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III

L'ABRÉGÉ
DE L'HERMÉNEUTIQUE
DE 1819
AVEC LES NOTES DE 1828
[1] HERMÉNEUTIQUE

(N.m. : Commencé Je 19 avril 1819 à raison de 4 heures par semaine)


(N.m. : Introduction)

1. 1. L'herméneutique en tant qu'art .de comprendre n'existe pas


encore sous forme générale, seules existent plusieurs herméneutiques
spéciales •. Explication de Ast p. 172, Wolf p. 37 61 •
1. [Nous ne parlons) que de l'art de comprendre ; et non pas aussi
de l'exposition de la compréhension. Cette dernière ne serait qu'une partie
spéciale de l'art de discourir et d'écrire qui ne pourrait dépendre que
des principes généraux [de l'herméneutique].
2. Mais [il ne s'agit] pas non plus que [de l'art de comprendre] des
passages difficiles dans une langue étrangère. On présuppose bien plu-
tôt [, pour les comprendre,) une familiarité avec le sujet et la langue.
Si elle est donnée, alors certains passages ne sont difficiles que parce qu'on
n'a pas non plus compris ceux qui sont plus faciles. Seul l'acte de com-
prendre conforme à l'art suit continûment le discours et l'écrit.

•. 1828.
1. [Traiter] l'herméneutique: et la critique l'une après l'autre, car elles sont apparen-
tées en ce sens que la pratique de l'une 5uppose celle de l'autre c:t réciproquement.
Dans chacune, [traiter] du rapport à l'auteur selon un rapport général et scion un
rapport multiple.
Il est juste de placer l'herméneutique en premier lieu parce qu'elle es1 nécessaire même
là où il n"y a presque pas de critique, [et) surtout parce que la pratique de la critique
doit connaitre un terme, mais non celle de l'herméneutique.
La tâche herméneutique revient toujours. Mais son état [actuel) est encore celui que
je présente dans ma proposition 1.
2. Une herméneutique spéciale selon son genre ou sa langue n'est jamais qu'un sim-
ple agrégat d'observations et ne satisfait à aucune exigence scientifique. Pratiquer tout
d'abord la compréhension sans réfléchir [aux règles} et ne faire a;>pcl à des règles que
dans des cas singuliers est aussi un procédé irrégulier. Quand on ne peut abandonner
aucun de ces deux points de vue, on doit les relier. On y est contraint par une double
expérience : 1.) Même là où nous croyons pouvoir proc:~cr sans aucun art, des diffi·
cuités inattendues surgissent souvent : ce qui doh permettre de les résoudre se trouve
certainement dans ce qui [les) précède:. Nous sommes donc partou1 invités à (repérer
et à] prendre soin de cc qui permettra de résoudre les difficultés. 2.) Même lorsque
nous procédons partout avec art, nous finissons bien par en arriver à une applic:alion
inconsciente des règles sans que nous ayons pour autant cessé de procéder avec art.
67. Schlcicrmacher fait .ici référence à Friederich AST, Grundlinien der Grammalik,
Hermeneulik und Krilik, Landshut, 1808, et à Friedrich Augu.:;t WOl.F, "Darstellung
der Altcrtumswissenschaft nach Begriff, Umfang, Zweck und Wert" in Museum der
Aflertumswissenschaft, éd. F.A .. Wolf cr Ph. Butlmann, t. I, Berlin, 1807, p. Jss.
114 HERMÉNEUTIQUE

3. On a cru communément pouvoir se fier au bon sens pour œ qui


est des principes universels. Mais on peut alors tout aussi bien se fier
aux bonnes intuitions pour ce qui est des principes particuliers.
2. Il est très difficile d'assigner son lieu à l'herméneutique générale.
1. Certes, on l'avait traitée pendant un certain temps comme un appen-
dice de la logique 68 , mais iorsqu'on renonça dans la logique à tout ce
qui relevait de son application, il fallut que cela cessât aussi. En soi le
philosophe n'est pas enclin à établir cette théorie [herméneutique] parce
qu'il veut rarement comprendre, mais croit par contre devoir être lui-
même nécessairement compris.
2. La philologie elle aussi est devenue quelque chose de positif par
notre histoire. C'est pourquoi sa façon de traiter l'herméneutique n'est
aussi qu'un agrégat d'observations.
3. Puisque [, dans l'herméneutique,] l'art de discourir et l'art de
comprendre·se font face, mais que discourir n'est rien d'autre que la
race externe de la pensëe, l'herméneutique entretient un lien avec l'art
de penser et [est] donc philosophique *.
[2] l. De telle sorte cependant que l'art de l'interprétation dépende de
la composition et la présuppose. Mais le parallélisme consiste en ceci que
là où le discours est sans art, il n'est pas non plus besoin d'art pour
comprendre.
II. 4. Discourir est la médiation eri vue de la communauté du pen-
ser, et c'est ce qui explique que la rhétorique et l'herméneutique ail-
lent ensemble et qu'elles entretiennent un rapport commun à la
dialectique. ·
1. Discourir est évidemment aussi une médiation de la pensée pour
l'individu. La pensée est élaborée par un discours intérieur et, dans cette
mesure, le discours n'est que la pensée devenue [manifeste]. Mais là où
le sujet pensant trouve nécessaire de fixer pour soi la pensée naît l'art
du discours, la transformation de l'état premier [de la pensée) ; par con-
séquent l'interprétation devient elle aussi nécessaire.
2. Le fait que [l'herméneutique et la rhétorique] aillent ensemble con-
siste en ceci que tout acte de comprendre est l'inversion d'un acte de

"'. De même que l'hermëneutique gën~ale va ensemble avec la critique, de même


clic va ensemble avec la grammaire. Mais puisqu'il n'y a ni communication du savoir,
ni fixation de celui-ci sans ces trois [arts,] et qu'en même temps tout acte de penser
correct a en vue un acte de parler correct, ils sont également tous trois parfaitement
liés à la dialectique. Le § 5 peut [suivre] à présent.
68. Cf. Chr. WOLFF, Vemiinftige Gedanken von den Krii/ften des mensch/ichen Ver-
srimdes und ihrt!m richtigen Cebrauche in der Erkiintnis der Wahrheit, Halle, 1713,
en particulier chap. X·Xll (dans l'édition latine Phi/osophia rationalis sive LOO/CA,
methodo scientifica petracta et ad usum scienliarum a/que vitae aptata, Francfort et
Leipzig, 1728, 2• partie, 3• section). Les choses se transformèrent dans le sens indiqué
par Schleiermacher avec E. Kant et la fondation de la logique comme d'une partie de
la philosophie transcendantale.
L'ABRÉGÉ DE 1819 115

discours ; [et œ parce que] toute pensée qui[, à chaque fois,] est au fon-
dement du discours doit parvenir à la con"science.
3. Pour ce qui est de la dépendance [de la rhétorique et de l'hermé-
neutique par rapport à la dialectique], elle consiste dans le fait que tout
devenir du savoir dépend des deux [,discourir et comprendreJ.
5. De même que tout discours entretient une double relation avec
la totalité de la langue et avec la totalité de la pensée de son auteur,
de même tout acte de comprendre comporte deux moments :
comprendre le discours comme. un [élément] extrait de la langue et
le comprendre comme une réalité produite dans le sujet pensant •.
l. Tout discours présuppose une langue donnée. Certes, on peut éga-
lement inverser cette proposition, et ce non seulement pour Je discours
absolument premier, mais encore pour tout le développement [des dis-
cours qui suivirent], parce que !a langue ne devient [langue! que par le
fait de discourir : cependant, la communication présuppc>sc en tout cas
la communauté de la langue, et par conséquent une certaine connais-
sance de .cette langue. Lorsque quelque chose se glisse entre le discours
immédiat et la communication et que l'art du discours commence, alors
cela repose en partie sur la crainte qu'il y ait, dans notre usage de la
langue, quelque chose d'étranger peur l'auditeur.
2. Tout discours repose sur une pensée antérieure. On peut également
inverser cette proposition mais, en cc qui concerne la communication,
cela reste vrai car l'art de comprendre ne commence qu'en présence d'une
pensée élaborée.
3. Par conséquent tout homme est d'un côté un lieu dans lequel une
[31 langue donnée prend une forme qui lui est partic_ulière, et son discours
ne peut être compris qu'à partir de la totalité de la langue. Mais, [d'un
autre côté,} il est aussi un esprit en développement constant, et son dis-
cours n'est qu'une des réalités produites par cet esprit, en liaison a'Yec
toutes les autres.
6. L'acte de comprendre n'existe que dans l'imbrication de ces deux
moments.
1. Même en tant que réalité produite par l'esprit, le discours n'est pas
compris s'il n'est pas compris dans son rapport à la langue, parce que
le fait de tenir la langue de naissance modifie l'esprit.
2. Même en tant que modification de la langue, le discours n'est pas
compris s'il n'est pas compris comme réalité produite par l'esprit. (Ajout
ultérieur: parce que c'est dans l'esprit que se trouve le fondement de
touteinfluence de l'individu sur la langue qui, de son côté, ne devient
[langue] que par l'acte de discourir.)

•J. Explicitation des § S et 6.


La relation de l'interprétation grammauc:alc: et de l'interprétation psychologique: à
la perspective: dialectique et à la perspective rhétorique. Elles s'utilisent l'une l'autre.
[L'interprétation] grammaticale et [l'interi1rétationJ psychologique: restent la division
principale.
Il6 HERMÉNEUTIQUE

Ill. 7. Les deux [moments] ont absolument le même statut. et c'est


à tort qu'on qualifierait l'interprétation grammaticale d'inférieure et
l'interprétation psychologique de supérieure •.
1. [L'interprétation] psychologique est supérieure lorsqu'on ne con-
sidère la langue que comme le moyen à l'aide duquel l'homme pris indi-
viduellement communique ses pensées ; [l'interprétation] grammaticale
n'est alors que la simple élimination des difficultés provisoires
[rencontrées].
2. [L'interprétation} grammaticale est supérieure (N. m. : ainsi que l'est
la langue, puisqu'elle conditionne la pensée de tous les individus)
lorsqu'on ne considère l'homme pris individuellement que comme un
lieu de la langue, et son discours uniquement comme ce en quoi cette
dernière se manifeste. [L'interprétation] psychologique est alors, tout
comme en général l'existence de l'homme pris individuellement, abso-
lument subordonnée.
3. De ce double caractère.découle naturellement l'équivalence parfaite.
8. On a absolument résolu la tâche lorsque chaque aspect
(N.m. : est traité de sorte que le traitement de l'autre n'entraîne aucune
modification du résultat) traité pour lui-même se substitue totalement
à l'autre qui doit cependant. lui aussi, être traité pour lui-même de
façon tout aussi approfondie.
1. Ce caractère double est nécessaire, même si, à cause du [ §J 6, cha·
cun des aspects se substitue à l'autre.
2. [La résolution de] chaque aspC(:l n'est parfaite que lorsqu'il rend
l'autre superflu et contribue à sa construction, puisque aussi bien on ne
peut apprendre la langue qu'en comprenant des discours et puisqu'on
ne peut comprendre la cohérenœ interne de l'homme, ainsi que la manière
dont ce qui lui est extériear l'émeut, qu'à travers ses discours.
9. Interpréter est un art.
1. Chaque aspect pour lui-même. Car partout il y a construction d'un
fini déterminé à partir de l'infini indéterminé. La langue est un infini.
parce que chaque élément peut être déterminé d'une façon particulière
par les autres.
[4] li en va de même pour ce qui est de l'aspect psychologique. Car toute
intuition [de quelque chose) d'individuel pris pour soi est infinie. Et les
effets de l'extérieur sur l'homme sont aussi quelque chose qui diminue
peu à peu, indéfiniment. Mais une telle construction ne peut être don-
née par des règles qui comporteraient l'assurance infaillible de leur
application.
2. Si laspect grammaticaJ devait être achevé pour lui-même isolément,
il faudrait une oonnaissance parfaite de la langue et, si c'est l'autre [aspect

• A propos du § 7. Il n'y a pas de différence générale entre le plus facile et le plus


difficile, bien que pour un individu une chose soit plus facile el pour un autre une autre
chose. C'c~t pourquoi il y a aussi deux perspectives cl ouvrages principaux distincts,
{à savoir) les remarques sur la langue et les introductions.
4. Suite (du] § 7. L'autre n'est pas non plus supérieure. § 6. 8, 9.
L'ABRÉGÉ DE 1819 117

qui devait être achevé isolément pour lui-même]. alors il faudrait une
connaissance exhaustive de l'homme. Puisque aucune des deux ne peut
jamais être donnée, on est contraint de passer d'un aspect à l'autre, et
on ne peut formuler aucune rêgle sur la façon dont devrait s'effectuer
ce passage.
10. La faculté d'exercer avec bonheur cet art repose sur le talent
linguistique et sur celui de la connaissance des hommes pris
individuellement.
1. Pour ce qui est du premir."l" [de ces talents], [il ne s'agit] pas de la
facilité à apprendre des langues étrangères ; pour le moment, la diffé-
rence entre langue maternelle et langue étrangère n'entre pas en consi-
dération. [Il s'agit] par contre clu fait de disposer actuellement de la lan-
gue, de sentir les analogies, le~ différences, etc. - On pourrait penser
qu'ainsi rhétorique et herméneutique devraient toujours aller ensemble.
Mais de même que l'herméneutique requiert encore un autre talent, de
même la rhétorique requiert un autre talent ; et cet autre talent n'est pas
le même dans les deux cas. Le talent linguistique est certes commun. mais
la perspective herméneutique le développe cependant autrement que [ne
le fait] la perspective rhétorique.
2. La connaissance des hommes {pris individuellement] est ici princi-
palement celle de l'élément subjectif entrant dans la combinaison des
pensées. C'est pourquoi l'herméneutique et l'exposition artistique des
hommes [pris individuellement] ne vont, elles non plus. pas toujours
ensemble. Mais de nombreuses erreurs herméneutiques ont pour cause
un défaut de ce talent ou de son application.
3. Or. dans la mesure où ces talents sont des dons de la nature uni-
versels. l'herméneutique est, elle aussi, une affaire universelle. Dans la
mesure où quelqu'un a un déficit pour l'un des aspects. il est paralysé.
et l'autre aspect ne peut que lui servir pour bien choisir ce que d'autres
peuvent lui apporter dans le domaine qui lui manque.
IV. 11. Tout acte de discourir n'est pas un objet de l'art de l'inter-
prétation à un degré égal ; certains objets ont, pour cet art, une valeur
nulle, d'autres une valeur absolue, la plupart se situent entre ces deux
extrêmes•.
1. Ce qui n'a pas d'intérêt en tant qu'acte ni de signification pour
la langue a une valeur nulle. On parle parce que la langue ne se conserve

•. 5• heure. § 10, 11.


