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Université Paris 13 Sorbonne Paris Cité

Faculté de Droit, Sciences politiques et sociales


Master 2 Coopération Internationale et ONG
Année universitaire 2016-2017

L’application du droit à l’eau et la géopolitique des réseaux d’eau


dans le contexte du conflit armé dans l’est de l’Ukraine

Étudiante : Olena STOROZHUK


Directeur de mémoire : Julien EYRARD

Villetaneuse

1
L’application du droit à l’eau et la géopolitique des
réseaux d’eau dans le contexte du conflit armé dans
l’est de l’Ukraine

2
Remerciements

Je tiens tout particulièrement à remercier mon directeur de mémoire, Monsieur Julien


Eyrard, pour son excellent encadrement, sa disponibilité et ses conseils toujours très utiles qui
m’ont permis de mener ce travail de recherche dans les meilleures conditions possibles.

Je remercie également Oksana Korobko, Maria Ositchenko, Diana Mytsik, Evgueni


Pivovarov et l’ensemble des personnes déplacées, pour avoir accepté de répondre à mes
questions sur la situation actuelle relative aux problématiques décrites dans notre travail de
recherche.

Je souhaite particulièrement remercier Aliona Merjeveska, journaliste de Volnovakha,


pour sa collaboration en me fournissant des données précises sur la situation relative à la
qualité de l’eau dans le Donbass ainsi que sur certains aspects du fonctionnement d’une
entreprise Voda Donbassa.

Je remercie également Antoine Terrien, expert de plaidoyer au sein d’Action contre la


Faim, pour m’avoir présenté la situation sur le projet de loi « Sur les territoires
temporairement occupés », ainsi que Yulia Yanchenko, collaboratrice d’Action contre la Faim
à Severodonetsk pour m’avoir consacrée du temps.

Je veux également remercier mon ami, Quentin Guillemain, pour sa relecture attentive
et minutieuse de notre travail de recherche.

3
Note à l’attention des lecteurs :

Il est à noter les conditions particulières dans lesquelles ce travail de recherche a dû


être mené.

En effet, à la date d’écriture de ce travail, le conflit dans le Donbass est toujours en


cours et les conditions de sécurité ne sont pas entièrement réunies pour envisager un
déplacement sur place, de nombreux combats ayant encore lieu dans cette zone.

Malgré nos efforts, les procédures bureaucratiques de l’Etat ukrainien et des autorités
de facto des territoires séparatistes permettant l’accès aux territoires en conflit et à proximité
ont limité l’ampleur des recherches effectuées.

Enfin, les autorités ukrainiennes, les entreprises de gestion de l’eau dans le Donbass
citées dans ce travail (notamment Voda Donbassa) ainsi que certaines ONG travaillant sur le
terrain ont été sollicitées mais n’ont pas souhaité répondre à nos questions, probablement en
raison des répercussions éventuelles et des références des auteurs de ce travail probablement
connues sur le territoire non contrôlé par le gouvernement ukrainien.

4
L’application du droit à l’eau et la géopolitique des réseaux d’eau dans le
contexte du conflit armé dans l’est de l’Ukraine.

RESUME. Historiquement, le Donbass est une zone extrêmement industrialisée et


développée qui fait partie des régions arides de l’Ukraine. Les changements historiques et
politiques ont influencé la gestion de l’infrastructure de l’eau. L’instabilité du contexte
économique et social provoquée par ces changements a révélé des problématiques relatives à
la qualité de l’eau et à l’accessibilité de celle-ci à des coûts abordables. De plus, l’état
obsolète du système d’infrastructure, la technique imparfaite du traitement de l’eau au chlore
représente un autre défi pour l’application du droit à l’eau en termes de qualité et
d’accessibilité. L’arrivée du conflit armé a considérablement aggravé la situation. Les
hostilités ont endommagé l’état des infrastructures. La mise en place de la ligne de
démarcation a entrainé la rupture des relations entre les acteurs économiques opérant sur les
territoires contrôlés et non-contrôlés par le gouvernement ukrainien. Ces enjeux géopolitiques
peuvent provoquer l’émergence d’une crise humanitaire dans la région. De plus, plusieurs
actes de l’Etat et des dirigeants des républiques autoproclamées menacent la protection des
droits fondamentaux des civils touchés par la violence. Les normes du droit humanitaire ainsi
que les dispositifs établis par la médiation internationale ne sont pas respectées par les
belligérants. Alors, l’avenir de l’application du droit à l’eau en période de la guerre est
menacé par plusieurs facteurs et même les mécanismes juridiques internationaux ne sont pas
en mesure de mettre fin au conflit armé.

MOTS CLES. Donbass, Ukraine, droit à l’eau, conflit armé, République populaire de
Donetsk, République populaire de Louhansk, autorités de facto, Fédération de Russie, Voda
Donbassa, Louhansk Voda, Popasnyanski Vodokanal, Siverski Donets, territoires occupés,
crise humanitaire, action humanitaire, accords de Minsk, protection des droits de l’Homme,
droit international public, droit humanitaire, infrastructures de l’eau.

5
Table des matières

Remerciements ............................................................................................................................ 3
Table des matières ....................................................................................................................... 6
Liste d’abréviations ...................................................................................................................... 7
Introduction ................................................................................................................................. 8
Partie I. Historique des réseaux de l’eau dans le Donbass et l’importance de cette région pour
l’ensemble de l’industrie ukrainienne ......................................................................................... 18
A. Le contexte économique, social et politique de la gestion de l’infrastructure de l’eau durant
l’époque soviétique ........................................................................................................................... 19
B. Les enjeux politiques et administratifs liés à l’industrie de l’eau au sein de l’Ukraine
indépendante et l’état des lieux des réseaux dans le Donbass ........................................................ 25
Partie II. Le déclin lourd de l’industrie de l’eau dans le Donbass provoqué par l’arrivée du conflit
armé et la mise en place de la frontière qui divise les réseaux et infrastructures .......................... 36
A. L’impact des enjeux politiques et économiques provoqués par le conflit armé sur la gestion et
l’état de l’industrie de l’eau dans le Donbass ................................................................................... 37
B. Les risques relatifs à l’accès à l’eau dont les civils sont exposés et l’action humanitaire qui vise
à défendre le droit à l’eau dans le Donbass et à réduire les endommagements causés .................. 51
C. La qualité des eaux dont les civils ont accès ............................................................................. 62
Partie III. Le rôle du droit à l’eau dans la protection de la population en période du conflit .......... 67
A. L’historique de la mise en place du droit à l’eau en Ukraine avant le déclenchement du conflit
……………………………………………………………………………………………………………………………………………..68
B. Le projet de loi « Sur les territoires temporairement occupés » et ses implications possibles
……………………………………………………………………………………………………………………………………………..73
C. Les scénarios possibles de la résolution du conflit et des problématiques liées à l’accès à l’eau
……………………………………………………………………………………………………………………………………………..82
Conclusion ................................................................................................................................. 88
Bibliographie .............................................................................................................................. 92

6
Liste d’abréviations

GCA Government Controlled Areas


NGCA Non-Government Controlled Areas
ATO Anti-Terrorist Operation
PVK Popasnyansky Vodokanal
LV Louhansk Voda
AEL Association de l’Energie de Louhansk
FMI Fond Monétaire International
OSCE Organisation pour la Sécurité et la Coopération de l’Europe
CICR Comité International de la Croix Rouge
CSD Canal Siverski Donets
RPD République Populaire de Donetsk
RPL République Populaire de Louhansk
PIDESC Pacte international des droits économiques, sociaux et culturels
CDESC Conseil des droits économiques, sociaux et culturels
WASH Water, Sanitation and Hygiene (Eau, Assainissement, Hygiène)
TTO Territoires Temporairement Occupés
TDO Territoires Désoccupés

7
Introduction

Le Donbass est une région historique située entre la mer d’Azov et le fleuve Don qui
comprend principalement deux oblasts (provinces) de l’est de l’Ukraine – l’oblast de Donetsk
et de Louhansk. La superficie totale des régions de Louhansk et Donetsk est 53 000 km2, sa
population, au début de 2016 était de 6 470 534 d’habitants ce qui représente 10% de la
population de l'Ukraine1.

La région du Donbass est caractérisée par un haut niveau du développement


économique et industriel en Ukraine. Historiquement, cette région est le centre principal de
l’industrie du charbon, de la sidérurgie ainsi que de l’industrie chimique, mécanique,
énergétique à l’époque de l’ex-l’URSS, puis de l’Ukraine en tant qu’Etat indépendant et
souverain.

Le Donbass occupe la deuxième place en Ukraine (après celle de Pridnieprovsk) par la


quantité de consommation d'eau douce parce que l’industrie est le plus grand consommateur
d'eau (pour l’énergie, la sidérurgie et l'industrie chimique).

La production industrielle demande de grandes quantités d’eau. Par exemple, la


fabrication d'une tonne de fonte nécessite 30 m³ d'eau et pour la production d'une tonne d'acier
il faut 20 m³ d'eau. La production de 1000 kilowatts d'électricité consomme jusqu'à 500 m³
d'eau alors qu’une tonne de charbon nécessite 1 m³ d'eau2.

Avant le déclenchement du conflit armé dans cette région, le système


d’approvisionnement en eau de la population et de l’industrie avait déjà rencontré plusieurs
défis. En effet, la particularité de toute l’Ukraine, y compris du Donbass, constitue en une
baisse progressive de la fourniture de l’eau par les services centralisés dans les zones rurales.
La croissance de l'impact humain sur les ressources d’eau, la technologie imparfaite du
traitement de l'eau potable et des eaux usées, l'état obsolète des systèmes d’infrastructure ne
permettaient pas à la population d’avoir de l'eau potable en quantité nécessaire et en qualité
appropriée.

De manière générale, les services centralisés d'approvisionnement en eau sont fournis


aux résidents urbains et ruraux. Cependant, les réseaux centralisés d'approvisionnement en

1
Dynamique de la population des unités administratives de l’Ukraine, disponible sur : http://pop-
stat.mashke.org/ukraine-division.htm
2
Les ressources des eaux superficielles de l’URSS, Volume 6, édition 3, Le Bassin de Siverski Donets, Leningrad,
1967, p. 323

8
eau ne couvrent que le quart de tous les villages en Ukraine. Les habitants ruraux utilisent
principalement des puits ou des eaux souterraines (souvent de mauvaise qualité). Le coût du
creusement de puits individuels et de l'équipement nécessaire est d'environ 600 à 800 euros,
ce qui est assez cher pour la population rurale3.

En raison d’un réseau hydrographique pauvre, il existe un fort manque de sources


d'eau potable dans la région du Donbass. Avec le développement de l'industrie et
l’augmentation de la population dans les villes et les villages du Donbass, le problème relatif
à l’accès à l’eau est devenu plus aigu. Dans ce cas-là, il était nécessaire de trouver les sources
d’eau alternatives et de procéder à la construction des nouveaux réseaux centralisés. Dans la
région du Donbass, il n’y a pas de grands fleuves et donc le canal de Siverski Donets (CSD) a
été construit à la fin des années 50 afin d’assurer une fourniture d’eau à l’industrie et à la
population de la région4.

Actuellement, la fourniture de l’eau est assurée par deux sources : 30% par le réservoir
Staro-Krymski et 70% par le CSD. La seule source d'eau économiquement viable est le CSD.
Mais pour fournir la quantité d'eau nécessaire, il faut reconstruire le système entier. Compte
tenu de l’exploitation de cette station depuis plus de cinquante ans, cette reconstruction
entraînerait le remplacement des unités sur trois stations de pompage, la construction de trois
conduites d'eau d’un diamètre de1400mm, la reconstruction des systèmes d'alimentation et de
traitement, etc. La reconstruction demande des financements de plusieurs dizaines de millions
d’euros. Cette question n'a pas pu être résolue à l'époque soviétique, ni dans l'ère post-
soviétique qui était très instable. Les technologies existantes de déminéralisation de l’eau qui
provient de sources locales et maritimes sont beaucoup plus coûteuses et nécessitent de
nouveaux réseaux d'approvisionnement en eau5.

A partir de mars 2014, la situation s’est aggravée avec l’arrivée de la guerre.


Aujourd’hui la situation dans la région se caractérise par une instabilité politique, sociale et
économique. Les sites industriels, ainsi que les entreprises de fourniture et de traitement de
l’eau ont été gravement endommagées ce qui a provoqué l'émergence d'une menace sérieuse

3
WASH Cluster, Water supply and Sanitation. Pre-Crisis Secondary Data – Ukraine and Donbass (April, 2015),
available:
https://www.humanitarianresponse.info/system/files/documents/files/sdr_water_supply_and_sanitation.pdf
4
G. Zuk, Siverski Donets – Donbass, edition Donbass, Donetsk, 1982
5
I. Zhoukov, Les problèmes avec l'approvisionnement en eau dans les régions arides de l'Ukraine par l'exemple
la ville de Marioupol, « L’approvisionnement de l’eau », #1, 2016, disponible sur : http://voda.dn.ua/orphan-
translations/stati-i-publikatsii/1049-problemy-pri-podache-vody-v-bezvodnye-rajony-ukrainy-na-primere-
goroda-mariupol

9
pour l'environnement et la santé humaine. Avec le déroulement des combats, le réservoir
Staro-Krymski ainsi que le CSD ont été endommagés par des hostilités dont le résultat est
l’émergence d’une crise humanitaire liée à l’accès à l’eau. La qualité de l'eau ne correspond
plus à la réglementation attendue en termes de dureté, résidu sec et sulfates6.

La crise du Donbass a été précédée par la révolution ukrainienne de février 2014 qui
avait entraîné la destitution du gouvernement de Viktor Ianoukovitch et l'arrivée au pouvoir
d'un gouvernement intérimaire dirigé par Oleksandr Tourtchinov (Président de gouvernement
intérimaire) et Arseni Iatseniouk (nommé Premier ministre le 27 février 2014) qui ont milité
pour l’orientation de l’Ukraine vers une politique d’intégration européenne. Au début d'avril
2014, dans la région du Donbass, les manifestations « antimaïdans » évoluent en insurrection
armée contre le gouvernement temporaire de Kiev. Cette insurrection armée devient
séparatiste et proclame la création de la « République populaire de Donetsk », puis
la « République populaire de Louhansk »7.

Dès le 2 mai 2014, l'armée ukrainienne intervient dans l'est du pays et, par conséquent,
le territoire du Donbass est découpé par la ligne du front. Désormais, le Donbass regroupe le
territoire contrôlé par le gouvernement ukrainien et celui contrôlé par les groupes séparatistes
avec, de facto, une frontière entre eux. La Fédération de Russie, pays frontalier, est accusée de
soutenir militairement et financièrement les séparatistes8.

La mise en place de la ligne du font a entraîné un déclin social et le complet


dysfonctionnement du système qui approvisionnait la population en eau et électricité. Les
enjeux géopolitiques et économiques ont affecté non seulement l’état technique de l’industrie
mais aussi le fonctionnement de l’infrastructure, ce qui a conduit à l’émergence d’une crise
humanitaire qui expose les personnes les plus vulnérables.

Le 5 septembre 2014, les Accords de Minsk ont été signé avec les parties contractantes
que sont l’Ukraine, la Russie et l’OSCE. Leur objectif principal est de mettre en œuvre un
cessez-le-feu dans la région et de mettre en place une mission de surveillance de l’OSCE qui
puisse enquêter sur la situation des droits de l'Homme et des libertés fondamentales dans ces

6
Wim Zwijnenburg, Le manque d’eau et la menace de la catastrophe chimique à Donetsk, 22/03/2017,
disponible sur : https://ru.bellingcat.com/novosti/ukraine/2017/03/22/water-chemical-catastrophe-donetsk/
7
O. Grutsenko, « Armed pro-Russian insurgents in Luhansk say they are ready for police raid », Kyiv Post, 12
Avril 2014, disponible sur: https://www.kyivpost.com/article/content/war-against-ukraine/armed-pro-russian-
insurgents-in-luhansk-say-they-are-ready-for-police-raid-343167.html
8
« La présence de soldats russes dans l'est de l'Ukraine inquiète », Le Figaro, 28 août 2014, disponible sur :
http://www.lefigaro.fr/international/2014/08/28/01003-20140828ARTFIG00051-ukraine-les-rebelles-
prorusses-regagnent-du-terrain.php

10
territoires et plus particulièrement sur les violations de ces droits dans le cadre du conflit
armé9.

Depuis le déclenchement de la guerre, plusieurs droits fondamentaux ont été violés et


la mise en place de cette mission était nécessaire pour attirer l’attention de la communauté
internationale et des ONG afin de faire respecter les normes internationales qui visent la
protection de ces droits à l’égard des actes des autorités de facto, ainsi que de l’Etat.

Par conséquent, le déroulement des hostilités a un impact négatif sur le droit de la


population civile à un niveau de vie suffisant, et en particulier, sur le droit à l’accès à l’eau
potable.

Au mois de février 2015, l'approvisionnement en eau dans les régions de l'Ukraine


touchées par le conflit, est devenu un problème crucial. Il est estimé qu’environ 750.000
d’enfants et d’adultes dans Donbass avaient besoin de produits d'hygiène et d'eau potable10.

Selon certains rapports, à partir de juillet 2015, ce chiffre a presque doublé. 1,3
millions d'enfants et d'adultes, dans les régions de Donetsk et de Louhansk touchées par le
conflit, sont confrontés à une grave crise de l'eau en raison des endommagements et de la
destruction de la ligne d'alimentation en eau11. De plus, les préoccupations relatives aux
besoins urgents de consommation et le manque d'eau actuel peuvent avoir des conséquences
à long terme pour la production alimentaire. Chaque année pendant la saison d'hiver, la
situation s’aggrave parce que le fonctionnement du système de chauffage central dépend aussi
de l'eau12.

L'accès à l'eau potable dans les territoires non contrôlés par le gouvernement (NGCA)
demeure un problème majeur. Les interruptions fréquentes d'approvisionnement en eau ont
lieu en raison de nombreux facteurs, notamment :

1) la détérioration des conduites d'eau qui nécessitent une réparation totale et qui ont
été encore plus endommagés par le déroulement des hostilités ;

9
OSCE, le Conseil permanent, Décision # 1117, la Mise en Place de la Mission Spéciale de l’OSCE en Ukraine,
PC.DEC / 1117 Mars 2014, disponible en anglais sur : http://www.osce.org/pc/116747?download=true
10
UNICEF Ukraine, UNICEF helps meet the hygiene and water needs of children affected by the crisis in
Ukraine, https://www.unicef.org/ukraine/reallives_27457.html
11
OSCE, L’accès à l’eau dans les régions de Donetsk et Lougansk touchées par le conflit armé, septembre 2015
12
Cluster WASH (eau, assainissement et hygiène) a publié en Ukraine en Juin un avis d'avertissement au sujet
du manque d'eau dans les régions de Donetsk et de Lougansk :
http://reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/resources/ocha_ukraine_situation_update_13__26_june_2015%2
0map2.pdf

11
2) la baisse significative du fonctionnement des pompes en raison d'interruptions
d'alimentation provoqué par le bombardement des entreprises d'électricité qui fournissent
l'énergie aux pompes ;

3) les problèmes d'accès aux sources d’eau liés à la présence de groupes armés, de
mines ou de munitions non explosées. Les routes sont également en mauvais état, ce qui
empêche les résidents locaux d’atteindre des puits ou de recevoir l'eau distribuée par les
organisations humanitaires ;

4) les problèmes d'accès qui empêchent les spécialistes de mener les travaux de
réparation ou d'obtenir des pièces de rechange nécessaires à la réparation des conduites d'eau ;

5) les règlements juridiques qui limitent la liberté de circulation ainsi que la livraison
de biens dans NGCA ;

6) les coupures fréquentes de l'eau provoquées par l’impossibilité de payer les


factures des services d'eau dans NGCA ;

7) le manque de fonds pour pouvoir mener les travaux de réparation après les
bombardements ;

8) la présence des centres principaux de l’industrie et des stations de pompages


principalement dans les territoires contrôlés par le gouvernement (GCA) ainsi que le manque
des garanties d’avoir l’eau dans NGCA ;

9) la ligne du front qui découpe le fonctionnement de l’industrie dans GCA et NGCA


et le manque de mécanisme économiquement viable qui puisse assurer la fourniture d’eau
dans NGCA ;

9) la réduction du nombre des consommateurs en raison du déplacement de la


population des zones touchées par les hostilités13.

Néanmoins, le droit à l’eau potable reste un droit fondamental que l’Etat s’engage à
respecter. Bien qu’il soit émergent, il est protégé au niveau international puisqu’il existe
plusieurs textes de valeur juridique contraignante qui prévoient une responsabilité juridique en
cas de violation de ce droit. La Déclaration universelle des Droits de l’Homme et le Pacte
international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) font tous deux

13
OSCE, L’accès à l’eau dans les régions de Donetsk et Lougansk touchées par le conflit armé, septembre 2015

12
références au droit de tout un chacun à disposer d’un niveau de vie suffisant14, ce qui inclut
implicitement l’accès à l’eau potable, l’alimentation, l’habillement et le logement.

Selon le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, "le droit fondamental à l’eau
potable et à l’assainissement découle du droit à un niveau de vie suffisant et est
inextricablement lié au droit au meilleur état de santé physique et mentale susceptible d’être
atteint, ainsi qu’au droit à la vie et à la dignité" 15.

Le Conseil des droits économiques, sociaux et culturels (CDESC) a défini le droit à


l'eau de manière suivante : « Le droit à l'eau consiste en un approvisionnement suffisant,
physiquement accessible et à un coût abordable, d'une eau salubre et de qualité acceptable
pour les usages personnels et domestiques de chacun. Une quantité adéquate d'eau salubre
est nécessaire pour prévenir la mortalité due à la déshydratation et pour réduire le risque de
transmission de maladies d'origine hydrique ainsi que pour la consommation, la cuisine et
l'hygiène personnelle et domestique »16.

Le droit à l’eau potable et l’assainissement est un droit qui a été reconnu officiellement
par la communauté internationale lors de la session de l’Assemblée Générale de l’ONU en
201017. Etonnamment, l’Ukraine fait partie des 41 abstentions lors du vote pour la
reconnaissance du droit à l’eau potable et l’assainissement, sans aucune explication de sa
position18.

Cependant, l’Ukraine fait partie des Etats qui ont signé et ratifié le PIDESC, elle s’est
donc engagée à respecter et à garantir l’application du droit à l’eau potable y compris dans le
contexte des conflits armés. Dans l’Observation générale n° 15 relative au droit à l’eau que
l’Ukraine a ratifié, il est indiqué que « l’Etat partie est notamment tenu de s’abstenir
d’exercer une quelconque pratique ou activité qui consiste à refuser ou à restreindre l’accès,
en toute égalité, à un approvisionnement en eau adéquat ; (…) ; de restreindre l’accès aux

14
PIDESC, art. 11, para. 1.
15
Nations Unies, Assemblée Générale, Conseil des Droits de l’Homme, A/HRC/15/L.14, 24 Décembre 2010
http://ap.ohchr.org/documents/F/HRC/d_res_dec/A_HRC_15_L.14.pdf
16
CDESC, Observation générale no 15 - Droit à l'eau, 2002, para.2
17
Resolution A/RES/64/292. United Nations General Assembly, July 2010; General Comment No. 15. The right
to water
18
General Assembly Adopts Resolution Recognizing Access to Clean Water, Sanitation as Human Right, by
Recorded Vote of 122 in Favor, None against, 41 Abstentions,
https://www.un.org/press/en/2010/ga10967.doc.htm

13
services et infrastructures ou de les détruire, à titre punitif, par exemple en temps de conflit
armé en violation du droit international humanitaire 19.

Cette obligation comprend également la protection des centres qui sont indispensables
pour la survie de la population, y compris les infrastructures d’eau et d’assainissement. L’Etat
doit également assurer l’accès à l’eau potable de bonne qualité pour les personnes civiles, les
personnes déplacées ainsi que pour les prisonniers au titre de ses obligations internationales20.

L’Etat ukrainien a mis en place une base législative sur le droit à l’eau assez riche. Il y
a un grand nombre de textes qui mettent en avant les exigences dans le domaine
d’approvisionnement en eau notamment les lois « Sur le bien-être sanitaire et
épidémiologique de la population », « Sur l’eau potable et son approvisionnement », « Sur les
normes d’approvisionnement en eau »21.

En particulier, selon la loi ukrainienne « Sur le bien-être sanitaire et épidémiologique


de la population » : « Tous les citoyens ont le droit à la nourriture, à l'eau potable, aux
conditions de travail, à la formation, à l'éducation, au bien-être et à l'environnement sain » -
tout ce qui découle du droit à un niveau de vie suffisante prévu par le droit international22.

L’article 6 de la loi « Sur l’eau potable et son approvisionnement » stipule que « l’Etat
a l’interdiction d’arrêter le fonctionnement des installations d'eau potable et d'eaux usées
ainsi que des stations d'électricité, de gaz, de chauffage et des infrastructures d'importance
stratégique … »23.

Aujourd’hui, l’application du droit à l’eau et à l’assainissement en Ukraine est


menacée pas seulement par la guerre mais aussi par les actes de l’Etat. Le 19 avril 2016, le
Parlement ukrainien reçoit un projet de loi intitulé « Sur les territoires temporairement
occupés » afin de l’examiner.

Ce projet de loi est devenu un sujet de débats entre les hommes politiques, les experts
de la société civile et les juristes sur sa rationalité et sur sa conformité avec le respect des

19
L’Observation générale #15 relative à un droit à l’eau,
http://www.unhcr.org/fr/publications/operations/4ba352cc6/conseil-economique-social-observation-
generale-no-15-2002-droit-leau-art.html
20
Protocole additionnel aux Conventions de Genève du 12 Août 1949 relatif à la protection des victimes des
conflits armés non-internationaux (Protocole II), 8 Juin 1977 l'article 14
21
L’ONG MAMA-86, Le droit à l’eau potable et l’assainissement : la base législative et la situation en Ukraine,
Kiev, 2011
22
L’ONG MAMA-86, Le droit à l’eau potable et l’assainissement : la base législative et la situation en Ukraine,
Kiev, 2011
23
La loi de l’Ukraine « Sur l’eau potable et son approvisionnement », article 6, point 3

14
valeurs de l’Etat et des intérêts des citoyens de l’Ukraine. Ayant accepté ce projet de loi,
l’Ukraine a pris une position qui est opposée aux principes qui lui incombent par le PIDESC
et sa propre législation à l’égard du droit à l’eau.

Selon ce projet de loi, l’Etat ukrainien reconnait l’acte d’agression de la part de la


Fédération de Russie dans la région du Donbass conformément à la résolution 3314 (XXIX)
de l'Assemblée générale des Nations Unies « Définition d’un acte d'agression » du 14
Décembre 1974. Selon ce projet de loi, la liberté de circulation des personnes, des
marchandises, des services, des produits de l’aide humanitaire, des ressources financières
ainsi que des ressources énergétiques et de l’eau est strictement limitée voire interdite sur les
territoires occupés24.

