſſez de force pour éloigner
l'air d'alentour, & ſe convertir en
feu; ſans qu'il ſoit neceſſaire de tant
de ſuppoſitions pour en éloigner
auſſi le ſecond élement. Car ſi la
flâme étoit incompatible avec le ſe
cond élement , comment un fort
miroir brûleroit-il au travers de la
flâme d'une chandelle ? Comment
eſt-ce que les Phoſphores rece
vroient leur éclat par l'expoſition
262 Recherches de Phyſique
à la lumiere ? Comment eſt - ce
qu'un diamant pourroit être en mê
me temps lumineux & tranſparent ?
&c. Je n'accorde pas non plus que
les ſucs des Plantes coulent plus ra
pidement, lorſque leurs tuyaux ſont
fort rétreſſis, que quand ils'y trou
ve auſſi du ſecond élement. On ne
doit donc avoir égard qu'à l'agita
tion que ces parties prennent lors
qu'elles ſortent hors des herbes, &
qu'elles s'aſſemblent pluſieurs dans
une certaine quantite. -

Enfin je ne ſuis point perſuadé


que la chaleur qui s'excite dans
differentes diſſolutions, vienne uni
quement de ce que le diſſolvant
entrant dans les pores du corps diſ
ſout, chaſſe la lumiere de ces po
res, & y conçoit une nouvelle agi
tation. Mais plûtôt de ce qu'il y a
dans ces pores un air, ou un eſprit
trés ſubtile renfermé, qui venant
à en être délivré, ſort avec rapidi
té & excite du mouvement ou de la
chaleur dans le diſſolvant. Ce qui
ſe reconnoît au contraire, en ce
& de Mathematique. 2e 3
qu'il y a des diſſolutions froides
dans leſquelles des eſprits nitreux
ou ammoniacs ſe répandant dans le
diſſolvant, en augmentent la froi
deur.
ART. 94. L'origine que nôtre
auteur apporte icy des feux ſouter
rains, eſt auſſi accidentelle que l'o-
rigine qu'il donne des fontaines ;
car on ne ſçauroit nier qu'abſolu
ment ces méchaniques ne puiſſent
avoir lieu, & ne l'ayent peut-être
ſouvent eu ; mais on ne doit pas
les donner pour des cauſes univer
ſelles. Car il ſuffit, comme on l'a
déja dit, qu'il y ait dans un même
lieu aſſez de matieres volatiles aſſem
blées pour écarter l'air d'autour
d'elles, afin de produire de la flâme.
Cela ſe remarque dans un fagot de
bois ſec qu'on expoſe même aſſez
haut au deſſus d'un feu de braiſe ;
car dés qu'il s'eſt amaſſé autour de
ſes branches aſſez de l'exhalaiſon de
la braiſe, il prend feu tout à coup
avec une legere exploſion, qui
marque aſſez l'éloignement ſubit de
V -
2o4 Recherches de Phyſique
Fair voiſin. Mais à l'égard du ſe
cond élement, les objets qui par
roiſſent au travers de l'exhalaiſon
ardente qui ſort d'un réchaut plein
de charbon alumé, marque aſſez
qu'elle n'eſt pas impénétrable à la
lumiere.
ART. 95. 96.97.98.99. 1oe.
On a pû remarquer dans le premier
de ces articles , comme l'auteur
avouë, enfin que le ſecond élement
entre auſſi en compoſition de la
· flâme. Au reſte ce n'eſt pas encore
une choſe bien démontrée que l'air
ſoit une nourriture neceſſaire pour
la conſervation du feu ; comme plu
fieurs ſe le ſont imaginés; mais on
peut aſſurer ſeulement que c'eſt un
agent neceſſaire pour faire élever
dans la flâme la matiere combuſti
ble qu'elle a diſſoute; & un milieu
neceſſaire pour contenir cetteflâme,
& empêcher qu'elle ne ſe diſſipe.
Et tout autre milieu que l'air pour
roit faire ces deux effets, comme
par exemple, l'eau, l'huile &c, ſi
cela ſe pouvoit ſans qu'il ſe mêlât
2VCC
- & de Mathematique. 2o5
avec la matiere qui nourrit la flâme,
ou plûtôt ſi ſes parties, qui ſe mê
lent neceſſairement avec celles-cy,
étoient auſſi aiſées à volatiliſer & à
· reduire en feu, que celles de l'air
ou du ſuif liquefié par la flâme.
ART. 1o2. Il me ſemble qu'on
·pourroit plûtôt penſer que comme
il y a toûjours un fiegme dans l'eau
de vie, ce flegme s'empare d'abord
' des pores du linge, & ne s'en dé
· tache que le dernier ; c'eſt à dire à
meſure que les parties volatiles ſe
conſument. Cecy ſe confirme en ce
que le linge eſt facilement conſu
mé, quand on l'expoſe ſimplement
· à la fiâme de l'eau de vie ſans l'y
tremper. Et de plus parce que quand
on brûle de l'eau de vie, il reſte
toûjours au fond du vaiſſeau une
matiere aqueuſe & fort infipide ;
& auſſi parce que l'eſprit de vin,
dont la flâme doit être encore plus
tenuë que celle de l'eau de vie, con
ſume cependant les linges qui en
font imbibés, à cauſe qu'il ne con
tient que trés peu de flegme en
II. Partie,
2o6 Recherches de Phyſique
comparaiſon de l'eau de vie.
ART. 1o3. Il eſt aiſé de voir dans
cet article la confirmation de ce que
j'ay avancé dans le précedent ſur la
cauſe qui empêche qu'un linge im
bû d'eau de vie ne s'enflâme. On
y peut admirer auſſi les tortures
d'eſprit, que nôtre auteur ſe don
ne pour bannir ſon ſecond élement
d'avec la flâme, -

ART. 1o7. & Io8. Je trouve icy


une contradiction avec ce que l'au
teur a établi cy-devant, ſçavoir que
quand les parties d'un corps ſont
inégales par degrés, les plus ſubti
les enflâment les plus groſſieres, &
celles-cy encore d'autres plus groſ
ſes, & ainſi de ſuite, ce qui cauſe
la conſomption totale du ſujet : puiſ
que l'auteur tire icy cette entiere
conſomption de l'égalité des parties
du ſujet, On peut donc plûtôt pen
ſer que la conſomption entiere de
pluſieurs corps non enflâmés, vient
de ce qu'étant fort poreus & fort
rares, & leurs parties fort peu ad
herantes, comme ſont les differen
, & de Mathematique. 2o7
tes eſpeces de méches, les bois
pouris, les fungus des arbres &
pluſieurs charbons &c, les parties
du feu ſe fomentent entre leurs par
ties, où étant à l'abry de la preſ
ſion de l'air exterieur, elles les ron
gent continuellement juſques à une
entiere deſtruction. Mais la même
choſe n'arrive pas dans la plûpart
des bois ſains, ou même dans la
plûpart du charbon, à cauſe du trop
rand nombre de parties fixes qui
e trouvent dans ces corps, en com
paraiſon des autres qui ſont plus
détachées.
ART. IIo. III. II 2. I13.114.115.
Je ne ſçaurois accorder à nôtre au
teur la figure qu'il donne au ſalpê
tre, ſans être obligé par la raiſon
qu'il en apporte, de la donner en
même temps à tous les autres ſels
qui ſe cryſtalliſent au fond de l'eau.
Deplus on ne voit point par-là pour
uoy les cryſtalliſations du ſalpêtre
e font en triangles ou en exagones.
Outre que l'auteur ne donne point
de méchanique par laquelle ces par
- S ij '
2o8 Recherches de Phyſique
ties pyramidales ayent dû ſe fora
mer. A quoy on peut ajoûter que
le ſalpêtre eſt moins picquant
que le ſel marin. Cependant poſé
les figures que l'auteur leur donne,
le contraire devoit être, Enfin poſé
ces mêmes figures, je ne vois nul
lement pourquoy leur baſe devroit
être toûjours tournée vers la terre. .
Car ſi on les conſidere comme dans
un fluide tranquille avec lequel
elles ſont en équilibre, elles doi
vent occuper toutes ſortes de ſitua
tions, étant toutes omogénes avec
elles=mêmes. Et.ſi le fluide eſt trés
agité en tout ſens comme le pre
mier élement de nôtre auteur, elles
doivent être bouleverſées en tout
ſens, ſans ordre, & avec confu
ſion, & non pas être mûës chacu
ne ſeparément ſur un centre. Mais
enfin quand on accorderoit à nôtre
auteur cette prétention, on ne voit
point pourquoy la poudre à canon
étant enflâmée,occupe des millions
de fois plus d'efpace qu'avant de
l'être , car la petite ſphére qu'un
& de Mathematique. 2o9
cône équilateral, peut remplir en
tournant en tout ſens autour du
centre de ſa baſe comme point fixe,
eſt bien éloignée de contenir ce
cône un million de fois; puiſqu'elle
ne le contient que douze fois pré
ciſément.
Au reſte je crois qu'on pourroit
ajoûter que l'utilité du charbon, eſt
pour tenir les parties du ſoulfre &
du ſalpêtre les plus détachées qu'il
eſt poſſible ;afin qu'elles ſoient plus
diſpoſées à s'enflâmer ſubitement ;
mais c'eſt encore particulierement
pour rendre le grain de la poudre
plus † afin de donner une
plus libre entrée, & pour retenir
mieux les parties du feu. Et c'eſt
our cela qu'on ſe ſert du charbon
† plus leger, & le plus fibreux L'u-
tilité des grains eſt afin que le ſoul
fre & le ſalpêtre foient intimement
mêlés, que ce premier ne puiſſe
s'enflâmer ſans le dernier ; ny les
parties les plus volatiles ſans les
plus groſſieres; enfin c'eſt auſſi afin
que l'air qui doit être # pour
11]
21o Recherches de Phyſique
la production de la flâme, ne ſoit
pas mêlé ſi intimement parmy les
particules de la matiere inflâmable.
Quand à ce l'auteur avance, que
les grains de la poudre s'alument
tous à la fois, cela eſt contraire à
l'experience qui fait voir que quand
on tire contre un papier blanc avec
de la poudre ſeule & d'aſſez proche,
il y a quantité de grains qui s'y at
tachent ſans s'enflamer; cela paroît
encore à ceux à qui il creve desar
mes à feu entre les mains, par les
grains qui leur ſautent au viſage,
comme il eſt arrivé pluſieurs fois.
Enfin ce qu'il dit, que la poudre
doit être proportionnée en groſſeur
à la quantité qu'on en employe à la
fois, n'eſt pas moins contre l'expe
rience, qui fait voir que plus elle
eſt fine, & plus elle fait d'effet, mais
auſſi plus elle coûte à façonner. On
peut ajoûter encore que la raiſon
† à canon ne
ûle pas le dedans cle la main où
elle s'enflâme, ne rient que de ce
quel'air environnar t, joint à l'ef
& de Mathematique, 2rt
fort du reſſort de la poudre, l'enle
vent ſubitement en haut, & ne luy .
donnent pas le temps de s'attacher
à la peau. -

ART. 116. La comparaiſon que


l'auteur fait icy de ſa lampe, avec
un de ſes aſtres qui ſe couvrent de
taches, leſquelles n'empêchent pas
qu'il ne luiſe encore un peu, eſt
aſſez induſtrieuſe; ſi la formation
qu'il donne de cette croûte de fumée
avoit quelque fondement ; mais
l'exemple que nous avons d'une
chandelle qui s'éteint peu de temps
aprés qu'on l'a enfermée dans un
grand vaiſſeau de verre, nous prou
ve aſſez qu'avant que ces incruſta
tions fuligineuſes euſſent pû ſe for
mer, elle ſeroit ſuffoquée par l'air
environnant. Et pour en être per
ſuadé, il ne faut que conſiderer que
la flâme jointe à la colonne d'air qui
eſt au deſſus, compoſe avec la co
lonne d'air environnante & de mê
me baſe que la flâme , un eſpece
, de ſiphon à 2 branches, dont la 2°
étant toûjours la plus peſante, elle
z12 Recherches de Phyſique
devroit deſcendre continuellement
, & élever toûjours la flâme par ce
moyen, ſi ce qui ſe change de la
cire en fumée , n'occupoit point
plus d'eſpace qu'avant le change
ment. Mais comme au contraire la
cire étant changée en fumée, oc
cupe peut être iooo fois plus d'eſ
pace dans l'air, que quand elle étoit
en liqueur ou en corps ſolide : il
s'enſuit que ſi le lieu où ſe trouve
cette flâme eſt bien clos , l'air ſu
erieur par ſon effort s'oppoſera à
a ſortie de la fumée hors de la flâ
me avec bien plus de force, que l'air
lateral & § n'en aura par
ſon poids pour élever cette fumée ;
ainſi la fumée ceſſant de couler, la
flâme en ſera tout auſſitôt ſuffoquée.
C'eſt ce qui arrive auſſi dans les
lieux extrêmement froids & vapo
reux, car la fumée ne pouvant ſe
faire un paſſage au travers de l'air,
la flâmme en eſt ſuffoquée en peu
de temps. Outre que ces vapeurs
non inflâmables entrant en partie
avec l'air dans la flâme par le bas ,
& de Mathematique 2r3
appeſantiſſent les particules graſſes,
& empêchent qu'elles ne s'enflâ
XI1C11t, ·

ART. 124. & 12 5. Je ne con


nois aucun rapport entre les cen
dres, les chaux , & les poudres,
avec le verre ; car l'air a ſon paſſa
e libre dans les premiers corps, &
a lumiere eſt mêlée confuſément
parmy leurs particules, ce qui fait
qu'elles ſont toutes détachées les
unes des autres & opaques. Au con
traire les pores du verre ſont inac
ceſſibles à l'air, & la lumiere y
paſſe directement & ſans s'y con
fondre. D'ailleurs le verre eſt un
· des corps les plus durs que nous
ayons; & ceux-là au contraire ſont
les moins ſolides. Enfin le verre ne
ſe fait que par l'alteration des prin
cipes des corps dont il eſt formé ;
au lieu que les principes qui reſtent
dans ceux-là, ne ſont point alterés.
Ainſi s'il y a quelque rapport entre
ces corps, ce ne peut être qu'en ce
qu'ils ſont formés par un même
agent, qui eſt le feu, ce qui ne me
314 Recherches de Phyſique
paroît gueres meriter que nôtre au
teur en fît icy le parallele.
ART. 127. 128. & 129. Je ne
deſcens point dans le détail de ces
| articles. Il y a ſeulement en general
pluſieurs particularités , que j'ay
déja refutées, d'autres qui ſe peu
vent ſoutenir, & enfin d'autres qui
ne ſemblent pas s'étendre au delà
du ſimple recit.
ART. 1 3o. Je ne comprens pas
comment ny par quelle méchani
que nôtre auteur veut icy que plu
fieurs boules étant jointes imme
diatement, fiſſent un corps le plus
ſolide de tous ; car n'y ayant ny
crochets, ny ſuperficie pour les at
tacher les unes aux autres , il me
ſemble évident qu'un tel corps de
vroit s'écrouler par le ſeul poids de
ſes parties, & à plus forte raiſon
par le moindre choq. , .

ART. 131. Je ne crois pas qu'on


puiſſe accorder à nôtre auteur que
ſon ſecond élement paſſe au travers
des pores du verre, ſans qu'au moins
ſes parties rondes qui ont frotté
& de Mathematique. 215
contre les côtes des pores du ver
re, contractent un tournoyement
ſur elles-mêmes ; à cauſe des dé
tours de ces pores. C'eſt-pourquoy
ſi ce roulement faiſoit quelque cho
ſe aux couleurs, la lumiere qui ſort
de tout verre devroit être colorée ;
ou ſi l'on dit que dans ceux où elle
ne l'eſt pas, c'eſt parce que ſa ſor
tie détruit celles que ſon entrée
avoit formées, on pourra dire auſſi
la même choſe, lorſqu'il y aura des
corps étrangers mêlés. De plus on
ne ſçauroit expliquer par ce roule
· ment que deux eſpeces de couleurs
au plus en comparant le mouve
ment circulaire des globules àleur
mouvement direct; ſçavoir entant
que l'un eſt plus grand que l'autre,
comme on ne le voit que trop dans
tous les auteurs qui ont embraſſé
ce ſyſtéme : cependant les experien
ces des verres, & particulierement
des priſmes, font appercevoir qua
tre rangs de couleurs; ſçavoir le
rouge, le jaune, le bleu, le violet,
diſtinguées l'une de l'autre, par
216 Recherches de Phyſique
· une ligne ou ſeparation naturelle,
· qui les ſepare de telle ſorte, lorſ
qu'on reçoit les couleurs à une diſ
· tance conſiderable du priſme, com
- me de 15 ou 2o pieds, ou ſous une
: grande obliquité , que l'on n'ap
perçoit alors dans chacune de ces
couleurs, aucune communication ;
· chaque couleur étant d'une même
teinte dans toute ſon étenduë, ſans
aucune nuance ny gradation, ce
qui nous oblige d'admettre au
moins quatre couleurs eſſentielles,
auſquelles ſi l'on joint le blanc ou
le clair (puiſqu'il meut l'organe
de la vûë, auſſi bien que les au
* tres) on aura cinq couleurs primi
tives & eſſentielles en tout, dont
toutes les autres peuvent être com
poſées, en les mêlant diffèrem
ment. On les trouve encore plus
ſeparées dans la flâme. Ce qui ſuf
fit icy pour réfuter ce ſyſtême. L'on
trouve en quantité d'autres occa
ſions, que la matiere eſt capable
de 5 modes primitifs eſſentiels, com
•me par exemple le ſon º er #
- CS.
& de Mathematique. 2r7
·des 5 voyelles ſimples, a, e, i, o, u,
les ſaveurs ſimples & premieres
ſont 5 en nombre , ſçavoir le doux,
l'amer, le cuiſant, l'âcre, & le
picquant : Il y a cinq eſpeces de
corps primitifs & reguliers ; la py
ramide, le cube, l'octaedre, le do
decaedre, & l'icoſaedre, & tous
ces modes different entre eux eſſen
tiellement, & non point par degrés
conjoints.
ART. 132. Il ne paroît pas que
l'auteur ait raiſon de prétendre que
· le reſſort d'une corde tirée directe
ment, ne vienne pas de l'entrelaſ
ſement de ſes parties , car la filaſſe
dont elle eſt compoſée a trés peu de
reſſort, & cependant les cordes ou
filets, qui en ſont formés en omt
beaucoup. On ne peut donc ſe diſ
penſer de rapporter ce reſſort aux
lâcis de leurs parties, qui renfer
ment ou qui donnent paſſage à une
matiere ſubtile, laquelle tend toû
jours à les étendre, & à arondir
-- leurs interſtices le plus qu'il luy
eſt poſſible. D'où il ſuit qu'elle tend
II. Partie, T
218 Recherches de Phyſique
avec d'autant plus de force à les ré
tablir qu'on en employe pour les
allonger. La même choſe ſe doit
dire de preſque tous les corps que
l'on étend, comme les membranes,
le papier, l'or, l'argent, le verre,
l'acier &c. ou que l'on comprime
comme le liege, les éponges &c.
A l'égard des corps que l'on courbe
en arc, il n'eſt pas vray, comme
nôtre auteur l'a crû , que tous leurs
pôres deviennent des § allon
gées; cela ne peut avoir lieu au plus
que dans la convexité, encore les
pores y doivent être comme des
ſphéres allongées & applaties, puiſ
que tout le corps s'applatit un peu
en cet endroit. Mais dans la conca
vité de l'arc, ces pores doivent ap
procher de la figure d'une ſphére
applatie ſeulement; ce qu'un peu
de méchanique peut faire voir.
D'ailleurs la raiſon que nôtre au
teur apporte de ce qu'un arc long
temps bandé , perd ſon reſſort, ne
ſçauroit avoir §ieu dans l'air com- -
primé qui ne le perd jamais. De
& de Mathematique. 219
plus ſi on luyaccorde que la lumie
re pénétre facilement le verre, on
ne luy avouëra pas qu'il en ſoit de
même de l'acier, du jaſpe, ou de
tous les corps durs & opaques,
comme il le prétend, pour en tirer
leur reſſort. Enfin nôtre auteur n'a
point expliqué par quel principe
méchanique une matiere ſubtile
coulant à l'étroit dans des pores,
tend à les élargir. On peut donc
croire qu'il n'a connu ny la cauſe,
ny la méchanique du reſſort. On
la verra expoſée d'une maniere qui
n'eſt pas ſujette à ces inconveniens
dans le Journal du 7. Février 17or.
où j'explique par une même mé
-
thode les deux plus conſiderables
«. / -

qualités des corps; ſçavoir leur pe


ſanteur, & leur reſſort.
· ART. 133. On ne voit pas la ne
ceſſité qu'il y a de ſuppoſer dans
cet article des fibres en maniere de .
poils qui ſe couchent ſelon le cours
de la matiere magnétique, en ce
que les parties qui ſuccedent, em
pêchent toûjours celles #º ſor
1J
22o Recherches de Phyſique
ties, de rentrer par où elles ont
paſſé. Il me paroît de plus que cet
te diſpoſition de poils n'eſt gueres
compatible avec les conduits en
écrou qu'il ſuppoſe dans la terre
interieure. § il me ſemble que
nôtre auteur devoit rapporter la
cauſe qui fait rebrouſſer chemin en
arriere à ces prétenduës parties ca
nelées , & retourner chercher le
pôle par lequel elles ſont entrées,
& non pas continuer leur cours en
droite ligne. Car la cauſe d'un Phe
nomene auſſi extraordinaire, meri
toit bien de n'être pas ainſi paſſée
ſous ſilence. Il eſt encore bon de
ſe ſouvenir que nous avons fait
voir dans les lieux que nôtre auteur
cite, le peu de fondement de ces
parties canelées, afin de ne ſe pas
laiſſer prévenir. -

ART. 134. & 135. Quoyqu'on


pût bien ſe diſpenſer abſolument
d'admettre des écrous dans les par
ticules de l'air & de l'eau, il me
ſemble au moins qu'on ne ſçauroit
refuſer paſſage à la matiere magné
»

& de Mathematique. 22 t,
tique entre leurs particules, ſans
déroger à ſa ſubtilité & à ſon agili
té. L'auteur ne dit pas non plus
pourquoyla matiere magnétique ne
ſe forme pas actuellement des
écrous dans les autres métaux, auſſi
bien que dans le fer, & dans l'a-
cier, puiſqu'ils ſont plus tendres que
ceux-cy ; étant certain d'ailleurs
par experience, que la matiere ma
gnétique traverſe ces autres métaux
avec beaucoup plus de facilité que
l'acier trempé, puiſqu'elle va juſ
ques à pénétrer au travers de qua
torze loüis d'or, & qu'elle ne ſçau
roit preſque percer une lame d'acier
trempé d'une ligne d'épais.
ART. 136. Je ne trouve rien de
plus difficile que d'imaginer, qu'un
corps compoſé de branches roides
puiſſe ſe pétrir en toutes ſortes de
manieres, comme fait le fer chaud,
& garder cependant toûjours ſa ſo
lidité. Car il ſemble qu'on ne ſçau
roit batre ce corps d'un côté, ſans
détacher & écarter ces branches
les unes des autres de ce côté,
Tiij
z2z Recherches de Phyſique
comme on le voit , en battant
un morceau de bois fibreux ; &
que ſi on vient enſuite à le battre
par le côté oppoſé, & puis aprés
par les bouts, on doit détacher en
core ces branches davantage, bien
loin de les réünir. Ainſi nôtre au
teur devroit bien nous applanir un
, peu toutes ces difficultés. -

ART. 137. H;8.139. & 14o. Je ne


vois rien qui tienne plus du hazard
que la maniere dont nôtre auteur
veut former les canelûres du fer
& de l'aimant. Car il eſt conſtant

§u'ilraſſembler
n'eſt rien de plus difficile que
& de faire rencon
trer ces canelûres en enfilade, afin
que la matiere magnétique puiſſe
couler tout le long. D'ailleurs ſi les
fibres du fer étoient ſi flexibles,
qu'elles pûſſent donner paſſage en
droite ligne à cette matiere, toute
ſorte de fer auroit la vertu de ſe di
riger luy-même vers les pôles de
la terre, comme on le verra par
la ſuite du ſyſtême de l'auteur.
AR T. 14I. Il ſemble que l'au
& de Mathematique 2:3
Eeur faſſe conſiſter l'eſſence de l'a-
cier dans la ſeule dureté. Il eſt pour
tant certain que le fer devient preſ
que auſſi dur par la frappe que par
la trempe, & on ſçait d'ailleurs
que ny l'une ny l'autre, ne change
pas le grain du fer, & qu'il n'en
eſt pas plus affiné pour cela. Outre
qu'une ſimple chaude eſt capable
de le remettre dans ſon premier
état de fer; ce qu'on ne ſçauroit
f# dire de l'acier, dont le grain eſt
ien plus fin que celuy du fer, ſoit
qu'il ſoit trempé ou non trempé,
& qui ne perd pas quelquefois ſa
nature d'acier même aprés une
chaude violente de douze heures.
Joint que le fer ne ſe change or
dinairement en acier que par le mê
lange de quelques ſels volatils qui
ſervent à l'affiner. D'où l'on doit
plûtôt préſumer que le fer ſe chan
ge en acier, lorſque le feu aidé, ſi
l'on veut de ces ſels volatils, con
ſume la plûpart des ſels étrangers
& groſſiers, dont le fer étoit rem
ply. Il y a des compoſitions d'eaux
224 Recherches de Phyſique
fortes qui font auſſi la même
choſe.
ART. 142. & 143. Dans les deux
articles précedens, l'auteur compo
ſe le fer & l'acier de petites parties
globuleuſes ; mais on voit qu'icy il
reſerve ce privilege à l'acier, &
veut que la diffèrence de ce der
nier & du fer, conſiſte non ſeule
ment dans la dureté, mais encore
en ce que les particules du fer ſont
aſſemblées confuſément.Je ne ſçau
rois accorder que la molleſſe de l'a-
cier, vienne de la cauſe qu'il appor
te, & je n'y trouve au plus qu'un
jeu d'eſprit même aſſez fade. On
pourroit donc penſer que quand les
molécules ou grumeaux de l'acier
ſe ſont parfaitement accommodés
entre eux, alors ils peuvent ſouffrir
quelques dérangemens ſans ſe ſe
parer, ainſi ils compoſent un corps
en même temps compact & flexi
ble. Mais lorſqu'ils ne ſont joints
que par peu d'endroits, & qu'ils
ſont étroitement ſerrés par le froid,
ils forment un corps inflexible, &
- & de Mathematique. . zz ;
plus rare, ou plus étendu. Ce qui
ſe confirme en ce qu'un cylindre
d'acier, qui peut étant recuit, rem
plir un trou fort juſte, n'y ſçauroit
plus paſſer lorſqu'il a été rougy &
trempé. -

ART. 144. Il y a bien plus d'ap


parence que ſi aprés la fonte ou
même pendant le refroidiſſement de
la matiere du fer, il s'y trouve des
écrous, ils doivent être formés tout
nouvellement. Car cela eſt bien
plus aiſé à imaginer, que de pen
ſer que les efflus magnétiques ont
pû revirer les atômes du fer , & les
aſſembler aſſez à propos pour en
faire des caneaux, & les diſpoſer
ſelon leur cours. Vû principalement
que ſi l'on tourne le bout de quel
que morceau de fer vers la terre,
la matiere magnétique qui ſort de
la terre, en diſpoſe les pores ſelon
ſon cours, à peu prés de même
que ſi on avoit preſenté ce même
bout au pôle d'un aimant. Et ſi on
tourne enſuite l'autre bout du côté
de la terre, ſes pores ſe trouvent
226 Recherehes de Phyſique
changés dans le moment même ;
comme il paroît en ce que le bout
qui attiroit l'extrêmité de l'éguille
d'une bouſſolle en premier lieu,at
tire en ſecond lieu ſon autre extrê
mité, & éloigne de luy celle qu'il
attiroit en premier lieu. De plus le
fer, qui pour avoir été trop long
temps expoſé au grand air & au
grand Soleil, s'eſt comme recuit,
en telle ſorte que pluſieurs de ſes
parties ſe ſont unies entre elles plus
qu'elles n'étoient auparavant, ac
quiert auſſi toutes les proprietés de
l'aimant; en ſorte qu'on peut dire
même qu'il ſe change en un aimant
veritable ; comme il eſt arrivé dans
ces dernieres années à pluſieurs
morceaux de fer du haut du clocher
neuf de l'Egliſe de Nôtre-Dame de
Chartres en Beauſſe.
ART. 146 & 147. Il y a uneeſ
pece de contradiction entre ces
deux articles, & l'article 134. cy
devant, dans lequel l'auteur veut
que la matiere aimantée ne trouve
†e paſſage ny dans l'air ny dans
Call, -
& de Mathematique. 227
ART. 149. L'auteur ne reſout
point une difficulté qui ſurvient à
l'occaſion de cet article, ſçavoir
pourquoy les efflus magnétiques
qui viennent du pôle auſtral du
Ciel , par exemple, ne pénétrent
· pas auſſitôt le pôle d'un aimant
| tourné vers eux, que la matierema
gnétique qui ſort du pôle auſtrale
de la terre 5 auquel cas ce pôle de
l'aimant devroit s'appeller pôle
Auſtral, & non pas pôle §l
ART. 153. Il faut remarquer que
ce que l'auteur dit icy de l'air, ne
ſçauroit s'entendre de l'air groſſier;
car ſi cet air étoit chaſſé d'entre
deux aimants, le feu ne pourroit
pas y demeurer allumé, ou du
moins il s'y amortiroit beaucoup,
& les animaux ne pourroient y vi
vre que difficilement, les chairs
s'y gonfleroient, & en un mot tout
le reſte s'y feroit preſque comme
dans le vuide. De ſorte que tout
ce que l'auteur peut prétendre au
lus, c'eſt que l'air ſe retire d'entre
les aimants, à meſure qu'ils ſont
A"
228 Recherches de Phyſique
chaſſés l'un vers l'autre par l'airex
terieur dont il va prendre la place.
IDe ſorte qu'alors il ne ſeroit plus
vray de dire, que les aimants s'ap
prochent, parce l'air eft chaſſé d'en
tre deux ; mais il faudroit dire au
contraire que l'air eſt chaſſé d'en
tre deux, parce qu'ils ſont pouſſés
i'un vers l'autre. Ainſi ſi cette at
traction doit être imputée à l'im
pulſion de l'air poſterieur, comme
nôtre auteur le veut, il faudra dire
que la matiere magnétique qui ſort
de chaque aimant, reçoit moins de
reſiſtance du côté de l'air qui eſt
entre les deux aimants, que de ce
luy qui les environne. Et alors les
aimants devront être portés l'un
vers l'autre de la difference de ces
deux reſiſtances. Encore pour ac
corder ce ſyſtême avec les expe
riences du vuide, il faudra neceſſai
rement dire du ſecond élement, ce
que nous venons de dire de l'air
groſſier, & prendre pour principe
qu'il n'y a dans le fer & dans l'ai
mant que du premier élement,
puiſque
- & de Mathematique. 229
iſque les attractions de l'aimant
e font dans le vuide, comme dans
le plein.
A l'égard de ce moins de reſiſtan
·ce, il y a toute apparence que la
choſe eſt ainſi, en ce que la ma
tiere magnétique s'accumule vers
B & a, par la reſiſtance qu'elle
ſouffre à ſortir de ces deux aimants;
au lieu qu'elle coule impetueuſe
ment entre les deux aimants , à
cauſe de la facilité qu'elle trou
ve à entrer de l'un dans l'autre.
Mais cecy ne regarde que la ma
tiere qui ſort des deux aimants, &
il ſemble que nôtre auteur n'ait eu
égard qu'à cette cauſe. J'en trou
ve cependant une ſeconde ; ſça
voir la matiere qui rentre dans les
deux aimants par B & a, car il n'y
a pas de doute que ſi la reſiſtance
entre A & b, étoit nulle, cette
ſeule matiere tendant à arondir ſon
tourbillon TX VRVXT, & par
là à racourcir ſon chemin, ne pouſ
ſât encore de toute ſa force ces deux
· aimants l'un vers l'autre. On peut
· II. Partie.
23o Recherches de Phyſique
donc aſſurer que toute la matiere
qui paſſe entre les deux aimants
tendant à écarter l'Ether d'entre
deux , facilite leur accés ; & que
toute celle, qui ſort ou entre par
derriere, eſt la cauſe de ce même
accés. La premiere, en repouſſant
l'aimant en arriere & s'appuyant
contre l'Ether poſterieur, comme
on pouſſe un batteau en s'appuyant
contre le bord d'une riviere ; & la
ſeconde, en chariant l'aimant mo
bile àl'aimant fixe, comme le cou
rant d'une riviere emporte un bat
teau dans ſon cours, malgré la re
ſiſtance de l'air qui le précede.
ART. 161. Il eſt conſtant qu'un
aimant diminuë de force ſelon qu'il
en communique, ou qu'il eſt en
vironné de fer; mais auſſi étant ex
oſé ſeul à l'air, il la recouvre peu
à peu. Ainſi tout cet article eſt con
traire à l'experience, & par conſe
quent deffectueux dans ſes raiſon
nemens. Voyés là deſſus les expe
riences rapportées par M. Artzoet
rer dans ſes Principes de Phyſique,
& de Mathematique. z31
premiere Partie , ou celles de M.
Joublot & de Butterfield.
ART. 166. Il me paroît que ſi la
matiere qui vient du Sud le long de
l'axe de la terre, & qui ſort enſuite
par le Nord , rentroit auſſitôt pour
la plûpart par les parties du Nord,
pour couler enſuite par ſous la ter
re vers le Sud; l'aiguille aimantée
devroit pancher dans les Païs du
Nord vers le Sud, & non pas vers
le Nord comme elle fait. De plus
il paroît que le tourbillon de l'ai
mant devroit faire auſſi la même
choſe que celuy de la terre; puiſ
qu'il ſouffre le même obſtacle dans
l'air, cependant la limaille de fer
ſemée autour de l'aimant, fait voir
le contraire. Et ces experiences
jointes à celles que nôtre auteur
apporte contre Gilbert, ſuffiſent
our faire voir que ce dernier s'eſt
§ tromper par une prévention,
& a trompé enſuite nôtre auteur,
faute d'avoir examiné la choſe d'aſ
ſez prés.
ART. 167. Il ſemble que nôtre
• - - Vij
232 Recherches de Phyſique
auteur n'ait pas fait attention, que
quand on aimante une lame ſelon
ſa longueur, ſes pôles ſe trouvent
toûjours à quelque diſtance de ſes
extrêmités.
ART. 171. Je ne ſçay ce que nô
tre auteur entend lorſqu'il prétend
que le fer ſoit chaſſé vers l'aimant
plus fortement que celuy-cy vers
celuy-là. Car la facilité que la ma
tiere magnétique trouve à s'écou
ler entre l'aimant & le fer, eſt une
choſe purement commune aux deux,
de même que la reſiſtance de l'Ether
qui les environne. -

ART. 172. Nonobſtant ce que


dit l'auteur j'ay experimenté qu'un
aimant qui levoit environ 1 9 livres
étant armé, attiroit d'aſſez loin un
· cylindre de fer & une boule d'acier
ſur un plan incliné ; & qu'il ne les
faiſoit pas remuer dans une diſtan
ce bien moindre, lorſqu'il n'étoit
point armé. Ce qui me fait conclu
re que la matiere magnétique au
ſortir de l'armûre a beaucoup plus
de rapidité, & eſt en plus grande
quantité en même eſpace , que
-

& de Mathematique. 23 ;
quand l'aimant eft ſans armûre.
D'où l'on peut inferer qu'elle ſe
fait alors des chemins en bien plus
rand nombre, & qu'elle paſſe avec
§ plus de facilité au travers
du fer & de l'air interpoſé.
ART. 174. Nonobſtant tous les
raiſonnemens de nôtre auteur, il
me paroît qu'un aimant pourra
ſoûtenir par un de ſes pôles, une
piroiiette plus peſante, ſi elle eſt
en repos, que ſi elle étoit en mou
Vement. -

ART. 176. & 177. Nôtre auteur


qui a expliqué cy-devant l'attrac
tion du fer à l'aimant par une im
pulſion cauſée par l'air poſterieur a
recours icy à des cauſes ſympati
ques purement inconnuës. Il ſem
ble cependant qu'on pourroit com
prendre ces deux articles en deux
mots ainſi. Comme il y a de l'eſpa
ce entre E & F, le fer eſt pouſſé
vers C par l'Ether qui eſt dans cet
eſpace en la maniere qui a été ex
pliquée dans les articles précedens ;
& au contraire comme il n'y en a
- V iij
234 Recherches de Phyſique
pointentre C & D, ce fer ne ſçauroit
être pouſſé vers F de la même ma
niere, ce qui confirme que la matie
re qui ſort des aimants a plus de part
à l'attraction du fer, que celle qui
rentre. Mais pour le ſecond article,
on dira que n'y ayant aucun eſpace
entre le fer E D & les deux aimants
C, F, il n'eſt pouſſé vers aucun
des deux, mais que chacun des deux
l'eſt vers luy avec des forces égales
par la reſiſtance de l'Ether exterieur;
comme ſi ces deux aimants étoient
ſeuls ; c'eſt ce qui fait que ce fer pa
roît attaché à chacun de ces deux
aimants avec une force égale.
ART. 178. L'auteur convient ta
citement dans les deux articles pré |
cedens quel'aimant Fn'aide aucune
ment l'aimant C à attirer le fer E D
vers ſoy, mais ſeulement à le ſoûte
nir, & cela eſt vray en effèt, puiſ
qu'au contraire l'aimant Ftendroit
plûtôt à détacher le fer E B de l'ai
mant C, & à l'attirer à ſoy ; ou
du moins il faut avoüer qu'il dimi
nuë l'effort de l'aimant C pour at
& de Mathematique. 235
tirer le fer E D. Car à cauſe de la
preſence de l'aimant F, la reſiſtan
ce entre F & E eſt diminuée, &
par conſequent auſſi l'impulſion du
fer ED vers l'aimant C. Ainſi cet
te experience ne ſçauroit être ap
propriée à celle d'un aimant qui
ſoûtient ſeul un morceau de fer,
ayant ſon axe ſitué verticalement,
comme dans cet article; puiſqu'icy
le pôle Auſtral d'un aimant étant
tourné vers la terre, ſoûtient au
contraire, ſelon nôtre auteur, une
plus grande charge. L'auteur fait
donc un pur ſophiſme , lorſqu'il
compare la ſuſtentation horiſonta
le du fer ED, par l'aimant Favec
la verticale d'un morceau de fer,
par un aimant qui a ſon pôle Auſ
tral tourné vers la terre. Mais il
faut remarquer que la terre n'aug
mente nullement la force des ai
mants ; & que ce n'eſt qu'un pur
hazard, qui fait qu'un pôle d'un
aimant, eſt plus fort qu'un autre;
ſçavoir, parce que la ſubſtance de
cet aimant, eſt plus pure autour
236 Rccherches de Phyſique
d'un des pôles, qu'autour de l'au
tIC.

