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État

organisation politique et juridique d'un territoire délimité


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Nicolas Machiavel fut un des premiers à faire usage du mot stato dans le sens d'« unité
politique d’un peuple qui le double et peut survivre aux allées et venues non seulement des
gouvernements mais aussi des formes de gouvernement ».
L’État[1] possède une triple signification[2] :

sociologique ;
organisationnelle ;
juridique.
Sur le plan sociologique, l'État est un ensemble de personnes vivant sur un territoire déterminé
et soumis à un gouvernement donné. Cette définition rejoint celle de la première édition du
dictionnaire de l’Académie française de 1696[2] qui définit l'État comme le « gouvernement d’un
peuple vivant sous la domination d’un prince ou en république »[3], ou bien le pays lui-même,
c'est-à-dire l'État entendu « pour le pays même qui est sous une telle domination ».

Du point de vue organisationnel, c'est une forme d'organisation que la société utilise pour
s'orienter et se gérer. L'État désigne également un ensemble de personnes qui acceptent de
s'imposer un ordre sous certaines conditions.

Sur le plan juridique, « l'État peut être considéré comme l'ensemble des pouvoirs d'autorité et
de contrainte collective que la nation possède sur les citoyens et les individus en vue de faire
prévaloir ce qu'on appelle l'intérêt général, et avec une nuance éthique le bien public ou le bien
commun »[4].

En droit international, un État souverain est vu comme délimité par des frontières territoriales
établies, à l'intérieur desquelles ses lois s'appliquent à une population permanente, et comme
constitué d’institutions par lesquelles il exerce une autorité et un pouvoir effectif. La légitimité de
cette autorité devant en principe reposer – au moins pour les États se disant démocratiques –
sur la souveraineté du peuple ou de la nation.

La nation quant à elle ne se confond pas non plus avec l’État sauf dans le modèle de l’État-
nation. Si l'État se distingue du gouvernement car la notion inclut toute une dimension
administrative et juridique, il arrive que sur le continent européen, l'influence de la pensée de
Hegel fasse que l'on parle d'État là où le mot gouvernement serait plus exact[5].

Étymologie
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État vient du latin status, dérivé du verbe stare qui signifie au sens premier « se tenir debout »,
et au sens figuré « la position »[6]. Le mot « État » apparaît dans les langues européennes
dans son acception moderne au tournant des xve et xvie siècles. Au xviiie siècle, l'État signifie
également la condition d'une personne, son « état civil ». Selon Hannah Arendt[7], le mot vient
du latin status rei publicae (mot-à-mot = état de la chose publique) qui signifie « la forme de
gouvernement ».

Éléments constitutifs entendus au sens de pays

Caractéristiques
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Puissance ou force publique


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Max Weber, dans Économie et société[8], entend par État « une entreprise politique à caractère
institutionnel lorsque et tant que sa direction administrative revendique avec succès, dans
l’application de ses règlements, le monopole de la contrainte physique légitime sur un territoire
donné. » Pour Weber donc, une entreprise politique à caractère institutionnel ne peut être un
État que pour autant que sa structure administrative réussit à être la seule, directement ou par
délégation (délégation de service public, externalisation[9]), à faire respecter les lois à travers
l'armée, la justice et la police. Dans le cadre de la sociologie de Weber, la souveraineté résulte
de la capacité de l’État à travers son appareil administratif à s’emparer du monopole de la
violence physique et symbolique.

Certains courants de la sociologie insistent sur le fait que l’État dispose également d’une
capacité à exercer une violence symbolique sur ses citoyens, ce que Pierre Bourdieu a appelé
la « magie d’État ». Cette notion renvoie à la capacité de l’État de catégoriser ses citoyens,
grâce à un nom au travers de l’état civil ou un numéro d’immatriculation (comme le numéro de
sécurité sociale en France), ou par ses tribunaux en les déclarant coupables ou innocents.

Souveraineté
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La souveraineté est le droit exclusif d’exercer l’autorité politique sur une zone géographique
donnée. C’est une notion fort complexe qu’on peut analyser tant sous l’angle sociologique que
juridique.

En France
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Article détaillé : État en France.

Armand Jean du Plessis de Richelieu, par Philippe de Champaigne.


C’est sous Richelieu, ministre de 1624 à 1642, que le mot État s’impose en France. C'est
Cardin Le Bret, son conseiller juridique qui théorise pour lui les principes de l'action de l'État[10]
et notamment celui de la souveraineté. Il écrit à ce propos : « m’étant proposé de représenter
en cet ouvrage en quoi consiste la souveraineté du Roi : il me semble que je ne puis
commencer plus à propos que par la description de la Royauté. Il serait mal aisé d’en rapporter
une plus accomplie que celle que donne Philon d'Alexandrie quand il dit qu’elle est une
suprême et perpétuelle puissance déférée à un seul qui lui donne le droit de commander
absolument et qui n’a pour but que le repos et l’utilité publique… Quant à moi, j’estime qu’on ne
doit attribuer le nom et la qualité d’une souveraineté parfaite et accomplie qu’à celles [royautés]
qui ne dépendent que de Dieu et qui ne sont sujettes qu’à ses lois »[11]. Plus loin il continue : «
mais depuis que Dieu a établi les Rois sur eux, ils (les peuples) ont été privés de ce droit de
Souveraineté ; et l’on a plus observé par lois que les Commandements et les édits des Princes
comme le remarque Ulpien. » Cette vision des choses s’impose longtemps en France et d’une
certaine façon la révolution se contente de mettre le Peuple à la place du Roi comme le
souligne Hannah Arendt. « Sur le plan théorique, » écrit-elle[12], la déification du peuple durant
la Révolution Française fut la conséquence inéluctable de faire découler de la même source la
loi et le pouvoir. La prétention de la royauté absolue à reposer sur un « droit divin » avait
façonné la souveraineté séculière à l’image d’un dieu à la fois tout-puissant et législateur de
l’univers, c’est-à-dire à l’image du dieu dont la Volonté est loi. La « volonté générale » de
Rousseau et de Robespierre est toujours cette « Volonté divine qui n’a besoin que de vouloir
pour produire une loi ». Des œuvres de Cardin le Bret, de Bodin ou de Hobbes, il ressort que la
loi vient du souverain et donc qu’elle n’est qu’un commandement du pouvoir, qu’elle n’a pas
d’autorité propre. Si Hannah Arendt s’intéresse tant à cette question, c’est que des juristes et
des philosophes n’ont pas été sans remarquer ce que pouvait donner ce type de loi dans les
États totalitaires.