Selon ce texte qui est toujours en voie d’élaboration, l'Ukraine n'assume plus sa
responsabilité de la protection de la vie, de la santé et des biens dans les territoires
temporairement occupés. Toute responsabilité pour la violation des droits de l'Homme et des
libertés incombe désormais à la Fédération de Russie en tant qu’Etat-occupant25.

La communauté internationale donne un avis défavorable à ce projet de loi. L’Agence


de l’ONU pour les réfugiés, le Conseil de l’Europe et les ONG soulignent que l’adoption de
ce projet de loi aura des effets négatifs sur la protection des droits de l’Homme, la liberté de
circulation ainsi que sur la fourniture de l’aide humanitaire pour ceux qui en ont besoin. Ils
insistent également que le fait que cette région serait isolée, le contrôle de la situation des
droits de l'Homme de la part de l'Ukraine serait alors impossible. Selon eux, ce projet de loi
est « séparatiste » car il prévoit la quasi-séparation de cette partie du territoire de l'Ukraine26.

Finalement la situation est très préoccupante dès lors que la population civile reste une
victime principale des enjeux géopolitiques.

Actuellement, le risque d’une crise humanitaire au Donbass devient de plus en plus


sérieux parce que les villes les plus peuplées de la région sont sous occupation séparatiste. Les
« leaders » séparatistes n’ont pas prévu toutes les conséquences de leur sécession de l’Etat
ukrainien qui reste le fournisseur principal des ressources financières, des ressources en eau,
et en électricité. Par exemple, à Louhansk, les autorités dénoncent un « blocus » et l’état

24
Article 15, 16 du projet de loi « Sur les territoires ukrainiens temporairement occupés » # 3593 – Д,
Verkhovna Rada de l’Ukraine de 19/04/2017, disponible uniquement en ukrainien
25
Le projet de loi « Sur les territoires ukrainiens temporairement occupés » # 3593 – Д, Verkhovna Rada de
l’Ukraine de 19/04/2017, disponible uniquement en ukrainien
26
L. Kouctch, S. Doroch, Le statut des territoires occupés : « pour » et « contre », BBC Ukraine, 27 février 2017,
disponible sur : http://www.bbc.com/ukrainian/features-russian-39108757

15
d’urgence, alors que la ville n'a plus d'électricité, d'eau courante ou de réseau téléphonique, et
que l'essence et les réserves de nourriture s'épuisent. Dans NGCA, les salaires, les pensions et
les allocations ne sont plus versés depuis juillet 2014. Selon le Comité international de la
Croix-Rouge (CICR), des milliers de personnes sont privées de l’accès à l'eau, à l'électricité et
à des soins médicaux dans l'est de l'Ukraine27.

Les ONG internationales mènent des négociations avec le gouvernement de Kiev ainsi
qu’avec le Kremlin afin d’éviter les conséquences néfastes de la pénurie d’eau et des matières
premières pour la population touchée par le conflit armé. Pourtant le gouvernement ukrainien
refuse d’accepter l’aide humanitaire de la Fédération de Russie craignant que Moscou l’utilise
comme avantage militaire28.

Alors quels sont les enjeux liés à l’accès à l’eau et au droit à l’eau de la population
civile dans le cadre de ce conflit et de ses implications géopolitiques ?

Pour répondre à cette question, il est indispensable d’analyser l’impact du changement


du contexte économique, social et politique sur la gestion de l’infrastructure de l’eau durant
l’époque soviétique jusqu’aux années 90 quand l’Ukraine est devenue un Etat indépendant et
souverain. Ensuite il nous faut aborder les nouveaux enjeux relatifs à la gestion de
l’infrastructure de l’eau à l’époque de l’Ukraine indépendante ainsi que toutes les probléma-
tiques qui en découlent – la qualité de l’eau, la tarification ainsi que les techniques de traite-
ment d’eau.

Il faut également comprendre la nature du déclin de l’industrie de l’eau dans le Don-


bass provoqué par le conflit armé – la mise en place de la ligne du front qui a entraîné la dé-
cadence du fonctionnement du système, la détérioration de l’état de l’infrastructure construite
à l’époque soviétique. Il est important de démontrer les conséquences de la détérioration de
l’industrie de l’eau pour la population civile, l’état actuel de la qualité de l’eau ainsi que les
mesures prises par la communauté internationale afin d’éviter une crise humanitaire en
Ukraine liée à l’accès à l’eau potable.

Finalement, il faut expliquer le processus de la mise en place du droit à l’eau en


Ukraine avant le conflit et comprendre son rôle dans la protection du droit à l’eau potable.
Nous allons également analyser les implications possibles du projet de loi « Sur les territoires
temporairement occupés » qui menace la plupart de ces droits en période de la guerre. Il serait

27
Le Monde, Ukraine : combat, négociations, crise humanitaire… quelle est la situation dans l’Est ? 12/08/2014
28
Le Monde, Ukraine : combat, négociations, crise humanitaire… quelle est la situation dans l’Est ? 12/08/2014

16
indispensable d’étudier les scénarios possibles de l’avenir du conflit et par conséquent de ses
implications en matière d’accès à l’eau dans le Donbass.

17
Partie I
Historique des réseaux de l’eau dans le Donbass et l’importance
de cette région pour l’ensemble de l’industrie ukrainienne

Historiquement, le Donbass fait partie des régions ukrainiennes qui ne possèdent pas
une quantité suffisante de ressources d’eau douce. Il y a peu de rivières et sont à débit très
faible. La rivière la plus grande de la région est Siverski Donets, ses eaux souterraines se
trouvent dans une terre submersible.

A l’époque soviétique, le développement de l’industrie de la région a largement


dépassé le rythme de la construction des réseaux d’approvisionnement en eau. En 1940, le
déficit de l’eau destinée à des fins industrielles s’élevait à 70 millions de m3 et l’industrie de
d’approvisionnement en eau potable manquait de 30 millions m³ d’eau29.

En outre, en raison d'un retardement important du processus de construction des


réseaux de canalisation, les eaux usées brutes ont commencé à toucher les sources d’eau
potable, ce qui a conduit à une réduction majeure des ressources.

Au mois de mai 1954, le Conseil des ministres de l’URSS a lancé la construction du


canal Siverski Donets, du réservoir d’eau Krasnousolski sur la rivière Oskol ainsi que d’un
certain nombre de stations de filtrage avec une mise en service complète en 1958. Le CSD
reste toujours la source la plus importante d’approvisionnement en eau de l’industrie et de la
population de la région du Donbass.

29
Voda Donbass, le Canal Siverski Donets, disponible : http://www.voda.dn.ua/nashi-ob-ekty/kanal-severskij-
donets-donbass

18
A. Le contexte économique, social et politique de la gestion de l’infrastructure de l’eau
durant l’époque soviétique

Le processus de construction des réseaux d’approvisionnement en eau de la région du


Donbass est très complexe. Le contexte social, économique et politique a contribué à la mise
en place de l’industrie qui fournit l’eau aux entreprises et à la population. L’industrie de l’eau
du Donbass trouve ses origines à l’époque soviétique, notamment aux années 20. A cette
époque-là, l’Ukraine avait le statut de la République socialiste soviétique faisant partie de
l’URSS.

A cette époque-là, les dirigeants de l’URSS ont lancé une politique d’industrialisation. La
politique d’industrialisation fut un processus rapide de transition d'un modèle socio-
économique traditionnel à un stade de développement industriel avec une prédominance de la
production industrielle. L’objectif principal de l'industrialisation a été la transformation de
l'URSS en tant que pays agraire en une grande puissance industrielle30.

Bien que le développement du mode de production se soit amélioré, l'industrialisation a


été réalisée principalement par des méthodes extensives : la croissance économique s’est faite
par l'augmentation de l'exploitation du travail de la population et des ressources naturelles31.
Selon le scientifique britannique Don Filtzer, le contexte social est devenu plus complexe à
cause de la politique de collectivisation et de la forte baisse du niveau de vie de la population
rurale. Tous ces facteurs ont conduit à une forte dépréciation du travail humain32.

Les industriels ont été particulièrement intéressés par le Donbass parce que c’est une
région extrêmement riche en minéraux, notamment en charbon. A ce moment-là, les
premières grandes entreprises industrielles sont apparues à Kharkiv, Donetsk, Louhansk et,
par conséquent, la fleuve Siverski Donets était la seule source de leur approvisionnement en
eau. La longueur de la rivière est de 1053 km, dont 370 km sur le seul territoire du Donbass33.

Avant les années 30, Kharkiv et Donetsk n’avaient pas une quantité suffisante d'eau
douce, ce qui a obligé les autorités à mettre en place le réseau de canaux et réservoirs. L’une
de ces entreprises d’eau est Voda Donbassa. Cette compagnie était créée en 1930 et gérait le

30
Industrialisation // La Grande Encyclopédie soviétique : [. 30s] / Ch. Ed. A. M. Prokhorov. - 3e éd. - Moscou :
Encyclopédie soviétique, 1969-1978.
31
Fischer S. Russia and the Soviet Union then and now, NBER Working Papers, 1992, # 4077
32
Filtzer D. Soviet Workers and Stalinist industrialization. — London: Pluto Press, 1986.
33
G. Zuk, Siverski Donets – Donbass, edition Donbass, Donetsk, 1982

19
plus grand réseau centralisé d’approvisionnement en eau34. Jusqu’à aujourd’hui, cette
compagnie approvisionnait en eau toute la région en la vendant aux entreprises locales qui la
distribuait par la suite à la population. Ainsi, dans plusieurs de ses zones, Siverski Donets a
perdu une grande partie de sa faune et s’est transformé en un objet industriel35.

En 1930, la Présidence suprême du Conseil de l’économie nationale de l’URSS a pris un


décret qui visait à créer la société Donbassvodtrest, spécialisée dans l'approvisionnement
centralisée en eau de Donetsk, Louhansk, Dnipropetrovsk et une partie de la région de Rostov
(aujourd’hui ville de la Fédération de Russie). La société a élaboré le premier modèle du
système d’approvisionnement en eau du Donbass. L’objectif était de créer un système de
réservoirs avec des installations de pompage et de distribution de l’eau. La productivité des
conduites d’eau a atteignait jusqu’à 31 millions de m3 d’eau36.

En conséquence, l’industrialisation a fortement épuisé les sources naturelles d’eau douce


dans le Donbass parce que l’industrie consommait de grandes quantités d’eau. D’autre part, le
développement et l’exploitation intensive des gisements souterrains (principalement du
charbon) a entraîné une baisse des eaux souterraines. En 1940, le déficit de l’eau dans la
région a atteint 100 millions m3 par an à cause de la croissance renforcée du développement
industriel37.

La région n’ayant pas de grands fleuves à part le Siverski Donets, une équipe spéciale qui
travaillait au sein du Donbassvodatrest élabora un rapport technique et économique en 1951,
visant à mettre en place un système viable d’approvisionnement en eau de toute la région du
Donbass. Ce rapport recommanda de construire un canal sur le fleuve Siverski Donets avec
une puissance de 25 m3/s38.

Le CSD fut construit afin de fournir la quantité nécessaire de l’eau à l’industrie et à la


population. La construction a été lancée en 1954. Le CSD était la première construction au
sein de l’Union soviétique exclusivement spécialisée en approvisionnement en eau d'une
grande région industrielle. C’est un canal artificiel de type énergétique (la distribution et le
pompage de l’eau s’effectuaient grâce aux stations de pompage approvisionnées en
électricité). Techniquement, la construction du canal représente l’ensemble des installations

34
Compagnie Voda Donbass http://www.voda.dn.ua/o-kompanii
35
L. Gorelova, T. Dogadina, La Vallée enchantée. Voyage à Siverski Donets, "Znamia", Kharkiv, 1990
36
Industrialisation // La Grande Encyclopédie soviétique : [. 30s] / Ch. Ed. A. M. Prokhorov. - 3e éd. - Moscou :
Encyclopédie soviétique, 1969-1978.
37
Les ressources des eaux superficielles de l’URSS, Volume 6, édition 3, Le Bassin de Siverski Donets, Leningrad,
1967
38
G. Zuk, Siverski Donets – Donbass, edition Donbass, Donetsk, 1982

20
hydrauliques, électriques et énergétiques. Il commence près du village de Rai Gorodok et se
termine près du réservoir Verkhnekalmiouski dans la banlieue de Donetsk.

La longueur totale du canal est de 131,6 km. Le canal est ouvert sur 101,4 km. Le reste est
fermé est constitué de siphons inversés, de stations de pompage et de canalisations. Avec un
débit de 25/18 m³ / s, le canal a alimenté tous les systèmes de consommation d’eau avec 638
millions m³ d'eau par an39.

Le pompage de l'eau du canal destinée à alimenter des zones industrielles est effectué par
quatorze sorties de décharge à Slaviansk, Kramatorsk, Artëmovsk, Konstantinovsk,
Uglegorsk, Dzerjinsk, Pritoretsk, Gorlovka, Ioujnodonbassk, Ienakiyevo, Donetsk et
Makiïvka. En outre, 41 structures hydrauliques fournissaient l'eau du canal aux services
d'irrigation40.

Avant 1970, la capacité de rendement du canal qui couvrait des dépenses jusqu'à 25 m³ / s
a été totalement épuisée. En même temps le besoin d’eau dans la région n’a pas été satisfait.
De plus, les autorités ont décidé de lancer la construction de la première canalisation de
Ioujnodonbassk qui devait prolonger la ligne d’alimentation d’eau dans le sud de la région
jusqu’à Marioupol41.

Pendant la période de la deuxième guerre mondiale, le territoire ukrainien qui a fait partie
de l’URSS se trouvait au milieu des hostilités. Les pertes parmi la population étaient énormes.
L’industrie ainsi que l’agriculture ont également été détruites. Dans la région du Donbass,
tous les barrages des réservoirs, les stations de pompages et de filtration, les lignes de
communication et d’électricité ont été totalement détruites. Cela a conduit à l’arrêt complet de
toute activité industrielle. En 1945, une période de rétablissement était lancée et en une année,
tous les bureaux représentatifs du Donbassvodtrest ont été renouvelés42.

En 1966, la section ukrainienne de l’institut « Hydro projet » élaborait un projet intitulée


« L’augmentation de la capacité de rendement du canal Siverski Donets » visant à
reconstruire le canal pour pouvoir répondre aux besoins d’eau qui avaient fortement augmenté
par rapport aux décennies précédents. Cette tâche devait être résolue par l’augmentation de

39
Les ressources des eaux superficielles de l’URSS, Volume 6, édition 3, Le Bassin de Siverski Donets, Leningrad,
1967
40
Voda Donbass, le Canal Siverski Donets, disponible : http://www.voda.dn.ua/nashi-ob-ekty/kanal-severskij-
donets-donbass
41
G. Zuk, Siverski Donets – Donbass, edition Donbass, Donetsk, 1982
42
Les ressources des eaux superficielles de l’URSS, Volume 6, édition 3, Le Bassin de Siverski Donets, Leningrad,
1967

21
remplissage du canal. A cet effet, les barrages devaient être élargis dans certaines sections et,
par conséquent, la capacité de rendement des siphons devait s’améliorer grâce à l’installation
de stations de pompages. La performance des stations de pompage a augmenté avec la mise
en place de machines de pompages supplémentaires43.

Tous les travaux prévus pendant la première reconstruction du canal ont été terminés avec
succès. L’objectif visant à augmenter les dépenses d’eau jusqu’à 32 m³ / s était rempli.
Pendant les travaux de reconstruction, le système du canal ne cessait pas de pomper et
distribuer l’eau aux entreprises et à la population.

En 1973, la reconstruction du canal a permis de fournir près de 790 millions m³ d'eau. La


nouvelle installation était en mesure de fournir jusqu'à 638 millions m3 d'eau par an pour tous
les consommateurs (à titre de comparaison, en 1966 le canal avait fourni près de 473 millions
de m³). La capacité de pompage et de distribution de toutes les structures avait presque
doublé44.

Le renforcement de la construction industrielle dans le Donbass et l’augmentation de son


niveau de production pendant les années 80 ont vite épuisé les sources d’eau supplémentaires.
En 1972, l’entreprise « Ukrpromvodtchermet », la plus grande entreprise ukrainienne
d’approvisionnement centralisée en eau, a demandé à l’institut « UkrHydroProjet » d’élaborer
un nouveau projet pour un deuxième agrandissement du canal à condition de son exploitation
ininterrompue.

Il était prévu d’augmenter la capacité de rendement du canal jusqu'à 43 m³ / s et, par


conséquent, de pouvoir fournir près de 1106 million m3 d’eau par an. Il fallut reconstruire
toutes les installations hydrotechniques au sein du canal.

Dans le cadre de la reconstruction du canal, il était prévu de construire de nouvelles


stations de pompage avec des conduites de charge, des réseaux des siphons supplémentaires,
d’augmenter la capacité de transformation des sous-stations existantes, de mettre en place de
nouveaux réseaux de lignes d’électricité et de construire de nouvelles sous-stations de
pompage. Il y avait également des travaux pour la reconstruction des canaux ingénieurs et des
chemins de fer. Les systèmes d'automatisation de gestion à distance et de contrôle de la
qualité de l'eau fournie aux consommateurs ont été améliorés.
43
Voda Donbass, le Canal Siverski Donets, disponible : http://www.voda.dn.ua/nashi-ob-ekty/kanal-severskij-
donets-donbass
44
Voda Donbass, le Canal Siverski Donets, les statistiques, disponible : http://www.voda.dn.ua/nashi-ob-
ekty/kanal-severskij-donets-donbass

22
En 1992, le canal a fourni 1118,2 milles m3 d’eau, la capacité de rendement était de 43 m³
/ s. L’existence du canal pendant plus de cinquante ans a accumulé des décennies d'expérience
de son fonctionnement, et de régularité des caractéristiques de la qualité de l'eau.

A cette époque-là, les premiers problèmes relatifs à la qualité de l’eau ont été constatés.
Suite à la reconstruction et aux travaux effectués afin de prolonger le canal, la question de la
qualité de l’eau est devenue très importante. La problématique liée à l’accès de la population à
l’eau potable de bonne qualité est également devenue très aigue.

L'une des causes principales de la dégradation des eaux est un mauvais état des
installations de traitement des eaux usées qui a entraîné une détérioration progressive de la
qualité des sources d'eau. Avec le renforcement du développement industriel de la région, la
qualité des eaux s’est progressivement dégradée. En même temps, le fonctionnement
ininterrompu des stations de pompages même au cours des travaux a également affecté la
qualité de l’eau distribuée.

Le contenu chimique de l’eau du fleuve Siverski Donets était fortement influencée par les
déchets toxiques, en particulier l’azote et les chlorites, jetés dans l’eau par les grandes
entreprises métallurgiques et industrielles. En fonction des régions, la qualité de l’eau de
Siverski Donets variait. Généralement elle était caractérisée par un haut niveau de
minéralisation et contenait des éléments bicarbonatés et calciques. L’accroissement des
substances biogènes et organiques dans les eaux de Siverski Donets était provoqué par
l’influence des eaux résiduelles industrielles. La pollution causée par les eaux résiduelles
provoquait l’augmentation de l’aptitude à l'oxydation et des composés d’azote, de fer et des
phénols. La situation était bien pire dans les endroits de déversements des effluents45.

En 1991, l’Union soviétique cesse d’exister. Désormais, c’était l’Ukraine en tant qu’Etat
indépendant qui devait procéder à la promotion du développement et du soutien de la vie du
peuple vivant sur son territoire. Le nouveau gouvernement était censé mettre en œuvre les
politiques qui devaient être appliquées en conformité avec le droit international et tous les
principes qui en découlent.

Cependant, l’Ukraine a hérité du système et de la structure de l’infrastructure construite à


l’époque soviétique. Alors, le nouveau gouvernement avait soit le choix d’aller plus loin et
reconstruire tout le système selon un mode contemporain ou garder un système ancien en le

45
Les ressources des eaux superficielles de l’URSS, Volume 6, édition 3, Le Bassin de Siverski Donets, Leningrad,
1967

23
modernisant. Le nouveau gouvernement a décidé de ne pas procéder à des changements
majeurs au sein de l’industrie qu’en cas d’urgence et d’accorder les financements nécessaires
pour mener les travaux.

Pourtant, le manque constant de financements constituait toujours une entrave importante


pour le fonctionnement normal de l’infrastructure. Les travaux n’étaient effectués qu’en cas
d’urgence extrême et à chaque fois les industriels ne bénéficiaient que des financements
exclusivement nécessaires. Enfin, les nouveaux enjeux politiques et économiques ont créé un
contexte particulier qui a affecté le fonctionnement de l’infrastructure de l’eau et de la vie
sociale des consommateurs au sein du nouvel Etat indépendant.

24
B. Les enjeux politiques et administratifs liés à l’industrie de l’eau au sein de l’Ukraine
indépendante et l’état des lieux des réseaux dans le Donbass

Après la chute de l’URSS, plusieurs républiques soviétiques se transformaient


progressivement en Etats indépendants. Cependant, le processus de transformation
démocratique était accompagné par une expansion forte d’une crise économique, d’une
croissance interrompue de l’inflation ainsi que d’une baisse progressive de niveau de vie de la
population.

L’Ukraine a atteint son indépendance le 24 août 1991 suite à l’adoption d’une déclaration
d’indépendance. Elle fut validée par la suite par un référendum national qui eut lieu le 1er
décembre 1991. Un nouveau système politique démocratique fut alors créé. Le nouveau
gouvernement commença à adopter les réformes qui devaient contribuer à la mise en place
d’un nouvel ordre étatique. Au final, cela provoqua une crise économique qui compliqua la
situation politique du pays.

Le 1er décembre 1991, Leonid Kravtchouk est devenu le premier président de l’Ukraine
indépendante. A ce moment-là, le contexte social et politique est devenu très complexe parce
que la politique de privatisation a pris une place considérable dans la vie sociale et
économique du pays. La privatisation de l'industrie dans le pays était accompagnée par une
croissance du niveau de corruption surprenante. L'inflation de 1992-1994 a atteint un niveau
critique. Il y avait plusieurs années de retard dans le paiement des salaires pour les travailleurs
industriels et les enseignants46.

A cette époque, l’Ukraine commença à construire ses relations avec la communauté


internationale en tant qu’acteur souverain. Elle est devenue membre du Fond monétaire
international et a signé le traité de non-prolifération des armes nucléaires. Le passage d'une
économie dirigée à une économie de marché a provoqué une détérioration de la situation
socio-économique dans le pays.

Il a été décidé d’organiser des élections présidentielles anticipées. Le 27 mars 1994, les
élections législatives ont eu lieu. Le processus de changement du pouvoir politique en

46
Grande Encyclopédie de l'Ukraine (62 vol.). / Le Comité de rédaction., S. Kondratiev. # 53. M., TERRA 2006.

25
Ukraine s’est achevé par les élections présidentielles qui eurent lieu au mois de juin 1994. Au
second tour de l'élection, Leonid Koutchma fut élu nouveau président de l’Ukraine47.

La prise du pouvoir par Koutchma a marqué le début de la politique de la privatisation et


de l’arrivée en politique du business et des grands oligarques originaires du Donbass : Rinat
Akhmetov48, Viktor Ianoukovitch49, Ihor Kolomoïsky50, Serhij Taruta51, Andrei Kliuev52.

La privatisation fut déclenchée en 1992. Les petites entreprises (industrie de


transformation, des matériaux de construction, industries légère et d’alimentation, réseaux de
transport, commerce et restauration, services aux consommateurs, etc.) étaient les premières
qui ont été privatisées conformément à la loi « Sur la privatisation des petites entreprises
d'État (petites privatisation) », adoptée en mars 199253.

Avant les élections législatives de 2002, le président ukrainien Leonid Koutchma a déclaré
que, dans le cadre de la privatisation, beaucoup d'erreurs ont été commises de sorte que la
nouvelle Rada Suprême devrait se concentrer sur l'adoption d’une loi pour la nationalisation.
Il a demandé au Cabinet des ministres d'élaborer et de soumettre au Parlement un nouveau
projet de loi qui devait définir la procédure du retour des entreprises à la propriété de l'Etat.
En 2003, le projet de loi a été adopté par la Rada, mais Koutchma ne l'a pas signé54.

Il convient de souligner que pendant la présidence de Koutchma, la plupart des


entreprises ont été privatisées pour les hommes d’affaires dont le président avait des relations
amicales ou familiales. L’opposition a accusé Koutchma à plusieurs reprises de vente des

47
Grande Encyclopédie de l'Ukraine (62 vol.). / Le Comité de rédaction., S. Kondratiev. # 53. M., TERRA 2006.
48
Souvent cité parmi les plus puissants oligarques du pays, il est généralement considéré comme l'homme le
plus riche d'Ukraine. Son influence économique est surtout prédominante dans le Donbass où il domine
l'industrie du charbon et de la métallurgie notamment.
49
Il est Premier ministre de l'Ukraine du 21 novembre 2002 au 7 décembre 2004, puis
du 28 décembre 2004 au 5 janvier 2005. Viktor Ianoukovitch est devenu le président
d'Ukraine le 25 février 2010. Son mandat est notamment marqué par une réforme constitutionnelle renforçant
les pouvoirs du chef de l'État et par la dégradation de la situation financière de l'Ukraine. Un vaste mouvement
de contestation, provoqué par la suspension d'un accord d'association entre l'Ukraine et l'Union européenne,
conduit à sa destitution, par le Parlement ukrainien, le 22 février 2014.
50
Un homme d'affaires, oligarque, Igor Kolomoïsky est le principal actionnaire du Privat Group et le prési-
dent de facto du FK Dnipro. Parmi les multimilliardaires, M. Kolomoïsky prend le 2e ou le 3e rang en Ukraine,
après Rinat Akhmetov et Viktor Pintchouk, depuis 2006 et la 613e position dans le classement mondial selon le
magazine Forbes. Selon Forbes, son patrimoine s'élève à 2,4 milliards de dollars.
51
Un homme d’affaires, président du club de football « Chakhtar », le député, le gouverneur de région de
Donetsk. En Février 2008, avec une fortune de 2,65 milliards $ Taruta est classé au 8e rang dans le liste des 130
personnes les plus riches. « Forbes », en 2013, a estimé que sa fortune a atteint 597 millions $.
52
Un homme politique, Vice Premier Ministre de l’Ukraine en 2003, 2006, 2010.
53
Ioulia Smoliakova, La privatisation en Ukraine, Journal Otechestvennyye zapiski, # 68, 2007, disponible :
http://www.strana-oz.ru/2007/1/privatizaciya-v-ukraine
54
Ioulia Smoliakova, La privatisation en Ukraine, Journal Otechestvennyye zapiski, # 68, 2007, disponible :
http://www.strana-oz.ru/2007/1/privatizaciya-v-ukraine

26
entreprises les plus avantageuses au prix bas, les conditions des concours étaient adaptées aux
exigences de certains candidats et les candidats « indésirables » étaient empêchés dès le
début55.

