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En 1958, après près d'un siècle de colonisation, la Guinée est le premier pays

africain à accéder à l'indépendance. Et il faudra attendre 1990, date d'indépendance de la


Namibie, pour qu'enfin l'Afrique soit libérée de toute présence coloniale 1. Depuis 56 ans, le
continent africain a donc cherché à se reconstruire, loin du joug des puissances
européennes et américaines. Cependant, l'empreinte laissée par les colons est très
profonde, elle prend du temps à s'effacer. Ainsi, on peut toujours observer un lien
important entre l'Afrique et les pays du Nord, comme par exemple dans la création d'un
cinéma africain.
Lorsqu'on parle de cinéma africain, il convient avant toute chose de tenter de définir
ce terme. Est africain tout film tourné en Afrique ? Tout film au réalisateur africain ? Au
pays de production africain ? Quelle place donner aux films d'immigrés ? Faut-il établir une
différence entre cinéma du Maghreb, et cinéma sub-saharien ? La définition la plus
basique qu'il semble possible de faire est de caractériser ce cinéma comme ayant un
réalisateur africain, Maghreb compris, ainsi qu'une identité et une expérience de la réalité
africaine. La période choisie pour étudier ce cinéma d'Afrique est celle de l'indépendance,
de 1958, à aujourd'hui, car c'est avec la liberté qu'est apparue l'impulsion africaine
autonome de faire des films. S'il existe bien une cinématographie d'Afrique antérieure à la
décolonisation, elle est cependant totalement maîtrisée et manipulée par les colons, toute
production de films par des africains ayant été interdite par le gouvernement français, et
servant à « renforcer la croyance en la supériorité européenne» 2. Quant aux colons, il
s'agit dans le cas de l'Afrique de la majeure partie des pays d'Europe, dont principalement
la France et l'Angleterre.
Ainsi, le rapport ténu entre cinéma et indépendance se fait ressentir, le premier
naissant du second dans les années 1960, et la marche africaine vers une indépendance
plus complète se révélant à travers les oeuvres filmiques réalisées depuis. Une question
se pose alors, concernant la nature et l'évolution des liens entre l'art de l'écran et les
anciens pays colons, au vu de leur influence originelle sur les productions
cinématographiques : en quoi le cinéma africain s'est-il réellement libéré du colonialisme ?
Il s'agira tout d'abord d'observer comment le cinéma africain fait preuve d'une volonté de
création autonome, indépendante et identitaire, puis comment cette initiative se heurte-t-
elle à la présence et l'influence toujours importante des anciens pays colonisateurs, afin
de questionner finalement l'idée peut-être utopique d'un cinéma absolument africain.

1 http://www.afrique-annuaire.com/histoire/decolonisation.html, Afrique Annuaire, article consulté le 30/11/2014


2 ALDSTADT D., HIPPOLYTE JL, Septième Art, Thomson Heinle, Boston, 2008 , p.170

1
Le cinéma africain fait preuve depuis les années 1960 d'une profonde
volonté de création autonome, libre, et identitaire. En effet les réalisateurs de ce continent
voient tout d'abord en lui un moyen d'affirmer leur identité, de recomposer leur image
contre celle crée et propagée par les colons, afin de se reconstruire. Il y a donc une
« coïncidence entre les indépendances africaines et l'émergence du cinéma dans ces
nouvelles nations »3. Ousmane Sembène4, le “père du cinéma africain” comme il est
souvent appelé, dit dans un magazine de 1974 : « notre état normal était d'obéir. Il était
normal que l'Européen nous donne des ordres et il était normal que nous lui obéissions »5.
Il y a donc toute une nouvelle réflexion des africains lors de l'indépendance, sur leur
propre condition, qui devient radicalement changée. L'un des premiers documentaires
sénégalais, Une nation est née, de Paulin Soumanou Vieyra, réalisé en 1961, reflète le
cheminement de la colonisation vers l'indépendance. Et comme l'indique son titre, c'est
une naissance que celle-ci. Il y a alors un questionnement des africains sur le passé et le
devenir de leurs pays. Des possibilités nouvelles apparaissent, et un nouveau rapport à
eux-même s'installe.
« [Le cinéma] participe directement au langage des gens, à leurs
concepts et représentations, à leur perception du réel et à leur imagination, à
leurs facultés de réaction, d'invention, et d'adaptation, en un mot à leur
culture »
Tahar CHERIAA, Écrans d'abondance ou cinéma de libération en
Afrique ?, Satpec-Tunisie, Tunis, 1978

