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Spinoza et les théories

contemporaines de la
cognition incarnée
Syliane Malinowski-Charles
UQTR
Introduction
Un courant en plein développement au sein des études en psychologie et en sciences
de l’esprit est celui de la « cognition incarnée » (embodied cognition). De plus en plus
s’impose l’idée qu’on ne peut étudier l’esprit sans le replacer dans un corps individuel
et concret. Pour le dire de manière imagée, on n’est pas un cerveau dans un bocal,
mais le cerveau, c’est notre corps tout entier, et ce corps est déterminant dans tous
nos processus cognitifs, y compris les processus cognitifs supérieurs.
Tant Steven Nadler que Damasio ont déjà fait quelques remarques programmatiques
sur l’utilisation possible de Spinoza, notamment de l’égalité de l’esprit et du corps dans
son monisme, pour fournir des outils théoriques aux théories de la cognition incarnée.
Toutefois, à ma connaissance, ces notes programmatiques n’ont pas encore été
poussées plus loin, ce que j’entreprends donc de faire dans cette communication.
J’expliquerai dans une première partie en quoi consiste l’hypothèse de la cognition
incarnée. Dans un second temps, il s’agira de voir comment le monisme spinoziste
peut lui fournir un support ontologique viable. Dans un troisième temps, je rappellerai
comment la dimension rationaliste de la philosophie de Spinoza peut déjà servir de
fondement à la psychologie contemporaine dans une approche thérapeutique
cognitiviste. Enfin, il s’agira de voir comment ce modèle de la cognition incarnée peut
s’ajouter à cet apport pour combler plusieurs lacunes de l’approche cognitiviste.
Plan de la présentation

 1. La cognition incarnée? (embodied


cognition)
 2. Usage possible de l’ontologie de Spinoza
 3. L’utilisation possible de Spinoza en
psychologie cognitivo-comportementale
 4. Conclusion: ce qui manque à la
psychologie cognitive et que Spinoza peut
apporter: l’incarnation.
1. Qu’est-ce que la cognition incarnée?
(embodied cognition)
 La théorie de la cognition incarnée soutient que le corps dans son ensemble
contribue aux processus cognitifs, y compris ceux de niveau supérieur tels que
le jugement de valeur ou le langage.
 Exemple 1: imagination (l’expérience de la pensée du futur ou du passé)
Miles, L. K., Nind, L. K. & Macrae, C. N. (2010). « Moving Through Time ».
Psychological Science 21/2, pp. 222-223.
 Pensée du futur Pensée du passé
1. La cognition incarnée (embodied cognition)
 Exemples 2 et 3 : la conceptualisation / le langage
La valence d’un mot selon qu’on doit tirer ou pousser un levier:
Chen, S., & Bargh, J. A. (1999). Consequences of Automatic Evaluation: Immediate
Behavior Predispositions to Approach or Avoid the Stimulus. Personality and Social
Psychology Bulletin, 25, pp. 215–224.
 Tâche : tirer ou pousser un levier selon la valence d’un mot (+ ou -).
 Résultat : le temps de réaction est moindre dans les associations suivantes : tirer-
valence positive, pousser-valence négative. Un lien très clair est fait entre l’émotion
suscitée par un mot et le geste naturel de rapprocher ou repousser quelque chose (ici,
tirer/pousser un levier). Si l’idée est plaisante, on le rapproche plus rapidement de soi
qu’on ne le repousse, et vice-versa pour une idée déplaisante.

Le langage:
Brouillet, T., & Syssau, A. (2005). « Étude du lien entre l’évaluation de la valence et les
réponses verbales dans une tâche de décision lexicale : les réponses oui et non sont-elles
des réponses affectives ? » Revue canadienne de psychologie expérimentale, 59(4), pp.
255–261.
 Tâche: répondre « oui » ou « non » selon que les lettres présentées forment ou non un
mot.
 Résultat : lien direct et automatique entre « oui » et valence positive, et « non » et
valence négative.]
1. La cognition incarnée (embodied cognition)
 Exemple 4: le jugement moral
Relation entre goût amer et sévérité du jugement
Eskine, K. J.; Kacinik, N. A. & Prinz, J. J. (2011). « A Bad Taste in the Mouth :
Gustatory Disgust Influences Moral Judgment ». Psychological Science 22/3, pp.
295-299.
 Goûter à quelque chose d’amer augmente la sévérité du jugement moral.
Plan de la présentation

 1. La cognition incarnée? (embodied cognition)


 2. Usage possible de l’ontologie de Spinoza
 3.L’utilisation possible de Spinoza en
psychologie cognitivo-comportementale
 4. Conclusion: ce qui manque à la psychologie
cognitive et que Spinoza peut apporter:
l’incarnation.
1. Damasio
 Damasio, Antonio R. (2003). Looking for Spinoza: Joy, Sorrow, and the Feeling Brain.
Orlando: Harcourt.
[traduit en français chez Odile Jacob sous le titre Spinoza avait raison en 2003].