Souveraineté et fédéralisme
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Au xviie siècle au niveau de la conception de l'État et de la loi qui lui est sous-jacente, la France
et l'Angleterre évoluent dans des directions opposés. Alors que la France se dirige vers
l'absolutisme, l'Angleterre commence sa marche vers la démocratie. Quelque temps avant que
Richelieu n’arrive au pouvoir en France, le roi Jacques Ier d'Angleterre, qui veut imposer la
monarchie absolue dans son pays, s’oppose fortement au Parlement anglais et au grand juriste
Lord Coke. Pour le roi, anticipant la position de Cardin le Bret, la loi est « l'émanation de la
volonté du souverain »[13]. En face, Lord Coke réplique que le roi « est soumis à Dieu et à la loi
». En effet dans cette tradition juridique, la loi n’est pas un commandement comme le note
Hannah Arendt[14], mais ce qui relie (le mot lex signifiant « liaison étroite »). De ce fait, il n’y a
ni « besoin d’une source absolue d’autorité » ni surtout que la loi suprême vienne du pouvoir
puisqu’au contraire elle vient le limiter. Dans ces conditions, un système fédéral est possible et
deux niveaux de souveraineté peuvent coexister puisque la souveraineté est d’emblée comprise
comme limitée. Les États-Unis, fortement influencés par la tradition de Lord Coke, ont un
système fédéral dans lequel, outre l’État fédéral (Washington DC), des États locaux possèdent
des organes législatifs, exécutifs et judiciaires propres qui exercent, selon la division des
pouvoirs prévue dans la Constitution des États-Unis, un droit souverain dans leurs champs de
compétence.

Cas de l'Union européenne


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L’Union européenne (UE) est une organisation supranationale. Elle n’est pas un État alors que
les pays membres de l'Union le sont tous. De ce fait, l’UE avec son parlement, sa Cour de
justice des Communautés européennes et ses autres organes se trouve posséder seulement
une partie des attributs d'un État.

En droit international
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Articles détaillés : État en droit international, Liste des pays du monde et Succession d'États.
Au niveau international, la notion d'État est reliée à celles de souveraineté et de sujet du droit
international. Une définition fonctionnelle est toutefois ardue, en raison des différents points de
vue :

La théorie constitutive stipule qu'une structure devient un sujet du droit international uniquement
lorsque d'autres États le reconnaissent comme État souverain. Selon Lassa Oppenheim, le «
droit international ne prétend pas qu'un État n'existe pas tant qu'il n'a pas été reconnu mais il
n'en tient pas compte avant sa reconnaissance. C'est seulement et exclusivement par ce biais
qu'un État devient une personne et un sujet du droit international »[trad 1],[15].
La théorie déclarative stipule qu'une structure devient un État souverain lorsqu'il remplit les
quatre critères suivants, indépendamment de la reconnaissance par d'autres États : « être
peuplé en permanence, contrôler un territoire défini, être doté d'un gouvernement et être apte à
entrer en relation avec les autres États »[16] (Convention de Montevideo, art. 1).
Institutions
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Max Weber en 1917.


Max Weber, dans la réflexion qu’il a eu au début du xxe siècle, s’est intéressé à l’État en tant
qu’institution[note 1], ainsi qu’aux rapports entre politiques et administratifs.

Appareil politique et administratif


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L’État est administré par des gouvernants élus et des fonctionnaires gouvernants (Jacques
Lagroye), c’est-à-dire que l’État est à la fois administratif et politique, avec une division sociale
du travail (Émile Durkheim) entre ces deux personnels. En général, l’État est composé de ce qui
constitue pour John Locke le gouvernement civil (le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif), de
la justice (le pouvoir judiciaire) et de tout un appareil militaire et administratif : forces de polices
et administration. L'État est une institution d'institutions en interaction permanente dont chacune
a une culture distincte — c’est-à-dire des univers de sens et de pratiques différents. L’État n'est
donc pas un, ni unifié. Il est un espace où se développent et où coexistent des cultures et des
logiques institutionnelles quelquefois différentes.

Concernant la France, Alexis de Tocqueville dans son livre l’Ancien Régime et la Révolution
insiste sur deux points : la permanence des institutions de l’État bâties à partir de Richelieu et
l’influence de la physiocratie sur les réformes introduites par la Révolution. Il écrit à ce propos :
« Toutes les institutions que la Révolution devait abolir sans retour ont été l’objet particulier de
leurs attaques ; aucune n’a trouvé grâce à leurs yeux. Toutes celles, au contraire, qui peuvent
passer pour son œuvre propre ont été annoncées par eux à l’avance et préconisées avec
ardeur ; on citerait à peine une seule dont le germe n’ait été déposé dans quelques-uns de leurs
écrits ; on trouve en eux tout ce qu’il y a de plus substantiel en elle »[17].

Séparation des pouvoirs et contre-pouvoirs


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John Locke.
Les principes fondamentaux d’un État moderne, tels qu’ils ont été énoncés par les grands
philosophes politiques, incluent la séparation des pouvoirs. John Locke, dans les deux traités
du gouvernement civil (1690), distingue le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif. Montesquieu,
dans De l’esprit des lois, adjoindra ultérieurement un troisième pouvoir, le pouvoir judiciaire. Si
la constitution américaine de 1787 s’inspire de ces deux philosophes, ainsi que des principes de
droit naturel de Samuel von Pufendorf, longtemps ce courant n’aura qu’une influence très
minime sur les institutions en France, en Angleterre même, il perdra de son influence à partir de
la première moitié du xixe siècle. Pour Élie Halévy, l’idée de contre-force que l’on trouve chez
Montesquieu et chez les libéraux anglais qui ont fait les révolutions au xviie siècle repose sur un
pessimisme moral, sur un doute sur les capacités de l’homme à comprendre son vrai intérêt et
celui de la cité, d’où la nécessité d’institutions destinées à affiner la pensée et l’action des
hommes, à l’obliger à comprendre ce que pensent les autres. Elle s’inscrit dans un cadre où la
« droite raison » n’est pas purement abstraite mais doit se nourrir d’une confrontation avec la
réalité. Par ailleurs, pour ces hommes les lois ne sont pas des commandements d’une
quelconque entité supérieure mais sont des relations. Aussi, Halévy note-t-il : « L’État libéral est
un État dont l’on peut dire, à volonté, qu’il est un État sans souverain, ou qu’il renferme
plusieurs souverains »[18].