Avant les années 1960, le cinéma de référence était européen ou américain, il


présentait donc toujours “les autres”, tandis qu'avec leur émancipation, les africains
peuvent s'identifier à tous les personnages :

« Le cinéma cesse de nous attirer vers des mirages, pour nous


réinvestir dans nos réalités, avec nos grandeurs et nos misères, et nous
réconcilier avec nous même en nous confrontant avec une image,
distanciée certes , mais non méprisante ou méprisée de nous-même »
Richard B. de MEDEIROS, Le rôle du cinéaste africain dans l'éveil
d'une conscience de civilisation noire, Revue Présence Africaine, n°
92, Paris, 2e trimestre 1974, p.40

Des groupes de cinéastes africains se forment, déjà en 1952 avec le Groupe Africain de
Cinéma, puis en 1981 avec le Collectif de l'Oeil Vert, qui cherchent à créer une identité à
ce cinéma nouveau.

3 PFAFF F., A l'écoute du cinéma Sénégalais, L'Harmattan, Collection Images Plurielles, Paris, 2010
4 Ousmane Sembène, 1923-2007, est un réalisateur sénégalais autodidacte de plus d'une quinzaine de films, entre
1962 et 2004. Il est le premier à faire prendre conscience au monde de l'existence du cinéma africain.
5 SEMBENE O. in « Cinema Quebec », vol 3, n°9-10, août 1974

2
« Nous entendons […] remplacer [les façons d'agir du colonisateur]
par des formules de l'homme noir, trouvées par l'homme noir, adaptées aux
ambitions, aux moyens, aux aspirations de l'homme noir. Chacun doit
retourner aux sources culturelles et morales de l'Afrique, prendre conscience
de sa propre valeur, se reconvertir dans ses pensées et dans ses actes pour
la survie de l'Afrique. »
Richard B. de MEDEIROS, op.cit, p.91

Richard Béby de Medeiros, cinéaste et professeur de lettres africain, met l'accent sur
l'importance de la reconstruction identitaire, il s'agit de renforcer leur propre Afrique. Ainsi
le cinéma devient-il « acteur de son temps »6, « bâtisseur de l'Afrique »7, ainsi qu'un
moyen de revalorisation et de diffusion de l'identité africaine : après la décolonisation des
terre, il s'opère une « décolonisation de la culture »8, un retour vers l'identité originelle. De
plus avec des réalisateurs comme Sembène, le cinéma devient également le moyen de
réveiller la conscience de la civilisation noire, il devient une des solutions pour redonner
un sentiment d'unité aux pays.

Il y a dans les années 1970 une forte volonté de la part des cinéastes et des
penseurs, chercheurs, de réunir les africains, de réveiller leur conscience collective. Il y a
une « renaissance historique »9, et le cinéma en devient l'un des l'instruments.
Pour Richard de Medeiros, « les oeuvres, une fois réalisées, quelles que soient les
langues qu'elles parleront, deviendront un puissant ferment de l'unité du monde noir »10.
Cela amène à une réflexion sur le rôle didactique que doit prendre le cinéma :
« Pour l'Afrique, les artistes du cinéma doivent être des éducateurs,
des prosélytes, des propagandistes : nous ne voulons pas dire des croisés
bornés, des partisans fanatiques, ou des manipulateurs cyniques. Car l'idée
à manifester est une idée noble dont l'évidence ne s'imposera que par un
long,immense et raisonné effort de persuasion: que l'Afrique est une nation »
Richard B. de MEDEIROS, op. cit, p.35