 Le problème de la relation esprit-corps de la modernité est désormais déplacé


en psychologie cognitive: la relation étroite entre l’esprit et le cerveau est
établie, mais leurs rapports avec le reste du corps (the body-proper) reste
problématique, de sorte qu’une nouvelle ligne de partage sépare le corps
d’un côté de l’entité cerveau-esprit de l’autre (p. 190).
 Solution: comprendre que c’est le corps dans son ensemble qui est uni au
cerveau et qui est la base des pensées, ce que met de l’avant la théorie de la
« cognition incarnée » (p. 191).
1. Damasio
 Damasio, Antonio R. (2003). Looking for Spinoza: Joy, Sorrow, and the Feeling Brain.
Orlando: Harcourt.
[traduit en français chez Odile Jacob sous le titre Spinoza avait raison en 2003].
 “Working toward a solution [of the mind-body problem], even a
partial solution, requires a change in perspective. It requires an
understanding that the mind arises from or in a brain situated
within a body-proper with which it interacts; that due to the
mediation of the brain, the mind is grounded in the body-proper;
that the mind has prevailed in evolution because it helps
maintain the body-proper; and that the mind arises from or in
biological tissue – nerve cells – that share the same
characteristics that define other living tissues in the body-
proper.”
1. Damasio
 De la sorte, Damasio considère le corps non plus comme un simple réceptacle
et transmetteur, mais comme une source active, créative, d’impulsions pour
l’esprit. En cela, il rejoint la conception spinozienne d’un corps actif,
modification d’une substance étendue dont l’essence est une puissance
infinie, comme Dieu (E IP34).
 On comprend alors que la réalité est une « construction » du corps tout entier
pour l’esprit qui s’en forme une idée:
 The neural patterns and the corresponding mental images of the objects and
events outside the brain are creations of the brain related to the reality that
prompts their creation rather than passive mirror images reflecting that reality
(Damasion 2003, pp. 198-199).
 La nature sensorielle du corps tout entier dot être reconsidérée comme la
source de cette création:
 The ensemble of sensory detectors are ocated throughout our bodies and help
construct neural patterns that map the comprehensive interaction of the organism
with the object along its many dimensions (Damasio 2003, p. 199).
 Cf. Spinoza pour qui « les idées que nous avons des corps extérieurs indiquent plus
l’état de notre corps que la nature des corps extérieurs » (E IIP16C2).
1. Damasio
 Au final, un champ nouveau est à explorer, qui prenne en compte
le rôle actif du corps dans la formation d’idées.
 Mais Damasio travaille avec une ontologie spinoziste mal
comprise: pour lui, l’esprit “émane” du cerveau. Il relève d’une
relation causale au sein d’une unique substance qui est la
matière. Dans ce matérialisme, l’esprit est un épiphénomène du
corps, ce qui est certes proche de ce que voulait dire Spinoza,
mais néanmoins different. Car en un sens, dans une perspective
matérialiste, c’est la puissance propre à l’esprit qui risque d’être
sous-estimée.
 Le besoin reste donc d’une veritable adaptation du monisme
spinozien à l’explication des fonctions cognitives.
2. Nadler
 Nadler, Steven (2008). « Spinoza and Consciousness ». Mind 118, pp. 575-601.