ART. 181. Je ne ſçaurois paſſer


à nôtre auteur, qu'il y ait du ſecond
élement dans les autres métaux,
plûtôt que dans le fer , ny que les
pores du fer ſoient plus étroits que
ceux de ces autres métaux , du
moins autant que j'en puis juger
par leurs diſſolutions, & par leurs
poids. Je ne ſçaurois non plus luy
accorder que la matiere magnéti
que paſſe auſſi aiſément dans ces
autres métaux, que dans l'air mê
me, à cauſe de la quantité des par
ties ſolides qu'elle y trouve qui la
détournent ſans ceſſe ; au lieu que
celles de l'air & de la lumiere doi
vent luy obéïr du moins un peu. Il
faut donc rapporter la difference du
fer, de l'acier & des autres métaux,
à l'égard des efflus qui ſortent de
B, à ce que les pores de ces deux
premiers ſont de telle nature, que
la matiere magnétique trouve beau
coup plus de facilité à paſſer au tra
vers, que par ceux de l'air, au lieu
/
& de Mathematique. 237
que c'eſt le contraire pour tous les
autres corps. C'eſt pour cela qu'elle
coule le long du fer ou de l'a-
cier autant qu'elle peut avant
de ſortir à l'air ; & qu'elle paſ
ſe au contraire directement des
autres corps dans l'air ſans s'arrê
ter dans ces corps. -

ART. 182 & 183. On peut ajoû


ter à ces cauſes une autre, dont
nôtre auteur cependant ne convient
pas; ſçavoir que quand un aimant
eſt environné de fer pendant un
temps conſiderable, il s'épuiſe de
matiere ſubtile & s'affoiblit beau
coup ; mais ſi on le tient enſuite à
l'air en liberté, il reprend ſes for
ces peu à peu. -

A R T. 184. 185. & 186. Il me


ſemble qu'il ſuffiroit de dire, que
comme il y a dans tous les corps
tranſparants, & dans les gommes
des pores aſſez grands pour rece
voir le ſecond élement, mais ce
pendant trop petits pour donner
§e àl'air, il entre auſſi
une entrée
dans ces mêmes pores quantité
238 Recherches de Phyſique
d'autres matieres aſſez ſubtiles ;
comme des ſels volatils, des ſoul
fres étherés, des efflus aimantés,
des exhalaiſons metalliques &c.
qui y font ordinairement leur ſé
jour, & qui étant ſouvent jointes à
des parties de ces mêmes corps,y for
ment comme un eſpece de tourbil
lon confus & ſans ordre, qui s'étend
même ſouvent au delà du corps ſo
lide. Mais la reſiſtance de l'air groſ
ſier (& peut-être auſſi du ſecond éle
ment ſi ces matieres ſont trés ſub
tiles ) empêche ce tourbillon de ſe
diſſiper; & lorſqu'on agite forte
ment les parties du corps où ſe
trouve un tel tourbillon, cette agi- .
tation ſe communique auſſitôt à
celles du tourbillon, ce qui fait
qu'il a aſſez de force pour s'éten
dre hors du corps où il eſt, & pour
écarter l'air & même l'Ether envi
ronnant ; De ſorte que s'il y a au
dedans de ce tourbillon quelque
corps qu'il pénétre plus aiſément ,
il le repouſſera par derriere vers le
premier corps en s'appuyant ſur l'E-
-
& de Mathematique. 239
ther oppoſé, on le chariera dans ſon
cours, de la maniere qu'il a été ex
pliqué en parlant de l'attraction de
l'aimant. Ainſi la ſeule diffèrence
qu'il y a alors de ces corps avec l'ai
mant, ne conſiſte qu'en ce que
leurs pores n'ayant aucune direc
tion particuliere comme ont ceux
de l'aimant ou du fer aimanté, leurs
tourbillons entrent & ſortent in
differemment par toutes les parties
de leur ſurface, ſans affecter au
cune aſſiette particuliere ; & peut
être auſſi en ce que les parties de
ces tourbillons n'ont pas des direc
tions oppoſées, comme dans l'ai
mant, où il y a deux tourbillons
qui ſe pénétrent mutuellement &
avec des mouvemens oppoſés. En
fin on ne voit pas pourquoy tous
les efflus qui ſortent des differens
corps, & dont les uns ſont diure
tiques, les autres purgatifs , d'au
tres ſudorifiques, d'autres ſopori
fiques, d'autres vomitifs, d'autres
délétaires, d'autres puants, d'autres
odorants &c. ſeroient cependant
a4o Recherches de Phyſique
tous diſpoſés par bandelettes. Car
ſi cela étoit, il ſemble qu'ils ne de
vroient auſſi tous produire que les
mêmes effets, ou du moins que des
effets fort ſemblables.On peut donc
· mettre ces prétenduës bandelettes
de nôtre auteur, au même rang que
ſa matiere canelée, comme n'étant
pas mieux fondées. Ceux qui vou
dront voir plus au longcommej'ex
plique les effets de l'aimant, peu
vent voir le Journal des Sçavants
du mois d'Aouſt 17or. · -- · --

· ART. 187. Je ne ſçaurois paſſer


cet article ſans faire une remarque
ſur ce que l'auteur prétend étendre
ſes principes à des Phenomenes,
dont il ne nous aſſure point avoir
aucune certitude par luy même, &
qui ſont d'ailleurs pris pour des fa
bles de la plûpart de ceux qui ſont
veritablement Sçavans, je veux di
re, qui n'admettent rien que d'é-
vident, & qui ſont ennemis de la
ſuperſtition. Car c'eſt-là tout juſte
l'endroit de faire regarder ſes rai
ſonnemens comme des réveries pa
reilles
"e5° de Mathematique, 24r
1

reilles à la plûpart de ces fables ;


bien loin que ces exemples puiſſent
ſervir à les confirmer. A mon égard
j'avouë que je n'ay encore vû au
cun effet de ſympatie, (excepté
ceux d'attirer dont il eſt parlé dans
ce Traité) qui ne pût fort aiſément
-être imputé à quelque tromperie,
ou de perſonnes interreſſées, ou
d'une imagination prévenuë; ce
-que je ſçay pour en avoir pris ſur
le fait.Je ſçay d'ailleurs ce qu'une
imagination prévenuë ou de crain
te ou de deſir, eſt capable de rap
peller pendant le ſommeil , en ſor
te qu'il ne me ſouvient pas d'avoir
rien ſongé dans cet état, dont je
n'aye trouvé le dénoüement dans
des conjonctures précedentes ,
quand j'ay bien voulu m'en don
ner la peine Enfin il ne me paroît
pas que ce ſoit une choſe fort aiſée
à imaginer que la maniere dont
des matieres ſubtiles porteront avec
elles l'image modifiée d'une perſon
ne morte depuis long-temps, ou
cd'une perſonne fort éloignée; ou
II. Partie,
242 Recherches de Phyſique
la maniere dont elles ††
les playesd'un mort épuiſé
à # § de ſon aſſaſſin, ou
-

quantité d'autres paradoxes de cet


te nature. Et je crois que c'en eſt
aſſez pour détruire toutes ces ſu
perſtitions, de conſiderer qu'un des
plus fameux Charlatans en ce gen
re, aprés avoir abuſé un nombre
inombrable de perſonnes credules,
a avoiié à la fin toutes ſes trompe
ries, lorſqu'il en a été convaincu.
C'eſt l'illuſtre Jacques Aimard,
dont je veux parler icy, qui a tant
ſemé d'illuſions dans les eſprits fa
ciles, qu'ils n'en ſçauroient encore
revenir, aprés que luy-même en
a fait un aveu public. -

, ART. 189. & 19o. Pour voir ſi


le jugement de nôtre auteur tou
chant les ſentimens interieurs eſt
veritable, voyons ſi en raiſonnant
tout au contraire de ſa maniere,
on ne trouveroit point quel
choſe d'auſſi bien fondé & de plus
ſimple : ſuppoſons par exemple, que
les images excitées ou reveillées dans
- - ,, , ,, , , .
& de Mathematique. 243
nôtre cerveau par les impreſſions
faites ſur nos § , cauſent direc
tement des paſſions dans nôtre
ame, que la preſence d'un amy,
par exemple, excite l'amitié, la
joye &c. celle d'un ennemy, la triſ.
teſſe, l'envie , la haine , la colere
&c; celle d'un bien, le defir ; cel
le d'un mal , l'averſion, & ainſi des
autres ; Il eſt évident que nous
n'introduirons rien que ce que l'au
teur ſuppoſe, ſçavoir un témoigna
ge dans nôtre ame, d'un mouve
ment qui eſt dans nôtre cerveau.
| Suppoſons enſuite que le deſir, la
· joye, le plaiſir, la colere, l'eſpe
rance , conſiſtent dans un mouve
ment expanſif des eſprits du cer
veau modifié differemment, ſelon
ces differentes paſſions ; en ſorte
que par ce mouvement ils ſoient
portés à ſe répandre hors le cer
veau ; il eſt évident que s'il y a
quelque Herf dont la porte ſoit toû
jours ouverte, & que nous ſuppo
ſions que ce ſoit celuy du cœur , ja
mais ces mouvemens "#ſeront ex
1]
244 Recherches de Phyſique
cités dans le cerveau, que les eſ
prits n'affluent au cœur, qu'ils n'y
rendent le ſang plus rapide , &
qu'ils ne le § courir à la cir
conference avec plus de vigueur ,
d'abondance & de vîteſſe. Et s'il
arrive auſſi qu'il ſe trouve une tel
le habitude dans le ſang par une
cauſe étrangere, comme lorſqu'on
a mangé ou bû quelque †
délicieux ou de ſpiritueux, ou qu'on
a fait quelqu'autre exercice utile à
la ſanté ; un ſemblable mouvement
ne manquera pas d'être excité au
cerveau, tant par la communica
tion des nerfs avec les veines &
arteres, que par l'arrivée d'un ſang
vigoureux au cerveau ; & on aura
par cette méchanique le rapport des
aſſions vigoureuſes ou vivesa de
#ame avec l'habitude vigoureu
ſe & vive du corps , & ſans aucun
circuit; & le cœur y aura ſa part ſans
aſſervir l'ame à ne ſe pouvoir paſ
ſer de luy. Si l'on veut au contrai
re que la triſteſſe, la crainte, la hai
ne, la douleur & toutes les paſſions
& de Mathematique. .. 24;
Manguiſſantes ou mortes conſiſtent
dans un abattement & une conſ
·ternation ou reſſerrement des mê
mes eſprits, il s'enſuivra tout le
contraire de ce que nous venons
de dire, c'eſt à dire que les eſprits
étant fort conſternés ou condenſés
au cerveau, les autres y afflueront
des parties de la circonference, &
particulierement du cœur , qui
étant vuide d'eſprits, ou palpitra,
ou battra foiblement ; ce qui fera
refluer le ſang de la circonference
au cœur, & laiſſera les extrêmités
dans la pâleur & dans le froid. Et
ſi par le temperament ou le vivre,
l'habitude du ſang eſt lente & froi
de, les eſprits qu'il formera dans
le cerveau, tenant de ſon tempe
rament, ſeront les mêmes que dans
les paſſions mortes, & on aura en*
core par-là la comparaiſon de ces
dernieres paſſions de l'ame avec
l'habitude du cœur & du corps,
fans mettre l'ame dans la neceſſité
de ne ſe pouvoir paſſer du cœur,
& ſans luy faire faire des circuits
· X iij
246 Recherches de Phyſique
inutiles pour ſe rendre preſent ce
qui l'étoit déja par avance. Car
enfin qui a dit à nôtre auteur que
l'ame eſt plus unie au nerf du cœur
qu'à tous les autres. Joint que tous
les hommes qui ſe ſont accoûtumés
à dompter leurs paſſions, ſont les
maîtres de les étouffer dans leur
naiſſance avant même, qu'il y ait
aucun mouvement au cœur ; quoy
qu'ils ſe ſoient fort bien apperçus
de la naiſſance de ces paſſions. Ain
ſi ce n'eſt nullement du cœur que
viennent les paſſions dans l'imagi
nation, mais les mouvemens du
cœur au contraire ne ſont, pour
ainſi dire , qu'un reflus des paſſions
dans ce viſcere. Et ce reflus ne s'ap
perçoit mieux dans le cœur que
dans le foye, ou dans le poulmon,
par exemple, que parce que les
mouvemens du cœur nous ſont
d'ailleurs trés ſenſibles, au lieu que
nous ne ſentons point de mouve
ment pareils dans les autres viſce
res. Tout cecy fait voir le rapport
qu'il y a entre les paſſions externes
-

, • -
& de Mathematique. 247
& les internes, puiſque les premie
res & les dernieres conſiſtent dans
un mouvement des eſprits excité au
cerveau, en conſequence de quel
que partie de nôtre corps exterieu
re ou interieure, qui eſt agitée &
ébranlée.
- ART. 191.Je ſuis obligé de remar
† que nôtre auteur veut que le
entiment du chaud , du froid &
de l'humidité &c. ſoit une percep
tion purement ſenſible, c'eſt à dire
deſtituée de connoiſſance , ou une
ſimple diſpoſition de l'ame ; & que
le chatoüillement au contraire cau
ſe un plaiſir intellectuel & raiſon
nable , quoyqu'il ſoit cependant
conſtant qu'il n'y a peut-être pas
d'état où la connoiſſance de l'ame
ſoit plus obſcurcie, que, dans le
chatoüillement. De plus il eſt cer
tain qu'il y a pluſieurs perſonnes
raiſonnables qui ſeroient fort triſtes,
ſi on les chatoüilloit contre leur gré,
quoyque cela leur causât d'ailleurs
du plaiſir. Ainſi il faudroit qu'il ſe
trouvât dans l'ame de ces perſonnes
du plaiſir & de la douleur en mê
248 Recherches de Phyſique .
me temps ; De même en raiſonnant
ſelon nôtre auteur, on diroit que la
faim, la ſoif & les autres appetirs
douloureux de nôtre corps, ne
ſont autre choſe que l'affliction où
ſe trouve nôtre âme, de ce que
ſon corps a neceſſité de quelqne
choſe. Et conſiderant enſuite la joye
que nous reſſentons à l'aſpect des
viandes & des boiſſons délicieuſes,
quand nous avons beſoin de boire
ou de manger , on trouveroit que
ces perſonnes auroient encore en
même temps du plaiſir & de la dou
leur dans leur ame. Il auroit donc
été fort à ſouhaiter que nôtre au
teur eût accordé ces contradiétions
manifeftes. Mais ſi on veut accor
der au contraire que tout ſentiment
eſt purement materiel & confus,
| on dira que ceux qui cauſent de la
joye, produiſent un mouvement
diaſtole ou expanſif au moins dans
une partie des eſprits; qu'au con
traire ceux qui cauſent de la triſteſ
ſe, produiſent au moins dans une
partie des eſprits, un ſyſtole ou reſ.
ſerrement plus ou moins general ,
· & de Mathematique 249
& qu'enfin ceux qui cauſent de la
douleur, excitent au moins dans
une partie des eſprits un mouve
ment prompt & direct ; & par-là
on expliquera pourquoy le chatoüil
lement produit du plaiſir dans le
cerveau, de même que toutes les
autres impreſſions de la matiere
dans leſquelles les eſprits ſont ex
cités à treſſaillir ou tremouſſer ;
comme les ſons, les couleurs, les
ſaveurs, les odeurs agreables ont
accoûtumé de faire : pourquoy la
privation d'un bien ou d'un plaiſir,
les ſons languiſſans, le froid, le
noir &c. produiſent de la triſteſſe
en fixant le mouvement circulaire
& réciproque des eſprits ; pourquoy
les coups violens donnés ſubitement
en quelque partie du corps , cau
ſent de la douleur par le reflus ſu
bit qu'ils cauſent dans les eſprits
vers le cerveau, lequel reflus ſu
bit arrête leurs mouvemens agrea
bles , les change en un état de
triſteſſe , & cauſe du trouble dans
la diſpoſition du cerveau : au lieu
que les coups legers & prompts,
a5o Recherches de Phyſique
produiſent dans les eſprits un ſatt
tellement & une expanſion qui
produit la joye; comme on le rez
marque aſſez dans les chatoüillez
mens cauſés par tous les corps po
lis, dans les frictions legeres , &
en quantité d'autres rencontres. .
On expliquera encore par.là
comme on éprouve ſouvent un mé
lange de plaiſir & de triſteſſe, ou
de plaiſir & de douleur, ou de triſ
teſſe & de douleur, enfin de tous
ces trois ſentimens enſemble ſelon
les differentes parties du cerveau
où ces affections ſe rencontrent en
même temps. Enfin on expliquera
comme les mêmes affections peu
vent ſe trouver dans le cerveau de
tous les animaux, & produire tous
les differens mouvemens qui ont
du rapport avec ces affections. Ce
qu'on ne ſçauroit ſans doute faire
par aucune autre voye. .
· Je ne répons rien à tous les au.
tres articles, finon que nôtre auteur
finit par deux reflexions que je trou
ve trés judicieuſes, & auſquel
les je conſeille ceux qui étudient
- & de Mathematique. - 25t
ſes principes, de faire plus d'atten.
tion qu'ils ne font d'ordinaire.J'ay
tâché à mon égard autant que j'ay
pû de mettre en pratique le conſeil
# nôtre autenr y donne, & je
ouhaite qu'on me rende la pareil
le. J'ajoûteray ſeulement que ce
qui m'a fait entreprendre particu
lierementcette Analyſe, ça été par
ce que je ſçay que quantité de per
ſonnes de qualité & autres ſont
trompées par certains Charlatans
qui leur enſeignent la Phyſique de
Deſcartes dans toute ſa pureté,
comme un ouvrage parfait & irre
prehenſible : ſoit parce qu'ils ne
l'entendent eux-mêmes que fort
ſuperficiellement faute de princi
pes & d'experience , ſoit parce
qu'ils y ſentent à la verité des def
fauts inexcuſables, mais qu'ils n'o-
ſent publier crainte de ſe décredi
ter ; ſemblables aux Prêtres des
Payens, qui connoiſſoient la fauſſe
· té de leurs idoles ſans vouloir la
confeſſer, de peur d'être reconnus,
· pour ce qu'ils étoient.J'avouë qu'il
" y en a de plus ſinceres, qui aver
-2* · see
-

252 Recherches de Phyſique .


tiſſent leurs écoliers des deffauts,
ſophiſmes, ou contradictions qu'ils
apperçoivent, mais s'ils expliquent
cet auteur avec une Analyſe pareil
le à cellecy, dans qûelembarras d'eſ
prit ne les jettent-ils point, & quel
eſt l'eſprit d'un commençant qui
pourroit y reſiſter, c'eſt pourtant ce
que je ſoûtiens qu'ils ſont obligés de
faire en honnêtes gens. Et c'eſt
dans les mêmes vûës que j'ay fait
les Analyſes de Roault & autres
diſciples de Deſcartes, qu'on enſei
gne ordinairement en public. A l'é-
gard de Roault, qui eſt celuy que
j'explique ordinairement à mes éco
liers, ſon Analyſe eſt plus travail
lée que celles des autres, à cauſe
des ſupplémens que j'y ay ajoûtés ;
& d'ailleurs c'eſt à mon avis le plus
propre pour des commençants,
comme une experience de 1o ans me
l'a fait reconnoître. · · · · ·

F I N.

L#lier.par ordre· DdeE M.FoNTENELLE,


le Chance
253.

#
@ºz-Dz ºz PGtS" EG NºTLQ º 4.G NºaNLQEw a

AN A LY S E
| DE LA METHODE,
| D E

LA DIOPTRIQUE.
- BT

· DES METHEO R ES
D E M.

D E S C A R TE S,
avec des Supplémens.

QUATRIE'ME PARTIE,
De la Methode. -

A v E R T 1 s s * M E Nr.
| Nous ſuppoſons qu'on ait cotté les Articles
ſuivans, car ils ne le ſont point.
ART. A† de ne point perdre
, I. le tems en reflexions in
| II. Partie.
*54 Recherches de Phyſique
utiles ſur les trois premieres Parties
de ce Diſcours, qui outre quelques
maximes raiſonnables ne contien
nent preſque que le recit de la vie
de l'Auteur, nous paſſerons legere
ment ſur la quatriéme Partie, &
premierement ſur l'Article I. où M.
Deſcartes dit, Qu'il faut d'abord
rejetter, comme abſolument faux,
tout ce en quoy on peut imaginer
d'abord le moindre doute. Sur quoy
nous remarquerons que cette ma
xime, par laquelle il eſt à la verité
tres-utile de commencer ſes études
ſerieuſes, ne doit cependant s'éten
dre au plus qu'aux notions qui nous
ſont venuës par nos ſens, ou par nos
raiſonnemens ; & qu'il y a certaines
traditions dont il ſeroit abſurde de
douter. . , • • •

II. Il me paroît que ce principe,


Je penſe, donc je ſuis, que M. Deſ
cartes prend pour le premier de ſa
Philoſophie, ne ſignifie pas davan
tage que s'il avoit dit, Je penſe,
donc Je penſe. Car le mot de pen
ſer s'étendant icy à toutes les ope
-
& de Mathematique. , 255
rations de l'eſprit en general, il
comprend tout l'être de la penſée,
qui eſt de penſer, comme il en con
vient dans la ſuite. Ainſi il ſemble
que M. Deſcartes devoit, ſelon luy,
prendre plûtoſt pour principe ; Je
doute; done je penſe, ou, donc je
ſuis ; ou, Je diſcours; donc je pen
ſe, ou, donc je ſuis, puiſqu'on eſt
naturellement perſuadé que l'action
de douter, de raiſonner, de juger,
&c. nous appartient en propre,
quoique chacune en particulier ne
comprenne pas toute la penſée.
III. Quant à la regle generale
que M. Deſcartes établit, ſçavoir,
Que les choſes que nous concevons
fort clairement & fort diſtincte
ment ſont toutes vrayes; il me ſem
ble qu'elle ſouffre de grandes re
ſtrictions, & qu'il faut mettre, Que
les notions ſimples & premieres, ou
celles auſquelles nous ſommes ar
rivez par des diſcours bien ſuivis,
& tirez des notions ſimples & pre
mieres, ſont veritables. Car à l'é-
gard des notions compoſées, il eſt
Y ij
256 Recherches de Phyſique
conſtant que tous ceux qui ſe trom
pent en raiſonnant, croyent voir
clairement & diſtinctement une pro
poſition qu'ils appellent vraye, la
uelle n'eſt cependant qu'une illu
† de leur imagination, qui vient
ou de quelque ancienne §
fauſſe qu'ils ont toûjours regardée
comme vraye, ou de précipitation.
Auſſi l'Auteur convient qu'il y a
quelque difficulté à démêler icy la
verité de l'illuſion ; il auroit peut
être dit une extrême difficulté, s'il
n'avoit point craint de dégoûter les
Lecteurs de l'étude de ſa Philoſo
phie, au lieu de les y encourager.
V. Quant.à ce que notre Au
teur dit, Que l'idée d'un Eſtre qui
renfermetoutes les perfections com
prend ſon exiſtence, comme il eſt
de l'eſſence d'un triangle d'avoir ſes
trois angles égaux enſemble à deux
droits ; je l'avouë, ſi l'on veut que
cette idée ſoit tirée de notre foi
bleſſe & de notre dépendance, com
me notre Auteur l'inſinuë dans l'Ar
ticle précedent. Mais ſi l'on veut
& de Mathematlque. 257
ſeulement feindre à plaiſir un Eſtre
parfait, & conclure de là qu'il exi
ſte; il me ſemble qu'on peut dire
au contraire que cet être n'exiſte
point encore autrement que ce
triangle, c'eſt à dire † exiſte
dans notre conception ſeulement,
dans laquelle la § & les chi
meres peuvent auſſi - bien exiſter,
que la verité même. Car nous en
tendons ſeulement par ces perfe
ctions, celles qui accompagnent &
perfectionnent notre être, ou notre
exiſtence. Mais quoique l'exiſtence
ſoit la premiere de toutes les per
fections dans un être qui exiſte, ce
pendant celle de cet être qui n'eſt
que feint, n'eſt encore rien elle
même,
de notre&queſtion.
elle fait toûjours le ſujet
· ·N ,

Ainſi quand nous diſons, N'y a


t-il point un être qui connoiſſe tout,
qui ſoit ſouverainement juſte, mi
ſericordieux , puiſſant, & qui ne
doute point, ne diſcoure point, ne
craigne point , ne ſe reſſouvient
point comme nous ? Il eſt évident
Y iij
258 Recherches de Phyſique
que dans cette idée de perfection,
nous ne comprenons point l'exiſten
ce; puiſqu'il ſeroit ridicule de de
mander s'il n'y a point un être qui
exiſtât, ou qui fût déja, c'eſt à dire
de l'exiſtence § on ſeroit cer
tain. Il faut donc avoüer que cette
prétenduë démonſtration de l'exi
ſtence de Dieu, que pluſieurs Secta
teurs de Deſcartes ont receuë n'eſt
qu'un pur ſophiſme ; puiſque l'exi
ſtence n'eſt perfection que dans un
être qui exiſte, & non pas dans un
être de l'exiſtence duquel il s'agit,
ou qui n'eſt encore que purement
hypothetique; mais qu'au contraire
celle que l'auteur déduit de notre
impuiſſance, ou du deſir que nous
avons d'être plus parfaits, c'eſt à
dire de notre dépendance, eſt auſſi
réelle, que notre exiſtence même.
V I I. Il n'eſt pas plus veritable
de dire, que la certitude de toutes
nos connoiſſances nous vienne de
ce que nous ſommes perſuadez de
l'exiſtence de Dieu. Car 1°, il s'en
ſuivroit de là que les Athées ne
& de Mathematique. 259
ſçauroient rien du tout, non pas
même les Mathematiques; ce qui
: eſt abſolument faux. D'où leurvient
donc leur certitude ? Il n'eſt rien de
ſi aiſé à découvrir en les pouſſant à
bout, & generalement tous les hom
mes. Car lors qu'on eſt arrivé à une
propoſition ſimple , comme par
exemple que les ſurfaces † CO11

viennent ſont égales, ils diſent que


ſi elles n'étoient pas égales, elles
ſeroient donc égales & inégales en
même-tems ; & ſi on leur ſoûtient
que cette propoſition eſt poſſible,
ils répondent § ; Il eſt donc poſ
ſible auſſi, que maintenant nous qui
ſommes icy n'y ſoyons point, ou
que nous ne ſoyons rien du tout.
Tant il eſt vray que la certitude de
toutes nos connoiſſances acquiſes,
· vient de la comparaiſon que nous
en faiſons avec celle de notre exi
ſtence. Or nous n'apportons pas
, pour preuve de notre exiſtence celle
d'un être parfait; mais notre ſim
ple conſcience, puiſqu'au contraire
nous ne connoiſſons l'exiſtence d'un
26o Recherches de Phyſique -

être tres- parfait, que parce que


nous ſommes certains de la nôtre,
& de notré imperfection & dépen
dance, & en même-tems de quel
ques perfections qui ſont en nous.
J'avouë cependant, que quand
nous ſommes une fois perſuadez de
F'exiſtence d'un être veritable & il
luminant, nous pouvons nous ſer
vir de cette § pour prou«
ver la réalité de ce que nous apper
cevons par les ſens, pendant que
nous ſommes éveillez.
Et à l'égard des rêves, on auroit
raiſon de les prendre pour réels, ſi
leurs images étoient autant liées les
unes avec les autres, & avec celles
de la veille, que ces dernieres le
ſont entr'elles; puiſque les unes &
les autres ſont ſouvent également
vives ; mais ces conditions leur
manquant, ce nous eſt un indice
qu'elles procedent d'autres cauſes
que les ſenſations de la veille, &
qu'il eſt de notre prudence de nous
en défier.
& de Mathematique. 261

CINQUIE'ME PARTIE.
De la Methode.

ART. Uand il n'y auroit que


I. les loix que notre au
teur cite, c'en ſeroit aſſez pour
prouver qu'il n'a pas trouvé les ve
ritables principes de la Nature,
comme il ſe l'eſt imaginé, & com
me on l'a démontré dans l'Analyſe
de ſes Principes ; & que par conſe
quent on doit ſe défier de ſon prin
cipe de certitude, auſſi-bien que de
ſes raiſonnemens, & de ce qu'il ap
pelle Démonſtrations plus que Geo
metriques.
VI. M. Deſcartes qui donne ſon
explication de la circulation du ſang
par le cœur, comme un échantillon
ou plûtoſt comme un chef-d'œuvre
de † Démonſtrations Mathemati
ques, n'a pas laiſſé de s'y tromper,
comme on dit, toto cœlo. Car tous
les Anatomiſtes conviennent que les
262 Recherches de Phyſique .
oreillettes du cœur s'enflent d'abord
dans un premier tems, & verſent
le ſang dans le cœur dans un ſe
cond. Que dans ce ſecond tems le
cœur s'enfle & s'alonge par l'effer
veſcence du ſang; que dans le tems
ſuivant, le cœur ſe racourcit, &
pouſſe en même tems le ſang dans
les arteres, & dans ce même tems
les oreillettes ſe renflent ; Ainſi le
ſang eſt pouſſé hors le cœur peri
-dant ſon retreciſſement, & non pas
pendant ſa dilatation, comme no
tre Auteur le prétend. Il n'eſt pas
vray non plus que la ſeule effervè
ſcence du ſang fût capable de le
faire ſortir tout entier des ventri
cules, mais ſeulement une tres-pe
tite partie à chaque fois de §
que chaque ventricule contient. Il
faut donc avoir recours au mouve
ment ſyſtole du cœur qui chaſſe
le ſang de ſes deux ventricules en
même tems, & qui, par conſequent
donne occaſion à ces deux mêmes
ventricules de ſe remplir auſſien mê
tems, pendant ſon diaſtole.
& de Mathematique. 263
: Je ne nie pas pour cela que le
ſang ne ſorte du cœur fort rarefié,
& comme tout écumant, à cauſe de
l'air & des eſprits que les poumons
ou les nerfs luy fourniſſent; & mê
me je ſuis perſuadé que la ſubſtan
ce exterieure du cœur n'eſt tournée
en double helice, repliée l'une ſur
l'autre; que pour fermer exterieu
· rement l'échapée aux eſprits ani
maux qui y § du cerveau,
& les obliger pendant ſon ſyſtole
de couler tous dans ſes ventricules,
au lieu de s'échaper au dehors. Car
ſans cela le cœur auroit beaucoup
plus de force pour chaſſer le ſang
dans les arteres, ſi ſes fibres étoient
longitudinaires dans ſa ſubſtance,
comme elles le ſont dans ſes ven
· tricules; à quoy il me ſemble qu'on
n'avoit pas encore fait attention. .
· VIII, Quant à ce que l'Auteur
† que les arteres ne ſont dou
bles, que parce que le ſang bat plus
fortement contre elles, que contre
les veines; on pourroit penſer au
contraire que ce n'eſt qu'afin que
-- ''
264 Recherches de Phyſique
les arteres battant contre le ſang,
de même que le cœur, elles l'obli
gent à couler par leurs extrémitez
dans toutes les veines. Ce qui ſe
confirme en ce que les arteres bat
tent effectivement, & ont du reſſort
de même que le cœur; & rien n'em
pêche que ce reſſort ne vienne des
eſprits contenus dans leur duplica
ture, de même que dans celle du
COCllI'. " » -

A l'égard de ce qu'il avouë que


l'air fourni au ſang par les pou
mons, ne ſert principalement qu'à
le rafraîchir. Il me ſemble qu'on
eut établir le contraire, ſçavoir
qu'il eſt plûtoſt propre à le rarefier
davantage, & à le rendre plus flui
de afin qu'il ſoit pouſſé plus aiſé
ment par tout le corps. Car ſi la
raiſon que M. Deſcartes rapporte ,
avoit lieu, on en pourroit conclure
que les poumons ſeroient preſque
tout-à-fait inutiles. On peut auſſi
raiſonnablement penſer que la par
tie nitreuſe & plus ſubtile de l'air,
& la lumiere dont il eſt rempli, ſer-t
Vcnt
& de Mathematique. 26
vent dans le ſang à former les eſ
prits du cerveau & de l'épine, du
moins elles y paroiſſent encore plus
diſpoſées que les alimens groſſiers,
ou même liquides dont on uſe ; &
cela d'autant plus, qu'on ne ſçau
roit ſe paſſer preſque un moment
d'air; au lieu qu'on ſe paſſe long
tems d'alimens, comme on le voit
dans les tortuës de mer, que l'on
garde ſix mois au fond de cale ſans
manger ; Il en eſt de même des vi
peres, des cameleons, des mouches,
des araignées, & des papillons, &c.
Al'égard de la partie nitreuſe de l'air,
on ſçait que les pigeons ſe nourriſ
ſent du nitre de l'air qui s'attache aux
entrées des carrieres, car on les
voit continuellement collez avec la
derniere opiniâtreté. On ſçait auſſi
que les cloportes, les araignées des
jardins, &c. s'en nouriſſent pour la
plûpart.
† auroit encore pluſieurs cho
ſes à remarquer, ſur ce que l'Au
teur dit dans la ſuite du mouvement
du ſang, de la digeſtion &c; que l'on
* II. Partie. · Z.
266 Recherches de Phyſique
paſſe exprés, comme étant pour la
plûpart vrai - ſemblables. Je dirai
ſeulement qu'il y a toute l'apparen
ce que les eſprits du cerveau contri
buënt beaucoup plus à la digeſtion
des alimens, que le ſang arteriel ;
· ce qui ſe reconnoît en ce que le re
cueillement des eſprits au cerveau
immediatement aprés le repas, ou
même pendant qu'on mange, eſt
† être la choſe la plus nuiſible à
a ſanté, qu'on puiſſe imaginer; ou
tre que l'aſſoupiſſement où l'ontom
be aſſez volontiers aprés avoir man
gé, eſt une marque, ce me ſemble,
aſſez ſenſible de l'écoulement des
eſprits à l'eſtomac. .
IX. A l'égard de ce que M. Deſ
cartes prétend prouver, que les bê
tes n'ont point d'ame raiſonnable,
de ce qu'elles ne s'entretiennent
point entr'elles, ny avec les hom
mes; il me paroît que rien n'eſt plus
foible que cette preuve. Car 1°, on
ne ſçauroit rien conclure de ce qu'el
les n'apprennent point à parler à
propos, quoiqu'elles apprennnent
& de Mathematique. 267
à proferer quelques paroles, ſinon
que les eſprits ne coulent pas avec
la même liberté que dans § hom
mes dans les organes de la langue, &
des lévres des bêtes, comme # Vont
librement dans les jambes pour cou
rir à propos, dans les machoires pour
macher à propos, dans la queuë,
les oreilles pour flater à propos,
& generalement pour faire toutes
les autres actions qui marquent
quelque liberté; & peut-être mê
me que la communication de leur
imagination aux organes de leur
langue leura été entierement inter
dite comme aux muets, d'où il ſuit
qu'on n'en peut rien conclure, non
plus que pour les muets.
2°. On ne ſçauroit douter que
les bêtes ne s'entendent, du moins
en pluſieurs choſes ; puiſqu'on en
voit qui travaillent communément
à des ouvrages pour ſe loger, com
me les caſtors, les mouches à miel,
&c. D'autres s'appellent ou ſe me
nacent par ſignes, comme les ſin- .
ges, les chiens, les chats, &c. Les
Z ij
268 Recherches de Phyſique
chiens apellent leurs maîtres, quand
ils reſtent trop à partir : D'autres
, marquent de la reconnoiſſance &
de l'amitié, quand ils ont été déli
· vrez de ce qui les gênoit, ou quand
on les nourrit ; d'autres font voir de
l'indignation & du reſſentiment,
quand on les a mal-traitez, particu
lierement ſi c'eſt ſans ſujet; d'autres
expriment de la défiance, du plai
ſir, de la triſteſſe, &c. Il y a des
chiens qui entendent tous les ſignes
du viſage de leurs maîtres, & qui
y répondent par d'autres ſignes ;
d'autres qui obeïſſent à ce qu'on
leur ordonne, qui défendent leurs
maîtres, leurs maiſons, leurs trou
peaux, qui les appellent au bercail,
qui ſont extrémement ſenſibles à
l'harmonie, comme un que j'ay
nourry, & un autre qui eſt encore
entre les mains d'un de mes amis ;
en ſorte qu'il eſt extrémement dif
ficile de démêler dans toutes ces ac
tions la matiere d'avec la raiſon.Du
moins on ne ſçauroit nier, comme
notre Auteur, que les bêtes ne s'en
& de Mathematique. 269
tendent en quelque façon, tant en
tr'elles qu'avec les hommes qui les
nourriſſent.
Il me ſemble donc qu'il faudroit
avoir recours à d'autres preuves,
pour les diſtinguer réellement des
hommes; comme ſont celles de
domter les autres anifnaux, & de ſe
les aſſervir, d'établir ſur eux des .
ſubordinations & des gouverne
mens, de vaincre les mouvemens
& les apêtits naturels en pluſieurs
eccaſions, de ſè faire du mal pout
ſe rendre la ſanté, de préferer les
biens inviſibles & abſens à des vi
ſibles & flateurs ; de rendre la ju
ſtice, punir les crimes, recompen
ſer le merite & la vertu, fe vaincré
ſoy-même; toutes leſquelles actions
ſemblent d'autant plus venir d'un
principe immateriel, que la plûpart
vont à détruire la nature materielle
& ſenſible ; comme quand les hom
mes par des égards particuliers s'ab
ſtiennent de prendre ou de réndre
des choſes, ou de goûter des plai
ſirs qui feroient du bien à leur ſan
Z iij
27o Recherches de Phyſique
#, ou qui multiplieroient leur être,
& leur eſpece, &c. toutes leſquel
les actions ſe rencontrent dans tous ſ
les hommes, & ne ſe trouvent nul
lement dans les bêtes ; d'où l'on a
droit de conclure qu'il y a une dif
ference eſſentielle entre les unes &
les autres, ſçavoir une liberté par
( faite dans les premiers, & ſeule
ment quelques étincelles de liberté
dans les derniers.
, Je paſſe le reſte de ce diſcours
comme étant de peu d'importance,
& plûtoſt une eſpece de Preface
pour les ſuivans, qu'aucun Traité
particulier.
ºauSº)3r2ºu b **$ ºbcrluS bEau D6rºu or2•S ,
CºTT)4 " pQ,ºz-EQEw D L,º,4 G wro@m R

S U R

LA D I OPTRIQUE.
PREMIER D IS C O C) RS.
, ART. Onſieur Deſcartes pré
III. tend que l'action de la
lumiere paſſe dans un inſtant du
& de Mathematique. 271
corps lumineux dans les yeux, &
cela par la comparaiſon d'un bâton
qu'on pouſſe contre un corps, le
quel fait ſentir ſa réſiſtance dans un
inſtant. - -

Sur quoy je remarque, que ſi


par le mot d'inſtant l'Auteur entend
un tems indiviſible ; c'eſt une erreur,
ſelon luy, & ſelon preſque tous les
Philoſophes d'aujourd'hui, puiſqu'il
n'ya point de tems ſelon eux qui ne
ſoit indéfiniment diviſible ; de même
qu'il n'y a† de partie d'étenduë
qui ne puiſſe être diviſée dans une
infinité de parties, ſelon l'idée des
lus habiles Geometres. Cela étant,
† paſſage de la lumiere ſera toû
jours ſucceſſif, & de la même na
ture que tous les autres paſſages
ſucceſſifs. Ainſi on peut ſeulement
entendre que la lumiere paſſe d'un
point à un autre dans un tems in
ſenfible, ou qu'on ne ſçauroit me
ſurer. Mais des experiences faites
par M. Romer à l'Obſervatoire de
Paris pendant dix ans conſecutifs,
confirment que cette ſucceſſion de


272 Recherches de Phyſique
vient tres-ſenſible, lorſque le trajet
eſt fort grand, puiſqu'elle eſt d'une
minute pour faire la valeur du de
mi-diametre de la terre, c'eſt à dire,
de vingt-cinq lieuës par ſeconde,
qui eſt une vîteſſe environ quator
ze fois plus grande que celle du ſon,
comme on peut le voir dans le Trai
té de la Lumiere de M. Huguens,
Chapitre 1. . s
De plus, il n'eſt pas vray non
lus de dire que la preſſion faite au
§ d'un bâton paſſe à l'autre bout
dans un inſtant qui ſoit un tems in
diviſible; parce qu'il n'y a point de
tel tems, ſelon l'Auteur. A moins
que l'on ne veüille dire que l'Au
teur entend par cette façon de par
ler, que le paſſage de la lumiere
n'eſt pas ſucceſſif, auquel cas il fau
droit que le bâton & le corps ſur
lequel il appuye fuſſènt d'une dure
té infinie, & n'euſſent aucun reſ -
ſort. Or on ſçait qu'il n'y a point
de tels corps dans la nature, &
§ les plus durs, ont plus de reſ
orts que les autres. Il eſt vray que
& de Mathematique. 273
plus les corps ſont durs, & plus leur
reſſort eſt promt ; mais quelque
promt qu'il ſoit, ſon action de ſe
bander & de ſe débander ne ſçau
roit ſe faire dans un même tems.
De quelque nature donc que ſoit
un bâton, il faut que la § fai
te à un bout paſſe ſucceſſivement à
l'autre, comme il arrive à une ſui
· te de boules d'yvoire rangées en li
gne droite, dont on choque la pre
m1ere. .
Afin donc que la lumiere reçût &
tranſmît ſon action dans un même
, tems, il faudroit que les particules
de lumieres fuſſent infiniment du
res, ſans nul reſſort, & qu'elles ſe
touchaſſent immediatement , ſans
qu'il y eût dans toute la longueur
d'un rayon mené d'un bout du mon
de à l'autre le moindre intervalle
vuide de lumiere, qui ſont des ſup
poſitions contraires à ce que l'on
connoît de tous les corps fluides.
D'ailleurs , cet attouchement im
mediat des particules de la lumie
re, ne s'accorde pas aiſément a
| 274 Recherches de Phyſique
vec ſon mouvement autour du So
leil. -

Il reſte donc d'établir le contrai


re de ce que l'Auteur prétend ſça
voir, que les particules de lumiere
laiſſent entr'elles des interſtices ſans
lumiere, & qu'elles paſſent ſucceſſi
vement du corps lumineux vers les
objets, comme par exemple du So
leil vers nous, quoy que d'un mou
vement inſenſible, de la même ma
niere que l'action du ſon.
Quant à ce que l'auteur prétend,
que nos idées ne ſont ſemblables
en rien aux objets qui les cauſent,
il me ſemble qu'il s'avance trop, &
qu'il n'eſt pas poſſible de compren
dre que les images qui nous repre
ſentent les objets, & leurs diffèrens
mouvemens, n'ayent nulle analo
gie avec les figures & les mouve
mens des objets, comme des effets
avec leurs cauſes, puiſqu'il eſt cer
tain que diffèrentes figures, ou dif
rens arrangemens & differens mou
vemens dans les corps, doivent pro
duire diffèrentes images, c'eſt à dire
& de Mathematique. 275
des arrangemens differens, & di
vers mouvemens dans l'imagina
tion; outre qu'il ne ſeroit pas poſ
ſible de comprendre ſans cela,
comment un Peintre ou un Scul-.
pteur pourroient former des figures,
qui repreſentaſſent les objets qu'ils
ont vus, auſſi exactement § le ,
font.
L'auteur prétend auſſi, que la va-.
rieté des couleurs ne vient que de
la differente façon dont les corps.
reflechiſſent la lumiere; mais ceci ,
ſe trouve refuté par ce que nous
avons établi dans l'Analyſe de l'Ar
ticle 131 de la quatriéme Partie de .
ſes Principes, plus de deux ans a-.
vant que le Syſteme de M. Nevv
ton ait paru en France.
A l'égard de ce que notre Auteur .
avance, ſçavoir que les chats voyent
ar la clarté qu'ils répandent de,
§ ſur les objets, il s'enſui
vroit ce me ſemble de là, que nous
devrions voir auſſi la nuit les yeux
des chats. J'ay cependant remarqué
pluſieurs fois, & tout le monde en
276 Recherches de Phyſique
peut faire l'experience ſoy-même,
que l'on ne ſçauroit voir les yeux
d'un chat qui eſt ſous une table, ſur
laquelle il y a une chandelle, à
moins que la lumiere de la chan
delle ne ſoit reflechie dans ſes yeux;
par quelque choſe de blanc, com
me par le viſage , ou par la cravate,
ou par les mains du ſpectateur : hors
cela, on ne les apperçoit point du
tout. Ainſi tout ce qu'on peut tirer
de là eſt, que le fond de la choroï
de eſt tres-poli dans ces animaux.
Il en eſt de même des tigres,
dont on voit les yeux la nuit de
fort loin, à la clarté de quelque
flambeau.
Il faut cependant avoüer qu'ils
ont l'œil extrémement ſenſible à la
moindre lumiere, & que c'eſt pour
cela qu'ils voyent dans les tenebres;
car la lumiere ne laiſſe pas de con
ſerver encore alors des reflexions,
quoy qu'à la verité tres-affoiblies.
Il en eſt de même des lapins qu'on
nourrit dans les caves, des renards,
des loups,&c. quichaſſent la nuit, des
· rats,
c de Mathematique. 277
rats, ſouris, loutres, & autres ani
maux nocturnes. .!
IV. Nôtre auteur dans l'exem
ple de ſa cuve, prétend qu'un Corps
ne ſçauroit ſe mouvoir actuellement
vers deux points A & B en même
temps. Il n'eſt cependant rien de
plus aiſé, que de démontrer qu'un
corps qui ſe meut le long du rayon
d'une ſphere, avance en même tems
vers tous les points de l'Hemiſphe
re, retranché par un grand cercle
perpendiculaire à ce rayon, com
me on le voit dans nos Elemens de
Mechanique & de Phyſique. il eſt
certain (par exemple ) qu'un hom
me qui va d'icy à Lyon,s'approche
en même tems de tous les lieux qui
ſont dans le demi-horizon, retran
ché par le diametre qui paſſe par
Paris perpendiculairement au d§
min d'icy à Lyon. -

Enfin une choſe qui n'eſt pas des


plus claires dans le Syſtême de no
tre auteur; c'eſt quand il dit qu'il
faut prendre pour la lumiere des
corps non leur mouvement, mais
II. Partie. Aa
278 Reeherches de Phyſique
leur action, & leur inclination à
ſe mouvoir ; comme ſi l'inclination
dans les corps en mouvement con
· ſiſtoit en autre choſe que dans un
mouvement actuel.
: V. L'Auteur n'explique point
comment il prétend que le progrés
de la lumiere ſe faſſe en ligne droi
te, & non pas par ſpheres, com
me celui de l'air, vû que cela ſem
ble devoir s'enſuivre de la compa
raiſon de ſa cuve, dont chaque par
tie étend ſon action en demi-cir
conference. De plus, on ne voit pas
qu'on puiſſe faire aucune comparai
ſon des particules de lumiere, avec
des bales de jeu de paume qui ſont
des corps ſenſiblement gros, par
rapport aux parties de ſurfaces des
corps ſur leſquelles elles tombent :
au lieu que ces dernieres ſont des
rochers entiers par rapport aux par
ticules de la lumiere.
| S E coND DIS covRs.
ART. [ 'Auteur prendicyla ſitua
' L. L# de la raquette pour
& de Mathematique. 279
la cauſe qui détermine la bale qu'el
le pouſſe, au lieu que ce n'eſt qu'u-
ne condition neceſſaire pour cette
détermination, Car c'eſt le reſſort
de la raquette qui eſt en même
tems la cauſe, & du mouvement de
la bale, & de ſa détermination ;
ainſi il reſte toûjours que ces deux
choſes ſoient inſéparables. Il pré
tend de plus # n'y a point de
· moment de repos dans la reflexion
d'un corps. Il me ſemble cepen
dant qu'on doit établir le contraire.
Car la reflexion ne procedant que
du reſſort des corps , il eſt con
ſtant que d'abord # corps doit ſe
comprimer juſques à ce que ſa for
ce ſoit tout-à-fait amortie ; aprés
quoy ce reſſort doit ſe débander,
afin que le corps ſoit repouſſé ou re
jalliſſe. Ainſi il n'y a point de refle
xion où l'on ne doive imaginer deux
inſtans ſenſibles, l'un pour la com
preſſion du reſſort, l'autre pour ſon
débandement. -