Au cours des années 2000, l’industrie de l’eau est confrontée à plusieurs défis sous
pression des acteurs bénéficiaires de la privatisation qui commercialisent ce secteur de sorte
qu'il devienne plus rentable. Ces pressions menacent les emplois, le coût des services
d’approvisionnement centralisés en eau, la qualité de l’eau potable, la sécurité et les
conditions de travail, parce que les entreprises privées tentent de réduire leurs dépenses et de
maximiser leurs bénéfices56. Dans la région du Donbass la situation devenait critique puisque
l’industrie d’eau dépendait de plusieurs facteurs politiques et économiques.

Dès le début de la période de privatisation dans le Donbass, c’est Rinat Akhmetov qui
est le personnage clé dans les enjeux économiques et politiques de la région. Il est également
considéré comme le « bénéficiaire du Donbass ». Il bénéficie d’une forte influence politique
dans toute l’Ukraine. Il a gagné une grande partie de sa fortune grâce à la privatisation au
début des années 1990. Il a acheté des actifs miniers dans la région du Donbass en
construisant un cycle complet de production du métal. Plus tard, il a ajouté dans son
portefeuille d’actions une part de l’industrie de l’énergie et des entreprises de
télécommunications. Tous ces actifs ont été fusionnés en une holding « System Capital
Management »57.

Actuellement, System Capital Management est propriétaire de plus de centaines


d’entreprises opérant dans les secteurs des mines, de l'énergie et des télécommunications,
dans le secteur bancaire, des assurances, des médias, dans le commerce, l'immobilier et
d'autres industries.

En effet, malgré le fait que Rinat Akhmetov bénéficie d’un contrôle absolu sur toute
l’industrie du Donbass, il semble qu’il n’y ait pas de relations directes avec l’industrie de
l’eau dans cette région. Cependant, il est tout à fait possible d’établir un lien indirect entre
l’industrie de l’eau dans le Donbass et cet oligarque ukrainien. Ce lien se matérialise à travers

55
Ioulia Smoliakova, La privatisation en Ukraine, Journal Otechestvennyye zapiski, # 68, 2007, disponible :
http://www.strana-oz.ru/2007/1/privatizaciya-v-ukraine
56
David Hall ang Vladimir Popov, Privatisation and restructuring of water supply in Russia and Ukraine, January
2005, http://gala.gre.ac.uk/3765/1/PSIRU_9472_-_2005-01-W-RussiaUkrainewater.pdf
57
Le maître du Donbass Rinat Akhmetov a survécu la guerre et revient à la politique, Meduza, 2016,
https://meduza.io/feature/2016/03/25/hozyain-donbassa

27
d’une grande compagnie énergétique DTEK. C’est une véritable preuve de l’existence de
l’influence d’Akhmetov sur l’industrie de l’eau dans le Donbass.

DTEK est une division énergétique de System Capital Management qui représente
l'intégration verticale des entreprises ukrainiennes qui créent une chaîne industrielle
d'extraction et d'enrichissement du charbon ainsi que de la production et la distribution
d'électricité aux grandes entreprises dans toute Ukraine. Les entreprises et les sous-directions
de DTEK se trouvent également dans les régions de Donetsk et Louhansk58. Dans cette
région, DTEK est représentée par DTEK Donetskoblenergo qui s’occupe de la distribution de
l’électricité aux grandes entreprises industrielles y compris à Voda Donbassa, la plus grande
entreprise d’approvisionnement en eau dans le Donbass59.

En effet, la compagnie Voda Donbassa représente un véritable géant dans l’industrie


de l’eau dans la région du Donbass. Aujourd’hui le champ d’action de la compagnie a été
beaucoup élargi par rapport à l’époque soviétique. Actuellement, elle approvisionne en eau
226 villages et s’occupe des services de canalisation dans 78 villes de la région du Donbass.
Elle distribue l’eau en passant par les entreprises d’approvisionnement en eau au niveau local.
Le cycle du travail de l’entreprise comprend :

1. Le pompage de l’eau du canal Siverski Donets ;

2. Le traitement de l’eau technique et potable ;

3. Le contrôle technique de la qualité de l’eau ;

4. La distribution de l’eau technique et potable dans les régions arides ;

5. L’approvisionnement centralisé en eau potable et technique ;

6. La collecte et le traitement des eaux usées (canalisation centralisée) ;

7. La préparation de la documentation, des travaux de recherche ainsi que de la mise


en œuvre des installations d’approvisionnement en eau60 ;

La compagnie dispose de dix-neuf stations de traitement de l’eau. Voda Donbassa


dispose également de cinq bureaux régionaux de production dans la région, vingt bureaux
responsables pour le secteur de canalisation, un bureau régional de l’exploitation du canal, la
direction générale de « Donbassvodremont », un centre d'information, des centres de

58
Site officielle http://www.dtek.com/
59
Voda Donbass http://www.voda.dn.ua/novosti/novosti-kompanii/308-oga
60
http://www.voda.dn.ua/o-kompanii

28
réparation techniques et mécaniques, un laboratoire central du contrôle de l’eau. A partir de
2008, la grande entreprise « Donetskoblvodocanal »61 fusionne avec Voda Donbassa.

A cette époque-là, un grand nombre de problèmes sont apparus dans ce secteur. Les
questions les plus aigües concernaient les prix et la qualité de l’eau.

Les problématiques liées à la qualité de l’eau fournie à la population

La première question très importante concerne la qualité de l’eau fournie à la


population. L’époque de l’Ukraine indépendante est différente de celle de l’URSS. En tant
qu’acteur souverain et membre plénier de la communauté internationale, l’Ukraine a
commencé à mettre en place des politiques préventives de la dégradation environnementale.
De nombreuses entreprises spécialisées en production industrielle devaient désormais suivre
et respecter certaines règles qui ne doivent pas mettre en cause l’environnement, les
ressources naturelles et la santé humaine. L’Etat a commencé à mettre en place les institutions
qui devaient surveiller la qualité de l’eau fournie à la population.

Surveiller la qualité de l’eau signifie veiller à ce que l’eau soit potable et non
contaminée pour être consommée et utilisée pour le lavage et la cuisine. Les directives de la
qualité pour l’eau de boisson de l’OMS fournissent des recommandations sur les limites
relatives à la présence des substances chimiques et biologiques dans l’approvisionnement en
eau potable. Ces limites sont fixées afin de maximiser la probabilité que l’eau soit potable
pour les êtres humains62.

Les autorités doivent, par exemple, se fixer comme objectif minimum d’empêcher la
contamination de l’eau par des matières fécales et par la présence naturelle de minéraux ou

61
Une des plus grandes entreprises du secteur d’approvisionnement en eau dans la région du Donbass. Elle
dispose 3500 km des canalisations de distribution de l’eau ainsi que 1500 km des canalisations de canalisation.
Elle s’occupe de huit réseaux d’eau municipaux, plus de 120 stations de canalisation et de pompage. Les
réseaux technique d’une entreprise servent à neuf services d’approvisionnement en eau fixés auprès chaque
district de la région.
62
Catarina de Albuquerque, Manuel pour la réalisation des droits humains à l’eau potable et assainissement,
Edition Surveillance de la conformité avec les droits humains à l’eau potable et à l’assainissement, p. 17,
Portugal, 2014

29
métaux provoquant des maladies, comme l’arsenic, et de veiller à ce que qu’il n’y ait pas de
pollution due à l’industrie locale ou à l’agriculture63.

Mais en Ukraine, au cours des dernières années, en dépit de la réduction des émissions
toxiques de l'industrie dans les sources d'eau de surface, l'état des masses d'eau n'a pas été
sensiblement amélioré. L'une des causes principales de la pollution et de la dégradation des
eaux de surface est un mauvais état des installations de traitement des eaux usées et des
services de canalisation qui entraîne chaque année une détérioration progressive de la qualité
des sources d'eau. En même temps, il y a une baisse significative de consommation d'eau dans
les villes. Tous ces facteurs conduisent à une détérioration de la qualité des systèmes
d'approvisionnement en eau potable parce que les installations de traitement des eaux ne
parviennent pas à faire face à une charge croissante à cause de leur état obsolète64.

Dans la région du Donbass, l’entreprise Voda Donbass dispose de dix-neuf stations de


filtration et de traitement de l’eau avec une capacité totale d'environ 2 millions de m3 d’eau
par jour. En Ukraine, la technique de traitement de l’eau la plus utilisée est le traitement au
chlore. Une large utilisation de chlore lors d’un traitement de l’eau s’explique par son
efficacité dans la désinfection des eaux naturelles et la capacité de préserver une eau purifiée
plus longtemps. En outre, la chloration préliminaire réduit la chromaticité de l'eau, enlève
l'odeur et le goût, réduit les dépenses de coagulants et maintient un état satisfaisant des
installations de traitement de l'eau. De plus, pour l’Ukraine le traitement de l’eau au chlore
était toujours le plus rentable parce que cette technique n’est pas très coûteuse et n’exige pas
beaucoup d’investissements65.

Pourtant cette technique conduit à la formation de nombreux composés organochlorés


qui ont des effets toxiques, cancérigènes et mutagènes sur le corps humain. Selon les
scientifiques, la chloration augmente la toxicité de l'eau de 4 à 5 fois. Même si la population
reçoit chaque jour des doses minimes, les symptômes suivants apparaissent : toux,
éternuements, maux de tête, étourdissements, pâleur, nausées, fatigue.

En plus, la situation de la qualité de l’eau est aggravée par le mauvais état des
systèmes de canalisations. Il s’agit d’équipements obsolètes, de travaux de réparations tardifs,

63
Catarina de Albuquerque, Manuel pour la réalisation des droits humains à l’eau potable et assainissement,
Edition Surveillance de la conformité avec les droits humains à l’eau potable et à l’assainissement, p. 17,
Portugal, 2014
64
Rodina, A., La justification des indicateurs de la qualité de l'eau de surface avec les technologies de traitement
des eaux usées en utilisant la théorie du risque [Texte] : thèse : Vologda, 2005.
65
Aqua Expert, La chloration de l’eau, http://www.aquaexpert.ru/enc/articles/chlorum/

30
de violations des normes et périodes d’utilisation, etc. Par exemple, en 54 ans d'existence du
CSD, celui-ci n'a jamais été arrêté même pendant les travaux et n’a jamais subi de réparations
majeures pourtant nécessaires. Toutes les réparations visant à éliminer les problèmes ont été
effectuées en régime « non-stop ». Par conséquent, les contaminants étaient accumulés
pendant un demi-siècle et finalement l'écoulement de l'eau a commencé à les enlever.
Maintenant l'eau est turbide et contient un grand nombre de bactéries et de substances
nuisibles. En outre, les cyanobactéries se sont multipliées à l'intérieur des canalisations et
certains des produits de leur décomposition sont très nuisibles pour les humains66.

Les canalisations ont également beaucoup de fissures et de trous. Dans certains


endroits du CSD, les pertes de l’eau atteignent environ 530 à 640 litres par seconde à cause
des fuites. Sous une pression constante, les endommagements ne contribuent qu’à une perte
d'eau énorme. Cependant, il est pratiqué de nombreuses coupures d'eau ou de réductions de
pression afin de réduire ces pertes. Tout cela provoque une possibilité de rentrée des eaux
souterraines contaminées ou des eaux usées67.

Le pompage de l'eau brut représente un autre défi : les anciens équipements de


pompage ont un niveau de détérioration très élevé et sont affectés par des pannes fréquentes et
des coûts élevés d'énergie pendant le pompage. L'âge moyen des pompes est d'environ 30 ans
et 80 à 85% d'entre elles sont toujours d’anciens modèles soviétiques68.

Finalement, nous pouvons constater, qu’en Ukraine l’application du droit à l’eau en


termes de qualité acceptable rencontre plusieurs défis. Selon les sources officielles, la qualité
de l’eau fournie à la population correspond à toutes les exigences sanitaires. Cependant, en
tenant compte de l’état de l’infrastructure, le contenu chimique de l’eau de Siverski Donets et
le traitement de l’eau imparfait, nous pouvons en douter.

La situation relative à la qualité de l’eau destinée à la consommation est liée également


à la problématique de l’accessibilité parce que tous les résidents du Donbass ne bénéficient
pas d’accès équitable aux sources d’eau à cause du manque de services centralisés. Ceux qui
n’ont pas d’accès aux services centralisés d’approvisionnement en eau (principalement dans
les campagnes), utilisent des puits avec des sources souterraines dont la qualité correspond

66
Irina Gavrilenko, La qualité de l’eau potable à Donetsk, septembre 2012 disponible : http://062.ua/news/v-
donecke/kachestvo-pit-evoy-vody-v-donecke-ili-chto-my-p-em
67
Interview avec la journalist de Volnovakha Aliona Merjenevska, fait le 27/07/2017
68
WASH Cluster, Water supply and Sanitation. Pre-Crisis Secondary Data – Ukraine and Donbass (April, 2015),
available:
https://www.humanitarianresponse.info/system/files/documents/files/sdr_water_supply_and_sanitation.pdf

31
rarement aux normes acceptables. Le principe d’accessibilité totale touche également le coût
des services centralisés.

Les problématiques liées aux tarifs des services d’approvisionnement en eau

La deuxième question concerne les coûts de l’eau et met en question l’accessibilité des
ressources. Selon les principes du droit à l’eau potable au niveau international, le coût de l’eau
doit être abordable et raisonnable pour que la population puisse avoir un accès équitable aux
ressources d’importance vitale69.

Le montant total que les personnes doivent payer pour les services relatifs à l’eau, à
l’assainissement et l’hygiène associée, ne doit pas compromettre leur capacité à financer
d’autres besoins essentiels. Si les services relatifs à l’eau et à l’assainissement sont trop
onéreux, les personnes se retourneront vers d’autres sources et vers des pratiques risquées, ce
qui peut avoir un effet négatif sur la santé publique. Il est donc dans l’intérêt de l’Etat de
s’assurer que les services soient économiquement accessibles pour tous70.

Cependant, en Ukraine les prix pour les services relatifs à l’eau, l’électricité et les
canalisations sont trop élevés par rapport aux revenus de la population (en prenant en compte
que le salaire minimum en Ukraine constituait à cette époque-là à peu près 1200 hryvnias soit
110 euros (en 2005, 1 euro = 11, 065 UAH)))71.

La procédure de calcul des prix des services d’approvisionnement en eau et chauffage


est assez complexe. Les tarifs sont imposés à trois catégories des consommateurs – la
population, les institutions budgétaires (publiques et municipales) et les autres utilisateurs.
Les collectivités territoriales peuvent ajouter d’autres catégories.

De manière générale, le coût pour le chauffage et l’eau sont régis selon l’Ordre de la
formation des tarifs de la production et la distribution de chauffage et des services
d’approvisionnement centralisée en eau (la résolution du Cabinet des ministres № 955 du

69
Catarina de Albuquerque, Manuel pour la réalisation des droits humains à l’eau potable et assainissement,
Edition Surveillance de la conformité avec les droits humains à l’eau potable et à l’assainissement, p. 18,
Portugal, 2014
70
Catarina de Albuquerque, Manuel pour la réalisation des droits humains à l’eau potable et assainissement,
Edition Surveillance de la conformité avec les droits humains à l’eau potable et à l’assainissement, p. 19,
Portugal, 2014
71
Interview avec la personne déplacée de Donetsk, Oksana Korobko, fait le 22/03/2017

32
10.07.06)72. Conformément à cette résolution, si le centre d’approvisionnement en eau
régional offre des services centralisés de distribution de l’eau et de la canalisation à cent mille
personnes physiques (au minimum), alors les tarifs doivent être établis par la Commission
nationale qui exerce la régularisation dans le secteur des services publics. Si le nombre des
consommateurs ne dépasse pas cent mille personnes physiques, toutes les charges sont
calculées par les collectivités territoriales sur la base des indices des compteurs présentés par
les citoyens aux services locaux de contrôle des compteurs73.

Les tarifs de services d’approvisionnement centralisés en eau et chauffage sont fixés


sur la base des coûts économiquement justifiés incluant le profit prévisible et TVA. Comme
les tarifs des services de chauffage centralisé, les tarifs des services d'approvisionnement en
eau centralisés sont formés sur la base des coûts qui comprend la rentabilité et les indices
relatifs aux investissements.

Les tarifs sont fixés conformément aux planifications annuelles de la production et la


distribution. Ces planifications sont calculées en fonction des dépenses économiquement
justifiés. Ces justifications comprennent les coûts des ressources, l’électricité, les taux des
salaires, les règlements, les coûts d'exploitation de la production, les devis techniques et
économiques, les taux des impôts et des taxes ainsi que les prix pendant une certaine période
établis par les producteurs et fournisseurs des produits industriels. Les tarifs doivent couvrir
toutes les dépenses et les frais d’amortissement. Ensuite ce sont les collectivités territoriales
ou bien la Commission nationale qui doivent approuver les prix calculés par les entreprises74.

Au début de 2000, les prix de services communaux ne variaient pas beaucoup ce qui
signifiait que les prix de chauffage et d’eau étaient plus au moins stables. Plus tard, l'Ukraine
a connu une réforme douloureuse de la réglementation tarifaire qui a conduit à l’augmentation
du coût des services communaux pour la population. Jusqu’en 2005, la dynamique
d’augmentation des tarifs de services d’eau était retardée par rapport au rythme de l'inflation.
En 2006, suite à la réforme de la règlementation tarifaire, la situation a changé : en deux ans
les prix pour les services d’approvisionnement en eau ont augmenté de plus de 90% alors que
le taux de l’inflation était moins élevé. En 2008, les taux de croissance nominaux ont diminué

72
La résolution du Cabinet des ministres № 955 du 10.07.06 http://zakon2.rada.gov.ua/laws/show/955-2006-
%D0%BF
73
Le Fond de soutien de la réforme du génie urbain, Les tarifs des services communaux en Russie et dans les
pays de la CEI pendant 2000 - 2010, Moscou, 2010
74
Le Fond de soutien de la réforme du génie urbain, Les tarifs des services communaux en Russie et dans les
pays de la CEI pendant 2000 - 2010, Moscou, 2010

33
à 14% mais en 2009, il y eu un processus inverse : l'inflation a diminué et les taux de
croissance des tarifs ont commencé à augmenter75.

Au final, l’augmentation des tarifs a conduit à la réduction des capacités des citoyens à
bénéficier des services de base ce qui avait un impact négatif sur l'efficacité de
fonctionnement des petites et moyennes entreprises. En adoptant la réforme de règlementation
tarifaire, le gouvernement n’a pas pris de mesures préventives pour empêcher une croissance
significative des tarifs des services et réduire ainsi l'ampleur de l'appauvrissement des
Ukrainiens.

Aujourd’hui la situation est devenue encore pire. L'augmentation régulière des tarifs
dans le système de logement et des services communaux est devenue la norme en Ukraine.
Cela est justifié par les exigences du FMI envers le gouvernement ukrainien. Selon le
Mémorandum du FMI de 2017 qui régit la procédure d’octroi du soutien financière de 1
milliard $ à l’Ukraine, le gouvernement ukrainien s’engage à introduire un mécanisme de
correction des tarifs des services communaux pour la population. Cet accord touche
principalement les tarifs du gaz et d’électricité76. Sachant que l’industrie de l’eau dépend de
ces ressources, l’augmentation des tarifs exigée par le FMI a également entraîné la croissance
des prix de l’eau77.

L’autre raison de la croissance des prix à l’eau est l’augmentation du salaire minimum
à deux reprises. Désormais, le salaire minimum d’un ukrainien ne doit pas être inférieur à
3 200 hryvnias (soit 110,34 euros (en 2017, 1euro = 29,92 UAH)). Ces innovations
législatives sont valables sur tout le territoire de l’Ukraine, y compris le Donbass.

Finalement nous pouvons constater qu’au cours de l’histoire les enjeux économiques,
politiques et sociaux avaient des effets sur l’application du droit à l’eau notamment en termes
de qualité, de quantité et d’accessibilité des ressources d’eau en Ukraine. La population de
l’Ukraine a connu des évolutions progressives et en même temps douloureuses de la politique,
de la vie sociale et économique.

75
Le Fond de soutien de la réforme du génie urbain, Les tarifs des services communaux en Russie et dans les
pays de la CEI pendant 2000 - 2010, Moscou, 2010
76
Memorandum of Economic and Financial Policies, Ukraine and IMF
https://bank.gov.ua/doccatalog/document?id=38126683
77
http://www.segodnya.ua/economics/gkh/v-ukraine-peresmatrivayut-tarif-na-vodu-kogda-i-naskolko-
podorozhaet-kommunalka--793375.html

34
Avec l’effondrement de l’URSS, l’industrie a également connu un fort déclin
notamment avec la mise en place de la politique de privatisation qui a produit des effets
négatifs sur le niveau de vie du peuple. La région du Donbass, le centre le plus industrialisé et
le plus riche en minéraux, souffre d’un manque fort en eau potable en raison d’absence de
sources d’approvisionnement. Ayant pour seule source d’eau le canal Siverski Donets,
l’industrie de l’eau dépend de tous les facteurs qui sont produits par les enjeux géopolitiques.
Malheureusement, cela a conduit à l’appauvrissement du peuple ukrainien ainsi qu’à la
détérioration des ressources d’importance vitale pour la population.

Aujourd’hui dans la région du Donbass la situation est plus compliquée à cause du


déclenchement du conflit armé. Les endommagements provoqués par les batailles constantes
aux entreprises de l’eau et aux stations de pompages et de traitement de l’eau entraînent, par
conséquent, l’arrêt complet des stations et la croissance du niveau des dépenses destinées aux
travaux et aux réparations. C’est pour cette raison que les tarifs de l’eau augmentent de plus
en plus dans cette région par rapport au reste du territoire ukrainien et il devient plus
compliqué d’accéder aux services d’approvisionnement en eau potable de bonne qualité et en
quantité suffisante.

En dépit de deux années de négociations visant à résoudre le conflit dans l'est de


l'Ukraine, les hostilités demeurent une réalité pour des millions de personnes touchées
directement et indirectement par la violence armée. Bien que les efforts des parties au conflit
et des médiateurs internationaux visent à mettre en œuvre les dispositions de l'accord Minsk II
signé en février 2015, les mesures en vue de la résolution du conflit doivent être encore
améliorées et mises en place tenant compte l’évolution du conflit et de la situation
humanitaire78.

78
Norwegian Refugee Council, NRC established an initial presence in Ukraine in late 2014, with its operations
centred in Severodonetsk (Luhansk oblast), Fact Sheet, November 2016

35
Partie II
Le déclin lourd de l’industrie de l’eau dans le Donbass provoqué
par l’arrivée du conflit armé et la mise en place de la frontière qui divise
les réseaux et infrastructures

Le déclenchement du conflit armé a provoqué une division territoriale ainsi qu’un fort
déclin social et économique de la région. Un tel déroulement des évènements a mis en place
une ligne de front qui divise le territoire de la région. Désormais le territoire des oblasts de
Louhansk et Donetsk regroupe GCA et NGCA. Les territoires contrôlés par le gouvernement
ukrainien sont accessibles pour les acteurs humanitaires tandis que le territoire contrôlé par les
séparatistes pro-russes reste une zone difficile à accéder surtout pour les ONG occidentales à
cause des entraves constantes de la part des autorités de facto.

La fréquence croissante des violations du cessez-le-feu le long de la ligne de contact a


aggravé la situation humanitaire des civils. Dans certains endroits, les bombardements sont
devenus plus fréquents ce qui a augmenté les risques auxquels sont confrontés les milliers de
civils vivant le long de la ligne de contact ou du croisement entre GCA et NGCA.

Dès le début, le conflit endommage l’infrastructure d’importance vitale pour la


population. En premier lieu, c’est l’industrie de l’eau qui est gravement endommagée par le
déroulement des hostilités. Le conflit armé ainsi que la mise en place de la frontière ont
influencé non seulement l’état des installations et de l’équipement technique mais aussi le
fonctionnement de l’infrastructure entière. Ce fonctionnement représente un enjeu plus
compliqué parce qu’il s’agit de la rupture des relations entre les entreprises fournisseuses et
consommatrices de l’eau.

36
A. L’impact des enjeux politiques et économiques provoqués par le conflit armé sur la
gestion et l’état de l’industrie de l’eau dans le Donbass

En Ukraine, les systèmes centralisés d'approvisionnement en eau ont beaucoup


souffert des effets de l’augmentation des tarifs et du manque de gestion adéquate du secteur
bien avant le début du conflit. Il est ainsi important de bien comprendre qu’avant même le
début du conflit, cette industrie était déjà très fragilisée.

En 2017, après quatre années de déroulement du conflit armé dans le Donbass, des
milliers des personnes sont victimes d’une violence ininterrompue. Les endommagements
constants des écoles, des maisons ainsi que des infrastructures d’une importance vitale se
reproduisent à plusieurs reprises ce qui crée des obstacles à la vie normale des civils.

C’est un conflit de longue durée et les problèmes humanitaires sont devenus une
réalité quotidienne pour les personnes touchées par la violence et pour les communautés qui
accueillent les personnes déplacées. Ce conflit est devenu un véritable fardeau financier pour
l’Etat qui n’est plus en mesure d’assurer la sécurité sociale de la population. Cela provoque
l’insatisfaction des personnes déplacées et de ceux qui habitent sur les territoires contrôlés par
les séparatistes pro-russes.

Les civils vivant près de la ligne de contact et dans les territoires contrôlés par les
groupes armés sont particulièrement vulnérables aux violations et abus des droits de
l'Homme79. Selon les estimations de Humanitarian Response Plan de l’ONU, en 2016 environ
3,7 millions de personnes ont été touchées directement ou indirectement par le conflit armé
dont 3,1 millions ont besoin d'aide humanitaire. Cela comprend environ 800 000 personnes
vivant le long de la ligne de démarcation (200 000 en GCA et 600 000 en NGCA) ainsi que
2,1 millions de personnes vivant dans NGCA. Le conflit a entraîné le déplacement de près de
2,7 millions de personnes dont environ 1,7 million de personnes déplacées sont enregistrées
par le Ministère de la politique sociale d'Ukraine. Depuis le début du conflit, 22 236
personnes ont été blessées et 9 578 personnes tuées. Les préoccupations sérieuses en matière

79
L’ONU, Ukraine : après deux ans de conflit, la situation dans l'est du pays reste inquiétante, selon l'ONU,
http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=37374#.WVIMoGjyjIU

37
de droits de l'Homme persistent conformément au dernier rapport de la Mission de
surveillance de la situation des droits de l'Homme des Nations Unies en Ukraine80.

