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HST ND 2365 - 22 - 12

3 Tirer - Pousser
3 Manutention manuelle
3 TMS

Les efforts de h Kévin DESBROSSES, Jean-Pierre MEYER,

­­tirer‑pousser 
Gérard DIDRY, INRS, département Homme
au travail

points de repère

La manutention manuelle de mobiles (chariots, containers, transpalettes…) engendre des efforts


physiques importants et peut, sous certaines conditions, présenter des risques d’accidents du travail
et de maladies professionnelles. Des normes recommandent des valeurs maximales de forces de tirer-
pousser. La mesure de ces forces requière toutefois un équipement spécifique et une méthodologie
adaptée. La description de trois interventions menées dans différents secteurs permet d’apprécier
le protocole de mesure à mettre en place, les résultats pouvant être obtenus en termes de forces
mais également de répercussions physiologiques, et l’influence de certains facteurs physiques sur
les efforts de tirer-pousser. L’ensemble des données obtenues dans ces interventions montrent par Benchmarks in pushing-pulling
ailleurs que les forces mesurées sont souvent supérieures aux recommandations normatives. Des forces
améliorations techniques du mobile peuvent réduire ces efforts. Toutefois, la problématique des
efforts de tirer-pousser devrait être discutée dès la conception du mobile, de l’environnement et de Manual handling of wheeled objects (trolleys,
l’organisation du travail. containers, pallet trucks, etc.) generates
significant physical exertion and may create
risks of occupational accidents and diseases
under certain conditions. Standards recommend
maxima for pushing and pulling forces. However,

M
special equipment and appropriate methodology
algré les progrès réalisés en pés d’un moteur électrique existent (ex. is required to measure such forces. A description
termes d’automatisation et transpalette électrique urbain), il est of three operations in different sectors allows us
d’amélioration des condi- encore très fréquent d’observer, soit pour to assess the measurement procedure that needs
tions de travail, la manuten- des raisons financières ou techniques, to be set up, potential results in terms of both
tion de charges lourdes reste une des salariés qui déplacent de façon répé- forces and physiological effects, and the influence
contrainte importante et concerne un tée ces mobiles en les poussant et/ou en of certain physical factors on pushing-pulling
nombre croissant de salariés. Ce phéno- les tirant à la simple force du corps. Or, forces. The combined data obtained during
mène s’illustre notamment à travers les ceux-ci peuvent, une fois chargés, these operations also show that measured forces
résultats des enquêtes Conditions de atteindre des poids supérieurs à la tonne. frequently exceed normative recommendations.
travail menées par la DARES qui rap- Les forces mises en jeu par le manuten- Technical improvements in wheeled objects
portent que le fait de « devoir porter ou tionnaire peuvent alors devenir très éle- can reduce physical exertion, but the problem
déplacer des charges lourdes » concer- vées. Par ailleurs, cette manutention de of pushing-pulling forces should be discussed
nait 21,5 % des salariés interrogés en mobiles est quasiment toujours associée upstream, when designing equipment, working
1984, 31,4 % en 1991, 37,6 % en 1998 et à d’autres formes de manutention, environment and work organisation.
39 % en 2005 [1]. Si le port de charge et notamment lors du chargement et
les risques associés sont plutôt bien déchargement. Si l’utilisation de mobiles
connus des préventeurs, il n’en est pas manuels épargne beaucoup d’efforts au
de même pour la manutention manuelle manutentionnaire par rapport à un
de mobiles (chariots, lits d’hôpitaux, déplacement sans auxiliaire, il n’en 3 Pushing-pulling
containers, transpalettes…). En effet, demeure pas moins que les actions de 3 Manual handling
même si aujourd’hui des mobiles équi- tirer-pousser (T/P) peuvent induire de 3 MSD

