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Guy Trédaniel éditeur, 2016



ISBN : 978-2-8132-1393-8

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À Marcel Odier, qui vient de nous quitter, le 16 juillet 2016,
et sans qui cette aventure n’aurait pas pu exister…

À tous les explorateurs de la conscience…


Table des matières

Couverture
Page de titre
Page de copyright
Préface
Avant-propos
Une journée particulière…
Première période (2006)
La rencontre
Martigues
Le projet « OBE »
De la difficulté de trouver des candidats
Premières impressions
Un jeune homme ordinaire aux capacités extraordinaires
De l’importance du suivi psychologique
Quand « incompréhension » rime avec « souffrance »
Une carapace presque parfaite
Deuxième période (premier semestre 2007)
Exploration du phénomène
Des expériences aussi vieilles que l’humanité
Des OBE « à la demande »
Un phénomène très polymorphe
L’effet « vortex »
Des anecdotes déconcertantes
Entre rêve et réalité
« Voir » sans les yeux
Une conscience qui peut se scinder
Une procédure « en double aveugle »
Troisième période (deuxième semestre 2007-2008)
Les expérimentations
Apparition de nouvelles capacités
Premiers résultants probants
Développement de la « vision à distance »
Développement de la « télépathie »
Et l’éthique dans tout ça ?
L’expérience du « noir »
Quand se réveille le serpent de feu
Le poids de l’âme
Quatrième période (2009-2011)
Des expériences toujours plus stupéfiantes
Les voyages dans le cosmos
Une croix dans le vortex
L’étrange phénomène des « incorporations »
L’expérience d’un état compassionnel
Vers une dimension de plus en plus subtile
Cinquième période (2012-2013)
Retour aux tests
Changement de cap
Préparation de l’expérience
Quand l’irrationnel s’invite… dans un cadre scientifique !
Dialogues avec… un ange
Des voix et des hommes 181
Sixième période (2014-2015)
Visualiser une OBE dans le cerveau
Évolution récente
Une définition inadaptée
Un chat en guise de preuve
Conclusion : La fin du matérialisme
Une aventure humaine
L’énigme de la conscience
Qu’est-ce que la réalité ?
La conscience à la « lumière » de la physique
L’OBE, un simple changement de fréquence ?
Vers un changement de paradigme
Épilogue : Le temps de la conscience ?
Annexe : Préparation des images pour l’expérience de clairvoyance
Remerciements
Préface
Frédéric Lenoir

Face aux nombreux témoignages de personnes qui affirment vivre des


phénomènes hors du commun – comme les expériences de mort imminente
(EMI), les sorties hors du corps (OBE), la voyance ou la médiumnité –, les
deux attitudes les plus répandues sont la crédulité et le rejet en bloc.
Aucune de ces deux attitudes n’est juste d’un point de vue philosophique,
car elles partent chacune d’un a priori non rationnel. Les crédules, en effet,
sont prêts à croire sans discernement à tous ces phénomènes qui ne font que
conforter leurs croyances ou répondre à leurs désirs. Les autres les écartent
parce qu’ils n’entrent pas dans le cadre de leur vision du monde, le plus
souvent formée par le paradigme scientifique actuel dominant qui ne peut
expliquer de tels phénomènes. Le philosophe, qui s’appuie sur la raison et
recherche la vérité, ne saurait se satisfaire de ces préjugés. Les plus grands
penseurs n’ont pas cherché à exclure du champ du réel les phénomènes
étranges auxquels ils étaient eux-mêmes confrontés, même s’ils n’en
avaient pas l’explication, comme Socrate, qui avait des extases et parlait à
son « daïmon », ou encore Descartes, qui affirme avoir eu en rêve
l’intuition de son Discours de la méthode… qui fondera la méthode
scientifique moderne !
Depuis la fin de mon adolescence, la vie m’a amené à rencontrer de
nombreuses personnes ayant vécu des phénomènes de ce type. La plupart –
mais pas toutes – m’ont paru dignes de foi. Une de mes tantes, par
exemple, a fait une EMI au cours de laquelle sa conscience a quitté son
corps et a vu un objet placé sous son lit qu’elle avait égaré et cherchait
depuis longtemps. Une de mes plus proches amies fait des rêves dans
lesquels des situations très précises lui apparaissent, avec des noms de
personnes qu’elle ne peut absolument pas connaître. Les premières fois, je
me suis demandé par quels moyens subtils elle pouvait avoir eu accès à ces
connaissances, puis, avec le temps, j’ai fini par accepter qu’elle avait une
sorte de don de voyance inexpliqué, mais toujours parfaitement pertinent.
C’est d’ailleurs par une autre de mes proches, ma nièce Vanessa, que j’ai
été amené à faire la connaissance des auteurs de ce livre. Elle a vécu vers
l’âge de 25 ans trois expériences de sortie hors du corps, durant lesquelles
sa conscience a quitté son corps pour « se promener » dans la maison,
jusqu’à voir le film que regardait son compagnon à l’étage inférieur.
Perturbée par ces expériences, elle ne savait trop s’il fallait en parler à un
médecin ou à un psychologue quand elle a fait un rêve où une femme lui
montrait un chemin lumineux au sortir d’une forêt, en lui disant cette
phrase : « Va à Noêsis. » N’ayant aucune idée de ce que signifiait ce mot,
elle cherche sur Internet et tombe immédiatement sur le site de l’Institut
suisse des sciences noétiques, fondation reconnue d’utilité publique
consacrée à l’étude de la conscience à travers les états modifiés de
conscience (EMC) non ordinaires. Elle échange alors plusieurs fois par
Skype avec les responsables de l’Institut, Sylvie Dethiollaz et Claude
Charles Fourrier, qui lui expliquent que ses expériences n’ont probablement
rien de pathologique et qu’elles sont plus répandues qu’on ne le pense, ce
qui l’a rassurée. Ces phénomènes ont d’ailleurs cessé depuis.
Sylvie Dethiollaz est docteure ès sciences mention biologie moléculaire à
l’université de Genève. Intriguée par les expériences de mort imminente et
de sorties hors du corps, elle cherche en vain un laboratoire de recherche
travaillant sur ces phénomènes au cours de son stage de postdoctorat à
l’université de Californie à Berkeley. De retour à Genève, elle décide de
créer l’association Noêsis, consacrée à l’étude des états modifiés de
conscience dits non ordinaires. Elle s’est alors vite retrouvée débordée par
les nombreux témoignages qui arrivaient de partout, mais aussi par la
détresse et la souffrance de certains témoins. En 2003, suite à la diffusion
d’un reportage sur Noêsis à la télévision suisse romande, elle rencontre
Claude Charles Fourrier, dont la connaissance subjective de ces
phénomènes – il en a lui-même fait l’expérience – et la formation
thérapeutique complètent bien son approche scientifique objective. Il
intègre le centre l’année suivante en tant que psychothérapeute. À partir de
là, Noêsis a été en mesure de fournir un réel soutien psychothérapeutique
aux personnes qui le souhaitaient, la plupart des « expérienceurs » étant
perturbés par leur vécu hors norme, et parfois même, pour certains,
traumatisés.
J’ai donc entendu parler de Noêsis pour la première fois par ma nièce
Vanessa, puis un peu plus tard par Jennifer Schwartz, la rédactrice en chef
du Monde des religions alors que j’en étais le directeur de la rédaction. Elle
était revenue très troublée d’un reportage qu’elle avait fait dans cet Institut
sur un certain Nicolas Fraisse, qui y effectuait des tests scientifiques depuis
six ans. Celui-ci pouvait depuis son enfance quitter son corps à sa guise, et
parvenait de mieux en mieux à diriger sa conscience vers tel ou tel lieu,
selon son désir ou la demande de ses interlocuteurs. Quelques mois plus
tard, je rencontre Sylvie Dethiollaz et Claude Charles Fourrier au salon du
livre de Morges. Nous parlons de Nicolas et ils m'invitent à Genève pour les
rencontrer, ainsi que Nicolas, ce que j'accepte bien volontiers. Lors de cette
rencontre très sympathique, Sylvie me propose de faire un test avec
Nicolas : poser une question dans une enveloppe cachetée et demander à
Nicolas, qui est installé dans une autre pièce avec un papier et un crayon, de
répondre à la question, qu’il ne peut évidemment pas voir avec les « yeux
du corps ». J’ai effectué le test deux fois et, les deux fois, Nicolas a répondu
de manière très pertinente aux questions posées. Mais comment ? J’ai
également été frappé par la maturité et la simplicité de ce jeune homme qui
n’avait alors même pas 30 ans. Après avoir été comptable, il avait décidé
d’entreprendre des études d’infirmier pour être plus en contact avec
l’humain. Ayant tous les deux un sens de l’humour assez développé, le
courant est très bien passé entre nous et m’est venue l’idée de proposer à
Sylvie, Claude Charles et Nicolas de raconter leur extraordinaire aventure
commune dans un livre à trois voix. L’idée a fait son chemin et a fini par
aboutir. Mis en route par la journaliste Julie Klotz, qui a réalisé des
entretiens avec ces trois personnes, il a ensuite été écrit par Sylvie et Claude
Charles et je suis très heureux d’en rédiger aujourd’hui la préface, car il est
captivant et apporte une pierre rigoureuse à la recherche et à la réflexion sur
les états modifiés de conscience non ordinaires.
Le cas « Nicolas Fraisse » et les nombreux autres décrits ici posent un
problème insoluble à ceux qui sont convaincus que la conscience ne peut
exister qu’à travers son inscription corporelle dans le cerveau. Comment
dès lors comprendre, par exemple, qu’un individu puisse quitter son corps
pour se rendre dans un autre lieu et rapporter tout ce qu’il aura vu ? Soit cet
individu ment, ou est victime d’hallucinations – mais alors que faire de son
témoignage lorsque celui-ci apporte toutes les preuves de véracité ? –, soit
il faut remettre en cause le paradigme scientifique dominant selon lequel la
conscience ne peut exister en dehors du corps physique. C’est à cette
seconde hypothèse que je me rallie, car elle seule me semble à même
d’expliquer ces innombrables témoignages, dont beaucoup ne peuvent être
récusés même si l’on ne peut encore y apporter une explication scientifique
parfaitement satisfaisante. Dans leur conclusion passionnante, Sylvie
Dethiollaz et Claude Charles Fourrier avancent plusieurs pistes et
hypothèses, notamment à partir de la physique quantique. N’étant pas
scientifique, je ne saurais me prononcer sur la pertinence de tel ou tel
modèle. Ce que je peux simplement rappeler ici, comme philosophe qui a
été plusieurs fois le témoin de ce type d’expériences, c’est que la science
n’est pas, comme on le croit souvent, une accumulation progressive de
nouvelles connaissances au sein d’un cadre théorique immuable. Le
philosophe des sciences Thomas Kuhn a parfaitement montré que l’histoire
de la science est au contraire marquée par de nombreux changements de
paradigmes, des « anomalies » observées par plusieurs chercheurs
permettant à chaque fois de remettre en question le modèle théorique
dominant. Même Einstein a été totalement désarçonné par les premières
théories de la mécanique quantique, qui tentaient de fournir un autre
système explicatif de l’infiniment petit que celui qui dominait alors.
Nicolas, et les milliers d’autres « expérienceurs » observés à travers le
monde qui vivent des expériences de sortie hors du corps, constituent ces
anomalies… qu’il convient maintenant aux scientifiques non pas de nier
dans une attitude dogmatique de refus d’un réel qui dérange, mais
d’expliquer, à travers de nouvelles théories qui permettent de rendre compte
d’un réel plus complexe qu’on ne l’avait encore imaginé.
La compréhension de la conscience humaine est probablement l’une des
plus belles aventures scientifiques à venir. Ce livre apporte un éclairage
précieux sur ce continent presque inexploré.

Frédéric Lenoir
Avant-propos

Ce livre est le témoignage d’une aventure vécue par trois personnes sur
une période de dix ans. Chaque protagoniste en a été un acteur essentiel
sans qui l’aventure n’aurait pas pu être vécue. Idéalement, il aurait dû être
raconté par trois voix. Mais pour ne pas perdre le lecteur, les narrateurs,
Sylvie Dethiollaz et Claude Charles Fourrier – après douze ans de
collaboration – parlent d’une seule et même voix, mêlant étroitement leurs
approches scientifique et psychologique respectives. Les apports de Nicolas
sont indiqués entre guillemets et en italique, avec des commentaires qui
permettent de comprendre s’il s’agit de propos « de l’époque » ou
« actuels ». Des récits d’autres témoins viennent également illustrer la
thématique centrale. Tous les témoignages sont authentiques et ont été
personnellement adressés aux narrateurs par écrit ou confiés lors
d’entrevues privées.

« Mon âme ou quelque chose qui sortait de mon corps


comme quand vous tirez un mouchoir de soie de votre poche,
mon âme, donc, se déploya autour de moi, puis revint et
réintégra mon corps, mais je n’étais pas mort. »
Ernest Hemingway,
L’Adieu aux armes, 1929.
(blessé lors de la Première Guerre mondiale)
Une journée particulière…

Mardi 7 mai 2013. Il faisait très chaud ce jour-là. Nous étions pourtant
encore au printemps. Une lumière chaude et douce filtrait à travers les
stores baissés de la pièce dans laquelle nous étions enfermés depuis le
matin. À travers les lames, on pouvait apercevoir des tranches de ciel bleu
et le soleil qui se reflétait sur la façade de l’immeuble d’en face. Nous
étions quatre, assis dans la torpeur de cet après-midi déjà bien estival, à la
fois instigateurs et témoins de la scène qui était en train de se jouer. Nous
avions passé plus d’une année à préparer cette expérience de clairvoyance
sous contrôle d’huissier sans trop y croire. Mais là, nous étions
soudainement très tendus et impatients. Car depuis la veille, il se passait
« quelque chose ». Quelque chose de totalement inattendu, quelque chose
qui dépassait l’entendement. Au bout d’un long silence, Nicolas a pris la
parole : « J’ai entendu une musique, mais je ne la connais pas, et il n’y a
pas de paroles cette fois… je ne pourrai pas faire mon choix… » Nous lui
avons demandé de fredonner ce qu’il « entendait ». Et nous avons
immédiatement reconnu la musique du film Rocky. Nicolas n’était pas
encore né à sa sortie dans les années 1970 et ne l’avait jamais vu. Nous lui
avons alors tendu l’enveloppe cachetée contenant les quatre images de la
série parmi lesquelles il devait identifier « l’image cible » : celle qui était
enfermée dans une autre enveloppe – choisie au hasard parmi 400
enveloppes par l’huissier le matin même, puis scellée par ses soins – et sur
laquelle Nicolas s’était concentré quelques minutes auparavant. Il a sorti les
images. Et parmi elles, la photo de Sylvester Stallone en boxeur, tirée du
film Rocky… Nicolas est devenu blême : « Mais alors, ça ne vient pas de
moi… je ne connaissais même pas cette musique !… Qui m’a donné cette
information ?! » Il était tellement perturbé qu’il voulait tout arrêter, sur-le-
champ.

Nicolas avait une chance sur quatre de trouver la bonne image « par
hasard », ce qui aurait dû aboutir à 25 % de réussite. Au terme de cinq
journées de tests, l’huissier comptabilisera 79 bonnes réponses sur 100. Une
chance sur 69 milliards de milliards de milliards que cela soit dû… au
hasard. Comment cela était-il possible ?
Première période
(2006)
La rencontre
Martigues
Notre aventure avec Nicolas avait commencé sept ans auparavant. Il était
âgé de 24 ans quand il est entré en contact avec nous lors des « Premières
rencontres internationales sur l’Expérience de mort imminente (EMI)1 », le
17 juin 2006, à Martigues. L’événement regroupait d’éminents chercheurs,
médecins et auteurs. Parmi eux, le Dr Raymond Moody, l’un des pionniers
de la recherche dans ce domaine. Nous avions nous-mêmes été invités à
présenter les recherches que nous menions à Genève dans le cadre de
Noêsis, le centre d’étude et de recherche noétiques2. Bien que les EMI
soient au cœur de nos recherches, nous avions déjà, à l’époque, élargi notre
champ d’étude à d’autres phénomènes de la conscience. C’est pourquoi, à
l’issue de notre intervention sur « la composante psychologique des EMI »,
nous avons lancé un appel à volontaires pour participer à notre projet de
recherche naissant sur les phénomènes dits de « décorporation ». Nicolas
s’est inscrit à notre stand, avec une cinquantaine d’autres candidats :
« J’étais venu là un peu par hasard, pour accompagner une amie. Avant
cette journée, je n’avais absolument pas réalisé le lien qui pouvait exister
entre ce que je vivais au quotidien et les EMI… Mais ce jour-là, j’avais été
particulièrement interpellé par le travail de recherche que vous effectuiez à
Noêsis, très axé sur les « expérienceurs3 », et par votre approche à la fois
scientifique et profondément humaine… Pourtant, notre rencontre a bien
failli tourner court ! Quand je suis arrivé pour m’inscrire sur le stand que
vous aviez indiqué, il n’y avait personne et rien pour laisser son nom.
Bonjour l’organisation ! » commente-t-il aujourd’hui.

En effet, nous avions oublié ce « petit » détail… Il faut dire que la
journée avait été riche en émotions. Plus de 2 000 personnes étaient
présentes, ce qui représentait un auditoire impressionnant auquel sont peu
habitués les chercheurs dans notre domaine ! Beaucoup de journalistes,
notamment, étaient là et essayaient de nous « agripper », tout comme les
autres intervenants, pour nous interviewer entre chaque conférence : « Vous
m’avez fait penser à Mulder et Scully4, l’intuitif et la scientifique… Du
coup, vous m’avez tout de suite été sympathiques ! »

Ce n’est pas l’unique fois que nous avons eu droit à cette comparaison.
Pourtant, la ressemblance s’arrête là, car nous, depuis des années – pour
l’un comme pour l’autre– ce sont les mystères de la conscience qui nous
passionnent. Notre propre rencontre remonte à 2003. Très vite, nous avons
senti une grande complémentarité entre nos personnalités, nos vécus et nos
approches respectives. Il est alors devenu évident que nous devions
travailler ensemble au sein de Noêsis pour assurer, d’une part l’écoute et le
soutien thérapeutique aux expérienceurs, et d’autre part la recherche et
l’information sur les phénomènes hors norme de la conscience.
Le projet « OBE »
Notre projet de recherche sur les phénomènes de « décorporation » avait
débuté un an plus tôt, en collaboration avec la Fondation Odier de psycho-
physique, également basée à Genève, qui soutenait financièrement nos
recherches5. Ce que l’on appelle « décorporation » ou encore « sortie hors
du corps » en français et « out-of-body experience » (OBE) en anglais, fait
partie de la grande famille des états modifiés de conscience (EMC).
Derrière ce terme, qui fait parfois peur, se cache en réalité tout état qui
diffère simplement de l’état vigile, c’est-à-dire celui qui nous permet
d’appréhender l’immédiat avec un mode de fonctionnement adapté et
rationnel. Parmi ceux-ci, certains sont relativement courants, soit parce
qu’ils sont naturellement vécus par la majorité des gens, comme les rêves,
soit parce qu’ils peuvent être atteints relativement facilement à l’aide de
techniques simples, comme la relaxation, la méditation ou encore
l’hypnose. A contrario, les EMC dits « non ordinaires » sont moins
fréquents et surtout beaucoup plus spectaculaires. Nombreux et
polymorphes, certains sont quasiment inconnus du grand public, tandis que
d’autres sont aujourd’hui très médiatisés, comme les EMI6.

L’OBE – terme le plus utilisé par les scientifiques – est donc un état
modifié de conscience dans lequel une personne a l’impression de se
trouver à l’extérieur de son corps. On parle souvent indifféremment de
« sortie hors du corps » et de « voyage astral », mais ces termes comportent
en réalité des nuances dans leurs manifestations sur lesquelles nous
reviendrons plus loin. Même si les OBE peuvent se produire spontanément
chez des sujets psychologiquement équilibrés, ce phénomène est interprété
par la plupart des médecins et neurologues comme un processus
psychopathologique de type dissociatif7, car certaines pathologies mentales
font état de sensations similaires. En effet, des formes d’hallucinations
ressemblant aux OBE sont parfois rapportées par des patients
psychiatriques souffrant de schizophrénie, de dépression ou de désordres de
la personnalité. Pourtant, comme nous le verrons plus loin (voir la
« Sixième période »), même si l’impression de voir un double de son corps
est un point commun entre tous ces états, ces illusions présentent des
différences phénoménologiques importantes avec les OBE rencontrées chez
des sujets sains, tant sur le plan psychique que physiologique.

Mais si l’OBE continue d’être considérée comme une forme particulière
d’hallucination par le monde scientifique et médical, c’est aussi parce que
certaines études ont établi il y a quelques années un lien entre une activité
anormale au niveau du lobe temporal et le déclenchement d’expériences
similaires. Pourtant, là encore, sur le plan phénoménologique, ces
expériences n’ont pas grand-chose à voir avec les OBE vécues
spontanément par des sujets sains (voir la « Sixième période »). En
psychiatrie, une hallucination est décrite comme une « perception
sensorielle sans présence de stimulus détectable ». Pouvant se manifester
sous de nombreuses formes (visuelle, auditive, gustative, etc.), elle est la
conséquence d’un dysfonctionnement cérébral. Pourtant, on ne connaît pas
avec certitude le mécanisme qui lui est associé, même si diverses théories
ont été proposées. Ses causes peuvent être multiples : intoxications par des
drogues, pathologies neurologiques, psychiatriques, organiques,
métaboliques, privation sensorielle ou de sommeil, etc. Quoi qu’il en soit,
elle pousse un sujet à modifier ou à interpréter la réalité de manière erronée.
À ce propos, il faut encore différencier l’hallucination de l’hallucinose,
parfois qualifiée de « pseudo-hallucination ». Tandis qu’une hallucination
est associée à une absence totale de discernement sur les faits, au cours
d’une hallucinose, le patient reste totalement critique quant à la réalité de sa
perception.

C’est pourquoi il est important de préciser que la très grande majorité des
personnes concernées que nous rencontrons se rendent compte que les OBE
qu’elles vivent ne cadrent pas avec ce que notre société considère comme
normal et possible. En conséquence, elles gardent un regard critique sur
leurs expériences, qui les poussent à chercher constamment des validations
extérieures à leurs propres ressentis. Il existe d’ailleurs de nombreux cas
répertoriés où des sujets ont rapporté avoir perçu des objets, des situations
ou des événements se produisant à distance de leur corps physique.
Malheureusement, bien que des témoins puissent parfois confirmer leurs
dires, le laps de temps qui s’est en général écoulé entre l’événement et le
témoignage rend souvent difficile toute investigation scientifique, laissant
planer un doute sur leur authenticité et reléguant ces récits au rang de
simples « anecdotes » sans grande valeur. Or, seul le fait d’avoir accès – au
cours d’un EMC – à des informations qui pourront être vérifiées par la suite
est susceptible de prouver de manière irréfutable qu’il ne s’agissait pas
d’hallucinations. D’où l’intérêt de notre projet de recherche sur les OBE.

Car contrairement à la grande majorité des EMC non ordinaires, ces
dernières présentent un avantage certain. En effet, alors que la plupart des
expériences « hors norme » de la conscience sont totalement subjectives et
donc impossibles à distinguer d’un rêve, d’une hallucination ou d’un
fantasme pour un observateur externe, les OBE peuvent donner lieu à des
vérifications objectives. C’est pourquoi nous avions proposé à Marcel
Odier, fondateur et président de la Fondation Odier de psycho-physique,
mais aussi licencié en physique et docteur en mathématiques, de collaborer
au développement d’une approche expérimentale permettant d’étudier la
réalité des perceptions visuelles rapportées au cours d’une décorporation.
Notre but était de pouvoir trancher définitivement entre l’hypothèse
hallucinatoire et celle d’une capacité encore inconnue de la conscience.
Énoncé de cette façon cela pouvait paraître simple, mais à l’époque, nous
étions bien loin d’envisager les nombreuses difficultés auxquelles nous
allions nous heurter ! Première étape incontournable pour faire sortir les
OBE de la catégorie « pathologie cérébrale », cette démonstration, si elle
réussissait, aurait des implications énormes sur notre vision du monde et
constituerait une révolution probablement plus importante encore que celle
produite par Copernic au XVI e siècle avec sa théorie de l’héliocentrisme !
De la difficulté de trouver des candidats
Mais en commençant notre projet, nous nous étions rapidement heurtés
au même problème que celui rencontré par les différents chercheurs qui
nous avaient précédés : trouver des sujets capables de vivre des OBE « à la
demande », condition essentielle pour pouvoir étudier le phénomène en
laboratoire. Au cours des six premières années d’existence de Noêsis, un
certain nombre d’expérienceurs affirmant vivre des sorties de corps
régulièrement et « à volonté » nous avaient contactés. Nous en avions
rencontré quelques-uns et avions eu des entretiens téléphoniques ou des
échanges d’e-mails avec d’autres. C’est donc confiants en ce « réservoir » à
candidats que nous avions entamé notre projet de recherche au mois de
janvier 2005. Un premier recensement à travers nos fichiers nous avait
permis d’en comptabiliser 28, qui semblaient présenter le profil requis.
Pourtant, différents problèmes étaient rapidement apparus : coordonnées
obsolètes, éloignement géographique trop grand, manque de disponibilité
ou de motivation pour s’investir dans des tests réguliers, refus catégorique
de participer à un projet de recherche par peur ou manque d’intérêt pour la
démarche scientifique jugée trop « réductrice », etc. Mais surtout, il s’était
avéré, pour ceux que nous avions pu rencontrer et tester, qu’aucun n’arrivait
à provoquer ses OBE à la demande, comme ils l’avaient pourtant affirmé
lors de notre premier contact, et que beaucoup aussi appelaient « sorties
hors du corps » des phénomènes qui en réalité n’en étaient pas8… Suite à
cette première déconvenue, nous avions entrepris de diffuser un appel à
candidats sur notre site Internet, les réseaux sociaux, dans des revues
spécialisées, des librairies ésotériques, différents instituts de recherche, de
méditation, de sophrologie, etc., mais aussi à l’université et à l’hôpital.
Toutes ces démarches nous avaient permis de rencontrer une douzaine de
sujets supplémentaires, qui s’étaient malheureusement révélés tout aussi
« inexploitables » que les premiers, pour les mêmes raisons. Nous devions
nous rendre à l’évidence : il serait extrêmement difficile de trouver des
sujets vivant des sorties hors du corps à volonté, qui soient également
suffisamment motivés pour participer à une étude scientifique, disponibles,
prêts à accorder beaucoup de leur temps dans ce but et situés
géographiquement à une distance raisonnable de Genève.

Cette étude préliminaire nous avait également permis d’établir que c’est
leur psychisme qui limitait en général nos candidats. Émotionnellement et
psychologiquement fragiles, bien que de façon non pathologique, ils
auraient tous nécessité une prise en charge globale et, notamment, un travail
psychothérapeutique concomitant à notre travail d’expérimentation. En
effet, la plupart avaient vécu pendant leur enfance ou leur adolescence des
événements difficiles, voire pour certains traumatiques.

Heureusement, parmi les personnes que nous avions rencontrées jusque-
là pour notre projet, beaucoup témoignaient néanmoins de facultés
parapsychiques extraordinaires qui dépassaient le cadre des OBE, mais
entraient dans les centres d’intérêt directs de la Fondation Odier de psycho-
physique. Après nous être assurés de leur bonne foi et avoir procédé à
quelques tests préliminaires concluants, nous présentions à Marcel Odier et
à son épouse, Monique Odier, vice-présidente de la Fondation, les candidats
qui nous paraissaient particulièrement performants, mais aussi capables et
désireux de se prêter à des expérimentations scientifiques.

Mais en ce qui concernait les OBE, au bout d’une année, nous étions
toujours bredouilles.
Premières impressions
Au cours des semaines qui ont suivi le colloque de Martigues, nous
avons donc procédé à une sélection drastique, opérée sur la base
d’entretiens téléphoniques, qui nous a conduits à ne retenir que deux
candidats : Nicolas et Stéphane, âgés respectivement de 24 et 26 ans. Tous
deux résidant à Lyon, nous leur avions proposé de venir ensemble nous
rencontrer dans nos locaux à Genève. Cependant, c’est seul que Nicolas
avait choisi de venir à notre premier rendez-vous fixé au vendredi
6 octobre. « Pourtant, j’avais un peu peur que vous me soumettiez à des
expériences scientifiques bizarres… Mais aussi que vous m’incitiez à faire
un travail thérapeutique me bousculant en profondeur… Et puis, comment
est-ce que je le prendrais si vous remettiez en cause la réalité de tout ce que
je vivais ? » raconte aujourd’hui Nicolas. D’expérience, nous savions
qu’une préparation progressive serait une étape incontournable pour obtenir
des résultats concluants lors de la phase d’expérimentation. Dans un
premier temps, une discussion à bâtons rompus avait permis de créer une
ambiance détendue et de le mettre à l’aise, avant d’en venir à l’objet de sa
visite, c’est-à-dire sa capacité à vivre des OBE. Pour illustrer ce dont il était
capable, il s’est alors mis à raconter :

« Un jour, alors que j’étais invité à l’anniversaire de mon meilleur ami,
une grippe accompagnée d’une forte fièvre m’avait empêché d’y participer.
Après un bref appel à Rémy pour lui dire que j’étais de tout cœur avec lui,
je me suis résigné, non sans mal, à ne pas pouvoir participer à cette soirée
déguisée et je me suis couché. Mais à peine les yeux fermés, je me suis senti
projeté dans le couloir de sa maison, à environ 50 km de chez moi… En
passant à travers le plafond, j’ai vu la scène depuis le haut. Ce que je
voyais ressemblait à une maquette vivante ! Je me sentais à la fois très
lourd et très léger. Je n’avais aucune enveloppe, pas de corps, juste une
vision élargie. Les couleurs semblaient estompées, un peu comme sur un
dessin au pastel ou une aquarelle… Et j’entendais aussi des bruits sourds…
Comme le lieu et les gens m’étaient familiers, je n’avais pas peur. Je les
voyais non seulement bouger, mais je comprenais aussi leurs paroles, et
bien plus encore… À un moment, j’ai “entendu” des amies se moquer d’une
autre, qui était absente. Plus tard, j’ai perçu les “pensées” d’un copain qui
se demandait si une certaine fille allait venir… Par moments, j’avais
l’impression qu’il y avait des sortes d’accélérations, un peu comme si les
instants sans trop d’importance passaient plus vite que la normale. En
survolant la scène, mon attention s’est portée sur la pièce principale.
J’estimais qu’il devait être environ 22 heures, car Rémy ouvrait les
premiers cadeaux. Et là, c’est dingue, mais “j’entendais” les réflexions
qu’il se faisait sur chacun : “Tiens, c’est vraiment sympa !” “Waouh, ça
doit coûter cher !” Ou même, à l’arrivée du cadeau de sa cousine :
“Comme c’est moche !” C’était incroyable, je percevais ses pensées qui
m’apparaissaient comme sorties d’un film… Mais ce n’étaient pas vraiment
des mots, plutôt des sensations difficiles à décrire… en fait, j’avais
l’impression d’être Rémy ! Puis, la suite de la soirée s’est accélérée. J’ai
continué à me déplacer de pièce en pièce sans aucune difficulté, tantôt au
niveau du plafond, tantôt au niveau du sol. Mais avant que la soirée ne se
termine, je me suis senti m’éloigner de ce lieu, comme si j’étais aspiré par
mon corps qui se trouvait au loin. Curieusement, je me suis retrouvé dans le
cosmos. C’était bizarre, mais je me suis laissé porter par cette sensation
plutôt agréable… Et tout à coup, j’étais à nouveau dans mon corps,
malade, au fond de mon lit. Le plus étrange, c’est que, là-bas, loin de mon
corps, je m’étais senti en pleine forme, sans les effets de la grippe… Mais
j’étais heureux, car j’avais pu participer “à ma façon” à la soirée
d’anniversaire de mon ami. Le lendemain, Rémy m’a confirmé par
téléphone tout ce que j’avais vu : les personnes présentes, les tenues
vestimentaires, les cadeaux, etc. Mais également les conversations, et
surtout ses propres pensées en recevant les cadeaux ! »

Le cas Nicolas Fraisse s’annonçait passionnant !
Un jeune homme ordinaire aux capacités extraordinaires
Ce jour-là, Nicolas nous avait également beaucoup parlé de lui et de sa
vie. Né en 1982, il avait grandi dans un village de la Drôme, au sein d’une
famille cartésienne et aimante, ce qui l’avait sans doute aidé à ne pas perdre
pied, malgré les phénomènes étonnants qu’il vivait : « Mon père est
employé municipal. Il adore chasser, pêcher, jardiner. Mon amour de la
nature vient de lui. Pour moi, c’est comme une respiration, je ressens cela
depuis que je suis tout petit. J’aimais jouer dehors et j’entrais facilement en
communion avec les arbres ou encore avec les animaux de ma campagne…
Quant à ma mère, elle a toujours travaillé en tant qu’infirmière, et ma sœur
est aide-soignante. De mon côté, après avoir fini des études de
comptabilité, je travaille depuis trois ans dans un grand groupe leader du
travail intérimaire. Mais en fait, je me rends compte aujourd’hui que la
comptabilité ne me correspond pas… Pour moi, c’est juste un travail
alimentaire… »

À cette époque, nous menions depuis quelques années déjà une étude
phénoménologique comparative sur différents EMC non ordinaires grâce
aux nombreux témoignages que nous recueillions9. Et cette première année
consacrée au projet OBE s’était inscrite dans son prolongement. Pour
mieux cerner le vécu des expérienceurs, nous leur demandions toujours de
décrire en détail les sensations et émotions éprouvées. Nous posions
également beaucoup de questions précises, ce que les témoins en général
apprécient, car cela les aide à mettre des mots sur leurs ressentis et à aller
plus loin dans leurs souvenirs. Pour autant, il ne faut pas sous-estimer
l’incidence du « travail » de la mémoire et de l’imagination. C’est pourquoi
il est important de ne poser que des questions « ouvertes » qui ne risquent
pas d’influencer la personne ou d’induire de « faux souvenirs ». En
écoutant Nicolas parler de ses expériences, nous découvrions avec intérêt
qu’il avait déjà une certaine habitude du phénomène et qu’il savait
d’emblée nous en donner les détails importants :

« Je pense que je vis des sorties hors du corps depuis que je suis tout
petit, mais je ne peux pas vraiment l’affirmer avec certitude, car je n’ai pas
de souvenir avant l’âge de 5 ans. Je me souviens uniquement d’une scène,
en dernière année de maternelle. Dans la cour de récréation, je m’amusais
à tordre le grillage de la clôture avec un copain à qui j’ai alors dit :
“Quand je veux, je peux sortir de mon corps et m’envoler.” Et il a rigolé…
Mais la première OBE dont je me rappelle vraiment date du cours
élémentaire de première année. J’avais 7 ans. Ma maîtresse inscrivait au
tableau une série d’additions. Tout à coup, je me suis retrouvé chez moi, et
là, j’ai vu mes chiens. Quand je suis revenu à moi, le tableau était recouvert
de chiffres… Mais ça n’avait rien à voir avec un “moment d’absence” ou
de rêverie, les sensations étaient très différentes. D’ailleurs, quand je
rêvassais en classe, j’avais toujours le souvenir de ce qui se passait autour
de moi et je sentais mon corps, alors que dans ce cas-là, pas du tout… En
grandissant, ce “vécu” est devenu gênant pour moi, car j’étais conscient
que mes parents ne savaient pas trop quoi penser de ce genre de
phénomènes. En effet, plusieurs membres de ma famille possèdent des
capacités, disons, un peu “hors norme”, mais elles les refusent et même en
ont peur. Certains sont extrêmement catholiques, et ça ne fait pas forcément
bon ménage… Par contre, ma grand-mère, malheureusement décédée il y a
sept ans et à qui j’étais terriblement attaché, assumait totalement sa
“différence”… Souvent, elle me demandait d’aller chercher un pain à
l’épicerie du village, en me précisant par exemple qu’il restait deux
couronnes, dont une qui était trop cuite, presque brûlée et une bien dorée
sur la droite, celle que je devais rapporter. Ce que je pouvais constater en
arrivant ! Bien sûr, à l’époque, je ne me posais pas de questions, mais
aujourd’hui, je réalise mieux de quoi il s’agissait… Malheureusement, nous
n’avons jamais vraiment parlé ouvertement de tout ça, même si elle
comprenait bien tout ce que je vivais. Je le regrette aujourd’hui. Elle est
partie trop tôt… »

Sa grand-mère, catholique pratiquante, était très spirituelle et évoluait
dans un univers un peu mystique. Parce que les capacités extrasensorielles
dont elle faisait preuve étaient autrefois taxées de sorcellerie, elle avait été
rejetée par une partie de sa famille. Elle en avait beaucoup souffert et avait
mis Nicolas en garde à ce sujet. Visiblement, il ressentait de la colère contre
cette partie de sa famille et semblait très affecté par tout cela. C’est
pourquoi il vivait ses sorties hors du corps d’une façon ambiguë. Parfois en
confiance, il n’en voyait que l’aspect positif, alors qu’à d’autres moments, il
était au contraire très déstabilisé par ses expériences. Sa sœur, de trois ans
sa cadette, semblait elle aussi présenter des capacités hors norme, mais
qu’elle avait toujours niées. « Alors que nous étions tous les deux enfants, je
n’ai jamais pu lui parler de mes expériences. Elle en avait peur. Mais
depuis que j’ai pris contact avec vous, j’ai réussi à en discuter un peu avec
elle. Quant à mon père, il perçoit des “choses”, mais attribue ça à une
forme d’instinct ou d’intuition. Il interprète de nombreux signes de la
nature, tout en s’en défendant… Il est plutôt taciturne, c’est difficile
d’aborder ce sujet avec lui. Il a toujours parlé de sa mère comme de
quelqu’un d’un peu “spécial”. D’ailleurs, il m’a souvent dit que je
ressemblais à ma grand-mère. Il nous considère tous les deux comme des
êtres un peu à part ! » Au fil du temps, nous avons pu constater qu’il n’était
pas rare que dans une même famille, plusieurs membres présentent des
capacités hors norme, ce qui pourrait indiquer une composante héréditaire
ou transgénérationnelle.

Ainsi, Nicolas vivait ces états régulièrement depuis sa plus tendre
enfance, de façon naturelle et sans se poser trop de questions. Il n’avait
jamais pensé à développer ses capacités artificiellement : « Je ne cherche
pas à savoir comment elles fonctionnent. Je les vis, c’est tout. Pour moi,
c’est juste normal. Je ne mets pas de mots sur tout ça… » C’est seulement
avec le travail effectué en notre compagnie qu’il a commencé à
« décortiquer » ses expériences. Mais quand nous l’avons rencontré, celles-
ci étaient neutres, spontanées et livrées sans aucune interprétation, un point
très positif pour nos recherches. De plus, Nicolas vivait ses OBE de jour et
non pendant la nuit comme c’est souvent le cas chez les expérienceurs.
Elles étaient quotidiennes et il en vivait parfois plusieurs durant la même
journée. Elles ne nécessitaient pas non plus de mise en condition
particulière, et a priori, tout cela devait faciliter la mise en place d’un
protocole de tests. En outre, contrairement à ce que nous avions pu entendre
jusque-là, il n’y avait rien de délirant ou d’extravagant dans ses propos :
« Quand je sors de mon corps, je “vois” des choses du quotidien… la seule
différence, c’est que les couleurs ne sont pas très éclatantes… c’est comme
si elles étaient un peu atténuées. Et la plupart du temps, je n’entends aucun
son… » Pendant ses « voyages », il restait toujours dans un environnement
que nous pourrions qualifier de « terrestre ». Comme nous le verrons plus
loin, ce n’est pas le cas de tous les expérienceurs, et avec le temps, cela
finira d’ailleurs par changer pour lui aussi. Mais pour l’instant, ses
expériences semblaient rester relativement « simples ». On peut dire qu’il
gardait les pieds sur terre même quand… il sortait de son corps ! Toutes ces
caractéristiques étaient essentielles pour que nous puissions envisager de
mener des tests avec lui.

En revanche, à l’époque, Nicolas n’avait encore aucun contrôle sur ses
OBE. Elles se déclenchaient très régulièrement, mais toujours
involontairement, et il ne pouvait en maîtriser ni la durée ni la destination.
Cet aspect-là était nettement moins favorable pour nos expérimentations :
« Quand je sors de mon corps, c’est un peu comme si j’étais une vapeur,
une brume qui s’en détache… et puis tout à coup je me retrouve dans un
lieu et une situation que je n’ai pas choisis. Mes sorties de corps
surviennent à l’improviste, même au travail ! Je ne peux pas les provoquer,
mais je les sens venir. Les gens autour de moi ont simplement l’impression
que je suis dans la lune pendant quelques minutes… À l’école, cela
m’arrivait régulièrement. Du coup, les professeurs me voyaient comme un
élève inattentif et rêveur. En fait, je m’ennuyais. Mais au lieu de
m’imaginer un autre monde, j’allais voir ce qui se passait chez moi ou chez
ma grand-mère… » Sa conscience décrochait d’un seul coup, que Nicolas
soit en train de faire quelque chose ou non. Pendant ses « sorties », il se
retrouvait instantanément dans d’autres lieux, qui lui étaient la plupart du
temps familiers, comme chez ses parents, mais aussi parfois dans des
endroits totalement inconnus. À travers son récit, on pouvait déjà entrevoir
que le déclencheur de ses expériences était soit l’ennui (comme en classe
lorsqu’il était enfant), soit une perturbation émotionnelle. Cette dernière
semblait aussi en induire la destination, comme lors de l’anniversaire de son
ami Rémy.

Dès le départ, Nicolas nous a inspiré confiance. Plutôt réservé, cartésien,
ses propos étaient clairs, précis et d’une certaine façon « rationnels ». Bien
que son quotidien soit émaillé d’expériences extraordinaires, il semblait
néanmoins garder un esprit critique et faire preuve de discernement par
rapport à ce qu’il vivait. Organisé, pragmatique, il réfléchissait et planifiait
visiblement beaucoup. Motivé et disponible, il s’est tout de suite impliqué
dans notre projet de recherche. En comparaison avec les autres candidats
que nous avions rencontrés jusque-là, il paraissait plus stable et moins
fragile. Et surtout, on le sentait déterminé. Il avait visiblement envie de
comprendre ce qui se passait en lui, tout en contribuant à faire avancer les
recherches dans ce domaine. Comme il l’exprime aujourd’hui, notre prise
en charge a également contribué à l’époque à le rassurer : « De mon côté,
c’était la première fois de ma vie que je bénéficiais d’une réelle écoute et
d’une absence totale de jugement. Avec vous, je ne me sentais pas considéré
comme un simple cobaye… Et j’appréciais votre double regard sur mon
vécu. Toi, Claude Charles, grâce à ta connaissance approfondie de la
psyché humaine, tu pouvais imaginer ce que je ressentais, comprendre mes
doutes, mes questionnements. Et toi, Sylvie, ton bagage scientifique et tes
explications physiologiques convenaient parfaitement bien à mon esprit
logique qui cherchait malgré tout à comprendre ce que je vivais. » Même si
on le sentait parfois intimidé et impressionné, nous avons tout de suite senti
que Nicolas aurait l’aplomb nécessaire pour se confronter à un protocole de
vérification scientifique. De plus, expérimentant ces phénomènes depuis
l’enfance, l’échec à un test ne risquait pas d’engendrer une trop grosse
remise en question de ses capacités, comme nous avions pu le constater
avec d’autres candidats. Quant à Stéphane, le deuxième candidat
sélectionné suite aux « Rencontres » de Martigues, il était moins sûr de lui.
Trop déstabilisé par ce que nous lui demandions, il n’a pas continué
l’aventure avec nous.

Chez Nicolas, ce qui sautait aux yeux, c’était son côté particulièrement
« sain ». Il disait d’ailleurs avoir toujours bénéficié d’une excellente forme
physique et d’une bonne santé. Sportif, non-fumeur, à l’époque végétarien
strict (un peu moins aujourd’hui), il avait tellement d’énergie en lui qu’il
n’avait jamais froid. D’ailleurs, nous l’avons souvent vu arriver en tee-shirt
et tongs en plein hiver ! En outre, il n’avait jamais été hospitalisé et n’avait
jamais eu besoin d’un suivi psychologique ou psychiatrique. « Je ne
consomme aucun produit psychotrope, même si, comme beaucoup de jeunes
de mon âge, j’ai tenté quelques “expériences” ! Mais de toute façon, ça
manque d’intérêt… ça n’a que peu d’effets sur moi et c’est moins amusant
que mes sorties de corps ! Au pire, le cannabis me provoque un mal de tête,
et l’ecstasy – que je n’ai essayé qu’une seule fois – accélère mon rythme
cardiaque. Une fois aussi, j’ai essayé les champignons hallucinogènes.
Alors que mes copains voyaient des lutins ou autres figures
fantasmagoriques, moi, rien du tout ! Juste un effet euphorisant. Et pour ce
qui est de l’alcool, c’est pareil, ça ne me fait pas grand-chose… » Nicolas
menait une existence tout ce qu’il y a de plus normale pour un garçon de
son âge. C’est ainsi que, très rapidement, nous avons pu exclure toute
éventualité de maladie mentale ou de dérèglement psychique. En résumé,
nous avions trouvé un sujet qui menait une vie « ordinaire », malgré des
états de conscience totalement « extraordinaires ».

Pourtant, ce mode de vie extrêmement sain ne reflétait pas non plus une
obsession pour son corps. En fait, il ne semblait pas très à l’aise dans celui-
ci. Il y avait quelque chose d’un peu raide dans sa manière de se mouvoir.
En réintégrant son enveloppe corporelle après une OBE, il rapportait
d’ailleurs des sensations plutôt désagréables, comme si elle n’était pas faite
d’une matière très « positive » : « Je considère un peu mon corps comme
une prison, parce que je ressens davantage de possibilités dans l’autre état.
Pour moi, il y a d’un côté, mon corps, et de l’autre, mon esprit, sans que je
ne ressente vraiment de lien entre les deux… et c’est vrai que j’accorde plus
d’importance à mon esprit… »
De l’importance du suivi psychologique
Dès notre première rencontre, sentant que nous tenions un candidat
potentiellement prometteur, nous avions tenté un test sommaire de « sortie
hors du corps », afin d’estimer les capacités de Nicolas dans un contexte
d’expérimentation. Pour cela, nous l’avions guidé dans un état de
relaxation, allongé sur un petit matelas. Pas suffisamment en confiance, il
avait eu peur, ce qui avait provoqué en lui des palpitations et des
contractions musculaires. Nicolas était totalement bloqué…

À l’époque, nous avions déjà pu mettre en lumière l’importance de la
composante psychologique et du mental dans le déclenchement, le
déroulement, mais aussi les conséquences des EMC non ordinaires. Notre
travail clinique avec les expérienceurs s’exerce à plusieurs niveaux. Il s’agit
tout d’abord de leur accorder une écoute attentive. Il est en effet primordial
pour eux de sentir que leurs expériences et leur vécu sont pris en
considération. Pour beaucoup, cette étape de témoignage est d’ailleurs
suffisante pour se sentir libérés d’un poids et pouvoir poursuivre seul
l’intégration de leur vécu hors norme. Pour d’autres, une relecture de
l’expérience sous un angle psychologique peut s’avérer utile pour l’éclairer,
la dédramatiser et la recontextualiser, mais aussi pour leur permettre de
comprendre que celle-ci n’est pas une fin en soi, mais une source
potentielle de connaissance de soi et d’évolution. En effet, les expériences
vécues contiennent souvent une dimension symbolique forte, et l’analyse
des éléments les constituant permet parfois de mettre en évidence des
problématiques psychologiques latentes ou enfouies.

Dans le cadre de notre projet OBE, nous étions en train de réaliser qu’un
suivi psychologique adapté à nos candidats serait également nécessaire.
Avec Nicolas, comme avec les autres, nous allions devoir élaborer une
approche globale impliquant une prise en charge personnalisée, lui
permettant de peu à peu surmonter ses propres limitations. De la sorte, nous
espérions dépasser le facteur limitant principal, qui avait fait échouer par le
passé bon nombre de projets de recherche dans ce domaine. Car même s’il
existe des sujets capables d’entrer facilement dans des EMC non ordinaires,
nous avions pu constater à maintes reprises que même les plus « doués »
avaient de la peine à déclencher « à volonté » certains états qu’ils vivaient
par ailleurs facilement quand ils ne ressentaient aucune pression. Avec
Nicolas, l’essentiel de notre travail de préparation psychologique allait se
concentrer sur le développement de sa confiance en lui et sur la maîtrise
parfaite des phénomènes auxquels il était sujet, ce qui impliquait une
profonde connaissance de sa manière de fonctionner et de ces états
particuliers. Notre premier essai lui avait montré à quel point son mental
était « maître à bord » et comment il influençait son comportement. Mais à
ce stade, il avait surtout besoin de se sentir rassuré, sécurisé. Puis, peu à
peu, nous allions lui faire prendre conscience qu’il devait travailler sur la
problématique qui avait été à l’origine de son réflexe de protection…

Au fil de nos rencontres, nous sentions Nicolas tantôt en confiance, tantôt
déstabilisé par ses capacités, à tel point que, selon son état, son visage
pouvait radicalement changer d’expression. Parfois, nous avions même
l’impression d’être en face d’un petit garçon intimidé, qui laissait percevoir
une peur du pouvoir de « l’autre » sur lui, sans que nous en comprenions
l’origine. En fait, nous sentions en lui une forme de contrôle… Ce n’est que
six mois plus tard que certains aspects de son comportement s’éclairciront à
la faveur d’un épisode douloureux. Nicolas était venu une fois de plus
passer une journée à Genève pour se prêter à des tests. Après qu’il nous a
raconté ses dernières aventures en matière d’OBE, nous nous sommes mis
au travail. Bien qu’il soit plutôt en forme et reposé ce jour-là, il éprouvait
plus de difficultés que d’habitude à « sortir de son corps ». Pour l’aider,
nous lui avons proposé une séance de relaxation. Mais contre toute attente,
celle-ci a déclenché en lui une réaction émotionnelle très forte. Très troublé
par ce qui lui arrivait, Nicolas s’est affaissé et recroquevillé sur lui-même.
Constatant son profond malaise, nous avons cherché à le réconforter et à
échanger avec lui pour comprendre ce qui s’était passé. Il a d’abord eu
beaucoup de mal à exprimer ce qui l’avait perturbé. Puis, peu à peu, nous
avons compris qu’il avait été comme « submergé » par des souvenirs
d’enfance et avait revécu un traumatisme ancien. Ce jour-là, après nous
avoir raconté succinctement ce qui lui était arrivé à l’époque, Nicolas a
poursuivi avec les confidences et a fini par nous révéler qu’il était
homosexuel, ce qui nous éclairait sur bien des interrogations que nous
avions encore à son sujet. Après coup, il s’était senti très soulagé, il avait
enfin pu partager tous ses secrets. Il avait compris que garder les choses
cachées n’était pas la solution, qu’il fallait au contraire les laisser remonter
à la surface pour les regarder en face, les comprendre et ainsi pouvoir les
dépasser.

Une fois de plus, nous pouvions donc observer une corrélation entre un
traumatisme dans l’enfance et la capacité à vivre par la suite des EMC non
ordinaires et, en particulier, un état dit « dissociatif » comme l’OBE. Cette
constatation avait déjà été faite dans les années 1980 par le psychologue
américain Kenneth Ring à propos des expérienceurs d’EMI10. Parmi les
centaines de témoignages que nous avions recueillis depuis la création de
Noêsis, nous avions en effet remarqué que la plupart de ces personnes
avaient vécu dans le passé des événements entraînant des réactions
émotionnelles très fortes, conscientes ou inconscientes, ponctuelles ou
récurrentes. Dans certains cas, il semblait évident que l’EMC avait servi
d’échappatoire pour se protéger d’une réalité devenue trop douloureuse. Par
exemple, quand une personne avait subi des maltraitances physiques ou
psychologiques dans l’enfance, ses OBE lui avaient permis d’échapper à la
souffrance et à la peur. À l’âge adulte, ces personnes avaient souvent
tendance à revivre cette expérience spontanément lors de situations
ressenties comme stressantes ou dangereuses.

Sans que nous puissions l’affirmer, il est donc probable qu’un
traumatisme ait contribué à la facilité déconcertante avec laquelle Nicolas
pouvait entrer spontanément dans un état modifié de conscience. Par la
suite, les difficultés vécues en lien avec son homosexualité avaient peut-être
aussi favorisé le développement de ses capacités pour se protéger. Quoi
qu’il en soit, nous y avons vu un avertissement : les candidats à ce type de
recherche étaient bien des personnes fragiles, qui nécessitaient beaucoup
d’attention et de circonspection de notre part. Car paradoxalement, c’est
également ce vécu non résolu d’un point de vue psychanalytique qui peut
« limiter » les expérienceurs à l’âge adulte, en les empêchant d’utiliser cette
faculté à leur convenance. Provoquer volontairement une OBE peut raviver
du même coup les émotions du passé qui y sont associées, induisant chez
ces personnes, comme nous l’avions constaté chez Nicolas, un réflexe de
contrôle qui les empêche de s’abandonner à l’expérience dans un total
lâcher-prise et en conditionne le contenu. Le côté humain est
incontournable dans ce type de tests, et ne pas en tenir compte peut exposer
à de graves complications. Il n’est jamais exclu qu’une expérimentation
maladroite puisse déboucher sur des problèmes inattendus, qu’il faudra être
capable de gérer, et qui pourraient largement dépasser le cadre du protocole
en cours (et même celui de l’EMC recherché) : réactivation inattendue de
traumatismes psychologiques anciens ou encore déclenchement de troubles
psychiques transitoires. Nous avons pu constater avec d’autres candidats
que l’on n’est jamais à l’abri d’un « dérapage » et d’une possible
décompensation. C’est pourquoi, bien que nous ne considérions pas les
EMC non ordinaires comme pathologiques, il est impératif d’avoir un
psychisme stable et d’avoir entrepris un travail sur soi avant de chercher à
provoquer certains EMC (comme les OBE), qui peuvent s’avérer très
déstabilisants. La prudence s’impose donc avec ce type de recherches, et
c’est pourquoi nous avions fait le choix de n’utiliser aucun moyen invasif,
ni même aucune technique (comme l’hypnose, la respiration holotropique,
etc.) pour provoquer les EMC non ordinaires que nous étudions. Depuis le
début, nous collaborons uniquement avec des personnes habituées à en
vivre spontanément ou qui ont développé leurs propres méthodes pour les
faciliter.

Comme il n’avait pas complètement réglé ses problèmes émotionnels,
Nicolas pouvait se retrouver facilement perturbé par le contact physique
avec autrui. Avec le temps, nous avons compris qu’il craignait qu’on lui
« vole quelque chose » qu’il n’était pas prêt à donner de son plein gré. En
aucun cas, il ne voulait subir le pouvoir de l’autre. En plus de sa colère
contre une partie de sa famille, nous avons constaté qu’il était aussi très
méfiant envers les hommes en général. C’est pourquoi nous l’avons
régulièrement encouragé à utiliser des techniques d’expression
émotionnelle pour se libérer des émotions perturbantes qui se manifestaient
en lui11.
Quand « incompréhension » rime avec « souffrance »
Les expérienceurs tels que Nicolas souffrent souvent d’un manque de
compréhension de la part des autres et de leur incrédulité. Enfants, ils sont
facilement l’objet de moqueries de la part de leurs camarades, alors que les
adultes les prennent pour de doux rêveurs, quand ce n’est pas pour des
fous ! « C’est vers l’âge de 7 ans que j’ai commencé à remarquer que
j’étais différent des autres… En discutant avec mes copains, je me suis
rendu compte qu’ils ne vivaient pas la même chose que moi. Auparavant, je
pensais que tout le monde pouvait sortir de son corps. Ce vécu me semblait
tout à fait normal jusqu’au jour où j’ai commencé à me poser des
questions… Peu à peu en grandissant, je me suis demandé si tout cela
n’était pas dû à mon imagination… » Pour s’assurer qu’il ne rêvait pas,
Nicolas s’est mis à vérifier méticuleusement les informations qu’il ramenait
de chaque OBE. À partir de 13-14 ans, c’en était presque devenu
obsessionnel : « Un jour, lors d’un de mes “moments d’absence” en classe,
j’ai vu mon père construire un petit muret censé maintenir une butte de
terre dans le jardin. En rentrant chez moi, j’ai pu constater que le travail
avait bien été fait… Après un certain nombre de vérifications de ce style, je
n’ai plus douté que mes sorties de corps étaient bien réelles ! »

Au collège, Nicolas a fini par accepter sa différence, mais il continuait
d’en souffrir, car très vite, il avait compris qu’il ne pourrait parler à
personne de ses expériences « extraordinaires » : « Un jour, un professeur a
demandé aux élèves de ma classe de présenter leurs “dons”. J’ai répondu
que je pouvais voir ce qui se passait dans d’autres endroits… Évidemment,
ça a suscité des rigolades de la part de mes camarades. Ils m’ont dit :
“Arrête de raconter des bêtises !” Alors tout de suite, j’ai lâché l’affaire.
J’ai préféré ne pas insister, ne pas faire de vagues et j’ai enchaîné sur une
autre anecdote moins “bizarre”… Quelque temps plus tard, j’en ai parlé à
mon professeur de mathématiques. Il m’a répondu que je rêvais et que si,
par malheur, je n’en avais pas l’impression, il valait mieux que j’en parle à
mon médecin. À partir de là, j’ai compris que je ferais mieux de me taire…
Les adultes ne me comprenaient pas, les enfants encore moins. Je
déclenchais chez ces derniers deux types de réactions : soit ils me prenaient
pour un menteur, soit pour une sorte de sorcier ou d’espion. Dans le
deuxième cas, ils préféraient carrément m’éviter, car ils pensaient que je
savais trop de choses sur eux… »

Dans la mesure où il ne cadre pas avec ce que la société considère
comme « possible » ou « normal », un EMC non ordinaire tel que l’OBE
constitue avant tout pour beaucoup d’expérienceurs un bouleversement
profond et parfois même un réel traumatisme. D’un côté, si les expériences
débutent dès l’enfance, comme pour Nicolas, ils doivent accepter leur
différence. De l’autre, si les phénomènes commencent à l’âge adulte, ils ne
comprennent pas ce qui leur arrive et ont peur de perdre la raison. Pourtant,
mis à part les expériences à contenu négatif, un EMC non ordinaire –
notamment une OBE – n’est en général pas perturbant en lui-même. Au
contraire, ces états sont même souvent décrits comme très agréables, mais
ce sont toutes les questions qu’ils suscitent qui peuvent être très
déstabilisantes. Qu’est-ce que c’était ? Pourquoi est-ce arrivé ? Pourquoi à
moi ? Est-ce que cela va se reproduire ? Suis-je en train de devenir fou ?
Sans réponses, les expérienceurs tombent souvent dans l’inquiétude, voire
dans les angoisses et le déséquilibre. En réalité, c’est l’ignorance et le déni
de notre société par rapport à ces phénomènes qui sont à l’origine de la
perturbation ressentie par les témoins. Quant à Nicolas, s’il a eu peur de
basculer dans la folie à plusieurs reprises, ses questionnements ne l’ont
heureusement jamais totalement submergé. Pourtant, c’était un garçon très
« mental » et cela depuis l’enfance : « Alors que certains me considéraient
comme un rêveur, d’autres me reprochaient d’être trop cérébral. C’était
plutôt paradoxal ! À 16 ans, je me suis demandé si je n’étais pas fou.
J’avais l’impression que mes deux réalités se dissociaient (dans mon corps
et hors de mon corps). Une période de doute terrible s’est installée : est-ce
que je vivais vraiment cette réalité ? Ou bien, est-ce que je “créais” cette
réalité ? Cette torture mentale a duré jusqu’à ce que je reprenne confiance
grâce à une relation affective. En m’apaisant au niveau sentimental, j’ai
retrouvé peu à peu le calme intérieur. Dans le même temps, j’ai consulté un
psychologue scolaire. Après avoir écouté ce que je vivais, il m’avait
conseillé de me recentrer sur du concret : mes études, la lecture… Il
m’avait encouragé à faire travailler ma réflexion pour renforcer mon
ancrage. » C’était un très bon conseil. Alors que son mental lui faisait
frôler la folie à travers un questionnement sans fin, c’est aussi grâce à lui
que Nicolas a pu s’ancrer dans la réalité du monde matériel. Quand on
prend conscience de son propre mental, on peut le « voir » dysfonctionner
et donc apprendre à le maîtriser dans ses moments de dérapage. Mais entre
les deux, il faut parfois que quelque chose vienne faire « diversion » pour
que les pensées « toxiques » s’arrêtent : dans son cas, ce fut une rencontre
amoureuse.

Très jeune, Nicolas avait pris la décision de ne pas parler de ses OBE et
d’écouter les histoires des autres en silence. À sa timidité naturelle et à cette
capacité est venue s’ajouter à l’adolescence son homosexualité naissante,
qui a probablement aussi contribué à l’inhiber socialement. Mieux valait ne
pas se faire remarquer : « Au collège, j’avais un cercle d’amis, mais je ne
me confiais pas facilement. Je vivais mes expériences dans mon coin, tout
seul. Je n’en avais pas honte, mais je ne m’en vantais pas non plus. » À 16
ans, il a enfin réussi à prendre un peu de recul et à mettre des mots sur ce
qu’il vivait : « Au lycée, j’ai commencé à en parler davantage autour de
moi. Le paranormal et la magie avaient envahi le cinéma et la littérature.
Cette tendance faisait écho à ce que je vivais. Certains copains avaient plus
ou moins admis mon don “bizarre”, mais ils y voyaient surtout un moyen
d’en tirer un petit profit, par exemple, en me demandant d’aller voir ce
qu’il y avait au menu du self ! Et comme je ne me trompais jamais, j’ai fini
par être pris au sérieux… » Dans sa famille, cependant, le sujet n’était
jamais évoqué et il a fallu du temps pour que l’on reconnaisse enfin sa
« différence » : « Durant mon enfance, mes parents étaient dans le déni de
ce que je leur racontais… “Il nous dit des bêtises… il s’invente un monde.”
Ce n’est qu’une fois que je suis devenu adulte qu’ils ont cherché à faire des
recoupements et qu’ils ont pris conscience de mes capacités. Mais pour
eux, le puzzle a vraiment pris forme depuis que vous vous intéressez à moi.
Que mon cas soit étudié dans un cadre scientifique me rend plus crédible à
leurs yeux… Mais, on n’a jamais trop discuté de tout ça ensemble. Dans ma
famille, on parle rarement de nous et de nos ressentis, juste de faits
concrets… »
Une carapace presque parfaite
Nous avons tout de suite perçu en Nicolas une hypersensibilité, pourtant,
celle-ci était bien dissimulée. En effet, il semblait coupé de ses émotions, en
tout cas dans certains domaines, et nous étions parfois étonnés par son
manque apparent de compassion. C’était comme si certains sujets ne le
touchaient pas, comme s’il ne se sentait pas concerné. Souvent même, il
prenait le contre-pied par rapport à un événement tragique en utilisant
l’humour noir, ce que nous avons vite interprété comme un réflexe de
protection. Avec le temps, nous avons compris qu’il s’était fabriqué une
solide carapace pour évoluer dans un monde matériel qui lui semblait
hostile. Cette attitude instinctive lui avait probablement été nécessaire
pendant une période de sa vie. Mais il n’y avait pas que ça. Nicolas avait
grandi dans un environnement familial qui n’était pas propice à l’expression
des sentiments. C’est sans doute pour cette raison qu’il ne nous avait pas
révélé son homosexualité dès nos premières rencontres, peut-être aussi par
peur de notre jugement : « Dans ma famille, les secrets sont nombreux. Mon
homosexualité était taboue. Je l’ai révélée à mes parents à l’âge de 17 ans
seulement. Pourtant, j’avais tout fait pour qu’ils l’apprennent avant. À
l’époque, c’était difficile d’en parler ensemble. Bizarrement, elle m’a été
plus difficile à gérer que mes OBE, car elle a eu davantage de
répercussions : la colère de mon père, la tristesse de ma mère, ses pleurs,
etc. J’ai grandi au sein d’une famille plutôt classique et conservatrice.
Mais, au bout du compte, cela a aussi été une chance pour moi, car ça me
stabilisait. » Avant d’oser faire son coming out, il est passé par des
moments forcément douloureux : « Il m’a fallu accepter cette autre
différence et surtout faire le deuil de pouvoir donner satisfaction à mes
parents d’être un jour grands-parents grâce à moi. Le fait de décevoir ma
petite sœur, qui me voyait comme un super-héros, m’a peut-être aussi
affecté… » Malgré tout, son homosexualité lui permettait parfois de
focaliser l’attention des gens sur « autre chose » : « J’étais différent pour
une autre raison. Je pouvais me “cacher” derrière cette seconde
“spécificité”. Selon ce qui m’arrangeait, je brandissais la carte de
l’homosexuel ou du magicien ! » Avec le temps, Nicolas deviendra
parfaitement à l’aise avec ces deux aspects de son identité.