L’application du droit à l’eau dans cette région demeure un problème aigu parce qu’il
peut provoquer une crise humanitaire d’une grande ampleur en soulevant plusieurs
préoccupations secondaires. D’après les estimations de l’ONU, au moins 1,3 million de
personnes dans la zone de conflit dans le Donbass sont au bord d'une grande crise humanitaire
en raison des perturbations d’approvisionnement en eau, électricité et gaz81. Ces perturbations
sont provoquées principalement par les bombardements des installations en particulier des
stations de filtrage de l’eau à Donetsk et Horlivka, des stations de Voda Donbassa ainsi que
des lignes d’électricité et des canalisations de gaz.

Les réparations sont perturbées régulièrement par des mesures de sécurité (à cause des
combats, des mines, des obus) et, par conséquent, il est difficile d’accéder aux stations
endommagées. Les coupures d’électricité et d’eau durent souvent plus de 24 heures. Les
zones d’infrastructures en eau et de en électricité les plus touchées par ces incidents se
trouvent à Avdiivka, Marioupol, Popasna et Zolote (GCA) ainsi qu’à Donetsk,
Dokutchaievsk, Stakhanov, Spartak, Verkhnotoretske and Iasynouvata (NGCA)82.

L’état obsolète des infrastructures d’eau constitue un autre problème majeur dans ce
secteur. Dans ce cas-là, il s’agit d’équipement technique obsolète qui nécessitait des
réparations depuis très longtemps. Cependant, à cause d’un manque constant de financements,
les renouvellements complets des installations, excepté quelques petits travaux, n’étaient
jamais effectués.

Actuellement, l’arrivée du conflit et la mise en place de la ligne de démarcation a


entraîné d’autres problèmes au niveau de la gestion économique des infrastructures.
Aujourd’hui, l’infrastructure qui fournit l'eau à ces grandes régions peuplées et hautement
industrialisées traverse « la zone tampon » (zone entourant la « ligne de contact »83.

80
Humanitarian Response Plan, Ukraine, January December 2016, available:
http://reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/resources/2016_hrp_ukraine_english.pdf
81 st th
OCHA, Humanitarian Bulletin, Ukraine, Issue 17, 1 March – 30 April, available:
https://www.humanitarianresponse.info/system/files/documents/files/ukraine_humanitarian_bulletin_issue_
17_mar_apr_2017_en.pdf
82 st th
OCHA, Humanitarian Bulletin, Ukraine, Issue 17, 1 March – 30 April, available:
https://www.humanitarianresponse.info/system/files/documents/files/ukraine_humanitarian_bulletin_issue_
17_mar_apr_2017_en.pdf
83
Les Accords de Minsk 2 prévoient le retrait de "toutes les armes lourdes par les deux parties" afin
d'établir une zone tampon d'une profondeur de 50 kilomètres à 140 kilomètres en fonction du type d'armes
lourdes. Les précédents accords prévoyaient une zone tampon de 30 kilomètres de largeur.

38
La plupart des entreprises d’approvisionnement en eau sont proches de l’effondrement
économique. Les entreprises de l’eau dans GCA et NGCA continuent à se confronter afin de
trouver un accord et une solution aux problèmes financiers et politiques au détriment des
civils. Cet aspect est également abordé par l’ordre juridique, parce qu’à partir de 2014, la
région du Donbass bénéficie d’un statut particulier.

Le 16 septembre 2014, la Rada Suprême de l’Ukraine a adopté la loi # 1680-VII « Sur


l’ordre spécial du fonctionnement des autonomies locales dans les régions séparées des
oblasts de Donetsk et Louhansk » connu comme la loi sur le statut spécial du Donbass. Cette
loi a été adoptée dans le cadre des accords de Minsk (exigence relative à la décentralisation)
qui vise à accorder un statut spécial pendant trois ans aux territoires dans les oblasts de
Louhansk et Donetsk que les forces ukrainiennes d’opération anti-terroristes (ATO) ne
contrôlent pas84.

Selon cette loi, la procédure spéciale pour la formation des gouvernements locaux dans
NGCA des régions de Donetsk et Lougansk devait être mise en place. L’Ukraine doit
également contribuer à la coopération transfrontalière entre les « régions séparées » et les
régions voisines de la Fédération de Russie. Les autorités de facto ont le droit de former des
équipes populaires de milice et de patrouille qui doivent engager les citoyens ukrainiens
habitant dans ces régions et qui doivent agir conformément à la Constitution ukrainienne. La
condition importante de l’octroi de ce statut constitue en l’organisation d’élections qui doivent
être surveillées par les observateurs ukrainiens et internationaux. Après les élections dans les
« régions séparées », l’Etat ukrainien s’engage à garantir l’amnistie aux partisans des
Républiques populaires – toute poursuite des dirigeants et partisans de RPD et RPL est
interdite. Le gouvernement ukrainien s’engage à contribuer au développement économique
des « régions séparées » et le budget public doit accorder les financements pour le soutien de
NGCA notamment pour la restauration des infrastructures qui approvisionnent la population
en ressources importantes85.

Ces enjeux sont liés à la protection des droits de l’Homme et au caractère civil de
l’industrie de l’eau ont un impact immédiat et à long terme sur la situation humanitaire dans la
région. Le manque d'un accord visant à résoudre les problèmes financiers et bureaucratiques
expose près de 400 000 à 600 000 personnes vivant sur deux côtés de la « ligne de contact » à

84
http://zakon2.rada.gov.ua/laws/show/1680-VII
85
Le texte de la loi http://zakon2.rada.gov.ua/laws/show/1680-VII

39
un haut risque, non seulement de coupes d’eau, mais aussi à une croissance accrue des
épidémies et des maladies transmises par l'eau86.

Les problèmes les plus fréquents concernent la gestion des relations entre les
entreprises dans GCA et NGCA. Il convient de souligner que la plupart des centres principaux
de l’industrie ainsi que des stations de pompage sur la rivière Siverski Donets se trouvent le
long de la ligne de front et surtout dans GCA. Cela crée une dépendance complète des
entreprises se trouvant dans NGCA et des compagnies dans GCA qui leur fournit l’eau.
Cependant, avant la sécession, les autorités de facto dans NGCA n’ont pas prévu le
mécanisme financier qui donnerait les garanties d’approvisionnement en eau pour la
population y habitant. Le déclenchement du conflit a influencé le processus de la gestion du
système en mettant en cause l’approvisionnement en eau des civils habitant le long de la ligne
de démarcation et plus particulièrement dans NGCA.

A partir de 2014, NGCA se trouvent face à un fort déficit à cause de l’absence des
garanties d’avoir de l’eau et, par conséquent, du mécanisme de financement viable qui régit
les relations entre les compagnies fournisseuses dans GCA et les consommateurs dans NGCA.

Les problèmes qui concernent les procédures de paiement des factures d'eau et
d'électricité le long de la « ligne de démarcation » ont entraîné l’accroissement d’une menace
de coupure d’approvisionnement en eau de NGCA. Ainsi, certains comptes bancaires des
grandes compagnies d'eau se trouvant dans NGCA ont été bloqués. En conséquence, environ
4 millions de personnes étaient gravement menacées par le manque d’eau. Il faut forcement
trouver une solution pour la régularisation des factures afin d'éviter une coupure d’eau et de
l’électricité dans GCA et NGCA87. Les accords de Minsk représentent le mécanisme le plus
efficace dans la résolution du problème relatif à la gestion structurelle et financière de
l’infrastructure de l’eau.

86
OCHA, Le Bulletin Humanitaire, Ukraine, Edition 13, 1 – 30 Septembre 2016, disponible :
http://reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/resources/humanitarian_bulletin_issue_14_september_2016_ru.p
df
87
OCHA, Le Bulletin Humanitaire, Ukraine, Edition 15, 1 Octobre – 31 Décembre, disponible :
https://www.humanitarianresponse.info/system/files/documents/files/ukraine_humanitarian_bulletin_issue_
15_oct_dec_2016_ru.pdf

40
Division de Voda Donbassa dans la région de Donetsk

La mise en place de la « ligne de contact » a également influencé la gestion des


relations au sein des entreprises. Il s’agit d’abord de Voda Donbassa qui a été « coupée » par
la ligne du front. La gestion de l’entreprise a été divisée par la mise en place de la frontière.
Actuellement les stations de pompage de la compagnie Voda Donbassa se trouvent dans GCA
et sont régies par l’administration militaire civile située à Kramatorsk (GCA). Cependant, la
direction de la compagnie se trouve à Donetsk dans NGCA88. Près de 4 000 personnes
travaillent dans GCA et plus de 7 000 - dans NGCA. Tout le personnel est rémunéré en
hryvnia par l’Etat légitime89.

Au début de 2017, après le blocus économique du Donbass organisé par les anciens
combattants d’ATO et soutenu par l’Etat, les autorités de facto ont lancé le processus de la
« nationalisation » qui vise à introduire des « administrations temporaires » au sein des
entreprises qui se trouvent dans NGCA. Les dirigeants des RPD et RPL ont exigé que les
grandes entreprises qui se trouvent dans NGCA sous la juridiction ukrainienne paient les
impôts au budget des républiques autoproclamées sinon ils annuleraient tous les accords
conclus avec l’Etat et mettraient en place des « administrations temporaires », en d’autres
termes, ils s’approprieront les entreprises nationales90.

Néanmoins, ils n’ont pas inclus Voda Donbassa dans cette liste. L’entreprise Voda
Donbassa reste une compagnie publique dont la direction se trouve dans NGCA mais elle
paie les impôts à Kiev. L’entreprise reste sous la juridiction de l’Etat ukrainien91.

La responsabilité de maintenir l’industrie de l’eau qui appartient à cette compagnie


dans les zones de conflit rencontre plusieurs défis. Cependant la mise en place d’un système
séparé pour chaque zone n’est viable ni techniquement ni économiquement. Cela ne
fonctionne pas dans l’esprit des accords de Minsk. Les défis principaux visent à identifier les
risques pertinents d’approvisionnement en eau fiable liés au système de transmission de Voda
Donbassa et de proposer des mesures de prévention adéquates et viables.

88 th
UNICEF, Risk assessment of Voda Donbass water system, 26 of August 2016, available:
https://www.unicef.org/ukraine/Request_for_Proposal_RFPS-UKRA-2016-0014_LRPS-2016-9127242_Engl.pdf
89
Interview avec Vadim Tchernych, le Ministre pour les questions des territoires occupés
90
Interview avec Vadim Tchernych, le Ministre pour les questions des territoires occupés
91
https://www.gazeta.ru/politics/2017/02/11_a_10520915.shtml

41
Divion de l’entreprise d’approvisionnement en eau dans la région de Louhansk

Avant le conflit armé, l’entreprise communale régionale Louhansk Voda (LV)


approvisionnait en eau toute la région de Louhansk. Après le déclenchement du conflit en
2014, la direction de LV est restée dans NGCA. Certaines de ses subdivisions, départements
et zones de travail se trouvant dans GCA ont été privés du statut légal. Il était ainsi très
important de trouver une solution viable qui puisse assurer le fonctionnement de
l’infrastructure qui approvisionne en eau la population. Il fallait également comprendre quelle
personne morale pourrait représenter les intérêts des civils dans le cadre des relations
contractuelles.

Alors la décision de créer une entreprise municipale avec des fonctions d'entreprise
régionale a été prise. Une telle entreprise a été créée dans le district de Popasna (dans GCA où
les installations de filtration se trouvaient). Ivan Vilkov a dirigé l'entreprise communale
Popasnyanski Vodokanal (PVK) conformément à la décision du conseil de district de Popasna
le 23 décembre 201492.

Finalement, la société d'approvisionnement en eau de l'oblast de Louhansk a été


également divisée : PVK dans GCA et Louhansk Voda qui se trouve dans NGCA. PVK inclue
tous les sites de production qui desservent les stations de pompage se trouvant le long de
Siverski Donets dans la région de Louhansk : les régions de Popasna, Novoyaidar et Stanitsa-
Louhanska, à l'exception des territoires des conseils municipaux de Severodonetsk, Roubijne
et Lissitchansk93.

Dans NGCA, Louhansk Voda en tant qu’entreprise municipale achète et distribue


l'eau. Par conséquent, Louhansk Voda dépend beaucoup de PVK car plus de 70% des sources
d'eau se trouve dans GCA, alors que plus de 90% des consommateurs vivent dans NGCA.
Depuis 2014, les paiements de factures des services d’approvisionnement en eau entre LV et
PVK ont été problématiques en raison du blocus économique. En même temps LV ne pouvait
pas payer les factures en raison du manque des moyens94.

92
Iouri Aseev, Water as an instrument of welfare, 07/07/2017, Politics and Human Rights,
http://khpg.org/en/index.php?id=1499415167
93
Iouri Aseev, Water as an instrument of welfare, 07/07/2017, Politics and Human Rights,
http://khpg.org/en/index.php?id=1499415167
94
WASH Cluster Ukraine Alert Bulletin, available:
https://www.humanitarianresponse.info/system/files/documents/files/3._wash_cluster_alert_bulletin._issue_
3.pdf

42
Ainsi PVK ne pouvait pas procéder à la régularisation des factures de l’électricité
auprès l’association de l’énergie de Louhansk (AEL) à cause d’absence de paiements de la
part de Louhansk Voda. Afin de régler le problème des dettes, le Groupe de contact tripartite
de Minsk, a décidé de créer l’entreprise Djerelo Novogo Zhittja (La source de la nouvelle vie),
un intermédiaire basé dans GCA95. Actuellement, c’est Djerelo Novogo Zhittja qui est
responsable pour la régularisation de la dette actuelle.

L’Association de l’énergie de Louhansk menace à plusieurs reprises de couper


l’électricité aux stations de pompages et aux systèmes d’approvisionnement en eau dans GCA
et NGCA en raison du non-paiement des factures accumulées pour l'énergie utilisée. Ayant un
fort besoin de ressources financières pour fournir l’électricité, l’AEL a recouru à des coupures
de l’énergie aux entreprises de l’eau à court terme afin de réduire ses dépenses.

À la fin d’avril 2016, l’AEL a coupé l’alimentation énergétique en forçant les


autorités de facto de trouver d’autres sources alternatives d’approvisionnement, par exemple,
en Fédération de Russie ou à Donetsk (NGCA). Pourtant, de telles sources alternatives ne sont
pas viables en raison de leurs ressources limitées et du manque d’infrastructures requises.
Cette alternative limitée et non-viable suppose la fourniture de l’eau d’une mauvaise qualité
qui n’est souvent pas potable ce qui met en danger les personnes les plus vulnérables – les
personnes âgées, les femmes et les enfants.

Suite à la coupure de l’électricité, PVK a arrêté la distribution de l’eau. Les


perturbations étaient provoquées par les dettes que l’entreprise doit régulariser. La situation
dans NGCA soulève les préoccupations très sérieuses, en particulier, parce qu’il y a près de
440 000 personnes qui utilisent l’eau de très mauvaise qualité à cause des coupures constantes
de la distribution de l’eau96.

Enfin, la crise économique et l'incapacité croissante des gens à payer les factures
d'électricité et d'eau ont conduit à l'émergence d'une dette très élevée. En conséquence, les
entreprises de services publics dans NGCA Louhansk Voda et Voda Donbassa rencontrent de
grandes difficultés pour l'affectation de fonds pour les réparations urgentes. En même temps

95
WASH Cluster Ukraine Alert Bulletin, Double Issue. 01 March - 30 April 2017 - Issue 8-9, available:
https://www.humanitarianresponse.info/system/files/documents/files/7-
8._wash_cluster_alert_bulletin._double_issue_7-8.pdf
96
OCHA, Le Bulletin Humanitaire, Ukraine, Edition 13, 1 – 30 Septembre 2016, disponible :
http://reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/resources/humanitarian_bulletin_issue_14_september_2016_ru.p
df

43
elles touchent encore moins de financements extrêmement nécessaires pour le maintien à long
terme du service technique de l’infrastructure97.

Cependant, si aucune solution n’est trouvée, il existe une forte probabilité de pénurie
d'électricité et d’eau d'au moins quatre entreprises de services publics : Popasnyanski
Vodokanal, Lysychansk Vodokanal, Starobilsk Voda et Svatove Vodokanal.

L'entreprise communale municipale Louhansk Voda (qui a remplacé à l’époque


l’entreprise communale régionale Louhansk Voda) est devenue le successeur de tout le
complexe immobilier du principal fournisseur d'eau dans le secteur au sud de la région de
Louhansk. Toutes les installations de pompage et de filtration d'eau, les installations de
traitement, les réseaux urbains de systèmes d'approvisionnement en eau dans NGCA ont été
transférés sous le contrôle de cette entreprise. Les représentants de la soi-disant RPL affirment
que Louhansk Voda approvisionne en eau NGCA indépendamment à 84%, et
l'approvisionnement en eau provenant du côté ukrainien a diminué à 15%. Par conséquent, ils
contestent leur dépendance des entreprises de l’eau se trouvant dans GCA98.

L’autre exemple concerne le cas de DTEK, une grande compagnie d’énergie qui fait
partie de la Holding de Rinat Akhmetov. DTEK a menacé à plusieurs reprises de couper la
distribution de l’électricité à Voda Donbass en raison des dettes non régularisées ce qui
conduira à l’arrêt complet du fonctionnement des entreprises qui approvisionnent en eau toute
la région. DTEK a essayé de résoudre ce problème en accordant des nombreux calendriers de
remboursement, mais la question du paiement reste toujours ouverte99.

Le 12 octobre 2016, les principaux comptes bancaires de Voda Donbassa ont été
bloqués suite à la demande de DTEK auprès du Ministère de la Justice. La raison principale
est la dette de Voda Donbassa envers DTEK d'environ 2,5 milliards d'UAH (100 millions
USD). Par conséquent, Voda Donbassa ne pouvait plus procéder au paiement des salaires et à
la prestation des services100.

97
OCHA, Le Bulletin Humanitaire, Ukraine, Edition 11, 1 – 30 Juin 2016, disponible :
https://www.humanitarianresponse.info/system/files/documents/files/humanitarian_bulletin_ukraine_-
_issue_11_ru_1.pdf
98
Iouri Aseev, Water as an instrument of welfare, 07/07/2017, Politics and Human Rights,
http://khpg.org/en/index.php?id=1499415167
99
RiaNews Ukraine, http://rian.com.ua/economy/20161220/1019829729.html
100
WASH Cluster Ukraine Alert Bulletin, available:
https://www.humanitarianresponse.info/system/files/documents/files/3._wash_cluster_alert_bulletin._issue_
3.pdf

44
Les mécanismes de remboursement des dettes de la part des autorités de facto aux
entreprises partenaires situées dans GCA ont été abordés lors des négociations à Minsk. En
dépit de certains progrès une solution viable n'a toujours pas été trouvée.

Généralement dans le contexte de la guerre actuelle, le paiement des services


d’approvisionnement en eau et électricité de NGCA s’effectue sur la base d’un mécanisme
établit dans le cadre des négociations du Groupe de contact trilatéral sur le règlement
pacifique du conflit en Ukraine. Les calculs sont effectués sur le territoire de l'Ukraine
contrôlé par le gouvernement légitime. Le processus de calcul implique les entreprises qui
sont enregistrées dans GCA et qui opèrent dans le champ juridique légitime101.

En même temps, malgré de nombreux relances et négociations, la question du non-


paiement des factures entre les entités de GCA et NGCA n'a pas pu être résolue. Plus tard,
WASH Cluster a témoigné d’un paiement effectué par NGCA (LV) à PVK à la fin du mois de
mai. Cependant, les représentants des républiques autoproclamées continuent d’accuser le
gouvernement ukrainien de tentatives de réduction d'approvisionnement en eau des NGCA et
créent ainsi des conditions qui contribuent à l'émergence d'une menace sanitaire et
épidémiologique pour la population civile102.

De telles complications entourant le système d'approvisionnement en eau à travers la «


ligne de contact » continuent de constituer une grave menace pour l'accès aux services de
base de millions de personnes.

Si une solution viable n’était pas trouvée, la suspension d’approvisionnement en eau


pourrait se reproduire à nouveau et conduirait à des conséquences catastrophiques. Avec
l’arrivée de l’hiver, le problème constituera non seulement en un manque d’eau mais aussi en
l’absence de chauffage car l’alimentation de systèmes de chauffage fait partie d’un système
centralisé qui est lié à celui de l’approvisionnement en eau. En cas de congélation des
canalisations du système de chauffage, leur redémarrage serait problématique parce que cela
pourrait augmenter le risque de rupture de canalisations, pourrait conduire à des épidémies et
des maladies d'origine hydrique.

La situation nécessite une prise rapide de décisions qui contribueront à l’établissement


d’un mécanisme viable et à long terme qui pourrait aider de trouver le moyen de gestion des

101
http://interfax.com.ua/news/general/401468.html
102
Yuri Aseev, Water as an instrument of welfare, 07/07/2017, http://khpg.org/en/index.php?id=1499415167

45
relations financières entre les entreprises et éviter ainsi des conséquences néfastes en
l’absence de système bancaire et de paiement entre les deux territoires.

En 2016, le Ministère pour les territoires temporairement occupés et les personnes


déplacées était créé afin de pouvoir appliquer les politiques publiques sur les questions des
territoires occupés et des personnes déplacées. Le Ministère représente aujourd’hui un
intermédiaire dans la résolution de plusieurs problèmes dont la population fait face dans le
cadre du conflit armé à l’est de l’Ukraine et l’annexion de la péninsule de Crimée par la
Fédération de Russie. Le Ministère s’occupe également de la prise de mesures efficaces afin
de protéger les civils et de leurs droits dans le cadre du conflit, de l’établissement de la paix
dans ces régions ainsi que de la coopération étroite destinée à des fins humanitaires103.

Le point de départ constitue l'annonce faite à la fin de décembre par les autorités de
Marioupol, Kramatorsk, Slaviansk, Otcheretino et Vougledar (GCA dans la région de
Donetsk) que l’entreprise de l'eau Voda Donbassa avait reçu une aide financière qui vise à
rembourser les factures impayées afin d’éviter la coupure de l’eau pendant l’hiver104.

Le 6 janvier 2017, l'entreprise municipale PVK obtenait la régularisation de la dette


d’un montant de 10,5 millions d'hryvnia pour les services d’approvisionnement en eau de la
part NGCA de la région de Lougansk. Il est à noter que la procédure de calcul a impliqué les
entreprises enregistrées sur le territoire contrôlé par le gouvernement de l'Ukraine105.

À son tour, PVK sera désormais en mesure de rembourser la dette au fournisseur


d'électricité et de reprendre la fourniture de l’eau à Louhansk Voda dans NGCA de la région
de Louhansk. La mise en œuvre du mécanisme de la régularisation des dettes était rendue
possible grâce à la coopération mutuelle du Ministère pour les territoires temporairement
occupés et les personnes déplacées en Ukraine et l’administration militaire-civile de
Louhansk106.

Temporairement, le Comité international de la Croix Rouge (CICR) a également


proposé de payer les coûts de la fourniture d'électricité pendant deux mois ce qui a permis de

103
Le Ministère pour les territoires occupés par intérim et les personnes déplacées
http://mtot.gov.ua/category/napryamki-diyalnosti/gumanitarne_spivrobotnictvo/page/2/
104
OCHA, Le Bulletin Humanitaire, Ukraine, Edition 13, 1 – 30 Septembre 2016, disponible :
http://reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/resources/humanitarian_bulletin_issue_14_september_2016_ru.p
df
105
OCHA, Le Bulletin Humanitaire, Ukraine, Edition 13, 1 – 30 Septembre 2016, disponible :
http://reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/resources/humanitarian_bulletin_issue_14_september_2016_ru.p
df
106
La Vérité Ukrainienne, article publié le 6 janvier 2017, disponible :
http://www.pravda.com.ua/rus/news/2017/01/6/7131822/

46
restaurer l’approvisionnement en électricité de l’entreprise. Cela a permis d'éviter une crise
humanitaire majeure ainsi que de gagner du temps pour parvenir à un accord entre les parties
au conflit107.

Les hostilités ont affecté non seulement les réseaux d'approvisionnement en eau mais
aussi les lignes d'électricité. Les liens entre le fonctionnement des systèmes d'alimentation en
eau et l’approvisionnement en électricité démontrèrent que la population civile vivant dans les
zones touchées par le conflit souffrait d’un manque d’eau parce que les hostilités perturbaient
l’approvisionnement en électricité des stations de pompage de l’eau. Par exemple, dans le
village de Khristovo (NGCA), suite aux bombardements de la station d’électricité,
l’approvisionnement en eau et en électricité est absente108.

Selon le Ministère pour les territoires temporairement occupés et des personnes


déplacées en Ukraine, depuis février 2017, en raison d'attaques constantes du côté de NGCA,
la conduite d'eau Ioujno-Donbasski travaille dans des conditions extrêmement difficiles.
Actuellement seulement l'une des deux branches de la conduite fonctionne. L'eau pompée par
cette branche est fournie avec des pertes approximatives de 1000 m3 par heure. Cela permet
d’approvisionner la région avec l'eau potable et technique, mais il y a toujours la menace de
nouvelles attaques109. Actuellement le canal Ioujno-Donbasski qui approvisionne en eau près
de 1 million de personnes n’est pas encore réparé.

Les observateurs de l’OSCE ont mené une mission de patrouille près du réservoir
Verkhnekalmiusski de la région de Iasinouvata afin d’y évaluer le niveau de sécurité. Au
cours de cette mission, les observateurs se sont faits arrêter sur un point de contrôle à la
frontière de la RPD où ils ont été informés du nombre d'obus non explosés, de mitrailleuses et
de tirs de snipers, ainsi que de bombardements imprévisibles près du système de filtration110.

A part des problèmes liés au système d’infrastructure et au déroulement des hostilités


qui entravent l’accès à l’eau, les mesures administratives limitent également la fourniture des
ressources d’eau dans NGCA notamment à Komissarovka, Stakhanov et Pervomaïsk. Les
actes réglementaires interdisant la circulation des marchandises ont affecté la capacité de
fournir l'eau à des endroits spécifiques.

107
OCHA, Le Bulletin Humanitaire, Ukraine, Edition 13, 1 – 30 Septembre 2016, disponible :
http://reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/resources/humanitarian_bulletin_issue_14_september_2016_ru.p
df
108
OSCE, L’accès à l’eau dans les régions de Donetsk et Lougansk touchées par le conflit armé, septembre 2015
109
http://telegraf.com.ua/ukraina/mestnyiy/3448160-minvot-situatsiya-s-vodosnabzheniem-v-donetskoy-
oblasti-ostaetsya-kriticheskoy.html
110
OSCE, L’accès à l’eau dans les régions de Donetsk et Lougansk touchées par le conflit armé, septembre 2015

47
Après l’arrêt complet de la circulation de tout transport à travers la ligne de contact
dans la région de Louhansk conformément à l’ordre du Président de l'administration civile
militaire régionale de Louhansk le 12 mai 2015, la liberté de circulation est également limitée
par le décret n ° 190 intitulé « la neutralisation des activités illégales sur la ligne de front
»111.

