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Cesare Beccaria : La douceur milanaise

Edité à Milan en 1764, « Des Délits et des peines », apparait comme un discours au caractère
polémique. Sous domination autrichienne et asservi depuis les guerres d’Italie, le duché de
Milan bénéficie, toutefois, d’une relative autonomie. Cesare Beccaria appartient à ces
jeunes patriciens qui choisissent d’offrir leurs services aux souverains autrichiens, s’érigeant
ainsi contre le pouvoir de leurs pères. Foncièrement réformatrice, l’œuvre de Beccaria
constitue une des sources majeures du droit pénal moderne. L’idée de la souveraineté de la
loi, de lutte contre tous les régimes d’exceptions, de défense d’un modèle rationnel
d’administration de la justice et de modération des peines constituent les versants majeurs
des thèses Beccariennes. Observons ici de manière succincte les principaux aspects de ces
thèses.

En définissant la nature et la mesure des lois selon le critère de « dommage fait à la


société » 1 , Beccaria use du concept d’utilité sociale 2 et s’élève contre l'obscurité et la
complexité des sources d’un savoir. Hostile à l’ampleur des pouvoirs discrétionnaires,
Beccaria redéfinit les contours du principe de la légalité. Ainsi, en réduisant les sources du
droit pénal à la seule loi (jusqu’alors établie comme un ensemble de tradition, coutume,
jurisprudence, doctrine), le droit ne s’exprimerait plus ainsi qu’en un texte simple, clair,
uniforme, codifié : « Lorsqu’un code fixe des lois qui doivent être observées à la lettre, (il) ne
laisse au juge d’autre tâche que d’examiner les actions des citoyens, et de les juger
conformes ou contraire à la loi écrite »3. En défendant cette souveraineté de loi, l’auteur
élabore les principes nécessaires quant à une redéfinition de la doctrine d’arbitraire, perçue
jusqu’alors comme la liberté du juge d’arbitrer les litiges de manière supposée équitable.
Beccaria, considérant ce pouvoir arbitraire comme faculté de caprices, y oppose le
mécanisme du « syllogisme judiciaire » 4 . Contre « une tyrannie » 5 , Beccaria invoque ce

VII Erreurs dans la mesure des peines, Des délits et des peines, C.Beccaria traduction de
1

Ph.Audegean, ENS Editions.

Concept dompté par Hutcheson, et articulé sous la plume milanaise : « la pubblica felicità
2

significa la maggiore felicità possibile divisa sul maggior numero possibile » formule P.Verri en
1763.
Ainsi, comme le remarque C.Beccaria :« Le seul but est d’empêcher le coupable de faire de
nouveaux dommages à ses concitoyens et détourner les autres d’en faire de semblables »,
Des délits et des peines, C.Beccaria traduction de Ph.Audegean, ENS Editions.

3 Des délits et des peines, C.Beccaria traduction de Ph.Audegean, ENS Editions.

idem
4

1
mécanisme selon lequel le juge se doit d’appliquer de manière impartiale et automatique la
loi. La recherche d’uniformisation, de codification du droit pénal, s’opère comme
foncièrement individualiste, entre autre, par la conviction de ne pas laisser rejaillir la peine
dans le domaine familial . Profondément égalitariste, aussi : la peine se doit d’être
sensiblement identique quelque soit le rang de l’individu : « (les peines) doivent être les
mêmes pour le premier comme le dernier des citoyens »6.

Par ailleurs, Beccaria 7 insiste sur ce qu’il dénomme « principe de proportionnalité des
peines ». Ainsi ,au chapitre XXI traitant de l’infamie, ce principe se dévoile de manière
limpide : « les peines corporelles et douloureuses ne doivent pas être infligées aux délits qui,
fondés sur l’orgueil tirent de la douleur même un motif de gloire et un aliment : à ces délits
conviennent le ridicule et l’infamie, c'est-à-dire des peines qui réfrènent l’orgueil des
fanatiques par l’orgueil des spectateurs ». Rapport naturel, analogique, cette idée de
proportionnalité guide l’entreprise de réforme beccarienne, : « entreprise qui ne peut réussir
que si elle s’inscrit dans une mécanique naturelle »8 souligne Michel Foucault. Aussi: « plus la
peine sera prompte et proche du délit, plus elle sera utile » 9 . Sous jacente à cette
« proportionnalité des peines » 10 , c’est cette proximité de conscience du délit et du
châtiment, qui importe : « parce que moindre est la distance du temps qui passe entre la
peine et le forfait, plus forte et plus durable est dans l’âme humaine l’association des deux
idées »11.

Le traité construit à l’aide de raison un régime de modération des peines. Ennemi de


cette « dramaturgie des supplices » 12 qui selon lui n’aurait vocation qu’à attiser les affections
de chacun et déstabiliser l’ordre établi, Beccaria affiche cette conviction de douceur des
peines. Aussi, ce n’est pas la sévérité de la peine encourue qui fait obstacle au criminel mais
le caractère certain de celle-ci « parce que les maux, même minimes, quand ils sont certains,
effraient toujours les âmes ». Beccaria récuse ainsi toute alternative telle que la prescription,
les excuses absolutoires, le droit d’asile et le droit de grâce.

idem
5

idem
6

Il ne s’agit pas pour autant de considérer en son temps Beccaria comme figure libérale,
7

mais plutôt, malgré tout, comme partisan de l absolutisme autrichien.


8 Surveiller et punir, Michel Foucault, Editions Tel Gallimard

Des délits et des peines, C.Beccaria tr. de Ph.Audegean, ENS Editions.


9

idem
10

idem
11

Surveiller et punir, Michel Foucault, Editions Tel Gallimard


12

2
Abolitionniste13, il prône publiquement le caractère injuste de la peine capitale : « La peine
de mort n’est pas un droit mais une guerre de la nation contre un citoyen, parce qu’elle juge
nécessaire ou utile la destruction de son être »14. Puisque l’Etat se doit d’infliger les moindres
maux, il s’avère donc inutile d’ôter la vie, considérée comme le plus grand des biens. Par
ailleurs, la peine maximale n’apparait pas foncièrement dissuasive mais incitative, l’auteur
rappelle ici que dans la grande majorité des cas, elle ne touche principalement que la
misère humaine et « ce n’est pas l’intensité de la peine qui fait le plus grand effet sur l’âme
humaine, mais son extension »15. Surtout, elle déprécie la valeur de la vie et participe à
attiser un climat de sang. Plus tard, en 1792, Beccaria ajoutera, en cas d’erreur judiciaire, le
caractère irréparable d’une telle peine.

Par conséquent, d’une justice de supplices à une « transparence du signe »16 , la pensée
beccarienne s’assimilerait à une œuvre de rupture. De pratiques sombres, barbares, l’effort
Milanais dégage une justice aménagé, vertueuse, calculée. Réduire une complexion
hégémonique en faveur de l’exercice d’une norme, bousculer un régime de privilèges en
une mécanique noématique, opérer une scission entre structure corporatiste traditionaliste
vers une sécularisation du droit pénal, Beccaria s’illustre aussi comme figure du moderne,
figure constitutive de l’Etat de Droit.

CHARLIE LELEKTSOGLOU

La peine de mort lui parait toutefois appropriée en cas de sédition.


13

XXVIII De la peine de mort, Des délits et des peines, C.Beccaria traduction de Ph.
14

Audegean, ENS Editions.

idem
15

Surveiller et punir Michel Foucault, Collection Tel Gallimard.


16