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fortes contraintes musculaires et présen- teurs fortement exposés à de la manu- arrière, selon que l’action est une pous-
ter des risques d’accidents du travail et tention manuelle de mobiles par rapport sée ou un tiré, est toujours divisée en
de maladies professionnelles (AT/MP). à une population non-exposée [5]. Par deux composantes  : une force horizon-
ailleurs, les efforts liés aux actions de tale et une force verticale (cf. Figure  1).
Les formes d’accidents du travail les T/P induisent également une élévation Pour évaluer les efforts de T/P, il est
plus fréquemment décrites concernent de la consommation énergétique, de la donc nécessaire de prendre en considé-
les collisions et les accidents de plain- ventilation pulmonaire et de la fré- ration ces deux composantes en réali-
pied par glissade [2, 3]. Ces accidents quence cardiaque (FC) [7]. Un poids trop sant les mesures avec du matériel inté-
peuvent occasionner des dommages important à manutentionner de façon grant les deux axes d’effort [9]. Ceci pose
physiques localisés au niveau des répétée pourrait aussi sur-solliciter l’ap- le problème de la mesure avec un peson,
membres inférieurs et supérieurs pareil cardio-respiratoire et induire, un dynamomètre ou un capteur de force
(contusions, entorses, plaies, frac- sous certaines conditions, un risque mono-axe. En effet, avec ce type de
tures…). Toutefois, la conséquence prin- d’accident cardiaque. matériel, la mesure n’est que partielle
cipale de ces accidents (glissades, trébu- puisqu’elle n’intègre pas les 2 compo-
chements, chutes…) est la survenue de Ces risques d’AT/MP sont dépen- santes ce qui engendre une sous-estima-
lombalgies. Il apparait par ailleurs que dants de nombreux facteurs physiques tion des efforts réellement produits.
le risque d’accidents lié à la manutention influençant les efforts de T/P [8]. Sans
de mobiles est plus important lors d’un être exhaustifs, ils peuvent être liés : Lors d’une action de T/P, la force
tiré par rapport à une poussée car, d’une 1 au mobile : son poids total (fac- mise en jeu se décompose également en
part, l’opérateur peut se coincer les pieds teur prépondérant), la hauteur de la deux phases temporelles  : la force ini-
sous le mobile et, d’autre part, il n’a pas poignée de préhension, ses dimensions, tiale et la force de maintien [10]. La force
une vision correcte de sa trajectoire (du la typologie et l’état des roues… initiale correspond à la force nécessaire
fait qu’il évolue en marche arrière). 1 à la tâche : la vitesse de déplace- pour mettre en mouvement le mobile à
ment (liée à la cadence de travail), la partir d’une position initiale statique. La
Concernant les maladies profes- distance de déplacement, la répétition force de maintien permet quant à elle de
sionnelles, liées à la sur-sollicitation du des efforts, la direction des actions (tirer, maintenir une vitesse constante du
système musculo-squelettique, il a été pousser, virages)… mobile lors du roulement. La force ini-
démontré de forts liens entre les actions 1 à l’environnement  : la pente, tiale est supérieure à la force de main-
de T/P et le développement de lombal- l’état du sol, l’encombrement… tien puisqu’il faut créer un mouvement
gies [4, 5]. Le risque relatif d’incapacités 1 et de manière moins importante alors que, par la suite, il s’agit unique-
au niveau du dos est de 2,15 pour des aux caractéristiques individuelles ment de conserver ce mouvement (cf.
opérateurs fortement exposés à de la (genre, taille, poids…). Figure  2). A noter que, dans le cas de
manutention manuelle de mobiles par changements de direction, il y a une
rapport à une population non-exposée Le présent article se propose, dans augmentation de la force de maintien du
[5]. En effet, les contraintes musculaires un premier temps, de décrire les prin- fait de la création d’une force permettant
et les forces compressives au niveau des cipes de mesure des efforts de T/P et la de donner une nouvelle trajectoire au
disques intervertébraux augmentent mise en relation de ces mesures avec les mobile. L’évaluation des efforts de T/P
avec l’effort nécessaire au déplacement valeurs limites recommandées par les nécessite donc d’utiliser un système de
du mobile. Il semble aussi que les forces référentiels normatifs. mesure prenant en compte la somme
compressives soient plus élevées lors des composantes horizontale et verticale
d’un tiré que lors d’une poussée [6]. Trois situations de travail per- pour la force initiale et pour la force de
Pour pousser, le manutentionnaire utili- mettent, dans une deuxième temps, maintien.
serait le poids de son corps (en l’incli- d’illustrer les effets de certaines caracté-
nant vers l’avant) tout en conservant un ristiques liées à la charge, à la concep- Après considération de ces caracté-
certain alignement du dos, alors que tion du mobile ou à l’environnement de ristiques techniques il est possible de
pour tirer, la flexion du tronc engendrait travail sur les forces de T/P, les astreintes comparer les valeurs de force recueillies
une sollicitation plus forte des muscles physiologiques associées et les efforts à des valeurs de référence présentes
lombaires et, par conséquent, une éléva- perçus par les manutentionnaires. dans les normes sur lesquelles les pré-
tion des forces de compression sur les venteurs peuvent s’appuyer dans leur
disques intervertébraux. De plus, le fait démarche de prévention [11, 12]. La
de reculer oblige souvent le manuten- norme française la plus récente, NF X35-
tionnaire à se retourner pour contrôler
sa trajectoire et créer, de ce fait, une
Mesure des efforts 109 [12] qui est une adaptation simpli-
fiée de la norme ISO 11228-2 [11] pré-
torsion du tronc pouvant aggraver ces de tirer-pousser et sente des valeurs limites pour les deux
contraintes dorsales. Mais les lombal-
gies ne sont pas les seules conséquences valeurs limites types de force  : initiale et de maintien.
Ces valeurs limites (exprimées en daN)
des actions de T/P. Il a été démontré que correspondent à différents niveaux de
les membres supérieurs, et plus particu- risques : contrainte à risque minimum,
lièrement l’épaule, étaient aussi forte- La mesure des efforts de T/P repose valeur maximale acceptable et valeur
ment sollicités et susceptibles de déve- sur l’analyse de la force, exprimée en maximale sous condition (cf. Figure  3).
lopper des pathologies musculo-squelet- déca-Newtons (daN), mise en jeu lors de Ces valeurs sont données pour des
tiques [4, 5]. Par exemple, le risque rela- la manipulation d’un mobile. Cette conditions de référence. Elles sont
tif de présenter des incapacités au niveau force, principalement orientée dans le ensuite pondérées par des coefficients
des épaules est de 3,70 pour des opéra- sens du déplacement, en avant ou en de correction variant selon différents

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FIGURE 1 facteurs de contrainte : la fréquence des