Alors qu’il avait 18 ans, un autre événement majeur a probablement
contribué à son blocage émotionnel : « Quand ma grand-mère est décédée,
j’ai vécu une très grande souffrance… J’ai été profondément bouleversé. À
partir de là, presque à chaque fois que je faisais une OBE, je me retrouvais
sur sa tombe. Quand je réintégrais mon corps, je ramenais une émotion si
forte et si incontrôlable que je ne pouvais m’empêcher de pleurer, j’avais le
cœur lourd et serré. Ça m’était vraiment très désagréable, surtout quand
cela m’arrivait en classe… Et un jour, alors qu’en sortie de corps je m’étais
retrouvé une fois de plus sur sa tombe, j’ai senti que je “laissais partir
quelque chose”… La peine a disparu instantanément. À partir de ce
moment-là, j’ai moins pleuré. Et surtout, je me suis moins attaché aux gens.
Peu à peu j’ai commencé à considérer les émotions comme inutiles… Je ne
ressentais plus rien, ni tristesse ni amour fort… »

C’est pourtant à cette époque que Nicolas avait ressenti le besoin de se
construire une vie stable. À 20 ans, il avait rencontré Benoît12, un jeune
homme bien équilibré, protecteur et à l’écoute : « Même si ça n’a jamais été
la passion, je me sens extrêmement bien avec lui. Il est pour moi un
formidable compagnon de route depuis quatre ans. » Visiblement, la
construction de projets en commun le rassurait et l’équilibrait. C’est deux
ans après sa rencontre avec Benoît qu’il avait commencé sa vie
professionnelle en tant que comptable dans une grande entreprise française.
Stabilisé par cette relation et par son travail, rien ne pouvait lui arriver. À
cette période de sa vie, cette « relative » normalité avait probablement été
essentielle pour lui. Sans elle, il n’aurait sans doute pas réussi à aussi bien
gérer son quotidien.

Bien que leurs contenus soient restés relativement anecdotiques et
qu’elles n’interfèrent pas négativement avec sa vie quotidienne, ses OBE
continuaient pourtant d’être provoquées par son émotionnel. Car Nicolas
n’était pas parvenu à se couper totalement de sa sensibilité. Ainsi, nous
pouvions constater qu’il ressentait parfois de la jalousie dans sa relation de
couple. Un sentiment qui était souvent à l’origine d’une décorporation qui
lui permettait d’aller voir ce que son petit ami faisait pendant son absence !
À nouveau, cela trahissait son manque de confiance en lui. En outre, il
continuait à faire des « sorties » sur la tombe de sa grand-mère : « Parfois,
de nouvelles fleurs avaient été déposées ou la plaque funéraire était
tombée. Une fois, j’ai même vu que des petits lapins en plastique avaient
été posés sur sa tombe. Je suis allé le vérifier physiquement quelques jours
plus tard. En fait, c’est ma sœur qui avait eu cette drôle d’idée ! » La
poursuite de ce type d’OBE le renvoyait au deuil qu’il n’était malgré tout
pas parvenu à faire, deuil de cet être cher avec qui il avait vécu une relation
fusionnelle. En parler avec nous lui a permis de comprendre que c’étaient
ses émotions qui continuaient de provoquer chez lui ce type de « sorties »
récurrentes, et que tant qu’il serait dans cette période de deuil, celles-ci
prédomineraient sur les autres…

À l’époque, Nicolas vivait donc très régulièrement des OBE, mais de
façon tout à fait spontanée et involontaire. Comme nous l’avons déjà dit,
parmi tous les candidats que nous avions rencontrés, rares étaient ceux qui
affirmaient pouvoir sortir de leur corps à volonté. Après examen, nous
avions même commencé à douter que cela soit réellement possible :
pouvaient-ils vraiment vivre cette expérience à chaque fois qu’ils le
souhaitaient ou se mettaient-ils simplement dans un état où le phénomène
avait plus de chances de se produire ? Avec le temps, nous avons de plus en
plus penché en faveur de cette seconde hypothèse, car dès que le « vouloir »
apparaît, c’est en fin de compte le mental qui est à l’œuvre. Et d’expérience,
nous savions que celui-ci est en général un obstacle à l’apparition de ce
type de phénomène. Au contraire, le lâcher-prise, la non-recherche et la
non-attente avaient probablement beaucoup plus de chances de porter leurs
fruits. Par conséquent, nous devions arriver à dépasser ce problème. La clé
était dans la mise en condition du candidat : ne rien vouloir, ne rien
chercher, mais simplement être dans une disponibilité totale pour que
l’expérience puisse se produire. C’est à cela que nous devions travailler
avec Nicolas.

C’est ainsi que nous avons commencé à l’accompagner dans une
démarche thérapeutique et didactique, mêlant explications psychologiques,
scientifiques et techniques afin de l’aider à mieux maîtriser les phénomènes
auxquels il était confronté. D’abord espacées, nos rencontres se sont
rapidement transformées en un travail régulier. Nicolas venait nous voir en
moyenne deux fois par mois, car à l’époque il lui était facile de prendre des
jours de congé pendant la semaine. En plus de nos séances de travail, il
assistait aussi aux réunions mensuelles de partage que nous commencions
tout juste à organiser. On l’aura compris, la plupart des personnes qui,
comme lui, vivent des phénomènes hors norme, ont peur d’être prises pour
des « illuminées » et n’osent pas parler de leurs expériences, ni des
éventuelles capacités qui en découlent. D’où un fort sentiment d’isolement,
car plus que quiconque elles ressentent un besoin impérieux de partage et
de reconnaissance. C’est pourquoi, dès 2007, en dehors des consultations
privées, nous allions proposer une fois par mois un espace convivial de
dialogue et d’échanges, sous la forme de réunions ouvertes à tous
(expérienceurs, thérapeutes, chercheurs ou simplement personnes ayant un
intérêt pour les phénomènes liés à la conscience), dans lesquelles les
expérienceurs trouveraient une écoute sans jugement, ni interprétation, ainsi
que soutien et réconfort.

En parallèle de notre travail avec Nicolas, nous avons continué à suivre
d’autres candidats pour le projet OBE. Mais aucun d’entre eux n’a pu aller
aussi « loin » que lui. En plus d’être hypersensibles, la plupart des
expérienceurs font souvent preuve de susceptibilité, oscillant entre la fierté
de vivre des phénomènes hors norme, qui exacerbe leur ego, et la peur
provoquée par le regard des autres, qui leur fait perdre confiance et douter
d’eux-mêmes. Avec lui, c’était différent. Il nous est apparu comme un
garçon dont l’ego était relativement maîtrisé. Sa tendance à rationaliser ces
phénomènes et à les considérer comme « naturels » l’aidait à rester dans
l’humilité.

L’aventure pouvait commencer…
1. Ou Near Death Experience (NDE) en anglais.
2. L’association créée en 1999 par Sylvie Dethiollaz.
3. Anglicisme initialement inventé pour désigner les personnes ayant vécu une
« expérience de mort imminente », mais aujourd’hui utilisé pour l’ensemble des
témoins d’expériences non ordinaires.
4. Héros de la série TV américaine The X-files.
5. La Fondation Odier s’investissait depuis 1992 dans l’étude des relations entre
l’esprit et la matière.
6. Voir notre premier ouvrage : États modifiés de conscience – NDE, OBE et
autres expériences aux frontières de l’esprit, Éditions Favre, 2011.
7. La dissociation décrit une large variété d’expériences caractérisées par une
perturbation partielle ou complète de l’intégration des fonctions psychologiques
d’un individu. Elle s’étend de manifestations bénignes non pathologiques à des
troubles plus profonds (amnésie, dépersonnalisation, déréalisation, etc.) et à des
maladies mentales comme la schizophrénie ou les personnalités multiples.
8. Il s’agissait de phénomènes de « vision à distance » ou de « rêves lucides »
(voir plus loin).
9. Tant par e-mails, par téléphone, par Skype ou lors de consultations privées.
10. Projet Oméga : expériences du troisième type – NDE, Kenneth Ring,
Éditions Âge du Verseau, 1994.
11. Ces techniques avec lesquelles nous travaillons régulièrement sont décrites
dans notre premier livre : États modifiés de conscience – NDE, OBE et autres
expériences aux frontières de l’esprit, Éditions Favre, 2011.
12. Prénom fictif.
Deuxième période
(premier semestre 2007)
Exploration du phénomène
Des expériences aussi vieilles que l’humanité
Mardi 16 janvier 2007. Nicolas était allongé. Après une courte séance de
relaxation pour le mettre à l’aise, nous demeurions en silence assis à
quelques mètres. Face à lui, dissimulé derrière un grand paravent, un
projecteur relié à un ordinateur projetait une image. Notre dispositif était
pour l’instant très sommaire. Nous en étions seulement à notre deuxième
séance de tests, c’est-à-dire encore dans la phase préparatoire, cherchant à
déterminer les facteurs importants à prendre en compte. Avant chaque test,
dans un fichier contenant une centaine d’images, l’un de nous deux
sélectionnait au hasard celle qui serait projetée sur l’écran caché à la vue de
notre candidat.

Au bout d’une dizaine de minutes, Nicolas a ouvert les yeux et s’est
assis. On sentait encore chez lui une certaine timidité à communiquer ses
ressentis. Il était impressionné et ne se sentait pas encore totalement en
confiance : « Après la relaxation, j’avais la sensation d’avoir le corps en
forme de boule… une boule très dense et lourde… Et puis, j’ai fait une
“sortie”. Tout d’abord, je me suis retrouvé chez moi. J’ai vu la cage du
cochon d’Inde, le couloir, la poubelle dans le couloir… Et puis, sans
vraiment de transition, j’étais à nouveau dans cette pièce et j’ai vu une
forme pointue, pyramidale, avec une barre transversale, comme un A
majuscule… Il y avait des croisillons tout le long, on aurait dit que c’était
en métal, mais je ne sais pas ce que c’était… » Nous avons demandé à
Nicolas de dessiner ce qu’il avait vu. L’image projetée derrière le paravent
était une photo… de la tour Eiffel ! Son dessin était d’ailleurs assez
ressemblant, et pourtant, à aucun moment il n’avait analysé ce qu’il avait
« vu », comme si, dans cet état particulier, ses facultés intellectuelles ne
fonctionnaient plus de la même façon.

À l’époque, ce test nous avait beaucoup troublés. C’est une chose
d’envisager théoriquement que la conscience puisse avoir des capacités
inconnues, voire une certaine autonomie par rapport au corps, et c’en est
une autre d’assister à ce genre d’expérimentation. Pour la science
mainstream, que la conscience puisse « se délocaliser » relève bien entendu
de la pure fantaisie, voire de la science-fiction. Car selon le modèle en
place, la conscience est une production de l’activité cérébrale, donc
intrinsèquement liée au cerveau. Un point c’est tout. Pourtant, rien ne
permet de l’affirmer. Comme nous le verrons plus loin, le dogme central
des neurosciences contemporaines ne repose en réalité sur aucune
démonstration irréfutable. Pour notre part, à force de collecter et d’écouter
des témoignages relatant des capacités tout à fait étonnantes, nous estimions
que s’il y avait la moindre chance pour que ces personnes vivent autre
chose que des hallucinations très réalistes, c’est-à-dire que la conscience
puisse effectivement se promener en dehors du corps, cela valait la peine
d’essayer de le vérifier expérimentalement. Après ce premier test, difficile
pourtant de dire ce qui s’était réellement passé. Mais c’était intrigant. Car
quoi qu’il en soit, ce résultat demeurait difficilement explicable avec les
concepts actuels, à moins de faire appel… au « hasard ».

En parallèle de nos séances d’expérimentation, nous continuions
évidemment à étudier le sujet. Il y avait beaucoup de données à disposition,
car entre l’Homme et l’OBE, c’est une vieille histoire. En effet, il existe des
techniques pour accéder à la sortie hors du corps depuis l’aube de
l’humanité. De nombreux cas sont relatés dès l’Antiquité dans la littérature
occidentale, orientale, mais aussi dans les textes religieux. Dans l’Ancien
Testament, c’est en sortant de son corps qu’Élysée est allé espionner le
palais d’un roi syrien, afin de permettre aux Hébreux de contrer l’attaque
ennemie. Mentionnée par Platon, enseignée par Pythagore, la décorporation
était même probablement, et bien avant eux, un élément important de la
tradition initiatique de l’Égypte ancienne. Pourtant, ces expériences sont
loin de n’être que des anecdotes historiques. En 1978, le professeur Sheils
de l’université du Wisconsin a mené une enquête sur soixante-dix cultures
non occidentales et montré que la sortie hors du corps existait chez 95 %
d’entre elles1. En particulier, elle est souvent utilisée par les chamans pour
aller chercher dans d’autres plans de réalité des informations qui leur
permettront de soigner leurs « patients ». Mais l’OBE n’est pas non plus
l’apanage de quelques explorateurs chevronnés. En effet, diverses études
réalisées dans la population générale ont montré qu’un minimum de 10 %
des personnes interrogées avaient, au moins une fois, éprouvé la sensation
de se trouver « hors de leur corps physique » de façon spontanée ou
volontaire. Pour les deux-tiers, cette étrange sensation leur était même déjà
arrivée plusieurs fois2. Et cette proportion pourrait atteindre jusqu’à 48 %
selon la population étudiée ! À ce propos, Nicolas précise aujourd’hui : « Je
pense que cette capacité est présente en chaque humain, à des degrés
divers, et qu’elle peut se développer chez tout le monde. De nombreuses
fois, on m’a demandé ma technique… mais je n’en ai pas ! Ça s’est imposé
à moi, et je n’en connais malheureusement pas le chemin. » D’ailleurs, à en
croire les expérienceurs chevronnés, tout le monde sortirait de son corps
pendant son sommeil, mais en général… sans en garder le souvenir, ni
même… en avoir conscience.

Chez la plupart des personnes que nous rencontrions dans le cadre de nos
recherches, l’expérience survenait totalement spontanément. Lorsqu’il
s’agissait d’un événement unique, il était souvent associé à des
circonstances de vie particulières (perturbation émotionnelle, stress intense,
épuisement physique, etc). Quand l’expérience était récurrente, elle
survenait très souvent au moment de l’endormissement ou simplement alors
que la personne était allongée dans une position de repos. Mais dans un cas
comme dans l’autre, beaucoup d’autres facteurs très variés semblaient
pouvoir en favoriser le déclenchement : une forte fièvre, une anesthésie
générale, la prise de drogue, un moment d’ennui, une grosse frayeur, des
maltraitances physiques ou psychologiques, un orgasme, une séance de
relaxation, de sophrologie, de yoga, de méditation, d’hypnose, ou encore
simplement une douleur intense, comme en avait un jour témoigné Nicolas :
« Le week-end dernier, alors que j’étais en randonnée, j’ai soudain ressenti
un terrible mal de dents. Immédiatement, comme “instinctivement”, j’ai fait
une OBE pour échapper à la douleur… Et au retour, plus ou moins cinq
minutes après, je n’avais plus mal… » À ce propos, nous avons également
reçu beaucoup de témoignages d’OBE associées aux douleurs de
l’accouchement, et même de personnes ayant été torturées.

Quand les OBE ne sont pas spontanées, elles peuvent être induites par
des techniques ancestrales (développées entre autres dans le chamanisme, le
bouddhisme, etc.) ou par des méthodes plus modernes, comme le caisson
d’isolation sensorielle inventé dans les années 1960 par John Lilly ou le
procédé Hémisync mis au point un peu plus tard par Robert Monroe3. En
outre, certains expérienceurs développent leurs propres techniques, en
général basées sur la relaxation, le contrôle de la respiration et la
visualisation.

Il est parfois difficile d’affirmer que l’état de conscience atteint à l’aide
de ces méthodes, ou même spontanément, est bien une OBE et pas un autre
état de conscience très proche plutôt apparenté au rêve (voir plus loin).
Cependant, dans une véritable sortie hors du corps, certains éléments perçus
pourront donner lieu à des vérifications. C’est là que se joue toute la
différence. En effet, les expérienceurs rapportent souvent avoir « vu »
certains éléments ou événements totalement inconnus d’eux-mêmes au
moment de l’expérience, et avoir pu vérifier par la suite que ceux-ci
concordaient avec la réalité. C’est pour eux la preuve irréfutable que
l’expérience relevait d’une décorporation plutôt que d’un rêve ou d’une
hallucination. D’ailleurs, dans un premier temps, notre attention se porte en
priorité sur les témoignages qui en font état. Comme nous allons le voir, à
de nombreuses reprises en dehors des tests que nous réalisions avec lui,
nous pourrons fortuitement confirmer les informations que Nicolas
ramenait de ses OBE de lieux où il n’était jamais allé. Cependant, même si
toutes ces anecdotes témoignaient sans aucun doute d’états modifiés de
conscience très intéressants, ce n’était pas suffisant pour affirmer qu’il y
avait eu « décorporation ». Seule une étude dans un cadre scientifique
rigoureux pouvait permettre d’évaluer avec précision le phénomène vécu
par Nicolas.
Des OBE « à la demande »
Février 2007. Les journées de tests avec Nicolas se succédaient.
Incapable à l’époque de vivre des OBE « à la demande », il devait
s’entraîner pour y parvenir. Pour l’aider, nous continuions à le guider dans
un état de relaxation, renforcé à présent d’une légère induction verbale. Une
fois « sorti » de son corps, il ne maîtrisait pas non plus ses déplacements et
partait la plupart du temps « à l’extérieur » de notre local. En
l’accompagnant avec la parole tout au long de l’expérience, nous tentions
de le faire rester à l’intérieur. Mais malgré tous nos efforts, depuis l’épisode
de la tour Eiffel, il n’était parvenu qu’une seule fois en six essais à faire une
OBE et à voir l’image, qu’il avait alors correctement décrite : « J’ai vu de
l’eau, la mer je pense. » En effet, c’était bien une photo de la mer qui était
projetée…

Certains jours, sans que nous comprenions vraiment pourquoi, Nicolas
était tout simplement incapable de provoquer une OBE. Enfin… au moment
opportun, c’est-à-dire alors qu’un test était en cours. Par contre, il
« partait » souvent dès que la pression était retombée, à la première
occasion qui se présentait, c’est-à-dire en général dans un moment d’ennui.
C’est ainsi qu’un jour, il nous en a fait une petite démonstration
involontaire pendant la pause déjeuner, alors que nous parlions d’un sujet
qui visiblement ne l’intéressait pas beaucoup ! D’un moment à l’autre, nous
avons eu l’impression d’être en face d’une coquille vide : le corps
complètement immobile, les yeux bien ouverts, le regard fixe et totalement
absent, Nicolas était « parti » à Lyon, voir ce qui se passait à son bureau !
Cela a duré un peu plus d’une minute, peut-être deux, pendant lesquelles
nous pouvions passer la main devant ses yeux sans les voir ciller, ou taper
des mains près de son oreille sans le faire sursauter. Nous nous sommes
faits la réflexion qu’il avait l’air aussi vivant qu’une statue du musée
Grévin ! Puis, tout à coup, il a retrouvé ses esprits comme si de rien n’était.
Il nous a alors raconté qu’il avait vu une de ses collègues en train de fouiller
dans ses dossiers, ce qui l’avait passablement agacé. Il en avait d’ailleurs eu
la confirmation devant nous en passant un coup de fil à son bureau… Ce ne
fut pas la seule fois où nous l’avons vu « s’éclipser » de la sorte. Nicolas
avait une facilité déconcertante à entrer dans cet état, en tout cas de façon
involontaire. En dehors de l’ennui, la curiosité ou un stress émotionnel
pouvaient aussi déclencher chez lui le phénomène, comme le jour où son
père avait dû être hospitalisé : « Ça m’a beaucoup préoccupé, j’étais très
inquiet et du coup, j’ai fait une sortie de corps sans le vouloir
consciemment et je me suis retrouvé auprès de lui. En fait, je me trouvais à
l’extérieur du bâtiment, à la hauteur de la fenêtre de sa chambre et je le
voyais étendu sur son lit. Étonnamment, je pouvais “voir” à travers le
drap, et c’est comme ça que j’ai pu remarquer que mon père était attaché
par le pied, ce qui m’a paru très étrange, mais il m’en a donné l’explication
lors de la visite que je lui ai rendue le lendemain : en fait, il s’agissait
simplement d’un cathéter pour une coronarographie… D’ailleurs, c’est
amusant, mais j’ai su aller directement dans sa chambre sans demander
mon chemin, car je savais exactement où elle se trouvait grâce à mon
expérience de la veille. »

Comme nous l’avons déjà mentionné, le fait que le facteur émotionnel
puisse être à l’origine d’une OBE n’était pas nouveau pour nous. Les
témoignages d’enfants maltraités ou de femmes violées qui font état de
telles expériences au moment de leurs agressions sont nombreux. Moins
dramatique toutefois, cette autre anecdote de Nicolas en témoignait aussi :
« Un jour, au collège, j’ai été enfermé dans les toilettes de l’école par deux
gamins. J’ai eu tellement peur que je me suis retrouvé en OBE à l’extérieur,
d’où je voyais la scène : les deux garçons tenaient la poignée et rigolaient.
Je ne pouvais rien dire, rien faire, juste observer… Depuis cette
perspective, je trouvais ça presque drôle. Quand la pionne est arrivée,
attirée par le bruit, et qu’elle a ouvert la porte des toilettes, je suis
brusquement revenu dans mon corps, j’étais accroupi par terre dans un
coin. » A contrario, nous avons pu constater que l’émotionnel pouvait
également interrompre le phénomène. Ainsi, une forte peur ramène souvent
instantanément le témoin dans son corps, comme nous en a témoigné
Michel : « J’étais dans mon lit avec ma compagne. Tout à coup, je suis sorti
de mon corps. Je suis sorti de notre chambre en passant à travers la fenêtre
et les volets qui étaient fermés ! J’ai survolé différents paysages, puis une
étendue d’eau. En fait, j’ai compris par la suite qu’il s’agissait de la
Manche, car au bout d’un moment, dont je ne saurais pas définir la durée,
je me suis retrouvé face à l’abbaye de Westminster ! Je me sentais arriver à
toute vitesse, et là, j’ai eu très peur, j’ai cru que j’allais m’écraser contre
son mur… Et tout à coup… j’étais à nouveau dans mon lit ! 4 » Par ailleurs,
lors d’une période de grande perturbation émotionnelle, un expérienceur
d’OBE peut voir ses expériences s’interrompre momentanément. C’est ainsi
que, deux ans plus tard, alors qu’il sera soumis à un stress professionnel
trop intense, Nicolas ne vivra plus de sorties hors du corps pendant trois
mois : « Il y a eu un changement dans ma hiérarchie, ce qui implique de
nouvelles méthodes de travail. Ça me contrarie tellement que je ne fais plus
d’OBE. Du coup, j’expérimente une existence “normale”… Ce n’est pas
déplaisant, mais je ressens quand même un manque. Je me sens amputé
d’une partie de moi-même, comme si j’étais privé d’un membre ou d’un
sens… Pas comme si je l’avais perdu, mais plutôt comme si je n’y avais
plus accès… » Et d’ajouter, à l’époque : « Si, à l’avenir, je ne vivais plus de
décorporations, cela me manquerait énormément. Cela peut paraître
paradoxal, mais grâce à elles, je me sens plus proche de la réalité de la vie.
Mais de toute façon, ça me paraît complètement impossible que je perde
cette capacité… »

Dans la majorité des cas, en amont de l’émotionnel, c’est une fois de plus
le mental qui joue un rôle prépondérant au cours d’un EMC. En fonction de
ses conditionnements (culturels, familiaux et autres), il sera à l’origine
d’émotions positives ou négatives, qui détermineront le déclenchement, la
récurrence ou le ressenti d’un EMC. C’est pourquoi certains vivent très mal
ces expériences, comme nous l’a par exemple confié Fanny : « Depuis un
an, je fais régulièrement des sorties de corps involontaires. N’ayant aucune
connaissance du sujet, la première fois que j’ai expérimenté ce phénomène,
cela m’a réellement terrorisé, car j’étais bloqué dans cet autre “univers”,
je voyais mon corps dormir, mais impossible d’entrer en contact avec lui. Je
sentais mes mains, mais je ne pouvais pas les voir, et elles passaient
littéralement à travers mon corps physique. Je criais pour que celui-ci se
réveille, mais il ne m’entendait pas ! J’étais totalement terrifiée… Je me
souviens avoir eu une vision périphérique de tout mon environnement,
j’entendais aussi ce qui se passait derrière les murs de la maison et je
voyais très loin, derrière, sur les côtés, devant, au-dessus et en dessous de
moi… en même temps ! »

Il est intéressant de souligner que les OBE d’enfants, à l’image de leurs
EMI, sont en général beaucoup plus simples que celles des adultes. Pourtant
chez eux aussi, le phénomène peut engendrer de la peur, comme ce fut le
cas pour Jimmy, un autre de nos témoins : « J’avais 10 ans. J’ai vécu mes
premières sorties hors du corps dans la terreur, je croyais chaque fois que
j’allais mourir, et ce n’est qu’après une bonne trentaine d’épisodes que j’ai
commencé à me maîtriser un tant soit peu. Je devais rester constamment
dans l’instant présent, à la moindre dissipation, je faisais une “sortie”. Je
n’osais plus aller au lit, car à peine couché, je voyageais hors de mon
corps… alors la peur me gagnait, et je le réintégrais aussitôt. Mais
quelques heures plus tard, ça recommençait. Je voyageais dans toute la
maison sans problème, je me voyais dans mon lit, à côté de mon frère. À
l’école, c’était pareil, mon corps physique était en classe alors que j’étais
déjà à la récréation. La maîtresse pouvait hurler mon nom, je ne
l’entendais pas, et quand je revenais en classe, je voyais mon corps
immobile et tous les élèves qui le regardaient… À cette époque-là, je
passais pour un enfant qui souffrait d’une maladie, et cela faisait même
peur à mes camarades qui évitaient de jouer avec moi… »

Au problème du mental se combine celui de la mémoire et de la
reconstruction a posteriori. La majorité des expérienceurs n’en sont pas
conscients. Là encore, Nicolas était différent et nous avait surpris en
affirmant « sentir » que ce qu’il nous rapportait était en réalité une tentative
de son cerveau pour « reconstruire » une expérience vécue au-delà des cinq
sens (voir plus loin).

Mais de façon générale, ses décorporations étaient surtout motivées par
l’utilité qu’elles revêtaient pour lui. De plus en plus, leur raison d’être
semblait en effet très pragmatique, comme en témoignaient ces anecdotes
qu’il nous racontait : « Depuis ma dernière visite, j’ai encore fait beaucoup
d’OBE. Mais depuis quelque temps, en dehors des destinations habituelles,
c’est-à-dire sur la tombe de ma grand-mère ou chez mes parents, j’en fais
de plus en plus qui sont liées à mon travail. Par exemple, je suis allé “voir”
une collègue à l’agence de Nantes, qui était censée me faire suivre des
dossiers et j’ai pu constater qu’elle ne l’avait pas encore fait ! Ensuite,
quand j’étais en vacances, j’ai fait une “sortie” pendant laquelle j’ai
aperçu une lettre très urgente dans la pile de courrier posée sur mon
bureau. J’ai appelé ma collaboratrice en lui demandant de prendre cette
lettre et de la traiter. Surprise, elle se demandait bien comment j’avais pu
avoir cette information ! Mais elle commence à avoir l’habitude de ce genre
de bizarreries, tout comme mes autres collègues… » Ainsi, cette capacité
involontaire lui rendait bien des services au quotidien, surtout dans son
travail. Autre bénéfice « collatéral », quand il était fatigué, cela le
rechargeait également en énergie, un peu comme une sieste !

À cette époque, les expériences qu’il vivait se déroulaient à peu près
toujours de la même façon : « Je ne peux pas dire que ce soit vraiment
“visuel”, c’est plutôt une sensation globale… Je sors par un mouvement
vers l’avant. Ça ne concerne pas une zone en particulier, mais la totalité de
mon corps. J’ai un léger sentiment de décalage… et puis je me retrouve
instantanément ailleurs en train d’observer une scène… Mais je n’ai pas la
sensation de me déplacer, ni celle d’avoir un corps… je n’ai d’ailleurs
aucune influence sur la matière… »

En fait, Nicolas ne nous semblait pas être un cas très classique.
Un phénomène très polymorphe
Les centaines de témoignages que nous avons recueillis depuis le début
de nos recherches nous ont permis de constater que la décorporation est un
phénomène très varié dans ses manifestations, bien loin de l’image
stéréotypée qui est colportée. Non seulement celles-ci peuvent être très
différentes d’un individu à l’autre, mais elles peuvent aussi évoluer avec le
temps chez la même personne.

Même la sensation de sortir de son corps peut être vécue de multiples
façons, et cela indépendamment du fait que la « sortie » soit volontaire ou
non. Il n’est pas rare que différents signes précurseurs en annoncent les
prémices : par exemple des vibrations internes intenses, des sons
inhabituels (craquements, tintements, bourdonnements, vrombissements,
voix, etc.), des manifestations énergétiques (picotements, décharges
électriques, chaleur intense, etc.), ou encore une paralysie du sommeil5.
Ensuite, alors que certains expérienceurs rapportent s’être retrouvés
instantanément à l’extérieur de leur corps, d’autres ressentent
consciemment cette phase transitoire. Elle peut être vécue en douceur,
comme une brume qui s’évapore de l’ensemble du corps, ou au contraire
qui s’échappe d’une zone bien précise, en général un centre énergétique ou
chakra : sommet du crâne, plexus solaire, plantes des pieds, etc. D’autres
rapportent avoir eu la sensation parfois plus brutale de rouler sur le côté, de
tomber ou encore d’être aspirés, extirpés à l’extérieur de leur corps comme
quand vous tirez un mouchoir de soie de votre poche, ainsi qu’Ernest
Hemingway le rapporte dans son livre L’Adieu aux armes cité en exergue.
Mais quelle que soit sa forme, cette sensation de « sortie » semble la plupart
du temps indolore.

Une fois « hors de leur corps », certaines personnes seront incapables de
bouger et resteront simplement près de celui-ci à le regarder. D’autres, au
contraire, auront la capacité de s’en éloigner. Une partie des témoins
affirment que c’est leur volonté qui leur permet de se déplacer, alors que
d’autres mentionnent ne pas pouvoir choisir consciemment une destination
particulière, ni même de bouger. Certains n’iront pas plus loin que les
pièces adjacentes, comme nous l’a raconté Silvia :

« C’était un matin. J’avais environ 10 ans. J’étais seule dans ma
chambre à coucher. J’entendais du bruit venant de la cuisine attenante. Je
me disais que ma famille était en train de prendre le petit déjeuner et qu’il
fallait que je la rejoigne. J’ai voulu m’asseoir pour quitter mon lit, mais
mon corps et surtout mes jambes ne m’obéissaient pas. Je ne comprenais
pas, et mon étonnement est devenu encore plus grand, quand j’ai senti mon
“âme” se dissocier de mon corps… Par un mécanisme surprenant et
inconnu, j’avais acquis la capacité de quitter l’enveloppe de mon corps et
de m’élever vers le haut. Cette ascension verticale s’arrêta doucement au
plafond de ma chambre. J’ai regardé en bas et j’ai vu mon corps physique
paisiblement allongé. C’était bizarre, mais pas inquiétant. Je me sentais
bien. Comme je voulais toujours rejoindre ma famille dans la cuisine, je me
suis dirigée dans cette direction. Je me suis rendu compte que pour y
arriver je n’avais pas besoin d’ouvrir les portes. Je voulais explorer les
nouvelles capacités de mon “nouveau corps”. J’avais une sensation de
légèreté absolue, car il n’y avait pas de matière à déplacer. Mon corps était
complètement transparent, et il me suffisait de vouloir entrer dans une pièce
pour que je m’y trouve déjà. Je suis donc arrivée dans la cuisine, toujours
collée au plafond, et j’ai vu mes parents et ma sœur à table en train de
manger. Je suis retournée dans le corridor et me suis dirigée vers la salle
de bains. Aucun obstacle ne m’avait arrêté jusqu’ici. Mais, dans la salle de
bains, une fenêtre opaque séparait la pièce de l’extérieur. Pour tester, j’ai
avancé ma main droite qui a touché la vitre avant de passer au travers.
J’étais enchantée et je me suis lancée pour continuer mon exploration au
dehors. C’est à ce moment-là que j’ai entendu la voix de ma mère. Elle
m’appelait pour que je vienne prendre le petit déjeuner. Entendre sa voix a
été un grand choc. Et si elle se levait pour venir me chercher ? C’était
impensable, car elle allait me trouver sans vie ! J’ai alors décidé de
retourner dans mon lit et je me suis sentie aussitôt aspirée dans mon corps
physique. Je l’ai réintégré à une vitesse phénoménale. Peu après mon
réveil, j’étais consciente que quelque chose d’extraordinaire venait de se
passer. Enfant, je n’en ai jamais parlé, et une fois adulte, il m’a fallu des
années pour comprendre ce que j’avais vécu. »

Mais d’autres expérienceurs sortiront dans la rue, changeront de ville, de
pays, s’aventurant toujours plus loin, dans le cosmos, voire dans des
dimensions qui ressemblent de moins en moins à notre réalité terrestre…
En ce qui concerne Nicolas, lorsque nous l’avons rencontré, ses
déplacements dans d’autres lieux étaient instantanés. Mais nous verrons
plus loin qu’au fil des ans, ses expériences se complexifieront. Quant à sa
façon de se mouvoir, elle était plutôt atypique : « En OBE, je ne peux pas
bouger volontairement, mais si la scène que j’observe se déplace dans la
pièce à côté, je m’y retrouve instantanément. Je n’ai aucun pouvoir sur
ça… ça se fait naturellement… et ensuite, la scène bouge autour de moi en
fonction de ce que je dois voir… » Une fois, lors d’un test, il a eu
l’impression de traverser le mur de la pièce d’expérimentation : « J’ai senti
que je traversais des grains de matière, un peu comme si j’étais de l’eau qui
s’écoulait à travers une passoire, avec un léger frottement sur l’inox. » À
l’instar du héros du Passe-muraille de Marcel Aymé6, cette étrange
sensation ressentie en pénétrant la matière nous a également été rapportée
par d’autres expérienceurs.

Les témoins mentionnent souvent la sensation d’avoir, pendant
l’expérience, un autre corps, « plus subtil », qu’ils peuvent même voir dans
certains cas. C’est le cas de Claire qui, alors qu’elle était en train de lire un
livre dans sa chambre pendant sa pause déjeuner, s’est soudain retrouvée
bloquée quelques mètres plus haut en ayant l’impression d’avoir quelque
chose de dur dans le dos : « Coincée contre le plafond, je ne comprenais
pas où j’étais… ! Je voyais parfaitement bien et je pouvais balancer mes
mains et mes bras dans le vide. Mon corps était comme transparent ; je
voyais mes veines, mes muscles à travers une peau diaphane. Tout autour
de moi, il y avait du tissu. C’était celui des rideaux de ma chambre ! Dans
cet état, j’étais un être différent, même si je conservais certaines de mes
capacités… En regardant vers le bas, j’ai vu une personne vêtue de la
même manière que moi, assise sur un lit. En réalisant que c’était moi, j’ai
eu un énorme choc. Alors, je suis “tombée” pour réintégrer mon corps avec
une force inimaginable ! » Mais d’autres expérienceurs expriment avoir été
une sorte de « nuage », un peu lumineux, ou plus rarement un regard, ou
encore un point de conscience, sans notion de corps quel qu’il soit, ce qui
correspondait à l’époque au vécu de Nicolas. Ce dernier cas de figure est en
général présenté dans la littérature comme une « projection de conscience ».

Mais parfois, tout se passe comme si la conscience de la personne n’était
plus ni dans son corps physique ni même dans son « double » et observait la
scène depuis un troisième point de vue, comme l’illustre cet extrait du
témoignage de Romain : « […] J’ai survolé la mer, puis j’ai vu une étoile
au loin et décidant de la rejoindre, j’ai alors atteint une vitesse folle. Je
ressentais le déplacement, j’étais dans l’espace, je voyais les étoiles défiler.
Je me suis retourné et alors j’ai vu mon corps astral… il était d’une lumière
argentée un peu violette, et comme transparent, il avait forme humaine, et
j’ai également vu une sorte de corde… D’un coup, j’ai été stoppé net dans
ma course. Ça m’a fait exactement comme lorsque l’on saute à l’élastique,
ça m’a stoppé, puis ramené en arrière illico dans mon corps ! » Comme
Romain, d’autres expérienceurs mentionnent parfois une sorte de « cordon
ombilical » qui les relierait à leur corps physique. Le plus souvent lumineux
et extensible à l’infini, ce lien, une fois rompu, rendrait tout retour dans le
corps impossible, ce qui correspondrait à la mort de l’individu. Bien que ce
détail relève de la représentation classique des OBE, sur les centaines de
témoignages que nous avons personnellement recueillis depuis dix-sept ans,
seuls quelques-uns le mentionnaient à l’instar de Marie : « Ce jour-là,
j’étais couchée dans le noir à cause d’une violente migraine, chose banale
chez moi. Tout à coup, j’ai senti quelque chose tourbillonner en moi, au
niveau de mon estomac, ou peut-être plutôt un peu en dessous. C’était froid
et métallique… Comment vous expliquer ? Ça m’a fait penser à ces
éponges métalliques pour la vaisselle ! Ça tournait très vite, puis j’ai senti
la même chose au niveau de ma gorge, puis au sommet du crâne… Je me
suis sentie sortir de mon enveloppe corporelle, avec une légère douleur…
Et là, j’ai eu l’impression de flotter au-dessus de mon corps, comme un
"brouillard argenté", sans forme, mais j’étais rattachée à lui par une sorte
de cordon. Autour de moi, tout était très noir. Je ne regrettais pas mon
corps, car j’étais complètement moi…7 » Nicolas, quant à lui, n’a jamais
mentionné cet élément, couramment appelé la « corde d’argent », qui
semble avoir quasiment disparu des témoignages actuels, ce qui pourrait
indiquer une composante culturelle8.

Selon l’appartenance religieuse et culturelle, la partie de l’être qui
« sortirait » du corps est appelée « conscience », « esprit », « âme » et bien
d’autres termes encore. Si le concept de « corps subtil » se rencontre
davantage dans les traditions orientales et trouve son origine dans
l’hindouisme, il existe aussi dans la culture occidentale. Ainsi, les Grecs et
les Persans mentionnaient l’existence de plusieurs corps. Cette notion se
retrouve aussi dans une abondante littérature ésotérique contemporaine.
Selon les sources, entre trois et douze corps sont mentionnés, mais le plus
souvent, on en distingue sept reliés aux sept chakras principaux (pour
rappel : les centres énergétiques du corps physique, reconnus et utilisés
depuis des millénaires en médecine chinoise et ayurvédique9). En fonction
d’une vibration qui lui est propre, chaque corps permettrait d’expérimenter
une dimension différente de la réalité. En ce qui nous concerne, de manière
schématique et non exhaustive, nous avons essentiellement observé trois
types d’OBE, qui constituent parfois des phases successives d’une même
expérience. Dans le premier type, l’expérienceur reste à proximité de son
corps. En fait, il ne peut pas s’en éloigner, comme si quelque chose l’en
empêchait. Dans la littérature ésotérique, ce type de sortie, en général
relativement brève, est décrit comme le passage de la conscience dans ce
qui est appelé le « corps éthérique ». Plus subtil que le corps physique,
celui-ci serait quand même trop « lourd » pour quitter notre dimension
terrestre et resterait étroitement associé avec le corps physique dont il ne
pourrait s’éloigner. Dans le second type d’expériences, le témoin – avec ou
sans conscience d’avoir un autre corps – peut s’éloigner de son corps
physique et aller se balader, même très loin, par exemple dans le cosmos,
mais il restera toujours dans un environnement qui ressemble à notre réalité.
Dans ce deuxième cas, c’est un corps beaucoup plus léger qui se
détacherait, capable de s’éloigner du corps physique et d’entrer dans une
autre dimension, associée à une fréquence vibratoire encore très proche de
la nôtre, que l’on nomme l’« astral ». L’astral ressemblerait beaucoup à
notre réalité et les descriptions qui en sont données mentionnent souvent
des environnements (villes, paysages, etc.) et des situations que l’on
pourrait rencontrer dans la vie de tous les jours. C’est aussi à partir de là
que certains emploient le terme de « voyage astral », alors que tant que le
témoin reste à proximité de son corps, on utilise plutôt celui d’OBE. Dans
le troisième cas de figure, l’expérienceur se retrouve dans une dimension
qui ressemble moins, voire plus du tout à notre réalité. On parle parfois
d’« astral non terrestre », par rapport au deuxième cas de figure qui pourrait
être assimilé à un « astral terrestre ». L’astral non terrestre comporterait
probablement une multitude de dimensions différentes qui, en termes de
fréquences, s’éloigneraient de plus en plus de notre réalité. C’est peut-être à
cela que l’on devrait les descriptions fort variées que donnent les témoins
de leur « corps subtil ». Bien que nous ne soyons pas très à l’aise avec ce
langage ésotérique, les observations que nous avons faites sur les
différentes façons de sortir de son corps et de se déplacer en OBE
pourraient correspondre à cette terminologie. Nous avons remarqué que les
personnes sujettes à ce genre de phénomènes commençaient souvent par
vivre des OBE de proximité, avant de se mettre peu à peu à relater des
expériences qui semblent s’éloigner de plus en plus de notre réalité.
Étonnamment, une fois arrivées à ce stade, il semble qu’il leur soit difficile,
et même impossible pour certaines, de revenir à une étape de proximité. Or,
nous, ce qui nous intéressait pour nos recherches, c’était l’OBE, et non le
voyage astral par rapport auquel nous ne pouvions faire aucune vérification
objective.

Dans ces « plans parallèles », regroupés sous le terme d’« astral », nous
avons pu constater que les pensées, les désirs ou les peurs, conscients et
inconscients, pouvaient facilement prendre forme. Ces productions sont
alors tout aussi réelles pour le témoin que ce qu’il expérimente dans son
corps physique. Il peut en effet les voir, les entendre et même les toucher.
S’il pense par exemple à un mur, celui-ci lui apparaîtra palpable, et il ne
pourra pas le traverser, car dans cet état il aura la même « consistance » que
lui (par contre, il semble pouvoir traverser la matière du monde physique
sans problème, comme s’il était beaucoup moins dense que celle-ci). C’est
pourquoi, une fois encore, selon l’état émotionnel de la personne,
l’expérience pourra parfois revêtir un caractère très angoissant. Ainsi,
Jeanne Guesné, ancienne infirmière et grande exploratrice des sorties hors
du corps au siècle dernier, qui vécut sa première OBE en 1938, affirmait
déjà à ce propos que certaines pensées pouvaient être à l’origine de réels
états de panique : « Une constatation s’avère fondamentale dans ce nouvel
état de l’être : la moindre pensée s’actualise instantanément. C’est-à-dire
que si vous pensez “chat”, le chat est là, “rose”, la rose est là. Mais si vous
pensez “serpent”, “lion”, le serpent, le lion sont là également, avec une
réalité impressionnante. Je vous laisse imaginer quelles terreurs, quelles
paniques en découlent10. » Ceux qui seraient tentés de rechercher cette
expérience par toutes sortes de techniques comprendront aisément pourquoi
une structure psychique saine et stable est un prérequis impératif… Si
l’expérienceur vit ses OBE dans l’astral dit « terrestre », donc dans un
environnement familier, tout élément incongru lui apparaîtra
immédiatement suspect et il lui sera relativement facile d’attribuer certains
éléments à son mental. Voici à ce propos un court témoignage que nous a
confié Anthony : « Je me lève comme d’habitude et je vais à la salle de
bains. Je regarde par la fenêtre, et l’effet de la rosée sur l’herbe me fait
penser à de la neige. Puis je me recouche et fais une sortie hors du corps
comme je l’avais prévu ce matin-là. Et là, dans “l’astral”, le jardin est
recouvert de neige. Pourtant, à mon retour, je peux à nouveau constater
qu’il n’y a pas de neige ! » Par contre, lorsque l’OBE se situe au niveau de
l’astral non terrestre, l’expérienceur n’aura plus de cadre de référence et ne
pourra plus distinguer aussi facilement ce qui relève de ses propres
productions mentales ou de ce qui pourrait avoir une forme d’existence en
dehors de lui. En outre, il semblerait que, lorsqu’ils ne proviennent pas de
pensées personnelles, certains éléments constitutifs de l’expérience
pourraient parfois découler d’un inconscient collectif, lui-même nourri des
différents conditionnements humains. Mais en ce qui concernait Nicolas,
ses sorties hors du corps ne semblaient pas tellement influencées par son
imagination, ni même par l’inconscient collectif, car dans l’ensemble,
comme nous l’avons déjà dit, elles restaient toujours très réalistes11… pour
ne pas dire banales !

D’ailleurs, revenons à lui. Il y avait encore d’autres points sur lesquels il
ne semblait pas être un sujet classique. Tout d’abord, en OBE, il n’avait
jamais vu son propre corps physique de l’extérieur. Nous verrons plus loin
que cela finira par arriver, mais seulement quelques années plus tard (voir la
« Sixième période »). De plus, comme nous l’avons déjà dit, il n’avait pas
la sensation d’avoir un deuxième corps. Il se définissait juste comme un
« point de conscience », un « regard ». Pourtant, il avait parfois la sensation
que l’on pouvait le « voir » : « La semaine dernière, alors que j’étais en
sortie de corps chez mes parents, j’ai constaté que les chiens m’avaient vu
et même senti, j’étais tout content ! » Dans les années 1970, période durant
laquelle il y eut un certain nombre d’études menées sur le phénomène de
sortie hors du corps, un chercheur américain du nom de Robert Morris avait
développé une procédure originale pour tester dans des conditions de
laboratoire le témoignage d’un de ses anciens collègues, nommé Harary, qui
vivait très régulièrement des décorporations. Morris se demandait justement
si une OBE pourrait être détectée par l’intermédiaire d’un animal, en
l’occurrence, le chaton d’Harary.

La question était de savoir si le chat serait capable de réagir à la présence
de son maître lorsque ce dernier était en sortie hors du corps, ce qui
permettrait en quelque sorte d’objectiver cette expérience subjective. Le
chat fut donc déposé dans une grande cage, sur une surface quadrillée
composée de carrés de 25 cm de côté, numérotés, ce qui permettrait
d’enregistrer facilement ses déplacements. Pendant ce temps, dans un autre
bâtiment situé à 500 mètres de là, Harary était étendu sur un lit, connecté à
plusieurs appareils qui enregistraient différents paramètres physiologiques.
À certains moments, il devait essayer de sortir de son corps pour aller
« rendre visite » à son chaton afin de le calmer, car bien sûr, être enfermé à
l’intérieur d’une cage dans un lieu inconnu stressait l’animal. À d’autres
moments, au contraire, un autre expérimentateur venait converser avec lui
pour s’assurer qu’il se trouvait bien présent dans son corps. Pour chaque
période, on décidait aléatoirement (par pile ou face) si Harary devait tenter
une OBE ou bien rester allongé à discuter. Morris, qui relevait avec
attention le comportement du chaton (miaulements, déplacements), n’était
pas averti lorsque Harary tentait de venir rendre visite à son chat. Alors que
celui-ci était plutôt agité, il s’avéra qu’il devenait plus calme aux moments
où son maître prétendait s’être trouvé près de lui en sortie hors du corps,
arrêtant de miauler et se mettant même à ronronner. Lors des périodes de
contrôle, où Harary discutait avec l’expérimentateur, le chat s’agitait à
nouveau. Les résultats obtenus étant significatifs12, cela suggérait qu’il y
avait bien eu « interaction » entre le chaton et son maître13. Quelques
années plus tard, en 1980, Karlis Osis et Donna McCormick menèrent une
étude similaire, en utilisant cette fois-ci des capteurs physiques pour
détecter la présence d’une personne en OBE14.

La durée d’une « décorporation » semble aussi très variable d’un
expérienceur à l’autre et même d’une expérience à l’autre, pouvant
s’échelonner de quelques secondes à quelques heures. Lorsqu’elle prend
fin, la « réintégration » du corps physique s’effectue le plus souvent de
façon automatique ou est seulement ressentie comme une secousse qui
réveille la personne. Toutefois, elle peut occasionner certaines sensations
désagréables, voire douloureuses. C’était le cas pour une jeune femme que
nous avions rencontrée il y a quelques années. Sa fréquence cardiaque et sa
température corporelle chutaient fortement pendant ses OBE, ce qui lui
procurait une sensation assez angoissante au moment de la réintégration de
son corps, devenu entre-temps glacé. Comme déjà mentionné, à l’époque,
Nicolas vivait assez mal chaque « retour » dans son enveloppe physique :
« Je me sens limité, enfermé dans quelque chose. Je ressens une forme de
compression, comme si l’on voulait faire entrer quelque chose d’énorme
dans une toute petite boîte. » Par la suite, ce moment deviendra pour lui
anodin, au point de le comparer à la simple sensation de trébucher : « C’est
aussi assez similaire à l’impression que l’on éprouve dans un demi-
sommeil, quand on se réveille en sursaut avec la sensation de tomber. » Par
contre, un jour, il aura la mauvaise surprise à la fin d’un test d’avoir
réintégré son corps « à l’envers » (voir plus loin). Ce genre de problème,
ainsi qu’une impression de décalage temporaire avec le corps physique
nous ont été quelquefois rapportées par d’autres. Chez les expérienceurs
novices ou encore peu expérimentés, c’est souvent la peur qui mettra fin à
l’expérience. Peur par rapport au contenu même de l’expérience (comme
pour Michel, voir p. 41) ou simplement celle de ne pas pouvoir réintégrer
son corps. D’ailleurs, c’est également la peur qui peut parfois empêcher
cette réintégration de se faire pendant un certain laps de temps (qui paraîtra
interminable pour l’expérienceur !) ou de s’opérer correctement. À ce
propos, voici le témoignage de Joël, qui pendant quelques mois a réussi à
vivre volontairement plusieurs OBE en utilisant une technique qu’il avait
lui-même mise au point : « Lors de ma dernière décorporation, après une
légère sensation de glissement, je me suis retrouvé à toute vitesse debout à
côté du lit, mais sans rien contrôler du tout et j’ai vu mon corps allongé. Ce
manque de contrôle a immédiatement déclenché en moi une peur panique !
Du coup, retour au bercail immédiat, à nouveau “sans que je le décide” !
Cette fois-ci, je suis rentré par la tête, mais très vite. J’ai immédiatement
ouvert les yeux. J’avais des difficultés à respirer et de la tachycardie. Je me
suis assis dans le lit, et c’est à ce moment-là que j’ai vu mon corps sur le
côté. En fait, j’étais dans mon corps, mais “pas entièrement”. J’étais
complètement paniqué. J’ai essayé de reprendre le protocole de mes
exercices pour ressortir et réintégrer mon corps. Je ne parvenais pas à me
calmer. Comme j’étais très en retard, j’ai décidé d’aller au travail comme
cela. J’ai eu du mal à enfiler mon tee-shirt. Je suis sorti dans la rue. Je
courais, une jeune femme s’est brusquement déplacée sur mon côté droit
pour me laisser passer. Je me suis demandé pourquoi elle faisait un tel
écart. J’avais simplement mal mesuré le décalage de mon corps physique et
j’étais en train de lui foncer dessus ! Dans le même temps, j’ai vu mon bras
gauche passer à travers une personne ! Complètement paniqué, j’ai arrêté
de courir. Je marchais donc lentement, concentré, lorsque j’ai senti un
choc ! En voulant éviter un poteau, j’avais de nouveau mal calculé le
décalage, et mon corps physique a heurté le poteau avec l’épaule droite. Je
me souviens très bien de l’inertie de mon corps énergétique, qui a dépassé
le physique avant de revenir à sa place. Toujours cet effet caoutchouc très
étonnant. Je me souviens du regard éberlué d’un passant. Il me regardait,
mais ce n’était pas moi qu’il regardait, c’était ce corps légèrement à côté
de moi ! Nos regards ne se croisaient pas ! Curieusement, ce choc m’a
calmé. J’ai alors décidé de ne pas aller au travail et j’ai rebroussé chemin.
Je me suis couché et j’ai appliqué mon protocole d’exercice.
Immédiatement, j’ai senti le glissement sur la droite, suivi du réajustement
de mes deux corps. J’ai ouvert les yeux et j’ai ressenti une très violente
migraine. Cela a duré plusieurs jours15 ». Joël a eu tellement peur ce jour-
là que par la suite il n’a plus osé retenter l’expérience.
L’effet « vortex »
Mars 2007. Grâce au travail effectué ensemble, Nicolas pouvait de mieux
en mieux appréhender ses OBE et les décrypter avec toujours plus de
pertinence. Comme on pouvait s’y attendre, au bout de quelques mois de
suivi, elles se sont subitement mises à évoluer. En confiance, il s’est alors
autorisé à explorer les différentes formes qu’elles prenaient. En plus de ses
visites à Genève, il nous téléphonait régulièrement dès que quelque chose
de nouveau, d’intéressant ou d’inquiétant lui arrivait :

« J’ai eu une drôle d’expérience aujourd’hui. Bien que je sois
particulièrement sous pression en ce moment, j’ai fait une “sortie”, mais
pour la première fois j’ai vécu une sensation étonnante… celle d’être
“aspiré” par quelque chose au-dessus de moi… et pour la première fois, je
me suis retrouvé dans des endroits que je ne connaissais pas, mais qui me
semblaient tout à fait réels, très clairs, avec des couleurs pastel… D’abord
dans une galerie commerciale, envahie par la foule, je dirais à l’étranger,
peut-être au Japon. Ma perception se trouvait à hauteur d’homme… j’avais
l’impression d’être cerné de toute part, frôlé, piétiné par d’autres
individus… Puis, sur une plage avec une grosse usine derrière moi, genre
raffinerie, qui déversait tous ses déchets dans la mer. Mon point focal se
situait comme si j’étais debout en train de regarder à la fois la mer devant
moi et l’usine derrière moi. Je voyais des deux côtés… Et enfin, je me suis
retrouvé sur une place qui m’a fait penser à la place Rouge de Moscou…
Ensuite, je suis revenu dans mon corps après un voyage qui, en temps réel,
avait visiblement duré plus ou moins une minute, mais qui m’avait semblé
prendre au moins une heure. Mais le plus étrange, c’était cette sensation de
siphon, d’aspiration, que je n’avais jamais ressentie avant… c’était un peu
effrayant, mais à la fois très rassurant… un peu difficile à expliquer… »

Ce jour-là, Nicolas a vécu pour la première fois ce que nous avons
convenu ensemble d’appeler « l’effet vortex ». Par la suite, cette sensation
s’est reproduite presque à chaque OBE, ce qui lui a permis de mieux
l’observer : « C’est vraiment comme une sorte de siphon d’évier qui
apparaît au-dessus de moi, puis j’ai la sensation de pénétrer dedans, ou
plutôt que ce vortex descend autour de moi et alors s’ouvre à moi la
possibilité d’accéder à divers endroits, c’est comme si tous ces lieux étaient
en interconnexion. Mais je n’ai pas encore la capacité d’aller là où je
voudrais, j’ai l’impression, comme vous me l’avez dit, que c’est encore la
plupart du temps mon émotionnel qui détermine l’endroit et la situation
dans laquelle je vais me retrouver. D’ailleurs, alors que j’étais en vacances,
j’ai fait ainsi plusieurs “visites” inopinées à mon bureau, où j’ai même pu
lire ce qu’il y avait d’écrit sur les enveloppes de mon courrier et une autre
chez mes parents, où j’ai vu ma mère préparer un rôti aux haricots, j’en ai
même senti l’odeur ! »
D’autres expérienceurs d’OBE nous ont rapporté avoir vu l’entrée d’une
« spirale » ou d’un « tourbillon » au cours de certaines expériences, mais
jamais d’avoir emprunté ceux-ci pour se déplacer. Par contre, il est tentant
de mettre en parallèle ce phénomène de « vortex » avec celui du « tunnel »
rencontré dans les EMI, qui intervient comme une phase de transition vers
une autre dimension. Au seuil de la mort, de nombreux témoins racontent
en effet s’être sentis aspirés dans un espace obscur qu’ils décrivent la
plupart du temps comme un tunnel, débouchant sur une indescriptible
lumière dégageant un sentiment d’amour inconditionnel16. Tout se passe
donc comme si le « vortex » – tout comme le « tunnel » – était un effet
associé à l’accès à d’autres dimensions de la réalité…

À ce propos, il est important de souligner que l’OBE vécue sans
proximité de la mort semble de même nature que la décorporation vécue au
moment d’une EMI. D’ailleurs, on retrouve parfois dans les témoignages de
sorties hors du corps, d’autres caractéristiques de cette dernière, comme un
sentiment de paix et de bien-être, la vision d’une lumière particulière ou
encore la présence d’êtres non physiques. Pour exemple, l’étonnante
aventure qui est arrivée en 1927 à l’aviateur Charles Lindberg, lors de la
première traversée de l’Atlantique qu’il a décrite dans son livre The Spirit
of St. Louis. Vers le milieu du vol, qui dura en tout trente-quatre heures,
Lindberg commença à s’assoupir. Il s’efforça de résister par tous les
moyens, car s’endormir l’aurait conduit sans aucun doute à la mort. Mais en
vain. Pourtant, au moment où il allait totalement perdre conscience, il est
soudain redevenu parfaitement lucide, ne ressentant plus aucune fatigue.
C’est là qu’il s’est aperçu… qu’il se trouvait en dehors de son corps ! Il
raconta qu’il avait alors ressenti autour de lui des présences évanescentes,
de forme humaine, qui semblaient l’accompagner. Il pouvait les voir, même
celles qui étaient derrière lui, car son esprit était devenu « comme un grand
œil qui voit partout à la fois », c’est-à-dire là où il portait son attention. Ces
présences apparaissaient et disparaissaient, traversant même la matière.
Lindberg entendait aussi des voix, qui l’encourageaient, le conseillaient et
lui communiquaient certaines informations auxquelles il n’aurait pas pu
avoir accès en temps normal. Lorsque le vol l’exigeait, il reprenait
soudainement contact avec la réalité pour effectuer une manœuvre et
aussitôt après se retrouvait dans cette autre dimension.

Mais en ce qui concernait Nicolas, ce genre de rencontres ne
commencera que quelques mois plus tard…
Des anecdotes déconcertantes
Lundi 2 avril 2007. « J’ai un truc amusant à vous raconter. Hier soir,
alors que j’étais dans mon bain, je me suis senti partir, mais pas comme
d’habitude, plutôt à l’intérieur de moi qu’à l’extérieur… et puis finalement,
je suis sorti au niveau du cœur, et là, à nouveau cet “effet vortex”, et je me
suis retrouvé sur une place devant une église. Je ne peux pas dire pourquoi,
mais je “savais” que c’était juste à côté de votre futur local… C’était
baigné de lumière et il n’y avait aucun bruit… J’ai vu qu’il y avait des gens
assis sur les marches devant l’église, deux motos garées sur la place et
deux chats qui la traversaient et qui ont semblé me voir ou me sentir… Et
puis au loin, une maison rouge. Comme d’habitude, je ne pouvais pas me
déplacer à ma guise, mais en revanche, la scène bougeait autour de moi, et
c’est comme ça que j’ai vu devant la maison une petite pancarte sur
laquelle il était écrit : “Pas de chiens”… Puis le vortex est réapparu au-
dessus de moi et, bizarrement, m’a emporté dans mon salon. J’ai alors
voulu réfléchir, mais instantanément, je me suis retrouvé dans mon bain… »

Quand nous avons reposé le
combiné du téléphone, nous étions
perplexes. En effet, nous venions
de signer le bail d’un nouveau
local situé sur une place en face
d’une église. Et effectivement,
donnant également sur cette place,
il y avait une maison rouge, avec
un jardin un peu à l’abandon.
Nicolas n’était encore jamais venu
dans ce nouvel endroit et n’en
connaissait même pas l’adresse.
Mais ce qui nous intriguait particulièrement, c’était cette pancarte « Pas de
chiens ». Au-delà de cette formulation inhabituelle, cela ne nous disait rien,
mais il est vrai que nous n’avions pas fait particulièrement attention à cette
maison. Bien sûr, nous nous sommes empressés d’aller vérifier. Et la
pancarte était bien là. Nous n’avions pas pu la remarquer avant, car elle
était petite et située près du sol, un peu en retrait, dissimulée par les
broussailles. En fait, il fallait s’avancer dans le jardin pour l’apercevoir.
Nous avons emménagé quinze jours plus tard, et quelque temps après,
Nicolas est arrivé avec un bouquet de fleurs pour fêter l’événement. Il était
alors très excité, car il reconnaissait totalement l’endroit, la place avec
l’église, la maison rouge et la pancarte. Pour lui, ce genre de vérification
inopinée était très important. Même s’il ne doutait pas au fond de ce qu’il
vivait, son esprit rationnel appréciait encore ce genre de preuve. Sans
compter qu’au passage, il nous en apportait une à nous aussi, et cela, il en
avait besoin pour ne pas perdre confiance en lui…

Car pour l’instant, les tests ne progressaient pas beaucoup. Nicolas
parvenait plus régulièrement à faire des OBE au cours des séances
d’expérimentation, mais pas encore à volonté. Nous avions beaucoup
travaillé avec lui au cours des derniers mois, afin qu’il soit en mesure de
rester dans la pièce pendant « ses sorties ». Mais, à partir du moment où
nous avons emménagé dans ce local plus grand, la projection de l’image
s’est faite dans la pièce contiguë à celle où il se trouvait physiquement. Ce
nouveau dispositif impliquait toujours qu’il parvienne, une fois « sorti de
son corps », à ne pas quitter le local, mais il devait maintenant se déplacer
dans la pièce d’à côté pour voir l’image. Enfin, c’est ce que nous pensions à
l’époque, car nous allions découvrir plus tard que cela ne lui était pas
forcément nécessaire…

Après la petite relaxation par laquelle nous débutions chaque séance de
tests, nous continuions donc à guider Nicolas par un accompagnement
verbal tout au long de l’expérience, afin d’éviter qu’il ne se disperse et se
retrouve dans des lieux sans intérêt pour la finalité de nos expériences. Il
arrivait encore que certains jours il ne se passe rien, mais quand il parvenait
à faire une OBE, le moindre bruit dans la rue attisait sa curiosité naturelle et
le voilà qui partait en exploration ! Nous nous étions déjà aperçus que dans
cet état, il n’avait plus vraiment conscience d’être en train de participer à
une expérimentation scientifique ou peut-être qu’il ne s’en souvenait pas.
De toute façon, cela semblait ne plus avoir vraiment d’intérêt pour lui… en
tout cas, moins que la sirène d’une ambulance qu’il s’empressait de suivre !
Ces stimuli extérieurs constituaient peut-être aussi pour lui une opportunité
d’échapper à nos expériences, probablement assez astreignantes et
ennuyeuses. Ainsi, l’un de ses plus gros défis a été de parvenir à ne pas se
laisser distraire et attirer à l’extérieur du local. Même s’il n’avait aucun
souvenir conscient de notre accompagnement une fois qu’il avait quitté son
corps, cela semblait malgré tout fonctionner, car après quelques séances
d’entraînement, il a commencé à se retrouver régulièrement dans la pièce
où l’image était projetée.