En France, à la fin du xviiie siècle, l’idée de contre-force chère à Montesquieu et aux libéraux
anglais du xviiie siècle était fortement combattue par François Quesnay et les physiocrates,
c’est-à-dire si l’on suit Tocqueville par un des courants qui a eu le plus d’influence en France.
Quesnay, dans les Maximes générales du gouvernement économique d’un royaume agricole,
écrit : « Le système des contre-forces dans un gouvernement est une opinion funeste qui ne
laisse apercevoir que la discorde entre les grands et l’accablement des petits »[19]. Cette
même opposition se trouve dans un courant britannique important au xixe siècle qui a été
influencé par les physiocrates avant d’influencer à son tour des républicains français :
l’utilitarisme, appelé aussi par Élie Halévy le « radicalisme philosophique » (Jeremy Bentham,
Ricardo, John Stuart Mill). Élie Halévy écrit quand il veut exposer ce qui différencie l’État libéral
de l’État radical : « L’État radical, au contraire, tel que le définit l’utilitarisme de Bentham est un
État qui confère la souveraineté au peuple ; après le peuple se trouve contraint de déléguer un
certain nombre de fonctions politiques à une minorité d’individus… non pas pour limiter lui-
même sa puissance, pour abdiquer en partie sa souveraineté, mais pour rendre au contraire
plus efficaces et plus concentrées l’expression, puis l’exécution de ses volontés. Le problème
est alors d’éviter que les représentants du peuple dérobent à ceux qui les ont constitués tels
tout ou partie de leur souveraineté. D’où la nécessité de trouver des “contre-forces” capables de
“tenir en échec” l’égoïsme des fonctionnaires »[18].

Sûreté de l'État
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Article détaillé : Sûreté de l'État (France).
En France, les crimes et délits contre les intérêts fondamentaux de la nation sont jugés par des
juridictions de droit commun, depuis la suppression de la Cour de sûreté de l'État en 1981. Le
président de la République française est le garant des institutions. Il s'appuie sur le conseil
constitutionnel.

En Belgique, la Sûreté de l'État est un département qui traite des affaires d'espionnage et de
terrorisme.

Économie
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L'État à partir du xxe siècle devient peu à peu plus présent, et à l'État-gendarme qui ne
s'occupait que de la justice de la police et de l'armée, lui succède la notion d'État-providence qui
elle-même recouvre plusieurs réalités. Gosta Esping-Andersen distingue l'État-providence
libéral, conservateur-corporatiste et social libéral. Selon Pierre Rosanvallon, on serait passé de
l’État régalien (faire respecter l’ordre à travers la police, l’armée et la justice) à l’État instituteur
du social (unifier le pays à travers l'instruction publique par exemple, comme ce fut le cas à la
fin xixe siècle en France avec les lois Ferry) puis à l’État-providence (1945) (redistribuer les
revenus grâce au développement de la solidarité nationale par le biais de la protection sociale
notamment). De nos jours l'on serait passé à l’État promoteur économique : soutenir l’économie
(Keynes à travers la notion de multiplicateur, par exemple via une politique de grands travaux).

Grandes fonctions
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L'économiste américain Richard Musgrave[20] définit trois fonctions économiques de l'État dans
la Théorie des finances publiques :

La régulation ou « stabilisation ». Dans une économie de marché, l'activité est souvent


cyclique ; l'intervention publique va avoir pour but d'éviter de trop grandes fluctuations en
pratiquant des politiques macro-économiques comme cela a été le cas lors de la crise
économique de 2008-2009.
L'allocation des ressources ou « affectation ». Dans ce cas les pouvoirs publics interviennent
pour prendre en charge les biens collectifs, réguler la concurrence et internaliser les externalités
c'est-à-dire par exemple dans le cas des émissions de CO2, les instances publiques vont créer
un marché des droits à polluer ou créer une taxe carbone de sorte que les acteurs
économiques tiennent compte des conséquences de leurs actes sur l'environnement.
La distribution ou « répartition », qui a pour but d'influer sur les inégalités. Ces politiques sont
liées à des notions d'équité, de justice sociale ou plus récemment de capabilité (un concept
développé par Amartya Sen) ;
Récemment, la théorie de la croissance endogène a mis l'accent sur les effets de certaines
interventions publiques sur la croissance potentielle de long terme. C'est ainsi que depuis peu,
les États mènent des politiques en faveur de la recherche.

Différentes formes d'États-providence


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Pour Gøsta Esping-Andersen, l'État-providence ne peut pas se définir seulement par les droits
sociaux qu'il accorde aux citoyens, il faut également tenir compte de deux autres éléments : « la
manière dont les activités de l'État sont coordonnées avec les rôles du marché et de la famille
dans la prévoyance sociale »[21]. À partir de ce constat et de trois indicateurs[22] : le degré de
« dé-marchandisation », le degré de stratification sociale (c'est-à-dire l'impact des États-
providence sur les hiérarchies sociales et sur les inégalités issues du marché) et la place
accordée à la sphère publique et à la sphère privée. Il établit une typologie des États-
providence « qui constitue aujourd'hui la pierre de touche de la recherche comparative
internationale »[23].

« Un welfare state libéral, accordant un rôle principal aux mécanismes de marché et limitant
pour l'essentiel sa protection aux plus faibles »[24]. Les pays archétypes de ce modèle sont le
Canada, les États-Unis et l'Australie. Merrien[25] hésite à classer le Royaume-Uni dans ce
modèle.

« Un modèle conservateur-corporatiste ou encore bismarckien, c'est-à-dire un modèle


d'assurance sociale obligatoire généralisée adossé au travail salarié »[25]. Dans ce système,
les revenus des salariés sont partiellement maintenus en cas d'accident, de maladie, de
chômage ou lorsque vient l'âge de la retraite. Il y a pluralité de régimes de sécurité sociale et la
redistribution est relativement faible. Pour Esping-Andersen, ces régimes sont modelés par
l'État « toujours prêt à se substituer au marché en tant que pourvoyeur de bien-être » et par
l'Église soucieuse de défendre des valeurs familiales traditionnelles[26]. Pour cet auteur,
l'établissement de droits sociaux par les conservateurs se comprend pour partie par une volonté
de maintenir les hiérarchies anciennes menacées par le libéralisme, la démocratie et le
capitalisme (du moins certaines formes de ce dernier)[27]. Pour cet auteur, qui reprend sur ce
point d'autres travaux, l'Allemagne de Bismarck ou l'Autriche par le biais des fonds de retraite,
ont fait émerger des classes spéciales telles que les fonctionnaires ou les travailleurs de «
condition plus élevée » avec peut-être l'intention « de récompenser, ou peut-être garantir, une
loyauté et un asservissement »[28]. Les pays emblématiques de ce modèle sont : Autriche,
Allemagne, France, Italie et Belgique.

Un régime social-démocrate qui, au contraire du régime conservateur, vise à « renforcer la


possibilité d'une indépendance individuelle » et dont « la spécificité la plus frappante… est peut-
être sa fusion entre protection sociale et travail »[29]. Pour assurer un niveau élevé de
protection sociale et une offre importante de services sociaux, il doit viser le plein emploi qui
minimise les coûts et augmente les revenus de l'État. Les principaux pays qui se rapprochent
de ce modèle : Danemark, Finlande, Pays-Bas, Norvège et Suède. Très souvent, ces pays ont
adopté de fortes politiques d'investissement dans la recherche et développement et cherchent à
renforcer leur place dans le commerce mondial.