actions, la hauteur d’application de l’ef-
représentation schématique, lors d’un effort de pousser (A) ou de tirer (b), de la force fort, la distance de déplacement, l’envi-
totale (F, en rouge) se divisant en une composante horizontale (Fx, en vert), dirigée
dans le sens du déplacement, et verticale (Fy, en bleu). pour évaluer précisément la ronnement de la tâche (contraintes ther-
force mise en jeu lors d’une action de t/p, il est nécessaire de procéder aux mesures miques, sols dégradés, obstacles…), l’or-
avec du matériel pouvant évaluer simultanément Fx et Fy ganisation de la tâche (contraintes de
temps, marges de manœuvre réduites,
exigences qualité…) et d’autres facteurs
d’exécution de la tâche (poignée inadap-
tée, charge instable, roues inadaptées…).
La mesure des forces exercées par les
manutentionnaires lors des actions de
T/P et leurs comparaisons aux valeurs
de référence normatives permettent de
connaître le niveau de risque et d’entre-
prendre, si nécessaire, des démarches
correctives pour prévenir les contraintes
excessives. Cependant, la mesure des
forces de T/P n’est pas simple : elle
FIGURE 2 nécessite du matériel (voir plus haut) et
un savoir-faire spécifique. Ainsi, pour
tracé représentant l’évolution temporelle de la force (en déca-newtons, dan) au faciliter l’évaluation de ces forces, il est
cours d’un effort de pousser d’un chariot repas (poids total = 450 kg). la force initiale,
nécessaire à la mise en mouvement du chariot, atteint 29 dan et la force de maintien, donné, en annexe de la norme NF x35-
permettant la conservation de la vitesse du mobile, se stabilise à 9 dan. la force 109, des correspondances entre le poids
présentée est la force totale, somme des composantes horizontale et verticale total à manutentionner (mobile et char-
gement) et les forces de T/P générale-
30 ment observées, et ce pour différents
Force initiale = 29 daN
mobiles (lits, transpalettes et chariots à
25 4 roues). Une première analyse avec ces
correspondances permet d’obtenir rapi-
20 dement une idée générale du niveau de
risque encouru. Des mesures plus pré-
cises pourront, si besoin, être réalisées
Force (daN)

15
dans le cas d’une expertise approfondie
Force de maintien = 9 daN par une personne compétente.
10

queLques exeMpLes
0
0 5 10 15
d’interventions
Temps (s)

FIGURE 3
Les exemples présentés ci-après
niveaux de risque et valeurs de force de référence (en dan) pour les forces initiale et sont issus d’interventions en entreprise
de maintien d’après la norme nF X35-109. A ces valeurs, il convient d’appliquer des
coefficients de correction liés entre autres à la fréquence des actions, à la distance de conduites dans le cadre d’actions d’assis-
déplacement ou encore à la hauteur d’application de l’effort. cette figure est adaptée tance. Ils ont été sélectionnés pour leur
de la norme nF X35-109 représentativité des conditions qu’il est
possible d’observer en situation réelle de
Valeurs de référence
travail (poids à manutentionner, pente,
Force initiale Force de état du sol…). A travers ces interven-
Zone inacceptable (daN) maintien (daN)
Zone d’activité délétère imposant une tions, il s’agissait également d’enrichir
réduction urgent des contraintes les connaissances scientifiques en vali-
Valeur maximale dant certains aspects méthodologiques
24 15
Zone sous conditions sous condition
de mesure des efforts de T/P et en éva-
Zone d’activité dans laquelle le risque
est accru, nécessitant une analyse luant les répercussions physiologiques
approfondie Valeur maximale de ces sollicitations.
19 9
Zone acceptable acceptable
Zone d’activité dans laquelle le risque
est réduit pour le plus grand nombre
d’opérateurs Contrainte à risque
10 6
Zone d’activité dans laquelle le risque minimum
est réduit pour tous les opérateurs

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FIGURE 4 FIGURE 5

manutention d’un chariot repas dans relations entre le poids total du mobile (en kg) et les forces initiales (en bleu) et de
le secteur hospitalier. le chariot est maintien (en rouge) nécessaires à sa manutention. les valeurs présentées sont des
équipé d’une poignée additionnelle moyennes (± l’erreur-standard) des 12 Ash. une relation linéaire (trait plein) a été
fixée à un capteur de force deux axes. tracée pour les trois conditions de poids. en pointillés, sont représentées les valeurs
la poignée additionnelle est fixée, en maximales acceptables données par les normes, qui sont, pour cette situation, de
hauteur, au libre choix des Ash puisque 18 dan pour la force initiale et de 9 dan pour la force de maintien. l’intersection de
dans les conditions habituelles celles-ci la relation linéaire et des valeurs normatives permet de donner un poids de mobile
manipulent le chariot avec des barres maximal à ne pas dépasser
verticales sans hauteur de préhension
imposée. l’Ash est équipée d’un
cardio-fréquencemètre et d’électrodes 32
emg reliées par câbles à une centrale
d’acquisition 28

24

Force (daN) 20

16

12

0
250 275 300 325 350 375 400 425 450 475

Poids total du mobile (kg)

