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Français

M o n cahier 5 e
de lecture et d’écriture
Sous la direction de
Claude Carpentier
Agrégée de Lettres modernes
Académie de Lille

Hélène Lentieul
Agrégée de Lettres modernes
Collège Albert-Ball à Annœullin (59)

Carole Guérin-Callebout
Certifiée de Lettres modernes
Collège Pierre-Mendès-France à Tourcoing (59)

Ce cahier appartient à :

....... ....... ....... ....... ..


Nom : ....... ....... ....... ....... ....... ....... ....... ....... .......

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Prénom : ....... ....... ....... ....... ....... .......

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Classe : ....... ....... ....... ....... ....... .......

Année scolaire :
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Les cahiers
de français

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ienven u e d a n s to n c a h i e r d e l e c t u
B re et d’écr itu r e

Tu trouveras dans ce cahier 9 parcours pour t’accompagner


dans ton année de 5e. Chacun de ces parcours est conçu comme
un itinéraire de découverte ludique et varié.

Dans chaque parcours,


tu rencontreras :

des activités de lecture pour aiguiser Observe


ton sens de l’observation et te permettre attentivement
de bien comprendre les textes,

des activités de vocabulaire pour enrichir


ta connaissance de la langue,
!
des activités d’écriture pour prolonger
À toi de jouer
tes lectures et réinvestir ce que tu as découvert,

une activité spécifique d’écriture longue pour compléter


et enrichir tes écrits,

une activité de bilan pour évaluer tes compétences


et tes connaissances, et synthétiser l’essentiel de ton
parcours.
Boîte
à mots
Des noms pour exprimer des émotions
et des sentiments (d’intensité croissante)
Pour t’aider à réaliser ces activités, „ le bonheur : le contentement,
la satisfaction, le bien-être, l’allégresse
tu croiseras au fil des pages : „ le malheur : la peine, le découragement,
le désarroi, le désespoir, la détresse,
l’abattement
des boîtes à mots pour améliorer
ton expression écrite, Cou p
de pouce
¥ Un groupe nominal a pour noyau un
des coups de pouce pour t’aider nom et peut comporter une ou plu-
à réaliser les activités, sieurs expansions : un adjectif qualifi-
catif, un autre GN complément du nom,
une proposition relative.

des encadrés Le sais-tu ? pour te fournir


des explications sur des notions essentielles Le sais-tu ?
et enrichir tes connaissances sur les textes Un quiproquo est un procédé comique
fondé sur un malentendu qui fait prendre
et les auteurs. quelqu’un pour quelqu’un d’autre, ou
quelque chose pour quelque chose d’autre.

Nous te souhaitons une agréable découverte


et espérons que ces activités éveilleront ton intérêt
pour la littérature et l’écriture.
Les auteurs

© BORDAS/SEJER, Paris 2015


ISBN 978-2-04-733225-2

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Sommaire
1 Sur les traces de Marco Polo ................................................................................. 8
Parcours 1 ◆ Découvrir un des premiers récits de voyage
En route ◆ Comprendre comment Marco Polo traduit son émerveillement
pour l’aventure ! Marco Polo, Le Livre des merveilles

◆ Découvrir
des récits d’aventure
2 À la rencontre d’un monde fabuleux ............................................................. 10
◆ Découvrir comment Marco Polo nous fait partager son étonnement
Marco Polo, Le Livre des merveilles

3 Prêt à tout pour l’aventure ? .................................................................................. 12


◆ Comprendre les motivations des aventuriers
Robert Louis Stenvenson, L’Ile au trésor

4 Un héros intrépide .......................................................................................................... 14


◆ Identifier les qualités de l’aventurier
Jules Verne, Le Tour du monde en 80 jours

5 À table avec le capitaine Nemo ! ....................................................................... 16


◆ Découvrir un monde exotique
◆ Employer le vocabulaire des sensations gustatives
Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers

6 Voyage au cœur de tes sensations .................................................................. 18


◆ Reconnaître et exprimer sensations et émotions
Jean Marie Gustave Le Clézio, Mondo ou autres histoires

7 Prêt à chasser avec un aventurier ? ................................................................. 20


◆ Découvrir l’écriture d’un carnet de voyage
◆ Entrer dans la vie quotidienne d’un aventurier du XXe siècle
Raymond Maufrais, Aventures en Guyane. Journal d’un explorateur disparu

8 Écriture longue À ton tour d’imaginer ton carnet de voyage ...... 22


◆ Écrire le début de son carnet de voyage

9 Fais le bilan Quel aventurier serais-tu ? ......................................................... 23

10 Comment Robinson fit naufrage ....................................................................... 24


Parcours 2 ◆ Découvrir la figure du naufragé en littérature et en peinture
Bienvenue à l’école ◆ Observer la composition d’un tableau
des Robinsons Peinture : Marius Cazeneuve, Le Naufrage
Daniel Defoe, Robinson Crusoé
◆ Étudier un récit d’aventure
et sa réécriture moderne
11 Qui es-tu, Robinson, et où es tu ? ....................................................................... 26
◆ Aller à la rencontre du personnage de Robinson Crusoé
Bande Dessinée : Christophe Lemoine, Jean-Christophe Vergne, Robinson Crusoé
Daniel Defoe, Robinson Crusoé • Michel Tournier, Vendredi ou la vie sauvage

12 Comment survivre sur une île déserte ? ....................................................... 28


◆ Découvrir les impressions et les sentiments de Robinson
Daniel Defoe, Robinson Crusoé

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aire
Somm
13 Qui est Vendredi dans le roman de Defoe ? .............................................. 30
◆ Étudier le regard d’un Européen sur un « sauvage »
◆ Aborder le portrait
Daniel Defoe, Robinson Crusoé

14 Qu’apprend Robinson à l’école de Vendredi ? ......................................... 32


◆ Étudier une réécriture moderne du personnage de Robinson
Michel Tournier, Vendredi ou la vie sauvage

15 À la rencontre du « nouveau Robinson » ..................................................... 34


◆ Dresser un portrait de Robinson et comprendre sa métamorphose
Michel Tournier, Vendredi ou la vie sauvage

16 Écriture longue Et toi, quel Robinson serais-tu ? ...................................... 36


◆ Tirer parti de sa connaissance du personnage de Robinson pour écrire
une lettre

17 Fais le bilan Robinson, un modèle et un mythe ? ..................................... 37

18 Quand la poésie donne des ailes ....................................................................... 38


Parcours 3 ◆ Apprécier le pouvoir d’évasion de la poésie
La poésie : une ◆ Découvrir une forme fixe : le rondeau
invitation au voyage Charles d’Orléans, « Quand je me mettrai à voler »

◆ Aborder différentes formes


poétiques
19 Le poète est-il un voyageur heureux ? ........................................................... 40
◆ Découvrir comment la poésie peut évoquer la nostalgie
◆ Lire un poème de forme fixe : le sonnet
Joachim Du Bellay, « Heureux qui, comme Ulysse »

20 Quand le poète chausse des semelles de vent… .................................. 42


◆ Comprendre l’aspiration d’un poète à la liberté
◆ Étudier l’expression des sensations et des sentiments
Arthur Rimbaud, « Sensation »

21 Le poète : un voyageur immobile ...................................................................... 44


◆ Découvrir comment les sensations transportent le poète
vers un monde rêvé
◆ Découvrir le voyage imaginaire d’un poète
Charles Baudelaire, « Parfum exotique »

22 Voyager en chanson ..................................................................................................... 46


◆ Découvrir un poème mis en musique
Raymond Lévesque, René de Knight, Barbara, « Les voyages »

23 Dans quel monde le poète veut-il vivre ? .................................................... 48


◆ Découvrir un poème contemporain de forme libre
Daniel Picouly, « Moi, si je pouvais redessiner le monde… »

24 Écriture longue
Et si l’on écrivait à la manière de Blaise Cendrars ? ........................... 50
◆ Écrire un poème en employant des expansions variées
Blaise Cendrars, « Îles »

25 Fais le bilan Es-tu prêt à valider ton passeport poétique ? ............. 51

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26 Vous avez dit… fabliau ? ............................................................................................ 52
Parcours 4
◆ Découvrir un genre à la croisée de la fable et du conte
De qui Jean Bodel, « Brunain, la vache au prêtre »
se moque-t-on
dans les fabliaux ? 27 D’un bout à l’autre du fabliau .............................................................................. 54
◆ Lire intégralement un fabliau
◆ Découvrir les caractéristiques ◆ Identifier les ressorts du comique
du fabliau Anonyme, « Estula »

28 Jouons avec les mots ! ................................................................................................. 58


◆ Reconnaître des formes de comique
Anonyme, « La vieille qui graissa la patte au chevalier »

29 Pourquoi les fabliaux ont-ils du succès ? ...................................................... 60


◆ Découvrir comment le fabliau réussit à captiver son auditoire
Anonyme, « Les trois aveugles de Compiègne » • « Les Perdrix »

30 Connais-tu le monde des paysans au Moyen Âge ? ........................... 62


◆ Découvrir en images la vie quotidienne des paysans au Moyen Âge
Enluminure : Calendrier de Pietro de Crescenzi

31 Écriture longue À ton tour d’inventer un fabliau ! .................................. 64


◆ Tirer parti de ses connaissances pour écrire un fabliau

32 Fais le bilan Le fabliau sur le bout des doigts ! .......................................... 65

33 Qui es-tu, chevalier ? .................................................................................................... 66


Parcours 5
◆ Découvrir une figure de chevalier d’aujourd’hui
À la rencontre ◆ Comprendre ce qu’est un chevalier au Moyen Âge
des chevaliers Qu’est-ce que la Légion d’honneur ?
Chrétien de Troyes, Yvain ou le Chevalier au lion
◆ Découvrir les valeurs
de la chevalerie
34 Sais-tu à quoi s’engage le chevalier ? ............................................................. 68
◆ S’initier aux valeurs chevaleresques
Chrétien de Troyes, Perceval ou le Conte du Graal

35 Un combat d’exception .............................................................................................. 70


◆ Découvrir les caractéristiques du récit épique
Chrétien de Troyes, Yvain ou le Chevalier au lion

36 Pourquoi Yvain est-il devenu le chevalier au lion ? ............................. 72


◆ Retrouver des éléments merveilleux dans un roman médiéval
◆ Mieux connaître les valeurs chevaleresques
Chrétien de Troyes, Yvain ou le Chevalier au lion

37 Lorsque Perceval rencontre Blanchefleur… .............................................. 74


◆ Découvrir les devoirs d’un chevalier envers les plus faibles
◆ Enrichir son lexique
D’après Chrétien de Troyes, Perceval ou le Conte du Graal

38 Que peut faire un chevalier par amour pour sa dame ? ................. 76


◆ Découvrir l’amour courtois dans une épopée chevaleresque
Chrétien de Troyes, Lancelot ou le Chevalier à la charrette

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aire
Somm
39 Don Quichotte, un chevalier pas comme les autres ......................... 78
◆ Découvrir une réécriture parodique
Miguel de Cervantès, L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de La Manche

40 Écriture longue Imagine l’aventure d’un chevalier du futur .......... 80


◆ Évoquer les valeurs chevaleresques dans un écrit d’invention

41 Fais le bilan Crée ton abécédaire de la chevalerie ................................ 81

42 Qui es-tu, Renart ? .......................................................................................................... 82


Parcours 6 ◆ Découvrir comment le renard est devenu un personnage littéraire
Méfiez-vous La Bible, « Cantique des Cantiques »
de Renart ! Esope, « Le Corbeau et le renard »
Anonyme, Le Roman de Renart
◆ Découvrir un roman médiéval
43 Un manipulateur d’exception .............................................................................. 84
◆ Découvrir les stratagèmes de Renart
Anonyme, Le Roman de Renart

44 Un coup de maître ! ........................................................................................................ 86


◆ Découvrir une scène où Renart se moque des hommes
Anonyme, Le Roman de Renart

45 Un personnage sans scrupules ! .......................................................................... 88


◆ Découvrir une nouvelle ruse de Renart
Anonyme, Le Roman de Renart

46 Renart est-il coupable ? .............................................................................................. 90


◆ Découvrir la justice médiévale
Anonyme, Le Roman de Renart

47 Écriture longue Le procès de Renart .................................................................. 92


◆ Imaginer le jugement de Renart

48 Fais le bilan Pourquoi lire Le Roman de Renart ? ..................................... 93

49 La tortue peut-elle voler ? ........................................................................................ 94


Parcours 7 ◆ Comprendre dans quel but Jean de La Fontaine a écrit ses fables
La fable, miroir Jean de La Fontaine, « La tortue et les deux canards »
de l’homme 50 Pourquoi périr pour une poule ? .......................................................................... 96
◆ Approfondir la portée morale ◆ Étudier le langage de La Fontaine
des fables ◆ Aborder la parodie dans une fable
Jean de La Fontaine, « Les deux coqs »

51 La mouche est-elle indispensable ? .................................................................. 98


◆ Comprendre comment La Fontaine approfondit la critique
d’un travers humain
Jean de La Fontaine, « Le coche et la mouche »

52 Quand la fable nous apprend à réfléchir .................................................... 100


◆ Comprendre comment la fable peut questionner nos comportements
Jean de La Fontaine, « Le rat et l’éléphant »

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53 Écriture longue Écrire une fable sur la vanité ............................................. 102
◆ Écrire une fable à la manière de La Fontaine

54 Fais le bilan
Que voulez-vous nous dire, monsieur de La Fontaine ? .................. 103

55 Qu’est-ce qu’un valet ? ............................................................................................... 104


Parcours 8 ◆ Étudier la signification du mot « valet »
Valets et servantes ◆ Identifier les caractéristiques du valet de comédie chez Molière
chez Molière Molière, Les Fourberies de Scapin • Le Malade imaginaire

◆ Comprendre le rôle 56 Jacquinot, maître ou valet ? .................................................................................... 106


des valets et servantes ◆ Découvrir les origines de la comédie à travers un extrait de farce
chez Molière
Anonyme, La Farce du cuvier

57 Maître et servante, une drôle de relation ! ............................................... 108


◆ Étudier la relation maître servante chez Molière
Molière, Le Bourgeois gentilhomme

58 Toinette : une servante pleine d’audace ...................................................... 110


◆ Découvrir comment une servante peut s’opposer à son maître
Molière, Le Malade imaginaire

59 Qui est vraiment le maître du jeu ? ................................................................... 112


◆ Étudier le rôle central du personnage de valet chez Molière
Molière, Les Fourberies de Scapin

60 Place au théâtre ! ............................................................................................................. 114


◆ Découvrir les ruses des valets
Molière, Les Fourberies de Scapin

61 Écriture longue Valets et servantes chez Molière .................................. 116


◆ Rédiger une scène dans laquelle valets et servantes font le procès
de leur maître

62 Fais le bilan Valets et servantes à l’honneur .............................................. 117

63 Allons au boulevard ! .................................................................................................... 118


Parcours 9 ◆ Découvrir un genre théâtral particulier : le vaudeville
Rire avec Affiches : Occupe-toi d’Amélie (film) et
le vaudeville Un fil à la patte (pièce de théâtre) de Georges Feydeau

◆ Comprendre les ressorts 64 Une nuit agitée ! ............................................................................................................... 120


comiques du vaudeville ◆ Découvrir les ressorts du vaudeville
Georges Feydeau, Tailleur pour dames

65 Est-ce une plaisanterie ? ............................................................................................ 122


◆ Lire intégralement une courte comédie de Georges Courteline
Georges Courteline, Le Coup de fusil

66 Écriture longue Un coup de foudre ? .................................................................... 126


◆ Écrire une scène de vaudeville

67 Fais le bilan Le vaudeville en kit ! ......................................................................... 127

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co urs 1 • E n r o u t e p o u r l ’ ave n
Par ture !
1 Sur les traces de Marco Polo
En 1271, Marco Polo quitte Venise. Il rejoint le désert de Gobi après avoir ◆ Découvrir un des
traversé l’Asie centrale et avant de découvrir la Chine. premiers récits
de voyage

L op est une cité ample et spacieuse située à l’entrée d’un très vaste
désert qui s’étend entre l’orient et le septentrion. […] Les marchands
qui s’apprêtent à traverser le grand désert doivent s’y munir de vivres. Ils
◆ Comprendre comment
Marco Polo traduit
son émerveillement
y séjournent quelque temps à cet effet, pour acheter des ânes forts et des
5 chameaux qu’ils chargent de vivres et de tout ce qui est nécessaire pour le
voyage. Chemin faisant, à mesure que les provisions viennent à diminuer, Le sais-tu ?
ils tuent les ânes ou les laissent sur place, parce qu’il n’y a pas suffisamment Marco Polo (1254-1324),
de fourrage pour les nourrir jusqu’à la fin de ce désert. Ils conservent plus né à Venise dans une
famille de marchands, par-
volontiers les chameaux, parce qu’il ne leur faut que très peu de nourriture tit à 17 ans avec son père
10 et qu’ils portent de plus grosses charges. et son oncle en Chine, en
empruntant la route de
On trouve parfois des eaux amères dans ce désert mais, plus souvent, la soie. Il devint l’ambas-
elles sont douces, en sorte qu’il ne se passe guère de journées sans que le sadeur de Kubilaï Khan,
l’empereur mongol petit-
voyageur en trouve un peu, même s’il faut compter un mois de marche1 au
fils de Ghengis Khan, et ne
moins pour le traverser. Mais je dis bien « un peu » car, parfois, il n’y en a revint qu’en 1295. Empri-
15 pas assez pour abreuver tout un groupe de marchands. Ce désert est très sonné en 1298 à Gênes en
raison de conflits entre
montagneux mais, dans les plaines, on ne voit que du sable. Il est en général Gênes et Venise, il raconte
stérile et déplaisant, ce qui fait qu’il n’est pas habité, ni par des hommes ni son voyage dans Le Devi-
sement du monde ou Le
par des animaux, d’autant moins qu’il ne produit rien, pas même de l’herbe. Livre des Merveilles, rédigé
Le plus étonnant à propos de cet endroit, c’est qu’on y entend fréquem- en français.
20 ment, le plus souvent la nuit, des voix produites par des esprits malins2.
Le voyageur doit alors veiller à ne pas perdre ses compagnons de vue,
ce qui arrive facilement avec tous les rochers et les accidents de terrain 1. Le désert de Gobi mesure
qu’on rencontre. En effet, celui qui s’isole, pour quelque raison que ce soit, de 500 à 1 000 km de largeur
et environ 1 600 km de long.
perçoit les démons qui l’appellent par son nom, en imitant la voix des autres 2. Esprits malins : esprits
25 voyageurs. Ils procèdent ainsi pour lui faire perdre son chemin et l’égarer, diaboliques.
de telle sorte qu’on ne le revoit plus jamais par la suite.
Le voyage de Marco Polo

Venise

Constantinople Mongolie

Turquie
Désert de Gobi
Tachkent
Bagdad Perse
Samarcande Cambaluc (Pékin)

Ormuz
Arabie
Mer de Chine
Inde

Océan Indien
8

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On entend aussi quelquefois l’air résonner des accords d’instruments
de musique et, plus fréquemment, du son de tambours et de tambourins.
Pour toutes ces raisons, la traversée de ce désert est fort dangereuse.
Marco Polo, Le Livre des merveilles, adapté par Michel Laporte,
© Le Livre de poche jeunesse, 2013, p. 000.

?
A s - t u b ie n l u
Le sais-tu ?
On peut faire varier l’intensité d’un adjectif
1 Relève les expressions qu’emploie Marco Polo pour en plaçant devant lui un adverbe.
qualifier le désert. Comment décrit-il sa traversée ? Intensité faible (peu, faiblement...) :
cette aventure est peu motivante.
C’est « un très vaste désert » (l. 12), « très montagneux » (l. 16).
Intensité moyenne (assez, moyennement...) :
Il décrit sa traversée comme « fort dangereuse » (l. 30) en ce voyage est assez intéressant.
insistant sur la taille, le relief du désert et le risque de cette Intensité forte (extrêmement, fort, très...) :
ce palais est très beau.
traversée.

2 Peut-on dire que traverser ce désert est une véritable aventure ? Pourquoi ?
Oui, cette traversée est une véritable aventure parce qu’elle est très dangereuse et qu’elle comporte de
nombreux obstacles : la faim, la soif et la perte des repères, qui peut aller jusqu’à la mort.

3 Marco Polo décrit le désert de Gobi dans son Livre des merveilles
merveilles..
En quoi ce désert est-il une « merveille » à ses yeux ? Quel phénomène
Cou p
de pouce
merveilleux y observe-t-il ?
Ce désert est une « merveille » car il est extraordinairement grand et
¥ Le nom merveille peut avoir
aussi très mystérieux. On y entend des phénomènes étranges comme plusieurs sens : une splendeur,
un phénomène insolite/
des mirages acoustiques : le désert est habité par des esprits et des voix spectaculaire, un miracle.
et de la musique. y résonnent.

!
À t o i de j o u e r

4 Une partie de la Grande Muraille de Chine longe le désert de Gobi.


Compagnon de Marco Polo, tu la découvres avec lui. Raconte ce
que tu vois. Pense à varier l’intensité des adjectifs employés (voir
encadré plus haut) pour traduire ta fascination et ton étonnement.

Un lieu fascinant
Laissez-moi vous décrire cette immense muraille qu’on aperçoit
de très loin. Elle est si gigantesque qu’elle semble traverser la
terre entière ! Mais le plus étonnant, ce sont les légendes qui
l’entourent : pour certains, elle est bienfaisante ; pour d’autres,
elle n’apporterait que le malheur. Y marcher est donc très
périlleux.

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co urs 1 • E n r o u t e p o u r l ’ ave n
Par ture !
2 À la rencontre
Objectif
d’un monde fabuleux
◆ Découvrir comment Marco
Polo nous fait partager
son étonnement

Marco Polo (1254-1324),


Le Livre des merveilles, manuscrit
illustré par le Maître de Boucicaut
et le Maître de Bedford (XVe siècle).

Dans la deuxième partie de son récit, Marco Polo évoque ce qu’il a pu


observer sur les terres du Grand Khan, l’empereur de Chine.

D e très grands serpents vivent dans ces contrées ; certains mesurent


dix pas1 de longueur et dix paumes2 de circonférence3. Ils n’ont pas
de pattes mais, à la place, de fortes griffes pareilles à celles d’un lion ou
1. Pas : ancienne unité de mesure
d’environ 60 cm.
2. Paume : ancienne unité
de mesure d’environ 7,5 cm.
d’un aigle ; leur tête est très grosse et leurs yeux sont grands et larges 3. Circonférence : synonyme
5 comme deux pains. Ils ont en outre une gueule si immense et si épou- du mot « périmètre ».

vantable qu’ils peuvent engloutir et dévorer un homme entier. Inutile de


demander s’ils ont la mâchoire garnie de longues dents bien pointues
car il n’y a aucun homme ni aucun autre animal qui ose les regarder en
face et, moins encore, s’en approcher.
10 On les capture de la façon qui suit. Ce serpent a coutume de se retirer
pendant le jour dans des cavernes souterraines ou des cavités dans les
montagnes ; il sort pendant la nuit et va parcourir le repaire des autres
animaux pour s’en repaître, car il ne craint aucune bête, si grosse soit-
elle. Il mange les grandes et les petites, même les lions et les ours, et
15 quand il a bien rempli son ventre, il retourne à sa cachette. Comme le
terrain est sablonneux, c’est chose admirable de voir la profondeur des
traces qu’il laisse : on dirait qu’on a roulé un gros tonneau sur le sable.
Pour le prendre, les chasseurs plantent dans la terre de forts pieux
munis de fers en forme de crocs et les cachent sous le sable, de telle façon
20 que le serpent ne puisse pas les voir. Ils en disposent en grand nombre,
surtout autour du lieu où ils savent que le serpent a fait sa tanière. Quand,
la nuit venue, celui-ci sort pour chercher à se nourrir, comme c’est la
coutume, il arrive souvent qu’en s’enfonçant dans le sable il se blesse au
ventre sur les pointes de fer et qu’il se tue de cette manière, ou du moins
25 qu’il se blesse gravement. Alors, les chasseurs, qui sont cachés non loin
de là, accourent et le tuent s’il vit encore.
Marco Polo, Le Livre des merveilles, adapté par Michel Laporte,
© Le Livre de poche jeunesse, 2013, p. 126-127.

10

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?
A s - t u b ie n l u
1 Quel est l’animal décrit par Marco Polo ?
Il s’agit d’une espèce de serpent.

2 À quels autres animaux pourrais-tu le comparer ?


Relis attentivement le premier paragraphe avant de répondre.
On pourrait le comparer à un lion ou à un aigle en raison de ses griffes. On pourrait aussi le comparer
à un requin ou à un crocodile en raison de son immense gueule et de ses dents très pointues.

3 Est-il possible de le combattre ?


Surligne dans le texte des indices pertinents avant de construire ta réponse.
Personne ne peut le combattre, qu’il soit homme ou animal. Aucun animal n’ose le regarder, tous
peuvent être mangés par lui, et l’homme est obligé de ruser pour le tuer.

4 Quel portrait est donc fait de l’animal ? Décris-le en trois


phrases et à chaque fois à l’aide d’un superlatif. Le sais-tu ?
Pour faire varier le degré d’intensité d’un
1. Il est le plus dangereux de tous les êtres vivants. adjectif, on peut utiliser le superlatif relatif :
– Le superlatif relatif de supériorité :
2. Il est le plus puissant des animaux. le lion est le plus puissant des animaux.
3. Il est la plus redoutable des créatures. – Le superlatif relatif d’infériorité :
l’escargot est le moins rapide des animaux.
– Le superlatif relatif :
5 Si tu devais caractériser cet animal, dirais-tu il est le plus fort de tous.
qu’il est surprenant ? effrayant ? fascinant ? ou les trois ?
Existe-t-il, selon toi ? Développe ta réponse.
Il est tout d’abord surprenant car c’est un serpent que personne n’a jamais vu dans la nature : il possède
des griffes, une taille et des mâchoires gigantesques. Il est également effrayant, car c’est la créature la
plus dangereuse au monde. Il est aussi fascinant tant il est extraordinaire. C’est un animal imaginaire.

!
À t o i de j o u e r Cou p
de pouce
¥ Pense à décrire son apparence
6 Marco Polo a rencontré de nombreux animaux au cours de son surprenante à l’aide de
voyage. Appuie-toi sur l’illustration pour décrire la licorne qu’il comparaisons et de superlatifs.
dit avoir vue.

Un animal fabuleux !
Il y avait dans ces contrées une espèce de cheval si grande que sa
taille dépassait celle des arbres. Sur sa tête, se dressait une corne
longue et pointue comme une lance. Personne n’osait affronter ces
licornes, pas même les éléphants. Mais leur pas était si majestueux
que chacun se retournait pour les voir passer. C’était les animaux
les plus gracieux et les plus terrifiants de tous.

Miniature représentant « L’Éthiopie »,


peinte vers 1480.
11

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co urs 1 • E n r o u t e p o u r l ’ ave n
Par ture !
3 Prêt à tout pour l’aventure ?
Objectif
Le jeune narrateur Jim Hawkins a trouvé une carte ayant appartenu
au pirate Billy Bones. Il la montre au docteur Livesey et au chevalier ◆ Comprendre les motivations
des aventuriers
Trelawney. Cette carte représente une île dessinée avec précision et
annotée à divers endroits.