Évolution récente
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Depuis la fin des années 1980, la place de l’État change radicalement, sous l’effet conjugué de
la mondialisation et de la construction européenne. Les États perdent une partie de leur pouvoir
:

La mondialisation, surtout dans ses aspects économiques, augmente la contrainte extérieure et


diminue le pouvoir d’intervention des États dans l’économie mondiale face aux marchés
financiers.
En Europe, les États se désengagent de l’économie en privatisant les entreprises publiques. Ils
n’interviennent plus autant dans la prise de décision publique. Ils perdent de leur pouvoir « par
le haut », avec la construction européenne. Les directives européennes s’imposent dans de
plus en plus de secteurs d’activité.
En France, l’État perd son pouvoir « par le bas », avec la décentralisation et l’augmentation du
pouvoir des régions.
En retour, on doit également signaler les points suivants :

l'État préside toujours à la mise en place d'infrastructures ou de mesures dont l'impact est
sociétal : réseaux de téléphonie mobile, télévision numérique terrestre, vaccination.
l'État conserve son impact sur les comportements des citoyens : bonus-malus écologique, taxe
carbone.
Enfin la crise bancaire (2008) a montré que les États restent la puissance de dernier recours, et
que les entreprises privées y ont recours spontanément, même dans les pays considérés
comme libéraux.

Avec l'instauration de politiques de développement durable au début des années 2000, l'État
retrouve un rôle de régulation. En Europe, la politique européenne de développement durable
se traduit par de nombreuses directives, mais il revient aux États membres de contrôler leur
application, dans le respect du principe de subsidiarité. Chaque État doit définir une stratégie
nationale de développement durable. De même, les États définissent de plus en plus souvent
des politiques publiques d'intelligence économique. C'est le cas aux États-Unis depuis les
années 1980, et en France depuis 2005. D'autre part, la crise financière de 2008 a démontré
qu'il n'était pas possible de laisser les économies sous le seul pouvoir des marchés financiers,
et que les États (ou du moins des institutions possédant des traits de puissance publique)
pouvaient exercer un pouvoir de régulation[30]. Néanmoins, certains auteurs ont récemment
avancé le passage d'un État dominateur de la société à un État acteur, soumis à l'impératif de
collaboration[31].

Controverses concernant l'économie


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Pour les économistes proches du libéralisme classique, l'État ne doit pas imposer des règles
extra-économiques à l'économie de marché, mais respecter son fonctionnement propre et
protéger son épanouissement naturel. Les plus radicaux, partisans d'un État minimal comme
Robert Nozick, pensent que l'État doit uniquement garantir le libre déplacement des capitaux,
des biens et des personnes. La fonction publique ne doit employer que des soldats, des
policiers, des pompiers, des ambulanciers, des médecins etc. et le produit de l'impôt sert donc
exclusivement à financer ces services publics vitaux. La levée de l'impôt n'est sinon qu'une
entreprise d'extorsion de fonds : par exemple, dit Nozick, il est injuste d'être forcé par l'État à
payer pour les allocations des autres. S'il y a des injustices liées au fonctionnement de
l'économie, elles ne peuvent être prises en charge que par les associations caritatives et donc
par la charité privée, ce qui implique de compter sur la bienveillance et le sens de la pitié des
différents membres de la société, à l'égard des perdants et des exclus. De son côté, Friedrich
von Hayek, socialiste converti au libéralisme et représentant de l'école autrichienne d'économie,
accuse l'État de favoriser la pauvreté par ses interventions au nom de la « justice sociale »,
concept qu'il juge totalement farfelu. Par exemple, les salaires sont des indicateurs de l'utilité
d'un poste de production au sein de l'économie sociale ; ils signalent à chacun l'intérêt
économique de son emploi. Quand le gouvernement d'un État réglemente les salaires (par
exemple en imposant un salaire horaire minimum, comme le SMIC, ou une progression
salariale déterminée sur toute la durée d'une carrière) ces indicateurs naturels sont alors
faussées par l'intervention de la puissance publique : des producteurs se croient plus utiles
qu'ils ne sont, et ne sont donc pas incités à se rendre plus utiles (en cherchant un travail mieux
rémunéré par exemple). Des allocations sont cependant envisagées en faveur des producteurs
inaptes ou handicapés, provisoirement ou définitivement.

Ces deux approches libérales partent du principe que la politique économique doit être plus ou
moins débarrassée des valeurs morales : celles-ci auraient un faible intérêt économique (voire
aucun intérêt économique, comme l'a montré Mandeville au xviie siècle dans la Fable des
Abeilles). C'est ce qui est contesté par leurs principaux adversaires. Ce clivage correspond, sur
l'échiquier politique, à l'opposition entre les programmes d'inspiration libérale d'une part, et
d'inspiration social-démocrate de l'autre. Les premiers donnent la priorité à la liberté des agents
économiques, les seconds font valoir le principe d'égalité des individus. De tous les théoriciens
qui donnent de la place au principe d'égalité, le plus célèbre est John Rawls : dans la Théorie
de la justice il essaye de montrer l'irrationalité des libéraux à travers une hypothèse - qu'est-ce
que des individus rationnels attendraient de l'économie, s'ils partaient tous du même point de
départ, c'est-à-dire s'ils ignoraient leur position dans l'échelle sociale et leurs avantages ou
handicaps économiques de départ (être né.e dans un quartier noir, ou dans une banlieue
résidentielle bourgeoise, avoir un héritage ou être orphelin, etc.) ? Il en conclut que le plus
rationnel serait que de vouloir que chacun ait strictement les mêmes chances de réussir : c'est
le principe de l'égalité des chances, qui implique un impôt redistributif, proportionnel aux
ressources. Un argument important consiste à dire aussi que ce système aurait l'avantage de
favoriser le succès des individus les plus méritants, et pas des plus chanceux et des mieux lotis.
Le renouveau du principe d'égalité est aussi défendu par Thomas Piketty, qui cherche à
démontrer que le libéralisme conduit en pratique à des écarts de richesse de plus en plus
béants qui expliquent les crises économiques les plus récentes (par exemple, selon cette
interprétation, c'est le recours massif de millions de pauvres au crédit immobilier qui est à
l'origine de la grande récession des années 2008 et suivantes ; tandis que les libéraux, eux,
attribuent cette crise à une réglementation excessive de l'économie).

