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LES PSILOCYBES :

USAGE TRADITIONNEL , TOXICITE ET UTILISATIONS THERAPEUTIQUES

THESE

PRESENTEE ET PUBLIQUEMENT SOUTENUE DEVANT LA FACULTE DE

PHARMACIE DE MARSEILLE

LE 16 Décembre 2015

PAR

Melle DE MARCHI EMILIE

Née le 10 mai 1989 à MARSEILLE

EN VUE D’OBTENIR

LE DIPLOME D’ETAT DE DOCTEUR EN PHARMACIE

EXAMINATEURS DE LA THESE

PRESIDENT : Madame le Professeur Grimaldi Frédérique

Madame le Docteur Favel Anne

Monsieur le Docteur Py Maxime

Université d’Aix-Marseille – Faculté de Pharmacie – 27 bd Jean Moulin – CS 30064 - 13385 Marseille cedex 05 - France
Tél. : +33 (0)4 91 83 55 00 - Fax : +33 (0)4 91 80 26 12 - www.pharmacie.univ-mrs.fr
27 Boulevard Jean Moulin – 13385 MARSEILLE Cedex 05
Tel. : 04 91 83 55 00 – Fax : 04 91 80 26 12

ADMINISTRATION :

Doyen : Mme Françoise DIGNAT-GEORGE

Vice-Doyens : M. Jean-Paul BORG, M. Philippe CHARPIOT,


M. Thierry TERME

Chargés de Mission : M. David BERGE-LEFRANC, M. François DEVRED,


Mme Caroline DUCROS, M. Alain NICOLAY,
Mme Pascale PISANO

Conseiller du Doyen : M. Patrice VANELLE

Doyens honoraires : M. Jacques REYNAUD, M. Pierre TIMON-DAVID,


M. Patrice VANELLE

Professeur émérite : M. José SAMPOL

Professeurs honoraires : M. André ARNOUX, M. Guy BALANSARD,


M. Jacques BARBE, Mme Claudette BRIAND,
M. Jacques CATALIN, Mme Andrée CREMIEUX,
M. Aimé CREVAT, M. Bernard CRISTAU,
M. Gérard DUMENIL, M. Alain DURAND,
M. Daniel GARÇON, M. Maurice JALFRE,
M. Joseph JOACHIM, M. Maurice LANZA,
M. José MALDONADO, M. Patrick REGLI,
M. Jean-Claude SARI, M. Jean-Claude SOYFER,
M. Alain VIALA

Chef des Services Administratifs : Mme Florence GAUREL

Chef de Cabinet : Mme Sandrine NOURIAN

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DEPARTEMENT BIO-INGENIERIE PHARMACEUTIQUE

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BIOPHYSIQUE M. Vincent PEYROT


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MAITRES DE CONFERENCES

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TECHNIE INDUSTRIELLE, BIOPHARMACIE M. Emmanuel CAUTURE
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ENSEIGNANTS CONTRACTUELS

ANGLAIS Mme Caroline MONTE

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BIOCHIMIE FONDAMENTALE, M. Philippe CHARPIOT


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BIOLOGIE CELLULAIRE M. Jean-Paul BORG

HEMATOLOGIE ET IMMUNOLOGIE Mme Françoise DIGNAT- GEORGE


MICROBIOLOGIE Mme Laurence CAMOIN-JAU
Mme Florence SABATIER- MALATERRE
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PARASITOLOGIE ET MYCOLOGIE Mme Nadine AZAS- KREDER


MEDICALE, HYGIENE ET ZOOLOGIE

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BIOCHIMIE FONDAMENTALE, Mme Dominique JOURDHEUIL-RAHMANI


MOLECULAIRE ET CLINIQUE M. Thierry AUGIER
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PARASITOLOGIE ET MYCOLOGIE MEDICALE, Mme Carole DI GIORGIO
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A.H.U.

HEMATOLOGIE ET IMMUNOLOGIE Mme Sylvie COINTE

BIOLOGIE CELLULAIRE Mme Anne-Catherine LOUHMEAU

ATER

MICROBIOLOGIE M. Emmanuel ANGELAKIS


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DEPARTEMENT CHIMIE PHARMACEUTIQUE

Responsable : Professeur Patrice VANELLE

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CHIMIE ANALYTIQUE, QUAITOLOGIE M. Henri PORTUGAL


ET NUTRITION Mme Catherine BADENS

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CHIMIE ORGANIQUE PHARMACEUTIQUE M. Patrice VANELLE


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PHARMACOGNOSIE, ETHNOPHARMACOLOGIE, Mme Evelyne OLLIVIER


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GESTION PHARMACEUTIQUE, M. Jean-Pierre CALISSI


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PHARMACEUTIQUE OFFICINALE

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MAITRES DE CONFERENCES

BOTANIQUE ET CRYPTOGAMIE, Mme Anne FAVEL BIOLOGIE


CELLULAIRE Mme Joëlle MOULIN-TRAFFORT

CHIMIE ANALYTIQUE, QUALITOLOGIE Mme Elisabeth SCHREIBER DETURMENY


ET NUTRITION Mme Catherine DEFOORT
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CHIMIE THERAPEUTIQUE Mme Catherine DIANA


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DES RISQUES ET NUISANCES
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AHU

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ATER

CHIMIE ORGANIQUE ET PHARMACEUTIQUE M. Sébastien REDON

DEPARTEMENT MEDICAMENTS ET SECURITE SANITAIRE

Responsable : Professeur Pascale PISANO

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PHARMACIE CLINIQUE Mme Diane BRAGUER

PHARMACODYNAMIE Mme Pascale PISANO

TOXICOCINETIQUE ET PHARMACOCINETIQUE M. Athanassios ILIADIS

TOXICOLOGIE GENERALE M. Bruno LACARELLE

TOXICOLOGIE DE L'ENVIRONNEMENT Mme Frédérique GRIMALDI

MAITRES DE CONFERENCES

PHARMACODYNAMIE Mme Suzanne MOUTERDE- MONJANEL


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ET PHARMACIE CLINIQUE M. Stéphane HONORÉ
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A.H.U.

PHARMACODYNAMIE M.Guillaume HACHE

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PHARMACODYNAMIE M. Philippe GARRIGUE

CHARGES DE COURS A LA FACULTE

Mme Nathalie AUSIAS, Pharmacien-Praticien hospitalier

M. Pierre BERTAULT-PERES, Pharmacien-Praticien hospitalier

Mme Martine BUES-CHARBIT, Pharmacien-Praticien hospitalier

M. Gérard CARLES, Pharmacien-Praticien hospitalier

Mme Nicole FRANCOIS, Pharmacien-Praticien hospitalier

Mme Sophie GENSOLLEN, Pharmacien-Praticien hospitalier

Mme Christine PENOT-RAGON, Pharmacien-Praticien hospitalier

M. Alain RAGON, Pharmacien-Praticien hospitalier

M. Badr Eddine TEHHANI, Pharmacien-Praticien hospitalier

Mise à jour le, 1er janvier 2014

~7~
«L’UNIVERSITE N'ENTEND DONNER AUCUNE APPROBATION, NI

IMPROBATION AUX OPINIONS EMISES DANS LES THESES. CES

OPINIONS DOIVENT ETRE CONSIDEREES COMME PROPRES A

LEURS AUTEURS»

~8~
REMERCIEMENTS

A MON JURY DE THESE,

A Madame le Professeur GRIMALDI Frédérique,

Qui me fait l’honneur de présider mon jury de thèse. Qu’elle note ici ma reconnaissance et

mon respect.

A Madame le Docteur FAVEL Anne,

Qui me fait l’honneur de siéger comme membre du jury et que je remercie pour son aide et

ses conseils plus que précieux, m’ayant aidé à mener à bien ce travail.

A Monsieur le Docteur PY Maxime

Qui me fait le plaisir de siéger comme membre du jury afin de juger ce travail, qu’il reçoive

ici toute ma gratitude et ma sympathie.

A MA FAMILLE,

A mes parents,

Merci pour votre soutien, votre confiance, vos encouragements tout au long de mes études.

Merci pour votre profond dévouement et pour tout ce que vous m’avez donné. Je dois ma

réussite à vos sacrifices et à votre affection. Je vous aime de tout mon cœur.

A Nicolas,

Mon conjoint depuis cinq années merveilleuses, nous avons traversé ensemble ces années

d’études et je te remercie de toujours avoir été là. Ton aide, ton soutien sans faille et tes

encouragements m’ont aidé à traverser notre cursus sereinement. Merci de me supporter,

d’être toi et de faire de mon quotidien un bonheur qui durera, je l’espère très longtemps.

Avec tout mon amour.

~9~
A Mireille,

Merci tatie pour ton hospitalité durant 6 mois de concours, ce fut un soutien indispensable

pour ma réussite : c’est aussi grâce à toi si j’en suis arrivée là où j’en suis aujourd’hui. Tu as

ma reconnaissance éternelle.

A ma famille,

Toujours derrière moi, tous sans exception à m’encourager et me donner une bonne image de

moi-même pour me tirer vers le haut, vous avez toute ma gratitude et sans vous c’aurait été

beaucoup plus dur. Pensées à mes disparus récemment : Tonton Jo, tonton Pierrot et pépé

Louis qui furent d’un grand soutient. Merci aussi à ma belle-famille pour leur hospitalité et

leur générosité tout au long de ces années.

A MES AMIS,

A Ludivine,

Ma binôme de toujours, nous avons tout traversé ensemble, du lycée au doctorat, je te

remercie tout simplement d’être ce que tu es : une vraie amie. Tu resteras toujours quelqu’un

de très important dans mon cœur, merci pour tout ce que tu as fait pour moi, j’espère avoir pu

te le rendre tout au long de ces années.

A mes amis de fac,

Florence et Elsa, mes avignonnaises toujours prêtes à partager de bons moments et toujours là

pour me soutenir dans les mauvais jours, merci pour ça.

Célia et Aurélie mes fêtardes invétérées, jamais sérieuses et ça fait du bien !!!!

Floriane K, Gaëlle, Solène, Lisa, Floriane T, Léonie, Stéphanie, Marie-Laure, Célia T, Laure,

JN, Etienne et bien d’autres…. Merci à tous pour les bons moments et les supers souvenirs

que je garde de la fac et des soirées !

~ 10 ~
A mes amis de Marseille,

Marnie, Piou, Amandine, Mathieu, Jules, Amélie, Marianne, Colin, Anthony, Flavie et Yann

merci pour ces instants partagés, ces soirées entre amis si chaleureuses et ces journées de

détente…

A mes amis de Grenoble,

Toute la bande des amis de Cularo, les Psy et Maéva ! Merci pour avoir rendu mon séjour loin

de chez moi moins douloureux et plus agréable.

A la Société Mycologique de Dauphiné,

Merci de votre aide pour avancer dans ma thèse, et tant de découvertes mycologiques !

A mes maîtres de stage et titulaires d’officine,

Merci à Pascale Canal, Brigitte Louvat, Martine Berthou et Laurence Girard de m’avoir

accueillie dans leur officine et de m’avoir enseignée le métier de pharmacien.

~ 11 ~
Table des matières

Introduction………………………………………………………………………………..p.14

I Généralités …………………………………….………………….………………..…….p.16

I.1 Le genre Psilocybe (Fr.) P. Kumm…..……………………………………...…..p.16

I.2 Le Psilocybe semilanceata ……………………………………………………...p.18

II Historique ………………………………………………………………………………p.24

II.1 Usage ancestral, rites religieux autour des champignons hallucinogènes...…....p.24

II.2 Usage des champignons hallucinogènes au XXème siècle hors des zones historiques
de consommation …………………………………………………………………...p.37

II.3 Point de vue légal et épidémiologie actuelle…………………………………...p.39

II.3.1 Epidémiologie………………………….……………………………..p.39

II.3.1.1 Usages contemporains de champignons hallucinogènes en


France…………………………………………………………….....p.39

II.3.1.2 Les consommateurs……………..…………………………..p.40

III.3.1.3 Discussions et conclusions sur l’étude….…………………p.42

II.3.2 Législation……………………………………………..……………..p.53

II.3.2.1 En France……………………………………..…………….p.53

II.3.2.2 En Europe…………………………………………..……….p.55

II.3.2.3 Dans le monde et plus particulièrement aux USA…...……..p.57

III Intoxication et Traitements…………………………………………………………...p.58

III.1 Les toxines…………………………………………………………………..p.58


III.2 Le Syndrome Narcotinien…………………………………………………...p.60
III.2.1 Généralités………………………………………….…………...p.60
III.2.2 Le métabolisme et pharmacocinétique de la psilocybine……….p.62

~ 12 ~
III.2.3 Manifestations cliniques……………………...…………………p.63

III.2.3.1 Liste synthétique des principales manifestations


cliniques………………………………………..…………….p.63

III.2.3.2 Symptomatologie détaillée chronologiquement.…...p.64

III.2.3.3 Les complications…………………………………...p.65

III.2.3.4 Tolérance et dépendance……………………………p.65

III.3 Traitements………………………………………………………………….p.66

IV Mode d’action de la psilocybine……………………………………………………....p.67

IV.1 Synthèse de la sérotonine……………………………………………………...p.68

IV.2 La sérotonine…………………………………………………………………..p.69

IV.3 Les récepteurs…………………………………………………………………p.71

IV.4 Mode d’action de la psilocybine………………………………………………p.74

V Nouvelles perspectives d’utilisation de la psilocybine à des fins


thérapeutiques……………………………………………………………………….…….p.76

V.1 Psilocybine et anxiété…………………………………………………………..p.77

V.2 Psilocybine et dépression………………………………………………………p.82

V.3 Psilocybine et troubles obsessionnels compulsifs……………………………...p.87

V.4 Psilocybine et addiction : le sevrage de l’alcoolo-dépendance……………...…p.92

V.5 Psilocybine et algie vasculaire de la face………………………………………p.97

Conclusion……………………………………………….…………………………………p.99

Index des figures……………………………………….………………………….….......p.101

Index des tableaux………………………………………………………………………..p.103

Annexe 1…………………………………………………………………………………..p.104

Références………………………………………………………………………….……..p.107
~ 13 ~
Introduction

Le pharmacien, dans son exercice officinal, occupe une place centrale dans le système
de santé publique français. Il doit pouvoir orienter ses patients en demande d’informations
dans de nombreux domaines, notamment dans celui de la mycologie dont l’enseignement
reste très présent dans son cursus universitaire. Son expertise est sollicitée traditionnellement
au niveau de l’identification d’espèces potentiellement comestibles ou toxiques.
«Champignons hallucinogènes» est le nom communément donné aux champignons
psychotropes, contenant des composés hallucinogènes tels que la psilocybine et la psilocine.
Ces champignons consommés à titre « récréatif » suscitent depuis quelques années un regain
d’intérêt dans la population des jeunes adultes et sont en passe de poser un véritable problème
de santé publique.

Différents organismes se sont penchés sur le problème de consommation des


champignons hallucinogènes. C’est le cas de l’OFDT (Observatoire Français des Drogues et
des Toxicomanies), un groupement d’intérêt public créé en 1993 qui a pour objet d’éclairer
les pouvoirs publics et le grand public sur le phénomène des drogues et des addictions. Il
rassemble, via son dispositif permanent d’observation et d’enquêtes, des informations
provenant de sources différentes et scientifiquement validées sur les substances licites comme
illicites. Il fait également l’analyse et la synthèse des données relatives aux drogues issues de
différentes sources. Il est en mesure d’apporter un concours méthodologique à la préparation
et au suivi des travaux d’évaluation du plan gouvernemental. Il renseigne et documente de
multiples questions dans le domaine des substances psycho-actives et des dépendances. Il est
en lien étroit avec le dispositif TREND (Tendances Récentes et Nouvelles Drogues) national
et local qui a une mission d’observation. Le dispositif TREND national s’appuie en premier
lieu sur un réseau de sept coordinations locales (Bordeaux, Lille, Marseille, Metz, Paris,
Rennes, Toulouse) dotées d’une stratégie commune de collecte et d’analyse de l’information.
Les observations de terrain conduites auprès des usagers de substances psycho-actives
montrent que l’usage des plantes et des champignons hallucinogènes est en pleine expansion.
On constate la diversification des produits consommées : aux champignons du genre
Psilocybe cueillis en France à l’automne s’ajoute une profusion d’autres types de
champignons hallucinogènes (mexicains, hawaïens, amazoniens, amanite tue-mouches). À
côté des plantes comme le datura, on constate la diffusion de l’usage de plantes dites
«exotiques» comme la sauge divinatoire, l’ayahuasca, l’iboga ou le peyotl. La recherche

~ 14 ~
d’expérimentations variées, nouvelles, et le prétendu caractère plus anodin des drogues dites
naturelles en comparaison des drogues synthétiques, ont favorisé un nouvel d’intérêt chez les
usagers de produits psycho-actifs pour ce type de substances. Le goût pour ces « drogues
écologiques », par opposition aux drogues synthétiques, est souvent interprété par les acteurs
de santé publique comme une réaction à la diffusion massive des drogues de synthèse et aux
craintes qu’engendrent ces dernières quant à leurs conséquences sur la santé. Les
champignons hallucinogènes jouissent effectivement d’une « bonne image » et
l’élargissement de leur consommation se traduirait par des pratiques au sein de réseaux
sociaux de plus en plus diversifiés. Dans ce contexte, le pharmacien peut et doit mettre en
garde les consommateurs sur les effets de ces drogues.

Au niveau européen, l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies ou


OEDT (European Monitoring Centre for Drugs and Drug Addiction ou EMCDDA en anglais)
centralise les informations relatives aux drogues et à la toxicomanie. Créé en 1993 et basé à
Lisbonne, il est pleinement opérationnel depuis 1995. Son objectif est de fournir des
informations fiables et comparables sur les drogues aux politiques, aux chercheurs et aux
spécialistes afin qu'ils puissent avoir une information actualisée du sujet et y proposer des
réponses adéquates. Il a mis en place le réseau européen d’information sur les drogues et les
toxicomanies ou Reitox, ce réseau est constitué de points focaux nationaux qui permettent de
recueillir les informations dans l'ensemble de l'Union européenne.

Ce mémoire est centré sur un genre célèbre de champignons hallucinogènes : le genre


Psilocybe dont l’histoire est très riche en témoignages et en vestiges d’une aire de
consommation chamanique ancienne.
Après une première partie consacrée à la description de ces champignons, nous
retracerons dans une deuxième partie, ce riche historique culturel pour en venir aux pratiques
actuelles de consommation en particulier en France. Nous établirons un profil type du
consommateur d’aujourd’hui, sans oublier de mentionner ce qui risque de lui en coûter en
rappelant les textes de loi relatifs aux stupéfiants.
Dans une troisième partie, nous décrirons l’intoxication qui est singulière et le
traitement. Enfin, nous mettrons en exergue les molécules impliquées dans l’intoxication et
leur similitude avec la sérotonine. De cette ressemblance vont découler de multiples
propriétés pharmaco-thérapeutiques. C’est pour cette raison que, de par le monde, des
scientifiques commencent à s’intéresser à d’éventuelles applications en thérapeutique.

~ 15 ~
I Généralités

[1] Plus de 200 espèces de champignons sont connues pour posséder une activité
hallucinogène. Le groupe des Psilocybes est sans doute le groupe le plus célèbre dans le grand
public. Le terme « Psilocybe » vient du grec « psilos » qui veut dire « épilé » et de « kûbê »
qui veut dire « tête » ; ce qui signifie donc : à chapeau nu.

[2] Les psilocybes sont des champignons supérieurs. Ils font partie du phylum des
Basidiomycotina.

La caractéristique principale de ce groupe est que ses représentants possèdent des


structures de reproduction sexuée appelées « basides », donnant naissance à des basidiospores
(spores exogènes). Ces spores se forment par bourgeonnement des basides qui constituent un
hyménium porté par un tissus appelé hyménophore. L’hyménophore est lui-même localisé au
niveau du sporophores (ou carpophore) structure le plus souvent éphémère connue du grand
public sous le nom de «champignon».

[3] Au sein des Basidiomycota, les Psilocybes font partie des Agaricales ou
Agaricomycètes. Les représentants de cette classe se caractérisent par des basides non
cloisonnées, un hyménium formé sur des lames ou des tubes, en général à la face inférieure du
chapeau et une chair généralement charnue et putrescible.

Les Psilocybes font partie de l’ordre des Cortinariales. Les caractéristiques communes
aux espèces de cet ordre sont qu’elles produisent une sporée ochracée, brune ou brun violacé,
pied et chapeau étant confluents.

Ils sont classés dans la famille des Strophariaceae. Caractères communs aux
représentants de cette famille : leur revêtement piléique (cuticule) est filamenteux, la sporée
peut être rouille, brune ou violacée (ce qui différentie les genres qu’elle regroupe), ce sont des
espèces en général non mycorhiziennes et leur chair est assez dense.

I.1 Le genre Psilocybe (Fr.) P. Kumm

[4,5] L’aire de répartition du genre Psilocybe est très vaste : ces champignons sont
retrouvés dans une grande partie du monde, des plaines aux régions de montagne, dans les
toundras d'Alaska, en Amérique centrale, Amérique du Nord , Europe, Asie du Sud, Afrique
et Australie. Ce genre comprend entre 277 et 300 espèces dont environ une quarantaine est
~ 16 ~
répertoriée en France. Ce sont des champignons saprotrophes qui poussent sur des substrats
très divers : feuilles, graines, fumier, bouses (coprophile), sol riche en humus, sciure, bois
mort, ou parmi les mousses.

De récentes études taxonomiques utilisant les techniques de biologie moléculaire ont


montré que le genre Psilocybe était un groupe polyphylétique (Psilocybe sensu lato (s.l.)) qui
était composé de 2 genres bien distincts:
- le genre Psilocybe sensu stricto (s.s.) qui comprend les espèces contenant de la
psilocybine, de la psilocine, et de la baeocystine, donc hallucinogènes
- le genre Deconica (WG Sm.) P. Karst. qui comprend les espèces anciennement
inclues dans le genre Psilocybe mais ne contenant pas ces molécules et donc sans activité
hallucinogène
Hormis le fait que le carpophore des Psilocybe s.s. bleuissent au toucher, aucun
caractère macro- ou micro-morphologique ne permet de différencier ces 2 genres.

[4] Les Psilocybes ont une silhouette de « forme classique », c'est-à-dire qu’ils
possèdent un pied et un chapeau caractéristiques (Fig 1). Ils sont définis comme « peu
charnus » et à pied « non-séparable » du chapeau. Ils possèdent parfois un anneau, mais
jamais de volve.