I l y avait quelques annotations d’une date pos-


térieure, en particulier trois croix à l’encre
rouge, dont deux sur la partie nord de l’île, et
une au sud-ouest, plus, à côté de cette dernière,
5 de la même encre rouge et d’une petite écriture
soignée sans nul rapport avec les caractères
hésitants du capitaine, ces mots : Ici le princi-
pal du trésor.
Au verso, la même main avait tracé ces ins-
10 tructions complémentaires :
Grand arbre, contrefort de la Longue-Vue ; point
de direction N.-N.-E. quart N.
Île du squelette, E.-S.-E. quart E.
Dix pieds.
15 Les lingots d’argent sont dans la cache nord. Elle
se trouve dans la direction du mamelon est, à dix
brasses au sud du rocher noir qui lui fait face.
On trouvera sans peine les armes, dans la dune
de sable, à l’extrémité N. du cap de la baie nord,
20 direction E. quart N.
Rien d’autre. Mais tout laconique1 qu’il était,
et pour moi incompréhensible, ce document
remplit de joie le chevalier et le docteur Live-
sey.
« Livesey, dit le chevalier, vous allez nous lâcher
25 tout de suite votre stupide clientèle. Demain je
pars pour Bristol2. En trois semaines, que dis-je,
trois semaines ! quinze jours, huit jours... nous
aurons, monsieur, le meilleur bateau d’Angle-
terre et la fleur des équipages3. Hawkins nous
Robert Louis Stevenson
(1850-1894) est un écrivain
30 accompagnera comme garçon de cabine4. Vous
écossais que la publication ferez un excellent garçon de cabine, Hawkins.
de L’Île au trésor rendit célèbre Vous, Livesey, vous êtes le médecin de bord.
ainsi que son récit fantastique L’Étrange Cas
du Dr Jekyll et de Mr Hyde. Moi, je suis l’amiral. Nous emmènerons Redruth,
Joyce et Hunter5. Nous aurons de bons vents,
35 une traversée rapide, pas la moindre diffi-
1. Laconique : bref. culté à trouver l’endroit, et de l’argent à gogo...
2. Bristol : ville d’Angleterre. à remuer à la pelle... à faire des ricochets avec
3. La fleur des équipages : le meilleur des équipages. pour le restant de nos jours. »
4. Garçon de cabine : employé du bateau. Robert Louis Stevenson, L’Île au trésor, traduction de Déodat
5. Redruth, Joyce et Hunter : domestiques de Trelawney. Serval, 1883, © Flammarion, 2009.

12

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?
A s - t u b ie n l u

1 D’après ce texte, que permettent de situer les croix rouges et les instructions données
au verso de la carte ?
Les croix rouges situent les emplacements du trésor ; et les instructions complémentaires doivent
permettre de les repérer avec plus de précision.

2 Ces instructions te semblent-elles :


claires ? ✗ obscures ? ✗ mystérieuses ? simples ?

3 Comment sont-elles rédigées ? Cou p


Elles ne sont pas entièrement rédigées et se limitent à une succession de pouce
¥ Demande-toi quel est le point
de groupes nominaux. On trouve une accumulation d’indications commun aux trois premières
géographiques et de repères à l’aide des points cardinaux. phrases aux l. 11 à 14 et quel
vocabulaire est employé.

4 Relis les lignes 26 à 38. D’après le chevalier, l’expédition sera-t-elle


périlleuse ? ✗ facile ? ✗ lucrative ? (payante) compliquée ?
Cou p
Justifie tes réponses en t’appuyant sur les indices du texte. de pouce
D’après le chevalier, l’expédition sera facile car il prévoit qu’en « huit jours » ¥ Observe les mots en couleur
et le temps des verbes
le bateau sera prêt (l. 27-29). Il a déjà trouvé l’équipage et il affirme que
dans le dernier paragraphe.
les conditions climatiques seront parfaites (« bons vents, traversée rapide »,
l. 34-35). Les temps qu’il emploie (le futur et le présent de l’indicatif)
traduisent sa certitude.
Elle sera également lucrative car il est certain qu’elle fera d’eux des hommes riches (l. 36-38 :
« de l’argent à gogo... à remuer à la pelle... à faire des ricochets avec pour le restant de nos jours »).

5 Que peux-tu déduire à propos de l’état d’esprit de Trelawney ? Il est :


✗ sûr de lui ✗ enthousiaste réticent ✗ optimiste prudent ✗ impatient

!
À t o i de j o u e r

6 Imagine la réponse que pourrait La réponse de Jim


opposer le jeune Jim Hawkins au Vous êtes très optimiste, monsieur Trelawnay, en pensant
chevalier Trelawnay pour atténuer
que cette expédition sera aussi facile ! Les indications sont
son excessif enthousiasme. N’ou-
blie pas que, pour convaincre, tu obscures, rien ne nous dit que nous serons capables de
peux reprendre les arguments uti- nous orienter. Qui peut prévoir que le temps sera favorable ?
lisés par le chevalier. Comment pouvons-nous être sûrs de trouver un trésor
aussi fabuleux ? Cette aventure est passionnante, mais elle
est pleine de dangers : elle peut nous mener à la richesse
mais aussi à la mort !

13

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co urs 1 • E n r o u t e p o u r l ’ ave n
Par ture !
4 Un héros intrépide !
Objectif
Relevant le défi de faire le tour du monde en quatre-vingts
jours, Phileas Fogg et son domestique Jean Passepartout ◆ Identifier les qualités
de l’aventurier
empruntent le chemin de fer pour relier San Francisco à New
York. Survient alors un événement imprévu : le train est atta-
qué par des Indiens qui tirent sur les passagers.

Jules Verne (1828-1905), passionné de


sciences et de voyages, écrivit de très
nombreux romans d’aventures et d’an-
ticipation qui racontent tous des « Voyages
extraordinaires ». Ceux-ci connurent un immense
succès qui perdure aujourd’hui encore.
Pour en apprendre davantage sur l’auteur :
http://www.nantes.fr/julesverne/jvnantes_bio.htm

L e conducteur se battait aux côtés de Mr. Fogg, quand une balle le


renversa. En tombant, cet homme s’écria :
« Nous sommes perdus, si le train ne s’arrête pas avant cinq minutes !
Le sais-tu ?
Le développement du chemin
de fer au xixe siècle joua un
— Il s’arrêtera ! dit Phileas Fogg, qui voulut s’élancer hors du wagon. grand rôle dans la conquête
de l’Ouest américain. Mais il
5 — Restez, monsieur, lui cria Passepartout. Cela me regarde ! » contribua aussi à réduire le
Phileas Fogg n’eut pas le temps d’arrêter ce courageux garçon, qui, terrain de chasse des Indiens
qui, en guise de représailles,
ouvrant une portière sans être vu des Indiens, parvint à se glisser sous le multiplièrent les attaques
wagon. Et alors, tandis que la lutte continuait, pendant que les balles contre le « cheval de fer ».
se croisaient au-dessus de sa tête, retrouvant son agilité, sa souplesse
10 de clown, se faufilant sous les wagons, s’accrochant aux chaînes, s’ai-
dant du levier des freins et des longerons des châssis1, rampant d’une
voiture à l’autre avec une adresse merveilleuse, il gagna ainsi l’avant
du train. Il n’avait pas été vu, il n’avait pu l’être.
Là, suspendu d’une main entre le wagon des bagages et le tender2, de 1. Longerons des châssis : pièces
15 l’autre il décrocha les chaînes de sûreté ; mais par suite de la traction3 en longueur qui soutiennent le cadre
du wagon.
opérée, il n’aurait jamais pu parvenir à dévisser la barre d’attelage4, si 2. Tender : wagon contenant
une secousse que la machine éprouva n’eut fait sauter cette barre, et le le charbon qui suit la locomotive.
train, détaché, resta peu à peu en arrière, tandis que la locomotive s’en- 3. Traction : action de tirer.
fuyait avec une nouvelle vitesse. 4. Barre d’attelage : barre qui sert
à accrocher le tender au wagon
Jules Verne, Le Tour du monde en quatre-vingts jours, chap. XXIX, 1872. suivant.

14

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?
A s - t u b ie n l u

1 Comment Passepartout compte-t-il arrêter le train ?


Il compte se glisser sous le train afin de décrocher la barre d’attelage entre le tender et le premier wagon.

2 Relève les trois noms employés pour désigner les qualités physiques de Passepartout.
souplesse – agilité – adresse
Cou p
3 a. Réduis la longue phrase en gras à la phrase minimale. de pouce
Il gagna l’avant du train. ¥ La phrase minimale ne contient
que les mots « essentiels »
b. Quelle phrase te paraît la plus intéressante ? à la compréhension du sens :
sujet + verbe + complément(s)
✗ celle du texte ou celle que tu as copiée ? essentiel(s).
Pourquoi ? Justifie ton choix.
La phrase du texte comporte beaucoup de détails : ils décrivent la scène
Cou p
(la lutte, les balles) et les actions de Passepartout qui me permettent de de pouce
vivre véritablement sa progression sous le train. ¥ Observe la construction de
Les actions de Passepartout sont exprimées grâce à une accumulation de la phrase. Quel est le procédé
employé plusieurs fois ?
participes présents.

4 Quelles sont les deux circonstances qui aident Passepartout à réussir ?


Son passé de clown et la chance (car une secousse décroche la barre).

5 Un passager félicite Passepartout pour sa détermination, son dévouement et son courage.


À toi de compléter son argumentation.
Il fait preuve de détermination car il n’hésite pas à intervenir.
Il fait preuve de dévouement car il agit à la place de son maître et pour sauver la vie de tous.
Il fait preuve de courage car l’entreprise est risquée et il peut y laisser sa vie.

!
À t o i de j o u e r
6 « Adrien attrapa le chaton. » À partir Sauvé de justesse !
de cette phrase minimale, écris une
phrase plus longue qui mettra en Tandis que le petit animal miaulait de peur, alors que la
valeur les actions d’Adrien. Prends branche sur laquelle il était monté risquait à tout instant
modèle sur la phrase en gras du texte de casser, enfourchant le tronc avec agilité, progressant
pour créer du suspens.
lentement pour ne pas tomber, se faufilant avec adresse,
Adrien attrapa le chaton.

15

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co urs 1 • E n r o u t e p o u r l ’ ave n
Par ture !
5 À table avec le capitaine Nemo !
Le professeur Aronnax a découvert l’existence d’un gigantesque sous-ma-
rin, extraordinaire invention d’un homme de génie passionné par la
mer, le capitaine Nemo. Celui-ci invite le savant à déjeuner à bord du ◆ Découvrir un monde exotique
Nautilus. ◆ Employer le vocabulaire
des sensations gustatives
« La plupart de ces mets vous sont inconnus, me dit-il. Cependant,
vous pouvez en user sans crainte. Ils sont sains et nourrissants. Depuis
longtemps, j’ai renoncé aux aliments de la terre, et je ne m’en porte
pas plus mal. Mon équipage, qui est vigoureux, ne se nourrit pas
5 autrement que moi.
— Ainsi, dis-je, tous ces aliments sont des produits de la mer ?
— Oui, monsieur le professeur, la mer fournit à tous mes besoins. […]
Ce que vous croyez être de la viande, monsieur le professeur, n’est 1. Holothuries : concombres de mer.
autre chose que du filet de tortue de mer. Voici également quelques 2. Malais : Indonésien.
10 foies de dauphin que vous prendriez pour un ragoût de porc. Mon 3. Cétacés : mammifères marins.
4. Fucus : grande algue marine.
cuisinier est un habile préparateur qui excelle à conserver ces produits
5. Anémones : animaux marins
variés de l’océan. Goûtez à tous ces mets. Voici une conserve d’ho- ressemblant à des fleurs.
lothuries1 qu’un Malais2 déclarerait sans rivale au monde, voilà une
crème dont le lait a été fourni par la mamelle des cétacés3, et le sucre
15 par les grands fucus4 de la mer du Nord, et enfin, permettez-moi de
vous offrir des confitures d’anémones5 qui valent celles des fruits les Le sais-tu ?
plus savoureux. » On a souvent prêté à Jules Verne
un talent de visionnaire car il a
Et je goûtais, plutôt en curieux qu’en gourmet, tandis que le capi- imaginé dans ses romans cer-
taines découvertes qui eurent
taine Nemo m’enchantait par ses invraisemblables récits. lieu bien plus tard. Il était sur-
Jules Verne, Vingt Mille Lieues sous les mers, chap. X, 1870. tout très informé des progrès de
la science et doué d’une grande
imagination. Son incroyable sous-
marin Nautilus ou son voyage
autour de la lune en sont les
meilleurs exemples. Ses romans
intéressent ainsi à la fois les ama-
teurs d’aventures et les passion-
nés de science.

16

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?
A s - t u b ie n l u
Menu du capitaine Nemo
1 Complète le menu (ci-contre) du repas proposé Plats
par le capitaine Nemo à Aronnax. Filet de tortue de mer
Foies de dauphin
2 Ces plats sont-ils
Conserve d’holothuries
ordinaires ? ✗ originaux ? Pourquoi ?
Desserts
Ils proviennent tous d’animaux ou de végétaux marins
Crème de cétacés
que nous n’avons pas l’habitude de consommer.
Confitures d’anémones

3 Quelles sont les qualités de ces aliments ? Retrouve trois adjectifs employés par Nemo.
sains, nourrissants, savoureux

4 À quels aliments, connus d’Aronnax, Nemo fait-il allusion pour l’inciter à goûter
ses plats originaux ?
Nemo présente les aliments en les rapprochant de nourritures connues comme de la «viande »,
du « ragoût de porc » et des « fruits ».

5 Surligne les trois expressions employées par Nemo pour comparer ces aliments. Puis relève-les.
« Ce que vous croyez être…. n’est autre chose que… »
« que vous prendriez pour… »
« qui valent… »

ef !
Pr e n d s l a p l a c e d u c h
Cou p
de pouce
7 À ton tour, imagine un menu aussi original que savoureux. Trouve ¥ Un groupe nominal a pour noyau
quatre mets dont tu vanteras le goût en les comparant à des plats un nom et peut comporter une ou
plusieurs expansions : un adjec-
connus. Emploie des groupes nominaux variés, ainsi que les expres- tif qualificatif, un autre GN com-
sions repérées à l’exercice 5. plément du nom, une proposi-
tion relative.

Le menu du chef
Voici, comme mise en bouche, de petits cannelés aux algues
brunes qui valent largement ceux que vous avez déjà Boîte
goûtés. Je vous propose ensuite de déguster de petites à mots
paupiettes de requin aux encornets que vous prendriez Les sensations gustatives agréables
„ des noms : une saveur, un régal,
pour du filet de veau. Vous devez aussi goûter cette un arôme, un délice, une merveille
succulente salade d’algues vertes et de méduses aussi „ des adjectifs : délicieux, exquis,
succulent, tendre, aigre-doux,
tendre qu’un cœur de laitue. Enfin terminons ce repas par velouté, fruité, sucré
ce que vous croyez être un cornet de glace à la vanille et „ des verbes : goûter, déguster,
savourer, se délecter, se régaler
qui n’est autre qu’une délicieuse crème glacée au lait de
baleine accompagnée de son craquant d’anémone.

17

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co urs 1 • E n r o u t e p o u r l ’ ave n
Par ture !
6 Voyage au cœur
de tes sensations ◆ Reconnaître et exprimer
sensations et émotions

Le jeune Daniel découvre la mer pour la première fois.

E lle était là, partout, devant lui, immense, gonflée comme la pente d’une mon-
tagne, brillant de sa couleur bleue, profonde, toute proche, avec ses vagues
hautes qui avançaient vers lui.
« La mer ! La mer ! » pensait Daniel, mais il n’osa rien dire à haute voix. Il res-
5 tait sans pouvoir bouger, les doigts un peu écartés, et il n’arrivait pas à réaliser
qu’il avait dormi à côté d’elle. Il entendait le bruit lent des vagues qui se mou-
vaient sur la plage. Il n’y avait plus de vent, tout à coup, et le soleil luisait sur la
mer, allumait un feu sur chaque crête de vague. […]
Au fond de lui-même, Daniel a répété le beau nom plusieurs fois, comme cela :
10 « La mer, la mer, la mer… » la tête pleine de bruit et de vertige. Il avait envie
de parler, de crier même, mais sa gorge ne laissait pas passer sa voix. Alors il fal-
lait qu’il parte en criant, en jetant très loin son sac bleu qui roula dans le sable, il
fallait qu’il parte en agitant ses bras et ses jambes comme quelqu’un qui traverse
une autoroute. Il bondissait par-dessus les bandes de varech, il titubait dans le
15 sable sec du haut de la plage. Il ôtait ses chaussures et ses chaussettes, et pieds
nus, il courait encore plus vite, sans sentir les épines des chardons.
La mer était loin, à l’autre bout de la plaine de sable. Elle brillait dans la lumière,
elle changeait de couleur et d’aspect, étendue bleue, puis grise, verte, presque
noire, bande de sable ocre, ourlets blancs des vagues. Daniel ne savait pas qu’elle
20 était si loin. Il continuait à courir, les bras serrés contre son cœur, le cœur cognant
de toutes ses forces dans sa poitrine. Maintenant il sentait le sable dur comme
l’asphalte, humide et froid sous ses pieds. À mesure qu’il s’approchait, le bruit
des vagues grandissait, emplissait tout comme un sifflement de vapeur. C’était
un bruit très doux et très lent, puis violent et inquiétant comme les trains sur les
25 ponts de fer, ou bien qui fuyait en arrière comme l’eau des fleuves. Mais Daniel
n’avait pas peur. Il continuait à courir le plus vite qu’il pouvait, droit dans l’air
froid, sans regarder ailleurs.
J. M. G. Le Clézio, Mondo et autres histoires. Celui qui n’avait jamais vu la mer, © Gallimard, 1978.

18

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?
A s - t u b ie n l u

1 Que ressent Daniel lorsqu’il découvre la mer ?


a. Entoure les bonnes réponses parmi ces propositions :
indifférence peur étonnement amour surprise effroi tristesse admiration fascination

b. Relève dans le texte deux indices pour justifier ta réponse.


Daniel répète à plusieurs reprises « le beau nom » : la mer. Il utilise des phrases exclamatives.

2 Relis les lignes 4 et 5 : comment expliques-tu la réaction Le sais-tu ?


du personnage ? Nous percevons le monde grâce aux
Daniel reste muet et incapable de bouger car il est submergé par sens. Ils donnent naissance aux sen-
sations qui sont des impressions phy-
l’émotion. Il est subjugué par le spectacle de la mer. siques : visuelles (vue), auditives (ouïe),
olfactives (odorat), gustatives (goût) et
tactiles (toucher).

3 Surligne de couleurs différentes les passages exprimant


les sensations de Daniel, puis identifie les trois sensations présentes.
visuelles (en bleu), auditives (en jaune), tactiles (en vert)

4 À quoi est comparé successivement le bruit des vagues aux lignes 23 à 25 ?


Le bruit des vagues est comparé au bruit doux d’un « sifflement de vapeur », puis au bruit inquiétant
des « trains sur les ponts de fer », puis au bruit « qui fuyait en arrière comme l’eau des fleuves ».

5 Quels effets ces comparaisons produisent-elles ?


Cou p
En quoi la mer se métamorphose-t-elle ? de pouce
Ces comparaisons créent des images inattendues : elles associent ¥ Pour répondre, pose-toi
les questions suivantes :
des éléments de nature très différente – le bruit de la mer et celui – Les images créées sont-elles
du passage de trains – et produisent un effet de mouvement rapide. attendues ou non ?
– Quels éléments sont ici associés ?
La mer se métamorphose en un train.

!
À t o i de j o u e r
6 Daniel, dans son journal intime, revient
sur cette rencontre. Il insiste sur son Ivre de mer !
caractère exceptionnel en précisant ses Jamais rencontre ne fut plus forte que ce jour-là. Les
sensations olfactives et en utilisant des
senteurs de la mer agirent sur moi comme un parfum
comparaisons.
enivrant. Je me laissais guider par mes sensations :
j’humais l’air à pleins poumons. Je sentais l’odeur
Boîte puissante de l’air iodé se mêler à celle des pins. Je
à mots
respirais l’odeur entêtante des algues, je suivais comme
Préciser les sensations olfactives
„ des noms : un parfum, une senteur, un aveugle le parfum salé qui flottait dans l’air chaud.
une odeur
„ des adjectifs : fin, suave, enivrant,
persistant, subtil, entêtant, sucré
„ des verbes : humer, percevoir,
sentir, respirer, parfumer, exhaler,
embaumer

19

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co urs 1 • E n r o u t e p o u r l ’ ave n
Par ture !
7 Prêt à chasser avec un aventurier ?
En 1949, Raymond Maufrais, 23 ans, décide de relier à pied le Bré-
sil à la Guyane française avec, pour seuls compagnons, des carnets
◆ Découvrir l’écriture d’un carnet sur lesquels écrire. Personne ne reverra l’aventurier.
de voyage
Jeudi 12 janvier
◆ Entrer dans la vie quotidienne
d’un aventurier du XXe siècle […] La forêt est fantomatique, pleine de brume dense d’où se
détachent des grosses lianes.
C’est beau ! J’entends seulement le bruit aigre1 de milliers de
5 cigales et le hululement de quelque oiseau de nuit. Je suis écrasé,
anéanti par la grandeur de la forêt ainsi surprise à l’aube. Je conti-
nue la chasse, me dirigeant vers la crique2, espérant y découvrir
quelque gibier venant s’abreuver. Rien ! Les premiers vols de per-
roquets passent… Le jour est levé.
10 Dans la crique je trouve un crabe, je l’embroche : c’est toujours
ça… Et la chasse continue.
J’entends les oiseaux, mais je sais trop bien qu’ils sont minus-
cules. Chaque jour je découvre de nouveaux chants. Aujourd’hui,
c’est celui-ci avec sa voix de klaxon pour pétrolette 19003 […]. Le
15 charpentier au plastron couleur de sang, minuscule sur le tronc
géant, donne des « toc-toc » sonores, et puis encore celui-là avec
sa voix de standardiste, qui transmet à longueur de journée d’in-
compréhensibles messages, le hurlement de sirène de cet autre…
Je fume, j’écoute, assis sur un tronc couché…
20 À mes pieds, se trouve la dentelle des bois4 qui, blanche comme
la neige, ressemble aux cristaux que forme celle-ci lorsqu’elle glace
sur les vitres d’un appartement, tellement fragile que j’ose à peine
la cueillir, craignant de la briser. Il y a aussi un champignon tout
blanc, très droit, curieusement chapeauté de beige, avec une ample
25 résille5 délicate et blanche que le moindre souffle fait frissonner.
J’oublie ainsi ma faim, goûtant la joliesse de ces petites choses,
seulement très ennuyé par un essaim de mouches dorées achar-
nées sur mes plaies et par les fourmis qui défilent en cohorte6,
nettoyant leur passage et charriant chacune un gros morceau de
30 feuille verte en guise de drapeau et, de loin, cette procession fait
penser à une multitude de papillons verts […]. Je note ainsi, lut-
tant contre elles, contre les mouches… Je songe qu’un jour, j’au-
rai plaisir à relire ce carnet, me souvenant alors, heure par heure,
des aléas7 de mon raid8, souriant de mes découragements, heu-
reux de les avoir vaincus.
Raymond Maufrais, Aventures en Guyane. Journal d’un explorateur disparu,
collection « Points Aventure », © Le Seuil, 2014, p. 271-272.

1. Aigre : désagréable.
2. Crique : petite baie.
3. Pétrolette 1900 : mobylette (le mot « pétrolette » est familier).
4. Dentelle des bois : mycélium des champignons : longs filaments blancs qui recouvrent le sol.
5. Résille : filet très fin.
6. Cohorte : groupe.
7. Aléas : événements imprévisibles.
8. Raid : opération militaire éclair menée en territoire ennemi.

20

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?
A s - t u b ie n l u

1 Pour quelle raison, selon toi, Raymond Maufrais chasse-t-il ? Coche la bonne réponse.
Il chasse parce qu’il aime traquer des espèces rares.
✗ Il chasse pour pouvoir manger et survivre.

2 Caractérise le regard que l’explorateur porte sur la flore de la Le sais-tu ?


forêt. L’auteur emploie de nombreux compléments du nom. Le complément du nom permet de
préciser, d’enrichir le nom. Il est, le
a. Quelle expression imagée emploie-t-il pour nommer plus souvent, introduit par la prépo-
le mycélium des champignons ? sition de ou à :
À quoi le compare-t-il également ? Relis les lignes 20 à 25. Ex. : sa voix de standardiste.
Les compléments du nom enrichissent
Il porte un regard très observateur et attentif. Il parle de la « dentelle les descriptions imagées de Raymond
des bois ». Il la compare à des cristaux de neige formés sur les vitres. Maufrais.

b. Quel effet produit le choix de ces expressions imagées ?


L’auteur met en valeur la préciosité et la délicatesse de la végétation.

3 Dirais-tu que l’aventurier regarde la nature à la manière d’un scientifique ou d’un poète ?
Explique-toi en surlignant au moins deux indices dans le texte.
Il regarde la nature à la manière d’un poète car il crée des images inattendues qui transforment la nature
soit de manière amusée, soit en l’embellissant.

4 L’aventurier était parti chasser. A-t-il finalement atteint son objectif ?


Oui et non : il a abandonné la chasse pour s’asseoir, observer la nature et prendre des notes, mais il a
tout de même réussi à vaincre la faim, rassasié par le spectacle de la forêt.

5 Après ta lecture, explique en quelques lignes ce qu’est l’aventure pour Raymond Maufrais.
L’aventure est une découverte, une exploration du spectacle envoûtant de la nature. Mais c’est aussi
une aventure personnelle, une épreuve, car il doit surmonter sa faim.

!
À t o i de j o u e r

6 Décris cet iguane, à la manière de Raymond Maufrais. Utilise des compléments du nom
et des images pour décrire la beauté de l’animal et traduire ta surprise.

L’iguane vert
F
Face à moi, j’aperçus un énorme lézard vert d’un mètre
ccinquante, caché parmi les feuilles. Je voyais ses écailles
b
briller dans les lianes, comme la cotte de mailles d’un
cchevalier préhistorique. Avec sa couleur émeraude, il
re
ressemblait à une énorme broche précieuse. Ses écailles,
cciselées comme un diamant, faisaient de lui la parure de la
fforêt, lumineuse et intriguante à la fois.
fo

21

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s1• E n r o u t e p o u r l ’ ave n t É c r i t u r e l ong u e
Pa r co u r ure !

8 Á ton tour d’imaginer Objectif

ton carnet de voyage ! ◆ Écrire le début


de son carnet de voyage

En véritable aventurier, tu as décidé de partir sur les traces


des Indiens mayas du Mexique. Examine les détails de cette
carte pour préparer ton carnet de voyage.

1 Quelle(s) merveille(s) architecturale(s) pourras-tu décrire ?


Je pourrai décrire les têtes de pierres géantes ou la pyramide
des inscriptions à Palenque.

2 De quelle(s) rencontre(s) insolite(s) pourras-tu faire le récit ?


Je pourrai raconter ma rencontre avec un jaguar ou avec un
Indien maya en costume traditionnel.
Extrait de Cartes. Voyages parmi mille curiosités
Pour écrire une page de ton carnet de voyage, aide-toi de et merveilles du monde, © Rue du Monde, 2012.
tes lectures de ce parcours.
p

Mon carnet de voyage au pays des Indiens mayas


Choisis une date. Vendredi, 1er août 2014

Expose : Parti(e) il y a un mois pour rencontrer les Indiens mayas qui me


– tes motivations : les raisons fascinent depuis toujours, je suis arrivé(e) hier au pied des statues
pour lesquelles tu as décidé
de partir à l’aventure ; géantes. Je touchais enfin au but ! J’aime découvrir de nouveaux
– les conditions matérielles horizons, aller à la rencontre des civilisations les plus reculées. Cela
de ton voyage : seul
ou avec d’autres, à pied n’intéresse pas mes amis ; c’est pour cela que j’ai décidé de partir
ou en voiture, etc. seul(e).
Décris tes impressions Le jour se levait. Quel spectacle ! Je ne sais combien de temps je
et tes sensations à la vue
suis resté(e) face aux immenses têtes de pierres. J’étais incapable
de ce que tu as découvert.
de bouger, je scrutais chaque détail des statues. La pierre était très
brillante, presque éblouissante.

