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CRIMINOLOGIE

Pr. Mohamed JAOUHAR

Introduction générale: Observations préliminaires

Le crime est un phénomène universel, auquel se trouve confronté


toutes les sociétés. Son caractère énigmatique et problématique incite
la science à s’y intéresser. Ainsi, la criminologie en fait son objet
d’étude car, littéralement parlant, c’est la science du crime, ou encore
de manière générale, la science du phénomène criminel. A l’égard de
ce phénomène, il est nécessaire de formuler trois observations
préliminaires:

1) Le crime est un phénomène humain: En ce sens qu’il est propre


à l’être humain. Même l’animal le plus féroce ne saurait commettre
des actes criminels, puisqu’il est incapable de distinguer entre le bien
et le mal au sens moral du terme, et par conséquent, il ne pourra faire
l’objet de responsabilité. En outre la criminalité est congénitale à
l’humanité, depuis sa présence sur terre. Le récit du meurtre d’Abel
commis par son frère Caïn est très significatif à cet égard.
2) Le crime est un phénomène social: En ce sens qu’on ne peut pas
envisager d’action criminelle en dehors de l’existence d’un
groupement social. Peu importe la taille de ce groupement, il
constitue une condition sine qua none à l’expression du
comportement criminel. A ce propos, le comportement criminel dans
sa dimension sociale constitue l'un des thèmes majeurs des études de
sociologie.
3) Le crime est un phénomène culturel: En ce sens qu’il évolue par
rapport à l’évolution des sociétés, et qu’il est déterminé en fonction
de la culture de chaque société. Le même acte peut être considéré
comme criminel pour une société, et non criminel pour une autre
société. C’est dans ce sens, qu’on parle de la relativité du crime dans
le temps et dans l'espace. Ainsi en fonction des valeurs et des normes
de chaque société le même comportement peut constituer ou ne pas
constituer une infraction punissable. C'est en quelque sorte la culture
de la société qui qualifie un acte comme étant criminel.

Chapitre I:
Criminologie et
Sciences criminelles

PI: Émergence et caractéristiques de la


criminologie

En tant que science, la criminologie est d’apparition récente, elle


remonte, en quelque sorte à la fin du 19ème siècle. Cela ne signifie pas
l’absence de toute réflexion sur le comportement criminel de
l’Homme. Il s’agissait auparavant beaucoup plus d’idées
philosophiques ou littéraires, que d’une véritable approche
scientifique. L’histoire du savoir criminologique retient les noms des
trois pionniers italiens de cette discipline.

En premier lieu, le médecin-légiste Cesare Lombroso, qui a publié


en 1876, un ouvrage intitulé «L’Homme criminel». Lombroso a
condensé, en quelque sorte, les conclusions de ses observations à
partir d’autopsies pratiquées sur certains criminels. On se trouve ainsi
dans une démarche empirique, qui inaugure la criminologie clinique.
En deuxième lieu, le juriste et sociologue Enrico Ferri a publié en
1881 un ouvrage intitulé «La Sociologie criminelle». Dans cet
ouvrage, il consacre certaines idées de Lombroso, mais il traite le
comportement criminel dans le cadre d’une analyse sociologique.
C’est à Ferri que revient le mérite de l’intégration des mesures de
sûreté dans le système pénal.

En troisième lieu, le pénaliste Rafaëlle Garofalo a publié en 1885


un ouvrage intitulé «Criminologie». Ce terme fait son apparition pour
la première fois dans le monde scientifique. C’est dans cet ouvrage
que Garofalo a avancé cette distinction célèbre entre les infractions
naturelles et les infractions conventionnelles.

Ces trois mousquetaires peuvent être considérés, à juste titre, comme


les véritables fondateurs de la criminologie et les illustres
représentants de l’école positiviste. Cette science a pu se développer
par la suite grâce à l'organisation de congrès et à des formations
dispensées par des Instituts de Criminologie du monde occidental
dans les différents domaines de cette discipline, ainsi qu’à travers de
nombreuses recherches et publications scientifiques se rapportant aux
différents thèmes de la criminologie.
Cette science qui s’intéresse au crime et au criminel, mais également
à la victime se trouve au carrefour de plusieurs disciplines. Prenant le
comportement de l’Homme dans sa dimension sociale, elle relève à la
fois des sciences humaines et des sciences sociales. S’intéressant à
l’Homme dans sa dimension criminelle, elle relève pleinement de
l’anthropologie. Cette forme d’anthropologie est qualifiée
d’anthropologie criminelle. En étudiant et en analysant le
comportement criminel de l’être humain, elle ferait sans aucun doute
partie des sciences comportementales (Béhaviorisme).

Le phénomène criminel peut être analysé et expliqué à travers


plusieurs angles de vue, soit biologique, soit psychologique, soit
psychiatrique, soit encore sociologique. Ainsi, on peut se placer sur le
terrain de la biologie criminelle, ou sur le terrain de la psychologie ou
de la psychiatrie criminelle, ou encore sur le terrain de la sociologie
criminelle. Ainsi, différentes sciences peuvent être mobilisées pour
comprendre et expliquer les facteurs du comportement criminel. C’est
la raison pour laquelle, on qualifie la criminologie de science de
carrefour.

Mais quel que soit le terrain sur lequel on se place, chaque fois qu’on
étudie les facteurs du comportement criminel, on se trouve dans le
cadre de l’étiologie criminelle, qui signifie la recherche de la
causalité criminelle et des facteurs qui ont présidé au comportement
criminel.

En tant que science, la criminologie essaie, de manière générale,


d’étudier, d’analyser, de comprendre et d’expliquer le phénomène
criminel, et de manière particulière d'aborder le comportement
criminel de l’Homme en faisant appel à plusieurs sciences. Elle peut
également constituer un éclairage pour la stratégie sécuritaire de
l’Etat et une source d’inspiration pour le droit pénal, visant à prévenir
et à combattre la criminalité et à envisager un traitement spécifique
pour chaque type de criminels.

Cependant, la criminologie a sa propre particularité par rapport au


droit pénal. D’abord la notion de crime n’est pas entendue de la
même manière. Si le droit pénal saisit l’infraction en fonction de trois
concepts, crime, délit, contravention; pour la criminologie le terme
crime est conçue de manière très large, en englobant les trois
concepts précédents. La criminologie élargit davantage son terrain, en
s’intéressant non seulement à la délinquance, mais également à la
déviance.
Sur un autre plan, si le droit pénal saisit le phénomène criminel à
travers un catalogue d'infractions, c'est à dire un ensemble d’actes
incriminés et punis par la loi pénale; la criminologie s’intéresse plutôt
aux différents profils des personnalités criminelles, en érigeant des
typologies criminelles, c’est-à-dire des classifications en fonction
des différents types de criminels. Ainsi, au lieu de s’intéresser à la
responsabilité fondée sur le libre arbitre, elle préfère évaluer la
dangerosité du criminel. Dans ce sens, on peut affirmer que le droit
pénal a une approche objective, alors que la criminologie a une
approche subjective.

Malgré toutes ces différences, la criminologie a toujours constitué


une source d’inspiration pour le droit pénal, qui n’a pas hésité à
intégrer certains apports de celle-ci. Ainsi sur la base du principe de
l’individualisation de la sanction, qui constitue l’expression même
d’une approche subjective qui s’intéresse à la personnalité du
délinquant, le droit pénal a intégré plusieurs mécanismes proposés
par la criminologie. Il en est ainsi, du minimum et du maximum de la
peine, des mesures de sûreté, des circonstances aggravantes et des
circonstances atténuantes, du sursis, de la récidive, ou encore de
l’excuse absolutoire et de l’excuse atténuante, de même en ce qui
concerne les peines alternatives.
Tous ces mécanismes et d'autres essaient d’adapter la sanction en
fonction de la dangerosité du criminel. En fait, la dangerosité
constitue un concept clef de la criminologie.

PII: Le bloc des sciences criminelles

A vrai dire la criminologie n’est pas la seule science qui s’intéresse


au criminel et au crime, d’autres disciplines s’intéressent aussi au
crime et au criminel, mais de leur propre angle de vision. En fait la
criminologie n’est qu’une discipline parmi d’autres dans le bloc des
sciences criminelles. Ce bloc se compose de disciplines à caractère
normatif, c’est le cas pour le droit pénal général, le droit pénal spécial
et d’autres matières relevant du champ pénal. Ce bloc se compose
aussi de disciplines explicatives, comme la criminologie, la
victimologie, la pénologie ou encore la politique criminelle. Il se
compose enfin de disciplines considérées comme auxiliaires,
apportant leur concours à la justice pénale, c’est le cas pour la
criminalistique, la médecine légale ou encore la psychologie
judiciaire.
Afin donc de distinguer le champ de ces disciplines par rapport à
celui de la criminologie, il est nécessaire de faire la connaissance de
certaines d’entre elles.

A- La criminalistique et les sciences forensiques


La criminalistique est une discipline technique, qui englobe dans la
conception française uniquement la police technique et la police
scientifique. Dans cette conception la médecine légale est considérée
comme une science à part. Par contre dans la conception anglo-
saxonne, on utilise plutôt l’expression Forensic Sciences, traduite en
français à travers l’expression: Sciences forensiques, qui signifie
sciences légales, ou sciences au service de la loi. Contrairement à la
criminalistique la notion de sciences forensiques est beaucoup plus
large que la criminalistique. Ces sciences englobent la police
scientifique, la police technique, la médecine légale, et toutes les
disciplines scientifiques qui peuvent apporter leur concours à la
justice pénale.

Qu’il s’agisse de criminalistique ou de sciences forensiques, on est


bien devant des disciplines ayant une vocation probatoire (cherchant
les preuves) pour la justice pénale, dans la mesure où faisant usage de
leurs connaissances, elles permettent de fournir des preuves
scientifiques à la justice criminelle. Ces disciplines poursuivent
généralement quatre objectifs:

• Identifier la victime;
• Identifier l'agresseur;
• Identifier le procédé utilisé;
• Identifier la réalité du crime.

Afin de se faire une idée sur le contenu de ces disciplines, nous


présenterons les principales d'entre elles, à savoir: la police
technique; la police scientifique; la médecine légale et la psychologie
judiciaire.

Primo: La police technique

Elle peut avoir un sens organique ou un sens fonctionnel. Cette


discipline s'occupe essentiellement de la collecte des traces et des
indices sur la scène de crime. Le travail de la police technique repose
dans une grande partie sur l'exploitation du principe de Locard. Ce
principe se base sur l'échange actif entre les éléments provenant de
l’extérieur et ceux se trouvant à l'intérieur; dans une scène de crime
cet échange s’accélère et devient plus intense étant donné la violence
de l'action criminelle. Ainsi le criminel va laisser un peu de lui même
sur cette scène, et il va également emporter avec lui des choses
appartenant à cette scène.

La police technique accomplit sa mission en conformité avec certains


standards internationaux. La préservation des traces et indices est
absolument nécessaire à leur exploitation scientifique ce qui exige la
non pollution de la scène de crime, il ne faut pas que cette scène soit
entamée par quelqu'un d'autre avant que la police technique fasse son
travail. Malheureusement, au Maroc, et dans pas mal de situations, la
sauvegarde de la scène de crime n'est pas toujours respectée. Ce qui
est de nature à mettre en péril les preuves pouvant résulter de
l’exploitation des traces et des indices.

Secundo: La police scientifique

Elle a elle aussi un sens organique et un sens fonctionnel. Cette


police accomplit sa mission dans des laboratoires relevant de la
police judiciaire ou de la gendarmerie royale. Cette police utilise
différentes connaissances scientifiques telles que la chimie, la
physique, la biologie, l'informatique, l'acoustique, etc. Elle analyse
les traces et les indices relevés par la police technique, pour apporter
la preuve matérielle et scientifique à la justice pénale.

La police scientifique se compose de plusieurs sections spécialisées,


notamment la balistique, l'anthropologie judiciaire, la dactyloscopie
(empreintes digitales); l'analyse ADN (empreintes génétiques), la
graphométrie (expertise de faux documents), l'entomologie (science
des insectes), informatique, etc.

Tertio: La médecine légale

Le travail du médecin légiste est généralement lié à l'autopsie des


cadavres, afin de déterminer les causes et les circonstances de la
mort. Une bonne partie de la médecine légale est occupée par la
thanatologie (c'est à dire: science de la mort).

Mais le médecin légiste travaille aussi sur des vivants, dans la mesure
où il peut délivrer des certificats en cas de viol, en cas de sévices à
enfants, ainsi que dans d'autres situations qui supposent que la
victime examinée soit encore en vie.

Outre la thanatologie et l'examen des violences subies par les vivants,


la médecine légale se subdivise en plusieurs branches, parmi
lesquelles on trouve notamment: la toxicologie, l'odontologie médico-
légale, l'addictologie, ou encore la psychiatrie criminelle recourant à
l'expertise médico-légale pour déterminer la responsabilité pénale ou
encore la médecine du travail.

Quarto: La psychologie judiciaire

Cette discipline concerne l'usage des connaissances psychologiques


dans l'enquête criminelle. Dans sa forme élémentaire, il peut s'agir
simplement d'un savoir faire acquis par l'expérience de l'enquêteur,
en matière d'interrogatoire, pour amener le coupable à récapituler
psychiquement et à avouer son crime. Dans cette discipline on peut
intégrer la psychologie du témoin. La technique du profilage criminel
relève également du champ de la psychologie judiciaire, et constitue
un moyen très avancé au service de l’enquête de police judiciaire.

Dans sa forme élaborée, il peut s'agir de recours à certains procédés


qui ne font pas l'unanimité. Parmi ces procédés, on peut citer l'usage
du polygraphe appelé également détecteur de mensonges. Cette
machine utilisée aux États Unis d'Amérique mesure un certain
nombre de réactions physiologiques à la suite de chaque question
posée. On peut citer également l'usage de l'hypnose ou de la
narcoanalyse (dit sérum de vérité). Les démocraties européennes
rejettent ces différents procédés pour l'atteinte qu'ils constituent à la
dignité humaine, à la présomption d'innocence et aux droits de
l'Homme, notamment le droit de la défense.