Le chapeau, dans les tons de brunâtre à brun, hygrophane, peut être nu ou couvert de
flocons, lisse ou bien strié. Souvent, il est recouvert d’une pellicule gélatineuse séparable. Le
voile général subsiste parfois en fines mèches piléiques et pédiculaire, toujours caduc, parfois
appendiculé-cortinoïde et fibrilleux-pédiculaire-engainant. Le voile partiel est nul ; formation
en général peu profonde et l’évolution de l’hyménium est toujours tardive.

Pour ce qui est du pied, il est en général élancé, lisse, fibrilleux, squameux ou bien
floconneux, tubuleux et fibro-cartilagineux.

La chair est fibreuse et les lames, non franchement pommelées, n’ont pas de
caractéristiques particulières : elles sont grises à brunâtre et ont des reflets violacés.

La sporée est brun pourpre très foncé. Les spores sont subisodiamétriques ou
lenticulaires, à contour non ou peu sensiblement hexagonal, à contenu renfermant sur le frais
de grosses guttules, non opaques, ocracés pâles ou brun ocrés.

~ 17 ~
La saveur peut être douce ou amère. Aucun d’entre eux n’est défini comme
comestible.

[5] Figure 1 : Silhouette du psilocybe, dessin de René Lagier.

I.2 Psilocybe semilanceata

[5,6,7] Nous nous attarderons sur une seule de ces espèces, l’une des plus célèbres, qui
se retrouve en France : Psilocybe semilanceata (Fr.) Kummer, anciennement appelé
« psilocybe fer de lance » (Fig 2) ou plus communément appelé « psilocybe lancéolé ».

Aspect macroscopique : la section particulière « Semilanceatae » regroupe


traditionnellement les espèces hallucinogènes. Ce sont des espèces bleuissantes, à pellicule
gélatineuse, et elles sont toutes toxiques. Psilocybe semilanceata est une petite espèce ; le
diamètre de son chapeau est compris entre 1 et 2 cm de diamètre et peut mesurer jusqu’à
1,5 cm de haut. Sa hauteur totale peut aller de 2,5 à 7,5 cm. Son chapeau est campanulé-
acuminé, conique à sommet pointu (conique à mamelon très prononcé), il est dit en « bonnet
de lutin ». Il est visqueux, à pellicule gélatineuse séparable. La cuticule est viscidule
(légèrement visqueuse, ou qui le devient avec l’humidité) à lubrifiée visqueuse et glabre. Sa
marge est plissée, striée, parfois bleutée. De couleur brun-jaunâtre, nuancé d’olivâtre, il
devient chamois ocre en séchant : il pâlit par le sec. Les lames adnées sont argile pâle au
début, puis brun rougeâtre violacé et l’arête est floconneuse blanche. Elles sont assez serrées,

~ 18 ~
ventrues, ascendantes sublibres. La chair est crème. Le pied fin et élancé (4-7 x 0,2-0.4 cm)
est blanc à crème et bleuissant à la base, concolore ou plus pâle, un peu fibrilleur. D’odeur
faible, sa saveur est douce et sa chair est subnulle.

Il est référencé comme toxique ou à rejeter. On peut le trouver dans l’herbe des prairies,
sur les pelouses, les pâturages et les bords de route, de la fin de l’été à l’automne (Fig 2). On
peut le confondre avec les autres psilocybes et panéoles.

[6] Figure 2 : Psilocybe semilanceata (Fr.) P. Kummer, photo prise par Mr Champon,
pharmacien à Echirolles.

~ 19 ~
[8] Figure 3 : Psilocybe lance de fer, illustration de Bohumil Vancura.

~ 20 ~
[7] Aspect microscopique (Fig 4) : Les spores, de dimensions 11-16 x 6-9 x 5-6,5 µm,
sont lenticulaires, elliptiques régulières de face (non hexagonales), lisses, de couleur brun
verdâtre, à apicule petit, hyalin, à pore germinatif net x 1,5 µm à paroi un peu épaisse
(0,5 µm), à contenu vide ou guttulé (en forme de grains semblables à de petites gouttes). Les
basides, de dimensions 20-35 x 8-10 µm, sont banalement cylindro-clavées. Il n’y a pas de
cystides faciales ormis les cystides marginales, de dimensions 18-35 x 4,5-8 µm, sont
ventrues à col long et fin, parfois bifides en cornes d’escargot, à sommet parfois muni d’une
gouttelette huileuse (Fig 5 et 6). La trame est banalement parallèle, pas de caractéristiques
particulières au niveau du sous-hyménium. L’epicutis (Fig 7) est en ixocutis à hyphes x 1-5
µm, à pigment membranaire incrustant et à hypoderme banal filamenteux. Présence de
boucles.

[7] Figure 4 : Aspect général de l’hyménium et des psores (x 400).

~ 21 ~
[7] Figure 5 : Cheilocystides (x400).

[7] Figure 6 : Cheilocystides et spores (x 1000).

~ 22 ~
[7] Figure 7 : Epicutis (x 400).

~ 23 ~
II Historique

II.1 Usage ancestral, rites religieux autour des champignons hallucinogènes

[8,9,10,11] Les psilocybes ont eu plusieurs appellations au cours des âges :


« champignons magiques », « champis », « teonanácatl », « psilo », « champignons
hallucinogènes », « champignons sacrés », etc… Les Aztèques les appelaient aussi « fleurs »,
et les indiens qui s’en servent aujourd’hui pour leurs rites religieux leur donnent encore des
noms tendres tels que « petites fleurs ».

Différents témoignages permettent de penser que la consommation de Psilocybes


remonterait à plus de 7000 ans et que le culte des champignons hallucinogènes était déjà
pratiqué aux temps préhistoriques.

[12] Dans le désert du Sahara, sur les parois de grottes du Tassili (Atlas), le célèbre
préhistorien Henri Lhote a découvert entre 1939 à 1940 des fresques post-paléolithiques où
sont représentés des hommes et des champignons (Fig 8 : a et b). Lhote a déclaré que la
présence de ces peintures murales était la preuve que ces lieux étaient des sanctuaires secrets.
Elles ont été datées de 7000 à 9000 ans. Dans les années 1990, le mycologue et anthropologue
mexicain Gaston Guzman a émis à plusieurs reprises l’hypothèse selon laquelle ces
champignons étaient des Psilocybe mairei. [12,13] Cette hypothèse a été reprise récemment
par Akers et collaborateurs. Les peintures murales du Tassili, sont aujourd’hui les plus
anciennes preuves d’une utilisation rituelle de champignons hallucinogènes par l'homme.

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Figure a : Des hommes courant sur une fresque Tassili (au dessus l'original, en dessous une
copie).

Figure b : Un chaman couvert de champignons (original à droite, une copie à gauche).


[12] Figure 8 (a et b) : Psilocybe mairei sur des fresques préhistoriques dans le Tassili.

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[14] En Europe, hormis en Sibérie où des pétroglyphes ont été trouvés en rapport avec
des pratiques chamaniques utilisant Amanita muscaria, c’est en Espagne qu’ont été
découvertes plusieurs parois rocheuses préhistoriques peintes dans des grottes et des abris,
principalement dans la province de Cuenca.

[13] Figure 9 : Psilocybe hispanica sur une fresque préhistorique en Espagne


(au dessus l'original, en dessous une copie).

[11] La figure 9 présente la première fresque préhistorique montrant des champignons


découverts en Europe. Guzmán G. a identifié les champignons comme appartenant à l’espèce
Psilocybe hispanica. Cette fresque se trouve sur la commune de Villar del Humo, province de
Cuenca, dans la partie centre-est du pays. C’est une région montagneuse à 1000 m d'altitude,

~ 26 ~
couverte de forêts de Pins, située à environ 270 km de Huesca, dans les Pyrénées. La fresque
est peinte sur la paroi d'un abri sous roche (Selva Pascuala), et représente une scène de chasse
de plusieurs hommes primitifs avec des arcs et des flèches. Les animaux sont des taureaux et
des cerfs, et sur le côté droit de la fresque, près du milieu, on distingue une rangée de 13
champignons. Ces champignons ont une forme convexe, conique et un stipe droit et sinueux,
ce qui est caractéristique de Psilocybe hispanica, un champignon utilisé à des fins récréatives
par les jeunes dans la région des Pyrénées, près de Huesca. Cette espèce pousse sur crottin de
cheval dans les prairies subalpines, à 2300 m d'altitude. Il est très probable que les
champignons représentés dans l'abri Selva Pascuala soient associés au fumier des taureaux et
des cerfs, et qu’ils aient été utilisés dans les traditions chamaniques en raison de leur action
neurotrope.
[10] En Amérique centrale, on a retrouvé sur les terres des Mayas du Guatemala, des
champignons miniatures en pierre vieux de 2200 ans : ce sont les «pierres-champignons ». La
majorité d’entre eux provient du Guatemala, mais quelques-uns ont été mis au jour au
Salvador, au Honduras et même, plus au nord, dans les régions de Veracruz et de Guerrero au
Mexique. Ces champignons en pierre témoignent de l’extrême ancienneté de la tradition de
l’usage traditionnel de ces champignons. (Fig 10 et 11).

[10] Figure 10 : Statuette Maya représentant un champignon hallucinogène.

~ 27 ~
[10] Figure 11 : Quelques champignons en pierre (hauts d’environ 30 cm, de 1000 av. J-C au
VI° siècle).

Parmi ces « pierres-champignons », deux pierres très intéressantes (Fig 12), qui ont été
étudiées par Wasson (1980), montrent des personnages avec la tête vers le bas, et leurs yeux
exorbités. Il est probable que les deux personnages représentés sur ces pièces soient sous les
effets de champignons neurotropes et qu'ils sont positionnés tête la première car ils sont de
retour à la réalité, après avoir apparemment volé ou flotté dans l'espace, comme cela arrive
quand ce type de champignons est consommé.

~ 28 ~
[15] Figure 12 : Deux statuettes avec la tête la première vers le bas, en lien avec
l'ingestion de champignons hallucinogènes.

[11] Dans le même registre, une pièce Inca découverte au Pérou, (Fig 13),
probablement faite d'argile, représente un personnage avec un champignon dans sa main
gauche et un autre gravé sur son chapeau. En outre, le visage de cette personne a les yeux
écarquillés, ce qui peut être lié au culte et à l'ingestion de champignons neurotropes. La pièce
appartient à la culture Puccara et a été trouvée près du lac Titicaca entre le Pérou et la Bolivie.

[11] Figure 13 : Une figurine péruvienne du musée de Denver.

~ 29 ~
[16] Quelques petits objets d'or trouvés à Darién au Panama, et déposés dans le Museo
del Oro à Bogotá en Colombie, sont également intéressants d’un point de vue anthropologique
en liaison avec l'utilisation de champignons neurotropes. Ils représentent des figures humaines
(Fig 14 et 15) avec deux champignons sur la tête, de grandes boucles d'oreilles et deux ailes
des deux côtés de la tête ou sur le cou. Ces petits objets seraient liés à la consommation de
champignons sacrés, car les personnages ont des ailes et de grandes boucles d'oreilles
rondes : ils volent sous les effets des champignons qu'ils ont sur la tête. L'une de ces pièces
représente une femme assise (Fig. 15), avec une expression de méditation.

[16] Figures 14 et 15 : Petits morceaux d’or de Darién, Panama. Notez les


champignons sur la tête et les boucles d'oreilles.

[11] Une autre pièce colombienne faite d'or et de cuivre (Fig 16), représente une
femme assise avec un champignon dans chaque main. Selon Torres, cette pièce appartient à la
culture Quimbaya et est maintenant dans une collection privée à Paris.

~ 30 ~
[17] Figure 16 : Une figurine de métal colombien, avec deux champignons (noter les
yeux et les oreilles).

[11] Une pièce intéressante (Fig 17) a été trouvée et présentée pour la première fois
par Furst (1974) et plus tard par Schultes et Hofmann (1979). C’est une pièce d'environ 15 cm
de hauteur. Ils ont décrit cette pièce comme une «cérémonie des champignons" et une "danse
des Indiens", autour d'un champignon à longue tige, qui a été proposé comme pouvant être un
Psilocybe. Les quatre personnages de cette pièce sont tournés les uns vers les autres, et ne
sont pas vraiment en train de danser. Leurs visages ont les yeux exorbités, ce qui suggère
qu'ils sont sous les effets de champignons neurotropes. Ceci est la raison pour laquelle ils ont
besoin de s’enlacer, parce que sous l'influence de champignons neurotropes, une personne ne
peut ni rester debout, ni danser. Dans cet objet, nous pouvons voir également les effets de
gigantisme ou nanisme qui se produisent couramment lors d’une ingestion de champignons
neurotropes. Cependant, une des observations les plus importantes effectuée sur cet objet est
que la coiffure ou un chapeau (un peu comme un turban des peuples orientaux) des quatre
personnages est vraiment un serpent, comme le sont aussi les bras. Cela coïncide avec le fait
que les serpents ont été considérés comme des animaux sacrés et donc très importants dans la
religion de plusieurs cultures indiennes du Mexique. Pour les Nahuas, les serpents
représentaient le dieu Quetzalcóatl. Ceci est également vrai pour la culture de la cité de
Teotihuacán, où les représentations dans le temple de Quetzalcóatl montrent de nombreux
grands serpents. Cette pièce a été rapportée par Donitz et al. (2001) du Museo Universitario
d’Arqueología à Manzanillo (Fig 18). Notez que les deux figurines (17 et 18) sont très
semblables, avec une seule différence importante : dans le second il n'y a aucun champignon

~ 31 ~
mais plutôt au centre il y a un personnage important avec des serpents sur la tête, qui peut être
Quetzalcóatl. Ainsi, avec cette dernière figurine, il est possible de conclure que l'ingestion de
champignons sacrés comme les psilocybes, est probablement liée au culte de Quetzalcóatl.

[18] Figure 17 (gauche) : Personnages faisant la ronde autour d'un champignon, noter
les chapeaux-serpents.

[19] Figure 18 (droite) : Personnages faisant la ronde autour d'une autre personne.

[11] Parmi les codex de plusieurs cultures mexicaines, le Codex 27, qui a été étudié
par Caso (1963) présente un glyphe (Fig 19) dans une carte faite par les Indiens pour une
demande de terres dans la région de Tetela. Le glyphe nommé "Nanacatepec" est lié à un
autre codex, le Lienzo de Zacatepec n°1 de la culture mixtèque (Fig. 20), découvert par
Wasson (1980). Le mot "Nanacatepec" signifie la colline des champignons, et en fait, ces
deux glyphes représentent une colline. La première représente deux champignons et la
seconde représente quatre champignons sur une colline en forme de tête humaine, chacun
d'eux avec un chapeau convexe. [20] Tetela, le lieu de découverte de ce premier Codex, situé
dans l'État de Morelos, se réfère probablement à la ville Tetela del Volcán, qui se situe le long
du versant sud du volcan Popocatépetl, où Psilocybe angustipleurocystidiata Guzmán a été
décrit. Ce champignon est une des espèces sacrées importantes dans la région. Par
conséquent, il est probable que l’intérêt pour les champignons des deux glyphes soit lié à leurs
effets neurotropes.

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[11] Figure 19 (à gauche) : Glyphe Nanacatepec.

[15] Figure 20 (à droite) : Zacatepec Lienzo.

[11] Les champignons sacrés du Mexique ont ainsi une longue histoire, étroitement
liée au chamanisme et à la religion. Au XVI ème siècle, lorsque les espagnols firent la conquête
du Mexique, ils furent scandalisés par la coutume indigène qui consiste à vénérer les dieux à
l’aide de plantes enivrantes comme le peyotl ou l’ololiuqui et à l’aide du teonanácatl. Les
Psilocybes étaient vénérés et sacrés au Mexique, ils étaient sanctifiés par les Aztèques qui les
nommaient « teonanácatl » ; ce qui veut dire « chair divine ». Ceci peut être interprété comme
chair de Dieu ou bien chair de Diable qu’ils adorent. Ces champignons provoquèrent donc
tout particulièrement l’indignation des autorités ecclésiastiques européennes qui mirent tout
en œuvre pour en interdire l’usage lors de pratiques religieuses : ils étaient considérés comme
démoniaques. Entre le XVIème et le XVIIème siècle, ils condamnèrent tout écrit ou illustration y
faisant référence.

Le célèbre Codex Magliabechiano, une codex aztèque datant du milieu du


XVIème siècle (c’est-à-dire au moment de la conquête espagnole), a été étudié par Bernardino
de Sahagún, un missionnaire franciscain espagnol en 1530. Ce document iconographique de
92 pages, de nature religieuse et astronomique, dépeint les symboles religieux, les scènes
rituelles et les coutumes pratiquées par les Aztèques. Il s'agit d'un codex colonial car il a été
écrit et dessiné sur un papier européen et comporte des inscriptions en espagnol commentant
les scènes et les symboles représentés. Dans ce codex figure un dessin en couleur qui
représente l'ingestion de "teonanácatl" (Fig 21), le champignon sacré utilisé par les Nahuas,
par un indien assis qui a en face de lui trois champignons verts en croissance. Derrière
l'indien, il y a un personnage géant et terrible qui, selon l'interprétation de l'auteur, le saisit par
une main. Il est donc probable que Sahagún ait demandé aux indiens de représenter le diable
~ 33 ~
qui incitait à l'ingestion du champignon démoniaque. La couleur verte est fortement en lien
avec la propriété bleuissant des champignons neurotropes. Mais pour les anthropologues les
champignons sont de couleur verte, parce que le jade, qui est vert, était une pierre très
précieuse pour les Indiens.

[11] Figure 21 : Une page du Codex Magliabechiano, relative à l'ingestion de


teonanácatl. Notez les champignons verts sur la gauche et le dieu des champignons dans le
dos de l'Indien.

Durant quatre siècles, on ne sut plus rien du culte des champignons, et l’on se mit
même à douter de leur utilisation comme hallucinogène lors de cérémonies. Les persécutions
de l’église avaient réussi à repousser ce culte dans ses derniers retranchements, tant et si bien
qu’anthropologues et mycologues n’en découvrirent les secrets qu’au XX ème siècle. En 1916,
un botaniste américain pensa même avoir enfin résolu l’énigme du teonanácatl, en soutenant
qu’il ne faisait qu’un avec le peyotl. Ne se fiant ni aux chroniqueurs ni aux Indiens, il disait
que les indigènes avaient montré aux autorités des champignons à la place du peyotl pour
protéger ce dernier. Selon lui, la couronne séchée du peyotl ressemblait à un champignon
séché d’une façon si parfaite que même un mycologue aurait pu s’y tromper.

En fait, ce n’est que dans les années 1930 que l’on redécouvre ces pratiques via les
travaux de deux ethnologues R. Witlander puis J.B. Johnson. Mais il faudra attendre les
années 1950 avec les travaux des fondateurs de l’ethno-mycologie M.R. Gordon Wasson et
son épouse V.P. Wasson pour que ces connaissances soient approfondies et vulgarisées. Au
cours de leur travail de terrain dans la sierra Mazateca au Mexique, ils ont eu l’opportunité en
1955 de rencontrer une célèbre guérisseuse/chamane mazatèque : Maria Sabina (Fig 22) qui
parle de ces champignons comme ayant des pouvoirs divins et les utilise lors de cérémonies.

~ 34 ~
Figure 22 : María Sabina García (1888-1985).

María Sabina a été le premier chaman à permettre à des occidentaux d’assister aux
cérémonies du velada, au cours desquelles les participants consomment des champignons
hallucinogènes. R. Gordon Wasson est donc le premier témoin non indien d’une cérémonie
mazatèque et il a relaté à l’écrit l’utilisation et les effets de ces champignons. Le chaman
chante pendant des heures et parle des capacités du champignon à guérir et à comprendre le
pouvoir divin grâce à leur aide. La cérémonie est composée en majeure partie de chants et
dure toute la nuit, elle s’accompagne parfois d’un rituel thérapeutique. L’ivresse se manifeste
par des visions colorées, en mouvements kaléidoscopiques, accompagnées parfois
d’hallucinations auditives. Les consommateurs ont la sensation qu’ils volent vers de
fantastiques mondes surnaturels. Un terme est né pour qualifier l’état dans lequel se trouvent
les personnes ayant consommé du champignon hallucinogène : «champignonné». Ce terme
traduit l’impression que l’âme sort du corps et flotte dans l’espace. Il n’y aurait qu’au
Mexique qu’on emploierait ces champignons dans un contexte rituel indigène : à la nouvelle
lune, une fille vierge ramasse les champignons dans la forêt. Elle les pose sur l’autel (table
sacrée servant au dépôt d’offrandes) d’une église où ils restent un certain temps. Les
Mazatèques les appellent nti-si-tho : «nti» est une particule respectueuse et marque une
grande affection. Le reste du mot signifie «ce qui surgit».

~ 35 ~
Par la suite, R. Gordon Wasson réussit à réunir une équipe pluridisciplinaire
notamment pour des missions de terrain au Mexique et dans toute l’Amérique centrale :

- Le Dr Roger Heim, du Muséum National d’Histoire Naturelle qui parvint à


produire des champignons hallucinogènes dans son laboratoire à partir de souches
et de spores de champignons collectés pour ensuite les analyser et les décrire
- Le Dr. Guy Stresser Pean, du Musée de l’Homme à Paris, pour les aspects
ethnologiques
- Le Dr. Albert Hoffman, des Laboratoires Sandoz de Bâle, qui isola et synthétisa la
psilocybine et la psilocine
- Le Dr. Cerletti et ses collègues qui étudièrent les propriétés pharmacologiques et
physiologiques des champignons
- Le Dr. Jean Delay et son équipe qui testèrent les effets de la psilocybine sur des
sujets normaux et sur des malades mentaux.

[21] Tous ces travaux ont permis entre autres, la publication d’un ouvrage majeur :
« Les champignons hallucinogènes du Mexique ». Il contient notamment une « Etude
descriptive et taxinomique des agarics hallucinogènes du Mexique » par R. Heim qui
s’applique à l’étude des représentants hallucinogènes des genres Psilocybe, Stropharia et
Conocybe du Mexique. Cette étude contient notamment la description de 10 espèces nouvelles
du genre Psilocybe. Les principaux représentants semblaient être le P. mexicana Heim, P.
cubensis (Earle) Singer et P. caerulescens Murrill. On sait maintenant que ces divers
champignons sont utilisés dans les rituels divinatoires et religieux des Mazatèques et autres
tribus indigènes du Mexique ; mais ce sont bien les Mazatèques qui en sont les plus grands
usagers.