Lorsque nous l’avons rencontré, Nicolas avait une autre particularité :
« En fait, j’ai pu observer que pendant mes OBE je ne suis pas en
conscience de ce qui se passe “sur l’instant”. Par exemple, je ne
comprends pas ce que je vois ou ce que je lis, qu’il s’agisse d’une phrase,
d’un mot ou d’un symbole. Je ne pourrais les interpréter qu’à mon retour,
grâce à la mémoire que j’en ai… car c’est seulement quand je réintègre
mon corps, que je revis par le souvenir ce que j’ai vu, et même les
sensations que ressentaient les personnes que j’ai croisées, et même parfois
ce qu’elles pensaient. » Puis, peu à peu, il a commencé à être conscient
« sur l’instant » pendant certaines de ses « sorties », mais le seul fait de
« penser », par exemple pour analyser ce qu’il observait au cours de
l’expérience, le ramenait illico dans son corps : « Même si une simple
pensée telle que “Je suis là” me vient, elle met systématiquement fin à ma
sortie de corps. » Cela a constitué un autre gros challenge pour lui, mais
avec notre aide, il apprendra progressivement à « appréhender » la scène,
sans émotions, sans jugements, sans pensées, en restant dans la simple
observation.

Jeudi 7 juin 2007. Les semaines passaient, et les OBE de Nicolas
continuaient d’évoluer, comme en témoignaient les anecdotes qu’il nous a
racontées ce jour-là : « J’en fais toujours une ou deux par semaine, ce sont
des expériences courtes quand je m’ennuie au bureau, avec toujours les
mêmes destinations : chez mes parents, sur la tombe de ma grand-mère,
dans les agences de mon groupe. J’ai aussi vu ma mère à son travail en
train de préparer des feuilles de paye… et, effectivement, elle me l’a
confirmé lorsque j’en ai parlé avec elle… J’ai pris conscience que lorsque
j’arrive “quelque part”, tout est visible simultanément et que, même s’il y a
focalisation sur quelque chose ou quelqu’un, le reste de la scène est
toujours là. Et quand je “zoome” sur un objet, c’est comme si l’objet venait
à moi… À présent, grâce aux exercices que vous m’avez indiqués, je gère de
mieux en mieux le déroulement de mes expériences. Maintenant, j’arrive à
en vivre certaines consciemment et même parfois à réfléchir pendant
l’expérience… L’autre jour au cinéma, j’en ai vécu une qui a duré pendant
toute la séance. Il faut dire que le film m’ennuyait ! Je me suis tout d’abord
retrouvé dans le vide, un vide sidéral, puis je suis allé visiter les agences du
groupe. J’ai vu entre autres que dans l’agence de Bordeaux, il y avait une
machine à café bleue… Et j’ai pu le vérifier le lendemain par téléphone !
En m’approchant de l’immeuble de cette agence, j’ai pénétré à l’intérieur
en passant “à travers le mur”, comme dans de l’eau, c’était une sensation
très étrange… Puis je me suis retrouvé une fois de plus chez mes parents et
ensuite sur la tombe de ma grand-mère. Par contre, pour la première fois
j’ai eu la sensation de me déplacer, avec une sorte “d’effet tunnel”. J’avais
la sensation de flotter, je voyais les paysages au-dessous de moi, mais avec
la déformation due à la vitesse, par exemple les arbres paraissaient
déformés… Il y a toujours cette lumière ambiante constante et parfois des
formes colorées. Mais ce qui est génial, c’est qu’à présent, je vis tout cela
“sur l’instant” et non plus avec des souvenirs a posteriori… Il y a deux
semaines, alors que je lisais, fatigué, j’ai fermé mon livre et instantanément
je suis parti en OBE, comme d’habitude sur la tombe de ma grand-mère et
puis chez ma sœur. Lors du passage chez ma sœur, j’ai parfaitement vu son
appartement, et puis “l’effet vortex” s’est déclenché et là je suis allé tout en
haut du mont Pilat dans la Loire. Tout à coup, j’ai eu peur du vide, une
sorte de vertige… et je me suis retrouvé instantanément sur mon canapé
avec le livre sur les genoux. Ce qui m’a beaucoup interpellé ce soir-là, c’est
le fait que durant tout le déroulement de cette expérience, j’étais bien
conscient et totalement dans le vécu de l’instant… »

Après avoir entendu le compte rendu de ses dernières expériences à
Lyon, nous avons effectué quelques tests, toujours précédés d’une courte
séance de relaxation. Mais, une fois encore, en entendant le bruit d’un
moteur dans la rue, Nicolas s’est mis à suivre, selon ses dires, une
camionnette rouge, en ressentant ce nouvel « effet tunnel » dû à la vitesse.
Puis il s’est retrouvé à l’intérieur de l’église qui se trouve en face de notre
local. À son retour, il a pu nous donner de nombreuses informations sur ce
qu’il avait perçu dedans. Informations que nous nous sommes empressés
d’aller vérifier en allant sur place après le test. Bien sûr, nous étions
conscients que celles-ci ne faisaient pas office de preuves, car il est certain
qu’il aurait pu se rendre physiquement dans l’église auparavant et voir ces
détails. Pourtant, à ce stade, nous le connaissions suffisamment bien pour
ne pas douter de son honnêteté. Il n’aurait rien eu à gagner à nous mentir. Il
s’investissait énormément dans ce projet de recherche en venant
régulièrement faire des tests. De plus, il nous avait déjà démontré à
plusieurs reprises qu’il était capable de rapporter des informations dont
nous étions absolument certains qu’il ne pouvait pas les connaître. Non,
nous avions confiance en lui. Nicolas était sujet à des phénomènes hors
norme et il avait surtout besoin de nous pour essayer de mieux comprendre
ce qu’il vivait : « Heureusement que vous êtes là, car aujourd’hui, je
ressens de l’inquiétude, des doutes et aussi du stress… je ne sais pas trop
pourquoi… » À la séance suivante, trois semaines plus tard, il s’est à
nouveau retrouvé dans l’église et a eu la perception de nouveaux détails très
précis que nous avons à nouveau pu vérifier, comme une affichette jaune à
côté du bénitier sur laquelle se trouvait la photo d’une fillette noire. Il faut
préciser que nous avions décidé d’un commun accord, lors de sa dernière
visite, qu’il ne se rendrait à aucun moment physiquement dans cette église.
Au cas où, justement, il continuerait de s’y retrouver en OBE… Mais ce
jour-là, il a vécu quelque chose de très perturbant : en réintégrant son corps,
il s’est senti comme « à l’envers », c’est-à-dire avec la sensation d’être
rentré dedans « en face-à-face » avec son corps physique. Cette sensation
était très désagréable et il a eu peur de rester dans cette configuration. Par
un accompagnement approprié, nous avons pu l’aider à « ressortir » et à
réintégrer son corps correctement : « J’ai eu l’impression d’être retourné
comme une crêpe ! C’était une sensation très étrange… » Une fois de plus,
nous constations que ce genre de test n’était pas exempt de complications
sur lesquelles il fallait être en mesure d’agir rapidement.

La conscience, le mental et le physique sont des éléments qui
interagissent étroitement les uns avec les autres, comme l’illustre cette autre
anecdote survenue lorsque Nicolas se trouvait en OBE ce jour-là : « Au fond
de l’église, des cierges brûlaient. Mon point de vue se situait juste au-
dessus des flammes. Quand je suis revenu avec cette information, j’ai cru a
posteriori que je m’étais brûlé le bras. » Effectivement, alors qu’il nous
racontait son aventure, nous avons vu apparaître une rougeur sur son bras.
Un « stigmate » qui s’est estompé au bout de quelques heures. Ce genre de
phénomène est à rapprocher d’une expérience étonnante, où des brûlures au
deuxième degré ont pu être obtenues sur des sujets simplement par…
suggestion hypnotique17 ! Preuve une fois de plus du pouvoir de l’esprit sur
la matière…

Au cours de cette même OBE, Nicolas avait remarqué, au niveau de la
dernière travée de bancs, une inscription dorée sur un carrelage sombre :
« Il y a certaines lettres dont je me souviens : E, D, O, X, I… mais je ne sais
pas ce que ça veut dire, il me semble que ce n’est pas du français. » C’est
alors que pour la première fois nous avons remarqué que, pour rendre
compte avec plus de détails de ce qu’il avait vu en OBE, il entrait dans un
nouvel état où il semblait « retourner voir » ce qu’il avait perçu grâce à une
sorte de phénomène de « vision à distance ». Mais nous en reparlerons plus
tard, car cette nouvelle capacité n’allait pas tarder à se développer…
N’ayant jamais remarqué cette inscription, nous sommes allés vérifier
immédiatement. En effet, à l’endroit exact qu’il avait indiqué, il était bien
écrit en mosaïque noire sur le sol beige de l’église : « In excelsis Deo. » Il
n’avait pas réussi à tout lire, mais seulement à déchiffrer quelques lettres.
Était-ce parce qu’il n’avait jamais appris le latin ? Difficile à dire. Quoi
qu’il en soit, à notre retour, Nicolas, qui était resté dans nos locaux, nous a
annoncé qu’il avait un chant religieux dans la tête depuis notre départ, et
qu’en conséquence, il pensait pouvoir nous dire quel était le texte inscrit sur
le carrelage de l’église… Gloria in excelsis Deo !

Ce jour-là, dans son récit, un autre détail avait attiré notre attention :
Nicolas avait précisé que lorsqu’il regardait les bougies, il ne voyait pas
leur flamme, mais seulement la lueur qui s’en dégageait. Cela pouvait peut-
être expliquer sa difficulté à voir l’image projetée pendant nos tests ? C’est
pourquoi, lors de la séance qui a suivi, nous avons essayé d’utiliser, en plus
des projections, des objets insolites pour voir s’il les percevrait plus
facilement. Nous avions aussi dessiné un 8 couché (signe de l’infini) sur
une feuille que nous avions posée sur un siège dans la pièce
d’expérimentation. À son retour d’OBE, il s’est souvenu avoir vu « un 8
aplati à droite de la porte », dont il nous a alors fait un croquis. Ce détail
était intrigant, car en réalité le siège concerné se trouvait sur la gauche. Ce
type d’inversion entre la gauche et la droite s’est reproduit à plusieurs
reprises et nous a également été rapporté par d’autres expérienceurs d’OBE.

Et au test suivant, Nicolas est enfin revenu avec le souvenir d’avoir vu…
l’image projetée ! Pour éviter les biais occasionnés par une description,
nous lui demandions maintenant d’identifier celle-ci dans un catalogue qui
présentait notre banque d’images, alors constituée d’une soixantaine de
photos et de dessins. Il a alors correctement identifié l’image-cible : il
s’agissait d’un losange violet… Mais en feuilletant le catalogue, il repéra
une autre image qu’il s’est soudainement rappelé avoir perçue lors d’une
séance qui avait eu lieu quinze jours auparavant, mais qu’il n’avait semble-
t-il pas mémorisée consciemment. En compulsant nos notes, nous avons
constaté que cette image avait bel et bien été projetée ce jour-là. Cela
confirmait la nécessité de lui montrer le catalogue après chaque test et
tendait à montrer qu’en OBE il ne mémorisait pas forcément consciemment
ce qu’il voyait. Pour quelle raison ? En dehors des tests, nous avions
souvent pu constater que des détails qu’il avait oubliés par rapport à une
décorporation pouvaient lui revenir plus tard à la faveur de circonstances
qui induisaient ce souvenir. Nous nous étions rendu compte que le
soumettre à un interrogatoire poussé (en n’utilisant bien évidemment que
des questions « ouvertes ») permettait de faire remonter dans sa mémoire
certains détails oubliés : « C’est comme si je possédais toutes les
informations de la scène, mais qu’il faille me solliciter pour qu’elles
resurgissent. En fait, il faut que j’en aie besoin ou qu’on me les demande. »
Alors, si Nicolas ne se souvenait pas des images qu’il avait vues pendant les
tests, c’était peut-être parce qu’elles ne présentaient pas a priori d’intérêt
pour lui. D’ailleurs, malgré sa motivation de départ, il décrochait en général
assez vite lors des séances, car ces expériences ne revêtaient pour lui
aucune forme d’utilité « directe » et étaient même plutôt source de stress…

Quoi qu’il en soit, il s’est avéré par la suite qu’il obtenait de meilleurs
résultats lorsque des objets étaient présents dans la pièce d’expérimentation,
ceux-ci semblant exacerber un peu plus sa curiosité naturelle que les
projections. Même si les résultats obtenus avec eux ne pouvaient pas faire
office de preuves, nous avons continué à les utiliser quelque temps, car
nous y voyions un moyen de l’attirer dans la pièce d’expérimentation.
Entre rêve et réalité
Alors que la différence entre la rêverie, le rêve éveillé et l’OBE semble
très facile à faire pour les expérienceurs, tout se complique lorsque
l’expérience vécue est associée au sommeil. La frontière avec le rêve peut
alors devenir floue, en particulier pour ce qui est de la catégorie des « rêves
lucides ». Le terme « lucide » est employé ici dans le sens de « conscient ».
Il s’agit de rêves dans lesquels le sujet est conscient de rêver. Cette
définition de base est en général admise par les chercheurs dans le domaine,
même si certains la considèrent insuffisante et estiment que d’autres critères
doivent être réunis. Parmi ceux-ci : disposer de toutes ses facultés de
raisonnement, ainsi que d’une perception sensorielle, mais surtout du
pouvoir d’en contrôler le déroulement et le contenu. En réalité, il s’agit
d’un continuum dans lequel le degré de lucidité peut être plus ou moins
prononcé.

Bien que différentes études18 aient montré que le rêve lucide était
relativement fréquent dans la population et – tout comme l’OBE – connu
depuis l’Antiquité, la communauté scientifique est longtemps restée
sceptique à son sujet, jusqu’à ce que la preuve de cet état particulier soit
apportée, en 1975, par l’enregistrement de signaux envoyés volontairement
depuis un rêve par un sujet endormi19.

Une fois conscient, le rêveur peut jouir d’une grande liberté d’action. En
théorie, ses seules limites sont celles de son imagination et de sa créativité,
mais ses conditionnements s’avèrent déterminants. En particulier, ses
croyances personnelles ou culturelles, ses attentes conscientes ou
inconscientes et sa propre estimation sur le fait que telle chose soit possible
ou non. Tout cela va jouer un rôle prépondérant sur le contenu de ses rêves
et sa capacité à les modifier, comme on peut le constater dans cet extrait
d’un témoignage que nous a envoyé Rose, une jeune femme habituée à
vivre des rêves lucides depuis des années : « … J’ai la parfaite maîtrise de
mon rêve et cette idée est enivrante. Mon corps s’élève et cela me demande
une grande concentration, entre mes yeux, au milieu du front. Je flotte près
du plafond et il m’est impossible de le traverser, à cause des limites de ma
logique. À ce moment-là, j’ai la certitude que c’est uniquement ce qui
m’empêche de le traverser. […] Alors, je m’en vais par la fenêtre. Le
paysage qui s’étend devant moi est fabuleux, et je saute. C’est une
sensation merveilleuse, je porte une longue robe blanche vaporeuse, et elle
amplifie mon sentiment de légèreté. Les couleurs sont indescriptibles. Pour
ne pas retomber dans un sommeil banal, je dois me concentrer… » Ce
témoignage met aussi en évidence toute l’ambiguïté existant entre cet état et
l’OBE. Pourtant, pour Rose qui a aussi vécu de nombreuses sorties hors du
corps, il ne fait aucun doute que cette dernière expérience était bien de
l’ordre du rêve. En effet, le rêve, le rêve lucide et le voyage astral, bien que
très proches, sont ressentis comme des états totalement différents, dont la
frontière ténue est facilement franchissable, involontairement ou
volontairement, comme l’illustre cet autre témoignage : « J’étais très
fatigué, je suis allé me coucher et je me suis endormi tout de suite. J’ai
commencé à rêver, je ne sais plus de quoi, mais tout d’un coup, je suis
devenu lucide, j’ai compris que je rêvais. Comme j’avais déjà vécu deux ou
trois expériences de ce type, j’ai instantanément pensé : “Je veux faire un
voyage astral.” Tout de suite, je suis comme “tombé en arrière” avec un
voile noir devant les yeux, puis je me suis retrouvé dans une tout autre
atmosphère que celle du rêve… J’ai compris que j’étais dans ma chambre…
mais plus dans mon corps. J’ai décidé de me lancer et ce fut fantastique…
Je pouvais être instantanément où je voulais, j’avais la sensation d’avoir
des réacteurs aux pieds. Ce sentiment de voler était très intense, et je savais
que je ne rêvais pas. C’est comme lorsque l’on rêve, quand on se réveille,
on sait que l’on ne rêve plus. Là, c’était pareil, je savais que ce n’était plus
un rêve, mais bien une sortie hors du corps. » (Romain)

L’apparition de la lucidité peut se faire soit au cours du rêve, soit au
moment de l’endormissement. Dans ce dernier cas, le sujet doit traverser
l’état hypnagogique20, au cours duquel peuvent se manifester toutes sortes
d’hallucinations : visuelles, auditives, tactiles, kinesthésiques21 ou encore
cénesthésiques22, comme la sensation de flottement, de tournoiement, de
chute, des impressions de vibration ou d’engourdissement. C’est à ce
moment-là aussi que peut survenir le phénomène de « paralysie du
sommeil », alors que la conscience est maintenue dans un corps déjà
endormi23. Et c’est surtout dans ce cas que le flou peut s’installer car,
comme on l’a dit, parfois, l’impression de sortir de son corps est alors
ressentie. En fait, dès lors, l’expérience peut probablement basculer dans un
rêve lucide ou dans une véritable OBE. Il faut alors être très aguerri pour
pouvoir faire la différence. Un physicien à la retraite, devenu moine
bouddhiste et qui pratiquait le yoga des rêves24 depuis vingt-cinq ans dans
le but de parvenir à sortir de son corps, nous confia que dans son cas,
malgré tous ses efforts, plus de 90 % des expériences qu’il vivait étaient des
rêves lucides. Selon ses dires, il avait même réussi à identifier un moment
précis dans l’expérience où tout se jouait : en état d’hypervigilance, il vivait
une réelle sortie hors du corps, mais dans le cas contraire, il rêvait
seulement d’être sorti de son corps. En fait, il existe probablement un
continuum entre tous ces états, avec des qualités de consciences de plus en
plus « éveillées ». Mais comme nous l’avons vu, tant que le mental est
présent, il peut générer dans un cas comme dans l’autre toutes sortes
d’éléments qui prendront corps, au point d’être ressentis comme tout à fait
réels. Il tiendrait donc à chacun de trouver ses propres repères pour
reconnaître les véritables OBE. Si dans ce décryptage, une aide extérieure
est bien souvent nécessaire, pouvoir faire des vérifications reste essentiel.
Comme exposé ci-dessous, certaines capacités « visuelles » hors norme
associées aux « sorties hors du corps » peuvent aussi, dans certains cas,
aider à différencier ces deux états de conscience très proches. Pour Nicolas,
la distinction a été relativement facile à faire dès le début, car ses
expériences se produisaient en journée, alors qu’il était tout à fait éveillé.
Mais pour bien identifier les différents états qu’il vivait et éviter les
confusions, une bonne connaissance de lui allait malgré tout s’avérer
indispensable.
« Voir » sans les yeux
D’après nos témoignages, au cours d’une OBE, les témoins observent en
général la scène sur laquelle ils se focalisent à une distance qui varie de
quelques centimètres à quelques mètres. Si celle-ci se déroule à l’intérieur,
ils décrivent souvent l’avoir observée depuis le plafond, depuis un angle de
la pièce, comme c’est aussi très souvent rapporté dans les EMI. Et si la
scène se passe à l’extérieur, ils mentionnent simplement « un point de vue
élevé ». Dans les grandes lignes, c’était aussi ce que nous racontait Nicolas
au début. Mais après quelques mois, ses ressentis se sont affinés et, comme
il réussissait à mieux analyser le contenu et le déroulement de ses
expériences, la description qu’il en donnait est devenue beaucoup plus
complexe : « C’est comme si j’étais tout à la fois. Je ne vois pas ce qui se
joue d’un point de vue extérieur, en fait, je suis toute la scène que j’observe,
les murs, le sol, le plafond, c’est une sensation assez difficile à décrire… Si
un détail attire mon attention, je vais focaliser dessus, en “zoomant”. Mais
je ne peux pas le contrôler. C’est un peu comme si la scène bougeait autour
de moi. Par conséquent, j’ai accès à tout… je vois aussi à travers la
matière, avec une vision à 360°… Par exemple, un mur n’est pas un
obstacle. J’ai une vision globale, bien au-delà des pièces… En fait, c’est
plus qu’une vision, car j’entre dans une sorte de “communion” avec les
objets. C’est plutôt une sensation d’être… L’ambiance lumineuse est
toujours la même, à l’intérieur comme à l’extérieur. Qu’il pleuve ou qu’il
fasse soleil, tout brille. Et les mouvements et déplacements des personnes
que je croise laissent une traînée derrière eux… Les teintes sont toujours
pastel, mais maintenant j’ai l’impression d’en percevoir de nouvelles,
inconnues dans notre réalité. Toutes ces couleurs rayonnent. C’est un peu
flou, mais quand mon attention s’arrête sur des détails, ils deviennent
nets… » Pendant ses décorporations, Nicolas témoignait donc d’une vision
globale peu nette, mais qui, grâce à cet effet de « zoom », lui permettait
quand même de « voir » des détails très précis, comme les grains de sable
sur une plage ou encore de lire une adresse sur une enveloppe. Bien que
nous ayons recueilli quelques récits similaires, ce type de capacités
étonnantes n’est pas systématiquement rapporté par tous les expérienceurs
d’OBE. Ainsi, bien que cela reste à vérifier, il nous semble par exemple
qu’une perception globale à 360° n’est pas rapportée par ceux qui
mentionnent avoir un autre corps et le voir (mais seulement par ceux qui ne
sont qu’une conscience, à l’instar de Nicolas), comme si un deuxième
corps, même subtil, continuait à limiter les capacités de la conscience…

À ce stade, il est important de souligner qu’à bien des égards la « vision »
associée aux sorties hors du corps n’a absolument rien à voir avec la vision
rétinienne. Étonnamment, la perspective ne semble pas toujours être
respectée, et la réalité subit parfois quelques transformations. Ainsi, une
porte et une fenêtre peuvent se retrouver côte à côte, alors qu’en réalité,
elles se font face sur des murs opposés. C’est comme si toutes les pièces du
puzzle étaient là, mais quelquefois dans le « désordre ». Pourtant, comme
l’illustrent les propos de Nicolas ci-dessus, les performances visuelles
relatées par les expérienceurs peuvent être stupéfiantes. D’autant plus
quand elles sont rapportées par une personne malvoyante, comme c’est le
cas de Pascaline qui a vécu une OBE au cours d’un accouchement : « Je me
vois allongée, les yeux fermés, comme si j’étais morte ! Alors, je m’envole
et traverse le plafond pour me retrouver dans un décor grandiose, pailleté
d’or et d’orange, avec quelques touches de rouge, à l’infini ! À cet instant,
je réalise que JE VOIS alors que je suis née presque aveugle. Sans mes
lentilles de contact ou mes grosses lunettes, je vois flou à un mètre de moi.
Mais, là, JE VOIS ! J’ai une vision à 360°, dessous, dessus, en haut, en bas,
devant, derrière… Cela n’a pas de fin. Je suis un immense regard fondu
dans l’univers. Les couleurs palpitent d’une beauté et d’une sérénité
indescriptible… »

D’ailleurs, il est intéressant de mentionner que Nicolas a toujours eu la
sensation de reconstruire mentalement, « sur la base de la vision », une
information qu’il n’avait pas pu acquérir au moyen de ses sens. Cette
constatation est à rapprocher de la conclusion de l’étude menée en 1999 par
Kenneth Ring et Sharon Cooper sur les EMI et les OBE vécues par des
personnes non-voyantes25 : non seulement ces dernières vivent des
expériences qui sont en tous points identiques à celles des personnes
voyantes, mais le plus extraordinaire c’est que certaines, parfois aveugles
de naissance, affirment avoir « vu » au cours de celles-ci. Excepté les
couleurs qu’elles n’ont pas pu identifier, mentionnant plutôt des luminosités
d’intensités différentes, elles ont en effet pu donner des détails visuels
précis sur leur réanimation et leur environnement. Mais comment serait-il
possible de voir sans les yeux ? En fait, c’est là que ces témoignages
deviennent très intéressants : comparés aux personnes qui ont pu acquérir la
vue pour la première fois à l’âge adulte à la suite d’une opération et qui ont
eu beaucoup de peine au début à donner un sens à leurs nouvelles
perceptions, les témoins d’EMI et d’OBE aveugles de naissance semblent
n’en avoir aucune ! D’après Ring et Cooper, il s’agirait plutôt dans leur cas
d’une sorte de « perception globale, synesthésique », transcendant la vision
humaine normale, car à nouveau, les capacités décrites dépassent largement
celles de cette dernière. Ainsi, il ne s’agirait pas d’une vision, mais plutôt
d’une sorte d’état de connaissance immédiate, qui rejoint celui évoqué par
Nicolas : « En sortie de corps, je n’observe pas la scène, je suis la scène. »
En réalité, il n’y aurait plus un observateur qui regarderait depuis un point
de vue externe, mais une conscience qui se trouverait partout… Par la suite,
le cerveau humain aurait probablement tendance à « traduire »
essentiellement par la vision – notre sens le plus développé– les données
qu’il ramène26.

Si la vision semble décuplée au cours d’une OBE, l’audition, l’odorat, le
goût et le toucher sont plus rarement mentionnés. Chez Nicolas, qui
entendait parfois aussi des sons, mais de façon atténuée, comme « ouatée »,
ces perceptions apparaissaient d’ailleurs dans cet ordre d’importance : « Si
je suis face à une scène, j’ai l’impression de la voir. Parfois, je capte une
musique, une conversation, des bruits de pas, des portes qui claquent, le
vent qui souffle… Mais une odeur ou une sensation tactile, c’est encore plus
rare. » Comment expliquer de telles perceptions ? Tout se passe comme si,
sur un autre plan, il existait des informations que les expérienceurs
pouvaient enregistrer d’une façon ou d’une autre et « traduire »
intellectuellement par l’intermédiaire de leurs sens sous une forme visuelle,
auditive ou autre. C’est peut-être pourquoi, parfois, certains détails ne
concordent pas avec la réalité.

Aucun autre expérienceur d’OBE ne nous a mentionné jusqu’à
aujourd’hui avoir comme Nicolas la sensation de reconstruire l’expérience
a posteriori. Peut-être parce que ceux que nous avons rencontrés n’en
avaient pas vécu autant que lui et n’avaient par conséquent pas eu
l’occasion d’analyser leur vécu aussi précisément. Ou bien parce que nous
n’avons simplement pas eu la possibilité avec eux de pousser nos questions
aussi loin…

Nicolas faisait aussi certaines observations intéressantes sur les notions
de temps et d’espace associées à cet état de conscience particulier. D’une
part, il avait remarqué qu’en OBE, le temps ne s’écoulait plus du tout de la
même façon. Nous avons d’ailleurs pu le vérifier à maintes reprises pendant
les tests, en lui demandant à son retour d’estimer le temps qu’avait duré son
expérience : ce qui lui avait semblé prendre cinq minutes pouvait en réalité
avoir duré une heure, ou vice versa. D’autre part, à cette époque, il
commençait aussi à analyser de plus en plus finement ses déplacements
pendant l’expérience : « Quand je change d’endroit au cours d’une
“sortie”, je dirais que dans 90 % des cas, c’est en fait le décor qui change
sans que j’aie la sensation de me déplacer. Par contre, quand je me sens
réellement bouger, j’ai à présent l’impression d’exister physiquement, mais
je ne vois toujours pas mon corps. » À nouveau, cette notion de
« changement de décor sans déplacement » rappelle précisément ce qui est
rapporté par certains expérienceurs d’EMI, tout comme les sensations
exprimées précédemment d’être toute la scène à la fois, de voir à 360°, à
travers la matière, de pouvoir zoomer ou au contraire élargir son champ de
vision à l’infini.

À partir de là, un autre élément est également apparu au cours des OBE
de Nicolas : « Je sens souvent une présence à côté de moi, sans forme
vraiment définie, mais avec une certaine matérialité, d’un blanc
luminescent, je la qualifierais de sympathique ! » Cette présence
bienveillante l’accompagnera pendant des mois, sans qu’il parvienne à en
apprendre vraiment plus sur elle. Avec le temps, il finira pourtant par
l’identifier à sa grand-mère décédée, sans en être complètement convaincu.
De manière générale, des rencontres de plusieurs types peuvent être
rapportées au cours des sorties hors du corps : celles avec des défunts, avec
des présences indéfinies – en général positives assimilées à des guides, plus
rarement agressives et néfastes –, celle avec ce qui pourrait être assimilé à
des entités extraterrestres, ou encore celles avec des personnes vivantes
semblant elles-mêmes en OBE, comme l’illustre un autre témoignage que
nous a confié Anthony : « Ce matin-là, je suis “sorti” de mon corps et me
suis promené dans la maison. Quand je suis remonté à l’étage, je suis allé
dans la salle de bains et, surpris, j’ai croisé mon épouse, elle-même hors de
son corps, qui se préparait comme pour partir. Elle n’a pas remarqué ma
présence. En fait, elle ne semblait pas “consciente”… Je suis revenu tout
de suite dans mon corps, le réveil a sonné, et mon épouse s’est levée.
Quand je lui ai parlé de cela, elle n’en avait d’ailleurs aucun souvenir,
mais elle m’a confirmé son anxiété d’être en retard ce jour-là, car elle
devait passer un examen. »

Bien sûr, dans tous les témoignages, il est essentiel de parvenir à « faire
le tri » entre ce qui pourrait éventuellement témoigner d’une certaine réalité
et ce qui relève probablement de productions mentales.
Une conscience qui peut se scinder
Suivant l’état de Nicolas, il était parfois impossible de procéder à des
tests. C’est pourquoi nous passions beaucoup de temps à échanger avec lui
sur ce qu’il vivait entre ses visites à Genève : « L’autre jour, alors que je
conduisais ma voiture, j’ai fait une OBE, mais en même temps, j’ai continué
à conduire sans en être conscient et je sais que cela a duré un bon moment !
Ce n’était pas la première fois, il faut que je connaisse très bien le parcours
pour que ça m’arrive… mais a posteriori, c’est quand même très
angoissant ! » Dans ce cas-là, son ami, qui était assis à côté de lui, lui avait
rapporté qu’il avait une allure quasi mécanique. Le fait de pouvoir
continuer une activité physique pendant une décorporation nous avait déjà
été rapporté par d’autres expérienceurs. Par exemple par un pianiste qui
avait vécu l’expérience durant un concert, par une danseuse à qui cela était
arrivé lors d’une représentation, ou encore par Dominique : « Je devais
prendre la parole avec un micro sur une estrade devant un auditoire de 400
personnes. J’avais bien sûr un énorme trac, car je devais initialement
parler dans une salle de 25 personnes. Après avoir commencé mon
discours, je me suis senti tout d’un coup sortir de mon corps… Puis je me
suis observé parler, après m’être positionné en arrière-plan par rapport à
mon corps physique… Je me voyais de dos. Cela a duré quelques minutes…
Peu de temps avant la fin de mon speech, je me suis senti réintégrer mon
corps pour conclure par “Mesdames, Messieurs, je vous remercie de votre
attention” ! » Le plus surprenant, c’est que non seulement ces
expérienceurs avaient pu continuer leur activité sans que personne ne
s’aperçoive de rien, mais même mieux qu’ils ne l’auraient fait dans leur état
normal, comme leur en avaient témoigné les personnes présentes !

Dans le cas de Nicolas, les expériences les plus spectaculaires à ce
niveau se sont déroulées à son travail : « L’autre jour, au retour d’une sortie
de corps, j’ai eu la surprise de constater que la lettre que j’avais juste
entamée avant mon “départ” était entièrement rédigée ! Elle était là, sur
mon bureau. Au début, j’ai pensé que l’un de mes collègues m’avait fait une
blague et je me suis mis en tête de trouver le coupable. Mais en fait, il n’y
en avait pas ! Mes collègues m’ont alors raconté que j’avais continué à
travailler, de manière extrêmement concentrée, et que j’avais même
répondu à deux questions… Le plus étonnant, c’est que l’écriture était très
appliquée et ne ressemblait pas du tout à la mienne ! » Ce phénomène s’est
reproduit plusieurs fois. Il avait même pu traiter un dossier entier de cette
façon. Sinon, il s’agissait de petites parties de textes qu’il pouvait détecter
grâce aux changements dans son écriture. Ce type d’expériences pouvait
durer de vingt à quarante minutes. Il lui était aussi arrivé de faire des OBE
debout, et même en se déplaçant : « Alors que nous étions dans la file
d’attente d’un concert avec mon meilleur ami, je suis “sorti” de mon corps.
Mais ça ne m’a pas empêché d’avancer. J’ai parcouru ainsi une vingtaine
de mètres sans m’en rendre compte. De la même façon, j’ai pu marcher
environ 2 km lors d’une randonnée. Dans ces moments-là, mon corps
continue à être en action sans que j’en aie conscience… »

Tout se passe donc comme si la conscience pouvait se scinder en
plusieurs parties qui fonctionneraient de façon autonome et indépendante :
l’une attachée au corps, qui lui permettrait de continuer à agir normalement
et à réagir de façon adaptée à la situation ou aux circonstances, et l’autre
qui pourrait aller se balader. Mais comme nous le verrons, cela témoigne
peut-être de plusieurs niveaux de conscience, ou même de plusieurs types
de conscience…
Une procédure « en double aveugle »
Juillet 2007. Nos rencontres avec Nicolas se poursuivaient. Lors de deux
visites successives, il avait réussi un « sans-faute », c’est-à-dire qu’il avait
identifié correctement dans le catalogue quatre images sur quatre tests, mais
curieusement, sans avoir le souvenir d’avoir « vu » les images en question,
ni même parfois d’avoir fait d’OBE. Bien que l’hypothèse d’une mauvaise
mémorisation soit envisageable, nous commencions à suspecter une autre
raison…

En parallèle de ces tests préliminaires et en fonction des résultats
obtenus, nous avions passé beaucoup de temps à complexifier notre
procédure pour finalement parvenir à un rigoureux protocole scientifique.
En collaboration avec Marcel Odier et son gendre, informaticien, nous
avions mis au point un système complètement informatisé « en double
aveugle » à l’aide de deux ordinateurs connectés l’un à l’autre. Depuis un
premier ordinateur placé dans la « pièce contrôle », où nous nous tenions
avec le candidat pendant les séances de tests, nous pouvions lancer sur le
deuxième ordinateur, placé dans la « pièce d’expérimentation » fermée à
clé, un programme qui choisissait aléatoirement dans un fichier d’images
celle qui serait projetée sur un écran par l’intermédiaire du projecteur qui
lui était relié. Nous avions constitué dix séries de vingt images. Chaque
série avait été construite de façon à ce que ses images soient très différentes
les unes des autres et en essayant qu’il y ait le moins possible d’analogies
entre elles. Une fois que le candidat revenait de son OBE et qu’il se sentait
prêt à faire son choix, il suffisait qu’il clique sur une icône pour que
l’ordinateur lui présente la série parmi laquelle l’image-cible avait été
choisie par l’autre ordinateur de la « pièce d’expérimentation ». En général,
nous commencions toujours par demander au sujet de nous raconter ce qu’il
avait perçu au cours de l’expérience, mais ce procédé permettait d’avoir des
réponses binaires, c’est-à-dire « correct » ou « faux », ce qui devait nous
permettre par la suite, après avoir réalisé un certain nombre de tests, de
faire un calcul de probabilités pour savoir si ses réponses pouvaient être
imputées au seul hasard ou si son taux de réussite se situait au-delà de celui-
ci27. Une fois son choix fait, le candidat cliquait sur l’image qu’il pensait
être la « cible ». En fonction de ce qu’il préférait, l’ordinateur affichait
alors, ou non, le résultat de l’expérience tout en le stockant dans un fichier
annexe. Ce procédé nous permettait dorénavant d’être certains que personne
ne savait quelle était l’image projetée au moment du test. En effet, en
connaissant nous-mêmes la cible, il y avait un risque que nous puissions
involontairement et inconsciemment influencer le candidat au moment de
son choix par un mode de communication non verbale. De plus, on ne
pouvait pas exclure que celui-ci soit capable de capter télépathiquement
l’image-cible dans notre tête.

Et l’avenir allait bientôt nous confirmer qu’avec Nicolas ce genre de
précaution était loin d’être superflue !
1. « A cross-cultural study of beliefs in out-of-the-body experiences, waking and
sleeping », Sheils D., Journal of the American Society for Psychical Research,
vol. 49, 1978.
2. « The Out-of-Body Experience : A phenomenological Typology based on
Questionnaire Responses », Stuart W., Twemlow M. D., Glen O. Gabbard M. D.,
et Fowler C. Jones, ED. D., J. Psychiatry, vol. 139, 1982.
3. Vivant lui-même des OBE, cet homme d’affaire américain, aujourd’hui
décédé, a développé cette technique au sein de l’Institut Monroe qu’il a créé en
Virginie. Elle utilise des fréquences sonores pour modifier les ondes cérébrales
et permettre ainsi l’accès à toute une gamme d’états modifiés de conscience dans
le but de les étudier.
4. Extrait d’États modifiés de conscience – NDE, OBE et autres expériences aux
frontières de l’esprit, Sylvie Dethiollaz et Claude Charles Fourrier, Éditions
Favre, 2011.
5. Cet état, qui peut survenir pendant la phase d’endormissement ou de réveil,
serait dû à l’intrusion de sommeil paradoxal dans l’état de veille : l’abolition du
tonus musculaire (associée normalement au sommeil paradoxal) serait ressentie
par le sujet, alors que sa conscience perdurerait. La personne se sent alors
totalement paralysée, incapable de bouger et de parler.
6. Le Passe-muraille, Marcel Aymé, Éditions Gallimard, 1941.
7. Extrait d’États modifiés de conscience – NDE, OBE et autres expériences aux
frontières de l’esprit, Sylvie Dethiollaz et Claude Charles Fourrier, Éditions
Favre, 2011.
8. Cela rappelle le phénomène ovni pour lequel il a également été constaté que
les descriptions qu’en faisaient les témoins changeaient en fonction des époques.
9. Médecine indienne.
10. Dans Le Grand Passage, Jeanne Guesné, Éditions J’ai Lu, 2009.
11. Nous y reviendrons en détail dans la « Troisième période ».
12. Avec une probabilité associée d’un pour cent.
13. « Studies of communication during out-of-body experiences », Morris R. L.,
Harary S. B., Janis J., Hartwell J. et Roll W. G., Journal of the American Society
for Psychical Research, vol. 72, 1978.
14. « Kinetic effects at the ostensible location of an Out-of-Body projection
during perceptual testing », Osis K. et McCormick D., Journal of the American
Society for Pschychical research, vol. 74,1980.
15. Extrait d’États modifiés de conscience – NDE, OBE et autres expériences
aux frontières de l’esprit, Sylvie Dethiollaz et Claude Charles Fourrier, Éditions
Favre, 2011.
16. Pour plus de détails, voir États Modifiés de conscience – NDE, OBE et autres
expériences aux frontières de l’esprit, Sylvie Dethiollaz et Claude Charles
Fourrier, Éditions Favre, 2011.
17. Le Non-Savoir des psy : l’hypnose entre la psychanalyse et la biologie, Léon
Chertok, Éditions Payot, 1979.
18. « Lucid dreaming frequency and personality », Schredl M. et Erlacher D.,
dans Personal and individual differences, vol. 37 (7), 2004. « Lucid Dreaming :
Awake in your Sleep », Blackmore S., Skeptical Inquirer, vol. 15, 1991.
19. « Lucid dreams : An electrophysiological and psychological study », Hearne
K. Ph.D. thesis, University of., thèse de doctorat, Université de Liverpool, 1978.
« Insight into lucid dreams », Hearne K., Nursing Mirror, No. no 6, 1980.
« Lucid dreaming verified by volitional communication during REM sleep »,
LaBerge S., Nagel L., Dement W. et Zarcone V. Jr., Perceptual and Motor Skills,
vol. 52, 1981.
20. État de conscience intermédiaire entre veille et sommeil.
21. Qui se rapporte à la perception consciente de la position ou des mouvements
des différentes parties du corps.
22. Relatif à la cénesthésie, c’est-à-dire le sentiment vague que chaque individu
a de la totalité ou d’une partie de son corps, indépendamment du concours des
sens.
23. Cet état, qui peut survenir pendant la phase d’endormissement ou de réveil,
serait dû à l’intrusion de sommeil paradoxal dans l’état de veille : l’abolition du
tonus musculaire (associée normalement au sommeil paradoxal) serait ressentie
par le sujet, alors que sa conscience perdurerait. La personne se sent alors
totalement paralysée, incapable de bouger et de parler.
24. Le « yoga du rêve » constitue un ensemble de pratiques méditatives en état
de rêve lucide développé par le bouddhisme tibétain. Son principe est de
reconnaître, durant le rêve, que l’on est en train de rêver afin de percevoir la
dimension illusoire et modifiable à volonté des productions oniriques.
25. « Near-death and out-of-the-body experiences in the blind : a study of
apparent eyeless vision », Ring K. et Cooper S., Journal of Near-Death Studies,
vol. 16, 1998. « Mindsight : Near-death and out-of-the-body experiences in the
blind », Ring K. et Cooper S., William James Center for Consciousness Studies,
1999.
26. À ce propos, il y avait eu il y a quelques années un reportage à la télévision
sur un cas de guérison miraculeuse attesté chez une femme aveugle de naissance
à cause d’une malformation congénitale du nerf optique. À la suite d’un
pèlerinage sur un lieu d’apparition de la Vierge, la femme avait retrouvé la vue.
Pourtant, toutes les analyses indiquaient que sa malformation était toujours
présente, et qu’il était impossible… qu’elle voie !
27. Le candidat avait en effet une chance sur vingt (5 %) de choisir la bonne
image par hasard.
Troisième période
(deuxième semestre 2007-2008)
Les expérimentations
Apparition de nouvelles capacités
Chaque changement dans notre protocole OBE nécessitait une phase
d’adaptation pour Nicolas. En soi, la nouvelle procédure ne lui demandait
rien de plus, puisqu’il était déjà habitué à devoir se retrouver dans la pièce
contiguë. Cette fois-ci, la perturbation était plus d’ordre psychologique, car
le seul fait d’utiliser un protocole plus rigoureux faisait monter la pression
d’un cran. Les choses devenaient vraiment sérieuses, ce n’était plus une
démonstration « juste pour nous », qui étions maintenant totalement
convaincus de ses capacités : là, nous attendions des résultats suffisamment
probants pour pouvoir convaincre d’autres personnes, voire pour
convaincre… des sceptiques ! L’enjeu était de taille, d’autant plus que
Nicolas savait également que le renouvellement de nos financements
dépendait de son succès… Pour faire un peu diversion et ne pas focaliser
uniquement sur ces tests, nous le motivions parallèlement à explorer plus
avant ses facultés.

Jeudi 2 août 2007. Suite à l’épisode de l’église, nous avions l’intime
conviction que Nicolas avait beaucoup d’autres capacités. Certaines qu’il
utilisait déjà sans s’en rendre compte et d’autres qu’il n’exploitait peut-être
pas encore, probablement parce que son esprit rationnel lui interdisait de
penser que cela soit possible. C’est pourquoi nous lui avions suggéré de
tester volontairement sa faculté à voir ce qui se passait ailleurs sans faire de
sortie hors du corps. Et comme nous nous y attendions, Nicolas n’a pas
tardé à exceller dans ce domaine, comme il nous l’a confirmé ce jour-là :
« Sur vos conseils, j’ai essayé de “voir” consciemment certaines choses à
distance. Comme toujours, il faut que j’y trouve une utilité, c’est pourquoi
l’un des premiers essais que j’ai faits, c’était un soir où je devais aller
dîner avec une amie dans une crêperie dans laquelle je vais souvent. Je me
suis concentré pour voir si elle était bien ouverte. J’ai vu que c’était le cas
et qu’il y avait du monde. D’ailleurs, j’ai constaté que notre table
habituelle était occupée par un couple, mais qu’il restait heureusement une
autre table de libre. En arrivant, j’ai pu vérifier que tout était exact et
même reconnaître les vêtements des personnes présentes ! Depuis, j’ai
essayé de “voir” chez mes parents, en leur téléphonant tout de suite après
pour vérifier ce que j’avais perçu, et une autre fois, chez moi, alors que je
n’y étais pas. Mon copain m’a confirmé par la suite qu’il était bien en train
de faire ce que j’avais observé… »

Cette capacité, nommée « vision à distance » en français et « remote
viewing » en anglais, fait partie des phénomènes dits de « clairvoyance »,
grâce auxquels un sujet est capable de décrire un lieu éloigné, tout en
restant dans son corps physique. Par le passé, des expérimentations
scientifiques sur la vision à distance, menées par deux chercheurs
américains du Stanford Research Institute, Harold Puthoff et Russel Targ,
furent suffisamment concluantes pour être publiées en 1974 dans la célèbre
revue scientifique anglaise Nature1. Pendant la guerre froide, ces deux
physiciens poursuivirent leurs recherches dans le cadre du fameux projet
top-secret « Stargate », mis en place, financé et contrôlé par l’armée des
États-Unis et la CIA. Il s’agissait, pour des remote viewer, d’observer à
distance des sites militaires ennemis tenus secrets, pour en ramener des
renseignements sensibles. Ce projet, mené dès le début des années 1970
jusqu’en 1995, a compté jusqu’à quatorze laboratoires de recherche.
Difficile de croire que les États-Unis auraient investi des millions de dollars
dans ce type de recherche pendant plus de vingt ans s’ils n’avaient pas
obtenu quelques résultats probants. D’ailleurs, une toute petite partie des
innombrables séances d’expériences réalisées a été déclassifiée et analysée
en 1995 par deux éminents professeurs américains, qui ont conclu que les
résultats statistiques obtenus par ces « espions psychiques » avaient été
largement au-delà de ce que le hasard aurait dû donner.

Mais revenons à cette matinée d’août 2007. C’est aussi ce jour-là que
Nicolas a fait mention, pour la première fois, de ce qui se révélera plus tard
être les prémices d’une autre capacité : « …Mais je m’inquiète beaucoup
par rapport à un autre type de phénomène que je vis depuis un peu plus
d’un mois. Quand je me couche, au moment de l’endormissement, je me
mets à entendre de drôles de trucs, un genre de brouhaha avec toutes sortes
de bruits, des explosions, des coups de feu, des grincements, des cris
d’enfants, des bébés qui pleurent, des femmes effrayées qui crient. Une fois,
j’ai même entendu une grosse voix qui disait : “Il va pleuvoir, ferme les
volets…” Tout cela me stresse beaucoup… alors je fais une relaxation, et ça
va mieux… mais après ça recommence… et je finis par entrer dans une
peur panique… »

Nicolas ne savait pas comment interpréter tout cela. Très angoissé, il
n’arrivait plus à trouver le sommeil et était dans un état de grande fatigue.
D’autant plus que ces phénomènes survenaient dans un contexte déjà
perturbé. En effet, il traversait quelques remous affectifs à la suite d’une
infidélité de son compagnon. Se sentant trahi, il portait à l’époque un regard
particulièrement négatif sur l’être humain en général. Nous avons passé un
bon moment ce jour-là à le rassurer par rapport à ce nouveau phénomène. À
l’époque, nous pensions qu’il s’agissait seulement des prémices d’une OBE
qui, pour une raison inconnue, n’aboutissait pas. Comme déjà dit, il n’est
pas rare que les témoins mentionnent différents bruits plus ou moins
inquiétants au début de l’expérience. Bien que nous n’en ayons pas parlé à
Nicolas, ce qui nous intriguait malgré tout, c’était le caractère négatif que
revêtaient souvent les paroles entendues. Pourtant, ces voix ne s’adressaient
jamais à lui, ce qui permettait a priori d’écarter la schizophrénie… Rassuré
par notre hypothèse de « sorties hors du corps avortées », il a alors accepté
de se mettre en condition pour tester notre nouveau protocole.

Lors du premier test, Nicolas a été capable de décrire correctement
plusieurs objets et dessins que nous avions déposés à cet effet dans la pièce
d’expérimentation. Il s’agissait d’un grand carré de papier rouge, d’un
masque de déguisement doré et d’un caducée dessiné. Par contre, il n’avait
pas vu l’image projetée. Comme nous n’avions pas constaté de progrès
significatifs dans ses performances depuis quelque temps, nous envisagions
que cela soit dû à un manque d’intérêt pour l’image-cible. Pour tester cette
hypothèse, en plus de la procédure habituelle, nous avons décidé ce jour-là
d’afficher sur l’écran d’un autre ordinateur, posé sur le bureau présent dans
la pièce, une image qui pourrait lui « plaire », mais bien sûr sans le lui dire
au préalable. Il s’agissait d’une photo de son compagnon. Voici ce qu’il
nous a raconté à son retour : « C’est bizarre, j’avais l’impression qu’il y
avait quelque chose sur le bureau que je ne pouvais pas voir, mais juste
sentir… J’ai ressenti beaucoup de douceur, je sais que c’était quelque
chose d’agréable… j’avais la sensation que c’était comme un cadeau pour
moi, mais je n’ai pas vu ce que c’était… » Bien que nous ne puissions rien
valider avec ce genre de test, ce résultat nous confortait dans l’idée que
l’émotionnel continuait à jouer un rôle important pendant ses OBE. Était-ce
ce qui l’avait attiré dans la pièce ? Nous ne pouvions pas l’affirmer, mais il
est certain que dans cet état particulier, Nicolas était visiblement plus
motivé par un intérêt émotionnel et affectif, qu’intellectuel ou simplement
visuel. D’où la difficulté à obtenir une validation scientifique. Nous avons
alors envisagé de construire des séries d’images avec une charge
émotionnelle forte. Cependant, Nicolas risquait d’entrer plus dans le
« ressenti » de ces images que dans leur « visuel », et le choix final parmi
vingt images fortement « chargées » pourrait vite devenir très compliqué
pour lui.

La raison pour laquelle il avait aussi plus de facilité à « voir » et à
mémoriser les objets en trois dimensions que les images projetées restait un
mystère. Peut-être était-ce simplement une question d’entraînement. Car ce
jour-là, dès le deuxième test, Nicolas a réussi – pour la première fois avec le
nouveau protocole en double-aveugle – à voir l’image projetée qu’il a
décrite en ces termes : « J’ai vu un animal de forme arrondie, avec des
sortes de pattes un peu bizarres, on aurait dit qu’elles étaient plus épaisses
au bout, c’était un peu grisâtre, mais je ne sais pas ce que c’était. »
Pourtant, il a ensuite reconnu sans équivoque l’image-cible parmi les vingt
images de la série que l’ordinateur lui présentait : il s’agissait de la photo
d’un « crabe sur une plage de sable » ! Avec cette procédure en double-
aveugle, nous avions maintenant la certitude que personne ne connaissait
l’image projetée au moment du test. Et le fait qu’il ait pu en donner une
description ressemblante, qui ne collait avec aucune des dix-neuf autres
images, avant même que l’ordinateur lui propose la série pour faire son
choix, était un élément qui permettait de supposer qu’il n’avait pas choisi la
bonne réponse « par hasard ». Nous étions tous les trois très heureux de ce
premier résultat. Bien sûr, l’idéal aurait été qu’il dise simplement : « J’ai vu
un crabe. » Malheureusement, ce n’était pas le cas, et nous ne pouvions
donc pas exclure totalement le hasard, à moins de réitérer l’expérience avec
succès un certain nombre de fois. Car cela semblait se confirmer : en OBE,
ses fonctions intellectuelles et analytiques ne fonctionnaient plus de la
même façon. Nous avions déjà pu le constater avec l’anecdote de la tour
Eiffel et le confirmer à de nombreuses reprises avec les objets que nous
placions dans la pièce d’expérimentation : Nicolas les décrivait parfois avec
beaucoup de précisions, parfois même avec un croquis à l’appui, mais il ne
parvenait que rarement à les nommer.

Curieusement, ce problème d’analyse ne semblait survenir que lors des
tests, comme en témoignait une fois de plus cette anecdote qu’il nous a
racontée quelques semaines plus tard, à son retour de vacances : « Avant
mon départ en vacances en Irlande, j’ai fait une OBE et je me suis retrouvé
dans une ville que je ne connaissais pas, sur une grande place bordée
d’arbres avec de grandes pelouses et une statue au milieu sur une sorte de
colonne. Sans pouvoir dire pourquoi, j’avais la sensation d’être à Dublin…
Et en effet, un mois plus tard lorsque j’ai visité Dublin, j’ai retrouvé la
place en question, tous les détails concordaient, jusqu’à la bordure en
demi-cercle qui entourait la pelouse… La scène était totalement identique à
celle que j’avais vue, si ce n’est la lumière qui me semblait différente… »
Mais alors, pourquoi Nicolas perdait-il toutes ses capacités d’interprétation
dès qu’il s’agissait d’un test ? La raison était peut-être simplement liée au
contexte. En effet, notre cerveau fonctionne beaucoup par associations
d’idées et par comparaisons, en utilisant les informations contenues dans
notre mémoire. Or la pièce d’expérimentation était toute blanche, remplie
uniquement de quelques meubles blancs. Dans ce contexte totalement
neutre, peut-être s’avérait-il plus difficile d’identifier un objet qui n’avait
aucun lien avec le décor ? Sans compter que pour Nicolas, qui était
essentiellement guidé par sa curiosité naturelle, ces conditions d’expérience
n’avaient rien de bien excitant !

Comme déjà mentionné, un certain nombre d’expériences avaient déjà
été entreprises par le passé dans le but d’étudier la réalité du phénomène
OBE dans des conditions contrôlées. Dès les années 1960, des
expérimentations assez poussées avaient été menées par le parapsychologue
américain Charles Tart, notamment avec une jeune femme qui, par souci
d’anonymat, fut nommée « Mademoiselle Z ». Comme beaucoup
d’expérienceurs, cette femme vivait ses OBE la nuit, au cours de son
sommeil. C’est pourquoi, Tart lui avait demandé de venir dormir à son
laboratoire durant plusieurs nuits d’affilée dans l’espoir qu’elle en ferait une
dans ce contexte-là. Tout comme Morris (voir la « Deuxième période »),
Tart cherchait à détecter des modifications physiologiques caractéristiques
des OBE et fixa dans ce but des électrodes sur la jeune femme, afin
d’enregistrer ses ondes cérébrales, ses mouvements oculaires rapides (ou
REM), la résistivité de sa peau, son rythme cardiaque et sa pression
sanguine. Chaque soir, après avoir installé la jeune femme pour la nuit, Tart
choisissait au hasard (à l’aide d’une table de nombres aléatoires) un nombre
différent à cinq chiffres. Il l’inscrivait sur un bout de papier qu’il plaçait sur
une étagère située en hauteur dans la même pièce. Si Mademoiselle Z
faisait une sortie hors du corps, elle avait pour instruction d’essayer de lire
le nombre en question. Le câblage très court des électrodes auxquelles elle
était « harnachée » ne lui permettait pas de se lever et de grimper sur son lit
afin de lire le nombre sur l’étagère. Néanmoins, lors de la quatrième nuit,
au cours d’une OBE, la jeune femme put identifier correctement le nombre
dissimulé2. Bien qu’intéressante, cette démonstration aurait mérité d’être
réitérée pour pouvoir en tirer des conclusions. D’ailleurs, on lui reprocha à
l’époque de ne pas permettre d’exclure que Mademoiselle Z ait obtenu le
nombre par télépathie, puisque Tart le connaissait… Quant à nous, notre
protocole en double-aveugle nous permettait de rejeter cette hypothèse. Par
contre, au vu des nouvelles capacités de Nicolas, nous ne pouvions pas
exclure qu’il obtienne les informations par une sorte de phénomène de
« clairvoyance » ou de « vision à distance ». Pourtant, comme nous allons
le voir, il rapportait, en ce qui concernait cette dernière, des sensations très
différentes de ses OBE.
Premiers résultants probants
Lundi 27 août 2007. Trois semaines plus tard, lorsque Nicolas est arrivé
pour une nouvelle journée de tests, nous avons tout de suite remarqué qu’il
semblait très préoccupé et tendu : « J’entends toujours ces voix au moment
de m’endormir… Mais à présent, ça m’arrive aussi durant la journée, ça
peut être des cris, des paroles tristes, parfois violentes, d’autres fois des
mots sans suite… J’ai peur d’être en train de devenir schizo… ! »

Encore une fois nous pouvions le rassurer, car nous avions déjà reçu à
l’époque beaucoup de témoignages de personnes qui entendaient des
« voix ». Pour certaines, il s’agissait de périodes brèves ou d’événements
occasionnels, voire anecdotiques, mais d’autres en revanche semblaient
vivre depuis toujours avec une ou plusieurs voix, mais aussi avec des bruits,
des sons, des musiques, etc. Nous avions même découvert l’existence d’un
réseau international des « entendeurs de voix », une association
internationale présente dans de nombreux pays. Certaines études avaient
montré qu’environ un tiers des personnes interrogées dans la population
générale reconnaissait avoir déjà vécu des manifestations auditives, sans
avoir jamais ressenti la nécessité d’aller consulter un psychiatre3 ! Entendre
des voix ne rimait donc pas forcément avec schizophrénie. Il fallait
manifester d’autres symptômes pour cela, et ce n’était pas le cas de Nicolas.

