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Abrégé de l'histoire des établissements Européens dans les Indes Orientales, depuis la découverte du cap de Bonne-Espérance jusqu'au traité

du 30 mai 1814. Traduit de


l'espagnol.... 1841.

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ABRÉGÉ

DE

^HISTOIRE DÉS ÉTABLISSEMENTS EUROPÉENS

BEPDIS LA DÉCOUVERTE
DU CAP DE BONSE-ESPERANCE
jusqu'au TRAITÉ DU 3a MAI l8l4-

Èx-Contrôleur de la navigation, ancien Interprète de M. ls


maréchal Ney, en Espagne et en Portugal, Expert-juré
près le tribunal civildeValenciennes.

IMPRIMERIEDE A. PRIGNET, RUEDE MOKS.


1841.
LA VILLE DE VALENCIENNES.

Ceci n'est ni une oeuvre littéraire, ni une oeuvre


politique ; c'est moins encore une oeuvre de spécula-
tion. C'est tout simplement le fait d'un vieillard qui,
parvenu à l'extrémité d'une carrière déjà bien longue ,
désire, avant de mourir, laisser une trace, quelque
peu profonde qu'elle soit, de son passage sur cette;
terre.
Cette oeuvre, je vous la dédie, ma bonne ville de:
Valenciennes, car vous êtes ma patrie d'adoption. $,
c'est dans votre sein que, depuis longues années, je
me repose des fatigues d'une existence qui a été bien
remplie ; vous avez vu naître et mourir les objets de
mes plus chères affections, enfin vous m'avez accordé
ce que vous donnez à vos enfans, estime et amitié , à
vous donc, ma bonne ville , ce souvenir du vieillard.

BESSIJSRE.
AVERTISSEMENT.

ANS lous les tems, les Indes Orientales


$kÉ!!ÉIÉ
ont ttè considérées comme une des ré-
IllJËJyi
81
•^W^>. gions les plus richeset le plus avantageu-
sement situées du Globe; il y en a effecliveinent
bien peu qui présentent autant d'avantages et qui
offrent autant de facilités pour les relations com-
merciales; mais , par une fatalité que Von ne doit
pas attribuer à la nature seule, et qui est plutôt
occasionnée par la lassitude et l'inertie que les
principes de la politique et de la religion ont pro-
duites sur ses habitans, ce riche pays, où l'on n'a
jamais connu la liberté, se trouve privé de toute
énergie. Les peuplades errantes des Asiatiques du
Nord , les conquérants de l'Ouest et les commer-
çants Européens, y ont joui successivement de la
prérogative de dicter les lois. L'émigration à la-
quelle les contraignit la rigueur de Tamerlan, avi-
lit les Indiens sous la domination plus astucieuse ,
plus oppressive et plus avide de nos agens et de
nos compagnies de commerce.

Malgré les souffrances et l'esclavage qui pèsent


depuis si longtems sur ce pays fertile , où la civi-
lisation est très-reculée , les richesses que la na-
ture et l'industrie lui ont prodiguées sont en si
grand nombre, qu'une multitude de villes floris-
santes de l'Asie et de l'Afrique, doivent leur splen-
deur aux entrepôts des marchandises de l'Inde,
.-que les anciens se virent obligés d'établir sur la
Méditerranée., la Mer Rouge et le Golfe Persique.

La découverte du Cap de Bonne-Espérance, fit


changer en quelque sorte la route de l'Inde, de
manière que les peuples modernes qui ont établi
des relations commerciales, plus particulière-
ment avec ces riches pays, sont arrivés en fort
peu de tems à un très haut degré de prospérité.
Tous ces avantages ne firent qu'exciter l'ambition
et. la jalousie des nations qui en jouissaient, de
telle sorte qu'en remontant seulement aux trois
derniers siècles , pendant lesquels les nations
commerçantes se sont disputés alternativement
ïa possession de ce lointain pays, les discussions
acharnées et les guerres sanglantes dont il a été le
ihéâtre, sont venues troubler la paix et la tranquil-
_ 7 —

lité de notre sol? Ces discordes commerciales ont


provoqué cet esprit d'hostilité qui séparera pour
longtemps la France et l'Angleterre; hostilité fu-
neste , il est vrai , et contraire à la cause de l'hu-
manité et du commerce.

L'histoire de ces rivalités forme une partie de


cet ouvrage , dans lequel on parle de la conquête
des Portugais, et de l'influence des Hollandais
dans les Indes ; l'auteur a trouvé plus convenable
d'insister sur les discordes qui se sont élevées en-
tre la France et l'Angleterre. La relation de tous
ces faits et l'exposition de la situation actuelle de
la Péninsule Asiatique , mettront le lecteur à même
d'apprécier les conséquences importantes qui en
sont advenues pour le commerce de tout le Globe ,
et si l'on considère que l'Amérique , victime com-
me l'Inde de l'ambition européenne^-ar-4éjà dé-
ployé l'étendard de la liberté p/^t$qUè','' qtaNpe
pourra pas se dispenser de faire de s.érieuses'TOr
flexions sur le sort futur de la gaçtie ja; pljtis riche
de l'Asie. Y'";' .7
L'HISTOMÉSÊiLISSMENTS EUROPÉENS

DANS LES INDES ORIENTALES.

CHAPITRE PREMIER.

desIndesOrientales.—:
Description-générale Situation
deleurcommerce
avantladécouverte
du CapdeEonne-Espérance.

vers la fin du 18° siècle et après le dé-


;^^gFft1EST
Mfete: membrementde l'empire du Mogol, qu'on
EeÉH^" parvint à acquérir une entière connais-'
sanee de l'Inde. Les guerres continuelles dans les-
quelles les Européens ont joué un grand rôle, les
relations commerciales, l'utilité des voyages, le
désir des découvertes , ont contribué à rendre
parfaile la connaissance confuse que l'on avait de
cette grande, belle et riche région de l'Asie.
On appelait généralement Indes, l'immense ter-
riloire qui se trouve de l'autre côté de la mer Ara-
bique et du royaume de Perse. C'est pour cela
que les géographes modernes ont donné par exten-
sion , le nom d'indostan à celte partie de l'Asie ,
vulgairement connue sous le titre des Grandes-
— 10 —

Indes. L'étendue de l'Indostan, selon les géogra-


phes Indiens , se mesure depuis les montagnes du
Thibet, jusqu'à la rive de Nerbonha et les fron-
tières de Bahar et du Bengale : c'est à cette con-
trée qu'on a donné le nom d'Indostan ; en géné-
ral on entendait par Décan le reste de la Pénin-
sule jusqu'au capComorin.
L'Indostan se prolonge vers le Nord , depuis le
cap Comorin , situé à 7 degrés 56 minutes Sud ,
jusqu'aux montagnes du Thibet, à 55 degrés de
latitude septentrionale. Sa longitude , prise dans
sa plus grande largeur, commence au 67e degré
du méridien de Paris et se termine au 90e degré
du même méridien ; de manière que sa longueur
du Nord au Sud est de 675 lieues moyennes de
France, sa largeur de l'Est à l'Ouest de 510 lieues,
et sa superficie , en y comprenant Vile de Ceylan ,
de 165,350 lieues carrées. La limite de l'Indostan
au septentrion est àl'Indeo-Ko, continuation du
Taurusqui le sépare du petit Thibet. Le Gange et
le Burramputer son rival, sont les limites que la
nature a posées à l'Est de l'Indostan ; on trouve au
Sud-Ouest, l'Indus, le Candahar et une infinité de
montagnes.
Au Sud, Sud-Est et Sud-Ouest, l'Indostan est
limité par l'Océan Indien qui l'environne pres-
qu'en entier, de manière qu'il ne se continue avec
le grand continent asiatique j que par une petite
gorge. La chaîne des montagnes des Gattes com-
mence au cap Comorin, sJétendant du Sud au
Nord, la hauteur moyenne de ces montagnes est
de 1400 toises au-dessus du niveau de la mer. Ces
montagnes, extraordinaires par leur élévation et
— Il- —

leur étendue , sont couvertes de très gros arbres


aussi anciens que le monde; ils arrêtent le vent et
les tempêtes et produisent les phénomènes des
pluies périodiques, et de la brise que l'on remar-
que sur les mers de Pin de.
Lorsque la chaîne des Gattes arrive au 11° dé-
gré de latitude s ellesedivise en deux ramifications
entièrement inégales dans leur longueur, hauteur
et profondeur ; l'une se dirige à l'Est et l'autre à
l'Ouest. Une infinité de vallées dans lesquelles les
récoltes en riz et en poivre de plusieurs espèces
sont très abondantes , se trouvent formées par les
crevasses de ces hautes montagnes. La chaîne
occidentale renferme et nourrit un grand nom-
bre d'éiéphans , mais, dans l'une comme dans
l'autre, on trouve toutes les variétés des tigres,
léopards, ours, buffles et l'espèce la plus grande
de renards. La célèbre vallée de Palicande-Cherj
se trouve sur la côte du Malabar: dans cet en-
droit, la chaîne des Gattes est subitement inter-
rompue par un espace de cinq lieues ; cette large
vallée , qui se trouve en partie couverte par une
forêt , donne passage aux torrents produits par
les pluies périodiques qui tombent sur une des
deux côtes du Malabar et de Coromandel.
La côte du Malabar commence à l'Occident, de
l'autre côté du cap Comorin ; son étendue jusqu'à
Surate est de 560 lieues. Rien n'est comparable au
Goup-d'osil que présente au voyageur cette côte
dans ses sinuosités naturelles. Les denrées les plus
estimées, telles que le poivre, le gérofle, le gin-
gembre et le cardamomo, plante .aromatique très
e cherchée par tous les habilans de l'Asie , se cul-
— m «

tivent dans les vallées formées sut* cette côte oc-


cidentale par la chaîne de montagnes. Une infi-
nité de torrents, de rivières et de ruisseaux se
précipitent de ces montagnes pour arroser ce pays
fertile et y maintenir la fraîcheur nécessaire à la
végétation, au milieu d'une température d'une
chaleur excessive.
La côte d'Orixa, dont l'étendue est de 200
lieues, du Nord-Est au Sud-Ouest, commence à
l'extrémité du Golfe de Bengale près de la ville de
Balassore, vers l'embouchure du Gange. Cette
côte et celle de Coromandel qui vient ensuite ,
sont entièrement planes. Dans un espace de trois
quarts de lieue on voit une plage sablonneuse aussi
monotone que stérile, mais, plus loin on décou-
vre un pays bien cultivé et très-agréable.
La côte que les Européens ont nommée côte de
la Pêcherie , à cause des belles perles que l'on y
trouve, est située au Midi de la pointe de Caly-
mire. Cette côte, qui s'étend à plus de 108 lieues
du Nord-Ouest au Sud-Est, renferme non seule-
ment une plaine délicieuse couverte de cocos et au-
tres fruits, mais elle présente encore à l'oeil les
vues les plus pittoresques, les plus agréables et les
plus variées.
L'Indus, le Gange et le Burramputer, sont les
fleuves les plus remarquables de tous ceux qui fer-
tilisent l'Indoslan.
Une grande quantité de sources , qui prennent
naissance dans les montagnes de la Tarlarie, de la
Perse et de l'Indoslan , concourent à former l'In-
dus , lequel, dans son cours de près de 300 lieues
sa source jusqu'à son embouchure, re-
depuis
— 13 —

doit les eaux de plus de 400 rivières ou ruisseaux.


A la dislance de 60 lieues de la mer, il se divise en
deux , formant comme le Gange et le Nil, une es-
pèce de Délia de cinquante lieues de longueur et
quarante-huit de base. Ses inondations périodi-
ques contribuent à fertiliser la terre , la pluie étant
très-rare dans cette partie de l'Indostan. Les bâ-
timens de 200 tonneaux peuvent entrer dans l'em-
bouchure de ce fleuve.
L'Indusesl considéré par les Indiens comme l'une
des sept rivières sacrées , de manière que tout In-
dien convaincu d'avoir traversé l'indus , est con-
sidéré comme un sacrilège , et, par ce fait, exclu
du culte de Brama.
Le Gange, qui, par la majesté et la tranquillité
de'son cours, est considéré par les Indiens , com-
me une divinité tulélaire, prend naissance dans
les montagnes du Thibet : il traverse ensuite les
provinces de l'Inde en se précipitant par l'ouver-
ture d'une énorme caverne del'Immaus qui repré-
sente la lête d'une vache : il continue lentement
son cours par unedireclion tortueusejusqu'au Ben-
gale. Mais 75 lieues avant qu'il ne se jette dans la
mer, il forme un lac de soixante lieues de largeur
et se subdivise ensuite en une infinité de bras et
se jette dans le golfe du Bengale.
Les Européens ont fixé leurs principaux établis-
semens sur le bras occidental, qui prend le nom
de Hoogii. La nature offre continuellement à l'oeil,
dans une plaine de 500 lieues d'étendue, un pays
extrêmement pittoresque et agréable.
L'immense rivière nommée Burramputer, ce
qui veut dire fils de Brama , forme à l'Est la limite
— u —

des Indes ; elle prend naissance dans les mêmes


montagnes que le Gange, dans le Sirinagan, pays
situé à la partie opposée. Il est presque régal du
Gange par sa largeur el sa profondeur; ces deux
fleuves se joignent à douze lieues de la mer. Là, le
Burramputer perd son nom ; par le mélange de
ses eaux avec celles du Gange , il résulte la plus
grande masse d'eau douce que Ton connaisse dans
l'ancien monde; elle représente une mer ou un
golfe semé d'îles.
La plus grande partie de la côte de Coromandel
se trouve formée par le Carnale, dans une lon-
gueur de 150 lieues et une largeur qui varie depuis
25 lieues jusqu'à 40. Les comptoirs hollandais de
Négapalnm et Tranquebar, les villes de Madras et
Pondichery, qui ont servi longtemps d'entrepôt
aux Français et aux Anglais, sont situés sur le bord
de cette côte.
L'ile de Goa , centre des possessions Portugai-
ses , se trouve sur la côte Occidentale, comme l'île
de Bombay, l'un des trois comptoirs actuels des
possessions Britanniques. On y trouve aussi plu-
sieurs villes importantes par leur commerce ; nous
citerons Cocîiin , conquête ancienne des Portu-
gais , Mahé , que les Français ont possédé , Tali-
chery, comptoir de la Grande-Bretagne qui do-
mine Calicut première conquête des découvertes
maritimes, ville florissante lorsque les Portugais
y débarquèrent pour la première fois, et siège du
Zamorin ou Empereur. La côte de Malabar se ter-
mine à l'endroit où commence celle des Pirates ,
la ville de Mangalor.
Les vastes plaines de l'Indostan, arrosées par
une infinité de ruisseaux , sont couvertes de déli-
cieuses productions et de toutes espèces de grains
et de légumes de l'Asie et de l'Europe ; ailleurs on
trouve des plantes et des forêts qui paraissent for-
mer une barrière impénétrable : on découvre de
loin en loin quelques groupes de montagnes qui
produisent le Teck , arbre utile pour toutes espè-
ces de constructions, et les arbres rouges propres
à la teinture , ressemblant au campêche , dont on
fait de grandes exportations pour l'Europe et pour
la Chine. Les plaines de l'Indostan , si favorables à
la végétation., par la facilité avec laquelle elles
absorbent les émanations atmosphériques , sont
couvertes d'une terre noire ou croûte qui forme
une espèce d'engrais dont la profondeur est de
six à sept pieds.
Vers la partie septentrionale, à Cachemire, La-
hor et une grande partie du Moultan , où le climat
est plus tempéré que dans le reste de la Péninsule ,
le sol est coupé par de hautes montagnes pierreu-
ses. La température du climat varie généralement
en proportion de la latitude et de l'élévation du
territoire, de manière que les saisons sont signa-
lées par des pluies abondantes , ou par des cha-
leurs insupportables.
Dans le Bengale , la saison de la sécheresse com-
mence dans le mois de mars etfinit.ordinairement
à la fin de mai; celle des pluies commence en juin
et finit en septembre ; pendant les mois de janvier
et février, l'atmosphère est abondamment chargée
d'un brouillard très-épais et très-préjudiciable aux
habitans et à la végétation.
L'époque des saisons varie dans la Péninsule ;
~~ 46 —

c'est ainsi que l'été commence ordinairement ,


vers le mois de juin, sur la côte de Coromandel ,
tandis que sur la côte de Malabar il n'arrive qu'en
octobre. C'est pourquoi à de très-faibles dislan-
ces , la nature présente deux saisons bien distinc-
tes , car lorsque les pluies continuelles arrosent le
Malabar, la sécheresse la plus grande accable le
Coromandel.
La fertilité de ce riche pays est telle , que la fruc-
tification de ses arbres a lieu deux fois par an, et
même , dans quelques provinces , on fait cinq ré-
coltes en deux ans. Toutes les richesses produi-
tes par la nature et par l'art se trouvent dans
ce pays , indépendamment des abondantes pro-
ductions de l'agriculture. Les meilleures fabriques
de l'Europe ne peuvent égaler ses produits : les
châles de cachemire, les toiles peintes, les tissus à
fleurs d'or et d'argent, les mousselines deDaco ,
les bombasies , les toiles de quatre fils, les guinées
et les percales, n'ont point de rivalité à craindre.
Les diamans de ce pays sont les plus beaux que
l'on connaisse ; on les trouve dans les plages des
courants , ou dans des terres ferrugineuses et jau-
nes. Les pierres précieuses dont on fait le plus de
cas après les diamans , sont les rubis et les saphirs.
Tel est ITndostan: c'est ce riche pays qui par la
grande abondance et la variété de ses productions,
a procuré au commerce de toutes les nations, l'as-
sortiment des objets les plus utiles, les plus pré-
cieux et les plus désirés; enfin , c'est cette grande
région, qui a été continuellement exploitée par
l'ambition et par la tyrannie des Européens. Les
Arabes qui, par leur position auprès du golfe Per-
— f? _

«ique, furent les premiers qui passèrent dans l'In-


de , s'emparèrent des marchandises des Indiens
qu'ils transportèrent sur leurs bâtimens en don-
nant les leurs en échange; c'est alors que les Ara-
bes commencèrent à trafiquer sur ces marchan-
dises avec les Grecs , et ceux-ci, qui n'ignoraient
pas leur origine, les répandirent bientôt dans
toute l'Europe.
Alexandre, ayant conçu le projet de former un
entrepôt pour le commerce par la voie de l'Egyp-
te, bâtit Alexandrie; depuis cette époque, ce
pays qui pendant plusieurs siècles avait été séparé
du reste de la terre , commença à s'exercer dans
l'art de la navigation. Pendant le règne de Ptolo-
mée, l'un des généraux d'Alexandre qui s'appro-
pria TEgypte, Alexandrie devint le point le plus
florissant du commerce de l'Inde , et conserva sa
supériorité sous le règne des premiers successeurs
de Ptolomée. Le port de Bérénice dans la mer
rouge s'accrut bientôt en espace et en commodi-
tés. En même temps que les entrepôts et les maga-
sins se formaient, on creusait un canal qui, pre-
nant ses eaux dans le Nil , aurait eu son embou-
chure dans le golfe arabique, mais on n'obtint pas
lés résultats que Von avait lieu d'en espérer. On
chercha et on trouva les moyens de suppléer au-
tant qu'il fut possible à cet inconvénient, en cons-
truisant dans lvs déserts arides qu'il fallait traver-
ser, quelques maisons pourvues de citernes -, afin
que lès Caravanes pussent se reposer et trouver
Peau nécessaire pour continuer leur voyage. Des
marchands de tous les bords de la Méditerrannée
Venaient en Egypte pour acheter des marchanda-
— 18 —

ses de l'Inde. Mais les guerres des Sarrasins furent


cause que la plus grande partie du commerce fut
transférée à Constantinople, qui devint en très
peu de temps , le marché le plus abondant des
marchan-dises de l'Orient.
La Grèce profilait avec avantage de ce commer-
ce, mais l'impuissance deson gouvernement ayant
occasionné la ruine de son pouvoir et de sa ma-
rine , les Italiens s'emparèrent bientôt de la navi-
gation de transport. Les conquêtes des Turcs,
obligèrent les Genevois d'abandonner JafFa, où
ils avaient concentré une grande partie du com-
merce de l'Asie. Les Vénitiens plus prévoyans
n'attendirent pas la catastrophe, ils avaient à l'a-
vance cherché et trouvé le moyen d'effectuer leurs
voyages en traversant l'Egypte. Plusieurs villes
d'Italie , entre autres Florence et Pise, réunirent
leurs ressources à celles des Vénitiens. De cette
époque date l'état florissant de l'Italie.
Venise était parvenue au comble de sa gloire et
de sa prospérité : sa marine , supérieure à celle de
ses voisins , maîtrisait celle des Turcs et des Bar-
baresques, son commerce était le plus important
qui se fit dans toute l'Europe ; elle avait des fabri-
ques de tissus de soie , d'or et d'argent, elle était
la seule ville qui eût à cette époque des orfèvre-
ries ; on y construisait des bâtimens pour les au-
tres nations. Tous ces résultats étaient dûs au
gain que lui procurait le commerce de l'Inde.
Les chemins le plus fréquemment suivis par les
Indiens pour commercer avec l'Europe étaient au
nombre de trois; ces chemins subsistent encore,
1° Du Bengale ou de Masulipalam , on allait à
— 19 —

Delhi, et se dirigeant ensuite vers l'Ouest, on pas-


sait parCabul et Candahar, et allant vers le Sud de
la mer Caspienne, on traversait le Korasan et le
Nord de la Perse, pour passer la Mer Noire et se
répandre sur les côtes du Levant et se rendre à
Constantinople , où les Pisans , les Genevois et les
Vénitiens prenaient leurs marchandises. Ceux de
la côte de Malabar qui partaient deGoa, p»ssaient
les grandes montagnes des Gattes, traversaient
Aui-engabad, Tatta et en dernier lieu le Canda-
har, où ils se réunissaient avec ceux du Bengale.
Ce voyage pour l'aller et le retour durait trois ans.
2° Du Bengale et Masulipatam, on allait par mer
à Surate ; de là, les marchandises passaient par le
'Tigres jusqu'à Bagdad, d'où on les transportait à
Alep. Là , les Italiens les recevaient et les char-
geaient sur des chameaux; ce voyage, moitié par
terre et moitié par mer, durait deux ans.
5° En partant du Bengale et de Masulipatam,
on passait par Surate pour entrer dans la mer
rouge : l'Isme de Suez était le terme du voyage des
bâtimens Indiens. Là, deux routes se présentent
pour faire le commerce avec les Européens : Tune
conduisant à Alep, dont le trajet est de quarante
jours et qui exige une forte escorte ; l'autre con-
duisant au Caire en huit jours de marche, mais
plus dangereuse que la première à cause des vo-
leurs. Les moyens que Ton employait et que Ton
emploie encore , consistaient à conclure un mar-
ché avec un des chefs de bande ou un de leurs
agens ; celui-ci étant en relations avec ces bri-
gands , facilitait le passage s'ils se présentaient
pour attaquer les Caravanes. Les Européens se
— ao —

chargent du reste du voyage en passant par Alex-


andrie, par Rosette ou par les autres échelles du
Levant. Ce chemin est le plus avantageux lorsque
les Caravanes ne sont pas attaquées, il ne faut
qu'un an et demi pour Palier et le retour.
En Europe, on ne connaissait d'autre désir que
celui de se procurer des productions Indiennes,
sans vérifier leur origine, jusqu'à ce que, par suite
des agitations continuelles et de plusieurs autres
circonstances politiques , on parvint à acquérir
pour le commerce des notions dues à l'influence de
le politique d'accord avec les armes.
Les princes européens ayant eu connaissance
des exploits de Gengis-Kan , destructeur de l'em-
pire des sectateurs de Mahomet qui s'étaient éta-
blis dans la Perse et dans la Chaldée , s'armèrent
contre les Mahométans , et envoyèrent des am-
bassadeurs à ce conquérant, pour l'inviter à con-
tinuer une entreprise qui leur était si utile et si
favorable. Ces ambassadeurs acquirent des notions
sur la partie de l'Inde que Gengis-Kan avait con-
quise ; à mesure que leurs relations s'étendaient,
le désir d'acquérir des connaissances plus étendues
sur ce pays augmentait; ils voulaient savoir d'une
manière positive d'où provenaient ses denrées les
plus estimées, ses tissus les plus célèbres et les
plus recherchés que l'on connût alors en Europe.
Ce fut à cette époque que deux nations, également
heureuses et habiles dans l'art de la navigation,
entreprirent les expéditions qui eurent pour résul-
tat la découverte des côtes d'Afrique et de l'Inde,
et la connaissance du Nouveau-Monde.
CHAPITRE II.

, sousladirection
LesPortugais deVasco toutela
deGama,reconnaissent
etdoublent
côted'Afrique leCapde Bonne-Espérance.

ean Pr venait de chasser les Maures du


(MMj§&
Portugal ( 1415 ) ; l'esprit chevaleresque
|||||j§¥
Js§«5^
Jlë&ç?* étant alors à son comble, il se décida à
passer le détroit pour continuer la guerre dans la
Barbarie. La ville de Ceuta fut la première dont
il s'empara; cette ville tut prise d'assaut, malgré
la vigoureuse résistance des Maures. Le prince
Henri, troisième fils du Roi, qui l'accompagnait
dans celte expédition, avait tellement le goût
des voyages et des découvertes , qu'il consacra le
reste de ses jours à satisfaire cette espèce de pas-
sion. Pendant son séjour en Afrique, il recueillit,
auprès de plusieurs Maures de Fez et de Maroc ,
des notions sur les Arabes qui parcouraient les dé-
serts et sur les peuples qui habitaient les côtes. Ce
prince s'était adonné à l'étude des sciences, et ses
connaissances en mathématiques étaient suffisan-
tes pour perfectionner la navigation qui était peu
connue alors. Avec les notions qu'il avait acquises,
il avait déjà perfectionné l'astrolabe et reconnu
les avantages de la boussole dans les voyages de
long-cours ; il avait établi sa résidence àTersana-
bal, sur le confluent du Sagres, au Sud du cap de
St.-Vincent. C'est à ses connaissances et à son ac-
tive vigilance, que le Portugal doit l'établisse-
ment de la première école navale de l'Europe.
2
— 22 —

Au milieu de la paix qui régnait en Portugal,


l'esprit de conquête et de prosélytisme agitait tous
les esprits. Par ordre du prince Henri, on équipa
deux bâtimens qui poussèrent jusqu'à 60 lieues au-
delà du Cap, dernier terme alors de la navigation
sur la côte occidentale de l'Afrique; mais soit à
cause du bruit que causait la rapidité des cou-
rants, ou mieux encore parce qu'ils croyaient cou-
rir à une mort certaine s'ils perdaient la terre de
vue, ils ne se hasardèrent pas à doubler le cap
Boyador. Cependant les résultats que l'on en ob-
tint ne furent pas perdus , et on fit partir immédia-
tement un autre bâtiment, sous le commandement
de Gonzalès Zarco et de Tristan Vaz Texeira, pour
doubler le Cap ; mais arrêté par une violente tem-
pête, le bâtiment fut jeté sur une petite île , à la-
quelle ces navigateurs donnèrent le nom de Puerto
Santo. Dans un autre voyage de Gonzalès Zarco,
et malgré les maux qui menaçaient les hommes
qu'il avait laissés dans cette petite île , il décou-
vrit l'île de Madère, avant de leur porter les se-
cours qu'ils attendaient.
Huit ans après(1455), Gilianes doubla l'énorme
cap Boyador, en suivant la côte, à quarante lieues
au large.
A la même époque , Gonzalo-Velo-Cabral dé-
couvrit l'île de Ste.-Marie; de là date la décou-
verte des îles Açores, qui ne se compléta que 18
ans après ( 1440 ), sous le règne d'Alphonse V.
Gonzalo etNunoparvinrent ensuite jusqu'au Cap-
Blanc, où ils contractèrent quelques obligations
envers les naturels du pays.
Quelques années après, ils y retournèrent avec
— 25 —

les prisonniers qu'ils avaient faits dans le cours de


leur premier voyage , et les échangèrent contre de
la poudre d'or que les habitans leur offrirent. C'est
la première fois que les Européens reçurent de l'or
sur les côtes d'Afrique ; les Portugais donnèrent
le nom de ce métal à une petite rivière qui prend
sa source à cinq ou six lieues à l'intérieur de la
côte.
Cintra, dans un autre voyage, parvint jusques
aux îles Arguines ; c'est là que commença l'abo-
minable et barbare trafic des esclaves noirs , que
les nations européennes ont continué sans rougir
jusqu'à nos jours. Le désir de faire des découver-
tes et la soif des richesses excitait les passions , et
avec elles disparaissaient les disiances et les dan-
gers. Ce fut alors qu'on établit une compagnie
d'Afrique, laquelle fit construire dix bâlimens qui
s'emparèrent des îles Nar, Tider, et les Garzas si-
tuées au Sud des îles Arguines.
A cette même époque (1446), DionisioFer-nan-
dez, passa l'embouchure du Sénégal, et décou-
vrit le Cap Vert. Plusieurs autres capitaines re-
connurent les îles Canaries , et on commença à
peupler les Açores.
Les pertes continuelles et les déceptions refroi-
dirent un peu l'ardeur des Portugais , et leur fi-
rent comprendre que leurs expéditions lointaines
étaient téméraires. Nuno qui voulait traverser la
rivière qu'il appelait Kio-Grande , fut assailli par
une multitude de Nègres qui, de leurs bateaux ,
décimèrent sa troupe avec leurs flèches empoi-
sonnées , de manière que fui et une grande partie
des siens furent victimes de cette agression. Alva-
— 24 —

ro Fernandez, qui s'avança à quarante lie les plus


loin que Tristan , fut repoussé et grièvement blessé
par les Nègres , et Gilianez fut également battu
par ceux du Cap-Vert ; mais l'activité et le zèle du
prince Henri, suppléaient à tous ces échecs.
Alphonse V, qui régnait alors, fit construire un
fort dans les îles Arguines , dans le but de proté-
ger le commerce de l'or et le trafic des Nègres
qui commençaient à fleurir, et qui avaient fixé
l'attention du gouvernement. L'année suivante ,
Antoine N'oli, célèbre navigateur Genevois , fut
envoyé par sa république au roi Alphonse; il dé-
couvrit les îles du Cap-Vert, appelées ainsi, parce
qu'elles sont situées à cent lieues , et à l'occident
du cap de ce nom. La même année, on poussa les
découvertes jusqu'aux montagnes de Sierra-Leona
qui, nommées depuis le Cap-Non, comprennent
un espace de six cents lieues de côtes. Le com-
merce de Guinée promettait de grands avanta-
ges et surtout le commerce de l'or que l'on tirait
de Mina, village nommé ainsi, parce qu'il se trou-
vait au centre des mines que l'on avait découver-
tes depuis peu. Pendant les huit années suivantes,
les Portugais passèrent (aligne, et bientôt Fer-
nando Pao, découvrit les îles de Saint-Thomas,
du Prince, d'Annobon et celle que l'on connaît
sous son nom.
Jean II, au commencement de son règne (1481),
établit à Mina un fort qui devint en très peu de
tems le boulevard de la puissance portugaise , et
la source de ses richesses. Après avoir fait plu-
sieurs traités avec les rois de ce pays , Jean II prit
le titre de Seigneur de la Guinée. Au milieu de
— 23 —

leurs conquêtes, les Portugais ne perdirent point


de vue la propagation de leur religion. Diego Cam,
après avoir remonté le Zaïre, invitale roi de Con-
go ,, à se faire baptiser. Le roi de Bénin, ayant eu
connaissance du commerce que ses voisins fai-
saient avec les Portugais, et croyant qu'il lui se-
rait avantageux, de se mettre en faveur auprès de
ces étrangers, leur demanda des missionnaires.
Les premières expéditions des Portugais dans
la Guinée, ressemblèrent assez à des expéditions
de pirates et de voleurs, mais lorsqu'ils eurent re-
connu les grands avantages qui devaient en résul-
ter, ils se décidèrent à établir leur domination sur
ce vaste pays ; et, à cet effet, ils construisirent
une infinité de forteresses.
Bartolomé Diazfutle premier qui connut l'île de
Sainte-Croix (i486): il fut chassé par l'impétuosi-
té d'une tempête, à cent lieues de ce promontoire
' élevé de l'Afri-
qui forme l'extrémité méridionale
que , de manière qu'il ne le revit qu'à son retour.
Ce fut lui qui donna à ce cap le nom de Cap des
Tempêtes. Ne pouvant continuer son voyage à
cause du manque de vivres et du mauvais état de
son navire, il s'en retourna. Mais le roi qui avait
reçu par quelques voyageurs , des nouvelles favo-
rables sur la possibilité de doubler ce cap, conçut
l'idée de trouver, de ce côté de l'Afrique, un che-
min pour aller dansl'Inde , et enorgueilli par cette
idée présomptueuse, i! donna à ce cap ou promon-
toire, lenom de Cap de Bonne-Espérance, au lieu
de Cap des Tempêtes, que Diaz lui avait donné.
Tous les projets et toutes les tentatives des Portu-
gais avaient alors pour but de trouver ce passage;
— 26 —

ils espéraient qu'en changeant la direction des


marchandises venant de ces pays lointains, le gou-
vernement portugais conserverait le monopole du
commerce oriental. Il y avait plus de soixante ans
que le Portugal possédait plusieurs établissemens
sur la côte occidentale de l'Afrique , de manière
que chaque jour ses relations avec les différens
peuples de l'intérieur devenaient plus importantes.
Il ne manquait aux Portugais que le passage de ce
terrible Cap des Tempêtes ; mais cette entreprise
épouvantait même les plus hardis.
Une donation faite par le Pape Martin V con-
firmée par Alexandre VI, et acceptée à Tordesil-
las par les rois d'Espagne et de Portugal, concéda
à ce dernier tous les pays que l'on découvrirait à
l'Est d'une ligne tirée d'un pôle à l'autre, à 370
lieues à l'Ouest des îles Açores et du Cap-Vert.
Manuel, successeur de Jean II, qui suivait avec
ardeur l'exécution des projets de son père, fit tous
ses efforts pour découvrir lai'oute de Flnde. Par-
mi le grand nombre de bons capitaines qui l'entou-
raient à cette époque, il choisit son gentilhomme
de la chambre , Vasco de Gama , natif de Sines ,
pour commander une nouvelle expédition qu'il
voulait envoyer dans les mers d'Afrique. Vasco de
Gama avait beaucoup de fermeté, une présence
d'esprit rare, une persévérance à toute épreuve ,
et un patriotisme sans bornes. Il fut porté à entre-
prendre cette périlleuse expédition, moins parle
désir d'ajouter de nouvelles palmes à sa propre
gloire, que par celui d'augmenter la renommée
de la nation portugaise. Les résultats des expédi-
tions précédentes avaient découragé jusqu'aux
— 27 —

hommes les plus audacieux ; c'est pourquoi les uns


regardaient l'acceptation de Gama, comme une
folie, et les autres, comme l'effet d'une audace ex-
traordinaire.
Les préparatifs terminés, le roi donna au vais-
seau amiral un pavillon avec l'emblème de la Croix
de l'Ordre militaire du Christ, sur lequel Vasco de
Gasma prêta serment de fidélité. Le prince lui
donna plusieurs lettres pour les souverains de
l'Orient , et entre autres une pour le Zamorin ou
Empereur de Calicut. L'escadre , composée de
trois bâtimens et d'une grande barque , dont
l'équipage était de cent soixante hommes , mit
à la voile à Bélem, le 8 juillet 1497, en présence
d'un nombreux concours de peuple qui fesait des
voeux pour que le voyage fût heureux. A peu de
distance des côtes du Portugal, le mauvais temps
se déclara, et une tempêté obligea l'expédition de
toucher aux îles du Cap-Vert, où Gama s'occupa
à faire réparer les bâtimens; et le li$ novembre ,
après trois mois de navigation, il découvrit le Cap
de Bonne-Espérance ; deux jours après, il le dou-
bla , el fut le premier européen qui parcourût cette
côte orientale. Il arriva à Mozambique , ville très-
riche et très-commerçante , située à 15 degrés de
latitude méridionale ; cette ville possédait un des
meilleurs ports qu'il y eût dans ces mers ; il
est fréquenté particulièrement par les commer-
çans africains, qui vont à Sofala dans la mer Rou-
ge, et aux Indes pour le commerce du poivre,
des pierres précieuses et autres objets. La récep-
tion fut très-flatteuse, mais lorsque les Maures
surent que l'équipage de l'escadre était chrétien ,
— 28 —

ils mirent tout en oeuvre pour le détruire; mais,


voyant que les Portugais repoussaient la force par
la force, ils eurent recours à la trahison pour par-
venir à leur but. Comme l'escadre avait besoin
d'eau, les chaloupes entrèrent clans le port pour
faire leur provision , tandis que l'artillerie con-
tenait les Maures. Deux pilotes, que Gaina avait
pu obtenir dans sa première conférence, tentè-
rent d'attirer les chaloupes sur un point dange-
reux , d'où elles n'auraient pu sortir que par l'im-
pétuosité du courant. L'amiral, qui connaissait ce-
pendant déjà la mauvaise foi des Maures, ne s'était
point douté de cette perfidie, jusqu'à ce que, d'a-
près l'invitation du roi, qui lui offrait les mar-
chandises du pays, telles que l'or, l'argent, les
épices , l'ambre gris , etc., il fit son entrée dans le
port de Momballa. Là , il s'aperçut que les deux
pilotes, après avoir salué avec affectation les grou-
pes maures qui couvraient la plage , se jetèrent à la
mer. Il les réclama au roi, mais il ne pût les obte-
nir, parce que le roi de Momballa s'était entendu
pour les refuser avec le Shah de Mozambique. Plu-
sieurs Maures, qui rodaient pendant la nuit à l'en-
tour de l'escadre dans l'intention de couper les
cables , furent faits prisonniers.
Gama mit à la voile le 15, et rencontra sur la
route de Melinde deux bâtimens ; il en prit un ,
monté par dix-sept Maures, et qui portait une
grande quantité d'or et d'argent. Le même jour ,
il entra dans le port de Melinde : à la vue de l'es-
cadre , le roi alla à sa rencontre dans une grande
barque avec toute sa cour ; l'amiral, invité par lui,
descendit dans cette barque , et fut reçu avec la
— 29 —

plus grande courtoisie. Le roi lui demanda d'où il


venait, quel élait son roi, et par quels motifs il
naviguait dans ces mers. Gama répondit convena-
blement à toutes ces demandes et le roi lui promit
un bon pilote pour le conduire à Calicut. Ils firent
un traité d'aillance , et pour preuve d'une bonne
amitié , ils se firent mutuellement quelques pré-
sens. Cette ville est assez considérable et très-
avantageusement située; elle est habitée par des
Maures Arabes, qui font le commerce avec Cam-
baie et Guzurate. De Melinde , un pilote indien de
beaucoup d'intelligence, conduisit l'escadre por-
tugaise dans le port de Calicut, où elle jeta l'ancre
après 25 jours d'une heureuse traversée.
L'empire de Calicut, le plus grand de la côte du
Malabar, comprenait alors , outre le territoire de
ce nom , centre du gouvernement suprême , six
petits états administrés par des rajas , sujets du Za-
morin , contre lequel ils se rebellaient assez fré-
quemment; ces étals étaient Cananor , Granga-
nor, Cochinche, Perka, Koulan etTravankor. La
résidence habituelle du Zamorin était à Calicut ,
ville très-riche et très-peuplée , où se tenait le
marché le plus important de toutes ces provinces,
en poivres, drogueries , pierres précieuses , soie-
ries, percales, or et argent.
Le hazard procura à Gama la rencontre dans
cette ville d'un Maure de Tunis , nommé Monsaïd,
qui comprenait le portugais et qui était grand
admirateur des exploits de cette nation sur les cô-
tesde Barbarie ; son admiration était si forte qu'el-
le approchait du fanatisme. Ce Maure se chargea
d'aller à Panami où se trouvait alors le Zamorin ,
— 30 —

pour lui annoncer l'arrivée des Portugais et lus


parler en leur faveur ; mais il arriva trop lard ,
car la nouvelle en était déjà répandue. Monsaïd ,
pour flatter la vanité de ce prince indien , lui dit ,
qu'un roi puissant désirant obtenir son alliance ,
lui envoyait, des extrémités de l'occident, un am-
bassadeur avec des lettres et des présens. La ré-
ponse du Zamorin fut satisfaisante ; il envoya à
Gama un pilote pour conduire son escadre dans la
rade de Paderano où elle serait en sûreté , et d'où
il pourrait passer à Calicut par terre. . . . Son en-
trevue avec le prince fut très-agréable ; ils en
étaient arrivés au point de conclure un traité ;
mais bientôt Katwal, l'un des ministres , in-
fluencé par une compagnie ennemie des Portu-
gais , commença à susciter des obstacles, qui en
très-peu de temps détruisirent la bonne harmonie
qui commençait à régner entre les deux peuples.
Les Maures de l'Afrique et ceux de la Mecque ,
qui faisaient le commerce avec les Indiens par l'E-
gypte et la mer Piouge, avaient appris par leurs
correspondants, qu'une nation riche et entrepre-
nante de l'Occident voulait rechercher dans ces
mers une nouvelle route pour le commerce de Ca-
licut et des autres parties de l'Inde. L'envie et l'in-
térêt, ces deux ressorts de la cupidité humaine ,
avaient suggéré aux Maures commerçants à Cali-
cut , les moyens de déjouer avec précaution et par
la ruse, les projets inconnus qu'ils ne croyaient
pas si audacieux. On répandit le bruit qu'ils of-
fraientde l'or en échange des marchandises, ce qui
augmenta leurs alarmes. On ne cessait de repré-
senter à l'imagination du Zamorin les Portugais ,
— 31 —

comme des bandits déguisés, dont le chef, sous le


manteau d'un ambassadeur, cherchait les moyens
de les tromper et de les voler. Les apparences vin-
rent corroborer ces présomptions , que les Mala-
bares virent justifiées p ir des violences commises
à Mosambique et à Mombassa. Le peu de valeur
des présens de Gama, était déjà une prévention
aussi puissante que défavorable pour un despote ,
qui ne comptait la force d'un souverain que par la
magnificence de ses présents. En conséquence , le
discrédit de Gama augmentait chaque jour ; ce-
pendant le Zamorin lui permit de vendre ses mar-
chandises dans la ville , mais lorsqu'il voulut sor-
tir pour retourner à son escadre, il trouva la mai-
son assiégée par l'ordre de Kalwal qui lui intima
l'ordre de faire approcher ses bâtimens dé la plage
s'il voulait la liberté. L'amiral refusa de donner
son consentement, parce qu'il soupçonnait que
l'intention des Maures était d'exterminer tous les
Portugais , de manière qu'il n'en restât pas un seul
qui pût faire connaître à son pays la situation de
Calicut. Katwal lui répétai! les mêmes ordres et
les mêmes menaces , mais Gama eut assez de fer-
meté pour envoyer un portugais dire à son frère
que , dans aucun cas, il n'envoyât les chaloupes à
terre. L'avis arriva au moment où il se disposait à
le faire ; les habitans prenaient déjà leurs mesu-
res pour s'en emparer dés qu'elles se seraient ap-
prochées.
La nuit suivante, les Portugais qui étaient à
terre furent cernés et la garde qui les surveillait
fut doublée. Gama fit savoir à Katwal qu'il avait
l'intention de lui offrir quelques objets particuliers
— 32 —

de l'Europe , ce qui le rendit plus traitable ; il dit


alors à l'amiral, que s'il ne voulait pas faire ap-
procher son escadre, il pouvait faire débarquer
ses marchandises et les vendre dans la ville d'après
l'autorisation du Zamorin, et qu'aussitôt que les
objets seraient à terre il lui permettrait de retour-
ner à sa flotte. Gama consentit, sous la condition
qu'on lui procurerait des barques, et effectivement
elles se dirigèrent vers l'escadre , portant une let-
tre de Gama pour son frère , dans laquelle l'ami-
ral lui disait d'envoyer une partie des marchan-
dises à terre, et que si Katwal , après cet acte, le
retenait ou le faisait mourir, il ne devait pas son-
ger à se venger , mais qu'il devait mettre de suite
à la voile, pour instruire son roi du résultat du
voyage.^
Aussitôt que les marchandises furent à terre, Ga»-
ma obtint sa liberté ; il retourna à son escadre après
avoir supporté de grandes humiliations , effets de
la haine et de l'envie des Maures. Désirant recou-
vrer ce qu'il avait confié de bonne foi à Katwal,
ainsi que les otages qu'il laissait à Calicul , Gama
se vil obligé d'employer la force pour l'obtenir;,
cela lui ayant parfaitement réussi, il mit à la voile
pour retourner en Europe , passant par Mélinde
pour y prendre un ambassadeur, que le roi de ce
pays avait promis d'envoyer en Portugal (1499).
Après une suite continuelle de déceptions, de calâ-
mes , de tempêtes et de maladies , le 20 mars , il
doubla le Cap de Bonne-Espérance et jeta l'ancre
à Belem, après deux ans et deux mois d'absence.
Son entrée à Lisbonne fut un véritable triomphe ;.
le Roi était glorieux de voir porter son nom efc
— 33 —

celui de son peuple dans des régions si lointaines


et si riches; les commerçants entrevoyaient une
perspective riante, et une source intarissable de
richesses; les moines espéraient d'étendre leur au-
torité et de propager leur croyance : Gama était
considéré par tous les portugais comme le héros de
la patrie.