A propos du!§) 11 : [I)) minimum : discours ordinaire soit comme a) discours d'affai-
res, [soit) b) conversation~ ; (2)) maximum, dominant quant à la langue a) archétypal
dans la production des pensëes = trop. [ 1)) ce qui est entre ces deux [extrêmes] se rap-
proche de l'un ou de l'autre d'entre eux. a) du caractère que revêt l'importance rela-
tive du contenu et de l'exposé charmant (et] b) du génial, le classicisme de la langue
qui n'a pas pour autant besoin d'être originale et l'originalité dans la liaison [des pensées]
qui n 'a pas pour autant besoin d'être dassique.
Le talent pr~ndérant n'est pas seulement nécessaire pour les cas plus difficiles, mais
encore pour ne jamais en rester simplement au but immédiat, [el au contraire] suivre
partout le but des deux perspectives principales.
118 HERMÉNEUTIQUE

que dans Ja continuité de la répétition. Mais ce qui ne fait que répéter


[5) quelque chose qui a déjà été donné n•est au fond rien: propos sur la
pluie et le.beau temps. Cette valeur nulle n'est cependant pas le néant
absolu, mais seulement le minimum: Car c'est à partir d'elle que se déve-
loppe ce qui est signifiant.
2. Chaque aspect a son maximum ; [pour œ qui est de raspect) gram-
matical, [le maximum est] ce qui est le plus productif et le moins répéti-
tif; classique. Du côté psychologique, [le maximum) est ce qui est le
plus particulier et le moins commun : original. N'est absolue que l'identité
des deux, le ginial.
3. Cependant le classique ne doit pas être éphémère, car il doit déter-
miner les productions ultérieures. Il en va de même pour ce qui est de
roriginal. Mais l'absolu lui non plus ne peut pas échapper à la nécessité
d'avoir été déterminé par quelque chose d'antérieur et de plus général.
12. Si les deux aspects {de l'interprétation] doivent être appliqués
partout, il faut cependant qu'ils le soient dans des proportions à cha-
que fois différentes •.
[1.J Ceci découle du simple fait que ce qui est insignifiant du point
de vue grammatical ne l'est pas forcément du point de vue psychologi-
que et vice versa, et donc du fait que ce qui est signifiant ne se déve-
loppe pàs uniformément des deux côtés à partir de ce qui est insignifiant.
2. L'interprétation psychologique est appliquée à son degré minimal
lorsque l'objectivité du sujet traité prédomine : en font partie la pure
histoire. en particulier pour ce qui est du détail - car la vision globale
est toujours affectée de subjectivité - . l'épopée, les négociations qui
prétendent à l'histoire, ce qui est didactique sous une forme rigoureuse
dans chaque domaine. Dans tous ces cas on ne doit pas utiliser le sub-
jectif comme moment de l'interprétation, car il est le résultat de l'inter-
prétation. [Il faut appliquer] l'interprétation grammaticale à son degré
minimal et l'interprétation psychologique à son degré maximal pour ce
qui est des lettres, à savoir des lettres véritables. ·Dans ces dernières, [il
y a) passage du didactique à l'historique. Œuvres lyriques. Polémique ?
13. Il n'y a pas d'autre diversité dans la méthode d'interprétation
que celle décrite ci-dessus.
1. Par exemple cette étonnante façon de voir. née du débat sur l'inter-
prétation historique du Nouveau Testament, comme s'il s'agissait là de
plusieurs types d'interprétation différents~. La thèse de l'interprétation

•. 6(• heure]. Commencé les § 12-13.


69. J. A. TURREl'l1"1NUS {De sacrae sr:ripturae interpretondae methodo tractotus bipar-
titus, 1728) est le premier à avoir exigé une herméneutique générale dans le sens d'une
application de méthodes d'interprétation philologiques et historiques générales, vala-
bles aussi pour les saintes Écritures. J .J. SEMLER lui a assuré, par ses travaux, une
importance largement reconnue (voir en particulier Abhandlung von freier Unters"·
r:hung des Cllnon, 4 parties, 1771-1775). A l'opposé se trouvait l'herméneutique onho·
doxe et piétiste avec ses principaux représentants, W. FltANZ (De interpretatione sacrae
sr:ripturoe. 1619), S. GLASSIUS (Philologia sar:ra, 1623 SS.) et J.J. RAMBl\CH (lnstitu-
lione$ hermeneuticae socrae. 1724, 1764 6) qui présupposaient une immediata illumi-
natio comme condition de t•interprélation des saintes Écritures. Dans œ "connit' '. Erncsti
et Morus ont une position médiatrice, tout en insistant fondamentalement sur la néces-
sité d'une imerpretatio "niverso.
L'ABRÉGÉ DE 1819 119

historique n'est autre que la juste affirmation des liens qu'entretiennent


les auteurs du Nouveau Testament avec leur époque. (Expression cap-
tieuse : concepts de l'époque.) Mais elle devient fausse lorsqu'elle veut
nier la nouvelle capacité du christianisme à forger des concepts et qu'elle
veut tout expliquer à partir de ce qui existe déjà. Le refus de l'interpré-
[6] tation historique est juste lorsqu'il ne s'oppose qu'à cette unilatéralité
et faux lorsqu'il prétend à l'universalité. Mais tout ce débat revient alors
aux rapports qu'entretiennent l'interprétation grammaticale et l'inter-
prétation psychologique. Car les nouveaux conoepts naquirent d'une émo-
tion (Gemüthserregung) partkulière.
V. 2. [Il y a] tout aussi peu [une diversité) lorsqu'on entend par inter-
prétation historique la prise en considération des données factuelles. Car
c'est là quelque chose qui précède l'interprétation. En effet, on ne fait
par là que rétablir la relation entre celui qui tient le discours et l'audi-
teur originel, une chose. don·~. qui devrait toujours être rectifiée au
préalable.
3. L'interprétation allégorique 70 : Non pas l'interprétation de l'allé-
gorie où seul compte le sens figuré, sans que l'on distingue le cas où elle
a pour fondement une [image) fondée dans le réel, comme dans la para-
bole du semeur, de celui où elle est une fiction, comme dans la parabole
de l'homme riche. Mais l'interprétation allégorique est une interpréta-
tion où le sens propre relève du contexte immédiat et prend en outre un
sens figuré. On ne peut écarter cette interprétation au nom du principe
général selon lequel tout discours ne peut avoir qu'un seul sens, à savoir
son acception grammaticale habituelle 71 • Car toute allusion est un
second sens ; qui ne la saisit pas en même temps peut [certes) suivre le
texte en entier, mais il lui manquera cependant un sens qui a été mis dans
le discours. Par contre celui qui trouve une allusion qui n'a pas été mise
dans le texte n'a toujours pas interprété le discours correctement. Il y
a allusion lorsque l'une des représentations concomitantes, dont on croit
qu'elle pourrait être éveillée dans autrui avec facilité, s'enchevëtre dans
le cours des pensées principales. Mais les représentations concomitantes
ne sont pas uniquement singulières et petites : au contraire, de même
que la totalité du monde est posée idéellement dans l'homme, de même
elle est toujours pensée réellement, même si ce n'est que sous forme
d'ombre indécise. Or puisqu'il y a un parallélisme des diverses series dans
le grand comme dans le petit. alors, à propos de chaque chose, quelque

70. Le sensus al/egoricus a joué un rôle important dans la tradition de l'herméneuti-


que pour ·expliquer des passages contradictoires ou difficilement compréhensibles, ainsi
que pour ! 'intensification de la signification de propositions communes ou triviales dans
la Bible. Après que Luther eut expres~mcnt privilégié le sens littéral et le sens tropique
au détriment du sensus anagogic11S et surtout du sensus o/legoricus (voir K. HoLL, Ges.-
Aufsiitze, t. 1 : Luther, Tübingen, 1927, S• éd., p. 546), l'herméneutique protestante
s'est efforcée de restreindre tant que possible l'interprétation allégorique. Les deux para-
boles servant d'exemples se trouvent chez Mt 4, 1-20 et Le 16, 19·31.
71. Schlcicrmacher critique ainsi l'objection d'Ernesti contre l'interprétation allé-
gorique trop fréquente (cf. ERNEST!, op. cit., l, I, I, § 2 et 9).
120 HERMÉNEUTIQUE

chose d'une autre série peut venir à l'esprit de tout un chacun : parallé-
lisme du physique et de l'éthique, du musical et du pictural. Mais on
n'a le droit d'y prêter attention que lorsque des expressions figurées nous
le signalent. Le fait qu'il en ait été ainsi, même sans de tels signes, en
particulier pour ce qui est d'Homère et de la Bible, a sa raison •.
VI. Certe raison est, pour ce qui est d'Homère et de!' Ancien Testament,
l'unicité du premier en tant que livre universel de formation (Bildungs-
buch) et l'unicité de l'Ancien Testament comme littérature ·par excellenœ,
!textes uniques! desquels il fallait tout tirer. Vient s'ajouter à cela le con-
tenu mythique {de ces textes] qui débouche d'un côté sur la philosophie
gnomique et de l'autre sur l'histoire. Mais il n'y a pas d'interprétation
technique du mythe car il ne saurait être l'œuvre d'un'individu, et le
fait que ta compréhension commune hésite entre le sens propre et le sens
[7} figuré manifeste ici le plus clairement le caractère double. Il en va certes
tout autrement du Nouveau Testament et. pour ce qui est de ce dernier,
la façon de procéder s'explique à partir de deux raisons. Tout d'abord
à partir de sa relation avec lAncien [Testament] pour lequel ce mode
d'explication était d'usage et avait donc été repris aux débuts de l'exé-
gèse érudite. Ensuite (à partir du fait] que l'on considérait, ici aussi, et
plus que pour ce qui était de l'Ancien Testament, que le Saint-Esprit
était l'auteur. Le Saint-Esprit ne peut pas être pensé comme une cons-
cience individuelle variant au cours du temps ; d'où, ici aussi, la ten-
. dance à tout trouver dans chaque élément. Des vérités universelles ou
des prescriptions singulières déterminées satisfont à elles seules cette ten-

•. 7• heure. Suite du § 13.


· L'interprétation dogmatique et l'interprétation allégorique ont, en tant que chasse
à la richesse du contenu et de la signification, en commun le principe selon lequel le
butin doit être aussi riche que possible p0ur la doctrine chrëtienne et qu'il ne doit rien
y avoir d'insignifiant et d'i!-phémère dans les livres saints" •.
En partant de là {en venir} à l'inspiration. Vu la grande dîvcrsilé des façons de la
concevoir, il convient d'essayer de voir tout d'abord quelles sont les conséquences de
la ..:onccption la plus -rigoureuse:. C'est-à-dire l'activité de l'Esprit depuis la naissance
des pensées jusqu'à l'a..:te de les écrire. Cette conception ne nous est plus d'aucun secours
à cause des variantes. Or celles·ci étaient certes déjà présentes avant que les ~critures
n'aient été rassemblëes. La critique est donc déjà nécessaire ici. - Mais même les pre·
mier lecteurs des épitres des Apôtres auraient dû faire abstraction de la référence aux
auteurs et de l'application de la connaissance qu'ils en avaient : et ils auraient par ..:on·
séquent sombré dans la pire des ..:onfosions. Si on demande en outre pourquoi l'Écri·
iure n'est pas née de façon tout à rait miraculeuse sans faire appel à des hommes, alors
il faut répondre que !'Esprit divin ne peut avoir choisi cette méthode qu'afin que nous
reportions tout aux auteurs mentionn~. Voilà pourquoi cette interprétation peut seule
etre la bonne. li en va de mëme pour ce qui est de l'aspect grammatical. Mais alors
tous les points particuliers doivent être traités de manière: purement humaine, et l'acti·
vite! de !'Esprit se réduit à l'impulsion interne. ·
D'autres oonceptions qui n'attribuent à l'Esprit que quelques points particuliers (par
exemple la préservation des erreurs) et lui dénient le reste sont insoutenables. Par exemple
[pour ce qui est de] la préservation des erreurs où il faut penser le processus comme
entravé, alors que ..:e qui est juste et qui remplace l'erreur revient à l'auteur.
72. Pour l'interprétation dogmatique, cf. n. 57 ; pour l'interprétation allégorique,
cf. n. 70; pour la question de la signification des saintes Écritures, cf. n. ~5.
L'ABRÉGÉ DE 1819 121

dance, mais elle est stimulée par ce qui est le plus isolé et en soi
insignifiant.
4. Ici s'impose incidemment la question de savoir si les livres saints
doivent subir un traitement particulier en raison du Saint-Esprit. Nous
ne pouvons espérer recevoir une réponse tranchant dogmatiquement le
problème de l'inspiration, puisque cette décision doit elle-même être fon-
dée sur l'interprétation. Nous devons 1.) ne pas établir de différence,
chez les Apôtres, entre l'acte de discourir et l'acte d'écrire. Car l'Église
ultérieure n'a pu être bâtie que sur la première. Voilà pourquoi nous
devons 2.) ne pas croire que, dans le cas des Écritures, la chrétienté tout
entière ait été le sujet immédiatement visé. Car elles s'adressent bien tou-
jours à des hommes détermin6, et ell~ n'ont pu, par la suite, être com-
prises correctement si elles ne l'avaient pas été au préalable par ceux-ci.
Or ils ne pouvaient chercher en elles que le détail déterminé, parce que,
pour eux, la totalité ne pouvait résulter que de la multitude des détails.
Nous devons donc interpréter les Écritures de la même manière et, par
conséquent, admettre que, même si les auteurs avaient été des instru-
ments inanimés, le Saint-Esprit n'aurait pas pu discourir à travers eux
autrement que comme ils auraient eux-mêmes discouru •.
VII. S. L'interprétation cabalistique est celle qui s'est le plus égarée
dans cette voie, elle qui, en s'efforçant de trouver tout dans chaque chose,
se voue aux éléments singuliers et à leurs signes 73 • - On voit que dans
tout ce qui, en fonction de ses aspirations, peut encore à bon droit être
appelé interprétation, il n'y a d'autre diversité que celle qui résulte des
diverses proportions entre les deux aspects que nous avons établis.
14. La différence entre ce qui procède avec art et ce qui procède
sans art dans l'interprétation ne se fonde ni sur la différence entre ce
qui est étranger et ce qui ne l'est pas, ni sur la différence entre le dis-
cours et l'écrit, mais toujours sur le fait qu'il y a certaines choses qu'on
veut comprendre avec précision et d'autres pas ••.
1. Si seule l'écriture étrangère et ancienne" nécessitait l'art, alors les

•. 8(• heure}. Est-ce que 1ou1 doit se rapporter à l'Église 1ou1 entière à cause de l'ins-
piration? Non. Car alors les récepteurs premiers auraient 1oujours dû interpré1er faus·
sement, et le Saint-Esprit aurait agi avec beaucoup plus de justesse si les saintes Écritu-
res n'avaient pas été des fcrits de circonstance. Donc, du point de vue grammatical
el psychologique, il faut s'en tenir aux règles générales. Dans quelle mesure on abou-
tira, pour ces textes, à une hermmeutique spéciale, cela ne pourra ê1rc examiné que
plus tard.
••. § 14-16. Nous nous plaçons à prbent du point de vue de l'opposition totale enire
cc qui procède sans art et ce qui procède avec art. Si on ne veut passer à ce dernier
moment que lorsqu'on rencontre des difficultés, alors on en vient à des observations
singulières. - La compréhension exac1e implique que l'on prenne même ce qui est le
plus facile comme pouvant détenir la clef de difficult~s ulti!rieures.
73. La méthode de l'interprétation allégorique a connu son expansion principale dans
l'interprétation cabalistique des saintes Êcritures dl! judaïsme.
74. Pour l'orientation particulière de rherméneu1ique vers les langues anciennes et
~rangè:rcs, voir ERNESTI, op. cit., l, 2, l.
122 HERMÉNEUTIQUE::