Par contre, nous commencions à remettre en question notre première
hypothèse, à savoir qu’il s’agissait uniquement des prémices d’une OBE
non aboutie. À travers ce qu’il nous racontait depuis quelque temps, nous
avions en effet la sensation que Nicolas était de plus en plus touché par une
forme d’empathie exacerbée. Dans certaines circonstances, il pouvait même
ressentir dans son corps le mal-être psychologique de certaines personnes.
En fait, nous commencions à envisager la possibilité qu’après les sorties
hors du corps et la vision à distance, une nouvelle faculté soit en train de se
développer chez lui : la télépathie. Après avoir écouté notre nouvelle
hypothèse, il nous a raconté une petite anecdote qui venait à point
l’accréditer : « L’autre jour, je suis sorti de mon bureau en même temps que
mon chef, qui m’a proposé de me raccompagner. Arrivé devant sa voiture,
alors que je ne le regardais pas, j’ai entendu mon chef dire : — Mais où
est-ce que j’ai mis mes clés ? Machinalement, je lui ai répondu que je les
avais vues sur son bureau avant de partir. Mon chef m’a alors répondu : —
Mais pourquoi tu me dis ça, je n’ai rien dit ! »

Ce premier exemple de télépathie serait bientôt suivi de beaucoup
d’autres…

Mais pour l’instant, rassuré par cette explication qui lui rendait du même
coup toute sa santé mentale, Nicolas s’est prêté une nouvelle fois aux tests
en suivant notre protocole habituel. À son « retour » d’OBE, il a pu une fois
de plus nous décrire parfaitement, mis à part une nouvelle inversion gauche
droite, certains objets et dessins que nous avions déposés dans la pièce
d’expérimentation et même les nommer : un parapluie rouge ouvert, deux
gros classeurs (un rouge et un jaune) et une feuille sur laquelle nous avions
écrit « Yes/No ». Pourtant, maintenant que nous savions que la télépathie
était plutôt son fort, ce genre de prouesse pouvait être interprétée
différemment. Mais cela n’avait plus beaucoup d’importance à nos yeux…
car ce jour-là, Nicolas a vu et a pu identifier avec succès les images cibles
projetées en double-aveugle lors de trois tests consécutifs : une girafe, des
montgolfières et Superman !
Développement de la « vision à distance »
Mardi 16 octobre 2007. Deux mois s’étaient écoulés depuis sa dernière
visite. Nicolas était toujours très préoccupé par ce phénomène de bruits et
de voix qui, depuis la dernière fois, s’était encore accentué. En fait,
maintenant, il les entendait pratiquement tout le temps. On peut dire
qu’elles lui « prenaient la tête », au sens propre comme au figuré ! Alors,
comme souvent, nous avons commencé la journée par faire notre travail de
réassurance et de dédramatisation en lui expliquant à nouveau qu’il
s’agissait d’un phénomène relativement courant. Ensuite, nous lui avons
réexprimé que seul un vrai travail sur la maîtrise de son mental et sur le
vécu de « l’instant présent » pourrait l’aider à mettre fin à ses troubles. Pour
lui, qui avait l’habitude à l’époque que tout lui arrive sans effort et qui
faisait preuve d’un certain laxisme par rapport à cet état de vigilance dont
nous lui parlions de façon récurrente, sa problématique actuelle ne lui
laissait plus le choix : s’il voulait que tout cela s’arrête, il devait nous faire
confiance et pratiquer les exercices que nous lui indiquions…

Nous avons ensuite fait le point sur les OBE qu’il avait récemment
vécues : « Depuis ma dernière visite, j’ai encore fait quelques sorties de
corps, involontaires comme d’habitude, au cours desquelles j’ai pu voir
quelques détails qui en soi n’avaient aucun intérêt, mais qui se sont révélés
importants pour moi, car j’ai pu rapidement les vérifier. Par exemple, j’ai
pu “voir” à plusieurs reprises mon copain Benoît chez nous, devant la télé,
en train de manger un pot de Nutella ! D’ailleurs, il commence à en avoir
un peu marre d’être ainsi “fliqué” à son insu ! J’ai aussi vu une collègue
faire tomber mes dossiers en mon absence… Et une autre qui était venue
prendre une barre chocolatée dans mon bureau. Cette fois, pour le vérifier,
j’ai appelé au bureau pour leur demander si je ne me trompais pas.
Effectivement, cette employée, prise d’une fringale, m’a avoué qu’elle
s’était servie dans mes affaires !… L’autre jour aussi, je suis allé en OBE à
l’agence d’Annecy et j’ai pu constater que le dossier que j’attendais (un
classeur violet) était toujours sur le bureau de la personne qui aurait dû me
l’envoyer. Du coup, un peu énervé, je ne me suis pas gêné de lui téléphoner
pour le lui dire… Elle a été extrêmement surprise et ne comprenait pas
comment je pouvais le savoir… mais je suis resté mystérieux ! En fait, j’ai
de plus en plus l’impression que mes “sorties” se produisent quand j’ai
vraiment quelque chose de précis et d’utile à savoir… Maintenant, j’utilise
aussi beaucoup la vision à distance, mais là, c’est pour des motifs plutôt
futiles. Par exemple, pour rendre service à une autre de mes collègues, qui
voulait savoir si un pull qu’elle avait vu était toujours disponible, je suis
allé “voir” dans le magasin en question. »

Quand Nicolas se projetait en « vision à distance », son ressenti était très
différent de celui d’une OBE. Alors qu’au cours de cette dernière il avait la
sensation de « partir » pour se retrouver ailleurs « dans » une scène, avec la
vision à distance, la scène « venait » à lui, se mettant peu à peu en place en
prenant l’aspect qu’elle avait à cet instant précis. Il procédait souvent à
partir d’un souvenir, par exemple un lieu qui se superposait comme un
calque à sa vision réelle : « L’image vient à moi en surimpression de celle
du lieu dans lequel je me trouve. Alors que cette dernière s’estompe pour
devenir floue, l’autre scène apparaît de façon plus nette. C’est un peu
comme si je fronçais les yeux en focalisant sur un point. Les contours sont
adoucis et les couleurs toujours pastel. Les deux scènes coexistent, mais à
des niveaux différents. Je peux focaliser mon attention sur l’une ou sur
l’autre, alternativement. Pour faire ces allers-retours sans compromettre
l’expérience, il faut que je garde une certaine distance par rapport à la
scène dans laquelle je me trouve réellement, donc un certain degré de
flou… Si je me concentre trop sur cette dernière et qu’elle devient nette,
j’interromps alors le processus… Tout ce qui se trouve autour de l’élément
central de la scène “à distance” (qui, lui, est issu du souvenir que j’en ai)
se découvre peu à peu, comme si je pouvais éclaircir les zones d’ombre…
Une fois la scène révélée, elle est assez floue, car ma vision reste focalisée
sur le point central. Puis, certains éléments se détachent en grossissant, en
prenant une couleur vive, en vibrant, en clignotant, ou encore en bougeant,
même s’il s’agit d’un objet statique. En fait, seule l’information qui
m’intéresse va être “mise en valeur”. Si je fais une vision à distance pour
vérifier s’il y a une place libre pour poser mon vélo, celles-ci vont
m’apparaître plus grandes et plus visibles que les autres. Du coup, je vais
pouvoir les compter… Ou, par exemple, une personne peut m’apparaître
beaucoup plus grande qu’elle ne l’est en réalité… comme s’il y avait une
exagération de l’information que je vais chercher. Dans l’OBE, c’est
différent, j’ai l’impression d’être complètement ailleurs… c’est une
sensation beaucoup plus forte ! » Pourtant, avec le temps, il observera se
sentir aussi un peu « décalé » par rapport à son corps physique pendant ses
visions à distance, comme s’il était légèrement « en dehors » de celui-ci.

Alors qu’il était en voyage en Irlande l’été précédent, Nicolas avait fait
une vision à distance qui restera atypique pour lui, car pour la première fois,
celle-ci avait concerné un endroit qu’il ne connaissait pas : « Nous étions
sur une route perdue, essayant de rejoindre un petit village où nous avions
réservé une chambre d’hôte… Tout d’un coup, nous nous sommes retrouvés
devant un panneau indiquant la fin de la route. Même si le GPS nous
indiquait que nous pouvions continuer, mon amie ne voulait pas prendre de
risque et préférait faire demi-tour pour suivre un autre chemin. Avant de
prendre une décision, j’ai essayé de faire une vision à distance. Alors que je
ne connaissais pas cette route, je suis parti du panneau et l’ai “suivie” sans
problème jusqu’au village, comme si la voiture filait à vive allure ! Nous
avons donc décidé de poursuivre notre chemin sur cette route et sommes
arrivés sans encombres. » Dans ce cas, il n’était pas parti d’un souvenir,
mais de l’endroit qu’il avait sous les yeux. Par la suite, il essaiera de réitérer
cette expérience, mais sans succès.

Quelques années plus tard, Nicolas fera malgré lui une démonstration
assez spectaculaire de cette capacité devant une caméra de télévision. En
effet, en septembre 2012, nous serons contactés par une équipe de la
télévision suisse romande qui préparait pour le magazine santé 36,9° un
reportage sur les états modifiés de conscience non ordinaires, telles que les
sorties hors du corps ou les expériences de mort imminente. L’équipe
souhaitait tourner une séquence dans nos locaux et recueillir notre
témoignage en tant que chercheurs dans le domaine. Nous leur avons parlé
de nos recherches en cours sur les OBE et bien sûr de Nicolas qu’ils ont
tenu à rencontrer, d’abord à Genève en notre présence, puis en privé chez
lui pour l’interviewer dans son cadre familier. Il faut préciser que nous
avions refusé de nous prêter à une expérimentation devant les caméras, par
crainte, d’une part de déstabiliser Nicolas s’il échouait, et d’autre part de
discréditer l’ensemble de nos recherches, même si le journaliste nous
assurait qu’il n’utiliserait pas la séquence si le test n’était pas concluant…
Nous avions déjà assez de mal à réussir l’expérience quand notre candidat
était détendu, il y avait peu de chance que cela fonctionne dans des
circonstances aussi stressantes ! C’est pourquoi, quelques jours plus tard,
nous avions tout d’abord été étonnés par le compte rendu que nous avait fait
le journaliste sur ce qui s’était passé à Lyon lors de leur visite à Nicolas. Au
cours de l’interview, celui-ci avait malgré tout voulu tester Nicolas par
surprise et lui avait demandé d’aller « voir » en OBE ce qui se passait dans
sa boulangerie habituelle. Sans lui dire bien sûr que l’un de ses assistants
était en poste là-bas, armé d’un appareil photo et d’une oreillette pour
suivre en direct les propos de Nicolas. Celui-ci, pourtant stressé par l’enjeu,
avait néanmoins accepté de se prêter à l’exercice en décrivant ce qu’il
voyait dans la boulangerie située à une centaine de mètres. Sans fermer les
yeux, le regard un peu vague, il s’était mis à parler. À l’intérieur du
commerce, l’assistant prenait des photos pour vérifier ses propos en temps
réel. Nicolas avait relevé plusieurs détails qui s’étaient avérés exacts…

L’émission est passée à la télévision suisse romande le 23 janvier 2013.
Très controversée, cette démonstration un peu « music-hall » a fait, comme
nous le craignions, l’objet de vives polémiques sur Internet. Malgré tout,
aucun des soi-disant « experts » qui les alimentaient n’avaient remarqué
que cette expérience improvisée – censée tester la capacité de Nicolas à
sortir de son corps – avait en réalité démontré son aptitude pour… la
« vision à distance », ce qui n’avait rien à voir, même si le résultat était le
même ! Après avoir discuté avec lui, nous comprenions d’ailleurs mieux
pourquoi l’expérience avait pu être concluante, car sa capacité de vision à
distance était moins inhibée par le stress que ne l’aurait été son aptitude à
faire une OBE. Au contraire, sa peur d’échouer devant une caméra avait été
stimulante : « Quand j’ai voulu voir ce qui se passait dans la boulangerie,
je suis parti du souvenir de la porte d’entrée et j’ai focalisé dessus. Autour,
tout était sombre. À partir de là, des éléments se sont rajoutés assez
rapidement, et la scène s’est construite devant moi… Par exemple, les
boucles d’oreilles de la vendeuse me sont apparues énormes, presque aussi
grandes que des assiettes ! Peut-être parce que je sentais que ce détail
pourrait être convaincant… Mais je ne l’ai pas cherché, il m’a sauté aux
yeux… » Suspecté d’avoir truqué la séquence, le journaliste qui l’a
interviewé ce jour-là répond aujourd’hui et raconte comment il a vécu cette
expérience :

« Intrigués par les aptitudes de Nicolas, nous avons décidé de le
soumettre à un test surprise. Au moment de l’interview que nous réalisions
chez lui, nous lui avons proposé d’effectuer une “sortie hors du corps” et
d’aller à la boulangerie du quartier. Loin d’être décontenancé par notre
demande inattendue, il s’est montré soucieux de faire en sorte que cette
expérience puisse faire ressortir des éléments vérifiables. Il ne savait pas
qu’à l’entrée de la boulangerie, nous avions posté un collègue prêt à
photographier la scène à notre signal. Il s’est ensuite concentré une petite
minute et est revenu à nous avec plusieurs observations. Trois personnes
dans le magasin, une caisse à pain jaune inclinée sur un seau posé sur
quelque chose de blanc (le sol) à l’entrée du laboratoire, et des ancres de
bateau sur les oreilles de la boulangère. Nous avons aussitôt demandé à
notre collègue, avec lequel nous étions en connexion simultanée, de vérifier
la vision de Nicolas, et force est de constater que trois clients se trouvaient
bien dans la boulangerie, que la caisse à pain était bien là, dans la position
et l’endroit où il l’avait vue, et que la boulangère portait des boucles
d’oreilles sur lesquelles étaient dessinées des ancres de bateau. Nous avons
demandé à Nicolas s’il s’était rendu à la boulangerie le jour de l’interview.
Il a répondu par la négative. Nous sommes ensuite allés voir la boulangère
pour lui demander depuis quand elle portait ses boucles d’oreilles. Elle
nous a affirmé qu’elle venait de les acquérir et qu’elle les portait pour la
première fois au travail. Nous avons été assez bluffés par cette expérience
qui n’avait aucune prétention scientifique, il faut le préciser. On peut, par
exemple, se demander pourquoi Nicolas n’a pas vu notre collègue à
l’entrée du magasin ou trouver d’autres failles. Il ne s’agissait pas pour
nous de prouver quoi que ce soit, mais de s’interroger sur un phénomène
difficile à expliquer. » (Jean-Daniel Bohnenblust, journaliste à la Radio
Télévision Suisse)

Si Nicolas n’avait pas mentionné le collègue « complice », c’est parce
qu’il avait capté par télépathie avant le test que celui-ci était posté devant la
boulangerie pour vérifier ses dires. Il a alors joué le jeu, sans dévoiler qu’il
avait compris leur petit stratagème…

Pendant une vision à distance, Nicolas garde les yeux ouverts. Il est
conscient de son corps, peut penser et même parler, sans que cela interfère
avec le processus. Son intellect est donc opérationnel. Il peut décoder en
temps réel les informations qu’il reçoit, comme c’était le cas lors de
l’expérience de la boulangerie, alors qu’en OBE, il les décrypte et les
analyse en général a posteriori : « En vision à distance, j’ai l’impression de
n’avoir accès qu’aux informations que mes sens peuvent percevoir et que
mon intellect peut appréhender. Par contre, en sortie de corps, je perçois
plein d’autres choses que je ne peux pas nommer, ni même comprendre. »
Autre différence de taille : alors que Nicolas vivait, du moins au début, des
sorties hors du corps de façon totalement involontaire, la vision à distance
est un phénomène qu’il a pu provoquer volontairement dès le départ.

Toujours pragmatique, il s’est rendu compte avec le temps que la vision à
distance était aussi un moyen plus rapide pour aller chercher une
information, par exemple pour vérifier s’il y avait de la place dans un
cinéma ou si un restaurant était ouvert ! Mais aussi qu’elle était facile à
susciter, puisqu’il lui suffisait de trouver une motivation suffisamment
« utile » pour qu’elle se produise : « Mon copain me teste sans cesse… Par
exemple, il me demande de vérifier si je vois des contrôleurs à l’arrêt
suivant du tramway. Et je réponds toujours juste ! » Cette nouvelle capacité
présentait de grandes similitudes avec celle dont faisait semble-t-il preuve
sa grand-mère (voir la « Première période »). Bien qu’un peu éloigné de
notre questionnement premier sur la possible délocalisation de la
conscience, ce nouveau phénomène n’en révélait pas moins une autre
faculté étonnante.
Développement de la « télépathie »
Mais revenons à cette après-midi d’octobre 2007. Ce jour-là, les tests
n’avaient donné aucun nouveau résultat probant. Ce n’était pas parce que
Nicolas n’arrivait pas à faire d’OBE. En effet, il en faisait à chaque fois,
mais n’en rapportait malheureusement rien de concret. Il était semble-t-il
trop perturbé par ces « voix » qu’il entendait maintenant en permanence.
Car peu à peu, il s’était mis à capter régulièrement les pensées des
personnes présentes : « Pendant la journée, je me sens par moments comme
envahi par un flot de pensées qui vient de l’extérieur. Si je n’y prête pas
attention, ça fait comme un “ronronnement” constant. Peu à peu, j’ai
réussi à me focaliser sur une seule voix, celle de la personne qui est le plus
près de moi. Mais je n’ai aucune prise sur cette capacité, si ce n’est que je
peux seulement repasser dans cette espèce de “brouillard auditif” pour ne
plus capter les pensées d’une personne en particulier… Le pire, c’est que je
ne sais pas toujours si ce que j’entends provient de mes oreilles ou si je l’ai
capté “de conscience à conscience”. Car ces voix sont aussi claires dans
un cas comme dans l’autre. Celles dans ma tête le sont peut-être même
davantage… Par exemple, l’autre jour, alors que ça n’avait jamais été un
sujet de discussion avec mon chef, j’ai capté cette réflexion : “Mon fils
pourrait avoir un accident avec mon scooter, c’est dangereux…”
Spontanément, je lui ai répondu : “Mais non, ne t’inquiète pas, il sera
prudent.” Mon chef a été interloqué… et moi je ne savais plus quoi dire !
Par moments, je ne sais plus d’où proviennent les informations et j’ai peur
de devenir fou. Alors parfois, pour m’en sortir, je fais mine de ne pas
entendre et j’attends que la personne me sollicite éventuellement de
nouveau pour être certain qu’elle me parle… » Une fois de plus, c’est
seulement avec le temps que Nicolas apprendra à reconnaître le phénomène
et à le maîtriser.

Car, à partir de ce jour-là, il s’est mis à pratiquer avec assiduité les
exercices adaptés que nous lui avions conseillés, basés sur une technique de
recentrage corporel et d’attention consciente de ses sens. Observer
consciemment son corps lui permettait de calmer son mental, d’interrompre
le flux de ses émotions et donc de mettre un terme à son anxiété. Et très
vite, comme nous le lui avions annoncé, son problème de voix et de
brouhaha s’est estompé. À partir de là, il a appris à laisser ou non cette
faculté télépathique s’exprimer, selon l’utilité qu’il y trouvait : « Je focalise
mon attention sur les pensées de quelqu’un uniquement si j’ai besoin d’une
information particulière. Par exemple, lorsque je me retrouve confronté à
une situation nouvelle, dans un lieu inconnu, la télépathie se met
instinctivement en route. Je capte intérieurement tout ce que se disent les
gens, comme pour mieux savoir à qui j’ai affaire… Si je constate que
l’environnement m’est favorable, le flot s’éteint alors naturellement…
Quand j’essaie de faire volontairement de la télépathie, je vois comme de la
poussière et des vagues autour de la personne dont je cherche à capter la
pensée jusqu’à ce que son image se brouille… comme si je ne pouvais pas
la voir en même temps… » Aujourd’hui encore, quand il est confronté à des
pensées d’autrui particulièrement « insistantes », celles-ci s’imposent
malgré lui. Parfois, certaines peuvent même lui faire mal à la tête. Mais il
ne peut pas entrer systématiquement en communication télépathique. En
effet, avec certaines personnes, il ne capte tout simplement rien.

Forcément, il est arrivé à Nicolas de tomber sur des réflexions négatives,
qui parfois le concernaient. À cette époque, cela a renforcé son sentiment de
déception vis-à-vis du genre humain, déclenché quelques mois plus tôt par
l’infidélité de son compagnon : « Je ne ressens plus que du dégoût pour
l’humanité. Je considère l’Homme comme un être perfide et écœurant…
Tout ce qu’il produit m’exaspère : les guerres, les industries polluant la
planète, etc. » D’ailleurs quelques années plus tard, nous apprendrons
stupéfaits qu’il envisageait à ce moment-là de participer le plus
sérieusement du monde à un projet international de recherche visant à
envoyer des hommes sur Mars… sans retour possible ! Il avait même
déposé sa candidature, espérant réellement faire partie des heureux élus, au
grand dam de son petit ami4… Pourtant, s’il y a bien une chose que l’être
humain peine à maîtriser, ce sont ses pensées ! Il fallait que Nicolas admette
que même les plus sages pouvaient quelques fois avoir des pensées
mesquines. Avec le temps, il finira par trouver la distance nécessaire par
rapport à cette nouvelle capacité et avouera que parfois, certaines pensées
captées l’ont aussi bousculé, fait réfléchir et même… évoluer.

De façon générale, la télépathie est un phénomène qui est souvent
rapporté au cours des OBE. Ainsi, pendant l’expérience qui lui avait permis
d’assister à la soirée d’anniversaire de son meilleur ami (voir la « Première
période »), la télépathie s’était déjà manifestée chez Nicolas : « Quand
Rémy a découvert le cadeau de sa cousine, un horrible vase, je l’ai entendu
penser : “Mais, c’est quoi, ce truc ?”, comme s’il l’avait dit tout haut. Sa
réflexion me paraissait tout aussi réelle qu’une parole qu’il aurait pu
prononcer. Tout au long de la soirée, j’ai “entendu” un flot de critiques
concernant les déguisements de chacun : “Ah, mais qu’est-ce que c’est
moche !” ou “Ma tenue n’est pas terrible, j’aurais pu faire mieux…”
Parfois, je reconnaissais facilement qu’il s’agissait de pensées, car leur
contenu n’aurait pas pu être exprimé tel quel à quelqu’un. D’autres étaient
moins facilement identifiables, par exemple “Tu me plais…” » Il est
intéressant de souligner que la télépathie est également souvent rapportée
pendant la phase OBE des EMI5. Cette capacité est donc étroitement
associée avec les EMC. D’ailleurs, comme pour la vision à distance et
d’autres perceptions extrasensorielles, Nicolas a constaté, une fois de plus,
qu’il semblait nécessaire que sa conscience soit un petit peu « décalée » par
rapport à son corps physique, ou simplement qu’elle « se déploie » au-delà
de ses limites corporelles pour que le phénomène se produise.

La télépathie, tout comme la vision à distance, a fait l’objet de
nombreuses recherches dans différents laboratoires à travers le monde. Des
expériences de Joseph Banks Rhine6 à l’université Duke aux États-Unis
dans les années 1930 à celles du biologiste Rupert Sheldrake sur la
télépathie animale7 en Angleterre au début des années 2000, en passant par
les protocoles Ganzfeld8 des années 1970, c’est probablement le domaine
de la parapsychologie qui a été le plus étudié et qui a obtenu le plus de
résultats statistiquement significatifs. À noter que les précautions prises par
les chercheurs dans ces domaines, ainsi que la rigueur dont ils font preuve,
dépassent souvent et de loin celles prises dans n’importe quel laboratoire
étudiant un domaine plus classique. Malgré tout, comme beaucoup de
phénomènes inexpliqués de la conscience, celui-ci n’est toujours pas
reconnu pour l’heure par la communauté scientifique… Pour notre part,
nous avons bien sûr tenté d’étudier cette nouvelle capacité de Nicolas en
effectuant quelques tests. Mais ceux-ci n’ont rien donné de vraiment
probant, une fois de plus semble-t-il à cause du manque d’intérêt qu’ils
représentaient pour lui. Mais il faut avouer que nous n’avons pas vraiment
accordé beaucoup de temps à ces expérimentations qui sont restées très
sommaires. Car prouver la télépathie n’était pas notre préoccupation
principale et nous ne voulions pas trop nous disperser. De plus, c’était un
domaine que la Fondation Odier de psycho-physique avait déjà investigué
par le passé et pour lequel elle avait obtenu quelques résultats très
intéressants9. Par contre, il n’était pas rare que Nicolas capte fortuitement
nos propres pensées dans le quotidien, ce qui s’était parfois révélé cocasse
ou même… gênant !

Aujourd’hui, une hypothèse plausible postule que la télépathie pourrait
avoir comme support un type particulier d’ondes appelées les « ondes
scalaires ». Ces ondes en provenance du cosmos formeraient un « bruit de
fond » permanent dans notre environnement et seraient continuellement
réémises par les roches, l’eau, les végétaux, les animaux et les humains.
C’est le physicien Nicolas Tesla qui le premier mit en évidence ce
rayonnement dans les années 1900 et en définit les propriétés.

Ce type d’ondes, dont on commence à entendre beaucoup parler –
notamment dans le domaine de la santé, puisqu’il serait à l’origine des
phénomènes de bio-résonance – est également très intéressant en regard des
phénomènes que vit Nicolas, tant au niveau de la télépathie, de la
clairaudience (que nous aborderons dans la « Cinquième période »), que de
celui du « vortex » qu’il mentionne au cours de ses OBE (voir la
« Deuxième période »). En effet, les ondes scalaires, qui sont des ondes de
nature électrique, progressent dans l’espace en… vortex (et non sous la
forme sinusoïdale propre aux ondes électromagnétiques). Contrairement à
ces dernières dont la force diminue avec la distance, les ondes scalaires se
chargent également de tous les champs d’énergie qu’elles traversent et
dégagent donc plus de puissance à l’arrivée qu’au départ. Elles fonctionnent
sur le principe de l’émetteur-récepteur. Dès que l’accord de résonance est
réalisé entre l’émetteur et le récepteur, une transmission d’énergie et
d’information se fait. Le cerveau humain émettrait aussi ce type d’ondes.
D’où leur autre appellation d’« énergies pensives » par des scientifiques qui
affirment qu’elles pourraient bien être à l’origine des transmissions de
pensées10… À l’évidence, Nicolas aurait la particularité d’être un bon
récepteur, facilement en résonance avec l’émetteur !

Les ondes scalaires ouvrent des horizons et des perspectives
passionnantes dans le domaine de la santé et des nouvelles énergies. Mais
tout comme à l’époque de Tesla, où elles furent ignorées par la communauté
scientifique, leur caractère non polluant, inépuisable et potentiellement
gratuit, comme en rêvait ce dernier, ne joue toujours pas en leur faveur dans
un monde régi par le diktat d’une économie toute-puissante…

La faculté télépathique semble aussi être au cœur d’une méthode
alternative appelée « communication facilitée » destinée à des personnes
handicapées de la parole (autistes, infirmes moteur-cérébraux). Mise au
point dans les années 1980, elle s’est développée en France au début des
années 1990. En soutenant la main de la personne « facilitée », le
« facilitant » accompagne son mouvement vers un clavier d’ordinateur.
Alors que certains handicapés n’avaient jamais appris à parler ou à écrire,
ils auraient pu communiquer par ce biais et s’exprimer parfois sur des
douleurs physiques que le personnel soignant n’avait pas détectées. Des
textes extraordinaires ont aussi été retranscrits, parfois hautement spirituels.
Avec le temps, les facilitants se sont rendu compte qu’ils pouvaient
directement écrire sans tenir la main du facilité, car la méthode
fonctionnerait en fait par communication télépathique. La personne facilitée
se connecterait sur le facilitant pour utiliser son bagage culturel et former
ses mots quand c’est elle qui écrit, et à l’inverse, c’est le facilitant qui se
connecterait aux pensées du facilité quand il écrit sans lui tenir la main.
Non reconnue par la communauté scientifique, cette méthode a été
vivement critiquée, surtout en France, par certains praticiens la décrivant
comme « charlatanesque ». Pour autant, nous avons tenu à la mentionner,
car nous connaissons des praticiens très sérieux qui utilisent cette méthode
et affirment qu’elle a totalement bouleversé la vie de nombreux parents
d’enfants handicapés. En outre, nous avions été profondément troublés lors
d’une table ronde entre jeunes adultes infirmes moteur-cérébraux
accompagnés de facilitants, à laquelle nous avions assisté il y a quelques
années en Suisse romande11. À travers les échanges, il était frappant de
constater que chacun avait une personnalité bien affirmée, très terre à terre
pour certains, et d’une grande spiritualité pour d’autres. Mais leurs propos
étaient inattendus de la part de personnes présentant une telle déficience
apparente. Certains d’entre eux disaient aussi sortir régulièrement de leur
corps pour se libérer de cette enveloppe trop inadaptée… et même se
retrouver entre eux dans cet autre état !

Des années plus tard, en 2013, alors qu’il aura cessé de travailler en tant
que comptable et repris des études d’infirmier, Nicolas fera une expérience
étonnante, qui est à mettre en relation avec ses capacités télépathiques :
« En face de mon professeur d’anglais, un anglophone, je me suis mis à lui
parler dans un anglais parfait. Pourtant, je ne suis pas bilingue et, comme
beaucoup de Français, je possède un anglais très basique !… Sur le
moment, je n’ai pas eu conscience de communiquer dans une autre langue.
Cela me venait naturellement, comme si je lui parlais en français. C’est par
la suite, quand mes camarades m’ont demandé pourquoi je ne leur avais
pas dit que j’étais anglophone que j’ai compris ce qui s’était passé… Cette
expérience m’est arrivée plusieurs fois, toujours avec le même professeur,
mais jamais avec des personnes parlant d’autres langues… pour
l’instant ! » Nicolas aurait-il été lui aussi capable de se connecter aux aires
cérébrales du langage d’une autre personne, comme le suggère la
communication facilitée ? En d’autres occasions, ses capacités
télépathiques lui permettront également d’acquérir des connaissances
médicales qu’il ne possédait pas encore : « Au cours d’un stage, une
infirmière m’a demandé à quoi servait un médicament dont je n’avais
jamais entendu parler. J’ai pu répondre à sa question très facilement en
“entendant” en elle “antiagrégant plaquettaire”… L’autre jour aussi, on
m’a sollicité pour une “ponction artérielle pour gaz du sang” que je
n’avais jamais faite. Je l’ai reproduite exactement comme l’infirmière
l’avait pensée. À sa plus grande stupéfaction d’ailleurs, car sa technique
n’était pas des plus classiques ! » Par ailleurs, Nicolas affirme aujourd’hui
ne jamais perdre aux jeux impliquant au moins une personne en lien avec
les réponses : « Quand quelqu’un lit une information, je la capte. Par
exemple, au poker, je sais quand je dois me coucher ou pas. Je reconnais
tout de suite celui qui bluffe ! » Un jour, pendant l’ordination d’un ami, en
symbiose avec la foule, il raconte aussi avoir été capable de réciter une
liturgie de chants en latin sans les connaître : « J’avais l’impression de
“faire un” avec la cathédrale. J’étais en connexion avec le lieu et les gens.
J’avais juste besoin d’ouvrir la bouche pour que les mots affluent tout
seuls… »
Et l’éthique dans tout ça ?
Évidemment, toutes ces capacités ont assez vite engendré chez Nicolas
un questionnement éthique : « Je me rends bien compte que d’avoir de
telles capacités me procure un pouvoir sur les autres et pourrait porter
atteinte à leur vie privée… C’est vrai que je pourrais facilement les utiliser
pour arnaquer ou espionner, afin d’en retirer un profit personnel… d’où la
nécessité pour moi de définir une éthique dans ma vie et dans mes actes… »
Avec le temps, il se forgera une ligne de conduite. Il n’utilise jamais ses
capacités pour manipuler l’autre, pour bénéficier d’une supériorité ou pour
en tirer un quelconque avantage. Il veille toujours à ne pas empiéter sur la
vie privée de ses proches et à respecter leur jardin secret… même s’il avoue
que ce n’est pas toujours évident : « J’essaie de ne pas faire ce que je ne
voudrais pas que l’on me fasse, même si parfois ça reste difficile !… Je ne
suis pas un voyeur, mais parfois je dois bien avouer que lorsqu’une
inquiétude est trop forte, elle me dirigera malgré moi vers des scènes que je
ne devrais pas voir… Mais dans ce cas, j’ai quand même la possibilité
d’interrompre l’expérience. Par exemple, ça m’est arrivé de m’inquiéter sur
ce que pouvait bien être en train de faire Benoît et de le surprendre, alors
que j’étais en sortie de corps, pendant une scène intime… Dans ce cas, j’ai
tout coupé, comme je peux le faire pour la télépathie… Par la suite, dès que
je me retrouvais chez moi en OBE et que je voulais voir où était mon
compagnon, j’étais surpris de constater que je ne pouvais pas pénétrer
dans la pièce où il se trouvait, comme si quelque chose m’en empêchait… »
Son inconscient le bloquait probablement, par peur de ce qu’il aurait pu
voir. Nous reviendrons plus tard sur cette notion d’« interdit » (voir la
« Quatrième période »). Pour l’instant, nous pouvions une fois de plus
constater le rôle primordial de l’émotionnel dans la survenue et le
déroulement de ses OBE.

Mais reprenons le cours des événements.

Jeudi 8 novembre 2007. Nicolas est arrivé tout guilleret : « Enfin je me
sens totalement libéré, je me sens bien, j’ai continué à suivre vos conseils, à
faire vos exercices, et maintenant, je n’entends plus du tout ce brouhaha de
voix et de bruits. » De plus, sa faculté de vision à distance continuait de se
développer. Par exemple, il avait pu « voir » avec surprise l’une de ses
collègues avec qui il était en train de parler au téléphone et en même temps,
sur le bureau de celle-ci, une facture qui devait lui être scannée d’urgence…
Il avait aussi recommencé à vivre beaucoup d’OBE dans son quotidien.
Mais peut-être était-ce parce qu’à cette époque, il s’ennuyait ferme à son
bureau : « L’autre jour, j’en avais tellement ras-le-bol que je suis sorti de
mon corps pratiquement toute la journée ! Pourtant, quelle bonne surprise,
à mon retour je me suis aperçu que j’avais traité tous mes dossiers en
cours… mes collègues n’ont rien remarqué, car apparemment je
communiquais normalement avec eux ! »

Les tests se poursuivaient, mais malheureusement sans nouveaux
résultats probants. Nicolas partait assez rapidement en OBE, percevait des
choses diverses et variées, parfois intéressantes, mais qui ne permettaient
pas de valider l’expérience. À présent qu’il développait des capacités
télépathiques, nous devions être particulièrement vigilants et totalement
ignorants des informations qu’il nous rapportait. C’est pourquoi nous
avions finalement abandonné l’utilisation des objets ou des images que
nous déposions nous-mêmes dans la pièce pour le stimuler. Car seule la
mention de l’image sélectionnée aléatoirement par l’ordinateur et projetée
sur l’écran pouvait nous assurer qu’il n’avait pas utilisé, même
inconsciemment, la télépathie pour obtenir l’info. Et de toute façon, il
commençait à se lasser de notre stratagème pour l’attirer en OBE dans la
pièce d’expérimentation. Il semblait à nouveau plus intéressé par le
moindre bruit à l’extérieur du local qu’il s’empressait de suivre, plutôt que
par ce qui se trouvait dans la pièce contiguë… En fait, nous sentions qu’il
commençait à se lasser de ce genre de tests et de la façon de procéder,
devenue forcément routinière.

Mardi 18 décembre 2007. Ce jour-là, contre toute attente, Nicolas a
semblé retrouver un regain d’intérêt. Lors de la séance du matin, il a pu voir
et clairement identifier deux photos. Il s’agissait d’une photo du télescope
Hubble, ainsi que du dessin de deux losanges verts. Pendant la séance de
l’après-midi, il a fait une OBE, mais est resté dans la pièce où son corps
était étendu. Et là, à travers le mur, il a pu voir l’image projetée dans la
pièce contiguë : « D’abord, je vous ai vus assis sur le canapé et je me suis
placé derrière vous… Tout baignait dans une ambiance lumineuse jaune
pâle, et pour moi, il y avait de nouveau une inversion gauche droite de la
pièce. Et là, j’ai vu à travers le mur en face de moi une forme triangulaire,
et à côté, une sorte de boule comme un visage… Ce visage avait un air un
peu étrange et aussi étranger… Il y avait quelque chose autour de la tête
qui me faisait penser par sa forme à ces clowns à cheveux orange, mais je
n’ai pas distingué de couleurs… » Il faut préciser qu’entre lui et l’image
projetée, il y avait alors une bonne dizaine de mètres. Quand l’ordinateur lui
a présenté les vingt images de la série pour faire son choix, Nicolas n’a pas
hésité une seconde : il a choisi une photo sur laquelle on voyait une
pyramide et un peu en arrière-plan… le sphinx… ce qui était la bonne
réponse !
L’expérience du « noir »
Jeudi 24 janvier 2008. Quelques semaines avaient passé depuis la
dernière visite de Nicolas. Il est arrivé de bonne heure ce jour-là. Comme
d’habitude, il était très peu vêtu, malgré le froid piquant de cette matinée
hivernale. Et, comme d’habitude, il nous avait apporté des petits pains au
chocolat. Il paraissait particulièrement content de nous voir, mais en même
temps un peu tendu. Même s’il ne nous a pas raconté tout de suite ce qui le
tracassait, nous commencions à suffisamment bien le connaître pour
détecter immédiatement que quelque chose n’allait pas. Mais nous avons
attendu qu’il nous en parle :

« J’ai à nouveau fait une expérience très angoissante et depuis, je ne suis
pas bien du tout… C’était il y a une dizaine de jours chez mes parents,
j’étais en train d’aider ma mère à préparer le repas, quand tout à coup je
me suis senti partir ailleurs… j’en ai même lâché brusquement la vaisselle
que je tenais dans les mains… et là, je me suis retrouvé dans le noir total,
avec la sensation très oppressante d’être dans un espace clos… J’avais
froid et j’étais paniqué… Je m’entendais crier pour demander de l’aide, je
m’entendais dire “Je veux sortir de là !” Et au bout d’un moment, qui m’a
semblé très long – au moins une heure je dirais –, je suis sorti de cet état…
Ma mère était en train de me secouer… Pour elle, la scène avait duré trois
ou quatre secondes… Elle m’a raconté que j’étais resté debout, les yeux
ouverts, mais que je semblais ne plus avoir de tonus musculaire et que
j’avais les larmes aux yeux… Depuis, ça m’est encore arrivé trois autres
fois, et j’ai peur que ça continue à se reproduire… Cela pourrait être une
sorte d’OBE, mais je n’en ressens pas les sensations… C’est toujours le
même scénario, je me retrouve tout à coup dans le noir absolu, avec une
impression d’étouffement, d’enfermement… Je me sens comme observé,
mais il n’y a personne… C’est très angoissant, d’autant plus que je ne sais
pas quand ça va s’arrêter, et que le temps me semble vraiment très long…
Ça peut se passer n’importe quand et dans n’importe quelle situation, hier,
ça m’est arrivé alors que j’étais devant un jeu vidéo… »

Après avoir beaucoup questionné Nicolas sur cette expérience et sur son
ressenti quand elle se produisait, nous avons envisagé plusieurs hypothèses.
Par exemple, il aurait pu s’agir du « revécu » d’un souvenir douloureux,
celui de sa naissance, ou encore celui d’un épisode de son enfance qu’il
nous a raconté ce jour-là, cette expérience l’ayant fait resurgir dans sa
mémoire : à l’âge de 4-5 ans, il avait été enfermé dans une cave très sombre
par ses cousins et, se sentant complètement impuissant, avait eu vraiment
très peur. À l’époque où est survenue cette « expérience du noir », comme
nous l’avons appelée, Nicolas traversait des difficultés familiales et
professionnelles importantes. Une grande frustration et une inquiétude
lancinante s’étaient installées en lui, notamment à cause du comportement
tyrannique d’un nouveau supérieur hiérarchique. Dans un premier temps,
cela avait engendré un brusque arrêt de ses OBE, aussi bien nocturnes que
diurnes. Puis, cette expérience « d’enfermement » s’était manifestée. Peut-
être que ce douloureux souvenir d’enfance avait refait surface en
conséquence de son état émotionnel du moment ? Mais il pouvait aussi
s’agir d’un « nœud » de son mental sans aucun rapport avec cet événement :
l’état émotionnel dans lequel il se trouvait, accumulant frustration,
inquiétude, stress et fatigue, aurait pu avoir simplement créé en lui une sorte
de blocage au moment où une OBE débutait, l’empêchant de se dérouler
normalement. Nous avions déjà pu observer ce genre de phénomène chez
d’autres expérienceurs.

Notre accompagnement consistait entre autres à faire comprendre à
Nicolas le lien qui existait entre ce qu’il vivait sur le plan émotionnel dans
son quotidien et dans ses différentes expériences. Nous l’amenions aussi à
détailler le plus précisément possible ses ressentis avant, pendant et après
celles-ci, ce qui lui permettait souvent de les dédramatiser. Dans le cas
présent, le seul fait de « rationaliser » ce qu’il vivait en envisageant des
explications logiques l’avait beaucoup rassuré. Mais environ deux semaines
plus tard, il nous a téléphoné, complètement paniqué : « Maintenant, ça
peut se répéter plusieurs fois par jour ! J’en ai tellement peur que j’essaie
par tous les moyens de m’occuper l’esprit pour ne pas revivre cette
expérience. Ce n’est pas l’obscurité qui est angoissante, mais l’absence de
repères, je ne sais pas ce qu’il y a autour, peut-être que c’est le vide… ?
Quand je me retrouve dans cette zone de noir total, le temps me paraît
interminable. Je veux que ça s’arrête, c’est horrible !! Des fois, je pense
même au suicide, n’importe quoi, pourvu que ça s’arrête… » Nous lui
avons alors expliqué que dans ces moments-là, son mental alimentait sa
peur de ne pas pouvoir s’en sortir, ce qui ne faisait qu’aggraver le
phénomène… À nouveau, rationaliser ce qu’il vivait a permis de l’apaiser.
Ensuite, nous lui avons conseillé de verbaliser le mot « lumière » la
prochaine fois que l’expérience se produirait et d’essayer de la visualiser…
Quinze jours plus tard, lors de sa visite suivante, le problème était résolu :
« Votre conseil a été magique ! Au début, j’ai perçu une toute petite pointe
de lumière, comme une tête d’épingle qui, avec le temps, s’est élargie et a
fini par devenir un énorme soleil. J’ai alors pu entrer dans un état
d’apaisement profond, et l’expérience s’est arrêtée d’elle-même, sans que
j’y prête attention… Au bout de trois ou quatre fois, l’obscurité a disparu
totalement, et le phénomène ne s’est plus reproduit. Vous n’imaginez pas à
quel point je suis soulagé ! » En effet, les expérienceurs ne doivent pas
oublier que dans les EMC non ordinaires, comme nous l’avons déjà dit, la
pensée est bel et bien créatrice, tant négativement (dans le cas présent, le
noir) que positivement (ici, la lumière), et qu’ils peuvent s’en servir pour
sortir d’expériences négatives. Mais il est souvent nécessaire d’opérer aussi
en parallèle une analyse plus psychologique.

Selon nous, il est probable que Nicolas ait perçu pour la première fois,
lors de ces épisodes angoissants, une étape parfois associée à un
changement d’état de conscience, qui ne s’était encore jamais présentée à
lui. Son mental – ayant alors pris peur – avait empêché le déroulement
normal de l’expérience. Le fait que ce phénomène désagréable ait
rapidement pris fin suite à notre conseil de visualisation plaide en faveur de
cette hypothèse. Il est intéressant de souligner que la traversée d’un espace
totalement noir est souvent décrite par les personnes qui vivent une EMI.
D’ailleurs, il existe une catégorie d’EMI négatives au cours desquelles les
témoins restent eux aussi bloqués dans cette phase qu’ils vivent avec effroi,
comme si c’était leur « sort pour l’éternité ». Là encore, c’est leur état
psychologique et émotionnel juste avant l’EMI (perturbations diverses,
refus de perdre le contrôle, peur de mourir ou encore de l’inconnu, etc.) qui
semble créer ce blocage. En effet, il suffit souvent que la personne accepte
de s’abandonner à l’expérience pour que celle-ci devienne instantanément
positive. Voici un témoignage qui illustre cette hypothèse :

« J’étais à trois semaines d’une opération importante. Le doute s’était
emparé de moi. La peur aussi. Car je savais que les conséquences de cette
opération seraient difficiles. Alors, m’emparant d’une bouteille de whisky,
j’ai commencé à boire. Comme je suis croyante et que j’avais beaucoup lu
sur les EMI, je me souviens avoir pensé : “Seigneur, je suis fatiguée par
tant de douleurs… S’il te plaît, j’aimerais te rencontrer et revoir mes
parents décédés.” Après avoir bu quelques gorgées (il paraît que j’ai vidé
la bouteille), je suis “sortie” de mon corps. Je le voyais en dessous de moi,
là, étendu sur le sol. Puis, à une vitesse phénoménale, je me suis soudain
sentie aspirée dans un trou noir. C’est alors que j’ai commencé à éprouver
une profonde solitude que je ne saurais décrire avec des mots… Il n’y avait
rien autour de moi. Rien de rien. Un rien de rien insupportable !! Le temps
s’était arrêté, et l’espace n’existait plus. J’étais là, perdue au milieu de
nulle part, seule, dans ce trou noir, avec cette sensation de néant terrible ou
de vide qui me rendait profondément triste. Je me souviens avoir pensé :
“Alors, c’est cela l’enfer… Le rien de rien !” Puis, j’ai senti que
maintenant que je savais, je pouvais choisir d’y rester ou pas… J’ai eu
l’impression d’entendre une voix, mais pas comme une voix que l’on entend
avec nos oreilles… une voix qui arrive directement à l’intérieur. Au moment
même où j’ai décidé de revenir, je me suis sentie aspirée de nouveau dans le
trou noir, mais en sens inverse. Lorsque je me suis réveillée dans un lit
d’hôpital, une infirmière m’expliqua que j’avais failli mourir d’un coma
éthylique. Je garde aujourd’hui une profonde tristesse de cette expérience.
Je me demande pourquoi, moi, chrétienne, qui crois tant en une vie après la
mort, accompagnée d’un sentiment de paix et d’amour immense, j’ai vécu
ce que j’appelle vraiment “un enfer” ? Je croyais traverser un tunnel de
lumière et je n’ai senti que le noir absolu, le vide, le néant… »

Ainsi, malgré ses croyances et ses attentes positives, cette femme a vécu
une expérience terrifiante, comme si son état psychologique et son angoisse
du moment avaient bloqué son déroulement normal. D’autres témoins n’ont
absolument pas eu peur de cette phase de noir absolu, qui est aussi
récurrente dans les NDE positives. Après l’avoir accueillie sereinement, ils
ont rapidement vu la lumière se manifester, à l’instar de Mako ci-après :

« En 1989, au cours d’une session de surf dans des vagues devant la
jetée de Saint-Pierre, sur l’île de la Réunion, il m’est arrivé un grave
accident. J’étais seul. Une grosse vague m’a emporté dans les remous […]
Totalement à cours d’oxygène, je me suis laissé aller sans lutter pour
économiser le peu d’air qu’il me restait. Puis, j’ai perdu connaissance…
Suspendu dans un vide agréable, sombre et silencieux, je ne me suis pas
inquiété de voir mon corps en train de flotter entre deux eaux, tournant
légèrement sur lui-même. J’ai réalisé tout de suite que je l’avais quitté et
que j’étais bien mort. Je me trouvais maintenant dans une autre dimension.
Aspiré vers le haut dans un espace vide, un tunnel noir sans fin, j’étais
serein et heureux en découvrant ces nouvelles sensations uniques et
inconnues. J’ai commencé à voyager et à prendre de la vitesse dans ce noir
absolu, surpris par le bien-être que je sentais monter en moi. Je découvrais
un “vide” qui m’était totalement inconnu jusqu’alors, mais qui ne me
faisait pas peur. Je me rendais compte que j’étais mort physiquement, mais
étrangement bien plus vivant et conscient que dans ma vie normale. Je ne
sentais ni le chaud ni le froid, ni aucune information positive ou négative.
“J’étais” tout simplement suspendu dans la réalité, l’absolu. Je n’avais pas
de forme. J’étais une énergie, aussi légère qu’une pensée. J’étais la
conscience pure. Dans cet espace illimité et sans fin, j’ai aperçu au loin un
minuscule point lumineux comme une toute petite étoile. Naturellement
guidé jusqu’à elle à une vitesse vertigineuse, je m’en suis approché, mais
sans ressentir de déplacement “physique”. Plus cette lumière grandissait,
plus elle devenait éclatante, d’un blanc et d’une clarté inouïs sans pour
autant jamais m’aveugler. Plus je m’en approchais, plus je sentais un bien-
être absolu monter en moi. Je n’avais aucune peur ni aucune angoisse, pas
de question à me poser. Je possédais la connaissance, j’étais suspendu dans
l’ici et maintenant. Totalement abandonné à cette source d’amour… Une
énergie divine montait en moi et jaillissait en même temps. Je rayonnais et
fusionnais littéralement avec cette source lumineuse intense, surnaturelle,
nacrée, d’une blancheur immaculée. Je baignais dedans, en harmonie avec
le Tout. Puis, j’ai réintégré mon corps en sentant le souffle vital rentrer par
ma bouche pour se répandre partout ailleurs, de la pointe de mes pieds à
celle de mes cheveux. Quand je suis revenu à moi, j’ai relevé brusquement
la tête hors de l’eau en reprenant mon souffle… »

Il nous paraît important d’insister sur cette expérience très fréquente du
« noir » et d’ouvrir ainsi quelques pistes de réflexion, car « un expérienceur
averti en valant deux », celle-ci pourrait probablement être facilement
évitée ou mieux gérée.
Quand se réveille le serpent de feu
Jeudi 21 février 2008. Parallèlement à cette expérience du « noir », il y
avait un autre phénomène inquiétant qui commençait à se manifester en
Nicolas : « Par moments, je ressens comme de très grosses montées
d’énergie dans mon corps avec des sensations de chaleur intense… » Une
fois de plus, ce type de manifestations énergétiques nous était familier : ces
sensations étaient le signe de ce que l’on appelle un « réveil de Kundalini ».
Non seulement il ne devait pas le redouter, mais il devait même l’accueillir,
s’ouvrir à lui et s’en réjouir, car tout cela allait dans un sens positif pour le
développement de ses capacités et pour son évolution. En effet, d’après
notre expérience professionnelle, il n’était pas rare que des expérienceurs se
mettent à vivre un enchaînement de phénomènes plus ou moins intenses et
variés, qui semblaient s’inscrire dans un processus d’ouverture et
d’évolution spirituelle. Même si parfois on pouvait le croire, ces
expériences ne semblaient pas survenir au hasard, mais plutôt correspondre
à des opportunités de changement d’état de conscience, qui permettaient
même à certains d’atteindre différents degrés d’éveil12.

En Inde, la Kundalini est le nom donné à l’énergie vitale, qui serait
emprisonnée, comme « endormie » à la base de la colonne vertébrale au
niveau du sacrum. Chez la plupart des gens, une très faible quantité
seulement de cette énergie circulerait dans le corps, et son « réveil »
signifierait l’activation de sa circulation. Une fois « réveillée », la
Kundalini est ressentie comme remontant à l’intérieur de la colonne
vertébrale, traversant et dynamisant au passage les centres énergétiques du
corps humain (chakras). Quand le processus aboutit, l’énergie sort par le
sommet du crâne au niveau de la fontanelle, ce qui provoque un état
d’expansion de conscience conduisant à la sensation de faire « un » avec le
« Tout ». Concrètement, ce phénomène est souvent accompagné de
manifestations physiques, telles qu’une sensation de chaleur extrême, des
fourmillements, des picotements électriques, des vibrations, une excitation
sexuelle intense, et parfois des douleurs violentes et récurrentes. Des
manifestations visuelles (flashs de lumière, figures géométriques colorées,
etc.) et auditives (sons bourdonnants, musiques, etc.) sont également
souvent mentionnées, ainsi que des mouvements incontrôlables et la prise
« instinctive » de certaines positions corporelles. Selon l’intensité du réveil,
les symptômes peuvent être plus ou moins agréables, voire devenir
franchement désagréables. L’éveil de la Kundalini est décrit dans la
tradition orientale comme « un processus de purification intérieure », qui
réactive aussi sur son passage des peurs, des traumatismes anciens ou des
blocages physiques et psychologiques dans le but de les éliminer. Pourtant,
ces manifestations sont souvent entrecoupées de symptômes psychiques
positifs, tel qu’un sentiment de plénitude et de béatitude. Nous avons
également observé que cette énergie, ou des manifestations énergétiques
moins caractéristiques, étaient très souvent à l’origine d’autres EMC non
ordinaires. À ce propos, les vibrations internes souvent ressenties en
prémices d’une OBE suggèrent que l’activation de la Kundalini pourrait
bien ne pas être étrangère à son déclenchement.

Alors qu’en Orient ce processus énergétique est recherché activement par
certains à travers la pratique du yoga et de la méditation, les cas que nous
avons pu observer et accompagner étaient toujours survenus spontanément,
souvent à la suite de chocs émotionnels. À l’évidence, pour Nicolas, les
chocs successifs liés à ses problèmes familiaux, professionnels, ainsi qu’à
son expérience du « noir » semblaient être responsables de l’apparition de
ce phénomène…

Jeudi 20 mars 2008. Un mois s’était écoulé depuis la dernière visite de
Nicolas. Il était très excité à son arrivée. Mais dès qu’il s’est mis à parler, il
est soudain devenu très calme, très posé, comme en résonance avec l’état
particulier qu’il décrivait : « Je me sens beaucoup mieux depuis la dernière
fois… Comme d’habitude, j’ai vécu quelques OBE, mais ce qui est très
important, c’est qu’à présent je maîtrise totalement le phénomène du
“noir”… Je ne le crains plus, j’ai suivi et mis en pratique vos conseils, je
n’ai qu’à décider d’être dans la lumière et instantanément j’y suis… En
utilisant vos exercices, j’ai aussi appris à maîtriser les montées d’énergie
dans ma colonne vertébrale, et maintenant je trouve même cela très
agréable… En fait, j’arrive par moments à me retrouver dans un état où
mon mental et mon ego sont relativement “absents”… et alors, c’est la
sérénité… Et ce nouvel état d’être a aussi des conséquences sur mes sorties
de corps. En effet, curieusement, je ressens de nouvelles sensations, par
exemple celle de me mouvoir dans un milieu fluide… »

Le travail que nous avions effectué ensemble commençait à porter ses
fruits. Grâce à son assiduité, Nicolas entrait dorénavant dans des états de
conscience de plus en plus subtils et très agréables à vivre. Après les mois
difficiles qu’il venait de passer, cette période de répit était pour lui
particulièrement bienvenue. Mais nous étions bien placés pour savoir que
ces états sont très fluctuants. Ainsi, quelques semaines plus tard, suite à un
nouveau conflit avec son chef provisoire, ses OBE allaient de nouveau
prendre un caractère désagréable, les nouvelles sensations qu’il mentionnait
s’étant démesurément accentuées. Cela commençait par une sorte de
« black-out » de quelques secondes, puis il ressentait une poussée très forte,
avec une sensation de vitesse incroyable et de pression très forte de l’air sur
le « corps » pendant son déplacement. Car maintenant, Nicolas avait parfois
la sensation d’avoir un autre corps en OBE ! Il voyait en dessous de lui des
paysages colorés, parfois la mer. Mais comme tout cela était trop fort et trop
rapide, il était vite gagné par la peur. Peur de ne rien maîtriser et même par
celle – totalement irrationnelle – d’exploser ! Une fois de plus, il était
intéressant pour nous de constater l’impact puissant de son mental sur le
déroulement de ses expériences.

Ce nouveau conflit avec son chef avait créé en lui une grande
perturbation émotionnelle, qui avait aussi perturbé ses montées d’énergie. À
cause des tensions et des blocages occasionnés dans son corps, ce processus
agréable était soudainement devenu douloureux. Pour se libérer, nous lui
avons à nouveau conseillé d’aller faire de l’expression émotionnelle dans la
nature. Ce qu’il a fait. Dès le lendemain, ses OBE étaient redevenues
normales…

Les mois passaient. Nous étions maintenant au mois de juillet 2008.
Nicolas avait continué à pratiquer les exercices que nous lui avions indiqués
et à aller dans la nature exprimer ses émotions à la moindre perturbation. Il
maîtrisait de mieux en mieux la vision à distance. À chaque fois qu’il devait
se rendre dans un endroit public, il l’utilisait pour voir s’il y avait de la
place : « Par exemple, quand je décide de me déplacer en vélo’v13, je vais
vérifier à la prochaine station si j’ai bien une place pour poser mon vélo.
Sinon, je m’arrête à la précédente, mais je vais quand même vérifier, à pied
cette fois, si je ne me suis pas trompé ! » Derrière la pure motivation
pratique de ses sorties hors du corps, de ses visions à distance et de ses
capacités télépathiques, nous retrouvions toujours le facteur émotionnel :
besoin de maîtrise, envie d’être performant, inquiétude (contrôleur dans le
bus), stress (harcèlement au travail), manque de confiance (besoin de savoir
ce que faisait son petit copain), ou manque affectif (envie d’entrer en
contact avec sa grand-mère en visitant sa tombe).

Par ailleurs, Nicolas s’exerçait toujours à maîtriser ses montées de
Kundalini. Quant au phénomène du « noir », il avait complètement
disparu…

Pendant ce premier semestre de l’année 2008, nous avions quand même
effectué quelques tests OBE, mais malheureusement sans nouveaux
résultats probants. Depuis que la vision à distance s’était développée en lui,
Nicolas avait plus de difficultés à provoquer ses sorties hors du corps.
C’était comme si, instinctivement, la facilité associée à ce nouveau
phénomène avait « pris le dessus ». Et quand il y parvenait malgré tout, au
moindre bruit extérieur, il partait… voir les cloches dans le clocher de
l’église, un scooter qui passait dans la rue, des enfants qui criaient sur la
place, la moindre distraction l’emmenait très loin de la pièce
d’expérimentation. Pourtant, il ramenait parfois de ses « sorties » des
détails étonnants et intéressants. Comme ce jour où il nous avait fait la
description détaillée d’un homme barbu, qui venait d’entrer dans
l’immeuble, et que nous avons croisé quelques instants plus tard dans les
escaliers, alors que nous nous étions précipités pour vérifier ses dires. Mais
malheureusement, ces détails restaient des anecdotes inexploitables.
Le poids de l’âme
Au fil de nos investigations sur le phénomène OBE, nous étions tombés
sur des travaux surprenants. Dans les années 1900, reprenant les travaux du
polytechnicien Albert de Rochas, un médecin du nom de Duncan
McDougall avait cherché à déterminer quel était… le poids de l’âme ! Pour
ce faire, il avait disposé des plateaux équilibrés sous le lit de six patients en
fin de vie du Massachusetts General Hospital où il travaillait, afin de
repérer toute variation éventuelle de poids au moment de leur décès.
Aujourd’hui, cette idée peut paraître totalement loufoque. Pourtant, ce
chercheur obtint des résultats étonnants : une diminution de poids de 21
grammes lors du décès de son premier patient, de 48 grammes pour le
second et de 14 grammes pour le troisième. Fait troublant : la chute du fléau
de la balance s’était à chaque fois opérée d’un seul coup… Bien que pour
les trois derniers patients les calculs fussent plus incertains, il n’en fallut
pas plus à McDougall pour publier ses travaux dans le Journal of the
American Society for Psychical Research du mois de mai 1907, en
concluant que la perte de poids observée au moment du trépas était
uniquement attribuable au retrait… de « l’âme ». Pourtant, il n’avait pas
tenu compte de deux facteurs essentiels. Tout d’abord, du fait que
déterminer avec certitude l’instant de la mort est très difficile, d’autant plus
à son époque. Ensuite, il n’avait pas pris en compte la perte de vapeur d’eau
associée à la transpiration antérieure à la mort et consécutive à la cessation
de la respiration. Tout comme il n’avait pas exploré d’autres hypothèses,
par exemple celle d’un relâchement soudain de l’oxygène contenu dans les
tissus (en lien avec un phénomène appelé « paradoxe gravatif »). Quelques
années plus tard, un autre chercheur du nom de Twining suggéra d’ailleurs,
en travaillant cette fois sur des animaux de laboratoire, que le changement
de poids observé par McDougall était probablement dû à l’évaporation
d’une matière commune et connue. Car en plaçant les animaux dans un tube
de verre, aucune variation de poids n’était plus observée au moment de leur
mort. Pourtant, aujourd’hui encore, sans que personne ne sache vraiment
d’où vient cette idée, on entend souvent affirmer que l’âme pèserait… 21
grammes.

À travers les comptes rendus de ces travaux, il restait cependant difficile
de se faire une idée. Comment être sûr des conditions dans lesquelles les
deux expériences avaient été réalisées ? Les a priori des chercheurs
n’auraient-ils pas pu influencer les résultats obtenus, dans un sens comme
dans l’autre ? En outre, la plupart des témoignages d’OBE que nous avions
collectés, ainsi que ceux émanant de la littérature de toutes les époques et
cultures, suggéraient que lorsque la conscience quittait le corps physique,
elle restait associée à un autre corps, semblant fait d’une matière plus
subtile certes, mais d’une matière tout de même… Une fois de plus, nous
avons estimé que s’il y avait une infime chance pour que la délocalisation
de la conscience puisse être mise en évidence de cette façon, cela valait la
peine de tenter le coup. D’autant plus que le protocole était facile à mettre
en place. Il suffisait de se procurer une balance suffisamment sensible sur
laquelle installer nos candidats pendant les tests. Après quelques
recherches, nous avions trouvé une balance industrielle capable de détecter
une variation de l’ordre de 5 grammes ! Après calibrage, quelques essais
avec des objets usuels avaient fini par nous en convaincre. Bien que son
plateau soit relativement grand, nous devions poser dessus une planche
suffisamment longue pour qu’une personne puisse s’y allonger. La balance
était en outre connectée à un ordinateur équipé d’un programme qui
permettait d’enregistrer des mesures en continu.

Mais lors des premiers essais que nous avions tentés début 2008, Nicolas
s’était révélé électrosensible : une fois allongé sur le matelas posé sur la
planche, il ressentait des picotements dans tout son corps dès que
l’appareillage était allumé. Nous avons alors fait confectionner une sorte
d’« enveloppe » en cuivre pour isoler totalement la balance. Une fois toutes
les conditions enfin réunies, il ne s’est tout d’abord pas passé grand-chose
lors des premières séances. Après le tarage – effectué une fois qu’il était
bien installé et ne bougeait plus –, l’ordinateur affichait désespérément
« 0,000 kg ». Nicolas n’arrivait pas à faire de décorporation. Une fois de
plus, même si finalement cette procédure ne changeait pas grand-chose
pour lui, il semblait qu’il doive s’habituer à ces nouvelles conditions. Sans
compter qu’à cette époque, comme nous l’avons déjà mentionné, il avait de
toute façon beaucoup plus de peine à provoquer ses OBE à volonté.

Et puis un jour, nous avons observé quelque chose d’étonnant…

Mardi 15 juillet 2008. Nicolas était allongé sur la balance depuis
quelques minutes. Comme à notre habitude, après quelques paroles pour
induire chez lui un état de relaxation, nous avions essayé de le guider,
toujours verbalement, dans la pièce d’expérimentation, tout en gardant les
yeux rivés sur la valeur affichée à l’écran de l’ordinateur. Tout d’un coup,
alors que celle-ci n’avait pas bougé d’un gramme depuis le début de la
séance, elle a commencé à varier. Très lentement, mais aussi très
régulièrement, le poids affiché a commencé à… diminuer ! Nous retenions
notre souffle : 0,005… -0,010… 0,015… Une fois atteint 0,025, le
phénomène est devenu curieusement erratique. Sur une vingtaine de
minutes, le poids affiché est remonté plusieurs fois à 0,000, avant de
redescendre à 0,025, puis à 0,035 et même à 0,045 kg, où il s’est alors plus
ou moins stabilisé. Pourtant, Nicolas ne bougeait pas d’un cil, et il n’y avait
aucun courant d’air dans la pièce, les fenêtres et la porte étant fermées
comme lors des séances précédentes. Et pourtant, la balance avait détecté
une diminution de 45 grammes !