Fais le récit d’une rencontre. Mais l’arrivée d’un jaguar est venue rompre le spectacle. Je me
inattendue avant d’en tirer suis figé(e) et j’ai eu beaucoup de peine à retenir ma respiration.
les leçons.
Heureusement un Indien en costume traditionnel est arrivé et l’a
fait fuir. Quelle peur j’ai eue !
Je me suis rendu compte que j’avais encore beaucoup à apprendre
pour parvenir au terme de mon périple.

activité numérique
Tu peux réaliser la carte de l’endroit dans lequel tu rêverais de vivre une aventure grâce
à l’application proposée par la BNF : http://enfants.bnf.fr/salledesjeux/jeu_web1/jeu_cartes/.
Imprime ta carte et imagine une page de ton journal de voyage en suivant les conseils donnés.

22

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Fai
s le
b

ila
9 Quel aventurier serais-tu ?

n
Texte 2
Texte 1
Yonden, âgé de huit ans,
Le 20 juillet 1969…
parcourt à pied les pay-
Voyant que le pilote automatique
sages de Mongolie en com-
se dirige vers une zone instable, le
pagnie d’un chamane, prêtre
commandant Neil Armstrong, avec
bouddhiste, qui va lui trans-
un sang-froid exceptionnel, repasse
mettre son enseignement.
en manuel et cherche un endroit plus sûr
où se poser. […] La marche est un bienfait. Une mer-
À 3 h 56, dans la nuit du 20 au 21 juillet, veille. Elle atténue, allège, puis brise
Neil Armstrong met le pied (gauche) sur la la pensée. Elle vide le corps de ses
Lune. Un milliard d’êtres humains suivent tensions et rend l’esprit léger comme
l’exploit en temps réel ou presque sur leurs une bulle. Elle nous fondait aux pay-
écrans de télévision. À leur attention, Neil sages, elle nous détachait de nous-
Armstrong (38 ans) lâche une phrase vouée mêmes, elle nous donnait des ailes,
à l’Histoire : « Un petit pas pour l’homme, elle nous délivrait des regrets ? J’ap-
un grand pas pour l’humanité. » prenais à chaque pas.
© Jeanne Lafont (http://www.herodote.net/ Marie Jaoul de Poncheville, Molom.
20_juillet_1969-evenement-19690720.php). Le Chamane et l’Enfant, © Lattès, 1995.

1 En quelques mots, explique ce que représente l’aventure dans Pour aller plus loin
chacun de ces extraits :
Avec Neil Armstrong : une aventure scientifique, un exploit qui Fais des recherches, puis présente
l’un de ces aventuriers célèbres :
demande un courage exceptionnel Alain Bombard, Alexandra David-
Neel, Antoine de Saint-Exupéry, Roald
Avec Yonden : une aventure personnelle, l’évasion, la rêverie, la Amundsen, Neil Armstrong ou Felix
découverte à pied, l’action quotidienne Baumgartner sous forme d’exposé, de
poster papier ou numérique, d’article
dans le blog de ta classe…
2 Quel type d’aventure te tente le plus ? Justifie ton choix en t’ap-
puyant sur l’un des textes, en un paragraphe de 5 à 10 lignes.
Je préférerais, comme le jeune Yonden, dans le texte 2, aller découvrir
à pied un endroit qui me plaît. Accomplir un exploit ne me tente pas.
Mais j’aimerais participer à une expédition pédestre en Amazonie,
Roald Amundsen
loin du bruit des villes. Ce serait l’occasion de découvrir la biodiversité
de la forêt et des animaux rares, comme le toucan et l’iguane. C’est
Felix Baumgartner
ainsi que je conçois l’aventure : explorer un endroit dont j’ai souvent
rêvé pour découvrir ses richesses naturelles.

Alain Bombard
Ou comme Neil Armstrong, dans le texte 1, j’aimerais accomplir un
exploit qui marque l’Histoire. Explorer l’inconnu, découvrir ce qui ne
l’a jamais été doit être fascinant. C’est ainsi que je conçois l’aventure :
Alexandra
accomplir un exploit qui donne à la vie un caractère exceptionnel et David-Neel

procure des émotions fortes.


Antoine
de Saint-Exupéry

23

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co urs 2 • B i e n ve n u e à l ’ é c o l e d
Par es Robinsons
10 Comment Robinson Crusoé
fit naufrage
Dans le roman de Daniel Defoe écrit au xviiie siècle, Robinson Cru- ◆ Découvrir la figure du naufragé
en littérature et en peinture
soé, capitaine d’un navire à destination des côtes africaines, affronte
une terrible tempête qui entraîne le naufrage de son vaisseau. ◆ Observer la composition
d’un tableau

Le sais-tu ?
Une marine est un tableau
qui a pour sujet la mer et les
scènes maritimes. Les pre-
mières marines sont l’œuvre
d’artistes hollandais du xvie
siècle.
Au xviiie siècle, le commerce
maritime connaît un essor
considérable et les échanges
se multiplient pour répondre
à la demande des Européens
de plus en plus friands de
produits exotiques : épices,
sucre, café, tabac… Hollan-
dais, Britanniques et Français
rivalisent en vue de contrôler
ces échanges très lucratifs
entre l’Europe, l’Afrique et
l’Amérique (commerce trian-
gulaire).
De nombreuses œuvres
picturales représentent
les hommes déterminés à
affronter la mer déchaînée
au péril de leur vie.

Marius Cazeneuve
(1839-1913), Le Naufrage,
musée du Vieux-Toulouse.

J e ne saurais trouver les mots pour exprimer ce que je ressentis alors. Si


bon nageur que je fusse, je ne pus cependant me dégager assez pour res-
pirer, jusqu’à ce que la vague m’ayant emporté vers le rivage s’y brise, me
laissant presque à sec et à demi-mort, à cause de l’eau que j’avais avalée.
5 Voyant la terre plus proche de moi que je ne l’aurais cru, j’eus assez de
présence d’esprit et de souffle pour me relever et tâcher d’avancer vers Pour aller plus loin
elle, avant qu’une autre vague revînt et me ressaisît. Mais, regardant der- Sur le thème de la tem-
rière moi, je vis la mer menaçante, haute et furieuse, comme une ennemie pête en peinture, consulte
redoutable avec laquelle je ne pouvais aucunement mesurer mes forces. le dossier « La mer en péril »
sur le site de la bnf :http://
Daniel Defoe (1660-1731), Robinson Crusoé, 1719, traduction de Jacques Brécard, expositions.bnf.fr/lamer/
© Le Livre de poche jeunesse, 2010, p. 44. bornes/borne3.htm.

24

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leau
Observe attentivement le tab
Cou p
1 Sur ce tableau, qu’est-ce qui attire immédiatement le regard ? de pouce
Pourquoi ? ¥ Demande-toi quel élément est
le plus fortement mis en valeur
C’est le navire en train de sombrer qui attire le regard. Le peintre l’a par la lumière. Celle-ci permet au
représenté fortement éclairé par l’orage et les éclairs. Il a placé le peintre de guider l’œil du spectateur
vers les éléments clés de son
navire au milieu de la toile. tableau.

2 Où les naufragés sont-ils représentés dans le tableau ?


Les naufragés sont représentés au premier plan, dans le creux de la vague et dans le prolongement du
faisceau de lumière.

3 Que représentent, d’après toi, les traits de couleur blanche au premier plan ?
Ils permettent de représenter l’écume et ainsi de mettre en évidence l’agitation de la mer.

efoe
Découvre le texte d e D a n i e l D
4 Surligne les expressions qui expriment les difficultés que doit affronter Robinson.
Complète ensuite ces phrases.
Il doit réussir à respirer, à avancer vers la terre.
Il doit résister à la force des vagues et du courant.

5 Comment Robinson se sent-il alors qu’il est au cœur de la tempête ?


Souligne la phrase qui l’indique.
Il se sent en position de faiblesse, incapable de lutter efficacement contre une force supérieure.

!
À t o i de j o u e r

6 Imagine que tu es le naufragé qui se trouve au premier plan du


tableau et que tu racontes dans ton journal, comme Robinson, com- Boîte
ment tu as réussi à survivre à la tempête. N’hésite pas à employer à mots
le vocabulaire proposé ci-contre. Pour décrire la mer
„ échevelée, déchaînée, démontée,
furieuse, rugissante, les flots
en colère
Mon naufrage
Pour exprimer l’action de la mer
À bout de souffle, je m’accrochai à une planche de l’épave. sur le bateau
„ submerger, déferler sur, écraser,
Mais la vague furieuse et rugissante se dressait derrière moi. briser, soulever, engloutir, happer
Elle me souleva avec une violence inimaginable. J’étais
Pour exprimer le combat du naufragé
comme dans la main d’un monstre qui me secouait de „ être à bout de souffle,
être aux prises avec, lutter, résister,
toutes ses forces avant de m’engloutir. Je me laissai porter se laisser porter, se débattre
car je ne pouvais pas lutter. Elle me projeta à quelques mètres
du rivage. J’eus alors la force de faire quelques pas avant de
me laisser tomber sur le sable, comme mort.
25

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co urs 2 • B i e n ve n u e à l ’ é c o l e d
Par es Robinsons
11 Qui es-tu, Robinson, Objectif
et où es-tu ? ◆ Aller à la rencontre du personnage
de Robinson Crusoé

Le sais-tu ?
L’histoire de Robinson Crusoé, inven-
tée en 1719 par l’écrivain anglais
Daniel Defoe (1660-1731), a inspiré
écrivains, cinéastes et aventuriers.
Une île chilienne porte d’ailleurs
son nom : celle où le marin écos-
sais Alexandre Selkirk avait sur-
vécu quatre ans, et dont l’aventure
a nourri l’imagination de Defoe.
En France, au xxe siècle, Michel
Tournier (né en 1924) a proposé
sa version de l’histoire dans deux
romans : le premier pour les adultes,
Vendredi ou les limbes du Pacifique,
en 1967, le second pour la jeunesse,
Vendredi ou la vie sauvage, en 1971.

Christophe Lemoine et
Jean-Christophe Vergne, Robinson Crusoé,
© Glénat, coll. « Les incontournables
de la littérature », 2010.

age
Observe attentivement l’im
1 Quelle place l’île occupe-t-elle ? Comment est-elle représentée ?
L’île est au centre de l’image, elle est entourée par l’océan.

2 Le dessinateur a fait le choix d’un plan très large : quelle image veut-il donner de l’île ?
Le dessinateur a utilisé un plan très large pour mettre en valeur la mer. L’île semble perdue au milieu
de nulle part.

3 Comment repères-tu Robinson sur l’île ? Pourquoi, selon toi, le dessinateur a-t-il fait ce choix ?
Robinson n’est représenté que par la bulle, on ne le connaît que par les mots qu’il prononce : « Une île…
Je suis sur une île !!!! » Il est, lui aussi, perdu sur une île au milieu de nulle part.

26

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l’île
Examine la première exp l o r a t i o n d e
Texte 1
Texte 2
Dans le roman de Daniel Defoe
Dans le roman
J e pris un de mes fusils de chasse, un de mes pis-
tolets et une poire à poudre1, et armé de la sorte
de Michel Tournier
je m’en allai à la découverte sur cette montagne.
Après avoir, avec beaucoup de peine et de diffi- A près plusieurs heures de marche
laborieuse, Robinson arriva au
pied d’un massif de rochers entassés
culté, gravi la cime, je compris, à ma grande afflic-
tion2, ma destinée, c’est-à-dire que j’étais dans une en désordre. Il découvrit l’entrée d’une
île au milieu de l’Océan, d’où je n’apercevais d’autre grotte, ombragée par un cèdre géant ;
terre que des récifs3 fort éloignés et deux petites îles mais il n’y fit que quelques pas, parce
moindres que celle où j’étais, situées à trois lieues4 qu’elle était trop profonde pour être
environ vers l’ouest. explorée ce jour-là. Il préféra escala-
Je reconnus que l’île était inculte5, et que vrai- der les rochers, afin d’embrasser une
semblablement elle n’était habitée que par des bêtes vaste étendue du regard. C’est ainsi,
féroces ; pourtant je n’en apercevais aucune ; mais debout sur le sommet du plus haut
en revanche, je voyais quantité d’oiseaux dont je ne rocher, qu’il constata que la mer cer-
connaissais pas l’espèce. nait de tous côtés la terre où il se trou-
vait et qu’aucune trace d’habitation
Daniel Defoe, Robinson Crusoé, traduction de Pétrus Borel, 1719.
n’était visible : il était donc sur une
1. Poire à poudre : petite gourde utilisée pour mettre de la poudre à fusil.
2. Affliction : profonde douleur. île déserte.
3. Récif : rocher dont le sommet émerge de la surface de l’eau. Michel Tournier, Vendredi ou la vie sauvage,
4. Lieue : mesure ancienne égale à 4 km environ. © Flammarion, 1971.
5. Inculte : vierge de toute culture. Gallimard, coll. « Folio Junior », 1987, p. 14.

4 Quelle même constatation les deux Robinsons font-ils, dans le texte 1 et dans le texte 2 ?
Surligne les indices à l’appui de ta réponse.
Chacun constate qu’il est sur une île déserte, vierge de toute habitation.

5 Parmi les adjectifs suivants – désespéré, observateur, calme, inquiet, curieux, angoissé –,
quels sont ceux que tu utiliserais pour caractériser Robinson dans les deux textes ? Recopie-les.
Robinson chez Defoe : observateur, désespéré, angoissé, inquiet
Robinson chez Tournier : observateur, calme, curieux

6 De quel personnage te sens-tu le plus proche et pourquoi ?


Je me sens plus proche du personnage de Tournier car j’apprécie sa manière d’aborder la situation avec
calme et curiosité. Il semble considérer la situation de manière plus positive que le Robinson de Defoe.

!
À t o i de j o u e r
7 Au terme de cette rencontre Ce que je pense découvrir
avec le personnage de Robin-
son, explique ce que tu t’at- Je pense découvrir comment Robinson va réussir à vivre sur
tends à découvrir dans chacun son île et mieux comprendre aussi pourquoi il est arrivé là.
des romans. J’attends également de voir quelles aventures chaque
auteur a imaginées pour le personnage.
27

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co urs 2 • B i e n ve n u e à l ’ é c o l e d
Par es Robinsons
12 Comment survivre Objectif
sur une île déserte ? ◆ Découvrir les impressions et
les sentiments de Robinson
?
A s - t u b ie n l u

Texte 1

Ayant enfin regagné la terre ferme, Robinson Crusoé prend conscience


de sa situation.

J’ étais donc le seul rescapé, et ce privilège pouvait certes ranimer


mon courage. Néanmoins, à mesure que je réfléchis à mon aven-
ture, je sentis diminuer mon allégresse et trouvai que, loin de me féli-
citer exagérément de ma délivrance, il me fallait reconnaître que ma
situation était affreuse. J’étais mouillé et n’avais point d’habits pour
me sécher ; j’avais faim et n’avais rien à manger ; j’avais soif et n’avais
rien à boire ; j’étais faible et n’avais rien pour me fortifier ; je n’avais
même pas d’autre perspective que celle de mourir de faim, ou d’être
dévoré par les bêtes féroces. Circonstance particulièrement grave, je
ne possédais aucune arme pour chasser ou pour me défendre ; en un
mot, je n’avais rien sur moi qu’un couteau et un peu de tabac. Aussi le
sentiment de ma détresse me jeta-t-il dans de terribles angoisses ; en
sorte que, durant quelque temps, je courus çà et là comme un insensé.
Daniel Defoe, Robinson Crusoé, traduction de Jacques Brécard,
© Le Livre de poche jeunesse, 2010, p. 45-46.

Le sais-tu ?
Un privilège est un avantage qui
n’est accordé qu’à quelques per-
sonnes par une autorité supérieure.
Sous l’Ancien Régime, les nobles
1 Robinson Crusoé considère qu’il a bénéficié d’un privilège (l. 1).
bénéficiaient de privilèges.
Quelle autorité supérieure, selon toi, doit-il remercier ? Pourquoi ?
Robinson considère qu’il a bénéficié d’un privilège car il est le « seul rescapé », le seul survivant du navire.
Ce nom « privilège » semble signifier qu’il a été choisi par Dieu et que sa survie n’est pas le fruit du hasard
ou de la chance.

2 Surligne les phrases qui énumèrent les difficultés rencontrées par Robinson.
Puis entoure les deux adjectifs qui conviennent le mieux pour qualifier son état :
nanti démuni défavorisé vulnérable fragile pauvre

3 Relève les deux émotions qui envahissent Robinson au début puis à la fin de ce texte.
Trouve un synonyme pour chacun.
L’allégresse et la détresse. Synonyme d’allégresse : grande joie. Synonyme de détresse : grand malheur.

4 Comment expliques-tu la succession de ses sentiments ?


Il est d’abord heureux d’être en vie, puis, prenant conscience de sa situation, il est envahi par l’angoisse
et pense ne pas pouvoir survivre.

28

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Texte 2

Quelques mois après le naufrage, Robinson se lance à la découverte de l’île.

C e fut le 15 juillet que je commençai à inspecter mon territoire. J’allai


d’abord à la petite baie où j’avais abordé avec mes radeaux1. Je mar-
chai le long de la rivière, et quand j’eus parcouru environ deux milles2
en montant, je trouvai que la marée ne portait pas plus loin : il n’y avait
plus là qu’un petit ruisseau, dont l’eau était douce et bonne ; mais, en
cette saison sèche, il n’en restait pas assez pour faire un courant impor-
tant. Sur les bords de ce ruisseau, je trouvai plusieurs prairies unies et
couvertes d’une belle verdure. […]
Le lendemain, 16 du mois, je repris le même chemin ; et m’étant avancé
un peu plus que je n’avais fait la veille, je trouvai que le ruisseau et les
prairies ne s’étendaient guère plus loin. La campagne devint alors plus
boisée ; j’y découvris plusieurs sortes de fruits, et particulièrement des
melons qui couvraient la terre, des raisins qui pendaient aux arbres, et 1. Robinson a fabriqué
des radeaux pour se rendre
dont la grappe colorée et pleine était prête pour la vendange. Cette trou- sur l’épave du navire et
vaille me causa autant de surprise que de joie. en rapporter des provisions.
2. Milles : (mot anglais)
Daniel Defoe, Robinson Crusoé, traduction de Jacques Brécard, un mille équivaut à 1 609 m sur
© Le Livre de poche jeunesse, 2010, p. 91. terre et 1 852 m dans les airs.

5 Complète ce tableau.
Quelles ressources naturelles Robinson découvre-t-il ? À quels besoins vitaux répondent-elles ?

il découvre « de l’eau douce et bonne » au besoin d’ étancher sa soif


il découvre des fruits : des melons et des raisins au besoin de se nourrir, d’étancher sa soif

6 Entoure les adjectifs qui conviennent pour qualifier l’île.


hostile hospitalière accueillante aride fertile inculte

7 Quel est l’état d’esprit de Robinson à la suite de sa dernière découverte ? Pourquoi ?


Il a retrouvé de l’espoir et la joie de vivre en découvrant qu’il y a des fruits sur l’île, dont il pourra tirer
profit et plaisir.

!
À t o i de j o u e r Cou p
de pouce
¥ Pense à évoquer les changements
8 Dans son journal de bord, Robinson revient sur les sentiments successifs de son état d’esprit
depuis son arrivée dans l’île.
qui l’ont habité depuis son naufrage.

Mon arrivée sur l’île Boîte


à mots
Quand je me suis réveillé sur la plage, j’ai été tout d’abord
Des noms pour exprimer
heureux d’être en vie. Mais très vite j’ai réalisé que je n’avais des émotions et des sentiments
(d’intensité croissante)
plus rien et le désespoir m’a submergé. Puis l’inspection de
„ le bonheur : le contentement,
l’île m’a rassuré : la présence de l’eau douce, de fruits et de la satisfaction, le bien-être, l’allégresse
verdure allait rendre ma survie possible et mon existence „ le malheur : la peine, le découragement,
le désarroi, le désespoir, la détresse,
supportable. l’abattement

29

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co urs 2 • B i e n ve n u e à l ’ é c o l e d
Par es Robinsons
13 Qui est Vendredi
dans le roman de Defoe ? Objectifs
◆ Étudier le regard d’un Européen
Après vingt-trois ans de solitude, Robinson découvre que des indi-
sur un « sauvage »
gènes cannibales venus en pirogue se réunissent sur l’île. Un jour, il
sauve de la mort l’un des deux prisonniers condamnés à être sacri- ◆ Aborder le portrait
fiés, en tirant sur ses poursuivants.

C e sauvage, grand garçon bien découplé1, de vingt-cinq ans envi-


ron, était parfaitement proportionné et son air mâle me parut
dénué2 de férocité. Après avoir reposé pendant une demi-heure, il
sortit de la grotte, vint à moi en courant, et, se jetant à mes pieds
5 avec gratitude3, renouvela son serment de fidélité en posant mon
pied sur sa tête. Je lui donnai le nom de Vendredi
en mémoire du jour où je l’avais sauvé et res-
tai avec lui toute la nuit suivante dans la grotte ;
mais, dès que le jour parut, je m’empressai de
10 l’emmener avec moi au haut de la colline, pour
voir si les ennemis étaient partis ; je ne décou-
vris que la place où ils avaient été, sans aperce-
voir ni eux ni les canots.
Nous retournâmes donc à mon château4 où
15 je me mis à travailler aux habits de Vendredi car
il était entièrement nu. Puis il me fallut décider
où je logerais mon domestique d’une manière
commode pour lui, tout en me mettant à l’abri
de tout danger, au cas où Vendredi serait assez
20 méchant pour former quelque tentative contre
ma vie. Mais mes craintes n’étaient pas fondées,
car jamais on n’a vu de serviteur plus fidèle, plus
rempli d’amour pour son maître. Il s’attacha à
moi avec une tendresse véritablement filiale5, se
25 montra sans caprices ni opiniâtreté6, incapable
d’emportement, et, en toute occasion, il aurait
sacrifié sa vie pour sauver la mienne. Il m’en 1. Découplé : bien bâti.
donna en peu de temps un si grand nombre de 2. Dénué de férocité : sans la moindre férocité.
3. Gratitude : reconnaissance.
preuves que je ne pus douter de son bon cœur. 4. Mon château : Robinson appelle ainsi la caverne où il vit.
Daniel Defoe, Robinson Crusoé, traduction de Jacques Brécard, 5. Tendresse filiale : tendresse d’un enfant pour son père.
© Le Livre de poche Jeunesse, 2010, p. 170-171. 6. Opiniâtreté : obstination.

?
A s - t u b ie n l u

1 a. Que fait Vendredi en sortant de la grotte ?


Il se jette aux pieds de Robinson et pose le pied de Robinson sur sa tête.
b. Que signifie ce geste, selon toi ?
Il veut montrer qu’il est reconnaissant et soumis à Robinson qui lui a sauvé la vie.

30

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2 Qu’impose Robinson à Vendredi ? Pourquoi agit-il ainsi, d’après toi ?
Robinson lui donne un nom puis il lui coud des vêtements. Il agit ainsi
car il veut le civiliser, lui imposer son propre mode de vie. Le sais-tu ?
Au xviiie siècle, les Européens pour-
suivent leur exploration du monde.
Les récits des voyageurs (comme
le Voyage autour du monde de Bou-
gainville) ont un vif succès auprès de
3 Robinson n’a pas toujours eu entièrement confiance en Vendredi.
leurs contemporains qui apprennent
Surligne la phrase qui le prouve. Comment cela peut-il s’expliquer ? que leur civilisation n’est pas le seul
Robinson, comme beaucoup de ses contemporains, a des préjugés sur mode de vie au monde et corrigent
certains de leurs préjugés. Mais ces
les indigènes et craint que Vendredi soit violent et cherche à le tuer. mêmes Européens n’en continuent
pas moins à exploiter les peuples
colonisés et à pratiquer la traite des
esclaves.

4 Robinson emploie le nom de « sauvage » pour désigner Robinson.


Cou p
Quel sens ce nom a-t-il ici ? Propose ensuite un synonyme
de pouce
et un antonyme. Consulte si nécessaire le dictionnaire.
¥ Sauvage vient du latin silvaticus :
Un sauvage est un homme primitif qui vit dans la nature. « qui est fait pour la forêt ».
synonyme : primitif antonyme : civilisé

5 Souligne les deux passages où Robinson décrit Vendredi.


a. Dans le premier passage, comment qualifierais-tu l’impression de Robinson ?
négative ✗ positive
Donne un titre à ce premier portrait en complétant ce groupe nominal à l’aide de trois adjectifs :
Un jeune homme fort et bienveillant .
b. Dans le second passage, quels adjectifs caractérisent le mieux la personnalité de Vendredi ?
Entoure-les.
reconnaissant servile fidèle têtu serviable respectueux
instable doux généreux grossier

!
À t o i de j o u e r

6 Vendredi a maintenant appris la langue de Robinson.


Il lui explique ce qu’il a ressenti lorsque Robinson
s’est mis en tête de lui fabriquer des vêtements.

Pourquoi porter des vêtements ?


Je me demandais pourquoi vous passiez toutes ces journées à
me fabriquer des vêtements alors que je n’en avais pas besoin.
Pourquoi devais-je mettre ces costumes alors que j’avais toujours
vécu nu ? Mais je vis que cela vous faisait plaisir. Alors j’enfilai sans
un mot le caleçon et la veste en peau de chèvre que vous aviez
cousus.

31

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co urs 2 • B i e n ve n u e à l ’ é c o l e d
Par es Robinsons
14 Qu’apprend Robinson Objectif
à l’école de Vendredi ? ◆ Étudier une réécriture moderne
du personnage de Robinson

Dans le roman de Michel Tournier, Vendredi, qui partage le quotidien


de Robinson, profite de l’absence de son maître pour partir se promener
en emportant le coffre que son maître avait déposé au fond de la grotte.

A u nord-ouest de l’île, à l’endroit où la grande prairie se perdait dans


les sables, fleurissait une plantation de cactus et de cactées qui
avaient des formes et les silhouettes les plus bizarres. On aurait dit un
cortège de mannequins de caoutchouc verts hérissés de piquants avec
5 des boules, des raquettes, des queues, des trompes.
Vendredi lança sur le sol le coffre qui lui avait meurtri l’épaule. Les
charnières du couvercle sautèrent, et un brillant désordre d’étoffes pré-
cieuses1 et de bijoux se répandit au pied des cactus. Ces vêtements, Ven-
dredi n’aurait pas songé à s’en vêtir lui-même. Mais il trouva amusant d’en
10 habiller les cactus qui avaient tous des formes vaguement humaines. Alors
pendant plus d’une heure il disposa sur ces drôles de plantes, grandes
comme des hommes, des capes, des châles, des chapeaux, il leur enfila
des robes, des pantalons, des gants, il les couvrit enfin de bracelets, de
colliers, de boucles d’oreilles, de diadèmes2, et il trouva même au fond
15 du coffre des ombrelles, des faces-à-main et des éventails qu’il leur dis-
tribua pour compléter l’illusion. Puis il contempla son œuvre, cette foule
de grandes dames, de prélats3, de majordomes4 et de monstres biscor-
nus qui avaient l’air dans leurs somptueux atours5 de se contorsionner, 1. Étoffes précieuses : soie, velours.
de se faire des révérences, de danser un ballet fantastique et immobile. 2. Diadème : parure féminine
20 Il rit très fort et imita ces bonshommes et ces bonnes femmes absurdes en forme de couronne portée
sur les cheveux.
en gesticulant et en sautant sur place, tandis que Tenn6 gambadait et 3. Prélats : hommes d’Église :
jappait joyeusement autour de lui […]. évêques, cardinaux.
Il faisait un temps magnifique, et Vendredi chantait de bonheur en 4. Majordomes : domestiques.
5. Atours : vêtements.
courant sur le sable blanc et pur de la plage. Comme il était beau, nu et 6. Tenn : le chien du navire, retrouvé
25 joyeux, seul avec le soleil et son chien, libre de faire ce qu’il voulait, loin sur l’île, après le naufrage.
de l’ennuyeux Robinson !
Michel Tournier, Vendredi ou la vie sauvage, © Flammarion, 1971.
Gallimard, coll. « Folio Junior », p. 78-79.