B- La pénologie et la science pénitentiaire

La pénologie peut être définie comme la science des peines. Elle


analyse les peines adoptées par un système pénal déterminé, quant à
leurs fonctions, quant à leur adéquation et quant à leur utilité pour
prévenir et combattre efficacement la criminalité. La science
pénitentiaire constitue une grande branche de la pénologie, mais elle
ne concerne que la peine privative de liberté.

Afin d'illustrer la pénologie, on peut prendre à titre d'exemple la


peine de mort qui partage non seulement les pénologues, mais
également l'opinion publique entre partisans de l'abolition et adeptes
du maintien.

La controverse sur cette peine est posée avec acuité actuellement au


Maroc. Du fait de la ratification par le Maroc de certaines
conventions internationales qui consacrent le droit à la vie,
notamment le pacte de 1966 sur les droits civils et politiques. Ainsi
que par référence à la nouvelle constitution marocaine de 2011.
Certains militants des droits de l'Homme estiment que le Maroc se
trouve dans l'obligation d'abroger la peine de mort. Par contre, les
défenseurs du maintien de la peine de mort estiment, au nom de la loi
du talion entre autres, que cette peine est utile dans la mesure où elle
préserve le droit à la vie du côté des victimes et de leurs ayants droit.

Actuellement le Maroc adopte une position médiane, du fait que d'un


côté il n'a pas encore procédé à l'abrogation de cette peine, et d'un
autre côté les condamnations qui sont prononcées par les tribunaux ne
sont jamais mises à exécution depuis pratiquement 1994.

Quant à la science pénitentiaire qui concerne tout spécialement la


peine privative de liberté, du fait du recours systématique des
systèmes pénaux modernes à la prison, elle a fait l'objet d'un intérêt
très particulier de la part des pénologues.

Les aspects négatifs de cette peine l'emportent largement sur les


aspects positifs. D'abord cette peine remet en cause le principe de la
personnalité de la peine, puisqu'elle a toujours des retombées sur la
famille. Ensuite, cette peine est accusée de priver le détenu, qui reste
également un citoyen de plusieurs droits, notamment celui du vote et
celui d'exercer un recours pour excès de pouvoir en cas de sanctions
disciplinaires. Par ailleurs l'univers carcéral est considéré comme un
univers hautement criminogène qui favorise la récidive et
l'apprentissage de la criminalité pour les détenus à de courtes peines;
ce qui va à l'encontre de l'idée de la réinsertion sociale. Enfin les
peines privatives de liberté coûtent très cher à la communauté surtout
en cas de surpopulation carcérale. Une surpopulation carcérale
largement dénoncée vue le taux anormalement élevé des détenus
préventifs. C'est la raison pour laquelle plusieurs spécialistes
préconisent l'adoption des peines de substitution, qui sont de
véritables alternatives à la peine privative de liberté.

C- La politique criminelle et la politique pénale

La politique criminelle peut être définie comme la politique suivie


par l’État pour prévenir et combattre la criminalité. Cette politique
peut reposer sur des mesures répressives, mais pour prévenir la
criminalité, l’État a souvent recours à des politiques sociales, comme
c'est le cas pour l'Initiative Nationale pour le Développement Humain
(INDH), la lutte contre les bidonvilles ou la restructuration du champ
religieux. Quant à la politique pénale, il s'agit de recours à des textes
juridiques de nature pénale se rapportant à telle ou telle situation
criminelle qui seront adoptés par l’État.

La politique pénale est toujours conduite par deux mouvements, le


mouvement de pénalisation et le mouvement de dépénalisation. Le
premier mouvement consiste à incriminer des comportements qui
n'étaient pas jusqu'à présent incriminés. Pour le deuxième
mouvement, il s'agit d'enlever à un comportement qui était déjà
incriminé son caractère pénal. Pour ce déclassement pénal, on peut
citer à titre d'exemple dans le droit français, la dépénalisation en 1975
de l'interruption volontaire de grossesse (IVG), ou encore de
l'adultère dans la même année, ou encore la dépénalisation en 1983
de l'homosexualité.
Dans le sens inverse de la pénalisation, en ce qui concerne le Maroc
beaucoup de textes ont été adoptés ces derniers temps. On peut citer
à titre d'exemple la pénalisation en 2003 du terrorisme (loi 03-03
promulguée par le dahir du 28 mai 2003), en 2015 le législateur
marocain a adopté la loi 86-14 promulguée par le dahir du 20 mai
2015 incriminant l’enrôlement et le ralliement à des groupes
terroristes. La cybercriminalité a été également incriminée (loi 07-03
promulguée par le dahir du 11 novembre 2003) qualifiée dans le code
pénal: d'Atteintes aux Systèmes de Traitement Automatisé des
Données (STAD), s’étalant de l’art 607-3 à 607-11. De même le
harcèlement sexuel (art 503-1 du code pénal) et la pédopornographie
(art 503-2 du code pénal) ont été introduits par la loi 24-03
promulguée par le dahir du 11 novembre 2003. Cette même loi a
érigé la violence conjugale en circonstance aggravante et a institué
l’incrimination de discrimination (art 431-1 à 431-4 du code pénal).
On peut également faire mention de la loi 43-05 relative à la lutte
contre le blanchiment de capitaux et qui a été promulguée par un
dahir du 17 avril 2007. Ou encore la loi 09-09 promulguée par le
dahir du 2 juin 2011 réprimant les violences commises au cours des
compétitions et des manifestations sportives ou à leur occasion (art
308-1 à 308-19 du code pénal).

PIII: Les méthodes de la criminologie

Les connaissances en matière de criminologie sont déduites à partir


des méthodes utilisées par cette discipline. Ces méthodes changent en
fonction du type de criminologie.

En fait, il faut distinguer deux formes de criminologie. La première


est qualifiée de criminologie générale ou théorique, dans le cadre de
cette criminologie, on fait des études et des analyses sur le
phénomène criminel de manière générale et on formule des théories
et des explications sur telle ou telle forme de la criminalité.
La deuxième forme est qualifiée de criminologie clinique ou pratique,
où un criminel déterminé fait l'objet d'un examen spécifique de sa
personnalité par une équipe spécialisée, afin de diagnostiquer sa
dangerosité et proposer un traitement adéquat.

A- Les méthodes de la criminologie théorique

Cette forme de criminologie utilise généralement deux procédés, à


savoir: les statistiques criminelles et l'enquête sociale.

1- Les statistiques criminelles

Elles se présentent comme une approche quantitative du phénomène


criminel. Concernant leur objet, les statistiques criminelles
renseignent les criminologues sur l'évolution de la criminalité dans un
pays déterminé et pour une période déterminée. Elles permettent
également de se faire une idée sur l'ampleur d'un crime particulier, ou
sur les conditions de sa commission ou encore sur le profil des
criminels ou des victimes. Le traitement des statistiques criminelles
prend en considération un certain nombre de paramètres, tel que l'âge,
le sexe, le niveau culturel, la condition socio-économique, l’habitat.

Concernant leur nature, il faut distinguer les statistiques officielles,


émanant d'administrations publiques ou d'organisations
internationales, des statistiques non officielles à savoir celles qui
sont élaborées de manière indépendante par des chercheurs.

Les statistiques criminelles souffrent de l'existence du chiffre noir


(dark number). Celui-ci constitue une donne incontournable dont le
taux ne peut être déterminé avec certitude. Par rapport au chiffre noir,
il faut distinguer trois niveaux de décalages.

Le premier niveau concerne la criminalité réelle, il consiste dans le


décalage entre la criminalité effectivement commise et la criminalité
connue c'est à dire, celle qui arrive à la connaissance des autorités. Ce
décalage peut résulter soit du comportement de l'auteur de
l'infraction, soit de la nature de l’infraction, soit de la victime, soit du
témoin.

Le deuxième niveau est constitué par le décalage entre la criminalité


connue et la criminalité apparente, c'est à dire celle qui apparaît dans
les statistiques des autorités de poursuite. Ce décalage peut trouver sa
cause dans plusieurs raisons, notamment à travers la corruption, la
fausse qualification ou encore grâce au jeu du principe de
l'opportunité des poursuites qui permet au parquet le classement sans
suite, ou encore la possibilité du non lieu pour le juge d’instruction.
Le troisième niveau est constitué par le décalage entre la criminalité
apparente et la criminalité officielle, c'est à dire celle qui a fait l'objet
de condamnation par les tribunaux. Différentes raisons peuvent
justifier ce décalage, notamment l'extinction de l'action publique pour
différentes causes dont principalement la prescription, la légitime
défense, l'excuse absolutoire ou encore pour l'absence de preuves.

Par rapport toujours à ce dernier niveau, il est nécessaire de souligner


le décalage qui existe entre les statistiques des tribunaux et celles de
l'administration pénitentiaire; toutes les personnes condamnées par
les tribunaux ne sont pas forcément comptabilisées sur les registres
des prisons, c'est le cas notamment des personnes condamnées à
l'amende, avec sursis ou encore par contumace.

L’écart entre la réalité criminelle et l’apparence criminelle ne fait que


se creuser en fonction de ces trois niveaux du chiffre noir. Ainsi les
statistiques criminelles ne donnent qu’une image approximative de la
criminalité.

2- L'enquête sociale

Dans le cadre de l'enquête sociale, la criminologie utilise des


méthodes relevant des sciences sociales et tout spécialement deux
procédés, à savoir:
• Le questionnaire: il repose sur l’insertion d'un
certain nombre de questions sur un formulaire, auxquelles il
faut répondre par oui ou par non. Le questionnaire présente
l'avantage d'être soumis à plusieurs catégories de personnes,
mais il a par contre l'inconvénient de ne pouvoir être soumis à
des personnes analphabètes. En outre, les réponses formulées ne
sont pas toujours une source de fiabilité.
• L'interview: ce procédé permet de s'adresser
directement aux personnes interrogées sur un sujet déterminé. Il
peut concerner même des personnes analphabètes, mais lui
aussi présente un problème de fiabilité.

B- Les méthodes de la criminologie clinique

La criminologie clinique ne s'occupe pas de formuler des théories


générales, mais d'examiner une personnalité criminelle déterminée,
afin de se prononcer sur sa dangerosité criminelle. Cet examen se fait
par une équipe criminologique, qui se compose au moins de quatre
spécialistes dont un médecin, un psychologue, un psychiatre et une
assistante sociale.

Cette étude se fait dans le cadre de ce qu'on qualifie de «Dossier de


personnalité». Celui-ci peut être commandé par différentes autorités
judiciaires, procureur, juge d'instruction, juge de jugement. Le dossier
de personnalité vise à éclairer les autorités judiciaires sur le profil du
criminel à juger. Il s'agit d'apprécier l'état dangereux du criminel
examiné et sa capacité future à nuire.

Cet éclairage se fait à travers le rapport général de l'équipe


criminologique, qui synthétise en quelque sorte les différents
examens opérés qui constituent le diagnostic de l’état dangereux.
L'équipe criminologique donne également son avis sur les risques de
récidive ainsi que sur les chances de réinsertion, à travers un
pronostic, et dresse un programme de traitement qu'il propose aux
autorités judiciaires.

L'autorité judiciaire peut à la lumière du dossier de personnalité


imposer une cure de désintoxication ou toute autre forme de thérapie
par le biais de l'injonction de soin. Il est à signaler que le droit
français a institué depuis la loi du 25 janvier 2008 la mesure de
rétention de sûreté qui permet de retenir des criminels dangereux
même après avoir purgé leurs peines, si l'examen criminologique
révèle la persistance de l'état dangereux et le risque du passage à
l'acte criminel.

Dans le droit pénal marocain, théoriquement le dossier de


personnalité se trouve mentionné dans le code de procédure pénale
(art 87 et 88), mais malheureusement, sur le plan pratique, il est
systématiquement ignoré par la justice pénale marocaine. De même
en ce qui concerne le traitement de désintoxication, prévu à la fois
dans le code pénal, dans le code de procédure pénale et dans le dahir
du 21 mai 1974 réprimant le trafic des stupéfiants, ce traitement ne
reçoit dans la réalité aucune mise en œuvre de la part du système
judiciaire.

Chapitre II:
La biologie criminelle
PI: La théorie de LOMBROSO sur le
criminel-né

Le médecin italien CESARE LOMBROSO (1835- 1909) est bien


connu par sa théorie sur le criminel par naissance ou criminel-né. Ce
qui le place au cœur de l'école positiviste, qualifiée également de
constitutionnaliste, expliquant le phénomène criminel par rapport à la
constitution physique ou psychique du délinquant. Le darwinisme, le
positivisme et la phrénologie ont largement guidé la pensée de
Lombroso. De par son expérience en tant que médecin légiste pour
l'armée et l'administration pénitentiaire italienne, et à travers les
autopsies qu'il avait pratiquées, il a eu la conviction que la criminalité
n'est pas acquise, mais qu'elle est inhérente à certaines personnes de
par leur naissance.

Cette hypothèse basée sur la constitution physique du délinquant a été


construite à partir des nombreuses observations sur les corps des
criminels qui ont été autopsiés par lui. En constatant certains signes
sur leurs corps, il a estimé qu'il s'agit là de stigmates d'atavisme et de
dégénérescence, c'est à dire en quelque sorte d'une régression vers
l'homme primitif et d'une résurgence de l'homme des cavernes.