Il s’est encore écoulé quelques minutes avant que Nicolas ne revienne à
lui… Mais là, nous sommes devenus franchement perplexes, car alors qu’il
reprenait tranquillement ses esprits, l’écran continuait d’afficher cette
différence de 45 grammes… Tout s’éclaircissait, il devait seulement s’agir
d’un artefact, une variante que nous n’avions pas identifiée ou un « bug »
quelque part dans la balance ou le programme de l’ordinateur… Nous
étions déçus. Sans lui raconter tout de suite nos observations, nous lui avons
demandé, suivant notre habitude, comment s’était passée la séance et ce
qu’il avait vécu. Cette fois-ci, il avait réussi à « sortir de son corps » et
même, à plusieurs reprises ! En fait, il était parti et revenu plusieurs fois.
Malheureusement, il n’était pas allé dans la pièce d’à côté pour voir
l’image. Une fois de plus, des bruits dans la rue l’avaient attiré hors de
notre local. Mais étonnamment, les multiples OBE qu’il décrivait
semblaient coller avec les mesures irrégulières enregistrées par l’ordinateur.
Pourtant à cet instant précis, ce dernier continuait d’afficher -0,045 kg, ce
qui ne jouait pas…

Mais alors que nous discutions tranquillement, Nicolas toujours allongé
sur la balance, relativement immobile, et alors que nos espoirs
s’évanouissaient lentement, il s’est produit quelque chose de très étonnant :
sur l’écran de l’ordinateur, à nouveau tout doucement et régulièrement, le
poids affiché s’est mis à remonter ! Au bout d’une vingtaine de minutes, il
était revenu à 0,000 kg, comme si Nicolas avait enfin retrouvé ses 45
grammes momentanément disparus ! Nous étions totalement déroutés.
Comment interpréter cela ? Que s’était-il passé ? Nous lui avons alors décrit
les variations observées, et c’est là qu’il nous a expliqué que sa conscience
ne revenait jamais « d’un seul coup » à son état initial à la fin d’une
décorporation. Ce processus aussi, semblait-il, se faisait en douceur et
lentement. Se pouvait-il que la différence de poids observée soit en
corrélation avec son changement d’état de conscience ? Nous avons bien
sûr retenté l’expérience dans les mêmes conditions le jour même, mais il
n’a pas réussi à refaire d’autres OBE. Ni d’ailleurs lors de ses visites
suivantes. Et malheureusement, tant que nous ne pouvions pas reproduire ce
résultat, il était impossible d’en tirer des conclusions. Nous avons en tout
procédé à onze séances de tests avec la balance et tout ce que nous pouvons
affirmer avec certitude, c’est qu’aucune diminution de poids, même
minime, n’a jamais été enregistrée quand Nicolas ne réussissait pas à vivre
de sorties hors du corps…

Malgré ses difficultés actuelles pour déclencher des OBE à la demande, il
avait pourtant réussi à identifier correctement l’image-cible 7 fois sur 40
tests depuis l’introduction du protocole en double-aveugle. Cela peut
paraître peu, mais ce résultat est pourtant difficilement attribuable au
hasard. En effet, pour les 33 tests non réussis, soit il n’était pas arrivé à faire
d’OBE, soit il n’avait pas réussi à aller dans la pièce d’expérimentation, soit
son attention s’était focalisée sur un autre détail de cette pièce. Mais jamais
il n’avait dit avoir « vu » une image qui se serait révélée fausse par la suite.
Aussi, par rapport au nombre de fois où il avait été en mesure d’identifier
une image parmi les vingt que lui présentait l’ordinateur, on peut dire qu’il
avait obtenu un 100 % de réussite. En outre, toutes les anecdotes que nous
avions vécues jusque-là nous avaient convaincus de la réalité de ce
phénomène. À l’été 2008, forts de ces résultats très prometteurs, nous
envisagions de continuer encore un peu cette phase préparatoire, avant de
commencer à l’habituer progressivement à la présence d’autres personnes
que nous pendant les séances d’expérimentation. Ceci afin d’être en mesure
de procéder un jour à des tests « officiels » en présence d’experts externes,
d’un huissier et éventuellement d’un mentaliste qui pourraient attester qu’il
n’y avait pas de fraude possible. Et nous comptions bien aussi poursuivre
notre investigation avec la balance. Pour l’avoir déjà observé chez d’autres,
nous savions que la « baisse de régime » que traversait actuellement
Nicolas était momentanée et qu’il retrouverait bientôt sa capacité à vivre
facilement des sorties hors du corps.

Mais malheureusement, les six derniers mois de l’année ne se sont pas du
tout déroulés comme nous l’attendions. En effet, pendant cette période,
Nicolas n’a plus réussi à refaire d’OBE pendant les tests. Il savait que nos
crédits de recherche ne seraient pas renouvelés à la fin de l’année s’il ne
parvenait pas à obtenir régulièrement des résultats positifs. Ce genre de
pression n’était pas du tout salutaire pour notre étude, alors que depuis plus
de deux ans nous avions fait le maximum pour le détendre quant à l’enjeu
des tests. Nous avions bien essayé de lui cacher nos soucis financiers, mais
c’était compter sans ses nouvelles capacités télépathiques. Non seulement il
connaissait l’ultimatum auquel nous étions confrontés, mais il captait aussi
notre inquiétude quant à l’avenir de notre centre…

Jugeant que nos résultats tardaient trop à venir avec le projet « OBE », le
Conseil de la Fondation Odier de psycho-physique qui nous finançait nous
a alors demandé de concentrer nos efforts sur un autre projet – plus
prometteur à leurs yeux – qui concernait un expérienceur que nous avions
récemment rencontré. Dès janvier 2009, nous allions devoir nous résoudre à
suspendre à contrecœur, mais nous l’espérions provisoirement, les
expérimentations avec Nicolas.

C’est pourtant à cette époque que celui-ci s’est mis à vivre les
expériences les plus étonnantes auxquelles nous avons été confrontés…
1. « Information transmission under conditions of sensory shielding Targ »,
Puthoff H., Nature, vol. 251, 1974.
2. « A Psychophysiological Study of Out-of-the-Body Experiences in a Selected
Subject », Tart C., Journal of the American Society for Psychical Research, vol.
62 (1), 1968.
3. « Coping with hearing voices. An emancipatory approach », Romme M. et al.,
British J. of Psychiatry, vol. 161, 1992.
4. « Mars One » est un projet visant à installer une colonie humaine sur la
planète Mars dès 2025 (http://www.mars-one.com).
5. Et aussi comme moyen de communication dans les étapes ultérieures de
l’expérience.
6. J. B. Rhine est un scientifique qui a beaucoup étudié les perceptions
extrasensorielles ou phénomènes « psi » en employant des méthodes statistiques,
notamment à travers les cartes de Zener.
7. Ces chiens qui attendent leur maître, et autres pouvoirs inexpliqués des
animaux, Rupert Sheldrake, Éditions du Rocher, 2001.
8. Une technique de privation sensorielle censée favoriser la survenue de
phénomène « psi », dont la télépathie.
9. Pour plus de détails, consulter Phénomènes insolites, de Marcel Odier,
Éditions Favre, 2006.
10. Pour plus de détails, voir l’entrée passionnante « Ondes soignantes », du
livre Le Nouveau Dictionnaire de l’impossible, de Didier van Cauwelaert,
Éditions Plon, 2015.
11. Table ronde organisée par l’association CF-Romandie (http://www.cf-
romandie.ch).
12. Voir États modifiés de conscience – NDE, OBE et autres expériences aux
frontières de l’esprit, Sylvie Dethiollaz et Claude Charles Fourrier, Éditions
Favre, 2011.
13. Système de location de vélos à Lyon.
Quatrième période
(2009-2011)
Des expériences toujours plus stupéfiantes
Les voyages dans le cosmos
Février 2009. Une fois de plus, Nicolas était inquiet. Car depuis quelque
temps, il vivait pratiquement toutes les nuits des OBE d’un nouveau genre.
Il en était tellement déboussolé que, contrairement à son habitude, il allait
spontanément consigner ses « voyages » dans une sorte de journal de bord
pendant les premiers mois. En voici quelques extraits :

« Tout a commencé il y a environ trois semaines. Après un bon repas, un
film et une bonne douche, direction le lit. Il est environ minuit, je ferme les
yeux, comme toujours, quelques images défilent dans ma tête… et soudain,
je me retrouve perdu au beau milieu des étoiles, sans aucun repère,
complètement désemparé ! Cela ressemble à un rêve, mais en même temps,
je ne me sens pas rêver, je me sens “tout”, un peu comme lorsque je fais des
OBE. J’ai lutté pour ne pas vivre cette sortie hors du corps non désirée.
Pourtant, malgré ma volonté, j’ai vécu quelque chose qui marquera
sûrement un tournant dans ma vie…
Car ce voyage a été le premier d’une longue série. En effet, depuis, j’ai
continué à faire chaque soir ou presque ce type d’OBE, et je dois bien
avouer que j’y ai pris goût. Ces voyages nocturnes commencent et se
terminent toujours par un “tourbillon flash 1 ”. Je vais essayer d’en
résumer quelques-uns, en tout cas, certains des moments importants. Car
j’ai pu voir bon nombre de merveilles qui flottent majestueusement dans
notre univers, à commencer par la Terre, son Soleil et sa cohorte de
planètes, toutes aussi belles les unes que les autres. J’ai pu voir les volcans
“écrasés” de Vénus. Vénus la lente, car tout semble aller doucement, des
nuages dans le ciel à la lave qui tapisse par endroits le sol de la “jumelle
chaude” de la Terre. Une autre fois, ce fut le tour de Mars la rouge, le ciel
d’un rose léger et le sol orangé, moins rouge que sur les photos de la
NASA. Jupiter et Saturne, avec leurs satellites, ont été visités en un seul
voyage. Quand je me déplace, la vitesse transforme tous les points
lumineux en fines traînées brillantes. Je me souviens parfaitement de mon
approche de Saturne, car j’ai cru un instant que j’allais la percuter ! Titan,
avec son atmosphère aussi épaisse qu’une purée de pois, zébrée d’éclairs
orange et rouges, c’était magnifique. Et puis Europe, une terre blanche et
craquelée… »

« … Mais les choses les plus extraordinaires que j’ai vues se situent bien
au-delà. J’ai pu voir dans le cosmos des choses que je n’imaginais même
pas, des situations que mon esprit “terre à terre” ne comprenait pas et
n’expliquait pas. Des planètes totalement inconnues, l’une d’elles,
désertique où le sol était recouvert d’une boue verte, un peu comme de
l’argile ou des sables mouvants verts. Et puis une autre planète avec deux
soleils dans un ciel verdâtre… Et puis encore beaucoup de nébuleuses,
supernovæ, naines blanches, géantes rouges, géantes gazeuses, galaxies,
astéroïdes, etc. J’ai parfois vu des couleurs impossibles à nommer… »

« …Il y a quelques jours, je somnolais un livre à la main, et puis voilà le
“tourbillon flash”, et je me suis retrouvé à quelques kilomètres d’une étoile.
Bizarrement, la scène n’était pas aveuglante, mais je pouvais presque en
ressentir la chaleur, je voyais les bouillonnements à sa surface, puis
quelques arches de feu immenses et lentes en sont sorties, tout tournoyait,
et puis, nouveau “tourbillon flash”, et retour dans mon lit… »

Ces extraits de son journal ne rendent compte que d’une toute petite
partie du vécu de Nicolas lors de ses voyages dans le cosmos. Il y a vécu de
nombreuses péripéties qu’il a pris plaisir à décrire avec beaucoup de
précisions, car il est depuis longtemps passionné d’astronomie. Les
expériences survenaient toujours de la même façon. Au moment de
l’endormissement, il sortait de son corps par une sorte de « tourbillon
flash », c’est-à-dire un effet vortex assez long, doublé d’un flash lumineux
en son centre. Il pensait que ce flash venait peut-être de la traversée de
distances plus grandes que lors de ses « voyages terrestres ». Contrairement
à ses OBE classiques, dans lesquelles il reconstituait en général la scène a
posteriori, ces voyages étaient caractérisés par un état de conscience « sur
l’instant », une conscience en temps réel, ce qui était encore rare chez lui à
cette époque-là. Chacun durait environ une heure. À plusieurs reprises, il
avait pu vérifier ce temps sur son réveil après avoir réintégré son corps. Il
n’avait aucun contrôle sur leur déclenchement, ni sur le moment où ils
prenaient fin. En outre, Nicolas pouvait, semble-t-il, se retrouver
instantanément à l’autre bout du Système solaire. De manière encore plus
flagrante que lors de ses « sorties » habituelles, les notions d’espace et de
temps étaient totalement modifiées : « Mon rapport au temps est
complètement faussé. Parfois, je vais avoir l’impression que mon voyage a
duré deux secondes, alors que mon réveil indique une “absence” de
cinquante minutes. A contrario, je peux avoir le sentiment d’être resté
plusieurs jours en sortie de corps, alors qu’il s’est écoulé à peine deux
secondes. La densité de ce que je vis n’intervient pas non plus dans cette
notion de temps. C’est très variable. Il m’est arrivé de rester figé devant un
corps stellaire, en ayant l’impression que rien ne se passait, alors que
l’expérience avait duré près d’une heure ! Ou encore, j’ai parfois eu
l’impression de recevoir tout un tas d’informations en restant seulement une
minute en OBE. Mes repères terrestres explosent littéralement ! »

Au début, ses « voyages cosmiques » le déstabilisaient beaucoup. Très
inquiet, il était à nouveau fatigué en permanence. Peu à peu, nous avons
réussi à le rassurer, et à partir du moment où il a arrêté de s’angoisser, il a
vite pris goût à ces voyages nocturnes. À tel point que le moment du
coucher s’est transformé en un véritable rituel. Et quand cette forme d’OBE
ne se manifestait pas, son attente allait même jusqu’à engendrer une
frustration qui l’empêchait de s’endormir !

Ce nouveau type de sorties hors du corps était différent sur plusieurs
points. Tout d’abord, il y avait cette nouvelle sensation de « tourbillon
flash ». Ensuite, bien que Nicolas ait toujours cette impression d’être la
scène qu’il observait, il oscillait dans ce type d’expériences entre cette
sensation et celle d’être une conscience individuelle, en passant de l’une à
l’autre très rapidement : « Dans ce type de “sorties”, je me sens quand
même un peu “moi”. J’ai la sensation d’être un point, un point dense qui
semble avoir une certaine consistance… Parfois, suivant ce que j’approche,
un flot de noms et d’adjectifs, comme par exemple “planète”, “dur”,
“chaud”, “froid”, “liquide”, “sombre”, “vert” se déversent en moi pour
venir désigner un objet de la scène, mais sans que la réflexion intervienne.
Par exemple, si je vois quelque chose de vert, je ne vais jamais faire le lien
entre cette couleur et, disons, de l’herbe… Je suis dans la connaissance
pure de l’objet, pas dans son interprétation. » Sur certaines planètes, il
sentait la gravitation, la vitesse, le vent, la température… Bien qu’il soit
totalement conscient sur l’instant, il y avait quand même une part de ces
données qui étaient reconstruites et analysées a posteriori par son mental.
Une fois, il avait eu la sensation tactile de marcher sur de la mousse épaisse,
avec le sentiment de s’enfoncer dans la matière : « Je sais que je ne l’ai pas
vécu sur le moment, puisque je n’avais pas de corps, mais je reviens avec
l’idée de cette sensation. Je pense que c’est mon esprit qui analyse la
situation comme si j’avais eu un corps. Mais en réalité, je reviens
seulement avec ce “savoir”, comme si je connaissais les sensations que
procurerait le fait de marcher sur cette planète… » Sur Vénus, il a ressenti
l’attraction gravitationnelle « comme une lourdeur écrasante » ou encore
« le souffle du vent » lors d’une explosion d’étoile en supernova. Un jour,
en voyant une planète dévastée par une pluie de météorites, il a même
ressenti de la tristesse : « Bien évidemment, j’ai ressenti cette émotion au
retour, en pensant à la guerre… Tout ça, ce sont des sentiments reconstruits
a posteriori. » Mais parfois, il était plus difficile pour lui de savoir ce qui
était reconstitué ou pas : « L’autre soir, j’ai vu une formation de planète en
accéléré. C’était difficile à concevoir pour mon esprit… Étant donné que la
notion de temps n’est plus la même en OBE, il se peut que j’aie “vu” en
accéléré la formation de cette planète… ou alors que j’aie simplement eu
accès à l’intégralité de cette information que j’ai reconstruite
intellectuellement par la suite… »

Étonnamment, à partir du moment où ces voyages nocturnes se sont
répétés quasiment chaque soir, Nicolas a fait moins d’OBE en journée. Il
décrivait d’ailleurs les « sorties » dans le cosmos comme plus agréables à
vivre que les autres. Probablement parce qu’il y trouvait un intérêt
particulier. D’ailleurs, même s’il prétendait n’avoir aucun contrôle sur le
lieu où il se rendait, nous avons constaté qu’il avait commencé par visiter
les planètes pour lesquelles il avait le plus de curiosité, avant de s’éloigner
petit à petit de notre Système solaire. Preuve une fois de plus que son
mental était malgré tout à l’œuvre à un moment donné : « Après avoir visité
les volcans de Vénus, le grand canyon orangé de Mars, etc., j’ai pu
découvrir des astéroïdes, des nébuleuses, des supernovæ… Je navigue à
travers tous ces corps célestes. C’est extraordinaire ! Mon point de vue
passe à l’intérieur, épouse les formes et zoome parfois sur une particule de
poussière… J’embrasse un mouvement dynamique qui se gonfle et se
rétracte, comme si l’étoile exprimait un battement ou une respiration. Je
l’habite complètement ! Au fil de mes voyages nocturnes, je suis entré en
contact avec des choses que je n’imaginais même pas. Par exemple, une
nébuleuse entourait un système triple ; deux naines brunes étaient en orbite
autour d’une géante bleue. Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi la
géante n’avait pas encore englouti les deux naines ! » Pendant plusieurs
mois, ces scènes ont suscité de nombreux questionnements chez Nicolas.
Son mental tentait d’analyser tout ce qu’il rapportait de ses voyages,
passant allègrement du macrocosme au microcosme. En vain, car il était
impossible pour lui de vérifier ces informations et de faire le tri entre ce qui
provenait de sa connaissance des astres (clichés de la NASA, etc.) ou des
données obtenues lors de ses sorties hors du corps. Sur nos conseils, il a
appris à vivre ces voyages de façon contemplative, et à les apprécier sans
plus se poser de questions…

Contrairement à ses OBE classiques, celles dans le cosmos ne semblaient
pas être déclenchées par l’émotionnel, ni conditionnées par lui. Le
processus semblait un peu lui échapper, et selon ses termes, tout se passait
comme si « on voulait lui montrer certaines choses ». Pourtant, conscient du
caractère incroyable de ses propos, Nicolas est toujours resté très prudent,
comme en témoigne cet autre extrait de son journal : « Au cours de ces
voyages cosmiques, j’ai perçu des formes de vie qui me semblaient
intelligentes, mais sous des formes tellement étonnantes pour mon cerveau
humain que je préfère ne pas les décrire, ni même en parler… j’ai trop peur
de passer pour un fou ou un affabulateur… » Mais comme à son habitude,
quand quelque chose l’avait particulièrement troublé, il se risquait pourtant
à nous en parler : « J’ai fait aussi une rencontre vraiment étonnante en
plein cosmos… Tout d’un coup, j’ai ressenti près de moi une présence
curieuse et j’ai aperçu une énorme masse lumineuse, un nuage d’une
blancheur “pure”. J’ai perçu une forme d’intelligence, ainsi qu’une
curiosité réciproque… j’avais l’impression que cette chose s’intéressait à
moi. J’ai ressenti “Mais qu’est-ce que tu fais là ?”, puis elle a disparu
aussi vite qu’elle était venue… Mais ce contact étrange s’est reproduit
plusieurs fois… Ainsi, un autre soir, après un tourbillon flash plus intense
que d’habitude, je me suis retrouvé près d’une nébuleuse d’un bleu profond,
j’ai aperçu ce nuage de lumière qui s’est approché à grande vitesse et a
stoppé net près de moi. Il me semblait composé de milliards de petites
sphères lumineuses, comme un essaim de particules toutes unies pour
former cette “chose”… Elle s’étendait, grossissait, se recroquevillait, puis
de nouveau se gonflait. Elle partait à vive allure dans une direction, puis
une autre, mais revenait tout aussi vite lorsqu’elle voyait que je ne venais
pas. J’avais la sensation qu’elle voulait que je la suive, mais je n’y arrivais
pas. C’était comme si elle ressentait ma présence, mais moi, pourtant, je
n’avais aucune sensation d’avoir un corps. Elle s’est rapprochée de moi,
puis elle a explosé en milliards de morceaux avant de se rassembler au loin
en un point aussi petit qu’une étoile et de s’éteindre dans le vide. Mais
quelques jours plus tard, toujours près de la nébuleuse bleue, cette forme
lumineuse s’est à nouveau manifestée. À nouveau, j’avais l’impression
qu’elle voulait que je la suive, j’en étais persuadé, et j’essayais encore et
encore, mais en vain. Alors la forme s’est approchée de moi et j’ai senti sa
chaleur, une sensation corporelle vraiment très agréable… »

Nicolas nous a souvent rapporté la vision de ce nuage blanc, tranchant
avec le noir du cosmos. Tout à fait conscient que ses propos pourraient le
faire passer pour un farfelu, il ne cherchait pas à en donner d’explication.
Mais il se risquait tout de même à préciser qu’il avait parfois eu le
sentiment que cette présence cherchait à lui délivrer… des messages.

« Une nuit, alors que ce nuage lumineux me semblait plus calme que
d’habitude et que son intensité lumineuse variait, j’ai entendu une voix
étrange, ou plutôt une sorte de symphonie de voix, ni masculines ni
féminines, qui venaient de nulle part… C’était un peu comme une feuille
avec laquelle on siffle et qui donnerait un son aigu au fond duquel je
percevais le mot “voix”, “vois” ou “voie”. Je ne comprenais pas de quel
mot il s’agissait, alors impatient, je me suis entendu dire “Quoi, voix, ça
veut dire quoi ?” mais je n’ai pas eu de réponse, car je me suis retrouvé
instantanément dans mon lit avec un intense mal de tête… et une énorme
frustration ! Mais le lendemain soir, la forme lumineuse était à nouveau là,
m’accompagnant au-dessus d’une planète géante. Puis comme la veille, j’ai
entendu cette voix bizarre et le mot “respect”… Soudain, une idée me
traversa l’esprit : Ça y est ! Je deviens fou ! Je parle avec un truc
lumineux ! Aussitôt pensée, cette idée s’est figée devant moi, comme écrite
dans les airs, et la forme lumineuse s’en est approchée, puis a explosé, pour
se condenser à nouveau et disparaître… Un autre jour, j’ai entendu le mot
“lutte”. Ce mot s’est fixé dans mon esprit comme une mise en garde… J’ai
commencé à penser que cette chose était peut-être une sorte de “guide”,
même si j’ai toujours eu de la peine avec ce genre de vocabulaire New
Age ! Mais maintenant, je voulais comprendre ce que cette forme me
racontait. Pendant les jours qui ont suivi, la forme lumineuse était
régulièrement présente, ainsi que la “voix” qui ne prononçait qu’un mot
unique à chaque fois : “seul”, “énergie”, “harmonie”, “lien”, “lumière”,
“contraire”… ou encore “ruines” devant un champ d’astéroïdes, comme si
jadis ici se trouvait une planète, à présent détruite… Ces mots semblaient
toujours en rapport avec ce que je voyais d’un lieu et son ambiance. Par la
suite, j’ai commencé à entendre des phrases complètes, souvent assez
moralisatrices… Un soir, je me suis retrouvé auprès de la nébuleuse bleue,
mais la forme lumineuse n’était pas là. Et je suis resté là, immobile, seul,
durant un temps qui m’a semblé une éternité, je trépignais d’impatience,
c’était long… Et lorsque j’en ai vraiment eu marre, j’ai entendu : “Tu dois
apprendre la patience !”… Là, “tourbillon flash”, et je me suis retrouvé
dans mon lit avec une migraine insupportable ! OK, j’ai compris la
leçon !… Une autre fois, devant une planète désolée, la voix m’a dit : “La
vie trouve toujours un chemin”, puis le “tourbillon flash” s’est produit, et
je me suis retrouvé devant un arbre majestueux… Une autre fois encore, j’ai
entendu : “Vous êtes liés à votre monde, alors pourquoi le détruire ? Soyez
patients !”… Et la fois suivante : “Où est votre esprit de groupe, votre
volonté commune de paix ?”… Mais qu’est-ce que j’en sais moi ! »

Heureusement, Nicolas prenait toujours ce qui lui arrivait avec une légère
dérision et, Dieu merci, sans jamais se prendre au sérieux !

« Et puis, la nuit suivante, encore la nébuleuse bleue. La forme était là,
qui m’attendait pour un nouveau voyage. Sensation de vitesse extrême avec
déformation de la lumière, et nous sommes arrivés près d’une étoile
entourée d’un disque de poussières. La voix m’a dit : “Votre jeunesse, votre
innocence !” et après un nouveau “tourbillon flash”, on s’est retrouvés en
orbite autour de la Terre, et j’ai entendu : “Vous êtes jeunes, vous êtes des
enfants, bientôt, si vous comprenez, vous atteindrez l’âge adulte !” Une
autre nuit, la voix m’a carrément fait un sermon un peu long, elle s’est mise
à parler, parler, parler… Je ne me souviens plus de tout, mais les idées
principales étaient : “Nous sommes à l’aube d’un autre temps, la vie doit
être préservée, une seule personne peut déclencher un désastre, mais aussi
faire changer le monde dans le bon sens, bientôt nous serons capables
de…”, mais je ne me souviens plus de quoi ! »

Cette « voix » semblait plus ou moins indépendante de la « forme » qui
l’accompagnait parfois. Elle était audible, mais « chuintante », atone. Elle
donnait à Nicolas des messages sur l’avenir, mais aussi sur des aspects très
personnels de sa vie, toujours dans une optique éducative et non pas
prévisionnelle :

« L’autre jour, j’ai entendu : “Oublie ce que tu crois savoir, cherche ta
vraie nature, celui que tu es vraiment.” Quelques jours plus tard, devant un
amas d’étoiles brillantes, les unes tirant de l’énergie et de la matière des
autres, j’ai commencé à comprendre que l’on voulait me faire voir que la
lutte est partout. J’ai entendu : “Ont-elles conscience qu’elles se
détruisent ?” J’ai dit que je ne savais pas, et la voix a repris : “Non, et
vous ?” J’ai répondu que l’Homme voulait avoir toujours plus. Elle a
ajouté : “Veut-il disparaître ? Alors, il disparaîtra s’il ne comprend pas !
Toi, tu commences à comprendre, mais il te faut encore un peu de temps !”
Et la nuit dernière, j’ai eu droit à un vrai panorama nocturne de formes de
vie étonnantes… La voix a repris : “Tu as vu un peu de vie, tu sais ce qu’il
te reste à faire !” J’ai répondu : “Non, que dois-je faire ?” Et j’ai entendu :
“Tu es la vie, protège-la, protège-la si tu le veux… et je t’aiderai !” »

Peu à peu, nous avions remarqué que ces messages semblaient répondre à
des questions que Nicolas se posait ou venaient éclaircir des situations qu’il
était en train de vivre. Mais s’il attendait quelque chose ou espérait une
réponse à une question, celle-ci ne venait pas, comme si ses attentes
venaient faire obstacle… Peu à peu, ses voyages nocturnes sont devenus
plus courts et plus espacés. Par contre, il arrivait maintenant que la voix se
manifeste durant la journée, alors qu’il était dans son état normal. Elle lui
semblait venir autant de « l’intérieur » que de « l’extérieur ». Habitués à ce
genre de manifestations auditives chez les expérienceurs, à l’époque nous
n’avions pas vraiment accordé d’attention à ce phénomène relativement
marginal par rapport à nos recherches. Et d’ailleurs, nous ne savions pas
trop quoi en penser… Mais quelques années plus tard (voir la « Cinquième
période »), un phénomène très semblable allait se manifester de façon tout à
fait inopinée au cours d’une expérimentation menée dans un cadre
scientifique des plus rigoureux et en présence de plusieurs témoins…

Un jour, au cours de cette période, Nicolas nous a téléphoné, visiblement
bouleversé. Alors que son chef lui demandait un banal service, il avait tout
à coup eu honte d’être un humain, d’infliger des souffrances à la Terre, etc.
Était-ce en lien avec les « enseignements » de cette voix ? Quoi qu’il en
soit, ce sentiment avait été tellement fort que, submergé par l’émotion, il
avait éclaté en sanglots devant lui, puis devant ses collègues. Cette
perturbation émotionnelle avait duré pendant près de quatre heures, avant
qu’il ne décide de nous appeler. Nous avons alors pu l’aider, le canaliser, en
lui donnant des explications et des exercices qu’il s’est empressé de mettre
en œuvre immédiatement, dont à nouveau de l’expression émotionnelle
dans la nature. Rapidement, il s’est senti mieux et même très bien, car il a
atteint ce jour-là un nouveau niveau de compréhension : comment son
empathie universelle, génératrice de souffrance, pouvait laisser place à un
état compassionnel, qui lui au contraire était source de plénitude…
Une croix dans le vortex
À cette époque, dès que nous trouvions un peu temps, nous continuions
malgré tout à faire des tests avec Nicolas, mais ceux-ci n’étaient toujours
pas très concluants. Dans un premier temps, perturbé par ce nouveau type
de « voyages », il ne parvenait plus du tout à faire d’OBE à la demande. Par
la suite, quand il s’est habitué à ses escapades nocturnes, celles-ci lui
plaisaient tellement qu’à la moindre décorporation, il partait
systématiquement dans le cosmos ! Alors que ses sorties hors du corps en
journée se faisaient plus rares, il était par contre de plus en plus conscient
au cours de celles-ci et pouvait même réfléchir, sans que cela ne les
interrompe. En outre, maintenant, il arrivait souvent qu’un « vortex »
apparaisse à l’intérieur même de la scène qu’il voyait, lui permettant de
poursuivre l’expérience dans un autre lieu. Comme à présent il venait plus
rarement nous voir, nous lui avions proposé de tenter de nous « rendre
visite » en entrant consciemment dans ce vortex, et de nous téléphoner
après pour nous dire ce qu’il avait vu. Il s’est alors passé un phénomène
intéressant : dès qu’il avait l’intention de diriger la suite d’une OBE vers
nos locaux, une croix chrétienne apparaissait à l’entrée du vortex.
Curieusement, c’était en général quand il se retrouvait en premier sur la
tombe de sa grand-mère que cette croix apparaissait, semblant lui faire
obstacle. Pour quelle raison, il ne le savait pas : peut-être symbolisait-elle
un interdit, ou encore un garde-fou… Quoi qu’il en soit, pour lui, il était
clair qu’elle venait lui barrer le passage, et par conséquent, il ne cherchait
pas à passer outre. Il est intéressant d’observer qu’il ne s’agissait pourtant
pas d’une croix en X, un symbole que l’on utilise couramment dans la vie
quotidienne pour signifier que quelque chose est interdit, mais bien d’une
croix « chrétienne », alors que Nicolas n’est pas croyant. Ce phénomène a
duré quelques mois, puis s’est arrêté. Mais à partir de là, il n’a plus
vraiment essayé d’orienter ses « sorties ». Cette croix chrétienne n’est pas
anodine dans l’histoire de Nicolas, qui a baigné étant enfant dans un certain
catholicisme, à l’image de sa grand-mère et de ses symboles. D’ailleurs,
cette manifestation le mettait très mal à l’aise. Pour se rassurer, il
envisageait qu’elle puisse être un signe de sa grand-mère venue le protéger.
De notre côté, nous constations que la croix chrétienne le dissuadait surtout
d’essayer de choisir la destination de ses OBE, et notamment de venir dans
nos locaux. Par le passé, nous avions pu constater à maintes reprises que,
comme n’importe quel autre conditionnement, celui occasionné par la
religion s’exprimait souvent dans les EMC, consciemment ou
inconsciemment, à travers des symboles. Aussi, de notre point de vue, cette
croix n’était pas à prendre au premier degré. Il est probable qu’elle
symbolisait surtout un blocage et une peur de son mental à l’idée d’explorer
plus avant ses capacités, qui ne sont souvent pas favorablement perçues par
les milieux catholiques et donc risquaient de déplaire à sa famille2. Tout
cela illustre l’importance énorme des conditionnements sur les EMC et
comment ils peuvent en influencer le contenu, le déroulement et
l’interprétation.

Peu à peu, ses voyages nocturnes sont devenus plus courts, se sont
espacés, puis ont finalement cessé. Enfin, provisoirement… C’est alors
qu’un nouveau phénomène, bien plus ahurissant encore, s’est manifesté.
L’étrange phénomène des « incorporations »
Mardi 5 janvier 2010. Ce matin-là, Nicolas nous a téléphoné, à nouveau
complètement paniqué : « Il m’est arrivé quelque chose d’horrible, je ne
comprends pas comment c’est possible. Hier soir, au moment de
m’endormir, au lieu de me retrouver dans les étoiles comme d’habitude, je
me suis retrouvé… dans un corps qui n’était pas le mien !… Je me suis senti
énorme, coincé, impuissant, c’était une impression effrayante ! Et puis, au
bout de quelques minutes, j’ai réintégré mon propre corps… »

En effet, il y avait de quoi prendre peur ! Ce n’était pas sans rappeler
l’angoissant roman de Kafka, La Métamorphose, où le héros se retrouve lui
aussi à son réveil dans un autre corps : « En se réveillant un matin après des
rêves agités, Gregor Samsa se retrouva, dans son lit, métamorphosé en un
monstrueux insecte. Il était sur le dos, un dos aussi dur qu’une carapace,
et, en relevant un peu la tête, il vit, bombé, brun, cloisonné par des arceaux
plus rigides, son abdomen sur le haut duquel la couverture, prête à glisser
tout à fait, ne tenait plus qu’à peine. Ses nombreuses pattes,
lamentablement grêles par comparaison avec la corpulence qu’il avait par
ailleurs, grouillaient désespérément sous ses yeux… »

Nous étions stupéfaits. Bien que déjà pas mal aguerris aux phénomènes
étranges, celui-là dépassait tout ceux que nous avions déjà rencontrés. Ce
que nous racontait Nicolas était pour le moins surprenant et venant de
quelqu’un d’autre, nous aurions pris sans aucun doute ce témoignage pour
un délire pur et simple. Mais nous le connaissions déjà depuis presque
quatre ans à ce moment-là, c’est-à-dire suffisamment bien pour être certain,
d’une part, qu’il ne souffrait pas de pathologie mentale et, d’autre part, qu’il
n’inventerait pas une telle histoire. D’ailleurs, son état de panique à lui seul
nous le confirmait. Nicolas avait eu très peur de rester « bloqué » dans ce
corps. Sur l’instant, nous avons su malgré tout trouver les mots pour le
rassurer : finalement, il n’y avait rien à craindre puisque cette étrange
expérience s’était arrêtée d’elle-même après un temps relativement court. Et
il y avait de fortes chances pour qu’elle ne se reproduise pas…

Mais au fond, nous nous doutions bien que, comme chaque nouveau
phénomène qu’il expérimentait, celui-ci allait se reproduire et se
développer. Et en effet, pendant près d’un mois, l’expérience allait se
répéter chaque soir au moment du coucher. Il est certain que sans un
accompagnement adéquat, Nicolas aurait vraiment pu perdre pied à ce
moment-là. Puisque l’expérience s’arrêtait toujours d’elle-même après une
dizaine de minutes, nous lui avons conseillé de mettre à profit tous les
exercices que nous lui avions déjà appris pour essayer de rester le plus
calme possible et d’observer simplement ce qui se passait lors de cet
étrange phénomène :

« Comme vous me l’avez conseillé, j’apprends peu à peu à “habiter” ce
corps, dans lequel je me sens complètement engoncé, serré et surtout…
gras ! Pour moi, c’est une sensation très désagréable de me sentir peu
sportif et mou. Les premières expériences ont été très succinctes, tantôt j’ai
pu voir la télé à travers les yeux de cet homme, tantôt je suis arrivé pendant
sa douche ou quand il dormait dans son lit à côté de sa femme, qui
d’ailleurs l’accompagne la plupart du temps. En entendant celle-ci
l’appeler, j’ai découvert qu’il s’appelait “Robert”. Il doit avoir une
cinquantaine d’années 3 . Hier, au moment où je l’ai “incorporé” (je ne
trouve pas de meilleur terme…), Robert regardait le foot à la télévision en
mangeant des chips et en buvant de la bière… Tout ce que je déteste !
Quand j’ai réintégré mon corps, j’ai pu vérifier à la télévision que le match
en question était bien en cours. J’en ai déduit que ce que j’avais vécu
pendant cette “incorporation” se déroulait au même moment, et en
France. »

Cette stupéfiante expérience survenait toujours de manière involontaire
juste avant que Nicolas ne s’endorme. Elle était toujours précédée d’un
« effet vortex », mais plus court et plus serré que dans les voyages
cosmiques, ainsi que du flash lumineux. Après la peur, il a rapidement
ressenti un malaise : « Je ne comprends pas pourquoi je vis cette
expérience. Je me retrouve à regarder des émissions débiles à la télévision
dans un corps adipeux, qui mange des cochonneries… Vraiment, quel
intérêt ?! » C’était la première fois que nous le voyions aussi désemparé.
Pour le rassurer et le soutenir, nous entretenions avec lui des échanges
téléphoniques quotidiens. Chaque matin, il nous appelait et nous relatait
l’expérience de la nuit précédente. Mal à l’aise dans ce corps qui n’était pas
le sien, il éprouvait des sentiments extrêmement négatifs. Quand la situation
dans laquelle il arrivait ne lui était pas trop désagréable, l’expérience durait
maintenant en moyenne une vingtaine de minutes. Mais si elle le dérangeait
pour une raison ou une autre, elle prenait fin après une à deux minutes
maximum. Au début, c’était systématiquement une émotion très vive de
peur ou de dégoût qui abrégeait l’« incorporation » : « Hier soir, je me suis
retrouvé au lit avec la femme de Robert, en train de faire l’amour. C’était
terrible pour moi ! Heureusement, ma gêne a immédiatement stoppé
l’expérience. » Ou encore, un autre jour : « Je me suis retrouvé au volant
d’une voiture, je voyais nettement le logo Citroën au centre du volant.
Quand je me suis rendu compte que je conduisais cette voiture “avec le
corps de Robert”, j’ai eu tellement la trouille que j’ai réintégré mon corps
illico ! »

Puis progressivement, Nicolas est entré dans la maîtrise physique de ce
corps, tout en gardant sa propre conscience. Mais il n’avait accès ni au
psychisme ni à l’intellect de cet homme : « C’est comme si je changeais
simplement de vêtement. Peu à peu, j’arrive à induire des mouvements.
Mais mes gestes sont encore complètement désordonnés !… L’autre soir, je
me suis aussi demandé si je ne pouvais pas “choisir” le corps dans lequel
j’allais “atterrir”. J’ai nettement ressenti que je pouvais, à un moment
précis, mais bref, choisir un des chemins menant aux corps d’autres
personnes… Mais ma volonté n’a pas été suffisante, et je me suis une fois
de plus retrouvé dans le corps de Robert qui était au lit. J’ai décidé de le
faire se lever pour voir ce qui se passait dans l’appartement. En “le”
levant, ses gestes étaient complètement désordonnés, je le sentais très
fatigué, avec une énorme sensation de lourdeur dans l’estomac. J’ai donc
recouché son corps et j’ai attendu de retourner dans le mien, puisque je ne
peux pas le faire volontairement… » Nicolas avait aussi l’impression très
perturbante qu’il « devait » participer aux fonctions vitales de ce corps,
sous peine qu’elles ne s’interrompent. Puis peu à peu, il s’est pris au jeu,
essayant de trouver des indices qui lui permettraient de découvrir où ce
couple habitait : « J’aimerais tellement pouvoir aller vérifier sur place, en
étant dans mon propre corps, que ces gens existent bel et bien. Mais,
malgré tous mes efforts pour le découvrir, je n’arrive pas à identifier où ils
habitent. J’ai vu une rue pavée et piétonne à travers la fenêtre de leur
appartement et un numéro sur leur porte, mais c’est tout… »

Cette expérience extrêmement troublante s’est répétée quotidiennement
jusqu’au jour où Nicolas a vécu un choc émotionnel suffisamment fort
semble-t-il pour que le phénomène s’arrête : « Le week-end dernier, je suis
arrivé alors que Robert était en train de dîner avec des amis.
Machinalement, j’ai tenté de dire “bonjour”. Quelle n’a pas été ma
surprise quand soudain ce corps a répété “bonjour” une bonne dizaine de
fois, devant les convives complètement abasourdis par ce comportement !…
Quelques jours plus tard, alors que je venais d’arriver dans le corps de
Robert, face à son attitude apparemment bizarre, sa femme s’est mise en
colère, elle criait, lui demandait de prendre ses cachets… J’ai alors
compris que, pensant que son mari était en train de devenir fou, elle l’avait
incité à consulter un psychiatre qui lui avait prescrit des médicaments. Le
couple paraissait en pleine crise ! Depuis, je me sens horriblement
responsable… C’est terrible !! » Réalisant que ce phénomène avait des
incidences sur la vie de ce couple, Nicolas est entré dans un questionnement
éthique très perturbant : pouvait-il réellement faire du mal à cet homme,
psychologiquement ? Physiquement ? Que ressentait celui-ci quand il
l’incorporait ? Se sentait-il possédé ? Cet événement a créé en lui une telle
perturbation que tout s’est arrêté. À partir de là, il n’a plus vécu
d’« incorporations ».

Enfin… plus dans le corps de Robert.

En effet, quelques mois plus tard, dès l’été 2010, toutes les nuits ou
presque, tout a recommencé… D’une part, les grandes sorties cosmiques
nocturnes, et de l’autre, en alternance, l’investissement d’autres corps,
différents à chaque fois : hommes, femmes, enfants, bébés, vieillards, de
différentes ethnies, et aussi… des animaux. De la biche au poisson en
passant par l’oiseau ou le félin, tout y est passé ! Nicolas n’avait toujours
aucun contrôle sur la survenue de l’expérience, ni sur le choix de la
personne ou de l’animal qu’il incorporait : « Au moment où je sors de mon
corps, pendant une fraction de seconde, je sens qu’une multitude de
possibilités me sont proposées. Mais cela va trop vite pour que je puisse
faire un choix conscient. C’est comme si j’avais en face de moi tout un tas
de tubes et que je fonçais dans l’un plutôt que dans l’autre. Si c’est une
partie de moi qui le choisit, je n’en ai pas conscience… En fait, je ne
saurais pas dire ce qui détermine ce choix, peut-être le psychisme de
l’individu à l’instant “t” ? Ou peut-être le fait que ce dernier fait une
décorporation au même moment, ce qui ouvrirait une sorte de porte…
Vraiment, je n’en sais rien… »

Cela a duré plus d’un an, et à force d’expérimenter de nombreux corps, à
nouveau, Nicolas y a pris goût : « Évidemment, certaines “incorporations”
sont plus agréables que d’autres, par exemple quand le corps est allongé,
musclé… Parmi les animaux, celui que j’ai le plus apprécié était un félin.
Je pense que c’était une panthère, mais je n’en suis pas certain, car je
n’arrivais pas vraiment à visualiser son corps. J’en voyais uniquement la
patte, j’en sentais tous les muscles, ainsi que les griffes se déployer. J’avais
l’impression d’avoir les doigts qui s’allongeaient. C’était très agréable…
Dans le corps de la biche, j’ai expérimenté la vision panoramique. Et les
couleurs me paraissaient différentes, moins fortes, moins nuancées et plus
grises qu’à l’accoutumée. Par contre, mon odorat était ultradéveloppé. Je
percevais toutes les odeurs de terre, d’herbe sèche… J’ai adoré ça ! Idem,
quand j’ai incorporé un castor. Je sentais le musc, un parfum fort, très
terrestre… C’était enivrant ! Tout comme l’odorat, le rythme du cœur était
aussi omniprésent. C’est impressionnant ! Alors qu’en tant qu’humain, je
n’y prête comme tout le monde aucune espèce d’attention, une fois passé
dans le corps d’un animal, je ressens très distinctement ce muscle qui bat à
l’intérieur de lui… de la même manière, je sens le sang qui coule dans ses
veines. Ça m’a confirmé que les animaux étaient vraiment plus connectés à
leur corps que les humains… Mais le plus extraordinaire pour moi a été
d’incorporer le corps d’un oiseau. J’ai vu le paysage en dessous de moi !
Ma vision était panoramique, et la limite entre le ciel et la Terre
m’apparaissait très tranchée. Mais ce fut très bref, car bêtement j’ai eu
peur de tomber, ce qui a mis fin à l’expérience ! » Pourtant, à aucun
moment Nicolas ne se prenait pour l’animal qu’il incorporait : « Je n’ai pas
l’instinct d’aller chasser ou gambader. Je reste moi, avec ma conscience
individuelle, mais avec un ressenti physique différent. Je suis un homme
dans le corps d’un animal, qui observe ce qui lui arrive… »

Cette expérience étonnante n’est pas sans rappeler un phénomène décrit
dans le chamanisme sous le terme de « fusion chamanique », c’est-à-dire la
fusion de l’esprit humain avec un esprit issu du règne animal ou, plus
rarement, du règne végétal. Il existerait deux catégories de fusion
chamanique : dans l’une, on pourrait accueillir en soi un esprit animal, et
dans l’autre, qui rappelle le phénomène vécu par Nicolas, on serait à
l’inverse capable de projeter son esprit dans le corps d’un animal. Nous
avons d’ailleurs reçu d’autres témoignages de ce type, comme celui de
Michel : « J’avais terminé cette journée de boulot et rentrais vers mon
“home sweet home”. J’avais l’esprit clair, nullement encombré par une
quelconque pensée. L’autoradio était muet. Je vivais pleinement l’instant.
Le temps était clément… Tout à coup, sans crier gare, un frisson m’a
parcouru l’échine et je suis “sorti” de mon corps pour m’envoler au-dessus
du toit de mon véhicule ! Portées par le vent, des ailes se déployaient. Je
sentais le souffle du vent s’y engouffrer. Je prenais de l’altitude. Ma voiture
n’était plus qu’un point minuscule ! Tournoyant dans les airs avec agilité,
mes longues ailes déployées et légèrement retroussées vers le haut, une
queue un peu arrondie, utilisant à merveille les ascendances thermiques, je
volais en spirales sans le moindre effort : j’étais un aigle royal ! Pourtant,
le bruit du moteur de ma voiture emplissait toujours l’habitacle, et je
pouvais en même temps regarder les kilomètres défiler sur le compteur. Je
conduisais en toute conscience. Je pouvais freiner, accélérer, tourner le
volant, passer les vitesses, klaxonner, faire des appels de phare !… Dans le
même instant, j’étais cet homme et cet aigle royal. Sur terre et dans les airs,
homme et oiseau… Je mesurais toute la puissance de cet événement. Je ne
cherchais pas à comprendre le pourquoi du comment, je savourais
l’intensité de l’instant présent. J’étais investi de la toute-puissance du
pouvoir de l’aigle ! Malgré le caractère éphémère de cet état de grâce, je
mesure encore aujourd’hui l’impact bénéfique de cette expérience de
conscience modifiée. Je suis sûr de ne pas avoir rêvé, je garde intact au
plus profond de mon âme toutes les sensations de cette expérience unique.
À présent, rien ne sera plus jamais comme avant4. »

D’une manière générale, lors de ces expériences très particulières
d’« incorporation », Nicolas conservait ses facultés de jugement, de
décision, ses émotions, et même, comme on l’a vu, des ressentis physiques
liés aux cinq sens, bien plus présents que dans toutes ses autres expériences
de sorties hors du corps. Il était lui… mais dans un corps différent.
Dorénavant, il ne pouvait plus agir sur le corps physique qu’il « squattait »,
comme il avait réussi à le faire avec Robert. Il ressentait seulement toute la
sensorialité de son « hôte », il voyait à travers ses yeux, sentait ce qu’il
touchait ou même le goût de ce qu’il mangeait : « L’autre jour, je pense que
c’était au Vietnam, la personne dans laquelle je me suis retrouvée était en
train de préparer un repas, une sorte de bouillon avec des crevettes. Elle a
goûté son plat, et j’ai senti qu’il était épicé… » Mais les choses n’en sont
pas restées là. Car Nicolas a fini par « entrer » dans le psychisme des
personnes incorporées, ce qui a constitué une nouvelle remise en question
pour lui. En effet, il s’est aperçu un jour qu’il pouvait capter certaines de
leurs pensées. Par contre, il n’avait jamais accès à leurs émotions : « À force
de revivre cette expérience, je commence à pouvoir observer l’activité
mentale de la personne incorporée, mais sans pour autant avoir accès à la
totalité de ses pensées et de ses souvenirs… Par exemple, l’autre jour, je me
suis retrouvé dans le corps d’une personne qui travaillait sur une chaîne de
montage de composants électroniques, je dirais que c’était dans une usine,
en Chine peut-être… et “j’entendais” dans sa tête des mots comme
“nettoyer”, “frotter”, “bien faire”… Dans un cas comme celui-ci, je n’ai
plus aucune pensée personnelle. Je suis un simple observateur… Et
heureusement, je ne peux absolument pas interagir avec le psychisme de la
personne ! » Pourtant, à nouveau, Nicolas a commencé à s’inquiéter des
conséquences de cet acte involontaire. Même si rien ne lui laissait penser
que la personne ressentait sa présence, comment être sûr qu’il n’avait aucun
impact sur sa vie ? : « Tout ce que j’espère, c’est de ne pas créer des
sensations désagréables et perturbantes, comme celle d’être possédé. Mais
ça, je ne le saurai jamais, puisque je ne peux pas localiser les personnes
concernées et leur poser la question ! Je ne sais pas ce qui se passe pour
elles… C’est une source d’inquiétude pour moi. Et cela me pose un réel
problème éthique… » Là encore, le cas de conscience que suscitaient ces
expériences et le désir de ne plus les vivre a été déterminant. S’il n’arrive
toujours pas aujourd’hui à empêcher leur déclenchement, le fait de prendre
conscience de ce qu’il est en train de vivre suffit parfois à interrompre le
processus.

Comme pour ses « voyages » dans le cosmos, il n’a pas été possible pour
Nicolas, comme pour nous, de vérifier d’une façon ou d’une autre la réalité
de ces expériences stupéfiantes. Pourtant, il nous paraissait important de
relater ces épisodes, afin de donner une vision complète de son vécu, du
moins en ce qui concerne les OBE. Mais nous nous garderons d’en tirer des
conclusions. D’autres cas similaires nous ont été rapportés, mais il
s’agissait toujours d’expériences isolées, voire uniques et non, comme chez
lui, d’un phénomène récurrent. Ce dernier pourrait être confondu avec ce
que l’on appelle une « expansion de conscience ». Ainsi, le célèbre penseur
indien Krishnamurti a relaté plusieurs expériences de ce type dans ses
Carnets. Pour bien comprendre l’extrait suivant, il faut savoir que celui-ci
parlait toujours de lui en « il, » « on », « nous » ou encore en disant
« l’autre », car la plupart du temps, il vivait dans un état de conscience où il
n’était plus identifié à son « je » :

« La femme était sur la route à quelques pas de nous, et rien ne pouvait
la toucher. Nous avons marché un moment côte à côte, puis elle a bifurqué
pour traverser le lit de sable rouge de la rivière vers son village, le mari la
précédant sans jamais se retourner, et elle le suivant. Juste avant qu’elle ne
tourne, il s’est produit une chose étrange, les quelques mètres de route qui
nous séparaient ont disparu, et, avec eux, les deux entités ; il ne restait que
cette femme marchant dans son impénétrable tristesse. Ce n’était pas une
identification, ni une sympathie débordante d’affection à son égard ; bien
que présent, ces éléments n’étaient pas la cause du phénomène.[…] Elle
était le seul être humain existant sur cette route. Elle était, et l’autre n’était
pas. Ce n’était pas un fantasme, une illusion, mais un simple fait qu’aucun
raisonnement habile, qu’aucune subtile explication ne pouvait altérer. […]
Un certain temps s’est écoulé avant que l’autre se retrouve longeant un tas
de pierres concassées destinées à l’entretien de la route 5 … »

De même, le psychiatre d’origine tchèque Stanislav Grof, spécialisé dans
l’étude des états de conscience dits « transpersonnels » – c’est-à-dire qui
s’étendent au-delà des limites de l’ego, de l’espace et du temps – a souvent
fait état d’expériences d’identification à d’autres supports, humain, animal,
végétal et même minéral, vécus par ses patients ou par lui-même6. Il
assimile pour sa part ces expériences à des expansions de conscience
spatiales, tout comme le seraient pour lui les OBE et d’autres phénomènes
de conscience planétaire ou universelle. En ce qui nous concerne, nous
établissons une distinction claire entre les OBE et les expansions de
conscience, dans lesquelles l’expérienceur n’a pas la sensation de quitter
son enveloppe corporelle, mais plutôt de s’étendre au-delà de celle-ci.
Comme nous le verrons un peu plus loin, le fait que Nicolas puisse vivre les
deux phénomènes de manière distincte au cours de la même expérience
nous a confortés dans notre hypothèse.

Effet collatéral inattendu, le phénomène des « incorporations » a
contribué à réconcilier Nicolas avec ses émotions et avec le genre humain.
Comme s’il avait dû expérimenter toutes ces formes d’incarnation pour
changer son regard sur l’humanité, car en entrant dans des corps très
différents, il en avait parfois retiré un enseignement personnel. « Ce
phénomène a eu un impact important sur moi », reconnaît-il aujourd’hui.
Par exemple, se retrouver dans le corps d’une femme enceinte l’avait
beaucoup touché : « Je sentais la pesanteur, les mouvements du bébé…
J’avais l’impression que quelque chose pétillait à l’intérieur de moi, comme
des petites bulles de champagne. Une masse appuyait sur mon bas-ventre.
C’était très étrange comme sensation. Je me suis senti si proche de cette
future maman… » On peut d’ailleurs dire que les « incorporations » l’ont en
particulier réconcilié avec les femmes. Mais aussi avec ceux qui souffrent.
Incorporer des corps malades lui a permis de prendre conscience que la
« matière » n’était pas simple à vivre pour les autres non plus. Grâce à ce
vécu concret de la souffrance d’autrui, tant sur le plan physique que
psychique, son empathie et sa tolérance pour l’homme en général se sont
peu à peu développées.

Durant toute cette période, Nicolas ne vivait presque plus d’OBE pendant
la journée. Pour quelle raison ? Difficile de le dire. Les expériences
perturbantes, qu’il vivait maintenant aussi la nuit, l’avaient obligé à
continuer de « travailler » assidûment sur lui pour que son mental ne
s’emballe pas et pour garder « les pieds sur terre ». En conséquence, il était
plus ancré dans le présent, et son émotionnel était également apaisé, ce qui
expliquait peut-être le peu d’OBE vécues. Indirectement, cela avait aussi
permis de décupler ses facultés de vision à distance et de télépathie. À cette
époque, d’autres capacités étaient encore apparues en lui. Nous en avons été
les témoins, mais bien qu’elles soient tout aussi intéressantes et étonnantes,
nous n’en parlerons pas ici, car elles s’éloignent trop de notre propos
central.

Mais tout ce travail et ces expériences avaient également contribué à
rendre Nicolas beaucoup plus mature et spirituel…
L’expérience d’un état compassionnel
Vendredi 25 juin 2010. Quand Nicolas venait passer une journée à
Genève pour faire des tests, il essayait dans la mesure du possible de la
faire coïncider avec le jour de notre réunion de groupe mensuelle organisée
en soirée. Les réunions se terminant souvent vers 23 heures, il était parfois
hébergé pour la nuit chez une de nos amies, Viviane, qui accompagne
depuis des années des personnes en quête de sens dans une démarche
d’ouverture spirituelle, sans aucune connotation religieuse, à l’aide de
différentes techniques psychocorporelles et de méditation. Jusque-là,
Nicolas n’était pas très porté sur ce genre de choses. Nous l’encouragions
souvent à approfondir la méditation qu’il pratiquait un peu depuis la mort
de sa grand-mère, mais la spiritualité n’était pas trop sa « tasse de thé ».
Pourtant, depuis quelque temps, il était en train de changer. C’est pourquoi,
ce matin-là, quand Viviane lui a proposé une méditation guidée, il l’a
acceptée sans hésiter : « Pourtant, je ne savais pas trop à quoi m’attendre…
À un moment, elle m’a fait me concentrer sur mon cœur, et à partir de lui,
j’ai senti ma conscience s’étendre hors de mon corps et devenir la pièce, la
ville, le pays… de plus en plus loin, à tel point que je l’ai senti finalement
englober la planète entière, puis l’univers et finalement, le “Tout” ! C’était
comme si ma conscience individuelle était venue en englober d’autres.
Comme si des milliers de petites bulles se rejoignaient pour n’en faire plus
qu’une. J’avais la sensation d’être le Tout, mais avec, en plus, la
conscience d’être Nicolas et tous les humains en même temps, un peu
comme si je m’étais connecté à la globalité de l’humanité… Je ne ressentais
rien, ni bien-être ni mal-être. Je n’émettais aucun jugement de bien ou de
mal. Je n’avais plus aucune émotion… C’était une expérience très forte,
très belle. J’en suis revenu avec le sentiment de m’être “révélé à moi-
même”… Quand je suis parti de chez elle, en marchant dans la rue, j’avais
l’impression d’être sur du coton ou de la mousse… comme sur un petit
nuage… J’étais léger, je souriais en permanence. Je me sentais “relié” à
tous les gens que je croisais. Dans l’empathie et la compassion la plus
totale, j’avais la sensation d’être totalement “avec” eux, entièrement
connecté à leurs ressentis. C’était juste génial ! Je ressentais un amour
infini pour l’être humain. Je ne faisais plus qu’un avec la Terre entière ! »

Ce jour-là, Nicolas a vécu une expérience d’éveil. On peut définir l’éveil
comme la prise de conscience que le moi individué n’est qu’une illusion, et
que rien n’est séparé. Ce n’est pas une compréhension intellectuelle, mais
un vécu. Toutes sortes d’expériences différentes peuvent y conduire, mais
quel que soit le chemin d’accès, l’état qui lui est associé – dans lequel la
présence de l’ego et du mental diminue jusqu’à parfois disparaître
totalement – est très rarement permanent. Pour Nicolas, cette expérience,
qui survenait après une longue période de fort dégoût pour le genre humain,
a pris la forme d’une expansion de conscience, et la rencontre de sentiments
diamétralement opposés a créé en lui un véritable séisme, à la suite duquel
nous l’avons littéralement vu changer : « Cette expérience a été un
véritable cadeau… J’en suis revenu avec le sentiment d’être en relation
avec la globalité du monde et un sentiment de profonde sérénité… Elle a
laissé une trace lumineuse dans mon cœur, ravivant mon amour pour
autrui. Le soleil a grignoté l’ombre, petit à petit, jusqu’à faire disparaître
les sentiments négatifs que j’éprouvais jusqu’à maintenant. Je commence
même à me dire que j’aimerais me reconvertir professionnellement pour
pouvoir aider les autres par le soin… » Il a même osé parler d’« amour
universel », malgré le fait qu’il n’appréciait guère ce cliché conventionnel !

Le phénomène des « incorporations » avait déjà amorcé sa réconciliation
avec l’humanité, et cette expérience en constituait le point d’orgue. Peu à
peu, Nicolas a retrouvé toute la palette de ses émotions. Notre
accompagnement, tant amical que psychologique, l’avait aussi aidé à se
rendre compte qu’il devait accueillir la vie avec ses prises de risques, ses
errements, ses passions et ses peines. Peu à peu, il a accepté l’idée de se
mettre à nouveau en danger et a finalement fait exploser son cadre
sécurisant en décidant de quitter son poste de comptable en 2011. Cette
décision débouchera sur une reconversion professionnelle deux ans plus
tard. Guidé par cette envie soudaine d’aider l’humanité, il a d’abord pensé à
la gendarmerie, avant d’opter pour une école d’infirmier. Il faut dire que
c’est une histoire de famille, puisque sa mère et sa sœur sont elles-mêmes
infirmières. Puis ce sera la rupture avec son compagnon, Benoît, en 2014, et
le début d’une passion amoureuse avec Grégory.

Suite à cette première expérience d’éveil, Nicolas a bien sûr redoublé
d’assiduité pour la méditation, avec l’espoir de revivre un tel instant de
grâce. Bien que tout à fait compréhensible, il faut être conscient que
chercher à provoquer de tels états peut devenir un moyen de fuir la réalité et
créer une forme d’addiction, comme n’importe quelle substance
psychotrope. Sans compter que méditer en ayant des attentes est
contradictoire, voire contre-productif. D’ailleurs, Nicolas a vécu quelques
fois d’autres phénomènes d’expansion de conscience qui pouvaient s’en
approcher, mais sans jamais l’égaler : « Au cours de méditations réalisées
tout seul, j’ai parfois eu le sentiment d’englober la Terre et le Système
solaire, mais jamais jusqu’au Tout. En pleine nature, également, il a pu
m’arriver de me retrouver complètement connecté au lieu. » En fait, à
plusieurs reprises, Nicolas a pu de nouveau ressentir cet état particulier
d’éveil, mais au contraire sans l’avoir recherché, comme soudainement
traversé par une « inspiration » profonde. À l’instar de Marcel Proust et de
l’épisode bien connu de la madeleine :

« Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha
mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en
moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause.
Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses
désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire… Cette essence n’était pas en
moi, elle était moi. J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel
… »

Ou encore du philosophe Jean-Jacques Rousseau, qui avait aussi vécu
cette « compréhension » intense et fulgurante de façon inattendue et,
comme d’autres, avait cherché à l’exprimer :

« J’allais voir Diderot alors prisonnier à Vincennes ; j’avais dans ma
poche un Mercure de France que je me mis à feuilleter le long du chemin.
Je tombe sur la question de l’Académie de Dijon qui a donné lieu à mon
premier écrit. Si jamais quelque chose a ressemblé à une inspiration subite,
c’est le mouvement qui se fit en moi à cette lecture ; tout à coup, je me sens
l’esprit ébloui de mille lumières ; des foules d’idées vives s’y présentent à
la fois avec une force et une confusion qui me jetèrent dans un trouble
inexprimable ; je sens ma tête prise par un étourdissement semblable à
l’ivresse. Une violente palpitation m’oppresse, soulève ma poitrine ; ne
pouvant plus respirer en marchant, je me laisse tomber sous un des arbres
de l’avenue et j’y passe une demi-heure dans une telle agitation, qu’en me
relevant, j’aperçus tout le devant de ma veste mouillé de mes larmes, sans
avoir senti que j’en répandais. Oh, Monsieur, si j’avais pu écrire le quart
de ce que j’ai vu et senti sous cet arbre, avec quelle clarté j’aurais fait voir
toutes les contradictions du système social ; avec quelle force j’aurais
exposé tous les abus de nos institutions ; avec quelle simplicité j’aurais
démontré que l’homme est bon naturellement, et que c’est par ces
institutions seules, que les hommes deviennent méchants. Tout ce que j’ai
pu retenir de ces foules de grandes vérités, qui dans un quart d’heure
m’illuminèrent sous cet arbre, a été bien faiblement épars dans les trois
principaux de mes écrits 7 … »
Vers une dimension de plus en plus subtile
Septembre 2011. Comme nous l’avons mentionné préalablement, parmi
les centaines d’expériences que nous avions déjà répertoriées à l’époque,
nous avions clairement établi une distinction entre les sorties hors du corps,
où la conscience semblait se « délocaliser », et les expansions de
conscience, où cette dernière paraissait plutôt s’étendre au-delà des limites
du corps physique, jusqu’à s’identifier à différents supports, sans que la
sensation de quitter le corps soit présente. Et il semblait que ces deux
phénomènes bien distincts ne se mélangent pas. Mais, une fois encore,
Nicolas allait se révéler un cas atypique. Quelque temps après son
expérience d’éveil, ses OBE ont à nouveau évolué. À peu près trois fois sur
quatre, une fois « sorti » de son corps, il lui arrivait d’entrer dans un état
d’expansion de conscience :

« À présent, quand l’OBE commence, je me retrouve très souvent au
centre d’une sorte d’espace plat et blanc. J’ai la sensation d’être une
vapeur au milieu d’autres formes vaporeuses. Je ne sais pas ce que c’est…
En tout cas, l’expérience est contemplative – ni agréable ni désagréable –,
plutôt neutre émotionnellement. Au bout d’un moment, que je ne saurais
quantifier, soit je bascule vers l’OBE classique et je me retrouve dans un
autre lieu, la plupart du temps que je connais, soit j’ai l’impression d’entrer
en communion avec ces autres formes, puis d’atteindre un Tout… mais un
Tout beaucoup plus subtil et abstrait que pendant mon expérience d’éveil.
Car là, comme je ne suis plus dans mon corps, je n’ai plus du tout la
sensation d’être Nicolas… »

Effectivement, au cours des expansions de conscience plus « classiques »
qu’il avait vécues jusque-là, il gardait toujours un lien avec son corps et son
identité. Même si ce lien était de plus en plus ténu au fur et à mesure de
l’expansion, sa conscience était encore, malgré tout, individuelle. Par
contre, dès qu’il était en OBE, le « sentiment d’être » était plus diffus, et il
n’avait plus de notion de « centre ». C’est pourquoi il ressentait cette
expérience comme beaucoup plus subtile.