32

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?
A s - t u b ie n l u
1 Vendredi est nu. Pour quelle raison ? Sélectionne la bonne réponse.
par provocation.
parce qu’il vit comme un sauvage.
✗ parce qu’il n’éprouve pas le besoin de se vêtir.

2 Que fait Vendredi des vêtements présents dans le coffre et pourquoi ?


Appuie-toi sur le texte pour répondre.
Vendredi trouve amusant d’habiller les cactus car les vêtements ne représentent rien pour lui.

3 Les vêtements et ceux qui les portent sont-ils mis en valeur ou tournés en ridicule ?
Surligne dans le texte les passages à l’appui de ta réponse.
Ils sont tournés en ridicule. Vendredi se moque d’eux.

te ?
S a u r a s - t u i n te rpré t e r l e t e x
Cou p
de pouce
4 Explique ce qui fait de cette scène un bal de carnaval. ¥ Le temps du carnaval, comme
à Venise ou à Rio, chacun se
Les vêtements sont utilisés comme des déguisements par Vendredi. déguise. Tout est permis, les
Les cactus deviennent les participants à un bal de carnaval. barrières tombent : les petits
et les puissants, costumés,
se rencontrent lors des bals.

5 Dans la dernière phrase, le narrateur prend-il parti pour Robinson


ou pour Vendredi ? Justifie ta réponse en trois phrases.
Il fait comprendre au lecteur que Vendredi a raison de s’amuser et
Le sais-tu ?
Au xviiie siècle, époque à laquelle se
de se moquer des coutumes. Il critique Robinson en disant qu’il passe le récit, le vêtement était, pour
est ennuyeux et insiste sur le bonheur et la beauté de Vendredi qui les Européens, un symbole de culture
et de civilisation. La nudité au contraire
chante et court librement. était considérée comme un signe d’ab-
sence de culture et de barbarie.
Le bal était à la fois un divertissement
très apprécié de la noblesse et un lieu
où on pouvait se montrer, paré de ses
plus beaux atours.
!
À t o i de j o u e r

6 Robinson, ayant surpris cette scène, décide de préciser dans son journal de bord
ce que Vendredi vient de lui apprendre.

Ce que Vendredi m’a appris


Nous, Européens, considérons les vêtements comme une preuve de notre
civilisation. Mais quand j’ai vu, cet après-midi, Vendredi chanter et danser nu sur la
plage, son bonheur m’a fait réfléchir. Il n’y a aucune sauvagerie dans son refus de
se vêtir. J’ai compris son amour de la nature et son besoin d’être en harmonie avec
elle. Aujourd’hui Vendredi m’a donné une leçon de liberté.

33

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co urs 2 • B i e n ve n u e à l ’ é c o l e d
Par es Robinsons
15 À la rencontre
du « nouveau Robinson » Objectif

Dans le roman de Michel Tournier, à la suite d’une explosion de poudre ◆ Dresser un portrait
de Robinson et comprendre
stockée dans une grotte, tout est détruit sur l’île : cultures et construc- sa métamorphose
tions. Robinson abandonne alors son « organisation ennuyeuse et tra-
cassière » pour adopter le mode de vie de Vendredi.

D e son côté, Robinson avait commencé à se transformer complè-


tement. Avant il portait des cheveux très courts, presque ras, et
au contraire une grande barbe qui lui donnait un air de grand-père. Il Le sais-tu ?
coupa sa barbe – qui avait été d’ailleurs déjà abîmée par l’explosion – Une métamorphose est une
transformation complète.
5 et il laissa pousser ses cheveux qui formèrent des boucles dorées sur
toute sa tête. Du coup il paraissait beaucoup plus jeune, presque le frère
de Vendredi. Il n’avait plus du tout la tête d’un gouverneur et encore
moins d’un général.
Son corps aussi s’était transformé. Il avait toujours craint les coups
15 de soleil, d’autant plus qu’il était roux. Quand il devait rester au soleil,
il se couvrait des pieds à la tête, mettait un chapeau et n’oubliait pas de
surcroît sa grande ombrelle en peau de chèvre. Aussi il avait une peau
blanche et fragile comme celle d’une poule plumée.
Encouragé par Vendredi, il commença à s’exposer nu au soleil.
20 D’abord il avait été tout recroquevillé, laid et honteux. Puis il s’était
épanoui. Sa peau avait durci et avait pris une teinte cuivrée. Il était fier
maintenant de sa poitrine bombée et de ses muscles saillants. Il s’exer-
çait avec Vendredi à toutes sortes de jeux. Ils faisaient la course sur le
sable, ils se défiaient à la nage, au saut en hauteur, au lancer des bolas1.
25 Robinson avait appris également à marcher sur les mains, comme son
compagnon. Il faisait les « pieds au mur » contre un rocher, puis il se
détachait de ce point d’appui et partait lourdement, encouragé par les
applaudissements de Vendredi.
Michel Tournier, Vendredi ou la vie sauvage, © Flammarion, 1971.
Gallimard, coll. « Folio Junior », p. 91-92.
1. Bolas : à l’origine armes de jet, constituées de cordes et de plusieurs boules placées à leur extrémité.
Les bolas sont utilisés pour des jeux de lancer et pour jongler.

34

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nt
Observe attentiveme

1 Quel verbe, répété à deux reprises dans le texte, met en valeur la métamorphose
de Robinson ? Surligne-le. Il s’agit du verbe « transformer ».

2 En t’appuyant sur le texte, complète le tableau pour illustrer la métamorphose de Robinson.


Robinson pendant ses premières années sur l’île après l’explosion
ses cheveux « des cheveux très courts, presque ras » des cheveux longs formant des
boucles dorées
sa barbe « une grande barbe » la barbe coupée
sa couleur de peau « une peau blanche et fragile » une peau durcie, à la teinte cuivrée
son corps « tout recroquevillé » la poitrine bombée et les muscles
saillants
la tenue qu’il couvert des pieds à la tête, un chapeau, nu
adopte au soleil
une grande ombrelle en peau de chèvre
son apparence « un air de grand-père » il paraît plus jeune.
générale

3 Par quelles activités sportives Robinson a-t-il remplacé le travail quotidien


qu’il faisait sur l’île ? Établis-en la liste.
Il fait la course, pratique le lancer, le saut en hauteur, la nage. Il marche également sur les mains.

4 Quelles qualités physiques Robinson a-t-il développées auprès de Vendredi ?


Il a développé la vitesse, la force, la souplesse et l’agilité.

5 D’après toi, cette métamorphose est-elle bénéfique ou nuisible pour Robinson ?


Relève les indices pour appuyer ta réponse.
Pour Robinson, cette métamorphose est bénéfique. Il se sentait « laid et honteux », il paraît maintenant
« beaucoup plus jeune », il se sent « épanoui et libre ».

6 Comment expliques-tu cette métamorphose ?


C’est au contact de Vendredi et de la nature que Robinson s’est métamorphosé. Il a rompu avec sa vie
d’avant pour suivre le rythme de la nature et s’adapter à elle.

!
À t o i de j o u e r
7 Robinson s’était octroyé le titre de Un nouveau titre pour Robinson
« gouverneur » de son île, établis-
sant des lois et des règles. Au terme Je choisirais Robinson « le bon vivant » ou « l’homme libre »,
de sa métamorphose, quel titre lui ou « le roi de la nature » ou « Robinson le bienheureux » car
attribuerais-tu et pourquoi ? il s’est totalement adapté à la vie dans l’île. Il a également
adopté le mode de vie de Vendredi en laissant s’exprimer sa
nature joyeuse.

35

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s2• B i e n ve n u e à l ’ é c o l e d É c r i t u r e l ong u e
Pa r co u r es Robinsons
16 Et toi, quel Robinson serais-tu ? Objectif
Un navire jette enfin l’ancre près de l’île. Robinson peut ◆ Tirer parti de sa connaissance
donc repartir pour l’Angleterre après vingt-huit ans et deux mois du personnage de Robinson
passés sur l’île. pour écrire une lettre

Dans le roman de Daniel Defoe Dans le roman de Michel Tournier

Robinson repart avec Vendredi le 18 décembre Le 22 décembre 1787, Robinson décide


1686, après un peu plus de vingt-huit ans pas- de rester avec Vendredi sur l’île de Spe-
sés dans l’île. ranza.
En disant adieu à mon île, je pris avec moi, à C’est alors qu’il comprit qu’il ne quit-
titre de souvenir, un grand bonnet de peau de terait jamais l’île. Ce Whitebird avec ses
chèvre, mon parasol et mon perroquet. Je n’ou- hommes, c’était l’envoyé d’une civilisation
bliai pas non plus l’argent dont j’ai fait mention où il ne voulait pas retourner.
[…]. Michel Tournier, Vendredi ou la vie sauvage,
Daniel Defoe, Robinson Crusoé, trad. de Jacques Brécard, © Flammarion, 1971.
© Le Livre de poche jeunesse, 2010, p. 280. Gallimard, « Folio Junior », p. 145.

Et toi, à la place de Robinson, que ferais-tu ? Quitterais-tu l’île ou y resterais-tu ?


a. Tu quittes l’île : écris une lettre à ton meilleur ami pour lui annoncer ton retour
et lui faire part de ce que tu as vécu.
b. Tu restes dans l’île : écris une lettre à ton ami, pour lui expliquer pourquoi tu ne rentreras pas.
¥ Glisse-toi dans la peau de Robinson et rédige à la première personne. N’oublie pas de t’adresser à ton destinataire.
¥ Exprime les sentiments de Robinson.
¥ Fais allusion à des moments précis de son aventure, qui l’ont marqué.
¥ Explique ce qui le pousse à rentrer ou à rester : quel est son choix de vie à cinquante ans ?

a. Tu quittes l’île b. Tu restes dans l’île

Cher ami, Cher ami,


Quelle joie et quel immense Après ces vingt-huit ans sur l’île,
soulagement à l’idée de quitter cette île et de ’
j’aimerais rentrer en Angleterre surtout pour
retrouver mon pays ! retrouver ma femme et mes enfants. Mais ma
Ma découverte de l’île, avec sa végétation femme me reconnaîtrait-elle ? je suis si
extraordinaire, puis ma rencontre avec différent de celui que j’étais ! J’ai beaucoup
Vendredi me laisseront des souvenirs appris de Vendredi et je vis aujourd’hui en
inoubliables. harmonie avec la nature. Je me sens encore
Je me réjouis en pensant que je vais retrouver jeune, la vie au grand air m’a vraiment fortifié.
mon ancien mode de vie. J’ai pu rapporter Que ferais-je maintenant en Angleterre où on
de l’argent et j’espère bien pouvoir retrouver me considérera comme un homme âgé ? Cela
également ma femme et mes enfants. va te paraître incompréhensible mais j’ai bien
réfléchi et je choisis ma nouvelle vie : je ne
rentrerai pas en Angleterre.

36

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Fai
s le
b

ila
17 Robinson, un modèle et un mythe ?

n
L’île « Robinson Crusoé », au large du Chili, est devenue une réserve mondiale
avec une faune et une flore protégées. Cette île se visite. Tu vas devoir rédiger
un prospectus pour présenter Robinson Crusoé aux touristes.

1 Pour cela, surligne, dans les extraits ci-dessous, les phrases qui précisent
les choix de vie de Robinson.
Extrait 1
Extrait 2
Vendredi est parti sur le Whitebird
tandis qu’un jeune matelot est resté Mais les choses dont je pouvais faire usage étaient
sur l’île avec Robinson. les seules qui eussent de la valeur à mes yeux, or il
Robinson sentait la vie et la joie qui ne me manquait rien de ce qui était nécessaire pour
entraient en lui et le regonflaient. ma nourriture et mon entretien : de quoi m’aurait
Vendredi lui avait enseigné la vie servi le surplus ?
sauvage, puis il était parti. Mais Daniel Defoe, Robinson Crusoé, traduction de J. Brécard,
© Le Livre de poche jeunesse, 2010.
Robinson n’était pas seul. Il avait
maintenant ce petit frère […]. Ils
inventeraient de nouveaux jeux, de Le sais-tu ?
nouvelles aventures, de nouvelles Le personnage de Robinson est devenu une légende
victoires. littéraire. Il a inspiré de nombreux auteurs comme
Jules Verne (L’Île mystérieuse, 1875) ou William Golding,
M. Tournier, Vendredi ou la vie sauvage,
(Sa Majesté des mouches, 1954).
© Flammarion, 1971.
Gallimard, coll. « Folio junior », 1987, p. 152.
Cou p
2 Rédige ensuite le prospectus en complétant les rubriques 1 et 2. de pouce
¥ Relis le parcours et « Le sais-tu ? »
ci-dessus pour retrouver comment
le personnage de Robinson est né
et qui il a inspiré.
¥ Appuie-toi sur les extraits 1 et 2
ci-dessus pour expliquer ce que
Robinson symbolise aujourd’hui.

1. Robinson, un aventurier 2. Robinson, un mythe


et un modèle littéraire Robinson symbolise l’aventurier, mais
Le personnage de Robinson Crusoé a été aussi l’homme « naturel ». Il incite à
créé par Daniel Defoe au XVIIIe siècle, quitter le confort pour explorer le
dans un livre qui porte le même nom. monde et vivre en harmonie avec la
nature. Il apprend à redonner du sens à
Il est inspiré d’Alexandre Selkirk, qui l’essentiel : une vie respectueuse de la
a vécu quatre ans sur l’île avant d’être nature, faite de joies simples. C’est un
rapatrié. écologiste avant l’heure.
Il a inspiré à son tour des auteurs comme
Verne, Tournier ou Golding.

37

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urs 3 •
L a p o é s i e : u n e i n v i ta
co
Par t i o n a u voya ge
18 Quand la poésie donne des ailes
Quand je me mettrai à voler,
Me sentant porté sur des ailes,
◆ Apprécier le pouvoir
Mon bien-être sera si grand d’évasion de la poésie
Que je crains de prendre l’essor1.
◆ Découvrir une forme
fixe : le rondeau
5 Malgré de beaux cris et des leurres2,
Mon cap sera le vent plaisant,
Quand je me mettrai à voler,
Me sentant porté sur des ailes.

Il m’a fallu garder la cage


10 Longtemps ; j’en aurai terminé,
À la vue du temps doux et clair ;
On devra me le pardonner,
Quand je me mettrai à voler.
Charles d’Orléans, En la forêt de longue attente et autres poèmes,
Rondeau 72, traduit de l’ancien français par Gérard Gros, Charles d’Orléans (1394-1465) est
coll. « Poésie », © Gallimard, 2001. un prince et un poète français du
Moyen Âge. À 19 ans, il prend la tête
1. Essor : envol, départ.
de l’armée royale face aux troupes de
2. Leurres : pièges. Henri V d’Angleterre, mais il est vaincu et emprisonné
à Londres. Durant les vingt-cinq années de sa capti-
vité, il écrit de nombreux poèmes, dont ce rondeau.
Après sa libération, il continue d’écrire.

?
A s - t u b ie n l u
1 Par quel synonyme peux-tu remplacer le mot « cage » employé au vers 9 ?
Que penses-tu de ce choix ? Relis la notice biographique si nécessaire.
Je peux remplacer le mot « cage » par le mot « prison » ou le mot « cellule ». Mais le choix du mot « cage »
insiste sur le caractère exigu et pénible de son enfermement.

2 Pourquoi, à ton avis, le poète choisit-il de rejeter


Le sais-tu ?
l’adverbe « longtemps » après le mot « cage » au Le rejet, en poésie, consiste à placer volontairement au
début du vers 9 ? Que veut-il mettre en valeur ? début du vers suivant un mot ou un groupe de mots qui
est rattaché au vers précédent afin de le mettre en valeur.
Il veut souligner le fait que son emprisonnement
« Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
lui pèse car il est long : il aura passé un quart de Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends. »
Victor Hugo, Les Contemplations, 1856.
siècle en prison.

3 Pour quelles raisons Charles d’Orléans écrit-il, selon toi, ce poème ?


À l’aide d’une phrase bien construite, donne deux raisons différentes.
Écrire ce poème est un moyen pour lui de rendre son emprisonnement moins douloureux et de tromper
son ennui.

4 Dès le titre du poème, à quoi le poète se compare-t-il ?


Il se compare à un oiseau.

38

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5 Observe bien le vers « Quand je me mettrai à voler ». Surligne-le dans le poème.
a. Que peux-tu dire de sa place dans le poème ?
Le vers est répété trois fois. Il se retrouve au début, au Le sais-tu ?
Le rondeau est une forme de poème qui obéit à des
milieu puis à la fin du poème. règles d’écriture fixes. Il tire son nom d’une ancienne
danse, la ronde. Comme elle, il forme un cercle avec la
b. Quel effet le poète veut-il créer, d’après toi, reprise, à la fin du poème, du premier vers. Il se com-
en écrivant ainsi ce vers ? pose de treize vers, de refrains et il est construit sur
deux rimes (mais la traduction en français moderne
Le poète veut mettre ce vers en valeur, car il revient ne peut restituer ces deux seules rimes).
en boucle comme dans une ronde. Il veut ainsi insister Tu peux lire le texte d’origine :
http://txm.bfm-corpus.org/pdf/cdo_rondeaux.pdf
sur son désir d’être libre comme un oiseau.
c. Que cherche à exprimer Charles d’Orléans à travers son poème ?
Justifie ta réponse en t’appuyant sur le temps principalement utilisé.
Charles d’Orléans cherche à exprimer le désir de liberté du poète, désir qui n’est pas encore réalisé
comme l’indiquent les verbes au futur.

6 Observe ce tableau de Georges


Braque. Quels points communs
y a-t-il, selon toi, entre cette
œuvre et le poème ?
Cites-en trois, que tu explique-
ras dans une réponse organisée
et rédigée.
1. Le tableau représente deux
oiseaux en train de voler. Le
poète, lui aussi, se compare à un
oiseau.

2. Ces oiseaux évoquent le


bonheur de voler, comme le
Georges Braque (1882-1963), Les Oiseaux, 1953, Paris, musée du Louvre
poète évoque son bien-être à (tableau peint au plafond de la salle Henri II).
l’idée de s’envoler.

3. L’artiste a peint ces oiseaux pour évoquer l’aspiration à la liberté, comme le poète aspire à sortir de
prison.

!
À t o i de j o u e r
7 À la manière du poète, imagine une Mon rêve
strophe de quatre vers pour décrire
un désir, un rêve pour l’instant irréa- Quand je me mettrai à danser
lisable. Les vers 1 et 4 seront iden- Virevoltant sur la scène, porté(e) par la musique
tiques. Je serai si heureux(se)
Quand je me mettrai à danser

39

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urs 3 •
L a p o é s i e : u n e i n v i ta
co
Par t i o n a u voya ge
19 Le poète est-il
un voyageur heureux ? ◆ Découvrir comment la poésie
peut évoquer la nostalgie
◆ Lire un poème de forme fixe : le sonnet
Joachim Du Bellay est un poète
français (1522-1560) né dans le
village de Liré, en Anjou. En 1553,
il part à Rome, dont il admire l’his- Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
toire, la grandeur antique et la culture. Ou comme celui-là1 qui conquit la toison,
C’est ce voyage qui lui inspire le recueil des
Regrets dont est extrait ce poème. Et puis est retourné, plein d’usage2 et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !
5 Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos3 de ma pauvre maison,
Qui m’est une province, et beaucoup davantage ?
Plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux4,
10 Que des palais Romains le front5 audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l’ardoise fine :
Plus mon Loire gaulois, que le Tibre6 latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin7,
Et plus que l’air marin la douceur angevine.
Joachim Du Bellay, « Heureux qui comme Ulysse »,
Les Regrets, sonnet XXXI, 1558.
1. Celui-là : désigne Jason, héros de la mythologie.
2. Plein d’usage : plein d’expérience.
3. Clos : jardin.
4. Aïeux : ancêtres.
5. Front : fronton, façade.
6. Tibre : nom du fleuve qui traverse Rome.
7. Mont Palatin : la plus haute des sept collines de Rome.
Paysage d’Anjou.

?
A s - t u b ie n l u
1 Quelles expressions le poète emploie-t-il pour décrire
son village et Rome ? Complète ce tableau puis surligne les adjectifs.
Le Liré Rome
Mon petit village Le Panthéon, à Rome.

La cheminée
Le clos de ma pauvre maison
Le séjour qu’ont bâti mes aïeux Des palais Romains / Le front audacieux
L’ardoise fine Le marbre dur
Mon Loire gaulois Le Tibre latin
Mon petit Liré Le mont Palatin
La douceur angevine L’air marin

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2 Quel lieu le poète préfère-t-il : le Liré ou Rome ? Quel pro- Le sais-tu ?
cédé utilise-t-il dans les deux dernières strophes pour le On distingue trois degrés de comparaison :
montrer ? Surligne-le. – Le comparatif d’infériorité :
Cette ville est moins belle que mon village.
Le poète préfère le Liré, son village natal. Il souligne sa – Le comparatif d’égalité :
préférence grâce à la répétition de « plus … que » (cinq fois). Ta maison me plaît autant que la mienne.
– Le comparatif de supériorité :
C’est un comparatif de supériorité. Partir en voyage est plus important que
rester chez soi.

3 Que traduit l’expression « mon petit », utilisée par Du Bellay pour caractériser son village
et le Liré, aux vers 5 et 13 ? Surligne les bonnes réponses et justifie tes choix.
simplicité – médiocrité – modestie – infériorité – humilité
J’ai choisi ces mots car l’expression « mon petit » n’est pas à prendre au sens propre. Dans cette
expression, Du Bellay traduit la modestie, la simplicité de son village et l’affection qu’il lui porte.

4 Observe le vers 10 : il s’agit d’un alexandrin de douze syllabes.


Cou p
Comment dois-tu le prononcer pour en respecter le nombre ? de pouce
Recopie l’adjectif en séparant les syllabes. Quel est l’effet produit ¥ On appelle diérèse le fait
par cette prononciation ? de couper une syllabe en deux
Je dois le prononcer en découpant toutes les syllabes de l’adjectif afin de prononcer tous les sons
vocaliques. On prononcera,
« au/da/ci/eux ». Cette prononciation met en valeur la grandeur par exemple, les mots violon ou
diamant : vi-o-lon, di-a-mant.
des palais romains.

5 Quels sentiments le poète éprouve-t-il lors de son séjour à Rome ?


Surligne les bons termes. Justifie tes réponses.
joie – tristesse – déception – nostalgie – admiration
Il répète deux fois la question « (Quand) reverrai-je ? » et traduit sa déception par l’exclamation « hélas ».
Cela révèle également sa nostalgie et sa tristesse, et même sa souffrance.

Le sais-tu ?
6 Qu’apprend le poète, selon toi, en étant à Rome ? Ce poème est un sonnet. C’est un
poème de quatorze vers, composé
Le poète apprend à apprécier son pays. L’éloignement transforme son de deux quatrains et deux tercets,
regard sur son village et lui fait redécouvrir ses richesses. et caractérisé par une unité de forme
et de sens. Observe ainsi le premier
mot du sonnet et les mots qui lui
répondent au dernier vers.

!
À t o i de j o u e r
7 Quelle leçon de bonheur le poète donne-t-il aux hommes ?
Complète les phrases suivantes.

Ma leçon de bonheur
Être heureux, c’est choisir la simplicité plus que la fierté excessive.
Être heureux, c’est choisir la douceur de vivre plus que le luxe inutile.

41

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urs 3 •
L a p o é s i e : u n e i n v i ta
co
Par t i o n a u voya ge
20 Quand le poète chausse
des semelles de vent…
◆ Comprendre l’aspiration d’un poète
à la liberté
Sensation ◆ Étudier l’expression des sensations
Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers, et des sentiments
Picoté1 par les blés, fouler l’herbe menue2 :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds,
Je laisserai le vent baigner3 ma tête nue.
5 Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme, Élève brillant au collège, Arthur Rimbaud
(1854-1891) compose ses premiers vers à
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien, l’âge de 15 ans. Supportant mal les principes
Par la Nature, — heureux comme avec une femme. moraux et religieux de sa mère et aspirant à
plus de liberté, il se met à faire l’école buissonnière
Arthur Rimbaud, « Cahier de Douai », Poésies, 1870. et à passer beaucoup de temps dans la campagne alors
1. Picoté : piqué légèrement et de façon répétée. que sa mère le croit à la bibliothèque.
2. Herbe menue : herbe fine et courte. Pour en savoir plus sur la vie du poète, lis Arthur Rim-
3. Baigner : entourer, envelopper. baud, le Voleur de feu, de Sarah Cohen-Scali.

?
A s - t u b ie n l u
1 Résume en une phrase ce dont rêve le poète. Surligne trois indices qui justifient ta réponse.
Il rêve de partir, d’être libre au milieu de la nature.

2 A-t-il un but précis ? Justifie ta réponse.


Il n’a pas de but précis : nous savons simplement qu’il veut partir : « j’irai » (vers 1) et « j’irai loin, bien loin »
(vers 7). Sa destination ne semble pas avoir d’importance.

3 Le poète se compare à un bohémien.


Le sais-tu ? Comment expliques-tu cette comparaison ?
Un bohémien est à l’origine un habitant de la
Bohême, région de la République tchèque. Le Rimbaud aime changer d’endroit, voyager sans but précis,
nom désigne ensuite un gitan, un nomade et, comme le font les gitans qui sont des nomades. Il aspire
par extension, une personne qui mène une
vie libre et sans règles : une vie de bohème. à la vie de bohème.
Rimbaud a d’ailleurs écrit un poème intitulé
« Ma bohème ».

42

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4 Pourquoi le nom « Nature » est-il écrit avec une majuscule ?
À qui le poète compare-t-il la Nature ?
C’est une manière de personnifier la Nature. Il la compare à un être humain et plus précisément
à une femme (v. 8).

5 a. Coche la bonne réponse. La Nature procure au poète :


de la souffrance de la peur ✗ du bien-être de la tristesse

b. Justifie ta réponse en relevant trois ou quatre indices que tu commenteras.


Le poète évoque des sensations physiques qui lui procurent du plaisir, comme :
– « Picoté par les blés » : le picotement des chaumes n’est pas douloureux, Cou p
contrairement à la piqûre. de pouce
¥ Pense à relire les notes
– « l’herbe menue » : l’herbe fine et courte forme un tapis doux sous les de vocabulaire.
pas du poète.
– « Je laisserai le vent baigner ma tête nue » : le vent enveloppe agréablement
la tête du poète.

6 Dans un autre poème, « Ma bohème », Rimbaud écrit, à propos de la nature :

[…] Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes


De rosée à mon front, comme un vin de vigueur1 […]
1. Vin jouant le rôle d’un fortifiant.

Quel lien peux-tu établir entre « Sensation » et ces deux vers ?


Les gouttes de rosée, tout comme le picotement des blés, le Pour aller plus loin
contact de l’herbe ou le souffle du vent, ont sur le poète l’effet Rendez-vous sur le site :
d’un fortifiant qui lui rend la santé et la joie de vivre. http://www.mag4.net/Rimbaud/Poesie.html
pour lire « Ma bohème » et d’autres textes
de Rimbaud.

!
À t o i de j o u e r Cou p
de pouce
¥ Pense à ce qu’il aime sentir
7 Donne la parole au jeune poète qui explique à sa mère pourquoi il et regarder lors de ses
vagabondages.
a fait l’école buissonnière et pourquoi il se sent bien dans la nature.