Pour Lombroso, le type criminel est un individu atavique et anormal


commettant des forfaits par nécessité biologique. Il présente certains
traits anatomiques (forte mâchoire, arcades sourcilières
proéminentes…) psychologiques (insensibilité à la douleur…) et
sociaux (tatouages, argot…) qui le rapprochent du sauvage.
Il faut dire que Lombroso a essayé de comprendre le comportement
criminel à l’aide de sa formation de médecin. Il percevait ainsi le
criminel comme un individu anormal, pathologique et les signes
d’atavisme et de dégénérescence sont en quelque sorte les symptômes
de sa pathologie.

Cette théorie, qui relève d'une criminologie qualifiée de corporelle, a


soulevé plusieurs critiques, que ce soit sur le plan du droit pénal ou
que ce soit sur le plan de la criminologie.

Ainsi sur le plan du droit pénal, on estime que la théorie de Lombroso


a un caractère foncièrement déterministe. Ce caractère heurte, d'une
part le principe du libre-arbitre sur lequel se trouve fondée la
responsabilité pénale, et peut d'autre part entraîner une intervention
ante-delictum de la part de la société à l’encontre du criminel
potentiel.

Sur le plan de la criminologie, et en ce qui concerne le fond, on


observe que les études de Lombroso se sont limitées aux hommes et
n'ont pas concernées les femmes. On observe également l'absence
d'une prise en considération des facteurs découlant du milieu social.
Enfin, on a relevé que les signes invoqués par Lombroso en ce qui
concerne les criminels peuvent également être constatés sur des non-
criminels. On ce qui concerne la forme, on a reproché à Lombroso
l’absence de recours aux groupes de comparaison.

La théorie du criminel-né n'est pas défendable scientifiquement


parlant, mais Lombroso a eu le mérite -au moins- d'attirer l'attention
sur la possibilité d'aborder la criminalité sous un angle scientifique.

PII: Les hypothèses génétiques


Des explications ont été avancées par certains criminologues sur la
base des gènes qui composent le tissu cellulaire. Il s'agit
essentiellement de deux hypothèses.

A- L'hypothèse de la corrélation entre l’hérédité et la


criminalité

Dans le domaine de l'hérédité les travaux de Grégoire MENDEL


(1822- 1884) font référence en matière de botanique. Celui-ci est bien
célèbre à travers ses expériences d'hybridation sur différentes plantes
et spécialement les petits pois. A partir de ces hybridations Mendel a
dégagé les principes s’imposant dans le domaine de l’hérédité,
notamment les proportions de présence du caractère récessif et du
caractère dominant. Aujourd’hui les lois de Mendel s'imposent à la
communauté scientifique. Car non seulement elles sont valables en
matière de botanique, mais elles étaient transposées également dans
le domaine de l'hérédité animale et humaine.

Si aujourd'hui ces règles sont indiscutables sur le plan génétique, il


n'en va pas de même en ce qui concerne l'hérédité en matière de
caractère. Car certains criminologues ont été tentés de transposer les
règles de Mendel, en ce qui concerne la transmission de la criminalité
des parents aux enfants. Seulement, il faut observer que ce qui est
valable sur le plan génétique, peut ne pas être valable sur le plan
comportemental. C'est pourquoi plusieurs tentatives de certains
criminologues ont été vouées à l'échec.

Aujourd'hui, en ce qui concerne la question de l'hérédité dans sa


corrélation avec la criminalité, on se réfère essentiellement à deux
pistes:
• La première piste est celle de l'arbre généalogique,
où certains criminologues ont essayé de recenser sur plusieurs
générations la descendance d'un criminel notoire déterminé (à
titre d’exemple la descendance de Kalikak étudiée par
Dugdale), pour dégager le nombre plus ou moins élevé de
descendants qui ont révélé un penchant criminel. Mais cette
piste a été remise en cause, ne serait ce que du fait de la non
prise en considération des facteurs relatifs au milieu social.

• La deuxième piste est celle des jumeaux, car quoi de


mieux que les jumeaux pour démontrer l'influence de l'hérédité
sur la criminalité. Seulement, il y a deux types de jumeaux, les
monozygotes qui proviennent d'un même ovule, et les dizygotes
qui sont issus de deux ovules. Or la proportion de ressemblance
et de dissemblance n'est pas la même. Ainsi, la ressemblance
peut atteindre jusqu'à 70 % dans les jumeaux monozygotes,
alors qu'elle n'est que de 38 % en ce qui concerne les dizygotes.

B- L'hypothèse des aberrations chromosomiques

La cellule humaine contient 46 chromosomes qui se présentent sous


forme de couplet, ce qui donne 23 pairs. On distingue 22 pairs qui
sont qualifiées d'autosomes, elles sont responsables de la
reproduction des traits génétiques des parents. Par contre la 23ème
pair est qualifiée de gonosome, elle détermine le sexe de l'enfant, s'il
est mâle sous forme (y) s'il est femelle sous forme de (x).

Toutes les cellules contiennent 46 chromosomes, à l'exception des


gamètes (les cellules de reproduction), à savoir les spermatozoïdes du
côté des hommes et les ovules du côté des femmes. Ainsi, dans le
processus de reproduction, le fœtus reçoit 23 chromosomes du côté
du père et 23 chromosomes du côté de la mère. C'est à ce niveau
qu'un accident génétique peut survenir et entraîner une aberration
chromosomique.

On peut dire que les aberrations qui touchent les autosomes


n'intéressent pas particulièrement les criminologues. Le plus souvent
on rencontre à ce niveau la trisomie 21 ou syndrome de Down, qui
s'exprime à travers le phénomène du mongolisme. Par contre les
aberrations qui touchent le gonosome, spécialement par excès
retiennent l'attention des criminologues. Deux formes particulières
ont fait l'objet des études criminologiques:

• L'aberration (xxy), elle a des répercussions sur le


plan physique et sur le plan psychique. Ainsi physiquement, ces
personnes sont déterminées génétiquement en tant que mâles,
mais leurs corps tendent vers la féminité. On remarque chez eux
des hanches quasiment féminines, une absence de pilosité, ainsi
que de la stérilité. Sur le plan criminologique, les porteurs de
cette aberration ont tendance à commettre des infractions à
thématique sexuelle, telles que la pédophilie, l'homosexualité.

• L'aberration (xyy), elle peut aussi avoir des


répercussions sur le plan physique et sur le plan psychique.
Physiquement il s'agit d'hommes mais avec un excès de
masculinité. Ces personnes se distinguent par leur grande taille
et par une masculinité bien prononcée dans leur action. Sur le
plan criminologique, les porteurs de cette aberration ont
tendance à commettre des infractions violentes exprimant une
certaine agressivité, telles que les coups et blessures, les
homicides et les destructions.

Les aberrations chromosomiques permettent d'expliquer à partir de


facteurs génétiques le comportement criminel. Mais il faut prendre
cette piste avec une certaine relativité, car tous ceux qui sont porteurs
de ces aberrations ne deviennent pas forcément des criminels. En
outre les porteurs de ces aberrations ne représentent qu'une infime
partie sur l'ensemble des criminels, qui dans leur majorité ne
présentent pas cette forme de tare physique.

PIII: L'hypothèse des troubles hormonaux

Les hormones sont des substances déversées dans le sang par ce


qu'on appelle les glandes endocrines. Les hormones sont un facteur
important dans l'équilibre physique et psychique. Les glandes
endocrines sont: l’hypophyse, la thyroïde, les surrénales, les îlots du
Pancréas, les testicules et les ovaires.

Les troubles hormonaux peuvent résulter de certaines perturbations


touchant le fonctionnement des glandes endocrines en ce qui
concerne les sécrétions hormonales.

Le déséquilibre hormonal peut s'exprimer sous forme


d'hypersécrétion, c'est à dire un excès de sécrétion, ou bien sous
forme d'hyposécrétion, c'est à dire un déficit de sécrétion. Si on
prend, à titre d'exemple l'hypophyse, l'hypersécrétion peut entraîner
une croissance excessive de la taille, une certaine excitation et
impulsivité. Par contre, en cas d'hyposécrétion cela risque d'entraîner
une insuffisance de la croissance de la taille et une certaine apathie
psychique concernant l'activité. De même, en cas de déséquilibre
dans le fonctionnement des testicules en ce qui concerne les
sécrétions hormonales, notamment la testostérone, cela risque
d'entraîner des appétits sexuelles quelque peu débridées.

Sur un autre plan, les criminologues observent en ce qui concerne la


criminalité féminine, une certaine corrélation entre le comportement
criminel et les périodes de sécrétions hormonales entraînant des
modifications dans le corps et le psychisme féminin, telles que la
période de grossesse, des règles ou encore celle de ménopause.

Ces troubles hormonaux pouvant être à l’origine de certains


comportements criminels peuvent justifier dans le cadre d’un dossier
de personnalité un programme de traitement chimiothérapique, voir
une castration chimique en ce qui concerne, par exemple, des
pédophiles multirécidivistes.
Chapitre III:
La psychiatrie
Criminelle
Le courant psychiatrique s'exprime à travers une branche particulière
qui s'appelle la psychiatrie criminelle.

Celle-ci s'intéresse en premier lieu, à la relation qui existe entre


certaines formes de maladies mentales et le comportement criminel.
En second lieu, elle permet de déterminer le degré de responsabilité
de certains criminels en fonction de la nature de leurs maladies.
En troisième lieu, elle permet de donner un aperçu sur la
classification des maladies mentales et de donner aux magistrats un
minimum de connaissances psychiatriques, afin d'éviter un dialogue
de sourds entre le psychiatre et le juge, du fait que le premier utilise
un jargon difficilement accessible au second.

Les questions inhérentes à l’aliénation mentale et à ses conséquences


sur la responsabilité pénale et sur la sanction sont traitées dans les
articles 134, 135 et 136 du code pénal, ainsi que dans les articles 76,
77, 78 et 79 du même code.

A propos de la classification des maladies mentales, on peut partir


d'un distinguo fondamental de deux grandes catégories, à savoir: les
Maladies Mentales Organiques et les Maladies Mentales
Fonctionnelles.

Section 1: Les maladies mentales


organiques
Les maladies mentales organiques, sont des maladies qui affectent
l’organe par une atteinte physique déterminée. Il y a à la base, une
lésion du cerveau ou du système nerveux. La lésion est palpable
physiologiquement parlant.

A l’intérieur des maladies mentales organiques, on peut distinguer


entre autres deux types de maladies qui illustrent cette catégorie. On
fera la connaissance dans un premier temps des arriérations mentales
et dans un second temps on traitera de la démence au sens médical.

PI: Les arriérations mentales

Elles résultent essentiellement de facteurs congénitaux qui


affaiblissent les capacités intellectuelles de l’individu qui se trouve
atteint de Déficit Intellectuel Congénital, appelé également
Oligophrénie.

Cette personne aurait souffert, durant la grossesse d'une perturbation


dans le processus du développement cérébral, qui peut être causée par
plusieurs facteurs.
Le rôle de la mère est déterminant en cas d’absorption de certains
médicaments, de l’alcool, de la drogue ou du tabac; ou du fait de son
exposition aux rayons X, ou du fait qu’elle soit porteuse de maladies
sexuellement transmissibles (MST), telles que: la rubéole, la syphilis
ou le sida.

Les arriérations mentales sont mesurées au moyen du quotient


d’intelligence (Q.I), qui établit la relation entre l’âge physique et
l’âge mental, grâce aux différents tests psychologiques.
Les différents degrés d’arriération mentale sont exprimés par le
tableau suivant:

Catégories
d’arriération
Age mental
Quotient d’intelligence
Idiot
Jusqu’à 2 ans

De 0 à 19
Imbécile
De 3 à 6 ans
De 20 à 49
Débile
De 7 à 10 ans
De 50 à 69
Faible d’esprit
De 11 à 12 ans
De 70 à 89
Normal
Au-delà de 12 ans
90 et plus
Du point de vue criminologique et pénal, l’arriéré mental atteint
d’idiotie a un âge mental qui correspond à celui d’un enfant de deux
ans. L’idiot est incapable de comprendre la signification de l’interdit
pénal, et son irresponsabilité ne fait pas de doute.
L’imbécile ayant l’âge mental d’un enfant de trois à six ans, n’est
capable de comprendre que certains interdits graves tels que
l’homicide.

Quant au débile et au simple d’esprit, ils peuvent saisir la plupart des


interdits pénaux. Mais étant donné que leur âge mental ne dépasse
pas 12 ans, ce qui correspond à l'âge de minorité pénale où la loi
institue une présomption irréfragable d'irresponsabilité, Il serait peu
probable qu'ils soient responsabilisés.

Mais il faut signaler, que l’arriération mentale n’est pas en soi un


facteur criminogène. Par contre des instigateurs qui jouissent
parfaitement de leurs capacités mentales peuvent inciter ces
personnes souffrant d'arriérations mentales pour commettre certains
crimes. Il faut noter que si l'attardé mental échappe à la responsabilité
pénale, il n'en est pas de même pour l'instigateur, l'art 131 du code
pénal est clair à cet égard, lorsqu'il affirme:

«Celui qui a déterminé une personne non punissable en raison d'une


condition ou d'une qualité personnelle, à commettre une infraction,
est passible des peines réprimant l'infraction commise par cette
personne»

PII: La démence au sens médical

Deux formes s’expriment dans cette démence:

La première forme de démence ne correspond pas à un âge


déterminé, et les sujets atteints de cette maladie peuvent se recruter
dans les différentes tranches d’âge. Une lésion cérébrale ou un
traumatisme crânien peuvent être à l’origine de cette maladie.
Les symptômes de la maladie se manifestent par des troubles de
caractère, un affaiblissement psychique progressif caractérisé par
une altération des fonctions intellectuelles, morales et affectives et
par une perturbation des conduites sociales. Le sujet est turbulent,
impulsif et présente des stéréotypies (notamment des tics).

Ne jouissant pas de discernement et manquant de perception des


interdits légaux, le dément au sens médical peut être conduit à
commettre un crime étrange, par exemple incendier la maison ou se
mutiler. L’action de la personne atteinte de démence reste en principe
imprévisible.