[11] Gastón Guzmán, né en 1932, est un mycologue et anthropologue mexicain. Il est


considéré comme l'autorité la plus éminente en ce qui concerne le genre psilocybe. Il est
l'auteur de neuf livres et de plus de 350 articles sur les champignons mexicains. Il est
actuellement chercheur émérite à l'institut écologique de Xalapa où il a fondé le département
et l'herbier de champignons. L’article de Gastón Guzmán de 2012 nous donne une vue
d’ensemble sur l’historique des champignons du genre psilocybe, il apporte aussi des
informations importantes sur leur répartition géographique et leur utilisation chamanique
ancestrale au travers des figurines et peintures retrouvées.

~ 36 ~
En ce qui concerne le nom de "teonanácatl" proposé par Sahagún (1530), le fait que ce
terme ne soit pas utilisé à l'heure actuelle parmi tous les groupes ethniques au Mexique est
source de confusion. Cependant, ce nom commun a été largement utilisé dans la bibliographie
après que les champignons hallucinogènes aient été redécouverts au Mexique. Il est utilisé
pour nommer tous les champignons sacrés. Bien que Guzmán n’ait pas retrouvé l'utilisation
de ce nom au Mexique, lors d'une de ses explorations, dans Necaxa (État de Puebla 1959), il a
trouvé l'application du nom "teotlaquilnanácatl", qui est très proche du terme de Sahagún. Ce
nouveau nom a été obtenu par Guzmán dans un dialogue avec certains indiens quand il leur a
montré quelques champignons comme P. caerulescens, P. cubensis et P. zapotecorum. Les
Indiens furent d'abord très surpris qu'un homme blanc ait des champignons sacrés dans ses
mains ; à cette époque, il était très rare pour un homme blanc d’avoir ces champignons qui
étaient secrets. Notez que "tlaquil" est inséré dans teonanácatl. Le nom nahuatl par Sahagún
signifie : teo = divine ou sacrée, et nanacatl = champignon. Le nom "tlaquil" est dérivé de
"tlacuil" qui signifie la peinture. Précisément, "Teotlacuilnanácatl" signifie "le champignon
sacré ou divin qui peint ou décrit à travers des figures de couleur".

II.2 Usage des champignons hallucinogènes au XX ème siècle hors des zones
historiques de consommation

La connaissance de soi par le biais des hallucinogènes aurait valeur de


«psychothérapie accélérée». Les plus fervents amateurs de l’acide lysergique (essentiellement
aux États-Unis) expérimentent le peyotl, les Psilocybes, et la sauge divinatoire, en tentant un
retour vers les pratiques mystiques traditionnelles des Indiens d’Amérique.
La recherche personnelle au travers des drogues hallucinogènes et l’aspiration à des
valeurs qualifiées de plus «naturelles» étaient le moteur de cette «culture de soi». Les
premiers tenants du psychédélisme expriment au travers de ces nouvelles significations de
l’usage des drogues le développement d’une culture libertaire et revendiquent une révolution
culturelle contre l’asservissement à l’ordre scientifique et technocratique. Les hallucinogènes,
naturels ou non, constituent un moyen pour atteindre ce but. Cependant, ces usages des
drogues idéologiquement orientés, au cours des années soixante et soixante-dix, restaient
confinés dans des groupes sociaux plus restreints qu’aujourd’hui, (relativement) en marge de
l’ensemble social.
Au cours des années 1960, de nombreux jeunes américains, marginaux, scientifiques
ou autres, se mettent en quête de María Sabina. On raconte que Bod Dylan et John Lennon

~ 37 ~
l'auraient approchée. Son enthousiasme du début s'est peu à peu estompé lorsqu'elle a pris
conscience du manque de respect des visiteurs envers les buts sacrés des veladas
traditionnelles.
Maria Sabina consommait les champignons hallucinogènes avec ses patients lors de
cérémonies très cadrées durant lesquelles elle chantait tout en effectuant des percussions en
frappant des mains. La cérémonie pouvait avoir lieu la nuit et pouvait durer jusqu'à l'aube. La
transe permet à Maria Sabina d'entrer dans un état de conscience altéré dans lequel les
hallucinations sont structurées et correspondent aux croyances mazatèques traditionnelles.
Selon Maria Sabina les champignons font baisser la fièvre, calment le mal de dent ou
dégagent les voies respiratoire lors d'un rhume. La cérémonie à donc un but thérapeutique et
spirituel mais pas récréatif !!!
Une espèce de Psilocybe et un autre champignon sont utilisés de nos jours près de
Palenque, centre historique Maya. On a également signalé l’emploi de champignons
hallucinogènes le long de la frontière entre le Mexique et le Guatemala. On ignore
actuellement si ces cérémonies sont un vestige d’une tradition ancestrale, ou si elles ont été
introduites récemment à partir de la région d’Oaxaca-Mexique.

En Europe, les pratiques de consommation de «plantes» hallucinogènes étaient plus


rares, et sont souvent décrites comme tombées en désuétude après le Moyen Âge. [22]
«L’Europe médiévale, quoique chrétienne, connaissait, elle aussi, de nombreuses substances
excitantes ou hallucinogènes : mais ce savoir, issu des traditions préchrétiennes, était marque
et preuve de sorcellerie et de fréquentation diabolique. La pharmacopée «diabolique» faisait
appel à des plantes divinatoires dont certaines furent très utilisées en Inde, comme dans le
continent amérindien ou en Extrême-Orient : des Solanacées comme le datura, la stramoine,
la jusquiame noire, la mandragore, la morelle furieuse ; des ombellifères – l’ache, la cerle, la
ciguë, la coriandre – l’aconit, la scabieuse, etc. Toutes ces plantes furent longtemps utilisées
à des fins magiques, le plus souvent divinatoires ou comme philtres avant de devenir des
bases médicamenteuses pour la médecine scientifique» (Juilliard, op. cit.).
Ces pratiques sont généralement considérées comme «exotiques» et ne seraient
apparues de nouveau en Europe qu’avec la vague psychédélique des années soixante, qui
s’amorce aux États-Unis puis diffuse en Europe. La vague psychédélique revendique, à cette
époque, une marginalité idéologique et la connaissance de soi grâce à l’usage du LSD. Elle
suscite par là même de nouvelles attentions pour les capacités d’altération psychologique de
certaines «plantes», notamment celles qui contiennent de la psilocybine ou de la mescaline.

~ 38 ~
On peut aussi citer le conte d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll (fin
XIXème siècle) en effet ce compte retrace un rêve dans lequel une jeune fille rencontre une
chenille sur un champignon fumant le narguilé. Cette chenille conseille à Alice de manger le
champignon sur lequel elle est assise, ce qui la fera grandir et rapetisser en fonction du
morceau qu’elle choisira de manger. Ce passage peut être interprété comme si Alice se
nourrissait en fait de champignons hallucinogènes, ce qui lui donne une impression de
gigantisme et de nanisme comme on peut ressentir sous l’effet de ces champignons
neurotropes.

En France, les principales substances hallucinogènes naturelles consommées sont


celles contenues dans les champignons hallucinogènes. Ceux-ci peuvent pousser en France
(principalement les psylocybes) ou être exotiques (mexicains, hawaïens, colombiens…).
Citons aussi le morceau « mangez-moi » de Billy Ze Kick et les Gamins en Folie
(1993), sur une reprise du riddim de Right Time (1976) du groupe jamaïcain The Mighty
Diamonds, le texte raconte une cueillette de champignons, où il est fortement suggéré qu'il
s'agit de champignons hallucinogènes de type psilocybe. « Mangez-moi » est la traduction
d'une des phrases les plus connues du premier chapitre d’Alice au pays des Merveilles (Eat
me, écrit sur un gâteau).

II.3 Point de vue légal et épidémiologie actuelle


III.3.1 Epidémiologie
III.3.1.1 Usages contemporains de champignons hallucinogènes en France

[22] En France, une enquête de l’INPES (Institut National de Prévention et


d’Education pour la Santé), a montré que les champignons hallucinogènes, même si leur
consommation reste faible en population générale adulte, sont parmi les produits illicites les
plus expérimentés par les moins de 30 ans après le cannabis. En 2010, seules 3,2 % des
personnes âgées de 18-64 ans en ont déjà consommé au moins une fois dans leur vie (4,9 %
chez les hommes et 1,6 % chez les femmes), mais ce niveau est plus élevé (6,7 %) chez les
26-34 ans, traduisant ainsi un fort phénomène générationnel (Tableau 1). La consommation au
cours de l’année 2010 ne concerne, quant à elle, pas plus de 0,2 % des 18-64 ans. Elle est
maximale entre 18 et 25 ans (0,9 %).

~ 39 ~
Populations 18-64 18-25 26-34 35-44 45-54 55-64 Hommes Femmes
ans ans ans ans ans ans

Fréquence de
l’expérimentation 3.2 4.9 6.7 3.0 1.9 0.5 4.9 1.6

[22] Tableau 1 : Fréquence de l’expérimentation de champignons hallucinogènes en fonction


de l’âge et du sexe parmi les 18-64 ans (%), en 2010.

[10] Selon une enquête de l’OFDT (Observatoire Français des Drogues et des
Toxicomanies), parmi les jeunes de 17 ans interrogés en 2011, 3,5% ont déjà expérimenté les
champignons hallucinogènes, les garçons apparaissant deux fois plus expérimentateurs (4.8%)
que les filles (2.1%) pour ces substances.
Bien que leur usage constitue la marque d’un passage par l’espace festif, les
champignons hallucinogènes s’intègrent également à l’éventail des consommations d’une
partie des personnes, souvent marginalisées, qui fréquentent les structures d’accueil et sont
également consommés dans le cadre de la réduction des risques pour les usagers de drogues.
Les champignons hallucinogènes, comme la plupart des plantes, sont ingérés (mâchés frais ou
séchés, crus ou cuits) ou consommés en infusion ou en décoction. Le plus souvent, cette
consommation n’entraîne ni dépendance ni tolérance, notamment du fait de leur
consommation en séquences relativement espacées. Les expériences de consommation de
champignons hallucinogènes sont décrites par des usagers comme pouvant être traumatisantes
(«impression de plonger dans la folie»), surtout lorsque les conséquences ressenties n’ont pas
été celles recherchées.

II.3.1.2 Les consommateurs :

[23] En 2006, un rapport sur l’usage des plantes et des champignons hallucinogènes a
été réalisé dans le cadre du dispositif TREND (Tendances Récentes et Nouvelles Drogues) de
l'OFDT. Son objectif était d'identifier et de décrire l'évolution des tendances ainsi que les
phénomènes émergents liés aux produits illicites ou détournés de leur usage. En effet depuis

~ 40 ~
un certain nombre d'années, les observations de terrain montrent un usage en pleine
expansion, de même qu'une diversification, des substances relevant de ce groupe de produits.
Ce constat appelait une investigation plus approfondie permettant de comprendre les
motivations des personnes qui ont recours aux plantes et aux champignons hallucinogènes.
Pour ce faire, l'étude a adopté une approche qualitative fondée sur le recueil de trente
entretiens auprès d'usagers ayant consommé, au moins six fois dans l'année précédant
l'enquête, des plantes ou des champignons hallucinogènes. Une typologie des différents sens
investis dans la consommation des plantes et des champignons hallucinogènes a été construite
afin de tenter de rendre compte des significations et des représentations associées à l'usage de
ces substances.
Les observations de terrain conduites auprès des usagers de substances psychoactives
montrent que l’usage des champignons hallucinogènes est en pleine expansion. Du point de
vue qualitatif, on constate une diversification des substances consommées : aux Psilocybes
cueillis à l’automne en France s’ajoute l’utilisation d’une profusion d’autres types de
champignons hallucinogènes (Psilocybes mexicains, hawaïens, amazoniens, Amanita
muscaria).
La recherche d’expérimentations variées, nouvelles, et le prétendu caractère plus
anodin des drogues dites naturelles en comparaison des drogues synthétiques, ont favorisé un
regain d’intérêt pour ce type de substances chez les usagers de produits psychoactifs. Le goût
pour ces «drogues écologiques», par opposition aux drogues synthétiques, est souvent
interprété par les acteurs de santé publique, au-delà de la recherche incessante de «nouveaux
effets», comme une réaction à la diffusion massive des drogues de synthèse et aux craintes
qu’engendrent ces dernières quant à leurs conséquences sur la santé. Les champignons
hallucinogènes jouissent effectivement d’une «bonne image».
Depuis les années quatre-vingt-dix, la multiplication des drogues de synthèse favorise
la polyconsommation et le goût pour les expériences toujours plus variées. Les effets des
champignons et des plantes hallucinogènes n’ont pas échappé à ceux qui recherchent ces
expériences, qu’il s’agisse d’un désir de reproduire les significations psychédéliques des
prises (susciter un «état modifié de conscience» pour favoriser une meilleure connaissance de
soi), ou tout simplement d’une pratique festive (augmenter le caractère exceptionnel du
moment et favoriser la jouissance de l’instant).
[24] À côté de ces observations, les données quantitatives disponibles donnent
particulièrement l’alerte sur l’ampleur de la population concernée par ces usages : l’enquête
ESCAPAD 2002-2003 conduite par l’OFDT auprès des jeunes de dix-sept ans lors de la

~ 41 ~
JAPD (Journée d’Appel de Préparation à la Défense) montre qu’une proportion non
négligeable d’entre eux a déjà fait l’expérience des champignons hallucinogènes (4,2 % de la
population interrogée, 5,8 % chez les seuls garçons).
[25] En ce qui concerne les données quantitatives sur le phénomène, la multiplication
des mesures de prévalence auprès de plusieurs types de population permet de commencer à
mieux le cerner. Les données de l’OFDT montrent l’augmentation importante de
l’expérimentation des hallucinogènes (LSD et champignons) chez les 18-44 ans entre 1992 et
2002 : 1,8 % des 18-44 ans déclaraient avoir consommé ce type de produit en 1992, alors
qu’ils sont 3% à déclarer de même en 2002.
[26,27] Mais dans une population particulière comme celle qui fréquente l’espace
festif «électro», on estime que 55 % des personnes ont déjà consommé des champignons
hallucinogènes (80 % dans la population dite alternative, qui fréquente les raveparties et les
free-parties) et que 12% en ont consommé au cours des trente derniers jours qui ont précédé
l’enquête (25 % pour la population «alternative»). L’enquête de l’OFDT précitée s’est
déroulée en hiver, période où la consommation est vraisemblablement majorée par rapport à
l’été puisque les Psilocybes cueillis dans les champs sont ramassés à l’automne. Cependant,
les données recensées montrent l’augmentation de l’usage de champignons d’importation,
mexicains, hawaïens ou autres, achetés à toute période de l’année via Internet. Les sites de
vente de substances psychoactives seraient d’ailleurs désormais les premiers fournisseurs de
«plantes» (ou produits naturels) hallucinogènes.

II.3.2.3 Discussions et conclusions sur l’étude

[23] Toujours d’après le même rapport de l’OFDT, décrit précédemment, les auteurs ont
conclu :

a. Expérimentation des champignons et des plantes hallucinogènes au cours de la vie


Toutes les personnes rencontrées ont déjà consommé des champignons hallucinogènes
dans leur vie, essentiellement des psilocybes français et des champignons mexicains. La
première prise de champignons se déroule entre l’âge de quatorze et vingt deux ans, mais elle
survient le plus souvent entre dix-huit et vingt ans. Presque toutes les personnes (28/30 ans)
ont également consommé des plantes hallucinogènes en plus des champignons. Le tableau
suivant indique le nombre d’expérimentateurs pour chaque substance. Les appellations des
champignons sont celles que les usagers déclarent.
~ 42 ~
Champignons Nombre d'usagers (30 personnes au total)

Psilocybes français 29
Mexicains 22
Hawaïens 7
Amanites tue-mouches 3
Amazoniens 2
Equatoriens 2
Cubains 2
Australiens 1
Colombiens 1

[23] Tableau 2 : Récapitulatif des champignons et des plantes expérimentés au cours de la


vie.

b. Fréquence d’usage des champignons hallucinogènes


Il y a les personnes qui n’utilisent que des psilocybes français, plusieurs fois à
l’automne, après les avoir cueillis ou s’en être procurés auprès de quelqu’un qui en a fait la
cueillette (certaines d’entre elles peuvent consommer d’autres plantes hallucinogènes tout au
long de l’année et d’autres ne consomment que des champignons).
Il y a les personnes qui utilisent des psilocybes français plusieurs fois dans l’année (six
à douze fois environ), éventuellement préparés pour être conservés, ou bien les personnes qui
utilisent les champignons mexicains à un rythme similaire.
Il y a enfin les personnes qui utilisent des champignons mexicains à un rythme
soutenu, c’est-à-dire une à deux fois par mois, avec des périodes durant l’année écoulée au
cours desquelles ils ont pu en consommer plusieurs fois par semaine.
L’usage des autres champignons semble plus exceptionnel. Ceci semble être déterminé
principalement par la disponibilité des champignons. Les hawaïens, amazoniens, cubains,
équatoriens, etc. sont consommés lorsque les usagers ont l’occasion de s’en procurer, leur
disponibilité apparaissant comme bien moins importante que celle des champignons
mexicains.

~ 43 ~
c. Administration, conservation, dosage des champignons hallucinogènes
Les champignons sont le plus souvent mangés crus, frais ou secs, ou bien préparés en
infusion. Certains ont essayé d’autres préparations à l’occasion (par exemple, en omelette,
dans des pâtes), mais n’ont généralement pas réitéré l’expérience. L’infusion est généralement
préférée, mais elle est réservée aux soirées dans des espaces privés plutôt qu’à la
consommation dans l’espace festif, car elle implique une préparation préalable.
Ceux qui cueillent les champignons les font souvent sécher eux-mêmes, dans le but de
les conserver pour les consommer plus tard dans l’année. Les champignons peuvent aussi se
conserver dans de l’alcool ou du miel. Selon ceux qui pratiquent ce mode de conservation, il
faut laisser macérer les champignons pendant trois mois dans un kilogramme de miel, pour
obtenir du «miel aux champis». Ils peuvent aussi macérer dans toutes sortes d’alcool et cela
permet d’obtenir du «Punch aux champis», ou encore des cocktails champignons/vodka,
champignons/whisky, champignons/pastis, etc.
Les quantités de psilocybes français que s’administrent les personnes rencontrées vont
de vingt-cinq à sept cent cinquante champignons consommés au cours d’une session de
consommation, c’est-à-dire en une nuit, au cours de laquelle la dose peut être administrée en
plusieurs prises, surtout si elle dépasse la centaine. Tout le monde s’accorde pour dire qu’une
quantité «normale» est de trente à quarante champignons environ. La plupart maintiennent
cette dose au cours du temps, mais ceux qui l’augmentent dépassent rarement la centaine. Il y
a cependant plusieurs personnes qui relatent plusieurs prises à deux cent cinquante, quatre
cent cinquante, six cents et sept cents champignons.
Les quantités de champignons mexicains sont comprises entre quatre et dix
champignons, plutôt mangés crus. Les quantités de champignons hawaïens consommés sont
décrites comme plus faibles que les quantités de champignons mexicains, car les effets sont
perçus comme plus puissants à quantité égale. Les informations sur les doses ingérées pour les
autres champignons sont plus parcellaires, puisque les personnes qui les ont expérimentés sont
peu nombreuses. Les témoignages rapportent souvent la dose d’un à trois grammes, quels que
soient les types de champignons, ce qui conduit à en prendre plusieurs de petite taille ou à
couper un plus gros.

d. Le mélange des substances


La consommation de champignons et de plantes hallucinogènes avec d’autres
substances (drogues de synthèse) est fréquemment rapporté. Il peut s’agir du mélange de
substances naturelles entre elles, mais le plus souvent, les substances naturelles sont

~ 44 ~
mélangées à des substances de synthèse, ce qui témoigne du fait que la quête des effets
supplante souvent de loin le désir de « drogues écologiques ».
Si les substances naturelles sont distinguées, plantes d’un côté et champignons de
l’autre, ces derniers sont souvent associés à des substances synthétiques. Lorsque les
champignons sont consommés, ils sont le plus souvent accompagnés d’alcool et/ou de
cannabis. Les champignons peuvent aussi être associés à d’autres substances : cocaïne,
amphétamines, ecstasy…
L’association peut relever d’un «mélange d’opportunité » (se retrouver confronté à une
proposition alors qu’on a déjà consommé un produit), mais le mélange peut aussi être effectué
sciemment dans le but de moduler les effets. La recherche des meilleurs ingrédients pour
réaliser son programme d’effets apparaît comme une priorité, et prend le pas sur toutes
considérations qui justifient la prise de drogues naturelles par les moindres risques qui leur
seraient associés. La disponibilité des produits apparaît comme une variable qu’il faut aussi
intégrer dans la pratique des mélanges, et qui n’est pas toujours maîtrisée. Le «mélange
d’opportunité» représente ainsi l’absence de toute anticipation sur son «programme des
effets» et seule la disponibilité, c’est-à-dire les propositions, détermine la succession des
prises au cours d’une session de consommation.
Les mélanges qui viennent d’être cités sont quasiment simultanés, c’est-à-dire que les
produits sont consommés pratiquement en même temps ; les mélanges peuvent aussi être
successifs, c’est-à-dire que l’administration d’un produit attend l’arrivée de la descente du
précédent, pour terminer une session de consommation, ou pour tenir le temps d’un week-end,
selon le principe des montagnes russes.
Les mélanges d’opportunité sont donc plus fréquemment rapportés pour les plantes
hallucinogènes que les mélanges programmés pour obtenir des effets particuliers.

e. Les sources d’approvisionnement


Les sources d’approvisionnement des plantes et des champignons hallucinogènes
méritent une attention particulière car elles diffèrent de celles des autres drogues : le trafic
n’emprunte pas les mêmes réseaux que celui des autres substances (cocaïne, héroïne, ecstasy,
cannabis). Il n’existe pas réellement de réseaux structurés, mais un approvisionnement direct,
ou un approvisionnement qui implique le plus souvent un seul intermédiaire au maximum
entre soi et la source. Le plus souvent, les plantes et les champignons proviennent de deux
sources majeures et d’une plus minoritaire. La première est la cueillette et l’achat (ou
l’acquisition par le don) auprès d’une personne qui en a cueilli. La seconde est l’achat par