Selon ce décret, le contrôle du franchissement non-autorisé de la ligne de démarcation


par les piétons et les véhicules hors des postes de contrôle doit être renforcé. De plus, le 16
juin 2015, les dernières modifications apportées à l’Ordre provisoire établit par le Service de
sécurité de l’Ukraine sont entrées en vigueur. Ces modifications étaient approuvées par le
décret # 144 qui établit la procédure de franchissement de la ligne de contact. Généralement,
toute personne ou véhicule traversant la ligne de démarcation doit avoir un permis spécial
délivré par les autorités dans GCA.

Bien que le mécanisme qui facilite la procédure d’une délivrance des permis était mis
en place, les modifications suggèrent également que tous les transports de marchandises en
provenance de l'Ukraine dans les NGCA sont effectués exclusivement par chemin de fer, à
l'exception de l'aide humanitaire et d'autres cas prévus par l’Ordre provisoire. Cependant,
certaines entraves de la part des autorités de facto qui empêchent la circulation des acteurs
humanitaires sont constatées.

De plus, l’Etat ukrainien a établi des mesures particulières visant à contrôler le flux
des personnes déplacées au niveau interne. Ces mesures constituent à renforcer la procédure
de vérification sur les postes de contrôle frontalier entre GCA et NGCA de toute personne ou
véhicule franchissant la « ligne de contact »112. Le gouvernement ukrainien a justifié ces
mesures par la nécessité de contrôler et éviter la fraude sociale de la part des personnes qui se
déplacent de facto dans GCA pour récupérer les pensions, salaires ou services d’allocation et
qui retournent après dans NGCA. C’est pour cette raison que le gouvernement a également
pris la décision d’arrêter le versement de toutes les allocations aux personnes habitant dans le
Donbass113.

Par ailleurs, le nouveau projet de loi qui est en cours d’examen au Parlement propose
de nouvelles restrictions imposées aux territoires contrôlés par les séparatistes pro-russes. Le

111
https://donpress.com/doc/vremennyy-poryadok-osushchestvleniya-kontrolya-za-peremeshcheniem-lic-
transportnyh-sredstv-i
112
OCHA, Le Bulletin Humanitaire, Ukraine, Edition 8, mars 2016
113
Interview avec la personne déplacée de Donetsk Oksana Korobko, fait le 22 mars 2017 en Ukraine

48
projet de loi « Sur les territoires temporairement occupés » est absolument en contradiction
aux normes humanitaires parce qu’il prévoit le changement du statut des NGCA et, par
conséquent, l’arrêt complet de toute approvisionnement en ressources de première nécessité
(eau, électricité, marchandises, médicaments) et de tous les versements des salaires, pensions
et allocations. L’adoption de ce projet de loi permettrait à l’Etat ukrainien de se retirer de
toute responsabilité vis-à-vis la population habitant sur ces territoires.

Actuellement les partenaires internationaux sont en train de négocier avec les


dirigeants ukrainiens sur les mesures de réhabilitation et de développement ainsi que les
questions relatives à la limitation d’accès en particulier dans le NGCA. L’ampleur et
l’efficacité de l’aide humanitaire est négativement affecté par la décision des autorités de
facto de la région de Donetsk qui a interdit les activités de certaines ONG nationales comme,
par exemple, « L’Homme dans le malheur » et l’Agence humanitaire du Fond de Rinat
Akhmetov. En ce moment-même, seules une poignée d’ONG internationales sont autorisées à
accéder aux NGCA.

Tous ces enjeux politiques et économiques ont un impact négatif sur la situation de
l’application du droit à l’eau dans la région du Donbass qui était déjà dégradé par le
déroulement du conflit et la mise en place de la ligne de démarcation. L’aggravation de la
situation humanitaire nécessite l’intervention immédiate de la communauté internationale qui
pourrait protéger les droits humains violés par les activités hostiles et restrictives des
séparatistes pro-russes ainsi que par les actes d’Etat ukrainien à l’égard des habitants de
NGCA qui ne correspondent parfois pas aux normes humanitaires.

Toutefois, le gouvernement ukrainien continue à travailler dans cette direction en


coopérant avec les organisations internationales et les acteurs non-gouvernementaux afin de
prendre des mesures nécessaires pour éviter la dégradation de la situation humanitaire.
Cependant, le travail sur le terrain est très difficile à cause des combats, des mines, des
entraves de la part des groupes armées, des mesures restrictives administratives qui
compliquent la fourniture de l’aide humanitaire ainsi que l’accès aux stations endommagées.

Enfin, ce sont les civils qui restent les victimes des enjeux économiques et des
endommagements de nature anthropogènes. Ces phénomènes augmentent un risque de
propagation des maladies, de problèmes d'origines hydriques liées à l'assainissement parce
que la population ne peut pas avoir de l’eau en toute sécurité et en quantité suffisante. Il y a
aussi une menace pour la qualité de l'eau du robinet en raison de la nécessité de maintenir un

49
approvisionnement régulier en chlore et autres produits chimiques nécessaires pour le
traitement de l'eau et qui peuvent provoquer des infections secondaires114.

114
OSCE, L’accès à l’eau dans les régions de Donetsk et Lougansk touchées par le conflit armé, septembre 2015

50
B. Les risques relatifs à l’accès à l’eau dont les civils sont exposés et l’action humanitaire
qui vise à défendre le droit à l’eau dans le Donbass et à réduire les endommagements
causés

Comme dans tout conflit, l'action des ONG est primordiale dans les régions
séparatistes du Donbass - Lougansk et Donetsk, où les pertes civiles et militaires sont toujours
plus nombreuses, et où l'accès au soin représente un défi crucial. Tandis qu’un grand nombre
de routes sont coupées, l'approvisionnement des civils en nourriture et eau ainsi que des
hôpitaux et autres centres médicaux en appareils et médicaments demeure le point principal
d'achoppement du système humanitaire mis en place en Ukraine115.

L'Ukraine a souffert d'un déclin économique sérieux en raison du conflit et des


tentatives d’introduction de réformes qui visent à rétablir la situation sociale et économique
du pays. Les prix des services d’approvisionnement en eau et électricité ont beaucoup
augmenté par rapport au niveau des revenus ce qui a affecté négativement le pouvoir d'achat
et l'accès aux besoins d’importance vitale, en particulier pour les groupes vulnérables et ceux
qui sont fortement touchés par le conflit armé.

Le conflit a exposé à des conditions dramatiques les personnes déplacées et les


habitants vivant le long de la ligne de contact et plus particulièrement dans les NGCA à cause
de la limitation d’accès à ces territoires introduit par les autorités de facto ainsi que par l’Etat
ukrainien. Dans de nombreux endroits touchés par les hostilités, le fonctionnement des
services de l’importance vitale a été perturbé. La plupart des civils ont peu d'accès aux
revenus, médicaments, nourriture, eau, chauffage à cause des parties au conflit.

Par exemple, le 3 juin 2015, le directeur de LV a déclaré que d’après l'ordre


prétendument émis par le Président de l'administration civile et militaire de Louhansk (GCA),
l'approvisionnement en eau de la RPL qui provient de GCA était complètement coupé. En
outre, OCHA a rapporté que « des milliers de personnes habitant à Stakhanov, Kirovsk et
Brianka (dont la population avant le conflit constituait près de 250 000 personnes) à RPL
n'ont pas d’accès à l'eau potable qui provient des principaux réseaux d'approvisionnement en

115
Andrei Sorescu, Livrées à elles-mêmes, les ONG ukrainiennes tentent de manœuvrer, 29/07/2015,
disponible : http://www.huffingtonpost.fr/andrei-sorescu/la-situation-des-ong-
ukrainiennes_b_7893568.html

51
eau ». Alors que les sources gouvernementales indiquent que cette situation est provoquée par
les endommagements des réseaux d'approvisionnement en eau, d'autres rapports suggèrent
que le réseau a été réparé, mais les autorités locales dans GCA ont imposé des restrictions sur
l'approvisionnement en eau116.

La situation dans les zones de Brianka, Kirovsk, Pervomaïsk et Stakhanov (NGCA)


est préoccupante parce qu'elles ne possèdent pas d’autres sources alternatives qui puissent
assurer l’approvisionnement centralisé en eau potable de toute la région.

La présence du personnel militaire ainsi que leurs équipements entravent également


l’accès à l’eau potable dans la région. Dans les régions de Louhansk et Donetsk, un grand
nombre de résidents se trouvant face à la pénurie d'eau, essaient de récupérer l'eau de puits
privés où la qualité de l’eau ne correspond pas aux normes établis. Ils sont obligés de se
rendre dans d’autres villages en traversant les zones potentiellement dangereuses ce qui ne
respecte pas le principe d’accessibilité des ressources d’eau et cela menace leur propre
sécurité117.

Par exemple, au mois de juillet 2015, vingt-deux habitants du village de Koliadovka


ont témoigné qu'ils ont eu un accès limité aux sources locales d’eau en raison du déplacement
ininterrompu du personnel et des équipements militaires dans le village. Autre exemple, dans
le village de Karbonit près de Zolote, l’accès du personnel aux stations de pompage était
compliqué à cause de la présence du terrain d’entraînement militaire seulement à un kilomètre
de leur lieu du travail. Les habitants ont également témoigné d’une présence sur le terrain, en
particulier dans les champs, des mines et obus non explosés ce qui crée un obstacle pour leur
liberté de circulation118.

En outre, la destruction des infrastructures en eau dans certaines régions constitue une
véritable menace pour la population civile. En plus de l’absence de revenus et, par
conséquent, l’impossibilité de payer les factures, la population est également victime du
dysfonctionnement du système entier provoqué par la mise en place de la frontière de facto
qui avait déclenché la division sociale et économique au sein du pays.

La situation se complique par le fait que dans NGCA le coût des médicaments, de
l’eau et des produits alimentaires est beaucoup plus élevé (à 60%) que dans GCA.
L'évaluation de la sécurité alimentaire récemment publiée par la Programme alimentaire

116
OSCE, L’accès à l’eau dans les régions de Donetsk et Lougansk touchées par le conflit armé, septembre 2015
117
Interview avec la personne déplacée de Donetsk Oksana Korobko, fait le 22/03/2017
118
OSCE, L’accès à l’eau dans les régions de Donetsk et Lougansk touchées par le conflit armé, septembre 2015

52
mondial a confirmé que la situation financière de la majorité de la population dans NGCA
reste très difficile. Environ 29,5% des foyers dans NGCA n’ont pas de ressources financières
suffisantes pour satisfaire leurs besoins, près de 50,5% arrivent à peine acheter la nourriture,
et seulement 19% ont assez d'argent pour la nourriture mais sont en train d’épuiser leurs
économies. La part de dépenses destinées à des fins alimentaires dans le cadre des dépenses
de base d’un foyer (52% dans GCA à 80% dans NGCA) est l'une des plus élevée au monde119.

Cela menace plusieurs centaines de civils qui essaient de traverser la frontière afin de
pouvoir acheter des biens à prix raisonnable. Selon l'UNICEF, 1,3 million de personnes dans
les zones touchées par les conflits, dans les oblasts de Donetsk et Louhansk, ont des
difficultés à accéder à l'eau potable120.

Les ONG qui travaillent sur le terrain ont également constaté la destruction ciblée et
volontaire d’infrastructures en eau par les parties en conflit121. Cependant, selon le droit
humanitaire, il est interdit d’utiliser la famine comme méthode de guerre contre la population
civile. Il est également interdit d’attaquer, de détruire, d’enlever ou de mettre hors d’usage des
biens indispensables à la survie de la population civile. Selon la pratique des États, ces règles
constituent une norme de droit international coutumier applicable dans les conflits armés tant
internationaux que non internationaux122.

En réalité, le conflit a engendré un autre problème très important qui affecte


sérieusement la situation humanitaire dans le Donbass. Actuellement, il y a un grand risque
d’aggravation de la situation écologique à cause des émissions chimiques provoquée par les
bombardements. Compte tenu du caractère industriel de la région, il y a un risque sérieux pour
la santé humaine et l'environnement en raison de la présence d’objets provenant de l’industrie
chimique. Les sources d'un tel effet négatif sont, en particulier, le stockage du chlore dans les
stations de filtration et l’usine de phénol qui se trouve près du village Novgorodskoje, où des
produits chimiques tels que l'acide sulfurique et du formaldéhyde ont atteint un niveau
critique qui pourrait conduire à une contamination de la rivière Siverski Donets.

Le grand nombre d'installations industrielles contenant des stockages de produits


chimiques dangereux à proximité des zones urbaines posent un grand risque pour la santé

119
OCHA, Le Bulletin Humanitaire, Ukraine, #5, 2015
120
OCHA, Ukraine, Situation Update, #7, 14 August, 2015
121
OSCE, L’accès à l’eau dans les régions de Donetsk et Lougansk touchées par le conflit armé, septembre 2015
122
Jean-Marie Henckaerts, Louise Doswald-Beck, Droit international humanitaire coutumier, Règles 53 et 54,
Volume 1, Règles, Bruylant, Bruxelles, 2000, disponible :
https://www.icrc.org/fre/assets/files/other/icrc_001_pcustom.pdf

53
humaine en cas de déversement de ces produits. Ces risques comprennent les incendies et les
explosions, les effets toxiques qui conduiraient à des cas mortels et l'apparition de
conséquences à long terme pour la santé publique, et auront également un effet toxique sur
l'environnement. Il existe un risque d'intoxication chimique par l'air, le contact direct, par la
consommation d'eau potable qui provient d'eaux souterraines ou de surface. Dans le cas
d'incendie ou d’explosion, il y a un risque supplémentaire d'émission de gaz toxique avec
fumée, ce qui constitue une menace pour la population. Cela peut entraîner également la
pollution potentielle des rivières, des nappes souterraines, des cours d'eau, des étangs et des
lacs123. Tous ces facteurs menacent la qualité de l’eau distribuée à la population, mettent en
cause la santé publique et exigent la prise de mesures préventives.

Les partenaires humanitaires continuent d’appeler les parties au conflit à respecter le


caractère civil de l'infrastructure de l'eau ainsi qu’à retirer les équipements militaires des
zones autour des sites industriels relatifs à l’eau. Il est également nécessaire de prévoir la
possibilité de fournir dans NGCA une quantité limitée et raisonnable d’équipements pour
assurer la sécurité du personnel dans les installations de traitement d’eau, de sorte qu'en cas de
dommages de stockage du chlore, le personnel puisse sauver leur vie et prendre des mesures
appropriées124.

A partir de mois de janvier 2017, la situation est devenue plus grave à cause de
l’intensification des hostilités. Une flambée subite des combats dans le triangle Iassinovataïa-
Avdiivka-Donetsk a eu lieu le 29 janvier. Les combats se sont déroulés jusqu'au 3 février. De
lourds dégâts sur les infrastructures civiles étaient enregistrés à Avdiivka qui compte environ
seize mille habitants, dont 2500 enfants. Le 30 janvier, la principale ligne électrique de la ville
et de la cokerie à Avdiivka qui approvisionne en chauffage toute la ville a été endommagée.
En conséquence, les habitants de la ville dans sont restés sans électricité, eau et chauffage
pendant 48 heures. Les endommagements de la station de filtration d’eau de Donetsk et des
lignes électriques étaient également constatés. En cas d’arrêt de la station de filtration d’eau
de Donetsk, la seule source d'eau est le petit réservoir d’eau à Avdiivka dont les réserves sont
suffisantes pour 3-6 jours en fonction du niveau de l'eau. Au début de mars, lorsque les
interruptions d’approvisionnement en eau étaient constatées, les partenaires humanitaires ont
dû fournir de l'eau par les camions125.

123
OCHA, Le Bulletin humanitaire, Ukraine, Edition #16, 2017
124
OCHA, Le Bulletin humanitaire, Ukraine, Edition #16, 2017
125
OCHA, Le Bulletin humanitaire, Ukraine, Edition #16, 2017

54
Le Gouvernement de l'Ukraine a fait appel aux organisations internationales pour le
soutien aux victimes civiles. Le Service d'Etat pour les situations d'urgence ainsi que les
partenaires humanitaires ont fourni à la ville trois générateurs de haute puissance et ils ont
installé onze postes de chauffage et une cuisine sur le terrain afin d’approvisionner en eau et
nourriture près de douze mille personnes.

En coordination avec les autorités, les organisations humanitaires ont satisfait les
besoins humanitaires les plus urgents des personnes touchées par l'escalade du conflit à
Avdiivka, notamment la fourniture de nourriture, d'eau, de matériaux de construction et des
éléments d'aide d'urgence. Elles ont également apporté un soutien social et psychologique aux
victimes.

Outre le danger que représentent pour les civils l’intensification des hostilités et des
conditions de vie souvent déplorables, les ONG humanitaires sont préoccupées par les
restrictions de déplacement que leur impose une situation difficile aux points de passage. Par
exemple, le Président de CICR Peter Maurer a demandé que des « mesures concertées »
soient prises afin d’améliorer la situation des civils qui essaient de traverser la ligne de
contact. Ceux-ci, en effet, doivent souvent attendre pendant des heures en pleine chaleur ou en
plein froid et sont exposés au danger des tirs d’artillerie et des mines126.

« Des centaines de milliers de personnes vivent sous la menace constante des


bombardements, des tirs et des mines. Leur accès à des biens et services essentiels tels que la
nourriture, l’eau et l’électricité a été considérablement diminué, a précisé M. Maurer. Le
fonctionnement de la station de filtrage de l’eau de Donetsk, dont dépendent des dizaines de
milliers d’habitants, est souvent interrompu par les combats. La semaine dernière encore, la
station a cessé de fonctionner pendant plusieurs jours et nos équipes ont commencé à livrer
de l’eau par camions ; elles en ont fourni ainsi près de 150 000 litres en moins d’une semaine
». M. Maurer a réitéré l’appel du CICR à l’établissement d’une série de « zones de sécurité »
qui permettraient de mieux protéger des infrastructures essentielles d’approvisionnement en
eau, en gaz et en électricité situées sur la ligne de front127.

L'accès des humanitaires dans NGCA reste un sujet de préoccupation majeur en raison
des nombreuses restrictions des autorités de facto et du gouvernement ukrainien qui essaie

126
L’humanitaire dans tous ses états, Ukraine : le quotidien après trois années de guerre,
http://cicr.blog.lemonde.fr/tag/ukraine/
127
L’humanitaire dans tous ses états, Ukraine : le quotidien après trois années de guerre,
http://cicr.blog.lemonde.fr/tag/ukraine/

55
d’introduire un mécanisme efficace de contrôle de flux de déplacement entre GCA et NGCA.
La procédure d'inscription imposée par les autorités de facto aux acteurs humanitaires
internationaux a entraîné la suspension de leurs activités à la fin de 2015 et leur départ de
Louhansk et Donetsk. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires, les
organisations humanitaires n'ont pas été en mesure de fournir une assistance aux groupes
vulnérables habitant dans NGCA.

Dans le Donbass, l'adoption de cette loi a incité Alexandre Zakhartchenko, dirigeant


de la RPD, à interdire les ONG, "financées par les pays qui soutiennent la politique
nationaliste ukrainienne et aident Kiev à mener des opérations politiques, économiques,
médiatiques et autres dans les régions (...) occupées par les militaires ukrainiens"128.
Selon certaines sources, les actes des séparatistes pro-russes ne sont pas les seuls
fauteurs de troubles. D’après Amnesty International, les combattants pro-Kiev bloquent aussi
l’aide humanitaire dans l’est de l’Ukraine129.
Le bataillon de volontaires Dnipro-1 ainsi que les membres du bataillon Donbass et la
milice Pravyi Sector (Secteur Droit), ont bloqué onze routes conduisant au territoire contrôlé
par la RPD le 24 décembre 2015. Ces groupes ont refusé de laisser passer les convois d’aide,
car ils considèrent que la nourriture, l’eau et les vêtements finissent entre de mauvaises mains
et sont souvent revendus au lieu d’être distribués en tant qu’aide humanitaire. Ils réclament
par ailleurs la libération de prisonniers détenus par les forces séparatistes comme condition
pour garantir l’acheminement de l’aide humanitaire vers l’est. Au moins quatre convois
envoyés par la fondation humanitaire de Rinat Akhmetov ont été bloqués par le bataillon
Dnipro-1 mi-décembre sur les routes menant au territoire contrôlé par les séparatistes130.
Le 25 janvier 2017, un groupe d’anciens combattants d’ATO a organisé le blocus des
communications ferroviaires entre GCA et NGCA en empêchant toute circulation des
marchandises ainsi que des produits d’aide humanitaire. Le blocus de caractère économique
était soutenu par le Service de sécurité et de défense de l’Ukraine. L’objectif de ce blocus était
d’atteindre le cessez-le-feu, la libération des otages ukrainiens détenus par les combattants
séparatistes, la restitution du contrôle des entreprises capturées dans NGCA sous la juridiction
ukrainienne (après le processus de « nationalisation » ainsi que l’adoption du projet de loi

128
Andrei Sorescu, Livrées à elles-mêmes, les ONG ukrainiennes tentent de manœuvrer, 29/07/2015,
disponible : http://www.huffingtonpost.fr/andrei-sorescu/la-situation-des-ong-ukrainiennes_b_7893568.html
129
La crise humanitaire se durcit dans l’est de l’Ukraine http://www.euractiv.fr/section/europe-de-l-
est/news/la-crise-humanitaire-se-durcit-dans-l-est-de-l-ukraine/
130
La crise humanitaire se durcit dans l’est de l’Ukraine http://www.euractiv.fr/section/europe-de-l-
est/news/la-crise-humanitaire-se-durcit-dans-l-est-de-l-ukraine/

56
« Sur les territoires temporairement occupés »131. Enfin la riposte des autorités de facto a été
l’interdiction de la distribution de l’aide humanitaire du Fond de Rinat Akhmetov dans
NGCA132.
Le gouvernement ukrainien a également mis en place les procédures très compliquées
et souvent très longues afin de permettre aux agences humanitaires d'opérer dans NGCA. Par
exemple, en 2015 la fourniture des produits alimentaires, de l’eau et de médicaments des
GCA aux NGCA a été perturbée après l’introduction d’une nouvelle réglementation par le
gouvernement de l'Ukraine qui vise à contrôler les flux commerciaux entre GCA et NGCA133.
Par exemple, l’UNICEF dans le cadre de la fourniture de l'aide humanitaire assure la
maintenance des services d'eau dans les régions de Donetsk et de Lougansk avec du chlore
liquide pour la désinfection de l'eau potable. L’UNICEF achète le chlore à Dnipropetrovsk et
l’envoie dans le Donbass. Cependant, le Service d’Etat ukrainien du contrôle d’exportation a
bloqué la fourniture du chlore dans NGCA134. La direction du ministère a estimé que
l’UNICEF n'est pas une organisation fondée en Ukraine, ces activités de bienfaisance sont
considérées comme des exportations commerciales et elles doivent donc être contrôlées135.

De plus l’Etat ukrainien se retire de toute responsabilité pour la gestion de la structure


de l’industrie de l’eau dans le Donbass. Le gouvernement à Kiev le justifie par fait que
l’intervention gouvernementale peut avoir lieu seulement en cas de manque de possibilités et
compétences des autorités de facto à résoudre le problème puisque la décentralisation est une
des principales exigences des accords de Minsk qui doivent être mise en place136.

Ainsi, selon le Ministre pour les territoires temporairement occupés et les personnes
déplacées, Voda Donbassa est une entreprise publique de la région de Donetsk et PVK est une
compagnie publique de Popasna. Lorsque les autorités locales ne peuvent pas faire face à la
pénurie d’eau sur ces territoires, le gouvernement central peut intervenir, mais, selon lui, « les
autorités locales de ces régions ont les ressources financières suffisantes et le personnel

131
RiaNews Ukraine, le Blocus du Donbass a annulé toute réintégration, 01/06/2017,
http://rian.com.ua/interview/20170601/1024564365.html
132
https://www.novayagazeta.ru/articles/2017/03/22/71865-shahty-i-mat
133 st st
OCHA, Humanitarian Bulletin, Issue 1, 1 – 31 August 2015
134
Le Ministre adjoint pour les territoires temporairement occupés Georgi Touka, interview disponible sur :
https://www.gazeta.ru/politics/2017/01/16_a_10478213.shtml
135
Ria News Ukraine, http://rian.com.ua/society/20160728/1013889819.html
136
La décentralisation en Ukraine prévoit la modification de la structure administrative et territoriale de l'Etat.
Si la structure administrative et territoriale constituait la République autonome de Crimée, les régions (oblasts),
les districts, les villes, les districts dans les villes, les villages et les campagnes qui sont dirigés par les
administrations locales, alors la décentralisation prévoit la mise en place des collectivités territoriales. Les
administrations locales régionales doivent être supprimées.

57
qualifié ». Le Ministère considère que dans ce cas-là, les autorités de facto possèdent les
moyens financiers suffisants, alors Kiev décline toute responsabilité dans les relations
financières entre les compagnies fournisseuses d’eau137. Il certifie que selon la Trésorerie de
l’Etat, les charges écologiques seules ont apporté en 2016, au Fond budgétaire spéciale de la
région de Donetsk, 1 milliard de hryvnias et que seulement 20% (200 millions de hryvnias)
étaient utilisées. 800 millions de hryvnias resteraient donc sur les comptes bancaires138.

Selon au Service fiscal de l’Etat, en 2017 pour une période de janvier-mai, les
contribuables de la région de Donetsk ont payé 514 millions de hryvnias dont 80% (411
millions) étaient transféré dans le Fond budgétaire spécial de la région de Donetsk. Au total,
pendant une demi-année, cela représente environ 1,5 milliards de hryvnias. Le budget total du
ministère constitue 24 millions de hryvnias - cela suffit pour les salaires du personnel. Ainsi,
le ministère constate que les autorités locales ont les moyens pour résoudre les problèmes
relatifs à l’accès de l’eau dans NGCA139.

Or, les autorités de facto ne s’occupent pas vraiment de ce problème parce que lors des
négociations aucune initiative ou solution n’était proposée par les dirigeants des territoires de
NGCA140.