La controverse concerne donc essentiellement la priorité donnée au principe de liberté totale


par les libéraux. Il s'agit de décider, d'une part, quelle place on fait au principe d'égalité, et
d'autre part, dans quelle mesure les jugements moraux ont leur place dans la politique
économique et permettent de favoriser la richesse de tous, c'est-à-dire, le bien-être. L'analyse
empirique, sociale, économique et historique des crises économiques et des mécanismes de
l'économie de marché, devrait contribuer à résoudre ce débat, mais ne fait que le perpétuer,
puisque c'est avant tout le problème du type de société que l'on souhaite qui se pose.

Courants de pensée
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Plusieurs grandes traditions aussi bien en science politique qu’en sociologie structurent les
théories de l’État : les approches marxistes, pluralistes, institutionnalistes et pragmatique ou
l'approche en termes de société civile a Chacune a été utilisée pour arriver à une meilleure
compréhension de l’État qui reste imparfaite eu égard à la complexité du sujet étudié. D’une
part les frontières de l’État ne sont pas fixes mais constamment en mouvement, d’autre part,
l’État n’est pas seulement un lieu de conflits entre différentes organisations, il est aussi un lieu
de conflits à l’intérieur des organisations. Si certains chercheurs parlent de l’intérêt de l’État, il
faut constater qu’il y a souvent des intérêts divergents entre les parties constituant l’État.

Marxisme
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Pour Marx et Engels, l'État est un produit de la société de classes, lorsque la société scindée en
classes aux intérêts antagonistes est en lutte permanente avec elle-même « le besoin s'impose
d'un pouvoir qui, placé en apparence au-dessus de la société, doit estomper le conflit, le
maintenir dans les limites de l'« ordre » ; et ce pouvoir, né de la société, mais qui se place au-
dessus d'elle et lui devient de plus en plus étranger, c'est l'État (...) il est, dans la règle, l'État de
la classe la plus puissante, de celle qui domine au point de vue économique et qui, grâce à lui,
devient aussi classe politiquement dominante et acquiert ainsi de nouveaux moyens pour mater
et exploiter la classe opprimée »[32].

Quant à Lénine, évoquant le thème de l'État dans une conférence restée célèbre à l'université
sverdlov le 11 juillet 1919, il parle tout d'abord de la difficulté du problème : « le problème de
l'État est un des problèmes les plus complexes, les plus difficiles, celui qui, peut-être a été le
plus embrouillé par les savants, les écrivains et les philosophes bourgeois ». Il clarifie enfin sa
vision des États démocratiques modernes et du suffrage universel : « La puissance du Capital,
c'est tout; la Bourse, c'est tout ; tandis que le Parlement, les élections ne sont que pantins, que
jeux de marionnettes… » Il envisage en conclusion de sa conférence le dépérissement de l'État
dans une société socialiste mondiale[33].

En d'autres mots, comme le souligne François Châtelet : « L'État est une administration
appuyée par l'armée et par la police, dont toute la fonction est de renforcer, de légaliser et de
faire apparaître comme morale l'oppression qu'exercent ceux qui possèdent les moyens de
production — terres, mines, outils, habitation et la commune de ceux-ci, le Capital — sur ceux
qui n'ont d'autre ressource pour survivre que de vendre quotidiennement leur force de travail
»[34]. Cet État instrument de la classe dirigeante doit à terme disparaître en même temps que
disparaîtront les classes sociales. « Nous nous rapprochons maintenant à pas rapides d'un
stade de développement de la production dans lequel l'existence de ces classes a non
seulement cessé d'être une nécessité, mais devient un obstacle positif à la production. Ces
classes tomberont aussi inévitablement qu'elles ont surgi autrefois. L'État tombe inévitablement
avec elles. La société, qui réorganisera la production sur la base d'une association libre et
égalitaire des producteurs, reléguera toute la machine de l'État là où sera dorénavant sa place :
au musée des antiquités, à côté du rouet et de la hache de bronze »[32].

Pour les marxistes contemporains, comme Ralph Miliband[35], la classe dirigeante utilise l’État
comme un instrument de domination de la société en utilisant les liens personnels entre les
hauts fonctionnaires et les élites économiques. Pour cet auteur, l’État est dominé par une élite
qui a la même origine que la classe capitaliste. Pour certains théoriciens néo-marxistes, cette
question de qui contrôle l’État est sans intérêt. Influencé par Antonio Gramsci, Nicos Poulantzas
remarquait que les États capitalistes ne suivaient pas toujours la classe dirigeante et que,
quand ils le faisaient, ce n’était pas forcément consciemment mais parce que les structures de
l’État étaient telles que les intérêts à long terme des capitalistes étaient toujours assurés.

Libéralisme
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Pour la pensée libérale, l'État a pour fonction principale de protéger les atteintes aux Droits
Naturels des individus : liberté, propriété et sûreté. Ce courant vise à minimiser autant que
possible l'envahissement de l'État dans tous les domaines de la société civile. L'économiste
libéral Frédéric Bastiat, dans un texte sur l'État publié en 1848 dans le journal des débats définit
l'État de la manière suivante : « La grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de
vivre aux dépens de tout le monde »[36]. Le courant libertarien va même jusqu'à prôner une
disparition totale de l'État (anarcho-capitalisme dont l'économiste Murray Rothbard est un des
grands représentants) ou une réduction aussi forte que possible (minarchisme).

Pluralisme
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Si l’approche néo-marxiste a été influente en Europe dans les années 1960 et 1970, l’approche
pluraliste a eu à la même époque une large audience aux États-Unis. Pour Robert Dahl, l’État
est à la fois comme une arène neutre pour des intérêts en conflits et lui-même traversé de
conflits d’intérêts entre ses différents départements ou agences. La politique pour lui est le
produit d’un constant marchandage entre groupes qui ont tous un moyen de pression sur l’État.
Dahl nomme ce type d’État une polyarchy[37].

Pragmatisme
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Pour John Dewey, l'État n'a rien de métaphysique comme chez les hégéliens. Il ne dépend pas
non plus d'une cause unique comme la volonté générale chez Jean-Jacques Rousseau, ni de
raisons historiques ou psychologiques comme la peur chez Hobbes. L'État est de nature
essentiellement fonctionnelle et tient à la nécessité de gérer les conséquences des actes des
hommes[38]. Pour lui, il y a un État parce que « les actes humains ont des conséquences sur
d'autres hommes, que certaines de ces conséquences sont perçues, et que leur perception
mène à un effort ultérieur pour contrôler l'action de sorte que certaines conséquences soient
évitées et d'autres assurées »[39]. C'est uniquement parce que les gens prennent conscience
qu'une telle fonction doit être assurée qu'un public se forme et constitue un État[40]. Pour
Dewey, « l'État est l'organisation du public effectuée par le biais de fonctionnaires pour la
protection des intérêts partagés par ses membres. Mais, ce qu'est le public, ce que sont les
fonctionnaires, s'ils assurent convenablement leur fonction, voilà des choses que nous ne
pouvons découvrir qu'en allant dans l'histoire »[41].