~ 45 ~
Internet ou auprès de quelqu’un qui s’en est procuré via la Toile, ou de s’en faire offrir par lui.
Ce second cas peut englober une phase de production, car il est possible d’acheter sur Internet
des kits pour cultiver soi-même les champignons. Cela est de plus en plus courant pour les
champignons exotiques, mexicains, hawaïens, cubains, amazoniens… La source plus
minoritaire est l’achat dans un autre pays (la consommation peut avoir lieu sur place) ou
auprès de quelqu’un qui en a ramené de l’étranger, ou de s’en faire offrir par lui : ce peut être
le cas des champignons exotiques, qui sont ramenés des Pays-Bas (ou directement
consommés là-bas), ou plus rarement de champignons ou de plantes qui proviennent
d’Amérique Centrale ou d’Amérique du Sud. Dans ce dernier cas, il s’agit du transport d’une
petite quantité, pour l’utilisation ponctuelle, au retour, de celui qui l’a ramené de voyage et de
son entourage. Il faut cependant souligner que l’augmentation de l’usage des champignons
hallucinogènes dans l’espace festif techno semble s’accompagner d’un accroissement actuel
d’une vente organisée de ces champignons dans les manifestations festives.
Les champignons psilocybes locaux sont pratiquement toujours le fruit d’une cueillette
personnelle ou offerts par des amis qui les ont cueillis. Les régions des Alpes, de l’Auvergne,
de l’Aveyron et de Bretagne sont particulièrement citées. La cueillette des champignons
s’effectue en automne. Elle est le plus souvent pratiquée en groupes d’amis, à l’occasion
d’une sortie pédestre ou même d’une randonnée. Elle peut se faire pour consommer sur place,
ou bien en prévision d’une soirée particulière, ou encore pour constituer des réserves pour
l’année. Elle est présentée comme une activité qui nécessite un savoir empirique.
La vente de psilocybes français existe mais elle est assez rare. De façon générale, il
faut quinze à vingt euros pour une dose de champignons, quels qu’ils soient. Certaines
variations sont observées, certainement liées à des monopoles locaux.
Les champignons mexicains constituent la quasi-totalité des prises les plus récentes de
champignons hallucinogènes par les personnes interrogées au cours de l’étude. Leur
accessibilité, comme celle d’autres types de champignons exotiques, a récemment augmenté
dans le milieu festif. Ils peuvent être achetés dans le contexte festif, mais aussi dans des
soirées urbaines ou des lieux privés. Ils sont le plus souvent achetés directement sur Internet,
auprès de personnes qui en ont acheté sur la Toile, ou sont allées en chercher en Espagne ou
en Hollande. On peut acheter des champignons séchés, mais aussi des spores accompagnées
du nécessaire pour les cultiver soi-même. Ces cultures en hydroponie (agriculture hors-sol)
permettent de disposer de champignons tout au long de l’année, avec un renouvellement des
cultures tous les quinze jours, au dire des connaisseurs rencontrés. Dans le contexte festif, les
champignons mexicains et hawaïens sont vendus pour dix euros le gramme (soit vingt à trente

~ 46 ~
euros la dose). Les achats directement sur Internet permettent d’obtenir ces champignons pour
six euros le gramme. Les achats effectués semblent concerner le plus souvent de petites
quantités pour l’usage personnel, mais des achats en gros sont également cités. Les seringues
contenant des spores de champignons, pour cultiver soi-même, se vendent sur Internet comme
dans les réseaux de consommateurs (cinquante euros la seringue et le bac dans lequel la
production des champignons est périodique). Il y a également des bacs pré-ensemencés qu’il
n’y a plus qu’à arroser. Comme pour la récolte des psilocybes français dans la nature, la
culture hydroponique génère des discours sur le savoir-faire empirique. Il semble notamment
y avoir un consensus sur le caractère « pratique » et facile d’utilisation des bacs pré-
ensemencés, alors que la culture à partir des spores fournies dans une seringue demande un
investissement méticuleux du producteur.
Les sources d’approvisionnement des plantes et des champignons hallucinogènes
s’inscrivent ainsi dans des réseaux parallèles à ceux qui fournissent les autres substances
psychoactives, et sont essentiellement caractérisées par une logique de « débrouille » au sein
des groupes de pratique (entraide, transport de quantité pour son réseau personnel seulement),
les réseaux structurés de vente n’ayant plus que la forme d’un interlocuteur déréalisé grâce à
la place d’Internet. Jamais les discours n’évoquent la figure d’un «dealer» qui cherche le
profit. Le principe de l’achat avec carte bleue et de la livraison par la poste banalisent le statut
des substances naturelles qui sont achetées par ce biais.

f. Les conséquences sanitaires et sociales


Les conséquences sanitaires et sociales de l’usage des substances naturelles
hallucinogènes, telles qu’elles sont racontées et perçues par les usagers eux-mêmes,
comprennent trois grands thèmes :
¤ Le premier, sanitaire, est celui de l’expérience du bad trip qui est généralement
résolu sans séquelle au sein du groupe de pairs. Aucune personne en effet ne raconte
d’internement en psychiatrie du fait d’un tel épisode ; cependant, ils peuvent le relater au sujet
de connaissances, preuve s’il en est que ces événements n’ont pas toujours d’issue heureuse.
Les bad trip peuvent survenir avec n’importe quelle substance hallucinogène naturelle. Les
expériences de bad trip sont expliquées par les personnes qui les ont vécues par deux types de
raisons : soit du fait du contexte de la prise (par exemple, être entouré de personnes mal
connues, être dans un endroit où l’on est mal à l’aise), soit le plus souvent par le surdosage.
¤ Le deuxième thème est celui des accidents, des risques d’accidents ou des situations
de soumission involontaire qui peuvent être provoquées par la prise de substances : dans le

~ 47 ~
cas des personnes qui ont participé à l’étude, ces situations ne sont survenues que lors de
prises de datura ou d’ayahuasca (L’ayahuasca ou yagé est un breuvage à base de lianes
consommé traditionnellement par les chamanes des tribus indiennes d’Amazonie, utilisé pour
sa capacité curative associée aux croyances et pratiques locales. Par extension, ayahuasca est
le nom donné aux lianes du genre Banisteriopsis dont l’écorce sert principalement à la
composition de cette boisson).
¤ Le dernier thème est le seul qui puisse véritablement être qualifié de «conséquence
sociale de l’usage» : il s’agit de la modification du rapport à autrui. Le plus souvent, les
personnes parlent de conséquences positives de l’usage, par le développement de leur capacité
relationnelle – qui perdurerait au-delà des prises – et l’augmentation de leur capacité
d’empathie. Aucune conséquence sociale négative de l’usage n’est mentionnée, y compris
lorsque la question est explicitement posée.
Certaines personnes estiment que l’usage de drogues a pu modifier leur trajectoire
sociale (perte de motivation à la recherche d’emploi, dégradation de la relation à la famille),
mais elles attribuent surtout ces processus à l’usage abusif d’autres substances psychoactives
(alcool, héroïne notamment), ou au polyusage.
Malgré les expériences de bad trip, d’accidents et de soumission involontaire qui ont
été exposés, le discours général que tiennent les consommateurs est plutôt dominé par un
consensus sur l’absence de conséquences sanitaires et sociales liées à leur usage de «plantes»
hallucinogènes. Ils évoquent plutôt des conséquences qu’ils perçoivent comme «positives» :
une meilleure sociabilité, de la sérénité et une désinhibition qui persistent hors des prises, de
l’intérêt pour la méditation et l’ésotérisme, du désintérêt pour la «superficialité», une
meilleure compréhension de points de vue différents, le fait de voir les choses «autrement»…
Ce «décalage» suscité par la prise de substances hallucinogènes peut aussi conduire à
développer un regard critique sur la société en général ou sur le sujet des drogues en
particulier.
Enfin, lorsque les hallucinations sont interprétées comme des «visions», l’usage peut
avoir des conséquences qui modifient complètement l’appréhension de soi et du monde.

g. Produits naturels et minimisation des risques encourus


La représentation qui veut que la prise de substances psychoactives naturelles
implique moins de risques que la prise de substances synthétiques n’est pas unanime : une
partie des personnes rencontrées insiste sur le fait qu’elles n’attribuent pas de différence de
risques entre produits naturels ou synthétiques. Au contraire, lorsque produits naturels et

~ 48 ~
minimisation des risques encourus sont associés, différents arguments sont mis en exergue
pour le justifier. Ils peuvent être distingués en quatre types.
¤ Le premier consiste à s’inscrire dans un cadre de pensée qui prône la perception
d’une «nature idéalisée» et qui implique que tout ce qui vient de la nature est forcément
meilleur que ce qui est artificiellement créé par l’homme. Il peut s’apparenter à un argument
«écolo-apocalyptique». Mais attention, tenir ce discours ne signifie pas forcément pour autant
que le principe en soit respecté (les drogues de synthèse sont largement consommées par ces
personnes).
Les trois autres types d’arguments qui justifient l’association entre les produits
naturels et l’idée de réduire les risques encourus sont plus pragmatiques que celui
précédemment cité.
¤ D’abord, il y a un argument qui est lié au fait que les produits synthétiques sont
obtenus à partir du marché noir, de l’économie parallèle. Dans cette perspective, le produit
naturel revêt l’avantage de ne jamais contenir de produits de coupe. C’est l’argument le plus
souvent cité. La hantise du produit de coupe s’appuie sur la peur de consommer un produit
encore plus dangereux, ce qui pourrait être nommé «l’angoisse de la strychnine», mais aussi
sur la peur d’acheter un produit synthétique qui se révèle sans effet : dans ce dernier cas, le
produit naturel permet surtout de réduire le risque de «perdre son argent».
¤ Un autre argument, concernant surtout les champignons, prétend justifier une
perception de moindre risque des produits naturels, celui de la facilité du dosage. Il souligne
qu’il est plus aisé d’en prendre par petites doses, ou de s’en administrer une en plusieurs
prises (par exemple cinquante champignons en deux ou trois fois, pour susciter une «montée
douce»), contrairement à un produit synthétique comme le LSD, dont l’ensemble du principe
actif est concentré sur une petite surface de buvard. La possibilité du dosage avec les
«plantes» hallucinogènes apparaît ainsi à la fois comme un risque («mal doser») mais aussi
comme un facteur de protection du risque de bad trip («bien doser»). L’intérêt qui est perçu
est de pouvoir soi-même maîtriser sa dose, alors que dans le cas des substances synthétiques,
le dosage est inconnu et dépend du producteur.
¤ Enfin, le dernier argument est cité de façon minoritaire : il consiste à estimer que
l’usage des substances naturelles favorise l’espacement des prises du fait de la voie
d’administration, contrairement aux drogues de synthèse dont la consommation peut plus
aisément être régulière, du fait d’une administration inodore et sans saveur.

~ 49 ~
h. Les risques perçus
Une partie des personnes rencontrées déclare que l’usage des substances naturelles
hallucinogènes n’implique aucun risque. Pour les autres, le fait de percevoir des risques ne les
conduit pas à cesser leur pratique mais à développer des stratégies pour éviter d’éventuels
problèmes.

i. Synthèse
Toutes les personnes rencontrées ont déjà consommé des champignons
hallucinogènes, essentiellement des psilocybes français ou des champignons mexicains.
Presque toutes les personnes rencontrées (28/30 ans) ont également expérimenté au moins une
plante hallucinogène, principalement le Datura stramonium (stramoine) et la Salvia
divinorum (sauge divinatoire). Les champignons peuvent n’être consommés qu’à l’automne,
période de cueillette pour les psilocybes locaux, mais ils sont souvent consommés tout au long
de l’année. Notamment, des usages bimensuels des champignons mexicains sont plusieurs
fois rapportés. Les autres champignons sont plus exceptionnellement consommés, lorsque les
personnes ont l’occasion de s’en procurer. Le rythme de consommation «opportuniste»
concerne également les plantes hallucinogènes, car une minorité seulement les utilise
régulièrement. Les champignons sont le plus souvent mangés crus, frais ou secs, ou bien
préparés en infusion. Les plantes sont consommées en infusion, fumées, ou préparées en
«décoction». Il n’est pas rare que les champignons ou les plantes soient macérés dans de
l’alcool, ce qui permet de les conserver et de disposer de mélanges qui majorent les effets
psychoactifs. Les effets recherchés et ressentis ne sont pas seulement hallucinogènes ; ils
varient bien sûr selon les champignons et les plantes consommés, mais il est possible de les
décrire de façon transversale. Des effets tels que stimulation, euphorie, sérénité, voire
méditation sont caractéristiques des effets non hallucinogènes recherchés. Les effets
hallucinogènes recherchés sont décrits comme une perturbation des sens (la perception d’une
modification de l’environnement, des couleurs, des sons, des odeurs, de l’aspect des objets ou
des personnes présentes), mais aussi comme des effets dits "déroutants" (notamment des
hallucinations corporéifiées au sens propre, c’est-à-dire des «apparitions» visuelles). D’autres
effets ressentis ne sont pas recherchés : il peut s’agir pour certains des effets de méditation,
mais le plus souvent il s’agit des effets «ténébreux», c’est-à-dire la survenue d’un mal être,
d’un sentiment dépressif, ou d’hallucinations visuelles qui provoquent de la panique voire de
la terreur. Les personnes décrivent également des effets inconfortables, c’est-à-dire des
symptômes physiques qui perturbent l’état de conscience modifié (nausées, vomissements…).

~ 50 ~
Les sources d’approvisionnement apparaissent comme non liées aux réseaux de
distribution des autres drogues : en dehors de la cueillette faite soi-même ou par un ami (le
plus souvent des psilocybes), la source la plus fréquente est l’achat sur Internet ou l’achat
auprès d’une personne qui s’est procurée la substance par la Toile. Il peut également s’agir de
la culture de spores achetées par le même média. Les conséquences sanitaires de l’usage
concernent le plus souvent le récit de bad trip ou d’accidents sous l’effet des substances. Du
point de vue social, les usagers ne perçoivent pas de conséquence négative de leur usage,
seulement pour les hallucinogènes naturels ; ils ont plutôt tendance à évoquer un effet positif
sur leur capacité relationnelle et d’empathie. Du point de vue des risques associés à l’usage,
les liens entre la consommation d’hallucinogènes naturels et la prise de risque ne sont pas
immédiats.
Globalement, il y a une tendance à minimiser les risques encourus, du fait du caractère
naturel des produits, et au regard des risques encourus avec les substances synthétiques. Les
risques perçus concernent essentiellement la crainte de « rester perché » et sont surtout
associés à des substances comme le datura. Pour prévenir les risques, les personnes mettent le
plus souvent en place des stratégies de contrôle qui ont partie liée avec la gestion du dosage et
l’attention portée à son état psychologique au moment de la prise, d’une part, et au contexte
de la consommation, d’autre part.

j. La typologie des consommateurs


Une typologie des façons de donner du sens à l’usage des plantes et des champignons
hallucinogènes permet de rendre compte des significations et des représentations associées à
l’usage de ces substances chez les personnes rencontrées pour la recherche. Cette approche se
restreint aux limites imposées par les critères de recrutement de la population : aucune
personne ayant cessé l’usage n’a été rencontrée, ni aucune personne qui ait consommé ces
substances moins de six fois au cours de la dernière année avant l’entretien. Le classement des
données permet de distinguer sept types de significations associées à l’usage, qui se
répartissent au sein de trois catégories de représentations des plantes et des champignons
hallucinogènes.
¤ Les personnes qui se représentent ces substances comme des « plantes »
enchanteresses privilégient l’émulation festive (stimulation, hilarité) ou bien la recherche de
la communion avec la nature.

~ 51 ~
¤ Les personnes qui se représentent ces substances comme des «plantes» d’égarement
recherchent plutôt la perte de conscience à visée onirique (sommeil) ou la perte de conscience
dite active (déplacement réel dans un environnement transformé par les perceptions).
¤ Enfin, les personnes qui se représentent ces substances comme des «plantes»
visionnaires recherchent l’accès à un monde parallèle, la capacité de percevoir des entités
invisibles qui nous entourent ou d’acquérir, sans les apprendre, des savoirs complexes sur le
monde naturel, ou encore la connaissance de soi et le soin de la psyché et du corps.
Comme c’est le cas pour toute typologie, ce classement permet de mieux rendre
compte des différentes façons de donner du sens à l’usage, mais ne doit pas être appréhendé
de manière rigide : certaines personnes peuvent connaître plusieurs façons d’envisager l’usage
au cours de leur vie, voire même (mais c’est plus rare) investir plusieurs significations
simultanément dans leur usage.
Il n’existe pas de modèle stable de carrière envisagée à travers le prisme du sens
investi dans l’usage des substances naturelles hallucinogènes, car des spécificités
individuelles apparaissent clairement en fonction de l’état psychoaffectif, des conditions
d’existence, des groupes de pratiques, des contextes d’usage et des événements de vie.
Cependant, une tendance s’observe, qui implique que l’usage débute dans une perspective
festive, puis évolue éventuellement vers d’autres types de sens investi. Les personnes
recherchent ensuite l’expérience d’une communion avec la nature et peuvent aboutir à un
usage de « plantes » d’égarement, ou un à usage de « plantes » visionnaires, ou encore revenir
à un usage festif et contrôlé, soucieux des risques encourus et prenant des précautions pour les
éviter.

k. Les caractéristiques des usages contemporains des plantes et des


champignons hallucinogènes
Les usages contemporains des plantes et des champignons hallucinogènes ont donc
plusieurs caractéristiques. En premier lieu, les substances naturelles sont consommées par la
majeure partie de leurs utilisateurs comme n’importe quelle substance, synthétique ou non,
pourvu qu’elles produisent des effets. En second lieu, on constate que les significations
associées à l’usage des plantes et des champignons hallucinogènes sont similaires au sens
investi dans l’usage d’autres substances (ecstasy, LSD, kétamine…), sauf lorsque les
hallucinogènes naturels sont envisagés comme des « plantes » visionnaires. D’autre part, les
significations investies dans l’usage de ces substances ne sont pas « nouvelles » : on retrouve
les usages festifs et psychédéliques bien connus, ainsi que la pratique des « herbes d’égare »

~ 52 ~
recensée au cours du XXème siècle dans les sociétés traditionnelles occidentales. En troisième
lieu, on trouve l’expérience du néo-chamanisme pratiquée par une minorité, mais qui intrigue
une partie des personnes qui ont des pratiques jusqu’ici seulement festives.
En dernier lieu, les usages contemporains des hallucinogènes naturels sont caractérisés
par les liens importants qu’ils entretiennent avec Internet. Les champignons hallucinogènes,
notamment mexicains et hawaïens, sont le plus souvent achetés sur la Toile, auprès d’une
personne qui les a achetés sur Internet, ou bien cultivés à partir de spores achetées sur le
même média. Comme l’analyse l’a montré, les réseaux d’approvisionnement sont
complètement différents de ceux qui permettent de se procurer des substances de synthèse.
Ces modes d’approvisionnement banalisent l’usage aux yeux des jeunes générations : une
substance psychoactive, qui peut être illicite, est achetée avec la plus grande facilité, payée
par carte bancaire et reçue par la poste. Le réseau Internet ne se limite d’ailleurs pas à
l’accessibilité aux substances : il fournit de l’information qui, comme tout ce qui circule sur la
Toile, est de qualité extrêmement variable. Il y a les sites officiels de prévention, les sites
d’association d’usagers qui sont plus orientés vers l’éducation par les pairs, les sites de vente
à vocation seulement marchande, les sites de vente qui affichent simultanément l’ambition
«d’ouvrir la conscience au niveau planétaire», les pages personnelles… De ce fait, en plus de
la diffusion des substances par la vente des produits, le réseau Internet participe à la
promotion des expérimentations, comme à la réduction des dommages (des conseils de
réduction des risques sont disponibles). Depuis quelques années, des mises en garde des
spécialistes sont ainsi apparues dans la littérature scientifique au sujet de l’impact d’Internet
sur les pratiques d’usage des substances psychoactives : en utilisant la Toile, les usagers
potentiels d’hallucinogènes peuvent passer outre les sources traditionnelles de l’information
sur les substances, et apprendre avec beaucoup de détails les moyens d’obtenir, de préparer et
de consommer de nombreuses substances, et ce avec un degré de risque non évaluable.

II.3.2 Législation
II.3.2.1 En France

[28] La lutte contre la toxicomanie est un combat ancien, et toujours d’actualité


comme en témoigne la loi n°70-1320 du 31 décembre 1970, parue au JO (Journal Officiel) de
la république le 3 janvier 1971 ; elle relate les mesures sanitaires de lutte contre la
toxicomanie de répression du trafic et de l’usage illicite des substances vénéneuses.

~ 53 ~
La France a signé la Convention de Vienne sur les substances psychotropes de 1971
où la Psilocybine et la psilocine sont citées en Annexe 1.

[29] De nos jours, la détention, le commerce et l’usage des psilocybes sont très
règlementés, ils font l’objet d’une législation particulière. En effet, les lois les concernant sont
contenues dans le Code de la Santé Publique et le Code Pénal.

L’annexe IV de l’arrêté du 22 février 1990 du JO, modifié par l’arrêté du 6/11/2015-


art. 2 (Annexe 1), classe comme stupéfiant les champignons hallucinogènes, notamment des
genres Stropharia, Conocybes et Psilocybes. L’annexe III de ce même arrêté classe la
psilocine et la psilocybine (dont nous parlerons dans la partie III et IV de la présente thèse)
comme stupéfiant.

D’après l’article L3421-1 du Code de la Santé Publique, l'usage de l'une des


substances classées comme stupéfiants est puni d'un an d'emprisonnement et de 3750 euros
d'amende. Les personnes coupables de ce délit encourent également, en complément de la
peine précitée, l'obligation d'accomplir un stage de sensibilisation aux dangers de l'usage de
produits stupéfiants, selon les modalités fixées à l'article 131-35-1 du Code Pénal. D’après cet
article, ce stage doit être exécuté dans un délai de six mois à compter de la date à laquelle la
condamnation est définitive. Une fois ce stage accompli, il est remis au condamné une
attestation qu’il doit adresser au Procureur de la République.

[30] L’article 222-34 du Code Pénal puni de la réclusion criminelle à perpétuité et de


7 500 000 euros d'amende le fait de diriger ou d'organiser un groupement qui produit,
fabrique, importe, exporte, transporte, détient, offre, cède, acquiert ou emploi des stupéfiants.

[22] Saisies et interpellations : En France, le nombre des saisies et d’interpellations


pour usage simple et trafic ou usage-revente de substances hallucinogènes est très faible. En
effet, celles-ci ne font pas l’objet d’un trafic organisé ou de grande ampleur comme d’autres
substances illicites : les champignons hallucinogènes sont cueillis dans les campagnes
françaises, ou font l’objet d’autoculture à l’aide de kits achetés par Internet sur des sites
spécialisés. Les champignons exotiques, comme la plupart des plantes, sont également
essentiellement achetés par ce biais et leur vente en milieu festif reste occasionnelle.
Les données des services de l’application de la loi concernant les champignons
hallucinogènes semblent globalement en baisse entre 2005 et 2009, après une période
ascendante. Les interpellations pour usage simple sont passées de 269 à 66, celles pour usage-

~ 54 ~
revente et trafic de 35 à 7 et les saisies de 26,3 kg à 18,2 kg. On observe en 2010 la survenue
d’un pic concernant le volume de champignons saisis (213,8 kg) et d’un accroissement plus
modeste du nombre d’interpellations pour usage simple.