Ousmane Sembène lui aussi veut faire des films utiles aux africains, utiles à l'Afrique, des
films au but non commercial ou divertissant mais bien éducatif : « mon ambition de
cinéaste africain, c'est de faire des “films-livres”, des “films-école”, ou “cours
d'alphabétisation fondamentale” »11 On retrouve alors des éléments culturels africains

6 HAFFNER P., « Le développement urbain et le cinéma » in GARDIES A., HAFFNER P., Regards sur le cinéma
negro-africain, 1987, Ocic, Collection Cinémédia, Bruxelles, 1987, p.23
7 Ibid, p.23
8 GETINO O., SOLANAS F., « Le troisième cinéma et la décolonisation de la culture », Tricontinental, n°3, 1969pr
9 MEDEIROS R., séminaire Le rôle du cinéaste africain dans l'éveil d'une conscience de civilisation noire, Revue
Présence Africaine, n°92, Paris, 2e trimestre 1974, p.39
10 Ibid, p.39
11 SEMBENE O., op.cit

3
comme l'utilisation fréquentes dans les oeuvres d'un narrateur, qui renvoie à la tradition
orale forte de ces pays, comme par exemple dans le film La Noire de... d'Ousmane
Sembène. Esthétiquement, il y a également un rythme et un traitement du temps
spécifique au cinéma africain :

« Ce qui est pour moi non seulement sénégalais mais africain, c'est la
manipulation du temps, que ce soit la longueur du plan ou la longueur de
l'action. Il ne faut pas couper l'action, il n'est pas nécessaire d'aller vite, les
choses vont à leur aise. […] ça c'est très africain et c'est un aspect qui
déroute à l'étranger »
Lilyan KASTELOOT, interviewée par Françoise PFAFF, 15 juin 2007,
Dakar, in PFAFF Françoise, A l'écoute du cinéma sénégalais,
L'Harmattan, Collection Images Plurielles, Paris, 2010

La nouvelle génération de réalisateurs prend donc ses propres repères, installe ses
propres codes, en se détachant des habitudes et des conceptions des colonisateurs, et en
retrouvant un lien à sa propre civilisation. Ils profitent de leur art pour pointer du doigt leur
situation aux africains. Tout le monde n'a pas le même degré d'éducation ou la même
conscience pour se rendre compte des évènements et des possibles, c'est donc le rôle du
cinéaste que de leur apporter de l'analyse. C'est en ce sens que se crée la Fédération
Panafricaine des Cinéastes (FEPACI) en 1969, dont la charte du cinéaste africain, établie
en 1975, « exprime l'idée que le but capital du cinéma africain devrait viser à enseigner,
informer et promouvoir la connaissance des sujets et des problèmes africains »12, autant à
l'échelle continentale que mondiale. Cependant, cette volonté des artistes et penseurs
africains, essentielle à la création d'une dynamique autonome, se heurte à la présence et
à l'empreinte toujours importante des pays dominateurs.

Il y a tout d'abord une influence non négligeable de pays


cinématographiquement développés comme la France ou les États-Unis, sur l'aspect
économique du cinéma africain. En effet il n'y a quasiment aucune indépendance
financière des réalisateurs, producteurs ou distributeurs africains, le cinéma reste un
artisanat essentiellement subventionné par des aides gouvernementales, de ministères et
d'agences françaises, d'organisations européennes, lorsque l'entourage du réalisateur ne
suffit pas.