Ainsi, et comme cela devrait être outils ont également été utilisés : l’élec- méthodoLogie
fait pour toute évaluation des efforts de tromyographie de surface (EMG) afin
T/P, il a été mis en œuvre un protocole d’évaluer la sollicitation de certains Douze ASH, toutes des femmes, ont
de mesure adapté répondant à des muscles du dos et des membres supé- pris part à l’étude. Le chariot repas qui a
grands principes : rieurs, la fréquence cardiaque (FC) afin été utilisé dans le cadre de cette interven-
1 tout d’abord, des mesures répé- de quantifier l’astreinte globale consécu- tion pesait 285 kg à vide ; ce poids élevé
tées et moyennées avec plusieurs sala- tive aux actions de T/P et, enfin, l’échelle est lié au système de maintien en tempé-
riés (un minimum de 10 est recom- de Borg pour évaluer l’effort perçu par rature des aliments. Le contenu de ce
mandé1), habitués aux actions de T/P, les manutentionnaires. Dans les chariot est habituellement composé de
sont nécessaires ; 3 exemples ci-après et pour l’ensemble 30 plateaux repas pesant 3 kg chacun et
1 pour obtenir une relation entre des paramètres analysés, les valeurs de quelques extras comme des carafes
le poids du mobile et les forces mises en présentées sont des moyennes (± l’écart- d’eau ou de café, pour un poids total
jeu, il est essentiel de réaliser ces type) de l’ensemble des salariés ayant variant de 285 (vide) à 385 kg (chargé à
mesures avec différents poids de charge- participé à chaque intervention. 100 %). Trois chargements différents,
ment ; permettant d’obtenir des poids totals de
1 comme exposé précédemment, 300, 375 et 450 kg, ont été considérés
l’utilisation d’un capteur de force 2 axes dans le cadre de cette intervention. Les
est indispensable ;
1 enfin, pour évaluer les efforts de
Manutention de ASH devaient réaliser, pour chaque
chargement, trois poussées de 10 mètres
T/P fournis habituellement par les chariots repas dans Le en ligne droite à la vitesse habituelle-
manutentionnaires, il est impératif de
rester dans des conditions d’évaluation secteur hospitaLier ment utilisée lors des services de repas.
Les ASH étaient également équipées
similaires à la situation réelle de travail d’un cardio-fréquencemètre et d’élec-
(même vitesse de déplacement, même trodes EMG placées au niveau des lom-
sol, même mobile…). obJectif baires, trapèzes et deltoïdes. L’utilisation
de l’échelle RPE (Rating of Perceived
Dans chacun des exemples présen- Cette intervention, conduite dans le Exertion [13]), a par ailleurs permis d’éva-
tés, les valeurs de force que nous avons secteur hospitalier, visait à évaluer les
mesurées ont été comparées aux valeurs efforts de T/P ainsi que certaines 1 Ce nombre minimal de salariés, permettant
limites (valeurs maximales acceptables) astreintes physiologiques et bioméca- de tenir compte de la variabilité interindividuelle,
données par les normes, en particulier niques lors du déplacement de chariots a été calculé par un test de puissance statistique
la norme NF x35-109. En complément à repas utilisés par les agents des services 2 En France, en 2009, on comptait un peu plus
ces mesures de force, indicateur princi- hospitaliers2 (ASH) lors du transport de 120 000 ASH (Source : DREES). Une de leurs
pal des efforts de T/P, et selon la ques- des plateaux repas auprès des patients missions principales est la distribution des repas
tion initiale de la demande, d’autres (cf. Figure 4). quotidiens, le plus souvent à l’aide d’un chariot

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FIGURE 6 risque de lombalgies. L’activité EMG


moyenne des deltoïdes, de 43 ± 20 % au
exemple de tracé représentant l’évolution de la fréquence cardiaque (Fc) au cours d’un démarrage et 18 ± 11 % pendant le rou-
effort de pousser d’un chariot repas (poids total = 375 kg). la fréquence de repos avant
l’effort est de 90 bpm. la fréquence maximale atteint 140 bpm après 75 s d’effort puis lage, ainsi que celle des trapèzes, de 43
se stabilise à cette valeur jusqu’à la fin de la manutention ± 17 % au démarrage et 18 ± 8 % pen-
dant le roulage, peuvent également
contribuer à la survenue de TMS des
150
FC max. = 140 membres supérieurs.
140
Les mesures de FC montrent par
130 ailleurs un incrément moyen, toutes
charges confondues, de 45 ± 8 bpm lors
FC (bpm)

120 des efforts de manutention du chariot


repas. L’exemple donné dans la Figure 6
110
illustre parfaitement ce résultat avec
FC «repos» = 90 une augmentation de la FC de 50 bpm
100
en un peu plus d’une minute d’effort
90 lors de la manutention d’un chariot
75 s de poussée repas de 375 kg. Cette élévation rapide
80 traduit une forte intensité de l’effort.
0 30 60 90 120 150 180 210 240