Où s’arrêtait la « délocalisation » de sa conscience ? Où commençait son
« expansion » ? De manière plus générale, existe-t-il différents niveaux
d’expansion ? Difficile de répondre… Quoi qu’il en soit, toutes ces
expériences, dites « d’émergence spirituelle8 », peuvent mener à un « état
de transcendance », comme le décrit très bien Matthieu dans le témoignage
qui suit :

« J’ai eu tout à coup l’impression qu’un fleuve se mettait à jaillir à
l’intérieur de mon corps et de mon âme, un fleuve “d’amour”. Toutes mes
interrogations et préoccupations se sont alors effacées et ont laissé place à
une sérénité surhumaine, divine. Et je ressentais en moi […] un mouvement,
comme si quelque chose venait “prendre possession” de moi, mais pas
négativement. Cet état a duré deux jours, deux jours durant lesquels je me
suis senti littéralement illuminé. J’ai eu l’impression de faire “l’expérience
de Dieu”, mais sans anthropomorphisme. Il s’agissait plutôt d’une saisie de
l’Absolu, comme si ma conscience s’était soudainement ouverte à quelque
chose d’infiniment supérieur à elle et s’était alors confondue avec. Il
s’agissait d’un “élargissement” de la conscience, une “fusion avec la
divinité”, pour dire les choses le plus simplement possible. Si je devais
définir l’objet de mon expérience, je dirais qu’il s’agissait de l’Amour, car
j’ai eu l’impression de me confondre avec une bienveillance universelle,
imperturbable et toute-puissante à la fois. “Le Principe du monde”, “le
fondement de l’Être”, “l’origine de toute existence” seraient des
expressions convenables pour approcher cette réalité que j’ai expérimentée
[…]. J’étais purement et simplement mis en relation avec cette puissance
que je vivais de l’intérieur. Je comprenais alors que l’amour, la bonté, le
désintéressement sont les seules choses qui comptent, la racine ultime de
toute valeur ; c’était l’expérience de “La Valeur” […]. Et je la vivais
comme s’il s’agissait d’une authentique révélation, comme si Dieu me
montrait gratuitement et généreusement sa nature, m’accordant de
participer à celle-ci en me confondant avec lui. Cela peut paraître étrange,
mais ma conscience n’a jamais été aussi claire qu’à ce moment-là ; j’avais
alors l’intime conviction d’avoir trouvé la raison d’être du monde dans
cette expérience de l’Amour se suffisant à lui-même, au-delà de toute
connaissance intellectuelle particulière […]. Puis cette expérience a touché
à son terme… »

La « transcendance » est un état d’être où les limites du mental, de
l’intellect et de l’ego disparaissent totalement. La personne qui vit cet état –
ou plutôt « qui est cela »– n’existe plus en tant qu’individu. C’est le Tout
qui existe à travers elle. Ainsi, tous les référentiels habituels disparaissent :
il n’y a plus de connu ni d’inconnu, plus d’espace ni de temps, plus d’ici ni
de maintenant. C’est l’abstraction totale… vécue concrètement. D’ailleurs,
cet état d’être est impossible à concevoir intellectuellement. On ne peut ni
le mémoriser ni le conceptualiser, et encore moins le provoquer. Malgré
tout, par moments, le mental refait parfois légèrement surface, ce qui
permettra en quelque sorte de conserver et de décrire le « parfum » laissé
par cette expérience… comme une résonance…

Ainsi, nous constations peu à peu que les OBE de Nicolas, et ses
expériences en général, correspondaient à des niveaux de conscience très
différents. Certaines étaient encore très imprégnées par son mental, d’autres
associées à un état de conscience plus neutre ou « pur », jusqu’à approcher
parfois cet état de transcendance : « Je sens maintenant que je peux
atteindre des niveaux de conscience de plus en plus subtils, “de l’un vers
l’unité”, comme si j’entrais dans un système de poupées russes. Mais les
paliers ne sont pas très clairs. À un moment donné, j’atteins le “Tout” ou
plutôt le “Rien”… Car dans cet état, tous les contraires sont réunis et
simultanés, par exemple l’immense et le minuscule. C’est très difficile à
expliquer… Certains décrivent ce type d’expérience comme “l’Amour
infini”… ce que je peux comprendre… il n’existe pas de mot pour décrire
ce sentiment, mais si je devais en choisir un, celui qui s’en approcherait le
plus serait sans doute “plénitude”. » Nous avons été interpellés par le fait
que, contrairement aux personnes qui atteignent la « transcendance » et qui
en ressortent toujours extrêmement impactées, Nicolas ne montrait pas
vraiment de signe de perturbation. Probablement parce qu’il vivait
quotidiennement des phénomènes depuis l’enfance, et que ceux-ci se
renouvelaient régulièrement. Alors que l’expérience avait constitué pour
beaucoup un événement unique, qui ne s’était pas forcément inscrit dans
une quelconque recherche, c’était comme s’il y avait eu chez Nicolas une
progression et même une accoutumance : pour lui, il s’agissait seulement
d’une expérience parmi d’autres…

Tout état non ordinaire de la conscience peut donc conduire à une
transformation profonde et positive de la personne. Dans la majorité des
cas, ce changement implique un retour à des valeurs plus essentielles, une
soif de connaissance, un réveil philosophique ou spirituel, un détachement
des biens matériels, ainsi qu’une disparition de la peur de la mort. Quand il
s’agit d’une expérience d’expansion de conscience ou de transcendance,
celle-ci peut éventuellement aboutir à un éveil total, mais la plupart du
temps, celui-ci demeure partiel ou temporaire. Alors que certains restent
profondément marqués par leur expérience et vivront à partir de là une
véritable évolution d’un point de vue spirituel, d’autres ne changeront pas
radicalement et reprendront leur vie d’avant. Car tout est affaire de
personnalité, et le véritable changement ne s’opère en général pas sans un
travail personnel concret et une implication profonde de la personne.

D’ailleurs, notre travail avec les expérienceurs nous a permis de
comprendre que le véritable intérêt de vivre des EMC non ordinaires réside
dans le travail d’évolution auquel ceux-ci poussent inexorablement
l’individu chez qui ils se manifestent. Car il ne suffit pas d’avoir des
capacités pour accéder à une vraie sagesse, celle-ci s’acquiert peu à peu par
un travail continu de développement personnel. Bien sûr, encore faut-il que
le témoin soit prêt à se lancer dans pareille démarche. C’est pourquoi, c’est
surtout lorsqu’ils sont sources de mal-être que ces états ont le plus de
chance d’être utilisés pour ce qu’ils sont : des outils puissants qui peuvent
conduire à une plus grande connaissance de soi et à une transformation en
profondeur, tant psychologique que spirituelle. Mais encore faut-il tomber
sur les « bons » guides, car entre de mauvaises mains, un diagnostic erroné
ou une interprétation incorrecte, aux conséquences souvent dévastatrices,
peuvent vite être posés. Pour notre part, nous ne poussons jamais quiconque
à cultiver ces états hors norme. Nous aidons simplement les expérienceurs à
accueillir ce qui leur arrive, en les soutenant et en les guidant dans un
travail d’introspection. De toute façon, quand ils sont bien vécus, ces
phénomènes ont tendance à se multiplier et se diversifier sans qu’on ait
besoin de les encourager, comme cela a été le cas pour Nicolas.

C’est ainsi que celui-ci s’est retrouvé, un peu malgré lui, engagé sur un
chemin d’évolution spirituelle. Pour qu’il prenne bien conscience du
fonctionnement de son mental, nous l’avons accompagné durant de
nombreuses séances de décryptage : « À travers notre travail en commun,
j’ai compris que les OBE s’inscrivaient dans une logique “rationnelle”. En
plus, avec un peu d’entraînement, je pouvais agir dessus et les faire évoluer
dans le bon sens ! Pour cela, vous m’avez fourni des outils, pour m’ancrer
dans le corps, mais aussi pour prendre conscience de mon mental et ainsi,
pouvoir commencer à le maîtriser grâce à des exercices réguliers. Avec le
temps, j’ai bien compris que le mental n’était pas négatif en soi. D’ailleurs,
on ne pourrait pas vivre sans lui. J’ai renoncé à le faire taire en
permanence. Pour autant, je fais attention à ne pas trop le nourrir. Je lis
très peu d’ouvrages de développement personnel, de psychologie ou de
spiritualité… Et surtout, rien sur les sorties hors du corps ! Je ne veux pas
que la théorie ou les expériences des autres viennent influencer les miennes.
J’essaie de garder une vision de ma conscience la plus neutre possible et
rester sur mon empirisme. Enfin, je passe toujours par mon propre ressenti
après m’être posé la question le plus honnêtement possible : est-ce que ça a
une utilité pour moi de vivre cela ou pas ? »

En effet, le mental n’est pas forcément un ennemi, il faut simplement lui
attribuer sa juste place « d’outil ». En repérant quelle partie de nous dirige,
on avance naturellement vers davantage de conscience et de discernement.
Une astuce toute simple permet d’y arriver. Lorsque l’on se pose des
questions, cela signifie obligatoirement que le mental intervient, et donc,
que l’on s’éloigne d’un état de conscience « pure ». Quand le mental est
silencieux, aucune question ne surgit. Par ailleurs, plus la conscience est
présente, plus le mental sera maîtrisé et fonctionnera utilement. Moins elle
l’est, moins le mental sera maîtrisé et plus il risquera de dysfonctionner.
Quand nous avons rencontré Nicolas, il ne cherchait pas à analyser, ni
même à observer de près les phénomènes qu’il vivait. Seul lui importait de
pouvoir faire des vérifications pour s’assurer de sa santé mentale. Mais
quand nous l’avons poussé à aller plus loin, nous nous sommes vite rendu
compte qu’il avait une très grande capacité d’observation et d’analyse.

Nicolas aurait pu perdre pied et être totalement dépassé, voire déstructuré
par ses capacités. Mais, avec un accompagnement adéquat, les obstacles
qu’il rencontrait lui permettaient au contraire de progresser et de
s’épanouir : « Durant toutes ces années, l’aide thérapeutique que vous
m’avez apportée a été essentielle. Lors d’expériences désagréables, je
bénéficiais d’une écoute rare et d’une compréhension rassurante. Seul avec
ces phénomènes, je pense que je serais vraiment devenu fou et que j’aurais
fini en hôpital psychiatrique… » À chaque fois qu’il était confronté à une
difficulté, nous lui suggérions d’adopter un nouvel angle : « Vous m’avez
appris à mieux gérer mes expériences, à ne pas les subir, ni à en avoir peur.
Vous m’avez l’un et l’autre encouragé à trouver mes propres solutions, aidé
à me construire avec toutes mes spécificités, et je les ai intégrées comme
une richesse. J’ai alors pu explorer avec confiance mes capacités et les
développer harmonieusement… »

Travaillant depuis de nombreuses années dans le domaine des EMC,
nous n’avons pas rencontré de difficultés majeures dans l’accompagnement
de Nicolas. Il était un cas que l’on pourrait qualifier de « facile » par
rapport à d’autres. Avide de conseils, très à l’écoute, il opposait peu de
résistance mentale et surmontait facilement ses difficultés. Mais sa
compréhension était plus intuitive qu’intellectuelle. Il « ressentait » plus
qu’il n’« entendait », dans une sorte d’osmose avec nous. À travers ses
capacités télépathiques, il entrait dans une forme de résonance avec nos
connaissances spécifiques, et cela le rassurait. Ce phénomène, décrit par le
psychothérapeute allemand Karlfried Graf Dürckheim, opère d’ailleurs très
souvent entre un patient et son thérapeute9.

De plus, en participant à nos réunions mensuelles de partage pour
expérienceurs, Nicolas a compris qu’il n’était pas le seul à vivre des états de
conscience étonnants, ce qui a sans doute aussi contribué à le rassurer :
« Parmi les personnes que j’ai rencontrées, certaines avaient vécu des
expériences plus ou moins similaires aux miennes, mais jamais identiques.
Cela m’a permis de découvrir qu’il y avait mille et une façons de vivre des
sorties de corps et beaucoup d’autres phénomènes qui m’étaient encore
inconnus. » Il avait aussi su éviter les écueils de l’ego et de son inflation,
que nous avons assez souvent constatés chez des expérienceurs d’EMC, qui
peuvent facilement se sentir supérieurs aux autres. Au contraire, ce qui était
agréable avec lui, c’est qu’il ne se prenait pas au sérieux. Sans banaliser
pour autant ce qu’il vivait, il ne s’était jamais pris pour un surhomme. Il
considérait presque ses expériences comme « normales » et continuait à
rester dubitatif, voire dans la dérision par rapport à celles des autres, ce qui
nous amusait souvent. À tel point qu’il fallait parfois lui rappeler la
singularité de sa propre vie ! Mais comme tout un chacun, il devait rester
vigilant. C’est en tout cas ce que nous avons essayé de lui transmettre. Car
dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, rien n’est jamais acquis,
ni permanent. Comme tout le monde, Nicolas vivait des fluctuations de son
état psychologique et spirituel. Même s’il avait appris à gérer ses émotions
mieux que d’autres, il pouvait continuer d’être perturbé quand il vivait de
nouveaux phénomènes ou des chocs émotionnels : « Certains événements
me bouleversent encore à tel point que je ne “sors” plus de mon corps
pendant plusieurs semaines. » Et forcément, le risque était encore plus
grand quand il ne faisait plus d’OBE : « Dans ces cas-là, je suis tout le
temps dans mon mental et j’ai plus de peine à me ressourcer… »

Au fil du temps, les ressentis de Nicolas évoluaient rapidement. Ainsi,
quand il a commencé à expérimenter ses premières expansions de
conscience au cours d’OBE, il les trouvait particulièrement ressourçantes,
alors qu’avec le temps, cela n’a plus été le cas. Car, comme nous l’avons
déjà dit, chaque nouvelle expérience devenait aussi assez vite… ordinaire.
Malgré tout, il semblait franchir des paliers le faisant accéder à une
dimension « transpersonnelle » et à une compréhension de la conscience de
plus en plus subtile.

Peut-être était-il enfin prêt à vivre ce qui allait constituer l’expérience la
plus ahurissante que nous allions traverser ensemble…
1. Voir explication page suivante.
2. Pour exemple, nous avons déjà reçu quelques commentaires virulents de
catholiques extrémistes qui nous accusaient de pactiser avec le diable à travers
nos recherches sur les OBE !
3. Les données personnelles ont été modifiées pour préserver l’anonymat des
personnes éventuellement concernées.
4. Extrait d’États modifiés de conscience – NDE, OBE et autres expériences aux
frontières de l’esprit, Sylvie Dethiollaz et Claude Charles Fourrier, Éditions
Favre, 2011.
5. Les Carnets, Krishnamurti, Éditions du Rocher, 1988.
6. Quand l’impossible arrive, Stanislav Grof, Guy Trédaniel éditeur, 2007.
7. Lettre à Monsieur de Malesherbes, 12 janvier 1762.
8. Terme inventé par le couple de psychiatres Christina et Stanislav Grof.
9. Dans « Guérison d’être à être », chapitre 5 de L’Expérience de la
transcendance, Karlfried Graf Dürckheim, Éditions Albin Michel, 1994. On peut
aussi faire un parallèle avec ce que l’on appelle en physique « un système
résonant », illustré par les cordes d’un violon qui entrent en vibration sans que
l’on exerce aucune action sur elles, par simple résonance avec les notes jouées
sur un autre violon placé à proximité et accordé sur la même fréquence.
Cinquième période
(2012-2013)
Retour aux tests
Changement de cap
Janvier 2012. Voilà deux ans que nous n’avions plus de financement. En
2009, une importante expérimentation menée avec un autre candidat
présentant des capacités étonnantes s’était soldée par un échec. Une fois de
plus, nous avions pu constater toute l’importance de la prise en compte de
la composante psychologique, car celle-ci avait été négligée. Notre
candidat, extrêmement performant tant qu’il nous faisait des démonstrations
« pour s’amuser », avait progressivement perdu ses capacités, au fur et à
mesure que la pression augmentait et qu’il sentait que nous attendions
quelque chose de lui. Le Conseil de la Fondation Odier de psycho-physique
étant pressé d’obtenir des résultats « publiables », tout avait été très vite.
Trop vite, malgré nos mises en garde. Il faut dire que le candidat avait exigé
d’être payé pour le temps qu’il consacrait à nos expérimentations… Après
quelques séances préliminaires seulement, nous en étions déjà aux tests
officiels en présence d’un huissier, et même d’un mentaliste pour éliminer
toute possibilité de tricherie. Un mentaliste certainement très doué, mais qui
avait surtout réussi à ficeler la procédure de façon à se rendre indispensable
à toutes les étapes d’un protocole draconien et extrêmement contraignant
pour le candidat… Aux moments des tests officiels, celui-ci perdit
complètement ses moyens. Tétanisé, il avait « réussi » à faire moins bien
que le hasard : aucune bonne réponse ! Ce qui, en soi, était pourtant un
résultat statistiquement significatif ! La Fondation avait perdu beaucoup
d’argent. Marcel et Monique Odier étaient extrêmement déçus, nous-mêmes
étions découragés…

À la suite de cette expérience décevante, le Conseil de la Fondation
n’avait pas reconduit notre subvention pour 2010. Et les tests OBE avec
Nicolas n’avaient pas pu reprendre. Cependant, nous avions continué à
entretenir des contacts réguliers avec lui, tout d’abord pour l’aider à vivre
les nouveaux phénomènes perturbants auxquels il était confronté (voir la
« Quatrième période »), puis, une fois qu’il s’était senti mieux, simplement
par amitié. C’est aussi pendant cette période que nous avons décidé d’écrire
notre premier livre1. Paru en mars 2011, celui-ci a remporté un joli succès
en Suisse. Malgré tout, nous arrivions au bout de nos ressources financières.
Depuis deux ans, nous avions l’un et l’autre utilisé nos réserves
personnelles pour continuer à faire exister Noêsis et notre permanence
d’accueil thérapeutique, assumant nous-mêmes tous les frais qui s’y
rapportaient. Mais nous ne pourrions plus continuer comme cela bien
longtemps et allions devoir mettre la clé sous la porte dès le mois de
septembre si des fonds providentiels n’arrivaient pas.

À l’époque, il y avait eu quelques critiques à notre encontre sur les
réseaux sociaux à propos du fait que nous n’avions toujours pas publié de
résultats par rapport à notre projet OBE. Mais comment faire de la
recherche sans financement ? Comment faire un travail suivi et de qualité
quand les subventions sont réétudiées tous les six mois ? Apparemment, il
semble tout à fait normal que des recherches marginales, comme les nôtres,
puissent se mener bénévolement en grappillant quelques heures de travail
par-ci par-là. Preuve s’il en est que ce type de recherche n’est pas pris au
sérieux. Eh bien non, la recherche dans notre domaine nécessite aussi du
temps et de l’argent2. Et surtout un minimum de tranquillité d’esprit. Sans
compter que parallèlement à nos activités de recherche, notre permanence
d’accueil et de suivi thérapeutique (gratuite à l’époque) nous prenait aussi
passablement de temps.

Toujours est-il qu’en ce début d’année 2012, nos caisses et nos poches
étaient vides. C’est grâce à notre livre que nous avons finalement été
remarqués par une autre fondation désireuse de nous aider. Avec son
soutien, qui n’a malheureusement été que de courte durée, nous avons pu
opérer la fusion de Noêsis avec la Fondation Odier de psycho-physique.
Après vingt années consacrées à ces domaines de recherche marginaux,
Marcel et Monique Odier commençaient en effet à envisager de prendre
leur « retraite ». Ils auraient pu décider de dissoudre la Fondation, mais ils
ont préféré nous la transmettre3. Il y avait une logique à cela. D’une part,
nos recherches étaient très proches, voire complémentaires, et d’autre part,
au fil du temps, il leur était apparu évident que le service d’écoute et de
soutien de Noêsis était essentiel. En effet, il permettait de rencontrer
beaucoup d’expérienceurs et donc de trouver régulièrement de nouveaux
candidats pour les projets de recherche. De plus, notre accompagnement
psychologique et psychothérapeutique augmentait aussi fortement les
chances de réussite des expériences menées. Pour plus d’efficacité, il
semblait évident que nos deux organismes devaient n’en faire plus qu’un.
Mais au-delà de nos intérêts communs pour la recherche, à force de passer
du temps ensemble à échanger sur nos projets, nous avions aussi appris à
nous connaître et avions développé des liens d’amitié. Quelle que soit leur
décision à l’époque, nous leur étions déjà très reconnaissants. Même si nous
n’avions pas pu aller au bout de notre projet OBE, ils nous avaient donné
notre chance. Nous leur devions déjà beaucoup… et ce n’était pas terminé.
Au cours de l’été, la fusion a donc été décidée. Cela n’a pas été simple en
termes de démarches et formalités administratives, mais nous y sommes
parvenus. C’est ainsi qu’à l’automne 2012 les activités de Noêsis ont été
officiellement intégrées à la Fondation qui, peu après, a changé de nom
pour devenir l’Institut suisse des sciences noétiques ou ISSNOE.

Mais il y avait une contrepartie : Marcel Odier nous avait demandé de
mener une toute dernière expérience qui lui tenait particulièrement à cœur.
Après quoi, quel que soit le résultat, positif ou négatif, il quitterait
probablement assez vite la Fondation. Il s’agissait d’une expérience qui
avait pour but de prouver la réalité du phénomène de « clairvoyance ». À
travers leur Fondation, Marcel et Monique Odier avaient côtoyé beaucoup
de personnes aux dons étonnants, et parmi elles, certains très bons
clairvoyants. Marcel estimait qu’il devait être possible de prouver
scientifiquement cette faculté qui l’avait si souvent étonné. Pour être
honnête, ce projet ne nous intéressait pas beaucoup. Car là, nous étions
vraiment loin de notre sujet de prédilection, à savoir les OBE. Mais il était
hors de question de tergiverser. Marcel semblait y tenir beaucoup et c’était
la moindre des choses que nous puissions faire pour le remercier de nous
avoir sauvés du naufrage.

Très rapidement, Marcel Odier a donc écrit un nouveau protocole pour
cette ultime expérience, et de notre côté, nous nous sommes mis en quête de
personnes clairvoyantes et avons commencé à leur faire passer des tests
préliminaires. Il s’agissait pour le candidat de « deviner » parmi une série
de 4 photos qui lui étaient soumises, celle dont l’image originale était
contenue dans une enveloppe cachetée, que nous avions tirée au sort et
appelions « l’enveloppe cible ». Les candidats avaient une chance sur
quatre de choisir la bonne réponse par hasard, c’est-à-dire 25 %. Avec
certains candidats, les résultats n’étaient pas mauvais et avoisinaient les
30 %, ce qui est déjà considéré comme un bon score en parapsychologie.
Mais il était clair que nous n’allions pas révolutionner le monde scientifique
avec ce genre de résultats, et nous espérions trouver un candidat capable
d’obtenir beaucoup mieux. C’est alors que nous avons eu l’idée de proposer
l’expérience à Nicolas.
Préparation de l’expérience
Janvier 2013. Les tests préliminaires des derniers mois avec Nicolas
s’étaient révélés plutôt positifs. Dès les premiers essais, lui aussi s’était
montré capable de « deviner » correctement l’image cible dans environ
30 % des cas. Pourtant, c’était la première fois qu’il s’essayait à ce genre
d’exercice et, connaissant ses antécédents avec d’autres capacités qui ne
manquèrent jamais de se développer avec le temps, nous étions convaincus
qu’avec de l’entraînement, il parviendrait à obtenir un meilleur score. Nous
avons donc poursuivi cette phase préparatoire pendant quelques mois, à
raison d’une séance mensuelle. Mais malgré tous ses efforts et sa bonne
volonté, ses performances ne montraient guère d’amélioration significative
et continuaient à plafonner aux alentours de 30 % de réussite. Et Nicolas
commençait déjà à se lasser de ces tests… De notre côté, nous continuions à
chercher d’autres façons de travailler avec lui pour améliorer ses résultats,
mais nous commencions à douter de pouvoir vraiment obtenir mieux. Seul
Marcel Odier restait totalement motivé à mener cette expérimentation
jusqu’au bout. Sans lui, nous en serions probablement restés là. Comment
se fait-il qu’il soit resté si déterminé ? Avait-il inconsciemment l’intuition
de ce qui allait se passer… ?

Après six mois de préparation, Marcel Odier, impatient, nous pressait de
réaliser les tests officiels. Convaincus que quelques mois d’entraînement de
plus ne changeraient pas grand-chose, nous avons accepté de mettre en
route l’étape suivante : une expérimentation sous contrôle d’huissier. Nous
avons alors passé le printemps à préparer la phase finale de cette
expérience.

Nous avions constitué une base de données de 400 images différentes,
organisée en 100 séries de 4 images. Chaque image comportait en bas à
droite une brève description en trois mots au maximum, tandis que figurait
à gauche le numéro de la série suivi d’une lettre.

Nous avons remis les 100 séries à Marcel Odier, qui s’est lui-même
chargé d’introduire chaque image dans une enveloppe selon une procédure
définie par Maître Breitenmoser, un huissier judiciaire assermenté du
canton de Genève (voir
l’annexe). Après avoir remis
tout le matériel à l’huissier, et
bien que ce ne soit pas l’envie
qui lui manque, Marcel Odier a
décidé de s’abstenir d’assister
aux tests pour éviter toute
éventuelle suspicion de
tricherie. Grâce à la procédure
utilisée et au strict partage des
tâches qu’avait imposé
l’huissier dans la préparation et
la réalisation, nous pouvions
affirmer sans l’ombre d’un doute que personne au monde ne pourrait savoir,
ni même soupçonner, quelle image serait enfermée dans l’enveloppe cible
au moment de chaque test.

Nicolas avait accepté de procéder à 100 tests, que nous avions prévu
d’échelonner sur cinq journées, qui en comprendrait chacune 20. En raison
des emplois du temps de chacun, nous avions dû prévoir des dates
échelonnées sur environ trois semaines. Nicolas avait demandé à ne pas
connaître les résultats avant la fin, pour ne pas être découragé au cas où ses
performances se révéleraient mauvaises. Nous n’y tenions pas non plus, ni
Monique Odier, qui procéderait avec nous aux tests officiels. Et cela,
d’autant plus que nous connaissions les capacités télépathiques de Nicolas !
Il avait donc été convenu que l’huissier attendrait que les 100 tests soient
effectués avant de procéder au dépouillement. Nous l’avions évidemment
informé des dates prévues et il pourrait se rendre à tout instant à l’Institut
pour effectuer des contrôles inopinés et s’assurer que la procédure était bien
respectée.

Malgré la perspective de ces tests officiels, Nicolas avait réussi à rester
très détendu. Probablement parce qu’il sentait que, personnellement, nous
n’attachions pas une importance démesurée à l’issue de cette
expérimentation, si ce n’est bien sûr dans le but de donner satisfaction à
Marcel Odier. Cela devait être sa dernière expérience en tant que président
de la Fondation, et il aurait en effet mérité de terminer sur un beau résultat.
La veille du jour fatidique du début des tests officiels, alors que nous
procédions à quelques derniers essais, la pression commençait pourtant à se
faire sentir pour Nicolas, face à tout le travail de préparation qui avait été
effectué et au nombre de personnes impliquées qu’il ne voulait pas
décevoir. Pendant les six mois de préparation qui avaient précédé, nous lui
avions suggéré plusieurs façons différentes de procéder pour essayer de
« deviner » l’image cible, mais aucune n’avait vraiment semblé plus
efficace qu’une autre. Quand il essayait d’utiliser « activement » son
intuition et ses ressentis intérieurs, bien que « significativement » au-dessus
du hasard, ses résultats ne s’avéraient pas franchement spectaculaires. Ce
jour-là, au dernier moment, nous avons décidé de l’orienter vers un nouveau
mode opératoire : et si, au contraire, il essayait d’être dans un état de lâcher-
prise et de réceptivité, comme nous l’avions déjà travaillé ensemble pour
ses OBE ? Initié au reiki4 il y a quelques années, il avait donné pendant un
temps des consultations. D’après ce qu’il nous avait raconté, lorsqu’il était
avec un patient, il lui arrivait en effet d’obtenir intuitivement, sans le
chercher, des informations sur son état ou sur ce qui pourrait le soulager.
« Ça lui venait » simplement, alors qu’il était en contact avec la personne.
Un peu dubitatif ce soir-là, Nicolas a accepté de tenter cette ultime façon de
procéder. Nous avons donc installé une table de soins dans la pièce
d’expérimentation et avons posé dessus une enveloppe contenant une
image. Sans attente particulière, il a alors placé ses mains à quelques
centimètres au-dessus de l’enveloppe, comme s’il s’occupait d’un patient.
Très vite, il s’est mis à parler : « Je ressens une image colorée, avec
plusieurs personnes… il y a un cow-boy… un Indien aussi il me semble… et
il y a un rapport avec de la musique, quelque chose de gai… » Parmi les 4
images de la série que nous lui avons alors présentée se trouvait une photo
des… Village People5 ! Nicolas l’a choisie sans hésiter, et il s’est avéré que
c’était effectivement l’image cible. Bien qu’il soit difficile de tirer des
conclusions d’une seule expérience, nous avons alors « senti » tous les trois
que c’était cette méthode et aucune autre qu’il devait utiliser pour les tests
officiels qui débutaient le lendemain matin…
Quand l’irrationnel s’invite… dans un cadre scientifique !
Mardi 7 mai 2013. Première journée de tests officiels. Il faisait très beau.
Dommage de devoir s’enfermer par une si belle journée. Pourtant, après ces
nombreuses heures de préparation, nous étions contents d’en arriver enfin à
la concrétisation de cette expérience. Malgré tout, cette procédure officielle
générait un peu de tension en nous. Nicolas, quant à lui, était relativement
stressé, malgré nos efforts pour le détendre. Nous préparions ensemble ce
moment depuis plusieurs mois, et il était surtout content que tout cela se
termine bientôt. Le matin même – comme nous allions le faire pour chaque
journée de tests – nous étions allés chercher chez Maître Breitenmoser les
20 images cibles qu’il avait préalablement tirées au sort pour la journée et
qu’il avait lui-même scellées avec un ruban bleu à cacheter spécial, qui
rendrait visible toute tentative d’ouverture, après avoir apposé son sceau et
sa signature sur la fermeture arrière de l’enveloppe. Chaque enveloppe cible
était accompagnée d’une petite enveloppe contenant les 4 photos de la série
correspondante en format réduit.

La dernière méthode pour laquelle nous avions opté la veille ne
demandant pas de préparation particulière, nous sommes passés rapidement
au premier test, qui s’est déroulé de la façon suivante : Monique Odier a
pris une enveloppe cible préparée par l’huissier, selon l’ordre qu’il avait
prédéfini, et l’a déposée sur la table de soins devant laquelle Nicolas était
assis. Celui-ci a placé ses mains légèrement au-dessus, sans la toucher, et a
laissé venir à lui les informations comme nous en avions convenu la veille.
Après quelques minutes, il a réclamé la petite enveloppe et en a sorti les 4
photos de la série correspondante afin de faire son choix. Une fois celui-ci
fait, il a écrit directement sur l’enveloppe cible le titre et le numéro de
l’image qu’il pensait avoir identifiée et l’a signée avant de nous la remettre.

Nous avons également apposé dessus nos signatures, ainsi que la date,
avant de la remettre avec la petite enveloppe contenant les 4 photos dans
une grande enveloppe fournie par l’huissier, que nous avons cachetée. La
même procédure allait être répétée pour chaque test. Après avoir effectué
les 20 tests de la journée, nous irions rapporter le tout le soir même à
l’étude de Maître Breitenmoser.

Les premiers tests se sont déroulés tout à fait « normalement », c’est-à-
dire sans rien de particulier, ni de différent par rapport aux dernières
séances préparatoires. Le rythme était régulier, chacun prenant environ un
quart d’heure, suivi d’une pause de même durée avant le test suivant. Mais
dès le huitième, tout a basculé…

Nicolas paraissait perplexe : « J’ai entendu une voix à mon oreille… elle
m’a dit “Ça ne va pas assez vite…” » Même s’il était habitué à vivre toutes
sortes de phénomènes, on ne peut pas dire qu’il était vraiment coutumier de
ce genre de manifestations auditives. Il était surpris et se demandait ce que
cela pouvait signifier. Nous lui avons répondu qu’il fallait poursuivre, et
que nous verrions bien si cela avait ou non un sens.

À partir du test suivant, Nicolas a commencé à « voir » mentalement des
images, qui présentaient à chaque fois un lien évident avec une image de la
série concernée. Un peu comme lorsqu’il faisait un soin. Ainsi, il a « vu » le
dalaï-lama, alors que dans la série d’images se trouvait une photo du
Potala6. Au suivant, il a « vu » de l’or et dans la série de photos que nous lui
avons présentée se trouvaient… des lingots d’or. Nicolas était agréablement
surpris, car cela lui permettait de faire son choix très facilement. Même si, à
ce moment-là, nous ne savions pas encore si ces informations étaient
correctes ou non, tout le monde commençait à se détendre, et l’ambiance
pesante du début de matinée s’était dissipée. Finalement, peut-être bien que
ces tests allaient donner quelque chose d’intéressant…

Puis, soudain, à partir de la dix-huitième image, les informations qu’il
semblait capter « on ne sait d’où » sont devenues auditives : « Cette fois, je
n’ai rien vu… par contre, j’ai entendu une chanson. » Nicolas rigolait un
peu nerveusement, visiblement gêné : « C’est vraiment ridicule… c’est une
chanson de Chantal Goya : “Ce matin, un lapin a tué un chasseur…”, du
n’importe quoi ! » Pourtant, dans la série que nous lui avons tendue à ce
moment-là, figurait la photographie d’un lapin… Non, cela ne semblait pas
être du n’importe quoi… De plus en plus étonnés, nous avons poursuivi les
tests : « Cette fois j’ai entendu la chanson de Charles Trenet, vous savez
“Le Soleil a rendez-vous avec la Lune” ! » Nous étions impatients qu’il
ouvre la petite enveloppe contenant les 4 photos de la série correspondante :
« C’est dingue, il y a une éclipse ! » s’est écrié Nicolas après en avoir sorti
la photo d’une magnifique éclipse solaire… Il faut préciser qu’à chaque
fois, les autres photos de la série n’avaient en revanche aucun rapport,
même éloigné, avec les informations qu’il percevait, ce qui ne laissait
planer aucun doute au moment du choix7.

Quand Nicolas a commencé à « entendre » des informations, l’effet de
surprise nous a décontenancés pendant quelques tests. Mais par la suite,
nous lui avons demandé d’écrire sur une feuille ce qu’il entendait et de nous
la remettre avant que nous lui donnions la petite enveloppe avec les 4
photos de la série pour qu’il fasse son choix. Cela afin d’être en mesure
d’affirmer qu’il n’inventait pas le texte après avoir vu les photos de la série.

Nous étions au terme de cette première journée. À la fois perplexes et
contents, voire euphoriques. Nous avions hâte de continuer, mais en même
temps, une pointe d’anxiété nous gâchait un peu notre plaisir. Et si tout
s’arrêtait ? Et si les informations reçues ne correspondaient pas aux images
cibles, mais à d’autres images des séries ? D’expérience, nous savions qu’il
ne fallait pas se réjouir trop vite. Avec ce genre de tests, nous avions déjà
« tout vu »… les candidats étaient parfois capables de prouesses
étonnantes… mais pas forcément de celles que l’on attendait d’eux ! Et
pourtant, nous avions tous les quatre le pressentiment que « quelque
chose » de tout à fait hors du commun était en train de se passer… Ce soir,
nous avions simplement envie de savourer l’instant. Ces tests prenaient une
tournure des plus inattendues, et cela s’avérait très excitant. Nous avons
appelé Marcel Odier pour lui raconter les événements de la journée.

Vendredi 10 mai 2013. Deuxième journée de tests. Il faisait encore plus
chaud qu’au début de la semaine. Mais après deux jours de pause, nous
étions frais, dispos et surtout très impatients de nous remettre au travail.
L’ambiance était détendue et plutôt gaie en ce début de matinée. Nicolas
semblait plus calme et confiant que le premier jour. Pourtant, rien ne
permettait d’affirmer que les choses allaient continuer sur la même lancée.
Nous avons entamé le premier test. Particulièrement attentifs et curieux de
ce qui allait se passer : « J’ai entendu la chanson de Piaf, La Foule…
j’entendais même le grésillement d’un vieux disque vinyle… » Nous étions
soulagés. Au moins, il avait à nouveau entendu ce qui ressemblait à une
information, et celle-ci pourrait bien s’avérer pertinente. Car nous savions
que dans notre base de données se trouvait une photo de Piaf… Au moment
où nous lui avons tendu la petite enveloppe avec les photos de la série, nous
retenions tous notre souffle. Nicolas l’a ouverte. Parmi les quatre se trouvait
bien la photo d’Édith Piaf en concert ! Nous étions tous soulagés, lui le
premier. Après une brève pause, nous avons poursuivi les tests, qui
commençaient à devenir vraiment passionnants et amusants pour tout le
monde.

Pendant la quinzaine de tests qui a suivi, Nicolas a entendu très
nettement des chansons ou des morceaux de musique qu’il connaissait.
Ainsi, La Montagne de Jean Ferrat, qui lui a permis de choisir sans hésiter
la photo de la chaîne de l’Himalaya. Parfois aussi, il n’entendait que de
simples bruits, par exemple des « explosions répétées », qui lui feront
choisir la photo de feux d’artifice. Mais au vingt-huitième test, le voilà à
nouveau un peu décontenancé : « J’ai entendu une chanson, mais je n’en
connais ni le nom ni l’interprète et je ne me souviens pas l’avoir déjà
entendue, c’est une femme qui chante, elle dit : “Elle avait une bague à
chaque doigt…” » Monique Odier a tout de suite reconnu la chanson de
Jeanne Moreau Le Tourbillon du film Jules et Jim. Effectivement, celle-ci
n’était pas du tout de l’époque de Nicolas, et l’on ne peut pas dire qu’elle
passait souvent à la radio. Mais quelle n’a pas été notre surprise quand nous
avons découvert les photos de la série correspondante. Parmi elles se
trouvait la fameuse photographie de Rachida Dati qui avait créé une belle
polémique quelques années auparavant, lorsque le magazine Le Figaro en
avait fait sa une après avoir « gommé » la bague de prix de la ministre !
Pour Nicolas, il n’y avait aucun doute, c’était forcément sa propre intuition
qui lui fournissait les informations sous cette forme auditive. Pourtant, ce
dernier test le laissait un peu perplexe… alors il essayait de rationaliser :
« Je dois certainement avoir déjà entendu cette chanson par le passé, elle
devait être quelque part dans ma mémoire, même si je ne m’en souviens
pas… »

Mais Nicolas n’était pas au bout de ses surprises. Nous non plus…

Nous en étions maintenant au test no 34. Celui-ci allait profondément le
bouleverser : « J’ai entendu une musique, mais je ne la connais pas, et il
n’y a pas de paroles cette fois… je ne pourrai pas faire mon choix… »
Aussi, nous lui avons proposé de nous fredonner ce qu’il entendait. À
l’évidence, il s’agissait de la musique du premier film de la série des
Rocky : « Je ne l’ai jamais vu… d’ailleurs je n’en ai vu aucun, c’est pas
vraiment de ma génération, ni surtout le genre de film que j’aime », a
précisé Nicolas. En effet, il n’était même pas né à sa sortie dans les années
1970. Nous lui avons donné l’enveloppe cachetée contenant les 4 photos de
la série. Au moment où il a aperçu parmi elles la photo de Sylvester
Stallone en boxeur, Nicolas a littéralement changé de couleur : « Mais
alors, ça ne vient pas de moi… je ne connaissais même pas cette musique !
Qui m’a donné cette information ?! » Cette fois-ci, il avait beaucoup de
peine à rationaliser ce qu’il était en train de vivre. Son mental s’est emballé,
a paniqué et il a complètement craqué. Nous ne l’avions jamais vu dans un
état pareil. Sur le moment nous ne comprenions pas vraiment pourquoi cela
le perturbait à ce point. Après tout, il en avait vu d’autres, non ? « Vous ne
comprenez pas ? D’habitude quand je vis des choses hors norme alors que
je suis dans mon corps, elles viennent de moi, c’est moi qui fais de la
télépathie, c’est moi qui fais de la clairvoyance. Quand je suis en OBE,
c’est différent, il se passe des choses étonnantes, mais je ne suis plus tout à
fait Nicolas, donc ça ne m’atteint pas… Mais aujourd’hui, alors que je suis
dans mon état normal, pour la première fois, j’ai l’impression que “quelque
chose” d’extérieur à moi me parle… me manipule… Ça me fiche la
trouille ! » Après une assez longue pause passée à discuter, que nous avons
terminée en lui faisant une séance de relaxation, il a finalement accepté de
reprendre les tests.

Ceux-ci étaient sur le point de prendre une tournure vraiment
extraordinaire…

Test n° 36. Une fois de plus, Nicolas a écrit ce qu’il entendait, comme
sous la dictée d’une présence invisible, et cette fois-ci… un peu moqueuse :

« Jacques a dit… bouche-toi les oreilles ! »

Au travers des paroles de ce jeu enfantin – « Jacques a dit… » –, Nicolas
a alors reconnu la voix de Jack Lang, qui se trouvait effectivement parmi
les 4 photos de la série !

Puis au test suivant…

« Elle n’est pas des cieux,


Et pourtant elle vit.
Au fond de la mer,
Son paradis,
Et pourtant, vous en faites un enfer ! »

Qu’est-ce que cela voulait dire ? Ça ressemblait à une énigme à résoudre,


et en même temps, le texte était joliment écrit et même poétique. Lorsqu’il
a sorti les photos de la petite enveloppe pour faire son choix, nous avons
immédiatement compris le sens de ce « mini-poème ». En effet, parmi les 4
images, il y avait… une magnifique étoile de mer. Nous étions tous
complètement éberlués. Comment était-il capable de faire cela ? Nicolas ne
s’en cachait pas, il n’était pas très littéraire, et l’écriture n’avait jamais été
« son truc », encore moins la poésie ! Très enthousiastes, nous avons
poursuivi. Test n° 38. Après une ou deux « longues » minutes, il nous a de
nouveau lu ce qu’il avait entendu et retranscrit : « Une belle image de
l’humanité, celle qui suit sans penser. » À notre grand étonnement, il a
choisi une photo du maréchal Pétain, alors que figurait parmi les 4 images,
celle d’un troupeau de moutons qui nous paraissait bien mieux
correspondre… Test no 40 : « Les flammes emportent leurs restes mortels,
leurs cendres assombrissent l’eau qu’ils vénèrent. » Sans hésiter, Nicolas a
choisi la photo d’un bûcher funéraire sur le Gange, à Bénarès…

Et les textes se sont enchaînés tout l’après-midi.

La deuxième journée de tests s’achevait. Bien qu’étant experts en matière
d’états modifiés de conscience et habitués aux phénomènes extraordinaires,
nous étions stupéfaits, voire bluffés, par ce qui était en train de se passer.
Quant à Nicolas, il était complètement perturbé. Il ne voulait pas rester tout
seul. Nous avons décidé de passer la soirée ensemble et de l’héberger pour
la nuit avant qu’il ne rentre à Lyon. Au restaurant où nous sommes allés
dîner ce soir-là, nous lui avons posé une foule de questions. Pouvait-il
décrire ce qu’il « entendait » exactement ? « C’est comme si on me
murmurait à l’oreille… C’est pas vraiment une voix, plutôt un concert
d’une multitude de voix qui se fondent en une sorte de chuintement ni
masculin ni féminin… C’est pas facile à décrire… » Après une pause : « Et
si j’étais en train de devenir schizo ?! » Nous l’avons tout de suite rassuré,
non, on ne devenait pas schizo comme cela d’un moment à l’autre. De plus,
il n’en présentait aucun autre symptôme. Et puis ce phénomène rappelait
aussi étrangement ce qu’il avait déjà vécu pendant ses « voyages dans le
cosmos », lorsqu’il entendait ces messages laconiques (voir la « Quatrième
période »)… Nous avions hâte de connaître les résultats. S’ils étaient aussi
bons que nous l’espérions, cela lui prouverait bien que ce qu’il vivait
n’avait rien à voir avec de la schizophrénie. Mais il nous faudrait être
patients, puisque nous avions demandé à l’huissier de ne procéder au
dépouillement qu’une fois le centième test réalisé. Quoi qu’il en soit, ce
phénomène était vraiment étonnant, car même s’il advenait que les
informations reçues ne correspondaient pas à l’image cible, elles
décrivaient pourtant à chaque fois parfaitement une des photos de la série
correspondante. Enfin presque… Dans de rares cas, il arrivait en effet que
nous ne voyions aucun lien entre l’info reçue et les 4 photos de la série.
Pour quelle raison ? Nous verrions cela plus tard, de toute façon nous ne
pouvions pas en savoir plus pour l’instant. Nous étions tous fatigués par
cette journée qui avait été éprouvante, enfermés du matin au soir dans la
chaleur étouffante qui régnait alors dans nos locaux. Nicolas était
étonnamment silencieux. Mais nous pouvions lire l’angoisse dans son
regard : « Il y a quelque chose d’impressionnant dans ces voix que
j’entends… je me sens comme tout petit à côté d’elles, c’est comme si elles
venaient de très loin, de très haut aussi sur un plan spirituel… Ça me fait
peur… C’est “quoi”, c’est “qui” qui me donne ces informations ?… »
Évidemment, nous n’avions pas de réponse à cette question. Nous avons
essayé de le rassurer du mieux que nous pouvions. Quelle que soit l’origine
de ces « voix », elles ne pouvaient pas lui faire de mal… et visiblement,
elles étaient plutôt sympathiques puisqu’elles semblaient l’aider à faire son
choix ! Nous sentions qu’il avait envie de tout laisser tomber, d’arrêter sur-
le-champ ces tests et de ne plus jamais en entendre parler. Mais il ne
pouvait pas abandonner, pas maintenant. Ce qui était en train de se passer
était trop extraordinaire, cela devait forcément avoir un sens… pour lui,
pour nous… Il fallait finir et dépouiller. Ensuite, nous essayerions ensemble
d’en apprendre plus sur ces « voix »…

Jeudi 23 mai 2013. Troisième journée de tests. Après une pause de deux
semaines, nous étions un peu inquiets. Qu’allait-il se passer aujourd’hui ?
Et si ce phénomène étonnant ne se reproduisait pas ? Après tout, Nicolas ne
semblait avoir aucune emprise sur sa survenue… « Qui ? », « Quoi ? »,
« Comment ? », autant de questions qui se bousculaient dans nos têtes, et
restaient… sans réponse. Mais la curiosité l’emportait, et la bonne humeur
était au rendez-vous. Nicolas, lui, est arrivé dans le même état où nous
l’avions quitté quinze jours auparavant. Peu loquace et tendu. Nous nous
sommes rapidement mis au travail. Il s’est installé sur son tabouret devant
la table de soins où nous sommes allés déposer la première enveloppe cible
scellée de la journée. Les quelques instants de silence qui ont suivi nous ont
paru interminables. Tout le monde retenait son souffle… Soudain, il a pris
son crayon et s’est mis à écrire sur le bloc de papier que nous avions posé
près de lui. Enfin, il se passait quelque chose ! Au cours de la matinée,
Nicolas n’a entendu quasiment que des musiques – par exemple une
musique de cirque et celle d’un enterrement américain– ou des chansons,
comme Alexandrie, Alexandra, La Jument de Michao (« J’entends le loup,
le renard et la belette… »), ou encore Jésus revient. Celles-ci lui ont à
nouveau permis de faire son choix, presque à chaque fois de façon évidente,
en l’occurrence : le cirque Bouglione, un cimetière militaire, Claude
François, une meute de loup et le Christ en croix… Juste avant d’entamer le
dernier test avant la pause de midi, nous nous sommes étonnés du fait qu’il
serait beaucoup plus simple de « transmettre » uniquement le titre de
l’image cible, c’est-à-dire les trois mots maximum écrits en bas à droite de
celle-ci. Comme si notre requête avait été « entendue », lors du test qui a
suivi, Nicolas a simplement écrit sur sa feuille « serpent de bois » : « Mais
ça parlait très vite, je ne suis pas sûr d’avoir bien compris… » Parmi les
photos de la série figurait un serpent, et en bas à droite, il était écrit…
« serpent boa ». Sans commentaire !

Puis au cours de l’après-midi, il a recommencé à recevoir, comme deux
semaines auparavant, ce qui ressemblait de plus en plus à des devinettes.
Certaines étaient totalement ahurissantes et nous laissaient sans voix :
« Ouvrons-lui le ventre et sortons-en le trésor. » Nicolas a choisi la photo
d’une opération par césarienne. « Pas des bois, mais très drôle. » Il a choisi
Muriel Robin ! « Elle regarde les étoiles et sait ce qui sera. » Élisabeth
Teissier ! Plus incroyable encore : « Dans la jungle, pieds et poings liés, un
ego médiatisé. » Il a choisi la fameuse photo qui a fait le tour du monde
d’Ingrid Betancourt captive dans la jungle colombienne… Plus drôle
ensuite : « Donne-lui à manger, et il t’offrira un rocher. » Une fois encore,
malgré l’étrangeté de la phrase, Nicolas n’a eu aucun mal à faire son choix,
car il y avait dans la série le dessin… d’Obélix portant un menhir ! Ou
encore : « Or, argent, bronze, chaque médaille a son revers. » Il a choisi la
photo d’un podium olympique… Il régnait dans la pièce une ambiance
électrique. Par moments, nous éclations de rire, probablement pour évacuer
la tension nerveuse. Comme nous connaissions notre base de données
d’images quasiment par cœur, une fois que Nicolas nous avait lu le texte
qu’il avait retranscrit, chacun de nous essayait de deviner intérieurement
laquelle il pourrait bien concerner. Notre stupéfaction augmentait à chaque
fois que nous découvrions la série de photos et la parfaite correspondance
entre le texte reçu et l’une d’entre elles. Nous étions euphoriques. Nous
avions l’impression de participer à un jeu, un jeu cosmique avec un
partenaire… invisible !

Et puis, le ton est devenu plus sérieux, certaines phrases revêtant même
un caractère franchement moralisateur qui ne plaisait pas du tout à Nicolas :
« Là où s’élève la maison de votre Dieu, une foule non consciente s’amasse
sans savoir vraiment ce qu’elle fait. Toi qui vois ça, toi qui sais, élève-toi et
apprends. » Il a choisi une photo de La Mecque envahie par une marée de
fidèles…

Mais toutes les religions étaient logées à la même enseigne :

« Le faux berger que suivent les brebis,


Une vérité tournée vers lui.
Tu n’as pas besoin de cet intermédiaire
Pour connaître tout de ton père.
Même son livre incertain
A été écrit par un simple humain. »

Nicolas a choisi la photo du pape Benoît XVI… À noter que dans cette
strophe, le rythme et la rime étaient vraiment parfaits. Mais souvent, les
textes formaient plus ou moins des quatrains, comme celui-ci qui illustre
parfaitement John Wayne, dont la photo en cow-boy figurait dans la série
correspondante :

« Il aurait pu vivre en ce temps,


Où les cow-boys tuaient leurs frères de sang.
L’Histoire se répète, ce n’est pas une fin, sur l’écran ou dans la vie,
L’Homme joue un rôle parfois trop grand pour lui ! »
Parfois, il nous semblait évident que Nicolas ne choisissait pas la bonne
image. Car bien sûr, nous ne lui parlions pas pendant les tests. Peut-être
était-ce à cause de la fatigue ou parce qu’il allait trop vite, désireux d’en
voir la fin. Ainsi, par rapport à cette phrase retranscrite :

« Aimeriez-vous que l’on pille votre ventre, son contenu,


Et que ceux qui le souhaitent s’en délectent sans retenue ? »

Contre toute attente, Nicolas choisira une photo d’abattoirs, alors que
celle d’une boîte de caviar nous paraissait nettement mieux correspondre.

Ou encore :

« En son cœur sommeille une profonde ardeur,


Pour aider son prochain il a de la hauteur,
Pourtant tout petit,
Toujours sous son casque il frémit.
La vie est injuste surtout pour lui,
Pourtant quand on le regarde tout le monde sourit. »

Dans ce cas-ci, Nicolas, qui ne connaissait pas bien le personnage de


Calimero8, choisira à la place la photo d’un scaphandrier…

Nous sommes arrivés au terme de cette troisième journée, complètement
sidérés. Nous étions en train de vivre une expérience ahurissante, unique…
et totalement inattendue ! Seul Nicolas ne débordait pas d’enthousiasme.
Silencieux et songeur, il paraissait soudain insensible à ce qui se passait,
presque comme si cela ne le concernait plus vraiment. Pour supporter ce
qu’il était en train de vivre, il semblait s’être une fois de plus coupé de ses
émotions, comme il avait si bien appris à le faire…

Vendredi 24 mai 2013. Quatrième journée de tests. Il faisait toujours
aussi beau, et ce mois de mai était vraiment étonnamment chaud. Nicolas
avait réussi à se détendre un peu. Il n’était pas enchanté d’être là, cela se
voyait, mais il avait pris du recul. Et surtout, il avait décidé de poursuivre
sans plus se poser de questions, quoi qu’il se passe de nouveau. Dès que
tout le monde a été là, nous avons repris place dans la pièce
d’expérimentation, où nous attendait la sacoche contenant les images-cibles
scellées par l’huissier que nous étions allés chercher le matin-même. Nous
avons commencé et patiemment attendu qu’il ait terminé et qu’il nous lise
le premier texte qu’il avait entendu :

« En ces lieux, tu te dois d’être sincère


Avec celui qui est à la fois ton père et ton frère.
Son sens réel, avec le temps,
A disparu au gré des vents. »

À nouveau, le texte obtenu était énigmatique et poétique. Le même


phénomène semblait toujours opérer. Nous lui avons tendu la petite
enveloppe cachetée contenant les 4 photos de la série correspondante. Au
milieu d’une danseuse de flamenco, d’un golden retriever et d’un
Tyrannosaurus rex, il y avait… un confessionnal. Plus aucun doute,
l’aventure continuait ! Nous étions soulagés et impatients de poursuivre
cette nouvelle journée hors du commun.

Et les textes se sont à nouveau enchaînés, tous plus étonnants les uns que
les autres. Tantôt légers et poétiques :
Test n° 63
« La petite reine revient chaque année
Faire sa parade mouvementée.
Espoir, victoire et déception,
La caravane passe de toute façon. »

Choix de Nicolas : le Tour de France.


Test n° 64
« La nature se repose,
Sous l’eau, la vie continue lentement.
Tout est blanc et attend
Que revienne le temps des roses. »

Choix de Nicolas : un étang sous la neige.


Test n° 65
« Il tourne au souffle incertain,
Tirant de l’eau ou broyant le grain.
Histoire mêlée du vent et de l’humain,
Il est d’hier et de demain
L’outil qui remplace la main. »

Choix de Nicolas : un moulin à vent.


Test n° 67
« Dans la nuit elle ne voit rien,
Le son la guide vers son festin.
Diabolisée ou adorée,
Dans les airs crie sa liberté. »

Choix de Nicolas : une chauve-souris.


Test n° 68
« De ses entrailles grondantes,
Coulée ardente et suffocante, Le sang de la mère s’étend.
Lent changement qui façonne
Le visage de celle qui t’accueille et te nourrit. »

Choix de Nicolas : un volcan en éruption.


Test n° 73
« Contrairement à son ami,
Il n’y est pas tombé,
Mais il en prend, pour être celui
Sur qui tous peuvent compter. »

Choix de Nicolas : Astérix le Gaulois.



Tantôt sévères et moralisateurs :
Test n° 72
« Vous rigolez à les voir exécuter
Des tours que vous leur apprenez.
Mais malgré tout, vous les tuez
Pour ce qu’ils sont censés vous rapporter.
Leurs larmes muettes ne se font connaître que lorsqu’il est déjà trop tard.
Laissez-les vivre sans faire d’histoires. »

Choix de Nicolas : des éléphants de cirque.


Test n° 74
« Toujours plus vite ! Savoir prendre le temps d’apprécier le voyage est
aussi important que d’arriver à destination. Regarde autour de toi :
pourquoi l’Homme veut-il aller plus vite que ce qui a été prévu pour lui ? »
(Nicolas précisera que les voix scandaient ces mots selon le rythme d’un
train, en s’estompant peu à peu comme dans un tunnel).

Choix de Nicolas : l’Eurostar en gare de Londres.

Certains nous laissant particulièrement abasourdis, comme celui-ci :
Test n° 75
« Deux jumelles s’éteignent au même moment
Et avec elles leurs centaines d’amants.
Deux oiseaux fous sans volonté
Au nom d’un seul les a aidés.
Éternelle cruauté
Qui anime l’humanité. »

Choix de Nicolas : attentat des tours jumelles du World Trade Center, le


11 septembre 2001 (voir photos, p. 147 et 164).

Dans de rares cas, pourtant, Nicolas retranscrivait des textes magnifiques
qui ne semblaient correspondre à aucune des photos de la série. Pour quelle
raison ? Il expliquait que par moments, les « voix » parlaient très vite et
dans une sorte de concert qu’il avait de la peine à saisir ou à mémoriser le
temps de les écrire. Se trompait-il alors ? Quoi qu’il en soit, dans ces cas-là,
il lui était bien difficile de faire son choix. Néanmoins, nous étions arrivés
au terme de cette journée très satisfaits. Mais nous n’avions pas réussi à
terminer les vingt tests prévus. Nos discussions animées pendant les pauses
nous avaient fait perdre la notion du temps, et notre planning s’en était
ressenti : nous n’avions procédé qu’à seize tests. Bien que nous ne
connaissions toujours pas les résultats, nous avions tous l’intime conviction
de participer à un événement extraordinaire. Marcel Odier était ravi. Il avait
eu raison de persévérer. Car cette expérience pourrait bien être en train de
dépasser, et de loin, tout ce qu’il avait pu espérer jusque-là…

Ce soir-là, dans son étude, après avoir réceptionné les 20 enveloppes
cibles de la journée que nous lui avions rapportées, Maître Breitenmoser
avait bien envie de commencer le dépouillement. Il ne restait plus qu’une
journée de tests, et il n’avait pas encore trouvé le temps de venir voir
comment ceux-ci se déroulaient. Il voulait savoir de quoi il en retournait.
Après avoir constaté l’intégrité des enveloppes, il a ouvert les premières
sans trop y croire, car nous lui avions fait part au préalable de nos réserves
quant à l’issue de cette expérimentation. Sur les 20 premiers tests, il y avait
17 bonnes réponse, dont 14 qui se suivaient ! L’huissier était perplexe… et
saisi d’un grand doute. Il s’est alors mis à revérifier méticuleusement à la
loupe les enveloppes cibles, mais à
nouveau sans constater d’anomalies :
leur intégrité avait été parfaitement
respectée. Maître Breitenmoser a
téléphoné sur-le-champ à Marcel
Odier pour l’informer de ce taux de
réussite très élevé. Tous deux ont
alors estimé qu’il fallait poursuivre le
dépouillement pour tous les tests déjà
effectués, au total 76. L’huissier
comptabilisera ce soir-là 61 réponses
exactes ! Très surpris par ce résultat, il prendra alors la décision de se
rendre à l’Institut, sans prévenir, pour assister à l’intégralité de la dernière
journée et s’assurer qu’aucune fraude ne soit possible…

Mercredi 19 juin 2013. Cinquième journée de tests. Maître Breitenmoser
est un huissier d’excellente réputation, bien connu sur la place de Genève.
Nous lui avions fait rencontrer Nicolas quelque temps auparavant pour que
ce dernier ne soit pas surpris, ni déstabilisé le jour où l’huissier arriverait
inopinément pendant les tests officiels. Le contact entre eux était bien
passé, et l’arrivée de Maître Breitenmoser ce matin-là a donc été très bien
accueillie par toute l’équipe. Bien sûr, celui-ci ne nous a rien dit du
dépouillement effectué. Nicolas avait hâte que tout cela se termine, cela se
lisait sur son visage. Malgré l’ambiance à présent totalement détendue, où
nous parlions de choses et d’autres pour le distraire, il restait relativement
fermé. Il était temps de nous mettre au travail, car ce soir, nous devions
absolument avoir terminé les 100 tests, et il nous en restait 25…

Les tests ont repris, et comme les autres fois, des textes magnifiques ont
été retranscrits par un Nicolas malheureusement trop perturbé pour être
sensible à leur beauté :
Test n° 78
« Quand Éric devient femme,
Elle laisse couler ses larmes
Qui détruisent alors ce qu’elle devrait chérir. »

Choix de Nicolas : le naufrage du pétrolier l’Erika.


Test n° 80
« Quelle belle image tu as donnée
À cet être immatériel,
Ne compte pas le dominer,
Il n’est pas de la Terre mais du ciel,
D’où la couleur de sa parure
Qui n’est de feu mais d’azur. »

Choix de Nicolas : Marlene Dietrich dans le film L’Ange bleu.


Test n° 81
« Sa voix en or a chanté les plus divines tragédies,
Mais sa grandeur ne s’en est jamais enorgueillie.
Beauté d’une voix qui sublime
Les mots, les actions, les rimes. »

Choix de Nicolas : Luciano Pavarotti.


Test n° 87
« Un géant face à un cœur de glace qui avance sans s’en soucier, tragédie
pour l’homme pauvre naufragé. »

Choix de Nicolas : le naufrage du Titanic.


Test n° 95
« De célébrité en célébrité,
De l’écran au trône,
Cette belle de beauté
A désormais son royaume.
Touchée par la grâce,
Elle laissera sa trace. »

Choix de Nicolas : le mariage de Grace Kelly avec le prince Rainier.


Test n° 98
« Il te pose une énigme, comme moi,
Et si tu y réponds,
À toi,
Les secrets de pharaon.
Regarde-le dans les yeux,
Tu sauras qu’il vient des cieux. »

Choix de Nicolas : le Sphinx de Gizeh, en Égypte.



Mais très vite ce jour-là, certains textes ont repris une connotation
fortement moralisatrice :
Test n° 77
« Là, vous la voyez rire, mais vous la faites pleurer,
Par votre obstination à vouloir l’élever.
TUER, DÉCOUPER, MANGER ! »

(Nicolas a été incité par le ton à écrire ces trois derniers mots en
majuscules et précisera avoir entendu, avant le mot « manger »,
l’onomatopée de quelqu’un qui avale : « gloups ».)
Choix de Nicolas : le logo de « La vache qui rit ».
Test n° 83
« Son œil est ton œil,
À toi qui l’as construit.
Et enfin grâce à lui,
Tu dépasses le seuil.
Mais n’oublie pas comme il est beau
De simplement les regarder sans te sentir plus haut.
Tu viens de ces lieux que maintenant tu observes,
Et ne te laisses pas dominer par ces choses qui te servent. »

Choix de Nicolas : l’observatoire du mont Palomar.