Pourquoi j’ai fait l’école buissonnière


Madame Rimbaud : Arthur, pourquoi as-tu fait l’école buissonnière ? Je ne comprends pas.
Arthur : Mère, je préfère parcourir les sentiers plutôt que rester assis sur un banc dans la salle
de classe. L’herbe fine est un doux tapis sur lequel j’aime me reposer. Je me sens libre comme
un bohémien, sans horaire ni règlement à respecter. L’odeur des fleurs et de la rosée n’a rien de
comparable avec celle de la craie. Voilà pourquoi j’ai fait l’école buissonnière.

43

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urs 3 •
L a p o é s i e : u n e i n v i ta
co
Par t i o n a u voya ge
21 Le poète : un voyageur immobile
Parfum exotique
◆ Découvrir comment les sensations Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d’automne,
transportent le poète vers un monde rêvé Je respire l’odeur de ton sein chaleureux,
◆ Découvrir le voyage imaginaire Je vois se dérouler des rivages heureux
d’un poète Qu’éblouissent les feux d’un soleil monotone ;
5 Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers1 et des fruits savoureux ;
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
1. Singuliers : surprenants. Et des femmes dont l’œil par sa franchise étonne.
2. Tamariniers : grands arbres qui poussent
dans les régions tropicales et produisent Guidé par ton odeur vers de charmants climats,
des grappes de fleurs 10 Je vois un port rempli de voiles et de mâts
3. Mariniers : marins.
Encor tout fatigués par la vague marine,
Pendant que le parfum des verts tamariniers2,
Ce poème est inspiré Qui circule dans l’air et m’enfle la narine,
à Charles Baudelaire Se mêle dans mon âme au chant des mariniers3.
(1821-1867) par Jeanne
Duval, métisse originaire
Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, « Spleen et Idéal », 1857.
des îles, dont Baudelaire est
très amoureux.

?
A s - t u b ie n l u
1 Quel est le parfum évoqué par le titre ?
Il s’agit du parfum de la peau de la femme aimée par
le poète.

44

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2 Qu’arrive-t-il au poète quand il sent ce parfum ? Quel verbe est répété ?
Quand il sent ce parfum, il voit en pensée des images de l’île lointaine dont la femme est
originaire. « Je vois » est répété deux fois (vers 3 et 10).

3 Le poète part-il réellement en voyage grâce à ce parfum ? Explique.


Pour t’aider, relève les mots évoquant ce parfum.
Non, le poète fait un voyage imaginaire qui le mène vers des rivages lointains, dans une île puis dans un
port.

4 Quel effet le voyage imaginaire produit-il sur le poète ? Coche la bonne proposition.
de la peine ✗ du plaisir de l’ennui de la satisfaction

5 Relève au moins une expression ou un mot pour illustrer les nombreuses sensations
présentes dans le texte.
Sensation olfactive : « odeur » – « parfum » Sensation tactile : « m’enfle la narine »
Sensation visuelle : « vois » – « éblouissent » Sensation auditive : « chants des mariniers »
Sensation gustative : « fruits savoureux »
Cou p
de pouce
6 Quel est le point commun à toutes ces sensations ? ¥ Que constates-tu à propos
du climat, de la végétation,
Elles sont toutes agréables. des habitants ?

7 En quoi l’île dépeinte par Baudelaire t’apparaît-elle comme un paradis ?


Justifie tes réponses en citant des expressions du poème.
L’île m’apparaît comme un lieu paradisiaque car le climat est agréable Le sais-tu ?
Dans la seconde moitié du
(« charmants climats »), la végétation riche et surprenante (« arbres xix e siècle, de nombreux
singuliers », « tamariniers »), les habitants sont en bonne santé (« mince et artistes et écrivains sont fas-
cinés par les terres lointaines,
vigoureux »), ils ne cachent pas leurs sentiments (« franchise »), ils ne sont les paysages exotiques où ils
pas obligés de travailler (« île paresseuse »), et connaissent le bonheur retrouvent un paradis perdu.

(« rivages heureux »).

!
À t o i de j o u e r Le sais-tu ?
Les rimes peuvent être :
– suivies : joli/ poli / emblème / sème
8 As-tu déjà, toi aussi, voyagé en imagination grâce à une – croisées : joli / emblème/ poli / sème
odeur, une musique ou une saveur qui t’a transporté(e) loin – embrassées : joli / emblème / sème / poli
de tes préoccupations quotidiennes ?
Rédige un quatrain de douze
syllabes aux rimes suivies ou
embrassées pour décrire ce que Quand les deux yeux fermés, j’entends cet air si gai,
tu as ressenti alors. Je vois le vieux marchand de glaces sur la plage
Donner en souriant au petit enfant sage
Une boule de soleil dans un joli cornet.

45

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urs 3 •
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co
Par t i o n a u voya ge
22 Voyager en chanson
Objectif
Les voyages
◆ Découvrir un poème mis en musique
Ah ! Les voyages
Aux rivages lointains,
Aux rêves incertains,
Que c’est beau, les voyages
Vers 5-6 : les voyages nous réconfortent.
5 Qui effacent au loin
Ces vers font écho au rondeau de Charles d’Orléans, dans
Nos larmes et nos chagrins,
Mon Dieu ! lequel le poète s’évade de sa prison en imaginant qu’il vole.
Ah ! Les voyages.
Comme vous fûtes sages Vers 10-13 : les voyages stimulent notre imagination.
10 De nous donner ces images Avec eux, tout est possible ; ils peuvent changer le cours de
Car les voyages, notre vie.
C’est la vie que l’on fait, Ces vers rappellent le poème Parfum exotique de
Le destin qu’on refait. Baudelaire, dans lequel le poète imagine un monde
Que c’est beau, les voyages. paradisiaque.
15 Et le monde nouveau
Qui s’ouvre à nos cerveaux,
Nous fait voir autrement
Et nous chante comment
La vie vaut bien le coup
20 Malgré tout !
Ah ! Jeunes gens, Vers 17-29 : Ils nous incitent à profiter pleinement de la vie
Sachez profiter de vos vingt ans. et de la jeunesse. Ils nous rendent heureux.
Le monde est là. Ces vers rappellent le poème Sensation de Rimbaud, qui
Ne craignez rien. exprime le désir de liberté du poète et son bonheur au
25 Il n’est pas méchant. milieu de la nature.
Il vous guidera.
Ah ! Les voyages
Qui mûrissent nos cœurs,
Qui nous ouvrent au bonheur,
30 Mais que c’est beau, les voyages !
Et lorsque l’on retourne chez soi,
Rien n’est comme autrefois Vers 31-38 : Ils nous aident à relativiser nos problèmes.
Car nos yeux ont changé Ils modifient notre regard sur le monde.
Et nous sommes étonnés Ces vers font écho au sonnet de Du Bellay dans lequel le
35 De voir comme nos soucis
poète accorde plus de prix à son village qu’aux majestueux
Étaient simples et petits.
Car les voyages palais romains.
Tournent une page.
Ah ! Les voyages...
« Les voyages », Raymond Lévesque Barbara (1930-1997) était chanteuse,
et René de Knight, © L’industrie musicale, 1959, mais aussi pianiste, auteure et composi-
avec l’aimable autorisation de Sony/ATV Music trice. Elle chantait en s’accompagnant au
Publishing France. piano des textes souvent autobiographiques.
Pour écouter la chanson :
http://www.youtube.com/watch?v=rbtvzr5aQ0c

46

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ers ?
A s - t u b i e n l u et éco u t é c e s v
1 Comment comprends-tu qu’il s’agit d’une chanson ?
Deux vers sont répétés et forment un refrain : « Ah ! Les voyages » / « Que c’est beau, les voyages ».

2 Regarde attentivement les rimes. Quelles sortes de rimes sont le plus souvent représentées ?
Quelle est la seule rime féminine ? Comment peux-tu expliquer ce choix ?
Ce sont le plus souvent des rimes suivies (ou plates). La seule rime féminine dont la sonorité se prolonge
est en « age », c’est justement celle de « voyage », le mot clef du poème.

3 Que peux-tu dire de la longueur des vers ? Le sais-tu ?


Combien de syllabes comportent les vers les plus employés ? Les rimes qui se terminent par un
e muet (qui ne se prononce pas) sont
Ce sont le plus souvent des vers courts de 4 syllabes (tétrasyllabes) et appelées rimes féminines. Les autres
de 6 syllabes (hexasyllabes). sont appelées rimes masculines.

4 Barbara évoque les effets, les pouvoirs que les voyages ont sur nous.
a. Reformule-les de façon personnelle en face des vers en page 46.
b. Puis indique à la suite un poème du parcours que ces vers te rappellent.

5 À ton avis, que peuvent signifier la répétition du vers initial à la fin de la chanson
et les points de suspension ?
La répétition et les points de suspension laissent entendre que tout n’a pas été dit. Ils signifient que les
voyages ne sont jamais terminés mais continuent à occuper notre esprit, même après le retour. Ils se
poursuivent en pensée grâce aux images et aux autres souvenirs que l’on en garde.

uer !
À t o i d e c h a nter e t d e j o
6 Lis ou chante ces vers. (Tu peux aussi écouter la chanson.) Sur Le sais-tu ?
quel ton peux-tu les prononcer sans trahir les idées de Barbara ? Le ton est l’inflexion que prend la
Surligne les bons termes. voix de celui qui parle ou chante
et qui révèle ses intentions ou ses
froid passionné enjoué grave rêveur sentiments.

7 Quels effets les voyages ont-ils


sur toi ? Écris quatre vers courts
aux rimes suivies pour exprimer Ah ! les voyages
ton avis. M’emmènent si loin
De l’école et du quotidien,
Pour apprendre autrement
Et vivre intensément.

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co
Par t i o n a u voya ge
23 Dans quel monde
Objectif
le poète veut-il vivre ?
◆ Découvrir un poème contemporain
de forme libre
Moi,
si je pouvais
redessiner le monde,
je le ferais cheval sauvage.
5 J’approcherais doucement la main.
Rien qu’au son de la voix,
rien qu’avec des mots
transparents,
je le convaincrais
10 qu’à nous deux, le monde
sera plus grand.
Bien sûr, on m’objectera
qu’il n’est pas ainsi, le monde, Daniel Picouly, né en 1948,
est un écrivain contemporain,
qu’il se veut indomptable, auteur de romans, de pièces de
15 qu’il se cabre, bronche et rue1, théâtre et de livres pour la jeu-
nesse, dont l’album Et si on redessinait
qu’on doit l’éperonner2, le monde ?, d’où est extrait ce poème. Il
au lieu de vouloir, anime également des émissions cultu-
à la bride, le mener. relles à la télévision.

Pas moi.
20 Moi, si je pouvais
redessiner le monde, 1. Rue : lance les pattes en arrière.
je vous le ferais 2. Éperonner : piquer un cheval à l’aide
d’éperons.
monter à cru3. 3. Monter à cru : monter directement
Yep ! sur le dos du cheval sans selle.
Daniel Picouly, Et si on redessinait le monde ?,
illustr. de N. Novi, © Rue du monde, 2013.

?
A s - t u b ie n l u
1 « Moi, si je pouvais redessiner le monde, je le ferais cheval sauvage » :
Que veut dire « redessiner le monde » ?
« Redessiner le monde » signifie « refaire le monde », l’imaginer autrement.

2 Pourquoi le poète choisit-il cette image du cheval sauvage pour


Le sais-tu ?
décrire sa vision du monde ?
Le poète ne dessine pas à la craie, au
Le poète choisit cette image parce que le cheval sauvage fusain ou à la peinture, mais il se sert des
mots pour créer des images, des « méta-
représente la liberté, la fougue, la force, mais aussi la beauté. phores ». Il peut développer le champ
lexical d’une même image tout au long
de son poème, comme ici la métaphore
du « cheval sauvage ».

48

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3 Par quels moyens le poète pense-t-il pourtant qu’il peut gagner la confiance
de ce « cheval sauvage » qu’est le monde ?
Il pense qu’il peut gagner sa confiance avec des gestes (vers 5 : « J’approcherais doucement la main »)
et avec des mots (vers 6 à 9 : « Rien qu’au son de la voix, rien qu’avec des mots transparents, je le
convaincrais… »).

4 Examine la forme de ce poème.


a. Ressemble-t-il aux poèmes classiques que tu as rencontrés Le sais-tu ?
dans ce parcours ? Pourquoi, selon toi ? On dit qu’un poème est de forme
libre, par opposition à des formes
Observe d’abord les strophes : contrairement au rondeau et au sonnet, fixes comme le rondeau ou le son-
net, lorsqu’il n’obéit pas à une forme
la forme de ce poème est irrégulière (deux strophes de 11 et 7 vers, imposée : le no mbre de vers, de syl-
un vers, une strophe de 5 vers) labes et de rimes est libre. Les pre-
miers poèmes de forme libre sont
Observe les vers : les vers sont irréguliers : ils comportent un nombre apparus dès la fin du xixe siècle
puis surtout au xxe siècle, révélant
de syllabes très variable (de 1 à 9 syllabes) la volonté des poètes d’écrire en se
libérant des contraintes.

b. Pourquoi le poète s’est-il écarté d’une forme fixe classique ?


D’après moi, le poème est écrit en toute liberté, comme le cheval sauvage vit en toute liberté.

5 Comment comprends-tu la dernière strophe du poème ?


a. Imagine-toi en train de « monter à cru » un cheval sauvage et examine les sensations
que cette expérience peut procurer.
Monter à cru un cheval sauvage peut faire peur. Le cheval peut mal réagir, avoir peur lui aussi et se
cabrer. Mais c’est en même temps un moyen de ressentir tous les mouvements du cheval, de vibrer avec
lui en toute liberté.
b. Explique alors ce que veut dire le poète en invitant chacun à « monter à cru » le monde.
Il faut accepter de vivre dans le monde sans lui imposer de règles et apprendre à le connaître en en
acceptant les dangers.

6 Quand le poète dit, ligne 12, « on m’objectera », qui désigne-t-il par « on » ?


Il désigne tous ceux qui ne sont pas d’accord avec lui et pensent qu’il faut utiliser la force des éperons.

!
À t o i de j o u e r
7 Et toi, si tu pouvais redessiner le
Si je pouvais redessiner le monde
monde, en quoi le métamorphose-
rais-tu ? Choisis ton image puis déve- Moi, si je pouvais redessiner le monde, j’en ferais une
loppe-la en quatre à cinq vers de batterie sonnante et tonitruante. Je réveillerais le
forme libre.
monde, je lui casserais les oreilles pour l’empêcher de
Attention ! Tu vas devoir utiliser le
conditionnel. tourner en rond.
On m’objectera que le monde n’entend pas.
Cymbales et grosse caisse tinteront / tinteraient plus
fort encore, jusqu’à ce que chacun se mette à danser.

49

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L a p o é s3•
É c r i t u r e l ong u e
s i
r co u re : u n e i n v i ta t i o n a
Pa u voya ge
24 Et si l’on écrivait à la manière 2
Objectif
de Blaise Cendrars ?
◆ Écrire un poème en employant
des expansions variées
Îles
Îles
Îles où l’on ne prendra jamais terre
Îles où l’on ne descendra jamais
5 Îles couvertes de végétations
Îles tapies comme des jaguars
Îles muettes
Îles immobiles
Îles inoubliables et sans nom
10 Je lance mes chaussures par-dessus bord car je voudrais
bien aller jusqu’à vous Blaise Cendrars (1887-1961) fut un
poète aventurier qui dépeignit avec
Blaise Cendrars, « Îles », dans Poésies complètes, « Feuilles de route », talent le monde moderne.
© Denoël, 1947.

1 À qui le poète s’adresse-t-il ? Il s’adresse aux îles.

2 Quel désir exprime-t-il dans les deux derniers vers ? Il dit aux îles son désir de les rejoindre.

3 Comment les neuf premiers vers commencent-ils ? Le sais-tu ?


Les neuf premiers vers commencent par l’anaphore « Îles ». On appelle anaphore la répé-
tition d’un mot ou d’un groupe
de mots au début de plusieurs
4 Quelles expansions du nom le poète emploie-t-il pour évoquer vers ou de plusieurs phrases.
les îles ? Observe les groupes de même couleur.
En rouge : des propositions relatives
En vert : des adjectifs complétés par un groupe nominal
En orange : des adjectifs
En violet : un groupe nominal

!
À t o i de j o u e r
5 Écris à ton tour un poème composé de onze vers libres sur le modèle de celui de Blaise Cendrars,
dans lequel tu évoqueras des villes imaginaires où tu voudrais aller (ou, au contraire, ne pas aller).

Villes
Villes qu’on visitera demain Boîte
Villes qu’on survole sur Internet à mots
Villes hérissées de gratte-ciel Adjectifs pour qualifier les villes
Villes tentaculaires comme des pieuvres „ impressionnantes – turbulentes
– pétillantes – extraordinaires –
Villes bavardes époustouflantes – stupéfiantes
Villes espiègles – oubliées – désertes – effrayantes
– abandonnées – monstrueuses…
Villes impressionnantes et sans mesure

50

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Fai
s le
b

ila
25 Es-tu prêt à valider

n
ton passeport poétique ?

Q u e r e t i ens - t u ?
1 Retrouve les sept noms de poètes rencontrés dans ce parcours
et relie chacun d’eux à la période qui convient.

Charles Baudelaire Blaise Cendrars Barbara

20e et 21e
Moyen Âge 16e siècle 17e siècle 18e siècle 19e siècle siècles

Charles d’Orléans Joachim Du Bellay Arthur Rimbaud Daniel Picouly

!
À t o i de j o u e r
2 Relis chacun des poèmes de ce parcours. Choisis le passage qui te plaît le plus
et recopie-le. Explique en une phrase pourquoi tu l’as choisi.
« Mon cap sera le vent plaisant,/Quand je me mettrai à voler,/Me sentant porté sur des ailes. »
Charles d’Orléans
J’aime ces trois vers car, lorsque je les lis, je rêve que je deviens un oiseau et je m’évade.

3 Pourquoi selon toi la poésie peut-elle être comparée à un voyage ?


Appuie-toi sur l’ensemble du parcours pour répondre.

La poésie : un voyage ?
a. Le voyage évoqué par les poètes est-il réel ou imaginaire ? Vers quelles destinations mène-
t-il ?
Le voyage peut être réel comme chez Joachim du Bellay, ou imaginaire comme chez Charles d’Orléans
ou Baudelaire. Il peut n’avoir aucun but précis comme chez Rimbaud, sinon celui de flâner, de ressentir
le bonheur d’être dans la nature.
b. Quelles formes peut prendre, chez les poètes, ce voyage poétique ?
Cite des formes poétiques que tu as rencontrées.
Il peut prendre des formes fixes (sonnet, rondeau, etc.) ou des formes plus libres.
c. Selon toi, le voyage poétique permet-il au poète de s’évader ? de fuir ?
de voir autrement le monde ?
Le voyage poétique peut permettre au poète de s’évader par la pensée et le rêve, comme pour Charles
d’Orléans. Il est aussi un moyen de métamorphoser le monde, comme pour Picouly ou Cendrars, ou
de le voir avec un regard neuf et plus humain, comme pour Du Bellay.
51

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urs 4 •
De qui s e m o q u e - t - o n
co
Par dans les fabliau x ?
26 Vous avez dit… fabliau ? Objectif
◆ Découvrir un genre à la croisée
de la fable et du conte

Brunain, la vache au prêtre

C’ est l’histoire d’un paysan et de sa femme.


Le jour de la fête de la Vierge1, ils s’en vont
prier à l’église. Pendant l’office2, naturellement, le
prêtre fait son sermon3. Il dit que, si l’on comprend
5 les choses, on voit tout de suite qu’il fait bon donner
beaucoup pour le Bon Dieu ; ce qu’on lui donne de tout
son cœur, il vous le rend au double.
« Tu as entendu, ma femme, ce qu’a dit le curé ? fait le paysan. Celui
qui donne de tout son cœur pour le Bon Dieu, il reçoit deux fois plus.
10 Qu’est-ce que tu en penses ? Nous ne pouvons pas employer mieux notre
vache qu’en la donnant au prêtre pour le Bon Dieu, je crois bien. Tu es
d’accord ?
— D’accord, fait la femme. À cette condition-là, je veux bien. Je la donne. »
Aussitôt dit, aussitôt fait. Ils s’en retournent chez eux. Le paysan entre
15 dans l’étable, prend la vache par sa longe4 et va l’offrir au prêtre. Celui-ci
était habile et rusé. Il écoute.
« Beau Sire, dit le paysan, les mains jointes, pour l’amour de Dieu
je vous donne Blérain. » Il lui met dans les mains la longe de la vache
et il lui jure que maintenant sa femme et lui ne possèdent plus rien du
20 tout. « Ami, tu viens d’agir comme un sage », dit le curé Dom5 Constant
qui ne pense jamais qu’à prendre. « Va en paix, tu as très bien rempli
tes devoirs. Si tous mes paroissiens6 étaient aussi sages que vous deux,
j’aurais beaucoup de bêtes ! » Le paysan s’en va et le curé donne l’ordre à
son clerc d’attacher Blérain (pour qu’elle prenne de nouvelles habitudes)
25 avec sa propre vache Brunain, une belle vache assez grande. Le clerc7
la mène au pré, attache les deux vaches ensemble, puis il les laisse… La 1. Fête de la Vierge : le 15 août.
2. Office : messe.
vache du curé se penche, elle veut paître. La vache du paysan, elle, ne 3. Sermon : discours du prêtre.
veut pas se baisser, et elle tire sur la longe, elle tire tellement fort qu’elle 4. Longe : corde qui sert à tirer
entraîne Brunain hors du pré, qu’elle l’emmène avec elle, par les rues une bête.
5. Dom : titre donné à certains
30 d’abord, puis par toutes les prairies et les cultures de chanvre8. Elle tire, hommes d’Église.
elle tire, elle tire toujours ! Elle sait où elle va… La voici revenue à son 6. Paroissiens : habitants des
étable. Enfin ! Sa compagne était lourde à traîner ! Le paysan les voit. Il villages dont le curé a la charge.
7. Clerc : personne au service
est tout joyeux : « Ah ! ma femme, dit-il, c’était vrai ! C’est vrai ! Dieu est du curé.
un bon “doubleur” ! Blérain revient avec une autre, une belle vache brune. 8. Chanvre : plante textile.
35 Nous en avons deux pour une seule ! L’étable va être petite… »

52

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Ce fabliau nous montre plusieurs choses. […] Personne ne peut rien
multiplier s’il n’a pas beaucoup de chance, c’est la condition indispen- Le sais-tu ?
Le fabliau, comme la fable,
sable. Parce qu’il avait beaucoup de chance, le paysan eut deux vaches vient du latin fabula : récit,
et le curé perdit la sienne. Tel croit avancer qui recule. histoire. Il désigne un récit
court et plaisant composé au
Jean Bodel (XIIIe siècle), Les Fabliaux du Moyen Âge, adaptation de F. Rachmuhl et P. Gaillard, Moyen Âge, qui se termine
© Hatier, coll. « Œuvres et Thèmes », 2014, p. 19-21. par une morale. Originaire du
Nord de la France ou de la
Picardie, le fabliau était rédigé
en vers, en ancien français. Il
était récité par des jongleurs,
?
A s - t u b ie n l u lors de foires ou de fêtes.

1 Quel effet cette histoire produit-elle sur toi ?


Elle me fait rêver. ✗ Elle me fait sourire. Elle m’attriste.

2 Quel rôle jouent les phrases en vert par rapport au reste du texte ?
Justifie ta réponse.
Les phrases en vert jouent le rôle de leçon de morale : on remarque que
l’auteur s’adresse à nous et donne des explications sur les leçons à tirer
de cette histoire.

3 Dans quels autres textes, lus en 6e, as-tu déjà rencontré des phrases
qui jouent le même rôle ?
J’ai déjà rencontré des morales dans les fables et certains contes comme ceux de Perrault.

4 Pourquoi les paysans donnent-ils leur vache au curé et pourquoi le curé accepte-t-il ce don ?
Parce qu’ils agissent en chrétiens exemplaires.
✗ Parce qu’ils veulent en tirer un avantage.
Souligne les passages qui te permettent de répondre.

5 Comment peux-tu qualifier le milieu dans lequel évoluent les personnages de ce fabliau ?
✗ populaire raffiné ✗ réaliste idéalisé ✗ rustique

!
À t o i de j o u e r
6 Complète ce paragraphe en tirant parti de ce que tu as observé en lisant Brunain
et en utilisant les mots suivants : morale, instruire, fable, gens du peuple, amuser, cupidité,
défauts humains, récit amusant
amusant.

Mon écrit de synthèse


Le fabliau se propose de nous amuser mais aussi de nous instruire
en critiquant les défauts humains comme, par exemple, la cupidité .
Il commence par un récit amusant et se termine souvent par une
morale . En cela, il ressemble beaucoup à al fable . Mais il se distingue
de ce genre dans la mesure où il raconte une anecdote toujours tirée de la vie quotidienne
des gens du peuple .
53

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urs 4 •
De qui s e m o q u e - t - o n
co
Par dans les fabliau x ?
27 D’un bout à l’autre
Objectifs
du fabliau
◆ Lire intégralement un fabliau
nt
Observe attentiveme
◆ Identifier les ressorts du comique

Texte intégral Estula


1. Va à la rencontre des personnages du fabliau…

I l y avait jadis deux frères qui n’avaient plus ni père ni mère pour les
conseiller, ni aucun parent. L’amie qui était le plus souvent avec eux,
c’était la pauvreté, hélas, et il n’est pas pire compagnie que celle-là,
pire tourment que sa présence obsédante. On ne cesse d’avoir faim
5 quand on a faim.
Les deux frères vivaient ensemble. Un soir, ils furent vraiment
comme poussés hors d’eux-mêmes par cette faim en leur ventre, par
la soif dans leur gorge, par le froid dans leur corps et dans leur cœur.
Ces trois maux-là, on les ressent souvent quand la pauvreté vous
10 enchaîne !... Ils résolurent de se défendre contre elle, et ils cherchèrent
comment y parvenir.
Tout près de chez eux habite un homme qu’on sait très riche. Eux
sont pauvres, le riche est sot. Il a des choux dans son jardin et des
brebis dans son étable. C’est de ce côté-là qu’ils vont. Pauvreté fait
15 perdre la tête à plus d’un.

Cou p
1 Ce début de fabliau te rappelle-t-il un autre genre de texte ? de pouce
Justifie ta réponse en relevant des indices précis. ¥ Rappelle-toi les contes étudiés
en 6e : pense aux formules
Le début du fabliau ressemble à un conte avec la formule d’introduction introductrices et à la situation
des personnages que tu as
« Il y avait jadis » qui rappelle « Il était une fois ». Les personnages sont pu découvrir, comme dans
malheureux, orphelins et vivent dans des conditions très difficiles. Jeannot et Margot ou Hansel
et Gretel.

2 Attribue aux personnages les adjectifs qui les caractérisent. Que constates-tu ?
riche stupide pauvre affamé combatif bien nourri
Chacun des deux frères : pauvre, affamé, combatif
L’homme : riche, stupide, bien nourri
Je constate que tout oppose ces personnages.

3 Observe les passages surlignés : ils correspondent aux commentaires faits par le narrateur.
Dirais-tu que le narrateur est neutre ou qu’il prend parti pour certains des personnages ?
Il prend parti pour les deux frères en insistant, à travers ses commentaires, sur leur pauvreté et ses
conséquences : la faim et le froid. Il les plaint, il a pitié d’eux.