CHAPITRE III.

PedroAlvarez Cabrais'embarquepourl'Inde.—Vascode GamaobtieDt


le
—Savengeance
titred'amiraldesmersdel'Orient. contreleZamorin
,
empereurdeCalicut.

I^XO'année suivante (1500), on équipa une es-


IHJK(& 1cadre de trois bâtimens de diverses gran-
j^^^jfsdeurs, sous les ordres de Pedro Alvarez
Cabrai, qui devait faire partie de la nouvelle ex-
pédition. L'évêque de VTiseo lui remit l'étendart de
la croix et un chapeau béni par le Pape ; le fana-
tisme attribuait à cette époque autant de valeur
que de vertu à ces objets, sur lesquels on fondait
le succès des entreprises. L'équipage se composait
de douze cents hommes, huit frères franciscains ,
et huit prêtres séculiers , sous l'autorité d'un cha-
pelain du roi. Les instructions remises à l'amiral
portaient d'abord la prédication de l'évangile, avec
injonction d'avoir recours aux armes si les habi-
tans ne paraissaient pas disposés à l'entendre ; en-
suite de contraindre le Zamorin à interdire aux
— 54 —

Maures le commerce dans sa capitale, sous la con-


dition que le Portugal lui procurerait les mêmes
marchandises que les Arabes et à des prix infé-
rieurs .
L'escadre mit à la voile le 9 mars, mais l'impé-
tuosité d'une tempête la chassa vers l'Ouest, con-
tre sa direction; là, Cabrai reconnut des terres
que Gama n'avaient pas découvertes. Il fit célé-
brer une messe sur la plage, ce qui causa une
grande admiration aux habitans du pays qui ac-
couraient par groupes pour être témoins de la cé-
rémonie. Cabrai ne douta pas un instant que ce
pays , que l'on a connu ensuite sous le nom de
Brésil, appartînt à un nouveau monde. Conti-
nuant la route pour arriver à sa destination , l'es-
cadre fut assaillie de nouveau par les tempêtes et
les vents qu'elle dût supporter pendant vingt-deux
jours.
Lorsque le calme revint, l'amiral reconnut,
qu'au milieu de ses pénibles efforts , il avait dou-
blé le Cap de Bonne-Espérance , et s'aperçut que
quatre transports n'avaient pas rallié son escadre.
Il arriva à Mozambique ; là , il prit un pilote qui le
conduisit à Quiloa , où il retrouva deux transports
que la tempête avait séparés de l'escadre. Il ne put
pas réussir à faire un traité de commerce avec le
roi de es-.pays , parce que la différence de reli-
gion était un grand obstacle pour acquérir la con-
fiance dont il avait besoin. Il fut mieux reçu àMé-
linde par le roi , à qui Cabrai présenta l'ambassa-
deur qu'il avait envoyé en Europe par Vasco de
Gama. Cabrai reçut à son bord la visite du roi .
qui lui promit de maintenir une alliance fidèle avee
— 3S —

les portugais et lui donna deux pilotes pour le me-


ner à Calicut.
Il y arriva le 15 septembre ; il envoya de suite
Alonso Hurtado , avec un interprète, pour parler
au Zamorin et l'instruire du traité de commer-
ce qu'il voulait établir avec lui. Le prince le reçut
amicalement et accorda une audience à l'amiral ;
ils furent d'accord sur plusieurs points , et le Za-
morin fit mettre sur le champ à la disposition des
Portugais , un grand édifice situé sur le bord de
l'eau. Mais la sécurité du commerce fut bientôt
troublée. Les Musulmans furieux de voir d'auda-
cieux étrangers leur enlever le gain dont ils jouis-
saient dans ce riche pays, aidés de Katwal et de
l'amiral de Calicut, soulevèrent la populace con-
tre les Portugais; cinquante de ces hardis naviga-
teurs furent assassinés par une multitude aveuglée
qui pilla L'édifice ; le reste des Européens, parmi
lesquels un grand nombre étaient blessés , purent
gagner une porte qui donnait sur la côte et mettre
leur vie en sûreté. Cabrai altéré de vengeance, at-
taqua deux grands bâtimens indiens qui se trou-
vaient dans le port ; il égorgea leur équipage ,
composé de six cents hommes , s'empara du char-
gement et les livra aux flammes à la vue des Mau-
res qui couvraient la plage. Le jour suivant , il
plaça son escadre en face de Calicut qu'il cannonna
pendant longtemps , et, après avoir incendié tous
les bâtimens arabes qui se trouvaient dans le port,
il mit à la voile pour Cochin avec l'espoir d'y for-
mer un comptoir.
Le roi de Cochin , tributaire du Zamorin, dé-
sirait beaucoup se lier d'amitié avec un étran-
— 36 —

ger aussi puissant et dont il espérait la protection.


Aussi accorda-t-il une audience à Cabrai et le
traita—t-il avec distinction. Cabrai lui lit quelques
présens qui furent reçus avec joie , car ce prince
était aussi pauvre que son voisin était riche ; une
alliance intime s'établit bientôt entre eux. L'ami-
ral cingla ensuite vers le royaume de Cananor,
où il établit des relations amicales avec le roi de
ce pays. Immédiatement après , il se mit en route
pour retourner en Portugal.
Quatre bâlimens , dits caravelas, sous les ordres
de Jean de Nueva, étaient sortis de Lisbonne,
avant l'arrivée de Cabrai ; ils devaient passer par
Sofala pour y établir un comptoir, et ensuite se
réunir à Cabrai dont on ignorait le sort, et par ce
moyen fixer dV.ne manière solide le commerce
portugais à Calicut. Jean de Nueva, considéra
qu'avec si peu de forces , il lui serait impossible de
mener à bonne fin de grandes entreprises ; il s'em-
para de deux bàtimens Maures qu'il incendia peu
après , et se dirigea sur Cochin et Cananor. Il
s'occupait tranquillement d'achever de régler son
chargement dans cette dernière ville , quand on
l'avertit que l'on découvrait plus de quatre-vingts
barques indiennes envoyées de Calicut pour le
surprendre; il plaça son escadre au centre delà
baie , et ordonna de faire un feu très-vif, lorsque
l'ennemi serait à portée. Les Maures qui n'avaient
que des flèches ne purent résister longtems au feu
des Européens, qui firent couler un grand nombre
de barques et tuèrent beaucoup de monde; le reste
fut forcé de se retirer à Calicut. Jean de INueva ,
satisfait que le roi de Cananor, eût été témoin de
— 57 —

la supériorité des européens, s'en retourna très-


heureusement en Portugal, sans avoir eu la moin-
dre entrave ni dans la traversée , ni dans les ren-
contres de guerre.
D'après le récit de Cabrai, le roi de Portugal
vit fort bien qu'il était indispensable d'avoir re-
cours aux armes pour établir solidement des rela-
tions avantageuses avec l'Inde; aussi, animé par la
ferme résolution de continuer une entreprise aussi
glorieuse et qui importait tant au bien-être de son
peuple et à la gloire de sa religion , donna-t-il
bientôt des ordres pour qu'on formât une esca-
dre capable de répandre dans toutes les régions
de Flnde la terreur du nom portugais. Vingt bâti-
mens de guerre furent bientôt disposés ; on en
forma trois escadres, sous le commandement de
Vasco de Gama , à qui il donna le litre d'amiral
des mers de l'Orient. La première division , com-
posée de dix bâtimens , était dirigée par Gama ,
qui devait parcourir de nouveau les côtes con-
nues , afin de consolider la domination portugai-
se sur tous les points où elle était déjà établie , et
veiller à ce que l'étendart de la chrétienté fût
respecté dans ces mers. La seconde division était
commandée par Vicente Sodre ; elle était destinée
à croiser à l'entrée de la mer Rouge pour empêcher
les Maures de faire le commerce avec les Indiens ;
et la troisième division , commandée par Sébas-
tien Gama , formait la réserve destinée à porter
secours où il serait nécessaire.
Vasco avait à son bord les ambassadeurs de
Cochin et de Cananor, que le roi de Portugal ren-
voyait dans leurs pays chargés d'honneurs et de
3
— 58 —

présents. L'escadre ayant doublé le Cap de Bonne-


Espérance, Gama se dirigea vers Sofala avec les
quatre plus petits bâtitnens de sa division , tandis
que le reste gouvernait pour arriver à Mozambi-
que. Conformément aux ordres que Gama avait
reçus , il établit des relations dans ce pays et con-
tracta une alliance avec le roi de Sofala, qui lui
permit d'établir un comptoir dans sa capitale. Il
fut également heureux à Mozambique , et comme
ce port était le meilleur et le plus commode de ces
mers, il le destina à servir de refuge aux bâtimens
portugais qui y trouvaient des approvisionnemens
suffisants.
L'amiral passa à Quiloa , avec l'intention de
châtier Ibrahim, pour la mauvaise réception qu'il
avait faite à Cabrai; mais ce prince, effrayé par la
supériorité des forces portugaises , fit sa soumis-
sion , se x'endit à bord du vaisseau amiral et s'en-
gagea à payer uns contribution de deux mille
ducats ; par ce moyen , il évita les malheurs qui le
menaçaient. Gama se dirigea ensuite surMélinde
avec toute son escadre ; il captura sur sa route plu-
sieurs bâtimens maures , et, en passant par Ca-
nanor, il s'empara d'une grande embarcation char-
gée d'objets précieux que le Soudan d'Egypte en-
voyait pour orner le tombeau du prophète. Après
avoir enlevé ces objets, il livra l'embarcation aux
flammes.
Le fanatisme avait inspiré aux Maures une telle
horreur des chrétiens , que trois cents d'entre
eux, hommes de distinction dans leur pays, pré-
férèrent périr dans les flammes, que de passer à
bord des vaisseaux montés par les vainqueurs.
— 59 —

Dès son arri vée à Cananor, Faillirai fît annon-


cer au roi qu'il désirait le voir. Le désir d'un
homme qui avait sous son commandement une es-
cadre aussi puissante, pouvait être considéré
comme un ordre ; cependant le roi, plutôt que de
se rendre à bord du bâtiment de Gama , préféra
faire établir un pont fort large sur Feau , et , à son
extrémité, une salle richement ornée, destinée
pour l'audience. Lé prince et l'amiral se réunirent
sur ce pont, entourés d'an grand appareil ; il ré-
sulta de cette conférence un traité d'alliance et de
commerce et l'établissement d'un comptoir à Ca-
nanor. Lorsque les Portugais eurent vendu une
grande partie de leurs marchandises, ils mirent à
la voile pour Calicut, où la renommée les avaient
devancés en faisant connaître tous les détails de
leur expédition. Le Zamorin qui craignait leur
vengeance, mais qui ne les croyait pas si près ,
ne put éviter la prise de beaucoup de petits bâti—
mens destinés au commerce de la côte , ainsi que
de cinquante Malabares. Vasco fit savoir à ce
prince qu'il venait lui demander satisfaction pour
l'assassinat commis sur des Portugais de l'escadre
de Cabrai et pour le vol des marchandises de leur
comptoir. Le Zamorin refusa de répondre ; l'a-
miral le lit prévenir que si, à midi précis , il n'a-
vait pas reçu une réponse satisfaisante , il aurait
recours aux armes. Le Zamorin eut la témérité de
garder le silence ; à l'heure dite , l'amiral fit tirer
un coup de canon, signal convenu pour pendre
aux mâts les cinquante Malabares qui avaient été
répartis sur les divers bâtimens. Une représaille si
atroce était indispensable pour fonder sur la crain-
— 40 —

te la sécurité des Portugais. Pendant la nuit, il fit


approcher de la place trois bâtimens , et, au point
du jour, l'artillerie fil un feu très-vif sur la ville.
Une grande quantité de maisons furent démolies ,
le palais fut réduit en cendres. Gama, satisfait de
cette première vengeance, se dirigea sur Cochin,
et laissa Vincent Sodre , avec six bâtimens, pour
donner la chasse aux embarcations des Maures.
Le roi de Triumpara reçut Gama avec la même
affabilité qu'il avait toujours montrée aux Portu-
gais ; il signa un traité de commerce et d'alliance,
qui fut sanctionné par des présents départ et d'au-
tre. On désigna sur le champ un édifice très-com-
mode pour être transformé en compoir, et les
prix des denrées furent réglés par l'agent portu-
gais. L'amiral se dirigea sur Cananor, mais dans
sa route, non loin de Padirane , l'escadre du Za-
morin de Calicut se présenta pour lui disputer le
passage : la confiance que les Européens avaient
dans la réussite de toutes leurs entreprises, la su-
périorité de leurs forces et leur valeur, ne leur
permutent pas de douter du succès du combat ; les
bâtimens ennemis, épouvantés par l'effet de l'ar-
tillerie, furent mis promptement en déroute mal-
gré la persévérance de leurs défenseurs. Un nom-
bre considérable d'Indiens périrent dans les flots ;
et deux bâtimens chargés de porcelaines , de toi-
les de la Chine et de beaucoup d'autres marchan-
dises , furent pris pendant le combat, pillés et li-
vrés ensuite aux flammes.
Parmi le butin, on trouva une statue en or,
garnie de pierres précieuses , pesant quatre cents
onces. Gama continua ensuite sa route pour se
— 41 —

rendre à Cananor, où il ï'égla ses conventions


commerciales , comme il l'avait fait à Cochin, et
enfin il reprit avec treize bâtimens la route du
Portugal.
(1503).— Le Zamorin , après le départ des Por-
tugais , ne pouvant pardonner au roi de Cochin
la faute qu'il avait commise, d'avoir contracté une
alliance avec les Européens , prit bientôt la réso-
lution de se venger ; à «et effet, il se mit à la tête
d'une nombreuse armée, et marcha sur Cochin ,
qu'il prit et qu'il incendia. Le roi, abandonné de
sa noblesse , qui lui reprochait sa déférence pour
les Portugais, se réfugia à File de Vaïpi , mieux
fortifiée que Cochin, mais où il fut bientôt assié-
gé ; pendant qu'il se défendait dans cette position,
une nouvelle expédition portugaise , composée de
neuf bâtimens, se présenta dans les mers de l'In-
de. Cette escadre était commandée par Antonio
de Saldana ; elle avait mission de croiser à l'em-
bouchure de la mer Rotige ; ce marin avait pour
compagons les deux Albuquerque , Alphonse et
François. Ce dernier, après avoir raillé les restes
de l'escadre de Vincent Sodre , qui avait fait nau-
frage sur les côtes d'Arabie, fut le premier qui ar-
riva à Calicut ; le Zamorin fut mis en déroute par
les vaillans portugais. Le roi de Triumpai-a, en
reconnaissance du secours que ses alliés lui avaient
prêté, leur permit d'établir près de la capitale ,
une forteresse à laquelle on donna le nom de San-
tiago. On travaillait déjà à sa construction , lors-
que Alphose d'Albuquerque , poussé par le vif dé-
sir de se rendre célèbre , arriva dans ces parages.
Bientôt il embarqua cinq cçnls hommes sur les
— 42 —

bâtimens pris au Zamorin « pour assiéger et brû-


ler la ville de Repélin qui avait une garnison de
deux mille hommes, ce qu'il effectua ; il se mit
ensuite à la tête d'une partie de sa troupe et se di-
rigea sur une autre ville située sur le bord de la
mer; mais environné tout-à-coup par un nombre
considérable d'Indiens, tandis que trente-trois bâ-
timens sortaient de Calicut pendant le combat, il
allait être victime de sa témérité, si son frère
François d'Albuquerque ne fût arrivé à temps
pour lui porter secours 'r les deux frères réunis fi-
rent un carnage horrible des Indiens. Alphonse ,
ivre de gloire et chargé de richesses, retourna
dans sa patrie ; mais son frère François, moins
heureux que lui, périt en mer sans que jamais on
ait pu découvrir où il fît naufrage.
Le Zamoi-in, loin de s'être laissé décourager par
les pertes considérables qu'il avait faites, conser-
vait dans son coeur le désir de se venger du roi de
Cochin et d'exterminer les Portugais qui étaient
restés dans son empire.
Au départ des Albuquerque , ses espérances se
ranimèrent ; il parvint à faire partager ses idées à
tous les princes du Malabar. Son armée se com-
posait de cinquante mille hommes , et sa marine
de deux cent quatre-vingts parres (petites embar-
cations), qui devaient transporter quatre mille
hommes avec l'artillerie nécessaire pour détruire
la nouvelle forteresse portugaise. Edouard Pa-
checo, qui était resté pour la défense de Cochin ,
n'avait d'autres forces à opposer à cette nombreu-
se armée que cent soixante portugais , un bâti-
ment et deux caravelas; il pouvait cependant
— 45 —

compter sur trente mille Indiens qu'il jugea con-


venable d'employer à la défense de la ville. Plein
de confiance dans ses forces de mer et dans la va-
leur de ses intrépides soldats , il prit ses disposi-
tions en conséquence. Il envoya vingt-cinq sol-
dats dans le bâtiment, vingt-six dans une cara-
vela et vingt-trois dans l'autre; et ayant choisi
parmi les Indiens trois cents des plus déterminés ,
il remit au reste de sa troupe le soin de défendre
le comptoir. Ensuite , à la tête de vingt-deux sol-
dats des plus résolus , il se dirigea dans une bar-
que pour surprendre la flotte de Calicut. La vic-
toire qui jusqu'alors s'était montrée favorable aux
Portugais, ne les abandonna pas dans cette occa-
sion ; Pacheco, en trois différentes attaques, fit
couler bas près de deux cents parres et tua plus de
deux mille hommes ; il fit ensuite réunir ses bâti-
mens sur la plage et fit commencer le feu à son ar-
tillerie contre un corps de cinq mille hommes qui
s'avançaient sous les ordres du Zamorin ; peu de
minutes suffirent pour disperser cette masse ; ce
prince , jaloux de venger ses pertes, redoubla ses
efforts pour effectuer le passage de la rivière de
Vais , mais il avait à faire à un ennemi qui réunis-
sait la valeur à l'activité ; Pacheco devinant les
mouvemens du Zamorin, et méprisant les dan-
gers , prit la résolution de se placer au centre lors-
que l'armée du Zamorin s'approcherait ; par cette
disposition il pénétra dans l'armée ennemie en
rompant sa ligue et il parvint, par cette manoeu-
vre hardie, à la mettre dans une déroute com-
plète.
Le Zamorin , aveuglé par le désir d'assouvir sa
— 44 —

vengeance, fit une dernière tentative par mer ;


mais le résultat fut le même. Huit batteries mobi-
les , que les Indiens avaient placées sur différens
points , furent détruites par l'artillerie portugai-
ses , et leurs débris flottant sur les ondes achevè-
rent de jetter la terreur dans l'armée de Calicut.
A la vue de ces désastres, le Zamorin *>e décida à
suivre l'avis de ses conseillers ; il rétablit la paix
avec le roi deCochin.
Pacheco , dont le nom était respecté dans cette
partie de l'Inde, protégea le commerce de sa na-
tion à Coulan, malgré l'opposition des Maures.
Dans ces circonstances , Lope Suarez , comman-
dant une escadre de treize bâtimens, arriva de
Portugal aux îles Anchedives , où il augmenta sa
flotte de deux bâtimens qu'il y trouva , et, avec
ces forces , il se présenta devant Calicut ; il bom-
barda la ville et quinze mille habitans furent en-
terrés sous les décombres-^ Use dirigea ensuite sur
Granganor, ville fortifiée par le Zamorin ; cette
cité fut réduite en cendres, et la flotte qui la dé-
fendait devint la proie des flammes.
Avant de retourner en Portugal, Suarez et Pa-
checo, laissèrent à Cochin une escadre de quatre
bâtimens pour défendre le port et secourir leur al-
lié. Ils se dirigeaient à toutes voiles sur Sanami ,
ville'J appartenant au Zamorin de Calicut, dans
l'intention de la détruire ; mais le vent contraire
qui se leva les détourna de leur direction ; ils fu-
î-ent poussés en vue d'une escadre turque forte de
dix-sept voiles, qu'ils attaquèrent, vainquirent et
brûlèrent avec l'équigage et le chargement. Enfin
'
Suarez et Pacheco, couverts de gloire et chargés
— 45 —

de richesses , arrivèrent à Lisbonne (1506). Le roi


récompensa particulièrement la valeur d'Edouard
Pacheco; mais, peu de temps après , par une de
ces intrigues que l'envie fomente si fréquemment,
il se vit emprisonner, et le vainqueur des Indes
trouva une fin tragique dans le fond d'un cachot.

CHAPITRE IV.

DépartdeFrançoisdeAlmcîda desIndes.— Hauts-faits


, avecletitredeVice-Roi de
TristandeAcunaetd'AlphonseAlbuquerque.—Expédition
du.Soudand'E-
gypteparlaHierRouge
contrelesPortugais.

Hg^I pprÉciant plus que jamais la nécessité de


consolider ses conquêtes sur les côtes
ÊmïÊjk
e^SSr orientales de l'Afrique, afin de les étendre
ensuite avec plus de sécurité dans l'Inde , le Roi
de Portugal (1507) fit rassembler une escadre de
vingt-deux voiles, avec quinze cents hommes de
troupes bien disciplinées , qu'il mit sous le com-
mandement de François de Almeida , en lui con-
férant le titre de vice-Roi des Indes. Le Roi lui
donna l'ordre écrit d'élever des fortifications sur
tous les points avantageux de la côte , depuis Mo-
zambique jusqu'à Guardafui, à l'entrée de la Mer
Rouge.
Mais une violente tempête dispersa la flotte ;
l'amiral, après de grands effoi-ts, parvint cepen-
dant à réunir huit bâtimens avec lesquels il se di -
vers l'île de à son arrivée dans le
rigea Quiloa ;
port, il le salua par quelques coups de canon ; mais
n'ayant reçu aucune réponse, il commença im-
médiatement les hostilités , en faisant débarquer
5*00 hommes qui attaquèrent la ville et la pillè-
rent. Il fit construire un fort, dans lequel il jeta
trois cent cinquante hommes , en leur laissant un
bâtiment et un brigantin , pour parcourir conti-
nuellement la côte.
Mombasa, qui voulut opposer quelque résis-
tance aux portugais, fut prise et livrée aux flam-
mes ; Onor subit le même sort. Les Indiens et les
Maures frappés d'épouvante, et ne se sentant pas
assez d'énergie pour opposer la moindre résistan-
ce , allèrent répétant partout le récit des exploits
du vainqueur.
Almeida fît construire une forteresse destinée
à dominer l'île d'Anchediva, et à Cananor, i!
éleva une citadelle.
Une autre escadre composée de six bâtiments ,
commandée par Pedro de Anaya , arriva à Sofala,
pays célèbre par ses abondantes mines d'or. Le
Roi de Sofala, trop orgueilleux pour se soumettre
aux Portugais , qui avaient fait construire un fort
sur son territoire , se mit à la tête d'une armée de
cinq mille Caffres pour les attaquer ; mais il péril
à la première bataille. Son fils obtint la couronne,
mais sous la condition qu'il serait fidèle à l'alliance
Portugaise.
Le Zamorin, toujours impatient d'exterminer
d'aussi cruels ennemis, et espér-ant pouvoir chas-
ser les Portugais de ses états , réunit une flotte
nombreuse , avec laquelle il se présenta devant
Cananor ; mais la plus grande partie de ses bâti-
. — 47 —

mens fut mis en déroute et dispersé, plusieurs,


devinrent la proie des flammes et le plus grand
nombre fui englouti dans la mer.
— Une escadre de treize voiles avec
(1508)
treize cents hommes d1équipage , sous les ordres
de Tristan de Acuna et d'Alphonse Albuquerque,
sortit du port de Lisbonne, et, aptes avoir doublé
le Cap de Bonne-Espérance, se présenta à Me-
linde. Le Roi, qui était toujours resté en bonne
harmonie avec les Portugais, invita l'amiral à
l'aider dans la guerre qu'il soutenait contre le
Roi de Oja. Tristan se présenta aussitôt devant
cette ville ; les habitans lui ayant opposé quelque
résistance, il livra cette cité au pillage et aux
flammes. Brava, qui avait tenté de recouvrer son
indépendance , fut prise de nouveau et les soldats
d'Albuquerque , commirent dans cette ville des.
atrocités , dont les sauvages les plus féroces au-
raient eu horreur. Le sang coulait dans toutes les
rues ; les cadavres des hommes, des femmes et
des enfans mutilés ou égorgés en obstruaient le
passage.
Les Portugais redoutant la concurrence de:
Egyptiens et des Arabes, résolurent de s'empare-
de l'île de Socotora, dans l'intention d'en faire ul
refuge pour leurs vaisseaux et de se rendre maî-
tres du commerce de la mer Rouge. Tristan de
Acuna, réunit à son escadre celle de Alvaro Tel-
lez, composée de six bâtimens, attaqua l'île els'ei,
empara. Le fils du Roi, qui était à la tête des trou
pes, fut tué dans le combat ; une seule forteresst
existait dans cette île, elle fut assiégée et prist
malgré la vigoureuse résistance que fit sa nom-
— 48 —

breuse garnison , qui préféra périr plutôt que de


survivre au fils de son souverain.
Après la conquête de l'Ile, Alphonse de Noro-
na, à la tête d'une garnison de cent hommes , ob-
tint le commandement du fort. Acuna prit la route
des Indes et Albuquerque se dirigea vers la côte
d1Arabie avec sept bâtimens et quatre-cent-soi-
xante hommes. Avec cette petite escadre , il entra
en campagne, ruinant les côtes et subjuguant les
populations dépendantes du roi d'Ormuz. Son in-
tention était d'inspirer la terreur à cette nation
qu'il prévoyait bien ne pouvoir soumettre par la
force ; pour cela, il se livrait à toutes espèces d'ex-
cès. Ayant atteint le but qu'il s'était proposé, il
forma le projet de s'emparer de la capitale du
royaume , qui avait une garnison de trente mille
hommes et comptait près de quatre cents bâtimens
dans son port.
Ormuz était depuis très longteras sujet de la
couronne de Perse, à laquelle les rois d'Ormuz
payaient un tribut ; la capitale était située à l'en-
trée du golfe Persique , avec un port magnifique ,
célèbre et très-fréquenté ; il servait d'entrepôt aux
Perses qui faisaient le commerce dans les Indes ,
en passant par les ports de Syrie avec les marchan-
dises qu'ils transportaient d'Europe. Lorsque les
commerçants étrangers affluaient dans cette capi-
tale, elle présentait l'aspect le plus remarquable ,
tant par sa richesse que par sa magnificence; le pa-
vé des rues était en partie couvert de nattes et de
gros tapis ; on évitait l'ardeur brûlante du soleil
de ces pays à l'aide de tentes attachées sur le som-
met des édifices ; les habitations étaient ornées ,
— 49 —

d'après le goût des Indiens, de vases , d'urnes ,


d'arbustes, de fleurs et de plantes aromatiques ;
une quantité de chameaux portant de l'eau, sta-
tionnaient sur les places publiques et dans les rues.
Le vin de Perse , les parfums et les mets les plus
exquis s'y trouvaient avec la plus grande abondan-
ce ; enfin , aucun des objets que peut procurer la
richesse d'un commerce florissant et le luxe le plus
ingénieux , ne manquait dans cette fastueuse vil-
le. Albuquerque calculant les avantages qu'il en
résulterait si le Portugal avait en sa possession une
ville qui lui assurerait par sa position la domi-
nation sur le golfe Persiqué , entra dans le port,
vint jeter l'ancre au milieu des plus forts bâtimens
d'Ormuz et les salua par une décharge générale
de son artillerie. Immédiatement après , il envoya
une députation portugaise à l'amiral du port, pour
le convier à une entrevue avec le commandant
européen; ce qui fut accepté. Albuquerque lui dit
qu'il avait reçu des ordres du Roi son maître ,
pour protéger le souverain d'Ormuz, et lui per-
mettre le commercé dans ces niers, s'il payait au
roi de Portugal un tribut égal à celui qui lui était
imposé par la Perse, et que, dans le cas d'un re-
fus, il s'exposait aux désastres d'une guei're san-
glante. Une déclaration si hautaine reçut une ré-
ponse convenable ; Une escadre nombreuse d'Or-
muzes, d'Arabes et de Persans attaqua Albuquer-
que ; un combat furieux s'engagea , la mer était
teinte de sang, la plage était empourprée par les
flammes de trente bâlimens incendiés , lorsque,
frappé par là terreur qui régnait dans la ville, Or-
muz demanda la paix, consentant à payer annuel-
— 30 —

lement un tribut considérable et accordant aux


Portugais la faculté de construire une citadelle
qui dominât la ville et les deux ports.
Albuquerque qui connaissait le prix du temps ,
travaillait avec la plus grande activité à la cons-
truction des fortifications, mais les travaux furent
interrompus par la discorde qui s'était introduite
parmi ses officiers et qui avait pour cause le désir
que chacun d'eux avait de rester pour commander
la citadelle. Le ministre Kojah-Zafar profita adroi-
tement de cette occasion, et parvint, à l'aide de
quelques présents , à entretenir la discorde et à
gagner trois capitaines, lesquels alléguant des pré-
textes frivoles , se séparèrent d'Albuquerque. Ce-
lui-ci, ne pouvant plus résister à Ormuz, aban-
donna les travaux , sans que son courage supé-
rieur se fût affaibli à la vue des tracasseries et des
dangers qui l'environnaient. Il se précipita sur un
corps de troupes envoyé par un roi pour secourir
Ormuz, et le détruisit entièrement. Il continua
de faire la guerre aux villes les plus voisines du
royaume et s'empara deMascate. Le fort de Soco-
tora se trouvait presque à la fin de ses provisions ;
Albuquerque vint le ravitailler avec les vivres
qu'il avait pris sur les bâtimens ennemis. Lors-
qu'il revint à Ormuz, il vit que la citadelle qu'i
avait commencée était achevée ; mais elle était
occupée par les Maures, qui étaient disposés à ré-
sister à ses troupes et è celles du pays.
D'autres ennemis, bien plus terribles que les
rois de l'Afrique et de l'Inde, vinrent arrêter les
projets des conquérants de l'Orient. Les Vénitiens
dont le commerce était presque nul depuis la dé-
— SI —

couverte du Cap de Bonne-Espérance, s'allièrent


avec le Soudan d'Egypte pour chasser leurs con-
currents de toutes les côtes dé l'Inde. Le Soudan,
qui recevait toutes les marchandises de l'Inde par
la mer Rouge, le golfe Arabique et le Nil, et que
toutes les nations occidentales allaient ensuite
chercher à Alexandrie , accepta avec d'autant plus
de plaisir l'alliance des Vénitiens, que, depuis
l'arrivée des Portugais dans les mers d'Orient, les
droits de ses douanes avaient présenté une dé-
croissance considérable.
Le Soudan d'Egypte avait un grand besoin de
bâtimens et la mer Rouge n'offrait aucun moyen
pour les construire; mais les Vénitiens applani-
fent toutes les difficultés; ils se transportèrent dans
les montagnes de la Dalmatie pour y couper le
bois nécessaire pour la construction de l'escadre ;
ils envoyèrent tous les matériaux qu'il fallait à
.Alexandrie, descendant par !e Nil jusqu'au Caire,
d'où ils étaient transportés par des chameaux jus-
qu'à Suez. De ce port célèbre sortit une flotte
(1598) de douze bâtimens montés par quinze cents
hommes aguerris, qui se dirigea sur Diu où com-
mandait Malck Jaz, dépendant du roi de Cam-
baye, allié des Portugais, mais sur la fidélité du-
quel on comptait peu.
Lorenzo Almeida, fils du vice-roi, soutint un
combat très-inégal pendant toute une journée ,
aussi son escadre dût-elle céder au nombre ; elle
fut mise en déroute et dispersée , Lorenzo fut tué
dans le combat et son navire coulé bas ; le reste
de l'escadre se réfugia à Cochin. Le vice-roi re-
çut la nouvelle de la mort de son fils , avec cette
~ 32 —

grandeur d'âme qui le caractérisait et se décida à


le venger. Une escadre de dix-sept bâtimens sor-
tie de Lisbonne , arriva à cette époque ; il se mit
immédiatement,à sa tête, et partit pour assiéger
Daboul, une des villes les plus considérables de la
côte de Malabar. Cette ville, qui appartenait au
roi de Décan , fut prise d'assaut et livrée à la fu-
reur des soldats ; sa destruction fut complète , le
feu en dévora les maisons ainsi que tous les bâti-
mens qui se trouvaient à l'ancre dans le port.
Les vainqueurs , décidés à pousser plus loin leur
vengeance, se présentèrent devant la ville de Diu
pour attaquer les forces navales de l'Egypte et de
Cambaye qui y étaient réunies ; le combat s'en-
gagea avec acharnement de part et d'autre , et,
après un horrible carnage, la victoire se décida
en faveur des Portugais. Après la bataille , Malck-
Jaz , disculpa son souverain de la part qu'il avait
prise dans cette action, alléguant qu'il ne lui avait
pas été possible de séparer sa flotte de celle du
Soudan d'Egypte ; en même tems il félicita Almei-
da sur sa victoire. Comme il ne convenait pas au
vice-roi d'augmenter le nombre des ennemis du
Portugal, il se tint pour satisfait de cette preuve
de soumission. Le royaume de Chaùl, qui était
entre Cambaye et Cochin, se soumit volontaire-
ment à payer un tribut aux Portugais.
La flotte qui s'était réunie au vice-Roi, portait
l'ordre de se soumettre au commandement d'Al-
buquerque , mais Almeida ne voulant confier à
d'autres qu'à lui le soin de venger son fils , la re-
tint plus longtemps qu'il ne le devait, et ne se bor-
nant pas à cette injustice, il eut l'audace de faire
— 65 —

arrêter et conduire dans les prisons de Cananor,


le vaillant Albuquerque, parce qu'il réclamait son
droit avec la fermeté qui lui était naturelle.
Fernando Coutino qui arrivait de Portugal avec
une escadre de treize bâtiments et des pouvoirs
très-étendus, mit Albuquerque en possession delà
vice-royauté ; Almeida partit alors de Cochin pour
retourner en Europe ; avant d'entreprendre son
voyage, les devins du pays qu'il avait consultés lui
avaient annoncé qu'il ne passerait pas le Cap de
Bonne-Espérance ; il le doubla cependant ; mais
ayant suscité quelques querelles aux nations Nè-
gres de la baie de Saldana , située à une très-pe-
tite distance du Cap de Bonne-Espérance, il reçut
un coup de lance qui lui donna la mort.

chapitre v.