[8) lecteurs originels n'en auraient pas eu besoin et l'art serait donc fondé
sur la différence entre eux et nous. Cette différence est tout d'abord éli-
minée par la connaissance de la langue et de l'histoire, et l'interpréta-
tion ne commence qu'après qu'on se soit mis au niveau des lecteurs ori-
ginels. La différence entre ces écrits et les écrits contemporains dans notre
langue ne réside donc que dans le fait que cette opération consistant à
se mettre au niveau du lecteur originel ne peut pas précéder absolument.
mais qu'elle ne s'accomplit qu'avec et pendant l'interprétation, et qu'il
faut toujours tenir compte de ce fait lorsqu'on interprète.
2. Ce n'est pas non plus simplement l'écrit. Sinon l'art ne deviendrait
nécessaire qu'en vertu de la différence entre l'écrit et le discours, c'est-
à-dire uniquement par l'absence d'une voix vivante et d'autres effets per-
sonnels. Mais ces derniers nécessitent à leur tour une interprétation qui
reste toujours incertaine. Certes, la voix vivante facilite beaucoup la com-
préhension, mais celui qui écrit doit tenir compte du fait qu'il ne parle
pas. S'il le fait, alors l'art d'interpréter devrait par là même être rendu
superflu, ce qui n'est cependant pas le cas. Même là où il ne l'a pas fait,
la nécessité de l'interprétation ne repose donc pas uniquement sur cette
différence •.
3. Si donc le discours et l'écrit entretiennent entre eux une telle rela-
tion, alors il ne reste d'autre différence que celle que nous avons signa·
lée et il s'ensuit que l'interprétation conforme à l'art n'a, elle non plus.
pas d'autre but que celui que nous avons lorsque nous écoutons n'importe
· quel discours ordinaire.
VIII. 15. La pratique plus laxiste dans l'art part du principe que
la compréhension se fait spontanément ; et elle énonce le but sous une
forme négative [en disant :) ''Il faut éviter la compréhension erronée.'•
1. Son présupposé se fonde sur le fait qu'elle s'occupe avant tout de
ce qui est insignifiant, ou du moins qu'elle ne s'efforce de comprendre
qu'en fonction d'un intérêt déterminé et qu'elle se fixe des limites faci-
les à atteindre.
2. Dans les cas difficiles elle est cependant elle aussi contrainte de
recourir à l'art ; et c'est ainsi que l'herméneutique est née de la pratique
qui procède sans art. Comme elle n'avait sous les yeux que les [cas] dif-
ficiles. elle devint un agrégat d'observations. Et c'est pour la même rai-
son qu'elle devint toujours dès le départ une herméneutique spéciale,
puisque les [cas] difficiles sont plus facilement repérables dans un domaine
[9] déterminé. Ainsi sont nées [les herméneutiquesJ théologique et juridi-
que, et les philologues eux aussi n'avaient en vue que des buts spéciaux.
3. L'identité de la langue et de la façon de combiner [les pensées] chez
celui qui discourt et chez celui qui écoute est donc le fondement de cette
conception.

•. Que l'art se rapporte plus à l'écrit qu'au discours vient du fait que, dans le flu1<
du discours, on ne peut faire usage des règles - en particulier des règles ponctuelles
qu·on ne garde pas présentes à la mémoire.
L'ABRÉGÉ DE 1819 123

16. La pratique plus rigoureuse {dans l'art] part du fait que la com-
préhension erronée se présente spontanément et que la compréhen-
sion doit être voulue et recherchëe point par point.
1. Ce qui repose sur le fait qu'elle envisage l'acte de comprendre dans
toute sa rigueur et que le discours, considéré sous les deux aspe<:ts, doit
s'y résoudre entièrement.
(N.m. : Le fait de ne pas remarquer de différence [entre la compréhen-
sion qui procède sans art et cdle qui procède avec art] avant que n'appa-
raisse une erreur de compréhension [est une) expérience fondamentale.)
2. Elle pari donc de la différence entre la langue et la façon de corn·
biner [les pensées), différence qui doit certes être fondée sur l'identité
([cr. §] 14) et qui n'est que la chose la moins importante qui échappe
à la pratique procédant sans art •.
17. Il faut éviter deux choses : l'erreur de compréhension qualita-
tive du contenu et l'erreur de compréhension du ton ou ferreur de com·
préhension] quantitative 0 •
L Du point de vue objectif, !'[erreur de compréhension} qualitative
consiste à confondre le lieu occupé dans la langue par une partie du dis-
cours avec celui d'une autre partie, comme Par exemple la confusion entre
la signification d'un mot et celle d'un autre. [Du point de vue) subjectif
[l'erreur de compréhension qualitative consiste] à se méprendre sur la
relation d'une expression [a,,.ec son référent).
2. Ou [point de vue} subjectif, l'{erreur de compréhension! quantita-
tive est la faculté du développement d'une partie du discours, la valeur
que lui attribue celui qui discourt et, de façon analogue, du point de
vue objectif, le lieu qu'occupe· une partie du discours dans la gradation.
3. C'est toujours à partir de l'[erreur de compréhension) quantitative,
à laquelle on fait d'ordinaire moins attention, que se développe l'erreur
de compréhension qualitative.
4. Toutes les tâches sont comprises dans cette expression négative. Mais
précisément à cause de leur négativité, nous ne pouvons en tirer les règles,
mais devons avoir une expression positive pour point de départ tout en
nous orientant constamment d'après cette expression négative.
S. li faut en outre distinguer l'erreur de compréhension passive de
l'erreur de compréhension active. Cette dernière consiste à insérer quel-
que chose [dans le discours) par suite d'un parti pris, ce contre quoi on
ne peut rien faire de déterminé 0 •.
(10] IX. 18. L'art ne peut développer ses règles qu'à partir d'une for·
mule positive qui est : "Reconstruire le discours donné de façon à la
fois historique et divinatoire, objective et subjective."

•. 9(• heure]. Explication de la différence (ir{cm<), de la (différence) ~ubjective


dans la [compréhension procédant] avec art et de la [différence] objective perse.
••. § 17. Conception négative de la tâche : éviter les erreurs de compréhension maté·
rielles et formelles.
0 • . 1()< heure. § 17, S. Pou riant bien à leur place ici comme maximum [de !'erreur J

parce qu'elles reposent sur des présupposés entièrement faux. - § 18, 19.
124 HERMÉNEUTIQUE

1. ''Objectivement historique" signifie comprendre comment le dis-


cours s'insère dans la totalité de la langue ainsi que la façon dont le savoir
qu'il contient se présente comme produit de la langue. - "Objective-
ment prophétique" signifie pressentir comment le discours lui-même
deYiendra un point à partir duquel la langue se développera. Si les deux
ne sont pas donnés, on ne peut éviter l'erreur de compréhension quali-
tative et quantitative.
2...Subjectivement historique" signifie savoir comment le discours,
en tant que réalité produite, est devenu [discours] dans l'esprit affecté
(Gemüth), .. subjectivement prophétique" signifie pressentir comment
les pensées qui y sont contenues continueront à agir sur lui [leur auteur)
et en lui. Si les deux ne sont pas donnés, on a la même erreur de
compréhension.
3. On peut aussi exprimer la tâche de la façon suivante : ''Il faut tout
d'abord comprendre le discours aussi bien que"l'a fait son auteur, et
ensuite mieux qu'il ne l'a fait." Car, étant donné que nous n'avons pas
de connaissance immédiate de ce qui est en lui, nous devons tenter de
prendre conscience de bien des choses qui ont pu, chez lui, ne pas être
conscientes, sauf dans la mesure où, retournant sur lui-même dans un
mouvement réflexif, il devient son propre lecteur 7~. Du côté objectif il
ne dispose pas ici d'autres données que celles que nous avons.
4. Ainsi formulée la tâche est infinie, car ce que nous voulons consi-
dérer dans le moment du discours est un infini tant du passé que du futur.
C'est pourquoi cet art peut enthousiasmer au même titre qu'un autre.
Dans la mesure où un écrit ne déchaîne pas cet enthousiasme, il est insi-
gnifiant. - Mais c'est la pratique qui décidera à chaque fois du terme
qu'il faut fixer à notre approche ainsi que de l'aspect qu'il faut privilé-
gier, et cela relève tout au plus d'une herméneutique spéciale, et non d'une
herméneutique générale.
19. Avant d'appliquer l'art, il faut qu'on se soit mis au même niveau
que l'auteur, tant du côté objectif que du côté subjectif.
1. Ou côté objectif, donc, par la connaissanœ de la langue telle qu'il
la possédait, œ qui est malgré tout plus précis que de se mettre au niveau
des lecteurs originels qui eux-mêmes ont dû d'abord se mettre au même
niveau que lui. Ou côté subjectif, par la connaissance de sa vie interne
et externe.
2. On ne peut cependant parfaitement acquérir l'une comme l'autre
que par l'interprétation elle-même. Car ce n'est que par les écrits d'un
homme qu'on peut prendre connaissance de la langue dont il dispose,
ainsi que de son caractère et des données de sa situation.
[ IJ] 20. La langue dont dispose un auteur et l'histoire de son époque
sont comme le tout à partir duquel il faut comprendre ses écrits comme
le singulier et, inversement, ce tout doit être compris à partir du
singulier.

75. On trouve ici à nouveau Je principe herméneutique dans la version qui rappelle
Schlcgel (cf. n. 45) ; il est cependant à présent expliqué avec plus de précision à partir
du cœur de la conception de Schleiermacher. (cf. aussi n. 66).
L'ABRÉGÉ DE 1819 125

1. Partout le savoir achevé est compris dans ce qui semble être un cer-
cle, à savoir que tout particulier ne peut être compris qu'à partir de l'uni-
versel dont il est une partie et inversement. Et tout savoir n'est scientifi-
que que lorsqu'il est ainsi constitué.
2. La mise au niveau de l'auteur est comprise dans ce qui vient d'être
dit, et il en résulte donc 1.) que nous sommes d'autant mieux armés pour
interpréter que nous avons mieux assimilé cette proposition, mais
2.) aussi qù'il n'y a pas de (teJ<te) à interpréter qui puisse être compris
d'un seul coup ; au contraire, chaque lecture nous pennet de mieux com-
prendre en enrichissant tout d'abord ces connaissances prealables. Il n'y
a que pour ce qui est insigni.fiant que nous nous contentons de ce que
nous avons compris d'un seul coup.

X. 21. Si, pour connaître la langue déterminée dont dispose un


auteur, on attend de la construire à la hâte à 1' aide d'auxiliaires lexi-
caux et de remarques ponctuelles pendant l'interprétation, alors aucune
interprétation indépendante ne pourra voir le jour •.
1. Pour ce qui est de la connaissance de la langue dont dispose un
auteur, seule la transmission directe à partir de la vie réelle de la langue
est une source plus indépendante de l'interprétation. Pour ce qui est du
grec et du latin, nous ne disposons qu'imparfaitement de cette transmis-
sion. C'est pourquoi les premiers travaux lexicaux ont été entrepris par
des hommes qui avaient étudiè à fond toute la littérature en vue d'éta-
blir la connaissance de la langue. Mais de là vient que ces travaux. ont
aussi constamment besoin d'être rectifiés par l'interprétation elle-même,
et toute interprétation procédant avec art doit, pour sa part, y contribuer.
2. Par langue déterminée dont dispose un auteur j'entends le dialecte,
l'époque et l'aire linguistique d'un genre [littéraire] particulier, [la déter-
mination de) ce dernier se faisant à partir de la différence entre la poésie
et la prose.
3. Le débutant doit faire ses premiers pas en s'aidant de ces auxiliai-
res, bien que l'interprétation autonome ne puisse se fonder que sur
l'acquisition relativement autonome de ces connaissances préalables ;
alors que toutes les déterminations de la langue apportées par les dic-
tionnaires et les observations ponctuelles ont pour point de départ une
interprétation particulière et ~ouvent incertaine.
[12] 4. li est particµlièrement vrai de dire que l'incertitude et !'arbitraire
de l'interprétation dans le domaine du Nouveau Testament reposent
essentiellement sur ce défaut. Car on peut toujours tirer des analogies
opposées à partir d'observations singulières. - Or le chemin condui-
sant à la langue du Nouveau Testament part de I' A.ntiquité classique pour
passer a) par la grécité macédonienne, b) les écrivains juifs profanes,
Josèphe et Philon, c) les livres deutérocanoniques et d) la Septante
comme {version) se rapprochant le plus de l'hébreu.

•. 11 • heure. § 19, 20, 21, 22, ce dernier uniquement entamé et les deux derniers
sans les avoir encore appliqués au Nouveau Testament.
12• heure. § 21, 22, appliqués au Nouveau Testament.
126 HERMÉNEUTIQUE

22. Si les connaissances historiques nécessaires ne sont empruntées


qu'à des prolégomènes, alors aucune interprétation iµdépendante ne
peut voir le jour.
l. De tels prolégomènes sont, de même que les auxiliaires critiques.
le devoir de tout éditeur qui veut être un médiateur. Mais eux-memes
ne peuvent se fonder que sur la connaissance de l'ensemble de la sphère
littéraire dont relève l'écrit et sur celle de tout ce qui existe et qui se rap-
porte à l'auteur de cet écrit dans des domaines ultérieurs. Ces prolégo-
mènes sont donc eux-mêmes dépendants de l'interprétation ; et [ils sont]
en même temps destinés à celui pour lequel l'acquisition des [données]
premières n'aurait aucune commune mesure avec son but. Mais l'inter-
prète rigoureux doit progressivement tout puiser aux sources mêmes;
et c'est justement pour cela que son opération ne peut aller - de ce point
de vue - que du plus facile au plus difficile. Mais c'est lorsqu'on intro-
duit dans les prolégomènes des notices qui ne peuvent être empruntées
qu'à l'œuvre à interpréter elle-même que la dépendance [de l'interpré-
ta6on] est le plus dommageable.
2. Pour cc qui est du Nouveau Testament, on a fait de ces connais-
sances préalables une propre discipline : l'introduction au Nouveau Tes-
tament. Celle-ci n'est pas un véritable élément organique des sciences
théologiques ; mais c'est un moyen pratique tout à fait adapté pour le
débutant comme pour le maître, parce qu'il est plus facile de ré"l:lnir tou-
. tes les recherches qui relèvent du sujet en un seul point. L'interprète doit
cependant quant à lui aussi toujours contribuer à l'augmentation et à
la rectification de cette masse de résultats.

Des écoles d'interprétation diverses, mais unilatérales, qui s'attirent


facilement le reproche de maniérisme, se constituent à partir des diver-
ses façons d'organiser et d'utiliser de façon fragmentaire ces connais-
sances préalables.
[13] XI. 23. Même au sein d'un écrit singulier, le détail ne peut être com-
pris qu'à partir du tout, et c'est pourquoi il faut faire précéder l'inter-
prétation plus exacte d'une lecture cursive pour acquérir une vue
d'ensemble du tout.
1. Voilà qui semble à nouveau être un cercle ; cependant la connais-
sance du détail qui découle de la connaissance générale de la langue suf-
fit à cette compréhension provisoire.
2. Les tables des matiêres fournies par l'auteur sont trop austères pour
atteindre également ce but du point de vue de l'interprétation techni-
que ; et les vues d'ensemble, telles que les éditeurs ont coutume de les
joindre à leurs prolégomènes. nous assujettissent à leur interprétation.
3. L'intention est de trouver les idées directrices auxquelles on doit
mesurer les autres; et de la même façon, du point de vue technique,
[l'intention esr] de trouver la principale ligne de force permettant de trou-
ver plus aisément le singulier. [C'est là une chose) indispensable tant du
L'ABRÉGÉ DE 1819 127

point de vue technique que du point de vue grammatical, ce qui se véri·


fie aisément à partir des diverses sortes de compréhensions erronées.
4. On peut plus facilement s'en passer pour ce qui est insignifiant,
alors que pour ce qui est difficile cela semble être moins utile, mais est
en fait d'autant plus indispensable. Le fait que la vue d'ensemble géné-
rale ne nous aide que fort peu esr. même une caractéristique d'auteurs
difficiles •.