54

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2. Prends la route avec les deux frères…

L’ un prend un sac, l’autre un couteau. En route ! Le premier aussi-


tôt dans le jardin arrache les choux. Le second tracasse1 si bien
la porte de la bergerie qu’il finit par l’ouvrir ; déjà il tâte les moutons
pour choisir le plus gras.
20 Mais dans la maison les gens ne sont pas encore tout à fait couchés.
Ils entendent la porte qui grince, et le fermier dit à son fils : « Dis, fils,
va donc voir s’il n’y a rien d’anormal, et appelle le chien. »
Ils avaient nommé leur chien « Estula » : c’est une idée comme une
autre ! Heureusement pour les deux apprentis larrons2, le chien, ce
25 soir-là, était allé à ses affaires… Le fils ouvre la porte qui donne sur
la cour, il regarde, il écoute, puis il crie : « Estula ! Estula ! »
Une voix lui répond aussitôt, du côté des moutons : « Oui, oui, je
suis là. » La nuit est noire comme la suie et le fils a peur. La voix est
drôle, il s’imagine que c’est le chien qui vient de répondre. Ah ! Il n’at-
30 tend guère, il tourne le dos, il court, il tremble, il rentre dans la grande
salle, bouleversé :
« Qu’est-ce que tu as, fils ?
— Estula m’a parlé, Estula…
— Qui ? Notre chien ?
35 — Oui, notre chien.
— Tu es fou !

— Si. C’est vrai. Je vous le jure par la foi que je dois à ma mère. Allez
voir si vous ne me croyez pas. Appelez-le, vous l’entendrez !... »
Le fermier y va, il entre dans la cour, il appelle son chien : « Estula !
40 Estula ! » Et naturellement le voleur, qui ne se doute toujours de rien,
répond encore une fois : « Oui oui, bien sûr ! »
Le fermier n’en croit pas ses oreilles : « Par tous les saints et par
toutes les saintes, j’ai déjà entendu parler de bien des choses étranges, 1. Tracasse : remue, agite.
2. Larrons : voleurs.
mais comme celle-là alors, jamais ! Va trouver tout de suite le curé 3. Étole : bande de tissu que le prêtre
45 et dis-lui ce qu’il y a. Ramène-le, hein ! Fais-lui prendre son étole3… porte lorsqu’il exerce sa fonction.
L’eau bénite aussi, n’oublie pas. »

55

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co urs 4 • De qui s e m o q u e - t - o n
Par dans les fabliau x ?
Le fils court aussitôt à la maison du curé. Il court, il court, il a
peur… Il arrive vite, et là non plus il n’attend guère ; il ne reste pas à
la porte, il entre tout de suite :
50 « On a besoin de vous, Messire. Il faut que vous veniez… Si, il faut…
Vous entendrez…Vous entendrez… Je ne peux pas vous dire… Jamais
je n’ai entendu parler comme ça. Prenez votre étole. »
Le curé répond : « Non et non ! Il n’y a pas de lune… Je n’irai pas
dehors à cette heure-ci ! Je suis nu-pieds ! Je n’y vais pas !
55 — Si, si, il faut venir. C’est votre affaire. Je vais vous porter. »
Le curé a pris l’étole, il monte sur le dos du fils, et les voilà partis.
Arrivés près de la ferme, pour aller plus vite, ils coupent tout droit
par le petit chemin qu’ont pris les deux affamés.

4 Relis la réplique : « Oui, oui, je suis là. » (l. 27-28) :


a. Qui la prononce, selon le fils du fermier ?
D’après le fils du fermier, c’est le chien.
b. Quel est le personnage qui la prononce réellement ?
(Relis au besoin l’ensemble des lignes 27 à 29.) Le sais-tu ?
C’est l’un des deux frères. Un quiproquo est un procédé
comique fondé sur un malentendu
c. Explique l’origine du quiproquo : identifie ce que croit le fils du qui fait prendre quelqu’un pour
quelqu’un d’autre, ou quelque chose
fermier et explique précisément ce qu’a cru entendre l’autre per- pour quelque chose d’autre.
sonnage.
Le fils du fermier a cru entendre son chien parler alors que le voleur a
cru entendre son frère lui demander : « Es-tu là ? Es-tu là ? »

Cou p
5 Identifie, dans l’ensemble de ce passage, les différents types
de comique et justifie tes choix.
de pouce
¥ Rappelle-toi que le rire peut provenir
Le quiproquo sur Estula (comique de mots) et la répétition du de différents types de comique :
– des combinaisons du langage :
malentendu (comique de répétition) nous font rire, tout comme la comique de mots
bêtise du fermier et de son fils courant chercher le curé (comique – de la manière d’être d’un personnage :
comique de caractère
de caractère) et le curé revenant sur le dos du fils (comique de – d’une situation drôle et inattendue :
situation). comique de situation
– de la reprise d’un même procédé :
comique de répétition

3. Découvre la chute de l’histoire.

C elui qui s’occupait des choux était encore dans le jardin. Il voit
la forme blanche du prêtre, et il croit que son frère lui apporte
un mouton ou une brebis. Il demande, tout joyeux :
« Alors, tu l’as avec toi ?
— Oui, oui, répond le jeune homme, croyant que c’est son père qui
a parlé.
65 — Vite alors, fait l’autre, flanque-le par terre. Mon couteau est bien
aiguisé, je l’ai passé hier à la meule. On l’aura bientôt égorgé. »

56

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Le curé l’entend, il croit qu’il est trahi ; il saute sur ses pieds nus,
mais il court vite quand même, il file ! Son surplis4 s’accroche à un 4. Surplis : vêtement blanc et fin à
longues manches et arrivant jusqu’à
pieu, mais il le laisse ; il ne perd pas son temps à le décrocher… Et le mi-jambes, porté par les prêtres.
70 coupeur de choux dans le jardin est aussi ébahi que le curé qui détale
dans le sentier. Tout de même, il va prendre la chose blanche qu’il voit
autour du pieu, il s’aperçoit que c’est un surplis. Il n’y comprend plus
rien du tout.
À ce moment, son frère sort de la bergerie avec un mouton sur le
75 dos. Il va tout de suite le rejoindre, son sac rempli de choux. Ils ont
tous les deux les épaules lourdes ! Ils ne restent pas sur place, comme
vous le pensez, ils s’en retournent chez eux. Lorsqu’ils y sont, celui qui
a le surplis montre ce qu’il a trouvé. Tous deux rient et plaisantent de
bon cœur. Car la gaieté maintenant leur est rendue, qu’ils ne connais-
80 saient plus depuis des mois.
En peu de temps Dieu travaille ! Tel rit le matin qui pleure le soir,
tel est furieux le soir qui sera joyeux le lendemain matin.
Estula, anonyme du XIIIe siècle, Les Fabliaux du Moyen Âge, adaptation de F. Rachmuhl
et P. Gaillard, © Hatier, coll. « Œuvres et Thèmes », 2014.

6 Explique le comique de la situation en répondant aux questions.


a. Que croit le fils du fermier ?
Il croit que c’est son père qui lui demande s’il ramène le prêtre.
b. Que croit le frère ?
Il croit que son frère lui demande s’il revient de la bergerie avec un mouton.
n.
c. Que croit le prêtre ?
Il pense qu’il est tombé dans un piège et qu’il va être égorgé.

7 De qui finalement se moque-t-on dans ce fabliau ? Le sais-tu ?


On se moque de la sottise du fermier. On se moque également de la Les prêtres jouaient un rôle impor-
tant dans la société médiévale. Ils
bêtise et de la lâcheté du prêtre. pouvaient par exemple être appe-
lés pour exorciser les gens que l’on
croyait possédés par le diable. Le
prêtre passait alors son étole autour
du cou du « possédé » et l’aspergeait
d’eau bénite.

!
À t o i de j o u e r
Cou p
de pouce
8 Le lendemain, le fermier retrouve les voleurs. ¥ Appuie-toi sur la présentation
des personnages et pense à exploiter
Quelles sont les raisons – bonnes et mauvaises –
ce qui t’a fait rire dans cette histoire.
que le récit met en avant pour justifier l’acte des frères ?

Pourquoi les deux frères ont agi ainsi.


Le récit nous dit que les deux frères sont pauvres et qu’ils ont faim. En plus, ils sont
orphelins et n’ont plus personne pour les conseiller. La misère leur a fait perdre la
raison. Le riche fermier qui habite près de chez eux est sot : les frères se moquent
aussi de sa bêtise.

57

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urs 4 •
De qui s e m o q u e - t - o n
co
Par dans les fabliau x ?
28 Jouons avec les mots !
Objectif La vieille qui graissa la patte
◆ Reconnaître des formes
au chevalier
de comique

U ne vieille femme ne possédait à elle en tout et pour tout


que deux vaches. C’est peu sans doute mais c’était beau-
coup pour elle. Elle vivait de leur lait.
Un jour hélas les deux vaches, mal attachées, se sauvèrent
5 ensemble ; le prévôt1 les trouva qui vagabondaient toutes seules
en dehors du communal2 et il les emmena purement et simple-
Le sais-tu ?
ment.
Le verbe graisser signifie, au sens
propre « enduire, frotter d’un corps La vieille l’apprend, elle veut récupérer ses bêtes. Mais le
gras, huiler ». prévôt ne veut rien savoir, alors même que la vieille accepte de
Dans l’expression graisser la patte à
quelqu’un, il est employé dans le sens 10 payer l’amende : il n’a pas la preuve que les vaches sont bien à
figuré et signifie « acheter quelqu’un, elle, dit-il.
lui donner de l’argent pour obtenir Pauvre vieille ! Elle s’en retourne toute triste. Elle explique à sa
ses faveurs, le soudoyer ».
voisine ce qui lui arrive. « Eh ! je comprends, dit la voisine. Ces
gens-là veulent toujours qu’on leur graisse la patte et ils s’en-
15 tendent comme larrons en foire. Si tu arrives à graisser la patte
au chevalier3, il parlera au prévôt, et on le croira, lui. Le prévôt
te rendra tes vaches. »
La vieille rentre chez elle, elle est décidée. Elle prend un bon
morceau de lard, elle attend le chevalier devant sa grande mai-
20 son tout le temps qu’il faut. Lorsqu’il arrive, lorsqu’elle est sûre
que c’est lui, là-bas, devant elle, qui pérore4 avec ses courtisans
les mains derrière le dos, elle s’approche doucement sans se faire
voir et lui graisse largement les paumes.
Le chevalier se retourne, il voit la vieille :
25 « Mais qu’est-ce que tu fais là, bonne femme ? lui dit-il.
— Sire, je vous graisse un peu pour ravoir mes vaches, vous
savez, les deux vaches qui s’étaient égaillées5. Elles sont à moi. »
Le chevalier n’est pas un mauvais homme, il éclate de rire :
« Ah ! la brave vieille, dit-il. Tu n’as pas bien compris mais ça
1. Prévôt : officier chargé de maintenir
l’ordre et la justice du seigneur. 30 ne fait rien. Tu auras tes vaches, je te le promets. »
2. Communal : terrain appartenant L’histoire finit bien, mais elle vous rappelle quelque chose
au seigneur.
que vous avez déjà remarqué, probablement. Même pour qu’on
3. Chevalier : noble qui détient le pouvoir.
4. Pérore : discute. reconnaisse ses droits, le pauvre doit souvent payer. Est-ce juste ?
5. Égaillées : sauvées. Anonyme, dans Les Fabliaux du Moyen Âge, adaptation de F. Rachmuhl et P. Gaillard,
© Hatier, coll. « Œuvres et Thèmes », 2014.

?
A s - t u b ie n l u
1 Qu’est-il arrivé aux vaches de la vieille femme aux lignes 1 à 11 ?
Les vaches de la vieille femme se sont sauvées sur un terrain appartenant au seigneur ; le prévôt les a
confisquées et refuse de les lui rendre.

58

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2 a. Comment la vieille comprend-elle l’expression employée par sa voisine (l. 14) ?
Lis également l’encadré « Le sais-tu ? » p. 58 pour répondre.
Elle comprend qu’elle doit enduire de gras la main du
chevalier. Le sais-tu ?
Le sens propre d’un mot est son sens premier, celui
b. Quel sens fallait-il donner aux paroles de la voisine ? auquel on pense spontanément.
Blanchir (le linge) : rendre blanc, laver.
Reformule ses paroles en t’aidant de l’encadré p. 58.
Le sens figuré est son sens second, souvent imagé.
Si tu arrives à donner de l’argent au chevalier (à le Blanchir (une personne) : innocenter, laver de tout
soupçon.
soudoyer), il parlera au prévôt, et on le croira, lui. Le prévôt
te rendra tes vaches.

3 Pourquoi le chevalier se met-il à rire ?


Il éclate de rire car Il a compris l’erreur de la vieille femme.

4 Que révèle l’erreur commise par la vieille femme ?


La vieille femme n’a pas connaissance du sens de cette expression. Cette erreur révèle son ignorance.

5 Quels types de comique reconnais-tu dans ce fabliau ?


Revois le « Coup de pouce », p. 56, si nécessaire.
Le fabliau repose sur un comique de mots, dû à la confusion entre le sens propre et le sens figuré de
l’expression « graisser la patte », et sur le comique de situation puisque la vieille graisse vraiment la patte
au chevalier.
la puce

!
À t o i de j o u e r Cou p
de pouce
¥ Ces expressions peuvent être comprises
6 Imagine la suite de ce paragraphe que tu rédigeras au pré- de deux manières différentes : prendre
sent. Rends la scène comique en jouant sur la confusion le taureau par les cornes, mettre la puce
entre le sens propre et le sens figuré d’une expression. Tu à l’oreille, mettre son grain de sel.
Choisis celle que tu préfères.
peux consulter un dictionnaire si besoin.

La vieille et la puce
La vieille savait que le prévôt était un méchant homme. Elle voulait en informer le chevalier
et se demandait comment s’y prendre. Sa voisine, toujours de bon conseil, lui dit :
« Mets-lui la puce à l’oreille. Le chevalier observera le prévôt et se rendra compte de sa
méchanceté. » Aussitôt la vieille va chercher son vieux chien et attrape une puce cachée dans
sa fourrure. Puis elle va trouver le chevalier, le prie de se baisser un peu et lui pose délicatement
l’insecte sur l’oreille droite.
« Que fais-tu donc, vieille femme ? Aurais-tu quelque chose à me dire ? » demande le chevalier.

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De qui s e m o q u e - t - o n
co
Par dans les fabliau x ?
29 Pourquoi les fabliaux Objectif

ont-ils du succès ? ◆ Découvrir comment le fabliau


réussit à captiver son auditoire

Extrait 1 (début) Extrait 2 (début)


Les trois aveugles de Compiègne Les perdrix

I l fait bon écouter les fabliaux, Messires. Si le


conte est joliment fait, on oublie tout ce qui
est désagréable, même les douleurs du corps,
C eci n’est pas un conte ni une fable, Mes-
sires, c’est une histoire vraie, toute vraie.
Figurez-vous qu’un paysan, un jour, trouva par
même les souffrances du cœur, même les injus- hasard deux perdrix dans un buisson tout près
tices des méchants. Voilà pourquoi je suis fier de sa ferme. Elles avaient dû se heurter en plein
de mon métier, moi, Courtebarbe1. Ouvrez vol, et tomber là à peu près mortes. Cela n’ar-
grandes vos oreilles, si vous voulez vous divertir. rive pas souvent. Le paysan tout heureux les
Il y avait une fois trois aveugles, sur la grand- donna à sa femme pour qu’elle les fasse cuire
route qui va de Compiègne vers Senlis. Ils mar- à la broche et il s’en alla inviter le curé... Mais
chaient tout seuls, les pauvres, car ils l’étaient la femme alla plus vite que lui, et les perdrix
rudement, pauvres ! [ …] Un clerc2, assez riche, furent cuites avant qu’il ne revienne.
qui s’en venait de Paris monté sur un fort beau La femme les retire de la broche. Hum !
cheval, accompagné d’un écuyer lui-même à quelle bonne odeur ! Elle pince un petit bout de
cheval, les rencontra.[…] la peau rôtie, et la mange. Hum ! quelle bonne
Anonyme, dans Les Fabliaux du Moyen Âge, saveur ! La femme est très gourmande. […]
adaptation de F. Rachmuhl et P. Gaillard,
© Hatier, coll. « Œuvres et Thèmes », 2014. Anonyme, dans Les Fabliaux du Moyen Âge, adaptation
de F. Rachmuhl et P. Gaillard,
1. Courtebarbe : nom du narrateur. 2. Clerc : étudiant instruit. © Hatier, coll. « Œuvres et Thèmes », 2014.

1 Dans ces débuts de fabliaux, que dit le jongleur à son auditoire pour le convaincre
d’écouter son fabliau ?
Extrait 1 : Il lui promet de le distraire de ses soucis, quels qu’ils soient.
Extrait 2 : Il dit que l’histoire est entièrement vraie, qu’elle est tirée de la vie réelle.

2 Quels sont les deux temps principaux dans l’extrait 2 : « Les perdrix » ?
Le passé simple puis le présent.
Le sais-tu ?
3 Comment expliques-tu ce changement ? Les jongleurs étaient des artistes itinérants
qui faisaient des tours d’adresse, jouaient de la
Le jongleur, en racontant au présent, veut attirer musique et racontaient des fabliaux de foires en
l’attention de l’auditoire sur un moment important châteaux. Pour distraire leur public, les jongleurs
n’hésitaient pas à interpeller leur auditoire et à
et drôle de l’histoire. C’est le présent de narration. interpréter leurs textes de façon très vivante.

4 Imagine le début d’un fabliau. Adresse-toi au public et donne-lui envie d’écouter.


Approchez, Mesdames et Messieurs, venez prendre un peu de bon temps et écouter une histoire vraie
que l’on m’a racontée récemment et qui vous fera rire, je peux vous l’assurer.
Choisis des personnages opposés dans la société et présente-les :
riche et puissant / pauvre • rusé / naïf • lettré / ignorant
Voici ce qui arriva à un couple de paysans très pauvres qui n’avaient pour toute richesse qu’un pauvre
cochon et une poule. En décembre, le moment était venu de tuer le cochon. Ils allèrent chercher la
bête à l’étable. Deux voleurs passèrent devant la ferme à ce moment-là.

60

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Extrait 3 (fin)
Les trois aveugles de Compiègne

C’ est égal, moi, Courtebarbe, je dis qu’il y a des


gens instruits qui n’ont guère de scrupules,
et d’autres gens, honnêtes, que l’on traite parfois
de façon bien honteuse, bien injuste. Est-ce vrai
ou non ? Si mon fabliau vous a distraits, comme Extrait 4 (fin)
je l’espère, permettez-moi de vous poser la ques- Les perdrix
tion. Chacun de vous peutp répondre.
Anonyme, dans Les Fabliaux du Moyen Âge, adaptation
de F. Rachmuhl et P. Gaillard, © Hatier,
coll. « Œuvres et Thèmes », 2014.
C ette aventure, Messires, vous
le montre une fois de plus : la
femme est faite pour tromper. Avec
elle le mensonge devient vérité, la
vérité devient mensonge. Pas besoin
de commenter beaucoup, j’ai fini
l’histoire des perdrix.
Anonyme, dans Les Fabliaux du Moyen Âge,
adaptation de F. Rachmuhl et P. Gaillard,
© Hatier, coll. « Œuvres et Thèmes », 2014.

5 Dans ces fins de fabliaux, qui le jongleur critique-t-il ? Justifie ta réponse brièvement.
Dans l’extrait 3 : il critique les gens sans scrupules : ce sont les clercs, les gens instruits.
Dans l’extrait 4 : il critique la femme, désignée comme celle qui ment.

6 Pourquoi le présent est-il employé à la fin du fabliau ?


Le sais-tu ?
Il sert à tirer une leçon valable de tous temps. C’est le présent de Le présent est parfois employé dans
vérité générale. un récit au passé pour attirer l’at-
tention du lecteur sur un moment
important. Il s’appelle présent de
7 Le jongleur se prend-il au sérieux ? narration.
Qu’est-ce qui lui importe plus que tout ? Le présent peut aussi être employé
pour énoncer une leçon, une vérité
Non, même s’il dénonce les défauts, il ne s’attarde pas sur la morale et générale.
se réjouit avant tout d’avoir diverti son auditoire.

!
À t o i de j o u e r
8 Imagine la fin de ton fabliau.
Pour qui prendrais-tu parti ? Quelle leçon tirerais-tu de ton histoire ?

La fin de mon fabliau


Les pauvres paysans se montrèrent désormais plus prudents et plus méfiants. Quant
aux voleurs, ils repartirent les mains vides et le postérieur bien échauffé. Espérons qu’ils
comprennent la leçon : il ne faut pas convoiter le bien d’autrui, cela se retourne toujours contre
vous.

61

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urs 4 •
De qui s e m o q u e - t - o n
co
Par dans les fabliau x ?
30 Connais-tu le monde Objectif

des paysans au Moyen Âge ? ◆ Découvrir en images la vie quotidienne


des paysans au Moyen Âge

Le Calendrier de Pietro de Crescenzi, enluminure extraite du Rustican,


Cou p
traité d’agriculture du XIVe siècle, vers 1470-1475, par le Maître du Boccace
de Genève. de pouce
¥ Un calendrier permet de se situer dans le
temps. Inventé par l’homme en fonction
des mouvements du soleil, il décompte
nt
Observe attentiveme les jours d’une année, marque les limites
des saisons et peut décrire les activités
agricoles au fil des mois.

1 Qui sont les personnages de ce calendrier ? Appuie-toi sur des indices précis
(vêtements, travail…).
Ce sont des paysans : ils portent des vêtements simples ; ils font des Le sais-tu ?
travaux des champs et de ferme. Seule la vignette 5 représente un Une enluminure est une peinture réa-
lisée à la main par un enlumineur qui
seigneur/ un gentilhomme. illustre la page d’un manuscrit. Du latin
illuminare, l’enluminure a pour but de
2 De combien de miniatures se compose cette œuvre ? Pourquoi ? mettre en lumière le texte avec des
lettrines et des scènes appelées « minia-
Elle se compose de douze miniatures qui correspondent aux douze tures », peintes à l’aide de pigments
naturels et d’or.
mois de l’année.

62

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3 Qu’expliquent ces miniatures sur la vie des paysans ?
Elles expliquent que la vie des paysans est rythmée par les travaux agricoles, la culture de la terre et
l’élevage. La vie des paysans dépend totalement de la terre et de ses ressources.

4 Observe bien la vignette ci-contre. En quoi cette miniature


s’oppose-t-elle à celles que tu viens d’observer ?
C’est la seule qui ne représente pas un paysan au travail mais un
seigneur à cheval partant avec son faucon à la chasse,
loisir noble et plaisant.

5 Prépare la présentation de l’œuvre devant tes camarades.


Place à côté de chaque titre le numéro de la vignette qui cor-
respond. Aide-toi au besoin de la « Boîte à mots » et d’un dic-
tionnaire.
L’extraction de l’argile sous la terre 1
La chasse au faucon 5
La fenaison 6 Boîte
La moisson 7
à mots
Le foulage du raisin 10 „ noms : la bêche (pour
( étendre le fumier), ) la faux
(pour couper les fourrages lors de la fenaison), la
La tonte des moutons 4 fourche (pour manipuler les fourrages comme la
paille lors de la moisson), la serpe (pour tailler les
L’abattage du cochon 12
vignes), le fléau (pour battre le blé), les ciseaux
La taille des vignes 3 (pour tondre la laine des moutons), la gaule (perche
pour faire tomber les glands).
Les semailles 9 „ verbes : épandre (verser sur la terre), fouler (écra-

La gaulée 11 ser le raisin pour en libérer le jus), semer à la volée


(jeter régulièrement le grain sur la terre préparée).
L’épandage du fumier 2
Le battage du blé 8

Pour aller plus loin


!
À t o i de j o u e r Entraîne-toi à décrire l’ensemble de
cette œuvre à l’oral. Rappelle son sujet, sa
composition, puis décris chaque miniature
6 Décris la miniature qui te plaît le plus à l’aide de la boîte en commençant par donner son titre.
à mots, puis explique ton choix en une phrase.

La miniature que je préfère


Il s’agit de la miniature 4, lorsque le paysan tond la laine des moutons à l’aide
de ciseaux. Je la trouve touchante et plaisante avec le contraste des couleurs
entre le blanc des moutons et les couleurs vives de l’habit du paysan.

63

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s4• De qui s e m o q u e - t - o n É c r i t u r e l ong u e
Pa r co u r dans les fabliau x ?
31 À ton tour Objectif
3
d’inventer un fabliau ! ◆ Tirer parti de ses connaissances
pour écrire un fabliau

Un cochon très convoité


Étape 1 : Découvre le début, déjà imaginé par un élève.
Venez, Mesdames et Messieurs, approchez ! Venez écouter l’histoire des voleurs de cochon et de
ce qui leur arriva ! Une histoire cent pour cent vraie qui vous amusera.
Voici ce qui arriva au paysan Jacquot et à sa femme. Ils étaient très pauvres et n’avaient pour
toute richesse qu’un malheureux cochon.
Étape 2 : Poursuis le récit en t’appuyant sur la dernière vignette du calendrier, p. 62.
Raconte ce que font les paysans, à quelle époque de l’année ils font cela et pourquoi.
En décembre, le moment était venu de tuer le cochon. Il leur procurerait de la viande qu’ils
mettraient dans le saloir afin de la conserver. Ils allèrent donc chercher la bête dans la porcherie.
Étape 3 : Imagine un événement qui va perturber la journée des paysans.
Fais intervenir deux voleurs. Précise quel est leur plan. Emploie le présent de narration.
Or un événement inattendu arrive… Deux voleurs passent devant la ferme et remarquent le
cochon. Les deux larrons ont le ventre vide depuis plusieurs jours. C’est décidé : ils mangeront de
la viande ce soir ! Ils montent sur le toit de la maison et se glissent par la cheminée…
Étape 4 : Écris les péripéties : les voleurs sont ridiculisés.
➜ Les paysans se réjouissent du travail qu’ils ont entrepris : fais-les parler.
Pendant ce temps, Jacquot et sa femme se mettent aussitôt à l’ouvrage : ils tuent la bête et
commencent à la découper. Puis ils posent les morceaux sur la longue table près de la cheminée.
« Voilà, Marie, qui nous fera du boudin et du lard pour longtemps ! » s’écrie joyeusement le paysan.
Ils sortent tous deux chercher chaudrons et plats.
➜ Puis ils remarquent une situation anormale.
« Mais où sont passés les deux morceaux que tu viens de découper ? » demande Marie, de retour.
➜ Mais les choses ne se passent pas comme prévu pour les voleurs. Imagine une situation amusante.
À peine ont-ils prononcé ces mots qu’un fracas épouvantable se fait entendre. Malheureusement
pour les voleurs, le toit est en si mauvais état qu’il ne peut supporter leur poids ! Les deux
compères tombent nez à nez avec les propriétaires du cochon, en laissant leurs caleçons
accrochés à la charpente !
➜ Raconte comment les paysans réagissent, et ce que font alors les voleurs.
Les paysans s’écrient : « Allez-vous-en, si vous ne voulez pas qu’on vous transforme vous aussi en
boudin ou en saucisson ! » Les malfaiteurs se sauvent tout honteux.
Étape 5 : Choisis la ou les morales qui conviennent pour conclure ton fabliau puis donne-lui un titre.
✗ Bien mal acquis ne profite jamais.
Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.
✗ Il ne faut pas convoiter le bien d’autrui car cela se retourne toujours contre vous.

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Fai
s le
b

ila
32 Le fabliau sur le bout des doigts !

n
Prépare la page d’accueil et les articles d’un blog consacré aux fabliaux.
Fais preuve de rigueur et d’originalité pour donner envie à de jeunes lecteurs
d’aujourd’hui de lire ces textes médiévaux. Relis l’ensemble des activités réalisées
avant de rédiger trois articles.