Àiburjuerquô deGoa.—Il établitla domination


n'emparé à Cejlan.
portugaise
—-11
prendpossession —Ilétablitunchâteau
deMalaca. fortauxîlesMoluques.
—Contestations
entrelesPoitugais
et lesEspagnols
surlapossessiondecesiles,
*—Etablissement
desEspagnolsdanslesPhilippines
etlesîlesMariannes.

|jg|gHS lbuquerque qui se trouvait à la tête d'une


^g||W> escadre de trente bâtimens montés par
4eSM? dix-huit
<tiéE5oe' cents hommes, la plus considé-
rable qui jusqu'à cette époque eût paru dans les
mers de l'Inde sous le pavillon Portugais, et qui
était soutenue par un corps nombreux d'indiens ,
que l'espoir du pillage avait attirés à sa suite,
n'avait pas perdu l'espoir de se venger du Zamo-
4
— 54 —

rin ; il mit à la voile porar Calicut, il prit la ville


d'assaut et la livra aux flammes après une bataille
sanglante dans laquelle son lieutenant Coutino fut
tué et lui-même grièvement blessé.
L'armée croyait que lorsque le vice-roi serait
rétabli de ses blessures, il achèverait la conquête
de Calicut ; mais il avait conçu un pi'ojet bien plus
avantageux et plus utile. Depuis longtems il s'était
aperçu qu'il manquait au Portugal, dans l'Inde,
une possession facile à défendre', qui eût un bon
port et dans laquelle l'air fût sain , afin que les sol-
dats et les marins, fatigués de la traversée de l'Eu-
rope à l'Inde, pussent se rétablir. Albuquerque jeta
ses vues sur Goa, qui réunissait tous ces avantages.
Goa est situé au milieu de la côte, à quinze de-
grés de latitude nord , dans une île de neuf lieues
de circonférence, formée par deux bras d'une ri-
vière qui prend sa source dans les montagnes des
Gattes et dont l'embouchure est à trois lieues de
distance de cette ville ; Goa était sous la domina-
tion du Roi de Décan qui en avait confié le com-
mandement à Idalcan son vassal, mais celui-ci se
déclara indépendant dans l'espoir de s'agrandir
daus le Malabar.
Pendant qu'Idalcan était occupé dans l'infé-
rieur, Albuquerque se présenta devant Goa, dont
il s'empara sans éprouver une résistance sérieuse.
Lorsque Idalcan eut connaissance de ce fatal évé-
nement, il contracta une alliance avec les Indiens,
ses propres ennemis, mais intéressés comme lui à
repousser les Européens, et il se dirigea rapide-
ment vers la capitale. La victoire n'était pas en-
core complète, aussi les Portugais se retirèrent-
ils vers leur escadre qui était restée dans le port.
Albuquerque fit demander de suite des secours à
Cochin , mais comme ils tardèrent trop longtems
à arriver, il se vit forcé de se retirer ; peu de tems
après cependant, il se présenta à l'improviste avec
des forces suffisantes devant Goa, et s'en empara
sans coup férir. Idalcan se vit obligé de se reti-
rer pour éviter la destruction du pays.
Albuquerque fit construire un château fort, au
quel il donna le nom de Manuel ; il reçut les am-
bassadeurs de tous les princes alliés du Portugal ,
et fit frapper une monnaie d'argent et de cuivre.
Il laissa quatre cents portugais et cinq mille in-
diens pour garnison de la.ville , et partit pour aller
à l'île de Ceylan. Almeida , son prédécesseur, y
avait déjà abordé; son but, à lui, consistait à con-
solider la puissance portugaise dans un pays qui
fournissait au commerce plusieurs productions ,
et principalement une canelle excellente et des
pierres précieuses. Ses ports étaient les meilleurs
de l'Inde ; la pêche de perles que l'on faisait sur
les côtes lui donnait une grande importance ; mais
sa position surtout faisait ressortir l'avantage
de sa ppssession. Elle est située au centre de l'O-
rient : les nombreuses escadres qui peuvent être à
l'abri dans toutes les rades de l'île, auraient fait
respecter dans toute l'Asie le nom de ses posses-
seurs et les bâtimens de sa dépendance, en croi-
sant dans ses mers , auraient suffi pour interrom-
pre facilement le commerce et intercepter la na-
vigation des autres nations.
Le vice-roi n'apprécia pas toute l'importance de
la position de cette île, et les immenses avantages
— se —

qu'il aurait pu en tirer ; il ne prit pas garde davan-


tage à la côte de Coromandel , bien qu'elle fût plus
riche que celle de Malabar. Il s'imagina qu'étant
maître de Ceylan, il le serait aussi du commer-
ce de la côte de Coromandel , ce qui le décida à
s'emparer de Malaca. Cette ville, par sa situation,
avait ouvert dans son sein le marché le plus flo-
rissant de l'Inde ; son port était continuellement
fréquenté par un nombre considérable de bâti—
mens marchands venus du Japon , de la Chine,
des Aîoluques , des côtes orientales du Bengale ,
de. la côte de Coromandel, de la Perse et de l'Ara-
bie. Tous ces navigateurs traitaient entre eux et
avec les habitans du pays avec la plus grande sé-
curité. Les Portugais voulurent , en s'immisçant
dans ce commerce , s'emparer de toute l'Asie ; ils
se présentèrent donc à Malaca comme négocians ;
mais comme leurs exactions dans les Indes avaient
rendu leur pavillon odieux à toutes ces nations ,
ils furent reçus avec l'intention secrète de les dé-
truire ; on leur tendit des pièges où plusieurs se
laissèrent prendre; d'autres furent tués et quel-
ques uns chargés de chaînes et mis dans les ca-
chots ; ceux qui purent s'échapper, s'en retour-
nèrent à la côte de Malabar. Albuquerque ne s'at-
tendait pas à de pareilles violences ; cependant
elles lui servirent de prétexte pour cacher l'injus-
tice de la conquête de Malaca. Lorsqu'il revint de-
vant la place, il la trouva prête à se défendre. Mo-
hammed , prince maure, qui régnait à cette épo-
que (1511), avait reçu de nombreux secours. Les
Portugais n'avaient jamais trouvé une aussi gran-
de résistance , ni entrepris une conquête qui leur
— 87 —

eût tant coûté ; ils n'avaient jamais versé autant de


sang, car la mort exerça ses-ravages pendant neuf
jours, et Ton ne vit la fin de ces cruautés que lors-
qu'il ne resta plus un maure dans toute la ville. Il
fallut alors la repeupler d'étrangers et des Malayes.
On trouva des richesses immenses et des magasins
magnifiques dans la ville,, et, pour consolider cette
conquête, on y construisit un château fort. Les
Maures qui se trouvaient sur les bâtimens préfé-
rèrent se réfugier dans l'intérieur des montagnes
ou se disperser sur les côtes , plutôt que de subir
un si dur esclavage.
Les rois de Siam , de Pegu, de Narsingua et de
Visapour , consternés par la conquête de Malaca
qui compromettait leur indépendance, envoyè-
rent des ambassadeurs à Albuquerquepour le fé-
liciter, lui offrir défaire un traité de commerce et
de contracter une alliance avec le Portugal. Le
Zamorin permit au vice-roi d'établir un fort qui
dominât Calicut, et, pour comble d'humiliation ,
il s'obligea à lui livrer l'artillerie de la ville pour
armer le fort. C'est ainsi que le vice-roi parvint
au plus haut degré de gloire et de puissance dans
l'Inde.
En cette occasion, une escadrille détachée de
l'escadre principale, mit à !a voile pour les îles
Moluques, situées sur l'océan indien , près de l'é-
quateur, et qui jouissaient d'une grande célébrité
à cause de leur abondante production en épice-
ries. Les Arabes y faisaient le commerce , mais
comme les Portugais les poursuivaient par tout ,
ils leur enlevèrent cette précieuse branche de leur
industrie , malgré toutes les intrigues qui s'our-
— 58 —

dissaient contre eux ; ils obtinrent même la per-


mission de construire une citadelle dans la prin-
cipale de ces îles, et depuis lors , le gouvernement
portugais comprit les îles Moluques au nombre de
ses provinces.
Pendant queleslieutenans d'Albuquerque aug-
mentaient les richesses de la mère-patrie, avec les
productions les plus estimées de l'Inde , ce géné-
ral achevait de subjuger le Malabar, qui avait pro-
fité de son absence pour recouvrer un peu de la
liberté qu'il avait perdue. Après ces nouveaux
événemens , placé tranquillement au centre de ses
conquêtes, il employa tous ses loisirs à comprimer
l'insubordination des Portugais, à rétablir l'ordre
dans toutes les colonies et à consolider la disci-
pline militaire. Toutes les mesures qu'il prenait
étaient marquées du sceau d'une activité extraor-
dinaire ; on y reconnaissait les précautions les
mieuxétudiées, le talent, la justice, l'humanité et
le désintéressement. La vénération et l'estime qu'il
s'étaient attirées de la part des Indiens par ses ver-
tus étaient telles , que, bien longtems après sa
mort, ils allaient à son tombeau pour lui deman-
der justice des vexations intoléi'ables de ses suc-
cesseurs.
Albuquerque était depuis quelque tems aux pri-
ses avec une terrible maladie, lorsqu'il reçut la
nouvelle qu'on envoyait Soarez, son ennemi, pour
le remplacer, ce Quoi ? s'écria-t-il ! Soarez gou-
» verneur des Indes ! Vasconcellos et Diego Per-
» eira, que j'ai renvoyés en Portugal comme cri-
» minels , reviennent avec honneur !. . . Au sé-
» pulcre malheureux vieillard ! au sépulcre .'... Il
— 59 —

est temps I... » Peu de temps après, il expira à Goa,


pauvre et tombé en disgrâce près de son souve-
rain (1515)..
Jusqu'à la mort d1Albuquerque, les Portugais
se montrèrent dignes de leurs victoires , mais peu
après, les richesses qui étaient l'objet de leurs
conquêtes corrompirent tout, et leur décadence
commença. Le nom portugais se rendit méprisa-
ble sur toutes les côtes par les cruautés et les exac-
tions, sans frein, des chefs et des soldats ; ce qui
donna lieu à plusieurs soulèvemens et ce qui exci-
ta les Indiens à la vengeance.
Fernando de Magallanes, portugais de naissan-
ce , qui avait contribué à la découverte des îles
Moluques , sous les ordres de son ami Serrano ,
étant retourné en Portugal, y souffrit tant de
vexations de la part du gouvernement, qu'il se vit
obligé d'abandonner sa patrie ; il alla offrir ses
services au roi d'Espagne. Pour donner plus de
poids à ses offres , il prouva dans un mémoire que
les iles Moluques , découvertes en dernier lieu ,
étaient hors de la ligne de démarcation établie par
les Portugais, et qu'indubitablement il y arrive-
rait en prenant sa route par l'Ouest.
Le Conseil d'Espagne approuva les vues de Ma-
gallanes et lui confia une escadre de cinq bâtimens
montés par deux cent trente-quatre hommes, dont
la plupart étaient portugais. Après une série con-
tinuelle de travaux pénibles et une longue naviga-
tion dans ces pays lointains , il arriva enfin avec
trois bâtimens à l'île de Zébu, l'une des Philippi-
nes , située aux environs des Moluques. Le Roi du
pays le reçut avec de si bonnes dispositions, qu'il
— 60 —

se fit chrétien et se soumit à la couronne cPEspa-


ne. Magallnnes entreprit témérairement une guer-
re contre deux rois voisins, il y périt dans une at-
taque le 2 avril 1521.
Sébastien Cano retourna en Espagne avec un
navire ; il fut, à ce que l'on croit, le premier qui
ait fait le tour entier du Globe. Charles V fit valoir
son droit sur les îles Moluques; ce droit fut re-
connu fondé par une commission nommée de
part et d'autre et confirmé par une bulle du pape
Alexandre VI.
Jean II, qui régnait alors en Portugal et con-
naissait toute l'importance de ces îles, par les pro-
ductions de celles qu'il possédait à cette époque ,
manifesta indirectement au roi d'Espagne le désir
qu'il avait d'acheter au prix de l'or la tranquillité
de sa possession ; comme Charles V avait besoin
d'argent pour satisfaire la soif de conquêtes qui le
dévorait, il accepta la proposition de Jean II, sous
le prétexte d'éviter tout germe de discorde avec
son voisin et son parent ; il renonça à son droit
sur ces îles, moyennant la somme de trois cent
cinquante mille ducats, qui devaient être payés à
des époques convenues.
La découverte de Magallanes ne fut pas en-
tièrement inutile à l'Espagne, puisque dans la
suite et à différentes époques , les Espagnols firent
la conquête des Philippines, et formèrent des éta-
blissemensdans les îles des Larrons, que l'on nom-
ma Mariannes, quelque tems après , pour honorer
la mémoire de Marie-Anne d'Autriche, qui pous-
sa le gouvernement à y envoyer des missionnai-
res pour prêcher la religion chrétienne.
— 6J —

CHAPITRE VI.

f JLopex succède
Sunrex .—Etablissement
à Albucjuerque. &Macao.—.
drsPortugais
de Castro,— Liguede tous lesFoisdel'Indecontrel«i
Administration
Portugais,

projets d'Albuquerque furent conli-


&pà±£s:ES
IflKrefr uués par son successeur Lopez Suarez ,
.^^^^[malgré la lutte qu'il eut à soutenir pen-
dant longtemps contre les machinations et les sou-
lèvemens qui menaçaient de tous côtés les posses-
sions portugaises. Lorsqu'il fut sorti victorieux de
ces obstacles, il ne s'occupa qu'à se frayer une
route vers la Chine ; dessein qu'avait déjà conçu
Albuquerque. Par les bâtimens et les commerçans
Chinois que Suarez avaient vus à Malaca, il se for-
ma une idée de la puissance et des richesses de
cette nation qui étaitpeu connue alors en Europe;
il informa immédiatement son gouvernement de
la découverte qu'il avait faite.
Une escadre mit de suite à la voile à Lisbonne,
pourlaChine; elle portait un ambassadeur; lorsque
cette escadre se présenta devant les îles voisines de
Canton, elle fut environnée de bâtimens chinois qui
vinrent la reconnaître. Fernando Andrade, ami-
ral de l'escadre, ne prit aucune mesure de défen-
se , et permit la visite de ses bâtimens. Ceci fait, il
donna aux mandarins qui gouvernaient à Canton,
connaissance de l'objet de son voyage , et leur
présenta Tomas Perez , ambassadeur nommé par
— 62 —

le Roi, qui fut conduit à Pékin. La cour était bière


disposée en faveur d'une nation dont la gloire était
connue dans toute l'Asie, et que la conduite tenue
par l'amiral, rendait encore plus digne d'attention.
11 fit le commerce sur toutes les côtes de la Chine,
en ayant soin de surveiller rigoureusement les
portugais afin qu'il ne se commît ni excès ni injus-
tices ; lorsque le moment de retourner en Europe
fut arrivé, il fitannoncer dans tous les ports, où il
s'était arrêté, que ceux qui auraient des plaintes à
porter, pouvaient venir lui en demander satisfac-
tion.
Tomas Perez était sur le point de conclure un
traité de commerce avantageux, lorsque Simon
Andrade, frère de l'amiral, se présenta sur les co-
tes avec une nouvelle escadre, traitant les chinois
de la même manière que les portugais traitaient, il
y a quelque temps , tous les peuples de l'Asie. Il
établit une forteresse dans l'île de Taman, sans en
avoir obtenu l'autorisation ; il attaqua ensuite et
pilla toutes les embarcations qui entraient et sor-
taient des ports de la Chine ; il condamnait les
hommes à l'esclavage; cette conduite affreuse était
poussée à l'excès, et son exemple était imité sans
scrupule, par ses marins et par ses soldats.
L'empereur de la Chine, irrité par tant d'excès,,
ordonna d'arrêter l'ambassadeur Tomas Perez :
on le laissa mourir dans une prison. Les chinois
rassemblèrent et envoyèrent une escadre très-
nombreuse contre les Portugais, qui se défendi-
rent vaillamment ; mais , ne pouvant lutter contre
des forces si supérieures, ils s'échappèrent en
s'ouvrant un passage au milieu de l'escadre enne-
— 63 —

mie, de manière qu'ils furent chassés pour long-


temps de la Chine. Cependant, à force de sollicita-
tions , on leur permit, quelques années après , de
faire le commerce dans file de Sanciam. Se con-
tentant de quelques comptoirs qu'ils avaient établis
sur différens points , ils n'entreprirent rien jus-
qu'à ce qu'une circonstance heureuse leur facilita
les moyens de fonder un établissement solide et in-
dépendant des mandarins qui gouvernaient la côte.
Ichang-Silao, qui, par ses vols nombreux et ses pi-
rateries , était parvenu à acquérir une grande cé-
lébrité et un grand pouvoir, s'empara de l'île de
Macao, d'où il bloquait les ports de la Chine. Il fai-
sait le siège de Canton, lorsque les Portugais, in-
vités par les mandarins des.environs , allèrent au
secours de la place assiégée, avec tous les bâtimens
qu'ils avaient à Sanciam ; la victoire que les Portu-
gais remportèrent après un combat acharné, força
le pirate à se réfugier à Macao où il se donna la
mort.
Les Portugais reçurent pour prix de ce service
Macao , dont l'empereur leur fit présent ; ils y fon-
dèrent immédiatement une ville qui devint très-
florissante en très-peu de temps et qui servit d'en-
trepôt au commerce qu'ils établirent bientôt après
avec le Japon. Pendant que les Portugais éten-
daient leurs relations dans la Chine, Badur, Roi
de Cambaie , qui avait besoin de leurs secours
contre les Mogols de Delhi, leur accorda l'autori-
sation d'élablir une fortification àDiu. Lorsqu'ils
purent faire usage du fort ils s'emparèrent de la
ville ; comme elle était déjà bien fortifiée, ils n'eu-
l'ent que peu de travaux à exécuter pour en faire
le rempart le plus fort de leur domination.
— 04 —

Le Roi Badur, fatigué d'un joug aussi lourd,


eut recours aux Turcs qui venaient de faire la
conquête de l'Egypte, et détruire la domination
des Mameluks ; leur puissance s'était accrue con-
sidérablement ; se voyant d'ailleurs maîtres de
l'Egypte , leurs désirs avaient pour but la destruc-
tion complète des Portugais, qui ruinaient tous
les jours de plus en plus le commerce que le Caire
faisait avec les Indes par l'isthme de Suez et le gol-
fe arabique. Soliman-Pacha partit de Suez, ayant
sous son commandement une escadre de 76 bâti—
mens ; il parcourut dans toute sa longueur, le golfe
dangereux et spacieux qui se trouve entre l'Egypte
et l'Arabie, depuis Suez jusqu'au point appelé en
Arabe Babel-Mandel, ou Porte des larmes ; nom
qui exprime bien l'idée fatale que l'on attachait
à cette mer parsemée de rochers , d'écueils et
de bancs de sable. Soliman s'empara de la ville
d'Aden , située à l'extrémité de l'Arabie , et qui
peut être considérée comme la clé de la Mer
Rouge.
La ville de Diu fut bientôt assiégée , d'un côté
par l'escadre turque , et de l'autre par l'armée du
Roi de Cambaie, commandée par Kojah-Zafar,
Maure très-distingué , ayant autant de courage
que d'habileté. Il avait servi dans l'armée portu-
gaise qu'il avait abandonnée pour embrasser la
cause du Roi Badur; aussi les leçons dans l'art de
la guerre, qu'il avait reçues des portugais, tournè-
rent-elles contre eux. Le siège fut poussé jusqu'à
la dernière extrémité. Les portugais, qui crai-
gnaient d'être trahis par les habitans, abandonnè-
rent la ville et se bornèrent à défendre le château
— 65 —

et le fort ; ils étaient commandés -


par Diego Sil
veira, homme de talent et de résolution , qui ne
se laissait point abattre par les revers.
Tous les historiens conviennent que Silveira fit
tout ce qu'il lui fut possible de faire dans des mo-
ments où la valeur devait remplacer le génie ; les
femmes se distinguèrent dans cette occasion , par
leur résolution et leur courage ; elles exécutèrent
tous les travaux que la faiblesse de leur sexe leur
permettait de faire, afin que les hommes ne fussent
occupés qu'à se battre. Soliman, furieux de trou-
verune résistance si opiniâtre, et craignant aussi
de voir arriver d'un moment à l'autre, l'escadre
portugaise commandée par Noronha , se détermi-
na à livrer un assaut général. Pendant quatre heu-
res , les assiégés se défendirent sur les murailles;
on voyait partout Silveira , donnant des ordres ,
combattant et animant ses soldats par sa voix et par
son exemple ; mais la mort du gendre de Kojah-
Zafar, qui dirigeait l'assaut, obligea enfinlesTurcs
à se retirer, et, le jour suivant, Soliman mit à la
voile. Selon toutes les apparences , s'il eut eu con-
naissance de l'état où se trouvaient réduits les por-
tugais , il n'aurait pas abandonné le siège, car ils
-étaient dépourvus de munitions ; leurs lances et
leurs épées étaient hors de service , et il ne restait
pour la défense que quarante hommes valides. Les
murailles étaient parsemées de brèches, de ma-
nière que , dans cette déplorable situation , on ne
dut la conservation de cette position qu'au talent
«t à la fermeté de Silveira. La retraite soudaine de
Soliman fut provoquée par la politique de Kojah-
Zafar, ministre du Roi de Cambaie, lequel, fati-
— 66 —

gué de la tyrannie et de la violence de Turcs , qui


s'étaient emparés de la ville de Diu dans l'inten-
tion de se l'approprier, et espérant que le joug des
Portugais serait moins durable ouplutôtplus facile
à secouer, écrivit à Soliman que, le jour suivant,
l'escadre attendue du Portugal arriverait en vue
duport de Diu. Soliman, attéré par cette nouvelle,
se retira précipitamment et paya depuis de sa tête
l'insuccès de son entreprise.
Silveira fut rappelé en Portugal, où il fut reçu
comme un héros. Le ministre de France , au nom
de François Ier, demanda son portrait. Il fut nom-
mé vice-Roi des Indes ; mais, peu de temps après,
l'envie et les rivalités provoquèrent sa destitution.
A cette époque un navire portugais fut jeté, par le
mauvais temps, sur l'île de Niphon , île principale
de l'empire du Japon ; l'équipage fu( très-bien ac-
cueilli ; les habitants donnèrent tous les secours
nécessaires à leurs hôtes, et leur fournirent les ma-
tériaux indispensables à la réparation de leur na-
vii'e. Dès qu'ils furent arrivés à Goa, lieu de leur
destination, ils firent savoir au Roi de Portugal,
qu'un nouveau pays, très-riche et bien peuplé, ou-
vrait une nouvelle carrière au zèle des mission-
naires et aux chances du commerce. Immédiate-
ment après la réception de cette nouvelle , on
s'empressa de se diriger vers le Japon. A leur arri-
vée , les portugais furent très-bien reçus ; ils eu-
rent l'entrée dans tous les ports ; les rois du pays
se disputaient la faveur de leur faire les offres les
plus avantageuses. En échange des productions
Indiennes , ils donnaient de l'or, de l'argent, du
cuivre, de l'acier, et des porcelaines ; les Portu-
— 67 —

gais retiraient tous les ans de ce trafic plus de trois


millions de piastres fortes (quinze millions de fr. ),
leur ambition devait en être satisfaite. La domi-
nation que les portugais avaient établie à cette
époque par le commerce et par les armes s'étendait
sur plus de quatre milles lieues de côtes, depuis le
Cap de Bonne-Espérance, au sud de l'Afrique ,
jusqu'au Cap Lingpo, à l'extrémité orientale de
l'Asie , sans y comprendre la Mer Rouge et le Golfe
Persique où ils possédaient les forts de Mekran et
d'Ormuz. Leurs établissemens principaux sur la
côte d'Afrique , étaient la Mina, Sofala et Mozam-
bique ; dans le golfe de Cambaie, BozaimetDiu;
au cap Comorin , Goa, Cocliin, Cananor et Cou-
lan ; depuis ce point, en remontant la côte de Co-
mandel, Negapatam, Méliapour et Masulipatam ;
à l'entrée du golfe de Bengale, Malaca ; plus loin,
de l'autre côté du détroit de la Sonde , Timor; et
enfin à l'entrée de la Chine, Macao.
Les Portugais tiraient une grande quantité de
canelle de Ceylan, où ils avaient construit une
citadelle , et dont leRoi avait consenti à leur payer
un tribut considérable. Ils étaient en contestation
avec les Espagnols, sur la possession des Molu-
ques, bien que ces derniers fussent venus par le
Sud-Est. Ils emportaient les clous de Gérofle de
Ternate et de ïidor. Les étrangers qui obtenaient
la permission de faire le commerce dans ces mers,
ne pouvaient le faire sur le poivre , les bois de
construction, le fer, l'acier, le plomb et les armes,
dont le trafic était exclusivement permis aux con-
quérans. Une grande quantité d'objets précieux ,
qui ont contribué depuis à faire la fortune de plu-
— 68 —

sieurs nations, était à la disposition des Portugais ;


de sorte que, par cet avantage, ils étaient maîtres
du prix des marchandises européennes et asiati-
ques ; mais cette préférence tomba en décadence
avec la même rapidité qu'elle fut acquise , par la
conduite maladroite des gouverneurs ; par Faims
des richesses et du pouvoir, et enfin par la grande
distance qui séparait ces pays de la métropole. Le
fanatisme religieux qui produisit dans le principe
tant de traits de valeur, dégénéra en haine et cette
haine était partagée par les naturels du pays. Les
ressources diminuaient à mesure que l'ardeur des
conquêtes se refroidissait ; l'intérêt personnel et
l'avarice la plus sordidedominaient les vainqueurs;
tous voulaient s'enrichir, même par les moyens
les plus iniques. Dans un tel état de discorde , l'ad-
ministration intelligente de Castro, mit fin, en
quelque sorte, à ces désordres par l'exemple de la
noblesse des sentimens, de la grandeur d'âme et
du désintéressement. Mais depuis l'arrivée de ce
vice-Roi si remarquable, Kojah-Zafar, ministre
du Roi de Cambaie, travaillait sans cesse à insi-
nuer à son souverain le dessein de détruire les
portugais. A cet effet, il réunit des officiers ins-
truits, des soldats aguerris, des ingénieurs et des
ouvriers fondeurs , qu'il fit venir lui-même de
Constantinople. Il feignait de faire ces préparatifs
contre le Mogol, ou contre lesPatanes , et lorsque
les Portugais s'y attendaient le moins (1545,). Zafar
attaqua Diu, la prit et fit le siège de la citadelle.
JVIascarenas qui la commandait et qui devait avoir
neuf cents hommes, n'en comptaitque trois cents;
le reste, par un abus qui dominait alors, était em-
— 69 —

ployé à faire le commerce dans les villes de la côte.


L'intrépide K.ojah-Zafar, qui commandait en per-
sonne, poussait le siège avec vigueur, et le diri-
geait avec beaucoup d'activité, mais au milieu
d'une reconnaissance qu'il voulut faire de la ligne
dans une attaque, un boulet de canon termina ses
jours. Son fils, Rumikan, digne de lui succéder,
continua le siège avec persévérance ; désireux de
venger la mort de son père , il se portait sur les
points les plus périlleux, afin d'encourager les
siens. Les assiégés étaient au comble de la détres-
se ; placés entre la mort et le désespoir, les portu-
gais se présentèrent sur la brèche résolus de mou-
rir en se vengeant ; les hommes et les femmes
étaient pêle-mêle et armés ; au milieu d'eux un
prêtre, un crucifix à la main, les encourageait.
Mais l'obscurité de la nuit mit fin à cet horrible as-
saut ; et, peu de temps après, le gouverneur Don
Juan de Castro , arriva avec une escadre forte de
de quatre-vingt-dix voiles, qui avait répandu la
terreur partout où elle fut aperçue ; déjà il s'était
emparé de Surate et de Azoro. Lorsqu'ileut opéré
le débarquement des troupes nécessaires , il atta-
qua les Indiens dans leurs retranchemens, et rem-
porta une victoire complète. Parmi le nombre con-
sidérable d'Indiens restés sur le champ de bataille,
on trouva le cadavre de Rumikan ; on reprit la ville
de Diu, et on fit réparer la citadelle ; les fonds
manquaient, mais Castro fit un emprunt en son
nom. Lorsqu'il fut de retour à Goa, il accorda à
ses troupes les honneurs du triomphe à la manière
des anciens, persuadé qu'il exciterait l'ardeur
guerrière des Portugais , et que la somptuosité de
5-
— 70 -*•

la cérémonie exercerait une heureuse influence


sur les peuplades découragées.
De grandes récompenses les attendaient dans la
capitale : le souverain ratifia la nomination de Don
Juan de Castro, comme vice-Roi et nomma son
fils amiral des mers de l'Orient. Mais la mort vint
l'atteindre au milieu de tous ces honneurs. Ami de
l'ordre et de la justice , il voyait avec une peine ex-
trême la mauvaise administration qui dirigeait tous
les établi ssemens portugais ; la corruption géné-
rale des troupes, lui faisait entrevoir l'inévitable
décadence de la domination portugaise. Tous ces
faits réunis contribuèrent beaucoup à lui causer
une maladie , dont il mourut à l'âge de quarante-
huit ans. Il ne restait effectivement aucun des an-
ciens conquérants de l'Inde; et le Portugal, affaibli
parla trop grande étendue de ses colonies, et les
nombreuses expéditions qu'il avait faites , ne pos-
sédait plus les ressources nécessaires pour conti-
nuer ce système. La plupart des défenseurs des
établissemens portugais dans l'Inde étaient nés en
Asie ; aussi, par l'insouciance, par la mollesse qui
s'empare de l'àme , ou par le genre de vie auquel
ils étaient livrés , vit-on bientôt dégénérer en eux
la valeur intrépide qui distinguait leurs pères. Ils
se livraient à toutes sortes de plaisirs et d'excès,
qui faisaient naître la haine et le mépris des indi-
gènes ; sans énergie pour se soutenir entre eux, et
méprisés de tous, ils virent se former autour d'eux
une alliance qui avait pour but de les chasser de
l'Orient. Tous les souverains de l'Inde étaient en-
trés dans cette confédération , et, pendant quatre
ans, ils réunirent leurs efforts avec une constance
— 71 —

admirable pour parvenir à leur but. La cour de


Portugal, ayant eu connaissa'nee de cette conjura-
tion, le RoiSébastien, fit pariirpour l'Inde Ataide
avec tous les portugais qui s'étaient distingués
dans les guerres de l'Europe,
L'opinion généralement répandue était, lorsque
la flotte arriverait dans l'Inde, qu'on abandonne-
rait les possessions lointaines pour concentrer tou-
tes les forces sur le Malabar et les environs de Goa,
Ataide reconnaissait bien que l'on s'était trop éten-
du , mais il ne voulut consentir à l'abandon d'au -
cun point ; il envoya des secours aux places les
plus menacées, et fit tous les préparatifs nécessai-
res pour la défense de Goa. Le Zamorin attaqua
Mangalor, Cochiii et Cananor ; le roi de Cambaie
se dirigea contre Chaul, Daman et Bazaim ; le roi
d'Achem , assiégea Malaca et le roi de Ternate
porta la guerre jusqu'aux iles Moluques : Agaia-
cheni tributaire du Mogol, fil arrêter tous les
portugais qui faisaient le commerce à Surate , et
la reine de Garcopa essaya de les chasser d'Onor.
Ataide , au milieu des soins et des embarras que
faisait naître le siège de Goa , n'oubliait pas les au-
tres points ; il envoya cinqbâtimens à Surate , qui
parvinrent à faire mettre en liberté les portugais
arrêtés par Agalachem ; il fit partir treize bâti-
mens pour Malaca ; ces bâtimens suffirent pour
faire lever le siège au roi d'Achem et à ses alliés.
Il fit approvisionner de tous les objets nécessaires
les bâtimens destinés à conduire chaque année les
tributs et les marchandises à Lisbonne ; et lors-
qu'on lui fit observer que , dans les circonstances
où se trouvait l'armée, la prudence exigeait qu'il
— 72 —

gardât les hommes qu'il voulait renvoyer en Eu-


rope, il répondit sèchement : « Nous serons assez
» nombreux, l'état se trouve dans le besoin et
» Ton ne doit pas tromper ses espérances . » Une
semblable réponse produisit une grande impres-
sion , et le convoi mit immédiatement à la voile.
Au moment où la place était le plus resserrée
par Idalcan, Ataide envoya un secours de. troupes
à Cochin et des forces de mer à Ceylan ; l'arche-
vêque, qui jouissait d'une grande influence dans
la ville, voulut faire quelqu'opposition , mais
Ataide le contint, en lui disant : ce Monsieur l'é-
» vêque, ne vous mêlez jamais des affaires aux-
» quelles vous n'entendez rien ; bornez-vous à
» nous recommander à Dieu. » Les Portugais
nouvellement arrivés d'Europe, firent des pro-
diges de valeur pendant le siège de Goa ; plusieurs
d'entr'eux , malgré la vigilance d'Ataide , sor-
taient à la faveur de la nuit pour attaquer les as-
siégeans dans leurs lignes, exposant ainsi très-
inutilement leur vie. Bien que le vice-roi comp-
tât sur le succès de ses armes , il ne négligeait
cependant pas les moyens que la politique suggè-
re : il apprit qu'Idalcan se laissait dominer par
une de ses maîtresses qu'il avait emmenée avec lui
au camp ; il trouva le moyen de séduire cette fem-
me qui lui révéla les desseins de son amant : Idal-
can connut la trahison, mais il ne put jamais avoir
la connaissance des moyens qui avaient été em-
ployés. Après dix mois de combats continuels et
de travaux sans relâche, ce prince, qui voyait le
nombre de ses troupes diminuer de jour en jour,
grâce à l'astuce vigilante d'Ataide, se vit forcé de
— 73 —

lever le siège , emportant avec lui la honte et le


désespoir. Le vice-roi victorieux , accourut im-
médiatement au secours de Chaul, ville qu'assié-
geait Mizamalue , roi de Cambaie , avec une ar-
mée de cent mille hommes- La défense de cette
place fut aussi brillante que celle de Goa et elle fut
couronnée par une victoire glorieuse qu'Alaide
remporta avec une poignée de portugais, contre
une armée nombreuse et aguerrie pendant un si
long siège. Il alla immédiatement attaquer le Za-
morin de Calicut, et, après l'avoir battu complète-
ment,, il conclut avec lui un traité par lequel ce
prince se soumettait à la dure condition de ne
faire armer à l'avenir aucun bâtiment de guerre.
Voilà quel fut le résultat d'une conspiration
tramée avec autant d'accord que d'astuce et de
secret, contre la puissance portugaise. Dans tout
l'Orient les portugais furent victorieux comme
ceux sous les ordres immédiats d'Ataide. Un bâ-
timent, commandé par Lope Carasco, soutint un
combat pendant trois jours contre toute l'escadre
du roi d'Achem: dans le fort du combat on vint
dire au fils de Lope Carasco que son père venait
d'être tué; ce jeune homme répondit sur le champ:
« Nous avons perdu un homme vaillant, tâchons
» de l'imiter ! vaincre ou mourir ! » Il prit le
commandement du navire, il pénétra avec auda-
ce au milieu de la flotte ennemie et rentra victo-
rieux à Malaca.
Le vice-roi détermina l'emploi des fonds de
l'Etat, et corrigea l'abus le plus difficile à répri-
mer, celui de l'administration générale ; mais le
bon ordre et l'héroïsme ne se prolongèrent pas au
_ 74 —

delà de la vigoureuse administration d'Ataide


(1860).
Après la mort du roi Sébastien, le Portugal
passa sous la domination de Philippe II roi d'Es-
pagne. Parce fait, les Portugais de l'Inde se con-
sidérèrent comme étant sans patrie. Les uns levè-
rent l'étendart de l'indépendance , les autres se fi"
rent pirates et ne respectèrent aucun pavillon ;
plusieurs passèrent au service des rois du pays , et
presque tous ceux-ci parvinrent à être ministres
et généraux ; telle était l'influence que conservait
encore cette nation sur les peuples de l'Inde. Cha-
que portugais ne s'occupait que de sa fortune , de
manière que, sans jalousie et sans accord entre
eux, ils travaillaient au profit du bien général.
Les conquêtes de l'Inde se divisèrent en trois
gouvernemens , qui ne se prêtaient aucun secours,
et dont les intérêts et les projets finirent par être
tout-à-fait distincts. Il n'y avait aucune discipline
entre les officiers et les soldats ; ces derniers man-
quaient de subordination et d'amour pour la gloi-
re ; les navires sortaient très-rarement du port ,
et lorsqu'ils étaient forcés d'en faire sortir armés
en guerre pour protéger leur commerce, leurs
bâtimens étaient toujours fort mal appareillés ;
aucun chef n'avait assez d'autorité pour réprimer
les vices de la plus grande partie des inférieurs ,
dont les moeurs étaient corrompues; enfin, les
Portugais perdirent toute leur influence dans l'In-
de, aussitôt que d'autres ennemis plus instruits et
plus astucieux que les indiens , se furent présen-
tés pour leur en disputer l'empire. On reconnaît
tra par l'exemple des hollandais, dont il va être
— 75* —

fait mention dans le chapitre suivant, ce que peut


un peuple, même peu nombreux, lorsque la per-
vérance, la rectitude dans le jugement et l'écono-
mie dirigent chez lui les spéculations commercia-
les.

CHAPITRE VII.

Le»Hollandais,
chassés
duportdeLisbonne,vontcommercerdansl'Inde.—Etablisse-
mentd'unecompagnie àAmsterdam.
privilégiée —L'amiralWarwictconstruit
quelquesforlset formeunealliance
aveci|uelque;>
princes —Pre-
duBengale.
miersvoyages dans(esIndes.—LaReine
desAnglais Isabelle éta-
d'Angleterre
blitunecompagnie — Etablissement
àcelledesHollandais.
semblable desDanoii
à Trancmebar.

l^^j&iypjA Hollande victime, du fanatisme religieux


|fj|%|k qui signala la domination de Philippe se-
.â^isitïcoud, se souleva contre lui, et, après de
nombreuses souffrances et de grands désastres ,
elle parvint, sous l'étendart de l'indépendance, à
assurer sa victoire. Ayant besoin d'armes et d'un
soutien , et disposée à se les procurer par tous les
moyens possibles , elle donna un abri aux pirates
de toutes les nations qui voulaient surveiller de
près les côtes d'Espagne. Par ce moyen les Hollan-
dais commencèrent à établir leurpuissance mariti-
me. Ala faveur de lois sages, d'une constitution qui
consacrait l'égalité entre les hommes, d'une excel-
lente politique et d'une grande tolérance, celte ré-
publique devint en très-peu de temps une nation
puissante. En 1590, elle avait vaincu, en plusieurs
combats, la marine espagnole. Son commerce s'é-
— 76 —

tendait et ses bâtiraens s'occupaient à transporter


les marchandises d'une nation à Vautre , ce qu'ils
continuèrent à faire bien longtemps après : les
vaisseaux de guerre escortaient les bâtimens mar-
chands.
L'ambition avait gagné ses commerçans qui,
voulant étendre leurs relations le plus possible,
étaient parvenus à s1emparer du commerce de
Lisbonne , où ils achetaient les marchandises de
Flnde pour les revendre ensuite chez toutes les na-
tions de l'Europe.
—-
(1594). Philippe II, maître du Portugal, in-
terdit à ses sujets toute relation avec ses ennemis ;
ce despote, aveuglé par la passion, ne s'aperçut
pas qu'une semblable mesure , au lieu de porter
préjudice aux Hollandais, contribuerait au con-
traire à leur agrandissement. Ces hardis naviga-
teurs, se voyant exclus d'un port d'une si grande
importance pour leurs opérations commerciales,
prirent le parti de remonter à la source des ri-
chesses de l'Orient pour en prendre leur part.
Mais comme, pour tirer quelque fruit de cette en-
treprise , ils avaient besoin de pilotes qui connus-
sent les mers de l'Inde, et d'agens versés dans le
commerce de l'Asie, et que d'un autre côté ils re-
doutaient une longue navigation dans des con-
trées , peuplées de nations qu'ils devaient considé-
rer comme ennemies , ils trouvèrent plus avanta-
geux et plus convenable de faire tous leurs efforts
pour découvrir une nouvelle route par les mers du
Nord, pour aller à la Chine et au Japon , et
qu'ils avaient calculé devoir être plus courte. Les
Anglais avaient tenté cette découverte, mais ils
n'obtinrent aucun résultat ; il en arriva autant aux
— 77 —

Hollandais. Pendant qu'ils étaient occupés à cette


recherche, Cornélio Hàutman, commerçant Hol-
landais, fut mis en prison pour dettes à Lisbonne ;
cet homme avait beaucoup de talent et d'intrépi-
dité : il fit savoir aux commerçans d'Amsterdam,
que s'ils voulaient le faire sortir de la prison en
payant ses dettes, il leur ferait part des découver-
tes qu'il avait faites et qui pouvaient leur être de la
plus grande utilité. Il avait, en effet, pris les in-
formations les plus minutieuses sur la route qui
conduisait aux Indes , et sur les moyens qu'il fal-
lait employer pour y faire le commerce.
(1595). — La proposition de Cornélio Hàut-
man fut acceptée, ses dettes furent payées, et ses
libérateurs formèrent une association sous le nom.
de Compagnie des Indes y ils équipèrent une es-
cadre de quatre navires qui devaient prendre le
Rumb par le Cap de Bonne-Espérance ; on envoya
Hautman comme agent principal de l'expédition.
La flotte mit à la voile du Texel, le 2 avril ; l'ob-
jet du voyage était de reconnaître les côtes, les
productions, et les différents commerces de ces
contrées et d'éviter le plus possible les établisse-
mens portugais. On reconnut les côtes d'Afrique
et du Brésil ; on resta quelques jours à l'île de Ma-
dagascar, où on eut quelques altercations avec les
habitants du pays ; on alla ensuite aux Maldives
pour s'y reposer, et de là aux îles de la Sonde. La
récolte du poivre fut très-abondante cette année-là
dans cette île, les Hollandais l'achetèrent à très-
bas prix de même que quelques autres épiceries.
L'adresse de Hautman, qui avait pris le titre d'a-
miral, lui procura l'alliance du principal souverain
— 78 —

de Java ; mais les Portugais, qui étaient cepen-


dant toujours détestés, cherchèrent à leur susciter
des ennemis. Ils eurent à soutenir quelques petits
combats qu'ils ne purent éviter^ mais desquels la
flolte sortit-victorieuse. Peu de temps après , elle
partit pour la Hollande avec peu de richesses ,
mais avec de grandes espérances. Parmi les avan-
tages que les Hollandais recueillirent dans les dif-
férées ports où ils entrèrent, on doit citer l'enga-
gement d'un pilote de Surate, homme de talent et
qui connaissait parfaitement les diverses côtes de
l'Inde.
D'après les nouvelles que Hautman donna aux
commerçans , ils formèrent le projet de fonder à
Java un établissement qui leur procurerait le com-
merce du poivre, et les rapprocherait des côtes
d'où provenaient des objets plus précieux , à l'aide
desquels ils pourraient espérer de pénétrer en
Chine et au Japon , et aussi parce que Java était
éloigné du centre du pouvoir européen, objet de
leurs craintes dans l'Inde.
Van Week, chargé delà seconde expédition,
arriva avec huit navires à File de Java ; il trouva
les habitans prévenus contre sa nation, mais après
avoir employé la force et l'adresse, il parvint à les
tranquilliser. Le mépris qu'ils avaient voué aux
portugais, fut d'une grande utilité auxHollandais.
On permit à ces derniers de faire le commerce , et
en très-peu de temps ils envoyèrent à la métro-
pole quatre bâtimens chargés d'épiceries et de tis-
sus. Les quatre navires qui restaient se rendirent
aux Moluques , parce que l'amiral avait appris que
les habitans de ces îles avaient chassé les Porta-
<— 79 —

gais de quelques points, et qu'ils attendaient une


occasion pour les expulser totalement. L'amiral
établit des comptoirs dans quelques-unes de ces
îles , et fit des traités d'alliance avec leurs souve-
rains. Il s'en retourna en Europe peu de tems
après, chargé de richesses.
Son arrivée produisit une satisfaction générale
et son voyage fit naître de nouveaux projets ; il
s'établit dans toutes les villes maritimes et com-
merciales des Provinces-Unies , des compagnies
et des sociétés. Elles se multiplièrent tant qu'elles
se faisaient un tort très-grand par la concurrence
et la confusion qu'il y avait dans les achats et dans
les ventes des marchandises. Pour mettre fin à ce
mal produit par un intérêt mal entendu , le gou-
vernement réunit les différentes sociétés en une
seule, avec la dénomination de Compagnie des
grandes Indes , et lui accorda le privilège de fai-
re la paix et de déclarer la guerre aux princes de
l'Orient, de construire des fortifications, d'élire
ses gouverneurs , d'établir des garnisons partout
où elle le jugerait convenable, et enfin dénom-
mer les employés politiques et ceux de l'adminis-
tration judiciaire. Cette compagnie réunit une si
grande autorité qu'on pouvait dire qu'il existait
un gouvernement dans le gouvernement même,
qui l'enrichissait, et qui augmentait ses forces et
sa domination extérieure.
(1602J. Aussitôt après l'organisation de la com-
pagnie , elle expédia quatorze bâtimens pour l'In-
de avec quelques yachts ( bâtimens à voiles et à
rames), sous les ordres de l'amiral Warwick, que
les hollandais considéraient comme le fondateur
— 80 —

de leur pouvoir et de leur commerce en Orient.