12 ALDSTADT D., HIPPOLYTE JL., op.cit, p.171

4
Le rôle de producteur est souvent joué par des institutions comme l'Union
Européenne, le ministère français de la Coopération, ou d'autres organisations ayant des
sources de financement, mais pas par des personnes ayant pour fonction essentielle de
fournir ces financements et d'accompagner la création d'un film. De plus, contrairement
aux films américains ou européens qui ont en général un succès commercial avant d'être
en compétition aux festivals internationaux, les réalisateurs africains ont eux beaucoup
plus de difficulté à assurer la distribution de leurs films sans une reconnaissance et une
visibilité tout d'abord internationale. C'est pourquoi les festivals jouent un rôle majeur pour
la diffusion des films, car l'accès des pays africains au marché cinématographique mondial
est un vrai problème. Il existe des lois de contingentement, issues des accords Blum-
Byrnes, unissant les États-Unis et la France, qui laissent un trop faible pourcentage de
films non euraméricains pénétrer dans leurs salles. Cette limite de la proportion de films
étrangers programmés dans les salles de France ou d'Amérique du Nord est quasi
rédhibitoire pour l'exportation des films africains. Et alors qu'ils ne permettent aucune
exploitation aux films africains, les États-Unis ont par ailleurs conquis des marchés en
Afrique dans les années 1960, pour pouvoir diffuser leurs films là-bas, doublant voir
triplant leurs recettes nettes producteurs uniquement à partir de cinq pays : Ghana,
Gambie, Sierra Leone, Libéria et Nigéria 13. Il s'avère également que 50% des bénéfices
nets des distributeurs américains viennent de pays du tiers-monde : de grands
distributeurs français ou américains possèdent en fait les distributeurs africains. La
COMACIO (Compagnie Africaine cinématographique et commerciale) et la SECMA
(société d'exploitation cinématographique africaine) ont par exemple toutes deux été
rachetées par le groupe français UGC dans les années 1970 14. Et en Afrique, « c'est la
distribution qui domine le marché » et « en inspire les modes »15 :
« Les gens qui sont dans les commissions et qui décident des
budgets à accorder aux films africains ont leur vision paternaliste de
l'Afrique, d'une Afrique retardée, et cela se retrouve dans les scénarios qu'ils
financent »
Cheikh Ngaïdo BÂ, interviewé par Françoise PFAFF, 11 octobre
2006, Dakar, in PFFAF Françoise, Op.Cit

La place et le rôle des pays étrangers dépasse donc presque celui du réalisateur, ils
semblent omniprésents dans le processus de création : production, distribution, il doit
même y avoir 50 à 80% d'employés techniciens français lorsqu'un financement est donné

13 GUBACK Thomas, Communication aux Rencontres Internationales pour un nouveau cinéma, Montréal, 2-8 juin
1974, in CHERIAA Tahar, Op. Cit
14 CHERIAA Tahar, Op.Cit, p.58
15 CHERIAA Tahar, Ibid, p.58

5
par l'Europe16. Si l'indépendance financière garantirait la liberté d'expression et de pensée
africaine, elle demeure pour l'instant trop compliquée à atteindre, car aucune industrie
africaine n'est encore en place. Cependant, Yann Raymond note que « l'arrivée de
nouvelles technologies à bas coût la favorise activement »17. Ainsi le cinéma africain
nécessite-t-il pour l'instant une aide des pays du Nord, car sans elle il ne pourrait tenter de
se développer, et cela bien qu'elle risque de le rendre totalement et définitivement
dépendant. Une autre influence du Nord à laquelle se heurte le cinéma étudié est une
influence légèrement moins sensible mais tout autant puissante, l'influence culturelle.

Le cinéma est arrivé en Afrique avec le colonialisme, c'est un art né en


Europe, qui s'est répandu comme une traînée de poudre aux États-Unis et qui a eu le
succès occidental qu'on lui connaît. Comment faire de ce cinéma culturellement occidental
un art africain à part entière et différent de celui des français ou des américains ? Les
réalisateurs africains reconnaissent avoir comme source d'influence et comme premiers
souvenirs filmiques les films hollywoodiens, qui ont par exemple donné envie à Moctar Ba,
producteur et réalisateur sénégalais, de faire du cinéma 18. La culture américaine,
véhiculée par les films, est ancrée dans les différents pays d'Afrique, ils sont une
composante déterminante et en partie irréversible des cultures africaines d'aujourd'hui.
Ainsi le mode de production d'Hollywood est-il l'un des premiers modèle pour les africains :
depuis 1992, on appelle “Nollywood”19 la superproduction nigériane. Cependant, ce mode
de production à la chaîne ne fait pas se développer le cinéma africain à plus grande
échelle, il n'y a qu'une recherche d'exploitation et de profit calquée sur le fonctionnement
d'Hollywood, ce sont des films ultra-codés qui répètent toujours le même schéma narratif.
A côté de cette machine, les petits films nouveaux, qui pourraient être qualifiés
d'artistiques, intellectuels ou encore de contestataires, ne peuvent trouver de
financements ni de publics, car ils ne correspondent pas aux codes ancrés chez les
financeurs ou les spectateurs. Il y a une sorte de “bourrage de crâne” au niveau des
thématiques des films grands-publics (histoires d'amour, miracles religieux), ainsi qu'un
certain héritage de la censure coloniale. Férid Boughédir, figure importante de la
réalisation tunisienne, écrit en 1974 qu'il est même « prématuré de vouloir faire un nouvel