Temps (s) Concernant la perception de l’effort,


au moyen de l’échelle RPE, les ASH ont
rapporté des valeurs moyennes de 10 ± 3
(entre léger et très léger), 15 ± 3 (difficile)
luer le niveau d’effort perçu par les ASH. repas vide. Le mobile utilisé pour trans- et 17 ± 2 (très difficile) respectivement
Cette échelle subjective s’étend de 6 (pas porter les plateaux repas n’était donc pas pour les chariots repas de 300, 375 et
d’effort du tout) à 20 (épuisant) (cf. adapté à la situation de travail. 450 kg. Ces valeurs subjectives présen-
Figure 8 de l’exemple suivant). Concernant la force de maintien, les tent de fortes corrélations avec les
valeurs usuelles du poids du chariot valeurs de force mesurées. Ainsi, en
(entre 285 et 385 kg) présentaient des l’absence de possibilités d’évaluation des
résuLtats valeurs inférieures du seuil normatif de forces, ou pour apporter un complément
9 daN dans ces conditions (en pointillés à celles-ci, l’utilisation de l’échelle RPE
Les moyennes des forces de T/P rouges sur la Figure 5). Ces résultats permet d’obtenir des informations
correspondant aux trois conditions de montrent, et c’est vrai dans beaucoup fiables concernant les efforts de T/P.
chargement sont présentées sur la d’autres situations de travail, que le
Figure 5 : en bleu pour les valeurs de risque lié aux efforts de T/P est essen-
forces initiales et en rouge pour les tiellement induit par la phase de mise concLusion
valeurs de forces de maintien. Des en mouvement et qu’une fois lancé, l’ef-
valeurs de 20 ± 6, 24 ± 7 et 28 ± 7 daN fort nécessaire au déplacement du cha- Au-delà du poids excessif du chariot
sont nécessaires pour mettre en mouve- riot ne présente pas en lui-même un repas qui induit des valeurs de force
ment, respectivement, les mobiles de risque particulier. Mais la phase de mise supérieures aux recommandations des
300, 375 et 450 kg. Ainsi, plus le poids en mouvement, de par son caractère normes et engendre en parallèle une
total du mobile est élevé, plus la force violent (court en durée avec des forces élévation de certains indicateurs physio-
initiale mise en jeu est importante. Le élevées) est celle qui peut générer le logiques, il existe également d’autres
poids, élément principal qui conditionne plus de dommages au niveau du sys- contraintes inf luençant l’activité des
les valeurs de force de démarrage, est tème musculo-squelettique, ce que ASH. Sans être exhaustif, l’encombre-
donc le facteur sur lequel il faut travail- confirment les mesures EMG présen- ment des couloirs (nécessitant des
ler dans un premier temps pour réduire tées ci-dessous. virages répétés), les seuils d’ascenseurs
les efforts de T/P. En se référant aux (où les roues se bloquent), le gabarit du
normes3 , la valeur limite pour l’effort En parallèle aux mesures de force, la chariot (imposant de se pencher sur le
initial, au regard des caractéristiques de fréquence cardiaque (FC) et l’activité côté pour voir son cheminement) ou
la situation (distance de déplacement, musculaire (EMG) des lombaires et des encore les sollicitations constantes des
fréquence…), correspondait à 18 daN. membres supérieurs ont également été patients et du personnel hospitalier sont
Cela signifie qu’au-delà de cette valeur, recueillies. Lors des phases de démar- rapportés par les ASH. Ainsi, l’allège-
il faut considérer qu’il existe un risque rage, il a été observé, pour les muscles ment du mobile est l’une des actions de
pour la santé dans des conditions d’utili- lombaires, des valeurs moyennes d’EMG prévention possible parmi d’autres qui
sation régulière. La relation obtenue égales à 53 ± 18 % de celles recueillies doivent être prises en compte dans un
avec nos mesures montre qu’au-delà de lors de contractions maximales volon- plan de prévention global.
265 kg (en pointillés bleus sur la taires (CMV). Pendant les phases de
Figure 5), les forces nécessaires à la mise roulage, ces muscles étaient sollicités en
en mouvement du mobile sont supé- moyenne à 29 ± 11 % des CMV. Ces
rieures à 18 daN. Ce poids correspond à valeurs élevées contribuent à expliquer
20 kg de moins que le poids du chariot les relations entre les actions de T/P et le 3 Normes ISO 11228-2 et NF X35-109

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Manutention de TablEaU I
cuves à pétrin dans moyennes (± l’écart-type) des forces initiales (en dan) de poussées et de tirés de
une BouLangerie différentes cuves à pétrin (cuve d’origine, avec poignée rehaussée ou avec des roues en
nylon) ayant un poids total de 140, 265 ou 390 kg.
industrieLLe Forces initiales en poussée (daN) Forces initiales en tiré (daN)
Poids total Poignée Poignée
Cuve d’origine Roues nylon Cuve d’origine Roues nylon
(kg) rehaussée rehaussée

obJectif 140 35 ± 10 28 ± 7 28 ± 8 40 ± 10 30 ± 10 34 ± 10

265 39 ± 10 32 ± 6 31 ± 6 45 ± 10 34 ± 11 37 ± 10
Cette intervention dans le secteur
de la boulangerie/pâtisserie avait pour 390 44 ± 8 37 ± 5 34 ± 7 53 ± 12 36 ± 8 39 ± 9

objectif d’étudier l’intérêt de proposer


certaines modifications relatives à la FIGURE 7
hauteur de la poignée et au type de
roues des cuves à pétrin. représentation schématique des composantes horizontales (Fx, en vert) et verticales
(Fy, en bleu) de la force totale (F, en rouge) mise en jeu lors d’un tiré d’une cuve à pétrin
d’origine (A, poignée à 90 cm de hauteur) et d’une cuve à pétrin avec une poignée
rehaussée de 20 cm (b). les forces sont exprimées en pourcentage de la force totale
méthodoLogie
a B
Les mesures ont été réalisées auprès
de 12 opérateurs (7 hommes et 5
femmes). Seuls les efforts initiaux de
F Fy = 27 %
mise en mouvement ont été analysés car F Fy = 42 %
les déplacements s’effectuaient sur de Fy = 73 %
trop courtes distances pour permettre
l’étude des forces de maintien. Le poids Fy = 58 %
à vide des cuves à pétrin sur lesquels les
efforts de T/P ont été mesurés était de
140 kg. Les chargements habituels de ce 110 cm
mobile présentaient un poids n’excédant 90 cm
pas 250 kg. De ce fait, trois configura-
tions de chargement ont été retenues
dans cette étude : 0 kg (cuve à vide),
125 kg et 250 kg (charge maximale).
Afin de répondre au double objectif
énoncé ci-dessus, trois cuves différentes résuLtats force verticale. Dans le cas présent, la
ont été testées : une cuve d’origine, une force horizontale représentait 58 ± 8 %
cuve avec une poignée rehaussée et une Les résultats montrent tout d’abord, de la force totale pour la cuve d’origine
cuve avec des roues en nylon (polya- comme pour l’intervention sur les cha- alors qu’elle en représentait 73 ± 9 %
mide). La cuve à pétrin habituellement riots repas, que les forces de T/P sont pour la cuve avec poignée rehaussée (cf.
utilisée (cuve d’origine) dispose d’une très fortement dépendantes du poids Figure 7). Ce transfert de force sur l’axe
poignée dont la hauteur par rapport au total du mobile, que ce soit avec la cuve horizontal (axe de déplacement du
sol était jugée basse (90 cm) et de roues d’origine, la cuve avec poignée rehaus- mobile) engendre une meilleure confi-
qui n’étaient probablement pas les plus sée ou la cuve avec des roues nylon (cf. guration des efforts de T/P et permet
appropriées au type de sol (lisse et fari- Tableau I). Toutes les forces enregistrées donc de réduire la force totale déployée
neux). Une cuve avec une poignée se situent au-delà du seuil normatif qui, (cf. Tableau I). Toutefois, une extrapola-
rehaussée de 20 cm et une autre cuve avec les paramètres de cette situation, a tion de ce principe à son extrême ne
avec d’autres roues (en nylon) ont donc été calculé à 24 daN. Cependant, il est peut être avancée. Rehausser la poignée
été expérimentées. Pour des raisons important de constater que le fait de jusqu’à hauteur des épaules pour n’obte-
techniques et temporelles, la combinai- rehausser la poignée ou d’adapter les nir qu’une composante horizontale n’est
son des deux modifications (poignée roues a permis de réduire les efforts par en effet pas souhaitable car la modélisa-
rehaussée + roues blanches) n’a pu être rapport à la cuve d’origine : des gains de tion des forces mises en jeu est égale-
testée lors de cette intervention. Chaque force compris entre 17 et 32 % ont été ment liée à des contraintes bioméca-
opérateur devait réaliser, pour chaque observés. Même si cette amélioration ne niques de transmission de force entre le
cuve et chaque chargement, 3 poussées permet pas de réduire les forces initiales corps et le mobile. Et une poignée trop
et 3 tirés de 5 m en ligne droite à la en dessous du seuil recommandé de 24 haute, à l’instar d’une poignée trop
vitesse habituellement employée. Il a daN, il n’en demeure pas moins que la basse, peut nuire à la production et à la
également été demandé aux opérateurs contrainte a été diminuée. transmission de force au mobile.
d’évaluer subjectivement, à l’aide de
l’échelle RPE, les efforts perçus lors de Comme décrit dans le paragraphe Concernant les roues en nylon le
la mise en mouvement de chacune des Mesure des forces de T/P, la force exer- gain de force obtenu proviendrait d’un
cuves à pétrin. cée sur la poignée d’un mobile se décom- plus faible coefficient de friction avec le
pose en une force horizontale et une sol (lié à la dureté de la bande de roule-