II.3.2.2 En Europe

[31] Danemark

L'annexe de la loi applicative de 1993 sur les substances euphorisantes détermine 5


classes allant de A à E. Psilocine et Psilocybine appartiennent à la seconde, la classe B.
L'usage de stupéfiants n'est pas directement une infraction. Selon la loi, les infractions pénales
sont constituées par "l'importation, l'exportation, l'achat, la vente, la distribution, la réception,
la production, la transformation et la possession". Consommer n'est dont pas punissable, par
contre posséder une quantité même minime pour sa propre consommation l'est.
Toutefois, dans le cas d'une première arrestation pour possession illégale, on risque rarement
plus d'un avertissement. La récidive est punie d'une amende de 40 à 400 euros. La possession
de drogues "dures" peut également mener à une courte peine d'emprisonnement. Depuis
Juillet 2001, le Ministère de la Santé Danois a classé les champignons eux-mêmes dans la
liste noire des stupéfiants, les interdisant à la vente et à la possession.

Espagne

La loi du 21 Février 1992 sur la protection de la sécurité des citoyens a introduit dans
la loi espagnole les premières sanctions administratives pour punir la possession et l'utilisation
de drogues en public. Avant cela, possession et utilisation étaient autorisées. L'utilisation et la
possession pour sa consommation personnelle ne sont pas répréhensibles au regard de la loi.
Il n'existe d'ailleurs aucune définition des substances stupéfiantes ou psychotropes, ni de listes
ou de catégories de substances. Les juges se réfèrent directement aux conventions
internationales et gardent une grande latitude pour apprécier la gravité et les sanctions.

Italie

Les substances contrôlées en Italie sont classées en 6 catégories, rattachées au décret


amendé du 4 Mars 1992. Psilocine et psilocybine appartiennent à la première liste. L'usage de
drogues n'est pas une infraction. Cependant l'acquisition, la possession et le trafic sont

~ 55 ~
interdits et réprimés par des sanctions administratives pour un usage personnel, et par des
peines de prison pour de la distribution ou du trafic.

Allemagne

La législation sur les drogues dérive de la Loi Générale sur les Stupéfiants du 28
Juillet 1981, qui crée 3 catégories. Psilocine et Psilocybine rentrent dans la première, qui
concerne les "stupéfiants non commercialisables", qui sont en fait les drogues illégales sans
utilisation médicale. La consommation n'est pas répréhensible en tant que telle mais toute
possession, même pour usage personnel, la production, et le commerce sont interdits. La
possession d'une petite quantité de drogue pour son usage personnel n'entraîne que très
rarement des poursuites judiciaires.

Pays-Bas

La loi cadre sur les drogues en Hollande est la loi sur l'Opium, créée en 1919 et mise à
jour de nombreuses fois depuis. Elle institue deux catégories et la psilocine et la psilocybine
appartiennent à la première, qui concerne les "drogues présentant des risques non acceptables"
ou drogues dures. L'arrestation et la poursuite des utilisateurs pour possession de petites
quantités destinées à leur consommation personnelle n'est pas une priorité policière ou
judiciaire (Circulaires de la chancellerie, 1996 et 2001). Le commerce des champignons
psilocybes est toléré tant qu'il n'est pas destiné à la consommation alimentaire. Malgré leur
classement dans la première catégorie de drogues, une décision de la haute cour de justice a
rendu légaux les champignons frais. Les champignons séchés sont interdits depuis Novembre
2002, et au 15 Mai 2003, des champignons frais sont à la vente dans la plupart des smartshops
d'Amsterdam.

Royaume-Uni

Psilocine et Psilocybine sont toutes deux illégales. Les champignons frais ne sont pas
interdits. On ne peut pas être condamné pour avoir ramassé des champignons frais dans la
nature, ni même cultivés, à moins qu'ils n'aient subi une quelconque réparation et/ou
transformation en vue de leur consommation (c'est à dire en général qu'ils n'aient été séchés).
Les champignons secs sont classés dans la première catégorie et leur possession ou trafic
ouvre la voie à des sanctions potentiellement du même ordre que pour le LSD, le crack ou
l'héroïne. Pour autant ils ne sont pas considérés comme une priorité dans la politique de lutte
anti-drogues. Il est rare que quelqu'un soit sévèrement condamné pour une simple possession

~ 56 ~
et des champignons séchés "accidentellement" donnent le plus souvent droit à un simple
avertissement.

II.3.2.3 Dans le monde et plus particulièrement aux USA

[31] Les champignons Psilocybes ne sont pas listés en tant que tels dans les traités
internationaux des Nations Unies et les lois nationales à leur sujet varient assez. Les Etats qui
ont signé le programme de contrôle des drogues de l'ONU (la quasi-totalité des pays du
monde) sont libres de décider de les prendre en compte ou non.

Loi Fédérale Américaine

Les champignons Psilocybes eux-mêmes ne sont pas présents dans la loi américaine.
Mais leurs deux composés actifs sont dans la catégorie 1, qui concerne les substances les plus
dangereuses. Elles sont définies ainsi : "Possède un fort potentiel d'abus. N'a aucune utilité
médicale actuellement aux Etats-Unis. N'est pas suffisamment sûre pour être utilisée sous
contrôle médical".

La possession de ces 2 substances étant interdite expressément, la possession de


champignons frais ou secs l'est également. Les spores ne contenant pas de psilocine ni de
psilocybine sont légaux sauf en Californie et en Géorgie. Cependant dans la plupart des états
des USA, il est illégal de mettre les spores en culture puisque cela revient à produire du
mycélium, qui lui contient à la fois psilocine et psilocybine. Les spores sont donc à la vente
pour des raisons mycologiques : intérêt, archivage, ou étude microscopique.

Canada

A la fois la psilocine et la psilocybine sont classées dans la catégorie 3.

Japon

Les champignons psilocybes ont été expressément interdits au Japon seulement en


Juin 2002. Avant Juin 2002, les champignons psilocybes étaient largement disponibles dans
les grandes villes japonaises, vendus dans la rue et dans les magasins spécialisés.

Thaïlande

Le Psilocybe Cubensis, ou toute plante contenant de la psilocine ou de la psilocybine,


incluant "n'importe quelle partie, fleur, tige, spores" sont illégaux depuis Octobre 1988.

~ 57 ~
Après avoir compté l’historique chamanique et cerné la typologie des consommateurs
d’aujourd’hui, nous allons nous pencher sur l’étude de la toxicité et des traitements liés à cette
consommation.

III Intoxication et Traitements


III.1 Les toxines

[32] Les principes actifs psychotropes responsables des propriétés hallucinogènes


des Psilocybes sont des alcaloïdes indoliques : la psilocybine (composé majoritaire) et la
psilocine. In vivo, la psilocybine est déphosphorylée en psilocine qui seule passe la barrière
hémato-méningée. Elle agit sur les récepteurs sérotoninergiques post-synaptiques au niveau
du système nerveux central.

Les substances hallucinogènes à noyau indolique sont divisées en trois catégories


principales :

¤ Les dérivés de la tryptamine :

Figure 23 : La tryptamine.

 Psilocybine, psilocine, bufoténine, baeocystine et sérotonine.

¤ Les dérivés de l’acide lysergique :

 Le LSD (Diéthylamide de l’Acide Lysergique) 25 (Fig 26).

¤ L’harmaline et l’harmine.

[33] La psilocybine est la O-phosphoryl-4-hydroxy-N,N-diméthyltryptamine (Fig


24). La psilocine est la 4-hydroxy-N,N-diméthyltryptamine (Fig 25). Elles ont été isolées pour
la première fois en 1958 par le Dr. Albert Hofmann à partir de sclérotes du Psilocybe

~ 58 ~
mexicana, cultivés par Roger Heim au laboratoire du Muséum National d’Histoire Naturelle
de Paris. En 1959, le Dr. Hoffmann a réalisé la synthèse chimique totale de ces molécules.
Sous forme pure, ces molécules sont des poudres cristallines blanches solubles dans le
méthanol et l’éthanol, mais pratiquement insolubles dans l’ether de pétrole et le choloroforme.
Elles sont instables à la lumière, en particulier en solution.

Figure 24 : La psilocybine. Figure 25 : La psilocine.

La psilocybine et la psilocine ont donc une parenté structurale avec le LSD,


molécule à activité psychédélique synthétisée également par le Dr. Hoffman plus de 10 ans
auparavant.

Figure 26 : Le LSD.

Ces molécules ont toutes trois un noyau indole substitué en 4. Les recherches
entreprises sur les différentes espèces du genre psilocybe ont mis en évidence d’autres
composés à effets hallucinogènes tels que : la baeocystine (Fig 28), la norbaeocystine (Fig 29)
(intermédiaires de synthèse de la psilocybine) et la bufoténine (Fig 27).

Figure 27 : La bufoténine. Figure 28 : La baeocystine. Figure 29 : La norbaeocystine.

~ 59 ~
III.2 Le Syndrome Narcotinien
III.2.1 Généralités

[33,34] Le syndrome narcotinien, aussi appelé syndrome psilocybien, résulte de la


consommation volontaire pour leurs effets psychodysleptiques de champignons
hallucinogènes contenant de la psilocybine et de la psilocine.

[1] Les espèces pouvant être à l’origine d’un syndrome narcotinien sont nombreuses
et appartiennent à différents genres de Basidiomycètes : Copelandia ( ?), Gymnopilus
(Strophariacées), Inocybe (Inocybacées), Panaeolus (?), Pluteus (Plutéacées) et Psilocybe
(Strophariacées). C’est dans le genre Psilocybe que l’on connait le plus grand nombre
d’espèces : plus de 150 espèces ont été répertoriées. Elles sont réparties dans le monde entier
(Tableau 3) et plusieurs espèces sont présentes dans différents continents (P. semilanceata, P.
cyanescens, P. cubensis).

Continent ou pays Nombre d’espèces


Mexique 55
Amérique latine (y compris Caraïbes, sauf le Mexique) 50
Etats-Unis, Canada 22
Europe 16
Asie 15
Australie, îles du pacifique 15
Afrique 4

[1] Tableau 3 : Distribution géographique des espèces de Psilocybes connues pour contenir de
la psilocybine et de la psilocine.

[30,31] selon les espèces la concentration en toxines atteint 0.1 à 2% du poids sec et
0.03 à 0.05% de champignon frais. La psilocybine est hydrosoluble, thermostable et résiste à
la dessiccation. Elle est présente dans le champignon à des concentrations de 200 à 400 µg/g.
Il existe une corrélation entre la gravité des manifestations cliniques et la quantité de toxine
ingérée. Pour P. semilanceata, la consommation de plus de 20 champignons est nécessaire
pour provoquer des effets psychédéliques. Chez l’homme, les effets psychodysleptiques sont
provoqués à la dose moyenne efficace de psilocybine ou de psilocine supérieure à 10 mg.

~ 60 ~
Le syndrome psilocybien est classé parmi les syndromes d’intoxication mineurs,
c’est-à-dire ceux dont le délai d’apparition des premiers symptômes est inférieur à 6 heures
après ingestion (Fig 30).

[35] Figure 30 : Syndromes d’intoxications par champignons répartis selon le délai en


«syndromes mineurs» et «syndromes majeurs».

~ 61 ~
La figure 31 illustre la place du syndrome psilocybien au sein des syndromes
mineurs :

Figure 31 : Syndromes mineurs : syndromes, délais et principaux signes cliniques.


SNC : système nerveux central.

[31] A des fins récréatives, les psilocybes sont consommés frais, desséchés, en
omelette, soupe…, exceptionnellement par voie intraveineuse. Les effets dépendent beaucoup
du contexte de l’intoxication ; ils sont semblables à ceux du LSD. Un phénomène de tolérance
s’installe rapidement. L’ingestion de quelques spécimens chez un consommateur naïf ou de
10 à 20 spécimens chez un consommateur habituel est suivie d’effets dans les 20-30 minutes.
Les symptômes peuvent être modifiés lors de poly-intoxications, fréquentes dans ce contexte
(cannabis, alcool etc.).

III.2.2 Métabolisme et pharmacocinétique de la psilocybine

La psilocybine est rapidement déphosphorylée en psilocine au niveau de la


muqueuse intestinale par une phosphatase alcaline et une estérase non-spécifique. La
psilocine est ensuite glucuronée par une enzyme du réticulum endoplasmique et elle est
excrétée à 80% sous forme de Psilocine-O-glucuronide. Une très petite quantité de psilocine
subit également un métabolisme oxydatif. Chez l’homme, psilocybine et psilocine peuvent

~ 62 ~
être détectées au niveau du plasma 20 à 40 mn après administration de la psilocybine par voie
orale, le taux plasmatique maximal de psilocine étant atteint au bout de 80 à 120 mn. La
psilocine peut être détectée jusqu’à 6 h après l’ingestion. La ½ vie plasmatique de la psilocine
est de 2,5 h après l’ingestion et 80% y est présente sous forme conjuguée. L’élimination est
essentiellement urinaire et presque totale en 3 h.

III.2.3 Manifestations cliniques


III.2.3.1 Liste synthétique des principales manifestations cliniques :

[6,33] Points essentiels : l’intoxiqué fait un "Voyage" de quelques heures,


l'ensemble des symptômes disparaissant en 6 heures (au maximum 12 heures). Le principal
risque est que ce dernier passe à l'acte (défenestration...) en phase d'hallucinations.

Les éléments diagnostiques du syndrome narcotinien :

¤ Le délai d'apparition: il est de 30 à 60 minutes (au maximum 3 heures) après l'ingestion.

¤ Le tableau clinique : les signes persistent 3 à 6 heures :

Troubles sensoriels :

 Perception altérée du temps et de l'espace


 Distorsion dans la perception des objets
 Hallucinations visuelles et auditives

Troubles psychiques :

 Dédoublement de la personnalité ou dépersonnalisation


 Euphorie, angoisse, panique
 Troubles de la mémoire
 Le retentissement à long terme de la consommation régulière est inconnu

Manifestations somatiques :

 Ivresse de type alcoolique


 Mydriase
 Tachycardie sinusale

~ 63 ~
 Paresthésies des extrémités
 Somnolence, vertiges, céphalée, asthénie
 Congestion faciale
 Nausées, vomissements, douleurs abdominales
 Convulsions et hyperthermie chez le jeune enfant
 Un infarctus du myocarde et un décès ont été rapportés

III.2.3.2 Symptomatologie détaillée chronologiquement :

[32] La symptomatologie survient dans les 30 minutes qui suivent l’ingestion de


champignons frais ou séchés. Elle est très variable selon les individus et le contexte
psychologique de la prise des toxiques. Une anxiété initiale, des nausées associées à des
vertiges et une asthénie peuvent précéder :

- des troubles neurosensoriels avec une dysphonie, une dissociation des sensations, des
troubles visuels, une désorientation spatiotemporelle et des troubles de la coordination
motrice ;

- des signes sympathomimétiques d’accompagnement avec mydriase, tachycardie,


hypertension artérielle et hyperréflexie ostéotendineuse.

[32,33] Les effets neuropsychiques et psychosensoriels sont constants et réalisent


une psychose artificielle de symptomatologie complexe. Les troubles de l’humeur, associant
des manifestations euphoriques, peuvent réaliser un tableau hypomaniaque, soit un tableau de
joie contemplative avec désinhibition, subexcitation, et parfois prostration et anxiété avec
logorrhée à débit variable. Les effets psychosensoriels sont des illusions et/ou des
hallucinations auditives et surtout visuelles.

Les hallucinations visuelles sont mouvantes, colorées, à luminosité intense, et sont


vécues par le sujet.

Les manifestations auditives sont le plus souvent une hyperacousie avec


acouphènes à type de bourdonnements, des sifflements et parfois plus élaborées avec des
phénomènes hallucinatoires vécus.

~ 64 ~
Les troubles somatognostiques sont l’impression d’altération des formes des
différents segments du corps, une sensation de légèreté ou de lourdeur du corps, des
impressions de dislocation, de détachement d’une partie corporelle.

Les troubles intellectuels touchent l’attention, la concentration, le cours des idées,


la mémoire avec des réminiscences ; ils sont pratiquement constants.

Des troubles de la conscience, du temps, de l’espace, de la personnalité et des


constructions délirantes ont été rapportées. [32] Les signes disparaissent en 4 à 12 heures
après ingestion.

[32,33] Les troubles somatiques sont inconstants à modérés et peuvent durer jusqu’à
24 h et des récurrences des épisodes de délire avec hallucinations peuvent survenir dans un
délai de 2 à 4 mois.

III.2.3.3 Les complications

[34,35] Quand les quantités ingérées sont importantes, des troubles


cardiovasculaires (tachycardie et hypertension artérielle qui pourraient être reliées à la
présence de phényléthylamine dans Psilocybe semilanceata), des convulsions, un coma
peuvent se produire. Il a été aussi rapporté des cas d’insuffisance rénale. Chez l’enfant, une
hyperthermie, un coma et des convulsions sont possibles. Un infarctus du myocarde a été
rapporté, de même qu’un décès. Le risque traumatique peut être prépondérant
(défenestration...). On suspecte, lors d’une consommation régulière à long terme, des
décompensations psychotiques. Il a été rapporté des cas d’anxiété intense (bad trip) avec
possibilité d’actes agressifs. [32] Les complications graves sont exceptionnelles et sont
toujours en rapport avec une ingestion massive (plus de 50 spécimens).

III.2.3.4 Tolérance et dépendance

[32] La tolérance aux hallucinogènes s'installe rapidement, mais elle est relativement
faible. Il existe une tolérance croisée entre le LSD, la mescaline et la psilocybine, mais pas
avec les amphétamines, ni le THC (tétrahydrocannabinol).

La dépendance physique est pratiquement nulle et l’on n’observe aucun syndrome de


sevrage. La dépendance psychique paraît faible.

~ 65 ~
III.3 Traitements

[37] En cas de complications, le traitement de l’intoxication par les champignons qui


contiennent de la psilocybine et de la psilocine sera uniquement symptomatique :

 Administration de benzodiazepines (Valium®) ou de phénothiazines (Largactil®)


 Rassurer l'intoxiqué
 Hospitalisation : rarement nécessaire mais est une protection pour le patient :
l’hospitalisation est rare, du fait du caractère volontaire de l’ingestion et de la
connaissance habituelle des symptômes présentés. La prise en charge médicale ne
survient que dans le cadre de complications.
 Lavage gastrique si délai < 1 heure après l'ingestion : [32,33,34] Le lavage gastrique a
longtemps été considéré comme la méthode de référence pour l'évacuation digestive
des toxiques. Pourtant son efficacité est en réalité très discutable. De plus, il n'est
éventuellement utile que s'il est pratiqué précocement. Ainsi pour la majorité des
experts, le lavage gastrique est constamment inutile s'il est pratiqué plus d'une heure
après l'ingestion des toxiques. Enfin, pénible pour le patient et long pour l'infirmière, il
ne dissuade pas l'adulte récidiviste et ne doit pas punir l'enfant désobéissant.
 Le repos en ambiance calme et une prise en charge psychiatrique sont le plus souvent
suffisants. Les malades doivent être surveillés pendant 24 heures dans un lieu calme, à
l’abri des stimulations auditives et visuelles. L’état d’agitation ainsi que les crises
convulsives sont traités par des benzodiazépines par voie orale ou intraveineuse,
celles-ci peuvent être utiles chez l’intoxiqué agité ou ayant des hallucinations.
L’halopéridol peut être associé lorsque ces dernières persistent. La majorité des
auteurs conseille de limiter la prescription de neuroleptiques à l’halopéridol
uniquement dans les formes graves de délire hallucinatoire.
 Identification et dosage des toxines :
[32] La chromatographie liquide haute performance avec détection ultraviolette (UV)
par spectrophotométrie ou électrochimie est la technique la plus performante et la plus
utilisée pour la détection et le dosage des toxines dans les champignons, dans les
liquides biologiques. La chromatographie gazeuse couplée à la spectrométrie de masse
est également sensible et spécifique.

~ 66 ~
IV Mode d’action de la Psilocine

La psilocybine et la psilocine, ont toutes deux une parenté structurale avec la


sérotonine (Fig 32-33). En effet, on peut constater que ces trois molécules possèdent un noyau
indolique.

Figure 32 : La sérotonine.

Figure 33 : La psilocine et la psilocybine.

Cette parenté structurale explique leurs effets au niveau du système sérotoninergique


que nous allons décrire dans un second temps. [38] La sérotonine est un transmetteur
synaptique de la famille des amines, sous-famille des indoleamines.

[39] Psilocybine et la psilocine dérivent de la tryptamine selon plusieurs étapes (Fig


34). La tryptamine elle-même provient du tryptophane après une étape de décarboxylation. La
tryptamine subit une méthylation puis une phosphorylation pour aboutir à la baéocystine.
Cette dernière est ensuite méthylée pour former la psilocybine. Puis une déphosphorylation
sur la psilocybine permet la production de psilocine, seule molécule active dans le système
nerveux central en raison de ses propriétés de solubilité. La baéocystine peut subir une
déméthylation pour se transformer en norbaéocystine.

~ 67 ~
Figure 34 : Biosynthèse de la psilocybine et de la psilocine à partir du tryptophane.

Il est donc admis que la psilocybine (non active) est une pro-drogue de la psilocine. La
psilocybine perd ses propriétés hydrophiles en se transformant en psilocine. Ainsi
pharmacologiquement, la psilocine représente la substance psychoactive dans l’organisme et
donc agit au niveau central sur la transmission sérotoninergique. Cependant, elle n'est pas
aussi stable que la psilocybine et se dégrade donc plus rapidement.

IV.1 Synthèse de la sérotonine

[40,41] La sérotonine (ou 5-Hydroxytriptamine ou 5-HT) est synthétisée dans le


cerveau, le plexus gastro-intestinal et les cellules entérochromaffines de l’intestin à partir du
tryptophane, acide aminé essentiel qui est apporté par l’alimentation (Fig 35). Le tryptophane
est absorbé par les neurones grâce à un transporteur de la membrane plasmique, puis
hydroxylé dans une réaction que catalyse la tryptophane-5-hydroxylase et qui constitue une
étape limitante pour la synthèse de la 5-HT, et décarboxylée par une décarboxylase.

~ 68 ~
Figure 35 : Synthèse de la sérotonine.