16 BARLET Olivier, Les cinémas d'Afrique des années 2000, perspectives critiques, L'Harmattan, Collection Images
Plurielles, Paris, 2012
17 RAYMOND Yann, « l'Afrique ? Quel Cinéma ! » de Guido Convents, Objectif -cinéma.com, octobre 2003, [consulté le
4/12/2014], http://www.objectif-cinema.com/mediatheque/0371.php
18 BA Moctar, interviewé par PFAFF F. in Op. Cit
19 Deuxième puissance cinématographique au monde, après l'Inde et avant l'Amérique.

6
art du cinéma en Afrique tout de suite »20 : selon lui la génération des années 1970 est
encore trop liée au colonialisme culturellement parlant, elle ne peut donc encore
s'épanouir dans l'art cinématographique. De plus, la formation des réalisateurs est très
souvent faite à l'étranger, comment parler alors d'une spécificité africaine ? Tahar Cheriaa,
cofondateur du FESPACO21, en vient à dire que « le cinéma africain se passe des
africains »22. Le cinéma est donc intimement relié à la culture occidentale, qui de plus
garde un pouvoir économique important sur toutes les créations africaines. A partir de là, il
semble utopique de vouloir atteindre un cinéma purement africain.

Pour créer un cinéma purement africain, il semble primordial de changer les


mentalités, et de suivre l'évolution des priorités et des obstacles en Afrique. Les conditions
de vie et de développement de la plupart des pays d'Afrique semblent ne pas pouvoir
accorder de place au cinéma pour l'instant. Pourtant il a été démontré combien le fait
d'accorder plus de place aux « films-livres » ou « films-école » dont parle Ousmane
Sembène pourrait être salvateur, bien que cela ne représente pas tout le paysage du
cinéma africain. De plus certains pays n'ont plus aucune salle de cinéma. Selon Pierre
Haffner, « le cinéma africain ne doit sa survie qu'au courage ou à la combativité politique
de ses auteurs »23. La priorité n'est pas au développement d'un art dans les pays
d'Afrique, et les mentalités africaines elle-mêmes doivent changer par rapport au cinéma,
afin de mieux accompagner les réalisateurs dans leur mission.
« Pour que le cinéma puisse présenter les réalités humaines,
sociales et culturelles africaines et nourrir la réflexion des peuples africains
sur son propre destin, il faut que certains responsables politiques de notre
continent en finissent avec leur conception qui veut que l'art fasse plus de
mal que la réalité et qu'ils acceptent le cinéaste comme un être moderne et
non un griot traditionnel qui ne peut manger qu'après avoir flatté le roi. »
Alkaly KABA, in Le rôle du cinéaste africain dans l'éveil d'une
conscience de civilisation noire, Revue Présence Africaine, n°92,
Paris, 2e trimestre 1974, p.93

Il faut qu'ils rééduquent leur regard sur l'art filmique. Mais les États qui ont des
moyens se concentrent plus sur la radio ou la télévision, qui sont des médias de masse

20 BOUGHEDIR F., in Séminaire sur le rôle du cinéaste africain dans l'éveil d'une conscience de la civilisation noire,
Revue Présence Africaine, n°92, Paris, 2e trimestre 1974
21 Festival Panafricain du Cinéma de Ouagadougou, crée en 1969, par Ousmane Sembène et Tahar Cheriaa
22 CHERIAA Tahar, Op.Cit, p.78
23 HAFFNER P., « Le développement urbain et le cinéma » in GARDIES A., HAFFNER P., Op.Cit, p. 103