Bienvenue dans ce blog consacré aux fabliaux


Introduis ton blog : précise à quelle époque les fabliaux ont été créés et dans quelle
région. Pour capter l’attention de tes lecteurs, insiste sur le plaisir provoqué par ces
textes.
Apparus entre le XIe et le XIIIe siècle dans le Nord de la France, ils étaient racontés par
des jongleurs, lors des foires et des kermesses, souvent de manière très humoristique.
Prends le temps de les redécouvrir : tu verras qu’ils n’ont rien à envier aux sketches de
nos comiques actuels. Bonne découverte !

F comme fabliau
Définis le fabliau, en rappelant ses origines. Identifie ensuite
les personnages et explique dans quel but ces textes étaient
écrits.
Du latin fabula, « histoire, récit », le fabliau est le récit court d’une
anecdote porteuse d’une réflexion morale. Écrit à l’origine en vers,
il met surtout en scène des personnages du peuple dans leur
vie quotidienne. Il décrit des situations comiques dans le but de
dénoncer les défauts des hommes.

Des histoires à mourir de rire !


Explique ce qui provoque le rire dans les fabliaux. Tu t’appuieras sur ceux que
tu as étudiés et rappelleras leurs titres. N’oublie pas que tu t’adresses à tes
lecteurs que tu peux interpeller en utilisant l’impératif.
Installe-toi confortablement pour lire… et rire. Découvre les jeux sur le sens des mots,
comme dans La vieille qui graissa la patte au chevalier. Amuse-toi avec les personnages
pris dans des quiproquos, comme dans Estula. Découvre les situations comiques,
comme dans Brunain, la vache au prêtre ou Estula.

activité numérique
Crée réellement ton blog en exploitant les fonctionnalités de l’ENT de ton établissement,
ou en utilisant un site dédié et gratuit à l’une des adresses suivantes :
http://www.over-blog.com ou https://www.eklablog.com

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co urs 5 • À la rencontre des c
Par h eva l i e r s
33 Qui es-tu, chevalier ? Objectifs
◆ Découvrir une figure de chevalier
nt
Observe attentiveme
d’aujourd’hui
◆ Comprendre ce qu’est un chevalier
au Moyen Âge
1 Voici deux figures de chevalier.
Un chevalier de la Légion d’honneur Des chevaliers médiévaux
aujourd’hui Joute entre Tristan et Palamède se battant
pour l’amour d’Yseut. Enluminure de la légende
de Tristan et Yseut (XIIIe siècle), 1470, BNF.

Lazare Ponticelli (1897-2008)


Dernier « poilu » de la Première Guerre
mondiale en France, il fut fait chevalier
de la Légion d’honneur en 1996.

Après avoir pris connaissance des deux images et lu les textes ci-dessous, surligne les mots
et expressions caractérisant le chevalier de la Légion d’honneur et le chevalier médiéval,
ainsi que leurs actions.
Document 2
Document 1
Yvain ou le Chevalier au lion
Qu’est-ce que Calogrenant, chevalier à la cour du roi Arthur, a ren-
la Légion d’honneur ? contré sur sa route un vilain1 qu’il interroge. Celui-ci

L a Légion d’honneur fut créée


par Napoléon Bonaparte en
1802. Il voulait récompenser les
lui dit qu’il garde des taureaux sauvages, puis il
demande au chevalier :
– Je suis le seigneur de mes bêtes. Mais toi, dis-moi
services rendus au pays. Les che- donc à ton tour quel genre d’homme tu es, et ce que
valiers de la Légion d’honneur sont tu cherches.
décorés d’une croix d’argent atta- – Je suis, dit Calogrenant, un chevalier en quête2 de
chée à un ruban rouge. Aujourd’hui, ce qu’il ne peut trouver.
c’est le président de la République – Et que voudrais-tu trouver ?
qui fait chevalier de l’ordre de la – Des aventures, pour éprouver ma vaillance3 et mon
Légion d’honneur les personnes audace. Je te le demande, je t’en supplie, pourrais-tu
que la République veut honorer m’indiquer une aventure merveilleuse ?
pour leur action d’éclat, pour des Chrétien de Troyes, Yvain ou le Chevalier au lion,
services exceptionnels ou des actes (1177-1180), adaptation dela traduction d’A. Eskénazi,
de bravoure en temps de guerre. © éd. Larousse, coll. « Petits Classiques », 2007, p. 30-31.
1. Vilain : homme pauvre, de basse naissance, vivant à la campagne.
2. Quête : recherche. 3. Vaillance : courage.

66

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2 Pour compléter cette fiche de renseignements sur ce qu’est un chevalier au Moyen Âge,
appuie-toi sur tes observations.
Titre : chevalier
But : vivre des aventures merveilleuses
Qualités : vaillance, courage, persévérance
Activités : des combats, des actes de bravoure pour surmonter les obstacles

3 Examine ces deux extraits du dictionnaire Le Robert Collège


Collège,, avant de répondre aux questions.
a. À quel mot de la même famille étymolo- cavalier, ière [kavalje, jɛʀ] nom
gique les noms chevalier et cavalier appar-
I (personnes)
tiennent-ils ?
1. Personne qui est à cheval. Un bon cavalier, qui monte bien
Les deux mots appartiennent à la famille à cheval.
du mot « cheval ». 2. n. m. Militaire servant dans la cavalerie.

II 1. n. m. Homme qui accompagne une dame. Elle donnait


le bras à son cavalier.
Cou p
de pouce 2. Celui, celle avec qui l’on forme un couple dans une réunion,
un bal. Danser avec sa cavalière.
¥ Examine bien la formation du mot chevalier : — locution figurée Faire cavalier seul, agir isolément.
quel est son radical ?
III n. m. (choses)
1. Pièce du jeu d’échecs.
b. Quels sont les deux points communs entre 2. Pièce métallique, clou en U.
un chevalier médiéval et un cavalier ? ÉTYMOLOGIE : italien cavalliere de cavallo « cheval ».

1. Chevalier et cavalier sont inséparables


chevalier, ière [∫(ə)valje, jɛʀ] nom
de leur cheval.
1. n. m. au Moyen Âge Noble admis dans l’ordre de la cheva-
lerie. ➜ paladin, preux. Être armé chevalier (➜ adoubement).
2. Dans un autre sens, tous deux se Les chevaliers de la Table ronde. Bayard, le chevalier sans peur
et sans reproche.
montrent serviables et galants envers une ◆ au figuré Chevalier servant : homme dévoué à une femme, qui
dame. Le premier, dans l’expression « chevalier lui fait la cour.
◆ Chevalier d’industrie : homme qui vit d’expédients.
servant », l’entoure de soins constants ; le
2. n. m. au Moyen Âge Membre d’un ordre militaire et religieux.
second lui donne le bras pour danser. Les chevaliers de Malte.
3. n. m. Membre d’un ordre honorifique. Chevalier de la légion
d’honneur. Elle a été faite chevalière. […]

ÉTYMOLOGIE : latin populaire caballarius.

© Le Robert Collège, 2014, version numérique.


!
À t o i de j o u e r
4 Te voici apprenti chevalier au Moyen Âge. Ton épreuve consiste à
dire, devant tous les autres apprentis chevaliers, ce qui définit un Boîteà mots
bon chevalier. En es-tu capable ?
„ audace, bravoure, force,
persévérance, témérité,
exemplarité, noblesse, quête,
Qu’est-ce qu’un bon chevalier ? galanterie, droiture, honneur,
fidélité, dévouement, courage.
Un bon chevalier est un excellent cavalier.
Un bon chevalier a le goût de l’aventure.
Un bon chevalier fait preuve d’audace et de courage.
Un bon chevalier est galant avec sa dame.

67

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co urs 5 • À la rencontre des c
Par h eva l i e r s
34 Sais-tu à quoi Objectif
s’engage le chevalier ? ◆ S’initier aux valeurs chevaleresques

La mère de Perceval ne veut pas que son fils devienne chevalier car
elle craint qu’il ne périsse au combat comme son père. Mais le jeune Le sais-tu ?
L’adoubement est la cérémonie
homme en décide autrement, et c’est Gornemant de Goort qui se au cours de laquelle un jeune
charge de son apprentissage puis procède à son adoubement. noble est fait chevalier et reçoit
l’épée ainsi que l’équipement du

L e seigneur se courba pour lui chausser l’éperon droit : c’était


alors la coutume lorsqu’on adoubait un chevalier. Chacun vou-
lut lui donner une pièce de son armement. Gornemant enfin prit
guerrier à cheval. Son parrain lui
donne l’accolade, la « collée »,
c’est-à-dire trois coups du plat
de son épée sur l’épaule ou sur
l’épée, il la lui ceignit1 en lui donnant l’accolade : la nuque.
5 « Avec l’épée, je te confère2 l’ordre de chevalerie, l’ordre le plus
élevé que Dieu ait créé, un ordre qui n’admet aucune bassesse3. »
Puis il ajouta ces paroles :
« Cher frère, souviens-toi bien de ceci : si tu as le dessus dans un
combat avec un chevalier et si ton adversaire implore sa grâce, sur-
10 tout ne le tue pas : épargne-le ! Garde-toi aussi d’être trop bavard :
celui qui ne sait pas tenir sa langue finit toujours par dire quelque
chose de blâmable4. S’il t’arrive en chemin de trouver quelqu’un
dans la détresse, homme ou femme, dame ou demoiselle, viens-lui
1. Il la lui ceignit : il la lui attacha.
en aide, tu feras bien. Une dernière chose enfin, mais très impor-
2. Je te confère : je te donne.
15 tante : entre souvent dans les églises pour prier Dieu le Créateur, 3. Bassesse : acte vil, honteux.
afin qu’il ait pitié de ton âme et qu’il te protège en ce monde comme 4. Blâmable : condamnable, critiquable.
son fidèle chrétien. »
D’après Chrétien de Troyes, Perceval ou le Conte du Graal,
adaptation d’Anne-Marie Cadot-Colin, Chrétien de Troyes (vers 1135-
© Le Livre de poche Jeunesse, 2014, p. 43-44. vers 1180) écrivit des romans de
chevalerie inspirés des légendes
anglaises et bretonnes qui
racontent les aventures des che-
valiers de la Table ronde à la cour
du roi Arthur. Perceval ou le Conte
du Graal, composé entre 1181 et
1191 et resté inachevé, est le der-
nier récit de cet auteur.

Enluminure représentant l’adoubement de


Galaad dans M. Évrard d’Espinques Gonnot,
Tristan de Léonois, 1463, BNF, Paris.

68

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? Le sais-tu ?
A s - t u b ie n l u L’épée est un symbole de pouvoir et de
supériorité. Les chevaliers leur donnent
parfois un nom. Ainsi Durandal est le
1 Pourquoi Gornemant remet-il l’éperon et l’épée à Perceval ? nom donné à la légendaire épée de
Roland, neveu de Charlemagne, dans
En quoi cet équipement est-il représentatif de la fonction de la Chanson de Roland.
chevalier ?
Gornemant remet l’épée et l’éperon à Perceval car cet équipement le consacre chevalier.
L’épée est l’arme principale du chevalier ; il peut même lui donner un nom. L’éperon rappelle
l’importance du cheval dans la vie du chevalier.

2 Relis l’expression en gras. Le sais-tu ?


a. Quelle place le chevalier occupe-t-il dans la société L’adjectif peut se mettre au superlatif.
médiévale ? On distingue :
– le superlatif relatif :
Il occupe la place la plus élevée. Il est le plus courageux des chevaliers du royaume.
– le superlatif absolu :
b. Quel procédé est employé pour exprimer cette
Il est très rapide et infiniment courageux.
idée ?
Un superlatif relatif est employé.

3 Complète le tableau suivant.


Quelles recommandations Que doit absolument s’interdire Comment le chevalier doit-il
Gornemant fait-il à Perceval ? le chevalier ? se comporter ?

Surligne-les dans le texte.


Trouve les expressions ou
Reformule-les simplement en
adjectifs qui le caractérisent.
quatre phrases à l’impératif.

– Ne tue pas l’adversaire que Il ne doit pas s’emporter, se Le chevalier doit être maître de
tu as vaincu. montrer impulsif. lui-même : il sait se contrôler.

– N’abuse pas de la parole. Il ne doit pas parler à tort et à Il doit être discret, mesuré,
travers. sage.
– Conseille ceux qui en ont Il ne doit pas être égoïste. Il doit être généreux, altruiste.
besoin.
– Prie Dieu. Il ne doit pas être impie. Il doit être pieux.

!
À t o i de j o u e r
4 Perceval prend la parole et fait le serment à Gornemant d’apporter son aide
à autrui. Appuie-toi sur tes réponses précédentes et fais-le parler.

Mon serment
Moi, Perceval, je m’engage à m’intéresser aux autres et à les aider. Je me battrai
de toutes mes forces pour défendre les intérêts des personnes dont la vie ou
l’honneur seront menacés. Je saurai être maître de moi-même et ne ferai pas
mauvais usage de la parole. Enfin, je n’oublierai jamais de prier Dieu.

69

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co urs 5 • À la rencontre des c
Par h eva l i e r s
35 Un combat d’exception ! Objectif
Le chevalier Yvain a appris l’existence d’une fontaine merveil- ◆ Découvrir les caractéristiques
leuse défendue par Esclador le Roux, chevalier qu’aucun homme du récit épique
n’a pu vaincre. Il décide de partir le combattre.

E t dès qu’ils s’aperçurent, ils se précipitèrent l’un vers l’autre,


donnant l’impression qu’ils se haïssaient à mort. Chacun
avait une lance rigide et solide ; ils échangent de si grands la lance
coups qu’ils percent l’un et l’autre les écus qui sont à leurs cous
5 et mettent en pièces leurs hauberts ; les lances se fendent et
éclatent, et volent en tronçons1. Ils s’affrontent alors à l’épée,
le heaume
et, dans l’engagement, ils tranchent les guiges2 de leurs écus (casque de métal)
et déchiquettent entièrement leurs écus, dessus et dessous, si
le haubert
bien que les morceaux en pendent, et qu’ils ne peuvent (cotte de mailles en acier)
10 s’en couvrir ni s’en protéger : les ayant mis en
pièces, chacun porte l’épée à découvert sur les
flancs, sur la poitrine, sur les hanches de son adver-
l’écu
saire. Ils s’affrontent avec violence, mais aucun ne (bouclier)
bouge d’un pouce, immobile comme un rocher.
15 Jamais deux chevaliers ne furent si acharnés à hâter
leur mort. Ils veillent à ne pas frapper à l’aveuglette,
et ils assènent3 leurs coups le plus adroitement qu’ils
peuvent ; ils bossellent4 et enfoncent leurs heaumes, et
20 les mailles des hauberts éclatent : ils font couler des flots
de sang ; car le haubert de chacun d’eux est si disloqué
qu’il ne le protège pas plus que ne ferait une tunique. Ils
se frappent d’estoc5 en plein visage, et c’est très étonnant
que puisse tant durer une bataille si âpre et si farouche6. l’épée
25 Mais ils sont tous deux si indomptables que l’un ne céderait
les éperons
pour rien au monde à l’autre un pouce de terrain, à moins que
ce ne soit pour causer sa perte. Et ils agirent en preux7 puisqu’ils
1. Tronçons : morceaux.
ne frappèrent ni ne blessèrent leurs chevaux ; au contraire, ils 2. Guiges : courroies de cuir avec lesquelles
ne se démontèrent pas, et jamais ne furent à pied : la bataille le bouclier est attaché au cou du chevalier.
3. Assènent : frappent.
en fut plus belle.
4. Bossellent : font des bosses.
Chrétien de Troyes, Yvain ou le Chevalier au lion (1177-1180), 5. D’estoc : avec la pointe de l’épée.
adaptation de la traduction d’A. Eskénazi, 6. Si âpre et si farouche : si rude.
© éd. Larousse, coll. « Petits Classiques », 2007, p. 30-31. 7. Preux : brave, vaillant.

?
A s - t u b ie n l u

1 a. Qu’expriment tous les verbes surlignés ?


Les actions des chevaliers.
b. Comment qualifierais-tu le rythme du récit ?
lent modéré ✗ rapide

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2 Si tu devais caractériser ce combat, dirais-tu qu’il est :
✗ grandiose ? ordinaire ? ✗ violent ? ✗ extraordinaire ? banal ? ✗ acharné ?
Justifie tes choix.
Le combat est très violent et acharné car la bataille est « âpre et farouche ». Les actions des chevaliers
s’enchaînent à une vitesse incroyable.
Mais il est aussi grandiose car les chevaliers font preuve d’une force et d’une résistance extraordinaires,
surhumaines.

3 S’agit-il, d’après toi, d’un récit :


Le sais-tu ?
comique ? ✗ épique ? merveilleux ?
Un récit épique (ou épopée) raconte
Justifie ta réponse. des actions et des épreuves excep-
tionnelles. Les qualités remarquables
Il s’agit d’un récit épique car il montre deux héros « indomptables »,
des héros sont amplifiées grâce à l’em-
à la force incroyable, en train de combattre. ploi de comparaisons, de métaphores,
d’énumérations mais aussi d’exagéra-
tions, appelées hyperboles.

4 Cite deux expressions hyperboliques et souligne les mots


qui produisent l’exagération. Réécris ces expressions en supprimant l’exagération.
– ils « déchiquettent entièrement leurs écus » ➙ ils brisent leurs écus.
– « ils font couler des flots de sang » ➙ ils font couler beaucoup de sang.

5 De quelles qualités physiques et morales les chevaliers font-ils preuve ?


Justifie tes choix en citant une expression.
– endurance : « c’est très étonnant que puisse tant durer une bataille »
– force : « ils échangent de si grands coups »
– adresse : « ils assènent leurs coups le plus adroitement qu’ils peuvent »
– ténacité : « aucun ne bouge d’un pouce, immobile comme un rocher »
– respect : « ils ne frappèrent ni ne blessèrent leurs chevaux »

!
À t o i de j o u e r Cou p
de pouce
¥ Pense à souligner les qualités des
6 Le (la) documentaliste te demande d’écrire un article dans le chevaliers et la grandeur du combat.
journal du collège sur ce combat. Ton article doit donner envie N’oublie pas de t’adresser à tes
de découvrir ce texte. camarades.

Un combat à couper le souffle !


Venez découvrir le plus impressionnant des combats entre Yvain et Esclador le Roux !
Deux chevaliers aussi forts et résistants l’un que l’autre s’affrontent dans une bataille
furieuse. Les lances volent en éclats, les hauberts sont mis en pièces, mais les adversaires
continuent à se battre, imperturbables et solides comme des rocs. Voulez-vous connaître
l’issue du combat ? Rendez-vous au CDI pour retrouver les aventures du héros de Chrétien
de Troyes, dans son récit Yvain ou le Chevalier au lion.

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co urs 5 • À la rencontre des c
Par h eva l i e r s
36 Pourquoi Yvain est-il devenu Objectifs
le chevalier au lion ? ◆ Retrouver des éléments
merveilleux dans un roman
médiéval

M essire Yvain cheminait tout pensif par une forêt profonde lors-
qu’il entendit dans la forêt un cri douloureux et perçant. Il se
dirigea du côté d’où ce cri venait, et, à son arrivée, il vit dans un essart1
◆ Mieux connaître les valeurs
chevaleresques

un lion, et un serpent qui le tenait par la queue et lui brûlait toute


5 l’échine de flammes ardentes. Messire Yvain ne regarda pas longtemps
ce prodige2, mais il se demanda auquel des deux il porterait secours. À
la fin, il décida de prendre le parti du lion, car on doit faire du mal aux
êtres venimeux3 et la bouche du serpent vomissait du feu, si grande
était sa félonie4. Aussi messire Yvain pense qu’il le tuera le premier. Il
10 tire son épée, s’avance et se couvre le visage de son écu, afin de se pro-
téger de la flamme que le serpent crachait par la bouche, plus large
qu’une marmite. Si le lion attaque ensuite, il trouvera avec qui com-
battre ; mais pour l’instant, Yvain décide de l’aider, car sa pitié l’engage
et l’incite à accorder son secours et son aide à la noble et loyale bête.
15 De son épée affilée, il attaque le félon5 ; son fer s’enfonce jusqu’à terre,
le coupant en deux, puis en quatre. Yvain frappe, frappe encore, et fait 1. Essart : terre déboisée.
si bien qu’il le met en pièces. Mais il dut aussi couper un morceau de 2. Prodige : événement extraordinaire,
la queue du lion, car la tête du perfide6 serpent y restait attachée ; il en magique ou surnaturel.
3. Venimeux : (en parlant d’un animal)
trancha autant qu’il fallait, aussi peu qu’il put. Quand il eut délivré le qui produit du venin ; (en parlant d’une
20 lion, il pensa qu’il allait devoir se battre avec lui et que le lion allait lui personne) qui se montre méchant,
malveillant, haineux.
sauter dessus ; mais cette idée ne vint pas à la bête. Écoutez ce que fit 4. Félonie : trahison.
alors le lion : il agit comme l’aurait fait un noble valeureux ; il prit l’at- 5. Félon : traître.
titude de celui qui se rend, étendit devant lui ses pieds joints et tint la 6. Perfide : sournois, qui agit avec
traîtrise.
tête inclinée vers la terre. […] Messire Yvain comprend que le lion le 7. Gratitude : reconnaissance envers
25 remercie et qu’il s’humilie devant lui pour lui témoigner sa gratitude7 quelqu’un.
d’avoir tué le serpent et de l’avoir sauvé.
Chrétien de Troyes, Yvain ou le Chevalier au lion (1177-1180), adaptation de la traduction
d’A. Eskénazi, © éd. Larousse, coll. « Petits Classiques », 2007, p. 56-57.

?
A s - t u b ie n l u
1 a. De quel animal « merveilleux » ✗
le serpent que combat Yvain
se rapproche-t-il ? Coche la bonne case
et justifie ta réponse.
Le serpent qu’Yvain combat ressemble
plutôt à un dragon : il a une bouche énorme,
« plus large qu’une marmite », qui brûle le
lion avec des « flammes ardentes ».
Manuscrit des Dominicains,
fin du XVe siècle,
Bibliothèque municipale,
Châlons-en-Champagne.

72

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Cou p
b. Surligne les expressions qui caractérisent le serpent. de pouce
¥ Demande-toi ce que le serpent
c. Pourquoi Yvain s’attaque-t-il à cet animal plutôt qu’au lion ?
peut représenter : appuie-toi sur
Qu’est-ce que le serpent incarne, d’après toi ? les notes du texte.
Yvain s’attaque au serpent car c’est un animal malfaisant, méchant
et traître, comme le montrent les expressions surlignées. Le serpent
représente le Mal. Le sais-tu ?
Dans l’ordre de la chevalerie,
2 Relève les adjectifs caractérisant le lion. un chevalier félon, contraire-
À quels adjectifs utilisés pour décrire le serpent s’opposent-ils ? ment au preux chevalier, ne
respecte pas les valeurs de
Les adjectifs « noble » et « loyale » (l. 14) sont utilisés pour décrire le lion. son ordre et trahit ses enga-
gements.
Ils s’opposent aux adjectifs « venimeux », « félon » et « perfide ».

3 Par quel synonyme, parmi ces termes, peux-tu remplacer le nom prodige (l. 6) ?
Justifie ton choix en une phrase.
banalité événement ordinaire merveille phénomène habituel mystère
Je peux le remplacer par le nom merveille, car le combat entre le lion et le dragon, puis entre le dragon
et Yvain, est extraordinaire : il n’existe pas dans le monde réel.

4 Que devient le lion à partir de la ligne 22 ? Le sais-tu ?


En quoi est-ce « merveilleux » ? Rédige ta réponse
Au Moyen Âge, les combats entre chevaliers
en relevant des indices précis. respectent un code et des valeurs : l’idéal
Le lion n’attaque pas Yvain, il se comporte comme un homme chevaleresque. Le chevalier qui combat est
une personne loyale, c’est-à-dire fidèle à ses
qui demande grâce à celui qui l’a sauvé. Le lion n’est alors engagements et agissant toujours avec hon-
neur et droiture. Il ne donne la mort que par
plus une bête mais un chevalier loyal, et c’est cela qui est nécessité absolue. Le chevalier vainqueur
merveilleux. accorde sa grâce, sa merci au vaincu : c’est
le devoir de merci.

!
À t o i de j o u e r
5 Imagine la suite de l’extrait.
Le lion prend la parole et exprime sa reconnaissance à Yvain.
Pense à mettre en évidence les valeurs chevaleresques.

« Mon chevalier,
Je vous remercie de m’avoir secouru et épargné. Vous m’avez accordé votre grâce.
J’aurais péri, sans votre courage et votre force, consumé par les terribles flammes que la
bouche du serpent félon crachait. Je vous jure fidélité et loyauté. Là où vous vous rendrez,
je vous suivrai. »

73

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co urs 5 • À la rencontre des c
Par h eva l i e r s
37 Lorsque Perceval Objectifs
rencontre Blanchefleur… ◆ Découvrir les devoirs
d’un chevalier envers
les plus faibles
Alors que Perceval est parti à la recherche de sa mère, il arrive au château
de Beaurepaire où Blanchefleur lui offre l’hospitalité. La demoiselle, ne ◆ Enrichir son lexique
pouvant trouver le sommeil, confie au chevalier la cause de son malheur.
« Belle amie, que voulez-vous ? Pourquoi êtes-vous venue ici ?
– Ah ! noble chevalier, pitié ! Pour l’amour de Dieu, ne vous imaginez pas
que je cherche à commettre quelque folie en venant vous trouver ainsi.
1. Infortunée : malheureuse.
[…] Nulle créature au monde n’est plus infortunée1 que moi. Chaque
2. Sénéchal : officier royal.
5 jour qui se lève m’apporte le malheur, mais cette nuit est ma dernière 3. Devra être rendu : devra
nuit de souffrance. Demain sera mon dernier jour, car je me tuerai de se rendre, devra être livré.
4. Combat singulier : un combat
ma main. Ma situation est désespérée : j’avais dans ce château plus de où deux personnes seulement
trois cents chevaliers, il ne m’en reste plus que cinquante. Les autres ont s’affrontent.
été tués ou faits prisonniers par le sénéchal2 de Clamadeu des Îles. Et les
10 prisonniers ont tout à craindre car Clamadeu est un homme cruel.
Quelle douleur pour moi : tant de chevaliers sont morts pour me
défendre ! Le château a été assiégé tout un hiver et tout un été ; nos
forces n’ont cessé de diminuer et nos vivres sont épuisés. Demain, si
Dieu ne nous vient en aide, ce château devra être rendu3, et moi avec,
15 comme captive. […]
– Belle amie, lui dit-il, je ne quitterai pas ces lieux sans y avoir
ramené la paix. Je vais aller trouver là-dehors votre ennemi et
le défier en combat singulier4. Mais si je l’emporte sur lui, je
vous demande de m’accorder votre amour en récompense :
20 je ne souhaite pas d’autre salaire.
– Seigneur, il serait bien mesquin de ma part de vous le
refuser. Mais je ne veux pas que, pour gagner mon amour,
vous alliez mourir pour moi : ce serait un bien grand dom-
mage, car vous êtes trop jeune pour livrer bataille à un
25 chevalier tel que Clamadeu des Îles. Il est grand, fort et
solide comme un roc, et vous ne pourrez tenir contre lui.
– C’est ce que vous verrez aujourd’hui même. Je ne renon-
cerai à ce combat pour rien au monde. »
D’après Chrétien de Troyes, Perceval ou le conte du Graal,
adaptation d’Anne-Marie Cadot-Colin,
© Le Livre de poche Jeunesse, 2014, p. 52 à 55.

?
A s - t u b ie n l u

1 Souligne dans le texte la phrase qui résume la situation de Blanchefleur,


puis explique ce qui l’attend.
Si personne n’aide Blanchefleur, elle devra abandonner ses terres à Clamadeu et sera faite prisonnière.