Pour passer à l'interprétation du [texte] singulier il faut bien sûr, dans


la pratique, toujours relier les deux aspects de l'interprétation alors que,
dans la théorie, nous devons à présent les séparer et traiter chacun sépa-
rêment. Mais pour chacun des aspects nous devons nous efforcer.de par-
venir au point où nous pourrons nous passer de l'autre, ou plus exacte-
ment au point où le résultat du second paraît déjà dans le premier. L'inter-
prétation grammaticale vient en premier.

[14) Première partie


l'interprétation grammaticak

XII. l. Premier canon. Tout ce qui, dans un discours donné,


demande à être déterminé de façon plus précise ne peut l'être qu'à
partir de l'aire linguistique commune à l'auteur et à son public originel.
1. Tout requiert une détermination plus précise et ne la reçoit que dans
le contexte. Toute partie du discours, qu'elle soit matérielle ou formelle,
est en soi indéterminée. En présence de chaque mot pris isolément nous
ne pensons qu'un certain cycle formé par ses emplois. Il en va de mème
pour toute forme linguistique.
2. Certains appellent signification ce qu'on pense au sujet d'un mot
pris isolément, alors qu'ils appellent sens ce que, en pareil cas, on pense
dans un contexte donné. D'autres prétendent qu'un mot n'a qu'une signi-
fication et pas de sens ; une proposition a, prise isolément, un sens, mais
pas encore d'intelligencea, car l'intelligence est réservée au discours
entièrement achevê 76 • On pourrait certes rétorquer que ce dernier lui

• 13[• heure). Règle méthodologique générale : a) Commencer avec la vue d'ensemble


générale. b) Avancer simultanément dans le~ deux directions. c) On ne peut poursui-
vre que lorsqu'il y a coïncidence parfaite entre les deux dans un passage singulier.
d) Nécessité de revenir en arrière lorsqu'elle~ ne concordent pas, jusqu'à ce qu'on ait
trouvé l'erreur dans le calcul.
a. Nous traduisons ainsi le terme allemand Verstand ; il c:onYient de prendre ici "intel-
ligence" au sens où l'on parle de /'i111e//igence d'un texte. (N.d. T.)
76. Cf. la distinction d'ERNEST! entre sen.sus et significatio {op. cit., l, 1, ) , § 1-5),
critiquée par Morus. MORUS constate qu'un mot singulier a une signification (signifi-
catio) ; cependant "sensum nunc recte ponemus in notione rei expressae integra dictio-
ne" (op. cit., t. 1. p. 28 et S:S). Ces déterminations sont pr6cisées parEichstaedt, l'édi-
teur des cours de Morus (ibid. t. 1, p. 56-64), c.iui :se réfère à une étude spéciale de Morus
(De discrimine se11Sus et significationis).
128 HERMÉNEUTIQUE

aussi serait compris de façon plus complète dans ses liens avec le monde
dont il fait partie ; seulement, on quitte alors le champ de l'interpréta-
tion. - Il faut cependant préférer la dernière de ces terminologies dans
la mesure où une proposition est une unité indivisible et où, en tant que
tel, le sens est lui aussi une unité, {à savoir) la détermination réciproque
du sujet et du prédicat l'un par l'autre. Mais cette dernière n'est pas non
plus bien conforme à la langue. Car le sens est, comparé à l'intelligence,
absolument identique à la signification. La vérité est que. lors de toute
interprétation, le passage de l'ind.étermîné a au déterminé est une tâche
infinie. - Là où une proposition singulière constitue à elle seule un tout
achevé, la différence entre sens et intelligence semble s'estomper, comme
c'est le cas pour les épigrammes et les sentences. Celles-ci ne doivent
cependant être déterminées que par l'association faite par le lecteur, cha-
cun doit en faire ce qu'il peut. Celles-là sont déterminées par le rapport
à la chose singulière.
[151 3. L'aire (linguistique) de l'auteur est celle de son époque, de sa
culture, celle du langage dans lequel il négocie, ainsi que celle de son
dialecte, là et dans la mesure où cette différence apparaît dans le dis-
cours cultivé. Elle ne sera cependant pa's entièrement [présente] dans tout
é<;rit, mais uniquement en fonction des lecteurs. Mais comment savoir
à quels lecteurs songeait l'auteur ? Uniquement par la vue d'ensemble
de lécrit entier. Mais cette détermination de l'aire [linguistique] com-
mune n'est que le début, elle doit être poursuivie tout au long de l'inter-
prétation et ne s'achève qu'avec celle-ci.
4. Il y a quelques exceptions apparentes à ce canon a) Les archaïs-
mes [qui) se trouvent tant en dehors de l'aire linguistique immédiate de
l'auteur qu'en dehors de celle de ses lecteurs. Ils sont employés pour réin-
tégrer le passé dans le présent, [et ils sont] plus fréquents dans l'écriture
que dans le discours, dans la poésie que dans la prose. b) les expres·
sions techniques, même dans les genres les plus populaires, tels par exem-
ple les discours judiciaires et délibératifs, où on les trouve même si tous
les auditeurs ne les comprennent pas. Cela nous conduit à remarquer
qu'un auteur n'a pas non plus toujours en vue la totalité de son public,
mais que ce dernier est, lui aussi, variable. C'est justement pourquoi cette
règle est aussi une règle de l'art dont la bonne application repose sur
un sentiment juste 77 •
XIV. S. Dans l'expression [qui dit! que nous devor.s, par opposition
aux autres parties organiques, prendre conscience de l'aire linguistique,
il y a également [!"expression qui dit que nous devons) mieux compren-
dre l'auteur qu'il ne l'a fait lui-même, paroe que beaucoup de choses
qui doivent devenir conscientes en nous restent inconscientes en lui, en

a. Le texte dit : "ind~terminoble". Nous suivons la correction de Lücke. (N.d. T.) ·


77. ERNEST! déjà avait remarqué que l'interprétation exige, outre l'érudition, le ju-
gement et l'ardeur, "quarrdom irrgeniifelicitas" ou de la "solertia (àitpvta)" (op. cit.,
"Prol.", § 2 et 6). Ainsi MORUS était invité à ne pas appeler 1' interprétation simple·
ment "subtilitas" ou "facultas", mais aussi "ars" (op. cil., t. 1, p. 6) . cf. déjà
ER.NI:STl, op. cil., "Pro!." ~ 5, scion lequel il faut "difficuf/afes intelligendi, eorum-
que cqussas, ex arec animadvertere' '.
L'ABRÉGÉ DE 1819 129

partie en général, dès la première vue d'ensemble, en partie dans le détail


dès que naissent des difficultés 78 •
6. L'interprétation peut souvent, après la vue d'ensemble générale,
se poursuivre paisiblement et longtemps sans véritablement procéder sans
art, parce qu'on s'en tient partout à l'image générale. Mais dès que nait
une difficulté dans le détail naît le doute [quant au fait de savoir] si la
faute en revient à l'auteur ou à nous. On n'est en droit de supposer le
[ 16] premier que dans la mesure où l'auteur a déjà fait preuve d'insouciance
et d'imprécision, ou de confusion et d'absence de talent dans la vue
d'ensemble. Pour ce qui est de nous, la faute peut avoir deux causes ;
soit une erreur de compréhension antérieure restée inaperçue, soit une
connaissance insuffisante de la langue qui a pour conséquence que nous
n'arrivons plus à nous souvenir du bon usage d'un mot. On ne pourra
parler de la première que plus tard, à cause de sa relation avec la théorie
des passages parallèles. [Parlons) donc tout d'abord ici de l'autre.
7. Les dictionnaires, qui sont les auxiliaires naturels, considèrent les
divers emplois [des motsJ comme un agrégat de quelque chose de multi·
pie relié de façon lâche. L'aspiration à ramener la signification à son
unité originelle n'est pas non plus satisfaite, car en ce cas un diction-
naire devrait réellement être ordonné selon le système des concepts, ce
qui est impossible. La multiplicité des significations est alors à décom-
poser en une série d'oppositions. La première [de celles-ci] oppose le [sens J
propre au [sens] figuré. Cette opposition disparaît dès qu'on y regarde
de plus près. Dans les paraboles il y a deux séries de pensées parallèles.
Le mot fait partie de la sienne, et il suffit de s'y rapporter dans le calcul.
Il conserve ainsi sa signification. Dans les métaphores, la chose n'est que
suggérée, et souvent une seule caractéristique du concept a été retenue,
par exemple coma arborum = le feuillage. mais coma demeure cheve-
lure 79 . [Autre exemple :] roi des animaux = lion. Le lion ne règne pas,
mais roi ne signifie pas pour autant [un être] dévorant un autre d'après
la loi du plus fort. Un emploi singulier de ce genre ne produit pas de
signification et seule !"expression complète peut devenir habicuelle. En
dernier lieu, on reporte cette opposition au fait que touces les significa-
tions spirituelles ne seraient pas originelles, donc un emploi figuré: de
mots sensibles. XV. Mais ce sont là des recherche3 qui dépassent le
domaine de l'herméneutique. Car si fJÉo~ est dérivé de 9Éw [et on peut
procéder] (de la même façon pour Dieu), cela ne se trouve pas dans la
langue donnée mais fait partie de sa préhistoire qui n'intéresse en rien
l'interprétation. Ce qu'il imporce de savoir, c'est si les représentations
intellectuelles forment en général un développement second, qui ne peut
avoir eu lieu qu'après achèvement de la langue, et cela probablement
personne ne pourra le rendre vraisemblable. Incontestablement il y a des
mots qui, tout en étant spirituels. suggèrent aussi quelque chose de physi-
que ; mais ici aussi le parallélisme règne, car tous deux, comme ils exis-
tent pour nous, sont unis dans l'idée de la vie. Il en va de même pour

78. Ici le principe herméneutique ('St considéré dans son rapport avec la mé1hode
d'interprétation grammaticale (cf. n. 66).
79. L'exemple latin es! emprunté à Morus (cf. n. 31).
130 HERMÉNEUTIQUE

ce qui est de remploi des mêmes mots dans les domaines spatial et tem-
porel. Tous deux sont essentiellement un. car nous ne pouvons détermi-
ner l'espace que par le temps et inversement. Forme et mouvement peu-
vent être réduits l'un à l'autre et «plante rampante" 80 n'est par cons~
quent pas une expression figurée. L'opposition entre la signification ori-
ginelle et la signification dérivée ne connaît pas un meilleur sort. Hos-
tis. étranger, [devientJ par la suite ennemi. A l'origine tous les étrangers
étaient des ennemis. On conçut par la suite la possibilité d'être ami
d'étrangers, et l'instinct nous informa que, pour ce qui est de ce mot,
on avait plutôt pensé à une séparation dans la conviction qu'à la sépa-
ration spatiale, et on pouvait alors également appeler des ennemis à l'inté-
rieur du ·pays hostes, mais peut-être seulement parce qu'ils étaient en
même temps bannis. Opposition entre la signification générale et la signi-
fication particulière. celle-là dans le commerce varié, celle-ci dans un
domaine déterminé. Souvent [elles sont] essentiellement identiques, sou-
vent elliptiques, comme par exemple ..pied" pour la mesure de longueur
et pied en métrique, pour pas ou pied en avant. Souvent aussi parce que
tout art [a} un domaine inférieur engendré par la compréhension erro-
née de la masse inculte. Souvent ce sont aussi des mots étrangers défor-
més ou transformés au point de sembler indigènes à la langue. Il en ira
de même pour toutes les autres oppositions.
8. Pour les dictionnaires aussi. qui ne sont là que pour l'interprète.
la tâche primordiale est de trouver la véritable unité complète du mot.
[ 18] L'occurrence singulière d'un mot dans un passage donné est sans aucun
doute de l'ordre de la diversité infiniment indéterminée et. de œtte unité
à cette diversité, il n'y a pas d'autre passage qu'une multiplicité déter-
minée dans laquelle elle est comprise ; et celle-ci, à son tour, doit néces-
sairement se résoudre en oppositions. Le mot n'est cependant pas isolé
dans ses occurrences singulières ; dans sa détermination il se révèle non
pas à partir de lui-même, mais à partir de ses contextes. et il nous suffit
de rapprocher ces contextes de l'unité originelle du mot pour trouver
à chaque fois ce qui est juste. Seulement l'unité complète du mot serait
son explication et celle-ci n'est pas plus donnée que l'explication com-
plète des objets. Elle ne l'est ni dans les langues mortes, puisque nous
n'avons pas encore pénétré toute leur évolution, ni dans les langues vivan·
tes, parce qu'elles continuent d'évoluer.
XVI. 9. Si la diversité des emplois [d'un mot] doit être possible lors-
que son unité est donnée, alors l'unité doit déjà receler une diversité :
plusieurs points principaux doivent être liés d'une façon variable à l'inté-
rieur de certaines limites. C'est le sens de la langue qui doit rechercher
cette diversité, [et] lorsque nous sommes dans l'incertitude nous recou-
rons au dictionnaire comme auxiliaire pour nous orienter à l'aide du trésor
commun du savoir linguistique. Les divers cas qu'on y rencontre ne doi-
vent être qu'un extrait intelligent, (et] on doit relier pour soi les points
à l'aide de transitions pour avoir, pour ainsi dire, toute la courbe sous
les yeux afin de pouvoir déterminer le lieu recherché.

80. "Plante rampante" csl la traduction de l'exemple de Morus, "plaflta serpefls"


(cf. n. 12}.
L'ABRÉGÉ DE 1819 131

10. Il en va de même pour ce qui est de l'élément formel; les règles


de grammaire sont analogues aux significations du dictionnaire. C'est
·aussi pourquoi la grammaire devient dictionnaire pour œ qui est des par-
ticules. L'élément formel est encore plus difficile.
11. Le recours aux deux auxiliaires [, dictionnaire et grammaire, Jes!
à nouveau recours à un auteur e1, par conséquent, toutes les règles s'appli-
quent de surcroît à cette utilisation. Tous deux n'ern~rassent aussi qu'une
période déterminée de la connaissance de la.langue et ont aussi, d'habi-
tude, une perspective déterminée pour point de départ. Toute utilisa-
tion des deux par un scientifique doit à son tour servir à leur rectifica-
tion et à leur enrichissement par l'amélioration de la compréhension.
Chaque cas doit donc y contribuer pour sa part.