7
politiquement plus intéressants qu'un cinéma éducateur à la critique et dénonciateur des
inégalités.
Il y a également un certain problème de relai entre les différentes générations de
réalisateurs : si les aînés se sont battus pour faire des films, c'est tout ce qu'ils ont laissé. Il
y a en effet très peu d'infrastructures pour que les autres puissent faire des films.
Cependant, l'art cinématographique et la volonté des artistes qui le conçoivent comme tel
restent présents, et des efforts sont faits, comme l'importante Déclaration de
Ouagadougou, faite le 27 février 2013 24, qui appelle à une considération du cinéma et de
la création cinématographique à l'échelle de tout le continent, de tous les États africains. Il
faut donc changer les mentalités africaines et leurs conceptions du cinéma pour pouvoir
leur présenter ce cinéma, qui leur permettrait encore une nouvelle évolution vers plus de
reconnaissance de soi, et vers une indépendance culturelle. Cependant, l'impact des
colons et le néocolonialisme invisible qui se ressent toujours en Afrique ne peut être
éradiqué au profit d'un cinéma véritablement africain. Il semble que la singularité d'un
cinéma d'Afrique peut se trouver dans ce rapport si particulier d'une culture à une autre.

L'influence des colons dépasse le temps et ne peut être niée ni effacée. Elle
fait maintenant partie de l'identité africaine. S'il est essentiel que les Africains se repensent
comme peuple uni et unique, ils ne peuvent le faire sans un regard et une réflexion sur
leur histoire. C'est elle qui fait la grandeur de leur peuple, c'est elle qui peut faire la
grandeur de leur cinéma.
La conception de la future production de films africains est celle d'une structure
économique dans le même genre que celle du cinéma occidental, c'est une structure
essentiellement commerciale. Cela risque de créer une surproduction de films juste pour
tenter d'établir un équilibre face aux films occidentaux, et de perdre toute recherche de
qualité, de perdre la quête initiale d'un cinéma de réflexion et de réveil. Le cinéma peut, en
Afrique, se repenser à neuf, avec un système autre, loin des erreurs et des cercles vicieux
du cinéma européen ou américain. Férid Boughédir imagine par exemple un cinéma rural
et presque gratuit, avec une multiplication des points de projection, grâce à l'aide de la télé
si besoin est, car elle est très présente. De nouvelles formes de diffusions sont en cours
d'expérimentation, comme la « mobiciné » qui a été mise en place au Sénégal depuis
2011, où c'est la projection qui vient au spectateur, notamment dans les écoles pour tenter
de sensibiliser les jeunes.

24 Voir annexe

8
Les acteurs du cinéma africain doivent s'appuyer sur ce qui a été fait pour le
dépasser. Il faut chercher à faire mieux que les colons.
« La référence à la France ne peut pas être encore une référence
esthétique, elle ne peut pas être une référence idéologique. Elle peut
seulement être une référence en termes d’outils efficaces ou pas efficaces »
Etienne MINOUNGOU, in Siegfried FORSTER, « la nouvelle
politique du cinéma en Afrique », rfi.fr, publié le 1/03/2013

L'indépendance cinématographique n'empêche pas un regard critique et une


inspiration (inévitable, comme dans tout art) de ce qui a déjà été fait. Les ponts ne peuvent
être coupés avec les pays du Nord, mais l'Afrique peut choisir où et comment les placer.