La deuxième forme qualifiée démence sénile, est due à la


dégénérescence cérébrale et se manifeste, en général, après 70 ans.

Généralement, on observe une accentuation des signes courants du


vieillissement, diminution des possibilités d’adaptation du sujet aux
situations nouvelles, grande fatigabilité intellectuelle, le sujet avec
une humeur changeante se montre tantôt irritable tantôt dépressif et
parfois même agressif.

Sur le plan criminologique, on signale la relation de cette forme de


démence avec des infractions sexuelles telles que l’exhibitionnisme et
la pédophilie.

La maladie d’Alzheimer est considérée également comme une


variante de la démence, elle se caractérise essentiellement par une
dégradation de la mémoire et une perte du sens de l’orientation.
Section 2:
Les maladies mentales fonctionnelles

Les maladies mentales fonctionnelles sont celles qui révèlent une


perturbation au niveau du fonctionnement du psychisme, c’est-à-dire
un certain dysfonctionnement. Elles regroupent trois grandes
catégories: les psychoses, les névroses et les psychopathies.

PI: Les psychoses

Les psychoses sont des maladies mentales caractérisées par une


atteinte profonde de la personnalité, se manifestant notamment par
des troubles de la sphère cognitive et de la sphère affective.

Dans les psychoses, le sujet n’a pas conscience de sa morbidité


(c’est-à-dire sa maladie), et ne peut plus s’adapter à la vie sociale et à
la réalité en général.

Souvent, les désordres psychotiques perturbent la vie personnelle,


familiale et professionnelle du patient à un tel point, que
l’hospitalisation de celui-ci devient nécessaire, du fait que ses
réactions deviennent dangereuses pour lui-même et pour l’entourage.

Il est à noter que dans sa vie relationnelle, dans ses propos et ses
sentiments, le psychotique reste incompris de son entourage.

Il faut enfin signaler cinq caractéristiques, qui ont valeur de


symptômes pour les psychotiques. Ainsi, on relève chez ces patients:
a- des troubles de langage et de la pensée;

b- des troubles d’affectivité;

c- le retrait social ;

d- les délires;

e- les hallucinations.

Nous faisons ici la connaissance de trois maladies très représentatives


des psychoses, qui sont respectivement: la psychose maniaco-
dépressive; la schizophrénie et la paranoïa.

A- La psychose maniaco-dépressive

Dans cette forme de maladie, le sujet se trouve être l’objet d’une


alternance d’états psychiques contradictoires, allant de la mélancolie
et de la dépression, à la manie et la surexcitation.
Les psychoses maniaco-dépressives ou troubles bipolaires ont pour
terrain la cyclothymie, sur laquelle se greffent des excès d’excitation
et de dépression.

Les premiers sont bien gênants pour l’entourage, les seconds peuvent
exposer au risque de suicide.
Sur le plan criminologique, cette catégorie de patients lorsqu’elle ne
commet pas des actes de suicide, elle peut se trouver impliquée dans
un meurtre des membres les plus proches de la famille.

B- La schizophrénie

La schizophrénie appelée également démence précoce, puisqu’elle


fait son apparition en général entre 18 et 25 ans. La schizophrénie
peut être définie comme un état pathologique caractérisé par une
déstructuration ou dissociation de la personnalité, qui est
responsable d’une perte de contact avec le réel et d’une inadaptation
progressive au milieu.

Tous les symptômes des psychoses se vérifient chez le schizophrène


qui s’enferme dans un univers hermétique incompréhensible et
incommunicable. A côté des idées délirantes et des hallucinations mal
systématisées. Le sujet peut exprimer des impulsions auto agressives
ou hétéro agressives, ainsi que de gros troubles psychomoteurs.

Sur le plan criminologique, les schizophrènes présentent un grand


potentiel de dangerosité. Des psychiatres estiment que 40% des
psychotiques meurtriers sont des schizophrènes, ils commettent le
plus souvent des meurtres apparemment immotivés. Ils ne peuvent
être considérés comme responsables pénalement du fait de l’absence
totale de leur discernement.

C- la paranoïa

Elle peut être définie comme une psychose chronique caractérisée


par un délire systématisé, hallucinatoire et interprétatif. Le sujet
paranoïaque démontre un accord précaire avec la réalité, ses relations
avec autrui sont gravement altérées à cause de sa méfiance, de sa
susceptibilité, de ses erreurs de jugement, de sa mégalomanie ou à
cause d’un sentiment de persécution à peu près constant.

Les psychiatres distinguent en général quatre formes de délires


paranoïaques:

a- les délires passionnels;

b- les délires de revendication;

c- les délires d’interprétation;

d- les délires de persécution.

Sur le plan criminologique, ce type de psychose recèle à son tour un


grand potentiel criminel, il faut craindre de la part des paranoïaques
surtout des crimes justiciers ou des actes de terrorisme.

PII: Les névroses

A l’inverse des psychoses, les névroses sont des troubles mentaux


dont le sujet a douloureusement conscience, en percevant le
caractère pathologique, mais qu’il ne peut maîtriser.
On peut dire que ce sont des maladies subjectives quoique le
comportement puisse être grandement affecté, la personnalité n’est
pas désorganisée.
A- les phobies

La phobie constitue la principale forme des névroses d’angoisse, elle


peut être définie comme une affection mentale caractérisée par une
peur intense, irraisonnée et tenace éprouvée à l’égard de certaines
choses ou de certaines situations qui ne justifient pas par elles-
mêmes une telle réaction.

Ces craintes morbides sont extrêmement variées, les psychiatres


distinguent entre autres:

a- les phobies de situation, à titre d’exemple: la


claustrophobie (peur des endroits fermés) ; l’agoraphobie (peur des
grands espaces ouverts) ; l’acrophobie (peur des hauteurs) ;

b- les phobies des moyens de transport, à titre


d’exemple : l’aviophobie (peur de monter l’avion) ; la cyclophobie
(peur des deux roues) ;

c- les phobies de certains animaux ou de certains


insectes appelées en général (zoophobies).

B- La névrose scrupuleuse- obsessionnelle

C’est une affection mentale caractérisée par l’apparition dans le


champ de la conscience : de pensées, de sentiments ou de conduites
qui tendent à s’imposer au sujet, malgré tous ses efforts pour les
chasser.

Le terme obsession met l’accent sur le caractère insistant des pensées


qui assiègent la conscience du sujet, et que celui-ci reconnaît comme
absurdes et anormales. Il s’agit en fait d’un T.O.C, c’est-à-dire un
trouble obsessionnel compulsif.
L’élément parasite peut être un doute, un scrupule ou le désir
d’accomplir un acte ridicule, agressif ou sacrilège ou la peur d’une
action ou d’un objet présent non pas matériellement comme dans les
phobies, mais en pensées.

Le sujet pour apaiser sa tension, peut avoir recours à des actes


conjuratoires et à des stratagèmes dérisoires dont certains purement
intérieurs restent inconnus de l’entourage.

C- L’hystérie

L’hystérie est une névrose d’expression aux manifestations très


variées traduisant en symptômes corporels des idées, des
représentations ou des sentiments inconscients. Elle se présente sous
forme d'une expression psychosomatique.

Cliniquement, l’hystérie se traduit par des manifestations aiguës et


des troubles plus ou moins durables. Ces manifestations peuvent
s’exprimer sous forme de crises de nerfs, de troubles extra
pyramidaux, des fugues, de somnambulisme, d’amnésie ou de
dédoublement de personnalité.

Parmi les manifestations somatiques durables de l’hystérie, les


psychiatres signalent:

a- les troubles moteurs

b- les troubles sensoriels


c- les troubles neurovégétatifs

d- les troubles mentaux

Sur le plan criminologique, de manière générale, la névrose n’est pas


en soi un facteur de dangerosité criminelle. Mais elle ne faut pas
exclure l’éventualité d’un risque de passage à l’acte chez certains
névrosés. Du fait que le discernement du névrosé est assez souvent
altéré à cause de l’affection mentale, cela ne débouchera dans ces
situations que sur une responsabilité pénale partielle.

PIII: Les psychopathies:

On désigne sous cette appellation :

«Toute forme d’organisation de la personnalité, se traduisant par un


mauvais contrôle émotionnel des impulsions, et par des conduites
asociales ou antisociales dues à un besoin irrésistible de satisfaire
immédiatement ses désirs».

Il s’agit ici de la catégorie de dysfonctionnement psychique qui


intéresse le plus la criminologie. Et si le psychopathe est
essentiellement un inadapté social, la réciproque n’est pas vraie.

Trois formes de psychopathie intéressent notre étude à savoir, la


délinquance chronique, la toxicomanie et les perversions sexuelles.
Ces formes présentent différents modèles du comportement psycho-
pathologique.
A- la délinquance chronique

On entend par délinquance chronique - au sens de la psychiatrie


criminelle – «des formes de récidive pathologique où la conduite
criminelle se fait à cause de l’impulsion psychopathique».

Par contre, la délinquance chronique - au sens du droit pénal -


renvoie à des récidives de comportements criminels justifiés par les
gains illicites découlant de l'activité criminelle.

Dans le comportement des délinquants chroniques au sens pénal du


terme, on retrouve de façon générale quelques constants, tel que
l’intolérance à la frustration, l’impulsivité et la facilité du passage à
l’acte criminel. L’agressivité et la tendance aux comportements
antisociaux enfin, l’insensibilité à la répression qui favorisent la
répétition des conduites antisociales.

Dans cette catégorie, on peut rencontrer des criminels appartenant le


plus souvent à la frange de la criminalité organisée: bande de
malfaiteurs, trafiquants de drogue, trafiquants d'armes ou d'êtres
humains et proxénètes. Il s'agit de délinquants chroniques
professionnels, qui ont choisi d'adopter un mode de vie criminel.
C'est le modèle de délinquant chronique professionnel. Ce modèle ne
peut pas être considéré comme relevant de la psychopathie, mais
plutôt de la criminalité organisée.

Sur le plan individuel, la criminologie s'intéresse à une autre


catégorie de délinquants chroniques, à savoir le modèle délinquant
chronique pathologique. Cette catégorie est attirée, en fonction des
cas, vers une forme déterminée de comportement criminel. Les
impulsions qui guident le comportement criminel d'un délinquant
chronique psychopathe révèlent son déséquilibre psychique et sa
dangerosité criminelle.

C’est dans cette catégorie qu’on range les tueurs en série, les
pyromanes, les cleptomanes et les mythomanes.

1- Les tueurs en série

Les tueurs en série ou (serial killers) représentent une catégorie


particulière d’assassins qui tuent par plaisir. Ces assassins
cataloguent plusieurs victimes répondant à un profil déterminé, le
plus souvent des femmes ou des enfants.

Le déséquilibre psychique du tueur fait que la mise à mort soit


accompagnée d’un rituel élaboré, répondant aux fantasmes du
criminel et réunissant dans la majorité des cas, sadisme et jouissance
sexuelle s’exprimant dans certains cas par des mutilations ou à
travers l’anthropophagie (cannibalisme).

Le tueur en série est également qualifié de tueur narcisso-sexuel.


Chaque tueur adopte un modus operandi spécifique et laisse sa
signature dans la scène de crime. Ces assassins tuent passionnément
avec des raffinements macabres, en général, sous l’empire de
pulsions sexuelles. Du fait de leur intelligence, de l’absence de
mobiles ou de liens avec leurs victimes, ils échappent parfois pour
plusieurs années à la police.

Le qualificatif de Serial Killer a été inventé par un agent fédéral


(Robert Ressler). Et étant donné que 75% des meurtres en série se
trouvent commis aux États-Unis, le FBI a mis en place dès 1979 un
programme unique au monde c’est le V.C.A.P (Violent Criminal
Apprehension Programme), qui consiste en un système informatique
destiné à collecter et à analyser des données concernant certains types
de crimes violents. Le traitement et l’analyse de ces crimes violents
se passe au sein du Centre National d'Analyse de la Criminalité
Violente, le N.C.A.V.C (National Center for the Analysis of Violent
Crime).

Les différentes études et analyses portant sur les affaires de la


criminalité violente, sous forme de plusieurs meurtres commis par
une même personne et débouchant sur plusieurs victimes ont permis
à ce centre d’analyse criminelle de distinguer trois types de
meurtriers à victimes multiples:

a- Mass murderer (tueur de masse):

C’est le meurtrier qui tue quatre victimes et plus, au même endroit


lors d’un même événement. Il s’agit le plus souvent d’une personne
psychotique, qui sous l’effet d’une crise, commence à tirer
aveuglément dans un endroit bien peuplé.

b- Spree killer (tueur compulsif):

Le tueur compulsif, dit également tueur par éclat commet des


meurtres multiples à des endroits différents dans un laps de temps
très court (généralement une demi-heure à une heure), enchaînés par
un événement unique. Il pourrait s’agir dans ce cas de personnes
psychotiques ou épileptiques dans une situation de court-circuit
mental.

c- Serial killer (tueur en série):


Il s’agit alors d'un psychopathe sélectionnant ses victimes en fonction
de certains critères et choisissant le lieu et le temps de ses crimes. Ce
tueur a un tableau de chasse et un espace bien déterminé prévus pour
l’exécution de ses crimes. Les différents assassinats sont séparés par
un intervalle de temps de quelques jours à quelques mois.

Il faut dire qu’à partir de l’accumulation d’un certain nombre


d’insatisfactions et de frustrations dans le cadre de l’entourage
propre, le tueur en série se détourne vers un monde imaginaire et
violent, où il est enfin le maître.

L’énergie du tueur en série est canalisée vers des fantasmes sexuels


combinant domination, agression et jouissance sexuelle, et suggérant
une projection répétitive de son propre abus et une forme
d'identification avec l’agresseur.

Sur le plan pénal, le tueur en série est pleinement responsable, étant


donné qu'il dispose pleinement de ses facultés mentales, lui
permettent la connaissance et la volonté de commettre ses crimes.