 À la fin de son article sur la conscience publié dans Mind en 2008, Nadler
utilise la théorie de la cognition incarnée pour dire que Spinoza est
assurément très proche des conclusions de cette théorie, du moins si l’on
accepte un matérialisme « explicatoire » (an explanatory materialism) à la
Curley. (Nadler 2008, p. 597)
 La théorie de la conscience de Spinoza réside dans la complexité du
corps: plus le corps est complexe, plus la conscience l’est aussi, comme
proposé notamment par Garrett sous le vocable de « incremental
naturalism » pour désigner la philosophie de l’esprit de Spinoza (Garrett
2008).
 « Spinoza’s great contribution to the study of consciousness would thus be
his belief that the key to nderstanding the nature of consciousness lies in
the investigation of the body, and particularly in what I see as his
suggestion that there is a neurobiological basis for consciousness » (Nadler
2008, p. 597).
2. Nadler
 À partir de là, Nadler suggère aux théoriciens de la cognition incarnée
de regarder du côté de Spinoza pour justement dépasser ce que j’ai
identifié chez Damasio, à savoir le fait d’être « coincé » dans une
théorie matérialiste qui ne peut offrir qu’un modèle causal à la
relation entre l’esprit et le corps:
 His (Spinoza’s) suggestion that minds and bodies are two expressions of a
single substance might provide embodied mind researchers with a
conceptual apparatus from which they can begin to articulate more
exactly the nature of the relationship between mind and body in a way
that makes clearer how, on their view, the connection goes beyond a
simple causal one. (Nadler 2003, p. 598)
2. Nadler
 De plus, la théorie de la cognition incarnée permet de penser l’ancrage des idées
dans tout le corps, ce que permet aussi l’ontologie paralléliste de Spinoza (« si
l’objet de l’idée constituant l’esprit humain est un corps, il ne pourra rien arriver
dans ce corps qui ne soit perçu par l’esprit », E IIP12).
 La question que soulève Nadler est de savoir quelle importance respective
attribuer au cerveau par rapport au reste du corps, et à leurs idées
correspondantes. Il est tenté de décerner une plus grande importance au cerveau,
mais n’a pas de fondement spinoziste pour le faire.
 Je crois que lorsqu’il affirme que chez Spinoza « every part of the human body
there is a corresponding idea in the mind » (p. 599), il souscrit à une conception
très répandue mais pourtant caricaturale et fausse de l’égalité des attributs chez
Spinoza. Son problème sera résolu s’il souscrit à la vision mise de l’avant par
Chantal Jaquet de l’expression du corps par l’esprit, où il n’y a pas un
« parallélisme » parfait (Jaquet, 2004).
 Damasio offre un modèle dans ce cas plus performant avec l’idée que les émotions
(affects ou simples sensations) sont des « body mappings » correspondant à une
certaine configuration du cerveau.
 Je propose donc d’utiliser Spinoza à la façon de Damasio, mais avec la
reconnaissance que le cerveau lui-même exprime des données du corps tout entier
et le fait agir de manière à exprimer l’esprit qui est son corrélat dans la réalité
« pensée ».
Plan de la présentation

 1. La cognition incarnée (embodied cognition)


 2. Usage possible de l’ontologie de Spinoza
 3.L’utilisation possible de Spinoza en
psychologie cognitivo-comportementale
 4. Conclusion: ce qui manque à la psychologie
cognitive et que Spinoza peut apporter:
l’incarnation.
Spinoza et la psychologie cognitive
 La psychologie cognitive est le domaine de la psychologie contemporaine qui
s’intéresse aux processus cognitifs, notamment au traitement de
l’information par les sens (perception), à la mémoire, à la conscience, et au
langage. La cognition incarnée est une théorie relevant de ce sous-domaine à
la psychologie.
 La thérapie cognitivo-comportementale est la pratique à visée curative visant
à traiter les problèmes d’adaptation de l’individu à l’existence et ses
dysfonctionnements sur une base double:
 Cognitive: comprendre les perceptions et idées associées aux émotions afin de
modifier ces dernières grâce à la modification de leur cause cognitive (travail sur
les fausses perceptions qui président aux réactions émotionnelles automatiques).
 Comportementale: d’inspiration behavioriste, cet aspect du traitement vise à
mettre concrètement en œuvre de nouveaux mécanismes et de nouvelles
habitudes, utilisant donc le corps.
Spinoza et la psychologie cognitivo-
comportementale:
 À sa façon, on pourrait soutenir que la démarche éthique proposée par
Spinoza est déjà une véritable psychothérapie.
 Elle comporte une dimension cognitive évidente : son but est de permettre la
compréhension par les personnes des lois sous-jacentes aux comportements
humains, dans le but de moins en souffrir et de passer en mode « actif » dans leur
vie.
 Elle comporte une théorie extrêmement fine des relations sociales ainsi que des
processus cognitifs et émotionnels de notre esprit.
 Et son but ultime est une construction individuelle harmonieuse de la personne au
sein de son environnement.
Spinoza et la psychologie cognitivo-
comportementale:
 Éléments de la théorie des émotions de Spinoza qui concernent les
pathologies et troubles existentiels dont il traite, et qui seraient facilement
adaptables dans un contexte de psychothérapie :
 Compulsivité et dépendance affective (fixation de l’esprit sur un objet unique);
 Problèmes de motivation de faiblesse de la volonté (problème de l’insuffisance de
la connaissance qu’une chose est mauvaise pour ne pas la commettre);
 Jalousie (par le biais de la mécanique affective envers l’objet ou l’être aimé,
notamment de l’imitation des affects);
 Intolérance et haine (mécanismes sociaux de l’identification à un groupe
identitaire);
 Sentiment d’épuisement (ce que Spinoza appelle « être balloté en tous sens » par
les causes extérieures) et dépression (analysée comme une passivité excessive face
à l’ordre du monde qui nous dépasse, le remède consistant à la fois dans l’activité
– du corps et de l’esprit –, et dans la compréhension de la nécessité du monde);
 etc.
Plan de la présentation