Il donne enſuite une explication


de la reflexion qui n'eſt qu'un pur
A a ij
28o Recherches de Phyſique -

ſophiſme , & qui par conſequent


eſt fauſſe, de même que celle de la
refraction qu'il tire de la même me- .
thode ; quoy que ces deux explica
tions ayent prévenu beaucoup de
ceux qui n'y regardent pas d'aſſez
prés. Or pour en être entierement
convaincu, il ne faut que ſuppoſer
que le reſſort du corps A n'eſt pas
parfait; c'eſt à dire que A tombant
par HB dans une ſeconde de tems,
au lieu de remonter juſques en H
dans une autre ſeconde, il ne re
monte qu'aux # de BH ; ou de la
valeur des # de EF que j'appelle
EL. Il eſt conſtant que lors qu'il
viendra par AB avec les vîteſſes
AH, AC , que l'Auteur ſuppoſe ;
il faudroit dire, ſelon ſa§
que le corps perdra un quart de ſa
vîteſſe dans la ligne de reflexion,
& qu'ainſi décrivant un cercle du
point B, & dont le rayon ne fût
que les # de BA, lequel rencontrât
FE en I, le corps A rejalliroit par
BI avec une vîteſſe marquée par
· B1 ; puiſque ſelon ſa methode, il
& de Mathematique. 281
faut conſiderer le mouvement pa
- rallele BE , & le mouvement di
rect BI du corps, pour avoir ſa li
gne de reflexion B1.
Il eſt cependant conſtant que le
corps ſe reflechira par BL, & que
BL marquera ſa vîteſſe. Or il eſt
aiſé de voir que la cauſe de cet er
reur vient, de ce qu'ayant diviſé
- ſon premier mouvement AR dans
les deux AH AC, l'un parallele,
l'autre perpendiculaire à CE , il
end pour la reflexion le même
arallele AH ou BE , avec l'abſo
u AB ou BF, au lieu du parallele
BE, & du perpendiculaire BH égal
à AC, qu'il devoit prendre, afin
que ſa démonſtration fût en forme,
puiſqu'il eſt conſtant qu'ayant divi
ſé un tout en ſes parties, il n'eſt pas
permis de prendre la partie & le
tout pour le tout. L'auteur a donc
oublié icy les regles de la methode
qu'il donne, ſçavoir De diviſer les
difficultex par parties, & d'examiner
chacune à part, afin de connoître le
tont, Or en ſuivant cette regle de
Aa iij -
z82 Recherches de Phyſique
l'auteur, on trouve effectivement
la loy de la reflexion deſirée. Car
on voit que ſi le reſſort du corpsA
eſt parfait, il reprendra en B par la
vertu de ce reſſort une vîteſſe ver
ticale BH égale & contraire à AC,
laquelle avec la vîteſſe horizontale
BE égale & parallele à AH com
poſera la route reflechie B F du
corps, telle qu'il l'a voulu détermi
ner par ſon ſophiſme. Et c'eſt de
cette maniere que les plus ſçavans
ont rectifié le parallogiſme de M.
Deſcartes. On peut voir ce qu'en a
dit M. Leibnitz, dans mes Extraits
des Journaux. -

Il ſuppoſe de plus que le mouve


| ment ne doit point être diminué
par la reflexion, & cela en ſe fon
dant ſur un autre parallogiſme, qui
eſt de vouloir ſéparer réellement la
† de la détermination ; au
ieu qu'on n'eſt ſur que le mouve
ment doive être le même aprés la re
flexion que devant, lors que le #
eſt tombé obliquement, que par la
démonſtration que l'on voit cy-deſ
ſus. | | *
& de Mathematique. 283
II.-Notre auteur regarde enſuite
une parallele de lumiere comme une
bale de jeu de paume qui entre dans
l'eau, quoique la difference ſoit in
finie, puiſque la baſe entre ſucceſ
ſivement, & atteint l'eau par diffe
rentes parties d'elle-même les unes
aprés les autres; ce qu'on ne peut
nullement dire d'un corps qui en
tre dans les pôres d'un autre, & qui
eſt beaucoup plus petit que les par
ties, & que les pôres de cet autre ;
comme on ne peut pas dire qu'une
petite pierre qu'on jette oblique
ment dans un puis y entre de la mê
me maniere, qu'une roche entiere
qu'on jetteroit dans de la bouë, ou
dans du ſable.
Il prétend de là tirer enſuite la
loy de la refraction, par le même
ſophiſme que pour la reflexion. Car
ayant diviſé le mouvement abſolu
AB dans le parallele AH & dans
*- le perpendiculaire AG à la ſurface
CE, il prend enſuite le parallele
A H tout entier, & l'abſolu A 8
qu'il diminuë dans le rapport des
284 Recherches de Phyſique .
réſiſtances pour trouver une route
BI conforme à l'experience; au lieu
que s'il avoit pris le parallele AH
tout entier, & le perpendiculaire
AC diminué dans le rapport des ré
ſiſtances, comme il le devoit ; c'eſt
à dire, qu'il eût pris au lieu de EA
la valeur de AC toute entiere (avec
BE) pour en compoſer le mouve
ment rompu du corps B, ce mou
vement auroit été entierement dif
ferent de BI, & de l'experience, &
il n'auroit plus trouvé une loy con
ſtante de refraction, comme il l'a
trouvée par ſon Sophiſme; ce que
pluſieurs Sçavans ont apperçu, &
† M. Sauveur, dans
on Traité d'Optique publié au
College Royal il y a environ quin
ze ans. Je vois auſſi dans le Livre
dont je me ſers maintenant, que
quelqu'un a écrit il y a fort long
tems, ces paroles à la marge de cet
te prétenduë démonſtration, Faute
en la Figure & en la conſtruction. Il
me ſouvient encore qu'un Carthe
ſien habile & connu des ſçavans,
& de Mathematique. 285
lequel eſt encore vivant, & appa
remment de meilleure foy que beau
coup d'autres de ſa Secte, qui ayant
ſenti ce Sophiſme, me fit l'honneur
de m'en faire un aveu fincere, il y
a environ trois ans, en preſence de
quelques perſonnes d'érudition.
IV. V. VI. VII. VIII. D'ailleurs
l'auteur ſe ſent obligé de prévenir
les objections qu'on ne devoit pas
manquer de luy faire, & cela par
de nouveaux ſophiſmes. Car il a
vance que la lumiere continuë plus
facilement ſon cours au travers de #
l'eau, qu'au travers de l'air, qui eſt
un milieu ſept ou huit cens fois
lus rare, à cauſe que les parties de
† émouſſent, à ce qu'il prétend,
l'action de la lumiere. Mais com
me il n'a point égard à la denſité
de l'eau qui obligé quantité de
rayons à ſe réflechlr, il eſt mani
feſte qu'on ne doit pas non plus
avoir égard aux raiſons dont il pré
tend appuyer ſon opinion. D'ail
, leurs, il eſt obligé de ſuppoſer que
la lumiere entrant de l'air dans l'eau
286 Recherches de Phyſique
accelere ſa vîteſſe, & cela ſans ap
porter aucune cauſe de cette accele
ration ; ce qui eſt encore une pure
petition de principe. A quoy on ne
doit pas manquer d'ajoûter qu'il fait
paſſer la lumiere d'un point d'un
premier milieu à un autre, d'un ſe
cond dans un tems plus long; que ſi
on la faiſoit paſſer ſous une regle
toute contraire à la ſienne ; ce qui
· eſt abſolument indigne de l'Auteur
de la Nature, qui a certainement
diſpoſé le monde de la maniere la
plus parfaite : comme on le voit
dans la reflexion qui ſe fait ſur les
plans par le chemin le plus court,
& dans le choq des corps qui eſt
établi de telle ſorte, que toute la
force demeure toûjours la même
vers un même côté du monde qu'el
le étoit avant le choq, & dés le
commencement du monde, &c.

TRoIS I E'ME DIscovRs.


ART. O, ne voit pas pourquoy
I. l'auteur a nommé l'hu
& de Mathematique. 287
meur aqueuſe une glaire , vû que
cette humeur ne gele jamais, & ne
ſe congele même jamais en glaire.
Il ne me paroît pas non plus que la
comparaiſon qu'il apporte pour
prouver que le mouvement de la
- † , ou plûtoſt de l'Iris eſt vo
ontaire, ſoit recevable. Car le
mouvement de notre langue & de
nos lévres ſe fait ſeulement toutes
les fois qu'il nous plaît , & ne ſe
fait point ſans que nous nous en
appercevions ; mais celuy de l'Iris
ne ſe fait que dans le changement
de la clarté à l'obſcurité, ou tout
au contraire ; on ne s'en apperçoit
nullement ſoy-même, & même il
peut ſe faire contre notre gré, com
me quand un ennemi vêtu de noir
s'approche de nous. Car la prunelle
s'ouvre bon-gré mal-gré quand on
regarde du noir. De plus, ce mou
vement ſe fait à propos dans les bê
tes, comme dans les hommes ; ainſi
il eſt purement naturel. Enfin on
pourroit prouver par la raiſon que
notre auteur apporte, que tous les
288 Recherches de Phyſique
mouvemens naturels ſont volontai
res, puiſqu'ils ſuivent tous l'incli
nation que l'on a de ſe bien por
ter,

M. Deſcartes ne parle point de


deux muſcles appellez Obliques qui
embraſſent l'œil par ſon milieu, &
qui ſont tournez à contre-ſens l'un
de l'autre, dont l'uſage eſt de le fai
re tourner à volonté, & même de
l'alonger en les ſerrant tous deux à
la fois, afin de voir plus aiſément
les objets proches, comme les qua
tre dont il a voulu parler, & qu'on
nomme Droits, ſervent au contrai
re à l'aplatir en les tirant tous à la
fois contre le fond de ſon orbite,
afin d'appercevoir les objets éloi
gnez.

QpATRIE'ME DIscovRS.
ART. TIE n'accorde nullement à
I. J notre auteur, qu'on puiſſe
conſiderer les petits filets qui com
poſent la § d'un nerf comme
des cordes indépendantes les unes
des
& de Mathematique. 289
des autres ; puiſque ces filets ſont
au contraire fortement attachez les
uns contre les autres. De plus, quand
cela ſeroit veritable, il n'eſt pas ve
ritable que les eſprits tiennent les
nerfs gonflez, comme le ſang tient
les veines & les arteres; car ſi cela
étoit un nerf étant coupé, tous les
eſprits ſortiroient par là, comme le
ſang ſort quand on coupe une veine
ou artere. On ne peut pas non plus
comprendre qu'en tirant le bout
d'un de ces filets, l'impreſſion pût
arriver juſques au cerveau, à cauſe
qu'ils ſont attachez fortement en
r'eux. Il faut donc dire au contrai
re que ces filets ſont eux-mêmes les
tuyaux qui contiennent les eſprits ;
encore ne les contiennent-ils que
dans un ſuc laiteux. Ainſi il eſt
beaucoup plus croyable que la ſen
ſation ſe fait par la preſſion de ces
eſprits, que par le tirement de ces
mêmes filets.
Il n'eſt pas vray non plus que les
caracteres & les paroles faſſent en
tendre les objets figurez dont on
II. Partie. Bb
29o Recherches de Phyſique
parle, autrement qu'en réveillant les
figures de ces objets, qui ſont déja
tracées dans notre tête. A l'égard des
ſenſations des objets non figurez, tels
que ſont les ſons, les ſaveurs, les
odeurs, les couleurs, &c. elles ſe font
par des mouvemens excitez au cer
veau analogues à ceux de ces qua
litez, de la même maniere que les
figures des corps ſe font ſentir par
des arrangemens de traces au cer
Veau § à ceux de ces figu
res, ( comme on l'a dit cy-devant.)
Or on peut appeller ces mouve
mens & ces arrangemens de traces
analogues, des images de ce qu'el
les repreſentent. D'où il ſuit que
les corps & leurs qualitez ne ſont
point apperçus que par des images
excitées au cerveau, ou immedia
tement, ou par l'entremiſe de l'é-
criture, des paroles, ou autres figu
res. De plus, les tailles-douces,
quoique des images imparfaites, ne
laiſſent pas d'exciter dans notre ima
gination des images auſſi parfaites
que feroient les objets mêmes. Ce
»
& de Mathematique. 29I
qui vient de ce que les tailles-dou
ces n'imitent pas ſeulement les ob
jets primitifs ; mais ſont de plus des
ſignes de ces objets, comme l'écri
ture, les hyeroglyphes, la parole,
&c. car nous avons déja la plûpart
des objets qu'elles nous repreſen
tent tracez dans notre imagina
tion.
A l'égard de l'aveugle dont notre
auteur parle, il faut remarquer que
ſa maniere de tâter eſt ſemblable
à celle de l'attouchement avec le
doigt, ou la main, &c. & que par
conſequent elle doit exciter les mê
mes images des objets touchez ;tant
il eſt vray que l'ame n'apperçoit
que par des images analogues. On
peut même ajoûter que l'ame ne
connoît rien autre choſe des corps
que ce que ces images analogues
contiennent en elles-mêmes, & luy
font appercevoir, contre ce que no
tre auteur prétend.

B b ij
292 Recherches de Phyſique
cINQvIE'ME DIscovrs.
ART. RTOtre auteur inſinuë vers
III. le commencement de ce
Diſcours, que la couleur rouge con
fiſte dans une certaine proportiori
du mouvement direct de la lumiere,
avec un tournoyement ſur elle-mê
me. Cn ne comprend pas cepen
dant bien comment les particules
de la lumiere qu'il ſuppoſe tres
rondes & tres-polies, peuvent fai
re ſentir un mouvement circulaire
ſur elles-mêmes ; car elles devroient
pour cet effet avoir la ſurface ra
boteuſe, ou n'être pas bien rondes ;
ce qui ne conviendroit pas à la ma
· niere dont il les a formées. De plus,
il ſemble que les parties de la lu
miere devroient toûjours avoir ce
mouvement circulaire, en paſſant
au travers des pôres des corps tranſ
parens , comme il arriveroit à des
boules qu'on rouleroit ſur un pré
couvert d'herbes ; ainſi elles de
vroient paroître toûjours à leur ſor
& de Mathematique. 293
tie teintes de quelque couleur; ce qui
eſt contre l'experience. On ne peut
donc pas penſer que ce tournoye
ment produiſe aucune couleur. Enfin
ce tournoyement ne ſuffiroit pas
pour expliquer les quatre couleurs
primitives; ſçavoir, le rouge, le jau
ne, le bleu & le violet, qui paroiſſent
à la ſortie des Priſmes de verre & des
Lentilles ſéparées & diſtinguées les
unes des autres par une ligne qui
les tranche tout court, ſans qu'on
y remarque aucune nuance ou gra
dation quelconque pour paſſer d'u-
ne couleur dans l'autre, comme tout
| le monde peut s'en convaincre, en
les recevant à douze ou quinze pieds
loin du Priſme.
On parlera de l'Article 7. cy
aprés. -

S IX I EºAME DISCO7JRS.

ART. I A diverſité des idées cor


I. porelles ne conſiſte qu'en
difrèrens arrangemens que l'ame
conçoit, qu'on appelle des figures
º B b iij
294 Recherches de Phyſique
differentes, & ces arrangemens dif
ferens, avec leurs autres modifica
tions de force, ou de vîteſſe ſont
analogues avec ce qui ſe trouve
dans le corps ſenſible, & avec ſes
impreſſions ſur les ſens exterieurs
& interieurs. Donc les idées ſont
toutes analogues , avec les corps
& leurs images externes & in
ternes. L'auteur prétend que les
couleurs ne ſçauroient contracter
d'autre qualité en paſſant par les
corps tranſparens que quelques mo
difications , & que les couleurs
qu'on apperçoit les yeux fermez ſe
changer les unes dans les autres,
témoignent encore la même choſe.
Il me ſemble cependant qu'on pour
roit penſer §, qu'il y a actuelle
ment dans la lumiere diffèrentes
ſortes de parties, dont les unes ſont
propres à former une couleur, &
les autres une autre ; & que les
corps tranſparens ſont comme des
cribles qui raſſemblent les parties
d'une même eſpece , & qui leur
donnent par là occaſion de ſe faire
& de Mathematique. 295
voir chacune à part, ou toutes à la
fois, ou ſucceſſivement. Mais je ne
propoſe cecy que comme une con
jecture dont la penſée m'eſt venuë
, il y a bien douze années, & qui ne
laiſſe pas d'avoir ſa vrai-ſemblance,
puiſqu'il eſt certain que la même
choſe ſe fait à peu prés dans les orga
nes du goût & de l'odorat, comme je
l'expliquai dés ce tems-là à M. Sau
veur, & depuis dans l'Analyſe des
Principes de notre auteur, Art. 131.
4. Partie.
II I. Notre auteur ſemble inſi
· nuer ſur la fin de cet Article, que
quand on remuë quelque membre
pour appercevoir un objet, la par
tie du cerveau où ſe fait l'impreſ
preſſion, change à proportion. ll
eſt cependant conſtant, que quand
on change ſa main de ſituation pour
toucher differens objets, l'impreſ
ſion ſe fait toûjours ſur les mêmes
, nerfs de la main, & par conſequent
ſur la même partie du cerveau où
aboutiſſent ces nerfs. Il en eſt de
même des yeux ; quoy qu'on les
296 Recherches de Phyſique
tourne pour appercevoir les objets
qui ſont à gauche, à droit, en haut,
en bas, l'impreſſion ſe fait toûjours
ſur les mêmes filets du nerf opti
que, que ſi la viſion étoit ſimple
ment directe. Donc elle eſt portée
à la même partie du cerveau. De
ſorte que tout ce qu'on peut dire
icy, c'eſt qu'on appelle droits, gau
ches, hauts & bas, les objets qui
ſont vûs en tirant l'œil avec les muſ
cles, droit, gauche, ſuperieur & in
ferieur, ſans que pour cela ces diffe
rens objets ſoient peints ſur differen
tes parties du cerveau. C'eſt la même
choſe pour les autres membres qui
ſont mus par differens muſcles, &
par conſequent par differens nerfs,
ſelon que les objets qu'on tâte ſont
differemment ſituez, ſans qu'il arri
ve au cerveau d'autre changement. ,
Il prétend de plus, que nous
voyons l'unité des objets par le ſeul
jugement, comme un aveugle qui
touche un même objet de ſes deux
mains le juge cependant ſeul. Sur
quoy je remarque qu'il y a toutes
& de Mathematique. 297
les apparences que les bêtes voyent
avec les deux yeux les objets ſim
ples, de même que les hommes ;
autrement elles ne ſeroient point
déterminées à courir plûtoſt vers
l'un que vers l'autre, & demeure
roient toûjours comme l'âne d'Eſo
pe qu'on dit qui mourut de faim en
tre deux boiſſeaux d'avoine. Il faut
donc avoüer que les impreſſions de
certains filets des nerfs des deux
yeux, vont aboutir aux mêmes lieux
du cerveau, par une habitude ac
quiſe dés la jeuneſſe, & que les
impreſſions ou motions ſemblables
s'uniſſent dans le cerveau par l'ana
logie de leurs mouvemens Ce ſont
ces filets qu'on a nommez à cauſe
P de cela Sympathiques, ſoit qu'ils le
ſoient devenus par l'uſage, ou peut
être qu'ils ſoient tels naturellement.
C'eſt pour cela que quand on ſe
·preſſe un œil avec le doigt, un ob
jet paroît double avec les deux yeux,
à cauſe qu'on fait tomber par ce
moyen l'image de l'objet ſur des fi
lets de l'œil preſſé, qui ſont antipa
298 Recherches de Phyſique -

thiques avec ceux de l'autre œil qui


reçoivent l'image du même objet.
Mais à l'égard du toucher, il eſt
vray que c'eſt la ſeule direction des
bras & des mains, jointe à l'idée
que l'on a déja de la grandeur de
l'objet, qui le fait imaginer ou ſim
ple ou double. Ainſi ſi étendant
beaucoup les bras on tient une main
droite & une main gauche, alors on
s'imagine tenir deux hommes, par
ce que naturellement l'image d'un
homme n'occupe pas un tel eſpace
au cerveau, c'eſt à dire n'eſt pas ac
compagnée d'un tel mouvement, &
tout au contraire. De ſorte que ce
ſont alors les mouvemens des muſ
cles des bras & des mains qui font
imaginer la duplicité ou l'unité ;
mais il faut pour cela que le ſenti
ment de la vue, & des autres ſens,
ne faſſe pas imaginer le contraire.
A l'égard des bêtes, la direction des.
membres qui touchent, ne leur ſert
de rien pour cet effet. -

IV. L'Auteur prétend qu'à me


ſure qu'un objet s'approche ou s'é-
& de Mathematique. 299
loigne de nos yeux, nous changeons
certaines parties de notre cerveau
pour en déccuvrir la diſtance. Il
me ſemble qu'il devoit dire que les
muſcles § naturellement les
diffèrentes actions neceſſaires pour
la perfection de la viſion, il s'en
ſuit auſſi quelque mouvement dans
les eſprits de la partie de notre cer
veau où les # qui tombent dans
ces muſcles ont rapport, lequel
mouvement nous aide à imaginer
la diſtance des objets ; ces actions
étant purement naturelles & invo
lontaires, & l'ame ne s'en apperce
vant que par un pur ſentiment; ſans
en avoir la moindre connoiſſance,
& non pas même d'intention; de
ſorte qu'elles ſe font dans les bêtes
de la même maniere que dans les
hommes. A l'égard du § de
la main, dont l'auteur parle, il eſt
tout d'une autre nature que le chan
gement des yeux ; parce qu'il eſt
précedé de la volonté que nous a
vons de la ſerrer. Ainſi il eſt pure
ment volontaire, & il ne ſe peut
3oo Recherches de Phyſique
faire ſans qu'on s'en apperçoive di
ſtinctement.
On peut penſer de même que les
mouvemens que prennent naturel
lement les deux yeux, pour diriger
leurs axes ſur un même point, pro
duiſent un autre mouvement au cer
veau, & une eſpece de nouveau ſen
timent qui contribuë à nous faire
imaginer la diſtance par le moyen
d'une habitude que nous avons ac
uiſe. Mais ces deux manieres d'e-
ſtimer les diſtances par habitude,
ne doivent pas ſe trouver dans les
bêtes ; parce qu'elles ſuppoſent du
jugement & de la reflexion.
On peut donc diſtinguer les ac
étions des animaux en trois eſpeces;
la premiere ſont celles qui ſont pu
rement naturelles ou mechaniques,
& dont l'ame n'a nulle connoiſſan
ce, non pas même d'intention, &
qu'elle ne pourroit pas même arrê
ter quand elle le voudroit, comme
les mouvemens de l'Iris, le chan
gement de figure ou de ſituation des
yeux, la tenſion du timpan ou de
la
& de Mathematique. 3oi
la glotte , la circulation des hu- .
meurs, & qui par conſequent ſont
communes aux hommes & aux bru
tes, & purement animales. La ſe
conde, de celles qui ſont au con
traire uniquement déterminées par
la raiſon, ou purement raiſonnables,
telles que § qu'on répugne à fai
re, mais qu'on fait cependant par
bien-ſéance; comme de rendre à un
faux ami une viſite, un compliment
qu'il nous a fait, &c. Et la troiſiéme
enfin de celles qui ſont déterminées
par nos apetits, & auſquelles la
raiſon conſent, comme de boire,.
manger, dormir, marcher ſe dé
fendre, &c. qui ſont par conſe
· quent en † animales , & eu
partie raiſonnables.
On On peut dire
que le changement de figure & des
axes des yeux eſt de la troiſiéme eſ
pece dans les hommes qui s'en ap
perçoivent.
La Geometrie naturelle que no
tre auteur veut établir dans des ſu
A jets qui n'en ont pas la moindre
teinture, n'eſt donc qu'une pure
· II. Partie. Cc
3o2 Recherches de Phyſique
chimere, n'étant qu'un effet d'une
habitude acquiſe † connoiſſance
ni de baſe, ni d'angles, comme il le
rétend ; c'eſt pourquoi l'on a rai
§ de douter, que perſonne s'ap
perçoive de la diſtance d'un objet
par le changement de direction d'un
ſeul œil ſitué ſucceſſivement en deux
differens endroits, comme notre au
teur le prétend, cette operation de
mandant trop d'attention & de ſou
venir. -

V. L'auteur tire l'apparence de


la grandeur des objets, du juge
ment que nous portons ſur leur di
ſtance , & ſur la grandeur de leur
image. En quoy il me ſemble qu'il
confond l'apparence, qui n'eſt qu'u-
ne ſimple perception, avec le juge
ment qui eſt une action de l'ame.
Ce qui ſe connoît en ce qu'un ob
jet nous paroît ſouvent fort grand,
quoy que nous le jugions au con
traire de la même grandeur qu'à
l'ordinaire ; Ainſi un homme de nos
amis ſur le fond d'un Theatre, la
Lune ou le Soleil ſur le bord de
& de Mathematique. 3o3
l'horizon, nous paroiſſent exceder
de beaucoup leur grandeur ordinai
re, quoy que nous jugions aétuelle
ment le contraire.
- D'ailleurs, il eſt à croire que ces
mêmes apparences ſe font dans les
bêtes, & qu'un chien qui en ver
roit un autre, ou un chat ſur le fond
d'un Theatre, fuiroit, ou du moins
ne courreroit pas deſſus, parce qu'il
luy paroîtroit monſtrueux. On peut
avancer auſſi que le même chien en
ce cas ne reconnoîtroit pas ſon maî
tre, ou un autre chien de ſes com
pagnons. Car j'ay éprouvé pendant
pluſieurs années qu'un canard, que
j'avois à la campagne, ne manquoit
† d'aboyer contre la Lune toutes
es fois qu'elle ſe levoit pleine, &
cela juſques à ce † fût fort
haute, aprés quoy il revenoit à la
maiſon.
Il faut doncavoüer que les mêmes
apparences ſe paſſent dans le cerveau
des bêtes , que dans celui des hom
mes, quand ces apparences ſont de
ſtituées de jugement comme celles
Cc ij '
A

3o4 Recherches de Phyſique


qu'on vient de rapporter; & que ce
qui nous donne occaſion d'imaginer
des objets plus grands ou plus pe
tits, eſt le même pour les uns & les
autres, ſans que le jugement ait au
cune part aux apparences. Mais on
peut ſeulement dire que quand l'i-
mage d'un objet ſe preſente avec les
mêmes circonſtances, que celle d'un
objet éloigné, ( commé quand il y
a une longue ſuite d'objets interpo
ſez entre l'œil & l'objet propoſe,)
le cerveau ſe diſpoſe naturellement
comme ſi l'objet l'étoit effective
ment; ou que quand cet image ſe
preſente accompagnée des mêmes
circonſtances de celle d'un objet fort
† , ( comme quand cette image
e trouve auſſi grande que celles des
arbres & des maiſons qui l'accom
pagnent,) le cerveau ou l'image qui
s'y forme, ſe diſpoſent comme s'il
étoit effèctivement tel, ſans que l'a-
me y ait aucune part que de ſentir
ce qui ſe paſſe ; puiſqu'il y auroit
contradiction qu'elle vît un objet
· ou grand, ou éloigné, parce qu'elle
& de Mathematique. 3o5
le jugeroit tel, en même tems qu'el
le juge actuellement le contraire ;
c'eſt pourquoy ces ſortes de ſenſa
tions doivent s'appeller alors de
ſimples apparences. Et il eſt inutile
de diſtinguer ici,dans l'ame des ju
gemens † ou ſans refle
xion d'avec ſes jugemens murs &
déliberez. Car ces premiers juge
mens habituels ne § autre cho
ſe que des operations de la pure
imagination materielle, comme tou
tes les operations ſans reflexion ; &
ſe font dans la bête comme dans le
corps de l'homme, qui eſt une ve
ritable bête.
J'avouë cependant que le juge
ment mur & déliberé que nous por- .
tons ſur la grandeur d'un objet, eſt
un effet de la comparaiſon que nous
avons faite de ſa diſtance & de ſa
grandeur apparente ; de ſorte que
nous jugeons ſouvent fort grand ce
qui nous paroît tres-petit, comme
dans les objets éloignez, & tout au
contraire. Mais à l'égard des bêtes,
elles voyent petit tout ce qui eſt
- Cc iij
3o6 Recherches de Phyſique -

éloigné, & grand tout ce qui eſt \


proche , comme on le remarque $
tous les jours dans les chiens, qui #
courent ſur d'autres plus forts #
qu'eux, parce qu'ils en ſont fort #
loin, & qui s'arrêtent ou s'en re- ºn d
viennent dés qu'ils en approchent ,
aſſez prés, pour les voir d'une groſ- . #
ſeur à les faire craindre. Ce qui les
nous prouve encore parfaitement, #,
ue les bêtes ſont deſtituées de la $Att
§ de comparer. - llh
Au reſte, il me ſemble que ce for
que l'auteur dit, que nous ne con- la
noiſſons pas les figures des objets ſe
par leurs repreſentations ſur le fond al
de l'œil, fort
en cediffèrentes
que cellesdescy obje-
ſont \\
ſouvent l
ctives, prouve parfaitement la di- \
ſtinction de l'ame & du corps. Car
lors qu'on fait voir une fortification
à une perſonne de deſſus quelque
lieu un peu élevé, il avouë que tout
luy paroît diminuer dans l'éloigne
\ment, & que toutes les figures ré
gulieres s'il y en a, luy paroiſſent
altérées, de la même maniere qu'on
-=- x-=-=-=-

& de Mathematique. 3c7


les repreſente dans la Perſpective
civile. Et on ne doit pas douter que
la même choſe ne ſe repreſente dans
le cerveau de la bête. Cependant ſi
l'on dit à cet homme de traiter ce
plan de la figure qu'il voit, il la
déſignera au naturel à peu de choſe
- prés; faiſant regulier ce qui étoit
irregulier, & éloignant ce qui luy
paroiſſoit ſe confondre, & cela par
un jugement déliberé, & réflechi,
fondé ſur la clarté, la grandeur &
la diſtance des objets. Ainſi on ne
ſçauroit douter que cet homme n'ait
alors deux images dans le cerveau,
une irreguliere & fauſſe tracée par
la lumiere même des objets, & l'au
tre redreſſée & corrigée que l'ame
y trace elle même, & qui eſt la
ſeule qui ſubſiſte dans la ſuite; l'au
tre s'effaçant peu à peu, ce que je
dis pour l'avoir experimenté dans
tous les lieux d'Allemagne, & au
tres que j'ay deſſignez à vuë de deſ
ſus des hauteurs. Il faut pour cela
prendre un homme dans un âge fait,
& qui ait vû & reflechi. Car ſi on
3o8 Recherches de Phyſique
le prend trop jeune, il deſſignera
cette fortification comme elle luy
aroîtra, c'eſt à dire toute irregu
† de même que feroit un ſinge,
s'il luy prenoit fantaiſie de deſſigner
llIl § D'où il faut conclure
que les bêtes ont d'autres idées des
figures qui dégradent, que les hom
mes, puiſqu'elles ne ſçauroient re
dreſſer les images de ces figures
COIIlIIl6 CllX ,

VI. Quant à ce qu'il prétend éta


blir, que l'œil étant preſſé avec le
doigt voit les objets hors de leurs
lieux naturels, parce que les parties
du cerveau ſont alors autrement diſ
poſées ; il devoit plûtoſt dire parce
que ce ſont d'autres parties du cer
veau qui reçoivent alors leurs ima
ges. Car tout le changement qui ar
rive eſt, que l'image tombe alors ſur
des filets qui ne ſont pas ſympati
ques avec ceux de l'autre œil ; ce
† trace alors deux objets pour un
ur le cerveau. Il en eſt de même
uand on croiſe deux doigts voi
ins, & qu'on met un objet entr'eux ;
& de Mathematique. go9
car alors il fait impreſſion ſur des
filets de nerfs qui ont accoûtumé
de toucher des objets differens, ou
qui ſont antipatiques, ſans qu'on
puiſſe dire que les muſcles de ces
doigts ayent aucune part en cette
† , ny qu'il arrive aucun
changement aux parties du cerveau,
ſinon qu'il s'y forme deuximages di
ſtinctes.
| | A l'égard de la grandeur appa
rente des aſtres qui s'élevent ou ſe
couchent, l'ouverture de l'Iris qui
eſt alors plus grande, que quand ils
· ſont plus élevez, à cauſe qu'ils pa
roiſſent plus ſombres, cette ouver
ture, dis-je, ne contribuë pas peu à
étendre leur image ſur le fond dé
l'œil, à cauſe que le foyer des corps
auſſi éloignez ſe trouve toûjours en
tre la retine & le cryſtallin, & les
ténébres qui environnent leur ima
ge contribuënt encore à ſon exten
ſion. C'eſt pour cela que quand on
regarde lever les aſtres par un tuyau
blanc ou poli en dedans, & un peu
plus large qu'il ne faut pour les voir
31e Recherches de Phyſique
entiers, leur grandeur apparente di
minuë alors tres-ſenſiblement. Ce
ſeroit la même choſe, ſi on les re
gardoit entre pluſieurs chandelles
allumées. C'eſt tout le contraire lors
que ces aſtres paſſent derriere des
arbres, car alors l'uvée s'ouvre ex
trémement : & à l'égard de leur éloi
gnement apparent, il y fait peu de
choſe ; car quand on les regarde par
deſſus le bord d'une fenêtre, ou d'un
chapeau, &c. ils ne paroiſſent pas
ſenſiblement diminuez.
S E PTI E'AME DISCOURS.

ART. | [E ne ſçay ce que notre au


I. Jteur entend, lors qu'il dit ;
qu'il faut pour une viſion diſtincte,
que les images ſoient fort grandes
au fond de l'œil, non pas en éten
duë de lieu, mais en étenduë de li
neamens ; puiſqu'il eſt certain qu'u-
ne image ne peut être plus ou moins
étenduë dans ſes lineamens, qu'elle -
ne le ſoit en même tems en eſpace.
Ce n'eſt pas non plus une fort gran
de perfection de voir beaucoup
& de Mathematique. 311
d'objets à la fois, comme nôtre au
teur le prétend; mais plûtoſt une ſa
tisfaction pour la vuë, qu'une perfe
ction, puiſque chaque partie ne s'en
voit pas plus diſtinctement.
III. Il ſemble que M. Deſcartes
prétende que les axes de la viſion
VK R , r K T, menés des points
lateraux de l'objet (ces axes ſont les
rayons principaux qui paſſent #
les centres des cryſtalins, & ſur leſ
quels les autres s'aſſemblent dans
l'œil, quoique l'auteur prétende le
contraire) ſe courbent ſur la cornée
plûtoſt en dedans qu'en dehors. Il
me ſemble cependant que cela ne
ſçauroit ſe déterminer abſolument,
& dépend uniquement de l'éloigne
ment de l'objet viſible à l'égard de
l'axe principal XKS qui eſt perpen
diculaire à toutes les humeurs de
l'œil. Or ſuppoſant que ces axes la
teraux ou obliques ſe rompiſſent au
contraire en dehors, il eſt évident
que l'image en ſeroit augmentée,
& non pas diminuée comme il le
prétend.
-

31, Recherches de Phiſique


Quant à ce que notre auteur
avance, que les axes obliques de la
viſion d'un objet qu'on regarde
avec une Loupe ſe croiſent dans le
· verre, & non plus dans l'œil, il eſt
conſtant que c'eſt une erreur; puiſ
que ces axes ne partent pas en droi
· ture de l'objet, mais de ſon image
ou foyer viſuel qui eſt derriere l'ob
† plus ou moins éloigné en I, (ſe
on que l'objet eſt plus ou moins
roche du foyer des rayons paral
leles de la Loupe ) c'eſt à dire en
tre les rayons qui† des extre
mitez de l'objet ſe croiſent au cen
tre de la Loupe, leſquels rayons
ſont bien les axes de la Loupe, mais
nullement de la viſion. Et c'eſt une
ſeconde cauſe pour laquelle cette
image virtuelle eſt vûë ſous un plus
grand angle avee une Loupe, que
l'objet ne l'eſt ſans Loupe.
A l'égard du jugement dont par
· le l'auteur, ce n'eſt nullement un
jugement, mais une ſimple appa
rence qui procéde d'un véritable
agrandiſſement d'image au cerveau,
lequel
& de Mathematique. 313
lequel ne la rend en rien plus di
ſtincte. Au reſte cet agrandiſſement
d'image procede d'une ſenſation de
diſtance, & d'une comparaiſon de
cette diſtance avec l'image de l'ob
jet ; laquelle comparaiſon, quoique
deſtituée de jugement ne ſçauroit
cependant ſe trouver dans les bru
tes, qui ne ſont pas même capa
bles de comparaiſon, comme on l'a
vû cy-devant. Le même agrandiſ
ſement arriveroit, ſiaprés avoir fait
voir à quelqu'un un objet par deſ
ſus une porte, on l'ouvroit enſuite
pour luy faire voir une grande mul
titude d'objets entre cet objet &
luy; parce qu'il auroit alors une
ſenſation de diſtance qu'il compa
reroit avec l'image de l'objet qui
auroit toûjours demeuré le même.
Au reſte l'Auteur de la Nature ne
peut manquer de produire ces ap
parences, comme il nous fait voir
les mêmes choqs ſur un terrain fi
xe, & ſur un vaiſſeau en mouve
ment, ſans quoy on pourroit l'ac
cuſer de n'être pas uniforme ; & il
II. Partie.
314 Recherches de Phyſique
me ſemble que perſonne n'avoit en
core parlé de ces apparences.
IV. Notre auteur inſinuë encore
ici, que les rayons qui déterminent
la grandeur apparente des objets,
ou celle de leur image au fond de
l'œil, ſe croiſent au milieu de la
cornée ; au lieu qu'il eſt conſtant
qu'ils ſe croiſent au centre du cry
ſtallin, lequel centre eſt le point de
l'axe principal de l'œil, par où me
nant un rayon de lumiere qui ren
contre les deux ſurfaces du cry
ſtallin, il ſe courbe également ſur
ces deux ſurfaces. Or il eſt certain
que les rayons qui étant partis de
l'objet traverſent le cryſtallin avec
cette proprieté, ſont ceux ſur leſ
quels tous les autres qui viennent
du même point qu'eux, s'aſſem
blent. Donc ce ſont les axes obli
ques de la viſion, qu'on peut dire
que notre auteur ne connoiſſoit pas
CIlCOIC.

V. L'auteur continuë de prendre


pour les axes de la viſion les rayons
extrêmes de l'objet qui ſe croiſent
-
& de Mathematique. 315
au centre de la ſurface objective
GHI ; ce qu'on a déja refuté cy
deſſus. Il ſemble auſſi qu'il veiiille
inſinuer que la ſurface oculaire
KM tende à unir les rayons qui
viennent de divers points TV; au
lieu qu'elle ne peut tendre au plus
qu'à unir dans ſon foyer virtuel
uxy, ceux qui viennent d'un même
point V, ou X ou T'; ſçavoir ſur une
ligne menée du foyer réel de la ſur
face GHI, ( lequel eſt en deçà de
KM du côté de l'œil B R) par le
centre de la ſurface KAM. -

VII. Il ſemble de plus que notre


auteur veüille avancer, que le mou
vement de l'Uvée ſoit volontaire,
au lieu qu'il eſt cauſé par l'action
même de la lumiere ſur ſon bord
interieur ou ſphincter, qu'elle fait
enfler, & par conſequent rétrecir.
VIII. L'auteur ſuppoſe que les
rayons étant paralleles , l'image
pourra être tracée diſtinctement au
fond de l'œil, ce qu'on ſçait être
impoſſible ; l'œil n'ayant pas été fait
pour de tels rayons. . -
- D d ij
316 Recherches de Phyſique
X. Il veut dans cet Article qu'on
diminuë le trou de l'objectif, au
lieu de ſe ſervir d'un ver obſcur ;
· ce qui me paroît contre l'uſage.
XI I. Enfin il regarde encore les
mouvemens de l'humeur cryſtalli
ne & de l'Iris comme volontaires,
au lieu que les derniers viennent
uniquement de l'action de la lumie
re ( comme on l'a dit cy-deſſus) la
quelle faiſant gonfler ſon ſphincter
ou bord fait alonger les filets tendi
neux de l'Iris, § ar leur reſ
ſort naturel venant à § par
l'abſence de la lumiere, donne lieu
au trou de l'Uvée de reprendre ſa
premiere grandeur. -

H7JITI E'AME DISCO7JRS.