II établit un comptoir bien fortifié dans l'île de Ja-
va ; il en fonda un autre dans les états du roi de
Johor, et contracta des alliances avec plusieurs
princes du Bengale : il fut obligé de se battre plu-
sieurs fois avec les Portugais , pour soutenir le
commerce nouvellement établi, et la victoire lui
fut toujours fidèle. En 1603, la compagnie en-
voya une autre escadre de treize bâtimens , sous
les ordres de Vander-Hagen. Le roi d'Espagne,
qui ne pouvait supporter l'activité du commerce
hollandais, fit publier un édit par lequel il prohi-
bait aux habitans des Provinces-Unies , le com-
merce en Espagne et dans les Indes orientales et
occidentales, sous les peines de châtimens corpo-
rels. Loin de s'effrayer de cet édit, la compagnie
continua ses entreprises avec plus de vigueur et de
constance : elle fit sur le champ équiper et armer
en guerre onze bâtimens qu'elle mit sous les or-
dres de Cornélio Malelief, et qui partirent chargés*
de marchandises. A peine cette expédition était-
elle sortie du port, que les directeurs commencè-
rent l'équipement et l'armement d'une autre es-
cadre composée de huit bâtimens, sous les or-
dres de l'amiral Van Careden. Les marins et les
soldats étaient enrôlés sous les conditions qu'ils
resteraient •
quelque tems dans l'Inde si les circons
tances l'exigeaient. Cette escadre mit à la voile
aussitôt qu'elle fut prête. Quelque temps après sa
sortie, les bâtimens de l'expédition de Vander-
Hagen arrivèrent, chargés d'une masse de mar-
chandises. Les Hollandais , après avoir pris et
brûlé plusieurs bâtimens aux Espagnols et aux,.
— 81 —

Portugais, et pris le fort d'Amboine, détruisirent


celui de ïidor, et, aidés des habitans qui ne les
craignaient plus, ils expulsèrent ainsi leurs enne-
mis des îles Moiuques.
Mais FEspagne et la République avaient égale-
ment besoin de la paix. On entama quelques né-
gociations ; l'Espagne insistait pour que les hol-
landais renonçassent à la navigation de l'Inde. La
compagnie alors équipa une autre flotte de treize
bâtimens , sous le commandement de Faillirai Ver-
hoeven, pour prouver que le gouvernement était
loin de céder sur ce point. Pendant qu'on négo-
ciait , la compagnie continuait d'envoyer de nou-
velles escadres aux Indes , de sorte que, lorsque
la nouvelle de la suspension des hostilités arriva ,
on s'était emparé de l'île de Machiain et de toutes
les Moiuques, à l'exception de ïernate. Les vic-
toires répétées des hollandais leur avaient inspiré
une si grande confiance dans leurs forces, que
l'opinion générale était, que la guerre continue-
rait dans les Indes, malgré les décisions d'Europe ;
mais les affaires prirent soudainement un aspect
.différent.
Don Juan de Silva, gouverneur des Philip-
pines , ayant appris qu'une escadre hollandaise
après avoir [coulé bas sur les côtes de la Chine,
un bâtiment richement chargé, croisait devant le
port de Manille pour attaquer à sa soriie une flot-
te portugaise qui devait revenir du Japon, fit ar-
mer quelques bâtimens qu'il avait dans le port, et,
embarquant avec lui le peu de troupes discipli-
nées sur lesquelles il pouvait compter, il alla à la
recherche des hollandais qu'il rencontra , et les
_ 82 —

ayant attaqués il obtint une victoire complète,


leur prit trois navires sur quatre avec un riche bu-
tin estimé à plus de deux cent mille écus. L'ami-
ral Witter fut tué au commencement du combat.
Le commandant espagnol, profitant de la victoire
qu'il venait de remporter, attaqua les Moluques
avec un égal succès ; mais l'arrivée de l'amiral
Bost avec treize bâtimens, vint changer la face des
événemens. Les Anglais qui étaient à Ternate,
craignant que les Portugais ne rattrapassent l'in-
fluence dont ils avaient joui antérieurement, se
déclarèrent en faveur des Hollandais auxquels ils
fournirent des secours dont l'importance était
grande dans une semblable situation. Comme ils
convoitaient depuis longtems le commerce du Ja-
pon , ils envoyèrent un ambassadeur à l'empereur
de ce pays, au nom du prince d'Orange et de son
gouvernement, et , par ce moyen et aussi par la
haine qui régnait contre les Portugais, ils ob-
tinrent tout ce qu'ils avaient demandé.
Tandis que les Hollandais consolidaient leurs re-
lations commerciales, à l'aide de la politique, des
traités et de la force des armes, et qu'ils les ap-
puyaient par des fortifications qu'ils élevaient dans
les îles Moluques et au Japon , des navigateurs an-
glais parcoururent les côtes méridionales de l'Asie
et firent le tour du globe. La reine d'Angleterre
Isabelle, suivant l'exemple de la Hollande , fonda
une compagnie des Indes , et les commerçants de
Londres qui la composaient, réunirent un fonds
social de soixante-douze mille livres sterlins pour
commencer les opérations. On prépara une flotte
de quatre grands bâtimens, sous les ordres du ca-
— 85 —

pitaine Lancaster, et le 15 février 1601, celte tlot-


te mit à la voile. Après une pénible traversée,
pendant laquelle l'équipage eut beaucoup à souf-
frir des maladies , les Anglais arrivèrent à Achem
dans le mois de juin de Tannée suivante; ils furent
très-bien accueillis par les habitans. L'amiral con-
clut un traité avec le Roi, en vertu duquel les An-
glais devaient jouir en toute sécurité , de leurs
biens et de leur commerce ; après cet heureux
arrangement, le capitaine Lancaster alla établir
un comptoir dans l'ilede Java. La réception qu'on
lui fit à Banlam ne fut pas moins satisfaisante que
celle qu'on lui avait faite à Achem. Ce fait provo-
qua la jalousie des Hollandais qui, depuis ce mo-
ment , firent tous leurs efforts pour nuire aux An-
glais.
Dès que Lancaster eut mis de l'ordre dans ses
affaires , il partit pour l'Angleterre où il arriva en
septembre de l'année 1605, amenant un riche
chargement et réalisant les espérances les plus
belles de la compagnie. Le succès de cette expédi-
tion décida les intéressés à armer une nouvelle
flottille de trois navires, sous les ordres d'Henry
Midleton. Lorsque ce navigateur fut arrivé à Ban-
lam , il y laissa deux bâtimens pour y prendre une
cargaison de poivre, et il partit avec le troisième,
pour aller aux îles Moîuques , où il fut très-bien
reçu par les habitans. Les Hollandais ne purent
voir une semblable distinction, sans en éprouver
le plus grand ressentiment; aussi mirent-ils tout
en oeuvre pour éloigner ces nouveaux concurrens.
Mais Midleton s'attira la bienveillance des rois de
Bantam, de Ternate et de Tidor. Il retourna en-
— 84 —

fin en Angleterre après avoir perdu un navire


dans une tempêle ; il y arriva le 6 mai 1606, avec
le chargement le plus riche qu'on eût reçu jus-
qu'alors des Indes, par les bâtimens anglais. Dans
l'une des expéditions de l'année 1610, le capitaine
William Haukins fit un traité d'alliance et de com-
merce avec le grand Mogol.
A la même époque et sous le règne de Chris-
tian IV, roi de Danemarck, prince remarquable
par ses connaissances dans les sciences et dans les
arts, et qui désirait l'agrandissement de l'indus-
trie de ses sujets , les Danois formèrent une com-
pagnie pour entreprendre le commerce de l'Inde ;
ils réunirent à cet effet un fonds de deux cent cin-
quante mille rixdalers, divisé en deux cent cin-
quante actions ; et, après avoir pris toutes les me-
sures nécessaires pour assurer la réussite de la
première entreprise, d'où dépendait le sort de cel-
les qui devaient suivre, une expédition comman-
dée par des capitaines expérimentés et montée
par les meilleurs marins, mit à la voile. Porteurs
d'une commission du Roi et des instructions les
plus étendues et les mieux concertées , les bâti-
mens danois partirent de l'île de Séeland et arri-
vèrent à Tranquebar sur la côte de Coromandel,
en l'année 1616. Cette place leur parut très-favo-
rable au commerce ; ils firent des propositions au
roi de Tanjaour, et la permission de s'établir dans
ses états leur fut accordée; leshabitans les voyaient
avec plaisir, les Portugais qui avaient une église
dans la ville, loin de s'opposer à leurs desseins ,
les protégèrent, satisfaits d'avoir auprès d'eux
une puissance européenne qui les aidât au besoin.
— 85 —

Cinq aas après, le roi de Tanjaour vendit aux Da-


nois la ville de Tranquebar, avec quelques terres
qui l'environnaient, pour une certaine redevance
annuelle. En 1621, ils construisirent une forte-
resse capable de leur assurer la jouissance de la
possession qu'on leur avait cédée , et, en très-peu
de tems, cette colonie devint très-florissante. Le
roi de Danemarck protégea le commerce de l'In-
de de tout son pouvoir ; mais les guerres sanglan-
tes et continuelles dans lesquelles il se trouva en-
gagé dans les dernières années de sa vie, paraly-
sèrent les bonnes iiîtentions qu'il manifestait pour
1» commerce de ses sujets, ce qui occasionna de
grandes pertes à la compagnie Danoise ; d epus
cette époque, cet établissement commença à dé-
cliner; cependant il s'est continuellement soutenu
avec ses propres ressources contre le roi de Tan-
jaour , qui, plus avare que fidèle, manqua à tous
ses engagemens ; il ne négligeait aucune occasion
d'essayer de chasser les Danois de la ville, afin de
la vendre de nouveau à d'autres, nations euro-
péennes , qui lui offraient en argent comptant,
une somme vingt-cinq fois plus forte que celle que
les Danois lui payaient.
Indépendamment du comptoir établi dansila
ville de Tranquebar, les Danois en ouvrirent d'au-
tres sur la côte du Malabar, au Bengale et à Ban-
tam, et bien que le commerce de la compagnie ne
pût se comparer à celui des autres nations qui au-
raient des possessions dans l'Inde, il était suffisant
pour la consommation du royaume , et procurait
de très-grands avantages à la capitale.
— 86 —

CHAPITRE VIII.

Contestations
entrelesAnglais
et lesHollandais
dansl'île de Java.•—Etablissement
du
commerce auJapon.— Conquête
hollandais •—
cleCevlansurlesPortugais.
Tentative de commerce aveclaChine..—LesJésuitesexercent
leurinfluence-
surl'EmpereurcontrelesHollandais.

gspàJiJZhORSQVE les Hollandais approchèrent de


Iffyffe^rile de Java, ils en parcoururent les cô-
.âS-^pls tes , et trouvèrent au nord un port très-
commode et une ville que Ton appelait Kalappa ,
que les habitans nommèrent ensuite Jacatra.Bien
que la ville fût petite et peu peuplée, il y avait un
Roi, comme dans toutes celles cle la côte , qui fai-
sait le commerce du poivre qu'il récoltait dans son
petit royaume. La compagnie des Indes fît un
traité avec le Roi pour qu'il leur vendît toute la ré-
colte du poivre ; mais voyant qu'il manquait à sa
parole, les Hollandais construisirent un fort nour
le contraindre à observer les traités. Cette résolu-
tion déplut beaucoup aux Anglais qui faisaient des
affaires avec les négocians de Jacatra, et elle fît
naître une jalousie qui produisitbientôt une guerre
opiniâtre. Dans le premier combat, les Hollandais
furent battus, et obligés de se retirer à Amboine
pour réparer leurs bàtimens et y attendre des ren-
forts. Le Roi du pays prit le parti des Anglais
qu'il
favorisait en secret. Les Hollandais avaient deux
forts bien armés près de la ville , l'un au midi ,
nommé fort Nassau , et l'autre, au nord, nommé
— 87 —

fort Maurice, qui n'était pas encore achevé; les


Anglais possédaient, sur une hauteur au centre de
la ville, un magasin retranché et garni de pièces de
gros calibre qui firent feu sur le fort Nassau. Les
Hollandais firent une sortie vigoureuse; ils atta-
quèrent une partie de la ville qu'ils incendièrent et
firent sauterie magasin anglais. Dans ce moment
une escadre anglaise composée de onze bâtiments
se présentait devant Jacatra. L'amiral Hollandais
Jean Pietersz-Coen qui commandait sept bâtimens:
l'ayant aperçue alla lui offrir le combat ; une forte
canonnade s'engagea de part et d'autre, mais l'a-
miral Hollandais reconnaissant son infériorité ,
prit le parti de se retirer à Amboine, laissant ses
ennemis devant la ville où ils envoyèrent des ren-
forts. Pendant ce temps, le fort Maurice fut ache-
vé et se trouvait dans un aussi bon état de défense
que le fort Nassau. Pedro Vanden-Brock qui com-
mandait en l'absence de l'amiral, se croyant alors
en état de se défendre convenablement, quoiqu'il
fut assiégé par terre et par mer, canonna la ville
avec vigueur. Le Roi, effrayé des ravages causés
par les boulets, accorda la paix immédiatement.
Quelque temps après , il engagea Vanden-Brock à
lui faire une visite , mais lorsqu'il se présenta, le
Roi le fit arrêter et le fit metlre en prison ; il le me-
naça de la mort la plus cruelle s'il ne faisait rendre
les forts, à quoi il se refusa. Le commandant An-
glais entra en négociation avec les habitans des
forts qui se rendirent faute de munitions. Il était
convenu que les fortifications et l'artillerie reste-
raient au pouvoir des Anglais, et que les marchan-
dises et autres effets , seraient pour le Roi. Mais,
— 88 —

an moment où les forts allaient-se rendre, un in-


cident fit changer d'aspect toutes ces négociations.
Le gouverneur Vanden-Brock trouva le moyen
d'envoyer un homme au gouverneur de Bantam
pour lui faire connaître qu'il lui serait plus avan-
tageux d'être son prisonnier, que celui du Roi de
Jacatra ou des Anglais. La proposition sourit au
gouverneur, qui envoya de suite un officier avec
deux mille hommes pour réclamer Vanden-Brock
au Roi de Jacatra. A son arrivée, le Roi se réfugia
dans l'intérieur de son territoire ; les troupes cam-
pèrent aux environs du fort Maurice où on conj
duisit le commandant Hollandais.
La guerre recommença de nouveau. Vanden-
Brock fut conduit à Bantam, et, sur ces entrefaites,
l'amiral Coen arriva dans la rade avec dix-sept
bâtimens et des troupes de renfort. Il débarqua
douze cents hommes qui s'emparèrent de la ville
de Jacatra et la détruisirent complètement ; il se
rendit ensuite avec ses troupes à Bantam, pour ré-
clamer la liberté de Vanden-Brock et de soixante-
dix prisonniers ; sa demande fut accordée sur-le-
champ, attendu que le gouverneur était trop fai-
ble pour s'y opposer. Les Hollandais revinrent au
fort Maurice. Les Anglais surent mettre à profit
cette querelle pendant laquelle ils s'étaient retirés
après avoir embarqué toute leur artillerie. Un
traité de paix eut lieu entre les deux compagnies ,
et, immédiatement après, l'amiral Coeti fit travail-
ler à la reconstruction de la ville , à laquelle il
donna le nom de Batavia ; les rues furent tirées au
cordeau, et l'on renferma dans son enceinte les
forts Nassau et Maurice ; on construisit des ca-
-£- 39 —

naux commodes et longés par une plantation d'ar-


bres ; on y éleva une forte citadelle, qui mit cette
place en état de se défendre très-longtemps contre
des forces nombreuses, de manière que cette ville,
dont la situation est des plus avantageuses , fut
dès lors considérée comme la capitale des éta-
blissemens hollandais dans les Indes. La nouvel-
le de la reconstruction de Batavia causa une sa-
tisfaction extraordinaire aux membres de la com-
pagnie hollandaise, qui se glorifiaient, même bien
longtemps après, de posséder dans l'Orient une
ville qui rivalisait avec Goa. Ils étaient persuadés
que , sans cette heureuse circonstance, ils n'au-
raient jamais pu détruire le prestige dont les por-
tugais s'étaient entourés par leur magnificence et
qui n'avait servi qu'à tromperies Indiens. Aussi
n'épargnèrent-ils rien pour augmenter la splen-
deur de la nouvelle ville.
Au printemps de l'année 1622, deux navires ri-
chement chargés arrivèrent en Hollande, appor-
tant la nouvelle que la guerre continuait à Java
contre Banlam, et dans les Moluques et à Manille
contre les Espagnols ; que ces derniers avaient
perdu l'île de Banda, et enfin que la dernière ex-
pédition sortie de la métropole était arrivée très-
heureusement après quatre mois de navigation.
Par d'autres bâtimens, on eut connaissance de ce
qui s'était passé à Amboine, où, sous prétexte d'une
conspiration ourdie contre les Hollandais par les
Anglais et les Japonais , on les avaient exclus du
commerce qu'ils fesaient dans cette île ; comme la
compagnie était en progrès dans ses possessions ,
elle sentait le besoin de multipMer le nombre de
— 90 —

ses vaisseaux pour soutenir son commerce ; aussi


les marchandises de l'Inde se Irouvaient-elles en
plus grande abondance dans ses ports, que dans
ceux des autres nations de l'Europe. Ce fut à cette
époque que les capitaines hollandais découvrirent
au sud des Moluques un territoire très-étenclu au-
quel ils donnèrent le nom de Nouvelle-Hollande.
L'Empereur de l'île de Java, jaloux de la puis-
sance des hollandais , leva une armée de deux
cent mille hommes, pour faire le siège de Batavia.
Il en donna le commandement à un personnage de
sa cour ; le blocus dura très-longtemps , mais les
fortifications étaient si bien combinées que les In-
diens ne purent tenter l'asssaut, et comme ils
avaient éprouvé de grandes pertes , ils se virent
forcés de se retirer : ceci eut lieu en 1629. Quel-
que temps après, l'Empereur se mit à la tête de
ses troupes et recommença le siège ; mais il perdit
tant de monde par le feu des hollandais et aussi
par la peste qui infesta ses camps, qu'il se vit con-
traint de se retirer avec plus de précipitation que
la première fois , et avec une perte bien plus con-
sidérable.
Les Hollandais se glorifiaient d'être les seuls qui
exploitassent depuis quelque temsle commerce du
Japon ; ils n'avaient négligé aucun moyen de per-
suader aux ministres de l'Empereur de ce riche
pays qu'ils étaient gens très-pacifiques et amis de
l'ordre ; qu'ils n'avaient d'autre désir que celui de
vendre leurs marchandises , et qu'ils se croyaient
obligés de contribuer à la prospérité d'un pays qui
les avait si bien reçus et dont les habitants leur
avaient accordé tant d'estime. Ces déclarations
— 9i —

bienveillantes leur furent très-favorables, puis-


qu'on leur accorda tous les avantages qu'ils dési-
raient ; mais un si haut degré de prospérité fut
anéanti par un événement inattendu.
Le conseil de Batavia décida qu'il serait envoyé
un agent à l'Empereur du Japon ; il nomma pour
le représenter Pedro Nuits, homme hautain et
avide d'honneurs. Ce personnage arriva à la cour
du Japon en 1628 ; et, comme il était fort orgueil-
leux , il lui parut plus convenable de se faire pas-
ser pour ambassadeur du Roi de Hollande : sous ce
titre il fut reçu avec distinction, mais lorsque le
subterfuge fut découvert, on ne voulut plus trai-
ter avec lui ; on le renvoya sans daigner donnen
une réponse aux propositions qu'il avait faites. ,
Lorsque Nuits fut de retour à Batavia, au lieu
de le châtier comme il le méritait, on le nomma
gouverneur de l'île de Formose; Là il méditait les
moyens de se venger de l'affront qiv'on lui avait
fait, lorsqu'en 1629 deux grands bâtimens du Ja-
pon montés par plus de cinq cents hommes arrivè-
rent à Formose. Le gouverneur résolut de les dé-
sarmer, comme on. le faisait au Japon envers les
bâtimens hollandais; les Japonais résistèrent long-
tems , mais ils se virent forcés de céder, attendu
que les équipages manquaient d'eau; ils protestè-
rent néanmoins contre une semblable violence.
Lorsqu'ils eurent terminé leurs affaires , ils récla-
mèrent les objets qu'on leur avait retenus ; mais
le gouverneur voulait les garder sous divers pré-
textes jusqu'au moment où les vents contraires les
eussent forcés de rester, en rendant leur retour
impossible pour longtemps ; mais les Japonais , .
— 92 —

soupçonnant les intentions du gouverneur, et


blessés plus encore par l'affront fait à leur pavillon
que par la perte qu'ils avaient éprouvée,. conçu-
rent le hardi projet de mettre fin à leur esclavage
en mourant avec honneur. Ils envoyèrent au palais
du gouverneur neuf des plus résolus d'entr'eux
avec une escorte choisie, pour se plaindre des pré-
judices ; qu'il leur avait causés ; étant convenus
entr'eux des moyens à prendre pour réaliser leur
projet, ils placèrent de loin en loin des pelotons
formés avec le reste de la troupe disponible, de
manière à les réunir très-promptement au signal
convenu s'il était nécessaire. La députation se
présenta devant le gouverneur ; elle lui fit l'exposé
des pertes qu'il faisait éprouver au commerce, en
retenant arbitrairement les deux bâtimens qu'elle
venait réclamer au nom de tous. Le gouverneur
ayant refusé de faire droit à leur réclamation, les
Japonais se saisirent de sa personne, de son fils et
d'un conseiller ; et, au signal convenu, les pelotons
se réunirent et s'emparèrent du palais. Le fort, qui
s'était aperçu du mouvement, fit jouer son artille-
rie qui aurait fini par détruire le palais s'il eut con-
tinué; mais les Japonais contraignirent le gouver-
neur à faire cesser le feu, ce qu'il fit immédiate-
ment vu le danger où il était. Ils lui firent signer
une espèce de capitulation que le conseil avait ap-
prouvée dans sa réunion , et dans laquelle il avait
témoigné la crainte qu'un pareil événement n'en-
traînât la ruine du commerce que la compagnie
faisait avec le Japon. Dès que les objets apparte-
nant aux Japonais eurent été mis à leur disposi-
tion, on leur permit de partir. Lorsqu'ils furent
— 93 —

arrivés dans leur pays, ils donnèrent connaissance


au gouvernement de tout ce qui leur était arrivé à
l'île de Formose ; l'Empereur fit mettre immédia-
ment l'embargo sur tous les objets appartenant
aux hollandais ; il fit doubler la garde des comp-
toirs, sans leur en faire connaître le motif; mais il
avait recommandé qu'aucune offense ne leur fût
faite. A toutes les questions on faisait des réponses
évasives , et on les engageait toujours à prendre
patience. Lorsque le gouverneur-général de Bata-
via eût appris la nouvelle de ce qui s'était passé à
Formose, il fit arrêter Nuits qui fut incarcéré à Ba-
tavia. Ils restèrent pendant trois ans dans cette si-
tuation ; mais le conseil qui voulait la faire cesser,
décida dans sa dernière réunion, que Pedro Nuits
serait remis entre les mains des Japonais pour
qu'ils disposassent de lui comme ils le jugeraient
convenable. Lorsqu'ils le débarquèrent , le con-
seil hollandais envoya une députation à l'Empe-
reur pour lui donner connaissance de sa décision,
et lui annoncer la remise de l'auteur des ressenli-
mens de S. M. L, entre les mains de ses officiers,
pour qu'il disposât de lui, de manière à venger ses
vassaux des maux qu'il leur avait causés, le sup-
pliant néanmoins, de daigner faire usage de sa clé-
mence envers un homme qui ne s'était rendu cou-
pable que parce qu'il ignorait les lois et les cou-
tumes du Japon. L'empereur, satisfait de la déci-
sion du conseil, ordonna sur-le-champ la levée de
l'embargo qui avait été mis sur les bâtimens et ef-
fets des hollandais, et leur permit de s'en retour-
ner lorsqu'ils le voudraient. Il donna la ville pour
prison à Pedro Nuits, avec la faculté de s'y prome-
ner accompagné de quelques gardes.
— 94 —

Le Gouverneur et le Conseil de Batavia virent


arriver, avec la plus gi^ande satisfaction , les neuf
bâtimens qui avaient été retenus aii Japon avec
leurs équipages , munis d'un riche chargement, et
apprirent avec joie la nouvelle du rétablissement
des relations d'amitié et de bonne harmonie. Peu
de tems après l'arrivée des bâtimens , une occa-
sion très-favorable se présenta pour faire agréer à
l'Empereur quelques objets ; le Conseil la saisit
avec empressement, il les envoya en temps oppor-
tun ; ce Prince en fut si satisfait qu'il ordonna de
suite la mise en liberté de Pedro Nuits qui arriva à
Batavia, libre d'un esclavage dans lequel il avait
pu craindre dépasser le reste de ses jours.
Les Hollandais sachant profiter adroitement de
la décadence des Portugais qui venaient de secouer
le joug des Espagnols , de la déplorable situation
de leurs places dans l'Inde, et des désordres qui
agitaientl'Angleterre, étendirent leur domination
sans presque rencontrerd'obstacles -, ils fomentaient
avec adresse les dissensions qui régnaient parmi
les différents souverains, se rangeant, suivant que
leurs intérêts l'exigeaient, du parti des uns ou des
autres, opprimant les pluspuissans, pour dominer
ensuite sur tous les faibles. Avec cette politique ,
ils se rendirent maîtres absolus des Moluques ; ils
avaient à leur disposition presque tout le commer-
ce des productions de toutes ces côtes. Depuis
longtemps ils ambitionnaient aussi la possession
de l'île de Ceylan pour ajouter, aux branches lu-
cratives qu'ils possédaient, le commerce de la
canelle qui se faisait presque exclusivement dans
cette île.
— 93 —

Ràjah-Singa, Roi de Candi, capitale de Ceylan,


et son frère le prince de Uva, avaient été élevés
parmi les Portugais qu'ils honoraient ; cependant
le Roi irrité contre eux par les vexations conti-
nuelles et par les préjudices qu'ils lui causaient,
leur déclara la guerre et remporta sur eux une
grande victoire ; mais voyant qu'ils avaient reçu
des renforts de Goa, et que, protégés par les for-
tifications qu'ils possédaient sur la frontière de son
territoire, ils brûlaient et saccageaient toutes les
villes , il sollicita l'alliance des Hollandais et leur
réclama des secours pour chasser de ses domaines
celte puissante nation. Aeeteffet, il envoya (1659)
deux ambassadeurs à Batavia , où ils furent reçus
avec magnificence. Dès qu'ils eurent donné con-
naissance de leur message , on fit un traité par le-
quel les Hollandais offraient de mettre au service
du Roi une année et une escadre, de s'emparer
des places occupées par les Portugais, pour, après
les avoir démolies , mettre le territoire à sa dispo-
sition. Le Roi, de son côté, s'engageait à fournir
toutes les troupes qu'il pourrait rallier pour les
mettre en campagne, à acquitter tous les frais de la
guerre, et à donner aux Hollandais quelques
points où ils pourraient s'établir avec sécurité.
En exécution du traité, on arma et on équipa à
Batavia , six bâtimens qui portaient des troupes de
débarquement, et, dans le mois de février 1659 ,
les Hollandais parcoururent la côte occidentale de
Ceylan , où ils s'emparèrent des forteresses de Ba-
ticalon et de ïrinquemale, qu'ils l'émirent au Roi
après leur démolition, comme ils en étaient con-
venus.
— 96 —

Au commencement de Tannée suivante, ils re-


vinrent avec une escadre composée de douze na-
vires , montés par plus de trois mille hommes de
débarquement ; ils s'emparèrent de Négombo et
de Galle , villes très-fortes, mais mal défendues.
Alarmés de tant de pertes, les Portugais envoyè-
rent une armée commandée par Philippe Masca-
régnas ; ce général assiéga Négombo qui se rendit
par capitulation •, il crut être aussi heureux au
siège de Galle. Mais les Hollandais défendirent
cette place si bien , qu'il fut obiigé de convertir le
siège en un blocus qui dura deux ans, pendant
lesquels son armée éprouva de grandes pertes.
C'est alors que Ton reçut la nouvelle de la révolu-
tion qui avait eu lieu en Portugal, et qu'on eut
connaissance du traité conclu entre le Roi de Por-
tugal et la République des Provinces-Unies ; mais
les Portugais, méprisant ou éludant les ordres
qu'ils avaient reçus de leur gouvernemental
comptant sur la supériorité de leurs forces , conti-
nuèrent la guerre.
Pedro Borel, amiral hollandais , envoyé à Cey-
lan ( 1658 ) pour notifier la trêve , reconnaissant
l'impossibilité de la faire observer par les Portu-
gais , débarqua cinq cents hommes sur la pointe de
Galle, et enjoignit au gouverneur de se défendre
jusqu'à la dernière extrémité. Après plusieurs
combats, dans lesquels la victoire se prononça al-
ternativement pour les uns et pour les autres , le
général Hulet, qui débarqua avec une armée for-
midable, battit les Portugais, mais il fut tué en al-
lant reconnaître les tranchées devant Colombo.
Vander Mayden, gouverneur de la pointe de Gai-
— 97 —

lé, remplaça ce général et eut la gloire de s'empa-


rer de la ville. Le roi de Candi, qui était au siège
avec quarante mille hommes, réclama, confor-
mément au traité , la remise de cette place ; mais
les hollandais refusèrent, prétextant qu'il n'avait
pas rempli ses promesses et qu'il leur devait de
fortes sommes^ ils ajoutèrent qu'ils conserveraient
Colombo jusqu'à ce qu'il se fût conformé au trai-
té. Ils se firent donc la guerre après avoir été al-
liés , ils y mirent même de l'acharnement ; mais le
roi de Candi ne fut pas heureux. Les Portugais
avaient là une bien belle occasion pour rétablir
leur prépondérance dans l'île, mais ils ne firent
aucune tentative, ce qui prouvait évidemment l'é-
tat de décadence auquel ils étaient parvenus. Les
hollandais reçurent de Batavia un grand renfort,
avec lequel ils s'emparèrent des places que les Por-
tugais occupaient sur la côte de Coromandel ;
plus tard, ils se rendirent maîtres de l'Ile de Ma-
nar, et firent le siège de Jafanapalan ; cette forte-
resse , après trois mois de résistance , se rendit le
24juin;sa garnison fut conduite à Batavia. Tous
ces succès leur assurèrent la conquête de Ceylan.
Le roi de Candi vit bien , mais un peu tard , qu'il
ne s'était battu que pour changer de maître , et
que les hollandais , après avoir chassé les portu-
gais , se considéraient comme ayant assez de force
et d'autorité pour les remplacer dans leur domi-
nation.
Au milieu des beaux succès et des grands avan-
tages obtenus par elle ,' la Compagnie hollandaise
ne perdait pas de vue le projet d'établir son com-
merce dans la Chine ; elle ne pouvait supporter
que les Portugais possédassent Macao, et eussent
le monopole du commerce de cet empire. Le gou-
verneur et le conseil de Batavia , pour entamer les
négociations , décidèrent qu'il serait envoyé à
l'empereur de la Chine, une ambassade pompeu-
se avec des présens magnifiques. Pedro de Gayer
et Ignacio Keyser furent désignés ; ils arrivèrent
heureusement à Canton , et ce ne fut qu'avec beau-
coup de peine qu'ils obtinrent une audience de
l'Empereur, qui se trouvait à cette époque à Pé-
kin. Leurs propositions ne furent pas très-bien
accueillies par suite de l'opposition que leur sus-
cita le père Schall, jésuite, qui avait à cette époque
une grande influence à la Cour. Ils furent mieux
reçus au Japon. L'empereur, qui avait une haine
profonde contre les Portugais et les Espagnols,
accorda aux Hollandais tout ce qu'ils désiraient ,
sous la seule condition qu'ils l'instruiraient des vues
secrètes de ces deux nations contre les intérêts de
son empire, et qu'ils n'insulteraient point les bâli-
mens Chinois auxquels il avait permis le commer-
ce dans ses états.
Pendant que ces événemens se passaient, la
guerre recommença dans l'île de Java : cette île
était antérieurement sous la domination d'un seul
souverain, avec le titre d'empereurou roi de Japa-
re. Le gouverneur de Bantam se souleva con-
tre lui, et prit le litre de Roi; ce fait n'eut lieu
qu'avec l'appui des hollandais , qui profilèrent de
cette division qu'ils avaient fait naître entre les
deux souverains , pour porter des secours alterna-
tivement à un parti contre l'autre , afin de les af-
faibl'r tous les deux. Une circonstance força l'em-
— 99 —

pereur, pendant Tannée 1659, de parcourir ses


étais pour y étouffer quelques germes de discorde
dont il eût connaissance. Pendant qu'il était oc-
cupé à faire ce voyage , le roi de Bantam réunit
une armée nombreuse, avec l'intention d'attaquer
les hollandais, espérant que , privés du secours de
l'empereur, il lui serait facile de les détruire et de
s:emparer de Batavia. Mais la défense que lui op-
posèrent les hollandais , fut si brillante , qu'après
avoir perdu une grande partie de son armée , il se
vit contraint de se retirer en toute hâte et d'im-
plorer la paix. Malgré toutes ces agitations , le
gouverneur et le conseil trouvèrent le moyen de
soutenir leur allié le roi~de Bengale , qui était à la
veille d'être détrôné par son frère. Ils lui envoyè-
rent des troupes , de l'artillerie et des vivres ; ces
secours suffirent pour le sauver du danger et le
raffermir sur son trône. En récompense de ce ser-
vice, ce prince reconnaissant permit aux hollan-
dais d'établir un comptoir à Ougly et d^y construi-
re un fort entouré d'un large fossé et défendu par
douze pièces d'artillerie. Cet établissement con-
tribua à détruire pour quelque tems le commerce
anglais au Bengale.
Les Hollandais ne pouvaient oublier la mauvaise
réception qui avait été faite à leur ambassade en
Chine ; ils désiraient ardemment trouver une ven-
geance qui frappât plus particulièrement les jé-
suites, auteurs de cette disgrâce , que l'empereur;
une occasion favorable se présenta , elle fut saisie
avec enthousiasme. On apprit qu'une flotte por-
tugaise, richement chargée et sur laquelle les jésui-
tes avaient de grands intérêts , était à Macassar ;
— 100 —

on équipa sur-le-champ une escadre de plus de


tren te bâtimens ; on fît embarquer bon nombre
de troupes de débarquement, et le 7 juin 1660 ,
Macassar fut attaqué par mer et par terre , et
malgré la vigoureuse résistance du roi de ce pays
qui défendait ses alliés avec toute son armée , les
hollandais remportèrent une victoire complète ;
ils incendièrent trois bâtimens, en firent couler
deux, et s'emparèrent d'un qui avait une riche
cargaison. Le Roi de Macassar dût se soumettre
aux conditions que lui imposèrent les hollandais ,
qui se contentèrent de chasser tous les portugais
établis dans l'île , ainsi que les jésuites , de démo-
lir leurs collèges et leurs églises , et qui exigèrent
la remise de la fortification de Jompandan avec
le terrein environnant dans un rayon de trois à
quatre lieues.
Après cetle glorieuse victoire, les Hollandais
eurent à supporter le plus grand malheur que la
compagnie eût jamais éprouvé dans les Indes. Ils
avaient un établissement dans l'île de Formose , à
trente lieues des côtes de la province de Fokien ;
cette colonie s'était agrandie et fortifiée sans obs-
tacle , et, par suite de l'invasion de la Chine par
les Tartares , sa prospérité était parvenue au plus
haut degré, car plus de cent mille Chinois , qui
ne voulaient pas se soumettre au vainqueur, s'é-
taient réfugiés dans cette île, apportant avec eux
l'activité qui leur est naturelle et emmenant un
grand nombre de bâtimens , de manière qu'en très
peu de tems Formose était devenu le marché le
plus florissant de l'Inde. Mais un tailleur, nommé
Chis-Chilung, homme entreprenant et d'un talent
— 101 —

supérieur, excité par la haine qu'il avait conçue


contre les Tartares, se fit pirate, et en peu de
tems, devint si puissant qu'il était redouté de l'em-
pereur des Tartares lui-même; mais ayant été
attiré à Pékin par de brillantes promesses , l'usur-
pateur le fit mettre en prison , où on croit qu'il
mourut empoisonné. Son fils Coxanga suivit la
carrière de son père ; il demanda des secours aux
hollandais, mais ceux-ci refusèrent. Irrité contre
eux et convaincu que la possession de Formose
pourrait favoriser ses plans de vengeance contre
les oppresseurs de sa patrie et de sa famille, il for-
me le projet de s'emparer de la forteresse ; il l'at-
taqua avec des forces supérieures et avec une
grande résolution. Les ouvrages de la place étaient
en très-mauvais état, la garnison faible et les vi-
vres et munitions en très-petite quantité : on avait
réclamé des secours qui n'arrivèrent pas , et le
commandant de l'escadre de renfort prit la fuite
devant l'ennemi qu'il aurait dû combattre. Malgré
cette pénible situation , le gouverneur se défendit
avec résolution, mais, manquant de vivres et de
munitions et voyant la garnison réduite à la deiv
nière extrémité, il se vit forcer de capituler (1663).
Il s'embarqua avec le peu de monde qui lui restait
pour Batavia, où il fut puni pour ne pas avoir fait
ce qu'il lui était impossible de faire.
Toutes les tentatives faites pour recouvrer
Formose devinrent inutiles ; les hollandais furent
même obligés de transporter leur commerce à
Canton, en se soumettant aux conditions et aux
vexations que subissaient les autres nations. Depuis
ce désastre, ils ne purent continuer leurs expédi-
7
— 102 —

tions au Japon , sans éprouver des difficultés sé-


rieuses et sans nombre et sans courir de grands
dangers.

CHAPITRE IX.

LesHollandais
s'emparentdesvillesprincipales
occupéespar les Portugais, surla côte
deMalabar.— Moyens employéspar la CompagnieHollandaise pours'assurer
le monopoleexclusifde la muscadeet du gérofle.— LesAnglais établissent
plusieurscomptoirsdansles Indes.— Acquisitionde l'île de Bombay,

K«?p|»|f: uelque temps après le rétablissement de


II sur le trône d'Angleterre, les
^M)$Charles
PB et les Hollandais, de tant
ll^lllljfc Portugais fatigués
de guerres , ouvrirent une négociation sous la mé-
diation de ce prince. Comme cette affaire marchait
avec beaucoup de lenteur, les Hollandais en pro-
fitèrent pour faire la guerre dans l'Inde avec plus
de vigueur. Ils attaquèrent Coulan, sur la côte du
Malabar qui se rendit sans faire une longue ré-
sistance ; ils allèrent ensuite attaquer Cananor qui
se rendit de même. Comme cette ville leur était
très-utile par sa situation, ils firent les réparations
les plus urgentes aux fortifications. De là, ils pas-
sèrent à Cochin , ville beaucoup plus forte et plus
considérable par sa population et par son com-
merce ; mais là , le général Van-Goens trouva une
résistance opiniâtre ; il perdit beaucoup de monde
pendant le siège qui fut très-long : mais les Portu-
gais manquant de tout furent forcés de capituler.
— 103 —

Van-Goens, ayant reçu un grand renfort de bà-


timens et de troupes , laissa une forte garnison à
Cochin, après en avoir fait réparer les fortifica-
tions , et se dirigea avec le reste de ses forces vers
Porca, capitale d'un petit Rajah , tributaire des
Portugais ; ce prince ne voulut pas tenter le sort des
armes, il préféra se ranger sous la dépendance des
Hollandais, aux mêmes conditions que celles que
lui imposaient les Portugais. La paix étant assurée
de ce côté, la ville de Cranganor, située entre Co-
chin et Calicut jugea convenable de se rendre d'elle
même, afin d'éviter les désastres déplorables d'un
siège. Les Hollandais firent la paix avec le Zamo-
rin de Calicut et avec d'autres princes du pays,
de manière que , dans l'espace d'une année , ils
s'étaient emparés du commerce du Malabar.
Par suite de contestations survenues entre les
Hollandais et le Roi de Macassar, l'amiral Cornélio
Speelman, partit de Batavia pour les côtes des
Célébes avec une escadre de treize bâtimens , et
plusieurs autres petites embarcations, le tou
monté par huit cents hommes de débarquement*
Malgré les offres que le Roi fit d'applanir toutes les
difficultés , l'amiral lui déclara la guerre confor-
mément aux ordres qu'il avait reçus , et ayant
appris que ce prince avait dirigé une grande ex-
pédition contre l'île Bouton , l'amiral effectua
deux débarquemens : il défit les troupes du Roi et
s'empara d'un riche butin ; il partit aussitôt pour
l'île Bouton qu'il trouva assiégée par la flotte et
l'armée duRoi de Macassar; l'amiral pénétra dans
le port avec toute sou escadre, il attaqua les enne-
mis dans leurs retranchemens, il mit le feu aux
— 104 —

magasins et les força à lever le siège. Cette attaque,


faite avec beaucoup de vigueur, provoqua une dé-
sertion si considérable parmi les troupes que les
généraux furent forcés de se rendre à discrétion
avec celles qui restaient et qui furent faites prison-
nières de guerre.
Les Hollandais , naturellement soupçonneux ,
étaient convaincus que le Roi de Macassar n'avait
signé lapaixqu'afin de gagner du temps. Le Roi de
Macassar, croyant de son côté que, tant qu'il, aurait
un si puissant voisinage , il ne serait jamais maî-
tre de son royaume, fit une alliance avec tous les
princes du pays pour chasser les Hollandais. Ceux-
ci, instruits parles préparatifs qui se faisaient,
équipèrent une forte escadre qui portait un bon
nombre de troupes bien disciplinées ; ils obligé—
rant les Souverains avec lesquels ils étaient alliés ,
de leur fournir les bâtimens et les troupes qui
étaient disponibles chez eux ; l'escadre réunie se
composait de seize grands bâtimens et de quatorze
chaloupes, dont le commandement fut confié à l'a-
miral Spéelmau. Il sortit du port d'Amboine avec
les contingens que lui avaient fournis les Rois de
Palacca et de Ternate ; arrivé sur la côte, il tenta
d'entrer dans le port de Macassar, mais il fut vive-
ment repoussé. Une tempête dispersa une partie
de son escadre ; il lui fallut plusieurs jours pour la
rallier ; aussitôt le ralliement opéré, il fit débar-
quer toutes ses troupes, et, aidé par le Roi de Pa-
lacca, il s'empara d'un point fortifié très-impor-
tant qui lui facilita les moyens de ravager tout le
pays environnant. La guerre se soutenait avec vi-
gueur des deux côtés ; mais les vivres et les muni-
— 105 —

tions tirant à leur fin, on fit la paix qui ne fut pas


de longue durée. Le Roi de Macassar voulant bien-
tôt profiter des pertes que les Hollandais avaient
essuyées pendant la saison des pluies, recommença
les hostilités, mais il fut battu complètement, et
on lui imposa des conditions humiliantes. Une des
conséquences de cette victoire fut l'exclusion de
tous les Européens du port de Macassar ; de ma--
nière que les Hollandais restaient maîtres absolus
du commerce de l'épicerie dans ce pays, comme
ils avaient le monopole de la canelle dans l'île de
Geylan.
Pour s'assurer le produit exclusif des Moluques-,
ils mirent en oeuvre tous les moyens que l'avarice
la plus audacieuse pût suggérer : maîtres déjà des
points principaux de cet archipel par les fortifica-
tions qu'ils y, avaient établies ,, tantôt par la force,
tantôt par la ruse , ou en vertu des traités , ils se
crurent assez forts pour contraindre les rois de
Ternate et de Tidos, de seconder leurs desseins.
Gés princes, sans force et sans énergie, durent
consentir à ce qu'on arrachât de leurs îles les plan-
tations de la muscade et du gérofle , dont ils pro-
hibèrent la culture dans ces deux royaumes pour
la permettre à Banda et à Amboine.
La nature paraissait venir en aide aux Hollan-
dais dans leur système de monopole. Les fréquens
tremblemens de terre qui faisaient disparaître tous
les ans une multitude de bancs de sable pour en
faire surgir de nouveaux, rendaient la navigation
très dangereuse dans ces parages. Pendant une par-
tie de l'année, les embarcations ne peuvent aborder
les côtes des îles Moluques ; elles doivent attendre
— 106 —

le mousson , qui est un vent fixe mais favorable


qui succède au temps des bourrasques. Lorsque le
calme renaît, les garde-côtes expérimentés et vigi-
lants vont reconnaître les côtes pour poursuivre et
surprendre les bâîimens que l'appât du gain attire
dans ces mers, Les gouverneurs de Banda et d'Am-
boine profitaient de cette époque pour parcourir
les îles voisines, à l'effet de s'assurer par eux-mê-
mes qu'il ne s'y faisait pas de nouvelles plantations
d'arbres à épiceries, que la compagnie avait fait
arracher ; ils mettaient tous leurs soins à anéantir
les efforts que la nature faisait pour les repro-
duire contre le gré de Pinsatiable avarice de quel-
ques marchands qui en exploitaient le monopole.
Les Portugais et les Hollandais possédaient dans
l'Inde des places fortes, des ports et des provinces
entières. Ces avantages , qui les mettaient à l'abri
des hostilités des habitans du pays , leur procu-
raient les moyens de faire un commerce d'autant
plus fructueux qu'il leurpermettait d'éloigner tous
les autres commereans européens afin de jouir
seuls des abondantes récoltes de ces contrées ,
d'en remplir leurs magasins et de leur fixer un prix
aussi élevé qu'ils le désiraient. Les Anglais , au
contraire , sans forces et sans asile, n'avaient d'au->
très ressources que celles qu'ils apportaient de
la mère-patrie. Reconnaissant ce qui leur man-
quait, ils firent tous leurs efforts pour consoli-
der quelques établissemens. Dans le courant de
l'année 1612 la Compagnie anglaise équipa quatre
bâîimens qu'elle mit sous les ordres de Thomas
Best. Cet officier arriva à Surate dans l'intention
d'y établir un comptoir; il fut favorisé
par le gou-
— 107 —

verneur et par d'autres officiers du Grand-Mogol.