Il semble donc bien qu'il y aie toujours un travail de libération à faire dans le
cinéma africain, dû à un néocolonialisme silencieux, invisible, et dont il semble pourtant
dépendre. La décolonisation qui doit maintenant s'opérer en Afrique a moins à voir avec le
combat qu'avec un retour sur soi, une revalorisation de sa propre culture. Il s'agit de
renforcer, par le cinéma, la croyance africaine en leur peuple, de renforcer leur union, afin
de se libérer et s'affirmer pleinement, de manière autonome.
Si cette volonté est essentielle pour le cinéma africain, elle se heurte
malheureusement à la présence et l'influence très importante dans ce milieu des pays
d'Europe et des États-Unis, qui s'avèrent être ceux qui ont tout le pouvoir. Leur influence
économique très grande reste pour l'instant primordiale pour la survie du cinéma africain,
qui ont peu de financements, mais elle ne doit pas garder cette importance. L'influence
culturelle de ces pays rend quant à elle la production et la distribution des films
“artistiques” encore plus complexe, en formatant les esprit.
Il semble donc difficile, au vu de l'enracinement de ces influences, d'imaginer déjà
un cinéma véritablement et complètement africain, dont tous les maillons de la production,
distribution, exploitation, seraient issus de l'Afrique, nourris par ses pays. Cependant, tout
semble être en place dans les esprits pour avancer vers cet idéal, où le terme de « cinéma
africain » ne sonnerait pas comme une sous-partie du cinéma, mais comme un tout
nouveau cinéma, ayant été réinventé à partir du septième art occidental, et non le
subissant et cherchant à tout prix à lui ressembler dans un but commercial.

9
BIBLIOGRAPHIE

•ALDSTADT David, HIPPOLYTE Jean-Louis, Septième Art, Thomson Heinle, Boston, 2008
•BARLET Olivier, Les cinémas d'Afrique des années 2000, perspectives critiques,
L'Harmattan, Collection Images Plurielles, Paris, 2012
•CHERIAA Tahar, Écrans d'abondance ou cinéma de libération en Afrique ?, Satpec-
Tunisie, Tunis, 1978
•GARDIES A., HAFFNER P., Regards sur le cinéma negro-africain, 1987, Ocic, Collection
Cinémédia, Bruxelles, 1987
•GETINO O., SOLANAS F., « Le troisième cinéma et la décolonisation de la culture »,
Tricontinental, n°3, 1969
•GUBACK Thomas, Communication aux Rencontres Internationales pour un nouveau
cinéma, Montréal, 2-8 juin 1974, in CHERIAA Tahar, Op. Cit
•PFAFF Françoise, A l'écoute du cinéma Sénégalais, L'Harmattan, Collection Images
Plurielles, Paris, 2010
•SEMBENE Ousmane in « Cinema Quebec », vol 3, n°9-10, août 1974
•Colloque sur Le rôle du cinéaste africain dans l'éveil d'une conscience de civilisation
noire, Revue Présence Africaine, n° 92, Paris, 2e trimestre 1974

SITOGRAPHIE

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30/11/2014]
http://www.afrique-annuaire.com/histoire/decolonisation.html
• FOREST Claude, « Le cinéma en Afrique : l’impossible industrie », Mise au point,
4 | 2012, mis en ligne le 18/04/2012, [consulté le 22/11/2014].
http://map.revues.org/800
• FORSTER Siegfried, « la nouvelle politique du cinéma en Afrique », rfi.fr, publié le
1/03/2013, [consulté le 9/12/2014]
http://www.rfi.fr/afrique/20130301-nouvelle-politique-cinema-afrique-declaration-solennelle-
de-Ouagadougou-FPCA/
• LEQUERET Elisabeth, « Distribution du cinéma africain : pourquoi il faut se battre », rfi.fr,
publié le 11/02/2003, [consulté le 9/12/2014]
http://www1.rfi.fr/actufr/articles/038/article_19837.asp

10
• RAYMOND Yann, «“ l'Afrique ? Quel Cinéma !” de Guido Convents », Objectif-
cinéma.com, octobre 2003, [consulté le 4/12/2014],
http://www.objectif-cinema.com/mediatheque/0371.php

FILMOGRAPHIE

•SCHNEIDER Franck, SEZIRAHIGA Jadot, Cinémas d'Afrique, les pionniers, (2010),


documentaire, France, La Huit (Paris) et Kus (Dakar), 24min
• SEMBENE Ousmane, La Noire de... (1966), long-métrage, France, noir et blanc, 65min
• VIEYRA Paulin, SARR Mamadou, Afrique sur Seine (1955), court-métrage, France,
Groupe Africain de cinéma, noir et blanc, 16min
• VIEYRA Paulin, Une nation est née (1961), documentaire, Sénégal, Ministère de
l'Information du Sénégal, noir et blanc

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