Institutionnalisme
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Pour les marxistes et les pluralistes, l’État se contente de réagir aux activités des groupes
sociaux. Aussi ils ont été critiqués par d’autres chercheurs qui leur ont reproché de ne pas
mettre assez en valeur l’autonomie de l’État et d’être trop centrés sur la société. Pour les
tenants de la nouvelle approche institutionnaliste en politique, les comportements des individus
sont fondamentalement modelés par les institutions et l’État n’est ni une arène ni un instrument
et ne fonctionne pas dans l’intérêt d’une seule classe. Les chercheurs de cette école mettent
l'accent sur la nécessité d’interposer la société civile entre l’État et l’économie.

Theda Skocpol suggère que les membres de l’État ont un important degré d’autonomie et qu’ils
peuvent poursuivre leur intérêt indépendamment (et parfois en conflit) des autres acteurs de la
société[42]. Comme l’État possède les moyens de coercition et que les groupes de la société
civile sont dépendants de lui, les fonctionnaires peuvent imposer dans une large mesure leur
préférence à la société civile.

Église catholique
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Dans l'encyclique Caritas in Veritate de juillet 2009, Benoît XVI indique que les acteurs de la vie
économique ne peuvent se limiter au marché seul, mais que l'économie doit aussi impliquer
l'État et la société civile :

« La vie économique a sans aucun doute besoin du contrat pour réglementer les relations
d’échange entre valeurs équivalentes. Mais elle a tout autant besoin de lois justes et de formes
de redistribution guidées par la politique, ainsi que d’œuvres qui soient marquées par l’esprit du
don. L’économie mondialisée semble privilégier la première logique, celle de l’échange
contractuel mais, directement ou indirectement, elle montre qu’elle a aussi besoin des deux
autres, de la logique politique et de la logique du don sans contrepartie. Mon prédécesseur
Jean-Paul II avait signalé cette problématique quand, dans Centesimus annus, il avait relevé la
nécessité d’un système impliquant trois sujets : le marché, l’État et la société civile »[43].
L'encyclique Centesimus annus de 1991 soulignait déjà ce rôle de l'État :

« l'État a le devoir d'assurer la défense et la protection des biens collectifs que sont le milieu
naturel et le milieu humain dont la sauvegarde ne peut être obtenue par les seuls mécanismes
du marché »[44].
Théories
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État et société civile


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L’État moderne est distinct et connecté à la société civile. L’analyse de cette connexion a été
l’objet d’une attention considérable aussi bien dans l’analyse du développement de l’État que
dans les théories normatives. Des penseurs comme Thomas Hobbes ou Bodin ou les juristes
de Richelieu mettaient l’accent sur la suprématie de l’État. Pourtant proches d’eux, Hegel s’est
intéressé aussi aux liens entre État et société civile. Au xxie siècle, Jurgen Habermas avance
que la société civile forme une sphère publique lieu d’engagements extra-institutionnels
autonome de l’État et en interaction avec lui.

Des théoriciens marxistes, tel Antonio Gramsci, se sont interrogés sur la distinction entre l’État
et la société civile, en arguant que le premier est intégré de nombreuses façons dans la
seconde[réf. souhaitée]. D’autres, comme Louis Althusser, ont maintenu que les organisations
civiles comme l’Église, l’école et même les syndicats étaient partie prenante d’un « appareil
idéologique de l’État ». Étant donné le rôle des groupes sociaux dans la politique publique et
leurs connexions avec la bureaucratie étatique, il devient difficile d’identifier les frontières de
l’État qui fluctuent également au gré des privatisations, des nationalisations et de la création de
nouveaux organes. Souvent la nature d’organisation quasi-autonome n’est pas très définie
générant des débats parmi les spécialistes des sciences politiques pour savoir si elles sont
d’État ou de la société civile. Certains spécialistes, tel Kjaer[45], préfèrent parler de réseaux
politiques et de gouvernance décentralisée dans les sociétés modernes plutôt que de
bureaucraties d’État ou de contrôle direct par l’État.

Théories juridiques
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La théorie juridique a eu beaucoup de mal à définir ce qu’était l’État. Plusieurs écoles se sont
affrontées sur ce terrain ; on retiendra ici les trois grandes perspectives de l’approche juridique.
Maurice Hauriou propose l'État de puissance. Cette théorie remonte aux ouvrages de Nicolas
Machiavel, de Thomas Hobbes et de Jean Bodin. Dans cette approche, l’État est caractérisé
par ses souverainetés interne et externe. L’État est un Léviathan dont la fonction est de
maintenir l’ordre dans la société dont il assure la direction. Dans ses premières conceptions,
l’État incarne l’intérêt général et dispose alors d’un certain nombre de prérogatives qui émanent
de sa souveraineté, notamment le pouvoir de créer le droit et de prendre des actes
administratifs unilatéraux (AAU) qui s’imposent aux individus sans leur consentement. L’État
dispose alors de la personnalité morale, il est une personne au même titre que le citoyen.
Hauriou introduit au début du xxe siècle l’idée de l’élection du président de la République au
suffrage universel.

En faveur du positivisme juridique, Hans Kelsen propose l'État de droit. Pour cet Américain
d’origine autrichienne et pour l’école allemande de l’État de droit, ce n’est pas l’État qui produit
le droit, mais l’ordre juridique (c'est-à-dire la hiérarchie des normes) qui produit l’État. L’État ne
serait alors que l’émanation du droit qui limiterait sa puissance d’arbitraire. Dans cette
perspective, l’État n'est plus défini comme dans la théorie de l’État de puissance par sa
souveraineté, mais par son identification à un ordre juridique et sa soumission au droit. Cette
théorie allemande de l’État de droit a été reprise par Raymond Carré de Malberg qui a essayé
de transposer cette théorie en France. Pour assurer la pérennité du droit, il faut que la
hiérarchie des normes juridiques soit garantie et qu’il existe un contrôle juridictionnel pour faire
respecter cette hiérarchie des normes de façon à forcer l’État à respecter le droit. Ce contrôle
juridictionnel de l’État existe depuis l’arrêt du Tribunal des conflits (TC), 1873, Blanco. Léon
Duguit propose l'État de service. L’État n’est caractérisé ni par la souveraineté, ni par son
identification à un ordre juridique. Pour Duguit, l’État n'est qu’une coquille vide, il n’a pas de
personnalité, ne peut disposer de droits subjectifs et ne saurait être en mesure d’imposer quoi
que ce soit à qui que ce soit. L’État est donc une coquille vide derrière laquelle se cachent des
gouvernants – or rien ne garantit que ces gouvernants accepteront de limiter leur puissance
pour toujours et continueront à se soumettre au droit. Ce qui justifie, selon Duguit, l’existence de
l’État, c’est le service public. L’État est en effet selon lui l’expression de la solidarité sociale. Les
hommes, regroupés en sociétés, sont devenus de plus en plus interdépendants. Cette
interdépendance a été accompagnée de la création de normes, et pour faire respecter ces
normes, des dirigeants ont émergé. Mais ces dirigeants ne restent dirigeants qu’aussi
longtemps qu’ils continuent à se dévouer à la société et à l’organisation de la solidarité sociale
au moyen du service public. Pour Duguit, l’État n'est alors que l’émanation de la société et non
pas la conséquence d’une quelconque souveraineté de l’État ou d'un ordre juridique
préexistant.