Les Portugais de Goa instruits de ce qui se passait,
et décidés à ne pas souffrir la concurrence anglai-
se, équipèrent sur-le-champ une escadre assez
forte à l'effet de détruire celle des Anglais. Best,
homme d'un grand courage, remplaça par la va-
leur qu'il avait inspirée à son équipage la faiblesse
de son escadre 5 il se mil en défense et obtint par
ses savantes manoeuvres une victoire complète sur
les Portugais, à la vue d'un nombreux concours
d'habitans qui observaient, de la plage, le résultat
d'un combat si inégal. La réputation du comman-
dant anglais parvint promptement à la cour du Mo-
gol, où il fut estimé et admiré : l'empereur le fa-
vorisa de toute son influence pour l'établissement
d'un comptoir. Alors la Compagnie anglaise jugea
qu'une ambassade solennelle, envoyée à la cour du
Grand-Mogol, donnerait plus de poids à ses pré-
tentions, et serait accueillie plus avantageusement
par l'orgueil et le faste des orientaux. Le cheva-
lier Thomas Roé , fut nommé ambassadeur; il
partit de suite pour Delhy, où il fut très bien re-
çu ; il suivit la cour pendant plusieurs mois et ga-
gna la confiance de l'empereur qui lui fit des pré-
sents magnifiques. Quelques tems après, Roé at-
teignitle but de son ambassade qui consistait dans
l'obtention de plusieurs privilèges en faveur de la
compagnie, de manière qu'en 1616 elle avait des
établissemens et des comptoirs à Surate , Ameda-
bad , Agra , Agmiere, Bérampour, Calicut, Ma-
sulipatamet autres points maritimes de l'Inde.
Les Anglais s'occupaient à se frayer un chemin
pour faire le commerce avec la Perse ; en 1615 ,
— 108 —

ils avaient aidé Schah-Abbas dans sa conquête


de la ville d'Ormuz qui fut entièrement détruite.
Sur les ruines de cette cité , on forma la ville de
Bender-Abasy , à l'entrée du golfe persique. C'est
à son excellent port qu'elle dût. de pouvoir être
comptée en très-peu de tems parmi les villes les
plus florissantes. En récompense de ce service , la
Compagnie anglaise obtint du roi de Perse l'exemp-
tion perpétuelle de droits pour tous les bâtimens
portant le pavillon britannique, et la diminution
de la moitié des droits de douane, et cela à la
simple condition de maintenir continuellement
dans le golfe deux bâtimens de guerre pour pro-
téger le commerce maritime. Les Anglais ont joui
de ce privilège jusqu'à la mort de Schah-Abbas ;
mais alors ils furent obligés de payer dix mille
piastres fortes pour en obtenir la continuation.
En 1634 , quelques commerçants anglais firent
une convention particulière avec le vice-roi de
Goa, qui leur accorda la liberté du commerce
dans les établissemens portugais de l'Inde et dans
les mers de la Chine. Mais les hollandais ne pou-
vant voir sans ressentiment les progrès que leurs
rivaux faisaient dans leurs relations amicales avec
les princes de l'Inde , les poursuivaient sur tous
les marchés et par tous les moyens que peut sug-
gérer la haine basée sur l'intérêt ; leurs délégués
ou leurs commissionnaires provoquaient sans cesse
des discussions embrouillées qui se terminaient
par des combats; de manière que la Compagnie
anglaise, séparée et presque abandonnée , dût en-
fin céder. Cette nation tourmentée et affaiblie r
par les dissentions religieuses qui firent couler
— i09 —

tant de sang, et par les événemens politiques qui


survinrent, abandonna presque entièrement les
avantages du commerce de l'Iude ; la compagnie
n'existait plus que de nom , lorsque la mort tragi-
que de Charles I" arriva. Quelque temps après,
Cromwell déclara la guerre aux Hollandais. Les
Anglais obtinrent quelques avantages, et le traité
imposé par le Protecteur donna une nouvelle vie
au commerce de l'Inde et ranima l'activité des
spéculations particulières que les guerres civiles
avaient interrompues.
Les marchés de l'Arabie, delà Perse , de l'Inde
et de la Chine , furent ouverts jusqu'à l'avènement
au trône par Charles II ; ce monarque accorda
plusieurs privilèges à la compagnie; il lui oc-
troya entr'autres, l'autorité militaire et civile et
le pouvoir de faire la paix et de déclarer la guerre
aux princes de l'Inde. L'union du Roi avec une
princesse de Portugal mit à sa disposition l'île de
Bombay que l'on donna à cette princesse à titre de
dot. Cette île est stérile et l'air qu'on y respire
très mal sain ; mais en revanche son port est ex-
cellent. Sa situation" sur la côte du Malabar lui
donne la plus grande importance pour les naviga-
teurs qui parcourent ces mers , parce qu'il offre un
abri sûr pendant la saison des tempêtes. C'était
une précieuse acquisition pour les Anglais qui
n'avaient sur ces côtes aucun port pour caréner et
appareiller leurs bâtimens. Le Roi d'Angleterre
envoya lord Marleburgh avec une escadre pour
prendre possession de l'île, qui devait lui être re-
mise par le vice-roi à qui le roi de Portugal avait
envoyé les instructions nécessaires. Le vice-roi
était prêt à faire la remise, lorsque le clergé,
— no —

mettant en avant l'honneur de la religion, s'oppo-


sa à ce qu'on cédât cette île à des hérétiques. L'op-
position était devenue si vive que la force seule
était capable de trancher la question ; mais les
Portugais redoutant le ressentiment des Anglais,
se soumirent à une convention par laquelle il était
permis auxhabitans et aux commerçants dé Bom-
bay de suivre le culte de leur religion avec une
entière liberté, et par laquelle aussi on leur ga-
rantissait la tranquille possession de leurs biens
sous le gouvernement anglais. M. Cook signa la
convention, et, en qualité de gouverneur, il prit
possession de l'île au nom de Charles II. Il y fît
immédiatement construire une forteresse ; dans
la rédaction de l'acte , il avait omis une circons-
tance de la plus grande importance, c'était de
comprendre les dépendances de Bombay jusqu'à
Versica , ce qui causa beaucoup de discordes. Les
Européens et même les Indiens durent abandon-
ner l'île pendant quelque lems , à cause de l'insa-
lubrité de l'air ; on fit des travaux pour dissiper
les exhalaisons morbifiques ; on s'attacha â faire
écouler les eaux stagnantes qui en étaient la cause
principale et on obtint une amélioi'ation sensible.
Bombay devint très^peuplée par l'accroissement
de la population indigène et l'arrivée de beaucoup
d'étrangers qui y étaient attirés par la douceur de
son gouvernement. Le peu d'utilité qu'on retirait
de cette colonie, les frais immenses qu'elle occa-
sionnait et d'autres causes politiques décidèrent
Charles II à la céder à la Compagnie des Indes
comme feudataire de la couronne.
La Compagnie fit achever les fortifications pour
— lli —

mettre la ville à l'abri de toute invasion et dans


l'intention d'en faire le centre d'entrepôt de son
commerce dans le Malabar, comme on avait fait
de Surate dans les golfes'de Perse et d'Arabie.

chapitre x.

lousleurseffortspourassurerleurdomination
LesHollandaisfont dans'Ies
In-
des.—Conduiteinjusteet violente
desfrèresCliild.— d'Aureng-
Vengeance

Zeh, MortdeJohnChild.

«Tr^JlQjES Hollandais, qui, comme on a déjà pu le


f.fjP^remarquer, avaient employé pendant les
|S§lsi§troubles qui agitaient l'Angleterre, tous
les moyens pour devenir les maîtres exclusifs du
commerce des Indes , voyant que !a Compagnie
anglaise commençait à prospérer, formèrent le
projet d'arrêter leurs progrès par un moyen aussi
efficace qu'aurait pu l'être une guerre ouverte ; ce
moyen consistait à entretenir continuellement la
guerre avec les naturels du pays , jusqu'à ce que
ces derniers se vissent obligés de chasser tous les
étrangers, eux exceptés. Une discussion s'étant
élevée sur la succession au trône de l'empereur de
Java, les Hollandais, par suite de leur système ,
prirent le parti de l'un des prétendans et chassè-
rent les autres. Ils se servirent ensuite de l'in-
fluence qu'ils avaient acquise sur le nouveau sou-
verain , pour !e déterminer à transférer sa cour
de Mataram, ancienne résidence des empereurs
de Java, à Kattasura, qui se trouvait très près de
— 112 —

leurs établissemens. Peu de tems après, donnant


pour prétexte la sécurité de son trône, ils obtin-
rent, la permission de construire un fort dans le-
quel ils mirent une bonne garnison ; ils parvin-
rent même à établir un corps-de-garde dans le
palais de l'empereur, afin qu'il eût toujours à sa
disposition ses fidèles alliés prêts à le défendre
contre ses ennemis déclarés ou occultes. Les Hol-
landais trouvaient que ce n'était point encore as-
sez d'avoir ainsi assujéti l'empereur, alors que le
roi de Bantam restait toujours indépendant. Ce
prince accueillait ouvertement les Anglais ; il
leur avait permis d'établir un comptoir dans sa
capitale ; il avait envoyé un ambassadeur à la cour
de Charles II, et les navires de toutes les nations-
trafiquaient librement dans ses ports. Aussi, les
Hollandais fidèles à leur plan , profitèrent-ils
de la première occasion qui se présenta pour
étendre leur influence sur un souverain qui pa-
raissait peu disposé à favoriser leur commerce.
Le vieux. Roi de Bantam, accablé de maux ,
désirant voir avant de mourir son fils Haasï
monter sur le trône , abdiqua la couronne en sa
faveur. Le jeune Prince, par sa conduite injuste
et cruelle, fut bientôt l'objet de la haine de tous
ses vassaux. L'ancien Roi, pour sa sûreté et celle
des deux fils qui lui restaient, prit les armes , et,
à la tête de trente mille hommes, vint assiéger
Haasi dans la forteresse de Bantam. Le jeune Roi
se voyant abandonné de presque tous les siens ,,
implora le secours des Hollandais. Ceux-ci,,
sans examiner de quel côté était la justice , en-
voyèrent un secours de trois mille hommes sous-
— 113 —

les ordres du commandant Martin : ce général dé-


barqua sur la côte de Bantam ; il livra le combat
au vieux Roi dont l'armée, après une défense
opiniâtre, fut mise en déroute, le Roi lui-même
fut fait prisonnier. Ses deux fils se sauvèrent
dans les montagnes, d'où Faîne fit un traité avec
les vainqueurs qui le reçurent à Batavia. Ainsi se
termina celte guerre qui assura le trône au jeune
Roi ; mais il n'eut pas lieu de se glorifier longtemps
de cet avantage, car les hollandais s'emparèrent
bientôt de la forteresse et de sa personne ; ils
pillèrent les comptoirs des européens, entr'au-
tres ceux des Anglais , où ils trouvèrent de l'or,
des pierres précieuses et des riches objets dont la
valeur s'élevait à une somme très-considérable.
Quelque temps après, le Roi Haasï se vit tellement
dominé par les Hollandais , que les Anglais et les
autres Européens durent abandonner Bantam.
La perte de cet établissement causa un préjudice
si grand à la Compagnie Anglaise , qu'elle se dé-
cida à tenter tous les moyens pour recouvrer
un poste qui était si avantageux pour son com-
merce. A cet effet, elle équipa une flotte de vingt-
trois vaisseaux (1685), dont quelques-uns de soi-
xante et soixante-dix canons , montés par un
corps de huit mille hommes de troupes réguliè-
res. Tout faisait espérer qu'avec de pareilles for-
ces elle pourrait rétablir ses affaires à Bantam
et humilier l'orgueil des Hollandais ; mais une
cour vénale et corrompue ne vit dans cet arme-
ment qu'un moyen de plus pour obtenir de fortes
sommes de la Compagnie, et, dans ce but, elle
mit l'embargo sur l'expédition. L'Ambassadeur
— H4 —

Hollandais manoeuvra de son côté pour empê-


cher la'flotte de partir, et cela en offrant, dans
un moment favorable , un présent de vingt mille
piastres à quelques personnes influentes de la
cour. La Compagnie qui n'avait plus de fonds, ne
perdit pas cependant son crédit ; elle trouva six
millions sept cent cinquante mille livres ; mais
cette somme fut bientôt absorbée par des guer-
res ruineuses , par le mauvais résultat des affaires
en Europe et par les sommes qu'elle fut obligée
de payer pour la continuation de son privilège ;
de manière qu'elle se trouva avec un déficit im-
mense dans sa caisse. Dès lors les principes de
prudence et de modération que Ton avait suivis
jusqu'à ce moment, furent remplacés par un sys-
tème d'injustice et de déprédation , aussi dange-
reux qu'immoral.
Josias Child qui, de directeur qu'il était delà
Compagnie en devint le tyran, envoya des ordres
aux Indes, à l'effet de refroidir par des prétextes
plausibles les bonnes dispositions des prêteurs ,
ce qui obligerait la compagnie à avoir recours à
des moyens extraordinaires. Il confia à son frère
John Child , gouverneur de Bombay, l'exécution
de ce plan d'iniquité, digne en tout point de la
conduite immorale et tyrannique de ces deux
chefs et de leur manière arbitraire de gouverner.
Entraîné par sa violence naturelle et par la réso-
lution de ses commettans , John Child ne trouva
pas d'autre moyen d'enrichir la Compagnie ^ que
d'avoir recours au pillage ; il s'empara de tous
les bâtimens appartenant aux sujets du Grand-
Mogol, il eut même l'audace de capturer, san&
— 113 —

«ne déclaration préalable de guerre, une flotte


chargée de vivres destinés à une armée du
Mogol.
Aureng-Zeb, qui tenait alors les rênes del'Em-
pire du Mogol, ne fit pas longtemps attendre le
châtiment d'un semblable outrage. Sédée-Yacoub,
un de ses généraux , après avoir inutilement de-
mandé satisfaction au nom de son maître des pi-
rateries de Child , débarqua vingt mille hommes
à Bombay. Lorsque cette armée approcha, les
Anglais en eurent une telle frayeur, qu'ils aban-
donnèrent le fort Magaron avec la plus grande
précipitation, laissant dans ce fort l'argent, les
vivres, plusieurs caisses d'armes et des canons
de gros calibre. Sédée-Yacoub , animé par ce pre-
mier avantage , alla attaquer les Anglais dans la
plaine ; il rompit leurs lignes et les obligea de se
retirer dans leur principale forteresse dont il fit
le siège. Child l'avait mise en étal de défense ,
mais voyant que le nombre de ses ennemis s'aug-
mentait continuellement, il crut faire cesser le
danger en faisant sa soumission ; il envoya des
députés à Aureng-Zeb , pour lui demander la
paix ; ces députés furent reçus très-froidement
et renvoyés de même ; mais, à force de pré-
sents, ils furent admis à l'audience de l'Empe-
reur les mains liées et la tête penchée jusqu'à
terre. Après avoir demandé, d'un ton irrité, le
renvoi de Child,.et avoir exigé une indemnité
convenable, Aureng-Zeb, qui voulait conserver
des relations commerciales si nécessaires à la
prospérité de ses états , accorda la paix aux An-
glais. Pendanl qu'on rédigeait les articles survint
— ne —

la mort de Child, auteur des troubles, qui ve-


naient d'avoir lieu. Cet événement facilita la con-
clusion du traité. L'Empereur fil remettre aux en-
voyés Anglais le fîrman qu'ils sollicitaient et qui
leur octroyait des privilèges , qu'ils avaient ob-
tenus précédemment dans les marchés de l'Em-
pire et il les congédia avec la majesté digne d'un
Prince. Ainsi se termina cette querelle qui inter-
rompit le commerce de la Compagnie pendant
quelques années, lui occasionna des pertes consi-
dérables , et acheva de ruiner le crédit et de
ternir l'honneur des Anglais dans l'Inde. (1690).
En 1686, un prince Marate vendit à M. Eliseo
Yale, pour le compte de la Compagnie, le terri-
toire de Gondelour ou Tegapatam, qui s'étendait
o huit milles sur la longueur de la côte et quatre
milles dans l'intérieur, et qui coûta aux Anglais
cent soixante-deux mille piastres fortes. En 1725,
la Compagnie acheta le temtoire sur lequel on
construisit ensuite la forteresse de Saint-David ,
destinée à protéger Gondalour, et assurer ses
communications avec la mer. Plus tard, on cons-
truisit trois bourgs sur le même territoire, les-
quels avec la forteresse et la ville réunirent une
population considérable , dont la principale occu-
pation étaitrde préparer la teinture d'indigo et la
fabrication des meilleures Bombasies.
En 1640, la compagnie avait acheté à un roi de
Gengia, Madras et son territoire nommé Chinapa-
tam par les habitans du pays- William Longhoure,
agent de la compagnie, fit construire à Madras
le fort Saint-Georges. L'établissement s'accrut ra-
pidement , et quoique cette ville eût l'inconvé-
— 117 —

nient, comme toutes celles de la côte, de ne pas


avoir un port qui pût servir d'abri aux escadres
d'Europe ; on parvint, avec les soins de la compa-
gnie et des négocians , à en faire une des places
les plus importantes de l'Inde , et le port Euro-
péen le plus riche de l'Asie après Batavia.
L'Empereur du Mogol, Schah Djehan , accorda
en 1716 à la Compagnie Anglaise , le privilège
d'importer et d'exporter ses marchandises sans
payer aucun droit. La Compagnie considéra ce
privilège comme un titre pour son commerce dans
l'Inde tant qu'elle eut besoin de la protection des
Princes du pays. Quelques malheurs passagers
dans la Cochinchine et à Sumatra troublèrent sa
prospérité ; mais une Compagnie et une puissance
rivales, des intérêts majeurs et des dangers plus
grands ne tardèrent pas longtemps à attirer toute
son attention.

CHAPITRE XI.

LesFrançaisfontdiverses
tentatives
pour fairelecommercedansl'Inde.— Us
choisissent —Fondation
Suratepourcentredeleursétablissemens. deI'on-
dicnerï.— Formation d'unétablissementmaritimeauxîlesde Franceet
deBourbon.

iïHi&^i^ n ne s'occupait dans toute l'Europe que


IPIlPlI des découvertes des Portugais et des
î^^^^Ê avantages immenses qu'ils retiraient de
leurs voyages aux Indes. Le roi François I", pen-
sant aux profits que pourrait procurer à la France
8
— 118 —•

les produits de ces régions lointaines, si elle les


recevait directement, fît tous ses efforts pour ins-
pirer le goût de la navigation et du commerce aux
Français ; il promit des récompenses à ceux qui
se distingueraient par l'extension et Futilité de
leurs entreprises commerciales. Sous son règne ,
quelques négocians de Rouen risquèrent un petit
armement qui n'obtint aucun résultat favorable et
qui ne parvint pas jusqu'aux mers de l'Asie. Henri
III renouvela ces promesses par un édit de 1578 ;
mais on n'entreprit aucune expédition maritime
digne d'être ciîée. Henri IV établit une Compagnie
des Indes orientales en 1604 et luiaecorda, pour
quinze années consécutives , la faveur d'un com-
merce exclusif; mais malgré tout ce qu'on fit pour
cet établissement, on n'en retira pas les résultats
qu'on en attendait. Louis XIII, en 1611, autorisa
la formation d'une autre Compagnie, qui, après
plusieurs entraves , équipa deux bâtimens pour
commencer le commerce de l'Inde. La majeure
partie des équipages se composait de marins hol-
landais , qui avaient déjà fait plusieurs voyages et
doublé le Cap de Bonne-Espérance; on avait pris
toutes les mesures de précaution pour assurer le
résultat de l'expédition ; mais la Compagnie hol-
landaise des Indes trouva le moyen de l'entraver;
par un décret, elle obligea ses compatriotes de
quitter immédiatement les navires français, de
manière que les capitaines furent dans l'impossi-
bilité de ramener leurs bâtimens en France; ils
durent vendre l'un et retourner avec l'autre. Cet
incident ne découragea pas la Compagnie ; elle
équipa trois bâtimens qu'elle mit sous les ordres
— 119 —

du capitaine Beaulieu qui avait fait partie de la


première expédition; ce capitaine partit de Hon-
fleur à la fin de Tannée 1019. A son retour, il
perdit un bâtiment avec l'équipage et le charge-
ment et entra avec les' deux autres au Hâvre-de-
Grace le 1er décembre 1620.
Les troubles civils , qui agitaient la France à
cette époque, firent disparaître les espérances que
la Compagnie avaient conçues, en mettant les in-
téressés dans l'impossibilité de fournir les sommes
nécessaires pour la soutenir , et en détournant
Fattention du ministère, sans le concours duquel
elle ne pouvait subsister. Dans ces 1circonstances ,
les armateurs français tournèrent leurs vues sur
l'île de Madagascar. Cette grande région, sépa-
rée du continent de l'Afrique par le canal de Mo-
zambique, est située à l'entrée de l'Océan Indien ;
elle a trois cent trente-six: lieues de longueur,
cent vingt dans sa plus grande largeur et huit
cents lieues de circonférence. Ses côtes sont gé-
néralement malsaines , et des terres sablonneuses
et stériles s'étendent dans toute sa longueur à
deux lieues de la côte, mais le terrain de l'inté-
rieur est d'une grande fertilité. Le coton , l'indi-
, le chanvre, le poivre blanc et plusieurs autres
go
végétaux utiles et agréables y croissent naturelle-
ment. Les montagnes renferment des mines de
cuivre, d'or et d'argent. Les habitans s'étaient
adonnés simplement à la culture du riz, et à la
des races d'animaux que les Portu-
propagation
avaient importés d'Europe. Malgré leur
gais y
pauvreté, les différentes populations Nègres qui
le territoire de l'île, étaient continuel-
occupaient
lement en guerre entre eux, soit pour détruire
-~ 120 —

la récolte, soit pour s'approprier les femmes et


les filles de leurs voisins.
Tel était l'état de Madagascar lorsque les Fran-
çais y abordèrent avec l'espoir d'y fonder une co-
lonie capable de devenir le principal entrepôt pour
leurs nouvelles expéditions dans les Indes; mais
on ne prit pas toutes les mesures nécessaires à la
réussite de l'entreprise. On aurait dû profiter des
querelles fréquentes des habitans pour étendre
l'influence du nouvel établissement, et c'est ce
qu'on ne fit pas. L'air malsain de la côte fit périr
un nombre considérable de colons , parce que ,
au lieu d'employer des hommes robustes et qui
auraient été accoutumés au climat dans les'îles de
France et de Bourbon , qui sont sous la même la-
titude et dont l'air est plus favorable à la santé,
on avait réuni en France et transporté immédia-
tement à Madagascar des hommes sans force et de
la classe la plus indigente. Ceux qui résistèrent à
l'inclémence de l'air et de la température , s'étant
abandonnés à la violence de leurs passions, sou-
levèrent contre eux les habitans du pays qui les as-
sassinèrent tous. Après un événement aussi tragi-
que, la Compagnie n'espérant plus rétablir ses af-
faires , ne tarda pas à se dissoudre entièrement.
Richelieu, ce ministre célèbre, dont les plans
eurent presque toujours pour objet l'agrandisse-
ment et la prospérité de la France, prit la résolu-
tion de faire revivre le commerce des Indes ; à
cet effet, il forma une nouvelle Compagnie qu'il
plaça sous sa protection immédiate, et à qui il ac-
corda des privilèges beaucoup plus étendus. D'a-
bord très-active, pendant quelque 'tems assez
— 121 —

heureuse , la Compagnie déchut à la fin et se vit


dans l'impossibilité de continuer ses opérations.
Après Richelieu, Colbert renouvela.la même
tentative; la Compagnie nouvellement créée sous
ses auspices , et à laquelle il accorda le monopole
pour cinquante ans , réunit en très peu temps un
fonds de quinze millions.. Au commencement elle
déploya une grande activité, mais deux expédi-
tions successives, entreprises dans le but de fonder
des colonies à Madagascar, eurent un très-mau-
vais résultat, et, depuis lors, on renonça aux pro-
jets que l'on avait formés sur cette île et on
continua avec vigueur le commerce direct avec
l'Inde.
,Un Persan, nommé Marcara Aranehious , au
service de France , qui avait des parens qui te-
naient le premier rang à la cour d'Ispaham , et
d'autres revêtus d'emplois importants-dans les In-
des, obtint, en faveur de la Compagnie française ,
la permission d'établir des comptoirs sur plusieurs
points de la Péninsule. En 1668, un négociant ,
français d'origine, nommé Caron , qui avait veilli
au service de la Compagnie hollandaise, qu'il avait
abonnée parce qu'il n'avait pas été récompensé
comme il croyait le mériter, revint en France où
il fut bien reçu ; on le mit à. la tête des affaires de
la Compagnie créée par Colbert ; il choisit Surate
pour le centre de toutes les entreprises des Fran-
çais dans l'Inde ; c'était de cette ville.que devaient
être expédiés les ordres pour tous les établisse-
mens subalternes; là, devaient aussi se réunir
toutes les marchandises destinées pour l'Europe.
Mais _, quoique cette ville située entre la Perse et
~ 122 —

l'Inde fût très-florissante, Caron remarqua quelle


ne remplissait pas le but qu'il s'était proposé pour
un établissement principal. Cet homme habile vou-
lait un port indépendant dans le centre de l'Inde ,
et dans les parages ou croissent les épiceries ; sans
cette condition , il lui paraissait impossible qu'une
compagnie pût se soutenir ; en conséquence , il
dirigea ses vues sur File de Ceylan , et, comme les
hollandais étaient en guerre avec Louis XIV, il s'y
présenta avec une forte escadre qu'on lui avait en-
voyée d'Europe sous les ordres de La Haye, et
dont il devait diriger les opérations. Arrivés à la
'
côte, les Français attaquèrent infructueusement
Punto Galle ; l'escadre se dirigea alors vers la
Baie de Trinquemale ; on s'empara de la forteresse
après l'avoir canonnée quelque tems ; on y mit
une forte garnison , de l'artillerie, et tout ce qui
était nécessaire pour la défendre. Pendant qu'on
faisait ces préparatifs , le général hollandais Van
Goens arriva avec une flotte aussi forte que celle
des Français, qui durent se retirer après avoir
éprouvé un échec. Caron passa avec le reste des
troupes à la côte deCoromandel, et, guidé par un
esprit de vengeance , il fit attaquer la colonie
portugaise de San Tome que les hollandais leur
avaient prise. La place était grande et bien pour-
vue de vivres et de munitions , mais ses fortifica-
tions n'arrêtèrent pas les Français qui la prirent
d'assaut en 1672 et s'y établirent. Deux ans après,
les Hollandais inspirèrent au Roi de Golconde de
la jalousie contre les Français ; ils l'engagèrent à
assiéger la ville par terre pendant qu'ils la blo-
queraient par mer. Le gouverneur lit une vigou-
— 123 —

reuse résistance ; la flotte hollandaise se retira


dans le port le plus voisin et débarqua un corps de
troupes qui alla se réunir à l'armée du Roi. Par
ce moyen , le siège continua , et la garnison man-
quant de vivres fut obligée de se rendre, mais à
des conditions honorables. Colbertqui avait suivi
son projet avec autant d'habileté que de persévé-
rance , ne put cependant empêcher les affaires de
la compagnie de décliner. Celle-ci n'aurait pu faire
que des efforts impuissans sans la conduite hono-
rable et la prudence de l'un de ses agens nommé
François Martin , qui rétablit son crédit. Pendant
le siège de San Tome, Caron et de La Haye, di-
recteurs de la Compagnie des Indes Orientales,
prévoyant qu'il leur serait impossible de con-
server plus Jongleras la place, cherchèrent les
moyens de s'assurer une retraite. Ils chargèrent
François Martin de réclamer du Rajah de Visa-
pour, ami déclaré de la nation française , la per-
mission de se retirer àPondichery. Martin obtint
ce qu'il demanda à des conditions très-raisonna-
bles , et, après la reddition de la place , les deux
directeurs vinrent se réunir à lui avec leur troupe.
Quelque tems après , ils partirent pour l'Europe,
laissant Martin avec soixante français et après lui
avoir remis "l'argent et les objets appartenant à la
Compagnie. Cet homme, actif et industrieux , di-
rigea si bien les affaires de la compagnie, qu'il fut
chargé de faire l'acquisition de Pondichery en son
nom; on s'en rapportait à lui pour l'obtenir aux
conditions les plus avantageuses. Peu de tems
après , le Rajah lui permit d'élever des fortifica-
tions pour la sécurité des Français et de leurs
— 124 —

marchandises. Par ses soins et sa vigilance, la


colonie offrait les plus heureuses espérances. Mais
les Hollandais , jaloux de l'état prospère de cette
ville naissante , essayèrent de la faire attaquer par
les Indiens ; le Rajah, à qui ils s'étaient adressés ,
refusa de se rendre complice de cette perfidie. Les
Français, disait-il, ont acheté cette place , par
conséquent il serait injuste de les en dépouiller.
Malgré cela, les Hollandais résolurent d'effectuer
leur dessein , et, profitant de l'état de guerre où
ils étaient avec la France , ils firent les préparatifs
nécessaires pour s'emparer de Pondichery , et
l'ayant investi et attaqué avec des forces considé-
rables, Martin se vit obligé de se rendre après une
capitulation honorable. Dès que les ennemis fu-
rent en possession de la place , ils achevèrent les
murailles de l'enceinte et y firent construire sept
bastions , ce qui la rendit une des meilleures forte-
resses des Indes.
Cette conquête , qui paraissait devoir anéantir
le pouvoir de la Compagnie dans les Indes, devint
quatre ans après, la source de sa prospérité. En
vertu de la paix de Riswick , conclue en l'année
1697, la ville de Pondichery fut restituée à la Fran-
ce avec toutes ses fortifications qui étaient en bien
meilleur état que lorsqu'elle fut prise ; mais , par
un accord particulier, les Hollandais ne l'évacuè-
rent entièrement qu'après avoir reçu près de cent
vingt mille livres tournois, somme bien inférieure
à celle qu'avaient coûté les travaux exécutés pour
la mettre dans un état de défense si respectable.
Ce traité fut conclu le 17 septembre.
Lorsqu'on apprit en France l'évacuation com-
— 125 —

plète de Pondichery , on y envoya une escadre


avec des munitions de guerre, deux cents soldats
et d'habiles ingénieurs. François Martin , nommé
directeur-général, fit augmenter encore les forti-
fications , traça le plan régulier d'une grande ville
et y attira, par sa bonne administration , une po-
pulation considérable. Le conseil souverain des
Indes fut aboli à Surate , et la ville de Pondichery
devint enfin la résidence de la direction et du gou-
vernement général, dont l'autorité devait s'éten-
dre sur les comptoirs de Balassor, Casembarard ,
Cabripatam, Masuli palan, Ugli et autres au Ben-
gale et sur la côte de Coromandel et d'Orixa.
Cette ville devint le chef-lieu des colonies fran-
çaises , et, en peu d'années, une des places les
plus importantes que les Européens eussent en
Asie ; car au lieu de cinq cents âmes qu'elle comp-
tait dans son origine , elle renfermait dans son
enceinte près de quaire-vingt-dix mille habi-
tans de différentes nations.
Cette ville, située à onze degrés cinquante-six
minutes de latitude septentrionale , et à soixante-
dix-sept degrés vingt-deux minutes de longitude,
est à cent toises de distance du bord de la mer, et
bien qu'elle ne possède pas un port comme toutes
celles de la même côte, elle a sur elles l'avantage
d'une rade plus sûre et plus commode. Un pro-
montoire assez élevé la préserve des grandes cha-
leurs, et offre aux navigateurs un signe précieux
pour leurs ervir des guide sur cette côte ; il retient
aussi des eaux abondantes qui contribuent àl'ar-
rosement des terres qui environnent la ville. Outre,
ces avantages, sa situation est la plus favorable
— 126 —

pour recevoir les marchandises du Carnate, du


Mysora et duTanjaour. Comme le golfe du Ben-
gale est situé devant elle, ses magasins sont alimen-
tés non seulement par les productions de la côte ,
mais encore par toutes celles des autres échelles de
l'Inde ; elle servait aussi d'entrepôt aux marchan-
dises d'Europe, que l'on transportait selon les be-
soins dans les différents marchés de l'Orient. Son
principal commerce consistait en toiles , dont les
plus belles se fabriquaient sur la côte d'Orixa et
s'entreposaient à Pondichery. On y l'ecevait aussi
une grande quantité de soie écrue et travaillée ,
l'or, l'argent, les parfums, les épiceries et les
diamants , de sorte que l'activité de ses habitans
suffisait pour maintenir sa prospérité.
Pendant que cette métropole des Indes se sou-
tenait par son industrie locale, les affaires delà
Compagnie allaient en décadence. En vain le gou-
vernement lui avança des fonds , après lui avoir
fait don de ce qu'il lui avait prêté au commence-
ment ; elle fut obligée d'abandonner ses comptoirs
de Bantam, Bajapour, ïalichery , Masulipatam ,
Bender-Abasy et Syam, pour concentrer ses opé-
rations à Pondichery et à Surate. En 1719, le
système de Law lui donna une splendeur passagè-
re , et, par suite de sa réunion aux compagnies de
l'Occident, de l'Afrique et de la Chine , sous la dé-
nomination de Compagnie perpétuelle des Indes ,
elle commença à être assez florissante. A cette
époque, elle recevait tous les ans, Irois^ quatre, et
jusqu'à sept bâtimens richement chargés.
Dans l'année 1722, Bayanagor , roi de Barga-
ret, protégea la. Compagnie et l'opposa aux An-
— 127 —

glais ; mais après la paix faite entre ce prince et la


Compagnie anglaise, les Français furent obligés
de se retirer sans avoir obtenu les avantages qui
leur avaient été promis. Trois ans après, ils s'em-
parèrent de Mahé et en firent le comptoir princi-
pal de la côte du Malabar. Cette ville est située à
11 degrés! 48 minutes de latitude septentrionale
et à 75 degi-és 20 minutes de longitude. En 1726 ,
on conclut un traité de commerce entre le gou-
vernement français et le roi Bayanagor. Le mi-
nistère, décidé à protéger efficacement la Compa-
gnie et son principal établissement, confia à plu-
sieurs personnes d'une capacité reconnue , le soin
d'en diriger les affaires et d'en augmenter les for-
ces.
En 1755 , Dumas fut envoyé en qualité de gou-
verneur général, et, à l'aide d'une administration
ferme et discrète , il sut lui donner un nouvel ac-
croissement et faire jaillir sur elle un nouveau
lustre. Il obtint du Grand-JYIogol le privilège de
battre monnaie ; il faisait fondre tous les ans pour
cinq ou six millions , qui procuraient à la compa-
gnie de quatre à cinq cents mille livres tournois ,
pour le droit seul de la fabrication de la monnaie.
Il fit l'acquisition de Karical et de son territoire, ce
qui offrit à la compagnie un avantage bien plus
grand, puisqu'il lui donnait les moyens de.se ré-
server la plus grande partie du commerce du
Tanjaour. Sahagée-Maharaja, qui avait fait la ces-
sion de Karical, fit un emprunt de cent mille écus
à la Compagnie française et donna trente-cinq
bourgades pour caution; quelques mois après , il
emprunta quarante mille écus et donna pour
— 128 —

caution quinze autres bourgades ; ces deux som-


mes n'ayant jamais été payées , les villages donnés
en caution devinrent propriétés françaises ; le
territoire en était fertile , abondant en riz , en co-
ton et indigo ; il était habité par plus de quarante
mille indiens industrieux qui fabriquaient des toi-
les de coton blanches et peintes. Le Rajah-Singa
qui.succéda à Sahagée-Maharaja confirma la ces-
sion de Karical et de son territoire.
Le fameux Nizam le Moluque , profitant de l'a-
baissement de l'empereur du Mogol qui venait
d'être fait prisonnier dans sa capitale par Kuli-
can, s'était déclaré indépendant dans la province
du Décan , dont il était vice-Roi ; à son exemple,
presque tous les gouverneurs mahométans vou-
laient s'ériger en souverains particuliers. Parmi
ces gouverneurs ambitieux, Daust-Alikan, nabah
de la province d'Arcale , dans laquelle étaient si-
tués Pondichery et Madras , réunit une armée
de soixante mille hommes, soumit plusieurs Prin-
ces Indiens, et étendit ses conquêtes de l'autre
côté de la Péninsule , dans l'espoir de réduire à
son obéissance une partie de la côte du Malabar.
Les Rajahs de la Péninsule de l'Inde prévoyant
le sort qui les attendait, se coalisèrent et firent
entrer dans leur confédération lès Princes des
Marates, peuples nombreux, puissants et guer-
riers. Les Marates se mirent en campagne avec
plus de cent mille chevaux ; ils attaquèrent et dé-
truisirent l'armée du Nabah qui 'périt lui- même
dans l'action. Le Gouverneur-général, d'accord
avec son conseil, donna un asile à la veuve , aux
parens et à plusieurs sujets du Nabah ; il reçut ces
— 129 —

malheureux alliés avec tous les égards qui leur


étaient dus , et promit de les protéger contre les
Marates victorieux. Ragogé-Bonsola, leur géné-
ral, s'approcha des murs dePondichery, demanda
impérieusement qu'on lui remît les réfugiés , et
réclama une somme de douze cents livres en
forme de tribut, prétendant que les Français
avaient toujours été assujétis à le payer ; ces de-
mandes étaient accompagnées de menaces qui
avaient pour but d'intimider le gouverneur ; mais
Dumas dit à l'envoyé du général des Marates :
« Pendant que les Mogols ont été maîtres de ces
» régions , ils ont toujours traité les Français
» avec la considération due à une illustre nation
ï> européenne, qui se fait gloire à son tour de
» protéger ses alliés et ses bienfaiteurs. 11 ne con-
» vient pas au caractère d'un peuple magnanime,
)) d'abandonner une multitude de femmes , d'en-
» fans ;et de malheureux fugitifs : ils sont dans
» l'enceinte de celte ville comme dans un asile
» sacré et sous la sauve-garde d'un souverain qui
» s'honore du titre de protecteur des malheu-
» reux, et, à son exemple, tous les Français qui
» existent à Pondichery sacrifieront, sans regret,
» leur vie pour les défendre. Quant à moi, je ne
» puis écouter la proposition dJun tribut, hurni-
« liant ou d'une indemnité quelconque : plutôt
» mourir. Ainsi, allez dire à votre général que
» je suis disposé à défendre la place jusqu'à la der-
» nière extrémité, et que si la for!une me de-
» vient contraire , je retournerai en Europe avec
y) mon escadre, ma garnison et mes alliés. Ainsi
» qu'il réfléchisse mûrement, s'il lui convient
— 150 —

» d'exposer son armée à une destruction cer-


» taine pour s'emparer d'un monceau de rui-
» nés. »
Cette réponse énergique fît un grand effet sur
l'esprit du général, qui, après quelques négocia-
lions conduites avec habileté , prit le parti de se
retirer avec son armée.
Le fils du défunt Nabah vint en personne à
Pondicliery, pour offrir ses remercîmens au Gou-
verneur-général, et ses consolations à sa mère. Il
fut reçu avec de grands honneurs ; on lui offrit de
riches présents selon la coutume des cours de
l'Inde. Le Nabah n'accepta que deux flacons d'ar-
gent doré, d'un très-beau travail, destinés à con-
tenir de l'essence de rose ; il envoya au Gouver-
neur-général , un de ses plus beaux éléphants
avec un costume indien , lui faisant en même
tems donation de plusieurs terres ; cette donation
fut ratifiée par le Grand-Mogol. Ce prince conféra
à Dumas la dignité de Nabah. Tout ceci était
personnel, mais Dumas demanda et obtint que ce
titre fût transmis à perpétuité à ses successeurs
dans le gouvernement de Pondicliery.
À cette même époque, la Compagnie forma,
dans les mers d'Afrique, comme point d'échelle
de Madagascar aux Indes, un établissement mari-
time, dans deux îles découvertes et abandonnées
par les Portugais ; ces îles étaient file de France
et l'île Bourbon , dont elle était en possession de-
puis 1722.
L'île Bourbon, située à 73 degrés 12 minutes
de longitude et 20 degrés 52 minutes de latitude
méridionale, a soixante milles de longueur et
— 131 —

quarante-cinq milles de largeur ; mais la nature a


rendu inutile la plus grande partie de ce vaste es-
pace. Trois pics inaccessibles de seize cents toises
de hauteur au-dessus du niveau de la mer , un
volcan dont les irruptions ne sont pas dangereuses,
mais qui rend tout le terrain environnant sté-
rile , des escarpemens innombrables si inclinés
qu'il est impossible de les cultiver, des monta-
gnes constamment arides , des côtes généralement
couvertes de rochers, enfin tout s'oppose à une
culture un peu étendue. La plus grande partie
des terres qui peuvent être cultivées sont aussi en
couches tellement inclinées, que les torrens dé-
truisent les espérances les mieux fondées. Le café
que cette île produit est un des meilleurs après
celui d'Arabie ; mais les insectes qui y abondent
portent un grand préjudice à sa culture et en di-
minuent considérablement le produit. Malgré
tous ces inconvéniens , un très-beau ciel, un air
pur, vin climat délicieux et des eaux salutaires
ont contribué à réunir dans cette île une nom-
breuse population.
L'île de Fiance a près de quarante lieues de
circonférence ; son territoire est moins fertile que
celui de l'île Bourbon , qui en est à trente-cinq
lieues de distance ; elle est couverte d'un grand
nombre de montagnes peu élevées. Les champs
sont arrosés par plusieurs ruisseaux ; quelques-
uns n'ont de l'eau que dans la saison des pluies. Le
sol est couvert presque partout de pierres assez
grosses, ce qui fait qu'on ne peut le travailler
qu'avec la pioche et la bêche. On y a essayé , sans
succès > la culture du café ; le camphre , l'aloès ,
— 152 —

le cocotier, le cardamome , la canelle et plusieurs


autres végétaux de l'Asie qui se sont naturalisés
dans l'île, ne seront jamais un objet important de
commerce. Le coton, l'ébène, diverses gommes
et résines sont les seules productions qui puissent
mériter les soins des colons et des commerçants ;
mais si ces produits naturels étaient de peu de va-
leur, sa situation et son port devaient fixer l'at-
tention de la Compagnie.Elle fut longtemps incer-
taine sur ce quelle ferait de ces deux îles. Mais ,
après une mûre réflexion , elle se prononça pour
leur conservation. Aloi^s elle y envoya Labour-
donnais avec le titre de Gouverneur-général. A
son arrivée à l'île de France , en Tannée 1756, il
trouva cette colonie dans un très-mauvais état ;
les objets les plus nécessaires manquaient au petit
nombre d'habitans qui y résidaient. Sous l'admi-
nistration de ce chef habile, tout changea d'aspect
en très-peu de tems ; la culture encouragée pros-
péra ; on ouvrit des chemins de communication ,
on construisit des magasins et des hôpitaux ; par
le moyen d'un aqueduc, le Gouverneur fit con-
duire jusqu'au port l'eau douce qui lui était si né-
cessaire ; tous ces travaux firent disparaître les
obstacles qui s'opposaient à la prospérité de l'île.
En 1757, le Gouverneur fit lancer à l'eau un bri-
gantin ; l'année suivante , il fit construire deux
embarcations et fit mettre un bâtiment de cinq
cents tonneaux sur le chantier. En peu de temps
enfin cet homme actif parvint à mériter le titre de
créateur des deux colonies qu'on lui avait con-
fiées, et qui devaient être d'une si grande impor-
tance par les communications, qu'elles offraient
— 135 —

aux établissements français de la côte du Coro-


rnandel. Depuis lors, les bâtimens français qui
allaient aux Indes trouvaient dans des magasins
et des arsenaux bien pourvus les rafraîchissemeus
et les secours si nécessaires après une longue navi~
gation. Quelques forts placés sur des points con-
venables suffisaient pour proléger la colonie con-
tre une attaque extérieure et mettre en sûreté
une escadre contre les attaques de l'ennemi.
Pendant que cet homme habile et entrepre-
nant travaillait sans relâche à faire fortifier les
établissemens français dans deux îles importantes
de l'Afrique, un autre génie plus extraordinaire ,
Dupleix, commençait à se rendre célèbre dans
l'Inde , en rétablissant les affaires politiques et
commerciales de la Compagnie , malgré les em-
barras qu'occasionnait la guerre vive et opiniâ-
tre qui venait d'éclater entre la France et l'An-
terre.