IV.2 La sérotonine

[40,41] La sérotonine ou 5-hydroxytryptamine (5-HT) a été ainsi nommée, car on


pensait initialement que sa présence dans le sérum augmentait le tonus vasculaire.

[40,42] Elle est localisée essentiellement à trois niveaux :

¤ La muqueuse gastro-intestinale (80% de la sérotonine de l’organisme) : ou plus


précisément les cellules entérochromaffines : synthétisant puis stockant la sérotonine, la
libération du médiateur, potentialisée par stimulation vagale, augmente la motilité et la
sécrétion intestinale en régulant l’activité des ganglions entériques (récepteurs 5-HT 3 et 4) ;
la sérotonine contracte les fibres lisses intestinales, gastriques et œsophagiennes (récepteurs 5-
HT 2).

¤ Les plaquettes sanguines : La sérotonine est stockée à partir du plasma, elle est
relarguée lors de l’agrégation plaquettaire qu’elle amplifie (les plaquettes expriment des

~ 69 ~
récepteur 5-HT 2). La sérotonine libérée agit sur les fibres lisses des vaisseaux, d’où une
constriction facilitant l’hémostase.

¤ Les neurones (SNC : Système Nerveux Central) : La sérotonine constitue le


médiateur des neuf noyaux du tronc cérébral (noyaux du raphé) émettant des projections dans
le cerveau et la moelle épinière. Ses effets sont excitateurs ou inhibiteurs (Fig 36).

[41] On trouve la sérotonine dans des groupes de neurones épars dans les régions du
raphé au niveau du pont et du tronc cérébral antérieur. Ces cellules envoient des projections
qui se distribuent largement sur le télencéphale et le diencéphale et participent à la régulation
du sommeil et de la vigilance. La sérotonine occupe une place éminente en
neuropharmacologie vu qu’un nombre important de substances antipsychotiques utilisées dans
le traitement de la dépression et de l’anxiété agissent sur les voies sérotoninergiques.

[41] Figure 36 : Projections des voies de la sérotonine.

Sur la figure 36, on peut voir la distribution dans le cerveau humain des neurones (en
vert) contenant de la sérotonine et leurs projections (flèches).

Comme pour les autres monoamines, c’est le VMAT (Vesicular MonoAmine


Transporter) qui charge la 5-HT dans les vésicules synaptiques. Les effets synaptiques de la

~ 70 ~
sérotonine cessent avec son retour dans les terminaisons nerveuses, retour assuré par un
transporteur spécifique, le SERT (SERotonin Transporter). Beaucoup sont des ISRS
(Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine) qui inhibent le transport de la 5-HT par
le SERT. La voie principale du catabolisme de la 5-HT fait intervenir la MAO (MonoAmine
Oxydase).

[40] La sérotonine participe à la régulation de la plupart des fonctions vitales de


l’organisme : rythme circadien, émotions, cognition, thermorégulation, transmission
nociceptive, activité motrice, homéostasie endocrinienne, fonctionnement cardiovasculaire,
digestif, respiratoire, etc…

IV.3 Les récepteurs

[40,42] Il existe sept familles de récepteurs de la sérotonine à la surface des cellules


cibles, dénommées 5-HT 1 à 5-HT 7. Dans le cerveau, ces récepteurs peuvent fixer de
nombreux médicaments : pour exemple, les sous-types 1, 2, 3 et 4 constituent la cible
d’antimigraineux, antiémétiques et antipsychotiques.

[40] Ces récepteurs sont généralement post-synaptiques. Les récepteurs 5-HT 1


peuvent être pré-synaptiques : ils inhibent la libération de sérotonine (rétrocontrôle négatif) ou
contrôlent celle d’autres médiateurs. Ils peuvent aussi (sauf 5-HT 3) être localisés sur les
cellules gliales (assurant le soutient et la protection du réseau neuronal dans le cerveau), les
fibres musculaires lisses, etc…

[40,41] La plupart des récepteurs sérotoninergiques sont des récepteurs


métabotropiques couplés à une protéine G (Guanylate-cyclase) (Fig 37). Ces protéines
monomériques possèdent sept domaines transmembranaires. Des portions des domaines II III
VI et VII constituent la région de liaison du neurotransmetteur (sérotonine).

~ 71 ~
Figure 37 : Récepteur métabotropique.

Ceux-ci ont été impliqués dans divers comportements, dont les émotions, les rythmes
circadiens, les comportements moteurs ou les états d’éveil cérébral. Par ailleurs, on a mis en
cause des dysfonctionnements des récepteurs de la sérotonine dans des états
comportementaux anormaux comme la dépression, les troubles anxieux et la schizophrénie.
Les médicaments qui agissent sur les récepteurs de la sérotonine ont une action thérapeutique
efficace dans un certain nombre de ces cas. L’activation des récepteurs de la sérotonine
intervient également dans la satiété et dans la réduction de prise de nourriture, ce qui explique
pourquoi on utilise parfois des substances sérotoninergiques pour traiter les troubles du
comportement alimentaire.

Seuls les récepteurs appartenant à la classe dite des 5-HT 3 sont des canaux ioniques
activés par un ligand (transmetteur) (Fig 38). Leur stimulation entraîne un potentiel d’action
cellulaire.

~ 72 ~
Figure 38 : Récepteur 5-HT 3 complet.

Ce sont des canaux cationiques non sélectifs ; ils produisent donc des réponses post
synaptiques excitatrices. Leur structure générale est un assemblage de plusieurs sous-unités
pour former un canal fonctionnel. On connait deux types de sous unités 5-HT 3 qui
s’assemblent en hétéropolymères pour former des canaux fonctionnels. Comme on peut le
voir sur la figure 38, l’assemblage de cinq sous-unités protéiques au travers de la membrane
plasmique nous donne le récepteur complet 5-HT 3.

Les récepteurs de la sérotonine sont la cible de médicaments très variés, par exemple
les sétrons (ou antagonistes des récepteurs 5-HT 3 de la sérotonine), qui sont utilisés pour
prévenir les nausées postopératoires et les vomissements induits par une chimiothérapie
anticancéreuse.

[43] Le système sérotoninergique ascendant joue un rôle dans le maintient d’une


activité EEG (Electroencéphalogramme) caractéristique de l’éveil dans le cerveau antérieur, et
intervient donc dans la vigilance. La sérotonine joue aussi un rôle dans l’apprentissage.

~ 73 ~
IV.4 Mode d’action de la psilocine

[39] Figure 39 : Action de la psilocine sur la transmission sérotoninergique, au niveau du


raphé, du locus coeruleus et du néocortex.

[39] Comme on peut le voir sur la figure 39, la psilocine est un agoniste des récepteurs
5-HT1A, 5-HT2A et 5-HT2C avec une plus forte affinité pour les récepteurs 5-HT2A. Elle

~ 74 ~
inhibe l’activité électrique des neurones sérotoninergiques au niveau du noyau du raphé car
elle agit sur les autorécepteurs 5-HT1A présents dans cette zone.
Les drogues psychédéliques activent les récepteurs 5-HT2 et notamment le récepteur
5-HT2A. Ceci va stimuler la transmission sérotoninergique. Cette action excitatrice se tient
principalement au niveau du néocortex et du locus coeruleus. Dans le locus coeruleus, la
majorité des neurones noradrénergiques centraux sont présents. Ce locus concentre les
informations sensorielles, somatiques et viscérales, qui seront ensuite transmises à l’ensemble
de l’encéphale grâce aux ramifications de ses axones.
Le fonctionnement du locus coeruleus est régulé par des interneurones GABA-
ergiques et glutamatergiques. Sur ces interneurones, des récepteurs 5-HT2 sont présents et
interagissent donc avec la psilocine. Une stimulation de l’influx sensoriel accompagnée d’une
inhibition des influx somatiques et viscéraux est observée. Ceci est provoqué par une
stimulation des inter-neurones GABA-ergique par le biais de la sérotonine, augmentant ainsi
la libération de GABA dans le locus coeruleus induisant alors l’inhibition des influx
somatiques et viscéraux.
Inversement, par le biais de cette même sérotonine, il y a activation des interneurones
glutamatergiques ce qui va stimuler les influx sensoriels.
Les hallucinations sont provoquées à la suite d’une modification de l'activité électrique
des neurones pyramidaux du néocortex (neurones également glutamatergiques). Cette
perturbation est induite par la psilocine, qui modifie le mécanisme de fonctionnement
physiologique de plusieurs structures neurologiques centrales telles que le raphé, le locus
coeruleus et le néocortex :
- dans le raphé, la psilocine inhibe l’activité neuronale en agissant au niveau des
autorécepteurs 5-HT1A, diminuant la fonction de modulation négative (par la sérotonine) de
l’activité des interneurones glutamatergiques du néocortex. Cependant, l’unique activation des
récepteurs 5-HT1A est insuffisante pour conduire aux hallucinations. Certains anxiolytiques
comme la buspirone, agissent sur ces récepteurs 5-HT1A sans être hallucinogènes,
- dans le locus coeruleus, la psilocine intervient sur les récepteurs 5-HT2, il y a alors
stimulation des interneurones GABA-ergiques conduisant à l’inhibition des influx somatiques
et viscéraux. Inversement, les inter-neurones glutamatergiques présents dans cette zone sont
aussi activés par la psilocine car ils possèdent également des récepteurs 5-HT2. Ces
interneurones stimulent les influx sensoriels.
Ainsi, le locus coeruleus transmet au néocortex des informations sensorielles
modifiées, altérées et amplifiées, provoquant une augmentation forte de la libération de

~ 75 ~
noradrénaline sur les récepteurs α1 adrénergiques, présents au niveau des interneurones
glutamatergiques du néocortex. Cela va donc renforcer la neurotransmission glutamatergique
sur les neurones pyramidaux provoquant la distorsion des perceptions. Les hallucinogènes
agissent aussi sur le néocortex lui-même, amplifiant le phénomène. Dans le néocortex, la
psilocine augmente directement la libération de glutamate. Ceci est possible grâce aux
récepteurs 5-HT2 présents sur les interneurones glutamatergiques des neurones pyramidaux
du néocortex.
Au final, il y a libération massive de glutamate (neurotransmetteur excitotoxique) au
niveau des neurones pyramidaux, provoquée par l’absorption de psilocine. Cette stimulation
anormale des neurones pyramidaux perturbe leur fonctionnement physiologique, conduisant
aux hallucinations et à une atteinte neuronale en raison de la toxicité du glutamate au long
cours.
Historiquement, les expériences portant sur l’étude du LSD 25 et de la psilocybine,
montraient les mêmes résultats et aboutissaient à des conclusions similaires concernant la
transmission sérotoninergique. Cependant, contrairement au LSD 25, la psilocine ne présente
pas d’affinité directe pour les récepteurs de la dopamine. Les effets de types dopaminergiques
induits par la psilocine sont liés à des interactions entre les deux transmissions
dopaminergique et sérotoninergique. L’augmentation de la transmission dopaminergique par
l’intermédiaire des récepteurs D2 peut réduire la transmission cholinergique et provoquer
ainsi une toxicité anticholinergique.
La psilocybine joue aussi indirectement sur les transmissions GABA-ergique et
glutamatergique par l’intermédiaire des interneurones. De plus, et seulement à des doses très
élevées, la psilocine peut agir directement sur des récepteurs de la noradrénaline.

V. Nouvelles perspectives d’utilisation de la psilocybine à des fins


thérapeutiques

[44] Dans les années 1960 la psilocybine a été très utilisée dans la recherche clinique
sur les troubles mentaux mais aussi dans le domaine de la psychothérapie. Très souvent ces
travaux utilisaient la molécule de synthèse produite pour ce faire par les Laboratoires Sandoz
sous le nom d’Indocybine. Ces études ont montré que la psilocybine produisait un état altéré
de conscience (semblable à celui produit par le LSD) caractérisé par des changements
importants au niveau de la perception, de l’humeur et des pensées, y compris au niveau de la

~ 76 ~
notion du temps, de l’espace et du corps, comme cela se perçoit rarement sauf dans les rêves,
les états d’exaltation religieuse et les psychoses aiguës. Etant donné que la psilocybine
présentait moins d’effets secondaires que le LSD, elle est apparue à de nombreux chercheurs à
cette époque comme une molécule de choix pour étudier les fondements neurologiques des
états altérés de conscience (notamment : hallucinations d’ordre religieux, spirituel ou
psychotique). Mais aussi elle est apparue comme un adjuvant utile dans les psychothérapies
psychodynamiques pour amener l’inconscient vers le conscient. Cependant, le classement en
1970 aux USA de la psilocybine et de la psilocine dans la liste des drogues de Catégorie 1 a
mis un frein à ces recherches qui se sont progressivement arrêtées.
[44] Ce n’est que depuis la fin des années 1990 que l’intérêt pour ces molécules et
d’éventuelles applications thérapeutiques a réapparu, en particulier avec le développement de
nouvelles techniques d’imagerie cérébrale, d’approches neuropsychologiques sophistiquées et
d’études en neuropharmacologie qui ont posé les bases de l’utilisation des hallucinogènes
comme modèle pour étudier certains aspects des psychoses.
[44] Cet intérêt est d’autant plus soutenu que de nombreuses études ont confirmé
aujourd’hui que la toxicité de la psilocybine était très faible, le risque de dépendance
(physique, psychologique) quasi nul, sa durée d’action moyennement longue et son absorption
par voie orale bonne. Néanmoins les études cliniques utilisant la psilocybine restent peu
nombreuses car la législation n’a pas évoluée (Convention Internationale sur les substances
psychotropes de Vienne du 21 février 1971).

V.1 Psilocybine et anxiété

a. Généralités sur l’anxiété :

[45] La maladie : L’anxiété ou Trouble Anxieux Généralisé (TAG) est une maladie
psychiatrique souvent chronique. Il n'est pas toujours aisé de faire la part entre ce diagnostic
(qui doit être posé avec précision) et des traits psychologiques communs de l'émotion
« normale ».
[46] Physiopathologie : Il est aujourd’hui reconnu que l’apparition de troubles anxieux
est étroitement liée à des perturbations fonctionnelles survenant en premier lieu dans trois
systèmes de neurotransmetteurs : les systèmes GABA-ergique, noradrénergique et
sérotoninergique. Le GABA est le principal inhibiteur de toutes les réactions excessives des
systèmes neuronaux alors que la noradrénaline et la sérotonine sont des modulateurs
~ 77 ~
d’activités neuronales plus subtils. Ils contrôlent et canalisent les informations reçues de
manière à permettre à l’organisme un comportement entièrement adapté aux circonstances et
à l’environnement. De nos jours encore, l’hypothèse selon laquelle une insuffisance
fonctionnelle de ces deux systèmes contribuerait de manière significative à la survenue de la
dépression, conserve toute sa validité. Néanmoins le rôle exact de ces molécules, leurs
interactions avec l’environnement sont encore à préciser.
[45] Epidémiologie : La prévalence du TAG est estimée à 4 % de la population
générale française. Il est deux fois plus fréquent chez les femmes. Il semble associé à des
événements de vie tels que le divorce ou la perte d'emploi. Le TAG, notamment dans ses
formes chroniques, peut être associé à une dépression, à une autre forme d'anxiété (phobies,
troubles obsessionnels compulsifs, trouble panique, syndrome post-traumatique, etc.) ou à
l'alcoolisme.
Complications : L'intensité de la symptomatologie et son passage à la chronicité
peuvent entraîner une altération marquée du fonctionnement social et professionnel.
Diagnostic : Le trouble anxieux généralisé (TAG), ou anxiété généralisée, est défini
par la présence quotidienne, pendant plusieurs mois consécutifs, des symptômes suivants :
anxiété excessive, persistante et irrationnelle touchant la plupart des situations de la vie
quotidienne, difficultés majeures à « se raisonner » et à contrôler ses préoccupations
excessives, auxquelles s'ajoutent 3 au moins des 6 éléments suivants : agitation, fatigabilité,
difficultés de concentration et trous de mémoire, irritabilité, myalgies, troubles du sommeil.
Il ne doit être confondu ni avec l'anxiété normale, émotion adaptée en relation avec les
stress de la vie quotidienne, ni avec les formes d'anxiété en relation avec une affection
médicale générale (hyperthyroïdie, phéochromocytome, hypoglycémie), un événement
stressant (séparation, décès d'un proche, annonce d'une maladie grave, etc.) ou des erreurs
hygiénodiététiques (abus de café, d'alcool ou usage de stupéfiants). L'anxiété n'acquiert le
statut de maladie que lorsqu'elle cesse d'être une émotion normale pour devenir une source de
détresse pour l'individu, qui ne la contrôle plus. Le TAG est un trouble souvent chronique.
Objectifs de la prise en charge (Fig 40) : Disparition de l'anxiété ou, du moins,
contrôle à un niveau compatible avec la poursuite d'une vie personnelle et professionnelle
normale. Prévention et traitement des comorbidités (dépression, alcoolisme, etc.).
Différents traitements sont possibles mais nous détaillerons uniquement ceux dont le
mécanisme d’action cible le système sérotoninergique.

~ 78 ~
Figure 40 : La prise en charge actuelle du TAG.

b. Traitements :

[45] Escitalopram :
L'escitalopram est un inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine (ISRS) qui
agit, après 2 ou 4 semaines de traitement, principalement sur les symptômes psychiques. La
posologie recommandée est de 10 mg par jour en une prise. En cas d'efficacité insuffisante
après plusieurs semaines de traitement, certains patients peuvent bénéficier d'augmentations
progressives de doses jusqu'à une posologie maximum de 20 mg par jour. La durée du
traitement doit être d'au moins 6 mois. Les effets indésirables les plus fréquents, surtout

~ 79 ~
rencontrés en début de traitement, sont les troubles gastro-intestinaux et les troubles sexuels.
L'arrêt du traitement sera conduit très progressivement, sur une période d'au moins 1 à
2 semaines, afin de réduire les risques de réactions de sevrage. L'escitalopram induisant un
allongement dose-dépendant de l'intervalle QT, sa dose maximale a été abaissée à 10 mg par
jour chez les patients âgés de plus de 65 ans, la dose maximale de 20 mg par jour étant
inchangée chez les adultes de moins de 65 ans. Ce médicament est désormais contre-indiqué
chez les patients présentant un allongement acquis ou congénital de l'intervalle QT, et en
association avec d'autres médicaments connus pour induire des allongements de l'intervalle
QT. La prudence est recommandée chez les patients à haut risque de développer des torsades
de pointes (insuffisance cardiaque congestive, infarctus du myocarde récent, bradycardie ou
prédisposition à une hypokaliémie ou une hypomagnésémie). Des cas d'allongement de
l'intervalle QT ont également été rapportés avec d'autres inhibiteurs de la recapture de la
sérotonine.
Paroxétine :
La paroxétine est un inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine (ISRS) qui agit,
après 3 ou 4 semaines de traitement, principalement sur les symptômes psychiques. La
posologie initiale recommandée est de 20 mg par jour en une prise. En cas d'efficacité
insuffisante après quelques semaines de traitement, certains patients peuvent bénéficier d'une
augmentation progressive des doses (10 mg toutes les 2 semaines), jusqu'à une posologie
maximum et exceptionnelle de 50 mg par jour. La durée du traitement doit être d'au moins
6 mois. La survenue de symptômes gênants lors de tentatives de réduction de posologie chez
les patients stabilisés pourra nécessiter la reprise des doses précédentes. Les effets
indésirables les plus fréquents, surtout rencontrés en début de traitement, sont les troubles
gastro-intestinaux et les troubles sexuels. L'arrêt du traitement sera conduit très
progressivement afin de réduire les risques de réactions de sevrage.
Venlafaxine :
La venlafaxine est un inhibiteur de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline
(IRSNA), qui agit principalement sur les symptômes psychiques. Elle devient efficace entre la
1ère et la 3ème semaine du traitement. Son efficacité augmente avec la durée du traitement :
plus grande à 28 semaines qu'à 8 semaines. La posologie, instaurée sur la base de 75 mg en
une prise quotidienne, peut être augmentée si nécessaire par paliers de 1 comprimé (37,5 mg)
toutes les semaines. Des posologies supérieures à 150 mg restent exceptionnelles. La durée du
traitement doit être d'au moins 6 mois. Après obtention de la réponse thérapeutique, le
traitement pourra être progressivement diminué jusqu'à la posologie minimale compatible

~ 80 ~
avec le maintien de l'efficacité. Les effets indésirables les plus fréquents sont les
étourdissements en début de traitement et les nausées dont l'apparition peut être plus tardive.
La sécheresse de la bouche, l'asthénie, l'insomnie, la somnolence et les troubles sexuels sont
également notés. L'arrêt du traitement sera conduit très progressivement sur 1 à 2 semaines
afin de réduire les risques de réaction de sevrage.

c. Psilocybine et anxiété : perspectives

[47,48,49] En 2013, partant du constat que i) de nombreux traitements utilisés en


psychiatrie ne sont pas particulièrement efficaces et demandent un certain temps pour agir et
ii) certains traitements psychologiques peuvent avoir des effets plus durables que certains
traitements médicamenteux, S. N. Young a publié une analyse de différentes études cliniques
portant sur des traitements alternatifs supposés avoir un effet sur le plus long terme, dont
l’administration de psilocybine. La plupart des études concernant la psilocybine ont été
pratiquées avec des volontaires sains. Globalement, les participants, dans un suivi à 2 mois
puis à 14 mois, ont attribué au traitement des changements positifs durables dans leur attitude
et leur comportement, changements confirmés par des observateurs extérieurs.
[50] Une seule étude a porté sur des patients : Grob et collaborateurs ont publié en
2011 une étude pilote sur l'effet de la psilocybine sur 12 patients atteints de cancer à un stade
avancé chez lesquels avait été diagnostiqué un trouble anxieux aigu, ou un trouble anxieux
généralisé, un trouble anxieux dû au cancer ou un trouble de l’adaptation avec anxiété. Selon
un plan d’étude croisée, les patients étaient traités avec la psilocybine et la niacine (placebo) à
plusieurs semaines d'intervalle. La psilocybine a provoqué une diminution significative de
l’anxiété, à 1 et 3 mois après le traitement, et l'amélioration de l'humeur, mesurée après 6
mois. De nombreux patients ont suggéré qu’à l'avenir les protocoles prévoient la possibilité
d’une deuxième session psilocybine plusieurs semaines après la première. Les futures études
devront également aborder la question du contrôle de l’effet placebo.
Malgré les limites, cette étude démontre que l’utilisation prudente et contrôlée de la
psilocybine peut fournir un modèle alternatif pour le traitement de patients qui souffrent
d'angoisse existentielle profonde et de désespoir accompagnant souvent les cancers à un stade
avancé.
Actuellement aux USA une étude débute à l’Université Johns Hopkins (Baltimore,
Maryland). Dans cette étude, 44 patients atteints de cancer recevront de la psilocybine en
deux séances sur une période de 2 mois avec 6 mois de suivi. Cette étude se concentre

~ 81 ~
spécifiquement sur les expériences spirituelles et perspicaces induites par la psilocybine
comme facteur de guérison chez des patients en détresse psychologique due au diagnostic de
cancer. Les résultats seront évalués en termes de bien-être psychologique, d’expérience
mystique / spirituelle, de qualité de vie, d’anxiété, d’humeur dépressive, d’attitudes au sujet
de la mort. Les marqueurs sanguins de stress et de la fonction immunitaire seront également
dosés.
Une autre étude est en cours à l’Université de New-York. Elle porte sur 32 patients
atteints de cancer. L'objectif principal de cette étude en double-aveugle est d'évaluer
l'efficacité de la psilocybine sur la détresse psychosociale, et l'anxiété associée à un cancer
avancé. Elle portera aussi sur la perception de la douleur, la dépression, la détresse
existentielle / psycho-spirituelle, les attitudes envers progression de la maladie, qualité de vie,
et les états spirituels / mystiques de conscience.