Triarticulation
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En 1919, le philosophe et occultiste Rudolf Steiner propose un organisme social[46] articulé en
trois pôles indépendants et coopérant entre eux : un pôle culturel-spirituel fondé sur la liberté
(éducation - art - science), un pôle juridique-politique (État) fondé sur l'égalité (législatif -
exécutif - judiciaire), un pôle économique fondé sur la fraternité : chacun produit pour les autres
et les autres produisent pour chacun. Rudolf Steiner met en garde contre l'asservissement du
pôle culturel-spirituel par l'État (ex URSS) ou par l'économie (Marché mondial hors de contrôle)

Histoire
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Antiquité
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Stèle du Code de Hammurabi. Copie, Musée national de Teheran


La naissance de l’État, au sens large du terme, coïncide avec l’avènement de la civilisation. En
Mésopotamie, la date indiscutable la plus ancienne constitue la troisième dynastie d'Ur, certains
remontant plus loin. Pour la majeure partie de son existence, l’espèce humaine, nomade, vivait
de cueillette et de chasse. Ce style de vie s’est modifié environ 9 000 ans av. J.-C. avec
l’invention de l’agriculture. La pratique de l’agriculture a forcé les hommes à s'installer de façon
permanente à certains endroits, près des zones qu’ils cultivaient. Ainsi, le contrôle de la terre
est devenu un problème. Ainsi est née la propriété privée et, avec elle, les premières « guerres
» sur les désaccords concernant la propriété des terres. Dans certaines parties du monde,
notamment la Mésopotamie et la vallée du Nil, les conditions naturelles ont fait que la propriété
des terres a été concentrée en peu de mains. Finalement, un petit groupe de gens a fini par
contrôler les terres travaillées par de nombreuses personnes qui en dépendaient. Ainsi sont nés
les premiers États primitifs. Certains politologues ou théoriciens de l’État ne les considèrent
d’ailleurs pas comme États, car étant trop primitifs, sans infrastructures et lois. Ils préfèrent le
terme de « proto-État ». Cependant, toutes les sociétés ne se sont pas organisées en États
(l'ethnologue Pierre Clastres parle de « sociétés sans État », voire contre l’État : des sociétés
où il n’y a ni hiérarchie des pouvoirs, ni autorité).

Un des plus anciens « code » de lois, celui d’Hammurabi, date d’environ 1 700 ans av. J.-C. ;
beaucoup contestent cependant jusqu'au nom de Code de Hammurabi, et de surcroît font valoir
qu'on n'a aucune preuve de l'application de telles lois (voir histoire du droit). Les Cités-États de
la Grèce antique ont été les premières à établir des États dont les pouvoirs étaient clairement
définis par la loi (même si celle-ci était facilement modifiable). Le concept de démocratie,
associé à la polis (cité), est par ailleurs né à Athènes. Beaucoup d’institutions étatiques trouvent
leur origine dans la Rome antique qui a hérité ses traditions de la Grèce et qui les a
développées par la suite. Cependant, la République romaine finit par devenir un Empire, qui
créa le concept d’Empire universel, soit l’idée que le monde devait être uni sous un seul État-
Empire. La chute de l’Empire romain et les grandes migrations ont changé la politique en
Europe. Les royaumes barbares qui ont suivi étaient éphémères et peu organisés et n’avaient
que peu de ressemblance avec le concept moderne de l’État. Même le royaume de
Charlemagne était chancelant. Il a été dissous en trois royaumes par le Traité de Verdun en
843, la règle de la primogéniture n'ayant pas encore été établie. Ceux-ci étaient plus de vastes
possessions de terre que de véritables royaumes. De nouveau, l’État est devenu l’expression
d’une vaste possession de terre.

De l’État féodal à l’État moderne


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Jean Calvin.
L’absence de véritable successeur à l’Empire romain a créé un vide politique en Europe. Les
royaumes d’Europe occidentale étaient assiégés et régulièrement attaqués par des
envahisseurs : les Maures d’abord au sud, des émigrants à l’est[précision nécessaire], et enfin
les invasions vikings venant du nord. À peu près au même moment, la religion, rarement plus
qu'un simple facteur politique dans les anciens empires romain et grec, a contribué à former un
semblant d'unité au milieu d'une Europe politiquement dissipée. Cela a abouti à reformer un
cadre institué, la féodalité, qui régulait les conflits internes et aida l’Europe à faire face aux
menaces extérieures. Ce système se manifesta entre autres par l’apparition des croisades
auxquelles plusieurs pays d’Europe participèrent ensemble. En 1302, le pape Boniface VIII
déclara même que le pouvoir politique exerçait ses prérogatives sous l’ordre des prêtres. Voilà
qui limitait les pouvoirs des rois et les forçait à jurer allégeance au pape, la population des États
étant très chrétienne.

Le Saint-Empire romain germanique, une des plus fortes puissances de l’époque médiévale,
apparut en tant que concurrent à l’autorité papale en la personne de Frédéric Barberousse qui
envahit l’Italie en clamant la sécularisation au milieu du xiie siècle. L’affaiblissement de la
papauté est un thème important du Moyen Âge : le schisme d'Occident à la fin du xive siècle
(qui doit son origine à une dispute sur la succession papale) a été exploité par les autorités
séculaires et a contribué à l’accroissement de leur pouvoir. L’émergence de longues dynasties
stables aux larges territoires, par exemple en Espagne, en France et en Castille, a contribué à
affermir et à développer un rôle à la fois plus important et indépendant politiquement
qu’auparavant.