2- les pyromanes

Les incendiaires sont des criminels hors du commun, ils présentent


plusieurs typologies:

- suicide par le feu

- homicide par le feu

- incendie des propriétés par vengeance


- incendie des biens suite à une impulsion pathologique

C’est à l’égard de ce dernier type qu’on parle de pyromanie.

Chez le pyromane, il y a une certaine attirance exercée par le feu sur


sa personne. La puissance des flammes produit une certaine
fascination sur son imaginaire.

A travers l’acte incendiaire, le pyromane réalise son être et apaise sa


tension morbide. L’amnésie parfois alléguée par les pyromanes, peut
être soit simulée soit réelle en rapport avec la pathologie de l’agent.

La solitude de l’incendiaire expertisé fait l’unanimité parmi les


experts psychiatres. La communication est assez pauvre chez le
pyromane souvent introverti, ce qui restreint son champ relationnel. Il
est assez souvent alcoolique et en situation d’échec professionnel et
de frustration affective.

3- les cleptomanes

La cleptomanie est souvent définie : «comme le désir irrationnel de


voler pour des motivations distinctes de l’utilité et reliées à
l’inconscient chez un individu dont les autres aspects de la
personnalité sont par ailleurs intactes».

La cleptomanie s’exprime à travers l’impossibilité de résister aux


impulsions de vol d’objets n’ayant ni utilité immédiate ni grande
valeur monétaire, avec une tension croissante avant de commettre
l’acte, et un grand soulagement après sa réalisation.
Les psychiatres relèvent la fréquence d’association de la cleptomanie
avec d’autres troubles comme l’anxiété et la dépression. On signale
généralement une fréquence plus grande chez les femmes.

L’acte du cleptomane s’accomplit le plus souvent sans discrétion, en


public, dans les grands magasins, avec le risque d’être pris en flagrant
délit, ce qui augmente l’excitation et laisse présumer un complexe de
culpabilité avec son corollaire, la recherche inconsciente de la
punition.

4- Les mythomanes

La mythomanie peut être définie : «comme un mensonge


pathologique répétitif exprimé par certains psychopathes».

Il y a une remarquable hétérogénéité dans les comportements mytho


maniaques. De manière générale, la délinquance mytho maniaque
s’exprime à travers trois catégories principales:

• Les profiteurs

Cette catégorie regroupe une grande variété de cas de bovarysme


(défini comme un trouble de la personnalité dû à un état général
d’insatisfaction, par référence au roman de Gustave Flaubert :
Madame Bovary). Le mensonge a des visées utilitaires et lucratives
(escroc, faux médecin, faux mari, faux héritier, sorcier…etc.)

• Les vengeurs
Regroupant des mythomanes visant la nuisance à des personnes
déterminées (fausse accusation de vol, de viol, de maltraitance,
anonymographie…etc.)

• Les ludiques

Le terme ludique renvoie à l’esprit de jeu. Les ludiques pervers


regroupent une diversité de typologies:

- Don Juanisme (prétentions de séduction) ;

- Pathomimie (simulation de la maladie) ;

- Colporteurs de rumeurs ;

- Chefs de sectes manipulateurs.

B- La toxicomanie

La toxicomanie constitue une autre forme de psychopathie. Elle peut


être définie comme une addiction à certaines substances nocives, qui
entraîne une intoxication de l'organisme. Il s'agit essentiellement de
l'alcoolisme et de l’usage des stupéfiants. Par contre les addictions
comportementales reposant elles aussi sur la dépendance ne relèvent
pas de la toxicomanie. L’étude des différentes formes d’addiction et
des modes de leur traitement relève d’une discipline qualifiée :
Addictologie.
1- L’alcoolisme

L’alcoolisme est le fait de s’imprégner d’alcool dans le cadre d’une


dépendance physique et psychique, qui conditionne à la fois le corps
et l'esprit.

Dans une perspective criminologique, l’alcoolisme est volontiers


associé à la notion de violence et à la sécurité des personnes.

Mais si on ne peut nier que l’alcool constitue un facteur à la fois


criminogène et victimogène, en revanche la question de la
prédisposition criminelle reste controversée. A cet égard, il faut
distinguer entre l’alcoolique criminel et le criminel alcoolique.

Les homicides dus à l’ivresse alcoolique sont classiquement décrits


comme étant particulièrement impulsifs et brutaux. Le délire de
jalousie alcoolique peut également conduire à un homicide ou
simplement à de classiques scènes de ménage.

L’alcool en tant que facteur criminogène direct, reste un vecteur de


violence incontestable. Cette criminalité est repérable en matière
d’injures, de coups et blessures ou d’homicides, de maltraitance
infantiles, de violence conjugale, d’inceste, d’agressions sexuelles,
d’actes incendiaires et de délits d’imprudence.

L’alcoolisme est aussi un facteur victimogène, l’alcoolique peut être


objet d’agressions. Il est d’abord victime de sa propre intempérance,
il peut se faire du mal et commettre un acte auto agressif, comme il
peut être agressé par autrui: vol, coups et blessures sur sa personne,
rixe entre des buveurs …etc.
L’alcoolique reste responsable pénalement sur la base de l’art 137 du
code pénal, mais la sanction pénale doit être corroborée d’une cure de
désintoxication.

2- L’usage des stupéfiants

On peut définir la drogue comme tout produit naturel ou synthétique


capable de modifier le comportement de celui qui la consomme et
d’engendrer une dépendance physique et psychique.

La dépendance psychique se traduit chez le toxicomane par le désir


de renouveler la consommation de la substance, tandis que la
dépendance physique entraîne un état adaptatif de l’organisme, avec
comme conséquence l’apparition de troubles physiques intenses
lorsque le produit n’est plus consommé (symptômes de l’abstinence).

L’abus de la drogue présente de hauts risques tels que la démence, la


mort ou le crime.

Sur le plan criminologique, de nombreuses analyses montrent que les


individus connus comme délinquants, présentent un taux de
consommation plus élevé que la moyenne de la population. Les
spécialistes affirment que les divers types de relations susceptibles
d’unir les drogues à la délinquance sont au nombre de trois liens:

• les liens pharmacologiques:

Ici, le produit est en lui-même un générateur du comportement


violent.
• les liens économiques:

La dépendance conduit l’usager à commettre des actes délictueux


pour se procurer de l'argent dans le but de s’approvisionner.

• les liens sociologiques:

A cet égard, la délinquance fait partie intégrante du style de vie de la


plupart des toxicomanes.

Les effets liés à l’usage des drogues susceptibles d’engendrer des


comportements criminels se manifestent essentiellement à travers
trois types d'actions:

- l'action confusionnelle
- l'action paranoïde
- l'action désinhibitrice

Il est à noter que la commission d’un crime sous l’effet de la drogue


ne peut jamais être considéré comme une circonstance atténuante, et
ne peut en aucun cas donner lieu à une irresponsabilité soit totale soit
partielle (art 137 du CP). Quant à la consommation de la drogue en
soi, en dehors de toute action criminelle, la cure de désintoxication
reste une voie privilégiée pour la prévention.

C- Les perversions sexuelles


On appelle généralement perversions sexuelles, les pratiques
érotiques dont certaines personnes ont impérativement et même
exclusivement besoin pour accéder au plaisir sexuel. Cette
thématique relève d'une discipline qualifiée de sexologie. L'anglais
Havelock Ellis (Etudes de psychologie sexuelle), l'allemand Kraft
Ebing (Psychopathia sexualis) et l'autrichien Freud comptent parmi
les spécialistes qui ont des travaux qui font référence en la matière.

Les perversions sexuelles ne sont pas à confondre avec les infractions


sexuelles dans la mesure où l’infraction sexuelle est une notion
pénale nécessitant incrimination et sanction, alors que la perversion
sexuelle relève du champ de la psychiatrie et de la criminologie et ne
tombe pas forcément sous le coup de la répression pénale.

Il est à noter que la qualification d’une pratique comme perverse et


déviante, suppose l’existence d’un modèle ou d’un standard de
conduite jugé par la société et la conscience collective comme étant
normal et conforme. Plus la conscience collective s’attache à ce
standard de conduite, plus les actes qui s’y écartent seront stigmatisés
et réprimés comme déviance.

Mais ces derniers temps, on assiste dans les sociétés occidentales à de


grandes manifestations de tolérance à l’égard de certaines pratiques
relevant des perversions sexuelles.

Primo: Perversions par modification du but sexuel (P.M.B.S)

Dans cette catégorie, le pervers modifie le but ordinaire de la


sexualité, à savoir la rencontre homme/femme, en substituant l’une
des pratiques qu'il privilégie.
Ici, la déviance sexuelle se déploie à travers un scénario bien
déterminé, suite à une pulsion irrésistible.

• l’exhibitionnisme

L’exhibitionnisme est une perversion propre aux hommes, il s’agit


d’une perversion sexuelle obsédante et impulsive, caractérisée par le
besoin d’étaler en public et en général, avec une certaine fixité
d’heures et de lieux, ses organes génitaux à l’état flasque ou en
érection. En dehors de toute manœuvre lubrique, l’exhibitionniste
réalise sa jouissance rien qu’en exhibant son organe à un public
déterminé.

Il faut dire que l’excitation de l’exhibitionniste se focalise


spécialement sur la réaction psychique de réprobation exprimée par
les victimes ciblées suite à la surprise de l’exhibition. Sur le plan
pénal, ce comportement est appréhendé sous la qualification
d'outrage public à la pudeur.

• le voyeurisme

Depuis Freud et Kraft Ebing, on parle de voyeurisme pour désigner la


pratique qui consiste à épier autrui souvent à son insu, dans son
intimité quotidienne.
Comme l’exhibitionniste, le voyeur trouve dans sa pratique
l’essentiel de sa satisfaction. Il ne s’agit pas dans son esprit de
préliminaires, mais d’un plaisir en soi, pour lequel il se cache et
multiplie les artifices. Ce qui donne à penser que les processus
inhérents à l’exercice de la vision sont érotisés de façon prioritaire
dans cette forme de perversion.
• le fétichisme

On parle de perversion de fétichisme dans tous les cas, où un sujet ne


peut accéder à la jouissance sexuelle sans la présence effective d’un
objet revêtant une signification sexuelle, auquel il attribue un pouvoir
magique mystérieux. L’objet sur lequel se fixe l’imaginaire sexuel du
fétichiste est le plus souvent un objet qui appartient à l’autre sexe tel
que : combinaison, soutien-gorge, fourrure, cuir, chaussures, etc.

• le sadisme et le masochisme

Le sadisme et le masochisme constituent deux perversions


complémentaires. Le sadisme peut être entendu comme la jouissance
sexuelle de la souffrance infligée à autrui. Le masochisme est entendu
comme la jouissance sexuelle de sa propre souffrance infligée par
autrui.

Dans le couple sado-maso, L'un des sujets va éprouver l’une de ces


deux perversions, tandis que l’autre perversion sera assumée par le
partenaire.

La souffrance physique ou l’humiliation psychique sont des


conditions sine qua none à l’obtention de la satisfaction sexuelle chez
le sadique ou le masochiste. La liaison entre souffrance et jouissance
est assumée dans des conditions précises et concrètes, lesquelles
varient d’une personne à l’autre, en fonction des fantasmes de
chaque pervers.
La perversion du sadisme est forgée du nom du célèbre Marquis de
SADE, tandis que le masochisme est à relier au nom du romancier
autrichien Léopold ZACHER MASOCH.

Secundo: Perversions par modification de l’objet sexuel


(P.M.O.S)

Dans cette catégorie, le pervers change l’objet sexuel c'est-à-dire


modifie le partenaire ordinaire qui devrait exister dans une relation
sexuelle normale.

• L’homosexualité

Considérée comme un acte contre nature par les trois religions


monothéistes. L’homosexualité est l’une des particularités sexuelles
les plus controversées actuellement dans le monde occidental, étant
donné la montée du discours légitimateur et la réclamation du droit à
la tolérance de cette minorité. Ce qui a entraîné une vague de
dépénalisation de l'homosexualité dans une partie des pays
occidentaux et la reconnaissance du mariage gay et d’autres droits
aux couples homosexuels.

On assiste aujourd’hui à la progression de cette pratique dans les


deux sexes, préférant ainsi le rapport homosexuel au rapport
hétérosexuel. Il est hors de question dans le cadre de cette étude
d’examiner tous les aspects de ce problème, aussi contentons nous de
signaler quelques particularités terminologiques.

L’homosexualité est définie comme : « un comportement qui se


caractérise par l’attirance érotique permanente ou passagère qu’un
individu homme ou femme éprouve pour la personne du même sexe ».
Ainsi, l’homosexualité masculine est qualifiée de pédérastie ou de
sodomie, alors que l’homosexualité féminine est qualifiée de
lesbianisme ou de saphisme.

• La pédophilie

Lorsque la sexualité est pratiquée entre un adulte et un enfant, qu'il


soit du même sexe ou d'un sexe différent, elle constitue la perversion
de pédophilie. Elle peut donc être homosexuelle ou hétérosexuelle.
La pédophilie connaît actuellement une grande expansion encouragée
par le réseau internet. Elle constitue l'une des perversions les plus
réprouvées socialement, étant donné l'atteinte qu'elle constitue quant
aux droits de l'enfant et son intégrité physique et psychique. Sur le
plan pénal, elle tombe sous la qualification d’attentat à la pudeur sur
mineur, soit sans violence soit avec violence (articles 484 et 485 du
CP), soit sous la qualification de viol (art 486 du CP), ou tomber sous
le coup de l’incrimination de pédopornographie (art 503-2 du CP).