V.2. Psilocybine et dépression

[43] Il se pourrait que certains symptômes de la dépression soient associés à une


diminution de l’activité des neurones sérotoninergiques. En effet, certains médicaments
susceptibles de soigner la dépression agissent sur les terminaisons des neurones
sérotoninergiques ; ce sont les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine ou ISRS.
De ce fait il pourrait y avoir deux sortes de dépression : l’une associée à un
dysfonctionnement noradrénergique et l’autre à un dysfonctionnement sérotoninergique.

a. Généralités sur la dépression :

[45] La maladie : La Dépression est une pathologie fréquente, entraînant souffrance et


tendance suicidaire. Pour le médecin, l'épisode dépressif majeur doit être parfaitement
caractérisé.
Physiopathologie : L'implication de facteurs génétiques et de facteurs
environnementaux (activité professionnelle, situation familiale) est établie.
Epidémiologie : La prévalence de la dépression est de 15 à 25 %, avec une
prédominance féminine. L'âge de début des troubles se situe dans la plupart des cas entre 15
et 25 ans, mais il existe un autre pic de survenue vers 35 ans.
Complications : La dépression représente 30 à 60 % des causes de suicide. Le risque
suicidaire doit être pris en compte tout au long du traitement. La survenue en cours de

~ 82 ~
traitement de nouveaux symptômes (insomnie, hyperactivité, irritabilité, anxiété, etc.) et, a
fortiori, d'idées suicidaires, nécessite un avis spécialisé.
Diagnostic : Le diagnostic d'épisode dépressif majeur (ou « caractérisé ») repose sur la
présence d'au moins 5 des manifestations suivantes pendant au moins 2 semaines, dont l'une
des 2 premières au moins : humeur dépressive (tristesse), perte d'intérêt ou de plaisir
(anhédonie), perte ou gain de poids significatif, insomnie ou hypersomnie, agitation ou
ralentissement psychomoteur, asthénie ou perte d'énergie, sentiment de dévalorisation ou de
culpabilité inappropriée, trouble de la concentration, pensées de mort ou idées suicidaires. Les
symptômes induisent une souffrance cliniquement significative ou une altération du
fonctionnement social. Ils ne doivent pas être expliqués par un deuil récent. On distingue, en
fonction de l'intensité des symptômes :
¤ Le syndrome dépressif « caractérisé » léger : peu (ou pas) de symptômes supplémentaires,
altération mineure du fonctionnement social ;
¤ Le syndrome dépressif « caractérisé » sévère : plusieurs symptômes supplémentaires,
perturbation nette du fonctionnement social et/ou caractéristiques psychotiques
(hallucinations ou idées délirantes) ;
¤ Le syndrome dépressif « caractérisé » d'intensité modérée se situe entre les deux.
Objectifs de la prise en charge (Fig 41):
- Disparition des symptômes de l'épisode dépressif : l'objectif est la rémission complète.
- Prévention du risque suicidaire.
- Information et éducation du patient sur la stratégie thérapeutique et sur les signes précoces
de rechute à repérer.
- Prévention des récurrences qui sont fréquentes (50 % après un premier épisode dépressif
majeur, 70 % après un deuxième, 90 % après un troisième sur 2 ans).

~ 83 ~
Figure 41 : La prise en charge de la dépression.

Nous détaillerons uniquement les traitements dont le mécanisme d’action cible le


système sérotoninergique.

b. Traitements conventionnels :

[45] Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) :


Les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) constituent une classe
homogène de médicaments et sont le traitement de première intention de l'épisode dépressif
~ 84 ~
caractérisé d'intensité modérée ou sévère. Il n'existe pas de différence établie entre les
différentes spécialités. Les principaux effets indésirables de ces molécules sont les troubles
digestifs, habituellement régressifs après quelques jours de traitement. Parmi les autres effets
indésirables, des troubles sexuels (en particulier trouble de l'éjaculation), des saignements et
une hyponatrémie ont été rapportés. Le citalopram et l'escitalopram induisant un allongement
dose-dépendant de l'intervalle QT, leur dose maximale a été abaissée : pour le citalopram dose
maximale abaissée à 40 mg par jour et, chez les patients âgés de plus de 65 ans ou insuffisants
hépatiques, à 20 mg par jour ; pour l'escitalopram, dose maximale abaissée à 10 mg par jour
chez les patients âgés de plus de 65 ans, la dose maximale de 20 mg par jour étant inchangée
chez les adultes de moins de 65 ans. Ces médicaments sont désormais contre-indiqués chez
les patients présentant un allongement acquis ou congénital de l'intervalle QT, et en
association avec d'autres médicaments connus pour induire des allongements de
l'intervalle QT. La prudence est recommandée chez les patients à haut risque de développer
des torsades de pointes (insuffisance cardiaque congestive, infarctus du myocarde récent,
bradycardie ou prédisposition à une hypokaliémie ou une hypomagnésémie). Des cas
d'allongement de l'intervalle QT ont également été rapportés avec d'autres inhibiteurs de la
recapture de la sérotonine.
Le jus de pamplemousse bloque le système enzymatique qui s'oppose à l'absorption de
certains médicaments par l'entérocyte et, donc, en augmente la biodisponibilité, ce qui conduit
à un surdosage avec sur-risque d'effets indésirables (fréquence et gravité). Le jus de
pamplemousse majore ainsi l'exposition à la sertraline. En conséquence, il faut informer les
patients traités par la setraline de s'abstenir de consommer du pamplemousse (fruit et jus). En
revanche, les autres agrumes (orange, citron) ne posent pas de problèmes. Contrairement aux
antidépresseurs tricycliques, les ISRS n'ont pas de contre-indications oculaires ou
prostatiques.
Des précautions sont requises en cas d'insuffisance rénale ou hépatique.
Les médicaments de référence sont : Le citalopram, l’escitalopram, la fluoxétine, la
fluvoxamine, la paroxétine et la sertraline.

Inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (IRSNA) :

Les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (IRSNA) sont


également un traitement de 1ère intention de l'épisode dépressif caractérisé d'intensité modérée
ou sévère. Il s'agit de la duloxétine, du milnacipran et de la venlafaxine. La venlafaxine a
également obtenu une AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) pour la prévention des

~ 85 ~
rechutes dépressives dans le trouble dépressif récurrent. Elle peut donc être prescrite dans
cette situation de façon prolongée. Les principaux effets indésirables liés à cette classe sont
les troubles digestifs. Des précautions sont requises en cas d'insuffisance rénale ou hépatique.
Avec la venlafaxine, des épisodes de poussées hypertensives sont parfois observés.

Antidépresseurs tricycliques (ou imipraminiques) :

Les antidépresseurs tricycliques (ou imipraminiques) sont indiqués dans le traitement de


l'épisode dépressif caractérisé d'intensité modérée ou sévère, en 2 ème ou 3ème intention, c'est-
à-dire uniquement en cas d'échec d'un traitement par ISRS, IRSNA ou par un médicament de
la classe des « autres antidépresseurs ». Les effets secondaires liés à cette classe sont
cholinergiques (sécheresse buccale, rétention urinaire) et cardiologiques (troubles du
rythme) ; ils justifient la réalisation d'un électrocardiogramme avant la mise en route du
traitement. Ce sont des psychotropes thymo-analeptiques agissant par plusieurs mécanismes et
ayant entre autres un effet sérotoninergique.
Ces médicaments sont contre-indiqués en cas de glaucome à angle fermé, d'obstacle
prostatique et d'infarctus du myocarde récent, ainsi qu'en association aux IMAO non sélectifs
et sélectifs.
Les médicaments de référence sont : L’amitriptyline, l’amoxapine, la clomipramine, la
dosulépine, la doxépine, l’imipramine, la maprotiline et la trimipramine.

Inhibiteurs de la Monoamine Oxydase (IMAO) :

Les inhibiteurs de la monoamine oxydase (IMAO) regroupent les IMAO non sélectifs
(iproniazide) et les IMAO sélectifs A (moclobémide). Ils sont indiqués dans le traitement de
l'épisode dépressif caractérisé d'intensité modérée ou sévère, en 2 ème ou 3ème intention, c'est-à-
dire uniquement en cas d'échec d'un traitement par ISRS, IRSNA ou par un médicament de la
classe des « autres antidépresseurs », du fait des problèmes de tolérance et d'interactions
médicamenteuses qu'ils peuvent induire. Comme expliqué précédemment, la sérotonine est
catabolisée par la MAO, donc on peut dire que cette classe de médicaments diminue le
catabolisme de la sérotonine.

Les médicaments de référence sont : L’iproniazide et le moclobémide.

c. Psilocybine et dépression : perspectives

[51] En 2014 R. Kraehenmann et collaborateurs ont publié les résultats d’une étude
concernant les effets de la psilocybine sur des volontaires sains, et plus précisément sur
~ 86 ~
l'amygdale (complexe amygdalien), une structure cérébrale clé au niveau du traitement de
l’émotion dans les circuits sérotoninergiques. Chez les sujets sains, on sait que
l'administration de psilocybine (agoniste des récepteurs à la sérotonine 5-HT1A / 5-HT2A / 5-
HT2C) diminue la réponse des neurones aux stimuli négatifs et induit des changements
d'humeur vers des états positifs. Cependant, on ne sait pas si la psilocybine réduit la réactivité
de l’amygdale aux stimuli négatifs et si un changement dans la réactivité de l’amygdale est lié
au changement de l'humeur.

Cette étude a donc évalué les effets de l'administration de psilocybine (0,16 mg/kg) par
rapport à un placebo au niveau de la réactivité de l’amygdale aux stimuli négatifs chez 25
volontaires en bonne santé en utilisant l'imagerie par IRM fonctionnelle. Les sautes d'humeur
ont été évaluées en utilisant l'affect positif ou négatif et l’anxiété. L’essai a été effectué en
double-aveugle psilocybine/placebo dans deux sessions distinctes d’au moins 14 jours
d'intervalle.
Les résultats ont démontré que la réactivité de l’amygdale aux stimuli négatifs et neutres
était plus faible après l'administration de la psilocybine qu’après l'administration du placebo.
Cette atténuation de la réactivité de l'amygdale en réponse à des stimuli négatifs induite par la
psilocybine a été reliée à l'augmentation de l’état d'humeur positive. Ces résultats pourraient
trouver leur application dans un traitement visant à normaliser l'hyperactivité de l'amygdale et
de l'humeur négative chez les patients souffrant de dépression majeure.
Cependant, à ce jour aucune étude portant sur l’administration de psilocybine à des
patients souffrant de dépression caractérisée n’a été publiée.

V.3 Psilocybine et troubles obsessionnels compulsifs

[43] Un niveau d’activité sérotoninergique accru est également retrouvé chez des
patients atteints de TOC, une maladie caractérisée par une répétition inutile mais irrépressible
de certains comportements et par des pensées souvent désagréables.

a. Généralités sur les troubles obsessionnels compulsifs :

[45] La maladie : Le trouble obsessionnel compulsif (TOC) est défini par la


coexistence d'obsessions et de compulsions (dans plus de 90 % des cas). Les formes pures,
obsessionnelles ou compulsives, sont très rares.

~ 87 ~
Physiopathologie : La physiopathologie du trouble obsessionnel compulsif n'est pas
clairement établie. L'implication de facteurs génétiques et environnementaux est généralement
admise. Les données de la neuro-imagerie fonctionnelle suggèrent l'implication de certains
circuits neuronaux, dont le dysfonctionnement pourrait être lié aux manifestations cliniques
du TOC. [52] La sérotonine (5-HT) système neurotransmetteur a été impliquée dans la
pathophysiologie de plusieurs troubles neuropsychiatriques, en particulier le trouble
obsessionnel-compulsif (TOC). Le blocage de la recapture de 5-HT apparaît comme un
événement initial neurobiologique important dans le mécanisme thérapeutique d'action des
médicaments anti-obsessionnels. Cependant, pour des raisons qui continuent d'être mal
comprises, l'amélioration clinique après le début du traitement avec les inhibiteurs de la
recapture de la 5-HT peut prendre jusqu'à 8 à 12 semaines, et la plupart des patients ne
s’améliorent pas entièrement. Des données récentes suggèrent que l'activation du récepteur
5HT2A et / ou du récepteur 5-HT2C peut être importante pour l'amélioration des symptômes
du TOC.
[45] Epidémiologie : Une étude épidémiologique réalisée aux États-Unis en 1984 a
montré que le TOC était le quatrième trouble psychiatrique par ordre de fréquence (après les
phobies, les addictions et les troubles dépressifs). Sa prévalence annuelle (1,1 à 1,8 %) est
remarquablement constante d'un pays à l'autre. Le TOC débute en général à la puberté. C'est
une affection chronique qui touche un peu plus les femmes que les hommes (52 % versus
48 %).
Complications : Le retentissement du TOC sur la vie familiale et professionnelle peut
être majeur : impossibilité de gérer la vie courante, conduites d'évitement, ruminations
anxieuses, désocialisation.
Diagnostic : Les obsessions peuvent prendre la forme de pensées, impulsions ou
représentations récurrentes et persistantes, ressenties comme intrusives et entraînant une
anxiété importante. Le sujet fait des efforts pour ignorer ou neutraliser ses pensées par
d'autres pensées ou actions, mais il reconnaît qu'elles proviennent de sa propre activité.
Les compulsions sont définies comme des comportements répétitifs (lavage des mains,
rangement, vérification) ou des actes mentaux (prier, compter, répéter des mots
silencieusement) que le sujet se sent poussé à accomplir en réponse à une obsession ou selon
certaines règles qui doivent être appliquées de manière inflexible. Ces compulsions sont
destinées à neutraliser ou à diminuer le sentiment de détresse ou à empêcher un événement
redouté de survenir.

~ 88 ~
Objectifs de la prise en charge (Fig 42): Contrôle des symptômes et préservation de la
qualité de vie et de l'insertion socioprofessionnelle.

Figure 42 : La prise en charge des TOC.

~ 89 ~
b. Traitements :

[45] Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) :

Cinq inhibiteurs sélectifs de recapture de la sérotonine (ISRS) sont indiqués en France


dans le traitement des TOC de l'adulte : l'escitalopram, la fluoxétine, la fluvoxamine, la
paroxétine et la sertraline. Ils sont le plus souvent prescrits en association avec une
psychothérapie, de type cognitivo-comportementale ou analytique. Leur délai d'action est plus
long dans cette indication que dans les états dépressifs majeurs et les doses prescrites sont
plus élevées.

L'augmentation des doses se fait très progressivement, par paliers d'une semaine, en vue
d'atteindre des posologies de 20 mg par jour pour l'escitalopram, 60 mg par jour pour la
fluoxétine, 300 mg par jour pour la fluvoxamine, 40 mg par jour pour la paroxétine et de
200 mg par jour pour la sertraline.

Aucun de ces ISRS n'a démontré une supériorité par rapport aux autres dans le traitement
des TOC et il est impossible de prédire lequel sera le plus efficace pour un patient donné.
Pour juger de l'efficacité du traitement, on estime qu'un délai de 10 à 12 semaines, avec au
moins 4 à 6 semaines à la dose maximale tolérée, est nécessaire. En cas de non-réponse à un
premier traitement, un autre ISRS peut être prescrit. Les ISRS apportent une amélioration
cliniquement significative chez 40 à 60 % des patients présentant un TOC, mais rarement une
rémission.

Les principaux effets indésirables de ces molécules sont les troubles digestifs,
habituellement régressifs après quelques jours de traitement. Quelques cas d'hyponatrémie
sont également signalés.

L'escitalopram induisant un allongement dose-dépendant de l'intervalle QT, sa dose


maximale a été abaissée à 10 mg par jour chez les patients âgés de plus de 65 ans, la dose
maximale de 20 mg par jour étant inchangée chez les adultes de moins de 65 ans. Ce
médicament est désormais contre-indiqué chez les patients présentant un allongement acquis
ou congénital de l'intervalle QT, et en association avec d'autres médicaments connus pour
induire des allongements de l'intervalle QT. La prudence est recommandée chez les patients à
haut risque de développer des torsades de pointes (insuffisance cardiaque congestive,
infarctus du myocarde récent, bradycardie ou prédisposition à une hypokaliémie ou une

~ 90 ~
hypomagnésémie). Des cas d'allongement de l'intervalle QT ont également été rapportés avec
d'autres inhibiteurs de la recapture de la sérotonine.

Contrairement aux antidépresseurs tricycliques, les ISRS n'ont pas de contre-indications


oculaires ou prostatiques. Des précautions sont requises en cas d'insuffisance rénale ou
hépatique.

L'arrêt du traitement doit toujours être progressif et programmé avec le patient. En cas de
traitement d'une durée inférieure à un an : arrêt en quelques semaines, en diminuant par
exemple de ¼ la dose journalière chaque semaine. En cas de traitement d'une durée supérieure
à un an : arrêt en quelques mois, en diminuant par exemple de ¼ tous les mois la dose
journalière.

La Clomipramine

La clomipramine est un produit déjà ancien (plus de 35 ans), de la famille des


antidépresseurs tricycliques (ou imipraminiques), qui est efficace dans le traitement des TOC.
Un traitement doit être instauré chez tous les patients pour lesquels les ISRS ont été
inefficaces, en tenant compte de ses contre-indications : glaucome à angle fermé, obstacle
prostatique, séquelle d'infarctus du myocarde récent, association aux IMAO non sélectifs et
sélectifs. Les effets secondaires de la clomipramine sont ceux des anticholinergiques
(sécheresse buccale, rétention urinaire) et cardiologiques (troubles du rythme). lls justifient la
réalisation d'un électrocardiogramme avant la mise en route du traitement.

c. Psilocybine et TOC : perspectives

[52] Dès 1998, Delgado PL et Moreno FA passent brièvement en revue les études
cliniques et précliniques relatives aux effets des hallucinogènes sur les TOC mais aussi les
questions liées aux propriétés pharmacologiques des drogues psychédéliques et à leur sécurité
d’utilisation chez les patients souffrant de TOC. Ces données suggèrent que l'activation des
récepteurs 5-HT2 par les hallucinogènes peut conduire à une réduction aiguë des TOC, ainsi
qu’à des effets bénéfiques plus durables sur les symptômes du TOC. Des essais contrôlés chez
des personnes souffrant de TOC sont recommandés.

[53] Le premier essai clinique réalisé sous l’égide de l’Institut de recherche Heffter
avait pour objectif d’étudier l’intérêt de la psilocybine sur les TOC. Plus précisément cette
étude en double-aveugle avait pour but d'évaluer les effets de l'administration orale de la

~ 91 ~
psilocybine chez 9 patients atteints uniquement de cette maladie en terme d'innocuité, de
tolérance et d’efficacité cliniques. Aucun effet secondaire notable n’a été enregistré. Une
diminution nette des symptômes de TOC, à des degrés variables, a été observée chez tous les
sujets pendant une ou plusieurs sessions de test et l’amélioration générale durait au-delà de
24h. Les scientifiques ont conclu que, dans un environnement clinique contrôlé, la psilocybine
avait été utilisée en toute sécurité chez les sujets souffrant de TOC et était associée à une
réduction aiguë des symptômes de base de TOC chez plusieurs sujets.

V.4. Psilocybine et addiction : le sevrage de l’alcoolo-dépendance

a. Généralités sur l’alcoolo-dépendance :

[45] La maladie : L'OMS définit le mésusage des boissons alcoolisées comme une
consommation occasionnelle ≥ 4 verres par occasion, ou une consommation régulière
≥ 3 verres par jour pour l'homme et ≥ 2 verres par jour pour la femme. Cette consommation
excessive devient nocive lorsqu'elle s'accompagne d'un dommage médical, social et/ou
psychique, ou d'une alcoolodépendance.
Epidémiologie : On estime à 1,5 million le nombre de personnes alcoolodépendantes
en France, et à 2,5 millions les consommateurs à risque pouvant encore contrôler leur
consommation. La consommation excessive d'alcool est la cause directe ou indirecte de
30 000 à 35 000 décès par an.
Complications : Le syndrome de manque, qui peut apparaître immédiatement après et
jusqu'au 10ème jour suivant l'arrêt de l'alcool, traduit un état de manque psychique, et/ou
comportemental, et/ou physique. Il peut se compliquer de crises convulsives ou de troubles de
la conscience (obtusion, agitation) qui peuvent faire craindre un delirium tremens (DT) et
nécessiter une hospitalisation.
Diagnostic : La notion d'alcoolodépendance, longtemps réduite à l'existence de
symptômes physiques de « manque », recouvre également des manifestations :
¤ Psychiques : désir compulsif de boire et perte de la maîtrise de la consommation,
¤ Comportementales : augmentation de la tolérance à l'alcool responsable d'une
consommation croissante, priorité donnée à la recherche d'alcool sur les autres activités,
évitement du manque par une consommation matinale, fixation des conduites d'alcoolisation
pour maintenir une alcoolémie suffisante.

~ 92 ~
Objectifs de la prise en charge (Fig 43):
- Aide à la réduction de la consommation en deçà des seuils définis par l'OMS, voire à son
arrêt.
- Amélioration de la qualité de vie du patient.
- Prévention des complications dues à une consommation excessive d'alcool.