Cl 9) XVII. 2. Application du premier canon au Nouveau Te~tament.


l. L'herméneutique spéciale du Nouveau Testament doit être cons-
truite à partir de toutes [les herméneutiques spéciales] que nous ne con-
naissons pas encore parfaitement. Une herméneutique spéciale n'est
somme toute qu'un procédé abrégé dans lequel les règles générales
devraient aussi suffire. Mais la réduction se fait au détriment de la scien-
tificité, et par conséquent également de la fiabilité lorsque l'herméneu-
tique spéciale dégénère en simple collection d'observations. Elle doit donc
être construite avec soin, ce qui ne peut se faire qu'en tenant compte,
en chaque point, de ce qui, par rapport à un sujet donné, est ainsi exclu
ou ce sujet même. - Toute langue pourrait avoir sa propre herméneuti-
que spéciale si on pouvait la construire dans son caractère spécifique à
partir de la seule idée de la langue et la comparer à d'autres. Mais cela
n'est pas en notre pouvoir. Toutes les langues connaissent par contre
les trois périodes que sont le développement, l'apogée et la décadence.
Ces dernières ont chacune un caractère déterminé dans toutes les lan-
gues. Parallèlement à cela il y a cependant déjà passage à l'interpréta-
tion technique traitant de la relation de l'auteur lui-même à la langue,
et de la question de savoir si un auteur a plutôt forgé la langue ou s'il
est devenu [ce qu'il est] par elle.
2. La langue néotestamentaire doit être subsumée sous la totalité qu'est
la langue grecque. Les livres eux-mêmes ne sont pas traduits, pas même
Matthieu et [!'Épître aux] Hébreux. Mais même les auteurs n'ont pas
directement pensé en hébreu en se contentant d'écrire ou de faire écrire
en grec. Car ils pouvaient, parmi leurs lecteurs, supposer partout de meil-
leurs traducteurs. Ils ont au contraire, comme tout homme sensé (pour
[20) ce qui est du détail, car on ne doit pas tenir compte ici de la première
conception jamais entièrement développée). aussi pensé dans la langue
dans laquelle ils ont écrit. (N. m. : J'ai composê l'aire linguistique à partir
1.) de [la langue] vétérotestamcntaire (Job et les Psaumes), 2.) du grec
macédonien, 3.) des traductions de l'hébreu, 4.) des écrits juifs grecs
(ces derniers de façon différenciée d'après l'analogie de Philon ec de
Josèphe).
Ensuite encore là partir de] la grécité patristique dans la mesure où
elle en fait partie.)
132 HERMÉNEUTIQUE

3. [La langue néotestamentaire] •fait cependant partie de la période


de décadence. On peut dater le commencement de cette période dès
Alexandre. Quelques écrivains se rapprochent alors de la bonne époque
ou s'efforcent de l'établir ; mais nos auteurs puisent plus leur langue
dans le domaine de la vie courante et n'ont pas cette tendance. li faut
cependant aussi faire appel à ceux-là là où ils s'abandonnent tranquille-
ment au caractère de leur époque. C'est pourquoi {il y a] des analogies
justes chez Polybe et Josèphe. XVIII. Des analogies remarquées chez
des écrivains attiques, comme Thucydide, Xénophon, ont une utilité néga-
tive, et c'est un bo_n exercice que de les comparer 81 • Car on conçoit en
effet souvent les divers domaines de façon trop séparée, et on pense qu'on
ne paurrait pas trouver certaines choses dans la langue classique, mais
uniquement dans la langue hellénique ou macédonienne, et on corrige
en conséquence.
4. L'innuence de l'araméen ne peut être déterminée qu'à partir de la
façon générale dont on conçoit que l'on puisse acquérir une langue étran-
gère. La particularité nationale et la tendance à la communication uni-
verselle vont partout ensemble, [par conséquent) aussi dans le domaine
de la langue. 11 est fréquent que la dernière disparaisse comme minimum.
Là où la dernière prédomine de façon trop importante, la particularité
nationale est certes à son déclin. Mais la facilité à s'approprier de nom-
breuses langues en procédant avec art, en comparant la langue mater-
nelle et la langue étrangère à l'image générale de la langue, est un talent.
Ce talent n'a jamais été important chez les Juifs, mais cette facilité, qui
s'est développée aujourd'hui au point de faire dispar&"tre la langue mater-
nelle, existait déjà à l'époque. En empruntant la voie de la communica-
tion ordinaire. sans [recourir à la] grammaire ni [à la] littérature, des
erreurs s'infiltrent cependant lors de l'appropriation, erreurs qu'on ne
trouve pas èhez des individus formés à la culture scientifique, et c'est
là ce qui distingue le Nouveau Testament de Philon ou de Josèphe. Dans
notre cas, ces erreurs sont de deux sortes. Premièrement le contraste entre
la richesse et la pauvreté en éléments formels donne naissance à l'inca-
pacité, pour les écrivains du Nouveau Testament, à tirer profit de la
richesse du grec ; deuxièmement, la réduction, lors de l'appropriation,
des mots étrangers à des mots de la langue maternelle engendre facile-
ment une illusion selon laquelle des mots qui sont équivalents en plus
d'un point le seront aussi partout, et de ce présupposé découle ensuite,
dans l'écriture. un emploi erroné. Remarque: Dans ces deux points la
Septante s'accorde bien avec le Nouveau Testament, et elle est par con-
[21] sëquent presque le moyen d'explicitation le plus riche. Mais on va trop
loin quand on la considère comme la source de la langue du Nouveau
Testament, à partir de laquelle ceUe-ci se serait formée. Tout d•abord
les écrivains du Nouveau Testament. quelle que soit leur différence de
degré dans l'assimilation de la langue grecque et dans les limites produi-
tes par les défauts évoqués, entretenaient également des liens très divers

a. Le texte q//emand dit Es, pronom qui se rapporte probablement au Nou ..eau Tes-·
tamenr lui-même. (N.d. T.)
81. Contre Morus, op. cil., t. 1, p. 208s.
L'ABRÉGÉ DE 1819 133

avec la Septante. Ensuite, on peut indiquer pour chacun d'eux une autre
source, à savoir la communication sociale ordinaire.
XIX. S. C'est une autre chose que d'étudier dans quelle mesure le Nou-
veau Testament dépend encore spécialement de la Septanté pour ce qui
est du contenu religieux. Il faut ici plus particulièrement considérer les
écrits plus récents, les apocryphes : et de ce point de vue la réponse à
cette question a la plus grande influence sur toute la conception de la
théologie chrétienne, et plus précisément sur les principes de l'interpré-
tation dans la mesure où ils sont eux-mêmes au fondement de la dogma-
tique. - Les écrivains néotestamentaires n'introduisent pas de novueaux
mots pour leurs concepts religieux et parlent donc en restant dans l'aire
linguistique de la Bible et des {livres] apocryphes. On doit donc se deman-
der si, en dépit de cela, ils ont d'autres idées religieuses, et donc d'autres
façons d'employer les mots, ou s'ils ne disposent que des mêmes façons
de les employer. Dans le demicr cas, il n'y aurait rien de nouveau dans
la théologie chrétienne et par conséquent, puisque toute [réalité) religieuse
qui n'est pas simplement momentanée est fixée par la réflexion, il n'y
aurait rien non plus [de nouveau) dans la religion chrétienne. Du point
de vue herméneutique on ne peut cependant pas immédiatement tran·
cher cette question qui s'avère donc être une affaire de conviction. Cc
faisant, chacun accuse l'autre d'avoir puisé ses principes dans des opi-
nions toutes faites : car il ne peut y avoir d'avis juste sur la Bible qu'au
moyen de l'interprétation. Certes, le procédé herméneutique peut apporter
une solution. A savoir, d'un côté une mise en parallèle radicale du Nou-
veau Testament et des écrits apocryphes devrait permettre de voir si des
emplois apparaissent dans l'un tout en restant totalement étrangers â
l'autre. Cependant on pourrait toujours encore y échapper en affirmant
que l'aire linguistique est plus grande que ces restes. Devrait donc venir
en aide, de l'autre côté, l'affir:nation du sentiment qui nous dirait si le
Nouveau Testament apparaît pour soi comme un développement d'idces
nouvelles. Celle-ci ne peut cependant avoir de crédit qu'au moyen d'une
culture générale à la fois philologique et philosophique. Seul celui qui
démontre qu'il a déjà entrepris ailleurs et avec succès de telles études,
et qu'il ne se laisse pas corrompre au détriment de son propre discerne-
ment, peut id devenir un guide.
[22} 6. S'il n'y a, de notre point de vue bien sûr, qu'une innuence secon-
daire et anomale de l'origine hébraïque sur la langue néotestamentaire,
alors il faut' se demander dans quelle mesure il faut en tenir compte dans
l'interprétation. Il existe deux maximes unilatérales : se contenter d'un
seul (des éléments linguistique~] jusqu'à ce que des difficultés apparais-
sent et les résoudre alors à l'aide de l'autre [élément]. Ce faisant, le pre·
mier procédé ne se fait plus avec art, et il est alors impropre d'y ratta-
cher le second. Aussi peut-on alors essayer d'expliquer ce qui a son expli-
cation véritable en un tout autre endroit en partant de l'autre moment,
et c'est aussi facile ; mais la connaissance de l'autre ne nous renvoie à
nouveau qu'à des observation~ singulières. Au contraire, d'après notre
règle provisoire selon laquelle l'art doit entrer en jeu dès le départ, on
doit chercher à se faire une conception générale du rapport entre les deux
moments, en faisant abstraction de toutes les difficultés ponctuelles, au
134 HERMÉNEUTIQUE

moyen d'une lecture provisoire et d'une comparaison avec la Septante.


Philon, Josèphe, Diodore, Polybe.
XX. Mais il est incontestable que l'innuence de l'hébreu est spéciale-
ment grande pour ce·qui est des termes proprement religieux. Car dans
la langue hellénique originelle - spécialement dans la mesure où elle
était connue des écrivains néotestamentaires - le religieux qui était à
développer de façon nouvelle ne trouvait aucun point de raccord com-
mun, au contraire même, tout ce qui était semblable fut rejeté à cause
de son lien avec le polythéisme.
7. C'est pourquoi le mélange de l'anomal existe dans des proportions
les plus diverses, et toujours différentes chez chaque écrivain particu-
lier. La règle principale reste donc : former toujours un tout à partir
du dictionnaire de la langue grecque et de celui de la langue hellénisti-
que pour ce qui est de chaque mot. à partir de la grammaire grecque
et de la grammaire hellénistique comparée pour ce qui e.st de chaque
forme, et n'appliquer le canon qu'à ce tout. - Conseil au débutant :
consulter souvent le double dictionnaire, m!me là où rien ne nous y
pousse,· pour dès le départ tenir à distance toute habitude qui procède
sans art.

3. Deuxième canon. Dans un passage donné, le sens de chaque mot


doit être déterminé à partir de son insertion dans son contexte.
l. Le premier canon n'est qu'exclusif. [alors que] le second semble
être déterminant[. C'est là] un saut qui doit être justifié. a) On passe
du premier au deuxième. Chaque mot singulier a une aire linguistique
déterminée. Car, lors de l'explication, on ne fait pas non plus appel à
f23] ce à quoi on croit ne pas pouvoir s'attendre au sein de celle-ci; mais
de la même manière, l'écrit entier fait plus ou moins partie du contexte
global et du contexte immédiat de chaque passage singulier. b) C'est
de la même façon qu'on passe du deuxième au premier. Car lorsque la
liaison immédiate entre sujet, prédicat et adjectifs ne suffit pas [pour
comprendre], iJ faut faire appel à des passages ressemblants et, par la
suite, dans des circonstances favorables, aussi bien à des pas.sages exté-
rieurs à l'ouvrage el n'étant pas de !'écrivain, quoique toujours exclusi-
vement au sein de 1a même aire linguistique.
2. C'est aussi pourquoi la différence [entre le premier et le deuxième
canon], selon laquelle celui-là est exclusif et celui-ci déterminant, est plus
une apparence que la vérité. Au contraire, dans chaque détail, ce der-
nier est également uniquement exclusif. Tout adjectif n'exclut que cer-
tains emplois, et la détermination ne naît que de la totalité des exclu·
sions. Comme à présent ce canon, dans sa plus grande extension, con·
tient aussi toute la théorie des parallèles, l'ensemble de l'interprétation
grammaticale est contenu dans les deux [canons) réunis.
XXI. 3. Il faut à présent traiter ici de la détermination de l'élément
formel et de l'élément matériel ; tous deux à partir du contexte immé-
diat et des parallèles en vue de la compréhension tant qualitative que
quantitative. On peut faire de chacune de ces oppositions le principe fon-
damental de la division, et chacune présentera toujours des avantages.
Mais la première est malgré tout la plus naturelle, car elle est une dou-
L'ABRÉGÉ DE 1819 135

ble direction constante traversant enti~rement toute l'opération [de


l'interprétation J.
4. L'extension du canon, qui consiste à recourir aux passages paral-
lèles, n'est qu•apparente et l'utilisation des passages parallèles est limi-
tée par le canon. Car n'est un passage parallèle que celui qui, eu égard
à la difficulté rencontrée, peut-être pensé comme identique à la propo·
sition elle-même, et donc dans l'unité du contexte.
[241 S. Si donc les deux élément!< sont des parties principales, alors il est
indiqué de commencer par la détermination de l'élément formel, car notre
compréhension du détail se ra11ache à notre compréhension provisoire
du tout, et la proposition n'es[ mise en évidence comme unité qu'au
moyen de l'élément formel.
4. De la détermination de l'élcment formel•. Dans l'élément for-
mel Jui-même. nous devons distinguer ce qui relie les propositions de
ce qui relie les éléments de la proposition.

l. Pour ce faire iÏ faut cependant revenir à la proposition simple. Car


le lien entre des propositions singulières au sein de la période et le lien
des périodes entre elles sont absolument identiques, alors que le lien entre
les membres d'une proposition simple s'en distingue de façon détermi-
née. La conjonction et son régime, ainsi que ce qui la remplace, font
partie du pl,'emier; de la même façon la préposition (fait partie] du
second.
Ce qui importe alors, c'est la nature du lien, son degré et l'extension
de ce qui est lié. Comme partout ailleurs, il n'y a aussi dans le discours
que deux sortes de lien, le lien organique et le lien mécanique, c'est-à-
dire la fusion interne et la coor.dination externe. L'opposition n'est cepen-
dant pas absolue, au contraire, il semble souvent y avoir passage de l'une
à l'autre. Une conjonction causale ou adversative semble souvent ne servir
qu'à coordonner : elle a alors perdu ou délaissé sa teneur spécifique, ou
fait redondance. Mais une [conjonction} de coordination semble égaJe-
ment souvent être devenue réelle, et elle est alors intensifiée ou devenue
emphatique. La différence qualitative passe ainsi dans la différence quan-
titative; cependant ce n'est là souvent qu'apparence, et on doit quand
même toujpurs revenir à la signification primitive. Souvent aussi l'appa-
rence n'est engendrée que par une fausse idée de l'extension ou de l'objet
de la liaison. On ne doit donc jamais décider de l'un (des moments du
lien] sans tenir compte en même temps de toutes les autres questions.
(2SJ XXII. a. Le lien organique peut certes être plus ou moins étroit, mais
on ne doit jamais supposer qu'il ait entièrement perdu sa signification.
On le suppose lorsque ce qui est immédiatement lié semble ne pas devoir
aller ensemble. Mais a) la dernière proposition avant la particule peut
être un ajout et le lien peut se rapporter à la proposition principale antê-
rieure. De la même manière, la première proposition après le lien peut
être un avant-propos, et le lien se rapporter à la pensée principale sui-
vante. Il est vrai que de telles propositions subordonnées devraient être

•. En 1828 j'ai traité en premier de l'élément matériel.