CHAPITRE XII.

Premiersétablissements
Européen*au Bengale. — FortWilliam.— Fondationde
— Chandernagor.
Calcutta." —Dupleix donnedel'extension
aucommerce
do
celteville.— GuerreentrelaFranceet l'Angleterre.

%?pࣣyBS Portugais furent les premiers qui fon-


lijfwftdèrent au Bengale un établissement de
^commerce ; ils le placèrent à Chatigan ,
port situé sur le bras oriental du Ganges. Les hol-
9
— 154 —

landais établirent leurs comptoirs dans le port de


Balasor en 1603, et d'autres compagnies de l'Eu-
rope obtinrent la permission de l'Empire du Mo-
gol, d'ouvrir des comptoirs sur les bords de la
rivière Ougli, qui est un bras de celle qui se perd
près de Balasor.
Un Français, nommé .Deslandes , forma en 1691
un établissement à Balasor. La France n'obtint
à Chatigan , pour première concession en 1747,
que la faculté d'établir une maison de commerce.
Trois ans après, on lui permit d'en établir une
seconde et on lui laissa le droit de faire flotter
son pavillon , moyennant une somme de vingt-
cinq mille livres tournois, payées une seule
fois.
Le premier établissement des Anglais dans
celte partie de l'Inde remonte à l'an 1640; mais
ils ne jouissaient alors que de l'avantage de faire
le commerce , n'ayant le pouvoir d'établir au-
cune fortification, ni d'entretenir aucune trou-
pe. En 1680 , le Souba permit à l'agent de la
Compagnie anglaise d'avoir trente hommes pour
sa garde ; mais le successeur du Souba se montra
moins favorable aux établissemens anglais , et ce
ne fut qu'en recourant aux armes que la Compa-
gnie pouvait espérer de recouvrer ses privilèges.
Après une guerre désastreuse pour les Anglais,
ces derniers firent la paix avec Aureng-Zeb , au
mois d'août 1687; la Compagnie fut rétablie dans
ses comptoirs sur le même pied qu'auparavant ;
elle fut même exempte de tout droit, moyennant
une somme fixe et annuelle de seize cents piastres
qu'elle devait payer au Grand-Mogol.
— 135 —

En 1696, les Rajahs de l'est de la rivière Ougli


se soulevèrent, et les puissances auxquelles appar-
tenaient les trois établissemens européens limi-
trophes sollicitèrent et obtinrent la permission de
les mettre en état de défense : on leva des trou-
pes et on construisit quelques ouvrages fortifiés :
telle fut l'origine des fortifications européennes
dans le Bengale. Vers l'an 1698, le Grand-Mogol
céda, à titre de fief, à la Compagnie anglaise ,
moyennant une redevance annuelle équivalant à-
peu-près à cinq cent quatre-vingt-dix-sept pias-
tres , les petits villages de Saotamuty, Calcutta et
Govindpour. Le directeur Chenok transféi^a alors
le comptoir du Bengale à Calcutta , sur la rive
occidentale du Ganges , près du petit village de
Govindpour ; et c'est là que l'on jeta les premiers
fondemens du fort William. Il eût été difficile de
choisir un endroit plus incommode, un air plus
malsain, des eaux plus saumâtres, un ancrage aus-
si dangereux et des marais plus infects, causes de
mortalité pour les habitans et la garnison. Mais,
malgré tous ces inconvéniens , un grand nombre
de négocians riches de toutes les nations vinrent
s'y fixer, attirés qu'ils étaient par la sécurité et
la liberté de leur commerce. Qui aurait pu penser
qu'un établissement, placé dans un lieu aussi in-
commode , parviendrait à être , en moins d'un
siècle , la plus belle ville de l'Inde et une des plus
riches de l'Asie ?
Les limites de la Compagnie furent fixées de
suite à Govindpour et à Bernagal , à six milles de
distance l'une de l'autre ; et bien que l'Empereur
du Mogol eût fait une cession formelle de ce pe-
— 136 —

tit territoire et que l'on n'eût à craindre aucun


ennemi, la Compagnie veillait avec soin et obser-
vait attentivement les Rajahs voisins. Ces roitelets,
qui occupaient les bords du Ganges, avaient la pré-
tention de prélever un droit sur toutes les mar-
chandises qui passaient par leurs terres ou qui lon-
geaient par eau leurs états ; ils levèrent des trou-
pes pour percevoir ces droits par la force ; mais
ils ne purent jamais les obtenir.La garnison du fort
William, qui n'était alors composée que de trois à
quatre cents hommes, était continuellement em-
ployée à escorter la flotte marchande qui venait
<3e Patna et Casimbazar, chargée de soieries , d'o-
pium , de borax , et de tissus de différentes es-
pèces.
Jafier-Aly-Kan était le nabah le plus recom-
mandable de tous ceux qui eussent été revêtus de
cette dignité dans le Bengale. Il se faisait remar-
quer par la douceur de ses moeurs et par son
amour de la justice; il avait fixé sa résidence à
Marched-Abad , ville située à 55 lieues de Cal-
cutta et sur le bord occidental du Ganges. Le
voisinage des comptoirs anglais l'inquiétait ; il
voulait arrêter les progrès de leur commerce en
leur imposant des droits onéreux qu'il faisait per-
cevoir quelquefois de vive force, et sans vouloir
reconnaître leur indépendance politique.
Dans cet état de choses, on'envoya, en 1715,
une ambassade à l'Empereur du Mogol, Hosan-
Ali ; cette ambassade eut un plus heureux résultat
que la Compagnie anglaise ne se l'était promis.
L'empereur lui concéda l'île Diu, moyennant une
somme annuelle de quatorze mille piastres fortes ;
— 137 —

et la possession de trois villages près de Madras *


là juridiction civile de ses comptoirs et l'exemp-
tion de visites pour toutes ses marchandises,
moyennant une autre redevance de quinze cents
piastres par an, payables à Surate. Les avantages
que la Compagnie obtint dans le Bengale lui fu-
rent d'autant plus précieux qu'elle fut reconnue
souveraine de trente-sept villages qu'elle avait
successivement achetés aux environs de Calcutta,
avec le droit d'exercer dans tout ce district la jus*
tice civile et criminelle.
Quelque temps après, la tanquillité du Bengale
fut troublée par des guerres que suscita l'ambition
de Aly-Verdy-Kan ; mais la Compagnie anglaise
éprouva peu de pertes dans tous ces mouvemens
et Calcutta commençait déjà à devenir floris-
sant.
Il n'en était pas de même à Chandernagor,
possession accordée dans la même province à la
Compagnie française, en 1688, et dont le terri-
toire qui n'avait qu'une lieue de circonférence,
renfermait un grand nombre de manufaclures^Son
port était excellent, et l'air beaucoup plus sain qu'à
Calcutta, quoique l'établissement fût également sur
le bord, du Ganges. Située dans la région la plus
favorable au commerce, la colonie ne prospé-
rait cependant pas , parce que la Compagnie n'a-
vait pu lui faire passer les fonds nécessaires. Un
homme seul lui donna le mouvement et la vie : cet
homme fut l'armateur Dupleix. Doué d'un talent
distingué et d'un patriotisme ardent ; son acti-
vité , son zèle , des richesses considérables qu'il
avait acquises pendant dix années d'un travail as-
— i58 —

sidu , ranimèrent en peu de tems le commerce et


l'industrie de cette ville, en attirant dans son sein
d'habiles manufacturiers et des colons indus-
trieux. Dupleix les asssocia à ses spéculations et
s'ouvrit des relations commerciales dans tout le
Mogol et jusqu'au Tibet. A son arrivée il ne trouva
pas une chaloupe ; cependant il parvint à armer
jusqu'à quinze embarcations d'une seule fois. Ces
bâtimens trafiquaient sur les côtes de l'Inde, et
Dupleix les expédiait à la Mer Rouge, au golfe
Persique, à Surate , à Goa, aux Maldives , à
Manilla et dans toutes les mers où il était possible
de faire un commerce avantageux. Chandernagor
devint bientôt un des principaux marchés du
Bengale, et par conséquent un objet de jalousie
pour les Anglais. Dupleix faisait prospérer la co-
lonie qui lui était confiée, et, depuis douze ans
déjà , il soutenait l'honneur français sur les bords
du Ganges , lorsqu'il fut appelé à Pondichéry en
qualité de Gouverneur-général pour prendre ,
dans cette ville, la direction des affaires de la
Compagnie des Indes Orientales ; c'était en l'an-
née 1742.
Dupleix qui savait combien le luxe et la magni-
ficence imposaient de respect aux Indiens, s'em-
pressa de prendre possession du titre de Nabab,
que son prédécesseur avait rendu héréditaire dans
la personne de chacun des gouverneurs-géné-
raux dans l'Inde. Par ce moyen , il espérait avoir
plus de facilité pour surveiller les grands intérêts
qui lui étaient confiés et obtenir du Grand-Mogol
des privilèges plus avantageux au commerce de
la France. Dès lors, il affecta les manières d'un
— 139 —

prince, étalant à Pondichéry un faste oriental, ne


sortant jamais que porté sur un magnifique pa-
lanquin et suivi d'une garde à cheval richement
vêtue. Lorsqu'il devait recevoir un prince ou un
ambassadeur, il paraissait avec toute la pompe
d'un souverain, couvert d'or et de pierreries.
Après s'être fait revêtir du titre de Nabahà Pon-
dichéry, Dupleix partit pour le Bengale pour se
faire reconnaître en qualité de Rajah, parce qu'il
avait le projet d'étendre, principalement dans le
Bengale, le pouvoir et le commerce de la France.
Il nomma un directeur-général qui devait aussi
être chargé de l'inspection de Chandernagor ; de
là, il expédia des bâtiments dans tous les mar-
chés de la Péninsule, situés de l'autre côté du
Ganges.
La Compagnie anglaise, qui éprouvait des per-
tes énormes dans son commerce, tant par suite de
la concurrence que leur faisaient les Français, que
parce que ces derniers avaient trouvé les moyens
d'introduire clandestinement leurs marchandises
des Indes dans les marchés de la Grande-Breta-
gne, ne pouvait voir sans jalousie ni sans inquié-
tude la prospérité des étabhssemens et du com-
merce français.
L'Angleterre et la France étaient en guerre à
cause de leurs intérêts politiques. Le ministère de
la Grande-Bretagne envoya une escadre dans les
mers de l'Asie pour protéger son commerce et
ses possesions et pour compromettre le plus pos-
sible les intérêts que les Français avaient dans
cette partie du monde. La Compagnie française
qui avait fait de grandes dépenses à Pondichéry
— 140 —

avant la déclaration de guerre, et qui avait con-


tracté des dettes dans les Indes , voyait bien que
les hostilités allaient la priver de tout secours d'Eu-
rope et ruiner son commerce. Pour prévenir ces
calamités, elle imagina un moyen que le cabinet
de Versailles adopta et qui consistait à proposer à
PAngleterrre de conclure un traité de neutralité
entre les deux Compagnies ; mais les Anglais n'ad-
mirent point cette proposition , parce qu'ils espé-
raient porter dans cette guerre un coup mortel à
la Compagnie française des Indes.
La Bourdonnais , qui avait prévu la rupture ,
sollicita et obtint le commandement d'une escadre
de cinq vaisseaux , qui devait assurer à la France
l'empire des mers de l'Asie pendant toute la
guerre , convaincu qu'il était que la nation qui se
présentait armée la première dans l'Inde aurait
un avantage décisif sur l'autre ; il devait passer à
l'île de France où il aurait attendu le commence-
ment des hostilités ; mais cette escadre fut rap-
pelée en Europe, sur les instances de la Compa-
gnie qui l'avait regardée comme inutile , croyant
que, dans Tlnde , on observerait la neutralité.
Le commencement des hostilités et la perte de
presque tous les bâtimens français qui naviguaient
en Asie prouvèrent la justesse du plan de La Bour-
donnais ,' et laissèrent des regrets de ne pas l'avoir
suivi. Cet homme habile s'attendrit en voyant les
fautes qui causaient la ruine de la Compagnie, et
il pensa à les réparer. Sans approvisionnement,
sans vivres et sans argent, La Bourdonnais par-
vint, à l'aide de son zèle et de sa constance, à
former une escadre composée d'un vaisseau de
— 141 —

soixante canons et de cinq autres bâtimens mar-


chands armés en guerre, montés par trois mille
hommes de troupes parmi lesquels il y avait des
nègres enrégimentés. Dupleix , qui commandait à
Pondichéry, avait formé depuis longtems le projet
de s'emparer de Madras et d'humilier cette ri-
vale de la capitale des établissements français. La
Bourdonnais, qui avait conçu quelque jalousie , au
lieu d'agir de concert avec lui, résolut de le pré-
venir afin de recueillir seul l'honneur de celte en-
treprise.
Avec les six bâtimens qu'il avait armés à ses
frais , il mit à la voile de l'île de Bourbon ; il alla
à la rencontre de l'escadre anglaise, commandée
par le général Pey ton, la joignit près de Madras ,
la battit, la dispersa, l'éloigna de la côte de Co-
romandel, et se présenta devant Madras , que là
négligence du gouverneur, et la faiblesse de
Pey ton avaient laissée sans détense.
En 1746, la ville, serrée de près avec vigueur,
capitula, se rendit et se racheta moyennant la
somme deux millions cent quarante mille piastres
fortes, non compris les objets militaires qui fai-
saient monter la prise à deux millions neuf cent
quarante mille piastres fortes ( 14,700,000 fr.J.
Le Nabab d'Arcate à qui la cour de Delhy
avait ordonné de chasser les Français de Madras
voulut exécuter cet ordre ; mais il ne put y par-
venir et le Grand-Mogol observa la neutralité.
Les différends qui résultèrent de la rivalité de
Dupleix et de La Bourdonnais permirent aux An-
glais de mettre en état de défense les autres éta-
blissements et firent perdre les avantages qui
— 142 —

devaient être la conséquence de cet événement


important.
En effet, au moment où La Bourdonnais, vain-
queur de Madras, se préparait à de nouvelles ex-
péditions, le gouverneur-général Dupleix, poussé
par la jalousie, ne reconnut pas la capitulation ,
entra lui-même dans Madras, pilla la ville et la
livra aux flammes. La Bourdonnais, arrêté par
celte mésaventure, perdit un temps précieux ; de
manière qu'obligé , par les ch'constances, de res-
ter très -longtemps sur la côte de Coromandel ,
il eut la douleur de voir son escadre détruite par
un ouragan terrible, et la division s'introduire
parmi sa troupe.Tant de disgrâces, causées par la
jalousie de Dupleix, déterminèrent La Bour-
donnais à retourner en France, où les cachots de
la Bastille furent la récompense de ses travaux, et
le tombeau où s'ensevelirent les espérances que la
nation avait fondées sur ses talens et sur sa valeur.
Les Anglais qui se virent délivrés d'un ennemi
aussi puissant dans l'Inde et qui se savaient proté-
gés par de puissans secours, se jugèrent en état
de prendre l'offensive à leur tour ; ils allèrent
donc assiéger Pondichéry (1748).
L'amiral Boscawen parut devant la place avec
treize bâtimens de guerre et dix-neuf embarca-
tions de transport, avec quatre mille sept cents
Européens ; il attaqua Pondichéry par terre et par
mer. Deux mille Cipayes et deux mille hommes
de cavalerie indienne , qui étaient venus du fort
Saint-David, se réunirent aux troupes de débar-
quement ; ils environnèrent la place et com-
mencèrent aussitôt à organiser les batteries pour
l'attaque.
— 143 —

Dupleix, désireux de réparer le mal que son


orgueil blessé et une rivalité désastreuse avaient
occasionné, déploya toute son activité pour dé-
fendre la place. Huit cents Européeus et trois
mille Indiens , armés et disciplinés , composaient
toute la garnison, mais son génie suppléa à tout.
Il mit d'abord le fort d'Aria Coupan dans un état
de défense respectable , et y laissa une garnison
de deux cents hommes tant européens que nègres ;
ensuite il fît élever en avant une ligne de redou-
tes bien fortifiées pour que l'artillerie de l'ennemi
ne pût parvenir jusqu'à la place. Toutes ces me-
sures et une bonne artillerie assurèrent le succès
de la glorieuse défense de Dupleix. Aussi l'armée
anglaise ne tarda-t-elle pas à montrer le plus pro-
fond découragement. Le 30 septembre , après
avoir défendu, pendant quarante-deux jours, une
tranchée ouverte, après avoir repoussé des atta-
ques fréquentes et toujours inutiles et après avoir
perdu mille soixante-cinq européens , Dupleix vit
les Anglais obligés de lever le siège. L'amiral fit
rembarquer les marins, et l'armée se retira vers le
fort St.-David.
CHAPITRE XIII.

Paix d'Aix-la-Chapelle.—
Kandersaebest reconnuNababd'Arcateet Muzar-
pba, SoubaduDécan.— LesAnglaisetles Françaissefontla guerrecom-
meauxiliaires
desprincesIndiens.

(1748). La paix d'Aix-la-Chapelle fit cesser


les hostilités en Europe, et ses bienfaits s'éten-
dirent bien promptement jusque dans l'Inde. Le
monde respira tranquillement un moment, et le
commerce reprit son cours.
La reddition de Madras, le combat naval de La
Bourdonnais et la défense de Pondichéry avaient
donné aux peuples de l'Inde une idée avanta-
geuse du caractère et de la valeur des Français.
Dupleix, profitant de cette heureuse disposition
des esprits, résolut d'en tirer des avantages solides
pour la France en Asie, ainsi qu'une prépondé-
rance utile.
La|guerre avait attiré à Pondichéry des troupes
nombreuses et des aventuriers disposés à entre-
prendre toutes espèces de tentatives. C'est avec
eux que Dupleix espérait réaliser les grands pro-
jets qu'ils avait conçus. Il avait étudié à Chander-
nagor le caractère et les intérêts politiques des
Mogols et des princes Indiens. Ces connaissances
l'avaient convaincu qu'il pouvait acquérir une
grande influence dans les affaires de Hndoslan ,
et qu'il pouvait même devenir arbitre de toute
cette péninsule. Pénétré de cetteidée, il profita de
— U6 —

la première occasion qui se présenta pour étendre


les possessions Françaises ; il ne s'agissait de rien
moins que de disposer de la Soubabie du Décan et
de la Nababie du Carnate, en faveur de deux
hommes qu'il savait prêts à faire tous les sacrifices
qu'il pourrait désirer : c'était par ce moyen qu'il
espérait bien se procurer dans l'Inde des avan-
tages et dés richesses incalculables.
La Soubabie du Décan était alors une vice-
royauté , composée de plusieurs provinces qui
avaient été indépendantes ; elle s'étendait depuis
le cap Comorin jusqu'au Ganges. Nizam-le-Molu-
que , qui avait été revêtu de cette dignité, avait
exercé son autorité sur tous les princes Indiens
et sur tous les gouverneurs Mogols qui se trou-
vaient sous sa juridiction. Toutes les contribu-
tions passaient par ses mains, et sa soumission à
l'empire n'était que nominale. Cette grande Sou-
babie était alors vacante par la mort de Nizam-Ie-
Moluque.
La Nababie du Carnate était encore plus im-
portante pour les Français parce que Pondichéry
était située dans le Carnate même et que cette
ville avait des relations intimes et immédiates avec
le Nabab de cette riche contrée.
En 173G, Dupleix avait eu l'occasion de're-
cevoir à Pondichéry Kandeisaeb , gendre de
Subder-My, Nabab d'Arcate ; il avait reconnu
dans ce jeune prince toutes les qualités qu'il dési-
rait rencontrer pour en faire l'instrument poli-
tique dont il avait besoin.
En i741, une armée de \larates se répandit
dans le Carnate et aux environs de Pondichéry ,
— 146 —

brûlant et tuant tout ce qu'elle rencontrait : Kan-


dersaeb fut fait prisonnier, mais il conserva en
prison toute la fermeté de son caractère et son
affection pour les Français. Après huit ans de
captivité, Dupleix, moyennant une somme de
trois-cent-cinquante mille piastres, obtint des
Marates non seulement la liberté de Kandersaeb
mais encore un secours de trois mille chevaux
destinés à lui former une armée, à laquelle le gou-
verneur de Pondichéry réunit quatre cents Euro-
péens et deux milles Cipayes.
Kandersaeb , à la tête de ces troupes, se réunit
à Muzarpha qui disputait à son oncle Nazarsing la
Soubabie du Décan. Le Nabab Annawerdin mar-
cha contre eux, leur livra une bataille ; mais la
victoire le trahit et il perdit la vie dans le combat.
Muzarpha prit alors le titre de Souba et confé-
ra celui de Nabab d'Arcate à Kandersaeb ; il con-
firma ensuite aux Français les concessions de
Pondichéry et de Karical et ajouta 80 villages
au territoire de Pondichéry.
Nazarsing, effrayé des triomphes de son com-
pétiteur, se mit à la tête de son armée et marcha
contre Kandersaeb et Muzarpha dont les forces
s'étaient augmentées de deux mille Européens en-
voyés par le gouverneur de Pondichéry. Les
armées des deux Soubabs ennemis furent bientôt
en présence, mais les troupes françaises, poussées
par l'insubordination, abandonnèrent leurs chefs
et se retirèrent à Pondichéry avec Kandersaeb qui
se vit obligé de les suivre. Muzarpha se fiant aux
serments de Nazarsing, qui lui promettait l'inves-
titure de Jaquir, se rendit à lui, mais dès qu'il
— 147 —

l'eût en son pouvoir ce hautain Soubab le fît char-


ger de chaînes.
Malgré cet échec, Dupleix poursuivit toujours
l'exécution du double projet qu'il avait conçu
d'élever Muzarpha à la Soubabie du Décan, et
Kandersaeb à la Nababie d'Arcate. En conséquence,
il envoya une ambassade à Nazarsing, sous le pré-
texte de solliciter la clémence du prince envers
son neveu , mais , en réalité , dans le but de faire
abandonner les intérêts du Soubab à Irois Nababs
Patanes qui paraissaient très-disposés à le trahir.
Dans cet intervalle, le gouverneur-général réor-
ganisa l'armée et, après lui avoir rappelé ses de-
voirs , il en confia le commandement au marquis
de Bussy , jeune officier dont le mérite et la bra-
voure étaient connus. L'armée campa sur le nou-
veau territoire accordé au gouvernement de
Pondichéry ; elle attaqua celle de Mohamed-Ally,
fils de Annarverdin, obtint sur ses troupes une
victoire complète et s'empara de la ville de Gengia
et de trois forteresses. Le reste de la campagne
se passa en conférences et en négociations à la suite
desquelles un traité secret fut conclu avec les trois
Nababs Patates.
Le 4 décembre, l'armée Française alla à la ren-
contre de celle du Soubab; après avoir culbuté
quelques petits détachements, elle arriva en peu
de tems jusqu'aux postes avancés. Nazarsing con^
naissait la situation, mais plein de confiance dans
le nombre des troupes qu'il commandait, il donna
ordre à ses officiers « d'aller mettre en pièces cette
poignée de Français » ; il ordonna aussi qu'on lui
apportât la tête de Muzarpha ; montant ensuite sur
— 148 —

son éléphant afin de faire exécuter ses ordres , il


ne tarda pas à s'apercevoir que les Nababs le tra-
hissaient. Plein de fureur alors , il s'élance contre
le Nabab Cudapa , qu'il appelle traître , mais, au
même instant, quelques coups de fusils tirés par
les troupes de ce Nabab et dirigés contre Nazar-
sing, le firent tomber mort de son éléphant. Cu-
dapa lui fit couper la tête et la porta immédiate-
ment lui-même à Muzarpha en lui donnant le titre
de Soubab et lui annonçant sa liberté. Ce prince
qui était enchainéet qui s'étonnait de vivre encore,
était bien éloigné d'attendre un changement de
fortune aussi subit et aussi heureux ; il fit pro-
mener à travers les rangs de l'armée la tête de
Nazai-sing fixée au bout d'une pique et il se rendit
au camp des Confédérés, où il reçut le serment
des chefs de farinée et les félicitations que le mar-
quis de Bussy lui adressa au nom de l'armée fran-
çaise.
Le 15 Décembre, le nouveau Souba fit son
entrée triomphale dans la ville de Pondichéry où
il fut reçu avec tous les honneurs dûs à son rang,
par le gouverneur-général Dupleix, qui régla lui-
même la part qui revenait à chaque Nabab du
territoire et des trésors du défunt Souba, de ma-
nière à ce qu'ils fussent satisfaits de sa décision.
Cette résolution procura à la Compagnie fran-
çaise des avantages trèsimportans , tels que la con-
firmation des premières concessions , le droit de
battre monnaie, avec le sceau du Carnate, jusqu'à
concurrence d'une somme de quatre-cent-soixante-
mille piastres, dont moitié pour la Compagnie et
moitié pour l'armée , et le remboursement de
— 149 —

toutes ses avances. Kandersaebfut reconnu Nabab


mais sous les auspices de Dupleix qui était consi-
déré en quelque sorte comme le premier Nabab du
Carnale.
Muzarpha sortit de Pondichéry le 4 janvier de
l'année suivante avec un corps de trois cents Eu-
ropéens et de deux mille Cipayes commandés par
le marquis de Bussy. Celte armée campa sur le
territoire du Nabab Cudapa , dont les intentions
paraissaient très-suspectes. Alors les trois Nababs
se coalisèrent el attaquèrent l'armée du Souba
qu'ils avaient eux-mêmes formée. Mais deux d'en-
tr'eux furent mis en déroute et périrent à la tête
de leurs troupes ; le troisième, vigoureusement
poursuivi par Muzarpha, se voyant sur le point de
succomber, fit tourner son éléphant contre ce
Prince, se battit corps à corps avec lui, et au
moment où il recevait lui-même une blessure mor-
telle , il portait un coup à Muzarpha qui le fit
tomber raide mort de son éléphant.
On aurait pu croire qu'un événement aussi
imprévu dût faire écrouler tout l'édifice politique
des français, mais le marquis de Bussy ayant réuni
les chefs de l'armée , leur proposa d'élire , en rem-
placement de Muzarpha, le jeune Salabedzing ,
troisième fils du fameux Nizam le Moluque, an-
cien Souba, excluant ainsi du pouvoir le fils de
Muzarpha, comme trop jeune pour maintenir la
tranquillité dans les circonstances présentes. Cette
proposition prévalut, et Salabedzing fut élu
Souba.
Le nouveau Souba confirma non seulement les
anciennes concessions faites à la Compagnie fran-
iO
— 130 —

çaise sur la côte d'Orixa, mais encore il les aug-


menta et y joignit l'abandon de tout le Carnate.
Cettedonalion reçut fort peu de temps après l'as-
sentiment du Grand-Mogol. C'est ainsi que, pour
prix de leur intervention , les français avaient ob-
tenu une augmentation considérable de territoire
sur la côte de Coromandel, et les villes de Pondi-
chéry et deKarical qui possédaient un grand nom-
bre de villages occupant un espace de près de dix
lieues de circonférence , acquisitions très-avanta-
geuses principalement pour le commerce.
Des événemens aussi heureux pour la Compa-
gnie Française, réveillèrent la jalousie et les crain-
tes de la Compagnie Anglaise, qui entrevoyait
bien que la prépondérance clés Français sur la côte
de Coromandel pourrait, en cas de rupture entre
les deux nations , être funeste une seconde fois à
l'établissement de Madras ; c'est pourquoi la pré-
sidence de cette ville s'empressa d'accueillir et de
protéger Mahamet-Aly-Kan , fils du Nabab légi-
time d'Arçate, qui était venu implorer son assis-
tance ; elle lui fournit un secours en hommes , en
argent et en munitions dont elle confia la direc-
tion au colonel Laurencio , officier plein de mé-
rite mais d'un caractère hautain et intraitable, de
telle sorte que la France et l'Angleterre , malgré
la paix qui les unissait en Europe , prirent part,
«omme auxiliaires, aux querelles des Princes
Indiens.
Les premiers combats entre les deux partis
n'occasionnèrent aucun résultat décisif, mais la
fortune se déclara bien promptement en faveur
des Anglais. Clive , simple munitionnaire des
— 151 —

troupes anglaises dans l'Inde, né avec de grands


talens pour la guerre , ayant appris que la prési-
dence de Madras allait envoyer un détachement
dans la province d1 Arcate , pour amuser les Fran-
çais et les qbliger à diviser leurs forces , offrit
ses services en s'obligeant de faire activement la
campagne saus paye et en qualité de simple volon-
taire. Ses offres furent acceptées et on lui donna le
commandement des troupes qui allaient s'embar-
quer sur le Wager, et mettre à la voile de Madras
avec cent (rente Européens. Lorsqu'il fut arrivé
sur la côte de Carnate, il reçut un renfort de qua-
tre-vingt soldats et quelques Cipayes. Avec cette
petite troupe, il marcha si secrètement et avec
tant de diligence qu'il s'empara d'Arcate par sur-
prise et sans opposition : il préserva les habitans
du pillage et, par sa conduite marquée du sceau
de !a prudence et de l'humanité, il sut gagner
tous les coeurs. Dupieix , au lieu de marcher sur
Arcate s'arrêta imprudemment à faire le siège de
Maduré, et perdit un tenus précieux.
Kandersaeb, à la tête d'une nombreuse armée,
vint assiéger le capitaine Clive à Arcate. Les
Français, ses alliés , dirigèrent les opérations du
siège, mais le vaillant Clive repoussa toutes les
attaques et força les assiégeans à se retirer préci-
pitamment. Tels furent les premiers exploits d'un
homme qui, plus tard, acquit une si haute célé-
brité dans l'Indostan et à qui les Anglais doivent
l'agrandissement rapide de leur puissance dans
cette partie de l'Asie.
Après avoir reçu un renfort commandé par le
capitaine Kirk-Patrik, Clive se mit à la poursuite
— 152 —

de Kandersaeb; l'ayant atteint leSDécembre 1751


dans la plaine tTArani, il le défît complètement
sans avoir éprouvé lui-même une grande perte.
Les vilies d'Arani et de Canjivaron se rendirent
bientôt à lui moins par la force de ses armes que
par la terreur qu'inspirait son nom.
Unmois après , Clive se remit en compagne, et,
ayant rencontré l'armée de Kandersaeb, il lui
livra bataille à Kaveripolhkan, appelé communé-
ment Kovéripuk. Il força les relrancliemens des
Indiens et de leurs alliés après quelques charges
à la bayonnette, et ayant chassé son ennemi delà
province, il se mit en marche pour le fort Saint-
David où il arriva le 11 Mars. Arrivé là, il remit
avec autant de désintéressement que de modestie
le commandement des troupes Anglaises au co-
lonel Laurencio qui revenait d'Angleterre.
Le vaillant et fortuné Clive reparut encore dans
l'armée pourjy servir comme subalterne sous les
ordres du colonel Laurencio , à qui les Anglais
doivent les avantages de cette campagne; il prit
d'assaut le fort d'Achaveram, fit prisonnière la
garnison Française, et, marchant directement sur
Wolconde, il défit un détachement commandé
parle comte d'Auteil, qui resta prisonnier sur pa-
role ; la part du butin qui échut au Nabab Maha-
met-Ally, allié des Anglais fut de quarante mille
roupies (M,£00 piastres fortes) sans compter les
canons et des munitions Je toutes espèces.
L'armée de Kandersaeb était entièrement dé-
truite et dispersée ; ce Nabab s'était réfugié à l'île
de Cheringam, une des possessions les plus impor-
tantes des Français.
— 135 —

Sept-cent-quarante-cinq Européens et deux


mille Cipayes occupaient, sous les ordres du capi-
taine Law de Lauriston , les pagodes de Jambas-
kina et de Cheringam, que l'on pouvait considérer
comme deux places capables d'une longue'défense,
mais ayant été attaquées avec une grande préci-
pitation par les troupes?alliées, on n'eut pas le tems
nécessaire pour les approvisionner.
Les deux pagodes, dépourvues de vivres, ne
pouvaient résister longtems à un ennemi qui avait
tout en abondance. Kandersaeb , qui craignait de
tomber entre les mains de son compétiteur, lit un
traité le 31 mai avec Monacgée, général du roi de
Tanjaour , dans l'espoir qu'il favoriserait son éva-
sion. 11 remit la somme convenue entre lui et le
général Indien, mais celui-ci, lorsqu'il eut Kan-
dersaeb en son pouvoir, craignant d'être con-
traint de le livrer aux puissances confédérées , lui
fit trancher la tête et l'envoya au Nabab Maha-
niet-Ally, qui, par ce lâche assassinat, se vit déli-
vré d'un rival dangereux. Le jour suivant 2 juin,
les deux pagodes se rendirent, et la garnison
resta prisonnière.
La guerre se trouvant terminée d'une manière
si contraire aux espérances du Gouverneur-géné-
ral Dupleix, il y eut une suspension d'armes, et
les deux nations rivales jouirent pendant quelque
tems des douceurs de la paix.
1S4

CHAPITRE XIV.

Médiationdes Gouvernements
Françaiset Anglaispour ramenerla pais entreles
deux Compagnies. — PrisedeCalculapar le Soutabdu Bengale.
—Guerre
entrelaFranceet l'Angleterre.