Figure 43 : La prise en charge de l’alcoolodépendance.

b. Traitements :

[45] Prise en charge psychologique et sociale :


Elle est fondamentale. Elle est partie intégrante de la prise en charge du patient
alcoolodépendant avant même la décision du sevrage.
Benzodiazépines
Les benzodiazépines ont l'effet le mieux démontré sur le syndrome de sevrage alcoolique.
Les benzodiazépines à demi-vie longue préviennent le mieux les crises comitiales et
diminuent les risques d'abus ultérieur. Elles présentent toutefois un risque d'accumulation en

~ 93 ~
cas d'insuffisance hépatocellulaire. Le diazépam est la benzodiazépine de référence utilisée
dans le cadre du sevrage alcoolique.
Différents schémas sont recommandés en ambulatoire : doses fixes pendant 1 à 3 jours
(10 mg de diazépam toutes les 6 heures per os, par exemple), puis réduction d'une prise par
jour du 4ème au 7ème jour. L'utilisation de « dose de charge » (20 mg de diazépam per os, par
exemple) est réservée aux cas d'agitation. Le maintien d'une prescription de benzodiazépines
n'est pas justifié au-delà de 7 à 10 jours, sauf cas particuliers.

Les benzodiazépines sont également indiquées dans la prévention du delirium tremens.

Les effets indésirables sont essentiellement neuropsychiatriques : diminution de la


vigilance diurne particulièrement dangereuse chez les conducteurs de véhicule ; amnésie
antérograde ; comportement inapproprié, agressivité. Ils doivent être pris en compte
particulièrement lorsque le patient est traité en ambulatoire. L'entrée dans un processus de
consommation de longue durée est favorisée par les traitements prolongés, les doses élevées
et l'existence d'autres dépendances (médicamenteuses ou non). Les principaux autres risques
sont les chutes chez les personnes âgées et l'insuffisance respiratoire aiguë favorisée par les
troubles chroniques de ventilation et l'insuffisance hépatique.

Les médicaments de référence sont : l’alprazolam, le bromazépam, le clobazam, le


clorazépate dipotassique , le clotiazépam, le diazépam, le lorazépam, le nordazépam,
l’oxazépam et le prazépam.

Clonidine

La clonidine est utilisée (hors AMM : Autorisation de Mise sur le Marché) de façon
spécifique dans le sevrage conjoint héroïne-alcool. Elle diminue les signes d'hyperactivité
adrénergique du sevrage et semble diminuer l'expression psychique du syndrome de manque.
Sans activité anticomitiale, elle ne peut être utilisée seule.

Thiamine

La thiamine (vitamine B1) : sa carence est fréquente chez l'alcoolodépendant et peut


entraîner des troubles graves, neurologiques ou cardiaques. Le sevrage alcoolique peut en
favoriser l'apparition.

Aussi, tout patient débutant un sevrage peut bénéficier de la prescription de thiamine à


titre préventif, à la posologie de 500 mg par jour par voie orale généralement.

~ 94 ~
L'administration en perfusion pendant la 1ère semaine du sevrage est utile en cas de
malnutrition et de signes cliniques de carence.

Pyridoxine

La pyridoxine (vitamine B6) : sa carence favoriserait les crises convulsives. Sa


prescription est traditionnelle dans le sevrage alcoolique. Elle ne doit pas être prolongée
(risque de neuropathie périphérique).

Nicotinamide

La nicotinamide (vitamine PP) : cofacteur de la vitamine B1 et de la vitamine B6, sa


prescription est possible en cas d'association de ces 2 vitamines.

Acide folique

L'acide folique est indiqué en cas de carences d'apport (malnutrition ou éthylisme). Sa


prescription est systématique chez la femme enceinte pour diminuer le risque de
malformations fœtales.

Médicaments en attente d'évaluation à long terme : Le Baclofène

Il a été suggéré que le baclofène, connu comme myorelaxant à action centrale et indiqué
dans diverses situations de contractures spastiques, pouvait avoir un effet favorable dans le
traitement de l'alcoolodépendance.

Des essais cliniques sont en cours. Cependant, avant même leurs résultats, et en raison de
son utilisation hors AMM, l'ANSM a décidé de rendre possible sa prescription selon une
recommandation temporaire d'utilisation : RTU (ANSM, mars 2014).

Le baclofène pourra être prescrit après échec des autres traitements disponibles chez les
patients alcoolodépendants dans les deux indications suivantes :

- Aide au maintien de l'abstinence après sevrage chez des patients dépendants à l'alcool ;
- Réduction majeure de la consommation d'alcool jusqu'au niveau faible de consommation,
tel que défini par l'OMS, chez des patients alcoolodépendants à haut risque.

Le protocole de suivi définit les modalités de prescription et de surveillance des patients,


qui devront être accompagnées d'une prise en charge psychosociale, nécessaire dans cette
pathologie multifactorielle.

~ 95 ~
Du fait d'un risque important d'effets indésirables graves, notamment psychiatriques
(sédation, épisodes dépressifs, maniaques, tendance suicidaire), de chutes, traumatismes, et
accidents sur la voie publique, la RTU comporte des contre-indications, notamment présence
de troubles neurologiques ou psychiatriques graves (épilepsie non contrôlée, schizophrénie,
troubles bipolaires, dépression sévère), insuffisance rénale, cardiaque, pulmonaire ou
hépatique sévère, grossesse. Le suivi clinique doit être régulier.

La posologie est de 5 mg, 3 fois par jour, augmentée de façon très progressive par paliers
de 2 à 3 jours de 5 mg par jour puis, au-delà de 8 à 12 jours, de 10 mg par jour tous les 3 jours
jusqu'à obtention d'une éventuelle réponse clinique (effet attendu), sans dépasser 300 mg par
jour. Cette réponse et son délai d'apparition sont très variables d'un patient à l'autre et
nécessitent un suivi rapproché. Selon la survenue d'effets indésirables, la posologie pourra
être stabilisée ou diminuée progressivement.

A partir de la posologie de 120 mg par jour, un deuxième avis par un médecin


expérimenté dans la prise en charge de l'alcoolodépendance doit être sollicité. Pour toute
posologie supérieure à 180 mg par jour (ou à 120 mg par jour après 65 ans), un avis collégial
au sein d'un CSAPA (Centre de soins d'accompagnement et de prévention en addictologie), ou
d'un service hospitalier spécialisé en addictologie, est requis.

c. Psilocybine et alcoolo-dépendance : perspectives

[54] Dès les années 1950, l’utilisation du LSD pour lutter contre l’alcoolo-dépendance a
fait l’objet de très nombreuses études. Néanmoins, le manque de rigueur scientifique avec
lequel elles ont été conduites, n’a pas permis de conclure sur l’efficacité de ces traitements.

[54] Des essais sur des rats, ont montré que les hallucinogènes ont un effet à long terme
sur la dépendance. Étant donné que l'anxiété et le stress (médiés par une augmentation de
l'activation du système de réponse au stress) sont largement impliqués dans le processus de
rechute, il est possible que la régulation par les hallucinogènes puisse modifier et diminuer la
consommation de substances induite par le stress.
[55] Burdick BV et collaborateurs, dans un article publié en 2013, partent du constat
suivant : i) les traitements actuels des toxicomanies sont souvent inefficaces et ii) bien que les
traitements utilisant des substances hallucinogènes semblent être utiles pour toute une série
d’addictions, cette approche reste peu étudiée et n’est pas disponible au public. Ces
scientifiques ont donc proposé un modèle d’essai clinique permettant d’évaluer l’efficacité de

~ 96 ~
l’administration d’hallucinogène pour induire un état modifié de conscience dans le traitement
des addictions.
[56] La seule étude publiée par la suite a été réalisée aux Etats-Unis à l'Université du
Nouveau-Mexique avec le support financier du Heffter Institute. Cette étude avait pour but
d’apporter une preuve de concept. Elle a porté sur 10 volontaires alcooliques. Les résultats ont
été suffisamment encourageants pour qu’une étude plus large en double aveugle soit
programmée.

V.5 Psilocybine et algie vasculaire de la face

a. Description de la pathologie et traitements conventionnels :

[57] Physiopathologie de l'algie vasculaire de la face : L'algie vasculaire de la face


(AVF) est une céphalée primitive dont la prévalence est estimée à un pour mille. C'est la plus
fréquente des céphalées dites trigémino-autonomiques et la seule, avec l'hémicrânie
paroxystique chronique, qui est clairement individualisée dans la classification de la société
internationale des céphalées (Headache Classification Committee of the International
Headache Society, 1998) sous l'appellation de «cluster headache» (traduction littérale :
céphalée en grappe). Cette classification propose des critères résumant parfaitement la
présentation clinique de l'AVF dont le diagnostic est des plus faciles chez la grande majorité
des patients qui en souffrent. Contrastant avec cette précision clinique, de nombreuses
inconnues persistent quant à l'étiopathogénie de l'AVF, et l'appellation anglophone de «cluster
headache», purement descriptive et sans connotation étiopathogénique, semble plus
appropriée que l'appellation francophone. En effet, l'étiologie de l'AVF est toujours inconnue
et sa modélisation physiopathologique reste hypothétique. Néanmoins, considérant les
caractéristiques cliniques de cette affection, le système trigémino-vasculaire, les afférences
céphaliques du système nerveux autonome et l'hypothalamus sont les trois structures qui sont
probablement impliquées dans cette physiopathologie. Le système trigémino-vasculaire et les
afférences céphaliques du système nerveux autonome constitueraient un système effecteur
dont la mise en jeu se traduirait essentiellement par une activation trigémino-parasympathique
reposant sur des réflexes trigémino-parasympathiques intégrés au niveau du tronc cérébral.
Cet effecteur serait sous le contrôle d'un générateur situé dans l'hypothalamus inféro-
postérieur au niveau duquel des anomalies tant fonctionnelles qu'anatomiques ont été mises en
évidence. Ce modèle physiopathologique neurovasculaire pourrait être précisé par les données

~ 97 ~
récentes de la recherche expérimentale et clinique : implication de la neuromédiation
sérotoninergique, implication de la voie du monoxyde d'azote, possible susceptibilité
génétique.

[58] Stratégie thérapeutique : La stratégie thérapeutique du traitement de la crise est


claire. Elle repose sur le sumatriptan par voie sous-cutanée ou l'inhalation d'oxygène.

En revanche, celle du traitement préventif varie selon le caractère épisodique ou


chronique de l'algie vasculaire de la face. La corticothérapie, le vérapamil, le méthysergide
sont les traitements les plus utiles de la forme épisodique et, dans la forme chronique, le
carbonate de lithium. Ce n'est qu'en cas de résistance à un traitement médicamenteux bien
conduit que le traitement chirurgical sera discuté.

Au total, le traitement de l'algie vasculaire de la face est bien souvent difficile et plein
d'aléas. L'introduction du sumatriptan a été une des grandes avancées de ces dernières années,
mais tous les problèmes sont loin d'être résolus, notamment en cas de forme chronique, et il
est donc indispensable de progresser dans nos connaissances à l'aide de nombreux essais
contrôlés contre placebo ou de produits de référence pour proposer de nouveaux traitements.

b. Psilocybine et algie vasculaire de la face : perspectives

[59] Une enquête parue en 2006 réalisée chez des patients ayant utilisé la psilocybine
de leur propre chef pour lutter contre une algie vasculaire de la face a rapporté un effet
positif dans la majorité des cas (crise enrayée, disparition des crises, rémission) (Sewell
2006). Si la psilocybine est en effet efficace sur l'algie vasculaire, le mécanisme reste
incertain. La psilocybine est structurellement similaire aux triptans, qui sont également bases
indoliques. De nombreux alcaloïdes indoliques non psychédéliques qui sont structurellement
apparentés à la psilocybine, (par exemple, le méthysergide, l’ergotamine, la
dihydroergotamine, et la méthylergonovine) sont utilisés comme traitements pour la céphalée
de Horton.

~ 98 ~
Conclusion :

Les effets des champignons hallucinogènes ne sont pas très différents de ceux produits
par le LSD. Cependant, très peu d’informations bien documentées sont disponibles. La
description des champignons ne peut pas être faite de façon générique, car chaque espèce
possède ses caractères propres. Les psilocybes cueillis en Europe pour l’usage récréatif
poussent en groupe, sont petits, de couleur dominante brune. Les effets somatiques
apparaissent les premiers : augmentation de la fréquence cardiaque, hausse ou baisse de la
pression artérielle, mydriase, érection pileuse, légère élévation thermique, congestion faciale,
parfois nausées et sécheresse de la bouche. Les effets sensoriels et émotionnels dépendent de
différents facteurs : dose ingérée, état psychologique du sujet, préparation aux effets. Les
modifications de l’humeur sont autant euphoriques que dysphoriques, les phases dépressives
alternant avec les phases d’euphorie. Les hallucinations rapportées sont habituellement
visuelles et très élaborées (phosphènes, kaléidoscope, mosaïque) parfois auditives
(acouphènes), tactiles ou somesthésiques. La perception des couleurs, du temps et de l’espace
est perturbée.
Les hallucinations surviennent après l’ingestion de cinq à quinze grammes de
champignons, ce qui correspond à une dose de quatre à vingt-cinq milligrammes de
psilocybine. Il suffit d’un milligramme de psilocybine par voie intraveineuse pour obtenir les
mêmes effets. Les intoxications mortelles directement dues à l’ingestion de champignons
hallucinogènes sont très rares. Moins de cinq cas auraient été publiés depuis un demi-siècle.
Les principes actifs des champignons hallucinogènes sont essentiellement la
psilocybine et la psilocine. La psilocybine est quantitativement la plus représentée dans le
champignon, mais une fois ingérée, elle est rapidement déphosphorylée en psilocine par des
enzymes de la muqueuse intestinale, qui est le véritable agent pharmacologiquement actif.
Des recherches en neuropsychiatrie se penchent sur l'activité sérotoninergique de la
psilocybine. En effet, la psilocybine utilisée de manière contrôlée à faible dose s'est révélée
être un excellent traitement pour les patients souffrant de troubles obsessionnels compulsifs. Il
va de soi que l'usage était encadré et supervisé par des médecins et qu'une automédication
comporte des dangers.
D'autres études ont démontré que la psilocybine est un traitement efficace pour l'algie
vasculaire de la face, une céphalée extrême qui résiste à presque tous les traitements actuels.
Ces molécules on aussi fait état de propriétés intéressantes afin de traiter la dépression,
l’anxiété et les problèmes d’alcoolodépendance.
~ 99 ~
Ces nouvelles perspectives pour traiter des pathologies chroniques ou aiguës méritent
encore de nombreuses études et essais cliniques ; mais les études actuelles sont très
encourageantes.

~ 100 ~
Index des figures :

Figure 1 : Silhouette du psilocybe, dessin de René Lagier…………………...…………….p.18

Figure 2 : Psilocybe semilanceata (Fr.) P. Kummer, photo prise par Mr Champon,


pharmacien à Echirolles…………………………………………….…………………..…..p.19

Figure 3 : Psilocybe lance de fer, illustration de Bohumil Vancura………...……………..p.20

Figure 4 : Aspect général de l’hyménium et des psores (x 400)……………...……………p.21

Figure 5 : Cheilocystides (x400)………………………………...…………………………p.22

Figure 6 : Cheilocystides et spores (x 1000)………………….……………………………p.22

Figure 7 : Epicutis (x 400)………………………………………………………………….p.23

Figure 8 (a et b) : Psilocybe mairei sur des fresques préhistoriques dans le Tassili……….p.25

Figure 9 : Psilocybe hispanica sur une fresque préhistorique en Espagne…………….…..p.26

Figure 10 : Statuette Maya représentant un champignon hallucinogène………………...…p.27

Figure 11 : Quelques champignons en pierre (hauts d’environ 30 cm, de 1000 av. J-C au VI°
siècle)………………………………………………………………………………...……..p.28

Figure 12 : Deux statuettes avec la tête la première vers le bas, en lien avec l'ingestion de
champignons hallucinogènes (Wasson, 1980)…………………………………...…………p.29

Figure 13 : Une figurine péruvienne du musée de Denver…………………...…………….p.29

Figures 14 et 15 : Petits morceaux d’or de Darién, Panama. Notez les champignons sur la tête
et les boucles d'oreilles (par Schultes et Bright, 1979)……………………………………..p.30

Figure 16 : Une figurine de métal colombien, avec deux champignons (noter les yeux et les
oreilles)………...………………………………………………………………...………….p.31

Figure 17 : Personnages faisant la ronde autour d'un champignon, noter les chapeaux-serpents
(par Furst 1974)……………………………………………………………………………..p.32

Figure 18 : Personnages faisant la ronde autour d'une autre personne (par Donitz et al.
2001)…………………………………………………………...………………...…………p.32

Figure 19 : Glyphe Nanacatepec………………………………………..…….……………p.33

Figure 20 : Zacatepec Lienzo (par Wasson, 1980)……………………………...………….p.33

Figure 21 : Une page du Codex Magliabechiano, relative à l'ingestion de teonanácatl. Notez


les champignons verts sur la gauche et le dieu des champignons dans le dos de l'Indien….p.34

~ 101 ~
Figure 22 : María Sabina García (1888-1985)…………………………………………….p.35

Figure 23 : La tryptamine………………………………………………………………….p.58

Figure 24 : La psilocybine…………………………………………………………………p.59

Figure 25 : La psilocine……………………………………………………………………p.59

Figure 26 : Le LSD…………………………………………………………………………p.59

Figure 27 : La bufoténine………………………………………………..…………………p.59

Figure 28 : La baeocystine…………………………………………………………………p.59

Figure 29 : La norbaeocystine……………………………..……………………………….p.59

Figure 30 : Syndromes d’intoxications par champignons répartis selon le délai en «syndromes


mineurs» et «syndromes majeurs»……………………………...…………………………..p.61

Figure 31 : Syndromes mineurs : syndromes, délais et principaux signes cliniques. SNC :


système nerveux central…………………………………………………………………….p.62

Figure 32 : La sérotonine…………………………………………..……………………….p.67

Figure 33 : La psilocine et la psilocybine……………………………….………………….p.67

Figure 34 : Biosynthèse de la psilocybine et de la psilocine à partir du tryptophane…..….p.68

Figure 35 : Synthèse de la sérotonine…………………………………………………..….p.69

Figure 36 : Projections des voies de la sérotonine…………………………………………p.70

Figure 37 : Récepteur métabotropique……………………………………………………..p.72

Figure 38 : Récepteur 5-HT 3 complet……………………………………………..………p.73

Figure 39 : Action de la psilocine sur la transmission sérotoninergique, au niveau du raphé,


du locus coeruleus et du néocortex………………………………………...……………….p.74

Figure 40 : La prise en charge actuelle du TAG………………………………….………..p.79

Figure 41 : La prise en charge de la dépression.……………………………….…………..p.84

Figure 42 : La prise en charge des TOC……………………………………………………p.89

Figure 43 : La prise en charge de l’alcoolodépendance………………………..…………..p.93

~ 102 ~
Index des tableaux

Tableau 1 : Fréquence de l’expérimentation de champignons hallucinogènes en fonction de


l’âge et du sexe parmi les 18-64 ans (%), en 2010………………………………….………p.40

Tableau 2 : Récapitulatif des champignons et des plantes expérimentés au cours de la vie.p.43

Tableau 3 : Distribution géographique des espèces de Psilocybes connues pour contenir de la


psilocybine et de la psilocine……………………………………………………………….p.60

~ 103 ~
ANNEXE 1
Article Annexe III. Modifié par ARRETE du 6/11/2015-art.2. Cette annexe comprend :

- les substances ci-après désignées ;

- leurs stéréo-isomères, dans tous les cas où ils peuvent exister conformément à la désignation
chimique spécifiée, pour les substances précédées d'un astérisque ;

- leurs sels dans tous les cas où ils peuvent exister ;

- les préparations de ces substances, à l'exception de celles nommément désignées ci-dessous :

2-CB ou 4-bromo-2,5 diméthoxyphénéthylamine

4-MTA ou ∀-méthyl-4-méthylthiophénéthylamine

Amphétamine, à l'exception de la préparation présentée en comprimés et renfermant par


comprimé : sulfate d'amphétamine 0,005 g, phénobarbital 0,100 g

Amineptine

Benzphétamine, à l'exception de ses préparations autres qu'injectables

Brolamfétamine

Cathinone

DET ou N,N-diéthyltryptamine

Dexamfétamine

DMA ou dl-diméthoxy-2,5 -méthylphényléthylamine

DMHP ou hydroxy-1 (diméthyl-1,2 heptyl)-3 tétrahydro-7,8,9,10 triméthyl-6,6,9 6H


dibenzo(b,d) pyranne

DMT ou N,N-diméthyltryptamine

DOET ou dl-diméthoxy-2,5 éthyl-4-méthylphényléthylamine

Eticyclidine ou PCE

Etilamfétamine

Etryptamine

~ 104 ~
Fénétylline

GHB ou acide gamma-hydroxybutyrique, à l'exception des préparations injectables

Levamfétamine

Lévométhamphétamine

Lysergide ou LSD-25

MDMA ou dl N, -diméthyl (méthylènedioxy)-3,4 phényléthylamine

Mécloqualone

Mescaline

MMDA ou méthoxy-2 -méthyl (méthylènedioxy)-4,5 phényléthylamine

Méfénorex et ses sels, à l'exception des préparations autres qu'injectables

Méthamphétamine et son racémate

Méthaqualone

Méthylphénidate

Méthyl-4 aminorex

N-hydroxyténamfétamine

N-éthylténamphétamine (MDEA)

Parahexyl

Pentazocine

Phencyclidine

Phendimétrazine

Phenmétrazine

Phentermine ou α, α-diméthylphénétylamine

PMA ou p-méthoxy -méthylphényléthylamine

Psilocine

Psilocybine

~ 105 ~
Rolicyclidine ou PHP ou PCPY

Sécobarbital

STP ou DOM ou amino-2(diméthoxy-2,5 méthyl-4)phényl-1 propane

Tenamfétamine ou MDA

Ténocyclidine ou TCP

TMA ou dl-triméthoxy-3,4,5 -méthylphényléthylamine

Zipéprol

25B-NBOMe ou 2C-B-NBOMe ou 2-(4-bromo-2,5-diméthoxyphényl)-N-(2 méthoxybenzyl)


éthanamine ou 4-Bromo-2,5-diméthoxy-N-(2 méthoxybenzyl)phénéthylamine

25C-NBOMe ou 2C-C-NBOMe ou 2-(4-chloro-2,5-diméthoxyphényl)-N-(2 methoxybenzyl)


éthanamine ou 4-Chloro-2,5-diméthoxy-N-(2 méthoxybenzyl)phénéthylamine

25I-NBOMe ou 2C-I-NBOMe ou 4-iodo-2,5-diméthoxy-N-(2 méthoxybenzyl)


phénéthylamine

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