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FIGURE 8 FIGURE 9

moyennes (± l’erreur-standard) des efforts perçus par les opérateurs en fonction du manutention d’un container poubelle sur
poids total de la cuve (en kg) et du type de cuve : cuve d’origine (en rouge), cuve avec un sol en pente (11°).
une poignée rehaussée (en bleu) et cuve avec des roues nylon (en vert). les valeurs
(de 6 à 20) sont des valeurs arbitraires de l’échelle rpe de borg. les qualificatifs
correspondant aux valeurs numériques sont donnés sur la gauche du graphique.

RPE (Échelle de Borg)


Maximum – 20
Extrêmement difficile – 19
18
Très difficile – 17
16
Difficile – 15
14
Quelque peu difficile – 13

Poignée rehaussée
12

Cuve d’origine
Léger – 11

Roues nylon
10
Très léger – 09

Extrêmement léger – 07
08
Manutention de
Aucun effort – 06
containers pouBeLLes
140 265 390
Poids total (kg) par des gardiens
ment), ce paramètre n’ayant toutefois concLusion d’iMMeuBLe
pas été mesuré dans l’étude. Par rapport
aux roues d’origine, ces roues appa- Malgré la réduction notable des
raissent plus adaptées à la qualité du sol efforts apportée par les améliorations obJectif
rencontré dans cette entreprise (lisse et techniques, les valeurs de force mesu-
farineux). Mais là encore, les résultats rées lors de la manutention des cuves à Cette intervention s’est déroulée
ne peuvent être extrapolés directement à pétrin demeurent supérieures aux auprès de gardiens d’immeuble4 devant
d’autres situations. Ces roues en nylon limites fixées par les normes. La combi- manutentionner des containers pou-
apportent des bénéfices dans cet envi- naison des deux améliorations propo- belles. Elle a été conduite dans le but
ronnement de travail mais elles ne sont sées (poignée rehaussée + roues d’étudier les astreintes de cette activité
probablement pas conseillées pour blanches) n’a pu être testée lors de notre et, plus spécifiquement, l’effet d’un sol
d’autres secteurs industriels, notam- intervention. Toutefois, au regard des non horizontal sur les efforts de T/P (cf.
ment avec du roulage plus intense, un résultats, nous pouvons formuler l’hy- Figure 9). En effet, les containers pou-
sol irrégulier ou des charges plus pothèse que cette combinaison permet- belles sont souvent entreposés dans les
lourdes. trait de réduire davantage les forces sous-sols des immeubles, les gardiens
exercées et de diminuer ainsi les devant donc emprunter des allées pen-
L’évaluation de l’effort perçu (RPE) a contraintes liées à la manutention des tues pour disposer les containers sur les
permis d’apporter des informations cuves. En dehors des aspects techniques trottoirs avant le ramassage des ordures.
complémentaires aux mesures de force. du mobile, les valeurs excessives de
Comme pour les efforts de T/P, il a été forces pourraient également avoir pour
observé une forte corrélation entre la origine la glissance du sol. En effet, la méthodoLogie
charge à déplacer et l’effort perçu, quelle farine qui s’est déposée sur celui-ci
que soit la cuve (cf. Figure 8). Par ail- réduit considérablement le coefficient Seize gardiens d’immeuble ont
leurs, une réduction de l’effort perçu a de friction avec les semelles des chaus- accepté de participer à l’étude. Ils ont
été mesurée pour les deux améliorations sures induisant des glissades des pieds manutentionné un container poubelle
techniques testées (une poignée rehaus- des opérateurs lors de la mise en mouve- de 500 l, dont le poids à vide était de
sée et des roues en nylon). Cependant, ment des cuves et, subséquemment, des 55 kg, avec des charges de 85, 125 et
alors que les gains de force étaient simi- déperditions dans la transmission des 185 kg, correspondant à des masses clas-
laires, cette réduction d’effort perçu est efforts de T/P. D’autres pistes d’amélio- siques de chargement pour ce type de
nettement meilleure pour la cuve avec rations sont donc à envisager pour cette container. Afin de tester l’effet d’une
des roues nylon par rapport à la cuve situation de travail. pente sur les efforts de T/P, des mesures
avec poignée rehaussée. Il se pourrait en de force initiale et de maintien ont été
fait que le rehaussement de la poignée
ait perturbé la façon de manutentionner
les cuves de certains opérateurs, occa- 4 En France, en 2010, l’effectif des gardiens
sionnant une gêne exprimée au niveau d’immeuble était de 46 450 (Source : Ministère de
l’Écologie, du Développement durable et de
de l’effort perçu. Outre la mesure de
l’Energie). En 2004, la première cause d’accident
force, la mesure subjective du ressenti du travail des gardiens d’immeuble était les
des opérateurs prend donc ici son impor- manutentions manuelles et les mouvements de
tance pour évaluer les améliorations charge (32,6 %) (Source : Ministère du Travail,
techniques proposées. de l’Emploi et de la Santé).