 1. La cognition incarnée (embodied cognition)


 2. Usage possible de l’ontologie de Spinoza
 3.L’utilisation possible de Spinoza en
psychologie cognitivo-comportementale
 4. Conclusion: ce qui manque à la psychologie
cognitive et que Spinoza peut apporter:
l’incarnation.
Conclusion sur Spinoza et la psychologie
contemporaine:
 La dimension « comportementale » de l’approche cognitivo-comportementale ne
va pas assez loin.
 Ce qui me semble nécessaire:
 Une prise en compte de l’activité pleine du corps (pas seulement vu comme un
mécanisme de reproduction automatique de comportements passés, mais bel et bien
comme une source d’activité orientée vers l’adaptation);
 Un rôle plus important donné à cet aspect, actuellement presque étouffé sous les
aspects « cognitifs » de la thérapie.
 Les théories contemporaines en psychologie qui mettent l’accent sur la dimension
incarnée du corps pensant (théories de la cognition incarnée devraient permettre
de réformer les TCC (thérapies cognitivo-comportementales) pour qu’elles
mettent plus qu’elles ne le font de l’avant le primat du corps dans la transition
individuelle vers le mieux-être.
 Spinoza, par son monisme et sa théorie profondément dynamique de l’être, doit
permettre de donner un fondement métaphysique qui manquait à la psychologie
cognitive pure: à savoir, une justification philosophique à cette identité entre le
corps et l’esprit.
Bibliographie sommaire
 Brouillet, T., & Syssau, A. (2005). « Étude du lien entre l’évaluation de la valence et les réponses
verbales dans une tâche de décision lexicale : les réponses oui et non sont-elles des réponses
affectives ? » Revue canadienne de psychologie expérimentale, 59(4), pp. 255–261.
 Chen, S., & Bargh, J. A. (1999). « Consequences of Automatic Evaluation: Immediate Behavior
Predispositions to Approach or Avoid the Stimulus ». Personality and Social Psychology Bulletin,
25, pp. 215–224.
 Damasio, Antonio R. (2003). Looking for Spinoza: Joy, Sorrow, and the Feeling Brain. Orlando:
Harcourt.
 Eskine, K. J.; Kacinik, N. A. & Prinz, J. J. (2011). « A Bad Taste in the Mouth : Gustatory Disgust
Influences Moral Judgment ». Psychological Science 22/3, pp. 295-299.
 Garrett, Don (2008). « Representation and Consciousness in Spinoza’s Naturalistic Theory of the
Imagination ». In Huenemann, C. (ed.). Interpreting Spinoza: Critical Essays. Cambridge: CUP.
 Jaquet, Chantal (2015) [2004]. L’unité du corps et de l’esprit : affects, actions et passions. Paris:
PUF, 192 p.
 Miles, L. K., Nind, L. K. & Macrae, C. N. (2010). « Moving Through Time ». Psychological Science
21/2, pp. 222-223.
 Nadler, Steven (2008). « Spinoza and Consciousness ». Mind 118, pp. 575-601.
 Sapolsky, Robert M. (2017). Behave: The Biology of Humans at our Best and Worst. New York:
Penguin Press.
 Shapiro, Lawrence A. (2004). The Mind Incarnate. Cambridge : MIT Press.