Le passage à des États plus laïques est devenu un important point de controverse. Les grandes
dynasties d’Europe ont consolidé fortement leur pouvoir aux alentours du xvie siècle ; en même
temps, les menaces extérieures à l’Europe devinrent moins importantes. La Réforme
protestante eut un impact considérable sur la structure politique européenne : le débat n’était
pas seulement idéologique, il menaçait également les fondements d’institutions reposant sur le
féodalisme. Le conflit qui s’ensuivit vit s’affronter les partisans d’un État affilié au pape contre
ceux qui souhaitaient un État libre de l’influence papale et séculaire, capable de décider de sa
propre politique, interne mais aussi religieuse. Ces conflits ont culminé pendant la guerre de
Trente Ans du xviie siècle. En 1648, les puissances européennes ont signé les traités de
Westphalie, mettant fin aux violences religieuses pour de simples motifs politiques et l’Église fut
privée de pouvoir politique temporel, bien que la religion continuât à servir de fondation à la
légitimé des rois, en leur attribuant le « droit divin ». Le principe du cujus regio, ejus religio (« tel
prince, telle religion ») établi en Westphalie créa un précédent en établissant l’idée de statu quo
et de la non-ingérence d’États dans la politique d’autres États. L’État moderne était né.

L’État continua de se développer alors que la noblesse et la bourgeoisie amenèrent et créèrent


beaucoup de richesses, accentuant le prestige économique, mais aussi culturel et politique des
États. Il y eut même une hausse du nombre des fonctionnaires et l’émergence d’une
bureaucratie balbutiante. Près d'un siècle et demi après les traités de Westphalie, l’État devint
véritablement moderne à travers le processus de la Révolution française. La Grande Armée de
Napoléon déferla en effet sur l’Europe, détruisant les féodalismes et les remplaçant par le
concept d’État-nation, qui demeura de l’époque jusqu'au xxie siècle comme le système étatique
dominant, malgré les contestations internes et les différentes idéologies (comme le marxisme)
des xixe et xxe siècles qui appelleront à dépasser le concept de nation.

Au xxie siècle, les États se déclinent en toute une variété de modèles institutionnels et
politiques, chacun définissant sa forme de gouvernance (fédéral, unitaire, présidentiel,
parlementaire, constitutionnel, démocrate, dictatorial, etc.) et son rapport à la religion
(théocratie, laïc, reconnaissance ou non des cultes, etc.).

Notes et références
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Notes
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↑ Il y a institution quand des régularités comportementales deviennent des règles, et qu’elles
portent du sens. L’institution est à la fois univers de pratiques (les règles comportementales) et
univers de sens (ces règles ont une signification propre qui justifient leur existence). Les
institutions établissent toujours des relations entre des personnes : le mariage est une
institution, il implique des règles à respecter, ces règles sont porteuses d’une signification et
elles permettent à deux personnes de vivre une vie commune
↑ (en) « International Law does not say that a State is not in existance as long as it is not
recognised, but it takes no notice of it before its recognition. Through recognition only and
exclusively a State becomes an International Person and a subject of International Law. »
Références
Modifier
↑ Pour la typographie « État » voir : Antonomases.
↑ a et b (en) Goyard-Fabre, 1999, p. 17.
↑ Dans ce cas, on parle parfois de « pouvoir public ».
↑ Georges Burdeau, Traité de science politique
↑ Friedrich Hayek, Droit, législation et liberté, Puf, p. 56
↑ Larousse étymologique, Paris, France, 1971, ?
↑ Arendt, 1967, p. 422
↑ Max Weber, Économie et société, 1921, p. 97
↑ Frot, O. (2012). État régalien et externalisation : l’exemple du Ministère de la défense.
↑ Goyard-Fabre, 1999, p. 15
↑ Cardin Le Bret, De la souveraineté du Roy, 1632, p. 4
↑ Arendt, 1963, p. 270
↑ Cité in Walter Lippmann, La Cité Libre, 1937, p. 404
↑ Arendt, 1967, p. 276-279
↑ (en) James Crawford, The Creation of States in International Law, Oxford University Press,
2005 (ISBN 0-19-825402-4), p. 15-24.
↑ (en) Nathaniel Burney, « International Law. A brief primer for informational purposes only. »,
sur Burney Law Firm, 2007, section IV
↑ Tocqueville, 1988, p. 249
↑ a et b Halévy, 1995, p. 121
↑ Quesnay, 1969, p. 329-331
↑ A. Renaut, L'intervention publique et ses limites, dans Cahiers français, chap. 345, p. 72-76
↑ Esping-Andersen, 2007, p. 35
↑ François-Xavier Merrien, Les Différents Types de l'État-providence, Cahiers français, 1er
trimestre 2006, chap. 330
↑ Ibid, Merrien, 2006, p. 4
↑ Merrien, 2006, p. 5
↑ a et b Ibid, Merrien, 2006, p. 5
↑ Esping-Andersen, 2007, p. 42
↑ Esping-Andersen, 2007, p. 58
↑ Esping-Andersen, 2007, p. 80
↑ Esping-Andersen, 2007, p. 43
↑ « Le plan français pour lutter contre la crise financière »
↑ Sur la notion d'État acteur, cf. en particulier Luc Gonin, L'obsolescence de l'État moderne :
Analyse diachronique et contextuelle à l'exemple de l'État français, Éd. Schulthess :
Genève/Zürich/Bâle 2011, pp. 381ss.
↑ a et b Friedrich Engels, L'Origine de la famille, de la propriété privée et de l'État : (pour faire
suite aux travaux de Lewis H. Morgan) [« Ursprung der Familie, des Privateigenthums und des
Staats »], Paris, Carré, 1893 (1re éd. 1884) (OCLC 313398699, lire en ligne), p. Chap. 7
Barbarie et civilisation
↑ Lénine, Lénine, Moscou, Editions en langues étrangères, 1947, pp. 411, 429, 430
↑ Karl Marx et Friedrich Engels (trad. Corinne Lyotard, introduction, notes et commentaires de
François Châtelet), Manifeste du Parti communiste (1848) et Critique du programme de Gotha
(1875) [« Manifest der Kommunistischen Partei / Kritik des Gothaer Programms »], Paris,
Librairie générale française, coll. « Le Livre de poche, Les Classiques de la Philosophie », 2004
(1re éd. septembre 1973), 155 p. (ISBN 2253014915 et 9782253014911, OCLC 496671293, lire
en ligne), p. 20 et 21
↑ Miliband, Ralph, 1983, Class power and state power, Londres
↑ « L’État - par Frédéric Bastiat », sur bastiat.org
↑ (en) Robert Dahl, Modern Political Analysis, Prentice Hall, 1973
↑ Zask 2003, p. 24
↑ Dewey 2003, p. 61
↑ Dewey 2003, p. 85
↑ Zask 2003, p. 38
↑ (en) Dietrich Rueschemeyer, Theda Skocpol, et Peter B. Evans (éds), Bringing the State Back
In, Cambridge University Press, 1985
↑ Encyclique Caritas in Veritate, chapitre III, no 37 et 38
↑ Encyclique Centesimus annus, no 40
↑ (en) Kjaer, Anne Mette, Governance, Londres, 2004 (ISBN 0745629792)
↑ GA 023 et 024 : Fondements de l'organisme social (1919 et 1915-1921), EAR
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