• L'inceste

Là aussi, il s'agit d'un acte contre nature où la relation sexuelle du


pervers va viser un membre de sa famille, socialement et
culturellement interdit comme partenaire sexuel. Il peut s'agir d'une
relation frère/sœur ou d'une relation mère/fils ou encore d'une relation
père/fille. Cette dernière reste de loin la plus fréquente. La relation
peut durer un certain nombre d'année avant d'être dénoncée par la
mère ou la fille. Le chiffre noir couvre largement ce comportement
déviant réprimé par la loi pénale (art 487 du CP).

• La gérontophilie
A l'inverse de la pédophilie, la gérontophilie exprime une attirance
sexuelle envers les personnes avancées dans l'âge. Il s'agit d'une autre
anomalie dans le choix du partenaire sexuel assez réprouvée
socialement.

• La zoophilie

L’amour excessif pour les animaux peut se transformer chez certaines


personnes en une perversion sexuelle qualifiée de zoophilie ou de
bestialité, où le zoophile préfère avoir des relations sexuelles avec
l’animal déterminé objet de son choix.
Le rapport avec l’animal n’est pas la satisfaction d’un besoin
passager, mais au contraire il répond à une impulsion chez le pervers,
qui trouve sa satisfaction dans cette pratique curieuse et contre nature.

• La nécrophilie

La nécrophilie peut être définie comme une perversion sexuelle


caractérisée par une attirance sexuelle morbide pour les cadavres. Le
sujet peut se contenter de contempler le cadavre, le caresser et
l’embrasser ou aller jusqu'à pratiquer le coït sur lui. Certains
psychiatres voient dans la nécrophilie une tentative d’identification
avec le cadavre.

Il faut signaler que dans certains cas, et sous le poids de l’obsession,


des nécrophiles peuvent être poussés à la violation des sépultures, ou
à des actes homicides afin de satisfaire leur nécrophilie. Le viol post-
mortem pratiquée par un tueur en série sur sa victime révèle
ostensiblement, chez lui, un certain penchant nécrophile.
Tertio: Perversions par modification de l’identité sexuelle
(P.M.I.S)

Dans cette catégorie, le sujet manifestant le travestisme ou la


transsexualité exprime un refus de son identité sexuelle et un
penchant pour l’identité du sexe opposé.

• La transsexualité

Le transsexuel se distingue d’abord de l’hermaphrodite; ce dernier est


un être humain bisexuel qui porte à la fois les caractéristiques du sexe
masculin et du sexe féminin, physiquement parlant.

Par contre, le transsexuel est physiquement un homme ou bien une


femme, qui psychiquement ne se voit pas comme tel et éprouve le
besoin d'adopter le comportement de l’autre sexe. Chez les
transsexuels, on parle d’une incompatibilité de l’identité sexuelle
physique avec l’identité sexuelle psychique. Cette incompatibilité
entraîne le refus de la condition physique et le désir formulé de son
changement par intervention chirurgicale.

• Le travestisme

Le travestisme est une perversion sexuelle qui se rencontre aussi bien


chez l’homme que chez la femme. Le travesti peut être défini comme
quelqu’un qui ne peut atteindre son plaisir sexuel qu’à la condition de
porter des vêtements du sexe opposé, que ce soit de façon discrète et
furtive ou de la manière la plus ostentatoire.
Le travesti doit être distingué du transsexuel qui se considère comme
appartenant psychiquement au sexe opposé et qui porte les vêtements
de ce sexe, parce qu’ils répondent à sa véritable nature. Il doit
également être distingué de l’homosexuel qui s’habille et se farde
comme une femme, pour séduire un partenaire homosexuel, qui dans
une relation sexuelle perverse va jouer le rôle actif, alors que lui va
adopter le rôle passif.

Chapitre IV:
La psychologie
Criminelle

Le courant psychologique présente des hypothèses qui essaient


d'expliquer le comportement criminel sur la base de facteurs
psychologiques. Elles sont d'une grande diversité, mais dans leur
grande majorité, elles puisent leurs matériaux dans la doctrine
freudienne.

PI: La psychologie freudienne et le


comportement criminel
Sigmund FREUD (1856-1939) neuropsychiatre autrichien est
considéré comme le fondateur de la psychanalyse, et comme le père
de toute une école qui a révolutionné la psychologie et la pratique
médicale psychiatrique au 19ème siècle.

Beaucoup de psychologues et de criminologues se sont inspirés de


ses théories relatives à l’agressivité et aux perversions. Il est donc
essentiel de passer en revue les trois bases de la psychologie
freudienne.

A- Les éléments de l’appareil psychique

Freud estime que l’appareil psychique humain se divise en trois


éléments ou zones à savoir, le «Ça», le «Moi» et le «Surmoi». Il y a
une interaction entre ces trois composants qui jouent leur rôle dans la
formation normale ou anormale de la personnalité.

Pris à part, chacun de ces éléments assume une fonction spéciale


nécessaire dans la vie interne de l’individu.

Le «Ça» est la zone la plus ancienne, il correspond à la sphère des


instincts et du végétatif. Il est par nature rebelle à la réalité et aux
conventions sociales, il se trouve par contre soumis au principe du
plaisir.

Le «Surmoi» exprime les exigences de la vie sociale et les interdits


légaux et moraux, il est acquis tout au long de l’éducation et joue un
grand rôle dans la formation de la personnalité équilibrée.

Le «Moi» constitue un élément de synthèse et une liaison entre le


«Ça» et le «Surmoi», il assure la fonction synthétique de la
personnalité et cherche un équilibre entre les exigences sociales et les
désirs personnels.

B- La distinction entre le Conscient et l’Inconscient

La psychanalyse pratiquée par Freud pour le traitement des névroses,


prend pour base essentielle la distinction entre le conscient et
l’inconscient. Il est difficile de définir la conscience parce que c’est
une pure subjectivité, mais on peut tout de même dire que c’est la
connaissance qui accompagne nos sentiments et nos actions.

A coté de ce qui est conscient, existe une sphère qui conditionne


certains de nos actes et de nos comportements et qui reste dans
l’obscurité, c’est l’inconscient. Celui-ci désigne l’ensemble des faits
psychiques dont nous n’avons pas conscience. Ce sont toutes nos
acquisitions personnelles, nos expériences, nos pensées, nos
souvenirs perdus qui peuvent resurgir lorsque l’occasion est propice.
C’est le passé enfoui, qui commande le présent et le futur. Pour
FREUD, l’inconscient est soumis essentiellement à deux grandes
impulsions, l’Éros et le Thanatos.

C- L’évolution psycho-sexuelle chez l’enfant

FREUD part du postulat que la sexualité ne commence pas avec la


puberté, mais bien avant. C'est-à-dire immédiatement après la
naissance. Pour défendre cette vision, Freud distingue d’abord ce qui
est sexuel de ce qui est génital, en mettant l’accent sur les zones
érogènes. Contestant ainsi l’innocence des enfants, il expose quatre
stades dans le déploiement de la sexualité infantile.
1- Le stade buccal
Il commence après la naissance, et la bouche se détermine, à ce stade,
comme zone érogène capable de satisfaction auto érotique. Pour
FREUD, la bouche en plus de sa fonction nutritive, remplit une
fonction érotique.

2- Le stade anal-sadique

Il se prolonge entre 18 mois et trois ans, la satisfaction érotique


commence à se déplacer au niveau des sécrétions de l’enfant. Pour
FREUD, ces sécrétions ont un rôle érogène et c’est à ce stade
également que commence à s’exprimer l’agressivité chez l’enfant.

3- Le stade phallique-œdipien

Il s'étale entre 3 et 7 ans, le plaisir érotique commence à se déplacer


sur l’organe génital. C’est à ce stade que le garçon traverse le
complexe œdipien, où symboliquement il désire posséder sa mère et
essaie de se débarrasser de son père.

L’équivalent du complexe d’œdipe chez la fille est appelé complexe


d’Electre.

4- Le stade de latence

Il s'étale de 7 ans à la puberté. A ce stade l’éducation et les exigences


sociales inculquées à l’enfant détournent provisoirement sa libido
sous forme de sublimation et de pudeur.

FREUD estime que la sexualité entre en léthargie, dans un état de


latence, en attendant la puberté pour donner à l’érotisme sa véritable
expression, où le sexuel rejoint le génital. C’est durant ce stade que
l’enfant surmonte et résout son complexe qui se révèle incompatible
avec la vie sociale.

PII: Les poste-freudiens et l’étiologie


criminelle

L’étiologie criminelle chez les poste-freudiens s’articule, en ce qui


concerne le criminel, essentiellement autour de trois concepts:

- la perturbation du processus de socialisation;


- la mentalité criminelle ou dissociable et ;
- la constitution psychique perverse chez le criminel.

Parmi les poste- freudiens qui ont puisé dans le bagage conceptuel
freudien on peut citer: Marie Bonaparte, Aichhorn ou encore Kate
Friedlander.

La principale hypothèse poste-freudienne est avancée par Daniel


LAGACHE (psychologue français), qui tout en partant de la
primitivité du «surmoi», pour expliquer la constitution psychique
perverse chez le criminel, nous présente un processus en deux phases:

1- la phase de retrait ou le refus de l’identification au


groupe social

2- la phase de restitution ou la tentative d’ajustement de la


sociabilité
Ces deux phases constituent les deux faces d’une même médaille qui
repose sur la désintégration psychique chez le délinquant et son
désengagement moral vis-à-vis de la société. Le désengagement
social est remplacé par l’adhésion au groupe des délinquants. Ainsi le
délinquant va retrouver dans le groupe criminel le reflet de son image
et une dimension sociale qu'il a perdue par rapport à la société
globale.

PIII: La personnalité criminelle et le


passage à l’acte

A- la psycho-crimino-genèse d’Étienne De GREEFF

Le criminologue belge Étienne De GREEFF (1898-1961) est


considéré comme l’un des grands piliers de la pensée criminologique
européenne. Sa vision de la personnalité criminelle et du passage à
l'acte se présente comme suit:

1- la conception globale du criminel

L’originalité de la pensée du maître de Louvain provient d’abord de


sa conception globale du modèle criminel. De GREEFF ne perçoit
pas le criminel comme quelqu’un qui souffre nécessairement d’un
dérèglement psychique ou physique, ce qui le rend différent de
l’homme ordinaire.
Pour lui, il part d'une conception objective et réaliste, en excluant
d’abord les criminels malades du champ de la recherche
criminologique et en s’interrogeant ensuite sur les criminels vrais,
c'est-à-dire ceux qui sont normalement constitués.

Pour lui, la question capitale est celle de savoir comment des êtres
normaux parviennent à commettre des actes anormaux. En d’autres
termes, il s’agit de savoir comment l’homme peut-il devenir criminel.

La question étant posée en ces termes, ne peut que conduire à


rechercher si les clés de la délinquance ne se trouvent pas plutôt dans
les profondeurs du psychisme et de la personnalité propre à chacun de
nous, le dérèglement est donc inhérent à la nature humaine.

2- la dynamique de la psycho-crimino-genèse

Partant du postulat que nous sommes tous des délinquants virtuels et


inconscients du fait des incitations à l’agressivité qui nous sont
transmises par notre système neurophysiologique, De GREEFF
distingue un «psychisme de base» extrêmement dangereux et un
«psychisme supérieur» assumant l’auto régulation.

Le psychisme de base est essentiellement commandé par les réactions


du mésencéphale (cerveau basal). Il est soumis par ailleurs à deux
types de fonctions:

- les fonctions instinctives: se composent des instincts de défense et


des instincts de sympathie. Les premiers tendent à la conservation du
«moi», les seconds tendent à la conservation de l’espèce.
L’opposition entre les deux peut engendrer une certaine agressivité.

- les fonctions incorruptibles: échappent complètement à la volonté,


elles sont aveugles et indifférentes au bien et au mal. Dans certaines
conditions déterminées, elles jouent sous l’impulsion de l’instinct de
défense avec un automatisme terrifiant.

Ces mouvements instinctifs de la vie psychique de base, qui peuvent


recevoir une traduction mécanique dans la réalité, ne peuvent être
déjoués que par un psychisme supérieur, capable d’échafauder une
défense contre les mauvais tours du mésencéphale. C’est par un
système de valeur tourné vers autrui et réactivant nos instincts de
sympathie et de sociabilité, qu’on peut faire face aux réactions du
psychisme de base, ce qui suppose nécessairement un élargissement
de la zone de tolérance.

3- le processus du passage à l’acte

Dans la criminalité passionnelle, le crime est souvent le résultat d’une


morne application et d’une maturation criminelle, qui met en jeu des
sentiments d’injustice subie et d’atteinte à la dignité, en déclenchant
les réactions des fonctions incorruptibles.

Ainsi, le processus du passage à l’acte criminel chez les criminels


passionnels se déroule en quatre phases.

a- la phase de l’assentiment inefficace


Résulte d’un état souterrain chez le sujet qui lui fait entrevoir par un
événement quelconque, la possibilité souhaitée de se débarrasser de
son partenaire.

b- la phase de l’assentiment formulé

Tout en continuant à s’efforcer de penser que la disparition pourra


s’accomplir sans son concours, le sujet commence à se mettre lui-
même en scène en tant qu’auteur de l’acte criminel. Mais la
progression de ces réflexions passe par des hauts et des bas, le travail
de dévalorisation de la victime alterne avec l’examen des
inconvénients du crime.

c- la phase de crise

Le sujet rentre dans une véritable agonie morale, essaie de se


convaincre de la nécessité du passage à l’acte criminel et de le
justifier face à lui-même, en entamant un processus avilissant et
réductionniste à l’égard de la victime.

d- la phase du dénouement

Le processus réductionniste consacré par le sentiment d’injustice


subie et d’humiliation participe au désengagement du sujet à l’égard
de la victime. Et le dénouement de la lutte émotionnelle passe par la
commission de l’acte grave de meurtre.

