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L’Invention du nombre

Olivier Keller
Au fondement du nombre, il y a le concept contradictoire
de l’un-multiple. L’ethnographie et les anciennes
mythologies orientales montrent clairement, en filigrane
L’Invention
du merveilleux mythique-rituel, la modélisation du
monde et de sa genèse par la démultiplication de l’un. La
variété qualitative du monde créé exige ensuite d’imaginer
du nombre
des démultiplications déterminées, d’où la possibilité du
nombre et des occasions pour lui de se constituer. L’ouvrage

Olivier Keller
montre comment le nombre se constitue en pratique dans Des mythes de création
les sociétés sans écriture, en Égypte et en Mésopotamie,
puis comment il est théorisé dans les Éléments d’Euclide,
aux Éléments d’Euclide
et se termine par un essai d’interprétation de diverses
formes de numérologie, pythagorisme compris.
ISBN 978-2-406-05971-4
HPS
12
histoire et philosophie des sciences, 12
Avant-propos
Lorsqu’on s’intéresse à l’origine du nombre entier 1, 2, 3, etc., on pense spontanément
aux échanges marchands, à la comptabilité ou à la mesure. Si ces activités ont incontestablement
donné une impulsion considérable au développement de l’arithmétique, elles n’en constituent
pourtant pas à elles seules la préhistoire. Il se trouve en effet que nombre de sociétés archaïques
ont inventé des systèmes numériques, alors que leurs échanges purement matériels sont de très
faible ampleur, et que lorsque ceux-ci ont lieu, les systèmes en question ne sont pas utilisés.
L’origine de l’arithmétique n’est pas plus dans le commerce et la comptabilité que l’origine de la
géométrie n’est dans la mesure des terrains, comme j’ai essayé de le montrer dans deux ouvrages
antérieurs (Keller 2004, 2006).

La recherche d’une préhistoire du nombre a un sérieux handicap, puisque contrairement à


l’évidence d’une intention d’organisation spatiale stricte dans certains objets comme les bifaces
du Paléolithique inférieur, il n’y a aucune évidence matérielle du nombre : nul n’a jamais vu, ni
touché, ni entendu de nombre. En revanche, la culture contemporaine fait que chacun d’entre
nous l’a bien présent à l’esprit par une utilisation quotidienne. Mais plus l’enquête avançait, plus
il devint clair que rien de concluant n’en sortirait en se bornant à cette conscience spontanée.
Chez beaucoup d’Amérindiens, par exemple, nombre de rituels exigent que tout aille « par
quatre » dans les gestes, dans les incantations etc. ; mais est-ce bien du nombre quatre qu’il
s’agit ? Et sinon, à quoi avons-nous affaire ? Dans le même ordre d’idées, quelle est la différence
de contenu, s’il y en a une, entre quatre traits parallèles tracés sur le front en référence aux quatre
points cardinaux et le signe constitué de quatre barres verticales I I I I de la série numérique de
l’Égypte antique ? C’est en réfléchissant à tout cela, au fur et à mesure de la collecte
documentaire, que je me suis senti obligé, un beau jour, de faire halte et de mettre au net une
bonne fois pour toutes ma conception du nombre ; l’idée générale en est donnée dans le premier
chapitre, et je propose dans l’annexe C une critique des définitions mathématiques courantes du
nombre entier. Ces considérations théoriques peuvent être laissées de côté sans inconvénient dans
une première lecture ; il est probable en effet que le lecteur éprouvera le besoin d’y revenir après
avoir pris connaissance des formes « merveilleuses » de l’un-multiple dans les sociétés
archaïques.

Il découle en particulier de mon point de vue qu’il n’y a pas de prémices du nombre chez
les animaux et les bébés humains, ce qui est montré en détail dans l’annexe A. Cette conception
du nombre impose également de considérer avec beaucoup de prudence certains signes
préhistoriques (tirets, pointillés, encoches), et de les qualifier tout au plus de marques de pluralité,
comme on le verra dans le deuxième chapitre. Il s’en suit que le matériau de l’enquête, en ce qui
concerne les tout premiers pas vers le nombre, est presqu’exclusivement ethnographique ; d’où le
sous-titre de l’ouvrage, « Des mythes de création aux Éléments d’Euclide », sous-titre qui peut
paraître paradoxal puisque beaucoup de ces mythes ont été enregistrés chez des peuples sans
écriture subsistant dans les temps modernes, et donc postérieurs d’une bonne vingtaine de siècles
aux Éléments ! Paradoxe vite dissipé si l’on réalise que ces peuples, proches quant aux modes de
vie de nos ancêtres sapiens préhistoriques, leur sont également proches quant aux modes de
pensée ; mais comme cette thèse est plutôt mal vue de nos jours, j’ai cru bon de l’exposer plus en
détail dans l’annexe B.