INRS - hygiène et sécurité du travail - 3e trimestre 2012 - 228 / 55


effectuées sur des sols présentant une Figure 10
pente de 0° (sol plat), 4°, 11° et 16°. Les
gardiens d’immeuble étaient également A - Evolution de la force initiale (en bleu) et de maintien (en rouge) en fonction du
poids total (en kg) du container poubelle pour une pente de 4°. B - Evolution de la force
équipés d’un cardio-fréquencemètre initiale et de maintien en fonction de la pente du sol (0, 4, 11 et 16°) pour un poids total
afin d’étudier l’astreinte cardiaque selon de 180 kg. Les valeurs présentées sont des moyennes (± l’erreur-standard).
les différentes configurations de charge
et de pente. A B
40 40

Résultats 
35 35

30 30
Force

Force (daN)

Force (daN)
Les résultats montrent d’abord, 25 25 initiale
comme précédemment, qu’il y a une 20 20
forte relation entre les forces de T/P et le Force de
15 15 maintien
poids total du mobile, que le sol soit plat
ou en pente. Une illustration de ce résul- 10 10
tat est donnée pour une pente de 4° dans 5 5
la Figure 10A. Par ailleurs, pour toutes les 120 140 160 180 200 220 240 260 0 2 4 6 8 10 12 14 16 18
charges, il a également été démontré une Poids total (kg) Pente (°)
forte augmentation des forces initiales et
de maintien avec l’inclinaison de la pente. Figure 11
La Figure 10B donne un exemple pour un
poids total de 180 kg. Il est particulière- Modèle théorique (en rouge) déterminant le poids de chargement maximal (en kg)
du container poubelle en fonction de la pente du sol (en degrés). A titre d’exemple, les
ment intéressant d’observer que la force pointillés bleus montrent que, pour une pente de 4°, il ne faut pas dépasser 85 kg de
de maintien est quasiment aussi impor- chargement pour rester dans des valeurs de forces inférieures à celles recommandées
tante que la force initiale pour les incli- par les normes. La surface grisée montre qu’au-delà de 6°, le contenant est plus lourd
naisons de pente les plus importantes (11 que le contenu et que de telles pentes devraient donc être évitées. Ce modèle est
et 16°) : le gardien lutte ainsi en perma- uniquement valable pour la situation à partir de laquelle il a été construit.
nence contre la gravité qui s’oppose à son 140
déplacement. Il doit alors fournir une
force équivalente à la force initiale durant 120
la totalité de son déplacement : l’astreinte
est très élevée. 100

80
Poids (kg)

Au regard des conditions de réalisa-


tion de la manutention des containers
60
poubelle (fréquence, distance de déplace-
ment…) et des références normatives, des 40
valeurs limites de 20 et 10 daN ont été
calculées respectivement pour la force 20 Pentes
à éviter
initiale et la force de maintien. A partir
des données de forces mesurées et au 0
regard de ces valeurs limites, un modèle 0 2 4 6 8 10 12

donnant en fonction de la pente le poids Pente (°)


de chargement maximal à ne pas dépas-
ser a été créé (cf. Figure 11). Il s’avère par Similairement aux valeurs de force, Conclusion 
exemple que, pour une pente de 4°, le les résultats de fréquence cardiaque sont
chargement du container poubelle ne fortement corrélés à l’inclinaison de la Cette intervention a permis de
devrait pas dépasser 85 kg, alors que sur pente. Le coût cardiaque, correspondant à mettre en avant l’influence d’un facteur
sol plat il pourrait atteindre 135 kg. Il res- la différence entre la fréquence maximale environnemental, la pente du sol, sur la
sort aussi de ce modèle que des pentes atteinte pendant l’effort et la fréquence de production des efforts de T/P. Il s’avère
supérieures à 6° sont insensées puisque repos avant effort, s’accroit considérable- que de fortes pentes sont probléma-
la manutention des containers ne peut y ment avec l’élévation de la pente. Ce coût, tiques. Non seulement les forces sont
être effectuée qu’avec des charges très toutes charges confondues, est de 39 ± 3, élevées et supérieures aux références
légères, improbables dans des conditions 48 ± 3, 60 ± 3 et 74 ± 5 bpm respective- normatives mais, à cause de l’influence
réelles. Il y a donc, dans l’activité des gar- ment pour les pentes de 0°, 4°, 11° et 16°. de la gravité liée à la pente, la force de
diens d’immeuble, un travail de réflexion Pour les deux plus fortes inclinaisons, 11 maintien, censée être une force de
à mener dès la conception des projets et 16°, les valeurs sont critiques. Pour cer- conservation de la vitesse du mobile, se
architecturaux afin d’éviter toute pente tains opérateurs, elles se rapprochent de transforme en une force initiale,
s’il doit y avoir de la manutention leur fréquence cardiaque maximale théo- constante durant l’intégralité de la
manuelle de containers poubelle. Si l’im- rique. C’est-à-dire qu’avec des efforts plus manutention. Les répercussions physio-
plantation de pentes ne peut être évitée, longs et/ou réalisés dans une ambiance logiques de ces efforts sont donc des
le recours à des containers motorisés doit thermique chaude, il pourrait y avoir un plus importantes  : la fréquence car-
être envisagé. réel risque d’accident cardiaque. diaque peut atteindre sous certaines