ART. 1[E ne crois pas qu'on puiſſe


II. J ſe ſervir utilement pour
l'Optique, de la maniere de décri
re l'Ellipſe que notre auteur propo
ſe pour en faire des verres, à cau
ſe de l'extenſion du fil. Schooten en
propoſe deux autres avec des in
& de Mathematique. 317
ſtrumens ſolides, dont l'un s'appel
le Compas à verge, & l'autre Com
pas plat. On les trouve encore dans
le Cours de Mathematiques du P.
de Châle, & même chez les Ou
vriers.
XII. A l'égard de l'Hyperbole,
que l'auteur propoſe encore à tra
cer avec une corde comme l'Ellipſe,
il eſt évident qu'elle ſouffre la mê
meimpoſſibilité, par rapport à l'O-
ptique. J'ay enſeigné dans mon ſe
cond Journal, à former de l'hyper
bole des meules pour la Dioptrique,
d'une maniere fort aiſée.
XXIII. XXIV. & XXV. Notre
auteur n'avoit pas remarqué qu'on
peut faire des Lentilles toutes cir
culaires pour les Myopes, qui ont
la même proprieté que la Lentille
· DBQK # ; comme on peut le
· voir cy-aprés dans l'Extrait de no
tre § ſur la lumiere, & dans
la Dioptrique de M. Huygens. Il
avance de plus pluſieurs propoſi
tions ſur les figures les plus pro
pres à la Dioptrique, qui merite
D d iij
318 Recherches de Phyſique
roient bien d'être † en dé
tail, n'étant pas ſi évidentes qu'il
l'a crû, particulierement ce qu'il dit
de l'Hyperbole, à laquelle il ſem
ble n'avoir donné la préference,
que par la facilité qu'il croit avoir
trouvée à la tailler.
X X I V. L'auteur ne fait encore
· que trop voir dans cet Article, que
les axes des Lentilles & de l'humeur
vitrée luy étoient entierement in
connus. Ces axes ne ſe croiſant ja
mais ſur les ſuperficies, comme on
l'a dit cy-devant.
XXVI I I. Je n'entens nulle
ment ce que l'auteur prétend dans
l'Article penultiéme, lors qu'il dit
ue de deux verres d'un diametre
§, le plus creux reçoit plus de
rayons que celuy qui l'eſt moins à
pareille diſtance du corps lumineux.
J'ay abandonné donc cet énigme,
à la ſubtilité de ſes Sectateurs.
& de Mathematique. - 319
NEvVIE'ME DIscovRs.
ART. N Otre auteur ſuppoſe icy
I. que la tranſparence des
corps conſiſte dans une rectitude de
pôres, qui fait que la lumiere paſſe
au travers ſans rien trouver qui
l'arrête.Je ne ſçay cependant com
ment concevoir cette rectitude en
tout ſens, & comment accorder ce
cy avec l'experience journaliere,
qui fait voir, que quand les corps
tranſparens ſont trop épais, la lu
miere ne peut plus les pénétrer ;
mais alors elle ſe reflechit entiere
ment. Outre qu'on voit le dedans
des corps tranſparens, lors qu'ils
ſont un peu épais ; auſſi notre au
teur s'eſt-il départi de cette préten
tion dans l'Article 13o. de la 4. Par
tie de ſes Principes.
Il ne me paroît pas plus aiſé d'ex
pliquer comment les corps tranſpa
rens les plus denſes, & qui ſelon
notre auteur reflechiſſent le plus de
lumiere, peuvent cependant don
32o Recherches de Phyſique
ner un plus libre paſſage à celles
qu'ils admettent, comme il le pré
tend à la fin de ce dernier Article, &
vers le milieu du 5. outre que le cry
ſtal dont il parle en cet endroit eſt
entre-coupé de veines en dedans,
leſquelles interrompent beaucoup le
paſſage de la lumiere. •
III. On n'accordera pas non plus
aiſément à notre Auteur, ce qu'il
prétend; ſçavoir, qu'au lieu d'une
ſurface hyperbolique, on en peut
ſubſtituer une toute plate , dés que
l'objet eſt éloigné environ de quin
, ze ou vingt pieds de l'œil; car il le
prouve par une raiſon qui paroît
une pétition de principe, ſçavoir
qu'en ce cas il ſe formeroit une
· image ſur la rétine, qui eſt ce qu'il
· faudroit prouver.
IV. On n'entend pas mieux ce
qu'il prétend ; ſçavoir de détermi
· ner une loupe hyperbolique du cô
té de l'œil par un plan, notre œil
n'étant point accoûtumé à voir des
objets dont les rayons ſoient paral
leles, comme on l'a dit cy-devant.
& de Mathematique. 32 t
V. Il prétend auſſi qu'on eſt li
bre d'alonger ou d'acourcir le tuyau
d'une lunette hyperbolique pour
l'accommoder aux differens yeux ;
mais il eſt conſtant que la viſion en
deviendra confuſe, à cauſe que les
foyers des Lentilles hyperboliques
ſont uniques & déterminez ; au lieu
que ceux des ſphériques ſont tout
le long de leur axe.
Il apporte au reſte une raiſon
pour prouver, que plus le verre
· concave d'une lunette à deux ver
res eſt proche du foyer de l'objectif,
& plus l'image doit paroître gran
de; ſçavoir, dit - il, à cauſe qu'il
faut diſpoſer l'œil, comme ſi l'ob
jet étoit plus proche, au lieu que
c'eſt tout le contraire. Car plus le
verre oculaire eſt proche du foyer
de l'objectif, & plus l'image viſible
eſt éloignée derriere cet oculaire.
Ainſi l'œil eſt alors diſpoſé comme
pour voir un objet plus éloigné ;
mais alors les axes menez du foyer
de l'objectif au foyer de l'oculaire
pa r le centre de ce dernier, font un
322 Reeherches de Phyſique
plus grand angle; ce qui agrandit
l'image viſible, & ſon apparence
dans § par ces deux raiſons.
Ce que l'auteur dit tout de ſuite de
l'cbliquité des rayons, eſt de la mê
me trempe; car il devoit dire qu'a-
lors les rayons entreront dans l'œil
Convergens, au lieu qu'ils y doi
vent entrer Divergens; ce qui ren
dra la viſion obſcure.
VII. & VI II. Il paroît par ce
que l'auteur dit dans ces Articles
des Microſcopes à trois verres, qu'il
ne ſçavoit pas encore la maniere la
plus parfaite de les compoſer ; puiſ
qu'il eſt conſtant que ce ſont des
meilleurs qui ayent paru juſques à
preſent. On pourroit dire la même
choſe à l'égard des Lunettes d'ap
proche, puiſque celles qui ont qua
tre verres valent beaucoup mieux,
que celles qu'il décrit ; & même
celle qui eſt compoſée de deux ver
res convexes eſt auſſi beaucoup meil
leure pour les aſtres, que la ſienne.
Notre auteur attribuë les mouve
mens de la prunelle à l'imagination,
& de Mathematique. 323
& au ſentiment de l'obſcurité, &
non pas à notre volonté, comme il
avoit laiſſé entre-voir dans les Diſ
cours précedens. Mais il s'enſuivroit
de là qu'en regardant une même lu
miere comme l'azur du Ciel, il ſuf
firoit d'imaginer ſur cet azur un
grand trou noir pour ouvrir la pru
nelle , ou une nuë bien blanche
pour la fermer; & par là ce mou
vement deviendroit arbitraire; ce
qui eſt contraire à toutes ſortes d'ex
periences.
JD 1 X I E'AME D I S C O C) R S. -

ART. | [E n'ay rien à dire ſur ce


I. J Diſcours, ſinon que les Hy
perboles que notre auteur trace avec
des cordes ou par des points ſucceſ
ſifs, ſont abſolument inutiles pour
la Dioptrique, quelque hardie que
ſoit la main qui les acheve, com
me il en convient luy-même dans
la ſuite, & dont on peut ſe con
vaincre en les regardant avec une
Loupe.
324 Recherches de Phyſique
Quant à la premiere machine que
l'auteur propoſe, il ne me paroît pas
fort difficile de la faire réuſſir, pour
vû que la pointe qui trace ſoit celle
d'un fin crayon qui coure ſur du
carton fin , ou plûtoſt une pointe
ronde d'acier trempé qui trace ſur
une plaque d'acier poli & non trem
é, qu'on pourra tailler enſuite à la
# & adoucir ſelon le trait mar
qué, & enfin tremper ; aprés quoy
la ſeconde machine devient inutile ;
outre que je la crois impratiquable
par la multitude de ſes† , de -
ſes frotemens, & de ſes mouve
mens. Mais quand toutes ces ma
chines ſeroient pratiquables , &
qu'on auroit par leur moyen des
meules bien taillées, elles perdroient
bien-toſt leur figure hyperbolique
avec l'uſure des verres ; & je ne |
ſçay point d'autre moyen de ſur
venir à ces inconveniens, que de ſe
ſervir de la maniere de tailler ces
ortes de meules, que nous avons
données dans le ſecond Tome de
nos Journaux. A l'égard de la ma
· tiere
& de Mathematique. 315
tiere que notre auteur veut qu'on
employe, il me paroît que la plus
dure n'eſt pas toûjours la meilleu
re, & que le plomb avec de l'eme
ry, dont quelques-uns ſe ſervent,
n'eſt pas à mépriſer. n - j | : |
-.-
' *
- | • ... : . :
- ) , .' - :* t ,
-

8P2-u&3D3E2ºu 30 r2.u )3º.ºº $ º) t>a Srº3 2º º,


##F# # #F#F#tFs
DES
:
M ET H E O.2 R) : 'E .S."
. .. : ... " ... :
PREMIER DIscovRs. " -

ART. | [E crois avoir eu droit de


I. J refuter dans les Analyſes,
des Articles 36, 37, &c de la qua
triéme Partie des Principes de notre
auteur, la figure d'anguilles qu'il
donne aux particules de l'eau; par
ce que les parties de l'eau peuvent
# , rouler, & couler ſans ce
la ; & que cette figure n'eſt pas la
† propre à la liquidité. D'ail
leurs, il eſt conſtant qu'on ne ſçau
| roit expliquer avec cette figure les
principales proprietez de l'eau, com
me ſon extrême dureté quand elle
* II. Partie. · Ee
326 Recherches de Phyſique
, eſt enfermée dans quelque vaiſſeau
de métal bien clos, qui fait qu'on
ne ſçauroit le boſſeler à coups de
marteau ; ni ſa fermeté & ſa tranſ
† quand elle eſt glacée : ny
a proprieté qu'elle a-de-diſſoudre
quantité de corps, même les mé
taux, d'écorcher les playes, de dé
terger les ordures, &c. Ny ſa for
ce de coin pour entr'ouvrir, pene
trer & écarter les parties de certains
corps avec une foree preſqu'infi
nie. Car on ſçait qu'o. ſouleve des
poids preſque immenſes, & qu'on
déroque des marbres énorines par
ſon moyen, &c. ny plus-ny moins,
que ſi ſes parties étoient de petits
coins extrêmement durs & polis. .
J'avouë qu'on ne ſçauroit pas ai
fément donner aux particules de
l'eau la figure pyramidale, qui ſem
bleroit la plus propre à ces effets,
à cauſe de 'inſipidité & de la dou
ceuri de ces parties : mais toutes les
§ n'ont-elles pas la
force de coin ? & ſi elles ne ſont
pas prºpºs -àiſe durcir en glace,
º} « ,, , * •.
| & de Mathematique. 327
les difFrens polyédres mais ſur
tout ceux qui approchent le plus de
la figure pyramidale, pourvu qu'ils
ayent leurs pointes émouſſées, &
leurs têtes arondies, ſeront aſſez
propres à produire ces effets, &
tous les autres qu'on experimente
, dans l'eau. , , , , , ' .

De plus, la figure d'épines entre


lacées, que notre auteur donne aux
parties de la terre, ne s'accorde
uéres avec la dureté des corps caſ
ans ; & il ſemble que cette figure
ne devroit convenir qu'aux corps
ſouples, comme ſont les membra
nes, les peaux, & les poils des ani
maux, & outre cela à quelques
corps gluans, tels que les gommes,
les réſines, &c. Mais comme les
| métaux ſont fort ſouples ſans qu'on
apperçoive aucuns poils dans leur
rupture, & que le verre eſt tres
gluant lors qu'il eſt fondu, quoy
qu'il ſe caſſe fort net quand il eſt
froid; il eſt évident que ny la ſou
pleſſe, ny la glutinoſité des corps ter
reſtres nonorganiſez, ne conſiſte pas
- · E e ij .
328 Recherches de Phyſique
dans cet entrelacement de parties.
• Il ſemble auſſi que l'auteur fait
un parallogiſme, lors qu'il conclud,
de ce que les matieres fluides les
plus groſſieres conſervent le plus
long tems leur agitation, & ſont
· plus propres à ébranler les autres ;
ue celles qui ſont les plus agitées,
nt auſſi les plus groſſieres ; car
ces deux proprietez n'ont nulle con
nexion entr'elles, la premiere n'em
pêchant pas que les plus ſubtiles,
ne ſoient ſuſceptibles d'une plus
grande agitation. · ·· · !
On ne voit pas non plus com
ment pouvoir accorder à notre au
teur ce qu'il prérend, ſçavoir que
la glace admette moins la lumiere,
que les marbres, les métaux, & les
bois, à cauſe qu'elle eſt plus froide
† Car il ſuit au contraire de
a tranſparence, qu'elle l'admet da
vantage ; mais il ſuit au contraire
de ſon plus grand froid, qu'elle en
eſt moins ébranlée ; parce qu'elle
luy donne un plus libre paſſage.
L'auteur prétend de plus, que le
& de Mathematique. 329
chaud ou le froid des corps vient
en général de ce que leurs parties
ayant plus ou moins de mouve
ment, agitent plus ou moins celles
de notre corps. Il devoit ce me ſem
ble dire qu'on les appelle chauds,
quand ils en augmentent le mou
vement ;-& froids, quand ils le di -
minuent en les fixant. Car il y a tel
corps que l'on trouve d'autant plus
froid, que ſon mouvement devient
plus †; comme le vent,
plus il eſt prompt & plus il eſt froid,
à cauſe qu'il eſt d'autant plus capa
ble d'arrêter la tranſpiration inſenſi
ble de nos cor , - - L': !

| Il prétend de plus que la conge


lation de la glace, vienne de la di
minution du mouvement de la lu
miere, & de ce qu'elle eſt plus ſubi
tile en hyver qu'en été ; ce qui ne
· ſignifie rien du tout. Car on peut
ſeulement dire que l'abſence du So
leil rend ſa lumiere plus rare dans
les corps ; en même-tems que l'af
faiſſement de leurs parties par leur
propre pºſanteur la chaſſe de leurs
E e iij
33o Recherches de Phyſique
pôres ; ce qui fait que ces parties
s'approchent davantage entr'elles.
A † ſi l'on joint l'arrivée des
vents frigorifiques du Nort , ( que
l'auteur même reconnoît dans la
ſuite,) leſquels s'inſinuant dans ces
mêmes pôres l'en chaſſent encore
davantage, on aura la veritable cau
ſe de la glace. .. #- : ... , :
zu Enfin il me ſemble qu'on peut
dire, ſans vouloir diminuer,en rien
le merite de notre auteur, que la
comparaiſon qu'il fait des parties
de l'eau gelée, avec des anguilles
-ſeiches & roides de froid, a quel
que choſe qui tient aſſez du †
rieux , comme ſion pouvoit com
parer les particules † li
ſqueurs, qui n'ont nulle agitation
par elles-mêmes à des anguilles vi
vantes ; & le repos qui leur eſt na
turel, à celuy.de ces mêmes anguil- .
les durcies & penetrées par les eſ,
prits frigorifiques & congelans. du
Nort, p , nºs cri ºº , pob -
: - Au reſte, ne pourroit-ontipbint
penſer que des §
A
& de Mathematique. 33r
font le même effet ſur les particu
les rondelettes de l'eau pour la con
eler, que les acides du ſoufre ſur
s petites boules dont le mercure
eſt compoſé pour le fixer, qui eſt
de hériſſer leur ſuperficie en s'y at
tachant, & de les rendre par là ca
pables de s'accrocher les unes aux
autres, & de faire un corps dur ; &
neanmoins toûjours un peu pene
trable aux rayons du Soleil. Mais
pour cet effet l'abſence de la lumie
re eſt toûjours abſolument neceſſai
re, comme on le prouve en ce que
dans le vuide où la lumiere abon
de, la glaçe ne ſe forme pas com:
pacte comme dans l'air, mais par
filets. On ſçait auſſi que les rivie
es de la Chine gélent, même dans
été, par la fraîcheur du matin,
qui eſt le tems que le mouvement
de la lumiere eſt le plus affoibli.'cp
: V. Notre auteur trouve dans l'eau
douce les ſels & les eaux de vie,
contre toutes les experiences jour
nalieres , qui donnent à peine des
plus minerales, & des plus ſavou
332 Recherches de Phyſiqu
reuſes une quantité #de ſa
Il ſuppoſe auſſi que l'agitation de
la lumiere dilate l'eau, que ſa di
minution la fait condenſer ; ce qui
eſt vray dans toutes les liqueurs,
Mais il ſuppoſe enſuite que cette di
minution augmentant, fait derechef
dilater l'eau en redreſſant un peu
ſes parties ; ce qui paroît entiere
ment contraire à la droite Mecha
nique. Car cette dilatation de l'eau
† ſe gele, ne procede que de l'aſ
emblage qui ſe fait alors des par
ticules d'air renfermées dans ſes pô
res, dautant que l'eau purgée d'air
ſe condenſe en ſe gelant, au lieu de
ſe dilater, puiſqu'elle deſcend alors
au fond de l'eau. . -

, A l'égard de ce qu'il rapporte,


†† § §
ite, cela ne doit être imputée
qu'à l'évaporation des particules de
l'air renfermé dans ſes pôres; car
ſes atômes ſont quelque tems à ſe
arer de ceux de l'eau, & à s'u-
nir par bulles.2 Quant à la raiſon
qu'il en apporte, elle ſe trouve op
& de Mathematique. 333
poſée à la formation de la glace
qu'il a expliquée un peu plus haut,
où il dit que la glace ſe forme
quand la lumiere n'a plus la force
de mouvoir les parties de l'eau.
Donc icy où il ne reſte que des
parties flexibles, elle devroit les agi
·ter plus long-tems, & la glace de
vroit ſe former plus tard.
: s E coND DIscovrs.
ART. N# pourroit-on point ajoû
, : I. ter à la raiſon que l'au
teur donne, de l'élevation des fu
· mées de la terre, le mouvement de
la matiere magnetique, qui paſſe
· continuellement du centre de la ter
re vers ſa ſurface. Il me ſemble du
moins qu'il eſt difficile de trouver
dans la cauſe que l'auteur apporte,
aſſez de force pour élever les par
·ties métalliques du fond de ſes en
trailles, faire vegeter les marbres,
& certains arbres qui ne ſont gué
res moins durs, comme le bois, le
fer, &c. - -
334 Recherches de Phyſique
De plus, quand la pouſſiere d'u-
ne chambre ſort par une fenêtre,
elle retombe auſſi-toſt vers la terre ;
au lieu que la fumée s'éleve en l'air.
Il faut donc avoüer que les fumées
s'élevent au deſſus de l'air ; parce
qu'elles compoſent avec les parties
de feu & de lumiere dont elles ſont
remplies, un corps plus leger que
l'air. Auſſi montent-elles droit en
haut ; au lieu que la pouſſiere ne
s'éleve qu'en ſe groſſiſſant, & qu'en
· s'étendant. - - - . "
De plus, on ne voit nullement
ue des parties auſſi flexibles que
celles de l'eau, dans la ſuppoſition
de notre auteur, puiſſent en ſe mou
vant ſur elles-mêmes demeurer éten
duës, & écarter tous les corps en
vironnans ; non plus que la corde
qu'il ſuppoſe n'eſt pas capable de
ſoûtenir l'air éloigné de ſon milieu,
& encore moins l'eau, tout ce qu'el
le peut au plus étant de les diviſer
pour ſe faire paſſage. Enfin la com
paraiſon de cette corde avec les par
ties de l'eau ne peut avoir lieu eR
à
& de Mathematique 335
bonne méchanique, l'action n'étant
pas la même, en ce que la corde a
un point fixe, & que les atômes de
l'eau n'en ont point. , .
· D'ailleurs, les parcelles des va
peurs qui compoſent les broiiillars,
ſont veritablement de petites gout
tes imperceptibles ; ce que leur
blancheur & les Arcs-en-ciel qu'on
y voit prouve convainquamment,
comme on le verra.cy-aprés dans
la Dioptrique, c'eſt à dire qu'elles
ne different qu'en groſſeur des gout
· tes de roſées, qu'on voit le matin
ſur les prairies, & où l'on voit de
même des Arcs-en-terre.Voyez no
tre ſecond Journal. Cependant la
† des nuës ne ſont autre cho-,
ſe que des broiiillards, comme le
ſçavent ceux qui voyagent dans les
montagnes. Donc ce que l'auteur
dit icy des vapeurs ne ſçauroit s'ap
pliquer au plus qu'aux parcelles
d'eau qui ſe trouvent dans la flâ
me des corps humides, ou dans
l'air quand le ciel eſt le plus ſe
rain- • , • >

· *
336 Recherches de Phyſique -

· · .. II. Notre auteur fait icy une


comparaiſon d'un air § &
condenſé, avec l'exhalaiſon enfla
mée qui ſort d'un fer ardent, &,
prétend que la chaleur du premier
eſt augmentée par ſa condenſation ;
comme celle d'un fer ardent : eſt
lus grande que celle d'un fer ſeu
ement chaud. Mais il me paroît
que ceci n'a lieu que quand l'air
n'eſt pas libre. Comme ſi l'on en
enferme dans un vaſe le double ou
le triple dans ce qu'il en contient
naturellement ; cet air étant échauf- .
fé par un même degré de feu, y
aura beaucoup plus de force que
s'il étoit naturel. Mais quand l'air .
· eſt libre, il eſt toûjours moins agi
té à meſure qu'il eſt plus conden
ſé, ou tout au contraire. De ſorte
· qu'en hyver qu'il eſt tres-froid, il
eſt auſſi plus condenſé du doublé
qu'en été. De même l'aindans l'om
bre des arbres, des maiſons, des
rochers, &c. n'y eſt de beaucoup
plus condenſé qu'ailleurs, que par
ce qu'il y eſt beaucoup moins agité
' par
& de Mathematique. 337
par la lumiere du Soleil. La cha
leur étouffante que notre auteur a
voulu expliquer, & que quelques
uns appellent le Hale, vient donc
uniquement de ce que les exhalai
ſons ſulphurées ſont empêchées de
s'élever par les nuës dont le Ciel
eſt alors environné. Car cette cha
leur ne ſe ſent pas dans un tems fort
ſerain. Et ſans doute que les par
celles ſolides de ces § , &
même auſſi des vapeurs répanduës
dans l'air, cauſent alors des obſtru
ctions dans nos poumons, d'où pro
cede l'étouffement qu'on
alors. - /
reſſent r

III. Si l'on fait attention à ce


que l'auteur a dit cy deſſus ; ſçavoir
que la vapeur en D eſt plus con
denſée & moins agitée qu'en C ; on
verra bien-toſt qu'en D elle doit
être auſſi plus opaque : ainſi il fau
droit qu'elle fût en même-tems plus
opaque, & plus chaude; ce qui ſent
fort le parallogiſme.
Il ſemble au reſte qu'on pour
roit ajoûter à ce que notre auteur
II. Partie. - Ff
338 Recherches de Phyſique
dit en cet Article : Que les vente
rapides ſont ſècs, en ce qu'ils ar
rêtent l'agitation de la lumiere, &
par conſequent l'élevation des va
peurs, & en ce qu'ils élevent cel
les qui ſont formées fort au deſſus
de ſa terre, & les empêchent de
tomber; au lieu que les vents foi
bles font tout le contraire. Ce ſont
cependant le plus ſouvent les vents
impetueux qui cauſent les pluyes,
lors que ſoufflant à la hauteur des
nuës, ils les preſſent les unes con
tre les autres. Au reſte la fin de cet
Article a quelque choſe de ſingu
lier, & qui merite bien qu'on y faſſe
attention à la maniere §
de l'auteur. .
IV. Notre auteur ſemble vou
loir inſinuer , que les exhalaiſons
ſont toûjours ou terreſtres, ou ſali
nes, ou huileuſes. Mais ne s'éleve
t-il jamais de parties métalliques ?
Ces arbres métalliques qu'on trou
ve dans les mines; l'or converti en
plantes qu'on rencontre par toute
la Bohéme, ne prouvent-ils pas le
& de Mathematique. 339
contraire ? de même que les mar
caſſites que l'on trouve ſur les faces
des montagnes, au dedans deſquel
les il y a des mines ? De plus, les
exhalaiſons contiennent auſſi ſou
vent des ſemences les plus ſubtiles
des vegetaux & des animaux, puiſ
que ces ſemences ſont portées par
tout par les vents. Car j'ay vû par
un grand orage pleuvoir une ſi gran
- de quantité de petits crapaux, gros
comme des grillons, que la terre
s'en trouva dans un inſtant toute
rſemée. Enfin la manne qui pleut
e matin en Juillet & Août dans les
deſerts de Sinaï & d'Oreb, eſt-elle
autre choſe qu'un ſuc mieleux éle
vé des plantes en exhalaiſon par
l'extrême chaleur de ces contrées,
& arendi en pelotes par les vents
Orientaux qui y regnent ordinaire
ment le matin ? -

Il me ſemble avoir vu auſſi une


fois, fur le chemin de Falſebourg
à Haguenau, par une extrême cha
leur, diſtiller de l'air des filets de
miel ſur des feüilles º# Quel
F f ij
-

34o Recherches de Phyſique


ques perſonnes qui les virent com
me moy, m'aſſurerent que ce n'é-
toit pas la premiere fois qu'ils a
voient vû la même choſe. Ce qui
étant, il faudroit que le miel des
plantes s'élevât § quelquefois en
ce Païs, en exhalaifon inſenſible.
· Enfin quant à ce que notre au •
teur dit, que le ſel ne s'éleve ja
mais en vapeur, que juſques au deſ
fus de la § de l'eau ; il faut
l'entendre ſans mélange. Car on
trouve quantité de gros pelottons
d'un mélange de ſel, de terre, &
de ſoufre dans les crevaſſes du mont
AEthna. Et qui eſt-ce qui ne ſçait
pas que quantité de plantes, com
me le Suma, &c. § véritable
ment ſalées, & que les ſoufres peu
vent ſublimer avec eux toutes ſor
tes de ſels ? -

7 R O IS I E*AME DISCOO)RS.
ART. Otre auteur prétend éta
· I. N# que le ſel marin
n'eſt compoſé que des parties les
plus groſſieres & les plus roides de
& de Mathematique. 341
l'eau douce. Mais il faut conſiderer
que ſi cela étoit, il y auroit des ſels
par degrez juſques à l'eau douce.
Ainſi les vapeurs de la mer de
vroient être ſalées à quelque hau
teur qu'on les prît, quoy qu'à la
verité toûjours en diminuant ; ce
qu'on n'apperçoit point, ſi ce n'eſt .
dans les Ouragans.
D'ailleurs, on forme du ſel ma
rin, en mêlant du Nitre avec un
ſel Alcali quelconque, comme par
exemple du ſel de Tartre; ce qui
fait voir que le ſel marin n'eſt au
tre choſe que du nitre introduit
dans les pôres d'une terre propre,
& non pas une partie de l'eau, com
me notre auteur le veut.
Ne faudroit-il point ajoûter à ce
u'il dit des viandes ſalées ; Que les
#. chaſſent de leurs pôres l'air ſub
til & la lumiere, & les rempliſſant
empêchent qu'il n'y entre aucun
diſſolvant. On fait à peu prés la .
même choſe, en mettant deſſeicher
les chairs à la fumée, ou au Soleil,
comme font les Groënlandois, les
F f iij
-

342 Recherches de Phyſique


Syberiens, & les Soldats dans les
Camps; parce que les † des
chairs ſe ferment, à meſure qu'el
les ſe deſſechent. Et qu'eſt-ce que
font les ſables brûlans de l'Egypte,
& ces Caves, ou même ces terres
qui conſervent les corps, que de les
deſſecher & de remplir en même
tems leurs pôres de quelque exha
laiſon ſubtile : C'eſt ce qu'on fait
encore en les embaumant avec des
huiles, ou des réſines fortes, com
me l'Aloës,la Myrrhe; car on en fait
exhaler l'humidité ſuperfluë, en mê
me-tems qu'on les remplit d'une
matiere qui ſe durcit avec les chairs.
Les huiles fortes & les ſels ont en
core la proprieté d'éteindre les ſe
mences des vers, que l'air y appor
te continuellement. -

De plus, notre auteur n'avoit pas


apparemment pris garde , qu'un
corps de même peſanteur qu'une li
queur, y demeure en toute ſitua
tion de quelque figure qu'il ſoit,
§ qu'il ſoit tout omogone à
y-même. Car il n'auroit pas avan
· & de Mathematique. 343
cé que les parties des ſels demeu
rent ſuſpenduës dans l'eau; parce
qu'elles ſont également groſſes par
les deux bouts.
Au reſte il reconnoît un peu trop
tard, ſçavoir ſur le milieu de cet
Article, que la figure qu'il don
ne aux parties de l'eau, n'eſt pas
tout-à-fait propre pour ſa liquidi
té. C'eſt ce qui luy a fait inven
ter ce paradoxe, Que l'eau ſalée
eſt plus liquide que l'eau douce ;
& pour cela il eft obligé d'avancer,
que les † de l'eau marines,
toutes ſalées qu'elles ſont, ont en
core plus de mouvement que quand
elles ſont ſeules.
Il prétend encore que l'eau de la
mer eſt plus tranſparente que l'eau
douce ; il me ſemble cependant que
ſi l'on fait fondre du ſel dans de
l'eau contenuë dans un verre , on
trouve le contraire. D'ailleurs l'eau
de la mer eſt plus peſante que celle
des rivieres d' ", ſes pôres étant
plus remplis ; ainſi elle doit refle
chir davantage de lumiere, & être
344 Recherches de Phyſique
par conſequent moins tranſparen
te : ſur quoy je m'en rapporte à ce
qui en eſt. -

Notre auteur donne enſuite une


explication de la glace, en mêlant
de la neige ou de la glace pilée avec
du ſel ; & cela en ſuppoſant une
matiere plus groſſiere dans la li
queur non glacée, qui va ſe loger
dans la neige ou glace pilée, & une
plus ſubtile dans la neige qui va
dans la liqueur, & tout cela gratis.
Au lieu qu'on explique ces Phé
noménes d'une maniere conforme
aux experiences journalieres , en
ſuppoſant qu'à meſure que la lu
miere agite les parties de la glace
ou de la neige, le ſel & la lumiere A
ſe ſaiſiſſant de ſes pôres en chaſſent
un eſprit ſubtil congelant, c'eſt à
dire une matiere qui empêchoit la
lumiere d'y conſerver ſon agitation;
& cet eſprit chaſſé par ces deux ad
verſaires trouvant à s'évader au tra
, vers des pôres du vaſe qui contient
la liqueur qu'on veut glacer,fuit par
là, & s'inſinuant dans les pôres de
& de Mathematique. 345
cette liqueur il en chaſſe à ſon tour
la lumiere, ou du moins empêche
ſon agitation ; ce qui cauſe la con
gelation de la liqueur.
Or on prouve l'exiſtence de ces eſ
prits congelans, 1° par une experien
ce qui ſert à faire rafraîchir l'eau
dans les Païs chauds, en environ
nant le vaſe qui la contient de ſel
Armoniac pilé, & expoſant le tout
à l'air pendant une nuit. 2°. Par les
corps qu'on dégele en les frottant a
VeC § neige,ou en les jettant dans

de l'eau.3°.Par les corps que le dégel


corrompt. 4°. Par ceux que le grand
froid rend caſſans, comme le fer,
· les pierres, les os. J'ay vû une fem
me pendant l'hyver qui gliſſa pen
dant une gelée, & étant tombée elle
ſe caſſa la cheville du pied; & une
ſervante qui caſſa une péle à feu en
la ſecoiiant un peu fort ſur une pier
re, aprés en avoir remué de la nei
e. J'ay vû un caillou gros comme
# tête, qui venoit de ſe fendre en
deux moitiez pendant une gelée,
ſans grand éclat ; & quantité de
346 Recherches de Phyſique
marches ſur l'eſcalier d'une terraſſe,
ue j'avois fait poſer dans l'été, qui
# caſſerent durant l'hyver ſuivant.
Ce qu'on ne ſçauroit commodé
ment expliquer avec quelque vray
ſemblance, que par l'introduction
de quelques ſels volatils acides,
comme l'eſprit de nitre, &c. L'air
parſemé dans les pôres de l'eau eon
tenuë dans ceux de pluſieurs corps
durs, contribuë auſſi à les faire eaſ
ſer. Enfin notre auteur eſt obligé de
reconnoître luy - même ces eſprits
frigoriques, vers le milieu du ſe
cond Article de ſon quatriéme Diſ
cours, cy-aprés.
Au reſte, l'experience journaliere
eſt contraire à ce que notre auteur
· avance; ſçavoir que les vapeurs que
le Soleil § ſous la Ligne, ne re
tombent pas dans ces mêmes con
trées ; mais plus proche des Pôles.
Car on ſçait qu'il pleut tout l'été
dans la Guinée, le Breſil, l'Iſthme
de Panama, &c. & que ces pluyes
ſont portées dans les mêmes mers
d'où elles ont été tirées en vapeurs,
& de Mathematique. 347
ſçavoir par les rivieres du Niger &
de l'Amazône. Il en eſt de même
du Gange, de l'Inde, du Mécon,
du Menan qui inondent les côtes
meridionales de l'Aſie pendant l'été,
& dont les eaux retournent dans
l'Ocean oriental, d'où elles ont été
tirées. L'Euphrate & le Tigre dans
l'Aſie reportent auſſi leurs eaux dans
l'Ocean, de même que le Hoang
· & le Kiam dans la Chine, ſans par
ler de quantité§
ves de l'Afrique & de l'Amerique,
qui roulent leurs eaux dans l'Ocean
autour de la Ligne, comme le Zai
re, le Zambere, l'Orénoque, &c.
outre qu'il y a tel de ces fleuves,
comme le Niger, l'Amazone, le
Gange, qui vaudroit preſque luy
ſeul plufieurs des autres qui por
tent leurs eaux ailleurs pris enſem
, ble. - -

- † à ce que l'auteur prétend,


que les fontaines ſe forment des
vapeurs qui ſont élevées du fond
des montagnes par la chaleur ter
reſtre deseaux fournies par les mers;
348 Recherches de Phiſique
cela ne paroît avoir aucun fonde
ment, I°, à cauſe du grand éloi
gnement de la mer à l'égard de
certaines terres où ſe trouvent des
fontaines , comme par exemple
des ſources du Niger, de l'Ama
zone, du Nil , du Danube , du
Gange, du Ménan, du Mécon, de
l'Inde, de l'Oby, &c. outre que
les mers du Nord n'ont point de
flus & reflus , & que cependant
il ſort quantité de grands fleuves
des terres qu'elles environnent ;
2°, parce qu'il devroit ſortir con
tinuellement des cavernes, des mi
nes , des labyrinthes , & autres
lieux ſous-terrains qui ſont ſi com
muns en Pologne, en Candie, en
Ethiopie, en France, &c. quantité
de vapeurs; ce qu'on ne voit gué
res : & je n'en connoîs qu'une en
Provence, d'où ſort un vent qui
s'étend environ # lieuë, lequel peut
être cauſé par de telles vapeurs.
3°. Parce qu'on ne voit point de
ſources ou d'amas d'eau qu'on ne
trouve à quelque diſtance,un terrain
- plus
· & de Mathematique. 349
plus élevé capable de le produire.
4°. Joint que ces ſources ne ſortent
§ dans des terrains pierreux ou
bloneux, que l'eau pluviale péné
tre aiſément. 5°. Que par tout où il
y a des glaizes ou de la marne, que
les eaux pluviales ne ſçauroient pé
nétrer, on trouve des ſources qu'on
ſçait par là ne provenir que des
pluyes. Il en eſt de même de celles
qu'on trouve ſur les lits des roches,
au deſſus deſquelles roches les bans
de pierre ſont tous fêlez du haut en
bas comme pour laiſſer paſſer ces
eaux. 6°. Mais ce qui prouve plus
particulierement que les rivieres
viennent des eaux pluviales, c'eſt
qu'en jettant les yeux ſur une Map
pemonde, on trouve que par tout
où il tombe abondamment des
pluyes & des neiges, il s'y forme
de grands fleuves. Ainſi on ſçait
§ pleut en abondance, & preſ
ue la moitié de l'année ſur les
§ Nil, du Niger, de l'A-
mazone, du Ménan, du Mécon,
&c. Que l'Euphrate, le Tigre, l'In
II. Partie. Gg
35o , Recherches de Phyſique
de, le Hoang , le Kiang, le Danu
be, le Rhône, le Tage, &c. deſcen
dent des montagnes la plûpart cou
vertes de neiges , qui ſe fondent en
differens tems de l'année. 7°. On
ne trouve au contraire aucunes ri
vieres dans les Païs où il ne pleut
point, comme tout autour de la mer
Rouge, dans les deſerts de Barca, de
Saâra, dans l'Arabie Heureuſe, &c.
quoy que la mer environne tous ces
Païs, & qu'elle ait flus & reflus ;
ce qui confirme entierement que les
rivieres ne viennent que des eaux
· pluviales ; & que les mers ne con
tribuënt rien à la production, que
de fournir des vapeurs dont les
pluyes ſont §
Enfin quand aux étincelles qu'on
voit ſortir l'été des vapeurs de la mer,
particulierement du ſillage du vaiſ
eau,on peut penſer qu'elles provien
nent de quantité de parties ſalines
qui ont été extrêmement attenuées
& brifées par le choq des vagues &
des vents ; en ſorte que le nitre eſt
alors ſéparé de ſa terre ; & ce nitre
& de Mathematique. 351
venant à s'élever en l'air ſe trou
ve aſſez agité, & en aſſez grande
quantité pour écarter l'air de luy,
& former des flaméches. C'eſt pour
quoi l'eau de la mer, d'où ces par
ties volatiles ſe ſont envolées par
la ſuite du tems, & la ſaumure où
il ne s'en eſt point formé, ne ſont
pas propres à donner des étincel
les, à quoy l'on peut ajoûter que
le fond de l, mer exhale continuel
lement quelques fumées graſſes qui
contribuënt encore ces étincelles.
I I. Quant à la formation des
parties cubiques du ſel , que notre
auteur tente d'expliquer, elle eſt op
poſée aux operations ordinaires des
Chimiſtes. Car ce n'eſt autre choſe
qu'une cryſtalliſation comme tou
tes les autres, faite par la chaleur du
Soleil, lequel élevant pendant le
jour l'humidité ſuperfluë, donne lieu
à une cryſtalliſation pendant la fraî
cheur de la nuit : ce qu'on imite
tous les jours en faiſant évaporer
l'eau de mer par un feu tres-lent,
juſques à ce que la pellicule com
Gg ij
342 Recherches de Phyſique
mence à paroître; & laiſſant raſſoir
les cryſtaux à la cave, comme on
a de coûtume dans toutes les ope
rations de cette eſpece; j'en ay §
à la ſimple chaleur du Soleil qui ſe
| ſont formez en cubes tres-parfaits,
excepté que la ſurface ſuperieure
eſt toûjours un peu concave; ce qui
fait nager le cube à la ſurface de
l'eau; car dés qu'on le retourne, il
· tombe au fond.Au reſte ces cubes ſe
forment auſſi-bien aux côtez d'une
fiole, qu'à la ſurface de l'eau ; & ge
neralement ils ſe forment par tout,
où les particules du ſel trouvent à
s'arrêter. D'ailleurs, il n'eſt pas vray
qu'il s'éleve des particules de ſel
hors la diſſolution par une chaleur
auſſi lente, que celle qui eſt neceſ
ſaire pour produire ces cubes ; ce
qu'on peut éprouver , en mettant
des baguettes , ou quelque linge
moite ſur la ſurface du § à quel
t que peu de diſtance ; car on ne les
trouvera nullement ſalez , même
aprés que les cubes ſeront for
· IIlCZ.
& de Mathematique. 353
Tout le reſte de l'Article ne peut
preſque être regardé, que comme
un jeu d'imagination. L'auteur y re
connoît enfin la verité de ce que
j'ay avancé cy-devant, au commen
ment de l'Analyſe de l'Article I.
- /

· QvATRIE'ME DIScovRS.
O§ peut aſſurer qu'il ſe forme
plus de vents accidentels par
les vapeurs, que par toute autre
cauſe ; ſçavoir 1°, par la chute des
nuës en pluye ou en neige, qui
pouſſent l'air de tous côtez à la ron
de, comme on ne l'éprouve que
trop ſouvent ſur mer. 2°. Par l'ir
ruption ſubite des vapeurs hors du
ſein des montagnes, qui pouſſent
l'air du côté qu'elles ſe jettent. 3°. Il
s'en forme auſſi par l'élevation des
vapeurs, qui obligent l'air à s'écou
ler de tous côtez pour leur faire
place, comme notre auteur l'expli
que dans la ſuite ; mais ces vents
ne ſçauroient être que fort lents.
Au reſte, je crois que les vapeurs
| G g iij
354 Recherches de Phyſique
cauſent peu de vents par elles-mê
mêmes, en paſſant d'un lieu dans
un autre, de la maniere que notre
auteur le prétend.
Ce qu'il dit enſuite du vent du
Nord me paroît contraire à la droi
te méchanique, & même à ce qu'il
a dit des vents d'Orient, & d'Occi
dent. Il me ſemble qu'on pourroit
enſer que le Soleil étant fort haut,
chauffe les neiges des montagnes
qui ſont au Nord de l'Eſpagne, de
l'Italie, de la Gréce, de la Hongrie
& de la Suede ; ce qui cauſe dans
l'air de ces contrées une abondan
ce conſiderable de vapeurs qui le
chaſſent de tous côtez à la ronde,
& cauſent ſur les contrées plus me
ridionales un vent de Nord vers le
milieu du jour; mais que le Soleil
étant couché ces vapeurs retombent
auſſi-tôt ; tandis que celles des ter
res qui ſont plus au Midy, conti
nuënt encore de monter par la cha
leur de la terre de ces lieux, & font
ſentir alors un petit vent de Sud.
Mais cecy n'eſt qu'un accident, qui
& de Mathematique. 355
n'empêche pas que ce † j'ay éta
bli des vents dans mon ſecond Jour- .
nal ne ſoit vray, generalement par
lant. !
Tout ce que l'auteur dit du Prin,
tems ne prouve pas que les chan
gemens y doivent être plus fre
quens, que dans les ſolſtices, com
me il le prétend. Il devoit établir
la même choſe du milieu de l'Au
tomne, & par les mêmes raiſons.
Effectivement les alternatives de
beau & de vilain tems y ſont plus
frequentes, que vers le milieu de
- l'été & de l'hyver par les raiſons
que j'en ay apportées dans mon ſe
cond Journal.3 r »

Notre auteur en parlant des vents


· d'Egypte, reconnoît manifeſtement
que tous les vents ne ſont pas for
mez des vapeurs , mais quelques
fois d'exhalaiſons ſeiches. Au reſte,
ces vents viennent d'Ethiopie, &
ſont apparemment cauſez par la
chute des pluyes qui y tombent en
abondance pendant tout l'été. .
A l'égard de la lumiere de la
356 Reeherches de Phyſique
Lune dont parle notre auteur, il eſt
évident qu'elle ne contribuë en rien
aux vapeurs, puiſqu'étant raſſem
blée par les plus grands miroirs ar
dents qui fondent & vitrifient tou
tes ſortes de corps, elle n'eſt pas
encore ſenſible au toucher. Pour
celle des autres aſtres, excepté le
Soleil , on ne peut douter qu'elle
ne le ſoit encor bien moins, à cau
ſe de leur extrême éloignement, par
rapport à leur grandeur.
Au reſte notre auteur aprés avoir
parlé, à ce qu'il croit, de toutes les
cauſes des vents, ne dit rien, ou
dit tres-peu de choſe du vent d'O-
rient en Occident, & de ſes diffe
rentes reflexions contre les côtes
orientales des continens ; ny des
changemens qui luy arrivent à cau
ſe des differentes ſituations du So
leil dans l'Ecliptique, quoy que ce
ſoit peut être cependant ce qu'il
a maintenant de plus conſiderable,
& de plus reglé dans la Naviga
tion. · · · ·· ' ) ,