Les réactions des criminels passionnels à la suite de leurs actes sont


tout à fait variées et expriment la personnalité criminelle soit par le
remord, soit par l’indifférence, soit par le soulagement ou encore par
le cynisme.
B- Le noyau central de la personnalité criminelle chez
Jean PINATEL

Pour Jean PINATEL, le passage à l’acte n’est que la réponse d’une


personnalité à une situation et comme on vient au crime par des
chemins différents, le passage à l’acte en soi se révèle comme
insuffisant pour déterminer la personnalité criminelle.

Le dénominateur commun qui révèle cette personnalité serait alors le


noyau central de la personnalité criminelle.

PINATEL a pris le sens inverse de MAINOUVRIER, qui s’est


interrogé à propos de ce qui empêche le non délinquant de passer à
l’acte.

MAINOUVRIER estime que le mouvement vers l’infraction est


avorté à cause des freins psychologiques qui ont joué. Ces freins sont
très personnels, sentiment d’immoralité, crainte de la peine, pitié pour
la victime…Etc.

Quant à PINATEL, il estime que chez le délinquant qui est passé à


l’acte, les freins d’ordre moral, pénal, matériel ou affectif n’ont pas
joué. N’est ce pas là le signe que le délinquant possède dans sa
personnalité des traits psychologiques qui sont en opposition avec
ceux qui retiennent le non délinquant.

En effet, ces traits psychologiques constituent les composantes du


noyau central de la personnalité criminelle, elles sont au nombre de
quatre:
1- l’égocentrisme

Le délinquant a tendance à se considérer comme le centre de


l’univers et à surestimer ses exigences personnelles. Ce qui le pousse
à faire primer ses intérêts personnels.

2- la labilité

Considérée comme une prédisposition psychique résultant d’une


certaine incapacité d’être inhibé par la menace de la sanction. Ce qui
explique la facilité du passage à l'acte criminel.

3- l’agressivité

Cette caractéristique permet au délinquant de renverser les obstacles


de toute forme pour réaliser la satisfaction personnelle et braver les
interdits moraux et pénaux.

4- l’indifférence affective

Constitue le résultat logique de l’égocentrisme et exprime le


désengagement moral et social envers autrui. Le criminel reste
insensible aux supplications de ses victimes.

Ainsi malgré la grande diversité des personnalités criminelles, ces


quatre traits constituent un dénominateur commun, qu'on retrouve
dans toute personnalité criminelle. Et c'est pour cette raison que
PINATEL parle du noyau central de la personnalité criminelle, qui
permet aux délinquants une certaine aisance dans le passage à l'acte
criminel.

Chapitre V:

La sociologie
Criminelle
A l’intérieur du courant socioculturel, on peut distinguer deux
grandes orientations, une orientation européenne classique axée sur
l’influence du milieu social .Et en second lieu, une orientation
américaine articulée sue les aspects culturels.

Para I: L’étiologie criminelle européenne

Les criminologues européens ont concentré leurs efforts sur le rôle


des facteurs sociaux dans l’apparition de la criminalité .Différents
facteurs sociaux ont été mis en exergue. C’est ainsi qu’on a étudié
l’influence du milieu familial et sa contribution dans le
comportement criminel.

Souvent, une famille éclatée est responsable de la déviance de jeunes


délinquants. Le milieu géographique a été également étudié et à l’aide
de statistiques, on arrive à brosser la différence entre la criminalité
rurale et la criminalité urbaine.
Le milieu économique a constitué de son coté un point d’intérêt pour
les théories sociologiques, qui ont essayé de trouver des corrélations
entre la criminalité et la pauvreté, de démontrer l’influence de
mouvements économiques sur l’accroissement du mouvement
criminel.

Les masses média ont été également étudiées dans leur rôle néfaste
sur la criminalité.

Les criminologues européens qui ont essayé de mettre l’accent sur les
facteurs extérieurs sont allés plus loin dans des tentatives
d’élaboration de pseudo lois sociologiques.

Dans ce sens, on peut citer la loi thermique de la délinquance de


GUERRY et QUETELET, qui suppose que les crimes contre les
personnes font plus apparition dans le sud et en période de chaleur, et
que les crimes contre les biens se rencontrent beaucoup plus dans le
nord où prédomine le climat froid.
Enrico FERRI a avancé pour sa part la loi de saturation criminelle
dans son ouvrage sur la sociologie criminelle, en vertu de laquelle,
dans une société déterminée chaque année s'expriment un certain
nombre d'actes criminels bien précis, en fonction des conditions
socio-économiques qui prévalent dans cette société.

PII: L’étiologie criminelle américaine

La recherche criminologique se caractérise par son intérêt pour le


concept de culture et sa relation avec les concepts de personnalité et
de société.
La culture étant un agent social qui conditionne la personnalité pour
exprimer une civilisation déterminée. Mais dans toute société existent
des cultures marginales adoptées par certains groupes et qui peuvent
se mettre en opposition avec la culture prédominante.

• La théorie d’Edwin SUTHERLAND

La théorie de SUTHERLAND est exprimée essentiellement à travers


deux hypothèses :

1-L’hypothèse de l’association différentielle

L’idée maîtresse de cette hypothèse c’est que le comportement


criminel est un comportement acquis et qui s’apprend. On ne né pas
criminels, mais on le devient par l’observation et par l’association à
des modèles criminels.

C’est cette association qui transmet au futur délinquant les techniques


criminelles dont il a besoin, pour opérer dans le domaine de la
délinquance .En plus de cette formation délinquante, il y a un effort
pour l’orientation des mobiles criminels à travers les interprétations
négatives des normes sociales.

Certains criminologues ont critiqué cette hypothèse avancée par


SUTHERLAND qui a mis l’accent sur le processus individuel de
réception, en ignorant les données endogènes. On a fait observer, en
outre, l’absence de processus d’association différentielle chez les
collaborateurs de la justice (policiers, magistrats, personnel de
prisons), vu leur contact permanent avec les modèles criminels.

2- l’hypothèse de la criminalité en col blanc


Il s’agit d’une innovation dans le domaine de la pensée
criminologique. En effet, jusqu’à 1939, année où SUTHERLAND
avait exposé sa théorie sur la criminalité en col blanc, on croyait que
la criminalité avait des soubassement économiques, et qu’elle était
l’apanage des classes pauvres et défavorisées. SUTHERLAND qui
n’acceptait pas cette conception exclusive de la criminalité, a forgé le
modèle inverse et lui a donné l’appellation de criminalité en col blanc
(White Colar Crime).

Ce modèle consacre le style criminel des hommes d’affaires qui


restent loin des soupçons, mais qui ont une criminalité
essentiellement acquisitive liée à l’exercice de leur profession.

Le grand succès de l’hypothèse de SUTHERLAND dans le domaine


de la criminalité d’affaires a poussé par la suite certains
criminologues, à inventer de nouvelles catégories criminologiques,
tel que la criminalité en col bleu (celle des ouvriers), ou la criminalité
en blouse blanche (celle des médecins), ou la criminalité en veste
bleue (celle des policiers), ou encore le délit chevalier, invention
allemande pour les infractions qui ne soulèvent pas une véritable
réprobation morale (comme la fraude fiscale).

• La théorie des conflits de culture

Les conflits de culture désignent un ensemble de conditions sociales


caractérisées par la divergence et l’hétérogénéité des influences qui
se font sentir sur les individus.

Cette théorie se rattache essentiellement au nom de Torsten SELLIN,


elle a connu plusieurs applications.
1-Les cultures contradictoires

Un conflit de culture surgit lorsque les valeurs morales et les normes


de conduites sanctionnées par le droit pénal d’un pays déterminé, se
trouvent en désaccord avec les valeurs et les normes adoptées par des
groupes d’individus, qui ont une conception différente de la vie
social, peut être génératrice de conduite criminelle.

La criminalité engendrée par un conflit de culture peut


particulièrement être illustrée à travers deux exemples assez
significatifs:

C’est ainsi que la naissance du conflit peut provenir du fait de la


colonisation, celle-ci introduit en effet les normes d’un groupe
culturel sur le territoire d’un autre groupe, elle rend ainsi
brusquement illégales les règles de conduite qui étaient considérées
comme traditionnelles.

La naissance de conflits peut également être constatée à travers le


phénomène de l’immigration, les immigrants peuvent conserver
certaines façons de se conduire, qui sont en contradiction avec les
normes du pays d’accueil.

La civilisation américaine avec le brassage des différents peuples


immigrants sur son territoire, est particulièrement propice pour
produire des conflits de culture ainsi que des théories sur les conflits
de culture.

2-Les sous cultures


La sous culture est définie comme une subdivision d’une culture
nationale composée d’une combinaison de situations sociales tel que
la classe, le fondement ethnique, la résidence urbaine ou rurale et
l’affiliation religieuse.

La sous culture se manifeste lorsqu’il y a interaction des personnes


qui partagent et intériorisent dans leurs croyances et leurs actions, le
modèle culturel du sous groupe.

A partir d’une idée de localisation spatiale, les criminologues nous


présentent deux formes de sous culture:

a- La première forme s’intéresse aux sous cultures urbaines

On a cherché à découvrir dans les grandes agglomérations, de


véritables zones criminelles, qui sont qualifiées d'aires de
délinquance, des catégories entières de jeunes cherchent refuge dans
la violence, la drogue et la marginalité.

b- La deuxième forme s’intéresse aux sous cultures pénitentiaires

Présente un intérêt indéniable à plusieurs points de vue. La prison


espace vital à coté de son rôle criminologique sur les individus,
s’avère un milieu culturel qui favorise l’entretien de relations
spéciales entre les détenus ou entre ceux-ci et les agents de
l’administration pénitentiaire.

3-L’anomie

Le conflit de cultures revêt chez certains criminologues américains


particulièrement Robert King MERTON, l’aspect d’anomie. Celle-ci
peut être définie comme un affaiblissement des normes sociales dans
les consciences individuelles.

Le concept d’anomie a été emprunté au sociologue français Émile


DURKHEIM, qui soutient que tout changement social trop accéléré,
retentit sur la structure sociale et les normes qui régissent la solidarité
au sein de la société.

Pour MERTON, l’anomie se ramène à une rupture entre les buts


valorisés par une société de consommation et les moyens légitimes
proposés par la société à ses membres pour réaliser leur
épanouissement.

Ainsi, dans l’échelle des valeurs de la société de consommation,


l’argent est proposé comme un objectif légitime de promotion
sociale. Et face à ce processus d’exaltation des fins, les normes qui
définissent les moyens légitimes d’acquisition de l’argent ne se
développent pas corrélativement. Et comme les mécanismes
économiques et sociaux ne permettent pas à tout le monde d’accéder
légalement à la richesse, le phénomène de déviance et d’anomie fait
inéluctablement son apparition pour donner naissance à
l’anticonformisme.

PIII: Les criminologies critiques

Les criminologies critiques consacrent une nouvelle forme de la


réflexion criminologique dans l’approche de la problématique
criminelle. Ils ont fait leur apparition à partir des années 60 en
s’érigeant contre les modèles de la criminologie classique.
Les criminologies critiques proposent une nouvelle approche du
modèle criminel en substituant à une criminologie étiologique, une
criminologie de la réaction sociale ou du contrôle social.

Deux théories représentant essentiellement ce courant, à savoir la


criminologie interactionniste et la criminologie radicale.

A- la criminologie interactionniste

Elle est qualifiée également de théorie de la stigmatisation ou encore


théorie de l’étiquetage (labelling theory). Elle a occupé la scène
criminologique à partir des années 60 avec l’apparition de deux
ouvrages, le premier d’Edwin LEMERT intitulé: «La pathologie
sociale», le second d’Howard BECKER intitulé «Les déviants : étude
de la sociologie de la déviance».

Ainsi, contrairement au modèle classique qui voit dans la déviance la


violation des règles sociales, l’école interactionniste estime qu’il faut
renverser le schéma, car la délinquance n’est qu’une création sociale.

De ce fait, la déviance n’apparaît pas comme une qualité intrinsèque


à l’acte prohibé, mais comme le résultat d’une stigmatisation sociale
taxant certains individus comme déviants.

Ce renversement du schéma d’analyse apparaît dans:

1- Les positions critiques de l’école interactionniste

Ces positions critiques sont articulées autour de trois points:


1/ On reproche aux théories classiques d’avoir passé sous silence le
rôle du droit pénal dans la genèse criminelle. Pour la théorie de
l’étiquetage, on ne saurait négliger le rôle des institutions pénales
dans la fabrication de la déviance.

2/ L’école interactionniste reproche aux théories classiques, la


distinction entre le criminel et le non criminel. Pour l'école en
question, cette distinction est non avenue du fait du chiffre noir
responsable de la confusion entre ces deux entités.

3/ l’école interactionniste fait grief aux théories classiques d’avoir


construit des modèles explicatifs portant le cachet du déterminisme.

2-L’acquisition du statut social par le déviant

Cette acquisition se fait à la fois sur le plan social et sur le plan


individuel.

- Sur le plan social

L’école interactionniste cible deux aspects à savoir l’application des


normes, ainsi que leur établissement.

Au niveau de l'établissement des normes, trois remarques sont


avancées:

1)- les sociétés modernes ont tendance à faire du droit pénal, la


forme prédominante du système de contrôle social, ce qui est
parfaitement illustré à travers le phénomène de la sur criminalisation.
2)- le droit pénal moderne évolue vers la médicalisation de la
délinquance et prend de plus en plus une forme thérapeutique.

3)- les valeurs protégées par la loi pénale coïncident le plus


souvent avec les intérêts de la classe dominante.

Au niveau de l’application des normes:

L’école interactionniste considère que les mécanismes de recrutement


des délinquants (enquête, poursuite, jugement, sanction) ne sont pas
des mécanismes objectifs et neutres, mais revêtent plutôt un caractère
subjectif. Différentes considérations personnelles et sociales sont à
l’origine des prises de décision, lesquelles taxent certains comme
déviants et anticonformistes, tandis que les autres gardent leur
étiquette de conformistes.

