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Les prêts d'œuvres des artothèques

favorisent les rencontres avec l'art


Publié le 17 avril 2001 à 13h38 - Mis à jour le 17 avril 2001 à 13h38

Jacques Brel rêvait d'une maison avec beaucoup de fenêtres et presque pas de murs.
Au contraire, Danielle Sabria, la responsable de la lumineuse artothèque qui donne
sur le square du Carré-Médicis, à Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne), n'aura
jamais assez de place pour montrer toutes les œuvres qu'elle souhaiterait. "Je profite
donc du moindre recoin disponible", précise-t-elle.

Adossés ou accrochés aux murs, sur des chevalets ou à leur pied, une quarantaine
d'estampes et quelques toiles sont exposées dans les 80 m2 de cette galerie de prêt,
créée par la municipalité en 1988. Moyennant une cotisation modique de 200 F par
an pour les particuliers habitant Saint-Maur, les adhérents peuvent venir y
emprunter deux œuvres, qu'ils contempleront à loisir chez eux pendant une durée
maximale de deux mois.

C'est ce que fait régulièrement René, depuis près de dix ans. "Je ne suis pas féru en
art, mais curieux de nature", explique ce retraité du bâtiment, qui apprécie de
pouvoir multiplier les découvertes et renouveler périodiquement la décoration de son
appartement. Les deux petites lithographies - "mon logement n'est pas grand" - qui
ornent actuellement ses cimaises sont dues à Pignollet, un artiste qui a vécu à Saint-
Maur, et à Chagall. A la différence des tranquilles chalutiers du premier, au trait noir
sur fond blanc, l'autoportrait de Chagall "un peu biscornu et très coloré, est assez
particulier", commente René.

Peut-être ne l'achèterait-il pas, s'il en avait la possibilité. Mais, précisément, "un des
grands intérêts de cette formule de prêt est de pouvoir s'approprier, un moment, des
œuvres avec lesquelles on ne passerait pas forcément sa vie entière", estime Annie.
Même si, inversement, la restitution peut parfois se révéler douloureuse. Ainsi Sébas-
tien, l'un des deux cents autres adhérents de l'artothèque de Saint-Maur, prévoit qu'il
aura du mal à se séparer de cet énigmatique Oiseau qui se désarticule dans le désert,
de Judson Huss.

"Il arrive qu'on reste "accroché" à l'œuvre qu'il faut rapporter", confirme René.
Aussi, après avoir respecté un délai de grâce de deux mois, certains amateurs
viennent-ils rechercher leur coup de cœur. Entre-temps, cependant, l'artothécaire
aura peut-être réussi à leur faire emprunter quelques chemins de traverse, parmi les
huit cent cinquante œuvres acquises par la commune ou déposées par des artistes
locaux. Il s'agit quasi exclusivement d'estampes (eaux-fortes, aquatintes, gravures " à
la manière noire", lithographies) et d'aquarelles, ainsi que de quelques photos. Mais
l'attirance pour ces dernières ne s'est jamais développée, contrairement à la demande
exprimée par les Saint-Mauriens pour "de vrais tableaux", com- mente Danielle
Sabria. C'est pourquoi il y a maintenant à l'artothèque une quarantaine d'huiles sur
toile, majoritairement dues à des peintres de cette ville qui souhaite promouvoir la
création locale.
DOUBLE SOUCI DÉMOCRATIQUE

Etre à l'écoute de ses adhérents n'empêche pas Danielle Sabria de les inviter, peu à
peu, à élargir leur regard. "Je connais très vite leurs goûts, et même la couleur des
murs et du canapé, mais il est souvent beaucoup plus long de les conduire à
diversifier leurs choix", constate-t-elle. Aller du figuratif, connu et rassurant, vers des
propositions moins familières, nécessite une progressive acclimatation, qui passe par
un dialogue chaleureux avec l'artothécaire. Cette rencontre autour des œuvres
constitue un aspect essentiel du travail de médiation auquel s'emploient les
artothèques.

Il en existe actuellement une cinquantaine, créées pour la plupart au cours des vingt
dernières années, et soutenues par des collectivités territoriales. Elles ont des
modalités de fonctionnement variées : ainsi, certaines ne prêtent qu'aux collectivités
(entreprises, établissements scolaires, hôpitaux). Mais toutes partagent un double
souci démocratique et pédagogique : favoriser l'accès du plus large public à l'art
contemporain.

Leurs collections vont de la fin des années 1960 à aujourd'hui ; elles sont
essentiellement constituées d'œuvres sur papier, encadrées et facilement
manipulables (estampes, dessins, collages, peintures sur papier, photos), mais
commencent à s'ouvrir à des médias nouveaux (vidéos et CD-ROM). "Nous
souhaitons en effet continuer à être représentatifs de l'art en train de se faire et
permettre aux emprunteurs d'expérimenter différents rapports aux œuvres",
souligne Claire Tangy, présidente de l'Association pour le développement et la
recherche sur les artothèques. Dans celle qu'elle dirige à Caen, les amateurs peuvent
ainsi nouer des contacts inédits avec l'art contemporain en empruntant les œuvres à
valeur d'usage qui sont entrées dans les collections de l'artothèque : ils dîneront,
alors, sur une nappe sérigraphiée de Françoise Quardon, ou bien marcheront sur un
tapis de Christophe Cuzin.

Caroline Helfter

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