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conditions, des valeurs pouvant présen- nettement inférieure à celle nécessaire problématique des efforts de T/P.
tées un risque d’accident cardiaque. au déplacement manuel de celui-ci. Chaque situation est particulière et
Pour toutes les situations de travail pré- Mais, comme pour toute modification mérite sa propre analyse. Si la mesure
sentant de la manutention manuelle de de la situation de travail, il faudra évi- des forces de T/P est complexe, du fait
mobiles, il est donc conseillé d’exclure demment veiller au fait que cette motori- du matériel spécifique et de la méthodo-
toute pente ou alors d’avoir recours à sation ne s’accompagne pas de nouvelles logie de mesure à mettre en place, il est
une assistance mécanique. formes de contraintes ou de risques non cependant possible d’aborder cette pro-
existants avec la manutention manuelle. blématique en se référant aux exemples
présentés et aux correspondances force/
Par ailleurs, il nous semble égale- poids données en annexe de la norme
Conclusion ment nécessaire que cette probléma-
tique soit davantage intégrée dès la
NF X35-109. Cette base de référence per-
met de se positionner par rapport aux
conception des mobiles. Il existe en effet données provenant de situations simi-
des adéquations techniques au regard laires. Il est également nécessaire de
Au travers des trois interventions des contraintes de la situation de travail croiser ces données avec la perception
proposées, nous avons pu constater que (typologie des roues, hauteur de la poi- des efforts (échelle RPE) et le regard
les actions de T/P sont des manuten- gnée, structure du mobile…). Ces para- constructif des opérateurs sur les
tions manuelles difficiles et que les mètres devraient, lors de la phase de mobiles et sur leur activité de travail.
forces mises en jeu, répétées, sont conception, faire l’objet de tests en situa- Comme nous avons pu l’observer dans
contraignantes pour le système muscu- tions réelles (avec les mêmes contraintes le deuxième exemple, dans le cas d’une
lo-squelettique et peuvent induire un que la situation de travail) afin de trou- modification technique du mobile, la
risque d’AT/MP. L’astreinte cardiaque ver la configuration qui permette de perception des efforts apporte des infor-
peut également se révéler élevée sous réduire au maximum les efforts de T/P. mations essentielles, complémentaires à
certaines situations, notamment dans le Trop souvent les mobiles ne sont pensés la mesure des forces. Les améliorations
cas de pentes ou de chargements impor- que du point de vue de la qualité du pro- proposées doivent donc s’appuyer sur le
tants du mobile. Il est donc nécessaire, duit transporté et sont ensuite modifiés, retour des opérateurs. Si des mesures de
dans une démarche d’amélioration des adaptés, lors de leur mise en place dans force doivent tout de même être réali-
conditions de travail, de trouver des solu- l’environnement de travail afin de sées, afin de valider le fait que celles-ci
tions organisationnelles et techniques répondre aux exigences et contraintes de sont inférieures aux recommandations
permettant de réduire ces efforts de T/P. leur manutention. Des marges de pro- normatives, il est important de garder à
La motorisation des systèmes mobiles grès dans la réduction des efforts de T/P l’esprit qu’elles seront précises et fiables
est, dans de nombreux cas (poids trop sont possibles et peuvent être anticipés uniquement si le protocole de test est
important, pente, sol dégradé…), la seule dès la conception des mobiles. rigoureux et respecte les principes
alternative possible. Les forces néces- décrits dans cet article.
saires pour générer du mouvement sont Enfin, les exemples présentés dans
ainsi supprimées et l’astreinte liée à cet article le sont à titre d’illustration, Reçu le : 30/05/2012
l’accompagnent du mobile motorisé est pour comprendre et s’interroger sur la Accepté le : 27/06/2012

Points à retenir
# La manutention manuelle de mobiles, au travers d’actions répétées de tirer-
pousser, induit des efforts musculaires importants pouvant conduire au
développement de troubles musculo-squelettiques (TMS).
# L’évaluation des efforts de tirer-pousser nécessite du matériel spécifique
(un capteur de force 2 axes) et une méthodologie adaptée (notamment la
répétition de mesures dans des conditions similaires à l’activité réelle de
travail).
# Les résultats de nos différentes interventions montrent que les valeurs
mesurées en entreprises dépassent fréquemment les limites fixées par
les normes et exposent donc le manutentionnaire à de fortes contraintes
physiques.
# Le facteur principal conditionnant les efforts de tirer-pousser est le poids
total à déplacer (mobile + chargement). C’est donc, dans un premier temps,
sur ce facteur qu’il faut agir pour réduire de manière efficace les contraintes
physiques liées à ce type de manutention.

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