Êfp&*kMA prépondérance et les triomphes de


|f]Jgj^Bussy dans le Décan compensaient avec
jSlilpjf avantage les pertes éprouvées dans le
Carnate. Ce chef\ à la tête d'un faible corps de
français et d'une petite armée indienne , avait ra-
mené Salabedzing jusqu'à Aurengabad , sa capi-
tale , et s'occupait avec autant de zèle que de suc-
cès , à le consolider sur son trône ; il parvint à dé-
cider le Souba à sortir de l'état de dépendance
presque complète dans lequel il était à l'égard de
la cour de Delhy. Il sut déconcerter les plans de
tous ceux qui auraient voulu lui faire la guerre et
il profita habilement des circonstances qui se pré-
sentaient pour obtenir la concession de la pro-
vince de Condavir ou Gontour, dont il avait déjà
pris possesion lorsqu'il s'empara de la ville de Ma-
zu!ipatato en 1752. L'année suivante, à la suite
de quelques différends excités par la jalousie de
Shavenare-Kan, premier ministre de Salabed-
zing , il entra triomphalement dans la ville d'.Au-
rengabad , monté sur un éléphant à la droite du
Prince , et accompagné de toutes les troupes in-
diennes , qui répétaient le cri de : Pive le Sonia !
vive Bussy ! Ce jour mémorable ( 25 septembre
— 1S5 —

1753 ) fut signalé par la concession faite au mar-


quis de Bussy des quatre cantons d'Elour, Ca-
jumdry, Mustaphanagor et Chicacole, dont les
revenus furent destinés à la solde des troupes
que la Compagnie devait tenir à la disposition du
Souba. Toutes ces concessions donnèrent aux pos-
sessions françaises sur la côte d'Orixa , une éten-
due de cent trente lieues de longueur sur une lar-
geur de quinze lieues dans la partie la plus'étroi-
te , et de vingt-cinq dans la plus large, et dont le
produit montait, en 1737, à deux millions, qua-
rante-neuf mille quatre cent soixante dix piastres.
Ces rentes auraient pu s'élever à une somme
beaucoup plus forte ; mais les villages se trou-
vaient presque abandonnés et c'était à peine si le
tiers des terres était cultivé ; les salines alors
très-négligées donnaient un produit si faible
qu'elles n'étaient pas comprises dans ce calcul.
La position des Français dans le Bengale, quoi-
que moins brillante , présentait cependant de
grands avantages pour le commerce. La cour de
France, qui avait vu avec admiration les premiers
triomphes de Dupleix , et qui les avait dignement
récompensés, ne voyait pas avec autant déplaisir
les vastes projets de ce Gouverneur-général de
l'Inde; aussi elle commença' à manifester de
l'indécision dans la marche de ses projets ; elle
lui refusa les secours qu'il avait demandés , et lui
ordonna même de renoncer à la Nababie du Ca-
nate. Cette conduite était le résultat des intrigues
du cabinet britannique , qui voyait avec jalou-
sie et inquiétude , l'accroissement de la prépon-
dérance et de la prospérité commerciale de la
— 156 —

nation française en Asie. Ses craintes furent pous-


sées si loin , qu'il menaça la France d'une guerre
ouverte en Europe, si elle ne mettait un terme aux
hostilités dans l'Inde. Les ministres des deux, puis-
sances ordonnèrent aux deux compagnies de tra-
vailler de suite et de concert aux préliminaires de
la paix ; à cet effet on admit un traité condition-
nel qui avait pour base une égalité pai^faite de ter-
ritoire, de forces et de commerce sur les cotes de
Coromandel et d'Orixa. M. Godeux, directeur de
la Compagnie française , fut nommé commissaire
pacificateur dans l'Inde, et le gouvernement bri-
tannique y envoya Sunders, revêtu de la même
qualité et avec des pouvoirs très-étendus. Les
deux commissaires traitèrent chacun au nom de
leur gouvernement, et le 2 octobre 1754, on si-
gna la suspension d'armes entre les deux compa-
gnies. Le plus important de ce document était
que « les deux gouvernemens jouiraient sans
» troubles et sans contestations de leurs posses-
» sions dans l'Inde ; qu'à l'avenir aucune des deux
» compagnies ne s'immiscerait dans les guerres
» ni dans les discussions des Princes du pays, et
» que ses agens renonceraient à tout gouverne-
« ment et à toute dignité asiatique. »
On verra plus tard jusqu'à quel point le gou-
vernement anglais fut fidèle aux promesses dont
il paraissait le premier auteur.
La France rappela Dupleix et le sacrifia au res-
sentiment et aux terreurs de l'Angleterre ; c'est
ainsi qu'elle paya les services importans, la gloire
et les avantages précieux qu'il avait procurés à sa
nation et à la Compagnie.
— 137 —

Au moment même où les commissaires pacifi-


cateurs envoyés d'Europe travaillaient au traité
qui devait unir les Compagnies française et an-
glaise , une altercation inattendue entre le Souba
du Bengale et le Gouverneur Anglais de Calcutta
donna lieu à une scène des plus tragiques et des
plus triste.
Kisendas , un des principaux officiers du Souba,
s'étant réfugié à Calcutta avec ses trésors, pour
se soustraire au châtiment que sa trahison avait
mérité, trouva chez les Anglais asile et protec-
tion. Le Souba demanda la remise de cet officier
au Gouverneur qui refusa ; irrité de ce refus , le
Souba mit sur pied une armée nombreuse, et le
17 mai 1756, il investit le fort de Casembasar,
qu'il prit le 22 ; il partit ensuite pour aller faire le
siège de Calcutta qui n'était pas dans un état com-
plet de défense. Le Gouverneur Drake et quelques
uns des principaux habitans , effrayés du nombre
de leurs ennemis , abandonnèrent le fort William
et se réfugièrent à bord des bâtim en s anglais qui
étaient ancrés dans leGanges, emportant avec eux
le^urs effets les plus précieux. Le capitaine Hawel,
qui commandait en second le fort , prit la résolu-
tion courageuse de se défendre jusqu'à la dernière
extrémité avec ce qui lui restait d'une garnison
affaiblie et découragée. Mais sa résistance obsti-
née ne put sauver Calcutta. Le fort William se
rendit ; et le Souba , aveuglé par la colère, fit
enfermer les prisonniers avec leur chef dans un
horrible cachot ; entassés les uns sur les autres, de
146 qu'ils étaient, 155 périrent dans une seule
nuit. Par la perte de Calcutta , les affaires de la
— 158 —

Compagnie Anglaise descendirent du plus haut


degré de prospérité à l'anéantissement complet ;
mais cette événement qui présageait les plus fu-
nestes revers à la Compagnie , fut au contraire
la source de son agrandissement et de sa puis-
sance.
Deux anglais, l'amiral Watson et le colonel
Clive * prirent la résolution de punir le Souba de
sa cruaulév L'amiral Watson arriva au fort Saint-
David avec Une escadre, et comm ença ses opéra-
tions en attaquant la ville maritime de Gériat,
ville que le fameux corsaire Tulagéa Angia avait
forcé les Marates à lui céder. Ayant enlevé cette
ville de vive force , il y trouva deux cents pièces
de canons , beaucoup de mortiers et de munitions
de guerre, des vivres en abondance et un riche
butin.
Le colonel Clive, de retour d'Angleterre, s'em-
barqua peu de temps après à Madras sur l'escadre
de l'amiral Watson avec les troupes de la Compa-
gnie ; ayant fait voile pour le Bengale, la présence
de ces deux vaillants officiers fit complètement
changer la marche des affaires. Il jeta l'ancre au
mois d'octobre dans la rade de Balasor, où il trou-
va, à bord des vaisseaux de la Compagnie et dans
un état déplorable , le gouverneur Drake et ceux
qui étaient parvenus à s'échapper de Calcutta
avant la prise de cette place. Clive , à l'aide de ce
faible renfort, organisa une petite armée, se mit
à sa tête et remonta le Ganges ; il s'empara de plu-
sieurs forts qui lui ouvrirent le passage de Calcutta
et il débarqua avec ses troupes et marcha sur la ville»
A là vue de cette place où leurs infortunés compa-
— 159 —

triotes avaient été si cruellement traités , le res-


sentiment et l'exaspération des Anglais furent tels
que les troupes de terre et de mer assaillirent la
place avec une égale fureur. Les soldats Indiens du
Souba ne pouvant soutenir les efforts d'un courage
si héroïque rendirent la citadelle le même jour, 1er
janvier 1757, et la Compagnie entra en possession
d'un établissement qui était de la plus grande im-
portance pour la prospérité de son commerce.
Quelques jours après , la ville d'Ougli, située plus
haut sur le Ganges, tomba également au pou-
voir des Anglais. Clive n'était point encore satis-
fait d'avoir rendu à la Compagnie la possession de
tousses établissemens du Bengale, il résolut aussi
d'humilier l'orgueil du Souba. A cet effet, il mar-
cha contre ce Prince qui avait réuni une armée de
dix mille chevaux et de quinze mille fantassins, et
malgré l'infériorité numérique des Anglais, il ne
balança pas à l'attaquer. Il lui livra quelques com-
bats particuliers, le chassa de toutes ses positions,
et, après avoir détruit une partie de son armée
dans une action générale, il l'obligea , le 9 février
1757, à signer un traité avantageux et honorable
pour la Compagnie. En vertu de ce traité, les An-
glais furent réintégrés dans toutesleurspossessions
et dans tous les privilèges qu'ils avaient obtenus du
Grand-Mogol. On leur laissa la faculté de fortifier
Calcutta comme ils le désiraient, et le Souba
s'obligea à restituer tout ce qui avait été pillé
lorsqu'on s'empara de leurs possessions sur le
Ganges.
Pendant que la Compagnie Anglaise soutenait
celte guerre au Bengale, la nouvelle que les hosli-
— 160 —

lités entré la France et l'Angleterre avaient re-*


commencé , arriva dans l'Inde, Si la Compagnie
Française avait apporté dans sa conduite toute
l'énergie et toute la prudence qui lui étaient si
nécessaires , elle n'eut pas manqué de former avec
les Princes du Bengale une ligue terrible qui au-
rait détruit la puissance des Anglais dans cette
partie de PInde ; mais des plans mal combinés et
des espérances mal fondées , l'amenèrent à faire
une convention particulière qui garantissait la
même neutralité que celle qui fut observée pen-
dant les querelles du Carnate. Tant que l'inaction
des Français parut favorable aux Anglais, ceux-ci
firent croire à leurs rivaux que la neutralité se-
rait maintenue ; mais dès que les victoires qu'ils
avaient remportées sur le Souba, et le traité qu'ils
venaient de lui dicter eurent assuré leur supré-
matie sur le Ganges, ils tournèrent leurs armes
contre Chandernagor, ville que les soins de Du-
pleix avaient rendue si florissante. Clive attaqua
cette place importante dans le mois de mars 1757.
Après l'avoir canonnée durant cinq jours et vain-
cu tous les obstacles, il s'en empara et dépouilla
ainsi les Français de l'établissement le plus impor-
tant qu'ils possédassent sur le Ganges. Tous les
autres comptoirs ne tardèrent pas à subir le même
sort.
Après cette brillante expédition, Clive et Wat-
son qui avaient plusieurs raisons pour suspecter la
fidélité du Souba Surudjadouîa, formèrent le des-
sein de le détrôner. Clive fondait la réussite de
son entreprise sur la haine que la personne du
Souba inspirait à ses sujets à cause de son despo-
— 16J —

tisme. Le gouvernement de Calcutta, instruit de là


disposition des esprits, envoya des-émissaires à
Muzudabad, qui conclurent avec Meer-Jaffier,
Ali-Kan , un traité secret, par lequel ce général
s'obligeait à détrôner le Prince régnant, à faire
de nouvelles concessions aux Anglais et à rétablir
leurs anciens privilèges, à condition qu'on lui prê-
terait assistance, et qu'on lui accorderait une par-
tie des trésors du Souba.
Lorsque l'on fut certain de la mauvaise dispo-
sition des troupes Indiennes, et de l'appui des
conjurés, le colonel Clive se mit en marche avec
trois mille hommes, dont neuf cents seulement
étaient Européens. Le Souba, pour faire face à la
tempête qui le menaçait, réunit les forces de tous
les Nababs et de tous les Rajahs du Bengale ; ces
forces réunies présentaient un corps de cent vingt
mille combattants qui marchaient sous les ordres
du Souba ; l'artillerie était servie par cinquante
artilleurs Français. Mais Clive, qui savait bien
ce qu'il devait craindre d'une armée si terrible en
apparence, l'attaqua dans la plaine de Plasey. La
partie des troupes indiennes qui était sous les or-
dres de Jaffier-Ali, fit seule une résistance appa-
rente ; les autres corps, mécontens et découragés
par la trahison de leurs officiers , se débandèrent
comme surpris par une terreur panique , et Clive
remporta la victoire avec très-peu d'efforts. L'ar-
tillerie et les trésors du Souba tombèrent en son
pouvoir. CePrince, qui était parvenu à s'échapper
après sa défaite , fut atteint et conduit à Muzuda-
bad , où il fut lâchement assassiné par ordre de
Mécrum, fils du traître Jaffier-Ary, qui fut bien-
— 165 —

Lally ne réunissait pas à la valeur le tact et la mo-


dération nécessaires pour commander dans des
régions lointaines et dans des tems si difficiles ;
son esprit et son caractère inflexible ne savaient
jamais se plier aux circonstances.
Après le départ du dernier gouverneur, en
1757, les possessions Françaises restèrent sous les
ordres de Lery, président du conseil à Pondiché-
ry. Le nouveau Gouverneur-général se fît précé-
der par une escadre montée par onze cents soldats
européens sous les ordres d'un officier supérieur
nommé Soupire. Elle arriva à Pondichéry en sep-
tembre de la même année ; mais l'escadre qui
portait le comte de Lally, avec douze cents hom-
mes de troupes sous ses ordres , n'arriva à Pondi-
chéry que le 28 avril de l'année suivante. La haine
que portait ce gouverneur à la nation anglaise était
telle, qu'à son arrivée il écrivit au marquis de
Bussy : « ma politique consiste dans cette maxime :
Qu'il n'y ait jamais un anglais dans la Pénin-
sule. » Pour commencer par une brillante expé-
dition, le même jour qu'il débarqua il alla atta-
quer le fort Saint-David, situé à quatre lieues au
sud de Pondichéry, où résidait alors la présidence
anglaise du Carnate. Le 10 juin cette forteresse
capitula , et la garnison anglaise , composée de six
cent dix-sept Européens et de seize cents Cipayes,
resta prisonnière de guerre.
Cette victoire, une armée nombreuse, un pro-
duit qui montait à dix-huit millions, donnaient à
la nation Française une prépondérance marquée ,
et faisaient naitre, par conséquent, de sérieuses
inquiétudes au Gouvernement Britannique ; mais
— 162 —

tôt reconnu souverain par le Conseil de Cal-


cutta, dont il avait si bien rempli les inten-
tions.
Ce fut ainsi que les Anglais élevèrent à la sou-
veraineté du Bengale, un homme qui ne devait
être que l'instrument de leur ambition. On obli-
gea le nouveau Souba à faire un traité, et indé-
pendamment des sommes qui furent stipulées en
faveur delà Compagnie Anglaise, il fit présent à
Farinée de (erre et à la marine de cinquante lachs de
roupies ( deux millions cinq cent mille piastres ) ;
ce don, l'éuni au butin pris sur le champ de
bataille , suffit pour enrichir le dernier des sol-
dats.
Cette subite révolution chassa les Français du
Bengale , enrichit la Compagnie Anglaise, et pré-
para l'envahissement presque complet de l'Indos-
tan. Calcutta prit de l'extension ; le fort William
fut reconstruit sur un plan plus vaste; et cet agran-
dissement prodigieux, du pouvoir Anglais dans
cette partie de l'Inde les mit en état de poursuivre
la guerre avec plus de vigueur même sur la côte
de Coromandel, et de recouvrer la prépondérance
que la vigoureuse administration du Gouverneur-
général Dupleix leur avait fait perdre.
Pendant que ces événemens se passaient au Ben-
gale, la cour de Versailles nommait Gouverneur
général des possessions Françaises sur les côtes
d'Orixa et de Coromandel le comte de Lally, Ir-
landais d'origine, connu par plusieurs traits de
valeur, et qui s'était distingué à la bataille de
Fontenoy, sous les yeux de Louis XV. Ce choix
ne convenait pas à la France parce que le comte de
— 164 —

tous ces avantages réels disparurent en très- peu


de tems , grâce à l'imprudence et à la conduite
inconcevable du nouveau Gouverneur-général
comte de Lally.
La réputation avantageuse dont jouissait le mar-
quis de Bussy, les immenses richesses qu'il avait
acquises, ses anciennes relations amicales avec
Dupleix et avec toutes les personnes dévouées
aux intérêts de la Compagnie Française , furent
autant de motifs d'envie et de jalousie contre ce
digne officier.
Le 15 juin 1758,1e Gouverneur-général lui or-
donna de se retirer avec une partie de troupes qu'il
avait sous ses ordres. Bussy laissa le comandement
de la côte dJOrixa au marquis de Conflans qu'on
lui avait désigné comme son successeur, et entra
à Pondichéry dans le mois de septembre avec deux
cents soldats Européens et cinq cents Cipayes. Peu
de tems après que Bussy eut quitté le poste qu'il
occupait, les troupes du Rajah-Ananderause s'em-
parèrent de Visigapatam , se réunirent à un déta~
chement anglais , et battirent le corps d'armée du
marquis de Conflans bien que ce corps fût supé-
rieur en nombre. Cet officier perdit toute son ai'-
lillerie, ses bagages , et se retira sous les murs de
Masulipatam : l'armée anglaise fit le siège de cette
ville et y entra par surprise le 7 avril 1759. Ainsi,
en moins de six mois depuis la destitution du mar-
quis de Bussy et avant la fin du mois d'avril , le
gouvernement de Pondichéry perdit toutes les
possessions qu'il avait sur la côte d'Orisa.
Ces pertes irréparables firent changer la politi-
que du Souba Salabedzing , qui accepta l'alliance
— 165 —

des Anglais, et leur concéda la ville de Masuli-


patam et vingt-cinq lieues sur sa côte.
Nonobstant ces revers les affaires de la Compa-
gnie dans le Coromandel continuaient à être dans
un état de prospérité satisfaisant , parce qu'elle
n'avait été troublée par aucune agression hostile ;
cependant la crainte commençait à s'emparer des
esprits. La retraite de l'escadre du comte d'Aché
qui se vit contraint dé se retirer à l'île de France
pour réparer les pertes qu'il avait éprouvées à la
suite de trois combats successifs contre les Anglais,
qui étaient restés maîtres de la mer ; la rareté de
numéraire occasionnée par les pertes que le com-
merce avait faites ; les inimitiés que le comte de
Lallj soulevait par son caractère irascible et des-
potique , toutes ces causes réunies faisaient naître
dans l'esprit de la Compagnie de sérieuses inquié-
tudes sur l'avenir.
L'escadre Anglaise avait débarqué onze cent
hommes destinés à renforcer la garnison de Ma-
dras , mais, contrariée par un vent violent et fixe
qui règne à cette époque dans les mers de l'Inde et
que l'on nomme Monson, elle se vit obligée de
s'éloigner de la côte. Alors Lally forma le projet
téméraire d'aller assiéger Madras, qui était dans
le meilleur état de défense. Son impatience natu^-
relle ne lui permit pas d'attendre que tous ses pré-
paratifs fussent achevés ; il commença le siège le
14 Novembre 1758, et bientôt il manqua des ob-
jets les plus nécessaires. Par une imprévoyance
inexplicable, il avait négligé de s'emparer du fort
de Chinglepet situé à onze lieues de la place assié-
gée , de sorte que la garnison de ce fort intercep-
11
— 166 —

tait la plus grande partie de ses convois et inquié-


tait son armée qui se trouva bientôt réduite à un
tel état de faiblesse et d'impuissance, que le 16 Fé-
vrier 1759 elle fut obligée de lever le siège et d'a-
bandonner une partie de sa grosse artillerie après
avoir perdu l'élite de ses troupes. Dans ce siège,
si mal combiné, Bussy fut fait prisonnier dans une
sortie, et les Anglais l'envoyèrent en Europe, dans
le courant du mois d'octobre suivant.
Lally rentra à Pondichéry plus irrité que jamais,
accusant tout le monde de l'insuccès de son entre-
prise ce qu'il n'aurait dû reprocher qu'à lui seul.
Au commencement de Septembre l'escadre
Française commandée par le comte d'Achéparut
en vue de Pondichéry; elle fît renaître la joie et
l'espérance. Eile était composée de 9 vaisseaux de
ligne, et l'escadre Anglaise était de la même force.
Le 10, un combat insignifiant s'engagea entre les
deux escadres et chacune s'attribua la victoire.
Quelques jours après, le comle d'Aché débarqua
neuf cents hommes de son escadre pour renforcer
la garnison, et mît à la voile pour Pile de France à
l'effet d'y faire réparer ses vaisseaux.
Peu de tems après la levée du siège de Madras ,
et avant l'arrivée de l'escadre, l'armée commandée
alors par le vicomte de Fumel, forte de treize
cents hommes de troupes européennes tant en
infanterie qu'en cavalerie, et de trois mille Ci-
payes, étaient entrée en campagne , et s'était re-
tranchée près de la ville de Vandavachy. Le 29
novembre, elle fut attaquée par l'armée Anglaise
qui fut repoussée après avoir essuyé de grandes
pertes ; le résultat de cette affaire fut que la ville
et le fort d'Arcate tombèrent de nouveau au pou-
— 167 —

voir des Français, et que les troupes Britanniques


se retirèrent sous le canon de Velour.
La rareté de numéraire et l'insubordination
des troupes Françaises qui réclamaient la solde
qui leur était.due, déterminèrent le comte de
Lally à diviser son armée. Il envoya une forte
colonne pour s'emparer de nouveau de l'île de
Cheringam que les Français avait évacuée, et qui
produisait, outre une récolte abondante, trente
mille piastres à la Compagnie.
L'armée Anglaise, sous les ordres du colonel
Eire Coote , profita de cette diversion qui, en af-
faiblissant les troupes Françaises, lui donnait l'a-
vantage du nombre. Il reprit l'offensive, chassa les
Français de plusieurs possessions, et entra à Van-
davachy le 29 novembre Î759. Enfin le 19 janvier
suivant, l'armée Française , commandée par le
comte de Lally en personne , perdit une bataille
décisive : artillerie , bagages et munitions restè-
rent au pouvoir de l'ennemi, et les vaincus ne pou-
vant l'ester en rase campagne , se retirèrent sous
les murs de Pondichéry. Les conséquences de
cette déroute furent déplorables : la ville et le fort
d'Arcate , Permacowl , Allimparvé, Karical,
Valdaur, et plusieurs autres places tombèrent au
pouvoir du vainqueur. Les troupes cantonnées
dans l'île de Cheringam furent obligées de se re-
tirer sans avoir eu le temps de recouvrer aucun
produit, ni de lever aucun impôt. Le méconten-
tement et les divisions ne firent qu'accroître dans
l'armée, et occasionnèrent bien promptement la
perte du principal établissement français dans
l'Inde.
A peine l'armée Fran çaise fut-elle arrivée sous
— 168 —

les murs de Pondichéry, qu'elle se trouva pour


ainsi dire étroitement bloquée dans ses retran-
chemens. Les vivres devenaient de jour en jour
plus rares, il n'y avait d'autre espérance que celle
de l'arrivée de l'escadre ; mais la nécessité où elle
se trouvait de veiller à la sûreté de l'île de France
qui aurait pu être attaquée, l'empêcha de mettre
à la voile pour l'Inde.
Dans des circonstances aussi malheureuses un
allié puissant et habile se présenta dans la lice;
ce fut le vaillant et célèbre Haïder-Aly , qui ne
balança pas à se déclarer en faveur des Français.
Dès le 27 juillet, Pondichéry fut abondamment
pourvue de vivres dont elle avait le plus grand
besoin et des troupes Indiennes vinrent en aug-
menter la garnison.
Le 4 septembre, les troupes Indiennes et les
les troupes Françaises réunies firent une attaque
générale sur les retranchemens anglais ; mais les
agressseurs furent repoussés sur tous les points.
Le 8 les fortifications extérieures tombèrent au
pouvoir des Anglais, et, dès-lors , Pondichéry se
trouva resserrée jusqu'aux fortifications de la pla-
ce. Depuis ce jour, la ville fut battue en brèche, et
après avoir souffert toutes les horreurs d'un siège
opiniâtre et sJêtre défendue avec le plus grand
acharnement, le 20 décembre elle vit l'escadre
Anglaise paraître devant Pondichéry. Lally, ayant
perdu toute espérance, rendit la place sans condi-
tions le 6 février.
Le jour suivant, les Anglais occupèrent la ville,
dont la garnison resta prisonnière de guerre. Le
19 , Lally partit pour Madras, avec une forte es-
corte ; précaution d'autant plus nécessaire , que
— 169 —

l'excès de l'indignation, publique était tel qu'il au^-


rait été immolé par les Français ; ceux-ci furent
embarqués pour l'Europe.. Les. Anglais, ennemis
implacables dePondichéry, avaient juré sa ruine,
aussi commencèrent-ils à la démolir le 8 février
1761 ; tout fut détruit, et bientôt cette ville ,. na-
guère si célèbre et si florissante, n'offrit plus qu'un
monceau de ruines.
L'indignation était générale contre Lally , qui
par mille circonstances diverses s'était attiré le
mépris et la haine ..Les officiers de ses troupes , les-
employés de la Compagnie des Indes, les habitans
de Pondichéry, qui avaient été transportés en-
France, et qui en s'éloignant avaient vu leurs mai-
sons, détruites , tous enfin se réunirent pour dé-
noncer Lally au gouvernement et à l'opinion pu-
blique. Après quatre ans de débats et de procédu-
res , Lally fut condamné à êlre décapité ; il alla
porter sa tête sur un échafaud à l'âge de soixante-
huit ans , victime de son ambition et de la vio-
lence de son caractère.
Les contemporains et la postérité ont regar-
dé cette sentence comme trop sévère. Lally ne
lut ni traître ni concussionnaire : il avait tour-
menté les habitans et les colons par son caractère
irascible, il s'était fait détester ; mais il ne méri-
tait pas la mort, et sa condamnation fut injuste.
Si Lally précipita la ruine delà Colonie, s'il
provoqua les revers des Français dans l'Inde ,
d'autres causes préparèrent aussi ces funestes ré-
sultats. La corruption des moeurs, l'abus de faire
et de recevoir des présents , les gratifications clan-
destines pour obtenir des entreprises lucratives ,
la conduite des directeurs , qui, ne voyant dans.
— 170 —

leurs emplois d'autre but que l'argent et le pou-


voir qu'ils leurs procuraient, fermaient les yeux
à tous les désordres qui méritaient punition, et
confiaient les emplois les plus importans à leurs
partisans, quoiqu'ils n'eussent aucune capacité ;
toutes ces causes réunies concourrurent à faire
crouler le grand édifice politique élevé dans l'Inde
par Martin , la Bourdonnais , Dupleix , et autres
hommes jaloux de la prospérité de leur nation.
Avant la fin de la guerre, les Anglais avaient
fait sauter les fortifications de Mahé et de Karical,
et les Français se virent chassés du continent et
des mers de l'Asie.

CHAPITRE XV.

Paixde1735.—Restitution Français.— Coalition


des établissemens desprin-
—Nouvelle
cesIndienscontrelesAnglais. guerreentrela Franceetl'An-
gleterre.•—PaixdePannéc1763.

MiftA paix de 1765 mit de nouveau les Fran-


en possession de Pondichéry, limitée
l^jKÉ^Çais
i^Mas^*ys!v une étendue
ifeâi^à de trois à cinq lieues du
côté du Sud et de l'Ouest, ainsi que de Mahé, de
Karical, de Chandernagor, et de tous les comp-
toirs qu'ils avaient possédés au Bengale, sous la
condition expresse de n'établir aucune fortifica-
tion à Chandernagor ni dans ses dépendances.
Quelle dilFérenc^avec la brillante position des An-
glais ! En 1765, le conseil de Calcula se vit le
maître de 179,486 milles carrés, d'un revenu de
trois millions quatre cent vingt-sept mille neuf
— 171 —"

cent seize livres sterlins ( 85,697,900 francs ) en-,


viron.
Un article du traité de paix portait que l'An-
gleterre restituerait à la France , dans l'état où ils
se trouveraient, les différens comptoirs que pos-
sédait cette puissance sur les côtes de Coroman-
del, d'Orixa , de Malabar et au Bengale, au com-
mencement de l'année 1749 ; c'est-à-dire que là
France , renonçant au territoire conquis par Du-
pleix, descendait de sa position de puissance sou-
veraine. Elle espérait au moins , en se résignant
au rôle modeste de nation commerçante, de jouir
de toute la plénitude des privilèges qu'elle avait
obtenus, au prix de tant de peines et de sacrifices,
des princes et Nababs du pays ; mais, pendant ce
tems, sa rivale se faisait investir d'un pouvoiciniT
périal, la Dewanée, qu'elle vint disputer en qua-
lité d'autorité Asiatique, après avoir été obligée
de la respecter comme puissance Européenne.
On appelle Dewanée, dans l'Inde, la charge de
collecteur des contributions. Cet emploi, dont la
nomination appartient à l'Empereur, se confiait
ordinairement aux Nababs ; mais, à îa faveur des
troubles qui agitaient presque constamment les
possessions du Grand-Mogol, cet emploi pacifique
s'était transformé en une véritable souveraineté.
Le Dewan d'une province n'était plus le simple
collecteur, mais bien le propriétaire des revenus
de la province moyennant une certaine redevance
payée à la cour de Delhi: telle était la charge
dont les Anglais se firent investir, par les provin-
ces du Bengale, de Bahur et d'Orixa , et dont ils
se servir comme d'un moteur efficace., pour por-
ter préjudice aux intérêts de la France. LaComr-
— 172 —

pagnie Anglaise fît intimer par le Nabab au con-


seil de Chandernagor l'ordre de laisser visiter les
vaisseaux et embarcations des Français par les
collecteurs de laDewanée. Le Nabab citait l'exem-
ple de la Compagnie de Calcuta qui n'avait pas ,
disait-il, refusé de se soumettre à cette formalité.
Une violation si scandaleuse des privilèges de
la France, et l'exemple dérisoire sur lequel on ne
craignait pas de s'appuyer , poussa au dernier
point l'indignation de la Compagnie Française ;
elle refusa de se soumettre à cette honteuse servi-
tude ; mais d'autres usurpations habilement com-
binées détruisirent sourdement son pouvoir, et
causèrent le découragement parmi ses agens. Maî-
tres du pays par la Dewanée , les Anglais firent
défense aux ouvriers indigènes de travailler pour
les autres Compagnies Européennes avant d'avoir
satisfaitaux besoins de la Compagnie Britannique,
travaux qu'elle multiplait à soïi gré. Les Compa-
gnies Française et Hollandaise réclamèrent en
vain la répartition des tisserands entre les princi-
paux établissemens Européens. Des proclamations
affichées par ordre du conseil de Calcuta et des
actes émanés du Nabab, défendirent également
aux habitans de procurer des marchandises aux
Compagnies Européennes et particulièrement à la
Compagnie Française. Les barques envoyées à
Chandernagor, sous la sauve-garde des traités ,
furent insultées, retenues et envahies à main ar-
mée par les spahis de la Dewanée, En 1770, Che-
valier, gouverneur de Chandernagor, ayant vou-
lu , conformément au traité de paix, continuer un
fossé pour donner un écoulement aux eaux sta™
gnantes qui se trouvaient en dedans et en dehors
— 175 —

de la ville , une compagnie de pionniers envoyée-


de Calcutta détruisit les travaux commencés et
combla le fossé ; elle avait même l'ordre de livrer
la colonie au pillage en cas de résistance.
Il fallut tout reconstruire à neuf, puisque tous
les élablissemens Français sur la côte de Coro-
mandel avaient été détruits.
M. Law de Lauriston arriva à Pondichéry en
1765, en qualité de Gouverneur^général ; à peine
la nouvelle de son arrivée fut-elle répandue que
tous les Indiens et tous les Européens divisés par
la guerre et la dévastation, vinrent se réunir à
lui. En très-peu de tems , la ville fut reconstruite
et fortifiée, de manière qu'en 1769 elle contenait
plus de vingt-sept mille habitans. La paix et le
commerce faisaient renaître de ses cendres cette
ville trop longtems malheureuse ; mais chaque jour
elle voyait se renouveller les attaques contre son
indépendance commerciale, tandis que l'ignorance
et l'incapacité des principaux agens de la Compa-
gnie , faisaient évanouir peu à peu les espérances
de cette société, qui fut bientôt forcée de contrac-
ter dés emprunts et qui ne put remplir ses enga-
gemens. Le gouvernement Français se vit obligé
de suspendre son privilège et d'ouvrir à la navi-
gation particulière les mers qui étaient de l'autre
côté du Cap de Bonne-Espérance , dès lors, l'éta-
blissement de Pondichéry devint très-inférieur à
celui de Madras.
Pendant que cela se passait, une coalition for-
midable s'organisait contre les dominateurs du
Bengale ; les troupes réunies de l'Empereur Shah-
Allum , des Nababs Kassim-Ally et Sudjadoula
allèrent à la rencontre de l'armée anglaise, com-
_ 174 —

mandée par le colonel Hector Munro T et par le


major Adams. L'armée Anglaise comptait à peine
sept mille hommes dont douze cents seulement
étaient Européens. L'armée des coalisés était in-
nombrable ; cependant effrayée par la mauvaise
position qu'elle occupait à Buzar et déconcertée
par les manoeuvres des Anglais, elle voulut se re-
tirer, mais arrêtée par l'artillerie au passage du
pont d'Odemelha, le désordre commença à se met-
tre dans ses rangs, et l'armée Idienne fut presque
entièrement détruite par le fer des ennemis, ou
se noya en voulant passer la rivière à la nage. Cette
victoire non disputée assura aux Anglais la domi-
nation du Bengale , et leur prépara la possession
de Benares qu'ils obtinrent plus tard. Immédiate-
ment après la perte de la bataille , Sudjadoula ,,
JNabab d'Oude, se voyant sans armée, envoya
un nommé Gentil, français de nation, qui était à
son service , pour offrir de sa part aux vainqueurs
de se rendre à discrétion. Le colonel Clive, de
retour d'Angleterre avec le titre bien mérité de
gouverneur de la présidence du Bengale , conclut
avec le Nabab d'Oude un traité en vertu duquel
les Anglais l'établiraient ce Nabab dans ses états ,
moyennant une contribution de huit millions. Ils
se firent de cet allié un rempart au Nord et au
Sud-Est, mais ils eurent le soin de maintenir ce
prince dans une complète dépendance du gouver-
nement de Calcutta.
Quant à Kassin-Ally , Nabab du Bengale , l'âme
de cette guerre, il se réfugia dans les provinces
septentrionales où il mourut l'année 1777, dans
le village de Katwel.
L'Empereur du Mogol, Shah-Allun , chassé de
— 175 —

Delhy par son fils, errait de province en prow.


ce. Mais bientôt il implora le secours des Anglais ;
ceux-ci lui promirent de le rétablir sur son trône,
et firent avec ce prince un traité avantageux par
lequel ils obtinrent la cession du Bengale en toute
souveraineté. Fiers de ce titre qui légitimait leur
usurpation aux yeux des peuples de l'Inde , ils
oublièrent bientôt leurs promesses, ils assignèrent
à l'Empereur une rente de six millions avec les-
quels ce prince établit sa cour et fixa sa résidence
à AUahabad. Par ce moyen , l'empire du Mogol
se trouva sous les ordres de deux souverains, l'un
reconnu à Delhy , et l'autre dans les différens pays
où les Anglais avaient des établissemens.
Les dominateurs du Bengale devinrent promp-
tementses oppresseurs, et firent bientôt regretter
aux peuples de ces régions le despotisme de leurs
anciens maîtres ; en très-peu de tems } la cupidité
des hommes à laquelle venait se joindre l'intem-
périe des saisons, causa à ces malheureux habi-
tans les plus affreux désastres. Une sécheresse,
dont on n'avait jamais eu d'exemple , amena une
disette affreuse dans le pays le plus fertile de l'Asie.
Les Anglais occupés d'assurer avant tout leur
subsistance et celle de leurs cipayes , renfermè-
rent avec soin dans leurs magasins la majeure
partie d'une moisson insuffisante ; la famine se
répandit très-promptement dans tout le Bengale.
Les malheureux Indiens , sans secours et sans
ressources, périssaient par milliers , parce qu'ils
ne pouvaient se procurer le moindre aliment. Le
Ganges, les champs et les routes étaient couverts
de cadavres. La nation Anglaise eut enfin horreur
de tant d'excès et écouta avec compassion les gé-
— 176 —

missemens de cette multitude de victimes , immo-


lées à la sordide avarice de quelques particuliers..
Le parlement britannique témoigna le désir de
châtier les auteurs de cette calamité. Lord Clive
fut accusé, mais on l'acquitta et même en des ter-
mes très-honorables. Cependant, rien ne pouvait
atténuer le remords qui le rongeait intérieure-
ment; et celui dont les talens et la bravoure avaient
fondé un Empire nouveau sur les bords du Gan-
ges, après avoir passé quelques années dans un
état d'abattement et de langueur, termina par le
suicide une existence qui lui était devenue insup-
portable.
L'ambition de la Compagnie Anglaise n'était
pas encore satisfaite par l'extension de ses con-
quêtes dans le Bengale et sur la côte de Coroman-
del ;. elle voulait aussi étendre son système d'in-
vasion jusqu'à la côte de Malabar, en employant
tous les moyens qui se présenteraient vsans qu'une.
injustice vînt les arrêter.
Madron, Prince des Marates de l'occident, était
mort en 1772 ; son fils, Warainrou qui lui succéda,
fut assassiné Tannée suivante par Rabogah, son
oncle et fils de Balajarou,; premier ministre qui
s'était emparé de la souveraineté. Rabojah s'était
rendu odieux par cet assassinat. La veuve de Na-
rainrou ayant donné le jour à un fils qui fut re-
connu comme héritier de son père , l'usurpateur
perdit tout espoir de jouir de son crime. Aucun
prince Indien n'aurait voulu soutenir les intérêts,
du tyran : mais celui-ci ayant tourné ses regards
vers la présidence de Bombay, fut admis à signer
un traité d'alliance avec les agents de la Compa-
gnie moyennant la cession de l'île de Salcette et des
-177 —

autres îles voisines de rétablissement Anglais. La


Compagnie consentit à soutenir Rabogah dans ses
injustes prétentions ; elle mit à cet effet sur le
champ une armée sur pied et elle arma une flotte
qui allèrent attaquer l'île Salcete. La citadelle de
Tanah, qui faisait toute sa force, se défendit avec
une adresse et un courage inconnus dans ces ré-
gions. Les Anglais ayant intimé au gouverneur
l'ordre de se rendre, celui-ci répondit avec fierté :
« Je n'ai pas été envoyé ici pour cela » ; et ce n'est
qu'après qu'il fut tué, et que ses vaillants com-
pagnons eurent soutenu un assaut des plus meur-
triers , que les troupes Anglaises entrèrent dans la
citadelle, le 28 décembre de l'année 1774. Les
îles de Couranja, de Buchet et de Culabre se sou-
mirent ensuite. Cette conquête, sur la côte de Ma-
labar, était très-importante? pour les Anglais,
parce qu'elle leur assurait pour toute l'année des
récoltes abondantes de riz et de grains.
L'île Salcette, qui n'est séparée de Bombay que
par un canal très-étroit, a près de vingt milles de
longueur et quinze de largeur ; mais elle est très-
peuplée et son territoire est très-fertile. Au centre
est la montagne de Kemeri, parsemée d'excava-
tions larges et profondes, pratiquées clans les ro-
-clies ; ce sont des pagodes rangées ordinairement
en ligne, mais quelquefois les unes au-dessus des
autres , et ornées pour la plupart de figures et ins-
criptions gravées sur les pierres. La même singu-
larité se retrouve dans l'île de l'Eléphant qui est
très-rapprochée de celle de Salcette.
Dès les furent 1 en
('1776). que Anglais posses-
sion des îles que le Prince Rabogah leur avait
cédées , la présidence de Calcutta désapprouva
— 178 —

hautement la guerre faite par îa présidence de


Bombay ; mais quoiqu'elle abandonnât le Prince ,
elle conserva les concessions et fit la paix avec la
régence de Marale. Suivant le traité , Ragobah de-
vait renoncer à toutes ses prétentions et recevoir
une pension viagère.
Tous les Princes de l'Inde supportaient avec
impatience l'état de servitude dans lequel les An-
glais les tenaient, et, pour y mettre fin, il se forma
une nouvelle coalition entre Nizam-Aly, les Ma-
rates et Haider-Aly : chacune des parties con-
tractantes devait attaquer les Anglais séparément.
Il fut convenu que Nizam envahirait les cantons
du nord, Haider, le Carnateet lesMarates la côte
deCoromandel et celle duBengale. Pendant qu'on
sepréparait à cette invasion, la guerre éclata entre
la France et l'Angleterre sur la question de Tin-
dépendance des Etat-Unis de l'Amérique. Jamais
les Anglais de l'Inde ne s'étaient vus environnés
d'autant d'ennemis , ni dans une situation si alar-
mante et si critique. Mais avant que la coalition ne
fût en état d'agir, les Anglais s'étaient emparés des
établissemens de Chandernagor, de Karical et de
Mazulipatam à la suite d'un combat naval dans le-
quel Pescadre Française fut vaincue et obligée de
se retirer à l'île de France pour réparer ses ava-
ries. Pondichéry se vit bientôt environnée par une
armée ennemie. La garnison, qui se composait de
neuf cents Européens et de douze cents Cipayes ,
se défendit avec la plus grande valeur contre plus
de deux mille Européens, seize cents Cipayes et
quatre mille chevaux. Ce fut en vain que Haider-
Aly, fit une diversion en faveur de cette capitale
des établissemens Français, cette opération n^eut
— 179 —

pour résultat que de retarder sa reddition. Le gou-


verneur Bellecombe capitula le 18 septembre 1778
après quarante jours de tranchée ouverte.
La coalition des princes Indiens venait de se
déclarer et pour résister à des ennemis si nom-
breux, les conseils de Madras et de Calcutta em-
ployèrent l'astuce à défaut de force. Nizam-Aly et
les Marates avaient à se plaindre de Haider-Aly ;
les Anglais rappelèrent son ambition et ses vues se-
crètes ; ils firent tant qu'ils rallumèrent de nou-
veau la haine mal éteinte contre l'usurpateur du
Mysore, de manière que Nizam et les Marates
n'agirent que très-faiblement en faveur de la ligue
générale , et les Anglais n'eurent à combatttre que
Haider-Aly. Mais son armée se composait de cent
mille hommes aguerris et bien disciplinés ; avec ces
forces, il dévasta tout le Carnate et s'empara de
plusieurs places importantes. Pondichéry, privée
de ses défenseurs naturels, abandonné des Anglais
qui avaient concentré leurs forces afin de résister
au torrent qui paraissait vouloir tout entraîner, se
vit alternativement insultée par les troupes An-
glaises qui auraient dû la défendre , et par les
soldats Indiens qui auraient dû être ses alliés.
Haider-Aly qui avait mis le siégé devant Ar-
cate s'en empara après avoir battu l'armée Anglai-
se en deux rencontres, ce qui le rendit maître
de tout le pays plat.
Le Bengale était aussi dans une position criti-
que ; il ne restait aux Anglais sur la côte de Co-
romandel que quelques forts. Thiagar, ville envi-
ronnée d'ouvrages militaires et située sur un roc
escarpé, avait été prise dans le mois d'avril 1781.
Une famine affreuse désolait le Coromandel et la
— 180 —

côte d'Orixa ; le conquérant faisait passer dans ses


états tout le bétail qu'il trouvait. Dans ces circons-
tances si impérieuses , le conseil de Calcutta en-
voya au secours de la présidence de Madras, un
corps d'armée de sept mille hommes sous les or-
dres du général Eyre Coot ; avec ce renfort et les
troupes du Carnate qui s'étaient réunies à lui ,
l'armée fut en état de reprendre l'offensive. Il y eut
plusieurs combats acharnés entre les troupes de
Haider-Aly et l'armée Anglaise , mais aucun ne fut
ni général ni décisif : le prince Indien sétail trop
prudent pour compromettre dans une seule ba-
taille le fruit de la campagne ; d'un autre côté, il
attendait une puissante diversion de la part des
Français.
(178i). Dans cette même campagne, qui fut si
pi'ompte et si sanglante, les Anglais avaient attaqué
avec autant d'audace que de bonheur, plusieurs
possessions Hollandaises dans l'Inde. Poliacate,
Bublipatnam et Chinchura étaient tombées en leur
pouvoir après une faible résistance. La forteresse
deNagapatnam, sur la côte de Coromandel, quoi-
que bien pouvue de vivres et de munitions, se ren-
dit sans avoir fait aucune tentative pour repousser
l'ennemi. Mais l'importante conquête de la Baie de
Trinquemale et d'une partie de l'île de Ceylan fut
au moins disputée. Sur ces entrefaites , la France
qui ne pouvait voir avec indifférence les pertes
qu'elle avait éprouvées dans l'Inde ainsi que celles
de ses alliées, équipa une escadre de onze vais-
seaux de ligne commandée par le bailli de Suffren
et suivie d'un convoi qui conduisait trois mille
hommes. Cette escadre parut inopinément le 5
janvier 1782, sur la côte de Orixa , où elle s'em-
— 181 —

para de l'Annibal, vaisseau anglais de 50 canons.