-- ' * - - - • • -
& de Mathematique. 357
cINQvIE'ME DIscovrs.
ART. ſ 'Auteur prétend que les
I. gouttes § de pluye
qui tombent ſont rondes, & veut
que la réſiſtance de l'air inferieur
ne les en empêche pas. Il eſt cepen
dant conſtant que l'air s'oppoſe tel
lement à l'eau, que l'on jette d'aſ
ſez haut en bas, qu'il en aplatit le
jet & le diſſipe en gouttes inſenſi
bles. Ainfi il ſemble qu'il devroit
aplatir de même les gouttes qui
tombent, du côté qu'elles regardent
la terre. Et ſi ces gouttes paroiſſent
au contraire alongées de haut en
bas , c'eſt principalement à cauſe
qu'elles paſſent § en
deſcendant. Et la raiſon que l'auteur
apporte au contraire, ne pourroit
ſervir au plus, qu'au cas que l'air
ne réſiſtât nullement à ſa diviſion.
A l'égard des gouttes que l'air ſoû
tient, elles devroient encore s'apla
tir par la raiſon qui fait que les
gouttes qui ſe forment ſur une table
358 Recherches de Phyſique
poudreuſe lors qu'on y jette de l'eau
s'aplatiſſent; ſi ce n'étoit qu'appa
remment ces gouttes ne ſont jamais
ſi tranquilles, qu'elles ne ſoient
tournées en tout ſens, par l'agita
tion de l'air ; auquel cas on peut
leur attribuer une figure approchan
te de la ronde. La cauſe que l'au
teur apporte de la groſſeur des gout
tes de pluye, n'eſt pas non plus la
principale ; mais c'eſt la quantité
des vapeurs qu'une goutte déja for
mée rencontre en tombant. Ainſi
c'eſt la hauteur d'où cette goutte
tombe, qui eſt la principale cauſe
de la groſſeur, comme M. Mariotte
l'a fort bien remarqué au com
mencement de ſon Mouvement des
Eaux.
II. L'auteur ſuppoſe icy que le
froid puiſſe glacer les parcelles de
l'eau qui ſont en l'air, avant qu'el
les ſoient aſſemblées en vapeurs,
c'eſt à dire avant qu'elles forment
des gouttes; c'eſt ce qu'on ne luy
accordera point, puiſque ces gout
telettes imperceptibles ſe forment
& de Mathematique. . 359
à meſure que les parcelles de l'eau
s'élevant de la terre, ſe trouvent
abandonnées de la lumiere du So
leil qui les ſoûtenoit. L'haleine par
éxemple, & la ſueur des chevaux
en hyver, ſe forment en broüillard,
' c'eſt à dire en eau, avant d'être
glacées ; de ſorte que les filets de
glaces dont parle l'auteur ne ſçau
roient être formez que de pluſieurs
gouttelettes glacées que le vent a
pouſſées les unes contre les autres,
leſquelles s'uniſſent dans l'inſtant,
& ſe poliſſent par le vent qui gliſſe
le long ; enſuite de quoy le même
vent les agitant en tout ſens en aſ
ſemble quantité, & en forme de
petits tas qu'il fait piroüetter, d'où
naiſſent les pelottes dont parle l'au
teur. Ces pelottes ſe choquent les
unes les autres, & s'aplatiſſent par
quelques endroits, & roulant au m.-
lieu des vapeurs gelées, elles s'en
couvrent comme d'une pouſſiere,
que les atômes de l'eau non conver
tis en gouttes, ne pourroient jamais
rendre ſenſible, ainſi que notre au
36o Recherches de Phyſique
teur ſe l'eſt imaginé. -

A l'égard des broüillards, il me


ſemble qu'il n'eſt pas neceſſaire de
vents pour les former, puiſque les
vapeurs qui s'élevent toutes les
nuits au deſſus des rivieres, & tous
les ſoirs ſur les prairies hors la ſai
ſon de l'été , ſont de veritables
broüillards, compoſez de gouttelet
· tes, qui ont tres-peu de force pour
s'élever promptement , ou pour
s'empêcher de retomber, aprés a
voir été élevées à cauſe du peu de
lumiere qui les environne. Les nuës
ne ſont auſſi que de veritables
broüillards élevez fort haut, ou par
les vents, ou par la force des rayons
du Soleil ; comme on le voit dans les
montagnes un peu hautes. Mais à
l'égard du concours de pluſieurs
vents, s'il s'y rencontroit des broüil
lards, ils ne manqueroient pas de
s'épaiſſir en pluyes, comme l'auteur
même le reconnoît quelques lignes
enſuite. Ainſi cet endroit renferme
une eſpece de contradiction..
Quant à ce que l'auteur avance,
que
| | & de Mathematique. 361
que l'air du ſommet des plus hautes
montagnes y eſt froid, comme dans
l'hyver; je crois qu'on peut nier ce
fait abſolument, puiſqu'il y regne
au contraire une ſerenité & une
† parfaite ; ceux qui ont
été ſur le haut du Mont d'Or, des
Pyrenées, du Pic de Tenerif, des
monts Crapats, des Andes, le ſça
vent aſſez. Car lors qu'on a paſſé la
region des nuës, qui eſt environ à
quatre ou cinq cens toiſes de la ter
re, on ne trouve † calme &
qu'une ſerenité preſque perpetuel
le; la region du froid n'étant que
dans l'eſpace où la lumiere & les
exhalaiſons ſulphurées abandonnent
les vapeurs aqueuſes, & les ſels ni
| treux, qui eſt auſſi celle de nuës. .
· Enfin ce que l'auteur dit dans lé
reſte de l'Article, paroît aſſez vray
ſemblable, excepté le tour qu'il fait
faire à ſes deux vents à l'entour de
ſa ntie pour luy bâtir une croute de
glace qui certainement n'a nul exem
ple dans la nature. On peut donc
regarder cet endroit comme une
II. Partie. Hh
· 362 Recherches de Phyſique
chimere, que notre auteur n'a in
ventée que pour expliquer un Phe
noméne, dont il parlera dans la ſui
te. D'ailleurs, il eſt évident que ſi
une nuë ſe trouvoit ainſi ſerrée en
tre deux vents, qui coulaſſent à cô
té l'un de l'autre, elle ſe briſeroit
en deux parts, dont l'une ſeroit em
ortée par un vent, & l'autre par
† , ou du moins ils la feroient
piroüetter , comme un cylindre
qu'on roule entre ſes deux mains; ce
qui eſt contre l'experience. . · · · ,

srx1E'ME DIscovrs.
· ART. I. I 'Auteur veut que toute
& II. ſorte de grêle ſoit faite
de neige, qui s'eſt fonduë en pluye
en tombant, & qui enſuite a ren
contré un vent froid , lequel l'a
convertie en glace. Mais je ne vois
aucune neceſſité que la nuë ait d'a-
bord été compoſée de neige. Elle
peut être formée ſeulement de va
peurs non congelées, qui ont été
aſſemblées par des vents contraires
& de Maihematique. 363
en de groſſes gouttes un peu au deſ
ſus de la region froide, leſquelles
en paſſant enſuite par cette region
ſe § congelées, ſans qu'il ſoit
non plus neceſſaire d'aucun vent
froid. Ainſi la cauſe que l'auteur
apporte, ne peut paſſer pour une
cauſe generale.
· Un vent doux peut auſſi aſſem
bler par pelottes la neige dont une
nuë eſt compoſée, comme on l'a
déja dit cy-devant, & fondre un peu
en même-tems leur ſurface exte
rieure. Mais ces pelottes en ſe joi
gnant ſe regelent, juſques à ce que
quelque coup de tonnerre renfermé
au dedans de la nuë les ſépare, &
les faſſe tomber ou en pluye, ou en
grêle cornuë; ce qui étant (comme
il y a toutes les apparences) tout ce
que l'auteur avance à cet égard, ne
peut paſſer que pour des chiméres en
bonne méchanique.
Il me ſemble auſſi que l'auteur
devoit attribuer l'aplatiſſement de
· la grêle d'un ſeul côté, à la reſiſtan
ce de l'air inferieur, comme je l'ay
- H h ij
364 Recherches de Phyſique .
remarqué cy-devant; car ſi c'étoit
le vent qui eût cauſé cet aplatiſſe
ment, il l'auroit dû aplatir par deux
faces oppoſées, ( comme l'auteur
luy-même dit dans l'Article 4. l'a-
voir obſervé,) & non pas d'un ſeul
côté. J'ay vû même de groſſes grê
les, qui étoient faites comme des
Secteurs de ſphére. Or il me ſem
ble qu'il ne peut y avoir que la ré
ſiftance de l'air inférieur, qui leur
ait cauſé cette figure ronde par deſ
ſous, tandis que le même air s'é-
coulant à l'entour peut les avoir ai
guiſées par le deſſus ; mais il faut
pour cet effet qu'elles ſoient deſcen
duës dans un air tranquille; ce qui
étant, il ne ſera plus neceſſaire de
tout l'appareil que l'auteur imagi
ne, pour leur donner cette figure.
III. Je ne penſe pas qu'il ſoit
non plus neceſſaire de tout celuy
que l'auteur ſuppôſe, pour former
la neige exagonale qu'il a obſer
vée, & que j'ay obſervée auſſi en
viron 6o ans aprés luy ; mais qu'il
ſuffit qu'un vent s'écoule par deſ
& de Mathematique, 365 .
ſous la nuë qui en eſt compoſée.
Car il rangera toutes les pelottes
de neige dans une eſpece de ſurfa
ce, comme l'auteur le veut ; & s'il
eſt un peu chaud, il pourra fondre
les poils qui ſont par deſſus, & ceux
qui ſont par derriere, ſe trouveront
abatus par les grains qui les ſoû
tiennent de ce côté ; & le vent s'é-
coulant entre ces grains pourra ran

ger les poils d'autour tas, com
me l'auteur l'explique. Mais il me
ſemble qu'il ne devroit s'engendrer
de là que des rouës à dents aiguës,
pareilles à celles qui ſont en O, E,
F; & non pas des roſettes ſembla
bles à celles qu'on voit en I ou Q ,
ou R, où les feüilles ſurpaſſent de
beaucoup le cœur de la fleur ; du
· moins l'explication de notre auteur
ne paroît pas conforme à ſa fi
gure
IV. Il me ſemble qu'il réuſſit
encore moins dans les lames mar
: quées K, où à peine atteint-il la
vray - ſemblance, quoiqu'il mette
tout en œuvre. C'eſt la même choſe
- - - H h iij
366 Recherches de Phyſique
pour les rouës, marquées Q. Il réuſ
ſit encore bien moins dans ſon ex
plication des Etoiles jointes par des
eſſieux, quoiqu'il n'épargne ny fi
étion, ny ſuppoſition pour en ve
nir à bout ; en ſorte qu'on a tout
lieu d'être étonné que l'auteur ceſſe
de l'être aprés de telles ſubtilitez. Et
il me ſemble qu'on doit s'eſtimer
hûreux aujourd'huy, de n'être plus ſi
facile à contenter. Enfin je ne trou
ve plus que des chiméres en bonne
Phyſique, dans tout ce que l'auteur
dit des Etoiles fleur-de-liſées.
Ne pourroit-on point penſer que
quand le vent a colé une pelotte
de neige contre une nuë, dont le
deſſous eſt déja glacé, elle en arrê
te ſix autres qui voltigent autour
d'elle,leſquelles s'y joignant compo
ſent les roſettes ſimples, quand les
triangles qui ſont autour de la pre
miere ſe trouvent remplis de pouſ
· fiere de neige. Car ſi le vent em
· porte celle qui eſt autour des ſix
feüilles , elles demeureront aron
dies; mais s'il ne peut l'enlever, il
^.

& de Mathematique. 367


la colera davantage contre elles, en .
paſſant dans les entre-deux ; ce qui
les rendra pointuës par le bout. Et
, ſi le vent paſſe au travers de ces
petits triangles, il compoſera de
chaque pelotte environnante une eſ
pece de fleur de lis, dont le corps
ſera formé de la pelotte même, la
queuë & les branches des poils qui
la joignent aux trois voiſines, & la
pointe des poils qui ſont vers ſa
partie la plus éloignée du centre de
l'Etoile. Mais ce ne ſont encore que
des conjectures. Un Chimiſte expe
dieroit ce Phénoméne en deux coups,
en diſant que cette region glacée eſt
remplie du nitre de l'air, dont on
ſçait que le propre eſt de ſe cryſtal
liſer en figures exagonales. Mais
auſſi une telle explication ne pour
roit être bonne, que pour conten
ter de ſimples Chimiſtes. -

· Quant à la chute des nuës, que


l'auteur attribuë à l'air qui ſe reti
re de deſſous , ou à celuy qui les
-preſſe par deſſus ; je répons que je
ne ſçay quand l'air ſe retire de deſ
· 368 Recherches de Phyſique
ſous les nuës, ſinon quand il fait du
vent; & alors ce vent éleve les nuës,
· au lieu de les attirer : ou quand le
froid augmentant condenſe l'air ſous
les nuës, & alors il le rend plus ſo
lide & plus peſant, & par conſe
-quent plus capable de les ſoûtenir.
Pour l'air de deſſus, il eſt toûjours
en équilibre par ſon poids avec celuy
de deſſous ;Ainſi il ne fait aucuneim
preſſion ſur les nuës en ſe dilatant,
comme l'auteur le prétend. La chute
des nuës vient donc, lors que le vent
aſſemble leurs parties ; ou qu'il s'eſt
tant élevé de vapeurs que l'air ne
ſçauroit plus les ſoûtenir ; ou enfin
quand les exhalaiſons les plus vo
latiles les ont abandonnées, en con
tinuant de s'élever.
V III. Cela peut provenir auſſi
de quelque vent frais, qui ayant re
gné pendant la nuit, a baleyé &
élevé toutes les vapeurs comme de
la pouſſiere, auquel cas il n'y a pas
de pluye à craindre pour le lende
main. Enfin, on peut encore ajoû
ter à ce que l'auteur dit du Soleil
& de Mathematique. 369
au matin ; Que comme il ſe perd
bien-tôt derriere les nuës qui ſont
ſur l'horizon, il n'a pas le tems ny
la force d'échauffer la terre ny l'air
de deſſous ſuffiſamment pour rele
ver les vapeurs, ou pour les empê
cher de tomber ; ce qui cauſe du
broüillard, ou même de la pluye.
| S E PTI E'ME DIScouRS.
ART. Es tonnerres & les éclairs
. II. qu'on dit qui s'excitent
en l'air, lors qu'on jette quelque
corps ſolide dans les lacs bitumi
neux, tels que le Lac Aſphaltide, &
un autre dans les Pyrenées ; & ſi
l'on veut encore les exploſions des
Volcans , comme de l'Ethna , de
l'Hecla, &c. prouvent aſſez que ces
méthéores ſont formez par une
grande quantité d'exhalaiſons ſul
hurées, amaſſées dans un même
ieu , & non pas indifferemment
par un air preſſé, comme notre au
teur le prétend. Mais ce qui en con
vaint entierement, c'eſt un Ton
37o Recherches de Phyſique
nerre que M. Caſſini le Pere obſer
va à Boulogne en Italie en 167o, &
qui fut apperçu en même-tems à
Florence, & dans pluſieurs autres
lieux, ſous la forme d'un globe de
feu qui luy paroiſſoit de la gran
deur de la Lune, lequel globe aprés
une courſe de quatre minutes vers
· l'Occident, dans laquelle il laiſſa
une longue trace de feu en forme
de queue, ſe perdit dans des nuës
où il creva avec un tres-grand
bruit, en laiſſant l'air rempli d'une
odeur de ſoufre. L'air ſe couvrit
auſſi-tôt de nuages qui laiſſerent
tomber quelque pluye, quoy qu'il
n'eût plû de quatre mois.
De plus, il ſemble que les nuées
inferieures doivent plûtoſt ſe fon
dre que les ſuperieures , comme
étant plus proches qu'elles de la ter
re; auquel cas il ne feroit aucun
tonnerre. D'ailleurs , le bruit du
tonnerre ſuit toûjours l'éclair, &
l'éclair eſt l'effet de la dilatation de
ces exhalaiſons ſulphurées & nitreu
ſes, puiſqu'il n'y a que ces exha
, & de Mathematique. 371
laiſons qui puiſſent produire du feu:
donc le bruit du tonnerre eſt auſſi
l'effet de cette dilatation.
, On n'entend non plus guéres de
tonnerres que les nuës n'aillent au
paravant à contre-ſens les unes des
autres, & ne condenſent par con
ſequententr'elles ces exhalaiſons ni
tro-ſulphurées; ce qui prouve que le,
tonnerre vient plûtoſt de cette der
niere cauſe, que de celle que notre
auteur apporte ; & ce qu'on peut
s prouver même par l'exemple qu'il
cite; ſçavoir qu'il tonne lors qu'a-
prés un vent du Nord, on ſent une
chaleur moëte & étouffante. Car
· cette chaleur prouve que ce vent du
Nord a été arrêté par un vent du
Midy. Ainſi tout ce que l'auteur
ajoûte ſur cet endroit, ne peut en
bonne Phyſique être regardé que
comme une chimére.
· Il faut remarquer de plus que les
éclairs, qui ne † ſuivis d'aucun
§ , ou ſont fort éloi
nez vers notre horizon, ou ne ſe
ont pas entre deux nués pouſſées
37i Recherches de Phyſique -

l'une vers l'autre. Car l'exploſion


de l'exhalaiſon s'étendant au milieu
des vapeurs des deux nuës, y pre
duiroit neceſſairement une détoha-.
tion. Ces feux s'allument donc tout
fimplement dans le haut de l'air,
dans des exhalaiſons aſſemblées en
aſſez grande quantité, pour écarter
ſans effort l'air d'entr'elles. Je dou
te de plus qu'il y ait des tonnerres
· ſans § , ſoit que ces éclairs pa
roiſſent au dehors de la nuë, §
qu'ils ſoient renfermez au dedans,
ou même qu'ils s'élancent par deſ
· ſus. ' - | | , • -

On ne voit nulle méchanique


dans la maniere dont notre auteur
fait fraper les cloches, les tours, &
les lieux éminens par la foudre, &
encore moins dans la raiſon qu'il
apporte de ce que les ondées ſui
vent ordinairement les grands coups
de tonnerre. Mais à l'égard de ce
qu'il avance, que le bruit des clo
ches & des canons fait tomber la
nuë, cela ne peut être vray, que
lors que les coups de tonnerre l'ont
déja
& de Mathematique. 373
déja briſée. Car au contraire, ce
bruit l'éloigne & le chaſſe hors du
lieu oû l'on eſt, & la fait tomber ail
leurs, comme on peut le voir par un
exemple que j'ay inſeré dans l'Hi
ſtoire de notre Academie de 17o7, &
qu'on verra encore cy-aprés; en ſor
te que ſi le Ciel menace de quelque
orage un peu avant une bataille, cet
orage ne manque pas de ſe diſſiper
dés que le canon commence à tirer ;
ce qu'il eſt bon de ſçavoir.
- III. Il eſt conſtant au reſte, que
l'on voit des étoiles chéantes pen
dant les nuits les plus claires. Ainſi
on ne peut pas préſumer qu'elles
ſoient produites comme notre au
teur les explique au commencement
de cét Article. Outre que ſelon ſon
explication, ces feux devroient être
ſemblables à des éclairs, & non pas
à des étoiles qui tombent. Joint à
cela, qu'il y a apparence que ces
Metheores ſouvent ne tombent pas ;
mais que ce ſont la plûpart des co
lomnes d'exhalaiſons verticales, leſ
quelles prennent feu par leur parti
MI. Partie. ' Ii .
374 Recherches de Phyſique
ſuperieure qui eſt la plus ſubtile, &.
la plus délivrée de vapeurs, & où
le nitre & les ſoufres ſubtils ſe trou
vent mêlez entr'eux ; à peu prés
comme il arrive à la fumée d'une
chandelle nouvellement éteinte,
qu'on preſente au deſſous d'une qui
eſt allumée. -

III. & IV. A l'égard des che


vrons , ou poutres ou lances de
feu que l'on voit en l'air, & que
l'auteur dit n'être pas formées d'ex
halaiſons, c'eſt une pure imagina
tion ; car on les voit s'allumer, cou
rir en l'air d'une extrême rapidité,
& s'éteindre comme les autres feux.
#. vû même leur ſplendeur paſ
r comme une traînée de lumiere
ſur la terre, pendant la plus-ſom
bre nuit : de ſorte qu'on ne ſçauroit
douter que ce ne ſoit un corps ha
liteux, embraſé & étendu en lon
gueur, ſelon le cours du vent qui le
orte. En un mot, ces feux ne ſont
pas differens, quant à leur nature,
de ceux qu'on a vû tomber depuis
cinq ou ſix ans à la Hogue, pro - -

• • • • -
& de Mathematique. 375
che Meudon en France, & dans les
mers de Barcelone & de Cadis en
Eſpagne, dont il eſt parlé dans les
Memoires de notre Academie & ail
leurs : ou ils n'en different au plus,
que par leur figure, leur rareté ou
legereté , & leur mouvement. Et
ſans doute que ces derniers ſont
auſſi ceux qu'on appelle des Etoi
les, quand elles tombent dans le
haut air ; car on a vû de ces Etoiles
qui ſont tombées ſur des maiſons,
& les ont embraſées.
, Je ne dis rien du reſte de l'Arti
cle, ſinon que des trois raiſons que
l'auteur apporte, la premiere pour
roit avoir quelque fondement; mais
pour les deux autres, on peut les
regarder comme de pures chimeres.
H'JITI E'AME DIS C O CVRS.

ART. O§ ne comprend pas bien


I I. comment l'auteur peut
ſuppoſer que les couleurs viennent
d'un rapport qui ſe trouve entre la
vîteſſe directe de la lumiere, & ſa
I i ij
376 | Recherches de Phyſique
vîteſſe circulaire ; vû qu'il a toû
jours dit que la force de la lumiere
ne conſiſtoit pas dans un paſſage
actuel, mais ſeulement dans une
tenſion pour paſſer ; ce qui étant il
paroît impoſſible que ſes parties
rennent aucun mouvement cIrcu
ire actuel, & encore moins que
ce piroüettement ſoit moins ra+
pide que le mouvement direct,
qui ſelon luy n'eſt qu'une ſimple
tenſion : ainſi il ne devroit ſe former
au plus que du jaune & du rouge
Et ſi l'on dit que les couleurs con
ſiſtent ſeulement dans une tenſion
à circuler, je demande ſi une fim
ple tenſion à circuler peut ſe fen
tir, vû que nous avons déja remar
qué dans le cinquiéme Diſcours de
la Dioptrique, que les particules de
la lumiere étant tres-dures & tres
polies, on ne voit pas bien même
comment leur tournoyement actuel
† être ſenſible au toucher de
a vûë. A plus forte raiſon une ſim
ple tenſion à circuler, doit être tout
à-fait inſenſible.
& de Mathematique. 377
D'ailleurs, il y a au moins trois
: | couleurs fondamentales ; ſçavoir,
le rouge, le jaune, & le bleu ; en
forte qu'on ne peut pas dire qu'on
paſſe inſenſiblement du rouge au
jaune, & du jaune au bleu ; puiſ
que les couleurs des Priſmes ſont
toûjours diſtinguées les unes des au
tres par une ligne droite, & celles
des Lentilles par un cercle tres-ſen
ſibles, comme on l'a déja remar
qué dans le cinquiéme Diſcours &
ailleurs, ſans aucune nuance dans
chaque couleur ; ſi ce n'eſt tout au
plus dans le rouge & le violet, qui
s'affoibliſſent vers l'ombre. -

Il y a cependant d'habiles Philo


ſophes, qui croyent que les cou
leurs ne different entr'elles que com
me les ſons. Mais je les prie de
conſiderer que ſi l'on ſonne un ſeul
(mi) (par exemple , ) & en même
tems pluſieurs ſons au degré de (ſol)
ou un ſeul (ſol) & pluſieurs (mi)
en même-tems, l'accord ne ſera pas
d'une nature differente de ce qu'il
ſeroit, s'il n'y avoit qu'un ( ſol ) &
I i iij
378 Recherches de Phyſique
qu'un (mi) en même-tems.Au lieu .
que plus on mêle (par exemple) de
jaune avec du bleu, & plus le verdi
qui en eſt formé devient pâle ; &
tout au contraire, plus on mêle de
bleu avec du jaune, & plus le verdi
devient bleu ; ce qui ſuffit, ce me
femble, pour détruire entierement
cette opinion.
Enfin ſi le ſentiment des couleurs
conſiſtoit dans une comparaiſon du
mouvement direct de la lumiere
avec ſon mouvement circulaire, il
s'enſuivroit qu'aucun animal n'au
roit de connoiſſance des couleurs,.
& n'y prendroit plaiſir , contre ce .
que l'on ſçait des Paons, des Perro
quets, &c. ces animaux ne pour
roient ſe diſtinguer de loin les uns
des autres par leurs differentes cou
leurs ; Ainſi cette varieté infinie de
| couleurs qui reluit dans leurs poils,.
dans leurs écailles, dans leurs plu
mages, leur deviendroit abſolument
inutile, ce qu'on ne ſçauroit raiſon
nablement penſer en bonne Phyſi
que ; l'Auteur de la Nature n'ayant
nien fait d'inutile.
& de Mathematique. 379
I V. Je finis en faiſant une re
marque ſur ce que l'auteur dit au
commencement de cet Article ; ſça
voir que la réfraction de l'eau chau
de eſt moindre que celle de la froi
de, contre ce qui devroit arriver
ſelon luy, puiſque l'eau chaude eſt
un milieu plus aiſé à penetrer que
- l'eau froide; ſes parties étant toutes
\ deſunies, & leurs interſtices tous

remplis de lumiere.
NEvVIE'ME DIscovRs.

L† qui juſques icy n'avoit


fait tournoyer les boules de la
lumiere qu'en paſſant au travers les
corps tranſparents, pour en tirer
les couleurs fondamentales ; les fait
maintenant circuler dans l'air pour
en tirer la couleur blanche. Il fait
la même choſe de la lumiere que
tous les corps blancs reflechiſſent,
quoy qu'on ait démontré cy-devant
Fimpoſſibilité de ce tournoyement
dans le Syſtême de l'auteur, qui ne
donne aucun paſſage à la lumiere,
38o Recherches de Phyſique
mais une ſimple tenſion pour paſ
ſer. Il dit de plus, que l'eau de la
mer paroît bleue, parce que ſa ſur
face renvoye peu de rayons, & qu'il
n'en revient aucun du dedans ; ce
que je ne crois pas intelligible en
bonne Phyſique. On peut dire au
contraire, ſelon notre Syſtême, que
l'eau de la mer ne tranſmet à une
certaine diſtance que les rayons ver
dâtres, & que ce ſont eux qui étant
reflechis dans nos yeux, nous font
voir le dedans de l'eau de cette cou
leur. . - - -

Il me paroît auſſi fort difficile d


penſer, avec notre auteur, que les
boules de lumieres qui font voir le
rouge, tournent plus vîte que cel
les qui font voir le blanc ; ſi l'on
conſidere que le fer peu ardent eſt
rouge, & qu'il eſt blanc quand il
eſt tres-enflâmé, & qu'en general
la couleur blanche eſt toûjours beau
coup plus vive, que la rouge, &
generalement que toutes les autres
couleurs. Il me ſemble de plus, que
l'auteur a tort de penſer que ce
& de Mathematique. 381
ſont les broiiillards qui ſont ſur
l'horizon, qui font paroître le So
leil rouge le ſoir ou le matin. Car
le Soleil vû au travers des nuës, ou
· des vapeurs qui ſortent des lacs, ne
paroît jamais que blanc. Ce ſont
donc des exhalaiſons qui témoignent
que la terre a été fort échauffée tout
le jour, ou toute la nuit ; ce qui
luy a fait produire par conſequent
beaucoup de fumées, dont le Ciel
ſe trouve chargé le ſoir ou le ma
tin. De ſorte que ſi outre cela le
Ciel eſt couvert le matin de nuës,
le Soleil n'aura pas la force dans la
ſuite de diſſiper ces fumées, qui par
conſequent retomberont en pluye
Mais ſi c'eſt le ſoir, ces fumées au
ront le tems de monter pendant la
nuit par la chaleur de la terre, &
ces nuës de ſe diſſiper par quelque
vent, comme il ne ſe paſſe guéres
de nuit qu'il n'en regne quelqu'un
de côté ou d'autre ; ou s'il n'en re
gnoit aucun, & que ces nuës de
meuraſſent ſur l'horizon juſques au
lendemain matin, alors le prover
382 Recherches de Phyſique
be ( rouge au ſoir, & c. ) pourroit ſe
tromper. -

. I I. De là l'auteur paſſe à l'expli


cation des Couronnes, qui paroiſ
ſent autour des aſtres. Il les tire de
la lumiere du Soleil, qui a ſouffert
réfraction dans les étoiles de neige
dont il a parlé cy-devant, & fait
varier leur diametre à meſure qu'il
imagine l'épaiſſeur de ces étoiles
vers le centre, plus ou moins gran
de. De ſorte que, ſelon luy, il de
vroit y avoir de ces couronnes de
toutes ſortes de diametres ; au lieu,
qu'on n'en a guéres vû encore que
de 45 & de 9o degrez, & quelques
autres petites environ de ro degrez
de diametre, qui paroiſſent ſouvent
le ſoir autour de la Lune, & qu'on
appelle des Hâlos. Il prétend auſſi
que les aſtres doivent être fort bas,
pour qu'on apperçoive ces couron
nes autour d'eux. J'en ay cependant
obſervé cette année 17o8. une au
commencement de May autour du
Soleil, qui a duré depuis onze heu
res du matin juſques à ſix heures du
& de Mathematique. 38;
ſoir , & dont le diametre étoit en
Viron de 68 degrez ; puiſque ſon
bord paſſoit à midy par mon Zé
nith ; elle dura juſques à ſix heures
du ſoir, ſans avoir diminué ſenſi
blement de diametre. Il eſt encore
à remarquer que la plûpart de ces
couronnes paroiſſent ſur un ciel de
ſtitué de nuages ſeulement.Le de
dans de la couronne eſt d'un bleu
un peu plus ſombre, contre ce qui
devroit s'enſuivre du Syſtême de
notre auteur, à moins que de ſup
poſer un noyau de neige au centre
de chaque étoile. Enfin M. Deſcar
tes avouë luy-même qu'on ne voit
jamais qu'en hyver ces étoiles de
neige dont il tire les couronnes ;
Ainſi il pourroit bien tirer ſa réfu
tation de ſes propres paroles. M.
Huguens ajoûte que ſelon le Syſtê
me de notre auteur, ces Couronnes.
ne devroient pas paroître rondes
dans toutes les hauteurs des aſtres ;
ce qui eſt encore contre l'experien
ce. D'où il ſuit que ſon explication
• t
ne peut avoir lieu. , 2 .
384 Recherches de Phyſique
· A l'égard des Couronfies qu'on
voit autour des chandelles, il ne me
paroît pas que notre auteur les ex
plique aucunement. Il me ſemble
au contraire qu'il ſeroit aſſez diffi
cile de les expliquer, par ce qu'il
donne comme évident. Je ne crois
pas même qu'il les ait jamais en
tenduës.. Et quant aux rayons qu'on
voit quelquefois entre l'œil & le
corps lumineux, il paroît aſſez par
l'explication que Rohaut en donne
dans ſa Phyſique,que notre auteur ne
les anon plus aucunement entendus.
- III. Enfin il prétend qu'on ne
puiſſe voir des couronnes dans des
gouttes d'eau ſituées entre l'œil &
le cºrps lumineux ; il me ſouvient
cepéndant d'en avoir vû une telle
· à la chandelle dans la vapeur de
l'eau chaude ; peut-être n'étoit-ce
auſſi qu'un cercle, dont le dedans
étoit tout lumineux, & le dehors
obſcur; ce qui devoit produire une
couleur violette ſur ſa circonferen
ce , comme dans la lumiere des
phioles pleines d'eau, qu'on reçoit
- ſur
c de Mathematique 38; .
ſur un fond blanc, au delà de leur
foyer.
DIXIE'AME DISCOURS.

Otre auteur fait des ſuppoſi


N tions ſans nombre, pour ex
pliquer l'Almicantarah blanc, com
In6e -

1°. De faire venir deux vents


contraires, l'un chaud du Midy,
l'autre froid du Nord, pour former
une nuë ronde dont l'un fond la
neige de ſon circuit; & l'autre la
regéle, afin de compoſer cet épou
vantable anneau.
• 2°. Il demande que ce cercle ſoit
plus épais du côté du Midy, que du
côté du Nord ; & vers le milieu,
que proche des bords.
3°. Il feint que ces deux vents
circuleront à l'entour de cette nuë,
ſans s'arrêter l'un l'autre, ny ſans
l'aplatir, ou ſans la diviſer, ou ſans .
y former de tonnerre, ou ſans la
faire tourner ſur elle-même, &c.
| 4°. Il ſuppoſe qu'il ſurvient à
II. Partie. Kk
386 Recherches de Phyſique
propos, dans ce même tems, des
vapeurs de la terre, qui la repouſ
ſent & la ſoûtiennent par ce
moyen. -

5°. De plus, que le Soleil eſt aſ


ſez élevé vers le Midy, pour éclai
rer le deſſus de cet anneau ; au lieu
que dans pluſieurs ſemblables Phé
noménes le Soleil s'eſt trouvé n'a-
voir pas plus de 25 degrez de hau
teUlI.

6°. Que la ſurface de ce prodi


gieux glaçon ſoit aſſez polie en de
dans du côté oppoſé au Soleil, &
la neige qu'il renferme aſſez tranſ
parente, pour qu'il puiſſe nous réfle
chir les rayons du Soleil, & nous y
faire voir trois Soleils à la fois ; ce
qui eſt contre toute apperence.
7°. Il fait de plus aller ces rayons
du Soleil choquer contre la neige
voiſine de l'anneau, afin qu'elle
nous les renvoye dans l'œil, &
nous faſſe appercevoir un anneau
blanc ; & cela ſans conſiderer que
les côtez de l'anneau ne réflechiſ-.
ſant point de lumiere ſur la neige
-
& de Mathematique. 387
voiſine, l'anneau devroit toûjours
paroître rompu en ces deux en
droits ; ny que la lumiere ayant pe
netré la partie anterieure de cet an
neau, & de là étant tombée ſur la
· neige voiſine toute colorée, cette
neige devroit nous la tranſmettre
de même, c'eſt à dire que tout l'an
neau devroit paroître coloré du cô
té du Soleil, & non pas ſeulement
en trois diffèrens endroits.
8°. Il feint ( gratis ) & contre
toute experience, que le centre de
l'anneau B, ne ſoit pas toûjours le
Zenit de chaque Spectateur, ſans
eonſiderer qu'il s'enſuivroit de là
que cet anneau devroit paroître ova
le, & en même tems incliné à l'ho
rizon.
9°. Il ſuppoſe encore que le Ciel
n'eſt pas toûjours ſerain, lors qu'on
apperçoit ce Phénoméne , ce qui
n'eſt pas moins contraire à l'expe
rience. 4

1o°. Il ſuppoſe de plus qu'une par


tie de cet anneau de glace puiſſe
être regardée comme la ſurface d'u
K k ij
388 Recherches de Phyſique
ne eau ondoyante ; afin de pouvoir
expliquer par ce moyen le mouve
ment reciproque de la queuë d'un
Parhélie. Quelle apparence !
II°. Il place fort à propos une
ſeconde nuë entre ſa premiere & le
Soleil, laquelle s'étende au deſſus
& au deſſous d'elle ; & qui ſoit
compoſée de petites étoiles de gla
ce à ſix feüilles, ſemblables à celles
dont on a parlé cy - devant, afit1
d'expliquer les couronnes qu'on voit
autour du Soleil, en même - tems
que l'anneau. -

12°. Hl ſuppoſe que ce n'eſt que


par hazard que les Parhélies voiſins
du Soleil ſe trouvent dans les inter
ſections de ces couronnes & de l'Al
micantarah ; quoy qu'ils s'y voyent
toûjours lors qu'ils paroiſſent.
13°. Il feint enfin que le Soleil
n'eſt pas toûjours le centre de ces
couronnes qu'on voit autour de luy
attachées ſur*l'anneau, & cela con
tre toute experience.
Il eſt évident qu'à force d'ima
giner ainſi tout ce dont on croit
& de Mathematique. 389
avoir beſoin, il n'y a rien dont on
ne pût rendre raiſon bonne ou mau
vaiſe , mais il eſt conſtant auſſi que
tant de fictions la plûpart gratuites,
ou contraires à la droite méchanique,
ou à l'experience, bien loin de ſer
vir à expliquer le Phénoméne pro
poſé, ſuffiſent au contraire pour nous
convaincre que l'auteur s'eſt trom
pé, comme on dit, toto cœlo. -

Notre Auteur finit en voulant


toucher quelque choſe des autres
Arcs, qui § ou coupent quel
quefois les Couronnes; & pour cet
effet il inſiſte à reprendre ſa pre
miere nuë, ou de nouvelles pour
fondement de ſes raiſonnemens,
uoy que tous ces arcs ſe voyent
† un ciel ſerain. De plus, il pro
céde d'une maniere dans laquelle
on ne reconnoît plus l'auteur de
l'explication de l'Arc-en-ciel ; ce
qui ne prouve que trop ce † M.
Mariotte avoit tres-judicieuſement
remarqué, que pour avoir l'envie
inſatiable de donner des raiſons de
tout, & pour trop préſumer de ſes
K k iij,
39o Recherches de Phyſique
forces, on remplit ſes Ouvrages
d'un grand nombre de chimeres.
Et comme l'excellent M. Huy
gens nous a laiſſé dans fes Oeuvres
pofthumes des Syſtêmes qui répan
dent avec beaucoup de ſimplicité &
de profondeur, une tres-grande lu
miere ſur ces Phénoménes admira
bles, nous croyons ne pouvoir
mieux finir cette Analyſe, qu'en
expliquant le Metheore que M. Deſ
cartes s'eſt propoſé,ſelon la methode
de ce premier, parce que ſil'on n'eſt
pas pleinement ſatisfait de l'expli
cation que nous en donnerons ; du
moins § , ce me ſemble, dé
livré de la peur d'être écraſé par la
chute d'un corps auſſi formidable,
que l'Anneau de notre auteur..
Mais il faut auparavant pour ſe
bien repreſenter ſa figure, ſe ſou
venir que le cercle CKLMN étoit
pendant honrizontalement au deſ -
ſus de la tête du Spectateur ; &
que les deux couronnes D E F .
G K H M I, avoient leur plan per
Btndiculaire au rayon du Soleil;
& de Mathematique. 39r
ainſi le Soleil êtant proche de l'ho
rizon , elles auroient été preſque
dans une ſituation verticale. Il faut
ſuppléer de plus à la relation de
l'auteur : Que leur circonference in
terieure étoit teinte de pourpre,
comme on le voit dans une lettre
du P. Scheiner ( qui a obſervé ce
Métheore ) adreſſée à Gaſſendi, &
que la queuë du Parhélie Nétoit cou
chée ſur le cercle blanc CKLMN
de N vers M, comme Hevelius l'a
remarqué dans un Parhélie à Dant
zik le 2o. Février 166I. & même
dans deux Paraſelenes le 3o. Mars
& le 17. Septembre 166o. & com
me on l'a remarqué eneore depuis
à LeipſiK dans un autre Paraſé
léne, le 24. Janvier ( V. S ) en
1684
Il faut encore ſe ſouvenir que ce
dernier a été vû de la même manie
re en même tems à Dreſde, à Leip
ſik, à Vratiſlaw, à Halts, à Erfort,
&c. contre la conjecture de M. Deſ
cartes. D'un autre côté les deux
Parhélies obſervez par le P.Schei
39z Recherches de Phyſique
ner le 2o Mars 1629. & le .... en
| 163o. à Rome, & deux autres par
Hevelius à DantziK le 2o. Fevrier
& le 6.Septembre 1661. & le Para
ſéléne cy-deſſus vû à Leipſik ayant
le même anneau blanc ; les deux
mêmes couronnes dont le Soleil é
toit le centre, avec les couleurs
tournées de la même maniere ; & les
mêmes diametres apparens de 45
& 9o degrez, & la couronne exte
rieure plus foible que l'interieure,
avec des Parhélies ou Paraſélénes
ſituez de même dans leurs interſe
étions; il me ſemble qu'on ne peut
plus douter que toutes les fois que
ces mêmes choſes ſe rencontrent
enſemble, elles n'ayent une même
cauſe; du moins ſi l'on peut expli
quer le tout par une même, on pa
roîtra approcher d'autant plus de la
vray - ſemblance , qu'on ſe ſera
moins écarté de la ſimplicité. Il eſt
vray que chacun de ces Métheores
a quelque choſe qui n'eſt point dans
s autres; mais auſſi ne prétend
en pas épuiſer toutes les cauſes
& de Mathematique. 393
étrangéres qui peuvent concourir
avec les cauſes ordinaires à la pro
duction de ces deux Phénoménes ;
il ſuffit maintenant de parler des
plus générales, laiſſant l'examen des
autres pour quelqu'autre fois.
De l'Almicantarah, ou Anneau
blanc.
Our venir maintenant à l'ex
plication de ces cauſes, on ſe
ſouviendra de ces petites ſphéres &
colonnes de neige gelées exterieu
rement, dont on a parlé dans le ſi- .
xiéme Diſcours cy-devant, & que
M. Deſcartes luy-même dit avoir vû
tomber. Car il ne me paroît pas poſ
ſible qu'il n'y ait un nombre innom
brable de ces colonnes, dont un des
bouts ſoit tant ſoit peu plus gelé,
& par conſequent plus peſant que
l'autre; ce qui étant, il eſt évident
u'il yen aura un grand nombre qui
e trouveront en même tems dans
une ſituation verticale : Et quand
même le vent les agiteroit toutes,
il ne laiſſeroit pas d'y en avoir en
394 Recherches de Phyſique -

core plus dans cette ſituation qu'en


toute autre. Or les rayons du So
leil, qui tomberont ſur leurs ſurfa
ces exterieures ſeront réfléchis, en
faiſant des angles égaux à ceux de
leur incidence, non ſeulement avec
ces mêmes ſurfaces ( ſelon les loix
de la Catoptrique) mais encore avec
· la verticale menée par leur point
d'incidence : car ſi le rayon réfléchi
faiſoit avec cette verticale un plus
grand, ou un plus petit angle que
l'incident; prenant enſuite ce rayon
réfléchi pour incident, & l'incident
pour réfléchi ; ce réfléchi feroit
à ſon tour un plus grand, ou un
plus petit angle que ſon incident ;
ce qui ſeroit évidemment abſur
de. D'où il ſuit que ſi l'on ima
gine un côné droit dont le ſommet
foit à l'œil du Spectateur A & dont
l'axe paſſe par † Zenit & par ſon
Nadir, & la ſurface par le centre
du Soleil , toutes les colonnes à
noyau qui ſe trouveront dans cette
furface conique renvoyeront des
rayons du Soleil dans l'œil A, &
& de Mathematique. 395
luy feront par conſequent voir au
tour de ſa tête un cercle blanc pa
rallele à l'horizon paſſant par le So
leil ; & faiſant la même choſe à l'é-
gard du haut & du bas du Soleil,
& de tous ſes autres points, le Spe
ctateur verra par tous ces rayons
enſemble une Zône blanche dont la
largeur ſera égale à la grandeur ap
parente du Soleil ; dont le centre ſera
directement ſur ſa tête, & dont le
rayon ou demi-diametre apparent
ſera égal à la diſtance du Soleil à
ſon Zenith D'où il ſuit auſſi que
le diametre de cette Zône blanche
diminuëra à meſure que le Soleil
s'élevera ſur l'horizon, ou tout au
contraire.
A l'égard du dedans & du de
hors de cette Zône, il paroîtra ſeu
lement d'un bleu ſombre, à cauſe
que les parcelles de glace qüi l'oc
cupent non ſeulement ne renvoyent
point de rayons du Soleil dans l'œil;
mais que même elles en arrêtent une
partie de ceux que l'air ſuperieur y
envoyeroit. Enfin differens ſpecta
396 Recherches de Phyſiqte
teurs éloignez les uns des autres,
pourront voir la même Zône plus
grande ou plus petite, ſelon que le
Soleil ſera plus bas, ou plus élevé
ſur leur horizon, ſi la matiere de ces
colonnes s'étend juſques à eux, &
toûjours au reſte dans les mêmes
circonſtances , comme il eſt évi
dent ; ce qui eſt en tout autant con
# forme à l'experience, que contrai
re au Syſtême de M. Deſcartes.
Des Couronnes interieures.