Test n° 84
« Elle était la plus belle de son temps,
Elle devait atteindre les cieux.
Mais comme cette vanité les rendait orgueilleux,
Elle fut précipitée juste après son jugement.
Demande-toi aujourd’hui ce qui peut-être l’équivalent d’hier et la chute de
demain. »

Choix de Nicolas : une peinture de la tour de Babel.


Test n° 85
« Une architecture divinement inspirée,
Mais encore une fois mal utilisée.
Vous l’appelez “la maison du Seigneur”,
Mais il est présent, chez lui, dans vos cœurs.
Image sans cesse malmenée,
D’une sainte femme adulée. »

Choix de Nicolas : Notre-Dame de Paris.


Test n° 92
« D’ombre et de lumière il est vêtu
Et pourtant, l’homme le pourchasse et le tue.
Dans sa forêt d’herbe il prend son temps,
Laisse le donc vivre tranquillement.
À personne il n’appartient,
Il a sa vie, son chemin. »

Choix de Nicolas : un panda.


Test n° 99
« Ainsi faits, ils n’iront pas loin,
Sauf si tu joues avec eux dans tes mains.
Retrouve dans ton cœur
La joie de t’amuser,
Et découvre le bonheur
Que procurent ces jouets. »

Choix de Nicolas : des chevaux de bois.



Pourtant à nouveau, d’autres textes étaient d’un humour déconcertant :
Test n° 82
« Si Shiva et Ganesh étaient humains, qui ferait la cuisine ? »

Choix de Nicolas : un plat de cuisine indienne.


Test n° 86
« Bébé, il ne lui fera rien,
Mais adulte, ce sera son festin. »

Choix de Nicolas : un chaton avec un oiseau.


Test n° 94
« Qu’il soit blanc ou qu’il soit noir, il est toujours enrobé.
De rose ou de blanc sur son lac il est joué.
Maintenant, du “balai” ! »

Choix de Nicolas : le ballet Le Lac des cygnes.



Ou encore :
Test n° 76
« Parfois elle prie, mais elle aime dévorer.
Homme, tu finiras dans son gosier.
Dure luxure. »

Choix de Nicolas : une mante religieuse.



Cette ultime journée s’achevait. Monique Odier avait félicité et remercié
encore une fois Nicolas avant de s’éclipser en vitesse, tout comme Maître
Breitenmoser, après nous avoir confié qu’il avait été très impressionné par
ce à quoi il avait assisté. Il avait hâte de finir le dépouillement et de
connaître les résultats. Pas tant que nous. Nous avons téléphoné à Marcel
Odier pour lui raconter la journée. Puis nous sommes allés prendre un verre
avec Nicolas près de la gare, avant qu’il ne reprenne son train pour Lyon.
Mais il était absent. Il n’avait visiblement plus envie de parler de ces tests.
Il voulait passer à autre chose. L’été approchait et il voulait se changer les
idées. Nous comprenions à quel point cette expérience l’avait bouleversé.
Nous étions conscients que même si les résultats étaient positifs, il serait
probablement très difficile, voire impossible de le convaincre de leur
donner une suite. Nous le respections. De toute façon, il était trop tôt pour
parler de cela.

Au terme de cette dernière journée, l’huissier terminera le dépouillement
des enveloppes cibles et écrira en conclusion de son rapport :

« À l’Institut suisse des sciences noétiques, j’ai donc assisté durant la
journée du 19 juin 2013 à toutes les étapes du test à côté du “percipient 9 ”.
À aucun moment, je n’ai décelé une fraude ou tentative d’effraction des
scellés. Au contraire, mon scepticisme avait totalement disparu, et ma
stupéfaction a encore augmenté quand j’ai constaté la vitesse avec laquelle
le percipient donnait ses réponses.
Sur 100 tests, ce dernier a fourni 79 réponses justes. »

La probabilité que le hasard ait pu donner plus de 78 réponses justes est
de 1 sur 69 milliards de milliards de milliards (1/69 x 1027). C’était
énorme. Du jamais vu pour une expérience de ce type. Avec un tel niveau
de réussite, pourquoi pas du 100 % ? C’est la question à laquelle nous
n’avons toujours pas de réponse à l’heure actuelle : pourquoi Nicolas n’a-t-
il pas réussi à faire un sans-faute ? En comptabilisant ses erreurs de
jugement, c’est-à-dire les 6 images pour lesquelles nous n’avions pas
compris son choix et pour lesquelles nous-mêmes aurions répondu juste,
nous arrivons à 85 bonnes réponses. Mais qu’en est-il des 15 autres
mauvaises réponses ? Trois font partie des sept premiers tests pour
lesquelles il ne recevait pas encore d’informations auditives. Il en reste
donc 12 pour lesquelles il a retranscrit un texte qui, soit ne correspondait
pas à l’image cible mais à une autre image de la série (3 fois), soit un texte
qui ne correspondait à aucune des quatre images de la série (9 fois). Nous
pouvons simplement constater que ces 12 tests se sont produits en fin de
matinée juste avant la pause de midi ou en fin de journée, alors que Nicolas
était certainement plus fatigué et ressentait probablement, comme à son
habitude, un peu de lassitude dès que les choses prenaient une tournure
répétitive.

Quand ils ont pris connaissance de ces résultats, les autres membres du
Conseil de la Fondation – le professeur Jacques Neirynck (professeur
honoraire de l’École polytechnique fédérale de Lausanne [EPFL], ex-
conseiller national) et la docteure Claudia Mazzocato (médecin chef au
Centre hospitalier universitaire du canton de Vaud [CHUV]) ont été très
surpris. Puis, lorsque nous leur avons raconté comment les tests s’étaient
déroulés, leur étonnement s’est transformé en incrédulité. Car cela défiait
leur rationalité. Ils ont alors demandé à procéder à 20 nouveaux tests,
auxquels ils voulaient absolument pouvoir assister personnellement. Nous
les comprenions. Mais nous étions bien ennuyés, car nous allions devoir
solliciter à nouveau Nicolas et appréhendions un peu sa réaction. Celui-ci
ne nous a pas caché son mécontentement. Nous étions au début du mois de
juillet, et il s’apprêtait à passer un été tranquille. Malgré tout, il était
conscient que ces tests supplémentaires étaient nécessaires s’il ne voulait
pas décrédibiliser ce qui avait déjà été réalisé. Le mois qui s’était écoulé
depuis les derniers tests lui avait en outre permis de prendre un peu de recul
et de retrouver un équilibre. À contrecœur, il s’est donc plié à notre
demande et a accepté de revenir pour une ultime session.

Mercredi 24 juillet 2013. Sixième journée de tests. Ceux-ci se sont
déroulés exactement comme les fois précédentes. Mais Nicolas était
extrêmement tendu. Nous ne l’avions même jamais vu aussi stressé ! Il faut
dire qu’il était conscient que les deux personnes qui avaient demandé cette
journée supplémentaire étaient sceptiques, et la sensation d’être suspecté de
tricherie le mettait particulièrement mal à l’aise. De plus, pensant bien faire,
le professeur Neirynck avait préféré ne pas lui adresser la parole, afin de ne
pas le déranger, pendant les dix minutes passées à prendre un café tous
ensemble avant de débuter les tests. Plus le temps passait, plus nous
voyions Nicolas se décomposer. Au moment de commencer, il était blême.
Nous avons alors dû nous isoler avec lui quelques minutes pour l’aider à
relativiser la situation et lui faire une séance de relaxation. Ce faisant, il a
retrouvé un peu de calme, mais il n’était toujours pas à l’aise.

Au premier test, il a retranscrit un texte qui ne décrivait aucune des
photos de la série. Ça commençait bien ! Décontenancé, il n’a même pas
remarqué, ce qui avait pourtant sauté aux yeux de plusieurs des personnes
présentes : ce texte lui était destiné !
Test n° 101
« On encourage celui qui devait
Terminer son chemin,
Car son destin
N’est pas celui qu’il pensait.
Devant, derrière,
Rien ne va plus,
Il se laisse distraire
Et tout est perdu. »

Pour ne pas ajouter à son trouble, personne, bien entendu, ne le lui a fait
remarquer. Et nous avons poursuivi comme si de rien n’était. Dès le test
suivant, la correspondance avec une photo de la série a repris comme par le
passé, pour le plus grand soulagement de Nicolas et le nôtre. Les membres
du Conseil, qui s’étaient assis en face de lui, ont alors pu constater de leurs
propres yeux qu’il n’y avait aucun moyen pour Nicolas de frauder. Ils l’ont
vu noter sur sa feuille les informations auditives qu’il entendait et constater
qu’il le faisait avant d’avoir en sa possession la petite enveloppe contenant
les quatre photos de la série pour faire son choix.

Alors que la journée touchait à sa fin, nous n’étions pas encore arrivés au
bout des 20 tests. Or ce jour-là, en raison des contraintes des uns et des
autres, nous devions absolument terminer à 19 heures au plus tard. Il était
18 h 45, et il nous en restait trois. Selon notre rythme habituel, cela nous
prendrait encore environ une demi-heure. Aussi, nous avons verbalisé à
voix haute que « ce serait bien que les choses aillent un peu plus vite ». Et à
nouveau… comme si notre urgence avait été « entendue », les trois derniers
tests se sont alors déroulés en un temps record. Car à chaque fois, Nicolas
n’a reçu qu’un ou deux mots. Mais il ne les a pas bien compris. Là encore,
était-ce le stress, la fatigue ou simplement parce qu’il lui était plus difficile
d’interpréter ce qu’il entendait quand il n’y avait qu’un mot ? Quoi qu’il en
soit, il a écrit sur sa feuille : « mi-oiseau » pour le premier, puis « perle
arborée » pour le deuxième et « goitre » pour le dernier. En réalité, en
découvrant les photos de la série correspondant à chaque test, il a compris
tout comme nous qu’il s’agissait respectivement de « nid d’oiseau », « Pearl
Harbor » et « cloître », c’est-à-dire dans chaque cas de l’inscription écrite
en bas à droite d’une des quatre photos…

Sur ces 20 tests supplémentaires, Nicolas en réussira 10. Ce score,
légèrement inférieur à celui obtenu lors des 100 premiers, s’explique
aisément par l’état de stress dans lequel il se trouvait, ce qui souligne une
fois de plus toute l’importance de la prise en compte de la dimension
psychologique dans ce genre d’expérimentation.

Par le passé, la Fondation avait déjà publié quatre bulletins avec les
résultats de ses recherches. À l’automne 2013, Marcel Odier a tenu à en
préparer un cinquième relatant cette dernière expérience10. Respectant le
désir de Nicolas de rester – à l’époque – anonyme, celui-ci y est apparu
sous le pseudonyme de « XY ». Dans ce bulletin, la Dre Mazzocato et le
Pr Neirynck ont affirmé qu’« à ce jour, ils n’avaient pas d’explication
rationnelle à apporter au phénomène auquel ils avaient assisté ». Quant à
Marcel Odier, il a conclu en ces termes : « Bien qu’il soit prématuré de tirer
des conclusions ou de faire des interprétations, nous pouvons simplement
constater que, lors de ces tests, tout s’est déroulé comme si XY recevait,
dans un état modifié de conscience, des informations provenant d’une
source extérieure à lui-même, qui semblait tenir compte de nos propres
remarques. »

Une source extérieure… Oui, mais qui ?… ou quoi ?
Dialogues avec… un ange
Au cours de l’été qui a suivi, Nicolas ne voulait plus entendre parler de
ces tests. Il voulait reprendre une vie « normale », comme n’importe quel
autre jeune homme de son âge. Dès septembre, il allait pouvoir commencer
sa reconversion professionnelle en entamant des études d’infirmier. Une
nouvelle vie s’ouvrait devant lui, et il ne voulait penser à rien d’autre. De
notre côté, nous respections son besoin de distance. Mais nous continuions
à nous interroger sur ce phénomène étonnant. À quoi avait-on eu affaire
exactement ? Que nous apprenait-il sur la conscience ? Bien sûr, le plus
« rationnel » aurait été de conclure que ces « voix » étaient une sorte de
manifestation de l’inconscient de Nicolas qui lui transmettait, sous forme
imagée et symbolique, la description des images cibles perçues
intuitivement. Mais comment son inconscient pouvait-il exprimer un tel
talent littéraire alors qu’il était loin d’être à l’aise avec l’écriture ? De plus,
il insistait sur le fait d’entendre ces voix « à l’extérieur » de son oreille, ce
qui avait d’ailleurs beaucoup contribué à son trouble. Cela n’avait pas
grand-chose à voir avec la petite voix intérieure propre à chacun… Dans un
premier temps, la voix ou plutôt les voix avaient semblé faire preuve
d’humour, voire d’une certaine trivialité dans leurs indications. Puis, petit à
petit, elles étaient passées à un langage poétique, souvent énigmatique, et
même abscons, prenant parfois, comme nous l’avons vu, une consonance
moralisatrice. Cela nous avait très vite fait penser aux Dialogues avec
l’ange, un recueil d’entretiens vécus durant la Seconde Guerre mondiale par
quatre jeunes Hongrois. Une expérience totalement sidérante, où pendant
dix-sept mois, de juin 1943 à novembre 1944, l’une des trois jeunes femmes
du groupe, Hanna, avait été le « récepteur » par qui des messages leur
étaient transmis. Des messages d’une très grande sagesse, qui aidèrent trois
d’entre eux, juifs, à faire face à leur destin. Ils furent arrêtés à la fin de
l’année 1944, déportés et moururent en camps de concentration avant que la
guerre soit terminée. Seule Gitta Mallasz, qui n’était pas juive, a survécu.
Réfugiée en France en 1960, elle s’est chargée de traduire en français, puis
de faire publier les Dialogues11 en 1976. Traduits par la suite en dix-huit
langues, ceux-ci sont reconnus aujourd’hui comme des textes d’une
profonde spiritualité. Cependant, le phénomène était un peu différent de
celui auquel nous avions assisté, dans le sens où Hanna affirmait que ce
n’était plus elle qui parlait, mais une sorte de maître intérieur, de guide
ou… d’ange, qui s’exprimait à travers sa bouche pour répondre aux
questions des jeunes gens. D’ailleurs, le ton de sa voix changeait quand elle
transmettait les messages. Mais malgré tout, il y avait une certaine
ressemblance avec ce qu’avait vécu Nicolas.

Et si, nous aussi, nous posions des questions aux « voix » ? Maintenant
que les tests officiels étaient terminés, rien ne nous empêchait, en effet, de
poursuivre l’expérience autrement ?

Nous avons attendu un peu avant de soumettre cette idée à Nicolas. Nous
avions trop peur qu’il la rejette d’emblée. Les semaines ont passé. Il était
enthousiasmé par ses études d’infirmier tout juste entamées. Après les
années difficiles qu’ils venaient de traverser, celles-ci constituaient pour lui
une nouvelle façon de « s’enraciner » dans le monde concret, dans la réalité
matérielle. C’était important pour contrebalancer son vécu quotidien hors
norme. C’était même essentiel à son équilibre. Nous étions patients, car
nous savions que ce ne serait que lorsqu’il aurait complètement retrouvé sa
stabilité et se sentirait solidement « ancré » qu’il accepterait d’explorer plus
avant sa nouvelle capacité.

Mardi 8 octobre 2013. C’est seulement quand Nicolas est revenu nous
voir trois mois plus tard que nous lui avons proposé de vérifier, d’une part,
si le phénomène pouvait se reproduire, et d’autre part, si nous pouvions
obtenir des réponses à des questions précises. Alors bien remis de ses
émotions, il a accepté de se prêter au jeu. Pour optimiser nos chances de
succès, nous avons décidé d’utiliser exactement les mêmes conditions que
pendant les tests officiels. En son absence, nous avons écrit trois questions
sur des feuilles de papier différentes et les avons placées dans des
enveloppes distinctes sans aucune annotation. Après les avoir cachetées,
l’un de nous deux les a soigneusement mélangées, tandis que l’autre a tiré
au sort leur ordre de passage, afin que nous ne connaissions pas nous-
mêmes la question au moment où nous déposions l’enveloppe devant
Nicolas, qui avait repris sa position, assis à côté de la table de soins. À ce
stade, nous continuions à sceller les enveloppes par nos propres moyens,
même si nous n’avions aucun doute sur son honnêteté.

Comme à son habitude, il a placé ses mains légèrement au-dessus de
l’enveloppe. Il n’a pas fallu attendre trente secondes avant qu’il ne se
saisisse de son crayon et commence à écrire. Mais cette fois, le texte était
beaucoup plus long, Nicolas ne s’arrêtait plus ! Quand il nous l’a tendu, il
avait de nouveau l’air perturbé : « Je n’ai rien compris à ce que j’ai écrit !
Je me demande bien ce que vous avez pu poser comme question… » Nous
avons lu. Sans même ouvrir l’enveloppe, nous avions deviné à quelle
question ce texte répondait. Plus aucun doute, il était du même « ordre », si
l’on peut dire, que ceux contenus dans les Dialogues avec l’ange… Nous
avons répété l’exercice encore deux fois, et là encore, pour chacun, nous
avons pu sans hésiter déterminer à quelle question le texte obtenu se
référait. Finalement, nous avons ouvert les trois enveloppes pour vérifier
nos suppositions, qui se sont révélées exactes :

> Question : « Quel est le sens de ces tests ?


Que doit-on en faire ? »
« Même en cherchant au plus profond de votre mental
Ce qui ne doit pas être révélé ne le sera pas !
Celui qui joue à présent avec cet arsenal,
Tous ses talents sont liés ici-bas.
Hauteur et décalage,
Tu apprendras tout cela par l’âge.
Tu n’es pas mûr encore, homme,
Pour savoir ce qui se cache au plus profond des potentialités.
Donne à ton cœur et à ton âme le temps de rejoindre l’endroit qui t’est fixé.
La mort n’est rien, mais tu dois lutter
Pour que ceux que tu aides trouvent en eux l’étincelle.
Nous sommes ici et ailleurs,
Nous savons ce qui se cache en ton cœur.
Oublie ce que tu crois avoir appris
Et prends simplement ce que t’offre la vie !
Le chemin que tu as choisi pour toi
N’est pas aussi compliqué que tu le crois,
Personne ne t’en voudra si tu laisses parler ton cœur.
Seule ton âme, ton unité peut trouver la question à poser,
Mais la réponse existe seulement si la question existe.
Cause, conséquence, il faut oublier,
Rejette en bloc ces fausses idées.
Utilité ? Utilité ?
Aucune ! Si c’est la question posée. »

> Question : « En continuant, aiderons-nous à une prise


de conscience spirituelle ? »
« Un sentiment intense peut parfois troubler la vision,
Celui qui cherche sa vérité la trouvera en lui et non en dehors.
Ne manque pas le croisement qui te mènera au bonheur ultime.
Amour est le seul vrai don de cette vie, la santé, la paix, la prospérité ne te
sont que prêtées.
Joie emplira le cœur de celui qui répondra lui-même à sa propre question :
Qui suis-je ?
Une voix s’élèvera bientôt pour donner l’espoir à celui qui a peur.
Un message mal interprété
Ne peut être que rejeté.
Une voix, une voie, celle de la vérité.
Un chemin, celui du calme.
Non, non, non, la voie que vous suivez
N’est pas celle qui doit être empruntée. »

Cette réponse nous a beaucoup interpellés, dans la mesure où la


répétition inlassable de la question « Qui suis-je ? », à la manière d’un
mantra, était la voie prônée par le sage indien Ramana Maharshi pour
atteindre l’éveil spirituel…

> Question : « Avez-vous des conseils spécifiques pour notre


évolution personnelle et celle de l’Institut ? »
« Tout évolue, tout change !
Évolution, voilà votre question ! Personnelle ou institutionnelle.
Ces changements que vous avez amorcés vont de toute façon s’intensifier.
Ne cherchez pas à connaître ce vers quoi vous allez vous diriger, car en
sachant le but
Vous n’apprécierez plus le chemin, or c’est ce dernier qui importe.
Évolution ! Belle image d’un monde qui est celui du changement.
Négatif ou positif, tout est une question de point de vue.
À voir de notre côté, l’évolution que vous voulez n’est pas celle qui vous est
destinée.
Une évolution du groupe mènera à une évolution des membres,
Et une évolution de chacun mènera à celle du groupe.
Un conseil à vous donner ? Suivez votre instinct, et non la voix de votre
tête.
Méfiez-vous des faux prophètes qui ne feront que vous égarer pour leur
propre bien.
Évolution : quoi que vous fassiez, elle se fera.
Faites-vous confiance, faites-nous confiance, et tout se passera comme il se
doit. »

Cette réponse était particulièrement claire, dans la mesure où elle


reprenait cette fois tous les termes de la question. Là, encore, il y avait dans
ce texte une référence à une autre phrase célèbre, attribuée cette fois-ci au
Bouddha : « Le chemin est le but »…

Comme on pouvait s’y attendre, Nicolas n’était pas du tout à l’aise avec
ce genre de texte. Tout cela commençait à ressembler à ce que l’on appelle
du « channeling », et jusque-là, rien que ce terme et ce qu’il signifie le
faisait rire12. Mais, maintenant, il riait jaune ! D’ailleurs, il ne relisait même
pas les textes et n’essayait pas de comprendre ce qu’ils voulaient dire. À
nouveau un peu dans sa bulle, il acceptait quand même de répondre à nos
questions. Oui, le phénomène se passait exactement comme pendant les
tests officiels. Oui, il entendait toujours ce même concert de voix, mais par
moments, elles parlaient tellement vite qu’il avait de la peine à les
comprendre : « J’ai essayé de leur dire d’aller moins vite, et même de
répéter, mais elles ne semblent pas en tenir compte ! » Et une fois encore, il
était particulièrement troublé par la sensation qui se dégageait de ces voix :
« J’ai l’impression que c’est quelque chose de très élevé, de très puissant et
que ça vient de très loin, je me sens vraiment tout petit en comparaison,
c’est très impressionnant… » Quant à nous, nous étions contents d’avoir
suivi notre intuition en posant ces questions…

Pendant l’année qui a suivi, presque à chaque fois que Nicolas est
revenu, nous lui avons proposé de retenter l’expérience. Et il a accepté,
malgré le trouble dans lequel cela le mettait à chaque fois. Nous avons
obtenu de très beaux textes. En voici encore deux :
> Question : « Qui êtes-vous ? »
« Et vous ?
Qui pensez-vous que nous sommes ?
Nous sommes Nicolas,
Nous sommes Sylvie,
Nous sommes Claude Charles,
Nous sommes tous et personne.
La Conscience est plus qu’un simple nom, vous posez le nom
“Conscience”, mais elle n’est qu’un concept.
Nous sommes un concept, une idée, rien et tout.
Qui êtes-vous ? Non, cette question n’est pas la bonne. Et vous ?
Tas de cellules ou bien plus ?
Nous, je, rien, tout…
Infini et fini.
Ultime et commencement.
Premier et dernier.
Nicolas, je suis Nicolas et bien plus !
Bien plus que ça ! »

> Question : « Est-ce juste de continuer à vous poser


des questions ? »
« Que font les enfants ? Ils posent des questions !
Que faites-vous ? Êtes-vous des enfants ?
La question que vous posez sur la justesse de votre acte n’est pas la bonne.
Il faut chercher pourquoi vous posez des questions et non si cela est juste.
C’est le juste rôle des enfants que de poser des questions, ils ont besoin de
savoir !
C’est le juste rôle des parents de répondre à celles-ci.
Justesse ou justice,
Le monde est juste,
Il n’est pas justice.
Votre question est légitime, mais elle n’est pas juste.
Juste, justesse, justice ?
Pose-toi la question : “Est-ce juste de faire ceci ou cela ?”
Si tu le fais, c’est que tu devais juste le faire !
Le monde est juste ! »
Il y aura encore d’autres questions et d’autres réponses…

En novembre 2013, nous avons parlé de Nicolas à Frédéric Lenoir, dont
nous avions fait la connaissance deux mois plus tôt à l’occasion du « Livre
sur les quais », une manifestation littéraire qui a lieu chaque année à
Morges, une jolie petite ville de la Riviera vaudoise. En tant qu’historien
des religions, il connaissait bien entendu les Dialogues avec l’ange et était
intrigué par ce que nous lui racontions. Il avait bien envie de rencontrer
Nicolas pour se faire une idée par lui-même. Nous avons donc décidé
d’organiser une entrevue lorsqu’il reviendrait dans la région pour donner
une conférence. Et l’expérience avait été concluante. Frédéric avait pu
constater que ce que nous lui avions raconté n’était pas exagéré. Les
réponses obtenues étaient toujours précises et répondaient de façon évidente
aux questions posées, alors même que personne n'en connaissait la teneur
au moment où l'enveloppe était déposée devant Nicolas. Pourtant, même
avec des questions très « terre à terre », les messages étaient subtils et nous
renvoyaient encore et toujours à notre libre arbitre. Convaincu de la bonne
foi de Nicolas et impressionné par ce à quoi il avait pu assister
personnellement, Frédéric nous a alors suggéré d’écrire un livre sur cette
aventure à trois.
Des voix et des hommes
Il est tentant d’essayer d’interpréter le phénomène auquel nous avons eu
la chance d’assister. Mais cela est risqué. Certes, une fois encore, le plus
simple serait de postuler que c’est l’inconscient de Nicolas qui s’est
manifesté à travers ces voix… mais cela n’est pas très convaincant. Bien
que différent, le phénomène auquel nous avons eu affaire rappelle donc
étrangement celui des Dialogues avec l’ange. Lorsque le premier entretien
débute, Hanna avertit Gitta, qui est la seule à être présente à ce moment-là :
« Attention ! Ce n’est plus moi qui parle. » Gitta commente en marge du
texte : « C’est bien la voix d’Hanna, mais je suis absolument sûre que ce
n’est pas elle qui parle : celui qui parle se sert de sa voix comme d’une
espèce d’instrument conscient. » Alors que dans les phénomènes de
channeling, la personne entre souvent dans un état de transe au cours
duquel elle a la sensation d’être « incorporée » par une entité qui s’exprime
à travers elle, Gitta précise que « jamais Hanna n’a été en transe, ni dans
un état particulier, ni même les yeux fermés pendant les entretiens13 ». Tout
comme Nicolas, qui a affirmé à plusieurs reprises être dans son état normal
quand se produisaient les « communications ». Pour bien sentir la similitude
entre les deux phénomènes, voici par exemple la réponse reçue par les
quatre amis hongrois à la question « Où est le nirvana ? » :

« Là ou les deux sont un.


Là où les parallèles se rejoignent.
En apparence, repos
En vérité, acte.
En apparence, silence
En vérité, tous les sons unis.
En apparence, éloigné
En vérité, en toi-même. »

Bien que des références au christianisme y apparaissent en filigrane, le


message principal des Dialogues avec l’ange est au cœur de toutes les
spiritualités du monde. En substance, la mort n’existerait pas, ce que nous
appelons « notre vie » ne serait qu’un rêve ou une illusion, ce qui rejoint le
concept de « maya » des grandes traditions orientales. Il y aurait identité
entre l’ange (le messager), l’Ultime (« Dieu », le Tout) et le « moi » (l’ego).
Cette prise de conscience permettrait de dépasser la condition d’humain
afin d’intégrer sa nature divine… Dans le livre, le mot « ange » apparaît
surtout dans les commentaires de Gitta Mallasz, mais moins souvent dans
les entretiens eux-mêmes. Par la suite, d’autres « anges » vont parler à
travers la bouche d’Hanna. Un ange différent semblant s’adresser à chacun
des trois amis lorsqu’ils posent des questions.

Mais qu’est-ce qu’un ange ? Comme le disent les religions, un
intermédiaire entre les hommes et le Divin ? Une entité spirituelle
protectrice ? Un double ou une prolongation de soi-même dans une autre
dimension ? La réponse à cette question appartient à chacun. Pour Gitta
Mallasz, l’ange est son « pareil de lumière », en référence à la parole qui lui
a été transmise : « Tu es mon pareil plus dense14. » Pour notre part, nous
avons aussi envisagé, parmi d’autres hypothèses, que les voix auraient pu
être l’association de nos inconscients respectifs ou peut-être d’une partie
supérieure de nos consciences individuelles. Parfois, les chansons
transmises, inconnues de Nicolas, étaient uniquement connues par l’un
d’entre nous. Mais il y avait toujours au moins l’un de nous quatre à qui
l’information transmise « parlait »… À moins que ces voix ne concrétisent
seulement un accès aux savoirs multiples d’un inconscient collectif,
s’étendant au-delà des limites de l’ego, de l’espace et du temps… Ou
encore plus simplement, qu’elles soient l’expression d’une sorte d’entité
extérieure et omnisciente… Il est intéressant de noter que, alors que la
déportation massive des juifs commençait, les « anges instructeurs » des
Dialogues, comme les appelait Gitta Mallasz, seront remplacés par un
« chœur des anges », des « êtres puissants et infiniment lointains ». Là
encore, cela n’est pas sans rappeler le concert de voix entendues par
Nicolas, qu’il ressentira, au fil des tests et des questions, comme de plus en
plus « lointaines, puissantes et spirituellement élevées »… Mais le mystère
demeure. À travers ce phénomène étonnant, non seulement l’énigme de la
conscience n’est pas résolue mais, au contraire, d’autres questions sont
soulevées…

Le phénomène vécu par Nicolas n’est pas si extraordinaire en soi. Car il
existe des milliers de témoignages de clairaudience ou de channeling
similaires à travers le monde. Nos propres archives en regorgent. Les
exemples historiques abondent aussi. Mais ce qui est particulièrement
déroutant, c’est que celui-ci se soit manifesté dans un cadre scientifique,
utilisant un protocole rigoureux en vue de prouver la réalité d’un autre
phénomène, celui de clairvoyance. Pour quelle raison les choses se sont-
elles déroulées de la sorte ? On ne le saura sans doute jamais, mais un
indice se trouve peut-être dans une des phrases retranscrites par Nicolas
suite à notre première question : « La réponse existe, seulement si la
question existe »… Le commencement de la sagesse !

Comme l’explique le professeur Neirynck dans le bulletin no 5 de la
Fondation : « Lorsqu’un nouveau phénomène est découvert, la méthode
scientifique consiste à répéter l’expérience dans un tout autre contexte,
dans d’autres laboratoires et avec d’autres équipes. Aussi longtemps que le
phénomène ne passe pas cette épreuve de reproductibilité, il constitue une
énigme mais pas une certitude. Ici, nous avons affaire à un phénomène
psychique dont les données sont par nature plus aléatoires et dont le
traitement nécessite d’autres critères : il faut en tenir compte. » Il est
certain qu’idéalement, il serait nécessaire que Nicolas se soumette à une
autre série d’expériences avec un autre groupe de chercheurs, sans que
personne de la première équipe n’y participe. Si les résultats s’avéraient
concordants, il faudrait alors, comme le suggère le professeur Neirynck,
mettre en œuvre des moyens pour déchiffrer l’énigme. Longtemps
réfractaire à cette idée, Nicolas, qui ne veut surtout pas devenir une « bête
de foire », s’est récemment dit prêt à retenter l’expérience si l’occasion se
présentait : « Dans ma vie, je n’ai que rarement eu l’occasion d’avoir peur,
mais lors de ces tests, j’ai ressenti profondément ce sentiment ! Quelque
chose m’arrivait de l’extérieur, et pour une fois, ce n’était pas lors d’une
OBE, ou bien la voix de ma grand-mère, mais quelque chose d’autre. Cette
voix, ces voix… je les entends encore, et je me souviens de la peur qu’elles
m’ont donnée ce jour, où je n’ai même pas osé rester seul pour dormir. Que
sont-elles ?… En tout cas, je sais ce qu’elles ne sont pas : des voix créées
par mon mental, car elles savent des choses que j’ignorais… »

Mais personne ne sait, à l’heure actuelle, si ce phénomène pourrait être
reproduit dans un cadre expérimental. Et d’ailleurs, est-ce la voie à suivre ?
L’analyse attentive de certains passages des textes obtenus en réponse à nos
questions (vus précédemment) permet d’en douter… L’essentiel est ailleurs,
comme le suggère encore la réponse obtenue en décembre 2013, lorsque
nous avons posé la question en présence de Frédéric Lenoir pour savoir si
nous devions dès à présent initier ce projet de livre :
« Un temps pour chaque chose, mais personne ne choisit quel sera ce
moment.
Vous pensez être décideurs de ce qui va se passer,mais les choses se feront
sans que vous le vouliez.
Est-il prêt ? L'êtes vous ? Le sommes-nous ?
L'important n'est pas là ! Lancez-vous et vous verrez !
Si cela doit se faire et bien cela se fera !
Pour créer, il faudra détruire et surtout mettre en suspens toutes les idées.
Écrire son histoire est écrire votre histoire.
Le temps est-il venu ? Pourquoi pas !
Le tout est de savoir ce que vous ferez de tout ça ! »
1. États modifiés de conscience – NDE, OBE et autres expériences aux frontières
de l’esprit, Sylvie Dethiollaz et Claude Charles Fourrier, Éditions Favre, 2011.
2. À titre indicatif, le Human Brain Project – dirigé par l’EPFL – a reçu un
milliard d’euros pour parvenir en dix ans à répertorier les millions de milliards
de connections cérébrales, afin de simuler le fonctionnement du cerveau humain
à l’aide d’un superordinateur. En d’autres termes, il s’agit de créer un cerveau
synthétique, en reconstituant sur des circuits de silicone, l’intégralité du
fonctionnement d’un cerveau humain.
3. Marcel et Monique Odier quitteront officiellement la Fondation en octobre
2014.
4. Méthode thérapeutique d’origine japonaise basée sur des soins
« énergétiques » par apposition des mains.
5. Groupe disco new-yorkais et îcone gay des années 1980.
6. Qui fut longtemps la demeure principale des dalaï-lamas.
7. Dans ce cas précis, les trois autres photos étaient un lagon, une huître perlière
et L’Homme de Vitruve de Léonard de Vinci.
8. Calimero est un poussin de dessin animé bien connu des enfants dans les
années 1960 et 1970. Terriblement malchanceux, sa phrase fétiche était : « C’est
vraiment trop inzuste ! »
9. Celui qui « perçoit ».
10. En fait, par probité, il avait prévu de le faire que le résultat soit positif ou
négatif.
11. Dialogues avec l’ange, Gitta Mallasz, Éditions Aubier-Montaigne, 1976.
12. Le channeling serait une forme de communication, verbale ou écrite, entre
les humains et des entités spirituelles.
13. Dans Les Dialogues tels que je les ai vécus, Gittaz Mallasz, Éditions Aubier-
Montaigne, Paris, 1984.
14. Dans Les Dialogues, ou le Saut dans l’inconnu, Gittaz Mallasz, Éditions
Aubier-Montaigne, Paris, 1988.
Sixième période
(2014-2015)
Visualiser une OBE dans le cerveau
Évolution récente
Au cours de l’année qui a suivi ces tests étonnants, Nicolas n’a pu revenir
qu’en quelques occasions seulement. Car il était maintenant très pris par ses
études d’infirmier et les stages en institution que celles-ci impliquaient. Il
était heureux, et cela se voyait. Sa formation lui plaisait. Il était dans son
élément.

Avec le temps, il avait réussi à prendre le recul nécessaire sur ses
expériences, son passé et ses problématiques personnelles. S’il lui arrivait
encore d’être en question sur son vécu, il était devenu globalement un
garçon positif, à l’humeur stable. Son bon sens et sa rationalité, ainsi que
notre accompagnement, lui avaient permis de ne pas perdre pied. Il
continuait à alterner des périodes « spirituelles » et d’autres plus incarnées
dans la matière, voire dans la chair. Quand nous l’avions rencontré, huit ans
auparavant, il était davantage dans le mental, ce qui le coupait de certaines
sensations physiques, qu’il avait plaisir maintenant à expérimenter. Bien
qu’il ait appris à maîtriser ses capacités et qu’il s’en serve, il ne s’en
encombrait pas dans son quotidien et ne recherchait pas non plus à atteindre
à tout prix un niveau de conscience supérieure. En effet, bien ancré « dans
la vie », Nicolas n’a jamais choisi d’être le « Sage sur la montagne » !
Oscillant constamment entre matière et spiritualité, entre hypersensibilité et
pragmatisme, il se ressourçait au quotidien grâce à ses différents états
modifiés de conscience. Ainsi, on pouvait dire qu’il avait trouvé un certain
équilibre, à défaut d’un équilibre certain.

Nicolas continuait à vivre des OBE quotidiennement, mais un peu moins
durant la journée. Bien que cela puisse encore lui arriver lorsque les cours
n’étaient pas passionnants ! Par contre, les « sorties » du soir, au moment de
l’endormissement, se produisaient presque toutes les nuits. Il continuait à
alterner les voyages dans le cosmos et les « incorporations ». Peu à peu, ces
dernières avaient pris une tournure légèrement différente. Il ne ressentait
plus vraiment les sensations physiques du corps dans lequel il se trouvait.
Par contre, il voyait toujours à travers les yeux de la personne (ou de
l’animal) et avait maintenant accès à ses ressentis et à ses émotions.
Dernière nouveauté pour lui en matière d’OBE, il avait enfin pu voir à deux
occasions son propre corps physique au cours de l’expérience. La première
fois, cela lui était arrivé au cours d’un soin énergétique utilisant des bols
chantants tibétains. Lorsque la praticienne avait placé le bol au-dessus de
son nombril au niveau de plexus solaire, il s’était instantanément senti
propulsé à l’extérieur de son corps sous l’effet de la vibration et avait pu
observer la scène à distance : « J’ai eu l’impression qu’une main venait
chercher ce qu’il y avait à l’intérieur de moi pour l’emmener ailleurs. Puis,
j’ai vu mon corps depuis au-dessus, avec la sensation d’être collé au
plafond. Autour du bol posé sur mon corps allongé, je “voyais” la vibration
des sons, comme des remous causant une onde dans l’air. » La deuxième
fois, c’était au cours de l’une de nos réunions pour expérienceurs à
l’Institut. Ce n’était pas nouveau pour lui de « s’absenter » de la sorte au
cours de ces soirées, car tous les témoignages ne le passionnaient pas !
Souvent, il en profitait pour aller voir ce que son compagnon faisait en son
absence. Mais cette fois-ci, il s’était d’abord retrouvé près du plafond et
s’était « vu », ainsi que les autres participants, depuis cette perspective.
Étonnamment, alors que cela deviendra courant pour lui par la suite, voir
son propre corps ne lui était encore jamais arrivé jusque-là1. Pourtant, c’est
un des trois critères actuellement utilisés par les neurologues pour définir
une OBE.
Une définition inadaptée
En effet, selon la définition scientifique actuelle, une expérience doit
inclure trois caractéristiques pour être considérée comme une OBE : la
sensation que son « moi » se trouve à l’extérieur de son corps, la vision du
monde extérieur depuis une perspective spatiale élevée, et la vision de son
propre corps (ce que l’on appelle aussi « autoscopie »)2. Or, mis à part le
premier critère, les deux autres ne sont pas représentatifs de toutes les
expériences de décorporation que nous avons répertoriées. Ainsi, voir son
propre corps est loin d’être une constante, comme l’illustre le cas de
Nicolas. Même si certains expérienceurs essaieront avec plus ou moins de
succès de le regarder, d’autres ne semblent même pas y penser. De plus, ils
ne rapportent pas forcément un point de vue élevé. Ils peuvent par exemple
se retrouver simplement à côté de leur corps allongé sur le lit, ou encore se
trouver au plafond comme… au niveau du sol ! Par conséquent, il s’avère
que cette définition est déjà restrictive et inadaptée pour décrire tout le
panel des expériences liées à une sensation de décorporation, tel que nous
avons pu l’observer. Même chez une seule personne, le phénomène peut se
produire de multiples façons. Mais plus gênant encore, comme nous allons
le voir, il semble que l’on inclut actuellement sous l’appellation « OBE »
des phénomènes qui, bien que présentant quelques ressemblances, sont en
réalité de natures profondément différentes.

Il y a une quinzaine d’années, Olaf Blanke et son équipe des hôpitaux
universitaires de Genève (HUG) ont provoqué « accidentellement » chez
une patiente épileptique la sensation de se trouver à l’extérieur de son corps
physique. Afin de pouvoir localiser précisément le centre épileptogène d’où
diffusaient ses crises, des électrodes avaient été implantées dans son
hémisphère droit. Chaque fois que la patiente recevait une stimulation
électrique au niveau de son « gyrus angulaire », une zone située entre le
lobe pariétal et le lobe temporal droit, dans une région appelée « jonction
temporo-pariétale », elle mentionnait « se voir d’en haut ». Cette zone du
cerveau semble être impliquée dans le recueil et le traitement des
informations sensorielles liées à la perception et à l’orientation spatiale de
son propre corps. Ayant pu reproduire cette sensation chez quatre autres
sujets souffrant d’affections neurologiques3, il n’en fallut pas plus à Blanke
pour affirmer avoir élucidé le mystère des OBE, qui se résumerait
simplement à un problème neurologique : cette fameuse sensation d’être
sorti de son corps serait provoquée par un défaut d’intégration par le
cerveau des informations provenant de différentes sources sensorielles
(visuelles, tactiles et proprioceptives) combiné à un dysfonctionnement
vestibulaire4. En résumé, lors d’une épilepsie ou d’une migraine (ou encore
d’une stimulation artificielle), un dysfonctionnement cérébral
paroxysmique au niveau de cette jonction temporo-pariétale conduirait le
cerveau à générer une image délocalisée du corps.

Ce modèle peut paraître séduisant. Pourtant, les centaines
d’expérienceurs que nous avons rencontrés, qui affirment vivre des OBE
depuis des années, ne souffrent d’aucune pathologie de ce type. D’ailleurs,
plusieurs études ont établi que les personnes qui vivent cette expérience de
façon spontanée et répétée ne présentent pas de signes pathologiques
distinctifs5. De plus, la patiente de Blanke ne voyait que la partie inférieure
de son corps (les jambes et le bas de son buste). Elle ne voyait pas
l’environnement (la pièce dans laquelle elle se trouvait), et surtout le
phénomène ne survenait pas si elle avait les yeux fermés6… Au contraire,
Nicolas et toutes les personnes sujettes à des décorporations spontanées que
nous avons rencontrées insistent sur le fait d’avoir toujours une vision
complète et réaliste de leur corps physique quand ils le perçoivent, c’està-
dire que celle-ci n’est jamais tronquée ou distordue, alors que c’est souvent
le cas dans les phénomènes associés à des pathologies. Ce corps peut
sembler inanimé ou endormi, mais, comme nous l’avons vu, si l’OBE se
produit au cours d’une activité, le sujet se « verra » en train de l’exécuter.
En général, leur intérêt se porte surtout sur leur environnement qui leur
apparaît toujours distinctement et même, suivant leur niveau d’attention,
dans ses moindres détails. Mais surtout, le sujet peut avoir indifféremment
les yeux ouverts ou fermés, sans que cela affecte le déclenchement ou le
déroulement de l’expérience ! En plus, comme nous l’avons vu, les
perceptions extrasensorielles représentent un autre élément majeur associé
au phénomène, celles-ci étant principalement visuelles, puis, dans une
moindre mesure, auditives (directes ou télépathiques) et plus rarement
tactiles ou olfactives.

À cela il faut ajouter que dans les études mentionnées ci-dessus, le « moi
séparé » était toujours stationnaire et ne pouvait pas se déplacer
volontairement… alors que les expérienceurs se déplaceront la plupart du
temps, choisissant parfois volontairement de quitter la pièce dans laquelle il
se trouve physiquement. Cependant, Blanke a raison sur un point : tous les
éléments mentionnés par ses propres patients sont bien caractéristiques…
d’illusions sensorielles. Mais il est évident que le phénomène que son
équipe et lui ont observé et qu’ils continuent d’étudier, bien que très
intéressant, n’est pas de même nature que les OBE rapportées par des sujets
neurologiquement sains. En effet, il est à rapprocher de deux formes
d’illusions : les hallucinations autoscopiques et l’heautoscopie, rapportées
par des patients psychiatriques souffrant de schizophrénie, de dépression ou
de désordres de la personnalité7. Par la suite, d’autres études ont été
menées, dont une parue en 2007, calquée sur le modèle et la méthodologie
de Blanke. Là encore les propos du patient indiquaient, et de façon encore
plus évidente, que la stimulation électrique de la jonction temporo-pariétale
produisait un phénomène autoscopique hallucinatoire, qui n’avait pas
grand-chose à voir avec une vraie sortie hors du corps8. Même s’il existe
des différences phénoménologiques importantes, l’impression de voir son
propre corps est un point commun entre tous ces états9, de sorte
qu’actuellement, il y a souvent confusion et tout phénomène autoscopique
est considéré comme pathologique. Bien que dans la majorité des cas, les
OBE surviennent chez des personnes tout à fait saines, tant sur le plan
psychique que physiologique, ce sont essentiellement les pathologies
mentales faisant état de sensations similaires qui ont été prises en compte
par la science mainstream. En fait, le problème réside dans la définition
même de l’OBE utilisée par ces chercheurs, qui semble avoir été inventée a
posteriori pour satisfaire leur interprétation basée sur des cas pathologiques,
mais qui ne correspond pas du tout à la description du phénomène donnée
par les parapsychologues depuis des décennies. En effet, cette définition
décrit une sensation de décorporation, mais pas une réelle « sortie hors du
corps » avec tous les éléments que celle-ci comporte. C’est pourquoi il nous
semble important d’insister encore une fois sur les points suivants :

– Premièrement, on inclut couramment sous l’appellation « OBE » des
phénomènes qui, bien que présentant quelques ressemblances, sont
probablement de natures différentes.
– Deuxièmement, la définition scientifique actuelle de l’OBE est restrictive et
inadaptée pour décrire tout le panel des expériences liées à une sensation de
décorporation.
– Troisièmement, jusqu’à présent, les études neurologiques, qui prétendent
expliquer physiologiquement les OBE, ont été menées pour la plupart sur des
cas pathologiques, et ne peuvent en aucune façon s’appliquer à l’ensemble de
ces phénomènes.

En 2014, un groupe de chercheurs canadiens a publié une étude
d’imagerie cérébrale effectuée sur une femme rapportant vivre des OBE et
qui, cette fois-ci, ne souffrait pas de pathologie neurologique10. Mais, une
fois encore, après examen de la description que cette personne a donné de
ses expériences, force est de constater qu’elles n’ont pas grand-chose à voir
avec les décorporations spontanées que nous recueillons. En effet, bien que
cette femme semble avoir vécu durant son enfance des « sorties hors du
corps » qui survenaient, comme chez Nicolas, dans des moments d’ennui,
celles-ci ont arrêté de se produire « naturellement » à l’âge adulte11.
Pourtant, elle dit avoir pu continuer à provoquer ces expériences
« volontairement » en se concentrant très fort sur la sensation de sentir
bouger son corps, alors que celui-ci ne bougeait pas. En résulte une
sensation hybride où elle se sent à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de son
corps, avec des sensations qui rappellent étrangement les illusions des
personnes souffrant d’hallucinations autoscopiques. Et, là encore, l’IRM
fonctionnelle a montré que la zone de son cerveau activée pendant cette
expérience chevauchait la jonction temporo-pariétale mise en évidence dans
l’étude de Blanke…

De toute façon, même si l’on parvenait un jour à mettre en évidence un
processus cérébral qui soit associé à une sortie hors du corps spontanée
chez un sujet sain, cela ne ferait pas automatiquement de celle-ci une
illusion. Par le passé, plusieurs études ont été réalisées dans cette optique
par des parapsychologues. Ainsi, dans l’expérience de Charles Tart avec
Mademoiselle Z (voir la « Troisième période »), des mesures
électroencéphalographiques avaient permis de mettre en évidence des
modifications significatives dans les tracés de ses ondes cérébrales au
moment précis où elle avait fait une « sortie ». Cette précision avait pu être
obtenue parce qu’elle avait alors « vu » en OBE l’heure sur une horloge,
qui était pourtant suspendue au mur de façon à ce qu’elle ne puisse pas la
voir depuis son lit12.

Cependant, les différentes études réalisées par le passé sur des sujets
sains n’ont pas permis d’établir une corrélation entre l’OBE et un état
physiologique précis, certains résultats semblant même parfois
contradictoires13. Toutefois, des enregistrements EEG inhabituels ont
parfois été observés, qui n’étaient ni caractéristiques du sommeil normal ni
de l’état de rêve. On a ainsi mesuré une prédominance d’ondes alpha (8,5-
12 Hz) qui correspondent à un état de conscience apaisé. Dans certains cas,
celles-ci pouvaient ralentir jusqu’à un rythme de 7-8 Hz, qui correspond à
la description d’un « corps endormi avec un esprit éveillé ». Les sorties hors
du corps n’ont pas lieu pendant les phases de rêve, mais peuvent encore
survenir alors que le cerveau ralentit jusqu’aux ondes thêta (4,5-8 Hz),
caractéristique d’un état de somnolence, voire delta (1-4 Hz), qui
correspondent aux ondes du sommeil profond dont on ne garde
normalement aucun souvenir. Pourtant, comme on l’a vu, les expérienceurs
rapportent des souvenirs très précis de leur sortie hors du corps, avec
parfois des détails vérifiables d’événements survenus loin de leur corps
physique… et celles-ci peuvent se produire de jour comme de nuit, éveillé
comme endormi.
Un chat en guise de preuve
À l’époque où nous avons commencé notre projet de recherche, il y avait
peu de données d’imagerie cérébrale. C’est pourquoi, le deuxième volet de
l’expérience devait consister à étudier par électroencéphalographie l’activité
du cerveau d’un sujet au cours d’une sortie hors du corps. Avant même
d’avoir rencontré Nicolas, nous avions déjà engagé cette étape. À l’époque,
la Fondation Odier de psycho-physique collaborait de temps en temps avec
le directeur du service de neurologie du CHUV, le Centre hospitalier
universitaire vaudois de Lausanne. La Fondation ayant offert au service de
neurologie un Neuroscan (un appareil valant plusieurs centaines de milliers
de francs à l’époque), le directeur du service avait accepté en contrepartie
de faire passer de temps en temps des électroencéphalogrammes à des
sujets que la Fondation étudiaient et trouvaient particulièrement
intéressants. Au cours du printemps 2005, nous avions déjà pu obtenir
quelques résultats intéressants et prometteurs avec notre première
candidate. Confiants en ses capacités, nous avions donc rencontré le
professeur pour mettre d’ores et déjà sur pied la deuxième étape du projet.
Compte tenu du fait que notre candidate n’arrivait pas encore à provoquer
ses OBE volontairement, mais qu’elle en vivait par contre très souvent la
nuit au cours de son sommeil, il avait été décidé de l’équiper d’un Holter
EEG, c’est-à-dire d’un système de mesure ambulatoire, qu’elle garderait
pendant vingt-quatre heures. Elle avait dû sortir de l’hôpital avec un casque
d’électrodes sur la tête dont les fils attachés en queue-de-cheval lui
donnaient l’allure d’une mutante tout droit sortie d’un mauvais film de SF !
Au terme de ces vingt-quatre heures, nous étions retournés au CHUV pour
libérer notre candidate et procéder à une première analyse sommaire de
l’enregistrement. Le professeur s’était alors montré extrêmement
enthousiaste par rapport à ce qu’il avait constaté dans les tracés. Il parlait
d’un pattern très particulier qui apparaissait à plusieurs reprises au cours
des vingt-quatre heures. Celui-ci semblait correspondre aux phases où notre
candidate lui avait dit avoir fait une OBE, soit spontanément au cours de la
nuit, soit volontairement pendant la phase de tests en notre présence qui
avait précédé. Il nous avait alors assurés qu’il allait étudier cela de près et
nous recontacter très vite pour nous donner les résultats définitifs. Pourtant,
trois semaines plus tard, nous n’avions toujours pas de nouvelles de lui.
Lorsque nous l’avions appelé pour savoir ce qu’il en était, le professeur
était resté très évasif. Oui, il avait étudié l’enregistrement, mais non, en fin
de compte, il n’y avait rien d’intéressant. Il s’était trompé… Étonnant de la
part d’un neurologue chevronné. Comme nous lui demandions les
enregistrements pour nos archives (avec l’idée bien sûr de les faire analyser
par un autre spécialiste), il nous avait promis de nous les envoyer par la
poste au plus vite. Deux semaines plus tard, nous ne les avions toujours pas
reçus. Et lorsque nous l’avions rappelé, il nous avait simplement dit… qu’il
les avait perdus !

Peut-être était-il sincère, nous ne le saurons jamais. Quoi qu’il en soit,
cette histoire nous avait laissé un goût amer. Par la suite, notre première
candidate prometteuse avait cessé de faire des OBE, quasiment du jour au
lendemain. Sa vie professionnelle prenait une nouvelle direction, qui
mobilisait visiblement toute son énergie14. Encore une démonstration du
côté très aléatoire de ce phénomène. Du temps a passé, et quand les
expérimentations avec Nicolas ont commencé à porter leurs fruits, le
professeur en question avait pris sa retraite. Nous ne savions plus vraiment
à qui nous adresser pour procéder aux EEG.

Il a fallu attendre neuf ans pour que cette étape du
projet puisse enfin être réalisée. En 2013, nous
avions rencontré à Genève deux neuropsychologues,
qui s’étaient montrés très intéressés par nos
recherches. L’un travaillait à l’hôpital et l’autre à la
faculté de psychologie de l’université. Après
plusieurs échanges, ils avaient accepté de mener des
études neurophysiologiques, afin de comprendre ce
qui se passait dans le cerveau de Nicolas lors de ses
OBE. Pour cela, deux investigations différentes
avaient été planifiées, qui utiliseraient un
électroencéphalogramme à haute résolution pour
mesurer l’activité électrique cérébrale à l’aide de 120 électrodes placées sur
l’ensemble de la surface de son crâne. C’est au mois de février 2014 qu’a
eu lieu le premier enregistrement.

La pause des électrodes est une procédure tellement longue que cela avait
mis Nicolas dans des conditions parfaites d’ennui pour partir en OBE !
Cependant, il était nécessaire d’enregistrer en premier l’activité cérébrale de
son cerveau « au repos », c’est-à-dire sans consignes particulières, hormis
de rester assis les yeux fermés sans bouger et
surtout, sans faire de sortie hors du corps. Cette
première étape lui a demandé beaucoup de
concentration pour ne pas >« quitter son corps »
pendant les quelques minutes que durait la
manœuvre. Relevons que ce premier enregistrement
« au repos » n’a mis en évidence aucune anomalie
dans son fonctionnement cérébral. Pour le plus
grand soulagement de Nicolas, qui s’inquiétait
quand même un peu de se voir annoncer qu’en fin
de compte… il n’était pas normal !

Dans un second temps, un nouvel enregistrement
a été mené, cette fois-ci avec l’instruction de
« sortir de son corps », ce dont il s’est montré
capable, après une courte mise en condition, en à
peine une minute ! Par la suite, les deux
enregistrements ont été comparés statistiquement
par rapport à une mesure de « connectivité du
cerveau ». Les recherches récentes en neurosciences
indiquent en effet que les cellules du cerveau
communiquent entre elles à travers de vastes
circuits mettant en lien différentes structures du
cerveau. Les résultats de notre expérimentation ont
montré que plusieurs régions cérébrales étaient
« déconnectées » du reste du cerveau lorsque Nicolas se trouvait en sortie
hors du corps comparativement à lorsqu’il ne l’était pas. Ces zones
concernent le cortex préfrontal médian, dont le rôle dans l’inhibition du
comportement et dans la pensée centrée sur soi est connu, et le cortex visuel
primaire impliqué dans l’analyse des informations visuelles de
l’environnement. Ces données sont donc compatibles avec les sensations
qu’il rapporte lorsqu’il est en sortie hors du corps, à savoir d’une part,
celles de se fondre avec toute chose en perdant la notion d’être un être
séparé de ce qui l’entoure, et d’autre part, sa perception visuelle modifiée.

Au moins de juin 2014, nous avons procédé à une deuxième


investigation, qui a porté cette fois sur la réaction électrophysiologique du
cerveau de Nicolas en réponse au visionnage d’images visuelles simples.
Pour cela, une image géométrique basique (un damier en noir et blanc) lui a
été présentée de manière répétée sur un écran d’ordinateur. Une première
fois, en lui demandant de regarder l’écran tout en « restant dans son corps »
et la deuxième, en lui demandant d’être « en dehors de son corps ». Nous
avons alors constaté que sa réponse électrophysiologique n’était pas la
même selon la consigne donnée. En effet, en sortie hors du corps, dès les
tout premiers stades de traitement visuel de l’image par le cerveau, la
réponse à la stimulation visuelle était d’une intensité différente de celle
obtenue lorsqu’il était dans son corps15.

En conclusion, ces deux études ont permis de montrer que l’activité
cérébrale de Nicolas était modifiée de manière importante lorsqu’il était en
état d’OBE. Même si ce genre d’analyse ne permet pas de prouver la réalité
du phénomène de sortie hors du corps, elle suggère qu’un individu, sain
neurologiquement, peut spontanément modifier des réseaux entiers de son
cerveau. Ce qui, pour les neurologues avec lesquels nous avons travaillé,
était en soi une observation à la fois intrigante et passionnante16.

Lors de ces enregistrements, nos deux neuropsychologues, intrigués par
ce que nous leur racontions des capacités de Nicolas, ont voulu tenter de les
constater par eux-mêmes. Serait-il en mesure, de façon tout à fait
improvisée et informelle, de leur ramener d’une OBE des informations
visuelles qu’ils pourraient ensuite vérifier ? Malheureusement, ce jour-là,
comme à son habitude, Nicolas avait la fâcheuse tendance à partir de
l’endroit où se passaient les tests – en l’occurrence, ce laboratoire de
l’université – pour se retrouver la plupart du temps chez lui à Lyon. Aussi,
nous avons décidé cette fois encore de guider par la parole ses
déplacements pendant l’OBE, comme nous l’avions déjà fait par le passé à
l’Institut. Étonnamment, alors qu’il n’avait jamais le souvenir de nous avoir
entendu lui parler, il suivait relativement bien les indications verbales que
nous lui donnions dans ces moments-là. Ce jour-là, pour ne rien induire à
l’avance, nous ne l’avons pas prévenu que nous allions tenter une nouvelle
fois de le guider. Notre idée était de l’amener à se promener dans
l’université. C’était la première fois qu’il se rendait dans ce bâtiment, et il
n’en avait rien vu d’autre que le trajet qui menait de l’entrée principale au
laboratoire. Pendant ce temps, le reste de l’équipe s’était dispersé dans
l’université et avait pris au hasard des photos d’éléments qui pouvaient
paraître significatifs ou incongrus. À son retour d’OBE, comme nous
l’espérions, Nicolas a annoncé qu’il s’était baladé dans le bâtiment. Il a pu
donner quelques détails sur l’intérieur de celui-ci, notamment qu’il n’y
avait que deux personnes attablées à la cafétéria dont les tables se trouvent
dans le hall central, mais rien de vraiment spectaculaire. Puis il a raconté
être sorti du lieu par un endroit différent de celui par lequel nous étions
entrés le matin même. Il a décrit une esplanade recouverte de jeunes arbres,
qui descendait en pente douce vers un cours d’eau assez important. Nous
l’avions en effet guidé pour qu’il sorte du bâtiment par l’arrière, c’est-à-dire
par un endroit qu’il n’avait pas pu voir avant le test. La description qu’il en
a donnée correspondait parfaitement à la réalité. Puis il a mentionné une
affiche qui l’intriguait, car il ne comprenait pas de quoi elle parlait. Elle
représentait une tête de chat assez grosse avec des yeux verts sur un fond
violet. Nous avons bien sûr cherché cette affiche partout, mais sans
succès…

Bien que le test ait été plutôt positif, il en aurait fallu plus pour
convaincre totalement nos deux scientifiques. Pourtant, quelques jours plus
tard, l’un des deux nous a raconté qu’après nous avoir quittés ce jour-là, il
avait repris son scooter, et qu’en faisant le tour du bâtiment par l’arrière
pour rentrer chez lui, arrêté à un feu rouge, il s’était trouvé face à une
affiche en tous points identique à celle décrite par Nicolas. Cette tête de
chat n’était autre qu’une publicité pour un club genevois mythique : Le
Chat Noir… Nous ne l’avions pas remarquée pendant nos recherches, car
l’affiche était placée à une cinquantaine de mètres sur le quai qui bordait le
fleuve. Nous n’étions pas allés aussi loin… mais visiblement, notre
candidat, oui. Le neuropsychologue a avoué avoir été très troublé. Et il a
ajouté avec beaucoup d’honnêteté : « Je serais bien embêté si nous
arrivions à prouver que l’OBE est autre chose qu’une hallucination…
comment oser publier ça ?… »

Ce qui en dit long sur la liberté de penser des scientifiques à l’heure
actuelle…
1. En effet, pendant ses cours à l’école d’infirmiers, il lui arrivera fréquemment
par la suite de se retrouver en OBE auprès de son compagnon quelques rangées
plus loin et de pouvoir, depuis cette position, observer son propre corps
physique.
2. « The out-of-body experience : precipitating factors and neural correlates »,
Bünning S. et Blanke O., Progress in Brain research, vol. 150, 2005.
3. « Out-of-body experience and autoscopy of neurological origin », Blanke O.,
Landis T., Spinelli L. et Seeck M., Brain, vol. 127, 2004.
4. Informations sur la posture et les mouvements du corps.
5. « Out-of-body experiences », dans Variety of anomalous experience :
Examinating the scientific evidence, Alvarado C. S. Cardena E., Lynn S. J. et
Knipper S., American Psychological Association, 2000.
6. Communication personnelle.
7. « Illusory reduplication of one’sown body : phenomenology and classification
of autoscopic phenomena », Brugger P., Regard M. et Landis T., Cogn.
Neuropsychiatry, vol. 2, 1997.
8. « Visualizing out-of-body experience in the brain », Ridder D., Van Laere K.,
Dupont P., Menovsky T. et Van de Heyning P. N., Engl. J. Med., vol. 357, 2007.
9. Alors qu’il n’y a pas de sensation de décorporation dans les hallucinations
autoscopiques (le patient reste dans les limites de son corps, mais voit son corps
dans l’espace environnant depuis sa perspective visuelle et spatiale habituelle),
les sujets souffrant d’heautoscopie n’expriment généralement pas clairement une
sensation de décorporation, mais ne sont pas capables de localiser facilement
leur moi. De plus, la vision de leur propre corps est souvent tronquée
(uniquement vision de la tête ou du buste) et celui-ci est perçu comme actif
(comme un double dans un miroir).
10. « Volontary out-of-body experience : an fMRI study », Smith A. M. et
Messier C., Front. Hum. Neurosci., doi :10.3389/fnhum.2014.00070.
11. Cependant, il faudrait pouvoir lui poser des questions pour être certain qu’il
s’agissait bien d’OBE dans le sens où nous l’entendons, car la description qui en
est donnée reste sommaire. Selon ses dires, elle pouvait – enfant – « se voir
tourner dans les airs au-dessus de son corps couché à plat et se retourner le long
du plan horizontal ».
12. « A Psychophysiological Study of Out-of-the-Body Experiences in a
Selected Subject », Tart C., Journal of the American Society for Psychical
Research, vol. 62 (1), 1968.
13. « The out-of body experience : precipitating factors and neural correlates »,
Bunning S. et Blanke O., Prog Brain Res., vol. 150, 2005.
14. Il s’agissait de Sonia Barkallah qui se lançait à l’époque dans la préparation
des « Premières rencontres sur l’expérience de mort imminente » qui ont eu lieu
à Martigues en juin 2006.
15. Le signal électrique qui atteste du traitement visuel primaire précoce (entre
60 et 90 millisecondes après le stimulus) est de moins grande intensité lorsque
Nicolas est en OBE par rapport à quand il ne l’est pas. Il est très intéressant de
constater que ce signal primaire est influencé en OBE, alors que celui-ci est
totalement « automatique ». Pourtant, on ne peut pas argumenter que cela serait
dû à un état de somnolence, puisque lors de la seconde phase du traitement
visuel, qui est plus complexe, c’est le contraire qui se produit : le signal obtenu
est de plus grande ampleur lorsque Nicolas est en OBE ! Ce qui est à l’opposé de
ce que l’on pourrait logiquement attendre…
16. Ces résultats devraient prochainement faire l’objet d’un article scientifique.
Conclusion
La fin du matérialisme
Une aventure humaine
Notre équipe est née dans une perspective commune : progresser dans
notre connaissance des capacités de la conscience. Par conséquent, nous
n’avons jamais considéré Nicolas comme un cobaye, mais plutôt comme un
« explorateur » à qui l’on prêtait assistance et que l’on guidait jour après
jour. Dès le début, nous avions été touchés par ce jeune homme au vécu
singulier. Lors de notre première rencontre, il était plutôt réservé et
introverti. Puis, nous l’avons vu grandir, évoluer et s’épanouir au fil de nos
rencontres et nous nous sommes attachés à lui. Avec le temps, il a gagné en
confiance, en stabilité et en maturité pour devenir un homme sociable et
ouvert. Preuve que ces phénomènes, et en particulier l’OBE, ne sont pas les
signes d’une pathologie mentale et qu’ils peuvent au contraire constituer
une source d’épanouissement. D’ailleurs, il n’est pas le seul expérienceur
chez qui nous avons pu observer des changements positifs. Pour Nicolas, ce
fut une véritable révélation : « Avant, j’étais très terre à terre et bien que
vivant des sorties de corps, le plan spirituel n’avait pas d’intérêt pour moi.
De plus, elles n’étaient pas maîtrisées, et je me sentais plutôt comme
“l’objet” de ces phénomènes. Et puis, grâce à notre travail en commun, j’ai
peu à peu compris, en avançant et en développant de nouvelles capacités,
que ces états pouvaient surtout être une voie d’évolution… » Et
progressivement, nous avons tissé avec lui des liens qui dépassaient
largement le cadre professionnel : « Quand j’ai commencé à parler de moi
et de ma vie en dehors des phénomènes, nous nous sommes encore
rapprochés. Très bienveillants à mon égard, je sentais que vous vous
souciez beaucoup de moi, un peu comme des parents spirituels. Vous me
donniez souvent des conseils, voire des lignes de conduite à tenir… À mon
tour, je me suis intéressé à vos vies personnelles respectives. À partir de là,
une relation amicale est née. Si c’est l’étude de mes OBE qui au départ
nous a liés, aujourd’hui, elles ne sont plus au centre de notre relation.
Quand bien même je ne vivrais plus d’expériences particulières, nous ne
perdrions pas notre amitié. »

Au fil des ans, Nicolas est aussi devenu un véritable collaborateur de
recherche faisant partie intégrante de l’Institut. Dans cette aventure
scientifique et humaine, nous avons travaillé de concert. Chacun dans son
rôle. Alors que nous l’avons accompagné sur un plan psychologique, il
nous a assistés dans nos recherches en se prêtant de bonne grâce aux
expériences que nous lui soumettions et en acceptant de suivre nos conseils.
En résumé, nous nous sommes beaucoup apporté mutuellement. Ses
expériences nous ont permis de progresser dans nos recherches, et nous lui
avons fourni les outils nécessaires pour développer ses capacités en toute
sécurité et pour trouver un équilibre de vie.