1
L’idée centrale de cet ouvrage, exposée dès le premier chapitre, est que la possibilité de
concevoir le nombre réside dans la capacité humaine à forger le concept contradictoire de l’un-
multiple.
On montre d’abord qu’il s’agit d’un concept réellement central, implicitement reconnu
comme tel par la pensée archaïque dans son effort colossal pour comprendre le monde et en
particulier sa genèse. La multiplicité de l’un est la forme sous laquelle cette pensée (dite aussi
« traditionnelle », ou « primitive ») se représente l’énergie créatrice en général, mais elle ne peut
en rester là, car la variété qualitative du monde créé exige d’elle d’imaginer des démultiplications
déterminées. Ces actualisations, passage de l’un-multiple à ce que j’appellerai les quanta, créent
la possibilité du nombre, ainsi que des occasions pour lui de se constituer.
On expose ensuite les procédés techniques par lesquels le nombre se constitue dans les
sociétés archaïques, puis comment l’un-multiple donne en pratique toute sa substance avec la
généralisation du calcul dans les premiers empires, et enfin de quelle façon cette pratique est
pensée dans la première théorie connue du nombre, exposée dans les Éléments d’Euclide vers 300
avant notre ère.
On ne pouvait terminer cet essai sans s’intéresser à la numérologie, où l’on voit entre
autres comment le nombre, une fois constitué, avec la possibilité infinie de combinaisons qu’offre
le calcul, permet de fabriquer des déterminations de l’énergie créatrice beaucoup plus
nombreuses et plus fermes qu’avec l’un-multiple simple, et de les organiser à volonté en
systèmes explicatifs. Nous essayons, dans ce chapitre final, de rendre raison de la numérologie
sous quelques-uns de ses aspects pratiques, comme le tabou sur le dénombrement et certaines
divinations basées sur le pair-impair, puis dans des constructions plus globales comme la
numérologie védique, et enfin avec la pensée pythagoricienne.

Cet ouvrage est le fruit d’un travail d’enquête de plusieurs années1. Enquête incomplète
pourtant : le monde de l’Amérique précolombienne et celui de la Chine préhistorique et antique
ne sont que peu exploités ; les aspects linguistiques comme les formes grammaticales du duel, du
triel et des classificateurs numériques ont été délibérément laissés de côté ; il y a certainement
beaucoup à apprendre de la musique et des jeux de hasard, entre autres choses, dans les sociétés
primitives etc. Beaucoup d’aspects restent donc à explorer, en liaison avec le phénomène central
de l’apparition et du développement du concept de l’un-multiple au cours de la longue
« méditation » enchanteresse, spontanément dialectique, que représente la pensée archaïque.

1
Merci à Gilbert Arsac, François Conne, Helen Goethals, Michel Guillemot, pour diverses formes d’aide.

2
TABLE DES MATIÈRES

avant-propos  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  7
du nombre entier naturel  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
La contradiction fondamentale  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
échappatoires ordinaires  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
Questions de méthode  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
ceci n’est pas – nécessairement – un nombre
De l’interprétation de certains documents
graphiques préhistoriques  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
Fables mathématiciennes  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
Contre-exemples ethnographiques  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
Le signe, une invention prodigieuse  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
Probables signes préhistoriques de pluralité abstraite  . . . . . . . . 32
les classifications primitives  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
Sapiens conçoit le monde  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
Animisme  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
Totémisme  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  44
Classifications  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
Tableau récapitulatif  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
L’un-multiple dans l’historique
des diversifications en espèces  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
l’individu et son nom « propre »
L’un-multiple en bout de classification  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
Le paradoxe du nom propre  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
340 L’INVENTION DU NOMBRE