Quelque tems après, les deux escadres eurent une
rencontre dans laquelle les Français eurent l'a-
vantage ; la flotte Anglaise alla réparer ses avaries
à la Baie de Trinquemale, et l'expédition opéra
son débarquement te 10 mars dans la Baie de Por-
te-Neuve. Les troupes Françaises , abondamment
pourvues de vivres par les soins d'un des généraux
de Haider-Aly, résidant à Chalambron et ayant
reçu un renfort de deux mille Cipayes , firent la
conquête de Gondelour, qui se rendit le 6 avril.
Tout annonçait que les résultats seraient très-heu-
reux sur la côte de Coromandel. Haider-Aly se
disposait à investir Madras, siège du pouvoir an-
glais dans le Carnate et qu'il désirait ardemment
d'abattre.
Un second convoi de cinq mille hommes avec
un train nombreux d'artillerie devait suivre de
près la première expédition française. Le marquis
de Bussy, dont le nom était si connu et si révéré
dans l'Inde, avait été choisi pour commander
l'armée. L'île de France avait été désignée comme
point de réunion de toutes les forces de l'expédi-
tion , mais malheureusement, un partie du pre-
mier convoi fut prise par l'amiral Kenflet, le 12
décembre 1781 ; et le second, dispersé par la tem-
pête , arriva dans un très-mauvais état après, avoir
perdu la moitié de ses forces. Privé de ce secours
et réduit à des moyens impuissans, le marquis de
Bussy mit à la voile pour Pile de France où il ar-
riva le premier juin avec peu de troupes. Malgré
le mauvais état où il était, il envoya de suite un
renfort à Le bailly de Suffren, lequel après deux
batailles soutenues avec gloire, reprit de nouveau
Trinquemale dans l'île de Ceylan. 12
— 182 —

Mais les événemens malheureux survenus aux


convois français avaient fait échouer le principal
objet de la guerre ; on ne devait plus compter sur
la conquête ou sur la destruction des établisse-
mens anglais de Coromandel ; d'ailleursles Anglais,
à l'aide de leur politique astucieuse, étaient parve-
nus à séparer Haider-Aly de la coalition, en
payant une forte somme aux Marates du Berard,
pour qu'ils restassent dans l'inaction ; avant cela ,
ils avaient fait séparément la paix avecNizam-Aly,
et conclu un traité d'alliance avec les Marates de
l'occident. Pour obliger Haider-Aly à faire la paix,
ils portèrent la guerre au sein du Malabar. Bed-
nora, une des villes les plus importantes de cette
partie de ses états, fut prise avec la plus grande
rapidité. Tant de revers et de contrariétés plon-
gèrent Haider-Aly dans le désespoir le plus pro-
fond ; il succomba à une cruelle maladie qui le
tourmentait depuislongtems, le 9novembre 1782,
dans le camp d'Atour, aumilieu de son armée. La
mort de ce prince habile et vaillant débarrassa les
Anglais de l'ennemi le plus formidable qu'ils aient
jamais eu dans les Indes Orientales : ses talens mi-
litaires et les ressources que lui donnait son génie
au milieu même des plus grands désastres , l'a-
vaient fait surnommer par les Français, ses con-
temporains et alliés, le Frédéric de l'Est.
Son fils aîné, Tipoo-Saeb, lui succéda , mais il
était bien loin de posséder les talens militaires et
politiques de son père : il étalait plus de vanité que
de grandeur ; aussi ne se contenta-t-il pas du titre
de Régent, il prit celui de Sultan auquel il ajouta
bientôt l'épithète de Victorieux. Il oublia entière-
ment l'héritier légitime du trône, et laissa la fa-
mille du prince dans la plus affreuse misère.
— 185 —

Se voyant attaqué dans le sein de ses Etats par


les Anglais, le jeune prince fut obligé d'évacuer
le Carnate pour aller au secours de ses possessions
de la côte de Malabar. Bussy avait débarqué à
Porte-Neuve ; la faiblesse de son armée , le dé-
faut de moyens de transport, et le manque de
cavalerie l'avaient réduit à ne faire qu'une guerre
défensive.
L'administration de Madras, renforcée par l'ar-
rivée de la flotte de l'amiral Hugo qui venait de
jeter l'ancre dans la rade, favorisée dans son des-
sein par l'éloignement du Sultan Tipoo-Saeb, ré-
solut de prendre l'offensive contre les Français.Le
général Stuard fut chargé d'exécuter ce plan ; à
cet effet il se mit en marche le 20 avril avec cinq
mille Européens et neuf mille Cipayes , marchant
toujours parallèlement à la côte, pour ne pas per-
dre de vue l'escadre qui conduisait les munitions
de guerre et de bouche , de manière qu'il n'arriva
à Gondelour, que le 20 juin; il s'y établit dans une
position favorable. L'armée Française, affaiblie
par les maladies et par les détachemens que l'on
avait envoyés à Tipoo-Saeb, était réduite à deux
mille trois cents Européens et cinq mille Cipayes.
Le marquis de Bussy établit son camp entre la ville
et l'armée ennemie, appuyant sa droite sur les
dunes de sable, et sa gauche sur la rivière Gon-
delour.
Le 13 juin, au point du jour, le bruit de l'artil-
lerie annonça que l'action avait commencé. Aux
décharges, les troupes du Sultan qui
premières
formaient l'aîle droite prirent la fuite, et toute
l'artillerie qui était sur ce point tomba au pouvoir
des Anglais •,mais quelques corps Français envoyés
dans cette direction chargèrent les bataillons en-
— 184 —

«émis et les poursuivirent jusque dans leurs re-


Xranchemens. Le combat cessa sur-le-champ comme
d'un commun accord et les Français auraient infail-
liblement remporté la victoire, mais le général en
chef fit sonner la retraite , et on abondonna les
douze pièces d'artillerie que Ton venait de repren-
dre, faute de moyens pour les transporter. Le mar-
quis de Bussy s'était enfermé à Gondelour, où il se
défendait vaillamment. Le sort de cette place dé-
pendait d'un nouveau combat naval : ce combat
eut lieu le 20 juin et mit le comble à la gloire du
Bailli de Suffren, qui, avec quinze vaisseaux,
maltraita et mit en fuite l'escadre anglaise qui était
forte de dix-huit vaisseaux et qui voulait lui fer-
mer l'entrée de la rade de Gondelour. Le jour
suivant j, il débarqua des renforts destinés à l'ar-
mée Française. La flotte Anglaise ne pouvant plus
alimenter l'armée de terre, celle-ci se trouvait dans
un état de dénuement complet lorsque la nouvelle
de la paix conclue entre la France et l'Angleterre
apportée par la frégate laMédée, fit cesser les hos-
tilités entre les deux armées.
Parle traité définitif signé le 5 novembre 1785,
la France obtint la restitution de Pondichéry et
de "ses dépendances, les districts de Vilnour, Ba-
hour et Karical avec les quatre Mangans qui l'en-
vironnaient. Mahé sur la côte de Malabar, et Chan-
dernagor dans le Bengale furent également res-
titués et l'on permit de faire un fossé autour de
cette place pour l'écoulement des eaux.
Les Hollandais recouvrèrent aussi leurs an-
ciennes colonies de l'Inde à l'exception de Naga-
patam que les Anglais réunirent à leurs nombreu-
ses possessions.
Tipoo-Saeb, se voyant seul et sans appui, par
— 18S —

suite de la paix qui venait de se conclure entre la


France et l'Angleterre, reconnut la nécessité d'en-
trer en négociations avec des ennemis qui pou-
vaientlui fairebeaucoup de mal,.et, le onze mars.
1784 , la paix fut signée à Mangara entre 1» Com-
pagnie Anglaise et le Sultan j ces deux puissanGes-
échangèrent réciproquement leurs conquêtes et;
leurs prisonniers.
Ainsi finit une guerre qui avait menacé dé dé-
truire les possessions Anglaises et qui, en définitif,
consolida plus que jamais la domination de l'An-
gleterre dans la Péninsule de l'Inde.
Les possessions Françaises n'étaient pas dans un
état de prospérité tel qu'on pût tirer de grands
avantages d'une paix qui n'avait amené aucune
amélioration dans les dures conditions qu'on
leur avait imposées sept ans auparavant.
La remise des établissements Français n'eut
lieu qu'au mois de janvier de l'année 1785.

CHAPITRE xvi.

Tipoo-Saeb recommence —•
làguerrecontrelesAnglais. Guerre entrelaFrance
etl'Angleterre.—
PrisedeSeringapatam —MortdeTipoo-
par lesAnglais.
Saeb Paixd'Amiens. —Leshostilitésentrela France
et l'Angleterre
re-
commencent.— — Elatactueldu
PaixdelSIG. commerce desFrancaisdans
l'Inde.

§©£jyO ES Français établis dans l'Inde jouissaient


|wP^de la liberté du commerce dans leurs
i
tlgli!5SjgSÉ%C
lllllifcomptoirs, lorsque, par suite de l'éta-
blissement d'une nouvelle compagnie privilégiée
en 1787, on prohiba l'exportation des marchan-
dises pour l'Europe, laissant seulement aux négo-
— 186 —

ciants la facilité de faire le commerce intérieur.


Ce nouvel état de choses priva les colons de leurs
principales ressources. La nouvelle compagnie ,
à l'aide de ses fonds et de son crédit, obtint faci-
lement la préférence sur les particuliers, de ma-
nière qu'il ne restait aux colons que le droit de pro-
duire des marchandises. Enfin , après avoir lutté
pendant quelques années contre l'intérêt général,
elle s'abaissa à remplir le rôle honteux d'agent de
la Compagnie Anglaise, et partagea avec les enne-
mis de la France les privilèges qu'on ne lui avait
accordés que dans le but de favoriser l'industrie
nationale.
En 1786, M. de Souillac, alors gouverneur-
général , avait fait de l'île de France le chef-lieu
des établissemens Français; Pondichéry n'eût plus
qu'un gouverneur particulier. Le premier fut M.
de Cossigny ; ce fut sous son administration que
Tipoo-Saeb envoya une ambassade en France.
Tipoo-Saeb, se rappelant sans cesse et ses
triomphes et les victoires de Haider-Aly son pè-
re , résolut de faire de nouvelles tentatives contre
les possessions Anglaises. Pour mettre son plan à
exécution, il savait bien qu'il avait besoin de l'ap-
pui des Français, et, à cet effet, il fit partir pour
la France trois ambassadeurs qui s'embarquèrent
à Pondichéry le 22 du mois de juillet 1787 , et ar-
rivèrent à Toulon le 9 juin de l'année suivante. Le
but de cette ambassade était de contracter une
alliance offensive et défensive contre l'Angleterre.
Tipoo-Saeb demandait trois mille soldats Euro-
péens qu'il se chargeait de payer à compter du
jour de leur embarquement pour l'Inde, offrant
en même tems à la France l'avantage d'un com-
— 187 —

merce privilégié dans ses états. Les envoyés du


sultan furent reçus à la cour avec beaucoup de
pompe et d'apparat, mais ils n'atteignirent pas le
but de leur mission. La France sortait d'une guer-
re ruineuse, et le cabinet de Versailles , loin de
vouloir renouveler les hostilités, avait signé en
1787, un traité de commerce très-avantageux
pour l'Angleterre.
Dans le mois de septembre 1789 , le vaisseau de
la compagnie, le Condé, arriva dans la rade de
Pondichéry , pour annoncer que la Révolution
française avait commencé; il portait en même
tems l'ordre au comte de Conway d'évacuer la
Péninsule. Ce gouverneur s'empressa de fréter
des bâtimens de toutes les nations pour transpor-
ter les objets appartenant à l'état. Dans le mois de
mars suivant, on embarqua toutes les troupes , à
l'exception de quatre cent cinquante hommes qui
devaient avoir plus tard la même destination, ain-
si que le restant des [munitions de guerre et effets
maritimes ; mais des ordres contraires arrivés au
commencement de 1790, suspendirent l'embar-
quement de ces troupes.
La diminution de la garnison de Pondichéry fut
une des principales causes du prodigieux agran-
dissement du pouvoir anglais sur la côte de Co-
romandel, et accéléra la chute de Tipoo-Saeb ,
allié de la France et ennemi capital de l'Angle-
terre.
(1791). Après une mesure aussi intempestive ,
les établissemens de l'Inde restèrent sous les or-
dres de M. Defresnes, colonel du régiment de
Bourbon, et dépendant du conseil de l'île de
France que présidait le comte de Conway. Tipoo-
— 188 —

Saeb, nourrissant toujours l'espoir d'obtenir des


troupes Européennes , s'adressa au conseil parti-
culier de Pondichéry pour renouveler la proposi-
tion qu'il avait déjà faite à la France en 1787, in-
sistant sur l'envoi d'un corps de trois mille hom-
mes qu'il prendrait à sa solde. M. Defresnes trans-
mit ses ordres au gouvernement français , en fai-
sant entrevoir les avantages qu'elles présentaient,
mais la Révolution mit un obstacle invincible à
l'exécution de plans aussi favorables ; et le sultan
Tipoo-Saeb se trouva engagé, sans allié, dans
une nouvelle lutte contre des ennemis qui étaient
résolus à le mettre désormais dans l'impuissance
de nuire aux possessions Britanniques.
Le sultan venait de s'emparer de la province
de Dindigal, située entre le Mysore et les états du
Pioi de Travancor. Celte conquête fut le signal de
la reprise des hostilités. Le marquis de Cornwal-
lis, gouverneur-général des possessions anglaises,
ouvrit lui-même la campagne d'après un plan vas-
te , hardi et décisif. L'armée Anglaise, sortie de
Madras, se dirigea vers les Gattes avec le projet
de forcer les défilés de Maela ; mais s'étant enga-
gée dans des passages impraticables, elle n'avait
plus de vivres, tous les boeufs qui la suivaient
étaient morts , ainsi que presque tous ses che-
vaux ; mais la fermeté du marquis de Conrwallis
sauva l'armée. Il la réunit, la harangue, met pied
à terre et se porte à la tête des colonnes, aban-
donnant pour le transport des malades ses che-
vaux et ses équipages. L'armée électrisée suit son
général et les soldats traînent eux-mêmes l'artil-
lerie ; par cet effort, l'armée passa le Baramohel
sans obstacle. Cornwallis , après avoir la
trompé
— 189 —

vigilance de Tipoo-Saeb, dirigea sa marche vers


le centre de la Péninsule et alla investir Benglora,
ville de la plus grande importance, et où venaient
aboutir tous les chemins de l'Inde. Elle fût prise
après un mois de siège. Pendant toute cette guer-
re , le sultan ne pût résister aux troupes Britan-
niques qui se présentèrent deux fois devant sa ca-
pitale. Enfin, le 24février 1793 , les préliminaires
de paix furent signés. Par ce traité, le sultan per-
dit le tiers de ses états, paya soixante-quinze
millions pour les frais de la guerre ; les prison-
niers furent échangés et les deux fils du sultan res-
tèrent en otage jusqu'à l'exécution entière du
traité.
Pendant ces alternatives , les Français n'avaient
dans l'Inde qu'un territoire très-limité, sans dé-
fense et sans troupes. Le commerce français était
anéanti, les comptoirs insultés ; et ainsi affaiblie ,
la situation des Français dans l'Inde ne pouvait
causer ni craintes ni inquiétudes aux Anglais. Ce-
pendant cette nation ne se tranquillisa que lors-
qu'une nouvelle guerre leur permit de s'emparer
de encore de nos possessions.
Jusqu'au mois de mai de cette année , on igno-
rait à Madras et à Pondichéry que la guerre fût
déclarée de nouveau. M. de Chermont, colonel
du régiment de l'île de France , commandait alors
les établissemens français sur la côte de Coroman-
del. Le moment était critique et l'indiscipline si
grande que les soldats étaient plus disposés à dic-
ter la loi à leurs officiers qu'à leur obéir.
A la fin de juin, l'armée Britannique forte de six
mille Européens et de dix-sept mille Cipayes vint
camper à une lieue de Pondichéry, et, peu après,
— 190 —

elle en commença le siège. La ville fut bombardée


pendant quarante jours de tranchée ouverte ; elle
se rendit le 21 août par une capitulation qui ga-
rantissait que les propriétés seraient respectées, et
que les lois de la religion seraient confirmées com-
me auparavant. Cinq cent soixante-dix Euro-
péens, y compris les officiers, quatre cents Ci-
payes , cent cinquante gardes nationaux et vingt-
cinq dragons, en tout onze cent quarante-cinq
combattans restèrent prisonniers de guerre ; tous
les autres établissemens français subirent le même
sort, et le pavillon anglais fut arboré dans toutes
les forteresse asiatiques qui avaient appartenu à la
nation Française.
Il est vrai que les Français avaient un parti très-
puissant à la cour de Nizam-Aly ; ce parti avait
à sa tête Raymont, officier d'un grand mérite,
et qui aurait pu changer la situation politique de
Tlnde s'il eut été favorisé par les circonstances ;
mais la mort de ce général amena un changement
de système qui prépara la prodigieuse influence
que les Anglais exercèrent depuis sur Nizam-Aly.
Piron qui lui succéda, loin d'imiter la conduite
modérée de son prédécesseur , s'abondonna à
toutes espèces de débauches et de folies ; aussi
perdit-il en peu de temps l'influence que Raymont
avait acquise par sa prudence. Etant tombé au
pouvoir des Anglais , Piron se vit obligé de se re-
tirer avec tous les officiers français dans une ville
de la côte, où il devait, suivant les termes de la
capitulation, rester jusqu'à la paix.
La destruction du parti français mit le Souba
Nizam-Aly, sous la dépendance absolue du gou-
vernement britannique et prépara l'invasion des
— 191 —

états de Tipoo-Saeb. Nizam-Aly dut consentir à


un nouveau traité dans lequel on stipula que ce
prince ne permettrait à aucun français de résider
à sa cour, ni de servir dans ses armées.
Tripoo-Saeb .quoiqu'il vît les Français ses
alliés chassés de leurs établissemens et même des
états de Nizam-Aly, où ils auraient pu lui être
utiles, songeait cependant encore à reconquérir les
provinces qu'il avait perdues dans la funeste cam-
pagne de 1792. Il avait fait une nouvelle levée de
troupes, et, plein de confiance en sa valeur et en
son pouvoir, il se crut en état de réparer ses per-
tes. La nouvelle de rétablissement de la Républi-
que Française était parvenue dans le Mysore, et
le sultan pensa que le changement de gouverne-
ment survenu chez ses anciens alliés pourrait pro-
duire des circonstances plus favorables à ses inté-
rêts politiques. Dans le but de presser l'exécution
de ses projets, il fit partir une ambassade pour
l'île de France où ses envoyés arrivèrent le 19
janvier 1798 : une proclamation du gouverneur
de la colonie invita les Français à passer au ser-
vice de cet allié de la France, et tout ce que l'am-
bassade put obtenir se réduisit à trois-cents hom-
mes qui s'embarquèrent dans le mois de mars sui-
vant , sous les ordres du colonel Chapuis, et dé-
barquèrent à Mangalora sur la côte de Malabar.
Dans le mois d'octobre de la même année, Ti-
poo-Saeb apprit dans le Mysore la conquête de
l'Egypte par les Français ; dès-lors le sultan con-
çut l'espoir de se voir enfin soutenu par des alliés
puissans et maîtres d'une région voisine de. l'Inde.
La présence des Français dans un pays où ils pou-
vaient établir facilement des communications avec
— 192 —

l'Inde, et les dispositions particulières du sultan T


donnèrent aux Anglais de justes sujets de craintes
et d'alarmes ; ils redoublèrent d'activité et d'éner-
gie. En très peu de temps, ils renouvelèrent ou
consolidèrent leur alliance avec les Marates et le
Souba Nizam-Aly , et se trouvèrent en mesure
d'envahir le Mysore avec une armée de soixante-
quinze-mille hommes.
Le 8 novembre, le marquis de Wellesley, gou-
verneur-général de l'Inde, fît proposer à Tipoo-
Saeb de lui envoyer une ambassade pour aviser
aux moyens de conserver la bonne intelligence
entre eux, lui faisant connaître en même temps
qu'il n'ignorait pas sa correspondance secrète
avec l'armée Française d'Egypte. Le sultan ne ré-
pondit pas de suite à cette notification, et ce ne fut
que le 9 janvier qu'il pensa à s'excuser d'avoir
entretenu quelqu'intelligence avec les Français,
mais il ne parlait point de la proposition qu'on lui
avait faite de recevoir une ambassade. Alors deux
armées Anglaises , l'une venant de Madras et l'au-
tre de Bombay, s'avancèrent vers le Mysore pour
y pénétrer par deux côtés différens. Tipoo-Saeb
qui cherchait tous les moyens de temporiser, se
voyant dans un péril imminent, consentit à rece-
voir un ambassadeur anglais ; mais le marquis de
Wellesley ayant su qu'il venait d'envoyer en
France l'officier Dubuc qui avait accompagné ses
envoyés à leur retour de l'île de France , tout es-
poir d'arrangement disparut. Au surplus il est à
croire que depuis longtems les Anglais cherchaient
les moyens de détrôner un prince dont la puis-
sance leur faisait ombrage ; d'ailleurs les états du
sultan leur devenaient nécessaires pour assurer
— 195 —

une communication non interrompue entre la côte


de Coromandel et celle de Malabar. Tout leur fai-
sait présager un succès tel qu'ils le désiraient :
Tipoo-Saeb, était détesté de ses sujets qu'il rui-
nait par ses exactions ; ses soldats mal-payés
étaient disposés à l'abandonner, et lui-même était
trahi par Meer-Saeid son ministre ? Comment au-
rait-il pu résister à tant de causes de ruine ?
Lorsque Tipoo-Saeb sut que les armées An-
glaises étaient en marche , il s'empressa d'envoyer
des garnisons dans toutes les places fortes de son
royaume, et se mit à la tête de soixante mille
hommes pour se défendre en rase compagne.
Les Anglais firent la guerre avec tant de vi-
gueur et tant d'activité que le sultan perdit l'une
après l'autre deux batailles , la première à Crédéa-
ser, la seconde à Mallavelly le 27 mars; celle-ci
amena la dissolution de l'empire et la fin désas-
treuse de la dynastie d'Haïder-Aly.
Tipoo-Saeb s'était à peine enfermé dans Sérin-
gapatam que les deux armées Anglaises effectuè-
rent leur réunion et investirent cette capitale. Le
sultan effrayé voulut entamer de nouvelles négo-
ciations; mais le général Harsis, qui commandait
les deux armées combinées, proposa des condi-
tions si dures que Tipoo-Saeb refusa de les accep-
ter.
Le 5 avril, les Anglais commencèrent à canon-
ner la ville, et, malgré la vigoureuse résistance
qu'ils eurent à supporter , ils firent une brèche
assez grande pour pouvoir donner l'assaut, qui
fut ordonné par le général Baird au moment de
la plus forte chaleur du jour. Chaque position fut
disputée avec opiniâtreté; on se battait jusque
— 194 —

dans le milieu de la ville. Les Français comman-


dés par le colonel Chapuis réunirent plusieurs fois
les Mysoriens, et firent des prodiges de valeur;
mais enfin il fallut céder à la fortune. Tous les as-
siégés se rendirent; le corps de Tipoo-Saeb fut
retrouvé parmi les morts ; il fut inhumé dans le
tombeau de son père Haider-Aly. En lui finit une
dynastie qui n'a duré que trente-cinq ans. On
ignore s'il fut victime de la trahison de son minis-
tre, ou s'il fut tué en voulant s'échapper par un
soute rrain.
Ce prince imprudent et fanatique, plein de con-
fiance dans les conseils d'un ministre vendu et
dans les prédictions de ses faquirs, attendait dans
l'inaction la ruine de l'armée Anglaise qui devait
être causée par la seule volonté de Mahomet, et
sans qu'il fût nécessaire qu'il y coopérât par lui-
même !
Le pillage de cette capitale dura trois jours ; le
butin fut immense ; la part du général fut de
864,000 livres.
Meer-Saeid, en but à la haine et au mépris
qu'il s'était attirés par sa conduite infâme, ne jouit
pas longtems de sa trahison : un corps de Cipayes
qui défendait une tour de la ville tira sur iui au
moment où il s'échappait pour passer dans le
camp ennemi ; le traître tomba mort sur la place ;
il fut enterré non loin de là, et aujourd'hui encore
les Musulmans montrent le mépris qu'ils ont pour
les traîtres en urinant sur sa sépulture.
Après la mort de Tipoo-Saeb , ses fils, ses fem-
mes , ses parens, et les Français qui étaient à son
service se soumirent aux vainqueurs. On trouva
dans la place neuf cents pièces de canons. Les tré-
— 195 —

sors et les pierreries de la couronne furent estimés


à 1,143,216 livres sterling.
Le 22 juin 1799, on conclut à Seringapatam un
traité par lequel l'Empire de Mysore fut partagé
entre la Compagnie Anglaise, Nisain-Aly, les
Marales et le nouveau souverain du pays.
Les Anglais eurent soin de se réserver les dis-
tricts de Darempury et de Coimbeltore, la pro-
vince de Canara, ainsi que le territoire qui sépa-
rait le Carnate des possessions Britanniques de la
côte de Malabar, possessions d'une haute impor-
tance par leur valeur intrinsèque et par leur po-
sition; ils ajoutèrent à cela la possession de File,
de la forteresse et de la ville de Seringapatam ,
ce qui compléta leur ligne de défense dans toutes
les directions.
(1807). — La paix d'Amiens qui venait d'être
signée, donnait l'espoir aux Français établis dans
l'Inde que le terme de leur infortune n'était pas
éloigné, car, en vertu de ce traité, le Gouverne-
ment Britannique devait rendre les possessions
Françaises qui auraient été prises en 1793 ainsi
que le district de Velour.
La ville de Pondichéry attendait avec impa-
tience le moment d'être mise sous la protection
des lois de la métropole, lorsqu'une division fran-
çaise, sous les ordres du contre-amiral Linois,
apparut portant à bord des troupes de débarque-
ment sous la direction de Monsieur le général
Decaen , commandant des établissemens français
à l'est du Cap de Bonne-Espérance. Son appari-
tion causa une joie universelle ; mais comme elle
repartit subitement, elle laissa tous les esprits
plongés dans la plus profonde tristesse. Avant
— 196 —

cette expédition, la frégate la Belle-Poule était ar-


rivée avec cent cinquante-deux hommes sous les
ordres de l'adjudant-major Binot : les troupes
avaient été débarquées dans le mois de mai. En
expédiant cette frégate l'intention du gouverne-
ment Français était de s'assurer de_la remise de
Pondichéry, et de disposer les préparatifs nécessai-
res pour recevoir les troupes de l'expédition ; mais
les Anglais avaient retardé sousdifférens prétextes
la rétrocession des possessions Françaises, de ma-
nièrequ'elles étaient encore entre leurs mains à l'ar-
rivée et au départ de la division française. Trois
mois après, l'adjudant-major Binot et les cent
cinquante-deux soldats débarqués avec quelques
officiers militaires et civils qui étaient restés à Pon-
dichéry, ayant été attaqués par des forces supé-
rieures, se virent réduits à capituler.
Les Anglais qui avaient violé le traité de paix
d'Amiens, aussitôt après l'avoir signé, éprouvè-
rent des pertes considérables dans le commerce
des Indes. Malgré la supériorité de leurs forces
dans les mers de l'Asie, ces orgueilleux domina-
teurs de l'Inde durent supporter les échecs que leur
faisaient éprouver quelques Français qui n'avaient
d'autre retraite que deux rochers isolés au milieu
des mers.
A cette époque, l'île de France et l'île Bourbon
étaient gouvernées par un général prudent et ac-
tif, qui sut tirer parti des faibles moyens que le
gouvernement avait mis à sa disposition. Plus de
millions entrèrent dans les coffres
quarante-deux
de l'Etat ou dans ceux des armateurs français qui
avaient armé des corsaires qui chagrinaient sans
cesse le commerce de l'Angleterre. Mais enfin il
— 197 —

fallut céder à la force : ces deux îles , dernier re^


fuge des escadres françaises dans les mers d'Orient,
subirent la loi du vainqueur : les .Anglaiss'en em-
parèrent en 1810 , et firent éclater la joie que leur
causait une conquête si importante et qu'ils con-
voitaient depuis si longtems.
Par le traité de paix du 50 mai 1814 , on resti-
tua aux Français leurs anciens établissernens dans
l'Inde, tels qu'ils existaient en 1792. Pondichéry,
Janon, Karical furent restitués sans difficulté ; il
n'en fut pas de même de Mahé , dont le gouver-
neur Anglais refusa d'abandonner les dépendan-
ces. L'Ile de Bourbon fut restituée, mais ils vou-
lurent conserver l'île de France , qui a un bon
port et dont les Anglais avaient reconnu l'impor-
tance par les pertes que les bâtimens de guerre
fançais leur avaient fait éprouver en tant d'occa-
sions , de manière que la France, unique rivale de
l'Angleterre dans ces mers , n'a plus un seul port
pour servir de refuge à ses escadres, ni pour ré-
parer ses navires. Dans le Bengale , le traité du
50 mai fut violé d'une manière éliontée , et les
conséquences de cette violation furent des plus
funestes au commerce français.
Le Conseil de Calcutta prévoyant bien qu'une
paix générale attirerait dans l'Inde les nations qui
y avaient possédé des établissernens , déclara dans
les premiers mois de 1814 que, « dans le cas où
» les anciens comptoirs étrangers seraient repris
» par leurs premiers possesseurs, les marchandi-
» ses qui traverseraient le territoire anglais à l'en-
» trée ou à la sortie desdits comptoirs seraient
» soumises aux mêmes droits que si elles étaient
15
— 198 —

w importées de celte ville sur navires étrangers. »


Cette déclaration, quoique antérieure au traité de
.paix de 1814 et contraire a ces dispositions , fut
cependant maintenue, de manière que Chander-
nagor se trouva assiégée par une nuée d'agents an-
glais qui s'emparaient, à l'entrée et à la sortie, de
tousJes objets qui n'avaient,pas payé aux douanes
de la Compagnie les droits onéreux imposés par
cette déclaration ; on exigeait ces mêmes droits
soit que les marchandises fussent destinées aux au-
tres comptoirs français , soit qu'elles dussent être
chargées sur leurs bâtiments, soit qu'elles fus-
sent expédiées pour les possessions anglaises.
L'exécution de la déclaration du conseil, de
Calcutta a éloigné de Chandernagor le tiers de sa
population industrielle ; la plus grande partie des
fabricans et des marchands en grès se sont retirés
sur le territoire anglais où ils peuvent vendre à
10 p. °/0 meilleur marché, et cet avantage dans le
Bengale , représente à peu près tout le gain que
peut faire le fabricant. Ceux qui sont restés à
Chandernagor se trouvent aujourd'hui complète-
ment ruinés.
Voilà comment l'Angleterre , à l'aide de moyens
-si peu en harmonie avec la loyauté et la bonne
foi, est parvenue dans l'Inde au plus degré de
puissance ; celte nation présente à l'univers le
d'un état de douze millions d'habitants
spectacle
qui lient sous sa dénomination une étendue de
terrain qui renferme plus de cent quatre -vingts
millions d'âme. Mais cette domination gigantes-
que est exposée à sa ruine ; car les Indiens ne peu-
vent souffrir qu'avec impalience le joug de l'Eu-
— 199 —

rope ; et les Marat'es et le Seliéiks pourraient faire


crouler dans l'Inde le trône de la Grande-Breta-
gne. Avec l'or de ce riche pays , la Compagnie
Anglaise paye les Cipayes qui font la partie la plus
nombreuse de ses troupes , et ces Cipayes sont In-
diens ; leurs préoccupations religieuses, leurs usa-
ges, tout les éloigne des Européens, les maux
qu'ils ont souffert, les vexations qu'ils éprouvent*
encore, peuvent servir pour exciterparmi eux un
soulèvement (1) ; ils' peuvent remarquer combien
a été éphémère la puissance des peuples qui les ont
sucessivement opprimés. Ces Portugais qui, en-
traînés parle fanatisme religieux et l'amour des
richesses, avaient parcouru en maîtres toutes les
mers de l'Asie, et ensanglanté lés rivages Indiens,
ont vu passer leurs établissemens entre les mains
des Hollandais. Ces nouveaux oppresseurs , plus
adroits mais non moins avares , après avoir su-
profiter de la haine des Indiens contre lesdomina-

(i) Le Président de Madras voulut faire.un change-


ment dans la coiffure militaire des Indiens : il ordonna
qu'à l'avenir les soldats seraient coiffés d'une toque de cuir
de boeuf ; mais cette innovation était entièrement con~
traire aux idées religieuses de ces peuples , qui considèrent
le boeuf comme un animal sacré, aussi refusèrent-ils de
s'y soumettre ; le Président qui insistait pour que cet or-
dre fût mis à exécution, employa pour y parvenir des
moyens correctifs ; trois jours après, toutes les troupes
Européennes du district de Velour, tous les Européens ,
hommes , femmes et enfana furent assassinés ; ce soulè-
vement s'étendit dans toute l'Inde, de manière que le
Gouverneur fut obligé de révoquer l'ordre qu'il avait
donné , et ne pensa plus à faire des innovations dans l'ha^
billement ni dans la coiffure des Cipayes.
— 200 —

teurs de leur pays , pour établir leur puissance et


rendre l'Europe tributaire de la Compagnie privi-
légiée qu'ils avaient établie, ont été chassés à leur
tour. Les Français et les Anglais ont paru en der-
nier lieu sur la scène, et, par leurs guerres conti-
nuelles et leur ambitieuse rivalité , ils ont fait
éprouver aux malheureux habitans de ces régions
des souffrances plus insupportables que le joug
auquel ils étaient accoutumés ; après la ruine des
établissemens Français , les Anglais ont poussé à
l'extrême l'art de pressurer ces peuples ; leurs lois
coloniales sont un modèle de despotisme au-
quel aucune puissance européenne n'était arrivée
jusqu'à présent; mais le moment approche sans
doute, où les idées libérales, répandues sur tou-
tes les parties du globe, feront justice du système
inhumain suivi envers les colonies ; les compa-
gnies privilégiées et le monopole du commerce
touchent à leur fin. Les gouvernemens et les peu-
ples admettront des idées plus justes sur leurs vé-
ritables intérêts , et les étab'issemens d'outre-
mer proclameront leur indépendance , ou ils ces-
seront d'être soumis à des lois exceptionnelles et
tyranniques.
Avertissement.. * Pages5
Chapitre premier.•—• Description généraledesIndesOrientales, —Situation ,
deleurcommerce avantladécouverte duCapdeBonne-Espérance.. 9
Chapitre II. —LesPortugais sousladirection deVasco deGaina, reconnais-
senttoutela côted'Afrique et doublent le CapdeBonne-Espérance 21
ChapitreIII.—PedroAlvarez Cabrais'embarque pourl'Inde.—Vasco de
Gama obtientletitred'amiral desmersdel'Orient.".—' Savetigeance contrele
Zamonn , empereur deCalîcut „ 33
Chapitre IV.—DépartdeFrançois deAlmeida, avecle titredeVice-Roi
desIndes,—Hauts-faits deTristandeAcuna et d'Alphonse deAlbuquerque»
—Expédition duSoudan d'Egypte parlamerrougecontrelesPortugais 45
Chapitre V.—Albuquerque s'empare deGoa.—Il établîtla domination,
portugaise à Ceylan. —Il prendpossession deMalaca. —Ilétablitunchâteau
fortauxîlesMoluques. Contestations entrelesPortugais etles Espagnols sur
la possessiondecesîles.—Etablissement desEspagnols danslesPhilippines
et lesîlesMariannes 53
Chapitre VI.—Lopez SuarcT.succède àAlbuquerque. —Etablissement des
Portugais &Macao. —Administration deCastro. —Liguede touslesRoisde
l'IndecontrelesPortugais 61
ChapitreVII.—LesHollandais, chassés duport de Lisbonne, vontcom-
mercerdansl'Inde.—Etablissement d'unecompagnieprivilégiée àAmsterdam
—L'amiral "Wanvick construitquelques fortsetformeunealliance avecquel-
quesprinces duBengale. —Premier voyage desAnglais danslesIndes.—La
Reine Isabelled'Angleterre établitunecompagnie semblable à celledesHol-'
landais.—Etablissement àesDanois à Tranquebar ." 75
ChapitreVIII.— Contestations entrelesAnglais et lesHollandais dansl'île
deJava.-^ Etablissement ducommerce auJapon.—Conquête
hollandais de
Ceylan surlesPortugais. —Tentalive de'commerce aveclaChine.~ LesJé-
suitesexercent leurinfluence surl'Empereur contrelesHollandais. 86
Chapitre 9. -—LesHollandais s'emparent desvillesprïncipalesoccupées par
lesPortugais, surla côtedeMalabar, —Moyens employés parla compagnie
Hollandaise pour s'assurer
le monopole exclusif
delamuscade et dugérofle.
—LesAnglais établissent
plusieurs comptoirs danslesIndes.—Acquisition de
l'IledeBombay ,,, ,., 102
ChapitreX.— LesHollandais fonttousleurseffortspour assurerleurdo-
mination danslesIndes.—Conduite injusteet violentedesfrèresCliild. —
Vengeance d'Aurcng-Zeb.— MortdeJohnCliild 111
Chapitre XI.—LesFrançais fontdiverses
tentativespourfairelecommerce
dansl'Inde.—.Ils choisissent
Suratepourcentredeleursétablissemens. —Fon-
dationdePondichcri. — Formationd'unétablissement maritimeauxîlesde
Franceet deBourbon , 127
Chapitre XII.—Premiers établissements
Européens auBengale.•— FortWil-
liam.—Fondation deCalcutta. —Chandernagor. —Dupleix donnedel'exten-
sionaucommerce decetteville.—Guerreentrela Franceet l'Angleterre 133
ChapitreXIII.—Paixd'Aix-la-Chapelle.-—Kandersaeb est reconnuNabab
d*Arcadeet Muzarpha, So'uba duDécan. —LesAnglais et lesFrançaisse font
la guerrecomme desprinces
auxiliaires Indiens
., ,. 144
Chapitre XIV,—Médiation desGouvernements Françaiset Anglaispourra-
menerla paixentrelesdeuxcompagnies. —PrisedeCalcuttapar Je Soubab
duBengale. —GuerreentrelaFranceet l'Angleterre., *<.*. 154
Chapitre XV..—Paixde1735^^ Çc^ti)^iron-oe^établissemens Français.—•
Coalition desprincesiudiei^çdnVe'Jes'-AnglSis.y-SKouvelle guerreentrela
—Eâix'Nlêlrannée,i763i\.
Franceet l'Angleterre. Im»\* 170
Chapitre XVI.—. Tipoo-'SaeB reçori^eiacV^la^uèrreicontreles Anglais.—
Guerre parlesAnglais.
entrelaFranceet t'Angleterre.'—"'•Prise'd'çSerHïganalam
—.Mort deTipoo-Saeb. -XPaix.d'Amiens^r^tes lio^rHijpentrela Franceet
l'Angleterrerecommencent Ç^PàixdelbÏ0.""— j^a^cwel ducommerce des
Françaisdansl'Inde \. •••^ >**_*^.•s* •&• *St»
Table des Matières.
Avertissement
Chapitre premier. - Description générale des Indes Orientales, - Situation de leur commerce avant la découverte du Cap de Bonne-Espérance
Chapitre II. - Les Portugais sous la direction de Vasco de Gama, reconnaissent toute la côte d'Afrique et doublent le Cap de Bonne-Espérance
Chapitre III. - Pedro Alvarez Cabral s'embarque pour l'Inde. - Vasco de Gama obtient le titre d'amiral des mers de l'Orient. - Sa vengeance contre le Zamorin, empereur de
Calicut
Chapitre IV. - Départ de François de Almeida, avec le titre de Vice-Roi des Indes. - Hauts-faits de Tristan de Acuna et d'Alphonse de Albuquerque. - Expédition du Soudan
d'Egypte par la mer rouge contre les Portugais
Chapitre V. - Albuquerque s'empare de Goa. - Il établit la domination portugais à Ceylan. - Il prend possession de Malaca. - Il établit un château fort aux îles Moluques.
Contestations entre les Portugais et les Espagnols sur la possession de ces îles. - Etablissement des Espagnols dans les Philippines et les îles Mariannes
Chapitre VI. - Lopez Suarez succède à Albuquerque. - Etablissement des Portugais à Macao. - Administration de Castro. - Ligue de tous les Rois de l'Inde contre les
Portugais
Chapitre VII. - Les Hollandais, chassés du port de Lisbonne, vont commercer dans l'Inde. - Etablissement d'une compagnie privilégiée à Amsterdam - L'amiral Warwick
construit quelques forts et forme une alliance avec quelques princes du Bengale. - Premier voyage des Anglais dans les Indes. - La Reine Isabelle d'Angleterre établit une
compagnie semblable à celle des Hollandais. - Etablissement des Danois à Tranquebar
Chapitre VIII. - Contestations entre les Anglais et les Hollandais dans l'île de Java. - Etablissement du commerce hollandais au Japon. - Conquête de Ceylan sur les
Portugais. - Tentative de commerce avec la Chine. - Les Jésuites exercent leur influence sur l'Empereur contre les Hollandais
Chapitre 9. - Les Hollandais s'emparent des villes principales occupées par les Portugais, sur la côte de Malabar. - Moyens employés par la compagnie Hollandaise pour
s'assurer le monopole exclusif de la muscade et du gérofle. - Les Anglais établissement plusieurs comptoirs dans les Indes. - Acquisition de l'Ile de Bombay
Chapitre X. - Les Hollandais font tous leurs efforts pour assurer leur domination dans les Indes. - Conduite injuste et violente des frères Child. - Vengeance d'Aureng-Zeb. -
Mort de John Child
Chapitre XI. - Les Français font diverses tentatives pour faire le commerce dans l'Inde. - Ils choisissent Surate pour centre de leurs établissements. - Fondation de
Pondichéri. - Formation d'un établissement maritime aux îles de France et de Bourbon
Chapitre XII. - Premiers établissements Européens au Bengale. - Fort William. - Fondation de Calcutta. - Chandernagor. - Dupleix donne de l'extension au commerce de
cette ville. - Guerre entre la France et l'Angleterre
Chapitre XIII. - Paix d'Aix-la-Chapelle. - Kandersaeb est reconnu Nabab d'Arcade et Muzarpha, Souba du Décan. - Les Anglais et les Français se font la guerre comme
auxiliaires des princes Indiens
Chapitre XIV. - Médiation des Gouvernements Français et Anglais pour ramener la paix entre les deux compagnies. - Prise de Calcutta par le Soubab du Bengale. - Guerre
entre la France et l'Angleterre
Chapitre XV. - Paix de 1735. - Restitution des établissemens Français. - Coalition des princes indiens contre les Anglais. - Nouvelle guerre entre la France et l'Angleterre. -
Paix de l'année 1763
Chapitre XVI. - Tipoo-Saeb recommence la guerre contre les Anglais. - Guerre entre la France et l'Angleterre. - Prise de Seringa patam par les Anglais. - Mort de Tipoo-
Saeb. - Paix d'Amiens. - Les hostilités entre la France et l'Angleterre recommencent. - Paix de 1816. - Etat actuel du commerce des Français dans l'Inde