L'égard des autres colonnes


ſituées au hazard ; ſi l'on en
choiſit qui ſoient répanduës en rond
à l'entour du Soleil, & ſur la lon
gueur deſquelles un rayon du So
leil venant à tomber ſoit perpen
diculaire à cette longueur; on ver
ra que les rayons voiſins du rayon
qu'on ſuppoſe paſſer par le cen
tre de la colonne , ſeront inter
ceptez par le noyau de neige juſ
ques à une certaine diſtance; & † -

ceux qui en ſeront plus éloignez ſor


tlIOIlt
& de Mathematique. 397
tiront hors la colonne vers l'œil du
ſpectateur, & ſeront tous compris
entre deux extrêmes, dont l'un raſe
le noyau, & l'autre la ſurface ex
terieure de la colonne, & tous les
rayons enſemble pris d'un côté ou
d'autre de ce rayon qui paſſe par le
centre, compoſeront un Rayon So
lide de lumiere qui aura ſouffert
deux-réfractions, l'une en entrant
dans la colonne, l'autre en ſortant,
& toutes deux en mêmes ſens, (à
peu prés comme dans la derniere
figure du ſecond Diſcours ſur la
Dioptrique cy.devant ) & dont la
concavité ſe trouvera du côté du
rayon paſſant par le centre; c'eſt
pourquoy ces rayons ſeront teints
de couleurs dont le rouge ſe répan
dra du côté de ce même rayon prin
cipal, & les autres ſelon leur or
dre naturel, comme dans les Priſ
mes. Ces colonnes pourront donc
être toutes rangées à telle diſtance
à l'entour du Soleil, que le rayon
rouge de chacune arrivera à l'œil
A. du ſpectateur, lequel "# par
· II. Partie. L
-
398 Reeherches de Phyſique
conſequent une Couronne qui au
ra le Soleil pour centre, & dont la
couleur rouge ſera du côté du So
leil, & les autres couleurs en de
hors, comme-dans l'Arc-en-ciel ex
terieur , & comme dans la pre
miere figure du Diſcours neuviéme.) .
Et pour le comprendre aiſément, il
ne faut qu'imaginer encore une ſur
face du cône droit dont l'œil ſoit
le ſommet, le rayon mené de l'œil
au Soleil l'axe, lequel axe faſſe
avec la ſurface du cône un angle
égal à l'angle du rayon rouge avec
le rayon principal ; car on ver
ra auſſi-tôt que toutes les colon
nes qui ſe trouveront dans cette
ſurface-conique (à quelque diſtan
ce que ce ſoit ) perpendiculaires
dans, leur longueur aux rayons du
Soleil qui tomberont ſur elles, en
voyeront leurs rayons pourprez
' dans l'œil A ; ce qui luy fera voir
neceſſairement une couronne : de
pourpre-auteur du Soleil: A l'égard.
es autres couleurs, auſſi bien que
de la largeur de ces Couronnes , il en
, & de Mathematique. 399
eſt à peu prés comme de l'Arc-en
ciel ; c'eſt-à-dire que le nombre de
leurs rangs, ny leur largeur ne ſont
pas des choſes déterminées comme
dans l'anneau blanc.
M. Huguens ajoûte, que quand
le diametre du noyau ſera environ
la moitié de celuy de la bâſe de la
colonne, le diametre apparent de
cette couronne ſera alors de 45 de
grez environ ; c'eſt pourquoy on
peut ſuppoſer que les colonnes qui
ont fait voir la couronne interieu
re du Métheore de M. Deſcartes,
gardoient cette proportion.
Des Couronnes exterieures.

Uant aux. couronnes exterieu


res dont le diametre eſt ordi
· nairement double des interieures,
c'eſt à dire de 9o degrez, cette pro
portion devroit, ſelon le même au
teur, être environ de 3 à 4 ; c'eſt
pourquoy l'on peut, ce me ſemble
· penſer, qu'il y a quantité de petites
pelottes & colonnes qui aprés avoir
été gelées e : i ſe ſont
1]
| 4oo Recherches de Phyſique •.

derechef converties de cette pouſ


ſiere de neige, dont elles ont été
formées en premier lieu , & qui
ayant été fonduës & gelées exte
rieurement une ſeconde fois, ont un
noyau beaucoup plus gros que les au
tres, & dont le diametre eſt environ
les # de celuy de la colonne entiere ;
auquel cas ces colonnes étant con
çuës rangées comme les premieres
à l'entour du Soleil , feront voir
une ſemblable couronne, c'eſt à di
re dont les couleurs ſeront dans le
même ordre ; mais d'un diametre
deux fois plus grand. A quoy l'on
eut ajoûter, que comme ces co
onnes ſont ſans doute en plus pe
· tite quantité que les premieres ;
auſſi les couronnes qu'elles forment
ſont moins vives, que celles qui
ſont engendrées par les précéden
tes. Il faut dire au reſte la même
choſe du dedans de ces couronnes,
que du dedans de l'anneau blanc,
& par les mêmes raiſons.
Le P.Scheiner remarque de plus,
que pendant ſon ſecond Parhélie,
| & de Mathematique. 4o1
un vent du Nord ſouffla, enſuite
un d'Orient , ce qui ne cauſa aucun
changement que d'en effacer la par
tie Orientale , mais qu'enfin un vent
du Midy ayant ſuccedé, il tomba
une pluye légere qui cauſa l'extin
étion de toutes ces merveilles. Ce
qui nous prouve évidernment que
la cauſe conſiſtoit dans des parcel
les d'eau glacée , puiſque le vent
«haud du Midy avoit fait ce que
kes vents froids n'avoient pû faire.
Des Parhélies voiſins du Soleil.
Nfin quant aux Parhélies, il
ſemble que l'abondance de lu
miere & de couleur qui ſe trouve
en même-tems dans les interſe
étions des Couronnes & de la Zô
re blanche, devroit ſuffire pour y
en faire toûjours paroître ; , mais
quey qu'il ſoit vray qu'il s'y en
voit le plus ſouvent, cependant on
eonnoît par le Phénoméne de notre
auteur,
toûjours.qu'il
La ne s'y en
même º# forme pas
ſe voit
- Ll iij
4o2 Recherches de Phyſique
encore dans le ſecond du P. Schei
ver, & dans quelques autres. D'un
autre côté il eſt difficile de croire
auſſi que la cauſe de ces Parhélies
ſoit indépendante de celle des Cou
ronnes ; parce qu'il n'y a preſque
as d'exemple qu'on ait vû les uns
ans les autres : ce qui étant, il faut
du moins avoüer que les Couron
nes ſont une condition neceſſaire
· pour former ces Parhélies. Outre
que les queuës des Parhélies & des
Paraſelénes ſont toûjours rangées
ſur la Zône blanche quand ils en
ont; ce qui fait voir qu'elles ont
une connexion neceſſaire avec el
les, ou avec leur cauſe. C'eſt pour
quoy ſi l'on conſidere les autres co
lonnes qui ſont éparſes en l'air en
tout ſens, & dont les longueurs
ſont obliques aux rayons incidens
du Soleil, on verra premierement
que le rayon rompu y fait toûjours
aprés être ſorti le même angle avec
la longueur de la colonne que l'in
cident; ( ce qui ſe démontre par
abſurdité, comme pour la réfle
& de Mathematique. 4o3
xion. ) Secondement on reconnoî
tra encore, que ſi l'on meine deux
plans l'un par le rayon incident qui
raſe le noyau, l'autre par ſon rayon
rompu, & en même-tems par la
longüeur de la colonne, l'angle ai
gu de ces deux plans ſera d'autant
plus ouvert, que les colonnes ſe
ront plus obliques aux rayons du
Soleil, en ſuppoſant toûjours la
même proportion entre le diametre
de la colonne, & de ſon noyau ;
d'où il ſuit manifeſtement, que les
couleurs de toutes ces autres colon
nes tombent alors hors des Cou
ronnes dont on vient de parler, &
ne peuvent au plus qu'en augmen
ter la largeur & la vivacité, ou y
cauſer quelqu'autre modification.
Mais ce qui eſt de ſingulier icy,
c'eſt qu'il ſuit encore de là que les
rayons colorez de toutes les Colon
nes verticales ne ſçauroient paroî
tre ailleurs que ſur la Zône blan
che, à cauſe qu'ils font en ſortant
le même angle avec la longueur de
la colonne qu'en y entrant, & le
4e4 Recherches de Phyſique .
même que ceux qui tombent ſeule
IIlCIlt † la ſurface exterieure, &
par conſequent auſſi le même angle
ue ces derniers font en ſe réfléchiſ .
fant dans l'œil. D'où il ſuit qu'ils
ſe mêlent avec eux du moins ſur
une partie conſiderable de l'anneau.
M. Huguens prétend que cela s'é-
tend juſques à 9o degrez, depuis
le centre des couronnes vers la par
tie oppoſée. Ainſi on ne doit pas
douter que ce ne foient principale
ment ces colonnes verticales qui
forment toûjours ces queues des
Parhélies ſur la Zône blanche. .
A l'égard du corps des Parhélies,
on peut, ce me ſemble, penſer qu'il
demande une plus grande abondan
ce de lumiere pour ſe diſtinguer du
reſte des Couronnes ſur †
il ſe voit ; & que c'eſt pour cela
qu'il ne ſe remarque que dans les
interſections de ces couronnes avec
la Zône blanche, où la lumiere eſt
preſque trois fois plus vive, #
ſur le reſte de la § §
vray que ces corps de Parhélies ſe .
& de Mathematique. 4o5
voyent encore dans des attouche
mens de Couronnes qui ne ſont
point dans notre Phénoméne ; mais
· il eſt aiſé de comprendre que la lu
miere eſt encore plus vive dans ces
attouchemens, que dans les inter
ſections. , , , .
- Au reſte, on ne doit pas douter
que les petites ſphéres glacées, dont
la proportion eſt la même entre leur
diametre & celuy de leur noyau
que dans les colonnes, ne ſervent
encore à la production des Couron
· nes qu'on vient d'expliquer ; de mê
me que les têtes de ces mêmes co
lonnes.Car on ne peut pas non plus,
ce me ſemble, douter que ces têtes
ne ſoient arondies en demi-ſphéres,
avec un noyau au dedans, comme
dans les ſphéres entieres.
Des Parhélies oppoſez au Soleil,
, ou Anthélies. • ',

E† comme les Parhélies op


L poſez au Soleil ont paru dans
les Méthéores citez cy-devant, ex
cepté dans le ſecond du P. Scheiner,
4c6 Rechrcehes de Phyſique
il y a toutes les apparences qu'ils ti
· rent leur origine de la même cau
ſe. C'eſt pourquoy ſi l'on conſide
re qu'une partie des rayons qui pé
| nétrent ces petites colonnes verti
cales rangées ſur la Zône ſe réflé
chiſſent au dedans, à peu préscom
me dans la premiere figure du Diſ
cours 8. de M. Deſcartes, & de là
reſſortent à l'air du côté du Soleil,
& cela en faiſant toûjours avec la .
longueur de ces colonnes le même
angle qu'en y entrant ( ce qui ſe
prouve toûjours comme dans les
deux cas cy-devant) on comprendra
aiſément qu'il doit encore venir de
ces rayons à l'œil du ſpectateur A ;
mais auſſi qu'une partie eſt inter
ceptée par le noyau, A l'égard de
ceux qui reſſortent, il leur arrive la
même choſe qu'à ceux qui forment
l'Iris interieur, c'eſt à dire qu'il n'y
a que ceux qui en ſortant font un
certain angle avec le rayon du So
leil mené par l'œil qui puiſſent être
bien ſenſibles ; comme dans l'Iris
interieur ce ſont ceux qui font,
& de Mathematique. 4o7
avec ce rayon, un angle environ de
41 degrez qui deviennent ſenſibles,
les autres étant trop rares & tro
foibles pour arriver juſques à §
D'où il faut conclure, que ces co
lonnes commenceront encore à être
viſibles ſur l'Almicantarah à une cer
taine diſtance du point oppoſé au
vray Soleil, & que dans cet endroit
la clarté de la Zône étant fort aug
mentée, y laiſſera voir une eſpece
d'image de cet aſtre, laquelle ſem
bleroit devoir être colorée dans l'or-'
dre des couleurs. de l'Iris, mais la
ſplendeur de l'anneau, & la per
te de lumiere qui s'eſt faite au de
dans de la colonne par les réfra
ctions & réfléxions, affoibliſſèntex.
trémement ces couleurs ; cependant
Mº. Pâris marque les avoir vûs co
lorez dans un Parhélie qu'il obſerva
en-Angleterre le 8 Avril 1253.
A l'égard des changemens quiar
rivent aux arcs & aux Parhélies, ils,
ne procedent vray-ſemblablement
que des vents, qui tantôt emportent
une partie de la matiere qui
*,-
- , •
les»
. Vi ' , • -
4o8 Recherches de Phyſique, &'c,
· compoſe, & tantôt en rapportent
ce qui les fait paroître & diſparoî
tre, croître & décroître ſucceſſive
ment, comme on peut aiſément ſe
l'imaginer. Au reſte, ce que nous
avons dit juſques icy des Méthéo
res ſuffit, ce me ſemble, pour fai
re connoître combien M. Deſcar
tes s'étoit éloigné de leurs vrayes
cauſes : & que ſi celles que nous
avons apportées ne ſont pas encore
| préciſément les veritables, on peut
être ſûr qu'on ne doit les chercher
que dans quelque choſe de ſembla
ble ; ainſi nous aurons du moins eu
la ſatisfaction, en marchant ſur les
traces de l'illuſtre M. Huguens,
d'ouvrir la carriere où l'on peut eſ
perer de les trouver; ce qui étant,
il me ſemble qu'on ne ſçauroit aſ
ſez remercier ſon bon Genie , de
nous avoir délivrez des vaines ter
reurs que cauſoient à nos peres, ces
enfans de l'admiration, & ces jeux
de l'Auteur de la Nature. Beniſſons
à jamais cet Auteur, qui nous dé
, couvre tous les jours quelques-uns
de ſes ſecrets. FIN.
#

e2seceºecesse#
- S U P PL E M ENT
POU R L'A N A L Y S E
· DEs PRINCIPE S.

s E coN DE PARTIE.
A R T. L§ U T E U R prétend icy
XXIII. Lqu'il n'y a dans l'Uni
vers qu'une eſpece de corps, lequel .
étant réduit en parties par le mouve
ment local, & ces parties étant muës
differemment,eſt capable de produi
re tout ce que nous appercevons au
" monde.J'avouë que les plus gros
corps peuvent être naturellement
diviſez en de plus petits, & que
tandis que les plus petits gardent
une figure conſtante, ils ſont capa
bles de certains effets particuliers,
de former de differens aſſemblages,
& de produire des figures auſſi dif
ferentes & auſſi réguliéres que les
differentes eſpeces de cryſtaux, de
II. Partie. Mm
41o Recherches de Phyſique
Talcs, de Syderites, de plantes, &
d'animaux nous preſentent ; mais
quel eſt l'agent qui taille ces atô
mes ? eſt - ce le mouvement local ?
J'aimerois mieux qu'on me dît tout
d'un coup, que c'eſt le hazard. Or
le hazard, en taillant des atômes,
pourra-t-il leur donner quelque fi
ure connuë & réguliére, telles que
es productions cy-deſſus le deman
dent ? J'oſe bien avancer que ceux
qui ſoûtiennent cette prétention,
n'ont jamais jetté les yeux deſſus en
§ Quoy ! prétend - on
que des atômes ainſi taillez au ha
zard, pourront en s'aſſemblant dif
feremment, compoſer un germe qui
eſt un fondement de régularité d'u-
ne étenduë infinie ? Ce ſeroit for
mer les merveilles de la Nature à
bon marché, que de les faire ainſi
dépendre du hazard. Que dis-je ! ne
ſeroit-ce pas banir la Sageſſe & la
Providence de l'Univers ? D'ailleurs,
qui donnera de la ſolidité à ces atô
mes, ſi le corps d'où ils auront été
tirez n'en a aucune ? Mais il me
& de Mathematique. 411
· ſemble qu'il ſuffit pour faire voir le
ridicule de ce ſentiment, de faire
, remarquer que depuis que la Phi
loſophie Carteſienne eſt en regne,
il ne ſe ſoit trouvé aucun Carteſien
ui nous ait tiré de ces figures ain
# fatites au hazard , l'explication
- d'aucune cryſtalliſation, ni d'aucun
germe. Et comment le pourroit
, on avec des parties rondes, lon
· gues & branchuës, qui ſont tous
· les élemens que notre auteur tire
, de ſon mouvement local; mais ſui
vons-le. -

| 7 R o I s I E'M E PARTIE.
· ART.V. L# meſures que l'auteur
· & VI. Lrapporte ſont trop peu
exactes, pour qu'on puiſſe faire
· fond deſſus. On peut ſe ſervir des
ſuivantes, qui ſont tirées de MM.
Caſſini & Maraldi. Ils donnent pour
· la diſtance de la Lune à la Terre,
environ (29 ) de ſes diametres, &
pour celle du Soleil (11ooo.) Pour
Mm ij
412 Recherches de Phyſique
celle de Mercure au Soleil, environ
4257. Pour celle de Venus7953. Pour
Mars 16764. Pour Jupiter 572oo.
Et pour Saturne 1o5918.
ART. CXLIV. L'auteur devoit en
cet article comparer le tems de ſa
Planéte à ſon diametre, & non pas
à ſa ſolidité ; parce que les tems
dont il parle entre des figures ſem
, blables, ſont entr'eux comme les
maſſes diviſées par les ſurfaces ;
c'eſt à dire, comme les ſimples dia
metres, encore faut-il ſuppoſer un
même liquide. , ' -' .

QvATRIE'ME PARTIE.
A R T. [ 'Auteur explique la tranſ
XVII. Laparence par une compa
raiſon parallogiſtique. Car il eſt
| conſtant qu'on ne ſçauroit compa
' rer les dragées dont il parle, & qui
' ſont toûjours portées en bas , par
' leur peſanteur, quelque part où el
· les ſe trouvent, à des parcelles de
lumiere, qui dés qu'elles ont heurté
& de Mathematique. 4r ;
contre les premieres parties du de
dans du corps tranſparent, n'ont
plus d'autre tenſion ni d'autre dé
termination que celles que la réfle
xion leur donne, dont il eſt aiſé de
ſe convaincre en conſiderant que
uand le corps tranſparent eſt trop
§ la lumiere ſort du côté
· qu'elle eſt venuë en ſe réflechiſſant ;
· au lieu que les dragées de notre au- .
· teur doivent neceſſairement péné
trer à la fin les boules entre leſ
quelles il les jette, comme il eſt évi
| dent. -

ART. XIX. L'auteur explique la


rondeur des gouttes de liqueur par
une ſuppoſition qu'on ne peut pas
luy accorder; ſçavoir que la matie
| re ſubtile ne paſſe point du dehors
au dedans de ces gouttes, & tout au
contraire ; à cauſe, dit-il, qu'elles
ſont environnées d'air ; comme ſi
cet air empêchoit le ſecond élement
| qui eſt beaucoup moins ſubtil que
le premier, de pénétrer au dedans
* des gouttes de liqueurs. .
ART. XXV. pag. 162. lig. 15. de
M m iij
414 Recherches de Phyſique
l'Analyſe. Comme on a mis cet en
droit un peu en abregé, on peut y
ſuppléer ce qui ſuit. |

Ce qui reſtera du troiſiéme Ele


ment des volumes d'eau & d'or,
ſera égal en volume à ce qui reſte
ra de matiere étherée dans ſon vo
lume d'air. Donc la difference de
force à s'élever de ces deux volu
»- mes égaux de matiere étherée &
d'or, ſera le poids de l'or. Et la dif
ference de § des deux volumes
| égaux de matiere étherée & d'eau
· ſera le poids de l'eau, & ces deux
diffèrences de forces ſeront entr'el
· les, comme les deux volumes reſ
tans d'or & d'eau, c'eſt à dire en
· plus grande raiſon que les volumes
, entiers de matiere propre d'or &
, d'eau, dont on a retranché égale
| ment. , ; " .

· ARr.XXXVII.&c. XLIV. pag.


| 172 lig. 18. de l' Analyſe. On peut ſi
' l'on veut ajoûter au Syſtême que nous
propoſons en ce lieu ; --

| Que dans quantité d'endroits la


· matiere étherée qui s'eſt trouvée
& de Mathematique. 415
renfermée entre les écorces de la ter
re, l'ayant gonflée fait des irruptions
qui ont cauſé de longues crevaſſes,
ces premieres crevaſſes ont répandu
à droite & à gauche d'autres bran
· ches, & celles-cy encore d'autres ; de
ſorte que la ſurface de la terre s'en
eſt trouvée preſque toute couverte,
à peu prés comme il arrive dans les
- prez marêcageux, lors que le Soleil
les a extrêmement deſſeichez. Ainſi
· les eaux dont la ſurface de la ter
re étoit alors couverte s'abîmant
dans ces fondrieres, les ont rem
· plies des terres qu'elles ont charié
, avec elles ; ce qui a formé de lon
· gues valées qui ſe rendent les unes
, dans ces autres, & à droit & à gau
· che de ces valées de longues chaî
· nes de montagnes ; les lits des mens
, ont été formez de même, & ceux
des valées s'y ſont trouvez tout di
· rigez. Et c'eſt pour cela que la plû
part des montagnes ſont dépoüil
lées de terre dans leurs ſommets,
& qu'au contraire les valées en ſont
remplies juſques à une profondeur
416 Recherches de Phyſique
qui s'étend quelquefois à plus de
1oo pieds ; aprés quoy il n'eſt rien
de plus aiſé ; que de comprendre
comme dans la ſuite les rivieres
groſſies des eaux pluviales ont ſuivi
la route de ces valées pour ſe rendre
à la mer. Mais ſouvent cette matiere
étherée, n'a fait que gonfler les lits
des terres encore tout tendres, ſoit
parce qu'elle n'a pas eu aſſez de
force pour les rompre, ſoit qu'elle
ſe ſoit évadée en partie par les cô
tez, ce qui a formé les monts en
pains de ſucre qu'on trouve en tant
d'endroits, & qui a courbé leurs lits
en arcade, comme on les rencontres
ſouvent. Enfin c'eſt cette matiere
étherée qui s'évadant en partie a
§ ces mêmes lits, & for
mé une infinité de ruines comme
je l'ay obſervé dans les marbrieres
des Ardennes, & dans les carrieres
d'ardoiſe des † de Rocroy, &
qui ſouvent ſe mêlant & s'inſinuant
differemment dans les lits mêmes,
a cauſé toutes les varietez qu'on
rencontre dans les marbres. On ne
& de Mathematique. 417
ſçauroit douter auſſi que ce ne ſoit
elle qui a formé toutes les fentes
verticales qu'on trouve par tout
dans les lits des pierres, par leſ
quelles les eaux pluviales deſcen
dent des lits ſuperieurs ſur les in
ferieurs, juſques au plus bas des
· montagnes, & qui a enfanté tant
- de volcans ſur la terre & dans les
· mers, par les irruptions qu'elle y
| a faite, & qu'elle y fait encore ſou
- vent. Voyez le Memoire du Bugey,
, danns le troiſiéme Tome.
· ART. CLXXIX. L'auteur pré
tend qu'un foible aimant, ou un
ſimple morceau de fer ( figure 6.)
détache un autre morceau ED, qui
· pend au pôle d'un plus fort aimant
F, à cauſe qu'il touche ce fer en
plus de parties que ce plus fort ai
mant. Il apporte la même raiſcn
dans l'Art. 176. mais il eſt aiſé de
voir que cette raiſon eſt purement
gratuite. A l'égard de la veritable
cauſe elle n'eſt autre, ſinon l'excés
de l'effort de la matiere qui ſort du
pôle du plus fort F, pour entrer
4u8 Recherches de Phyſique,&c.
dans celuy du plus foible C, & qui
tend à y charrier ce fer ED avec
elle, par deſſus l'effort que fait cel
le qui rentre dans ce plus fort F,
pour le charier vers ce plus fort.
Ainſi ce fer ED n'eſt pouſſé de F
vers C, tandis qu'il touche à tous
les deux, que de la difference de ces
deux forces. D'où je tire une dé
monſtration Phyſique de l'exiſtence
d'un double tourbillon autour de
l'aimant, contre le ſentiment de plu
ſieurs nouveaux Philoſophes, com
me on peut le voir au commence
ment du troiſiéme Tome.
F I N.

Errata & Eclairciſſemens.


Age 44 ligne dern. dans le premier des deux cas
cy-deſſus, car alors la force totale, &c. P.7..
lig. 2. ſubtil ſubterfuge. P. 1oo. l. 1 1. & 12.
ſont fort mal propres à écarter. P. 1 1 2 l. 3. qu'u-
ne dégénération, lig. 19. dans le Journal des sça
vans. P. 1 1 1. l. : 3, 24, 1 5, à leur vertu centrifu
ge, &c. & non à leur mouvement, &c. P. 123. l.
16. l'Art. 1 c .. ne ſçauro.t. P. 126. l. 1. contre
ces mêmes taches. P. 139. l. 8. Art. 1 : 1. & 1 ; ..
P. 141: l. 13. pas bien expliquée, lig. 2 .. établit art.
64 qu'une. P. 148. l. 2 ... dans l'Art. 1 4&. &
1 5o. P. 1 58. l, 1 1. tonneau couvert de lie. P. 14 ..
, 419
l 4.2. volumes égaux, 1'un , &c. li. 5. ayant 1elou
luy retranché l. 1o. du volume d'air & d'eau. l. 15.
& d'or marquera toute. P. 164. l. 5. élement, &
l'air au moins. P. 165. l. 16, Partie, Art.64. contre.
P. 178. l. 6. entre C ou A. P. 2o2.l. penul. dans la
diſſolution, & page 2o3. l.4. P. 22 6.l.22.Art.146.
& 147. ôtex cette analyſe. P.23 1.l.3.Art. 166. ôtez en
core cette analyſe. P.283. l. 2. parcelle. l. 5. la bale en
tre. P. 3o7. l. 5. de tirer le plan. P. 3 23. l. 5 , une
même ſurface, comme. P. 318. l. 23. il ſuit auſſi de
ſon. P. 3 3 3, l. penult. le Bois de fer. P. 34 *. l. 2 ... la
ſecoüant aſſez legerement. P. 35 3, l.8.Art.1.P.354.
l. 5.Art. 1 1. P. 3 I 5. l. 18. Art. 1 1 1. P. 3 6o. l. 2.
Art. 111. P. 36 I. l. z o. Art.4. P. 37 o. l. 2 t. & 2 3 .
ne ſe feroit aucun tonnerre. D'ailleurs , lors qu'iI
tonne le bruit. P. 378. l. 18. des Perroquets, des
Civettes, &c. P. 39;. l.3 , de ces Phénoménes. P.396.
l. 23. par leur noyau. lig. dern. plus éloignés, aprés
avoir pénétré la colonne ſortiront P. 397. l. 5. &
tous ces rayons. l. 16. & dont la convexité. P. 41 6.
l. 6. ſur la Zône blanche. -

A NVA ZVSE DE Z'ABREGE'


de Muſique de M. Deſcartes.
I L y a long-tems qu'ayant entendu
parler de cet ouvrage de M. Deſ
cartes, comme d'un excellent Traité,
je deſirois l'examiner , pour en dire
mon ſentiment au Public en parlant
de ſes autres Ouvrages de Phyſique.
Enfin ayant eu occaſion de le lire,
lorſque j'y penſois le moins, je m'ac
quite préſentement de ce que j'aurois
II. Pºrtie Nn
41o Recherches ou Eſſais de Phyſique
fait plûtôt; & cela d'autant plus vo
lontiers, que j'ay commencé de don
ner ma nouvelle Theorie de Muſique
au Public.

CHAPITRE PREMIER.
De l'objet de la Muſique.
M. Deſcartes remarque fort judi
cieuſement , qu'il y a des airs triſtes
qui font beaucoup de plaiſir, comme
les Comédiens excitent ſouvent la
triſteſſe & le plaiſir en même tems :
Mais il auroit été à ſouhaiter que ce
grand Philoſophe eût bien voulu deſ
cendre davantage dans le détail de la
compaſſion, & nous expliquer d'où
vient que ce qui la fait naître, cauſe
autant de plaiſir, que ce qui excite
la joye. Si ce n'eſt point, parce que
le cœur de l'homme eſt autant fait
pour l'amour , la langueur, & la
compaſſion, en un mot pour la ten
dreſſe, que pour tout ce qui eſt ca
able de le réjoüir.
Il finit ce Chapitre en deux mots,
en diſant qu'il y a deux affections ge
& de Mathematique. 421
nerales des Sons, ſçavoir leurs gra
dations, & leurs differens tems ou
durées. Mais comme dans la Muſi
que des Chinois les ſons ne ſont pas
diſtinguez les uns des autres , mais
continus , & que dans le Pleinchant
proſaïque la durée de tous les ſons
eſt égale ou la même, il eſt manife
ſte qu'on ne peut point dans ces deux
cas regarder la durée comme une
partie eſſentielle du chant ; mais ſeu
lement d'un certain chant figuré ou
patétique. Ainſi la durée eſt une mo
dification du chant , comme les
voyelles le ſont de la voix ; mais elle
n'y eſt polnt eſſentielle généralement
parlant, ſi ce n'eſt pour faire accor
der differens chantres enſemble.
C HA P ITRE I I.

Obſervations préliminaires.
Nôtre Auteur fait conſiſter le plai
ſir des ſons dans le plus ou le moins
de facilité qu'ils ont à s'inſinuer dans
nôtre entendement. C'eſt pour cela
qu'il préfere la proportion arithmé
- N n ij
422 Recherches ou Eſſais de Phyſique
tique à toute autre, en ce que l'éga
lité des differences s'aperçoit plus
aiſêment, que l'égalité des rapports.
Comme cependant M. Deſcartes
n'enviſage preſque dans tout ce Trai
té que les proportions des corps qui
produiſent le ſon, & non pas celles
des vibrations mêmes du ſon (quoi
qu'il n'y ait que cela qui nous tou
che ) on peut luy objecter que ſelon
luy les principaux accords doivent
conſiſter non dans la proportionarith
metique, mais dans ſa contraire, à
qui on a donné à cauſe de cela le
nom d'harmonique, qui eſt certai
nement bien moins naturellement
connuë que la geométrique, celle-cy
ſe trouvant preſque dans toutes les
comparaiſons que l'on fait dans l'u-
ſage de la vie ſur les grandeurs. Car
on ſçait que les longueurs de trois
cordes également tenduës, de même
nature & groſſeur , & qui rendent
les intervalles les plus parfaits fa ut
fa ; fa la ut ; fa fa ut ; fa ſol la, &c.
ſont dans la proportion arithméti
que renverſée #,#,#;#,#,#; # # # , #,
#, #s &c. au lieu que trois cordes
& de Mathematique. 423
pareilles aux précedentes qui ren
droient les intervalles moins par
faits que les précedens, ſol ut ſol,
mi ſol ſt, mi ſt ſi , ſol la ſi, cha
cun que ſon pareil ; ſeroient dans la
proportion arithmetique droite 4, 3,
2 ; 6, 5, 4 ; 3, 2 , 1 ; 1o, 9, 8. Mais ſi
l'on enviſage au contraire les vibra
tions, & non les longueurs des cor
des, les premiers accords ſeront ex
primez par les nombres naturels 2,3,
4 : 4, 5, 6 ; 1, 2, 3 ; 8,9, 1o &c. & les
derniers par les naturels renverſez,
#.#.# : #. #-# : #. #. # : # .#. # , &c. ce
4 > 32 2 » 62 º 4 2 3 2 1 » 1 2 1 o 2 9 » 8 »

qui fait voir que c'eſt aux vibrations


qu'il faut faire attention, & non aux
grandeurs des corps ſonôres, comme
fait M. Deſcartes, pour eſtimer leur
harmonie.
D'un autre côté M. Deſcartes qui
fait les bêtes, de pures machines,
devoit, ce me ſemble , expliquer
comment elles ſont cependant ſi ſuſ
ceptibles de ces raports, qui , ſelon
luy , ne réſident que dans le pur en
tendement : Et faire voir que le plai
ſir de l'harmonie, quoyqu'il vienne
N n iij
424 Recherches ou Eſſais de Phyſique
des proportions les plus parfaites,
eſt cependant purement machinal
dans les bêtes ; ou avoüer qu'elles
ont un entendement ſemblable au
nôtre. Il auroit donc été à ſouhai
ter que M. Deſcartes eût bien voulu
s'appliquer à nous déveloper , com
ment des vibrations qui conſiſtent
dans de certains raports particuliers
de force & de tems, pénetrent mieux,
l'imagination , s'y fortifient & s'y
conſervent davantage, que d'autres,
qui conſiſtent dans des nombres plus
compoſez. Car par ce moyen les bê
tes auroient auſſi part à l'harmonie,
ſans en avoir à nôtre ſpiritualité. .
Mais ſuivons nôtre Auteur. Il veut
pour qu'un objet nous cauſe du plai
ſir, qu'il ne ſoit pas non plus ſi aiſé
à apercevoir, qu'il ne nous reſte plus
aucun deſir à ſon égard. J'avouë que
le deſir cauſe en nous une forte ap
plication à l'objet ; mais je ne con
viens pas qu'il forme pour cela un
plaiſir réel, plûtôt que du chagrin ;
car tout plaiſir eſt un effet de la poſ
ſeſſion , ou du moins de l'eſperance ;
& de Phyſique. 425
comme tout chagrin eſt un effet de la
privation, ou du moins de la crainte.
Il devoit donc dire, qu'il ne nous reſte
plus aucune eſpérance de le poſſèder plus
parfaitement. Encore le plaiſir que
cauſe l'eſperance n'eſt-il que l'ombre
de celuy que cauſe la poſſeſſion.
Au reſte nôtre Auteur a raiſon d'y
joindre la diverſité, mais il ne nous
dit point d'où vient le plaiſir que
cauſe la diverſité ; fi c'eſt parce qu'il
y a pour lors une plus grande quantité
de motions dans l'imagination , ou
qu'elle eſt remuée par plus d'endroits
à la fois, ce qui la rend plus ſuſcep
tible de mouvement. Car il s'agit
d'émouvoir les eſprits, & de réveil
ler les idées des ſons & des accords.
C H A P I T R E I I I.
De la Meſure dans la Muſique.
Nôtre Auteur a raiſon d'établir,
que les tems lents excitent les paſ
ſions lentes, comme la langueur, la
triſteſſe, la crainte, la compaſſion &c.
& que les tems prompts excitent la
426 Recherches ou Eſſais de Phyſique
joïe ; il pouvoit ajoûter , la colere,
le zele, la generoſité; mais je ne puis
luy paſſer de mettre la ſuperbe avec
les paſſions lentes ; parce que la ſu
pcrbe eſt toûjours accompagnée de
beaucoup de confiance en ſes propres
forces ; ainſi elle tient plus des paſ- .
ſions vigoureuſes, que des languiſ
ſantes.vAuſſi ſi quelque choſe eſt ca
pable de nous humilier ou de détruire
la ſuperbe, c'eſt particulierement la
triſteſſe, la crainte & la langueur.
Il prétend que la Muſique à 4 tems
eſt plus lente, que celle à 3 ; mais il
me ſemble qu'on ne ſçauroit rien dé
cider là deſſus ; & qu'il y a des 3 tems
beaucoup plus lents, que des meſu
res à 4. A l'égard de la raiſon qu'il
en apporte, ſavoir, que la Muſique
à 3 tems occupe davantage l'imagi
nation que celle à 4, il me ſemble
que cela n'a nul rapport à ſa viteſſe.
Ainſi je ne crois pas que ſa raiſon
ait lieu ; mais ſuivons-le.
Il croit que la meſure eſt la ſeule
choſe en Muſique qui ait le pouvoir
de delecter, & apporte pour exem
, & de Mathematique. 427
ple le tambour ordinaire qui de
lecte, quoiqu'il ne s'y trouve que
des meſures & des varietez de for
ce & de promptitude. Mais on
pourroit toûjours luy oppoſer le
Plein chant, qui ne laiſſe pas de plai
re , quoique ſans meſure ſenſible.
Auſſi s'en faut - il beaucoup que la
rithmique du tambour ne ſoit auſſi
agreable & auſſi propre à remuer les
paſſions en autant de manieres dif
| ferentes, que la rithmique des Sons,
qui eſt infiniment plus prompte &
plus proportionnée aux mouvemens
des eſprits animaux ; & il eſt rare
qu'on ſente tout ſon corps fremir au
ſon d'un tambour, comme on le ſent
au ſon d'une corde de viole, qui a
un certain rapport avec nos mouve
mens naturels.
C H A P I T R E I V.

Des Sons aigus & graves.


Nôtre Auteur met le fondement
des conſonances dans la diverſité des
Sons ; mais il me ſemble qu'on le
428 Recherches ou Eſſais de Phyſique
pourroit plûtôt mettre dans l'uniT
formité des Sons ; puiſque les con
ſonances ſont d'autant plus ſuaves,
qu'il y a plus d'uniformité dans leurs
ſons ; & qu'au contraire les diſſo
nances ſont d'autant plus rudes ,
qu'il y a plus de difference entre les
leurs : & l'Auteur même convient
de cecy , puiſqu'il établit auſſi-tôt
aprés, que les diſſonances ne ſe for
ment, que par la diverſité des voix.
Mais je ne l'entens plus , lorſqu'il
prétend, que cette diverſité doit être
ſucceſſive ; car les voix qui font les
diſſonances, ne chantent pas moins k
enſemble , que celles qui font les
conſonances ; quoiqu'elles ne s'uniſ
ſent pas ſi ſouvent.
C H A P I T R E V.

Des Conſonances.
L'erreur de la définition préce
dente de nôtre Auteur ſur les Con
ſonances, l'a porté icy à conclure,
que l'uniſſon n'eſt pas une conſonan
ce, mais ſeulement le fondement de
& de Mathematique. 429
toutes les conſonances ; comme l'u-
• / -

nité eſt le fondement des nombres ;


mais c'eſt par la raiſon même qu'il
apporte que je conclus, que l'uniſ
ſon eſt une conſonance . & la plus
parfaite de toutes , puiſqu'il ſuffit
pour une conſonance , que deux voix
qui chantent enſemble, s'accordent
dans leurs chntes aſſez ſouvent, pour
que l'oreille en ſoit chatoüillée. Or
dans l'uniſſon, les deux voix s'accor
dent à chaque vibration. Donc c'eſt
la Conſonance la plus parfaite.
Nôtre Auteur ajoûte, que le Son
le plus grave contient en luy le plus
aigu, & que le Son eſt au Son, ce
qu'une corde eſt à ſes parties agi
tées ; ce qui eſt vray , pourvû que
l'on conſidere la lenteur du Son ;
car alors le tems du plus grave con
tient les tems des Sons plus aigus ;
comme la corde entiere contient tou
tes ſes parties ; mais ſi l'on conſi
dere le nombre des vibrations du
Son, on pourra dire au contraire,
que le ſon le plus aigu contient le
plus grave; puiſque le premier fait.
43o Recherches ou Eſſais de Phyſique
toûjours plus de vibrations que le
dernier. Ainſi , par exemple , dans
l'Octave, le Son le plus aigu con
tient le plus grave 2 fois ; dans la
12° il le contient 3 ; puiſque le plus
aigu fait 2 ou 3 vibrations contre
une du plus grave : ainſi cette con
ſideration me paroît trop vague,pour
ſervir de fondement à rien. -

Il prétend auſſi que la ſubdiviſion


du Son le plus grave ne doit pas
paſſer le nombre de 6 ; parce que,
dit-il, l'oreille ne s'apercevroit pas
d'une plus grande ſubdiviſion. Mais
c'eſt ce qu'il falloit bien démontrer :
parce que nous connoiſſons des con
ſonances qui ſuppoſent une plus
grande ſubdiviſion que celle-là, com
me la triple octave # , la ſixiéme mi
neure # , l'onziéme # , la treiziéme
majeure # &c. Auſſi l'Auteur avouë
t'il icy, que la ſubdiviſion en 2, en 3,
en 4 , en 5, & en 6, ne contient pas
toutes les conſonauces ; ce qui paroît
contradictoire avec ce qu'il vient
d'établir; que le plus grand Son con
tient en luy tous les autres. .. -
- CHAP.
& de Mathematique. 4;r
C H A P I T R E V I.
| De l'octave.
· · Nôtre Auteur qui n'avoit pas mis
- l'Uniſſon au rang des Conſonances,
établit maintenant que l'Octave eſt
de toutes les Conſonances celle que
l'oreille apperçoit le plus facilement -

aprés l'Uniſſon, où l'on voit évi


demment que ſa comparaiſon ne
ſçauroit être entiere, à moins que
1'Uniſſon ne ſoit auſſi une Conſo
Ilaf1C6º, - /

· Pour rendre raiſon des fauts des


flutes à l'Oétave, & enſuite à la dou- .
· ziéme, &c.il ſuppoſe qu'en ſoufflant
plus fort, le ſon doive s'élever de
pluſieurs intervalles, qui eſt tout
juſte ce qu'il falloit premierement
prouver, & ce qui tient certaine
ment beaucoup de la petition. Il
ajoûte que l'Octave eſt la plus gran
de de toutes les Conſonances, quoi
qu'il avouë auſſi-tôt aprés, que la
douziéme comprend l'Octave &
la Quinte, & qu'il admette de
II. Partie. Oo .
432 Recherches ou Eſſais de Phyſique
doubles & de triples Octaves : ce |

qui manifeſtement ſemble ſe contre


dire. Enfin il reconnoît formelle
ment que ſa diviſion du Son grave
en 2, en 3, en 4, en 5 & en 6, ne
donne pas la Sexte mineure #. Et
comme un eſprit auſſi ſubtil que le
ſien ne manque jamais d'expediens,
il la tire auſſi - tôt de l'Octave,
dont il retrançhe la Tierce ma
jeure ; mais il eſt évident qu'on ne
peut plus appeller cela, la tirer de ſa
premiere diviſion. Au reſte il eſt
conſtant que tous les intervalles tant
conſonafis que diſſonans doivent être
tirés d'une même ſource, & d'un
même principe. Il ſemble que le P.
Deſchales ſe tire icy bien mieux
d'affaire que M. Deſcartes, lorſqu'il
dit; qu'il n'eſt pas poſſible de trou
ver autant d'harmonie en 7 autres
intervalles quelconques, qu'il y en
a dans le ſyſtême diatonique d'au
jourd'huy, quoiqu'il ne ſe mette
pourtant pas en peine de le prou
VCI. -

· Maintenant M. Deſcartes qui n'a-


, -

· · · } -

\
& de Mathematique. 433
voit pas voulu exceder la diviſion
du Son grave en 6, la pouſſe juſqu'à
16 de 2 en 2 , & ajoûte que ſi l'on
prend 12 de ces parties, on ne doit
pas les comparer à la corde entiere,
mais bien à ſa moitié, dont il ne lui
a pas plû de nous rendre aucune rai /

ſon. Mais le contraire me paroît


plus naturel. ll compare enſuite les
1o & 9 parties de cette corde avec
la même moitié, pour en tirer la
Tierce & ſeconde majeures, & regar
de toutes les autres Conſonances qui
ſe trouvent, en comparant les mê
mes parties de la corde, ou avec
elle, ou entr'elles, comme engen
drées par accident. Mais je ne trou
- ve dans la raiſon qu'il veut nous en
donner, qu'un vrai galimatias de
mots. Car au contraire, quand on
fait ſonner un grand corps quelcon
que, on entend toûjours la douzié
me & la dix-ſeptiéme avec le ſon le -
plus grave, & non pas avec ſon Oc
tave ; car ſi cela étoit, ce ſeroit une
onziéme & une treiziéme qu'on en
tendroit avec le plus grave, au lieu
O o ij
434 Recherches ou Eſſais de Phyſique .
d'une douziéme & d'une dix-ſeptié
me, outre que les Octaves y ſont
tellement confonduës avec le ſon ,
grave, qu'on ne les diſtingue pas.
Ce qui ſuffit pour prouver que les
· parties des ſons.graves doivent ſe
comparer avec leurs tous , & non
pas avec leurs Octaves. -

De plus on trouve en comparant


9 parties de ſa corde avec la moitié
du tout, le raport de 9 à 8, ou le
Ton majeur qui eſt une Diſſonance,
, & qui vient cependant icy au rang
des Conſonances, eſſentiellement &
nullement par accident. Ainſi le fon
· dement dont M. Deſcartes ſe ſert
pour trouver les Conſonances, don
ne des Diſſonances eſſentiellement
& des Conſonances par accident,
ce qui ſemble abſurde, Outre que la
Sixte majeure qui, ſelon lui, eſt meil
leure que la Quarte ne ſe trouve
dans ce ſyſtême, ni par nature, ni
par accident, non plus que la Sex
te mineure dans le premier, ce qui
ſuffiroit pour les détruire tous deux.
Mais l'eſprit fécond de nôtre Au
•- -

· & de Mathematique. 435


teur qui ne manque jamais de reſ
ſourçes au beſoin, trouve le ſecret
, de tirer ces deux filles de l'harmonie
du puits de Démocrite, en roulant
en cercle la moitié de ſa corde, &
par conſequent auſſi les tems des vi
brations, puiſque, ſelon lui (le Son
eſt au Son, ce que la corde eſt à la
corde ) & cela pour pouvoir pren
dre AD qui vaut 3, dans ſa figure,
& lui joindre DB plus CED qui va
lent chacun 1, & trouver 5 par cette
ingenieuſe invention. ·
· Mais il manque à ſa figure de tirer
une tangente CA du côté de D, la
quelle ſoit égale à CED, ſans quoy
elle n'eft pas intelligible.
Nôtre Auteur ne ſemble guéres
, mieux fondé, lorſqu'il établit qu'il
n'y a que les 3 nombres 2 , 3, #
ſoient ſonores, parcequ'ils ſont #
miers ; & que, ſelon lui, la Qûäf
· te & la Tierce mineure ne ſont
engendrées que par accident ; la
quatriéme partie d'une corde for
mant avec elle la double Octave,
& le reſte ſeulement la Quarte ;
- Oo iij
- --

436 Recherches ou Eſſais de Phyſique


la ſixiéme partie formant la dix
neuviéme, & le reſte ſeulement la
Tierce mineure. Car on peut dire
de même, que le tiers de la corde
forme la douziéme , & le reſte
ſeulement la Quinte par acci
· dent, & que la cinquiéme partie
forme la dix-ſeptiéme, & le reſte
ſeulement la Tierce majeure par
accident; ce qui détruiroit tout ce
qu'il a prétendu établir de ces Con
ſonances cy.deſſus.
Où l'on ne doit pas manquer d'ob
ſerver que nôtre Auteur qui tire
la Quarte de l'Octave immediate
ment , comme on vient de le dire .
cy-deſſus, ne laiſſe pas de l'accabler
d'invectives , & de décharger ſur
elle toute ſa bile philoſophique, en,
la nommant un monſtre informe de
nature, &c. J'avouë que je ne com--
prends pas bien ce qui l'a porté à ſe
déchaîner ainſi contre la ſœur ca
dette de la Quinte dont il fait
tant d'eſtime , plutôt que contre les
ſœurs de la Tierce & Sexte ma
-jeures, qui ſont la Sexte & Tierce
· e de Mathematique. . 437 .
mineures. Nôtre Auteur n'auroit il
point entendu quelque Quarte re ſol,
ou re la alterées d'un comma ſur un
lnſtrument non temperé , ou mê
me quelque quarte parfaite, qui
n'étant pas dans ſon lieu lui aûroit
- écorché le chaſſis de l'oreille ?. C'eſt
un énigme que je laiſſe à deviner à
qui voudra, pour paſſer à autre cho
ſe. Mais du moins ma premiere con
jecture ne me paroît pas ſoûtenable,
parceque nôtre Auteur met dans la
ſuite ces ſortes de Conſonances al
terées & non temperées au rang des
Conſonances ſuaves.