136 HERMÉNEUTIQUE

transformées en propositions intermédiaires pour mettre en évidence le


champ de chaque liaison. Seulement chaque mariière d'écrire ne le sup·
porte que dans une mesure déterminée et très variable, et plus la manière
d'écrire est gracieuse, libre, plus l'auteur doit, pour ce faire, compter
sur le lecteur. fJ) Mais souvent la liaison peut ne même pas se rapporter
à la dernière pensée prindpale, mais à toute une série, car il y a aussi
des passages entiers qui ne peuvent pas être reliés autrement. Il arrive,
dans certains écrits composés de sections, que, lors du passage (d'une
section à une autre], on répète le résultat d'une section et qu'on trans-
forme bel et bien la liaison en une proposition entière qui recèle en même
temps le contenu principal de la section suivante ; œ.rtaines formes d'écri-
ture lourdes supportent en cela certains liens et certaines répétitions, bien
qu'il ne faille pas en abuser, alors que dans des formes plus gracieuses
le lecteur doit lui-même faire attention, et c'est pourquoi la vue d'ensem-
ble générale précédant la compréhension détaillée est doublement
nécessaire.
b. Que la simple coordination puisse aussi, pour ain5i dire, être inten-
sifiée jusqu'à l'emphase découJe du simple fait que toutes ·nos particules
qui établissent des liens organiques comme [par exemple) " car '', " parce
que ", .. lorsque ", ne sont originellement que des particules spatiales
et temporelles. Les liens ici considérés[, les liaisons mécaniques,] peu-
vent donc, eux aussi, pris singulièrement, être ainsi intensifiés. Le canon
qui y correspond découle du fait que: l'on ne doit pas présupposer une
simple coordination pour la totalité (du texte]. Elle prédomine dans la
description et le récit, mais là non plus pas sous forme pure. car celui
qui écrit ne serait alors qu~un simple organe. Là où cela n'a pas lieu,
elle ne peut être que subordonnée, c'est-à-dire intégrée dans la liaison
organique, ou déduite à partir d'elle, ou la préparant. Là donc où il n'y
a pas en outre une liaison organique, elle.doit être cachée dans celle [qui
est simplement coordinatrice}.
[26J XXIII. 5. Application au Nouveau Testament.
1. Puisque, même si on pense ce qu'on écrit dans la langue de l'Écri-
ture, le projet se fait cependant souvent dans la langue maternelle et que
la liaison entre les pensées est donnée dès Je premier projet, il faut
ici[, pour les écrivains néotestamentaires,) penser tout particulièrement
à un mélange entre le grec et l'hébreu.
2. Ce mélange exerce une influence d'autant plus grande que les deux
langues sont en ce point ((celui des formules de liaison)) très différen-
tes. a. Ils ne pouvaient assimiler la richesse de la langue grecque sans
passer par la voie de la science, parce qu'on y prête une moindre atten-
tion et qu'on assimile moins la valeur des formules de liaison à travers
une écoute distraite, ce qui rend également hésitant dans l'emploi de celles
qu'on connait réellement. b. Des signes grecs qui corresponsaient en plu-
sieurs cas à un signe hébreu ont, par la suite, d'autant plus facilement
été tenus pour équivalents.
3. Il est par conséquent nécessaire de former un tout à partir des signi-
fications grecques d'un signe et des significations hébraïques qui leur
correspondent, et de juger à panir de celui-ci de la fa90n qui a été stipulée.
4. La manière d'écrire gracieuse laisse la plus grande marge dans
L'ABRÉGÉ DE 1819 137

l'usage de cet élément, puisque les propositions elles-inêmes s'y entrela-


cent de la façon la moins artificielle.
S. On ne peut pas non plus méconnai"tre ici une grande différence entre
les écrivains. Paul construit le plus en grec, Jean le moins.
6. Les auxiliaires ne sont pas encore assez adaptés aux fins [de l'inter-
prétation]. Le mieux consiste toujours à utiliser simultanément les dic-
tionnaires du Nouveau Testament et ceux qui se rapportent à la ·Sep-
tante. li est extrêmement important de faire attention même là où aucune
difficulté ne se manifeste, sans quoi on n'aura jamais le tact indiquant
ce qu'on peut sc permettre. De là vient qu'on sc trompe ici si souvent.
7. Il faut encore ajouter spécialement ici (ce que j'avais oublié de noter
en 4, a)) qu'il existe aussi des liaisons subjectives servant à indiquer la
raison pour laquelle on a dit cc qui précède, lesquelles {liaisons) ne se
distinguent pas, selon la forme, des [liaisons] objectives. On croit alors
qu'il s'agit d'une restriction de la signification, d'une simple transition.

XXIV. 6. On ne résout la tâche consistant à déterminer l'élément


qui lie les propositions qu'au moyen du concours ·général [des
éléments]. ·
1. En revenant au contenu général, ce sont tout d'abord les idées prin-
cipales qui agissent [et}, dans la considération des propositions immé-
diatement reliées, ce sont leurs sujets et prédicats, à savoir l'élément
[27] matériel.
2. Dans le contexte le plus immédiat, c'est l'élément formel combiné
qui agit, à savoir que Je régime explicite les particules et réciproquement.
3. Dans la suite on devra encore s'attacher aux formules de liaison
coordonnées et subordonnées.
4. Le sens juste doit opérer l'application. [Car] la dernière détermi-
nation doit bien toujours partir de la reconstruction la moins soumise
aux préjugés.
7. La préposition et la relation de dépendance immédiate sont ce
qu'il y a de plus difficile pour ce qui est des liaisons au sein de la
proposition.
1. Peu importe si la proposition [est formée] du sujet et du prédicat,
ou aussi de la copule. On ne peut jamais se méprendre sur la liaison immé·
diate des deux, et même Jeurs extensions immédiates [par] les adjectifs
et les adverbes se réunissent à eux par la fonne pour donner naissance
à un tout. Quant à la préposition, elle y rattache des déterminations plus
·précises du verbe, à savoir sa direction, son objet, etc. Le génitif. lesta-
tus constructus, est une détermination plus prêcise du sujet. On déter-
mine aisément le sens de la préposition au moyen du sujet et de l'objet.
C'est l'élément matériel qui tranche.
2. Dans le Nouveau Testament, l'[élément] hébraïsant est ici tout aussi
prédominant, et on doit toujours avoir également en tête la forme [hébraï-
que) correspondant [à la forme grecque].

XXV. 8. Remarque ultérieure relative à la liaison des propositions.


l. Il ne peut y avoir de propositions non liées que lorsqu'une propo-
138 HERMÉNEUTIQUE

sition est posée comme {faisant) une avec celle qui Ja précède, que cela
soit fait d'après un lien causal ou une coordination. Ad. a.)[Le premier
cas se produit lorsqu'une proposition] est immédiatement extraite de la
proposition précédante, de sorte que le point principal était déjà con-
tenu dans celle-là. Ad b.) [Le second cas se produit lorsque] des [propo-
sitions] coordonnées avec précision sont mises côte à côte. Il n'y a par
conséquent que rarement des erreurs.
2. Toutes les conjonctions peuvent, dans certains cas, sombrer dans
une insignifiance enclitique, et alors tout [lien) qu'elles suggèrent est des
plus lâches.
2. • On peut penser la liaison elle-même de façon indéterminte par
manque de conscience critique.
3. Chez les écrivains de Nouveau Testament tout apparaît en même
[28) temps, la souplesse des périodes aussi bien dans les écrits didactiques,
où domine le lien causal, que dans les écrits historiques où domine la
liaison narrative. [à savoir} mauvaise habitude et emploi par ignorance.
Voilà pourquoi tous deux sont aussi difficiles. Souvent [on ne sait] pas
jusqu'où s'étend une série didactique, et souvent [on ne saitl pas jusqu'où
s'étend une totalité historique. Seuls Paul et Jean se distinguent, celui-
là dan!> le didactique et celui-ci dans l'historique. [La faculté de) déter-
miner l'intérêt plus précisément que ne l"a fait l'auteur lui-même dépend
de l'intérêt dogmatique et de celui de la critique historique. C'est pour-
quoi tout ce qui est difficile d'un point de vue philosophique b et d'un
point de vue critique dépend de l'interprétation.
9. Il existe des cas où la difficulté peut aussi bien être ramenée à
l'élément matériel qu'à l'élément formel.
Par exemple la signification hiphil!que des verbes et des choses analo-
gues peut être considérée comme flexion et comme mot propre, et œla
est vrai pour coutes ·les formes dérivées du verbe et du substantif, de sorte
que l'opposition n'est pas pure, mais transitoire. - En présence de tels
cas, il faut chercher à voir quel traitement nous donnera une totalité plus
pure et plus riche, à partir de laquelle on peut construire.
XXVI. 10. Sujet et prédicat se déterminent ré<:iproquement, mais
pas entièrement.
1 • La détermination réciproque la plus précise des deux est la phrase
qui a son cercle le plus étroit et le plus solide dans le [langage) techni-
que. Le point opposé est, d'un côté, l'idée subite oü on attribue au sujet
un prédicat rare [situé) hors du champ habituel et. de l'autre, la sen-
tence qui n'a pas non plus de moyens de détennination plus précis. qui
reste par conséquent en soi indéterminée et ne se trouve déterminée qu'à
chaque fois qu'on l'applique.
11. Tous deux sont plus précisément déterminés en soi. et par con-
séquent également réciproquement, par leurs épithètes.

a. A i11:si la num~rotation de Schleiermarcher. (N.d. T.)


b. lückt! corrige "philosophique" par "dogmatique". (N.d. T.J
L'ABRÉGÉ DE 1819 139

l. Les adjectifs et les adverbes indiquent une direction détenninée et


excluent plusieurs choses. Les liaisons faites à l'aide de prépositions sont,
elles aussi, des déterminations plus précises du verbe, comme on le voit
par le fait que la préposition devient par elle-même une partie constitu-
tive du verbe.
2. Cela n'est cependant pas non plus suffisant, au contraire, l'élément
positif ne peut être donné que par le fait qu'on est en train de recons-
[29] truire de façon générale la série des pensées.

XXVII. 12. Pour le Nouveau Testament, la tâche est de première


importance à cause des concepts nouveaux et uniques.
(N.m. : La forme plus laxiste de la proposition composée doit être
réduite à la forme plus rigoureuse.)

13. Lorsque la détermination immédiate n'est pas suffisante; on doit


recourir à la détermination médiate au moyen de l'identité et de
l'opposition•.
(N. m. : Parmi elles il faut ramener à ces dernières la ressemblance et
la différence.)
a) Identité. Du canon : in scriptura sacra tautologia non est admit-
tenda. Rm 10, 9 ; Rm 4, 25 - 1 Co 6, 14-19 ; Jn 10, 11-14, cf. 15. -
He 3, l, cf. 4, 14; 7, 22; 8, 6.
1 Co 2, 14 - ad 3, 2 (ln, S, li, cf. Jn 8, 14, cf. aussi Rm 3, 28, cf.
Je 2, 24 ; Rm 4, 2 coram seo coram nos). - 1 Co 3, 1, cf. He 5, 13.
- 1 Co 10, 23, cf. ln I, 15 ; 1 Co 8, 5 ; Rm 16, 16; l Jn 5, 14-20. -
Jn 4, 24, cf. 6, 63.

14. L'opposition existe partout, mais on la trouve le plus dans la


composition dialectique••.

•. Ad 13. En 1828 je suis immédiatement parti, de façon progressive. du§ 10. a) A


chacun des deux appartiennent aussi toutes les déterminations concomitantes de cha-
cun des deux. S'il reste alors quelque chose d"indéterminé, c'est qu'il y a une erreur
ou un défaut. Il est conseillé d'être prudent lorsqu'on suppose que l'auteur n'avait en
vue que des représentations indéterminées. I.e juste traitement de l'aspect psychologi-
que doit ici venir en aide. b) Des passages apparentés par leur sens au sein d'un même
écrit - car c'est à cela que conduit tout d'abord la vue d'ensemble générale - sont
à considérer comme appartenant au passage. Il convient là aussi d'être prudent. a) I.e
rapport entre l'expression et l'unité de l'écrit pris comme un tout doit être le mëmc.
li est donc le plus sûr pour cc qui est des pensées principales. /j) Pour ce qui est des
pensées concomitantes, il n'est sûr que lorsqu'elles ont un domaine = traitement très
précis, ou si on peut les construire de sorte à ce qu'elles forment un tout par rapport
auquel la relation est identique.
••. [On passe) de la relation à l'identité c:t à l'opposition. La similitude et la diffé·
rence sont et ne sont pas [quelque chose del comp<>sé. lis sont presque idcntio_ues là
la relation primitive). à savoir lorsque la proportion peut être déterminée d'une manière
ou d'une autre ; il est presque égal à zéro lorsqu'il est plus proche du domaine où on
joue avec des reprësentations ressemblantes, parce que celles-ci sont les pensées conco·
mitantes les plus insignifiantes.
140 HERMÉNEUTIQUE

Dans la mesure où, ainsi, presque tout ce qui apparait dans l'écrit est
ramenë dans le champ des moyens d'~plication, il en résulte que toute
opét"ation se fera d'autant plus parfaitement que celui qui s'attache à
expliquer aura, pour chaque point [particulier}, le tout présent à l'esprit.
Pour ce qui est de notre domaine, le résultat est alors un dictionnaire
complet et bien agencé de !'Écriture. Exposer l'idée d'un tel dictionnaire
en prenant Platon pour exemple. [Montrer alorsl à quel point les dic-
tionnaires du Nouveau Testament sont en deçà de cette idée.

[30) XXVIII. 15. Les règles de la découverte sont les mêmes pour ce
qui est identique et pour ce qui est opposé.
1. Car partout on ne peut juger de l'opposé que par rapport à une
identité supérieure ; er de la même manière, on ne reconnaît \'identité
que grâce à une opposition commune.
2. ·Il importe également dans les deux cas de parvenir à la certitude
de poser la relation entre deux propo!itions comme l'auteur lui-même
l'avait posée.
16. Une proposition qui est continûment régie par le même sujet
ou le même prédicat est à considérer comme faisant encore partie du
contexte immédiat.
17. Si ce qui revient après une interruption fait encore partie du
contexte principal du discours, majs non ce qui l'interrompt, alors
l'identité est ce qu'il y a de plus probable.
[31) 18. Si ce qui revient est une pensée concomitante et ce qui inter-
rompt une pensée principale. alors on ne peut être convaincu de l'iden-
tité qu'en proportion de l'égalité avec la pensée principale dans le con-
texte et de l'identité du type de tournure de la pensée el1e-même•.
_(N.m. : C'est pourquoi les paraboles peuvent être considërées
comme" des pensées concomitantes. Mt 13.)
19. En vue des pensées principales on peut passer d'un. écrit à
d'autres du même auteur qui peuvent être considérés comme formant
une ·unité avec celui-là, et on peut donc également passer à des écrits

'". Identité du sujet. Mt 16, 18 •. Au cas où l'écrit lui-même ne suffit pas, la démar-
che la plus naturelle consiste à passer à d'autres écrits du même auteur. Mais cela [n'estl
pas toujours (possible}. car ils rorment bien une unité par rapport à l'interprétation
psychologique, mais n'en forment une, eu égard à la langue, que dans la mesure où
ils font partie du même genre de composition.
a. Kimmerle lil: "Ensuite du 18."; nous suivons la correction de W. Virmond.
(N.d.T,)
b. Kimmerle fit: '"donnent naissance a"; nouss11Nons la corr«tion de W. Jlirmond.
(N.d.T.J
L'ABRÉGÉ DE 1819 141

d'autres auteurs qui se rattachent à lui par une identité d'école et de


point de vue.
(32] 20. Pour ce qui est de la pensée cçmcomitante, en respectant le§ 18,
l'identité de l'aire linguistique et de la façon d'écrire est plus impor-
tante que les personnes et le point de vue•.
(N.m. : Dans quelle mesure peut-on expliquer des pensées concomi-
tantes à partir d'autres passages contenant la même pensée comme prin-
cipale ? De manière qualitative mais non quantitative, floue mais non
précise.)
XXIX. 21. Plus on se fie à d'autres en vue de la découverte, plus
on doit être capable de contrôler leur jugement.
(N.m. : Ceci ne doit venir qu'après. - En dernier lieu, dans cette par-
tie, [traiter] de la reconstruction de la langue. A quoi se rattache, pour
le Nouveau Testament, la composition dogmatique.)