Tenter de maintenir la logique classificatoire


par la multiplication des noms  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .   63
Déclasser et déqualifier par l’étiquette arbitraire  . . . . . . . . . .   65
le démiurge
Au commencement était l’un-multiple  . . . . . . . . . . . . . . . . . . .   73
Nécessité du démiurge  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .   74
Les multiples indifférenciés dans le Tout originaire  . . . . . . . .   77
L’invention du dieu, pensée-parole à l’état pur  . . . . . . . . . . .   82
Le dieu-dieux  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .   87
Aperçu sur la divinité multiple dans l’Orient ancien  . . . . . . .   90
Tableau récapitulatif  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .   97
représentations archaïques remarquables
de l’un-multiple
Sons, signes graphiques et cycles  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .   99
Sons  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .   99
Signes graphiques  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
Bambara . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
Yijing  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  107
Cycles  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  112
De la création aux cycles de créations  . . . . . . . . . . . . . . . .  112
Des cycles de créations à la Grande Année  . . . . . . . . . . . .  116
De la Grande Année à la création à volonté  . . . . . . . . . . .  121
de la démultiplication à la diversification
De l’un-multiple aux quanta  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 125
Qualité et quantité dans la pensée archaïque . . . . . . . . . . . . . 126
Exemples de quanta  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 127
Possibilité du nombre  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  135
occasions de constitution du nombre  . . . . . . . . . . . . . . . .  139
Modélisation de la puissance créatrice  . . . . . . . . . . . . . . . . . . 140
L’échange archaïque.
Rendre les cœurs « pareils », prospérer par le don  . . . . . . . . . 144
TABLE DES MATIÈRES 341

Don, contre-don et constitution du nombre  . . . . . . . . . . . . .  150


Papouasie-Nouvelle-Guinée  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  151
Le potlatch d’Amérique du Nord . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  156
Les Pomo de Californie  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  162
Le temps  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 166
Listes extensives de parties du corps . . . . . . . . . . . . . . . . .  167
« Un de plus » est le Tout  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  172
techniques de constitution du nombre  . . . . . . . . . . . . . .  175
Les premiers pas  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  175
Adaptations et interpénétrations
des collections-types   . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  179
Cailloux, cordes nouées, baguettes, encoches  . . . . . . . . . . 180
Le corps humain  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  181
Le système main-pied-homme  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 186
Variantes  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 187
Le système main-pied-homme
est l’origine probable de nos systèmes actuels  . . . . . . . . . .  191
Le calcul  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  194
généralisation du calcul
L’un-multiple réalisé  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 199
Passage au nombre rationnel  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 200
Égypte  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 201
Premières traces :
nombre dénombrant et nombre mesurant  . . . . . . . . . . . . 201
Généralisation du calcul :
le nombre rationnel dans le Papyrus Rhind  . . . . . . . . . . . . 204
Mésopotamie et élam  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  210
Nombre dénombrant et nombre mesurant :
jungle des premiers symboles   . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  210
Tendances à l’unification par le calcul  . . . . . . . . . . . . . . .  213
La forme rationnelle enfin trouvée :
invention du système sexagésimal de position   . . . . . . . . .  214
342 L’INVENTION DU NOMBRE

théorie du nombre
L’un-multiple pensé  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  219
Nouvelles possibilités latentes  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 220
Théorie du nombre dans le livre VII des éléments d’Euclide . . . . 223
L’un-multiple en général  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 225
L’un-multiple déterminé : rapport et proportion  . . . . . . . . 226
Le théorème fondamental :
échange des « moyens » dans une proportion,
ou commutativité de la multiplication  . . . . . . . . . . . . . . . 229
Développement en spirale et passages des « pôles »
un et multiple l’un dans l’autre  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  232
aspects de la numérologie  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  237
Dénombrement  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  237
Divinations associées à des regroupements par paquets  . . . . . 240
Pair-impair  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 244
Le pair-impair dans Une bible noire  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 246
Numérologie védique d’après le Satapatha Brahmana  . . . . . . .  251
De l’être en puissance à l’être en acte  . . . . . . . . . . . . . . . .  252
L’être en acte est auto-démultiplication  . . . . . . . . . . . . . . 254
Les nombres-qualités et les bricolages qui en résultent  . . . 256
Le pythagorisme  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 260
Nombre « matière » : bricolages  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 262
Nombre « concept » :
recherches d’arithmétique pure  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 268
Bilan  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 277
épilogue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 281
annexe 1
Existe-t-il un sens du nombre ?  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 285
Très jeunes enfants . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 285
Chimpanzés  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 291
Un « sillon du nombre » ?  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 295
TABLE DES MATIÈRES 343

annexe 2
De la légitimité des sources ethnographiques  . . . . . . . . . . . . . . . 299
annexe 3
L’un-multiple dans les définitions mathématiques
courantes du nombre entier  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 307
La représentation « cardinale »  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 307
La représentation « ordinale »  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  312
Logique de l’un-multiple  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  314
références bibliographiques  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  319
index  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  331
table des illustrations  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  337