Les autorités locales et les entreprises de services publics soutenues par les
organisations humanitaires locales et internationales luttent pour maintenir une prestation
minimale de services grâce au transport d'eau ainsi qu’à la distribution d'eau en bouteille. À
l'heure actuelle, 120 000 personnes dans les oblasts de Louhansk et Donetsk dépendent de
l'eau fournie par camion tandis que les autres doivent utiliser les sources d'eau potentiellement
dangereuses141.
Les acteurs humanitaires appellent toutes les parties du conflit à garantir aux
humanitaires un accès gratuit et sans entrave ainsi qu’à réduire les limitations mises en place

137
Interview avec le Ministre pour les territoires occupés par intérim et les personnes déplacées sur la question
de la qualité et l’accès à l’eau potable dans le Donbass, disponible :
http://interfax.com.ua/news/interview/437040.html
138
Interview avec le Ministre pour les territoires occupés par intérim et les personnes déplacées sur la question
de la qualité et l’accès à l’eau potable dans le Donbass, disponible :
http://interfax.com.ua/news/interview/437040.html
139
Interview avec le Ministre pour les territoires occupés par intérim et les personnes déplacées sur la question
de la qualité et l’accès à l’eau potable dans le Donbass, disponible :
http://interfax.com.ua/news/interview/437040.html
140
Interview avec le Ministre pour les territoires occupés par intérim et les personnes déplacées sur la question
de la qualité et l’accès à l’eau potable dans le Donbass, disponible :
http://interfax.com.ua/news/interview/437040.html
141 st st
OCHA, Humanitarian Bulletin, Issue 1, 1 – 31 August 2015

58
par les procédures bureaucratiques. Ils continuent à insister sur la nécessité de création de
multiples points de passage dans NGCA pour les humanitaires et de simplifier les procédures
d’accès pour la circulation du personnel humanitaire142.
Cette exigence est justifiée parce que les parties au conflit doivent assurer au personnel
humanitaire la liberté de déplacement essentielle à l’exercice de leurs fonctions. Ses
déplacements ne peuvent être temporairement restreints qu’en cas de nécessité militaire
impérieuse143.

Le Protocole II à la Convention sur les armes classiques, tel qu’il a été modifié, met en
œuvre le principe de la liberté de déplacement, ainsi que la nécessité de passage rapide et sans
encombre, du personnel de secours humanitaire, en exigeant de chaque partie au conflit
qu’elle prenne « les mesures requises pour protéger, dans toute zone placée sous son
contrôle, la force ou la mission contre les effets des mines, pièges et autres dispositifs »144.

Dans GCA, les ONG humanitaires nationales et internationales ne sont pas vraiment
empêchées. La difficulté constitue au fait d’accéder dans NGCA à cause des ordres spéciaux
et les règles restrictives imposés par les autorités de facto. Actuellement, seulement l’ICRC
peut opérer à Louhansk et Donetsk (NGCA), alors que la mission de l’Agence de l’ONU pour
les réfugiés et People in Need sont opérationnels seulement à Louhansk145. Les autres
partenaires cherchent des solutions pour pouvoir accéder aux civils sans souvent pouvoir les
trouver. Cette question devient très importante avec l’arrivée de l'hiver.

Cependant, dans GCA, un grand nombre d’ONG et d’acteurs humanitaires travaillent


avec les personnes déplacées touchées par le conflit et mènent des missions de monitoring et
d’évaluation de la situation des droits de l’Homme.

Actuellement, les ONG internationales distribuent la nourriture, l’eau potable et les


produits à base de chlore pour le traitement de l’eau potable dans les stations de filtration. Le
chlore et les réactifs pour la désinfection de l'eau dans la station de filtration Donetsk sont
fournis par la Confédération Suisse en collaboration avec le Ministère pour les territoires
temporairement occupés et les personnes déplacées. Tous les deux mois, neuf tonnes de

142
Norwegian Refugee Council’s Program in Ukraine, Fact Sheet, November 2016
143
Jean-Marie Henckaerts, Louise Doswald-Beck, Droit international humanitaire coutumier, Règle 56, Volume
1, Règles, Bruylant, Bruxelles, 2000, disponible :
https://www.icrc.org/fre/assets/files/other/icrc_001_pcustom.pdf
144
Protocole II à la Convention sur les armes classiques, tel qu’il a été modifié (1996), art. 12, par. 3, al. b) ii)
(cité dans vol. II, ch. 29, par. 352).
145
European Commission, European Civil Protection and Humanitarian Aid Operations, ECHO Factsheet –
Ukraine –June 2017, http://ec.europa.eu/echo/files/aid/countries/factsheets/ukraine_en.pdf

59
chlore sont amenés à travers la ligne de démarcation à Iasinouvataya avec la médiation de
l'OSCE et du Centre de la surveillance du cessez-le-feu. Dans l'après-midi, au cours d'une «
fenêtre du silence » spéciale, ce chlore est livré directement à la station située dans la « zone
tampon ». Ce chlore est un produit à double usage, donc sa fourniture est strictement
contrôlée, il est fourni sur la base des permis spéciaux sous la responsabilité des médiateurs
internationaux comme l'OSCE. Ensuite, cette eau purifiée est distribuée non seulement à
Donetsk, mais aussi à Avdiivka, Volnovakha et Marioupol146.

Dans la région de Louhansk les réactifs et le chlore sont fournis par le CICR et le
processus de la purification de l'eau est plus facile. Elle s’effectue dans des installations
spéciales de distribution d'eau de PVK. CICR paie également les réparations des canalisations
de PVK. L'UNICEF traite la gestion des risques avec l'aide de l'expert spécial autrichien Erich
Kaschka qui est coopté pour la gestion de la société « Voda Donbassa »147.

L'assistance est également fournie par d’autres partenaires humanitaires qui travaillent
principalement dans GCA. Il s’agit d’Action contre la Faim, l’Agence des Nations Unies pour
les réfugiés, Save the Children, Première Urgence International, Médecins du Monde,
Norwegian Refugee Council, le Conseil danois des réfugiés, le Programme Alimentaire
mondiale, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires, et l’UNICEF148.

En plus des perturbations provoquées par les enjeux économiques, politiques ainsi que
par les hostilités, l’autre défi très important concerne la qualité de l’eau fournie à la
population. La plupart des systèmes des conduites d’eau utilise principalement l’eau de
surface ce qui exige que les différentes étapes du traitement soient sécurisés pour la
consommation par les humains.

Dans la situation actuelle, la fourniture d'eau potable est remise en cause par le
manque de l'accès aux matériaux et aux fournitures pour le traitement de l’eau pompée. Les
stations de traitement de l'eau manquent de produits chimiques nécessaires pour le traitement
en raison de la baisse des revenus ainsi que des dépenses supplémentaires pour les réparations
et la fourniture de services temporaires. Les laboratoires de contrôle de la qualité de l'eau ne
peuvent pas acheter l'équipement et les réactifs requis.

146
Interview spécial avec le Ministre pour les territoires occupés par intérim et les personnes déplacées,
disponible : https://www.gazeta.ru/politics/2017/01/16_a_10478213.shtml#page6
147
Interview spécial avec le Ministre pour les territoires occupés par intérim et les personnes déplacées,
disponible : https://www.gazeta.ru/politics/2017/01/16_a_10478213.shtml#page6
148
European Commission, European Civil Protection and Humanitarian Aid Operations, ECHO Factsheet –
Ukraine –June 2017, http://ec.europa.eu/echo/files/aid/countries/factsheets/ukraine_en.pdf

60
L'approvisionnement limité en eau et les défis d’un traitement adéquat, en particulier,
exposent la population vulnérable comme les enfants et les personnes âgées à un risque de
maladies liées au WASH.

61
C. La qualité des eaux dont les civils ont accès

Normalement, le contenu de l'eau destinée à des fins alimentaires doit être conforme
aux normes et standards de qualité de l'eau indiqués dans le Règlement # 2.2.4-171-10 « Les
prescriptions d'hygiène à l'eau potable destinée à la consommation humaine »149.

Selon ce règlement, l'eau potable destinée à la consommation humaine doit répondre


aux exigences d'hygiène suivantes : être sûre en termes d’épidémiologie et de rayonnement,
avoir de bonnes propriétés organoleptiques et une composition chimique inoffensif. Lors de la
production d'eau potable, l'avantage devrait être donné à l'eau qui provient des sources
souterraines qui, à leur tour, doivent être bien protégée de la contamination biologique,
chimique et radioactive150.

Dans la région du Donbass, l’eau est pompée principalement des sources souterraines
mais le problème est sa très mauvaise qualité qui est provoquée par les résidus industriels qui
avaient pollué l’environnement pendant cinquante ans. Les entreprises effectuent une
filtration et une purification de l’eau mais cela ne garantit pas la pénétration d’éléments
secondaires même pendant la distribution. Dans la région du Donbass, les conduites d’eau
sont souvent souterraines et passent près des canalisations d’égout. Compte tenu de l’état
obsolète des conduites il y a un fort risque de contamination croisée en cas de dommage (ce
qui est le cas d’aujourd’hui à cause de la guerre)151.

Ensuite, un autre moyen d’atteindre les sources d’eau est le creusement de puits.
Pourtant, l’eau des puits provient de sources souterraines polluées et très dures. Dans ce cas-
là, les gens utilisent l’eau qui n’est pas traitée et qui contient beaucoup d’éléments dangereux
pour la santé. Dans le contexte actuel de la destruction et du dysfonctionnement du secteur de
l’eau, ce moyen reste le plus utilisé par la population touchée par la guerre.

Il convient de souligner que dans GCA la situation de la qualité et du traitement de


l’eau est plus ou moins claire et l’approvisionnement est assez stable. Dans GCA, les risques
importants de pénurie d’eau sont moins fréquents car le gouvernement contrôle et répond de
façon appropriée aux problèmes potentiels.

149
Disponible uniquement en russe et ukrainien :
http://home.chem.univ.kiev.ua/sol/specifications/water/sanpin_2.2.4-171-10.pdf
150
Le Règlement # 2.2.4-171-10 « Les prescriptions d'hygiène à l'eau potable destinée à la consommation
humaine », disponible : http://home.chem.univ.kiev.ua/sol/specifications/water/sanpin_2.2.4-171-10.pdf
151
Interview avec une journaliste de Volnovakha (région de Donetsk) Aliona Merjenevska, fait le 27/07/2017

62
Pourtant, dans NGCA, la situation est beaucoup plus compliquée à cause des enjeux
économiques et politiques qui affectent négativement le fonctionnement structurel de
l’industrie ce qui provoque par la suite une violation totale du droit à l’eau en termes de
qualité et d’accessibilité des civils habitant de l’autre côté de la ligne de démarcation.

Toutefois, selon les données présentées par la station sanitaire et épidémiologique


régionale de Donetsk (NGCA), les résultats du contrôle de la qualité de l'eau potable fournie
par les réseaux centralisés sont conformes aux normes sanitaires. Les écarts de niveau de
contenu des éléments secondaires prévu par le Règlement # 2.2.4-171-10 ne représentaient
que 0,18%152.

Les informations fournies par la compagnie Voda Donbassa certifient qu’après chaque
étape de purification, la qualité de l'eau est contrôlée dans les laboratoires d'eau auprès des
stations de filtration. Un contrôle supplémentaire est effectué par le Laboratoire central du
contrôle et de recherche. Pendant le processus de purification et de désinfection de l'eau, en
plus du coagulant traditionnel et du chlore, des agents de floculation, du charbon absorbant et
du permanganate de potassium, qui éliminent les odeurs et les saveurs, sont utilisés153.

Les experts expliquent qu’au mois de février 2015, en raison de l'évolution saisonnière
des algues unicellulaires, une odeur « de poisson » dans l'eau potable est apparue. Cette odeur
peut être neutralisée par certains réactifs - charbon absorbant et permanganate de potassium.
En raison de la détérioration de la situation politique actuelle, la société a eu des problèmes
avec l'acquisition de ces réactifs. Cette odeur « de poisson » n’a pas d’impact négatif sur la
santé humaine, elle réduit seulement le contenu organoleptique de l'eau qui ne serait, selon
elle, jamais allée au-delà des exigences réglementaires154.

Pourtant, certains témoignages certifient le contraire. Par exemple, il y a une forte


probabilité de fautes lors de la présentation des données faite par le contrôle sanitaire et
épidémiologique. Dans le contexte actuel de la guerre et des restrictions imposées, les
laboratoires d'analyse et de contrôle de l'eau potable ne sont pas équipés de réactifs et
d’équipements nécessaires ce qui complique une présentation de l’information explicite sur le
contenu de l’eau destinée à la population. Pour pouvoir effectuer de telles analyses, chaque

152
Les informations présentées par le Volnovakha Vodokanal (région de Donetsk), le 21/07/2017
153
Information fournie par l’entreprise Voda Donbassa le 21/07/2017
154
http://xn--e1aa5aceg.xn--j1amh/messages/kachestvo-vody-v-doneckoi-oblasti-sootvetstvyet-normativam-
voda-donbassa

63
ville doit être équipée de réactifs en quantité nécessaire, ce qui est très compliqué, voire
impossible à l’heure actuelle155.

Les perturbations ininterrompues ainsi que le dysfonctionnement économique et


structurel des infrastructures en eau provoquées par les endommagements aux systèmes
d’approvisionnement ont un impact négatif sur la qualité de l'eau, de sorte que l’entreprise «
Donetskgorvodokanal » rappelle à ses clients la nécessité de faire bouillir l'eau du robinet
pendant 5-7 minutes avant de la consommer156.

Cependant, la situation est beaucoup plus compliquée que les sources officielles
l’indiquent. D’après certains témoignages, la qualité de l’eau qui provient des réseaux
centralisés affecte de manière grave la santé publique. Par exemple, selon une personne
récemment déplacée de Donetsk (en 2016) Maria Ositchenko, son fils a connu des maux de
ventre et des épisodes fiévreux, après avoir bu un verre de l’eau de robinet. Quelques temps
après, les médecins ont constaté une infection intestinale. D’après elle, l’eau n’est pas traitée à
cause du dysfonctionnement du système de purification et contient un grand nombre de
microbes157.

D’après une autre personne déplacée de Horlivka (NGCA dans la région de Donetsk),
à part certaines perturbations ininterrompues d’approvisionnement en eau, l’eau a le goût
aigre-doux ainsi qu’une couleur trouble. Sa famille était obligée d’acheter l’eau en bouteilles
mais, cependant, ses voisins n’ayant pas les moyens financiers suffisants, ils récupèrent l’eau
d’un puit qui se trouve en banlieue de la ville158.

Un résident de Donetsk, Evgueni Pivovarov témoigne qu'un petit filtre à eau à la


maison devient inutilisable après seulement un mois d’utilisation. « Avant nous l'utilisions
pendant trois mois, mais maintenant, après un mois d’utilisation nous devons le jeter. Le
problème est que toute la matière filtrable est recouverte d’une couche de moisi noire et
glissante. Cependant les commerçants de ces filtres s’enrichissent. Par exemple, la dernière
fois que j’ai acheté un filtre, cela m’a couté 200 UAH (6,8 euros) alors qu’à Marioupol
(GCA), le même coûte 130 UAH (4,4 euros) »159.

Le ministère pour les territoires temporairement occupés et les personnes déplacées est
également très préoccupé par l'absence d'eau potable de qualité acceptable dans le Donbass.
155
Interview avec une personne déplacée de Donetsk avec Oksana Korobko, fait le 22/03/2017
156
Interview avec une journaliste de Volnovakha (région de Donetsk) Aliona Merjenevskaia, fait le 30/07/2017
157
Interview avec Maria Ositchenko, une personne déplacée de Donetsk, fait le 21/03/2017
158
Interviewa avec Diana Mytsik, une personne déplacée de Horlivka, fait le 23/03/2017
159
Interview avec Evgueni Pivovarov, une personne déplacée de Donetsk, fait le 27/03/2017

64
Selon le ministre Vadim Tchernych, il y a un problème très aigu relatif à l’accès à l’eau
potable à cause du niveau élevé d’impuretés et de minéralisation de l’eau parce que le
système de purification construit à l'époque soviétique est obsolète et n’est plus en mesure
d’assurer l’approvisionnement en eau stable et ininterrompue160.

Dans NGCA, il n’y a pas vraiment de moyens physiques et financiers pour tenter de
moderniser et renouveler l’infrastructure qui a déjà subie plusieurs endommagements à cause
des bombardements et de la situation économique et politique. Le déclenchement du conflit
armé a simplement aggravé les problèmes déjà existants.

Il est également presque impossible d’accéder à l’ensemble du système


d’approvisionnement en eau donc il est difficile d’évaluer et de réparer les dommages
existants. Par exemple, les canalisations qui approvisionnent en eau la plus grande ville de
GCA - Marioupol, passe par Avdiivka qui est une zone de déroulement ininterrompu des
hostilités. Cette question était soulevée plusieurs fois lors de négociations à Minsk, mais dans
cette zone il y a des mines et munitions non explosées, alors les experts ne seront pas en
mesure d'explorer la région sans déminage et cela ne serait possible seulement si les
séparatistes respectaient le cessez-le-feu. Cependant ce n’est pas le cas161.

L’équipement pour la purification de l’eau ne fonctionne pas sur de nombreux sites


industriels à cause des combats et de l’absence de réactifs nécessaires. D'autre part, les
entreprises qui n'ont pas été affectées par les combats ou affectées dans une moindre mesure,
travaillent actuellement sur la modernisation du processus de production. Ces plans de
développement et modernisation comprennent une amélioration des filtres et la réduction des
émissions.

Les civils restent la victime principale de cette situation et démontre la nécessité d’une
intervention immédiate afin d’éviter une crise humanitaire. Les parties au conflit doivent
s’engager afin de trouver une solution à cette situation fragile des groupes vulnérables touchés
par la guerre.

La solution la plus pertinente constitue en la mise en place de zones sécuritaires autour


des sites industriels. Cela découle des principes de la Convention de Genève notamment sur le
caractère civil des infrastructures d’importance vitale dont le secteur d’approvisionnement en

160
https://realist.online/news/minot-obespokoen-kachestvom-pitevoj-vody-na-donbasse
161
I. Joukov, Les problèmes de la fourniture d’eau dans les régions arides de l’Ukraine sur l’exemple de
Marioupol, Voda Donbassa, http://www.voda.dn.ua/orphan-translations/stati-i-publikatsii/1049-problemy-pri-
podache-vody-v-bezvodnye-rajony-ukrainy-na-primere-goroda-mariupol

65
eau fait partie. Dans le cas du rapprochement de la crise humanitaire dans le Donbass, l’OSCE
et CIRC ont soumis cette proposition mais leur mise en œuvre nécessite le consentement
unanime de toutes les parties des accords de Minsk. Cela permettrait de maintenir
l’infrastructure mais aussi de réparer les installations endommagées ce qui améliorerait
éventuellement la qualité de l’eau et l’accès aux sources d’eau sûres.

Finalement le règlement du différend dans le Donbass ainsi que de la crise humanitaire


doit être effectué par des moyens pacifiques fondés sur une base juridique et diplomatique
interne mais aussi internationale.

L’Etat ukrainien s’appuyant sur cette base doit s’engager à prendre les mesures
nécessaires notamment des réformes qui visent à réintégrer la situation politique et sociale du
pays. Le pouvoir ukrainien cherche les moyens de l’application des exigences prévues par les
accords de Minsk (le processus de la décentralisation), de la mise en place des mécanismes de
la protection des droits fondamentaux des civils touchés par la guerre et du caractère civil de
l’infrastructure d’approvisionnement en eau dans le Donbass.

66
Partie III.
Le rôle du droit à l’eau dans la protection de la population en
période du conflit

Dans le cas d’un conflit interne, le droit ukrainien en tant que souverain vise à
déterminer le système de gestion des affaires internes ainsi que les questions relatives à
l’armée et au territoire. Le droit interne ukrainien peut également déterminer les méthodes de
réaction contre les actes d’agression. Néanmoins, les questions d’approvisionnement en eau,
nourriture, médicaments, protection des droits de la population civile dans le cadre des
conflits armés sont régies par le droit humanitaire et l'Ukraine doit respecter ces normes
qu’elle qu’en soit la législation nationale.

En principe, la position de l’Etat à l’égard du droit à l’eau potable est déterminée par la
reconnaissance explicite de ce droit dans la législation nationale ou dans les politiques
publiques qui l’appliquent ainsi que par sa position lors du vote pour la résolution en faveur
du droit à l'eau et à l'assainissement à l'Assemblée générale de l'ONU en 2010.

Cependant, certains actes de l’Etat à l’égard de la crise de l’eau dans la région du


Donbass ne sont toujours pas conformes aux normes humanitaires (le projet de loi « Sur les
territoires temporairement occupés» qui vise la réintégration du Donbass).

De plus, en tenant compte que les traités internationaux signés et ratifiés par l’Ukraine
font partie du droit national, alors, lors de la prise de toute décision, la protection des civils et,
dans ce cas-là, la promotion de l'accès à l'eau potable et à l'assainissement en tant que droit
fondamental essentiel au plein exercice du droit à la vie et de tous les droits de l’Homme dans
le contexte de conflit armé doit figurer parmi les tâches principales de toute réforme.

67
A. L’historique de la mise en place du droit à l’eau en Ukraine avant le déclenchement du
conflit

Lors du vote pour la résolution en faveur du droit à l'eau et à l'assainissement à


l'Assemblée générale de l'ONU en 2010, l’Ukraine s’est abstenue en ayant défendue une
position sophistiquée à l’égard de la reconnaissance de ce droit, il est alors important
d’analyser la mise en place et le rôle du droit à l’eau au niveau interne en Ukraine afin de
comprendre quel est le mécanisme le plus efficace susceptible de protéger les civils et
l’application du droit à l’eau en période de la guerre dans le Donbass.

En Ukraine la base juridique de droit à l’eau est très riche et vise à mettre en place les
mécanismes de la protection de ce droit ainsi qu’à gérer les relations entre les entreprises qui
approvisionnent en eau la population et les sites industriels.

L’évolution de la mise en place de ce droit est assez complexe parce que la législation
nationale qui régit les relations dans le domaine d’approvisionnement en eau a connu
plusieurs modifications en fonction du contexte économique et politique du pays qui était
instable au cours de toute l’histoire de l’Ukraine indépendante.

L’objectif principal de la législation dans le domaine d’approvisionnement en eau est


de réglementer les relations juridiques afin de pouvoir garantir la préservation, l'utilisation
rationnelle de l'eau pour satisfaire les besoins de la population et des objets industries, la
restauration des ressources d’eau, la protection des ressources de l’eau contre la pollution et
de l'épuisement, la prévention des actes nuisibles et la réponse immédiate, l'amélioration de
l’état des installation de l'eau et protection des droits des entreprises, des institutions, des
organisations et des citoyens relatifs à l’accès à l’eau162.

En Ukraine, le droit à l'eau potable figure dans la Constitution ukrainienne en tant que
droit à un niveau de vie suffisante163. Le Plan d'action national pour la protection de
l'environnement prévoit la mise en place de politiques particulièrement adaptées à la situation
écologique dans le Donbass, de la République autonome de Crimée et de Pridniprovia à cause
de la pollution au caractère anthropogénique164.

162
Code de l’eau de l’Ukraine, http://zakon3.rada.gov.ua/laws/show/213/95-%D0%B2%D1%80
163
La Constitution de l’Ukraine du 28.06.1998, # 254k / 96-VR, article 48,
http://zakon5.rada.gov.ua/laws/show/254%D0%BA/96-%D0%B2%D1%80
164
STRATEGY OF NATIONAL ECOLOGICAL POLICY OF UKRAINE UNTIL 2020, Section 1,
http://eng.menr.gov.ua/index.php/about/strategy

68
Le droit à l’eau potable est également garanti par les textes législatifs qui mettent en
avant les exigences principales dans le domaine de l’approvisionnement en eau notamment les
lois « Sur le bien-être sanitaire et épidémiologique de la population », « Sur l’eau potable et
son approvisionnement », « Sur les normes d’approvisionnement en eau »165 ainsi que par le
Code de l’eau de l’Ukraine adopté en 1995166.

Conformément aux dispositifs de la loi ukrainienne, l’Etat garantit également la


protection des droits des consommateurs relatifs à l’accès à l’eau potable. La loi « Sur l’eau
potable et son approvisionnement » stipule que la politique publique dans le domaine du droit
à l’eau potable est basée sur les principes suivants :

- L’approvisionnement en eau de la population est garanti sur tout le territoire de


l’Ukraine. Cela contribue à la satisfaction des besoins physiologiques, sanitaire-
hygiénique et domestiques ;

- Les normes de consommation et la qualité de l’eau potable ainsi que le processus


de calcul des tarifs des services d’approvisionnement en eau doivent être explici-
tement et scientifiquement justifiés ;

- L’interdiction de priver d’accès à l’électricité et au gaz les entreprises qui approvi-


sionnent en eau la population.

Les objets de la réglementation juridique dans le domaine d’approvisionnement en eau


potable sont également fixés par la loi et incluent la gestion de l’activité économique
d’approvisionnement en eau centralisée et décentralisée, le calcul des tarifs des services, la
règlementation, la certification, la standardisation, le monitoring, la surveillance et le contrôle,
la présentation à la population de l’information sur la qualité de l’eau, la protection des
ressources d’eau et des systèmes d’approvisionnement en eau ainsi que la protection des
droits fondamentaux relatifs à l’eau167.

Les normes et les règlements plus explicites relatifs à la santé publique, à la qualité de
l'eau potable, aux approches de traitement et aux systèmes d’approvisionnement en eau ont
été élaborés et approuvés au cours des sept dernières années168. Par exemple, en 2010, le
nouveau règlement relatif à l’approvisionnement en eau potable entre en vigueur. C’est un

165
L’ONG MAMA-86, Le droit à l’eau potable et l’assainissement : la base législative et la situation en Ukraine,
Kiev, 2011
166
Code de l’eau de l’Ukraine, http://zakon3.rada.gov.ua/laws/show/213/95-%D0%B2%D1%80
167
La loi de l’Ukraine « Sur l’eau potable et son approvisionnement », 10/01/2002, #2918-III,
168
http://www.who.int/water_sanitation_health/monitoring/investments/ukraine-7-jan-16.pdf?ua=1

69
règlement DSanPin # 2.2.4-171-10 intitulé « Les exigences hygiéniques relatives à la qualité
de l’eau potable destinée à la consommation humaine » qui établit les normes qui assurent la
sécurité et la qualité acceptable de l’eau potable fournie à la population. Il prévoit également
les règles qui régissent le contrôle de la production et la purification de l’eau avant la
distribution ainsi que la surveillance sanitaire-épidémiologique dans le domaine
d’approvisionnement en eau de la population169.

Généralement, la législation nationale dans le domaine d’approvisionnement en eau


prévoit également la gestion des relations entre le fournisseur (sujet de l’activité économique
dans le domaine des services communaux) et le consommateur (personne morale ou physique
qui reçoit les services d’approvisionnement en eau et de canalisation). Ces relations sont
régies par le Règlement de la fourniture des services d’approvisionnement en eau, canalisation
et chauffage approuvé par le décret #630 du Cabinet des ministres de l’Ukraine le
21.07.2005170.