22. Le point de vue philologique, qui considère isolément chaque


écrit de chaque écrivain, et le point de vue dogmatique, qui considère
le Nouveau Testament comme étant l'ouvrage d'un Écrivain, s'oppo-
sent dans l'application au Nouveau Testament R2•

[33] 23. Tous deux se rapprochent quand on songe que l'identité d'école
compte pour ce qui est du contenu religieux et que l'identité de l'aire
linguistique est réalisée i. pour ce qui est des pensées concomitantes.

24. Même du point de vue dogmatique le canon : " On ne doit sup-


poser un emploi figuré qu'en dernière instance ".qui s'appuie sur une
personnaliié déterminée du Saint-Esprit comme Écrivain, demeure
faux 8'.

XXX. 2.5. Le point de vue philologique reste en deçà de ses pro-


pres principes lorsqu'il rejette la dépendance commune fà l'égard du
Saint-Esprit] en privilégiant la culture individuelle.

26. Le point de vue dogmatique outrepasse ses besoins lorsqu'il


rejette la formation individuelle en privilégiant la dépendance et se
détruit ainsi lui-même.
Car il doit alors attribuer au Saint-Esprit l'incontestable changement
d'humeur et des modifications du point de vue.

a. Kimmer/e lit : "l'intentio"" ; nous suivons la correction de W. Virmond. (N.d. T.)


b. Kimmerle /il : "joue un rôle"; nous suivons la corre1:1ion de W. Virmond. (N.d. T.)
82. L'aci:ent mis sur la conception philologique au détriment de la dogmatique avait
été préparé par Ernesti (voir n. 55).
83. Contre Ernesti, op. cit., 1, 2, 4, ~ 4.
142 HERMÉNEUTIQUE

[34} 27. Reste la question de savoir laquelle des deux doit être placée
au-dessus de l'autre, et même le point de vue philologique doit déci-
der en faveur de la dépendance.
Leur individualité [(celle des auteurs du Nouveau Testament)] n'est,
en partie. qu'un produit de leur relation au Christ ; en partie, (pour ce
qui est de ceux qui sont) plus individuels (Paul et Jean, run (a une rela-
tion) dialectique [avec le Christ), l'autre (une relation] sentimentale), Paul
ayant connu un revirement radical, il serait préférable de l'expliquer à
partir d'autres écrivains du Nouveau Testament et non pas à partir de
ses propres écrits préchrétiens, alors que Jean s'est manifestement joint
au Christ alors qu'il était jeune et n'a développé sa particularité que
comme chrétien.
28. Le point de vue philologique anéantit le christianisme s'il mécon-
naît cela.
Car si la dépendance du Christ est nulle face à la particularité person-
nelle et aux défauts nationaux, alors le Christ lui-même est nul.
XXXI. 29. Le [point de vue] dogmatique détruit !'Écriture s'il étend
le canon de l'analogie de Ja foi au-delà de cette limite~'.
Car un [/ocus]communis emprunté à des écrivains clairs ne peut être
utilisé pour expliquer les (écrivains} obscurs sans que !'Écriture ne soit
expliquée à partir de concepts dogmatiques, ce qui anéantit son autorité
et va par conséquent contre les principes mêmes du point de vue a dog-
matique. Car l'établissement d'un tel eonsensus b est une opération dog-
matique dans laquelle on doit faire abstraction non seulement de la par·
ticularité de la personne, qui a été mise en doute, mais encore de la par-
ticularité de la motivation qui n'a pas été remise en cause.
Toul passage est un amalgame de ce qui est en commun et de ce qui
est particulier et ne peut donc pas être correctement expliqué à partir
de cela seul qui est en commun. On ne peut pas non plus établir correc-
[ 35J tement ce qui est en commun avant d'avoir expliqué tous les passages,
et l'opposition changeante du clair et de l'obscur peut être ramenée au
fait qu'à l'origine un seul [passagcJ est clair.
30. L'analogie de la foi ne peut donc résulter que de la juste inter-
prétation, et Je canon ne peut être que le suivant : l'explication est
fausse quelque part si, de tous les passages qui vont ensembJe, ne résulte
aucun accord commun.
On doit donc se contenter de dire : la probabilité de l'explication erro-
née serait alors relative au passage qui seul s'oppose à la découverte d'une
telle chose commune.

a. f<immerle lit : "de l'interpritation •• : 11ous suivons la corrtttion de W. Yirmond.


(N.d. T.)
b. Kim merle lit : « de tels communes•• ; nous suivons la correction de W. Jlirmond.
(N.d. T.)
84. Cf. n. 57.
L 'ABRÉOÉ DE 1819 143

Deux heures réunies. Dans l'une [j'ai parlé)


(3 I .) de l'unité du Nouveau Testament comparée à l'unité de l'école
socratique. Dans l'autre [j']ai parlé ·
(32.) de la différence entre l'explication purement philologique, qui
vient en premier, et l'usage qui lui fait suite et qui combine.
(33.) Les principes du parallélisme sont différents pour ces deux.
Différence essentielle entre les passages principaux et les passages con-
comitants. Possibilité d'un contenu identique malgré un usage totale-
ment différent de la langue. [Il en vaJ ainsi pour Jean et Paul, en ce
que l'un établit des liaisons de façon plus historique, l'autre de façon
plus figurée.

34. La distinction absolue du procédé [philologique et du procédé


dogmatique] est essentielle, ainsi que le fait d'avoir pleinement cons-
cience de celui dont on use.

XXXIV. 35. Si, la connaissance de la langue étant présupposée,


on doit pratiquer l'interprétation de la même façon que celle qui per-
met d'établir la connaissance de la langue, alors une aire linguistique
déterminée doit être délimitée, au sein du champ d'un mot, par l'usage
des passages parallèles.
A vrai dire tout ce qui se fait passer, dans les lexiques. pour autorité
sous des significations déterminées doit être une collection de passages
parallèles.
[36] 36. On limite ainsi par trop l'ancienne règle : " S'il se trouvait
d'autres traces dans !'Écriture même, alors il ne faudrait pas chercher
les moyens d'interprétation en dehors de cette dernière 8~."
1. Car s'il se trouve malgré tout des mots ayant la même significa-
tion [en dehors de rÉcriture], alors on intégrerait quand même de tels
passages dans le dictionnaire. On ne peut pas invoquer là-contre la dif-
férence entre des passages faciles et des passages difficiles ; quoique ce
soit bien évidemment d'elle qu'on soit parti pour ce qui est di; cette règle.
2. Elle serait particulièrement limitée pour ce qui est des pensées prin-
cipales, en partie du fait que la conversion religieuse ne concernait pas
tout (au contraire. certaines idées étaient restées celles de leurs contem-
porains), en partie aussi du fait que des idées de l'époque sont citées par
opposition aux idées chrétiennes.
3. Pour ce qui est des pensées coricomitantes, il est clair que les autres
écrivains néotestamentaires ne sonr pas plus apparentés à un écrivain
du Nouveau Testament que ceux qui partagent son champ de pensées,
son degré de culture et son aire linguistique.

85. Cette règle est déterminée par la doctrine luthérienne du sofa scriprura qui était.
à l'origine, formulée contre une explication à partir de la tradition. Sa formulation her-
méneutique remonte à F1.Ac1us (voir Clavis scripturae sacrae, éd. cit., 2• partie, col. 7,
60, 694).
144 HERMÉNEUTIQUE

4. Cette règle a encore moins de valeur lorsqu'on entend également


par sainte Écriture l'Ancien Testament. Car ce dernier contient, eu égard
au" pensées principales, maintes choses erronées qui étaient déjà étran-
gères à toute l'époque du Nouveau Testament ; et, eu égard aux penSées
concomitantes, il fait partie d'une époque dont la vie de jadis n'avait
que peu conservé.
37. Puisqu_e le sens ne se trouve pas dans les éléments isolés, mais
uniquement dans leur regroupement, les parallèles les plus proches sont
ceux qui présentent le même regroupement.
Il est toujours \ID peu arbitraire de déclarer d'un mot qu'il est le plus
obscur ; car ce peut tout aussi bien être l'autre. Cf. Jn 7, 39, où on s'effor-
·cerait en vain si on cherchait au petit bonheur la chance parmi les diver-
ses significations de :ni[ri!Jla) (iy{,D'Y), alors que le vrai parallèle est Ac
19, 2, et on peut vraiment dire que la difficulté réside dans le dva', qui
n'est pas ici à prendre au sens strict, mais qui signifie : être donné dans
la manifestation, être révélé.
f37] XXXV. 38. Il faut partout prêter une égale attention à la compré-
hension quantitative et à la compréhension qualitative.
Il ne faut donc pas commencer à y prêter attention en prësence de pas-
sages difficiles, mais aussi en présence de passages faciles, tant dans l'élé-
ment linguistique formel que dans l'élément linguistique matériel, pour
ce qui est des mots comme pour ce qui est des propositions entières.
39. La redondance est le minimum de la {compréhension} quanti-
tative, l'emphase son maximum.
l. La redondance consiste en ce qu'une partie n'ajoute rien au tout.
Cela ne se produit cependant jamais de façon absolue. L'emphase con-
siste d'une part dans le fait qu•on doit prendre le mot dans son sens le
plus large, sens dans lequel on ne le rencontre pas usuellement, mais
d'autre part aussi dans le fait que toutes les idées concomitantes qu'il
peut éveiller sont également intentionnelles. Ce dernier aspect est quel-
que chose d'infini.
2. Or. puisque les extrêmes ne sont pas à vrai dire donnes, on part
d'une moyenne qui est l'usuel; ce qui se trouve en dessous s'approche
de la redonnance, ce qui est au-dessus, de l'emphase.
XXXVI. 40. Tout ce qui est plus ou moins redondant doit, parce
qu'il doit bien y avoir une cause, être né soit eu égard à la musicalité
de la langue, soit à partir de l'attraction mécanique ; et on doit pou-
voir déceler l'un des deux lorsqu'on considère quelque chose comme
étant redondant.
l. Il y a attraction mécanique presque uniquement lorsque la liaison
des deux parties du discours est devenue une formule ou une phrase.
2. La redondance ne peut e"ister eu égard à la musicalité de la langue
que dans les genres où cet élément prédomine et dans des passages où
!'[élément) logique s'estompe, ce qui est le cas lorsque la forme de l'oppo-
sition est totalement absente. ·
L'ABRÉGÉ DE 1819 145

3. Des parties du sujet ou du prédicat peuvent être ainsi redondantes


lorsqu'il est décomposé en une pluralité. En outre, les déterminations
oonoomitantes [de l'un ou de l'autre peuvent être redondantes] lorsqu.'elles
ne sont pas dans une opposition déterminée.
41. Ce qui se veut emphatique doit se manifester de sorte à être
{38) reconnu au moyen d'une position plus marquée et d'autres indications.
1. On ne peut dépasser la mesure usuelle de ce qui est significatif sans
en avoir conscience, et on doit aussi vouloir être remarqué, car remploi
emphatique d'un mot est toujO\lrS un raceourci consistant à mettre Sim·
plement dans le mot ce qui, autrement, pourrait être à côté de lui. Si
donc le premier ne peut être fait avec suffisamment de clarté, alors cha-
cun choisit l'autre solution.
2. Il doit toujours y avoir une autre partie du discours par rapport
à laquelle la première est emphatique, et cela doit pouvoir être mis en
évidence par la composition.
42. La maxime qui nous invite à prendre le plus possible de façon
tautologique est aussi fausse que celle qui nous invite à prendre plus le
possible de façon emphatique 86 •
1. La première de celles-ci est la plus récente ; on la croit suffisam-
ment justi.fiée dans le Nouveau Testament par la forme prédominante
du parallélisme et par la rigueur logique souvent moindre ; mais c'est
à tort, et on doit en revenir d'après les propositions établies ci-dessus.
On se croit tout particulièrement justifié par la moindre apparence de
synonymie.
XXXVII. 2. La dernière est la plus ancienne et se rattache à la con-
ception selon laquelle le Saint-Esprit est Auteur, et qu'il ne ferait rien
en vain ; par conséquent aucun\! redondance, aucune tautologie, et tout
ce qui s'y apparente est donc avant tout emphatique. Mais ensuite tout,
en général, [est considéré comme étant emphatique ;] car il y a quelque
chose de trop dans chaque mot lorsqu'il n •est pas totalement épuisé dans
chacune de ses occurrences. Cette maxime est toutefois à rejeter absolu-
ment puisque les auditeurs et lecteurs originels ne perdaient jamais de
vue la personnalité de l'écrivain, qu'ils ne pouvaient juger du discours
et de l'écrit que d'après les présupposés habituels, et que le recours [à
l'idée] que le Saint-Esprit avait en vue l'ensemble de la chrétienté croyant
à l'inspiration, qui ne peut le juger que d'après la formule établie, n'est
d'aucun secours, car cette chrétienté n'a pu se constituer qu'à partir de
la juste compréhension qui se manifesta aux premiers chrétiens.
3. Puisque la vérité est médiane, on ne peut donner d'autre règle géné-
rale pour le jugement que de toujours garder en vue les deux déviations
[39J et de se demander laquelle. pourrnit être appliqu~ en allant le moins contre
la nature. On doit particulièrement discuter ici de l'action des expres-