À travers notre travail à l’Institut, nous avons recueilli et étudié près de
trois mille témoignages de toutes sortes1 et vécu beaucoup de situations
insolites, qui nous ont profondément interpellés sur la conscience et sur
l’énigme qu’elle représente. Si nous avons décidé tous les trois d’écrire
ensemble ce livre et de présenter nos questions, observations et hypothèses
à travers notre histoire commune, c’est parce que le vécu de Nicolas, si
complet et si complexe, ainsi que les nombreuses heures d’expérimentation
que nous avons passées ensemble, nous ont permis d’avancer toujours plus
loin dans nos réflexions. Bien sûr il n’était pas notre seul cas d’étude, mais
le suivi thérapeutique, l’accompagnement constant, ainsi que la proximité
relationnelle et amicale qui s’est établie avec lui ont créé une relation
privilégiée permettant d’affiner au maximum notre compréhension des
phénomènes qu’il vivait. Dans notre premier ouvrage, certains témoignages
de Nicolas apparaissaient déjà sous le pseudonyme de « Thomas »2. Mais
aujourd’hui, il a tenu à sortir de l’anonymat et à assumer pleinement son
vécu hors norme. C’était important pour lui de contribuer à faire avancer les
connaissances et les mentalités dans ces domaines très controversés en
partageant son témoignage.
L’énigme de la conscience
Les mesures électroencéphalographiques présentées dans le chapitre
précédent constituent les dernières expériences que nous avons pu mener.
Depuis, le manque de financement nous a contraints à suspendre nos
travaux de recherche en attendant une période plus favorable. En résumé,
nos expérimentations autour de l’OBE nous ont montré que Nicolas
pouvait, dans cet état de conscience particulier, acquérir des informations
sans passer par les canaux sensoriels habituels. Le fait que ces acquisitions
viennent corroborer son sentiment de se trouver à l’extérieur de son corps
constituerait déjà pour certains un début de preuve. Mais d’un point de vue
strictement scientifique, objectif, nous devons admettre que cette première
partie du protocole n’est pas suffisante pour prouver scientifiquement que la
conscience de Nicolas « se délocalise » pendant l’expérience. Cependant,
elle permet en tout cas d’écarter toute possibilité d’acquisition
d’information par télépathie. En outre, nos premiers résultats EEG
suggèrent que le phénomène n’est pas non plus du même ordre que la
clairvoyance, qui a été étudiée il y a quelques années par la Fondation Odier
de psycho-physique à l’aide de leur Neuroscan. Cette étude avait en effet
mis en évidence chez une personne clairvoyante une activation au niveau
du lobe frontal complètement différente du pattern observé chez Nicolas3.
Pourtant, nos résultats devraient être complétés par des approches connexes
pour démontrer que nous avons vraiment affaire à une délocalisation de la
conscience. Toute une batterie de tests complémentaires serait à envisager
pour cela (mesures électromagnétiques, caméra infrarouge, etc.). En outre,
nous avons aussi réfléchi à une procédure « élégante » qui permettrait d’en
apporter la preuve définitive si les premières observations que nous avons
obtenues avec notre balance s’avéraient reproductibles. Il s’agirait de
demander au candidat, une fois allongé sur celle-ci, de « sortir de son
corps » et de se déplacer dans la pièce d’expérimentation pour venir « se
poser » sur une seconde balance encore plus précise, comme celles que l’on
peut trouver dans les laboratoires de chimie ou de biologie. Conjuguée à
l’identification correcte de l’image projetée, une diminution du poids sur la
première balance corrélée à une augmentation de la même valeur sur la
seconde constituerait une observation difficile à expliquer autrement que
par la délocalisation de la conscience du sujet associée à un « support
matériel plus subtil »…

Toutes ces années d’étude nous ont montré que l’OBE est une expérience
subjective extrêmement riche et variée dans ses manifestations, qui est
certainement encore beaucoup plus complexe que la description que nous
avons essayé d’en donner. Nicolas nous a longtemps paru un cas atypique,
jusqu’au jour où nous avons compris, à travers l’évolution de ses ressentis
et aussi l’ensemble des autres témoignages recueillis, que pendant les
premières années de notre collaboration, il n’était simplement pas conscient
de certaines étapes de l’expérience.

Mais à travers l’OBE, qu’apprenons-nous sur la conscience ? Tout
comme l’expérience de mort imminente, elle révèle son caractère non local,
c’est-à-dire que la conscience ne semble pas être liée à certains points de
l’espace-temps (cerveau et temps présent). Elle semble pouvoir se trouver
aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du cerveau, et c’est pourquoi
certains modèles postulent que celui-ci fonctionnerait comme une sorte de
récepteur pour une conscience omniprésente. Pourtant, si l’on se base
uniquement sur les témoignages, on peut définir différentes formes
d’expériences « au-delà » du corps. Dans certains cas, tout se passe comme
si la conscience de l’expérienceur pouvait effectivement quitter son corps et
avoir alors accès à de multiples dimensions. Dans d’autres, comme cela
arrive aussi à Nicolas, sans que la sensation de sortir du corps soit ressentie,
la personne se retrouve identifiée à un autre support (un lieu, un objet, un
animal, etc.). Parfois aussi, la conscience se déploie à l’infini dans le temps
et dans l’espace tout en restant associée au corps… D’autres fois encore,
elle semble se scinder comme s’il existait différents niveaux ou strates de
conscience, un peu à l’image de poupées russes. Avec un premier niveau
qui contrôlerait et régulerait les grandes fonctions biologiques, un deuxième
niveau, celui de la conscience de soi, un troisième niveau, celui d’une
conscience élargie comme lors des OBE et des NDE, et finalement un
quatrième niveau correspondant aux expériences de transcendance, c’est-à-
dire peut-être celui d’une conscience globale… De ce point de vue, Nicolas
demeure vraiment un cas atypique, dans la mesure où il est coutumier de
ces différents types d’expériences, ce qui est plutôt rare.

Comment arriver à expliquer tous ces états différents de la conscience ?
Quel modèle cohérent peut émerger et réconcilier toutes ces données ? Car
tout cela, bien sûr, semble incompatible avec le dogme central des
neurosciences…

Actuellement, tout neuroscientifique « orthodoxe » part en effet du
postulat de base que les impulsions électriques dans notre cerveau sont à
l’origine du phénomène de la conscience. Tout ce que nous vivons, y
compris nos pensées, nos croyances, nos intentions, notre sens du moi,
résulterait d’impulsions électrochimiques. Bien que cette idée soit souvent
énoncée comme une vérité qui aurait été prouvée scientifiquement, il est
important de rappeler qu’il n’en est rien. En fait, cette affirmation repose
uniquement sur trois constats :

– Premièrement, il existe une corrélation entre l’activité mentale et l’activité
cérébrale. Pourtant… cela n’implique ni causalité, ni identité entre les deux.
Par exemple, on peut mesurer l’activité électrique cérébrale associée au vécu
d’une émotion en utilisant un EEG. Mais la corrélation que l’on observe entre
ces deux événements ne signifie pas que la variation de l’EEG constitue la
cause de la variation de l’état émotionnel. Rien n’exclut en effet qu’elle n’en
est pas au contraire la conséquence.
– Deuxièmement, certaines lésions cérébrales provoquent l’altération ou la
perte partielle, voire totale, des fonctions cognitives supérieures (comme la
pensée, les émotions, la mémoire, etc.). Prenons l’analogie avec un poste de
radio : lui couper quelques circuits altère en général fortement ou même
totalement son fonctionnement. Pourtant, l’origine des sons ne se trouve pas
dans l’appareil4…
– Troisièmement, on peut provoquer des états modifiés de conscience en
stimulant électriquement le cerveau. Pourtant… là encore, pour les mêmes
raisons évoquées précédemment, cela ne prouve rien.

En réalité, toutes ces observations peuvent aussi être expliquées par une
vision non matérialiste de la conscience, c’est-à-dire où celle-ci serait au
contraire à l’origine de l’activité cérébrale. Il s’agit simplement d’une
question d’interprétation. Et les neurologues ont-ils vraiment opté pour la
plus convaincante ? Car la vision matérialiste ne permet pas d’expliquer les
phénomènes hors norme de la conscience autrement qu’en les réduisant à
des hallucinations. Elle n’explique pas non plus les nombreux cas
répertoriés et étudiés scientifiquement de personnes vivant une vie tout à
fait normale, présentant même parfois un QI au-dessus de la moyenne et
une carrière brillante, alors qu’elles n’ont pas de cerveau « discernable »,
par exemple en raison d’une anomalie de développement au cours de
l’enfance ! Des cas extrêmement difficiles à expliquer en évoquant la seule
plasticité neuronale… d’autant plus quand ils apparaissent à l’âge de la
retraite, suite à une affection qui a détruit tout le tissu cérébral5. Sans parler
des nombreux cas d’EMI survenues lors de morts cliniques, où la
conscience a été capable de prouesses étonnantes, alors qu’elle n’aurait
même pas dû être en mesure d’halluciner ! Mais surtout, la vision
matérialiste ne permet toujours pas de résoudre ce que le philosophe
australien David Chalmers a nommé « le problème difficile de la
conscience6 ». On peut le résumer ainsi : comment nos expériences
subjectives peuvent-elles naître de processus physiques dans notre
cerveau ? De nos jours, l’activité cérébrale peut être mesurée précisément,
mais ces mesures appartiennent au domaine matériel. On mesure un
phénomène physique concret associé à une expérience subjective abstraite.
L’activité mesurée n’est pas la conscience qui, elle, demeure non
mesurable, non quantifiable. L’identification des processus cérébraux ne
nous renseigne pas sur le vécu intime d’une personne et ne nous dit rien de
la conscience. Le « problème difficile » est reconnu depuis le XX e siècle
comme une question fondamentale, voire centrale, de la philosophie de
l’esprit. Et aujourd’hui, un nombre grandissant de philosophes, parmi
lesquels Chalmers lui-même, se demande si l’on pourra vraiment résoudre
ce problème un jour en s’appuyant uniquement sur les théories matérialistes
de l’esprit…

En résumé, ce qui ne devrait être qu’une hypothèse de travail (sujette à
être remise en question par de telles observations !) est devenu un dogme,
qui ne repose sur aucune démonstration scientifique, mais uniquement sur
des… croyances. Car depuis plusieurs siècles, les scientifiques, comme à
présent les neuroscientifiques, travaillent au sein du paradigme matérialiste,
qui affirme que, fondamentalement, toute chose est composée de matière et
que tout phénomène est le résultat d’interactions matérielles. C’est ce que
l’on appelle le monisme7 matérialiste. Par conséquent, la conscience
subjective serait obligatoirement le produit des interactions neuronales dans
notre cerveau. La matière crée la conscience. Un point c’est tout.
Cette conception matérialiste de la réalité remonte à l’Antiquité, mais le
terme lui-même n’est apparu qu’avec la révolution scientifique du XVII
e
siècle, au moment où la science a cherché à se distancier de la religion. Le
matérialisme est né par opposition au dualisme, cher à Descartes, qui
affirmait l’existence de deux substances distinctes : l’esprit et la matière.
Les succès qu’a connus la science, doublé de la révolution industrielle, on
permit qu’en deux siècles cette conception s’impose totalement dans le
monde occidental au détriment du dualisme, malgré les résistances de
certains grands scientifiques, comme William James, Wilder Penfield ou
encore le prix Nobel John Eccles, dont les solides réputations ne suffirent
pas à inverser la tendance. Aujourd’hui, une grande partie de la technologie
moderne ayant été créée sur la base du matérialisme, sa suprématie reste
difficile à contester. D’ailleurs, le point de vue matérialiste est devenu le
prisme à travers lequel la plupart d’entre nous interprétons le monde,
interagissons avec lui et jugeons de ce qui est vrai. De la matière émerge
tout, y compris ce que nous appelons communément « la conscience ».
C’est pourquoi, logiquement, pour ceux qui adhèrent à cette conception,
ceux qui vivent des OBE comme Nicolas, ou d’autres types d’EMC non
ordinaires, doivent forcément être victimes d’hallucinations et souffrir d’un
dysfonctionnement cérébral momentané. Pourtant, même lorsque
l’expérience a été perturbante, voire effrayante, avec le recul et un travail
d’intégration, elle constitue pour la plupart des expérienceurs une ouverture
« spirituelle », qui changera leur vie de façon positive et leur permettra de
développer « une plus grande conscience de la réalité ». En permettant de
prendre concrètement conscience de ses pensées et de ses désirs, mêmes
inconscients, la sortie hors du corps est avant tout une plongée à l’intérieur
de soi, qui peut constituer un véritable outil sur la voie de l’évolution8.

Jusqu’à la fin du siècle dernier, cet état de conscience particulier a été
uniquement pris en compte par les parapsychologues, les seuls à
s’intéresser aux expériences humaines hors norme. Il faut dire qu’il est très
difficile d’étudier un phénomène qui ne se produit pas forcément quand on
est prêt à l’observer ! C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles
celui-ci a longtemps été ignoré par les neurologues. Sans compter que l’on
a aussi longtemps considéré qu’il s’agissait d’expériences rares, voire
exceptionnelles. C’est donc une bonne nouvelle que la science mainstream
d’aujourd’hui s’intéresse enfin aux OBE et cherche à en définir les corrélats
neurologiques : les sorties hors du corps semblent enfin être devenues
dignes d’études « sérieuses » ! Cependant, le problème de la recherche
scientifique est qu’elle se fixe d’emblée des limites, en réduisant le champ
des possibles au nom d’une idéologie. Et tant que les neurologues
refuseront d’envisager que ces expériences peuvent être autre chose que les
divagations d’un cerveau qui dysfonctionne, tant que les études seront
biaisées d’emblée par un a priori, il ne sera pas vraiment possible de
progresser. Pourtant, de tout temps, des tribus primitives aux religions les
plus évoluées, se basant sur l’expérience directe des chamans ou des
mystiques, l’homme a cru en une forme d’indépendance de la conscience
par rapport au corps physique et donc en sa survie après la mort. Alors que
toutes les observations depuis plusieurs décennies vont aussi dans ce sens,
pour quelle raison les scientifiques s’entêtent-ils à les nier ? Difficile, quand
on a construit toute sa carrière sur un postulat de reconnaître que celui-ci
pourrait bien être faux. Difficile, quand on reçoit annuellement des fonds de
recherche pour ses travaux d’admettre que leurs interprétations pourraient
ne pas avoir été correctes. Difficile encore, quand on est un jeune chercheur
d’aller à l’encontre de l’idéologie dominante… Ainsi, il est triste de
constater qu’argent, pouvoir, et réputation sont aujourd’hui les enjeux
principaux qui se cachent au fond des labos.

Pourtant, l’édifice des neurosciences, tout comme le paradigme
matérialiste, pourrait bien être en train de se fissurer…
Qu’est-ce que la réalité ?
Rappelons qu’un paradigme est un modèle théorique de pensée qui
oriente la recherche et la réflexion scientifique. C’est-à-dire un ensemble de
croyances partagées par les scientifiques, les philosophes, et qui fait aussi
largement consensus à l’intérieur d’une société, en lui donnant une grille de
lecture du monde. C’est ce paradigme qui va désigner l’ensemble des
principes et des méthodes partagés par la communauté scientifique. C’est
aussi lui qui va déterminer ce qui doit être observé, le genre de questions
qui doivent être posées, celles pour lesquelles on se doit de chercher des
réponses, et comment les résultats doivent être interprétés. En résumé, un
paradigme va influencer la direction des recherches et l’interprétation des
résultats.

Le paradigme actuel ne s’arrête pas au matérialisme. Il repose sur un
certain nombre de concepts philosophiques et scientifiques, parmi lesquels
le « déterminisme » (chaque événement résulte des états précédents en
vertu du principe de causalité), le « causalisme » (à tout effet, il existe une
cause qui le précède dans le temps) ou encore le « réductionnisme » (les
choses complexes peuvent toujours être comprises lorsqu’elles sont réduites
aux interactions entre leurs parties plus simples). Ces concepts – c’est-à-
dire des croyances qui n’ont pas été prouvées – résultent d’une vision de la
réalité au premier degré. Pourtant, ils sont enseignés dans le monde
occidental, de génération en génération depuis plusieurs siècles, comme des
« vérités » et non comme des « hypothèses ». À tel point qu’ils se sont
profondément enracinés, non seulement chez les scientifiques, mais chez
monsieur et madame Tout-le-Monde à qui il ne viendrait pas à l’idée de les
remettre en question9. Pourtant, depuis un siècle, les découvertes de la
physique ont remis en question la véracité de chacune de ses assertions.
Comme on pouvait s’y attendre, la réaction « normale » à un changement
aussi radical a longtemps été le déni10. Mais des anomalies dérangeantes
continuent de surgir par-ci par-là venant suggérer que cette vision du monde
n’est pas complète. Au point que de plus en plus de scientifiques en arrivent
même à se demander si le paradigme scientifique actuel ne serait pas tout
simplement… faux.

L’expérience consciente que nous avons de la réalité qui nous entoure à
travers nos cinq sens nous révèle un univers fait de matière solide évoluant
dans un espace à trois dimensions où le temps s’écoule de façon
unidirectionnelle. Pourtant dès le XIX e siècle, cette conception, pourtant si
évidente, a commencé à prendre « du plomb dans l’aile ». Premier constat :
la matière est essentiellement constituée de… vide. L’atome, ces petites
billes qui la constituent, ne doit son apparence « solide » qu’à l’action
colossale de la force électromagnétique et à son champ. En effet, en
« collant » entre elles les particules élémentaires (protons et électrons), puis
en « collant » les atomes entre eux (pour faire des molécules, etc.), celle-ci
assure à la matière sa cohésion interne, sa forme, en absorbant et en
réémettant au passage des photons, ce qui nous donne du même coup
l’impression qu’elle est « pleine ». Deuxième constat : au début du XX
e
siècle, Einstein, avec sa relativité générale, nous a appris que l’espace et le
temps n’étaient pas « absolus », mais « relatifs ». Bien que dérangeants, ces
constats étaient encore concevables… Mais à cette époque, il devint aussi
de plus en plus évident que la physique classique commençait à atteindre
ses limites pour expliquer certains phénomènes au niveau atomique. Une
nouvelle branche révolutionnaire était en train d’émerger : la physique
quantique. « Révolutionnaire », le mot n’est pas trop fort, car la physique
quantique a tout bonnement achevé de… dématérialiser l’univers !

En effet, elle a montré que dans l’infiniment petit, il s’avère impossible
de prédire où se trouve une particule, mais seulement la probabilité de la
trouver en un point précis. En d’autres termes, les particules élémentaires,
qui constituent les atomes, n’existent pas avec certitude en un lieu spatial
défini, à un moment défini. Leur monde n’est constitué que de probabilités.
Ensuite, point très important pour notre propos, les particules observées et
l’observateur sont liés. Cela implique que les résultats de toute observation
seront toujours influencés par l’intention consciente de l’observateur. En
d’autres termes, la physique quantique admet que le monde physique est
intimement lié à la notion de… « conscience ». En outre, elle a aussi
introduit la « non-localité » (ou non-séparatibilité), un concept basé sur
« l’intrication » quantique : il existe des connexions instantanées qui
persistent entre des particules élémentaires (photons, électrons) qui ont
interagi physiquement avant d’être séparées, même par des distances
gigantesques (par exemple des milliards d’années-lumière). C’est-à-dire
qu’en interagissant sur l’une, il y aura répercussion immédiate sur l’autre.
Ce principe suggère que l’univers constitue un tout non divisé et contredit
la relativité restreinte pour laquelle la vitesse de la lumière constitue la
limite à la propagation de toute information. Comme si cette « connexion »
entre les deux particules s’opérait… en dehors de l’espace-temps.

En résumé, dans la « réalité » décrite par les concepts de la physique
quantique, qui ont été démontrés expérimentalement à de nombreuses
reprises, la matière n’est plus qu’un champ d’ondes, les particules n’ont pas
d’existence définie par rapport à un point de l’espace en dehors du moment
où elles sont observées, l’observateur affecte irrémédiablement le système
observé, deux objets quantiques séparés par des distances mêmes colossales
conservent une sorte de « lien instantané »… et la relativité générale a fait
du temps une notion « malléable ».

Autant dire que notre conception de la réalité s’en trouve quelque peu
ébranlée !
La conscience à la « lumière » de la physique
Quelques scientifiques ont cherché à appliquer les apports de la physique
quantique à la résolution du problème « corps-esprit », tel le physicien
Roger Penrose, pour qui la conscience apparaîtrait au cœur des neurones
suivant des processus quantiques au niveau d’organites cellulaires appelés
« microtubules ». S’appuyant aussi sur la mécanique quantique, Sir John
Eccles, prix Nobel de médecine en 196311 et dualiste convaincu, postula dès
les années 1970 l’existence d’une conscience indépendante du cerveau, qui
interviendrait sur la probabilité d’émission des transmetteurs chimiques aux
niveaux des synapses12 pour influencer les processus cérébraux.

Pourtant, on entend souvent dire que la plus grande prudence serait de
mise avec les concepts quantiques. Personne ne comprendrait totalement
cette physique de l’infiniment petit et ceux qui se risqueraient à ce genre de
développements seraient des pseudo-scientifiques, voire des charlatans. Car
on ne pourrait pas étendre ce qui est vrai pour le monde subatomique au
monde macroscopique. Il faut avouer que depuis une quinzaine d’années, la
physique quantique nous a été servie à toutes les sauces, sans même qu’on
en comprenne parfois la logique ! Le mot est à la mode et probablement
« vendeur » auprès d’un public qui ne sait effectivement pas trop ce qu’il
veut dire. Et les physiciens n’aiment pas quand leurs concepts sont utilisés
d’une manière qu’ils jugent abusive ou déformée. Mais pour autant, n’y
aurait-il pas un fond de vérité dans tout cela ? Peut-on réellement scinder la
réalité entre un monde subatomique et un monde macroscopique sans que
ce qui se passe dans le premier influence le second dont il est le
constituant ? Comme osent aujourd’hui l’affirmer certains physiciens, à
l’instar de Philippe Guillemant, ingénieur chercheur au CNRS, n’est-ce pas
là une grande illusion de la science : « …à savoir, son erreur fatale de ne
pas percevoir que tous les phénomènes macroscopiques dépendent
intimement de tout ce qui se passe dans l’infiniment petit … » ?

D’ailleurs, les choses sont en train de changer. Des travaux réalisés ces
dernières années suggèrent en effet que les effets quantiques ne porteraient
pas seulement sur les particules élémentaires, mais qu’ils s’appliqueraient
aussi à des systèmes plus larges, par exemple aux cellules du corps humain.
Ils y seraient simplement plus difficiles à détecter. Jusqu’à peu, en effet,
l’argument habituel était que les effets quantiques et les processus
biologiques se produisaient à des échelles totalement différentes. Les
processus biologiques semblaient bien trop gros, trop chauds et trop lents
pour que les phénomènes quantiques puissent y jouer un rôle. Mais des
chercheurs sont en train de découvrir que les processus quantiques
pourraient bien être omniprésents dans le monde vivant. À tel point que
certains commencent même à rêver d’une nouvelle discipline : la « biologie
quantique13 ». Pourtant, l’application de la théorie quantique à la biologie
était encore vue comme une hérésie il y a quelques années seulement… Les
sciences du vivant sont sans aucun doute celles qui auront résisté le plus
longtemps au changement de vision impliqué par la révolution de la
physique quantique. D’ailleurs, ce n’est pas encore gagné…

Et si la conscience n’était pas l’affaire des neurosciences, mais bien celui
de la physique ?

Par le passé, de nombreux chercheurs ont souligné que bien que la
physique soit l’étude objective de l’univers, cette discipline restait
appréhendée à travers la subjectivité humaine, c’est-à-dire à travers notre
conscience. Cela paraît tellement évident qu’on en viendrait presque à
l’oublier… et à considérer que la conscience puisse n’être qu’un simple
épiphénomène de la matière. Mais depuis que la physique quantique a
rendu ambigu le statut même d’observateur, cela a-t-il encore un sens de
parler d’« objectivité » ?

En 1878 déjà, le mathématicien et philosophe anglais William Kingdon
Clifford écrivait : « L’univers est entièrement fait de substance mentale. » À
l’époque déjà, il fallait oser. Pourtant, il récidiva l’année suivante lors d’une
conférence au siège de la Royal Society à Londres en affirmant : « La
réalité ultime, c’est l’esprit. » Quelques décennies plus tard, Max Planck,
qui fut à l’origine de la théorie quantique, affirmait : « Je considère la
conscience comme quelque chose de fondamental. Je regarde la matière
comme un dérivé de la conscience. Nous ne pouvons pas contourner cette
question. Tout ce dont nous parlons, tout ce que nous considérons comme
existant, postule la conscience. » Puis, dans les années 1950, c’est au tour
du grand mathématicien et physicien John von Neumann de proposer
qu’elle soit une composante fondamentale de l’univers. Mais c’est sans
aucun doute le XXI e siècle qui s’annonce comme celui de la primauté de la
conscience. En effet, mis à part la détermination des neuroscientifiques –
qui en ont fait leur défi du siècle et dépensent beaucoup d’énergie à
disséquer l’activité cérébrale afin de la dénicher –, une nouvelle génération
de physiciens, plus audacieux, commence à avancer des théories
passionnantes à son sujet, qui reposent sur les dernières découvertes de la
physique.

Ainsi, nous savons aujourd’hui que l’espace, la matière, et le temps
n’existent pas tels que nous les percevons. Par exemple, plus on s’aventure
dans l’infiniment petit, et plus la matière s’apparenterait à une vibration.
Quant à l’espace, il serait capable de « se tordre » et de « vibrer ». Et
l’écoulement du temps ne serait, lui, qu’une illusion, puisque le passé, le
présent et le futur coexisteraient. À tel point qu’il est aujourd’hui plus
correct de remplacer les notions de « temps », d’« espace » et de
« matière » par celle d’« information », comme l’exprime le physicien John
Wheeler : « J’ai d’abord cru que tout était fait de particules […]. Dans ma
seconde période, que tout était fait de champs […]. Dans cette troisième,
mon impression est que tout est fait d’information14. » On assiste
aujourd’hui à l’avènement d’une nouvelle physique, « la physique de
l’information » qui réduit le temps, l’espace et la matière à des perceptions
et qui fait de notre réalité un champ d’information, où le futur ne prendrait
pas une forme unique et parfaitement déterminée. Ouvrant la porte à
différents modèles d’univers parallèles (multivers ou univers bulles), où
nous aurions d’innombrables autres « nous-mêmes » en train de vivre des
existences sensiblement différentes. Comme l’exprime le physicien et
mathématicien Hugh Everett, la réalité tangible ne pourrait être qu’un
aspect figé par l’observateur parmi une multitude d’autres réalités possibles.
Mais la réalité non observée, c’està-dire les autres réalités potentielles, se
déploierait dans des univers parallèles non réalisés de notre point de vue.
Ce sont les limites naturelles imposées par notre perception qui nous
empêcheraient de voir les autres possibilités à l’œuvre. À la manière d’un
poste de radio qui ne peut capter qu’une seule station à la fois, nous ne
percevrions qu’une seule réalité. Les autres émissions ne cesseraient pas
d’exister pour autant et continueraient à être diffusées sur des fréquences
parallèles, ici des multivers.

D’après le physicien Philippe Guillemant, on peut concevoir l’espace-
temps comme un territoire fait de vallées et de montagnes, où passé, présent
et futur cohabitent sur un même plan que nous traversons au cours de notre
existence. Or, c’est l’expérience de cette « traversée » qui créerait le
passage du temps. Tout ce qui peut nous arriver existerait déjà dans notre
futur, au même titre que tous les trajets possibles existent déjà durant un
voyage. Mais c’est notre conscience, surplombant ce paysage, donc « hors
de l’espace-temps », qui serait le vecteur du choix de notre trajet et nous
pourrions disposer d’un libre arbitre au cours de notre voyage. Ce modèle
est envisageable à la condition que tous nos futurs possibles puissent
coexister. Or, c’est justement ce que nous dit la mécanique quantique15.

Mais si la conscience n’appartient pas à l’espace-temps, où se trouverait-
elle alors ? Là encore, il faut se pencher sur une autre grande découverte
récente de la physique. En effet, les physiciens ont découvert que le vide
quantique était… plein. Et ce n’est pas simplement une vue de l’esprit, il
serait en effet plein d’une énergie colossale : il contiendrait beaucoup plus
d’énergie, donc d’informations, qu’il n’y en a dans notre réalité à quatre
dimensions16. Des chercheurs, notamment du MIT17 aux États-Unis,
auraient estimé que la quantité d’informations caractérisant notre univers
depuis sa naissance représenterait 10 puissance 120 bits18. Mais ce nombre,
bien que gigantesque, ne concernerait que la partie physique de notre
réalité. La partie non physique, associée au vide quantique, serait une réalité
incommensurablement plus vaste, infinie, qui engloberait notre réalité, mais
qui en même temps serait… extérieure à l’espace-temps. Impossible à
concevoir à moins d’adopter l’idée que notre réalité n’existe pas réellement
et qu’elle n’est qu’une projection holographique de cette réalité primordiale
faite d’informations. On rejoint là des modèles antérieurs développés par
d’autres grands noms de la physique comme David Bohm.

En résumé, il existerait donc un « en dehors » à notre espace-temps – ce
que l’on appelle « le vide quantique »–, qui comporterait une immensité
d’alternatives possibles à nos vies. Et c’est cette immensité, ce vide, qui
contiendrait la majeure partie de notre conscience. On aboutit alors à un
renversement total de perspective, dans lequel la conscience devient
primordiale : la réalité n’existe pas telle que nous la percevons, elle serait
un champ d’informations extrêmement vaste correspondant au vide
quantique, un vide remplit de vibrations, donc d’énergie, que l’on peut
concevoir en termes d’informations non physiques, non perceptibles et non
manifestées dans l’espace-temps. Sous l’effet d’un observateur,
l’information passerait du vide quantique à notre monde physique. La
conscience viendrait ainsi puiser dans ce gigantesque réservoir
d’informations pour construire notre réalité, sans que celle-ci ait une
consistance objective réelle, puisque cette objectivation serait justement
l’affaire… de la conscience19. Alors que le vide macroscopique est vide, le
vide quantique serait plein de potentialités non réalisées. Il faudrait qu’il y
ait une excitation du vide, c’est-à-dire un « déséquilibre » entre les
différentes potentialités, pour qu’il y ait création de matière, création
d’événements. En « excitant » le vide, la conscience créerait notre réalité à
quatre dimensions. Celle-ci serait le fruit d’un collectif de consciences
immergées dans un champ d’informations, une création collective. Nous
serions tous cocréateurs de notre réalité, au même titre que nous sommes
créés par l’information qui nous entoure20. On retrouve ici une notion
exprimée dans les Dialogues avec l’ange21 : le monde créateur, domaine
infini de la Conscience, devient le monde créé, fini, à partir du moment où
la conscience individuelle intervient…

On voit alors émerger un modèle cohérent qui permettrait, entre autres,
d’expliquer beaucoup de phénomènes étranges, dont par exemple les
« guérisons » à distance : si, sous l’action de la conscience, l’information
génère l’énergie, qui à son tour engendre la matière, l’intention de
l’observateur pourrait aussi « ré-informer » la matière, peut-être au travers
de ces fameuses ondes scalaires (présentées dans la « Troisième
période »)22.

Reste à savoir qui de l’information ou de la conscience était là en
premier ? C’est la question de « l’œuf ou la poule ». Mais ça, c’est encore
un autre problème…

Impliquant un bouleversement profond de notre conception de la réalité
et de notre rapport au monde, cette théorie peut donner le vertige, mais elle
n’en demeure pas moins séduisante, car elle fait aussi profondément écho à
la vision des grandes traditions spirituelles orientales qui, à l’opposé du
monisme matérialiste occidental, prônent un monisme spiritualiste pour
lequel cette fois-ci la réalité primordiale serait la conscience… elle-même à
l’origine de la matière. Cette conception est aussi en accord avec certaines
expériences étonnantes associées à des états modifiés de la conscience.
Comme en témoigne particulièrement bien le récit que nous a confié
Vincent :

« Je me réveille vers 2 heures du matin comme presque chaque nuit
depuis plusieurs mois. Très rapidement, j’entre dans un état de méditation.
Il n’y a alors plus rien, c’est le néant. Mais, ce n’est pas le même néant que
celui occasionné par le vide mental que je connais bien… cette fois, il y a
autre chose, ce vide est “plein”. Comme si c’était une source de création en
attente d’une “volonté”, d’une intention pour la former. Je le ressens dans
tout mon être. C’est une force, une énergie et bien plus. J’ai la sensation
qu’une volonté intense ferait jaillir de ce néant la forme de cette volonté.
Que créer par l’esprit est là. Mais il n’y a pas que ça, je sais que je peux
changer le cours de ma vie également, là, simplement par l’intention. C’est
une source de possibilités infinie. Une simple volonté soutenue, maintenant,
et je peux modifier ma vie comme je le souhaite. C’est comme se retrouver
avec les pleins pouvoirs sur sa vie. Il suffit d’en choisir une parmi les
infinies possibilités et de lui donner vie en la créant consciemment par
l’intention. Et là, je me rends compte que mon mental se met en marche (en
méditation, je suis parfois dans un état de conscience au-delà du mental et
je peux prendre conscience et observer quand il s’active) : “Alors de quoi
ai-je envie ?” Mais au même instant, je vois grâce à cet état de conscience
plus vaste que le choix que je pourrais faire engendrerait des milliers de
conséquences qui, à leur tour, en engendreraient des millions, et ainsi de
suite. Je me rends compte que ce choix, quel qu’il soit, n’affecterait pas
seulement ma vie, mais potentiellement, d’innombrables vies, et
engendrerait des millions de conséquences que je ne maîtrise absolument
pas, que je ne peux même pas entrevoir. Je me rends compte qu’il est
impossible de connaître (mentalement) toutes les conséquences d’un choix
fait ici. Cela déclenche tout d’abord en moi une incapacité à faire un tel
choix… puis une crainte des conséquences qui semblent hors de contrôle et
de ce “pouvoir créateur”… Je choisis… de ne rien choisir. C’est comme si
j’avais eu un aperçu de notre (véritable ?) pouvoir créateur, avec tout ce
que cela implique comme responsabilités et conséquences. Et j’ai eu peur.
J’ai pu me rendre compte que c’était impossible d’appréhender cela avec le
mental. »

Au moment où il sort de son corps, Nicolas a lui aussi cette sensation
d’avoir tous les choix de destinations possibles. Où est sa conscience à ce
moment-là ? Rejoindrait-elle le vide quantique ?
L’OBE, un simple changement de fréquence ?
Le vide quantique décrit par les physiciens n’est pas sans rappeler la
« vacuité », rencontrée dans l’expérience transcendantale et décrite depuis
des millénaires par les sages et les maîtres spirituels orientaux, c’est à dire
ce vide « plein », qui contiendrait toutes les potentialités, tous les possibles.
La physique moderne ne nous dit pas autre chose : dans les profondeurs de
la matière se trouverait un vide rempli de vibrations, qui correspondent à de
l’information encore non manifestée dans l’espace-temps. Par le fait d’être
observée, cette information quitterait son état de vibration pour devenir
particule de matière. Une particule holographique qui serait aussi
simultanément toute l’information et la conscience contenue dans le vide.
La conscience serait donc très « intimement » liée à la matière, qui n’en
serait qu’une sorte de « cristallisation », pour reprendre les termes employés
en Orient. Même quand on sortirait de son corps, il y aurait toujours un peu
de conscience qui resterait associée avec chacune des particules de celui-ci.

Dans cette optique, on peut concevoir le cerveau comme un filtre qui
nous empêcherait de percevoir ce que l’on pourrait qualifier d’« autres
niveaux de la réalité ». Il agirait comme un régulateur qui nous permettrait
de ne capter qu’une seule gamme d’ondes à la fois sous peine de disjoncter.
Il s’agirait simplement de résonance par accord vibratoire. Si la conscience
est associée à la vibration, on peut envisager que suivant les changements
de fréquences de cette dernière, il y aurait changement de niveau de
conscience et donc changement de réalité. Ce modèle permet de mieux
comprendre comment Nicolas pourrait vivre certains phénomènes : il aurait
simplement la capacité de changer très facilement de fréquence vibratoire,
le plus souvent à son insu, mais aussi à présent volontairement. Notre
espace-temps correspondrait à une certaine fréquence de la conscience et ne
représenterait qu’une infime partie de la réalité. Dans une sortie hors du
corps – ou dans tout autre état modifié de conscience non ordinaire –, la
conscience quitterait la fréquence vibratoire qui lui permet d’évoluer, par
l’intermédiaire du corps physique, dans cet espace-temps. La dimension
physique ne serait alors plus perçue, sauf si la nouvelle fréquence de la
conscience est encore très proche. Mais quand la fréquence adoptée est
beaucoup plus élevée que celle du monde physique, la conscience ne
percevrait plus notre réalité et pourrait évoluer dans des dimensions
totalement différentes. Le monde astral décrit dans la « Deuxième période »
ne serait donc qu’un autre niveau de fréquence possible de la conscience,
mais logiquement, il devrait en exister une infinité d’autres. Pour illustrer
cette hypothèse, voici le témoignage de David : Je me souviens d’une fois
ou, lors d’une OBE, j’avais la sensation de pouvoir osciller entre différents
états vibratoires… et dans un de ces états, j’ai soudain entendu dans ma
chambre des sons qui ressemblaient à une émission de radio (voix, musique,
etc.). Lorsque je suis revenu dans mon corps, je me suis précipité vers ma
chaîne stéréo, qui était éteinte. En l’allumant, je me suis rendu compte que
le programme de radio était le même que celui que je venais d’entendre lors
de mon OBE… »

Dans le monde physique, nos pensées, nos intentions mettraient
beaucoup de temps avant de se matérialiser, au point que nous ne pourrions
plus les identifier comme telles quand elles apparaîtraient sous forme
d’événements, qui nous sembleraient alors totalement extérieurs à nous. Au
contraire, en sortie hors du corps, elles s’actualiseraient immédiatement.
Tout comme le monde physique, le monde astral, et toutes les autres
dimensions, seraient également des cocréations des consciences
individuelles. Chaque dimension correspondant à une densification toujours
plus élevée de la conscience/matière jusqu’à notre réalité physique. Dans
cette perspective, le « corps astral » que certains perçoivent pendant leur
OBE n’aurait donc pas plus de réalité objective que le corps physique. Cela
n’aurait donc pas vraiment de sens de parler de « sortie hors du corps ».
Lors d’une OBE, la conscience se mettrait simplement à vibrer selon une
fréquence différente…

Tous les expérienceurs que nous rencontrons semblent posséder la faculté
de pouvoir changer de fréquence, volontairement ou involontairement, mais
dans des proportions différentes, ce qui leur donnerait accès à des états de
conscience plus ou moins modifiés et donc à différents niveaux de réalité.
Les êtres humains, en fonction de leur fréquence vibratoire, détermineraient
inconsciemment, et la plupart du temps involontairement, ce qui fait ou non
partie de leur « monde ». On ne voit et on ne vit que ce que l’on peut
concevoir… comme l’exprime poétiquement cet extrait du Petit Prince de
Saint-Exupéry, où l’aviateur, après avoir dessiné plusieurs moutons qui ne
plaisaient pas au petit prince, trouve enfin la solution :

« Alors, faute de patience, comme j’avais hâte de commencer le
démontage de mon moteur, je griffonnai ce dessin-ci. Et je lançai : — Ça,
c’est la caisse. Le mouton que tu veux est dedans. Mais je fus bien surpris
de voir s’illuminer le visage de mon jeune juge : — C’est tout à fait comme
ça que je le voulais ! Crois-tu qu’il faille beaucoup d’herbe à ce mouton ?
— Pourquoi ? — Parce que chez moi, c’est tout petit… — Ça suffira
sûrement. Je t’ai donné un tout petit mouton. Il pencha la tête vers le
dessin : — Pas si petit que ça… Tiens ! Il s’est endormi… »

Tous les possibles sont dans la boîte. Le petit prince crée le mouton qui
lui convient…

Si c’est par le regard de l’observateur qu’une réalité prend forme, toutes
les autres possibilités restent potentiellement possibles et peuvent se
matérialiser simultanément dans d’autres dimensions sous le regard d’autres
observateurs, bien qu’invisibles et inexistantes pour le premier. Ces réalités
resteraient cependant connectées les unes aux autres, car la conscience, sans
contrainte ni de temps ni d’espace, imprégnerait toutes les dimensions…

Dans ce modèle, les états modifiés de conscience constitueraient une
appréhension directe et intuitive d’une totalité non divisée. C’est d’ailleurs
le ressenti auquel aboutissent en général les expérienceurs, comme en
témoigne aussi Nicolas : « Ma vision d’un monde totalement matériel, où le
cerveau était le chef d’orchestre de ses capacités, a totalement été
bouleversée. D’une vision matérialiste, je vois désormais le monde, cette
réalité, comme une des infinies projections de la Conscience. Nous sommes
tous les facettes d’une même Conscience qui expérimente la totalité des
possibles, l’infinité des possibles… De là, comment détester ou mépriser ce
qui est également moi ? Ma vision de l’Homme et du monde a changé pour
une tolérance quasi totale. Cette vision d’un monde infini et global me fait
prendre conscience de ma place, non pas celle du petit grain de matière
dans l’univers, mais bien celle d’une part de la Conscience globale, voire
de la totalité de cette Conscience ! »

À propos de la conscience, voici encore deux extraits de textes
« entendus » et retranscrits en notre présence par Nicolas le lundi 11 janvier
2016, alors qu’une fois encore il ne connaissait pas la teneur de nos
questions enfermées dans des enveloppes :

« Toutes dans une, une dans toutes !


À la fois individuelle et plurielle est la conscience.
Le banc de poissons est composé de milliers d’individus, qui eux-mêmes
sont constitués de milliards de cellules, par milliards d’atomes, etc.
La conscience pareillement est une seule et plusieurs.
La vision juste d’un unique reflet est la vision juste de l’ensemble.
De l’individu à la totalité, le saut n’est qu’illusion. Tous un, un Tout ! »

Ou encore :

« La conscience n’est pas la source, mais l’eau qui s’en écoule.


La conscience n’est donc que le résultat d’un possible, que l’émergence
tangible d’une vérité absolue.
Le jeu de regard de la conscience est le miroir de l’infini vision d’un
Tout… »

Ainsi, nous ne serions pas qu’une étincelle de conscience enfermée dans


le cerveau d’un corps de chair. Chacune de nos cellules, chacun de nos
atomes, seraient connectés avec tout l’univers et avec la source qui donne
naissance à l’esprit comme à la matière…
Vers un changement de paradigme
Il y a cent ans déjà, la mécanique quantique a pulvérisé la vision du
monde des scientifiques matérialistes. Pourtant, ce bouleversement n’a pas
été intégré. Il n’a pas encore changé notre conception du monde, ni même
été réellement pris au sérieux par les physiciens eux-mêmes. Il aura fallu
attendre le début du XXI e siècle, et de nouvelles expériences venant
confirmer ses prédictions, pour que le monde de la physique commence à
oser remettre en question notre conception de la réalité. Aujourd’hui, il est
devenu évident que les théories matérialistes ne pourront pas résoudre le
problème de la conscience23. Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir essayé. Les
dernières découvertes en physique fournissent aujourd’hui de nouvelles
pistes passionnantes pour poursuivre les recherches hors des sentiers battus.
Pourtant, le matérialisme demeure malgré tout la position scientifique
dominante, et cette nouvelle vision du monde se heurte encore à d’énormes
résistances. Pour quelles raisons ?
Dans toutes les disciplines, on constate à travers l’Histoire une volonté de
poursuivre et de répéter une méthodologie jugée valide, ce qui
s’accompagne inévitablement d’une absence de critiques et d’une
dogmatisation, qui devient avec le temps préjudiciable et finalement contre-
productive à l’avancée des recherches. Malgré tout, l’histoire de la science
a été marquée par des révolutions spectaculaires, ce que le physicien,
historien et philosophe des sciences Thomas Kuhn a popularisé en 1962
sous le terme de « changement de paradigme24 ». En effet, Kuhn a remis en
question la conception que l’on avait de la science à l’époque comme étant
une progression régulière d’accumulation de nouvelles idées. Au contraire,
il a montré que c’était une dynamique discontinue. Celle-ci commence par
l’apparition progressive d’anomalies qui ne peuvent pas être expliquées par
le modèle en place. Après avoir suscité une foule de questions et de débats,
elles conduiront ce modèle dans une phase de crise, car il devient trop
évident que celui-ci ne peut plus servir de guide pour résoudre les
problèmes rencontrés. C’est une période de déstabilisation durant laquelle
les partisans du modèle initial vont le défendre avec plus ou moins
d’agressivité face aux novateurs, qui proposent d’autres hypothèses et
adhèrent à de nouveaux courants de pensées. Jusqu’au jour où l’un de ces
courants finira par s’imposer au détriment des autres, amenant à un
changement tellement radical de vision du monde qu’il devra être assimilé à
un nouveau paradigme.

Et aujourd’hui, ne serait-"on pas entré dans une phase de crise ? Il
semblerait. Car de plus en plus de scientifiques considèrent que le
matérialisme entretient une vision fausse et fortement appauvrie de ce
qu’est non seulement la conscience, mais aussi la réalité. Basé sur la
physique classique, il a permis de sortir la science de l’obscurantisme, et il
ne viendrait à l’idée de personne de remettre en question les avancées
innombrables qu’il a permis à l’humanité. Mais il pourrait bien être
obsolète. Malheureusement, on constate une fois de plus que les
scientifiques ont perdu de vue que tout modèle de la réalité n’est pas la
réalité et sera appelé tôt ou tard à être remplacé par un autre modèle qui la
décrira mieux. Les conclusions qui découlent des dernières découvertes du
domaine de la physique présentées ci-dessus bouleversent considérablement
notre manière d’appréhender la réalité dans son ensemble et le monde qui
nous entoure au quotidien. Un tel renversement de perspective devra être
digéré, intégré, avant de pouvoir être admis par le plus grand nombre…
1. Dont des centaines d’OBE, et à ce propos, il est important de souligner qu’il
n’en est pas de même des neuroscientifiques qui pensent pouvoir les expliquer.
2. États modifiés de conscience – NDE, OBE et autres expériences aux frontières
de l’esprit, Sylvie Dethiollaz et Claude Charles Fourrier, Éditions Favre, 2011.
3. Communication personnelle.
4. Et il n’arrive jamais que le poste marche mieux qu’avant, comme c’est par
exemple le cas dans certaines EMI, où malgré un cerveau en souffrance, la
personne témoigne d’une qualité de conscience tout à fait exceptionnelle !
5. Voir pour plus de détails, le compte-rendu détaillé et étayé de nombreuses
références présenté par Didier van Cauwelaert dans son Deuxième dictionnaire
de l’impossible, Éditions Plon, 2015.
6. La notion de « conscience » recouvre des phénomènes variés, et selon
Chalmers, on peut classer en deux grandes catégories les difficultés rencontrées
dans leur étude : les problèmes « faciles » et le problème « difficile ». Par
problèmes « faciles », il entend des problèmes que l’on est encore loin d’avoir
résolu, mais pour lesquels les neuroscientifiques ont une idée assez claire des
étapes nécessaires pour y parvenir. Par exemple, il s’agit d’expliquer certaines
caractéristiques de la conscience qui semblent résolubles par les méthodes
classiques d’observation et d’expérimentation scientifique. Ainsi en est-il par
exemple de la douleur, dont on peut associer l’origine à une lésion subie par le
corps. On peut ensuite investiguer plus avant et découvrir de quoi est constitué le
système associé à cette sensation.
7. Le monisme est un système de pensée pour lequel l’univers n’est composé que
d’une seule substance : soit la matière pour le matérialisme, soit l’esprit pour le
spiritualisme. Il s’oppose au dualisme qui affirme l’existence de deux substances
distinctes, la matière et l’esprit.
8. Voir à ce propos le remarquable travail d’une expérienceuse et enseignante en
la matière : Sorties hors du corps. Manuel pratique, Akhena, Éditions Exergue,
2014.
9. Même si leur religion, s’ils en ont une, leur dit totalement le contraire, d’où
une totale incohérence !
10. Dans tous les domaines, on constate que lorsqu’une découverte va totalement
à l’encontre du modèle en place, que ce soit au niveau de l’évolution, de
l’Histoire, etc., elle n’est en général pas prise en compte et est même passée sous
silence.
11. Il apporta la preuve de la nature « chimique » de la transmission synaptique,
alors qu’il défendait depuis longtemps la thèse inverse, c’est-à-dire une nature
« électrique ».
12. Zone de contact où s’établit la communication entre deux neurones.
13. « Physics of life : the dawn of quantum biology », Ball P. Nature, vol. 474,
2011.
14. Geons, Black Holes and Quantum Foam : A life in Physics, John Wheeler,
Norton & Company, 2000.
15. Le futur existerait déjà, mais malgré tout on pourrait choisir le futur que l’on
veut. Rien à voir cependant avec les superpouvoirs magiques issus des soi-disant
« pouvoirs de la pensée positive » et autres « lois d’attraction » ! Ici, il s’agirait
de micro-influences générées par l’intention qui façonneraient de façon concrète
notre réalité.
16. Conférence de Philippe Guillemant sur www.inrees.com.
17. Massachusetts Institute of Technology.
18. La Pensée de Dieu, Igor et Grichka Bogdanov, Éditions Grasset, 2012.
19. La Physique de la conscience, Philippe Guillemant et Jocelin Morisson, Guy
Trédaniel éditeur, 2015.
20. Se basant sur des expériences qu’il a réalisées en 2010 et en 2012, le
physicien Antoine Suarez rejoint Guillemant lorsqu’il spécule que la conscience
et le libre arbitre jouent un rôle actif de coordination de l’espace-temps. Selon
lui, l’aléatoire quantique pourrait être contrôlé de l’extérieur de l’espace-temps
par une volonté, et l’on pourrait ainsi parler de contrôle non matériel des réseaux
neuronaux de notre cerveau. Exposé lors d’une conférence donnée le 11 mai
2013 à Paris, durant le colloque « Pour une approche quantique de la
conscience », organisé par Jean Staune : http://www.doublecause.net/index.php?
page=Antoine_Suarez.htm
21. Dialogues avec l’ange, Gitta Mallasz, Aubier-Montaigne, 1976.
22. Ce serait le principe qui sous-tendrait ce que l’on appelle « la médecine
quantique », de plus en plus en vogue de nos jours.
23. À ce propos, pour certains neuroscientifiques, les avancées actuelles du
Human Brain Project laissent planer de gros doutes sur la possibilité qu’une
intelligence artificielle (voire un début de conscience) puisse un jour émerger
d’un ordinateur, aussi puissant soit-il.
24. La Structure des révolutions scientifiques, Thomas Kuhn, Éditions
Flammarion, 1983 (première édition : 1962).
Épilogue
Le temps de la conscience ?

En écrivant ce livre, nous avons voulu montrer qu’il était possible


d’étudier ces phénomènes en les abordant de façon rationnelle et
scientifique, tout en gardant un esprit ouvert. Aujourd’hui, en fonction de
toutes les données à disposition, le matérialisme ne semble plus être le
paradigme le plus approprié pour décrire la conscience et la réalité dans son
ensemble. Certains de ses aspects se sont révélés fabuleusement productifs,
mais il semble que cette vision du monde soit en train de conduire
inexorablement l’humanité vers sa propre fin. En mettant en évidence la
profonde connexion qui existe entre l’infiniment petit et l’infiniment grand,
entre le visible et l’invisible, entre la nature et l’Homme, nous sommes en
droit d’espérer que le nouveau paradigme présenté dans les pages qui
précèdent favorisera une réelle prise de conscience qui conduira à la
préservation de notre planète et à l’évolution de l’humanité vers plus de
maturité et de sagesse. Il y a urgence. Urgence à entrer dans une conscience
écologique, mais aussi dans la conscience de notre véritable nature.

À présent, il est temps de redonner la priorité aux connaissances dérivées
de l’observation et de l’expérimentation. Temps aussi que les
neuroscientifiques reconnaissent toutes les données empiriques relatives à
la conscience et aux états modifiés de conscience, et pas uniquement celles
qui sont compatibles avec leur dogme. Comme le dit le scientifique et
psychologue Dean Radin : « Le savoir yogique a des millénaires d’avance
sur la science actuelle. Le développement d’une introspection affinée par
des générations d’esprits disciplinés a permis de résoudre certains
problèmes de la subjectivité et de la conscience sur lesquels la science bute
toujours avec son approche par “l’extérieur”. Pour acquérir une meilleure
assise quant à la nature de la conscience, nous pourrions avoir à prendre
plus au sérieux ce passage par “l’intérieur”1. »

Quelle que soit l’importance des résistances, elles finiront par
s’estomper, grâce au renouvellement progressif de la communauté
scientifique par une nouvelle génération d’esprits moins imprégnés des
préjugés du passé. La transition a déjà commencé. La nouvelle physique est
en train de créer une véritable révolution. Peu à peu, le reste de la
communauté scientifique sera bien forcé d’admettre que notre monde est
une construction qui n’a pas de réalité objective, qu’il n’a que la forme que
notre conscience lui donne. Et l’humanité s’acheminera inexorablement
vers un changement de paradigme majeur. Celui que beaucoup, comme
nous, attendent depuis longtemps. Car partout sur la planète, des
consciences s’éveillent et vivent de l’intérieur ce que les physiciens tentent
de décrire objectivement. Le mouvement est en marche. Et avec lui, c’est
toute notre vision de la réalité qui va s’en trouver profondément
bouleversée. Vision dans laquelle nous quittons notre position de victimes
pour celle d’acteurs à part entière du monde qui nous entoure et sur lequel
nous pouvons agir. Sans compter que si la conscience n’est pas produite par
le cerveau, il faudra bien envisager qu’elle puisse continuer à exister après
la mort du corps physique…

« Il se peut que le bonheur des hommes apparaisse un jour éternel à ceux
qui ne l’auront pas inventé autrement que par le regard. Savoir divin du
savoir voir ce qui n’a jamais existé que de l’autre côté du miroir. »

Texte très ancien découvert au Tibet, auteur inconnu.

Pour nous contacter


Institut suisse des sciences noétiques (ISSNOE)


Genève Suisse
www.issnoe.ch
1. Superpouvoirs ? Science et Yoga : enquête sur les facultés extraordinaires de
l’homme, Dean Radin, InterEditions, Paris, 2014.
Annexe
Préparation des images pour l’expérience
de clairvoyance

Par le passé, notre base de données complète, constituée de 600 images


différentes, avait été organisée, en vue d’une autre expérience, en 30 séries
de 20 images chacune. Chaque image portait en bas à gauche le numéro de
la série à laquelle elle appartenait suivi d’une lettre, de A à T. Mais selon
l’avis des candidats que nous avions consultés et testés à l’époque, le grand
nombre d’images par série engendrait assez souvent de la confusion au
moment du choix, qui leur rendait celui-ci difficile. Pour notre expérience
de clairvoyance, nous avions donc décidé de réduire pour chaque série le
nombre d’images à 4, ce qui nous obligeait en revanche à augmenter le
nombre de tests nécessaires. Nous avons donc commencé par transformer
20 séries de 20 images en 100 séries de 4 images. Les numéros des
nouvelles séries devenaient le numéro de l’ancienne, suivi de A-D, E-H, I-
L, M-P, ou Q-T. Chaque image comportait en bas à droite une brève
description en trois mots au maximum, tandis que figurait toujours à gauche
le numéro de la série suivi d’une lettre (voir photo, p. 147).

Ces 100 séries avaient été placées dans 100 chemises A4 cartonnées
contenant chacune :
– 4 enveloppes jaunes A5 opaques ;
– les 4 images de la série en format 15 × 21 ;
– les 4 images correspondantes en format réduit 10x15 (que nous
nommons « les photos » pour les distinguer des grandes images utilisées
comme cibles), placées dans une enveloppe blanche A6.

Chaque chemise cartonnée et chaque enveloppe portaient une étiquette
autocollante avec le numéro de la série. Nous avons remis le tout à Marcel
Odier qui, pour chaque chemise cartonnée, a procédé seul aux opérations
suivantes qui avaient été fixées par Maître Breitenmoser, un huissier
judiciaire assermenté du canton de Genève :

– vérification de la correspondance images-photos ;
– retournement et mélange des images (face en bas) ;
– introduction de ces images, face en bas, dans les enveloppes jaunes A5
et fermeture de ces dernières ;
– remise du tout dans leurs chemises cartonnées respectives.

Ensuite, Marcel Odier avait retourné le tout à Maître Breitenmoser.

Avant chaque journée de tests, l’huissier choisissait au hasard 20 séries,
puis une enveloppe cible dans chacune de ces 20 séries et les scellaient. Il
plaçait chaque enveloppe cible scellée accompagnée d’une petite enveloppe
contenant les 4 photos de la série correspondante en format réduit dans une
grande enveloppe blanche numérotée qui déterminerait son ordre de
passage lors des tests.
Remerciements

Nos premiers remerciements vont bien sûr à Nicolas, qui a eu la bonne


idée de croiser notre route il y a dix ans et qui a eu l’intuition de nous faire
confiance. Ce livre est avant tout le sien, et nous le félicitons pour le
courage dont il a fait preuve en offrant ainsi une partie si intime de sa vie à
la connaissance de tous. Nous lui souhaitons une belle continuation dans la
voie qu’il a choisie et espérons que l’avenir nous permettra aussi de
poursuivre notre collaboration.

Toute cette aventure n’aurait pu exister – ce livre voir le jour – sans le
soutien constant de Marcel et Monique Odier, ainsi que celui des membres
du conseil de la Fondation Odier de psycho-physique, et cela depuis plus de
dix ans. Nous tenons à saluer ici leur audace pour avoir osé mener et
soutenir pendant vingt-deux ans des projets de recherche innovants, qui
sortaient du cadre bien-pensant et scientifiquement correct de la science
mainstream. Un tel engagement est sans aucun doute exceptionnel. Nous
leur adressons une fois encore nos sincères remerciements et leur
témoignons notre profonde reconnaissance et amitié.

Nous remercions chaleureusement Frédéric Lenoir qui nous a encouragés
à écrire ce livre. Nos discussions animées, ainsi que ses remarques
pertinentes, nous ont été fort utiles pour parachever notre manuscrit. Son
soutien est pour nous très important, et nous le remercions d’avoir préfacé
notre ouvrage.

Merci à Louis et Alan pour leur précieuse collaboration à notre projet
« OBE ».

Nos remerciements vont également à Julie Klotz pour sa collaboration à
la mise en route de ce livre.

Merci à Martine pour sa relecture attentive de notre manuscrit.

Un grand merci aussi aux expérienceurs qui ont accepté de voir leur
témoignage figurer dans cet ouvrage et à tous ceux dont les récits ont nourri
notre réflexion depuis bientôt vingt ans.

Merci enfin à tous ceux qui ont permis la réalisation des expériences
présentées dans ce livre et à tous ceux qui soutiennent nos activités depuis
1999.