Selon ce Règlement, la fourniture interrompue ou incomplète des services de l’eau,


chauffage et canalisation et la dégradation de leur qualité, y compris la non-conformité avec
les normes qualitatives et quantitatives, oblige le fournisseur à effectuer une régularisation des
charges et à rembourser les factures payées. En même temps, le fournisseur s’engage à
rembourser le consommateur en cas de dépassement des délais des travaux de
reconstruction171.

Il existe également des indices quantitatifs et qualitatifs de la satisfaction des besoins


en eau physiologiques et sanitaire-hygiéniques de la vie quotidienne d’une personne par jour.
Il s’agit des normes d’approvisionnement en eau dans un village ou établissement donné dans
les conditions d’un fonctionnement normal du système d’approvisionnement en eau ainsi
qu’au titre d’une mesure d’urgence ou des accidents de la nature anthropogène ou naturelle.

Cependant, les questions de réglementation des relations au sein du secteur


d’approvisionnement en eau dans le cadre du conflit armé ne sont pas encadrées par la
législation nationale. En même temps, la mise en place de la ligne de démarcation qui a divisé
le territoire, a également entraîné des difficultés dans le processus d’élaboration du
mécanisme de règlement de la crise dans le Donbass. Ce mécanisme devrait s’appuyer sur la

169
L’ONG MAMA-86, Le droit à l’eau potable et l’assainissement : la base législative et la situation en Ukraine,
Kiev, 2011
170
http://zakon3.rada.gov.ua/laws/show/630-2005-%D0%BF
171
http://zakon3.rada.gov.ua/laws/show/630-2005-%D0%BF paragraphe 23

70
base juridique solide et explicite qui est susceptible de gérer la situation dans le contexte
actuel de la guerre.

Malheureusement, l’Etat ukrainien n’a pas pu mettre en œuvre un tel mécanisme de la


protection et du contrôle de l’application du droit à l’eau en période de la guerre parce que
c’est la première fois que l’Etat ukrainien est confronté à un contexte aussi difficile.

Au cours de trois dernières années le gouvernement de Kiev cherche les moyens du


règlement de l’instabilité politique et économique du pays qui affecte de manière négative la
population civile habitant dans les zones frappées par la guerre. En tenant compte que le droit
interne ne dispose pas de dispositifs adaptés au contexte de la guerre, le droit international
représente le seul mécanisme susceptible de prendre en charge la résolution de la situation
humanitaire à l’est de l’Ukraine relative à l’accès à l’eau.

Actuellement, le droit international public et le droit international humanitaire sont les


seuls instruments que l’Etat ukrainien doit appliquer afin de mettre fin à la crise politique et
humanitaire dans le Donbass. Tandis que le droit international public régit les relations entre
les États et prévoit le règlement pacifique des différends étatiques et le maintien de la sécurité
collective172, le droit humanitaire représente un ensemble de règles visant à limiter les effets
des opérations de guerre, en particulier à l'égard des populations et des installations
civiles telles que le secteur de l’eau et des personnes qui ne participent pas aux combats173.

Le droit international humanitaire demeure le seul instrument susceptible de protéger


les civils en période de la guerre dans la région du Donbass. Les Conventions de Genève
relatives à la guerre (notamment les quatre conventions de 1949 et leur premier Protocole
additionnel de 1977) constituent les principaux traités applicables dans le contexte des conflits
armés. En principe, si le traité international, que l’Ukraine a signé et ratifié, prévoit des règles
différentes de celles de la législation nationale, alors ce sont les dispositifs du traité
international qui bénéficieront de la primauté. Ainsi, en s’appuyant sur les normes
internationales et en prenant en compte le contexte politique actuel, le gouvernement
ukrainien doit créer et développer un règlement juridique intérieur susceptible de gérer les
relations au sein de l’infrastructure civile telle que l’industrie de l’eau.

Finalement, tous les actes de l’Etat à l’égard de la gestion de la situation humanitaire


dans le Donbass doivent être en conformité avec les principes du droit humanitaire. La prise

172
Pierre-Marie Dupuy et Yann Kerbrat, Droit international public, Dalloz (Précis), 12e édition, 2014
173
Jérôme Cario, Le droit des conflits armés. Éditions Lavauzelle, 2002

71
de toute décision relative à l’accès à l’eau ne peut pas menacer les droits fondamentaux des
civils même dans le cadre du conflit armé.

Néanmoins, certains actes du gouvernement de Kiev à l’égard de l’application du droit


à l’eau ne respectent pas ces normes humanitaires et les droits fondamentaux des civils
touchés par la violence dans la région du Donbass. Il s’agit du projet de loi « Sur les
territoires temporairement occupés » qui vise à la réintégration de la région du Donbass et à
la restructuration des relations contractuelles entre les acteurs dans GCA et NGCA.

L’évolution de ce projet de loi est très importante dans le contexte géopolitique de la


crise de l’eau dans le Donbass parce qu’il peut avoir plusieurs implications qui affecteront de
manière négative la situation humanitaire surtout dans NGCA.

72
B. Le projet de loi « Sur les territoires temporairement occupés » et ses implications
possibles

Après quatre ans de crise en Ukraine, le gouvernement prend une décision permettant
de mettre en œuvre un mécanisme interne qui règlera la situation politique et économique
dans le pays. Deux instruments régissent la politique de l’Etat dans cette direction : ce sont les
accords de Minsk et le droit international. Ainsi, le gouvernement commence à développer
une législation nationale et à prendre les mesures nécessaires en appliquant des normes
établies dans le cadre des négociations avec les acteurs internationaux et les dirigeants des
Etats. Généralement, ces mesures sont adaptées particulièrement au contexte politique,
économique et humanitaire dans la région du Donbass. Il s’agit de l’adoption de lois qui
impliquent les aspects divers de la vie quotidienne et les relations contractuelles avec les
acteurs et les civils habitant le long de la ligne du front et surtout dans NGCA.

Au mois de décembre 2015, un groupe parlementaire a enregistré à l’ordre du jour de


la Verkhovna Rada (Parlement ukrainien), le projet de loi #3593. Son objectif était de définir
le statut et le régime légal des territoires temporairement occupés. Ce projet de loi a reçu un
avis défavorable de la communauté humanitaire ainsi que des médiateurs internationaux à
cause de nombreuses restrictions à l’égard des citoyens de la République autonome de Crimée
et des oblasts de Donetsk et Louhansk. Plus tard, le Président ukrainien a annoncé qu’il avait
donné l'ordre d’élaborer un projet de loi sur la réintégration du Donbass afin de planifier les
étapes et les moyens de récupérer les territoires occupés de l’Ukraine174.

Au mois de février 2017, la Vice-Présidente de la Verkhovna Rada de l’Ukraine,


Oksana Syroid, a présenté aux députés le projet de loi « Sur les territoires temporairement
occupés ». Le projet de loi a été présenté lors d'une réunion du comité parlementaire sur la
construction de l'État, la politique régionale et l'autonomie locale.

Selon Syroid, l'adoption du projet de loi « réglementera clairement le statut et le


régime juridique du territoire temporairement occupé, réduira au minimum les risques de
corruption et de contrebande dans les zones le long de la frontière et dans NGCA, facilitera

174
USAID, Danish Refugee Council, Danish Demining Group, Legal Alert, Ukraine 2016, report presented by
Antoine Terrien, plaidoyer expert of Action against Hunger

73
la libération du territoire de l'Ukraine de l'occupation russe et protégera les droits et libertés
des citoyens d'Ukraine »175.

Les dispositifs principaux de ce projet de loi impliquent plusieurs aspects de la vie


économique, sociale et politique dans la région du Donbass ainsi que la protection des droits
de l’Homme touchés par le conflit armé. Le projet de loi comprend trois principaux régimes
qui couvrent les périodes définies – occupation temporaire, désoccupation et transition.

La partie du projet de loi « occupation temporaire » comprend les implications


suivantes :

- L’application de la souveraineté de l’Etat ukrainien sur tout le territoire de


l’Ukraine. L’intégrité du territoire ukrainien reste préservée dans le cadre des
frontières actuelles. Les territoires occupés font partie de l’Etat ukrainien (préam-
bule) ;

- La Fédération de Russie est considérée comme un pays agresseur conformément


aux dispositifs « a », « b », « c », « d » et « g » de l’article 3 de la Résolution 3314
(XXIX) « Définition de l’agression » de l’Assemblée Générale de l’ONU de 14
Décembre 1974 (la préambule) 176 ;

- La définition du territoire occupé et la date du début de l'occupation (7 et 27 Avril


2014) (art.1) ;

- Toute activité des dirigeants et des membres des administrations se trouvant sur les
territoires occupés est considérée comme illégitime. La coopération avec les diri-
geants et les membres des administrations des républiques autoproclamées reste
strictement encadrée par les règlementations prévues par le droit international.
Cette coopération est autorisée uniquement dans le cadre de la protection des droits
de la population civile habitant dans NGCA, de la libération des otages et de la
promotion de l’établissement de l’ordre constitutionnel dans NGCA (art. 4) ;

- La responsabilité de l’Etat ukrainien n’est plus engagée dans la protection de la


vie, la santé et des biens fonciers des civils habitant dans NGCA. La Fédération de

175

https://censor.net.ua/news/427083/syroid_predstavila_zakonoproekt_o_vremenno_okkupirovannoyi_territori
i_ukrainy
176
La résolution 3314 (XXIX) de l’Assemblée Générale de l’ONU disponible :
http://www.un.org/french/documents/view_doc.asp?symbol=A/RES/3314(XXIX)&Lang=F

74
la Russie en tant que l’Etat occupant doit prendre toute responsabilité pour le
paiement des pensions et allocations aux civils habitant dans NGCA (art. 5) ;

- Conformément aux principes du droit international, la Fédération de Russie en tant


qu’Etat occupant est responsable pour les cas de violation des droits et des libertés
établies par la Constitution ukrainienne. Le rôle de l’Etat ukrainien ne comprend
que le monitoring et l’évaluation de la situation des droits de l’Homme dans
NGCA et la présentation de cette information aux organisations internationales qui
travaillent dans le domaine de la protection des droits de l’Homme (art. 6) ;

- L’interdiction d’entrée dans NGCA pour les ressortissants de l’Etat occupant, les
étrangers et les apatrides (seulement avec le permis spécial délivré par le Service
de sécurité de l’Ukraine) (art. 14) ;

- L’interdiction de la fourniture des ressources énergétiques, d’approvisionnement


centralisée en eau et de l’électricité de la population habitant dans NGCA (art.15) ;

- La circulation dans NGCA des véhicules transportant les colis et les produits de
l’aide humanitaires est autorisée strictement conformément à l’art. 23 de la Con-
vention de Genève sur la protection des civils en temps de guerre177 et sous le con-
trôle de la représentation nationale en Ukraine du CICR (art. 18).

La partie « désoccupation », qui débute au moment de la libération des territoires


occupés, prolonge l’état d’urgence en imposant plusieurs restrictions relatives à la liberté de
circulation des personnes sur les territoires désoccupés (TDO) ainsi que l’expulsion des
citoyens de la Fédération de Russie des TDO. Les résidents de TDO auront des cartes
d’identité spéciales qui préciseront leur origine178.

177
Chaque Haute Partie contractante accordera le libre passage de tout envoi de médicaments et de matériel
sanitaire ainsi que des objets nécessaires au culte, destinés uniquement à la population civile d'une autre Partie
contractante, même ennemie. Elle autorisera également le libre passage de tout envoi de vivres
indispensables, de vêtements et de fortifiants réservés aux enfants de moins de quinze ans, aux femmes
enceintes ou en couches.
L'obligation pour une Partie contractante d'accorder le libre passage des envois indiqués à l'alinéa précédent
est subordonnée à la condition que cette Partie soit assurée de n'avoir aucune raison sérieuse de craindre que :
a) les envois puissent être détournés de leur destination, ou
b) que le contrôle puisse ne pas être efficace, ou
c) que l'ennemi puisse en tirer un avantage manifeste pour ses efforts militaires ou son économie, en
substituant ces envois à des marchandises qu'il aurait autrement dû fournir ou produire, ou en
libérant des matières, produits ou services qu'il aurait autrement dû affecter à la production de
telles marchandises.
Source : Convention de Genève relative à la protection des civils en temps de guerre, 12 août 1949, CICR
178
USAID, Danish Refugee Council, Danish Demining Group, Legal Alert, Ukraine 2016, report presented by
Antoine Terrien, plaidoyer expert of Action against Hunger

75
La troisième partie du projet de loi, « transition », prévoit la réorganisation des
administrations militaires après la levée de l’état d’urgence. Les élections locales sont
interdites pendant deux, quatre et six ans en fonction du niveau d’unité administrative
(village, ville, campagne). Les résidents de TDO sont privés du droit de vote lors des élections
présidentielles et parlementaires pendant six ans.

Ce projet de loi est assez sophistiqué à l’égard de la protection du droit à l’eau.


Premièrement, tenant compte l’article 15 qui prévoit l’interdiction d’approvisionnement en
eau et l’électricité de NGCA, il y a un grand risque d’aggravation de la situation humanitaire
dans la région. Cela est justifié par le fait que la plupart des stations de pompage se trouve
dans GCA dont les entreprises opérant dans NGCA n’ont plus d’accès. Par conséquent, elles
sont fortement dépendantes de la fourniture de l’eau qui provient de GCA.

De plus, la plupart de systèmes d’infrastructure passe par NGCA et puis ressort dans
GCA. Par exemple, si la loi est mise en œuvre sans équivoque, il faut arrêter définitivement
l'approvisionnement en eau de Donetsk et aussi de Marioupol (GCA) parce que
l’approvisionnement centralisée en eau passe d’abord à Donetsk et puis à Marioupol.
Logiquement, après l’adoption éventuelle du projet de loi et, par conséquent, l’arrêt complet
d’approvisionnement en eau de NGCA, il faut prévoir la reconstruction du système entier
pour pouvoir approvisionner en eau seulement GCA. Et pour refaire ce système des
infrastructures, l’Etat ukrainien a besoin des ressources financières dont il ne dispose pas. Il
faudra aussi accéder aux sites de l’infrastructure dans NGCA et mener les travaux. Cependant,
dans le contexte actuel du conflit et des bombardements ininterrompus, cela est impossible.

En même temps, les entreprises de l’eau dans NGCA ne disposent pas des matériaux
nécessaires pour le traitement de l’eau. Elles sont dépendantes de l’aide humanitaire qui les
approvisionne en chlore. La situation se complique parce qu’il n’y a que trois organisations
qui sont autorisées d’opérer dans NGCA alors que les autres ne peuvent pas y accéder à cause
des restrictions imposées par les autorités de facto. Cette fois, ce projet de loi prévoit
l’imposition d’un certain nombre de restrictions de la part de l’Etat ukrainien. Cela peut
également compliquer la livraison des réactifs et matériaux nécessaires pour la purification de
l’eau.

L’arrêt complet de la fourniture d’eau dans GCA signifiera non seulement une forte
pénurie de l’eau mais contribuera aussi à la détérioration de la santé publique dans la région, à
l’apparition de maladies relatives au manque d’eau ainsi qu’à la dégradation
environnementale.
76
En même temps, nous pouvons constater que l’interdiction d’approvisionnement en
eau de NGCA contribuera également à l’effondrement économique définitif non seulement
des entreprises qui fournissent l’eau à la population mais aussi des sites industriels qui
dépendent des ressources d’eau et de l’électricité. Le mécanisme établit par les accords de
Minsk qui facilite la règlementation des relations entre les fournisseurs dans GCA et NGCA
cessera d’exister ce qui amènera à l’arrêt complet du fonctionnement du secteur entier dans la
région.

Finalement, l’adoption de ce projet de loi compliquera considérablement la situation


relative à la surveillance de la situation des droits de l'Homme dans NGCA et avec les droits
des personnes déplacées à l'intérieur du pays179. Cela est également en contradiction avec la
Constitution de l’Ukraine180 ainsi qu’avec ses obligations internationales.

Par ailleurs, la dérogation contenue dans ce projet quant à la responsabilité de l’Etat


ukrainien de protéger la vie et la propriété sur les TTO ne correspond pas à l’esprit de la
Résolution de l’Assemblée Générale de l’ONU A/68/L.39 qui souligne l’intégrité territoriale
de l’Ukraine. L’attribution de la responsabilité pour les violations des droits de l’Homme sur
TTO à la Fédération de Russie est également en contradiction avec le droit international
public. Selon le droit international public, une telle responsabilité ne peut être imposée à
l’Etat tiers qu’en concluant un traité spécifique181.

En vertu de l'article 1 de la Convention européenne des droits de l'Homme et des


libertés fondamentales, un État a l'obligation d'assurer la protection des droits de l'Homme sur
l'ensemble de son territoire. La portée de la responsabilité relative à la protection des droits de
l'Homme dans NGCA peut varier en fonction des circonstances. Cela a été élaboré par la
jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'Homme, notamment : Ilascu et autres c.
Moldavie et Russie (8 juillet 2004), Catan et autres c. Moldavie et la Russie (19 octobre

179

https://censor.net.ua/news/427612/v_oon_i_sovete_evropy_obespokoeny_vozmojnym_prinyatiem_radoyi_za
konoproekta_o_vremenno_okkupirovannoyi
180
L'article 3 de la Constitution de l'Ukraine stipule que « l'être humain, sa vie et sa santé, son honneur et sa
dignité, son caractère inviolable et sa sécurité sont reconnus en Ukraine comme la plus haute valeur sociale. Les
droits de l'Homme, les libertés et leurs garanties déterminent l'orientation de l'activité de l'Etat. L'État est
responsable devant l'individu pour son activité. Affirmer et garantir les droits de l'Homme et les libertés
fondamentales est le principal devoir de l'Etat ». En vertu de son article 24, la Constitution garantit que « les
citoyens ont des droits et libertés constitutionnels égaux. Il n'y aura pas de privilèges ou de restrictions fondés
sur la race, la couleur de la peau, les convictions politiques, religieuses et autres, le sexe, l'origine ethnique et
sociale, le statut de la propriété, le lieu de résidence, les caractéristiques linguistiques ou autres ».
181
USAID, Danish Refugee Council, Danish Demining Group, Legal Alert, Ukraine 2016, report presented by
Antoine Terrien, plaidoyer expert of Action against Hunger

77
2012). En particulier, la décision de la CEDH qui affirme que « lorsque la région est
reconnue par le droit international public en tant que territoire faisant partie de la Moldavie,
en vertu de l'article 1 de la Convention, l’Etat s’engage à utiliser tous les moyens juridiques
et diplomatiques dont il dispose afin de garantir la protection des droits et libertés de sa
population définis par la Convention »182.

Nous pouvons ainsi souligner que le projet de loi « Sur les territoires temporairement
occupés » n’est pas raisonnable en termes économiques, politiques et sociaux parce qu’il
menace non seulement l’application des droits de l’Homme dans NGCA mais provoquera
également l’accroissement de l’instabilité dans un pays.

L'adoption éventuelle de ce projet de loi signifiera le retrait unilatéral de l'Ukraine du


processus de Minsk, notamment Minsk II183. Par exemple, dans le cadre du Protocole de
Minsk II, l’Ukraine s’engage à enlever le blocus social et économique de la région. Il s’agit
d’identifier des modalités de restauration complète des liens sociaux et économiques, y
compris les transferts sociaux, tels que le paiement des pensions et des allocations (les
revenus, la régularisation des factures pour les services communaux). Cela permet à l’Ukraine
de rétablir le contrôle sur le système banquier dans les zones et régions touchés par le conflit
et, par conséquent, cela contribuera à la mise en place du mécanisme international qui
facilitera l’exécution de ces transferts184.

En ce qui concerne la gestion de l’infrastructure civile dans le Donbass, l’Ukraine


s’engage à trouver le mécanisme qui facilitera le processus de régularisation des factures et
des dettes entre les fournisseurs afin de pouvoir garantir l’approvisionnement en eau de la
population civile habitant dans NGCA. La deuxième tâche est de protéger le caractère civil de
l’infrastructure de l’eau. Dans le cadre de ce processus, les sous-groupes économique et
humanitaire étaient créés. Le sous-groupe économique s’occupe de la restauration des
relations contractuelles avec le Donbass ainsi que la levée du blocus économique de NGCA.

182
CASE OF ILAŞCU AND OTHERS v. MOLDOVA AND RUSSIA (Application no. 48787/99)
http://www.rulac.org/assets/downloads/CASE_OF_ILASCU_AND_OTHERS_v._MOLDOVA_AND_RUSSIA.pdf ,
CASE OF CATAN AND OTHERS v. MOLDOVA AND RUSSIA (Applications nos. 43370/04, 8252/05 and 18454/06)
file:///C:/Users/user/Downloads/001-114082.pdf
183
Lors d'un sommet à Minsk le 11 février 2015, les dirigeants de l'Ukraine, de la Russie, de la France et de
l'Allemagne se sont mis d'accord sur des mesures concernant la guerre du Donbass. Les pourparlers ont été
organisés par l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, à la suite de l'échec du Protocole de
Minsk. Ce traité devrait faire respecter le cessez-le-feu du 5 septembre 2014.
184
Le texte du Protocol Minsk II http://www.osce.org/ru/cio/140221?download=true

78
Le sous-groupe humanitaire gère la fourniture de l’aide humanitaire, le rétablissement de
l’infrastructure de l’eau et la libération des otages185.

Le projet de loi devait être présenté lors de la session de 10 juillet 2017 afin de
procéder au vote et, par conséquent, à son adoption. Cependant, la décision de décaler la
session était prise afin de continuer de négocier avec les partenaires stratégiques de Kiev.
Actuellement, la prochaine session qui examinera ce projet de loi se déroulera en automne. Il
est toujours en voie d’élaboration en coopération avec les partenaires occidentaux.

La communauté internationale ainsi que les partenaires stratégiques de Kiev


n’approuvent pas l’adoption de ce projet de loi. Selon l’Agence de l’ONU pour les réfugiés,
l’adoption du projet de loi « Sur les territoires temporairement occupés » aura des effets
négatifs sur la protection des droits de l’Homme, la liberté de circulation et la fourniture de
l’aide humanitaire pour les personnes vulnérables touchées par la guerre. Cependant, en ce qui
concerne l'assistance humanitaire et la coopération entre les acteurs humanitaires et l'État,
aucun dispositif spécifique n'est envisagé par le projet de loi. Comme les acteurs humanitaires
ne bénéficieront d'aucun statut spécial, leur sécurité ne peut être garantie186.

Le conseiller spécial du Secrétaire général de Conseil de l’Europe en Ukraine, Regis


Brillat a été envoyé en Ukraine en 2014 pour apporter aux autorités ukrainiennes, l'assistance
d'experts sur les questions relatives aux nouvelles réformes législatives, constitutionnelles et
électorales au regard des obligations de l‘Ukraine en vertu de la Convention européenne des
droits de l'Homme et des normes du Conseil de l'Europe187. Aujourd’hui, il souligne que
l’adoption de ce projet de loi ne correspond pas aux normes établies par la Résolution 2133 de
l’Assemblée parlementaire de Conseil de l’Europe que l’Ukraine avait voté188.

185
Le texte du Protocol Minsk II http://www.osce.org/ru/cio/140221?download=true
186
Explanatory note on the draft law “On the Temporarily Occupied Territory of Ukraine” jointly developed by
UNHCR, Right to Protection, Crimea SOS, Vostok-SOS, and Danish Refugee Council, available:
http://unhcr.org.ua/attachments/article/1642/Explanatory%20Note_Joint%20statement%20UNHCR_R2P_DRC
_KrymSOS_VostokSOS_HB-30%2010%202016.pdf
187
Conseil de l’Europe, Un conseiller spécial du Secrétaire général de Conseil de l’Europe se rendra en Ukraine
lundi, Strasbourg, 28/02/2014, disponible : http://www.coe.int/fr/web/secretary-general/home/-
/asset_publisher/oURUJmJo9jX9/content/council-of-europe-secretary-jagland-to-send-special-adviser-to-
ukraine-on-monday?redirect=http%3A%2F%2Fwww.coe.int%2Ffr%2Fweb%2Fsecretary-
general%2Fhome%3Fp_p_id%3D101_INSTANCE_oURUJmJo9jX9%26p_p_lifecycle%3D0%26p_p_state%3Dnorm
al%26p_p_mode%3Dview%26p_p_col_id%3Dcolumn-2%26p_p_col_count%3D1
188
Résolution 2133 (2016), Recours juridiques contre les violations des droits de l’homme commises dans les
territoires ukrainiens se trouvant hors du contrôle des autorités ukrainiennes, http://semantic-
pace.net/tools/pdf.aspx?doc=aHR0cDovL2Fzc2VtYmx5LmNvZS5pbnQvbncveG1sL1hSZWYvWDJILURXLWV4dHIu
YXNwP2ZpbGVpZD0yMzE2NyZsYW5nPUZS&xsl=aHR0cDovL3NlbWFudGljcGFjZS5uZXQvWHNsdC9QZGYvWFJlZi1
XRC1BVC1YTUwyUERGLnhzbA==&xsltparams=ZmlsZWlkPTIzMTY3

79
Selon cette résolution, les autorités ukrainiennes s’engagent à « simplifier, autant qu’il
est leur en pouvoir de le faire, la vie quotidienne des habitants des territoires se trouvant hors
de leur contrôle et des personnes déplacées venues de ces régions, en allégeant les formalités
administratives à effectuer pour bénéficier des pensions et des prestations sociales… »189.
L’Etat ukrainien s’engage également à respecter les droits fondamentaux des civils habitant
dans NGCA, à appliquer les accords de Minsk et à faciliter aux organisations humanitaires
l’accès dans NGCA. Cependant les dispositifs de nouveau projet de loi ne respectent pas les
normes décrites ci-dessus.

Selon le Ministre des territoires temporairement occupés et des personnes déplacées,


les ministres et les députés devraient étudier plus précisément le droit international
humanitaire avant de mettre en place le blocus et déclencher le processus de réintégration du
Donbass. Selon lui, si l'Ukraine cesse de fournir de l'eau aux « républiques », la communauté
mondiale pourrait considérer cela comme un génocide et à amènera à la remise en question
totale de l’image de l’Ukraine sur la scène internationale. Et puis, selon lui, il y aurait alors
une forte probabilité que des sanctions internationales soient imposées, ce qui aggraverait la
situation économique et politique du pays190.