- Sur le plan individuel

La déviance et l’étiquetage apparaissent comme étant l’œuvre des


audiences sociales, la déviance n’est pas inhérente à certaines formes
de comportement, mais c’est une propriété attribuée à ces formes de
comportement par les audiences sociales qui se composent selon Kai
ERIKSON de la société globale, des institutions de contrôle social
(police - tribunal - prison) et des petits groupes constituant
l’entourage (famille – voisins – amis).

Un processus interactionniste se trouve engagé entre les instances


sociales et l’individu objet de la stigmatisation et c’est à travers des
appréciations négatives émanant des audiences sociales, que le
stigmatisé acquiert son statut et son rôle de déviant. Aux termes de ce
processus d’interaction, l’individu suspecté et stigmatisé a acquis le
statut social de déviant et réorganisé sa personnalité en fonction du
rôle social correspondant qui lui a été assigné par la société. Cette
redéfinition de soi comme déviant et l’adaptation à ce nouveau statut,
est désignée par LEMERT sous le vocable de «Déviance secondaire».

Dans cette perspective, le rôle criminogène de la société est mis en


relief, c’est à la suite de l’incrimination et du contrôle social que l’on
devient délinquant, et au lieu de dire que la déviance conduit au
contrôle social, il faut plutôt dire que c’est le contrôle social qui
conduit à la déviance.

B- La criminologie radicale

La criminologie radicale ou théorie néo-marxiste se rattache


essentiellement à l’école de Berckeley , représentée dans une large
mesure par les époux: SCHWENDINGER (Herman & Julia) et par
Tony PLATT. Mais cette théorie a débordé les frontières américaines,
pour trouver un écho en Angleterre avec TAYLOR, WALTON et
YOUNG. La criminologie radicale a trouvé également des partisans
dans les pays scandinaves avec Niel CHRISTIE et CHRISTIENSEN,
ainsi qu’en Hollande avec William BONGER.

Le dénominateur commun entre ces différentes pensées reste la


position critique, prenant la forme d’une conception néo-marxiste
dans le domaine de l’explication criminologique.

Partant d’une interprétation économico-politique de la criminalité, la


théorie radicale puise ses racines dans la praxis marxiste. Dans cette
perspective deux dimensions s’imposent à nous, l’une explicative
l’autre pragmatique.
1-L’explication radicale de la criminalité

L’explication avancée par l’école radicale relativement à la


criminalité se base sur une conception marxiste. Dans cette optique,
la déviance exprime la confrontation des délinquants avec les
structures économico-politique installés, et il faut y voir une forme de
contestation de l’organisation sociale en place. L’appropriation des
moyens de production par les classes dominantes; les structures de la
société capitaliste, débouchant sur une distribution inégale des biens
et de l’autorité, ne peuvent que donner lieu à la réaction criminelle.

L'État, organisme représentant et défendant les intérêts des classes


dominantes économiquement et politiquement, est un instrument qui
n’est pas neutre, il est au service du pouvoir économique et ne fait
que consacrer la contradiction des intérêts .La domination de la classe
puissante se maintient par les institutions pénales et les lois
répressives, qui ne sont que l’arme de cette classe pour garantir la
soumission de la classe défavorisée.

La fausse neutralité de l’État et du pouvoir politico-économique


apparaît non seulement sur le plan d’une législation sélective des lois,
mais également sur le plan d'une application sélective de ces lois. Ce
qui est considéré comme une conséquence logique de l’opposition
des intérêts.

L'application de certains interdits légaux ne vise que certaines


couches sociales, et la loi perd de sa généralité. Il faut noter que la
classe économiquement puissante plus elle participe à l’autorité et à
la prise de décisions, plus son immunité pénale devient grande.

D’ailleurs les radicaux n’hésitent pas à voir dans l’amende la


meilleure forme de l’application sélective de la loi pénale. C’est ainsi
qu’à leur yeux, on transforme le châtiment pénal en une expression
monétaire qui se trouve à la portée des membres nantis de la société
lorsqu’ils désirent transgresser les lois; d’où la célèbre expression des
néo-marxistes qualifiant l’amende comme une «taxe levée sur le
privilège de violer la loi».

2-Le produit criminel et son utilité pour l’État

Chez les criminologues radicaux, la démonstration de la fausse


neutralité de l’État et la transformation de la justice pénale en une
justice de classe, est nécessairement accompagné par l’abandon et la
réfutation de l’étiologie criminelle comme modèle explicatif dans les
théories classiques.

La criminalité ne peut plus être perçue comme un phénomène


pathologique ou universel, mais elle est la conséquence logique du
système capitaliste qui consacre la domination de l’Homme par
l’Homme, avec le soutien de l’appareil étatique. Toute explication
émanant des instances capitalistes a pour objectif la création d’une
fausse conscience chez la classe dominée, en vue de présenter la
criminalité comme un danger qui menace l’intérêt public, alors que la
menace vise un intérêt assez spécial.

Les rouages capitalistes font inévitablement de l’État une institution


favorisant la production de la criminalité. Les néo-marxistes estiment
qu’il serait assez nocif à l’Etat de ne point avoir de criminalité, car
c’est cette criminalité qui crée du travail pour la police, pour les
juges, pour l’administration pénitentiaire, et on peut encore allonger
la liste avec le psychiatre, le réalisateur le journaliste et le professeur
de droit criminel …etc.
Dans cette nouvelle conception criminologique, l’école radicale tout
en rejetant le schéma bourgeois du problème criminel, essaie de
proposer une explication conforme à la vision marxiste des rapports
sociaux. La théorie radicale se veut, en plus, contestataire et militante
en vue de dénoncer le vernis intellectuel et idéologique qui masque le
problème criminel dans le système capitaliste.

La théorie radicale a été critiquée et rejetée par la criminologie


classique qui estime que la théorie radicale est beaucoup plus une
conception économique et politique qu'une théorie criminologique.
La criminologie classique estime également que la pratique de cette
forme de criminologie tend à transformer le criminologue en un
malfaiteur intellectuel.

Chapitre VI:
Eléments sur
La victimologie

Le courant d’idées articulé autour de la victimologie est né comme


une réaction contre les différentes théories étiologiques, passant sous
silence le rôle joué par la victime. Dans la triptyque criminelle: -
crime – criminel – victime. Cette dernière est restée totalement dans
l’ombre des théories criminologiques qui focalisent toute l’attention
sur le criminel.

PI: Le cadre conceptuel de la victimologie

Le point de départ de ce courant datait de 1948 avec l’apparition de


l’ouvrage d’allemand Hans Von HENTG intitulé: «Le criminel et sa
victime».

Cet ouvrage a attiré pour la première fois l’attention sur cette relation
latente qui existe entre le criminel et la victime. L’étude de la relation
intersubjective entre les deux pôles de l’action criminelle revêt un
grand intérêt pour les criminologues, ne serait-ce qu’au niveau de la
compréhension des situations pré-criminelles et des facteurs de la
criminalité, sans bien sûr omettre l’intérêt pour la politique criminelle
sur le plan de la prévention. L’évolution du droit pénal a continué à
ignorer la victime dans la dynamique criminelle, où on ne s’intéresse
à elle qu’en tant que partie civile. De même pour la criminologie
étiologique, tout l’intérêt était porté sur la personne du criminel.

Pour les victimologues, la relation dialectique entre le criminel et la


victime doit être mise en relief; et cela passe tout d’abord par
l’abandon du schéma classique qui voit toujours le criminel dans
l’image de Caïn et la victime dans l’image d’Abel. La victimologie a
été alimentée essentiellement par les écrits de grands victimologues
tel que: MENDELSOHN, ELLENBERGER et Ezzat ABDEL
FATTAH.

Dans la culture victimologique, on doit distinguer aujourd’hui entre


deux types de victimologie:
- la première appelée: victimologie générale, englobe toutes les
catégories de victimes, même celle des accidents et des catastrophes
naturelles. Le but de cette victimologie est l’amélioration de la prise
en charge de la victime, ainsi que l’amélioration des voies
d’indemnisation.

- la seconde appelée: victimologie pénale ou criminologique ne prend


en considération que les victimes d’infractions pénales, elle est
étroitement liée à la criminologie.

Cette forme de victimologie s’intéresse scientifiquement à tout ce qui


touche à la victime au sens pénal du terme: sa personnalité, ses traits
biologiques, psychologiques et moraux, ses caractéristiques
socioculturelles, ses relations avec le criminel et enfin son rôle et sa
contribution à la genèse du crime.

PII: Les situations de la victimité

La victime est un élément essentiel de la situation pré-criminelle. Le


choix de la victime d’un acte criminel n’est pas toujours dû au jeu du
hasard, mail il existe de nombreux cas où cette détermination résulte
de certains types de rapports entre la victime et son criminel .D’autre
part, certains paramètres rentrent en jeu dans le choix par le criminel
de sa victime.

Ainsi certains victimologues accordent une importance à la notion de


cible victimale. Ils observent que le risque du passage à l’acte
criminel résulte de la mise en relation d’une cible attractive
faiblement gardée avec un criminel potentiel qui se sera, en général,
livré à une analyse stratégique en termes de risques et profits.

D’une façon générale, la victime et l’auteur se connaissent, la


criminalité est une affaire de proximité, c’est le cas notamment de la
majorité des viols, des homicides et des agressions. Il est à noter que
la famille est une grande pourvoyeuse de victimes (jalousie,
humiliation, maltraitance, violences domestiques, agressions
sexuelles, homicides)

Parmi les facteurs de victimisation, les victimologues avancent l’âge


comme facteur biologique, l’enfant et la personne âgée sont exposés
plus que d’autres à l’agression criminelle. La condition physique
constitue également un facteur biologique favorisant les attitudes
criminelles, où la cible se trouve une femme ou une personne malade
ou handicapée, ou en état d’ébriété.
Dans les facteurs sociaux, d’une part les métiers à risques sont
nombreux: chauffeurs de taxis, convoyeurs de fonds, caissiers,
policiers, prostituées, ... etc. Et d’autre part, le mode de vie, comme la
fréquentation de lieux à risques (boites de nuit, quartiers dangereux)
ou les relations avec les délinquants sont importantes à prendre en
considération.

La condition socio-économique peut être à l’origine de l’acte


criminel, l’habitat dans un quartier dangereux ou a contrario, la
richesse ostentatoire peut constituer une cible attractive (femme parée
de bijoux, maison bourgeoise isolée, touriste manipulant l’argent).
L’isolement spatial facilite également la victimisation (immigré,
gardien, parking peu surveillé)

Ainsi les victimologues essayent de mettre en relief les différents


facteurs facilitant la commission de l’acte criminel à l’égard de tel ou
tel type de victimes. Quant au droit pénal la prise en considération de
la situation de la victime est en relation soit avec les problèmes
d’indemnisation, soit en relation avec l’aggravation ou l’atténuation
de la sanction.

PIII: Les typologies victimologiques

Les partisans du courant victimologique, dans leurs tentatives de


systématisation ont essayé, à l’instar des théories étiologiques,
d’ériger des typologies victimologiques.

La classification victimologique des crimes repose sur cette idée que


la victime n’occupe pas toujours la même position dans la structure
concrète des crimes; c’est ce qui a donné lieu à une classification de 4
types:

1) les crimes contre des victimes réelles, c'est-à-dire bieu ciblées et


concrètes.

2) les crimes contre des victimes fictives, ici la victime est diffuse et
générale (ordre public, santé publique…)

3) les crimes contre des victimes potentielles, c’est le cas de la


conduite en état d’ivresse où il y a risque d’homicide par imprudence.

4) les crimes sans victime, c’est le cas pour la prostitution ou l’usage


des stupéfiants.

D’autres victimologues ont préféré dresser des typologies


relativement à la personnalité de la victime, c’est le cas par exemple
pour S.SCHAFFER qui distingue:

1- la victime sans relation avec le criminel: ce sont tous les membres


du corps social qui sont des victimes potentielles.

2- la victime provocatrice: qui encouragerait l’agresseur et c’est le


cas pour certaines agressions sexuelles.

3- la victime incitative, qui solliciterait par son attitude ou l’étalage


de ses biens une agression.

4- la victime socialement vulnérable comme l’immigré, l’exclu, le


membre d’une minorité.
6- l’auto-victime: comme le toxicomane, l’alcoolique, le joueur
pathologique, le suicidaire.

7- la victime politique, sacrifié par un système idéologique.


La typologie victimologique présentée par SCHAFFER n’est pas la
seule typologie articulée autour de la personne de la victime. D’autres
victimologues ont présenté des typologies soit à caractère juridique
comme c’est le cas pour MENDELSOHN, ou à caractère
criminologique ou sociologique comme c’est le cas pour
ELLENBERGER.

En somme, la victimologie se veut un éclairage d’une perspective


demeuré longtemps dans l’ombre. Il s’agit en l’occurrence de la
victime et de son rôle dans la genèse de l’acte criminel. Ce qui
contrebalance une tendance excessive de la criminologie étiologique
à focaliser l’attention uniquement sur a personnalité du criminel et
sur sa constitution physique, psychique ou son milieu criminogène.

Mais l’apport incontestable de la victimologie en tant que nouvelle


branche de la criminologie, ne doit pas occulter l’origine idéologique
de cette branche ayant apparu à la suite de la deuxième guerre
mondiale, afin d’attirer l’attention sur le rôle de victime joué par le
peuple juif à travers l’histoire.

Aujourd’hui on constate que la victimologie s’est détachée de cette


origine idéologique et s’est constituée en branche autonome de la
criminologie. Il apparaît même que la victimologie est en train de
s’amplifier dans le champ pénal. Le mouvement victimologique
actuel s’expliquerait par l’impuissance des sociétés occidentales à
empêcher l’accroissement incessant de la délinquance au cours des 30
dernières années ; si bien que la seule ressource serait de reporter
l’action sur l’atténuation des effets du phénomène, en prenant en
considération les victimes, à défaut de pouvoir agir efficacement sur
les causes.