CHAPITRE vIL
De la Quinte.
Nôtre Auteur aprés avoir prétendur
· dans le Chapitre précedent qu'il n'y
· a que les 3 nombres ſonores 2 , 3 , 5,
& par conſequent que 3 Conſonan
ces par nature , ſçavoir l'Octave,
la Quinte & la Tierce majeu
re, ajoûte icy que la Quinte eſt
la plus parfaite des 3, étant entre

• ,

438 Recherches ou Èſaisde Phyſique


l'Octave & la Tierce majeure, &
· que par la même raiſon la douziéme
eſt plus parfaite que la Quinte &
que la dix-neuviéme, parcequ'elle
eſt auſſi entre ces deux. Mais pour
voir combien cette raiſon eſt foible,
il ne faut que conſiderer que la di
xiéme # qui eſt entre la Tierce
majeure # & la dix-ſeptiéme # , eſt
cependant moins parfaite que cette
derniere , ou du moins elle ne la
ſurpaſſe pas ; & que la neuviéme
majeure #, qui eſt entre la ſeconde
& la ſeiziéme majeures # & #, eſt
pourtant tres - certainement moins
parfaite que cette derniere. Il en eſt
de même du raport #, qui eſt entre
# & # ; du raport
#ºz & ##
# qui eſt entre
--- 1 6

# ; du raport # qui eſt entre


4 : & 3;,
4 & du raport # qui eſt en
tre # & # ; le dernier & plus ſim
ple de tous ces raports, ou qui ap
proche le plus du raport multiple
étant toûjours le plus ſuave, juſques
là que la triplique , du Ton majeur
# eſt un accord parfait ; ce que tout
le monde peut experimenter entre
deux cordes ſeules. .
, & de Mathematique. 439
L'Auteur ſe fait icy une objection
à l'égard de la Quinte, de ce que
pluſieurs Quintes de ſuite dans la
compoſition à deux parties ne ſont
pas ſupportables ; mais il croit la
lever en diſant, qu'une ſeule Quin
te ſuffit pour raſſaſier l'oreille enz
tierement, ce qui fait qu'elle n'e#
ſçauroit tâter davantage. M. Huy
gens qui ne s'eſt pas apparemment
· raſſaſié de cette raiſon , a crû ren.
contrer plus heureuſement dans ſes
· Coſmoteores, en avançant que deux
Quintes de ſuite font neceſſaire
ment changer de mode ; mais il me
ſemble qu'il ſe trompe, comme on
peut le voir dans cet exemple, où
· le deſſus chantant ſi ut re ut dieſe,
ſi ſi ut la la, la baſſe chanteroit mi
fa ſol fa dieſe, mi mi fa re re toûjours
dans le même mode, quoique ce
progrés ſoit tres-rude, à cauſe des
fauſſes relations du ſi avec le fa, du
ſol avec l'ut dieſe, & d'ut avec re
qui s'y rencontrent, & parceque
l'on y paſſe auſſi continuellement
- de la Quinte à une relation de
A,

44o Recherches ou Eſſais de Phyſique


Cynarte ou de Sexte ; ce qui eſt
plus propre à affliger qu'à réjoüir,
& à arrêter le mouvement des eſ
prits qu'à l'exciter. Ces relations ſe
ſouffrent plus aiſément dans le paſ
ſage de la Tierce majeure à la
ineure , parceque la Tierce ma
jeure n'eſt pas ſi parfaite que la
Quinte, & que la chute eſt par con
ſequent moins intereſſante. A l'é-
gard des Octaves elles peuvent être
accompagnées des mêmes fauſſes
relations que les Quintes ; " mais
leur grande douceur eſt ſuffiſante
pour les ſurmonter toutes, de ſorte
que ces relations ne ſervent qu'à les
aſſaiſonner & à les relever..
C H A P I T R E V III. .
1De la Quarte. -

Nôtre Auteur continuë de ſe dé


chaîner contre la pauvre Quarte ,
en la traitant de tres-malheureuſe
Conſonance, d'ombre de Conſonan
, ce, &c. & la baniſſant pour jamais
A - - >

même des moindres airs, ſi ce n'eſt


-

& de Mathematique. 44t


au plus par accident, & croit lui .
faire beaucoup de grace de la met
· tre au rang de la Tierce ou Sex
te mineures. Il prétend que toute
cette infortune lui vient de ce que
ſa ſœur aînée la Quinte eſt beau- .
coup plus belle qu'elle, & de ce que
nôtre eſprit ayant une fois goûté les
charmes de celle-cy, ne ſçauroit plus
voir l'autre ſans ſonger à la perte
qu'il fait, & ſans ſe chagriner : com
me ſi on ne pouvoit pas penſer à une
Conſonance ſans rappeller ſon com
plément. Mais peut-on penſer que
M. Deſcartes qui avoit étudié les
anciens, n'eût pas connu les ſix mo
des plagaux des Grecs qui roulent
preſque entierement ſur la Quar
te ? Tous les modes des peuples
Orientaux n'y ſont-ils pas fondez,
& pluſieurs même des nôtres ? N'a-
vons-nous pas une infinité de beaux
airs de baſſes qui commencent ou
finiſſent par une Quarte ? … Et ne
fait-on pas quelquefois chanter la
baſſe à ſon Octave, ce qui chan
ge toutes les Quintes en Quartes
- -

441 Recherches ou Eſtais de Phyſique -

& réciproquement ? Les Timbales


· ne ſont - elles pas accordées à la
Quarte, auſſi bien que les cordes de .
pluſieurs inſtrumens muſicaux ? En
fin il faut s'en rapporter au jugement
, de l'oreille , qui trouve la Quarte
ſeule plus ſuave que la Tierce ma--
jeure même, eutre que ſa ritmique
3, 1, 2; 2, 1,3, eſt une des plus fimples
, & des plus regulieres, aprés celle de
· la Quinte, qu'elle ſuit immediate
· ment en degré de perfection. Il eſt
vrai qu'elle eſt difficile à traiter dans
la compoſition, mais cela ne lui ôte
rien de ſa beauté. Au reſte il me
ſemble que M. Deſcartes n'étoit pas
bien informé, lorſqu'il avance qu'on
entend : toûjours l'Octave dans le
Son d'une longue corde & dans les
concerts , & par. conſequent la
Quarte; car on n'y diſtingue que la
douziéme & la dix-ſeptiéme,lesOcta
ves y étant confonduës avec l'uniſſon.
C'eſt pour cela que dans le jeu d'Or
| gues nommé Cornet, chaque Son
y eſt accompagné ( de ſa douziéme
& de ſa dix-ſeptiéme effectives, afin
•. ' ! . •. yº .. - de
• . -

& de Mathematique. 443


de répandre plus d'harmonie dans le
· concert, & de s'accorder davantage
avec la nature, qui ſemble le de
mander. -

C H A P I T R E I X.

, '
| De la Tierce majeure, de la Tierce
mineure, & des Sextes.
Nôtre Auteur pourſuivant ſon deſ
, ſein de dégrader entierement la
Quarte, avance bien icy contre elle
un autre paradoxe ; il prétend que
les nombres # dont la Tierce majeu
· re eſt compoſée ſont plus ſimples,
que les nombres ; dont la Quarte
eſt faite. Il me paroît cependant
qu'on doit tirer de ſon principe une
conſequence bien favorable à la
Quarte; car ſi la ſimplicité des nom
bres fait la perfection des accords,
il n'y a pas de doute que la Quarte
doit être plus ſuave, étant confide
rée ſeule, que la Tierce ou Sexte
majeure #, ; ; & peut-être autant
que la triple Octave *, ou du moins
º autant que la triple Quinte #, ce
I I. Partie. ' | Pp ^
444 Recherches ou Eſais de Phyſique
qui s'accorde aſſés avec l'experience
faite ſur le Monocorde. . -

Mais on doit bien remarquer qu'il -


ne s'en tient pas aux ſeuls expoſans .
d'une Conſonance pour juger de ſa
perfection, il veut qu'on y faſſe en
core entrer ſes accords multiples,
ſçavoir l'Octave, la Douziéme & la
Dix-ſeptiéme ; ce qui confirme le
principe dont je me ſuis ſervi, &
par lequel j'ay trouvé que la Quarte
ſeule pourroit bien aller de pair avec
la Tierce & Sexte majeures. Nôtre
Auteur prétend encore que la Dou
ziéme eſt moins parfaite que la dou
ble Octave, quoique les expoſans #
de la premiere ſoient plus ſimples .
que les expoſans : de la ſeconde, ce
qui eſt contraire & à ce qu'il vient
d'avancer cy-deſſus, & même à l'ex
perience. Il avouë encore que les
Conſonances #, #, # »qui ſont tirées
· de la proportion multiple ſont les
plus parfaites, quoiqu'il avance cy
devant qu'elles ne ſoient pas natu- .
· · relles, mais ſeulement accidentelles ;
- au lieu que ce ſont les ſeules na
-

· · & de Mathematique. 445


· turelles, c'eſt à dire qui ſe produi
ſent d'elles-mêmes. H ajoûte un nou
veau principe de perfection des Con
ſonances, pour prouver que la Di
xiéme # eſt moins ſuave que la Dix
ſeptiéme !, ſçavoir, dit-il, parceque
dans la derniere les chutes & uniſ
ſons ſe font à chaque coup de la
baſſe, au lieu que dans la premiere
ils ne ſe font que de 2 coups en 2
coups. Mais quoique je reconnoiſſe
ce principe pour bon, il faut cepen
dant avoüer qu'il ne ſuffit pas ſeul,
: autrement la Sexte majeure # l'em
porteroit ſur la Tierce majeure #, &
ſeroit égale à la Quarte, ce qui n'eſt
· pas bien conſtant ; & la Dixiéme
· majeure # ſeroit auſſi parfaite que la
Quinte #, & ne le ſeroit pas plus que
la double Neuviéme majeure #, ce
qui ſeroit également abſurde. Enfin
nôtre Auteur avance que les nom
· bres des vibrations des parties d'une
même corde ſont dans le raport ren
verſé de leurs longueurs, ce qui me
ritoit bien qu'il ſe donnât la peine
• de le démontrer; ce principe qui eſt
Pp ij
|

446 Recherches ou Eſſais de Phyſique


le premier fondement de toute l'har-º
monie, étant vrai dans un ſens, &
, faux dans un autre, comme on le
verra dans nôtre mélodie.
· Où l'on peut remarquer qu'il dé
- grade entierement les bêtes de l'har
monie, dont il fait un ſyſtême pure
ment intellectuel, puiſque ſelon lui
les bêtes ſont toutes materielles ; ce
qui eſt certainement contraire à l'ex
perience journaliere , qui fait voir
que les Chiens, les Chevaux, les Ca
meleons, les Roſſignols &c. y ſont
tres-ſenſibles. •

· Enfin voici nôtre Auteur devenu .


plus favorable en faveur de la Quar-..
te ; il ſemble lui vouloir faire une
eſpece de réparation, en la faiſant
plus parfaite que la Tierce mineure.
· Il donne cependant toûjours la pré
| ference à celle-cy dans la compofi
tion, parcequ'elle ſert ſelon lui avec
la Tierce majeure à varier la Quin
te; mais il ne dit point pourquoy la
| Quarte ne ſera pas auſſi à cet uſage.
J'avouë qu'on ne doit pas mettre la
º Quarte par tout, où l'on pourroit
& de Mathematique. . 447
faire entrer la Quinte comme plus
parfaite; mais s'enſuit-il delà que la
Quarte bien préparée ne faſſe pas un
bel ornement & une agreable varieté
dans la compoſition ?
Il déduit enſuite la Tierce mineu
re & la Sexte majeure qui lui man
quent, de la Tierce majeure #, parce
- - que celle-cy a 5 pour dénominateur,
, dont il prend 3 parties pour former
· la Sexte majeure #, & auquel il ajoû
te 1 pour former celui de la Tierce
mineure # ; & voici les belles origi
nes qu'il donne à ces deux filles de
· · l'harmonie, à peu prés comme on
tire robinus de plato, mutando plain
ro, to in bi, & addendo mus. Où il eſt
aiſé de voir qu'il n'y a point de Con
fonance ni même de Diſſonance dont
, on ne pût tirer toutes les autres par
| cette methode, comme on peut tirer
tout mot de tout autre par celle de
l'étymologie rapportée. On pourroit
dire que la Tierce mineure vient de
la majeure dont on a retranché un
dieze; que la Sexte majeure eſt faite
- de la Tierce majeure & de la Quarte
- P p iij
».

448 Recherches & Eſais de Phyſique


jointes enſemble, &c. ce qui nous
fait connoître le raport, des Conſo
nances & leur compoſition ; niais je
doute qu'on tire un grand uſage de
l'origine que M. Deſcartes nous en
donne. Il faut avoüer qu'on ne recon
noît pas bien icy le prototype des
| Philoſophes modernes. Nôtre Au
- teur eſt obligé d'avoiier à la fin une.
· verité que nous avons avancée cy
deſſus, ſçavoir qu'on peut emploïer
auſſi la Quarte dans la compoſition,
pourvû qu'on la ſçache traiter. Mais
· il faut convenir en ſa faveur, que de
| ſon tems ce n'étoit pas encore une
choſe bien connuë. . -

: Il tire enſuite la Sexte mineure de


la Tierce mineure, à peu prés com
, me il a fait la Tierce mineure & la
Sexte majeure de la Tierce majeure ;
& c'eſt pour cela, dit-il, que leurs
affections ſont communes , ſuivant
quoy la Tierce mineure devroit avoir
auſſi les proprietez de la majeure,
ce qu'il n'accorderoit pas lui-même.
· D'ailleurs comment tirer # de #, à
moins d'ajoûter 2 unités au dénomi
-

& de Mathematique. 449


mateur 6, ce qui ne paroît pas fort
ſubtil. -

Il ajoûte que la Tierce & Sexte ma


jeures ſont plus propres à la joye, que
leurs complémens la Tierce & Sexte
mineures, & en atteſte l'experience,
•ce qu'on lui accorde; mais il dit que
cela vient de ce que la Tierce mi- .
neure tire ſon origine de la majeure,
quoique le contraire ſembleroit de -

voir s'enſuivre. A l'égard de la Sex


te majeure, il prétend que cela lui
;
vient de ce qu'elle n'eſt qu'une Tier
ce majeure compoſée ; quoique deux
Tierces majeures ne faſſent nulle
ment une Sexte majeure, celle-cy
étant, comme on vient de le dire ;
-
faite d'une Quarte & d'une Tierce
majeure. Enfin il prétend que la
Tierce & Sexte majeures ſont plus
propres à la joye, parcequ'elles †
plus agreables que leurs complé
mens ; ce qui ſemble contredire avec
|
ce qu'il a avancé au commencement
de ce Traité, que les chanſons triſ
tes ne laiſſent pas d'être agreables,
puiſqu'il eſt conſtant que l'agrément
-
-

- 45o Recherches ou Eſſais de Phyſique ,


qu'elles cauſent ne portera jamais à
la joye. Il falloit donc diſtinguer l'a-
grément-qui cauſe la joye, d'avec .
celui qui naît de la triſteſſe, ou de la
, langueur, avant de rien établir. Mais
on peut toûjours établir en general
que la joye & la triſteſſe viennent ene
artie de l'arrangement des interval
· les ;.ſçavoir entant qu'on paſſe des
"accords moins gracieux, à de plus
agreables, ou des mineurs aux ma
jeurs, ou tout au contraire ; mais
principalement du mouvement lent
· ou vîte, qui ſe trouve dans le pro
grés des Sons, puiſque ſouvent un
- même air chanté vîte & avec force &
cadences paroît joyeux, lequel étant
chanté lentement & ſans cadences
eſt fort triſte.
C H A P I T R E X.
Des Degrés ou Tons de la Muſique.
Nôtre Auteur rapporte bien icy les
Tons & demi.Tons dont le ſyſtême,
Diatonique eſt compoſé, & l'ordre
qu'ils doivent avoir, ſçavoir deux
| Tons & un demi , puis trois Tons.
& de Mathematique. | 451
& un demi , ou, ſi l'on veut, deux
Quartes ſemblables ſéparées par un
, Ton ut re mi fa , ſol la ſi ut, ou z
Quartes ſemblables conſecutives ſui
vies ou précedées d'un Ton la ſi ut
re , re mi fa ſol, la, ou la, ſi ut re mi,
mi fa ſol la, ce qui comprend tout
l'ordre des Grecs modernes, ou ſi
l'on veut encore un Triton & une
fauſſe Quinte fa ſol la ſi, ſi ut re mi
fa : mais il ne rapporte aucune rai
ſon de cet arrangement, ni de ſon ori
gine, quoiqu'il le merite cependant
d'autant mieux, que ce n'eſt point une
choſe purement arbitraire, comme
on peut le voir par les ſyſtêmes Ara
beſque, Cromatique & Enharmoni
|!
que, qu'on ne ſçauroit chanter purs&
de ſuite; au lieu que le Diatonique
· chanté de ſuite eſt ſi agreable, qu'u-
ne perſonne qui a de la voix & de
l'oreille l'ayant entendu chanter une
ſeule fois, le repete ſans y manquer ;
outre que ſes 8 Sons étant ſonnés à
la fois ſur un claveſſin, même non
temperé, font une harmonie tres
· moëlleuſe , ce qui n'arriveroit pas

452 Recherches ou Eſſais de Phyſique
dans aucun ſyſtême dont nous aïons
connoiſſance. Enfin on peut ajoûter
en faveur du ſyſtême Diatonique,
qu'il ſe trouve naturellement dans
les trompettes à vent, du moins ſen
fiblement, en ſoufflant de plus fort
en plus fort. Car quoique le fa # &
le la # ou # n'y ſoient pas Diato
niques, le premier étant trop fort,
& le ſecond trop fort ou trop foible
de pluſieurs commas, ils ne laiſſent
pas de nous donner l'idée des Dia
toniques, & c'eſt icy qu'on peut di
re que l'art a perfectionné la Natu
re. Si ce qu'on dit de l'Elan du Bre
-zil eſt veritable , ſçavoir qu'il en
tonne ut re mi fa ſol la, je ne doute
· pas que ſon gozier ne ſoit une veri
table trompette, qu'il ſemble que
- la nature ait faite exprés pour nous
apprendre à chanter.
J'avouë au reſte que je ne com
prens pas trop ce que M. Deſcartes
a voulu dire, lorſqu'il avance que
la Quarte (par exemple) differe de
la Quinte d'# ; car s'il avoit dit de #
ou d'un ton majeur, tout le monde,

s
& de Mathematique. 453
ce me ſemble , l'auroit entendu ; &
de même, s'il avoit dit que la Quar
te ſurpaſſe la Tierce majeure d'un
ſemi-ton majeur ou de #, & non
1

pas d'# ; que la Tierce majeure ſur


paſſe le ton majeur d'un ton mineur,
, ou de # au lieu d'#; & la mineure
d'un dieze ou ſemi ton mineur , ou
de # au lieu de ,,. L'Auteur fait la
même faute, quand il prend # pour
la difference de la Quinte à la Sex- .
te mineure au lieu de # ; ce ſont des
inadvertances qui échapent quelque
fois aux plus habiles, mais qui nous
font toûjours voir que nôtre Auteur
ne reliſoit pas aſſés ſes Ouvrages.
Enfin il reconnoît que ce ſont les
mauvaiſes relations qui empêchent
de chanter deux Quintes de ſuite en
duo, mais ſans en faire aucune ap
plication. ſ7
-

Il prétend icy dans l'explication


de la Gamme d'Aretin ou des Muan
ces, que l'oreille ne ſçauroit apper
· cevoir la dureté d'une Tierce , ou
Quarte, ou Quinte, ou Sexte alte
rées d'un comma, ce qui eſt contre
454 Recherches ou Eſtais de Phyſique
toute ſorte d'experience. Car c'eſt ce
qui a fait que depuis Aretin, c'eſt à
dire depuis 5oo ans, que l'on accom
pagne, on s'eſt trouvé obligé de
temperer les Claviers, l'oreille ai
mant mieux ſouffiir l'alteration de
# de Comma ſur toutes les Conſo
nanges du ſyſtême Diatonicromati
que ( excepté les Tierces majeures )
que d'être obligée de ſubir la dureté .
de ces intervalles alterés d'un Com
· ma. Ceux qui en voudront faire l'ex
perience avec l'oreille ſeule, n'ont
qu'à accorder d'abord ut ſol ut, ut fa
ut, ut mi ut , ut la ut, ut mi ſol , mi
ſol ſi au plus ſuave, & faire enſuite
par exemple refa, re la parfaits, ſans !
changer le fa ni le la, & ils verront
auſſi-tôt que re ſî, reſol ſeront preſ
que auſſi †; que fa ſol
ou ſol la. Et ſi l'on fait re ſi, re ſol
parfaits, ſans changer le ſi ni le ſol,
alors re fa, re la ſeront auſſi durs, que
l'étoient re ſi, re ſol en premier lieu.
Je dis plus que ſi l'on fait reſi, re ſol
& re fa, re la ſeulement paſſables,
ſans toucher au ſºſol fa la, mais ſeu
- - lement
& de Mathematique. 457
lement au re, tous les autres inter
valles ſeront à peine ſupportables
dans l'Accompagnement ſeulement.
C'eſt pour cela que le ſyſtême tem
peré des Auteurs qui partagent l'O-
ctave en 12 demi-tons eſt tout à fait
inſupportable, parceque les Tierces
mineures y ſont alterées de prés de
# de comma. On peut l'éprouver en
accordant les 3 Tierces mineures &
conſecutives ut mib, mib fa dieze, fa
dieze la, enſorte que ces 3 Tierces
& la Sexte ut la qu'elles compoſent
ſoient toutes 4 tolerables ; ce que
l'on trouvera toûjours impoſſible,
quelque habile que l'on ſoit; ou mê
me les 3 Tierces majeures conſecu
tives ut mi, mi ſol dieze, ſol dieKe, ut,
enſorte que ces 3 intervalles & l'O-
ctave parfaite ſoient tolerables; ce
que l'on trouvera encore impratica
ble, l'alteration de chacune étant
preſque les # d'un comma.
Au reſte nôtre Auteur traite au
long la queſtion de ut re ton majeur
eu mineur, mais ſans décider dans
quelle circonſtance il doit être ma
II. Partie. Qq
458 Recherches ou Eſſais de Phyſique
jeur ou mineur. De plus au lieu de
ſon échelle muſicale 288, 324, 36o,
&c. il eſt évident qu'on doit ſe ſervir
lutôt des nombres (135, I2o, Io8,
96, 9o (81,8o) 72 ) qui ſont plus
ſimples de beaucoup & plus natu
rels, puiſqu'ils expriment les vibra
tions des ſons, ou en un mot les
ſons, & non pas les dimenſions des
corps qui les produiſent.
Enfin on ne ſçauroit trop admirer
la peine
pour que nôtre
appuïer Auteur ſe donne
ſa methode des muan
ces, qu'on pourroit appeller le mon
ſtre de la Muſique, à meilleur titre,
qu'il ne fait la Quarte, non-ſeule
ment par la torture qu'elle a donné
à tous les Muſiciens de l'Europe pén
dant environ 5 Siecles, mais encore
ar la confuſion effroïable qui ſe
trouve entre ſes differens interval
les ;ut re marquant une Seconde &
une Sexte majeures, ut mi une Tier
ce & une Septiéme majeures, ut ſol
une Quinte & une Neuviéme, c'eſt à
dire une Conſonance & une Diſſo
nance en même tems » & ºt fa une
& de Mathematique. 459
Quarte & une Octave ( ce qui ne
doit gueres accommoder l'Auteur )
ut la une Sexte & une Dixiéme ma
jeures , outre que le progrés que
donne M. Deſcartes dans ſon échel
le litteronumerique, ſçavoir ut re
mi fa ſol re mi fa ſol re mifa eſt mon
ſtrueux, d'autant qu'on y trouve 2
fois 3 tons de ſuite fa ſol re mi ſepa
rés ſeulement du demi-ton mi fa ; au
lieu que ſon progrés devoit être ut
re, mi fa,ſol re, mi fa , re, mi fa, &c.
ou ut re, mi fa, re, mi fa, ſol re , mi
fa, &c. c'eſt à dire toûjours 2 tons
#, puis 3 tons #, enſuite 2 tons#,
&c. comme il en eſt convenu lui
même cy-devant; ainſi il pourroit y
avoir encore icy une inadvertance.
De plus nôtre Auteur ſe détermine
maintenant à faire toûjours ut re ton
majeur, ſans en dire aucune raiſon,
& comme ſi la choſe étoit libre. Il
eſt vrai qu'il l'eſt dans les trompet
tes à vent & à cordes ; mais on ne
doit pas s'en tenir là, autrement il
faudroit faire les 4 intervalles mi fa,
fa ſol, ſol la, & la ſi tous faux, ſça
Q q ij
46o Recherches ou Eſſais de Phyſique
voir mifa & fa ſol de # & de #, &
ceux de ſol la & la ſi de # & #, ou
# & de #, ce qui ne ſeroit plus
dans la perfction diatonique. Il veut
de plus qu'il n'y ait que 2 voyes ou
manieres de chanter, ſçavoir celle
de b mol & la naturelle, comme ſi
le mi, le fa & les autres nottes n'é-
toient pas auſſi mobiles que le ſº,
ſoit par un ſeul dieze ou b mol, ou
par pluſieurs ; & même comme ſi
ces changemens conſtituoient une
nouvelle échelle, comme ſi ( par
exemple) ut re mi fa ſol la za ut étoit
autre choſe que ſol la ſi ut re mi fa
ſol , ou ut re mifa (die (e ) ſol la ſi ut
autre choſe que fa ſol la ſi ut re mi fa,
& ainſi des autres tranſpofitions,
qni ne ſont nullement de nouvelles
manieres de chanter, mais toûjours
la même échelle diatonique com
mencée dans un autre endroit. On
peut bien nommer ces tranſpoſitions
de nouvelles manieres d'exprimer
une même Octave , un même môde,
mais non pas de nouvelles manieres
de chant ou de nouveaux môdes,
& de Mathematique. 461
ſans tomber dans une ignorance &
erreur groſſiere.
Mais ce qui eſt icy de plus remar
quable, eſt que nôtre Auteur rejette
la methode du ſi reçûë de toute |

l'antiquité , pour n'admettre que


celle des muances, par la même rai
ſon qui a fait rejetter celle-cy & re
prendre l'ancienne, par tous ceux
qui ont bien voulu ouvrir les yeux,
& ſe ſervir de leur raiſon, pour ſe
déprévenir d'un préjugé auſſi dom
mageable à l'avancement de la Mu
ſique, que la Phyſique d'Ariſtote l'eſt
à celui de la vraye Phyſique. Il ſe ſert
encore d'une autre raiſon qui eſt cer
tainement des plus foibles qui ſe
puiſſent imaginer. Il faut avoüer
qu'on ne retrouve point icy le grand
ennemi des préjugés, qui nous a tirés
des tenebres de l'ancienne Philoſo
phie pour nous rappeller à une nou
velle lumiere. Delà je conclus que
l'imagination de l'homme eſt peut
être le meilleur, & en même tems
le pire don que le Ciel ait fait aux
Philoſophes. Enfin le tems qui ſeul
Qg iij
462 Recherches ou Eſsais de Phyſique
a droit de tirer la verité du chaos,
a pouſſé les choſes à tel point, que
ce progrés indéfini de tranſpoſitions
que M. Deſcartes rejette comme ab
ſurde, eſt pourtant ce qui fait au
jourd'huy tout l'art & le ſel de nô
tre Muſique. Que la nature a eu rai
ſon de ne pas accorder aux hommes
le retour de l'autre vie, par le cha
grin que les Sçavans auroient d'y re
connoître leurs erreurs anciennes !
mais je m'écarte de mon ſujet.Ajoû
teray-je qu'une Muſique compoſée
avec des nombres ſans conſulter l'o-
reille, telle que l'Auteur la propoſe
icy, eſt du moins auſſi inchantable
& auſſi dure, que celle qui eſt ac
commodée au goût de l'oreille ſans
le ſecours des nombres eſt enchantée
& coulante. - -

C H A P I T R E X I.

Des Diſſonances.
· On ne paſſera point à M. Deſcar
tes, comme je l'ay déja dit cy de
vant, que les 4 intervalles re ſº, re
& de Mathematique. 463
ſol, ou les 4 re fa, re la, qui dans le
Diatonique non temperé ſont alterés
d'un comma, aïent aucune douceur ;
puiſqu'aujourd'huy même que l'o-
reille eſt plus endurcie aux Diſſonan
ces que jamais, on ne peut les ſouf
frir en aucune maniere, & que l'o-
reille ne peut pas même ſouffrir l'al
teration de # de comma, comme nous
l'avons démontré dans le Chapitre
précedent, en parlant du tempera
ment par 1z demi-tons égaux. De plus
nôtre Auteur avance encore que le
Triton eſt deſagreable,à cauſe que ſes
expoſans # ſont de trop grands nom
bres pour être admiſſibles à l'oreille,
comme ſi les 2 # étoient conſidera
blement plus petits pour faire la dif
ference d'une Diſſonance des plus
rudes à une Conſonance. D'ailleurs
les expoſants #, #, #, # de ces 8
intervalles alterés re ſi, re ſol, &c.
ne ſont-ils pas plus compoſés que
ceux des Diſſonances #, # , #, # ;
ainſi ſuivant le principe de nôtre Au
teur , ces intervalles alterés doivent
être des Diſſonances tres - dures ,
comme elles le ſont en effet.
464 Recherches ou Eſſais de Phyſique
C H A P I T R E X II.

De la Compoſition.
M. Deſcartes donne dans ce Cha
pitre pluſieurs regles de compoſition
dont on s'embarraſſe peu aujour
d'huy, particulierement les Italiens
& tous les ſçavans Muſiciens , qui
préferent avec raiſon d'avoir des
parties bien chantantes, à une Muſi
que guindée qui ne chante point du
tout. Outre qu'on a trouvé aujour
d'huy l'art de faire paſſer toutes ſor
tes de Diſſonances & d'en faire le
principal ſel de la Muſique, ce qu'on
n'avoit point encore du tems de nô
tre Auteur. A l'égard des raiſons
qu'il rapporte pour autoriſer ſes re
gles, leſquelles ſont toutes tirées du
pur intellect, il eſt évident qu'elles
excluënt les bêtes de l'harmonie, ce
qui ſuffiroit pour les réfuter. Mais
on peut dire au contraire que les bê
tes ſont peut-être plus heureuſes en
Muſique que nous, en ce qu'elles
n'y cherchent pas tant de varietez,
& de Mathematique. 465
tant d'aſſaiſonnemens, & en un mot
tant de myſteres; ce qui fait qu'elles
trouvent ſouvent beaucoup d'agré
mens dans une harmonie qui nous
ſemble fade. J'ay eu un Bichon qui
étoit § ſenſible aux
Conſonances & aux Diſſonances juſ
qu'à affoler par les unes, & s'irriter,
gronder, hurler par les autres. Un
des premiers Organiſtes de Paris, &
un autre des premiers Symphoniſtes
de l'Opera, tous deux de ma connoiſ
ſance, & qui ſont encore vivans,
ont eu deux chiens à qui il eſt arrivé
à peu prés la même choſe. Le Ca
meleon de Mademoiſelle Desjardins,
la Sapho du Siecle paſſé, ſe pâmoit
en entendant l'harmonie d'un Lut.
Et un de mes amis accordant un Lut
ſur le bord d'une prairie, un jeune
Poulin qui paiſſoit tout proche s'en
vint bondiſſant lui fracaſſer ſon Lut.
Plufieurs perſonnes ont fait tomber
des Roſſignols d'épuiſement par le
ſon d'un doux flageolet; mais reve
, nons. Enfin nôtre Auteur avouë qu'il
a beaucoup oublié dans ſes voïages
466 Recherches ou Eſsais de Phyſique
de ſes regles de Muſique, tant pour
ce qui regarde les paſſages, que les
mouvemens, & il a raiſon. :
Il penſe que le progrés des baſſes ,
doit ſe faire par ſauts, afin qu'elles
ſoient entenduës plus diſtinctement ;
mais je penſe que c'eſt pour ſemer :
plus d'harmonie dans les concerts, les
baſſes faiſant par ces ſortes de progrés
conſonants & de contraſtes un eſpece
de concert avec elles-mêmes, comme
on le remarque principalement dans
(!
· les Cantates & Sonates d'aujour
d'huy. Il veut de plus que la Taille :
ſoit le ſujet. ll me ſemble cependant
que c'eſt aujourd'huy plutôt la baſſe
ou le deſſus, & ſouvent même tous
les deux , comme on le remarque
dans pluſieurs accompagnemens à 2,
3, 4 parties de Lully, de Dambruïs,
de Corelli, &c. comme les parties
qui s'entendent le mieux ; les autres
ne ſervant preſque qu'à remplir leurs
intervalles. A l'égard de ce qu'il dit
que la haute-contre procede par ſauts
comme la baſſe, il me ſemble au
contraire que c'eft aujourd'huy la
& de Mathematique. 467
partie la plus unie du concert, en
ſorte que ſouvent elle ne roule que
ſur 3 ou 4 nottes.
Enfin à l'égard des contraintes que
nôtre Auteur blâme, comme (par
exemple) celle des Chaconnes dont
les baſſes roulent toûjours ſur un cer
tain nombre de nottes, comme re ut
za la, il paroît que ce qui étoit un
myſtere de ſon tems, eſt devenu un
jeu d'eſprit dans le nôtre, lequel ne
laiſſe pas d'avoir ſon agrément ,
comme en Poëſie les rondeaux, les
bouts-rimés, les acroſtiches, &c.
C HA P IT R E XIII.

Des Môdes.
M. Deſcartes exclud des Môdes
ceux de mi ſol ſi mi, & de fa la ut fa,
à cauſe (dit-il) que le Triton fa ſol
la ſi ſe trouve dans leur Quinte mi fa
ſol la ſi, fa ſol la ſi ut. Mais il eſt évi
dent que cela ne pourroit avoir lieu
que lorſqu'on entonne ces Quintes
de ſuite, ce qu'on peut aiſément évi
ter ; ainſi cette raiſon ne paroît nul
' -
468 Recherches ou Eſſais de Phyſique
lement ſuffiſante. Il me ſemble donc
qu'il faut s'en tenir à celle que nous
donnons dans la Melodie , ſçavoir
que le fa dans le premier Môde, &
le ſi dans le ſecond ont des relations
fauſſes avec les nottes fondamenta
les du Môde, leſquelles ne ceſſent
jamais d'être preſentes à l'imagina
tion. Il veut de plus que tous les airs
roulent ſur la Qyinte ; mais il eſt cer
tain que nous en avons un grand
nombre qui roulent ſur une Quarte
ou même ſur une Tierce, principale
ment les Pſalmodies. C'eſt la même
choſe dans la Melodie Perſanne ou
Arabeſque, ou Turque.
On ſçait de plus que la diviſion de
l'Octave par la Quinte ſeule ne con
ſtituë pas les Môdes. Il paroît auſſi
du ſentiment de ceux qui croïent que
differens Môdes ſont propres à exci
ter differentes paſſions ; au lieu qu'il
devoit bien ce me ſemble conſiderer
que nous avons differens airs de
toutes eſpeces ſur un même Môde
qui réüſſiſſent parfaitement, ſoit
dans le ſacré, ſoit dans le profane ;
C#
& de Mathematique. 469
ce qui ne fait que trop connoître que
M. Deſcartes n'avoit pas une connoiſ
ſance parfaite de la ſcience qu'il a trai
tée, & d'autant plus qu'il ne déduit rien
de ſes propres principes; que ce qu'il
établit eſt ordinairement contraire à
l'experience, & ſouvent contradictoi
re ; qu'il fait de la Muſique, dont l'ob
jet eſt tout ſenfible & cômmun avec les
bêtes, une ſcience toute intellectuelle ;
& que la plûpart des raiſons dont il ap
puïe ſes ſentimens n'atteignent preſque
pas la vrai-ſemblance, à quoy l'on ne
doit pas manquer d'ajoûter qu'il adopte
une Gamme rejettée de tous les Muſi
ciens raiſonnables, comme tout à fait
oppoſée au progrés & à la perfection
de la Muſique, lui qui recommande ſi
fort par toute ſa Philoſophie de ſe faire
des préjugés de l'enfance. Mais on doit
toûjours lui ſçavoir bon gré de ſon tra
vail; & d'autant plus qu'il ne donne ce
traité, à ce qu'il dit, que comme un
Ourſin mal-leché, en quoy certes il a
raiſon : ce qui ſoit dit ſans vouloir ra
baiſſer la gloire de ce grand genie, mais
ſeulement en faveur de ceux qui n'aïant
II. Partie. Rr
47o Rechercheteu Eſſais de Phyſique
peut-être jamais rien lû de plus parfait
en Muſique que ce petit traité, en ſe
roient encore obſtinément entêtés ,
aprés que ſon Auteur lui-même ſem
ble l'avoir abandonné au jugement des
Connoiſſeurs. -

T A B L E
ET ECLAIRCISSEMENS.
Chap.
P I. D# l'objet
# Un de ladeMuſique,
# pag. 42o.
pre
miers Muſiciens de l'Opera, qui avoit été trom
pé en entendant chanter chez une perſonne de la
premiere qualité , un Chinois appellé M. Ly,
amené à Paris par le P. Fontaney Jeſuite il y a
environ 15 ans, m'a auſſi trompé en m'aſſurant
que le chant de ces peuples étoit tout continu
comme celuy d'un Chaſſis bruyant, & non pas.
gradué comme dans les trois Syſtêmesdes Occi
dentaux. Mais j'ay reconnu depuis moy-même,
en entendant chanter M. Houang Chinois, &
Interprete du Roy pour la Langue Chinoiſe, que
ce qu'on appelle chez eux le chant vulgaire, eſt
tout ſemblable au nôtre ; ils ont outre cela un
chant accentué pour les vers, qui eſt une eſpece
d'Enharmonique, de même que le diſcourspa
thetique, ſur quoy l'on peut voir nôtre Melodie
imprimée dans les Mercures de Paris, de Fevrier.
& de Mathematique. *47n
& Novembre 1712, & d'Avril, Juin &c. 1713.
Chap. II. obſervations préliminaires. p.421.
Ch.III. De la Meſure dans la Muſique.p.425..
Chap. IV. Des Sons aigus & des Sons graves.
p.427.
Chap.V. Des Conſonances. p. 418. Ce que
j'ay dit icy que l'Uniſſon eſt la conſonance la
plus parfaite ne doit s'entendre que de l'union
des Sons, de leur force pour faire fremir les corps.
qui ſont en conſonance prochaine avec celuy qui
reſonne, & de la ſuavité des conſonances, mais
non pas de la varieté, qui ne ſe trouve point dans
l'uniſſon. - -

Ch. V I. De l'Octave. p. 431. P. 433. l. 26..