86. La première de ces maximes était une ripos1e de l'exégèse biblique influencée
par le rationalisme à la maxime de l'herméneutique piétiste invitant "à prendre le plus
possible de façon emphatique" (cf. J. J. RAMBACH, lnstitutiones hermeneuricae sac:rar,
1724).
146 HERMÉNEUTIQUE

sions figurées puisque, d'un point de vue emphatique, toute métaphore


est l'abrégé d'une parabole et que, de la même ma.ni.ère, on peut rendre
une parabole emphatique. [On doitJ également légitimement juger d'après
les règles établies [du fait de savoir] si ce qu'on recherche encore dans
une parabole fait partie du champ même dans lequel se déploie oette para-
bole. Si on ne le fait pas, on n'obtient que des applications et des choses
mises dans le texte {alors qu'elles n'y étaient pas]. Mais, de l'autre côté,
{il faut aussi songer] à quel point la métaphore est proche de la phrase.
Car on ne peut s'attendre à une emphase de cette intensitê. L'emphase
domine le plus dans l'exposé rigoureusement dialectique et dans l'exposé
humoristique.
XXXVIII. 43. La proportion dans laquelle il faut prësuppposer la
redondance ou l'emphase ne dépend pas seulement du genre du dis-
cours, mais encore du niveau de développement du sujet [du discours].
Lorsque le sujet [d'un discoursJ est déjà suffisamment élaboré pour
le domaine de la représentation, alors on peut partir de la moyenne, et
le moment et le lieu du discours où on doit plutôt s'attendre à l'emphase
ou plutôt à la redondance ne dépendent alors que du genre du discours.
Mais si le sujet [du discours] est encore nouveau et que la langue qui
~·y applique n'est pas encore formée, alors naît un doute quant au fait
de savoiÎ" si les éléments retenus vont aussi atteindre leur but ; et là où
[la langue] se fonde dans le détail sur quelque chose de déterminé, là
naît la tendance à assurer ce qui ne l'est pas suffisamment à l'aide d'une
autre expression. C'est là l'origine des accumulations qui sont tantôt prises
pour des tautologies, tantôt pour de l'emphase. Mais la vérité, c'est qu'il
ne faut pas les considérer comme identiques ni comme opposêes, mais
comme une unité et développer l'idée à partir d'elles, prises ensemble.
Dans le Nouveau Testament cela est le moins vrai chez Paul parce que
sa terminologie reposait sur une masse d'enseignements oraux, le plus•
chez Jean. La fausse emphase a engendré le fait qu'on a recueilli toutes
les expressions singulieres, \comme] "régénération,., "illumination .. ,
''renaissance'', dans le système conceptuel dogmatique, d'où est née une
surabondance troublante et non scientifique 8'. La fausse tautologie a
engendré le fait qu'on ait attribué le minimum de contenu aux expres-
sions et qu'on ait donc abandonné le concept lui-même.
[40) 44. La compréhension quantitative des propositions se ramène à
la compréhension des éléments et des modes de liaison.
[1.] Les propositions ont une relation entre elles et une relation à l'unité
du discours. Dans la seconde, tout dépend de lopposition entre les pen-
sées principales et les pensées concomitantes, dans la premiêre de la coor-
dination et de la subordination. Est pensée principale tout ce qui est dit

a. Kimmerle lit "moins"; nous a~ons ir:i rvprîs la correction de Lücke. (N.d. T.)
87. Cf. par exemple: Chr. F. SARTORIUS, Compendium theologiae dogmaticae,
Tübingen. 1777. chap. xm : "De illuminatione, regenerutione, conversione, poenitentia
et /ide" (p. 230-269).
L'ABRÉGÉ DE 1819 147

pour soi-même, est pensée concomitante tout ce qui n'est dit qu'à titre
d'explicitation, même si la dernière est souvent bien plus développée que
la première. [Il faut] reconnaître les pensées principales à l'aide des con-
cepts qui y apparaissent. Puisque les pensées concomitantes sont redon-
dance et ne trouvent pas de place dans l'idéal de l'exposé scientifique
rigoureux, il faut juger du rapport entre les pensées principales et les
pensées concomitantes tout comme du rapport entre la redondance et
l'emphase.
[2. Le fait de savoir) si des propositions sont coordonnées ou subor-
données doit découler des particules et des modes de liaisons ; mais le
contenu est complémentaire. Plus les formules de liaison sont détermi-
nées dans une langue ou un genre de discours, moins on a besoin. de faire
appel au contenu des propositions et, inversement, plus le contexte est
clair, moins une anomalie dans l'emploi des formules de liaison est
importante.
[3.] Mais dans des formes relâchées, comme le sont les formes du Nou-
veau Testament en général, il est difficile de distinguer les pensées prin-
cipales des pensées concomitantes à partir de l'aire linguistique, car cette
opposition même n'est pas marquée et qu'au contraire, lors d'un léger
changement de la matière, l'une passe dans l'autre. On doit alors recou-
rir à l'autre moyen et, en reconnaissant la relation d'une proposition à
une autre, on doit aussi, au moyen de celle-ci, trouver la relation au tout.
(N.m. : C'est à partir de là qu'il faut aussi expliquer la classification
erronée de passages dogmatiques qui repose en fait sur la maxime qui
veut que, dans les livres du Nouveau Testament, tout ce qui est dogma-
tique doive immédiatement i.~re pensée principale. Caractère insoutena-
ble de cette maxime.)

Remarque finale

Les sujets traités en dernier nous ont le plus renvoyé à l'interpréta-


tion technique. Ce n'est pas que la maJlime selon laquelle chaque aspect
[de l'interprétation] devrait en soi être suffisant serait fausse : mais elle
suppose une connaissance si parfaite de la langue qu'elle n'est pas pos-
sible sans une interprétation achevée.
Puisque, lorsque la connaissance de la langue est imparfaite, je dois
bien recourir à la connaissance de la langue qu'en ont d'autres, tout en
ne pouvant en user qu'avec une connaissance imparfaite de la langue,
alors, dans tout cas de ce genre, l'interprétation technique doit être le
complément. Et il en va de même inversement, je ne peux utiliser la con-
naissance que d'autres ont de l'auteur qu'au moyen de la connaissance
imparfaite que j'ai d'eux-mêmes, et l'interprétation grammaticale doit
donc me servir de complément.
148 HERMÉNEUTIQUE

[41] Seconde partie


L'interprétation technique

1. Le point de départ commun de l'interprétation technique et de


l'interprétation grammaticale est la vue d'ensemble générale qui sai-
sit l'unité de l'ouvrage et les caractéristiques principales de la compo-
sition. Mais l'unité de l'ouvrage, le thème, est considéré ici comme
le principe qui meut celui qui écrit, et les caractéristiques fondamen-
tales de la composition comme sa nature particulière qui se révèle dans
ce mouvement.
(N.m. : Unité de l'ouvrage. - La division [est] ici souvent simple-
ment externe et indéterminée. [Elle) peut être détruite. Par contre l'orga-
nisation esr aussi souvent dissimulée exprès. - L'unité est d'autant plus
grande qu'elle est plus artistique et inversement. - Ce qui re1ève de l'art
ne doit pas uniquement être jugé à partir de la langue, par exemple pour
ce qui est des dialogues et des lettres. - L'extrême relâchement et
l'extrême cohésion outrepassent les limites de l'interprétation véritable.
-Tâche provisoire. ce qu'on doit savoir au préalable : le but et le reste,
la sphère et la provision de pensées.)

L'unité de rouvrage réside dans la constrution grammaticale de l'aire


linguistique, et les caractéristiques fondamentales èe la composition sont
des constructions du mode de liaison. Ici le sujet [du texte] est ce qui
pousse l'auteur à communiquer. Les différences objectives, par éxem-
plc entre le traitement populaire et le traitement scientifique, sont déjà
incluses ici. Mais l'auteur arrange alors le sujet de la façon qui lui est
propre et qui se reflète par conséquent dans cet agencement. De la même
manière, puisque chacun a toujours des représentations concomitantes
et qu'elles sont aussi déterminées par la particularité, on reconnait la
particularité par l'exclusion [de représentations concomitantes] plus rami·
lières et l'assimilation [de représentations concomitantes} étrangères.

En reconnaissant ainsi l'auteur, je le reconnais tel qu'il collabore au


travail de la langue : car il donne en partie naissance à des innovations
linguistiques, puisque chaque liaison non encore effectuée entre un sujet
et un prédicat est quelque chose de nouveau, en partie il conserve ce qu'il
répète et transmet. De la même manière, en connaissant l'aire linguisti-
que, je reconnais la langue telle que l'auteur en est le produit et est sou-
mis à sa puissance. Les deux sont donc identiques, seul le point de vue
change.
2. Aussi le but ultime de l'interprétation technique n'est-il rien
d'autre que le commencement développé, à savoir saisir le tout de l'acte
dans ses parties et, à nouveau, dans chacune des parties le contenu
comme ce qui meut et la forme comme la nature mue par le contenu.
Car une fois que j'ai pénétré tous les détails, il ne reste plus rien d'autre
à comprendre. Il est également évident en soi que l'opposition relative
L'ABRÉGÉ DE 1819 149

[42] entre la compréhension du détail et la compréhension du tout trouve sa


médiation dans le fait que chaque partie peut-être traitée de la même
manière que le tout. Mais le but n'est atteint que dans la continuité. Même
si certaines choses ne peuvent être comprises que de façon grammati-
cale, on ne les comprend cependant pas dans leur nécessité dont on ne
prend conscience que si l'on ne perd jamais de vue la genèse.
3. Le but entier doit être défini comme la compréhension parfaite
du style.
Nous sommes habitués à n'entendre par style que la façon de traiter
la langue. Seulement, partout pensée et langue passent rune dans l'autre,
et la façon particulière de saisir le sujet passe dans la disposition [des
parties] et ainsi dans la façon de traiter la langue.
Puisque l'homme est toujours pris dans une multiplicité de représen·
ta.tions toute production est née par l'acceptation ou l'exclusion. - Mais
si cette production. ou quoi que ce soit d'autre, n'est pas le résultat de
la particularité individuelle, mais est apprise ou acquise par l'habitude
ou élabor6e en vue de l'effet, alors il s'agit de la manière, et le style
maniéré est toujours mauvais.
4. Il ne peut être atteint que par approximation.
En dépit de tous les progrès, nous en sommes encore fort éloignés.
[Sans quoi] le débat à propos d'Homère ne serait pas pÔssible 88 • A pro-
pos des trois auteurs tragiques 89 ': imperfection de leur distinction.
La conception individuelle est non seulement jamais épuisée, mais
encore toujours susceptible d'ètre rectifiée. On le voit également à par-
tir du fait que la meilleure preuve est incontestablement l'imitation. Mais
comme cette dernière ne réussit que si rarement et que la critique supé-
rieure est toujours encore expcsée à des confusions, nous devons encore
être assez éloignés du but.
5. Avant de procéder à l'interprétation technique, il faut disposer
de la manière dont le sujet et la langue étaient donnés à l'auteur ainsi
que de ce qu'on peut savoir par ailleurs sur la maniêre qui lui est
propre.
Pour ce qui est du premier [J)Oinc), il faut aussi tenir compte de l'état
dans lequel se trouvait précédemment le genre déterminé auquel l'œuvre
[43] appartient ; pour ce qui est du second, de ce qui était d'usage en ce
domaine déterminé ainsi que dans ceux qui le jouxtent. {Il n'y a} donc
pas d'intelligence exacte de cette sorte sans connaissance de la littéra-
ture contemporaine qui s'y rattache et de ce dont disposait l'auteur
comme modèle antérieur de style. Rien ne saurait remplacer une telle
étude cohérente pour cet aspect de l'interprétation.

88. Le "débat à propos d'Homère•· .wait été déclenché par F.A. Wo1,F, Prolego-
mena ad Homerum, Halle, 1794, qui ava ic:nt cté réédités à Halle en 1795 comme intro-
duction à son édition des ceuvres d'Hom·~re. Wolf y développait la thèse scion laquelle
les œuvres Qui nous sont parvenues sous le nom d'Homère (L 'lliade et L'Odyssée) avaient
Clé élaborées à six époques distinctes et étaient l'œuvre d'une pluralité d'auteurs.
89. 11 s'agit des trois au1eurs tragiques de I' Antiquité, Eschyle, Sophocle c:t Euripide:.
150 HERMÉNEUTIQUE

Le troisième est certes très laborieux, mais comme il est difficile qu'il
soit autrement que transmis par un tiers, et donc mélangé à un juge-
ment qui ne peut être évalué que par une interprétation similaire, on doit
pouvoir s'en passer. A l'origine, c'est bien pour cette raison qu'o~ a joint
les biographies des auteurs à leurs oeuvres, mais on passe ordinairement
par-dessus cette relation. Des prolégomènes adaptés doivent cependant
rendre attentif à ce qui est Je plus indispensable Pour ce qui est des deux
autres points.
Lors de la première vue d'ensemble de l'ouvrage, ces connaissances
préalables engendrent une idée provisoire de ce dans quoi il faut avant
tout rechercher la particularité.
6. Il y a d'entrée de jeu deux méthodes pour toute l'opération [de
l'interprétation technique), la divinatoire et la comparative, qui ,
comme elles renvoient l'une à l'autre, ne doivent pas être séparées.
La [méthode) divinatoire est celle dans laquelle, en se transformant,
pour ainsi dire, soi-même en l'autre, on cherche à saisir immédiatement
l'individuel. La [méthode] comparative pose tout d'abord celui qu'il faut
comprendre comme un universel et découvre le particulier ensuite en fai-
sant une comparaison avec d'autres qui sont compris sous le même uni·
verse!. La méthode divinatoire est la force féminine dans la connaissance
des hommes, la méthode comparative la force masculine.
Toutes deux renvoient rune à l'autre. Car la première repose tout
d'abord sur le fait que tout homme. en plus du fait d'être un [homme]
particulier, est réceptif vis-à-vis de tous les autres. Cette réceptivité elle-
inême semble cependant ne reposer que sur le fait que chaque individu
porte en lui-même un minimum de tout autre individu. et la divination
est par conséquent suscitée par une comparaison avec soi-même. Mais
comment la [méthode] comparative en vient-elle à subsumer Je sujet sous
un universel ? Manifestement soit à nouveau par comparaison, et il en
irait ainsi à t•inlini, soit par divination.
{44] Toutes deux ne doivent pas être séparées. Car la divination n'est assurée
que par la comparaison qui la confirme, puisque sans elle elle pourrait.
toujours être fanatique a. Quant à la méthode comparative, elle n'offre
aucune unité ; l'universel et le particulier doivent se pénétrer run l'autre,
et cela ne se fait jamais que par divination.
7. L'idée de l'ouvrage qui, comme volonté étant au fondement de
la réalisation, doit ressortir en premier lieu ne peut être comprise qu'à
partir des deux moments, celui du contenu et celui du champ de son
efficience, pris ensemble.
Le contenu à lui seul ne conditionne pas_ une forme de réalisation. Cer-
tes, il est, en règle générale. assez facile à trouver, même lorsqu'il n'est
pas explicitement indiqué, mais il peut aussi, même lorsqu•il est indi-
qué. conduire à une conception erronée. - Ce qu'on peut par contre
appeler le but de l'ouvrage dans un sens plus étroit se trouve de l'autre

a. Ainsi Schleiermacher. lücke a corri~ '"fanatique" en le remplaçant par "fan-


tastique". (N.d. T.)
L'ABRÉGÉ DE 1819 151

côté : c'est souvent quelque chose de tout à fait extérieur et qui n'a qu'une
influence limitée sur des passages singuliers, mais qui peut cependant
d'habitude être encore expliqué à partir du caractère de ceux auxquels
rouvrage est destiné.-Mais si on sait pour qui le sujet doit être façonné
et ce que ce travail doit avoir comme effet en lui, alors la réalisation
est en même temps conditionnée, et on sait tout ce dont on a besoin.
FRIEDRICH DANIEL ERNST
SCHLEIERMACHER

HERMÉNEUTIQUE
Traduit de /'allemand pa.r Christian Berner

Ouvrage publié avec le concours du Centre national des lettres


et de Inter Nationes