Ainsi, les actes politiques et économiques de l’Etat à l’égard de la protection des droits
de l’Homme, y compris du droit à l’eau dans NGCA ne correspondent pas à l’esprit du droit
humanitaire et à ces obligations internationales. Bien évidemment, l’Etat doit mettre en place
les mécanismes internes qui pourraient régir la crise dans le Donbass mais ces instruments ne
doivent pas menacer la situation relative à la protection des droits de l’Homme sur le territoire
qui est considéré par la législation nationale en tant que la partie intégrante de l’Ukraine.

Tenant compte que le projet de loi « Sur les territoires temporairement occupés » est
soutenu par le Président ukrainien, le Service de sécurité de l’Ukraine ainsi que par la
majorité des députés de la Verkhovna Rada, nous pouvons prédire que, probablement, il sera
approuvé et adopté en automne. Evidemment, le projet de loi qui est actuellement en voie
d’élaboration, peut être modifié en fonction des exigences des partenaires de Kiev. Ces

189
Résolution 2133 (2016), Recours juridiques contre les violations des droits de l’homme commises dans les
territoires ukrainiens se trouvant hors du contrôle des autorités ukrainiennes, http://semantic-
pace.net/tools/pdf.aspx?doc=aHR0cDovL2Fzc2VtYmx5LmNvZS5pbnQvbncveG1sL1hSZWYvWDJILURXLWV4dHIu
YXNwP2ZpbGVpZD0yMzE2NyZsYW5nPUZS&xsl=aHR0cDovL3NlbWFudGljcGFjZS5uZXQvWHNsdC9QZGYvWFJlZi1
XRC1BVC1YTUwyUERGLnhzbA==&xsltparams=ZmlsZWlkPTIzMTY3
190
Government’s plan for the reintegration of Donbas: the pros, cons and alternatives, January 2017, available:
http://uacrisis.org/51835-reintegration

80
modifications porteront plutôt sur le statut politique de la région du Donbass mais il est
difficile de dire que tous les dispositifs seront entièrement modifiés. Néanmoins, il est
possible que les dirigeants de l’Etat ukrainien prennent en compte les exigences libérales et
démocratiques des leaders occidentaux et ré-estimeront leurs obligations envers la protection
des droits de l’Homme de la population civile.

Si le projet de loi était adopté, il faudrait élaborer un nouveau mécanisme de gestion


des relations avec les acteurs dans NGCA parce que les instruments établis par les accords de
Minsk cesseront de fonctionner. Sachant que les partenaires de l’Ukraine au sein du groupe du
format Normandie ainsi que les organisations internationales n’approuvent pas l’adoption du
projet de loi, il sera très compliqué de trouver une nouvelle solution consensuelle aux délais
courts pour que la population civile habitant dans NGCA ne soit pas touchée par la pénurie
d’eau et l’aggravation de la situation humanitaire.

Il est très important d’évaluer plus précisément les conséquences de son adoption sur
la situation humanitaire et notamment les scénarios possibles pour l’avenir des réseaux
d’infrastructures en eau.

81
C. Les scénarios possibles de la résolution du conflit et des problématiques liées à l’accès à
l’eau

Aujourd’hui, la situation relative à la résolution de la crise dans le Donbass demeure


extrêmement instable. Il est très difficile de prévoir l’avenir des infrastructures en eau parce
qu’elle dépend de l’évolution du conflit. Cette difficulté est justifiée par l’absence de
garanties de trouver un accord unanime par les belligérants sur le processus de mise en place
de la décentralisation et d’introduction du cessez-le-feu. L’application de ces deux principales
exigences pourraient empêcher l’escalade du conflit. Cependant, ni décentralisation, ni
cessez-le-feu ne sont atteints dans le contexte actuel. Les médiateurs internationaux
continuent de négocier avec les belligérants pour introduire un mécanisme viable susceptible
de régler raisonnablement les relations avec les républiques autoproclamées et les acteurs
économiques y opérant.

Aujourd’hui, nous observons une sorte de stagnation dans le processus de négociations


à cause des positions des parties au conflit. Nous pourrions nous acheminer vers le scénario
d’un conflit gelé mais ce n’est pas encore certain. Le processus instable de règlement de la
crise dans le Donbass complique la possibilité de prévoir l’évolution de la situation. Certains
actes de l’Etat ukrainien, des autorités de facto et de l’Etat agresseur ne témoignent pas de la
volonté unanime de mettre fin à l’émergence de crise sociale, économique et humanitaire dans
la région. Quoi qu’il en soit, il est indispensable d’assurer une forte présence des partenaires
occidentaux qui participent dans le processus des négociations visant à trouver la solution de
la crise du Donbass. Il faut également assurer l’action humanitaire à l’est du pays pour
pouvoir protéger l’application des droits fondamentaux des civils touchés par la violence.

Néanmoins, il y a un certain nombre de facteurs qui peuvent nous permettre


d’imaginer l’évolution du conflit armé en Ukraine. Ces facteurs incluent la position unanime
de la communauté internationale à l’égard de l’obligation de respecter les normes du droit
international. Il s’agit notamment de l’influence des médiateurs internationaux impliqués dans
la résolution de la crise du Donbass.

Ainsi, ayant analysé au cours de notre travail de recherche la structure de ces facteurs
et l’évolution des enjeux qui touchent à la gestion de la crise dans le Donbass, nous pouvons
prévoir trois scénarios probables quand à l’avenir du conflit et, par conséquent, de
l’infrastructure qui approvisionne en eau la population civile.

82
Le premier scénario nous semble le plus pertinent puisqu’il repose sur le respect des
règles établies par la médiation internationale. Si toutes les exigences des partenaires
occidentaux étaient respectées et appliquées conformément aux normes du droit international,
la Fédération de Russie serait obligée d’arrêter de fournir son soutien aux séparatistes pro-
russes à l’est de l’Ukraine. Par ailleurs, une telle démarche serait une mesure de nécessité
suite à la détérioration de la situation économique en Russie sous le poids des sanctions
imposées par la communauté internationale. Dans ce cas-là, le cessez-le-feu prévu dans le
Protocole de Minsk s’applique de sorte que la médiation internationale puisse amener le
conflit vers une résolution pacifique. L'économie de l'Ukraine également se stabilise et
connaît des changements positifs grâce à l’octroi de l’assistance financière par le FMI et l’EU.
Les troubles politiques disparaissent et le gouvernement ukrainien fait des progrès dans
l’élaboration des réformes destinées à faire face à la corruption de la police, des juges et du
gouvernement191.

Pour l’industrie de l’eau un tel scénario n’envisage que des prévisions positives. Bien
évidemment, le processus de rétablissement de l’infrastructure endommagée prend beaucoup
de temps et demande des investissements importants. Si un accord portant sur le règlement
pacifique du conflit était atteint, grâce à l’aide financière fournie régulièrement par les
partenaires internationaux, le gouvernement pourrait procéder au rétablissement de l’industrie
endommagée par la guerre. En même temps, la ligne de démarcation disparaîtra ce qui
contribuera à la stabilisation des relations entre les acteurs économiques opérant dans cette
région. Les ministères pourront procéder au règlement des problèmes financiers entre les
entreprises d’approvisionnement en eau qui sont apparus au moment de la mise en place de la
frontière.

Concernant le projet de loi « Sur les territoires temporairement occupés », les


dispositifs qui prévoient la coupure d’eau et d’électricité seront révisés ce qui empêchera
l’émergence d’une crise humanitaire et contribuera à la normalisation de la situation relative à
la protection du droit à un niveau de vie suffisant. Ainsi, l’Ukraine évitera l’imposition
possible de sanctions qui pourraient gravement influencer la situation économique du pays.
Par ailleurs, un tel déroulement des évènements pourrait prévoir l’introduction des nouvelles
normes au niveau législatif qui ne menaceront pas le droit à l’accès à l’eau potable mais, au

191
The Norman Peterson School of International Affairs, Ukraine 2016, Conflict Risk Diagnostics, available:
https://carleton.ca/cifp/wp-content/uploads/Ukraine-Conflict-Risk-Diagnostic-2016-February-26-2016.pdf

83
contraire, contribueront à l’amélioration et stabilisation du fonctionnement du secteur d’eau
dans le Donbass.

Si le projet décrit ci-dessus était réalisé, l’Etat pourrait même procéder au


renouvellement complexe de l’infrastructure actuellement obsolète. Cela contribuerait à
l’amélioration de la situation relative à l’accès à l’eau potable en termes de qualité et
d’accessibilité. Il s’agit notamment de la baisse de fréquences des coupures d’eau,
l’approvisionnement des stations de purification d’eau en nouvelles technologies et matériaux
de sorte que l’eau ne soit plus traitée au chlore. Finalement, dans ce cas-là, le droit à l’eau sera
respecté conformément aux normes du droit international.

Le deuxième scénario est assez probable quand nous prenons en compte l’évolution
actuelle des évènements. Le cessez-le-feu est respecté par l'Ukraine, la Fédération de Russie
et les groupes séparatistes pro-russes dans la région du Donbass. Tous les efforts sont destinés
à l’application des dispositions des protocoles de Minsk visant à retirer les armes lourdes et à
mettre en place la décentralisation. Malgré cela, sachant que le projet de loi « Sur les
territoires temporairement occupés » ne reconnait pas la légitimité des élections dans NGCA,
nous affirmons avec certitude que la légitimité des élections locales du Donbass qui avaient
lieu au début de 2016 sera remise en question par l'Ukraine et la communauté internationale.
Cela entraînera des violations des droits de l'Homme et des libertés civiles dans NGCA192. Le
projet de loi « Sur les territoires temporairement occupés » sera adopté et l’arrêt complet
d’approvisionnement en eau et l’électricité serait inévitable. L'économie ukrainienne ne se
stabilise pas de manière rapide parce qu’il est peu probable que le soutien financier du FMI
sera accordé et que l'association avec l'UE soit ratifiée. Un tel déroulement des évènements se
produira parce que le projet de loi sur la réintégration du Donbass ne correspond pas aux
valeurs démocratiques des partenaires occidentaux de l’Ukraine. L’Ukraine perdrait son statut
de partenaire envisageable sur la scène internationale. La confiance du public continuera de
diminuer parce que Kiev sera alors toujours confronté aux problèmes liés à la corruption et à
la restriction des libertés civiles.

Pour l’industrie de l’eau cela signifierait que le rétablissement de l’infrastructure serait


retardé à cause du manque d’accès et de financements pour pouvoir mener les travaux.
L’accord sur la régularisation des dettes ne sera pas atteint ce qui amènera à l’intensification

192
The Norman Peterson School of International Affairs, Ukraine 2016, Conflict Risk Diagnostics, available:
https://carleton.ca/cifp/wp-content/uploads/Ukraine-Conflict-Risk-Diagnostic-2016-February-26-2016.pdf

84
des fréquences de coupure de l’eau dans NGCA. La ligne de démarcation continuera d’exister
ce qui entraînera la stagnation du conflit économique entre les entreprises fournisseuses de
l’eau. Il manquera toujours les matériaux nécessaires au traitement de l’eau à cause des
restrictions d’importations introduites par l’Ukraine et les autorités de facto.

Ce scénario amènera à l’émergence d’une crise humanitaire relative à l’accès à l’eau.


Cependant, les partenaires humanitaires de l’Ukraine interviendront pour empêcher la
détérioration de la situation. Il ne s’agira plus d’intervention au processus de régularisation
des dettes entre les entreprises de NGCA et GCA parce que toute approvisionnement de
NGCA sera interdite. Pourtant, ils envisageront la fourniture de l’eau potable par les camions
citernes. Bien évidemment, cela sera possible à condition d’une levée des restrictions
imposées par les autorités de facto. Si les restrictions restaient en vigueur, l’envoi de
bouteilles d’eau par des camions serait envisagé. Apres application de la loi « Sur les
territoires temporairement occupés », des procédures bureaucratiques d’enregistrement des
ONG limiteront la livraison des produits d’aide humanitaires.

D’un autre côté, si les autorités de facto se mobilisent, ils pourront éventuellement
trouver les sources alternatives d’approvisionnement en eau. Dans ce cas-là, les systèmes de
d’infrastructure en eau qui proviennent de la Fédération de Russie représentent une des
alternatives possibles. Mais, dans ce cas-là, il faudrait prévoir des ressources financières pour
assurer l’approvisionnement en eau stable de NGCA. Eventuellement, les dirigeants de facto
pourraient appeler les organisations humanitaires à accorder des financements ce que, par
exemple, le CICR a fait dans le cas de règlement des dettes entre PVK et LV.

Théoriquement, une autre possibilité serait de reconstruire le système de sorte que les
républiques autoproclamées soient approvisionnées en eau de mer d’Azov. Mais le projet de
la construction du système d’approvisionnement en eau de mer d’Azov n’est pas
économiquement viable parce qu’un tel projet nécessite des investissements colossaux. Nous
pouvons supposer que les acteurs humanitaires pourraient intervenir et accorder des
subventions afin d’éviter les conséquences néfastes pour les civils. Néanmoins, les dirigeants
de facto doivent disposer les moyens financiers de base ce qui n’est pas le cas actuellement.

Ainsi, pour récupérer les moyens financiers, les dirigeants de facto introduiraient
vraisemblablement, dans ce scénario, un processus de nationalisation des entreprises opérant
dans NGCA sous juridiction ukrainienne. Cette fois-ci, la nationalisation pourrait toucher
Voda Donbassa et mettrait un terme à toutes les négociations entre les acteurs dans GCA et
NGCA. Dans ce cas-là, NGCA ne possèdera plus les sources d’eau potentielles qui se
85
trouvent dans GCA et il faudrait revenir vers la question de recherche de sources alternatives.
Concernant la gestion de Voda Donbassa dont la direction se trouve dans NGCA, un tel
déroulement pourrait provoquer l’effondrement économique définitif de l’entreprise.

Enfin, le troisième scénario possible se dirige vers le contexte d’un conflit gelé. Cela
est peu probable mais ce scénario ne peut pas être négligé. Les tensions s’intensifient dans la
région parce que les acteurs pratiquent toujours des tactiques provocatrices les uns envers les
autres. La porosité accrue entre les frontières à l'est de l'Ukraine avec la Fédération de Russie
provoque l’accroissement du trafic d'armes ce qui augmente par la suite l’intensité des
bombardements. L'aide financière du FMI ne parvient pas à stabiliser l'économie dévastée par
la guerre ce qui aggrave les problèmes socioéconomiques et l'instabilité politique de
l'Ukraine. Les séparatistes pro-russes continuent de contester la légitimité du contrôle de Kiev
dans le Donbass. Le gouvernement ukrainien répond avec une répression accrue en adoptant
le projet de loi sur la réintégration du Donbass en compromettant ainsi son intégration avec
l'UE193.

Pour l’industrie de l’eau un tel déroulement des événements serait le pire scénario
envisageable. Suite à l’adoption du projet de loi « Sur les territoires temporairement
occupés », l’approvisionnement en eau de NGCA sera arrêté. Les conséquences en seront un
effondrement économique du secteur et l’apparition de facteurs qui influenceront de manière
négative la santé humaine et la situation relative à la protection des droits de l’Homme. L’Etat
ukrainien se dégagera de toute responsabilité en matière de protection des droits de l’Homme
dans NGCA, ce qui exposera les personnes les plus vulnérables à de graves risques. Les
autorités de facto ne parviendront pas à résoudre la crise relative à la pénurie d’eau et à
trouver des sources d’eau alternatives à cause du manque des financements. Le cessez-le-feu
ne sera pas respecté ce qui amènera à l’intensification des bombardements, y compris des sites
industriels de caractère civil. Les systèmes d’infrastructures en eau ne pourront pas être
réparés ce qui conduira en un arrêt du fonctionnement technique des réseaux.

Le modèle du règlement du conflit établi par les accords de Minsk cessera de


fonctionner ce qui provoquera la stagnation dans le processus politique de la résolution du
conflit. Il sera très difficile de trouver rapidement un nouveau modèle d’accord qui portera sur
le règlement de la crise sachant que les belligérants impliqués ont des positions totalement

193
The Norman Peterson School of International Affairs, Ukraine 2016, Conflict Risk Diagnostics, available:
https://carleton.ca/cifp/wp-content/uploads/Ukraine-Conflict-Risk-Diagnostic-2016-February-26-2016.pdf

86
différentes à l’égard du déroulement des événements. Ainsi, la situation relative à l’accès à
l’eau potable dans NGCA se détériorera. La pénurie d’eau amènera à l’émergence d’une crise
qui aura des conséquences à long terme pour la santé humaine.

En conclusion, il est très difficile de prévoir un scénario de la résolution de la crise


relative à l’accès à l’eau. Cela est justifié par l’instabilité de l’évolution des événements et des
décisions politiques visant à résoudre cette crise. Cependant, le premier scénario nous semble
le plus probable parce qu’il se repose sur la souveraineté de la loi. Si les belligérants
parvenaient à atteindre un accord sur le règlement pacifique du différend, le cessez-le-feu
entrerait définitivement en vigueur et l’Ukraine pourra procéder au rétablissement de
l’infrastructure de l’eau. Dans ce cas-là, l’avenir de l’infrastructure civile se trouvant dans
NGCA connaîtra une évolution progressive et un développement intensif ce qui contribuera à
l’amélioration de la situation relative à la protection du droit à l’eau en Ukraine.

Néanmoins, il faut également analyser les scénarios moins prometteurs qui peuvent
aussi avoir lieu. Cela est très important parce que cette analyse permet d’élaborer les mesures
qui pourront être mises en place en cas d’escalade du conflit. Le rôle de la communauté
humanitaire ainsi que des partenaires stratégiques impliqués dans la résolution de la crise reste
primordial. Ces acteurs demeurent les personnages clés qui sont susceptibles d’influencer les
décisions et les actes des parties au conflit. Ainsi, nous pouvons nous attendre à ce que le
règlement de la crise du Donbass repose sur la souveraineté de loi et le respect des normes
internationales qui protègent les droits de l’Homme et les libertés fondamentales.

Il est crucial que toutes les parties au conflit respectent pleinement leurs obligations en
vertu de l'Accord de Minsk et s'engagent pour une solution politique durable fondée sur le
respect de la souveraineté, de l'intégrité territoriale, de l'unité et de l'indépendance de
l'Ukraine.

87
Conclusion

Les ressources d’eau ont une répartition inégale sur tout le territoire de l'Ukraine. La
planification économique ainsi que l’industrialisation renforcée au cours de la période
soviétique reposaient principalement sur la logistique de la centralisation ce qui a entraîné
l'emplacement de la plupart des zones industrielles et urbanisées dans les régions arides à l'est
de l'Ukraine. Par conséquent, la région du Donbass est devenue le principal centre de
l’industrie et de la sidérurgie de l’ex-l’URSS, puis de l’Ukraine indépendante. Cette région est
très riche en minéraux et surtout en charbon. Par conséquent, l’entretien du secteur industriel
tellement puissant demande de grandes quantités d’eau.

Au cours de plus de cinquante ans, le développement économique et industriel de la


région a entraîné l’apparition de conséquences négatives à long terme. L’impact humain a
provoqué l’accroissement des problèmes relatifs à la quantité suffisante des sources d’eau
pour pouvoir en approvisionner la population et l’industrie.

Depuis l’époque de l’ex-l’URSS, le bassin hydrographique transfrontalier Siverski


Donets était considéré comme la source principal d’approvisionnement en eau de trois
grandes régions industrielles et hautement urbanisées (Kharkiv, Donetsk et Louhansk) et
jouait un rôle socio-économique important. Plus tard, la construction du CSD était lancée afin
de pouvoir fournir les quantités d’eau suffisantes à la population ainsi qu’aux sites industriels.
C’était la seule source potentielle qui approvisionnait en eau cette grande région avec un
nombre de consommateurs très élevé. Dès le début, ce canal n’a pas connu de réparations
majeures et fonctionnait en régime non-stop.

L’exploitation ininterrompu du canal a épuisé les sources d’eau de la rivière Siverski


Donets. Il y avait un fort besoin de prolonger la construction du canal pour pouvoir couvrir
l’insuffisance d’eau. Au début des années 90, ces facteurs ont provoqué l’apparition des
premiers problèmes relatifs à la qualité de l’eau à cause de déversements constants
d’effluents, d’élimination des déchets, de l’état obsolète du système des canalisations
d’approvisionnement en eau et de la technique imparfaite de purification d’eau au chlore. Ces
problèmes étaient également accompagnés par des coupures régulières d’eau à cause de
l’épuisement des sources d’eau. L’instabilité des coûts des services d’approvisionnement en
eau était justifiée par les difficultés provoquées par le contexte économique et social dans le

88
pays. Ces enjeux géopolitiques ont influencé de manière négative l’application du droit à
l’eau en termes de qualité, quantité et accès.

Avec l’arrivée du conflit armé en 2014, l’instabilité économique, politique et sociale a


également touché la gestion de l’industrie de l’eau dans le Donbass. Dès le début, le conflit a
apporté des conséquences négatives sur l’infrastructure d’importance vitale pour les civils.
L’industrie de l’eau est gravement endommagée par les bombardements constants. Le conflit
armé, la mise en place de frontière de facto et l’absence d’un accord visant à atteindre le
cessez-le-feu ont eu un impact non seulement sur l’état des installations de l’industrie mais
aussi sur la gestion structurelle du secteur entier. Un tel déroulement représente un enjeu
crucial parce qu’il touche la situation humanitaire relative à la protection du droit à un niveau
de vie suffisante. Aujourd’hui, ces enjeux peuvent provoquer l’émergence d’une crise
humanitaire dans la région. D’un autre côté, il existe une menace sérieuse d’effondrement
économique de ce grand secteur d’importance vitale. Il s’agit des relations entre les
entreprises fournisseuses et consommateurs de l’eau de part et d’autre de la ligne de conflit et
qui se caractérisent par l’accroissement d’une crise économique.

Tous ces enjeux représentent un défi crucial pour la situation humanitaire et


l’application des droits de l’Homme dans le Donbass. Le conflit armé et la mise en place de la
ligne de démarcation ont provoqué l’émergence de risques graves auxquelles les personnes les
plus vulnérables sont exposées. Ainsi, la présence humanitaire dans la région est très
importante. Cependant, l’action humanitaire est également confrontée à plusieurs défis
notamment aux restrictions imposées par les séparatistes pro-russes et aux procédures
bureaucratiques très compliquées prévues par la règlementation de l’Etat ukrainien. Les
territoires contrôlés par les forces d’ATO sont plus accessibles pour les acteurs humanitaires
alors que NGCA reste une zone critique et extrêmement difficile à accéder. Actuellement,
seules trois organisations sont autorisées à y opérer.

Par conséquent, ces enjeux géopolitiques menacent l’application des principes du droit
humanitaire qui prévoit une facilitation d’accès pour les humanitaires aux personnes touchées
par la violence ainsi que le respect et la sécurisation du caractère civil des infrastructures
d’importance vitale telle que l’industrie de l’eau.

En tenant compte de l’aggravation de la situation dans la région du Donbass, l’Etat


ukrainien s’engage à prendre les mesures nécessaires notamment des reformes qui visent à
réintégrer la situation politique et sociale du pays. Le pouvoir ukrainien élabore des moyens
pour pouvoir appliquer la décentralisation, mettre en place des mécanismes de protection des
89
droits fondamentaux des civils touchés par la guerre et du caractère civil de l’infrastructure
d’approvisionnement en eau dans le Donbass.

La position de l’Ukraine à l’égard de l’application du droit à l’eau n’est pas tout à fait
claire cependant si on prend en compte son abstention lors du vote pour la résolution en
faveur du droit à l'eau et à l'assainissement à l'Assemblée générale de l'ONU en 2010.
Néanmoins, la base juridique interne du droit à l’eau vise à mettre en place les mécanismes de
la protection de ce droit ainsi qu’à gérer les relations entre les entreprises qui approvisionnent
en eau la population et les sites industriels. L’objectif principal de la législation dans le
domaine d’approvisionnement en eau est de réglementer les relations juridiques afin de
pouvoir garantir la préservation, l'utilisation rationnelle de l'eau pour satisfaire les besoins de
la population et des objets industries, la protection des ressources de l’eau contre la pollution
et de l'épuisement, la prévention des actes nuisibles et la réponse immédiate, l'amélioration de
l’état des installation de l'eau et protection des droits des entreprises, des institutions, des
organisations et des citoyens relatifs à l’accès à l’eau. Toutefois, aucun dispositif de la
législation nationale ne prévoit les règles de l’application de ce droit dans le contexte d’un
conflit armé. L’Etat ukrainien doit mettre en place un mécanisme qui régira le fonctionnement
de ce système en s’appuyant sur les normes du droit humanitaire et droit international.

Le gouvernement ukrainien se dote actuellement d’un appareil juridique et légal pour


contourner la loi sur le droit à l’eau. Le projet de loi « Sur les territoires temporairement
occupés » est très sophistiqué parce que l’Ukraine ne reconnait pas la sécession des
républiques autoproclamées mais prévoit l’arrêt complet d’approvisionnement en eau de
NGCA et ne s’engage plus dans la protection des droits de l’Homme sur ce territoire. Ce
projet de loi touche de manière négative plusieurs aspects de la vie quotidienne des civils et
du système de gestion des relations contractuelles entre les acteurs de GCA et NGCA.
L’adoption éventuelle de ce projet de loi entraînera un développement de conséquences
néfastes pour les civils et pour le fonctionnement économique et industriel de NGCA. Ni la
communauté internationale, ni les ONG humanitaires n’approuvent l’adoption de ce projet de
loi en soulignant qu’il menacera le suivi de la situation relative à la protection des droits de
l’Homme.

Ainsi, nous pouvons douter que le droit a permis de maintenir le respect du droit à
l’eau dans NGCA ainsi que d’assurer l’accès à la population civile touchées par la guerre.
Plusieurs restrictions mises en place, les procédures bureaucratiques très longues, le non-
respect du cessez-le-feu ainsi que l’accroissement de fréquence de coupure d’eau en

90
témoignent. Cela démontre d’une position différente des belligérants à l’égard de la légitimité
des règles édictées par le droit humanitaire et le droit international. Dès lors, il pourrait être
intéressant de suivre et étudier l’impact d’une telle vision sur l’évolution de la résolution du
conflit et, par conséquent, sur l’application du droit à un niveau de vie suffisante, notamment
le droit à l’eau dans le cadre du conflit armé dans le Donbass. De plus, il serait intéressant de
pouvoir conduire plus avant un travail de recherche sur les relations financières et juridiques
entre les entreprises fournisseuses et consommatrices dans les territoires NGCA et GCA si
celles-ci étaient disposées à collaborer. Enfin, un travail de recherche pourrait être envisagé
pour effectuer une analyse comparative entre la situation de la gestion de l’eau étudiée dans
notre travail et des situations similaires dans d’autres territoires (gestion de l’eau dans le cadre
des relations entre la Transnistrie et la Moldavie ou dans le cadre de la Crimée et de
l’Ukraine).

91
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