Ce ſeroit une Quinte & une Tierce majeures
u'on entendroit &c. P. 434.l. 4 qu'on ne les,
iſtingue pas communément parlant ; car les
oreilles fines font fort bien cette difference : ce
qui ſuffit. P. 435. l. 21. parce qu'ils ſont pre
| miers. Car pourquoy les nombres premiers7, II,,
13 &c. ne ſont-ils pas auſſi ſonores ; c'eſt ce
qu'il falloit éclaircir, & ce qu'il ne fait point.
Ch. VII. De la g)uinte, page 437.
Ch. VIII. De la g)uarte pag. 14o.
Ch. IX. De la Tierce majeure, de la mineure
& des Sixtes. # 444. L. 13. & Sexte majeu
res. Mais j'ay enfin abandonné ce principe, ayant :
depuis confideré, que les Sons multiples ne s'en
tendent que dans ceux des corps qui ont † -

plus d'étendue, que les rameaux du nerf auditif,.


qui entrent dans les canaux du Labyrinthe.
Ch. X. Des Degrex ou Tons de la Muſique,
w, pag 45o. P. 452, l, 2i. Au reſte ce prétendus
· 472* Recherches ou Eſſais de Phyſique
Elan eſt peut-être la même choſe que l'oiſeau de
l'Amerique dont parle le P. Merſenne Minime.
P. 454 l. 3. depuis environ 6oo ans que l'on
&c. P. 458. l. 19. environ 5 ſiecles, (ce qui a
porté un ſçavant Muſicien à la nommer la Croix
des Eleves ) mais encore.
Ch. XI. Des Diſſonances. p. 462.
Ch. XII. De la compoſition. pag. 464.
Ch XIII. Des Modes, pag 467.
Au reſte on ne donne icy aucuns ſuplémens,
parce que nous eſperons qu'on trouvera dans
nôtre Melodie, ce que nous n'avons pas pû ajoû
ter icy, de crainte d'être trop diffus.

TAB LE DES EXTR AIT S


qui ſuivent.

ZD'Cn Monſtre ſorti d'une Rivière, p.25


D'un Parhélie obſervé au coucher du
Soleil, par Hévelius , 27
Des ſept Parhélies vûs à la fois, , 27
De l'Hiſt. d'Ethiopie par Ludolphe, 28
Principe pour les trois parties d'Optique ,
par M. Leibnitz, 29
La veritable Britannique des Anciens, 41
Démonſtration nouvelle ſur le Tétragoniſ
me de Pythagore, 43
Quadrature infinie du Cercle & de l'Hy.
· perbole,
& de Mathematique. 471
perbole, par M. Leibnits. 43
Regle pour trouver les Tangentes de
quantité de Courbes, par M. Tſchi
7794M5, 51
Réponſe du P. Kokanski, àl'Auteurdes
Problêmes cy-devant, ſ4
Replique de l'Auteur au P. Kokanski ,
6

D'une Eclipſe de Lune, parf. Fl. .


ſtéed, 57
D'une Comete obſervée à Leipſik, ibid.
Diſſertation ſur le Pavot & l'Opium,
ar O. Borrichius. 6o

D'une autre Eclipſe obſervée à Paris, 63


Conſtruction nouvelle des Equations du
ſecond degré, par M. Catelan. 63
Des animaux obſerve% dans les germes
des animaux , par # 66
Diſſertation ſur le mouvement du Sue
dans les Arbres, 74
Des Meſures réduites, par M. Sauveur.
78
Des Meſures diametrales & perimetri
ques courantes, 79
Des Meſures diametrales & perimetri
ques planes, 86
Des Meſures diametrales & perimetri
ques ſolides, 95
471 Recherches ou Eſſais de Phyſique
Experiences de M. Mariotte ſur le vin
ſoufré, - I Cº2

D'un embraſement du Veſuve, 1o3


D'un tremblement de terre arrivé à Pa
ris la même année, Io5

Errata & Eclairciſemens.

PAges . ligne 6. t x n
- C'b, GE
-+ | m ſera.
fa*
" mCE--nG E •,- Pag. 33. lig. 2o.

fex dyx =#. Pag ,«. lig. 4.


au rompu ET que. Pag. 44. lig. 24.
&c. par une parallele à BC. Pag. 3o.
lig. II. la ſeconde progreſſion. lig. 13.
on la formera des deux premieres.
· Pag. 54 lig. I. la moitié de la baſe
ſert de baſe. Pag. 66. lig. 18. M. Leu
venhoëk. Pag. 95. lig. 11. & 17. cylin
· dre & ſa hauteur, on. Pag. 96. lig. 19.
& 2I. hauteur, au lieu de longueur.
Pag. 1oo. lig. 11. ſi on a une ſolidité.
· Pag. 1o6. lig. 7. faire moudre un
moulin. .
ExTRA 1Ts
1
# # # # # # # # # # # # #-k3 + #..
#--#-#--#--#-#
# # #--# #
# # # # #-3-3-3-3-3 # # # # # # # # # #

· M É M o IRES
, D E S PIE C E S N O U V E L L E S

DE MATHEMATIQUE
· ET DE PHYSIQUE.
Des figures des dents ou aîles de rouës pro
A / - A. -

Pres à égaler la levée des Piſtons, c3 au


tres moºvements de cette mature , ave les
réflexions neceſſaires pour diminuer les
frotemens & la dépence.
PR E M 1 E R A R T 1 c L E.

# Oit O QA, ( premiere


figure) le bras ou levier
3i
#
$
quiidsporte le piſton ou
quelconque R a
- la poids quelconque K atta
| ché à ce bras en Qimmediatement,
| ou ſuſpendu autour de l'arc ſolide
9UW X, lequel arc eſt fixe avec le
- lII. Partie, A
2. Recherches de Phyſique
bras O A, ayant le point O pour
centre autour duquel il peut tour
ner tout d'une piece avec le meſme
bras O A, comme on le voit dans
la Méchanique de Mr. de la Hire,
ſoit LA P L, la circonference d'une
rouë verticale dont B eſt le centre,
AfS une partie de dent ou d'aîle
attachée ſolidement à cette rouë.
en A, au moyen de laquelle cette
rouë tournant de A vers P, peut
faire monter le bout A du bras
O A par l'arc A F H, autour du
centre O. Soit Z un poids ſuſpen
du à l'arbre ou tambour MT K
par la corde Z K tournée ſur ce
tambour, qui doit eſtre fixe avec la
rouë L A P, afin que le poids Z
deſcendant puiſſe faire tourner par
ſon moyen la rouë L A P; ou que
Z ſoit, ſi l'on veut, une puiſſan
ce quelconque appliquée à l'arbre
AM TK de la rouë L A P à la diſ
tance B K.
, Suppoſons maintenant que laiſ
ſant deſcendre le poids Z, de la va
leur de l'arc MT, le rayon B M A.
"- 4
c3 de Mat6ematique.
ſoit † en B T P, & que la
courbe ou aîle AfS eſtant parve
nuë en P F ait élevé le bras O A à
la ſituation O X F, menez la verti
cale Q I, & l'horizontale X I. Dans
le premier cas d'élevation du poids
R ſera Q I ; mais dans le ſecond ce
ſera l'arc Q X ou ſa valeur, parce
que tandis que Q eſt arrivé en X,
l'extremité W du rayon horizontal
O W à laquelle le poids ou piſton R
eſtoit appliqué ou ſuſpendu, aura
décrit un arc égal à QX.
| Or puiſque ſelon l'état de la queſ
tion les poids Z & R doivent de
meurer toujours en équilibre pen
dant l'élevation du bras O A ; il
s'enſuit que le produit de Z par ſon
chemin M T ſera toujours égal au .
produit de R par le ſien , ſçavoir par
Q 1 dans le premier cas, & par l'arc
QX dans le ſecond ; ou, ſi l'on ai
· me mieux, on aura comme Z eſt à
R, ainſi QI dans le premier cas, ou
QX dans le ſecond, eſt à l'arc MT,
ou comme R eſt à Z , ainſi MT à
QJ ou Q.X.
A ij
4 Recherches de Phyſique
Pratiques aiſées pour toutes ſortes
de perſonnes.
Premiere TY Our venir maintenant
ratique. A à la conſtruction de
l'aîle A S dans ces deux cas, on
prendra B M pour marquer le poids
R, & ſur le meſme rayon B A on
prendra B E pour exprimer en meſ
me temps le poids Z; de ſorte que
ſi R eſtant de 1oo livres, Z eſt de
2oo livres, on prendra B M de 6o
parties, par exemple, & B E de
12o , où l'on fera avec le compas
de proportion, comme 1oo ſont à
2oo, ainſi B M a une longueur qui
ſera B E, & de meſme pour toute
autre proportion, on décrira du cen
tre B le quart du cercle EN C, que
l'on diviſera en pluſieurs parties
égales , comme en 12 , le plus
grand nombre ſera le meilleur, ce
qu'on fera aiſément portant deſſus
l'intervalle du rayon B E , de
puis les extremitez E & C, pour
le diviſer d'abord en 3 égale
ment, diviſant enſuite chaque par
& de Mathematique. 5
tie en deux également, & chacune
des dernieres encore deux égale
ment. On peut ſe ſervir auſſi du
rapporteur pour le diviſer en quel .
nombre on voudra. On tirera enſui
te une droite V r à part , ſur la
quelle on portera la moitié B m du
rayon B E 3 fois de ſuite , & une
dixiéme partie de B m de plus, ſça
voir de V en T, & on diviſera V T
en autant de parties lque E C en
contient, ce preparatif eſtant fait.
Pour le premier cas on prendra
d'abord l'arc E N à plaiſir, & on
menera le rayon B N P, on pren
dra enſuite autant de parties ſur
l'échelle V r, que l'arc E N vaut
de parties de E C, comme par exem
ple 5 de Ven •AE , & on les portera
ſur la verticale Q I, de Q en I ; on
menera la perpendiculaire I X à
Q /, qui rencontre le cercle QW
en X , par où l'on menera le rayon
O X F ſur le cercle A H en F, en
ſuite on décrira du point A comme
centre l'arc F G rencontrant le cer
cle L A P en G, & portant l'in
A iij
6 Recherches de Phyſique
tervalle A P de l'autre côté de A
ſur le meſme cercle de A en a, on
décrira du point a comme centre
avec l'intervalle A F l'arc du cercle
occulte fg, qui rencontre l'arc de cer
cle LA P en g; enfin on portera ſur
g f, depuis g en fl'intervalle FG,
le point f ſera un de ceux de l'aîle
A S f deſirée ; on en trouvera de
meſme autant d'autres qu'il y a de
points en E C.
Mais pour le ſecond cas, il faudra
prendre encore un quart de cercle
Q W h, ſur le cercle Q X, le divi
ſer en un nombre de parties égales
à plaiſir, comme on a fait E N C
ſuppoſez encore en 12, tirer à part
la droite b i e, porter deſſus depuis
b, en e, la moitié, o n, du rayon
OW 3 fois, & une dixiéme partie
de plus, & diviſer b e , en autant
de parties que l'arc Q h. Ayant en
ſuite pris VeAE d'autant de parties
que E N, il faut la porter ſur l'é-
chelle b i e, comme de b en i ; &
ſuppoſant que b i vaille par exem
ple 6 parties de b e, il faudra pren
6 de Mathematique. 7
dre le point X, ſur Q h, à 6 parties
loin du point Q, mener OX F, &
le reſte, comme cy-deſſus.
Seconde pratique. On peut auſſi
pour le premier cas prendre d'abord
QJ à volonté, porter Q I ſur prr
comme de V en eAE, prendre E N
d'autant de parties qu'il y en a dans
K º , afin de mener le rayon
B T N P, & porter A P en A a
comme on l'a dit ; & il ne reſtera
que de mener I X à l'équerre de
Q /, de tirer le rayon O X F, &
d'achever le reſte comme dans la
premiere Pratique.
Mais pour le ſecond cas ayant
pris d'abord Q X à plaiſir, on pren
dra autant de parties ſur b i e, ſça
voir de b en i , qu'il y en a dans
l'arc Q X , on portera enſuite b i
ſur V T de V en eAE, & ayant pris
l'arc E N d'autant de parties qu'il
y en a dans V eAF , on menera le
rayon B NP, & on portera A P
en A a ; on conduira auſſi le rayon
| O X F, & on achevera le reſte com
me dans la meſme premiere Prati
que.
8 Recherches de Phyſique
Troiſiéme pratique. On peut auſſi
prendre d'abord O Q pour le poids
Z ; & ſur O Q la partie o q pour
le poids R, comme dans la pre
miere Pratique, décrire du centre
O, l'arc q x y, mener la verticale,
q i ; tirer à part une droite o p, por
ter deſſus la moitié B z de M B ;
fois, & une dixiéme partie de B &,
ſçavoir d'o en p ; diviſer le quart de
cercle MT & , & la droite ou é
chelle o r p, en un nombre égal de
parties égales, comme en 1o, 12,
&c.
Et pour le premier cas ayant pris
l'arc M T à plaiſir, mené le rayon
ET P, & ſur o p, pris depuis o, o r,
d'autant de parties que MT en con
tient, on portera o r ſur q i, de q
en i; on menera i x , perpendicu
laire ſur q i, juſques au cercle en x,
& on menera le rayon Ox F, on
portera enſuite A P en Aa ; on dé
crira les arcs F G, fg, des points
A, a, avec un meſme intervalle , &
on portera l'arc F G en g f, pour
avoir le point fde l'aîle AS, com
& de Mathematique. 9
me il eſt expliqué aſſez au long
dans la premiere Pratique : tous les
autres points ſe trouveront de meſ
Il]6º, -

Mais pour le ſecond cas, il faudra


tirer encore une droite s t, égale à
3 fois la moitié de O q, & une di
xiéme partie de cette moitié; diviſer
s t, & le quart de cercle 7 x y en un
nombre égal de parties égales, &
· ayant pris o r, d'autant de parties
que MT, il faudra la porter ſur s t,
· de s en u, prendre l'arcq x, d'autant
· de parties que s u en contiendra, &
mener O x F. Ayant donc mené par
Tle rayon OT P, & porté A P en
A a , on achevera le reſte comme
dans les Pratiques precedentes.
Quatriéme pratique. On peut auſſi
commencer pour le premier cas par
prendre q i à ſouhait , mener la
droite i x à l'équerre de q i, juſques
au cercle q y en x, & mener le
rayon Ox F, porter enſuite q i ſur
e p, en r; prendre l'arc MT d'au
tant de degrez que o r en contient,
1o Recherches de Phyſique
mener le rayon B T P, prendre
A P, & le porter en A a, & ache
ver le reſte à l'ordinaire.
Et pour le ſecond cas, ayant pris
l'arc q x d'un nombre de parties à
ſouhait, & mené le rayon O x F,
on prendra s t la partie s u, d'au
tant de degrez qu'il y en a dans
q x, on portera s u ſur o p en o r ;
& enfin on prendra l'arc MT, d'au
tant de parties qu'il y en a dans
o r, pour mener le rayon BTP por
ter A P en A a, & achever le reſte
comme dans les Pratiques préceden
teS. -

Ayant trouvé une douzaine de


points fffde l'aîle A S, il ne ſera
pas difficile de la conduire ou tracer ,
par tous ces points, & c'eſt à quoy
on ne s'arrête pas davantage.
Il eſt bon de remarquer que pre
nant les arcs A P, E N , M T, de
l'autre côté de A B, & portant auſſi
-A a, de l'autre côté de A , tout le
reſte demeurant le meſme, on for
mera une autre aîle A s, laquelle
& de Mathematique. I1
eſtant fixée à la rouë L A P ſervira
encore à élever le piſton R comme
la precedente, faiſant tourner la
roue L A P, de P vers A, ce qui
ſe fera en changeant le poids Z de
COUC, -

A l'égard des échelles & des arcs


diviſez, s'ils ne ſuffiſoient pas, il
ſeroit aiſé de les continuer,

Démonſtration des Pratiques


précedentes,

Ans les deux premieres Prati


ques on a, comme Z eſt à R,
ainſi B E à B M, ainſi E N à M T.
Mais ſuivant l'Analyſe on a auſſi,
comme X eſt à R, ainſi Q4 dans le
premier cas ou Q X dans le ſecond
à MT, Donc dans le premier cas
E N eſt égal à QI , & dans le ſe
cond à Q X, Or ſelon les tables du
cercle, on trouve que la circonfe
rence d'un cercle eſt à ſon diametre
environ comme 3 # à 1 ( ou ſi l'on
aime mieux, comme 314 à 1oo , ou
12 Recherches de Phyſique
157 à 5o, ou 3142 à 1ooo &c)
Donc auſſi le quart de cerčle E C
eſt au quart B m de ſon diame
tre, comme 3 # à 1, à peu prés ;
l o

, c'eſt pourquoy ayant pris V T égal


à 3 # de B m ; V T ſera environ
égale à l'arc E C. Et comme on a
| diviſé l'une & l'autre en un nombre
égal de parties égales, ils'enſuit que
les parties VeAE & E N qui en con
tiennent autant l'une que l'autre
ſont égales. Donc auſſi V e AE eſt
égale à Q I dans le premier cas, &
à Q X dans le ſecond , donc dans le
ſecond cas, b i égale à V •AE eſt
égale à l'arc QX. Mais b e a eſté
faite auſſi égale au quart de cercle
ſQ h ; & l'une & l'autre ont eſté di
viſées en un nombre égal de parties
, égales , donc QX en contient au
tant que b i,
, Mais ſi au lieu de faire aller B A
en B P, on laiſſe B A immobile, &
qu'on faſſe tourner la droite B O
avec le cercle D F H tout d'une pie
: . : CC
& de Mathematique. 15
ee en ſens contraire par l'arc L l,
égal à A P, il eſt évident que le che
min 4 a du point A ſera égal au
chemin 4 lou à A P. De ſorte que
ſi des points A & a on décrit deux
arcs du cercle FG,fg par les points
F, f, ou les aîles PF, Af, rencon
trent les cercles DA F, d a f, il eſt
manifeſte que ces deux arcs ſeront
égaux entr'eux à cauſe que les trian
gles A F P, a fA, ſont égaux en
tout ; ce qu'il falloit prouver en
premier lieu. -

Quant aux deux dernieres Prati.


ques, on a comme Z eſt à R , ainſi
9 Q à O 7, ainſi Q / à q i, ou Qx,
à 4 # : mais ſelon l'Analyſe, on a
auſſi comme Z eſt à R, ainſi Q I
dans le premier cas, ou Q X dans
le ſecond à M T. Donc dans le pre
mier cas M7 eſt égal à q i, & dans
le ſecond à q x , or on a fait o
égale au quart de cercle M T & .
& la partie or égale à M4T , donc
auſſi or, ou ſon égales u, eſt égale
à 7 i dans le premier cas, & à q x
dans le ſecond. Or dans le ſecond,
III. Partie. B
14 Recherches de Phyſique
s t, a eſté faite égale à q y, & diviſée
en autant de parties égales, Donc
s u, contient autant de parties de
s t, que q x , de q y; le reſte de la
demonſtration eſt le meſme que
pour les deux premieres Pratiques,
Remarques utiles ſur les meſmes Pra
tiques pour le ſecond cas,
* •º

1°. Dans le ſecond cas où il faut


faire les arcs E N & QX, ou MT"
& q x égaux, il eſt évident que ſi
les rayons B E, OQ , ou B M,O q,
ſont égaux, on n'aura qu'à porter
l'intervalle de la corde E N de
en X , ou l'intervalle de la corde
AMT de q en x, ou reciproquement
l'intervalle de la corde Q X de E
en N, & celuy de la corde, q x, de
M en T. Or il eſt évident qu'afin
que B E & O Q ſoient égaux, il faut
que l'on ait comme R eſt à Z, ainſi
B M à O Q, ou que R multiplié par
O Q, c'eſt à dire ſon moment ſoit
égal à Z, multiplié par B M, c'eſt
à dire au moment de Z. Et de meſ.
*
& de Mathematique. 15
me afin que les rayons B M, O q
ſoient égaux , il faut que l'on ait
encore comme Z eſt à R, ainſi O Q_
à M B, ou le moment de Rpar O Q.
encore égal au moment de Z par
JB AM.
2°. De plus, ſi le moment de Z,
ſçavoir Z par B M vaut le moment
de R, ſçavoir R par O Q 1 fois !,
ou 2 fois, ou 2 fois -, ou 3 fois,
ou 3 fois # &c. on n'aura qu'à faire
l'angle QOe égal à M B T, & pren
dre ſur le cercle Q h, Q e 1 fois #,
ou 2 fois, ou 2 fois #, ou 3 fois, ou
3 fois # &c. juſques en X, & mener
OXF, & achever le reſte comme
dans les Pratiques precedentes.
· 3°. Ou ſi le moment de Z vaut
celuy de R 2 fois, ou 4 fois, ou
2. fois, &c. & ainſi toujours en
doublant, & qu'on veüille commen
cer par QX, on n'aura qu'à prendre
l'arc Q e égal à la moitié ou au
quart, ou à la 8° partie de Q X &c.
& faire l'angle A B P égal à l'an
gle Q O e.
4°. Mais ſi le moment de R vaut
B ij
· »s Recherches de Phyſique
celuy de Z 1 fois#, 2 fois, 2 fois # ,
&c. ayant pris q x à ſouhait , on
n'aura qu'à faire l'angle M B k égal
à Q OX , & prendre l'arc M k 1
- 1 - - - - I
fois , ou 2 fois , ou 2 fois # &e,
juſques en T, & mener BTP, &
le reſte comme cy-deſſus.
5°. Ou fi le moment de R vaut
celuy de Z 2 fois, ou 4 fois , ou 8
fois,& ainſi toûjours en doublant,
& qu'on veuille commencer par
prendre MT à ſouhait, il faudra
prendre enſuite l'arc M k égal à la
moitié, ou au quart, ou # de MT,
& faire l'angle q o x égal à l'angle
M B k, & mener le rayon O x F, &
achever le reſte à l'ordinaire.
Hors ces cinq cas, il faudra tou
jours ſe ſervir d'une pratique Mé
chanique ſemblable à celles que
nous avons données ; c'eſt à dire ſe
ſervir ou des Dévelopemens du cer
cle, ou de ſes Tables, ou faire rouler
des cercles ſolides ſur d'autres cer
cles ſolides, &c. Mais outre que
toutes ces Pratiques ne ſont pas plus
juſtes que celles que nous avons
& de Mathematique. 17
données, on pourroit meſme dire
bien moins juſtes (excepté celles des
Tables, elles ſont encore fort emba
raſſantes à cauſe des cercles ſolides
qu'il faut faire d'autant de differen
tes grandeurs qu'on a de propor
tions differentes entre les rayons
des roues & les diſtances des poids à
leurs centres. C'eſt pour cela que
nous avons preferé celles que nous
avons données à toutes ces Prati
ques curieuſes.
Remarques neceſſaires ſur les proprie
- tez de ces aîles.

1°. Il eſt bon de remarquer qu'une


meſme aîle A S eſt capable de qua
tre actions differentes , & toujours
avec égalité. La premiere eſt de
pouſſer le point A vers F par ſa
convexité, le poids K eſtant du meſ
me coſté de A à l'égard du centre
O, & ainſi d'élever le poids R, com
me on l'a ſuppoſé dans la Propoſi
tion. La ſeconde eſt , ſans rien
changer , de pouvoir eſtre rabatuë
B iij
18 Recherches de Phyſique
& ramenée par la meſme convexité
de F vers A, ſi le poids R eſt plus
fort que le poids Z. La troiſiéme
eſt, en changeant les poids Z & R
de coſté, & ſuppoſant O A élevé
en O F, de pouvoir rabaiſſer & ra .
mener le point F vers A par ſa con
cavité, & d'élever encore par ce
moyen le poids ou piſton R. Et la
quatriéme eſt, ſans rien changer de
pouvoir être relevée & repouſſée de
A vers F, par la meſme concavité,
en ſuppoſant que le poids R l'em
porte ſur Z.
2°. Que dans le premier cas le
bras O Q qui porte le poids ou piſ
ton peut faire avec le bras O A qui
eſt élevé par l'aîle A S quel angle
on voudra, pourveu qu'ils ſoient
fixes ſolidement enſemble, & que
dans le commencement de l'action
de l'aîle A S ſur OA , le triangle
O A B ſoit encore le meſme, ainſi
que l'aîle AS qui doit auſſi toujours
eſtre ſituée de meſme ſur A B,
ce qui apportera une grande com
modité, en ce qu'on pourra preſen
& de Mathematique. 19
ter la rouë L A Pau centre O, com
ºº on voudra, c'eſt à dire enſorte
que O B faſſe quel angle que ce ſoit
*vec la verticale QI , ou l'horizon -
tale O W. On pourra do§
Par conſequent mettre le bras o A,
* Q à l'équerre l'un de l'autre,.
ºomme on fait aſſez ſouvent dans les
Machines, & comme on le voit
dans la meſme figure, où le rayon
9a fait un angle droit avec o Q, &
dans laquelle le triangle O ba eſt le
meſme que O B A, & la courbe,
* • la meſme que A S, & ſituée de
meſme avec le rayon b . A l'égard
ºſecondcas, cet article eſt évide§
par luy-meſme.
3°. Que ſi le rayon B A eſt tan
gent au cercle DA Fen A, les deux
courbes A S, A s, agiront preſque
*vec la meſme facilité, (quoy qu'à
contre ſens,) pour élever le piſton
*, particulierement ſi l'étenduë du
mouvemeut de A O eſt fort petite,
& cela dans les deux cas : Mais ſi
les rayons B A o A & #ö §
ºonfondus eu un ſeul , ces deux
2o Recherches de Phyſique
courbes agiront également, ou plu
toſt ſeront ſemblables en tout. .
4°. Quant à celle de ces deux
courbes que l'on doit preferer pour
l'uſage, c'eſt toujours celle dont la
direction où le chemin fait un an
gle aigu avec le chemin de l'extre
mité A du rayon O A , comme
dans cette figure la tangente au cer
cle L A P eſt le chemin du point A
de l'aîle AS ; & la tangente au cer
cle D A Feſt le chemin du bout A
du bras OA, & ces deux tangen
tes font un angle aigu du coſté de
F& de P ; c'eſt pourquoy c'eſt l'aîle
A S qui eſt tournée vers la partie
oppoſée qu'on doit preferer; au lieu
qu'en prenant la compagne de A S,
ſçavoir A s qui eſt tournée vers FP,
les directions de cette courbe & de
l'extremité A de O A qui ſont les
meſmes tangentes, feroient entr'-
elles un angle obtus du coſté de
O S. -

5°. Il eſt encore à remarquer que


dans le ſecond cas où le piſton R eſt
ſuſpendu au bras OA au moyen
& de Mathematique. 2#
d'un arc de cercle ſolide Q W X,
comme on l'a dit, on peut faire un
échange du piſton ou poids mû R,
en poids moteur Z, & reciproque
ment, c'eſt à dire qu'on peut envi
ſager Z à ſon tour comme un piſ
ton, & R comme un poids moteur ;
# enſorte que le bras A B avec ſon
aîle A S eſtant dans la ſituation
B P F, & le poids R eſtant plus
uiſſant que Z feroit deſcendre l'aî
e F P B en S A B , comme on l'a
dit cy-deſſus, & éleveroit par ce
moyen le piſton Z, ou ſi l'on veut
changer Z de l'autre coſté de B, &
R de l'autre coſté de O , le poids R
élevant l'aîle S A B en FP È , éle
veroit encore le Piſton Z.
On parlera exprés de ces ſortes de
piſtons à bras aîlez dans le Memoire
fuivant; c'eſt pourquoy on ne s'y
arreſte pas icy davantage.
6°. On peut encore ajoûter icy
que ſi l'on vouloit ſoûtenir l' île
A S , non † ſon extremité A,
comme on le ſuppoſe icy, mais par
quelque point pris entre ſes deux
22 Recherches de Phyſique
extremitez, ce ſeroit le meſme cas
que ſi l'on vouloit prolonger l'aîle
A S, de S vers A au delà du bras
B A ; & pour y parvenir, il fau
droit prendre les verticales QI, q i,
& les arcs A F, QX, q x, vers QR,
c'eſt à dire icy en bas, prendre le
rayon B P, & les arcs E N, MT,
de l'autre coſté de A B, & l'arc A a
égal à A P de l'autre coſté de A, &
de meſme l'arc g f de l'autre coſté
de g.
2. Artic. Si l'on ſuppoſe mainte
nant que le piſton ou poids à élever
R eſt obligé de monter le long de
la verticale A F, (ſeconde figure,)
ou parce qu'il eſt retenu entre des
rouleaux, ou plutoſt parce que le
bras ou guide OA eſtant horizon
tal & fort long, on peut regarder
ſon extremité A comme montant
verticalement le long de la droite
A F, il eſt aiſé de voir par l'Analy
ſe précedente que du coſté de B la
conſtruction devra eſtre la meſme
que quand le point A eſt conçu
tourner autour du point fixe O, de
=r"=-

6 de Mathematique. 23
ſorte que B M aura encore meſme
rapport à B E que R à Z, & l'arc
#N devra encore eſtre fait égal à
l'élevation correſpondante A F du
piſton. Il faudra donc encore pren
dre l'échelle V r égale en longueur
& en nombre de parties égales avec
le quart du cercle E N C, prendre
deſſus V «AC égale en nombre de
parties avec E N, & faire V e AE &
A F égales entr'elles, décrire tou
jours du point Al'arc de cercle FG
rencontrant la roue L A P en G,
porter A P de l'autre coſté de A en
A a ; & du point a comme centre
· tracer l'arc de cercle fg avec l'in
tervalle A F, lequel arcfg rencon
tre en g le meſme cercle L A P, &
porter deſſus l'intervalle F G de g
en f, ce point ſera un de ceux de
l'aîle deſirée A S, & on trouvera
tous les autres de meſme.
• Pour avoir la compagne As de
faîle A S, on prendra le rayon
B N P de l'autre coſté de B A l'are
A a, égal à A P du coſté de F, &
le reſte comme cy-deſſus, | >
24 Recherches de Phyſique
Et ſi l'on veut avoir les reſtes de
ces courbes, il faudra prendre le
rayon B P toujours du coſté oppo
ſé, de meſme que A a, mais il fau
dra prolonger A F en deſſous, &
prendre F au deſſous de A.. -

Al'égard de la démonſtration elle


ſe tire aiſément de celle du premier
article, en prenant toujours l'arc
L l égal à A P, de meſme que A a,
& ſur le meſme cercle L A P, mais
de l'autre coſté de A, menant la
droite B l o, & par a la perpendi
culaire, d af, ſur B o, faiſant a f
égale à A F, & l'aîle Afla meſme
que P F, & toutes deux ſituées de
meſme ſur B A, B P; car l'arc A a
eſtant égal à A P, il s'enſuit que ſi
des points A a, comme centres on
décrit les arcs de cercles FG, fg,
qui ſoient terminez par le cercle :
L A P en G & g, ces arcs ſeront
égaux. -
· Les aîles AS, A s, ont auſſi les
quatre meſmes actions differentes
qu'on a rapportées cy-devant, &
elles agiront également bien, ou
plutoſt
& de Mathematique. 15
plutoſt elles ſeront ſemblables &
égales en tout ſi le rayon B A eſt
vertical.
3.Art. Si la roue L A P(premie
re figure) eſt dans un plan perpen- .
diculaire au plan du cercle DA FH,
& qu'elle ſoit fort grande en com
paraiſon de ce cercle, elle ne pourra
pouſſer le point A du rayon OA,
que pendant qu'une petite partie
A P de ſa circonference s'écoulera,
laquelle petite partie peut alors eſtre
-enviſagée comme une ligne droite,
c'eſt à dire comme une partie A 13
de la tangente commune 14 13 aux
deux cercles LA P, D A F, (au
trement le frotement de l'aile A S
contre l'extremité A de O A ſeroit
extrême, ) c'eſt pourquoy il faudra
dans ce cas que les rayons O A,
B A ne faſſent qu'une ſeule ligne
droite, qui ſera la meſme que O B,
& à laquelle la droite 14 13 ſera
perpendiculaire ; & ayant trouvé
par les Pratiques précedentes les
points F & P, il faudra encore por
ter l'arc A P ſur 14 13 de A en 14,
III. Partie. C
· 26 Recherches de Phyſique
ſçavoir de l'autre coſté de A P, dé
crire des points A & 14 deux arcs
de cercle F 13, f 15, avec l'inter
valle A F qui rencontrent la droite
-14 1 3 en 15 & 13 , & porter fur l'arc
f15 l'intervalle F 13 de 15 en f
Ce point f ſera un de ceux de l'aile
deſirée A Sf. Et pour avoir A 14
égale à l'arc A P, je mene la droi
te o 12 , ſur laquelle je prends la
longueur'de la moitié de A B,3 fois,
& un dixiéme de o en 11 ; je diviſe
enſuite le quart de cercle A P 16
en 12 parties égales, par exemple,
de meſme que l'eſpace O 12 , &
prenant ° 5 , d'autant de parties
qu'il y en a dans A P, je porte o ;
en A 14, & j'acheve le reſte com
me il vient d'eſtre dit. On verra
encore cy-aprés d'autres manieres
plus courtes. - -t - - º -

| Pour entendre la raiſon de cecy,


il ne faut que ployer le plan des
deux cercles dans la droite 14 A 13
à angle droit, ſuppoſer l'arc A P
fort petit, ou la roue LA P fort
grande, & on verra que cette roue
•-' - -- - • • •• -
& de Mathematique. 27
venant à tourner à l'entour de B,
de A vers P, l'aile A fpouſſera le
point A de O A preſque comme ſi
cette aîle eſtoit pouſſée le long de
14 A 13 , toujours paralellement
à elle-meſme. On aura la compa
gne de cette courbe & leurs reſtes,
en ſuivant les Remarques que l'on
a faites cy-devant ſur ce ſujet, &
les deux courbes A S, A s, auront
chacune leurs quatre actions diffe
rentes , comme on l'a dit aux meſ
mes lieux. On connoiſtra auſſi celles
des deux compagnes qu'on doit
prendre par ces mêmes Remarques.
On pourroit éviter de con
ſtruire l'échelle o 12 , élevant la
droite V r ſur A B en E perpen
diculairement à A B , & menant la
droite B eAE qui iroit rencontrer
14 A 13 au point 14 deſiré ; ou é
levant la droite o p perpendiculai
rement à B A en m o , & menant
par les points B r, la droite B r 14,
qui donneroit encore ſur 14, 15 , le
point deſiré 14. On peut auſſi con
ſtruire tout d'un coup les échelles
C ij
28 Recherches de Phyſique
V r, o p, ſur les perpendiculaires
E r, m o , afin de n'avoir point la
eine de tranſporter les parties de
f† ſur ſa correſpondante.
Remarques fort utiles pour la Pra
tique.

1°. Il eſt bon de remarquer ſur le


ſecond Article, que la droite DA F
peut eſtre priſe pour une portion
de la circonference d'une grande
roue dont le plan ſeroit perpendi
culaire au cercle L A P , laquelle
roue eſtant mue de Fvers A par le
poids R de la premiere figure, fe
roit mouvoir par ſon point F l'aîle
F P B dans ce meſme ſens, & éle
ver en meſme temps le piſton Z,
en ſuppoſant le poids R toujours à
meſme diſtance du centre O , ou
ſuſpendu à un arc ſolide QW X ; .
ou ſi l'on veut changer le poids R
& Z de coſté àl'égard de leurs cen
tres O & B, le point A ſe meu
vant alors de A vers F, éleveroit
· encore le piſton 2, en faiſanttour
& de Mathematique. 29
ner l'aile S A B de A vers P.
De ſorte que dans le ſecond cas
cet Article donne encore deux réſo
lutions toutes differentes en meſme
temps ; mais il faut remarquer que
pour avoir le poids R qu'on a ſup
poſé ſuſpendu en A, il faudra ré
ſoudre cette analogie. Comme O A
premiere figure eſt à O Q diſtance
du poids R au centre O : Ainſi le
veritable poids R, au poids R ſup
poſé en A, ou ce qui eſt le meſme
diviſer le moment de la force mo
trice R par ſa diſtance O A, pour
avoir R ſuppoſé , avec lequel on
trouvera E N ; & prendre enſuite
E N égale à A F, & le reſte, com
me on l'a dit dans le ſecond Article.
2°. A l'égard du troiſiéme Article
il fournit auſſi dans le ſecond cas
un échange tout ſemblable ; car ſi
l'on prend le piſton R pour un poids
moteur, & le poids Z pour un pi
ſton ſuſpendu autour d'un arbre
dont MT K eſt la circonference ,
& auquel arbre le bras ſolide A B
ſoit attaché ſolidement & perpen
C iij
3o Recherches de Phyſique .
diculairement, l'aile A S aura ſon
plan perpendiculaire au cercle
LA P, ou paralelle à l'arbre MT K,
ou au cercle D A F, & le poids K
deſcendant fera marcher le bras
S A B de FPB en S A B , & mon
ter le piſton Z, ou ſil'on change les
· poids R & Z de coſté à l'égard de
§ centres O & B , le poids K
deſcendant élevera l'aile de S A B
en FPB, & le piſton B en meſme
temps, ſans qu'il y ait rien à chan
ger dans la Pratique.
3°. Pour faciliter le mouvement
de l'extremité A du rayon O.A.
ſur l'aile A S, on eſt obligé d'y at
tacher une roulette circulaire dont
A ſoit le centre , & ſi l'on faic
cette roulette fort petite, & que
le mouvement de l'aile A S ſoit
lent, il ne ſera pas neceſſaire de
faire aucun changement dans la fi
gure de l'aile AS, mais ſi l'aîle A S.
ſe meut fort vîte ſous cette roulet
te, le frotement qu'elle luy fera
faire ſur ſon eſſieu ſera fort grand,
& pour le diminuer il faut alors
c# de Mathematique.
prendre le diametre A 17 de la rou
2
lette d'une grandeur conſiderable ,
& de tous les points poſſibles de
(
l'aile SA décrire avec le rayon A
17 des arcs de cercle du coſté de
ſa concavité, ſi l'aile agit par ſa
convexité ; ou du coſté de ſa conve
, xité ſi elle agit par ſa concavité , &
tracer une nouvelle aile 17, 18, 19,
2 o, qui touche tous ces arcs de cer
cle. C'eſt cette nouvelle aile qui
doit eſtre ſolide, & attachée fixe
ment à la roue L A P.
· A l'égard de la partie poſterieure
de cette aile, on la taillera en telle
ſorte qu'elle permette au point A
de OA de retomber aprés qu'elle
l'aura abandonpé ; & pour cet effet
on peut la faire un peu concave en
arc de cercle, ou meſme droite. Et
àl'égard de la partie 18, 17 qui doit
loger la roulette entre deux ailes ou
dents voiſines, il eſt évident qu'elle
doit eſtre taillée ſelon la courbûre
du cercle 17, 18 décrit du centre A.
On laiſſe le reſte exprés à l'art du
Charpentier. · • | | -
32 Recherches de Phyſique
Cette neceſſité d'employer une
roulette pour éviter le grand frote
ment , fait qu'on ne ſçauroit don
ner à l'extremité A de la cheville ou
dent qui eſt mûe par l'aile A Sau
cune figure particuliere que la cir
culaire, comme on le pourroit ſans
cela , c'eſt pour cela qu'on a negli
gé exprés toutes les autres. -

4°. Quant au mouvement du pi


ſton R, il faut autant qu'il eſt poſſi
ble qu'il ſe faſſe également au deſſus
& au deſſous de l'horizontale O W ,
afin qu'il monte & deſcende le plus
à plomb qu'il eſt poſſible ; ce qui
ſauve toujours beaucoup de frote
ment. C'eſt pourquoy dans la ſe
conde figure on prendra le point A.
le plus prés de D qu'il ſe pourra, où
il eſt bon de remarquer que ſi le
point A du rayon O A eſt pouſſé
autour de la droite O B (premiere
& ſeconde figures ) la roulette A
aura deux mouvemens contraires,
l'un en allant par a juſques à D,
& l'autre depuis D en paſſant par ,
4; & ces deux mouvemens enſem
& de Mathematique. 33
ble ſeront toujours moindres que ſi
le jeu du bras O A ſe faiſoit plus
loin de O B d'un coſté ou d'autre
ſeulement, & pendant le meſme
temps. Donc par cette raiſon le
frotement-ſeroit moindre. Mais il
y a encore autre choſe à examiner.
5°. A l'égard de la ſituation de la
roue la plus avantageuſe, il eſt con
ſtant que c'eſt de la faire tourner
au deſſus du centre O ; car dans
cette diſpoſition, c'eſt le poids meſ
me de la roue qui ſert d'apuy à la
force motrice Z, & dans toute au
tre diſpoſition il faut que les pail
liers de la roue , ſi elle eſt verti
cale, ou le colet de ſon arbre, ou ſa
crapaudine ſi elle eſt horizontale,
ſoutiennent tout l'effort de la force
motrice, ce qui cauſe d'autant plus
de frotement que cet effort eſt grand.
Mais on ne ſauve encore par là que
le frotement dans le ſens vertical ,
& pour le ſauverauſſi dans leſens ho
rizontal , c'eſt à dire contre les co
tez du tourillon il ne faut qu'em
ployer des puiſſances motrices , &
34 Recherches de Phyſique -

avoir des piſtons qui partagent la


circonference de la rouë en parties
égales ; comme par exemple deux
chevaux & quatre piſtons diametra
lement oppoſez deux à deux.
6°. On ne doit pas manquer de
conſiderer auſſi qu'il eſt bien plus
avantageux de ſuſpendre le piſton
immediatement à ſon bras, que de
l'attacher à un arc de cercle, avec
une corde ou une chaîne plate ; car
à l'égard d'une corde, ſon extenſion
diminuë toujours un peu du jeu du
piſton, & elle eſt de peu de durée.
Une chaîne s'étend peu , & dure
beaucoup , mais les eſſieux qui lient
ſes chaînons ou couplets font un
grand frotement , quoique leur
monvement ſoit tres-lent ; princi
palement ſi le poids du piſton eſt
fort grand; & cela d'autant plus
que ces eſſieux ſont touchez par les
charnieres des chaînons dans preſ
que toute l'étenduë de leur ſur
face.
On peut s'aſſurer de cecy en po
ſant dans un pailler P, (ſeconde
& de Mathematique. 35
figure) le tourillon T d'une balance
A B, en prenant ce tourillon de la
groſſeur d'un de ceux de la chaîne
plate , & faiſant que le pailler P
l'embraſſe preſque tout à fait , &
avec juſteſſe. Car ſi l'on applique à
chaque bout A & B de cette balan
ce un poids de 5oo livres par exem
ple, enſorte qu'en P, le frotement
ſoit de 1ooo livres , & qu'on ſuſ
pende à une diſtance C P du centre