74

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2 Précise pour quelle raison Blanchefleur se trouve dans cette situation.
Le sénéchal du cruel Clamadeu assiège le château de Blanchefleur depuis des mois. La plupart des
chevaliers qui le défendaient ont été tués ou faits prisonniers.

3 a. Quels sentiments s’emparent de la jeune femme alors qu’elle s’adresse à Perceval ?


✗ abattement ennui ✗ désespoir indifférence ✗ souffrance
b. Quelles en sont les causes ?
Elle est désespérée car le siège dure depuis des mois et beaucoup d’hommes sont morts ou ont été
faits prisonniers. Elle va être obligée de se rendre si personne ne lui vient en aide.

4 a. De quoi se sent-elle coupable ? Appuie-toi sur le texte pour répondre.


Elle se sent coupable de la mort de nombreux chevaliers qui se sont battus pour la défendre (l. 11-12).
b. Que compte-t-elle faire si personne ne lui vient en aide ?
Elle compte se donner la mort.

5 Quelle valeur chevaleresque Blanchefleur essaie-t-elle ainsi d’éveiller en Perceval (l. 2 à 15) ?
✗ l’altruisme la piété la fidélité ✗ la compassion ✗ la pitié

6 Surligne le passage qui montre que Perceval répond à sa demande (l. 16 à 28) et explique-le.
Elle parvient à susciter sa pitié et son désir de justice.

7 a. Quel adjectif qualifie Clamadeu ? Il est cruel.


b. Clamadeu se comporte-t-il en honnête chevalier ? Pourquoi ?
Non, Clamadeu ne se comporte pas en honnête chevalier car il veut s’empare des biens de Blanchefleur
et assiège son château depuis six mois.

8 Perceval s’engage à aider Blanchefleur : cela te paraît-il conforme


à sa fonction de chevalier ? Aide-toi si nécessaire de l’activité 2 de ce parcours.
Cette mission est conforme à sa fonction car il a promis à Gornemant de Goort de conseiller et d’aider
les dames dans le besoin, de défendre les causes justes.

9 Quelle récompense demande-t-il ? Le sais-tu ?


Il demande l’amour de la dame. À partir du xiie siècle, une nouvelle valeur complète
l’idéal chevaleresque : un chevalier doit se montrer
courtois, c’est-à-dire d’un dévouement sans faille à
la dame qu’il aime, prêt à la servir, à la défendre et à
combattre pour conquérir son amour.

!
À t o i de j o u e r Cou p
de pouce
¥ Pense à employer le vocabulaire
des sentiments rencontré dans
10 Blanchefleur se confie, dans une lettre à une de ses plus proches
les questions.
amies. Elle explique comment et pourquoi elle a parlé à Perceval.

Ma chère Florine,
Comme le château était en danger, je ne pouvais plus attendre. Je suis allée trouver le
chevalier Perceval qui m’a semblé un homme honnête et généreux. C’était mon seul
espoir. Je lui ai dit que j’étais désespérée et prête à me donner la mort. Il s’est indigné du
comportement de ce perfide Clamadeu et est décidé à le combattre. Je peux compter sur
lui car c’est un chevalier loyal et audacieux.

75

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co urs 5 • À la rencontre des c
Par h eva l i e r s
38 Que peut faire un chevalier
par amour pour sa dame ?
Objectif
◆ Découvrir l’amour courtois
dans une épopée chevaleresque

Lancelot et ses deux compagnons parviennent


aux abords du château où Méléagant retient
la reine Guenièvre prisonnière. Pour délivrer
celle qu’il aime, Lancelot doit traverser le pont
de l’épée.

À l’entrée de ce pont effrayant, ils mettent


pied à terre et regardent couler dru1 l’eau
profonde, sombre et perfide2, aux flots tumul-
tueux3. Elle est si terrifiante qu’on croirait voir
4
5 le fleuve des Enfers , et elle a un tel débit qu’il

n’est personne au monde qui, s’il y tombait,


ne serait englouti comme dans la mer salée.
Quant au pont qui la traverse, il n’est pareil à
nul autre et jamais sans doute il n’en exista ni
10 n’en existera de semblable. Si l’on veut savoir

la vérité, jamais pont ne parut si sinistre5 et


tablier6 plus détestable : ce pont qui traversait
l’eau glacée était constitué d’une épée bien tranchante et bien fourbie7.
Cette épée dure et solide mesurait bien la longueur de deux lances. […]
15 Ce spectacle attristait fort les deux compagnons du chevalier car ils pen-
saient voir, de plus, deux lions ou deux léopards enchaînés à un bloc de
pierre à l’autre extrémité du pont. La vue de l’eau, du pont et des lions
les met dans un tel effroi qu’ils en tremblent de peur. […]
Ils essaient de dissuader Lancelot, mais en vain.
20 Ils ne savent plus que dire mais, l’un et l’autre, ils laissent libre cours à
1. Dru : vigoureusement. leurs soupirs et à leurs larmes. Lui s’apprête du mieux qu’il le peut à tra-
2. Perfide : ici, dangereuse. verser le gouffre8 et, chose étonnante, il ôte de ses pieds et de ses mains
3. Tumultueux : bouillonnants
et bruyants. l’armure qui les recouvre ! Il n’arrivera pas indemne de l’autre côté ! Mais
4. Le fleuve des Enfers : le Styx, il s’est bien mieux tenu sur l’épée tranchante comme une faux9, mains et
fleuve mythologique séparant le 25 pieds nus […]. Il ne s’inquiétait pas trop de se blesser les mains et les pieds
royaume des vivants du royaume
des morts et des Enfers. car il préférait s’estropier plutôt que de tomber du pont et de prendre
5. Sinistre : horrible. un bain forcé dans cette eau dont il n’aurait jamais réussi à se sortir. En
6. Tablier : plateforme qui
soutient le plancher du pont. souffrant le martyre qu’on lui avait préparé, il entreprend sa douloureuse
7. Fourbie : polie, brillante. traversée en se blessant les mains et les pieds. Mais Amour qui le guide
8. Gouffre : précipice. 30 soigne ses coupures qui lui sont plus douces à supporter. En s’aidant des
9. Faux : instrument très
tranchant à lame d’acier, utilisé mains, des pieds et des genoux, il réussit enfin à parvenir à l’autre bout
pour couper les fourrages. du pont.
Chrétien de Troyes, Lancelot ou le Chevalier de la charrette (vers 1170),
traduction Jean-Claude Aubailly, © Flammarion, coll. « Étonnants Classiques », 2012, p. 57-59.

76

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?
A s - t u b ie n l u
1 a. Aux lignes 1 à 13, surligne en jaune les adjectifs utilisés pour décrire le pont
et en vert ceux qui qualifient l’eau. Que mettent-ils en valeur ?
Ils mettent en valeur le danger que le pont et l’eau représentent.

b. Pourrais-tu rencontrer un tel pont ? Justifie ta réponse.


Non, car c’est une « merveille » : il est constitué d’une épée tranchante comme une faux et plus grande
que deux lances ; deux lions ou deux léopards semblent enchaînés à une de ses extrémités.

2 Quels sentiments les compagnons de Lancelot éprouvent-ils lorsqu’ils voient ce pont ?


Entoure les bonnes réponses et surligne dans le texte les indices qui les justifient.
Peur tristesse fierté effroi surprise doute indifférence terreur désarroi

3 Lancelot réagit-il de la même façon ? Explique pourquoi.


Non, Lancelot ne réagit pas de la même façon, il ne se laisse pas envahir par la peur car il s’est donné
pour mission de traverser le pont pour délivrer celle qu’il aime.

4 Relis les lignes 20 à 32.


a. Souligne les expressions qui mettent en valeur
la souffrance de Lancelot.
Le sais-tu ?
L’amour courtois (ou fine amor) se développe
b. Au nom de quoi Lancelot agit-il ? au xiie siècle. La dame aimée est inaccessible
et devient l’objet d’une véritable vénération.
Il agit au nom de l’amour pour sa dame qui le pousse à affronter C’est un amour idéalisé. Pour lui, le cheva-
ce grand péril. lier est prêt à tous les sacrifices.

!
À t o i de j o u e r Cou p
de pouce
¥ Exploite les adjectifs relevés pour
5 Les compagnons de Lancelot le supplient de renoncer décrire le pont et l’eau, et sers-toi
de la boîte à mots.
à traverser le pont : fais-les parler.

La supplique des compagnons


Lancelot, nous savons que tu es valeureux et intrépide. Tu as fait
Boîteà mots
la preuve de ton courage devant le danger pour l’amour de la reine
Guenièvre, mais la traversée à laquelle tu te prépares est un exploit Des adjectifs
„intrépide, valeureux, courtois,
surhumain, une épopée sinistre. Le pont est tranchant. L’eau est héroïque, infernal
profonde et perfide, tel un gouffre infernal. Nous te supplions de Des noms
„épopée, exploit, amour,
renoncer. danger, honneur, prouesse,
tragédie

77

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co urs 5 • À la rencontre des c
Par h eva l i e r s
39 Don Quichotte, un chevalier Objectif
◆ Découvrir une réécriture
pas comme les autres parodique

Alonso Quichano se prend pour le chevalier errant Don Quichotte, parcou-


rant l’Espagne en quête d’aventures, accompagné de son écuyer Sancho Panza.

E n ce moment, ils découvrirent trente ou quarante moulins à vent qu’il y


a dans cette plaine, et, dès que Don Quichotte les vit, il dit à son écuyer :
« […] Regarde, ami Sancho, voilà devant nous au moins trente démesurés
Le sais-tu ?
Miguel de Cervantès
Saavedra (1547-1616)
géants, auxquels je pense livrer bataille et ôter la vie à tous tant qu’ils sont. est un écrivain espa-
5 Avec leurs dépouilles1, nous commencerons à nous enrichir ; car c’est prise de gnol devenu célèbre
grâce à la publica-
bonne guerre, et c’est grandement servir Dieu que de faire disparaître si mau- tion, en 1605, de son
vaise engeance2 de la face de la Terre. roman L’Ingénieux
Hidalgo Don Quichotte
— Quels géants ? demanda Sancho Panza. de la Manche, parodie
— Ceux que tu vois là-bas, lui répondit son maître, avec leurs grands bras, car des romans de che-
valerie.
10 il y en a qui les ont de presque deux lieues3 de long.
— Prenez donc garde, répliqua Sancho ; ce que nous voyons là-bas ne sont pas
des géants, mais des moulins à vent, et ce qui paraît leurs bras, ce sont leurs
ailes qui, tournées par le vent, font tourner à leur tour la meule du moulin.
— On voit bien, répondit Don Quichotte, que tu n’es pas expert en fait d’aven-
15 tures : ce sont des géants, te dis-je […]. »
En parlant ainsi, il donna de l’éperon à son cheval Rossinante, sans prendre
garde aux avis de son écuyer Sancho, […]. Au contraire, et tout en courant,
il disait à grands cris : « Ne fuyez pas, lâches et viles4 créatures, c’est un seul
chevalier qui vous attaque. » Un peu de vent s’étant alors levé, les grandes ailes
20 commencèrent à se mouvoir ; ce que voyant, Don Quichotte s’écria :
« Quand même vous remueriez plus de bras que le géant Briarée5, vous allez 1. Dépouilles : corps
me le payer. » d’hommes morts.
2. Engeance : race, espèce.
En disant ces mots, […] bien couvert de son écu et la lance en arrêt, il se 3. Lieue : ancienne unité
précipite, au plus grand galop de Rossinante, contre le premier moulin qui de mesure (4 km environ).
25 se trouve devant lui ; mais, au moment où il perce l’aile d’un grand coup de 4. Vil(e) : misérable.
5. Briarée : un des trois
lance, le vent la chasse avec tant de furie qu’il met la lance en pièces et qu’il géants aux cent bras
emporte après lui le cheval et le chevalier, qui s’en va rouler sur la poussière de la mythologie grecque.
en fort mauvais état.
Miguel de Cervantès (1547-1616), L’ingénieux Hidalgo Don Quichotte de La Manche,
traduction de Louis Viardot, extrait du chapitre 8, p. 124 et 125.

Illustration de Puig Rosado,


Don Quichotte de Cervantès,
éd. Bordas, coll. « Contes gais
de tous les temps », 1980,
p. 22-23.

78

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? Le sais-tu ?
A s - t u b ie n l u Un écrivain peut imiter une œuvre
sérieuse ou un personnage et les
rendre comiques en les tournant
en ridicule et en développant des
1 Qui sont les ennemis à combattre, selon Don Quichotte ? aspects grotesques (invraisem-
Surligne les mots et expressions à l’appui de ta réponse. blables ou extravagants). C’est ce
qu’on appelle une parodie.
Ce sont de redoutables géants.

2 Son écuyer, Sancho Panza, est-il du même avis que lui ? Explique pourquoi.
Il n’est pas du même avis que lui, car il sait que ce sont des moulins à vent.

3 Qui a raison, selon toi ? Qu’arrive-t-il à Don Quichotte ?


Sancho Panza a raison car son maître va se retrouver à terre, et sa lance sera broyée par le
mouvement des ailes d’un moulin à vent.
Cou p
4 Pourquoi le passage « il se précipite, au plus grand galop de pouce
de Rossinante » (l. 24) provoque-t-il le rire ? ¥ Le nom « Rossinante » est formé à
Un vieux cheval ne peut pas aller très vite. Le passage est donc moqueur partir du nom rosse, désignant un
vieux cheval, maigre et sans forces.
et c’est cela qui provoque le rire.

5 Don Quichotte est-il un personnage comique ou un chevalier ? Complète le tableau.

Quel personnage Don Quichotte pense-t-il être ? Quel personnage est-il vraiment ?
Un chevalier Un personnage comique
– Ses armes
– Son caractère
Il possède un écu et une lance. Il est rêveur, naïf et imbécile (quand il prend
– Sa mission des moulins à vent pour d’horribles géants).
Il doit débarrasser la Terre de dangereux géants – Les éléments parodiques du personnage
pour servir Dieu. Il se prend pour un chevalier mais il est
– Ses qualités grotesque, et il a une rosse à la place d’un
Il est brave et courtois. destrier.

!
À t o i de j o u e r
6 Don Quichotte se relève de sa chute et s’adresse à ceux qu’il prend toujours
pour des géants. Il veut poursuivre le combat mais le vent se lève à nouveau.
Imagine ce qu’il dit, et pense à conclure la scène de façon parodique.

Le face-à-face final
« Vous avez pris le vent pour allié, lâches créatures ! Mais vous oubliez que je suis Don
Quichotte et, même sans lance, armé de ma seule bravoure, je vais vous terrasser ! » Don
Quichotte s’avance, quand une nouvelle bourrasque de vent se lève et le soulève aussi
facilement qu’une feuille avant de le faire retomber à terre bien plus lourdement.

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s5• À la rencontre des c É c r i t u r e l ong u e
Pa r co u r h eva l i e r s
40 Imagine l’aventure Objectif
d’un chevalier du futur ◆ Évoquer les valeurs chevaleresques
dans un écrit d’invention
Nous voici transportés en l’an 4015. Traion, un chevalier félon
venu de la planète Mercure, représente une grande menace pour les Terriens. Julian, le meilleur
chevalier de la Terre, se porte volontaire pour affronter cet ennemi redoutable.
Complète la description.

Décris l’équipement du chevalier. Le chevalier Julian ne perdit pas un instant et empoigna son
Pense aux techniques
et aux matériaux du futur. épée laser fluorescente et son écu en carbone sur lequel il
avait gravé sa devise : « Pour l’amour des Terriens, rien n’est
L’équipement
„ adjectifs : paramétré, connecté, impossible. »
fluorescent, indestructible,
inaltérable, ultra-léger En se dirigeant vers la rampe d’atterrissage où Traion venait
„ noms : carbone, titane, laser
de se poser, le chevalier Julian savait qu’il devrait montrer
Décris les qualités dont
courage et audace face à son adversaire. Il était conscient
Julian va devoir faire preuve. que Traion pouvait faire preuve de traîtrise et de ruse. Mais il
Consulte les activités précédentes.
devrait rester maître de lui-même, dans cette mission, et
fidèle aux règles de la chevalerie.

Le combat s’engagea aussitôt. Traion était un excellent


Décris le combat et l’affrontement chevalier et maniait à merveille l’épée ultra-légère fabriquée
de deux excellents chevaliers.
Inspire-toi de l’activité 3 spécialement pour lui. Il l’avait parfaitement paramétrée.
et de l’image ci-dessous. Mais Julian lui rendait les coups avec une incroyable précision
Le combat est violent et il oppose
deux remarquables chevaliers. grâce à son casque connecté.
Durant ce combat titanesque, les deux hommes croisaient
leurs lasers qui perçaient leurs combinaisons pourtant
indestructibles en de multiples endroits. Mais ils ne
semblaient pas sentir la douleur des brûlures. Leurs écus en
carbone commençaient à se déformer.
Au bout de douze heures, Traion, qui avait fait preuve d’une
Raconte comment le terrien
a finalement l’avantage
résistance surhumaine, fit tomber son épée. Julian s’en
sur son adversaire. empara aussitôt et la pointa vers son adversaire.

Traion se savait condamné. Il s’adressa en ces termes au


Formule la demande de grâce Terrien : « Laisse-moi la vie, Julian, et je retournerai à jamais
de Traion au Terrien… sur Mercure, je te le promets.
… puis la réponse de Julian
qui décide de l’épargner. – Soit, je te laisse la vie, je vais peut-être le regretter un jour.
mais je ne suis pas homme à achever un adversaire désarmé. »

Traion remonta à bord de son vaisseau : la guerre était évitée…

80

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Fai
s le
b

ila
9 Crée ton abécédaire de la chevalerie

n
Voici des noms liés au monde de la chevalerie.
Choisis ceux qui te paraissent les plus représentatifs de cet univers et de ses valeurs.
Surligne-les puis explique-les à côté de la lettrine correspondante.
Pense à proposer des exemples pris dans les textes étudiés pour les illustrer.
Tu peux bien sûr ajouter d’autres mots.
adoubement – lâcheté – vanité – épreuve – bravoure – loyauté – traîtrise – justice – courage –
fourberie – courtoisie – humilité – orgueil – honneur – fidélité – félonie – respect – générosité –
cruauté – exploit – idéal – dévouement – égoïsme – prouesse – ténacité

comme adoubement. Cette cérémonie permet à un jeune homme de devenir chevalier : on


lui chausse l’éperon, lui ceint l’épée et lui fait des recommandations.

comme bravoure. Le chevalier ne manque pas de bravoure, c’est-à-dire de courage pour


affronter les épreuves les plus difficiles.

comme courtoisie. Le chevalier ne doit pas seulement savoir se battre, il doit aussi se mettre
au service d’une dame et doit savoir se comporter de façon galante envers elle.

comme dévouement. Le chevalier est dévoué à sa dame, pour qui il est prêt à tous les
sacrifices, mais aussi à son seigneur qu’il accompagne et défend dans les combats.

comme épreuve. Le chevalier part à l’aventure, en quête d’épreuves révélant toutes les
qualités chevaleresques qui sont les siennes.

comme fidélité. Le chevalier doit fidélité à sa dame et à son suzerain. Il ne doit jamais se
montrer traître ou félon.

comme générosité. On peut aussi parler d’altruisme. Cette qualité est indispensable au
chevalier, qui doit se mettre au service des plus faibles, comme Perceval avec Blanchefleur.

comme humilité. Le chevalier sait rester modeste et ne se vante pas de ses exploits.

comme justice. Le chevalier doit protéger les faibles, assurer la justice et la paix.

Complète ton abécédaire.

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co urs 6 • Méf i ez - vo u s d e R e n a
Par rt !
Objectif
42 Qui es-tu, Renart ?
◆ Découvrir comment le renard
est devenu un personnage littéraire
ent
Observe attentivem
Extrait 2

Extrait 1

Attrapez-nous les renards,


U n corbeau, ayant volé un morceau de viande,
s’était perché sur un arbre. Un renard l’aperçut,
et, voulant se rendre maître de la viande, se posta
les petits renards devant lui et loua ses proportions élégantes et sa
ravageurs de vignes, beauté, ajoutant que nul n’était mieux fait que lui
car notre vigne est en fleur. pour être le roi des oiseaux, et qu’il le serait devenu
La Bible, « Cantique des Cantiques », sûrement, s’il avait de la voix. Le corbeau, voulant
(vers le Xe siècle avant J.-C.) deuxième
poème, 15, © Les Éditions du Cerf, 1998. lui montrer que la voix non plus ne lui manquait pas,
lâcha la viande et poussa de grands cris. Le renard
se précipita et, saisissant le morceau, dit : « Ô cor-
beau, si tu avais aussi du jugement1, il ne te man-
Le sais-tu ?
Le renard s’est d’abord appelé « goupil ». Mais,
querait rien pour devenir le roi des oiseaux. »
au Moyen Âge, Le Roman de Renart a connu Cette fable est une leçon pour les sots.
un tel succès que le nom « renart » a peu à peu Ésope (VIIe - VIe siècle av. J.-C.), Fables, « Le corbeau et le renard »,
remplacé « goupil » dans le langage commun. Il traduit du grec par Émile Chambry, © Les Belles Lettres, 2003.
a fini par prendre la forme « renard ».
1. Du jugement : de l’intelligence.

Extrait 3
Le sais-tu ?
Renart trouve le corbeau Tiécelin en train Le Roman de Renart est un ensemble d’histoires (appelées
de manger un fromage : il l’invite à chanter branches) rédigées aux xiie et xiiie siècles par une ving-
de plus en plus fort. taine d’auteurs. Ces épisodes ont en commun leur héros :
un goupil nommé Renart. Ces textes ont été écrits en vers
et en langue romane.

E t le corbeau de se remettre à donner


de la voix de plus belle, sans se rendre
compte que, pendant qu’il s’évertue, sa patte
se desserre et laisse tomber le fromage juste
sous le nez de Renart1. Mais bien que le gou-
pil brûle d’envie de le manger, il est assez
malin pour s’abstenir d’y toucher, car il vou-
drait bien mettre aussi la main, si c’était
possible, sur Tiécelin.
Le Roman de Renart (1170-1250), branche II,
traduction de M. de Combarieu du Grès et J. Subrenat,
© Bordas, coll. « Classiques », p. 44.
1. Renart : nom de l’animal.

Renart et Tiécelin, manuscrit copié


à Paris, 1325-1350, BnF.

1 Dans l’extrait 1, comment apparaît le renard dans ce passage de la Bible ?


C’est un animal nuisible qui détruit les vignes.

2 Dans l’extrait 2, comment le renard de la fable s’y prend-il pour obtenir le morceau de viande ?
Il flatte le corbeau et l’incite à chanter pour qu’il lâche le morceau de viande.

82

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3 Compare les extraits 2 et 3.
a. Que remarques-tu à propos des personnages et de leur situation ?
Les personnages et la situation sont presque identiques : dans ces deux extraits, le renard convoite
la nourriture du corbeau et veut la voler. Dans le texte 3, Renart veut manger le corbeau en plus du
fromage.

b. Regarde quand ces textes ont été écrits. Que peux-tu en déduire ?
Je peux en déduire que la fable d’Ésope a dû inspirer le Roman de Renart.

4 Les extraits 2 et 3 te rappellent sans doute un autre texte. De quel texte s’agit-il ?
Qui l’a écrit ? Dans quel siècle ?
Il s’agit de La fable Le Corbeau et le Renard. Elle a été écrite par Jean de La Fontaine, au XVIIe siècle.

5 Attribue à chaque période historique le ou les textes qui conviennent,


en incluant le texte trouvé à la question 4.

Antiquité Moyen Âge Renaissance XVIIe siècle

Bible Roman de Renart Fable de La Fontaine


Fable d’Ésope

6 Le personnage du renard traverse les siècles, mais il reste fidèle à lui-même.


Quelles caractéristiques du renard retrouves-tu dans tous ces textes ?
Coche les adjectifs qui conviennent.
✗ rusé ✗ fourbe franc ✗ voleur sincère
✗ trompeur naïf ✗ hypocrite ✗ malfaisant

!
À t o i de j o u e r
7 Voici Renart qui fait le mort afin que les oiseaux s’approchent
de lui sans se méfier. Imagine ses pensées. N’oublie pas
qu’il est un animal malfaisant et sans pitié. Renart faisant le mort. Miniature
dans Bestiaire divin, XIIIe siècle, BnF, Paris.

Á quoi pense Renart ?


Ces idiots d’oiseaux n’y verront que du feu et, dans deux minutes, ils seront
dans mon estomac. J’en ai l’eau à la bouche. Les voilà qui s’approchent sans
la moindre méfiance… Ils me croient mort, mais ils n’auront pas le temps
d’apprendre qui je suis… Je ne vais en faire qu’une bouchée !

83

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co urs 6 • Méf i ez - vo u s d e R e n a
Par rt !
43 Un manipulateur Objectif
d’exception ! ◆ Découvrir les stratagèmes de Renart

Renart arrive, malade, chez son oncle le loup Ysengrin qui prend pitié
de lui.
[…] « Allons, dame Hersent1 ! Levez-vous et allez lui préparer un bon
petit repas : mettez-lui à rôtir deux rognons et deux rates2. »
Renart reste sans rien dire, faisant triste mine, se disant que le loup
devait avoir des jambons bien affinés3. C’est alors que, relevant un
5 peu la tête, il en voit trois, pendus à une poutre. Et il s’adresse à eux,
avec un sourire en coin : « Il est bien fou celui qui vous a mis là ! »
« Ah ! Ysengrin, mon cher oncle ! Les voisins sont si méchants ! En
voyant vos jambons là-haut, on pourrait en vouloir sa part ! Décro-
chez-les tout de suite et dites qu’on vous les a volés.
10 — Qui en connaîtra l’existence n’en mangera pas pour autant, fais-
moi confiance ! »
Alors Renart, toujours souriant :
« Vous ne pourrez pas refuser si on vous en demande.
Benjamin Rabier, illustration du Roman — Pas question. Je n’en donnerais à frère, neveu ni nièce. »
de Renart, éditions Jules Tallandier,
1909, BnF. 15 Il n’en exceptait que4 lui-même, son père, sa mère et sa femme. Renart
ne fut pas long à revenir en silence chez Ysengrin, pendant son som-
meil. Il écarte la couverture du toit juste au-dessus de la poutre et fait
si bien qu’il parvient à décrocher les trois jambons et à les emporter
chez lui : là, après les avoir coupés en morceaux, il les cache dans la
20 paille de son lit. Ysengrin, tôt levé, constate qu’il y a un trou dans la
toiture de sa maison et que ses jambons ont disparu.
« Hélas, dame Hersent, on nous a bien eus ! »
[…] Mais comme ils ne savent qui soupçonner, ils en sont quittes
pour la colère.
25 Après le repas, Renart, l’air tout joyeux, arrive chez eux pour y
passer un moment, mais son oncle fait triste mine.
« Qu’avez-vous, mon oncle ? Je vous vois tout soucieux et l’air irrité.
— J’ai mes raisons, mon cher neveu ; mes trois jambons ont disparu,
d’où mon ennui et mon irritation.
30 — Vous avez bien raison de le dire publiquement, qu’on vous a volé
1. Dame Hersent : la louve, femme cette viande ; vos parents et vos amis ne vous en demanderont plus.
d’Ysengrin.
2. Rognons et rates : abats, morceaux — C’est la vérité que je te dis, mon cher neveu ; on me les a volés !
de viande de basse qualité. Voilà mon malheur !
3. Bien affinés : qui ont bien vieilli, qui
sont bons à manger.
— Il vaut mieux entendre cela que d’être sourd. Tel se plaint qui n’a
4. Il n’en exceptait que... : il ne faisait 35 rien5. Je sais bien que vous les avez mis à l’abri à cause de vos parents
d’exception que pour... et amis. » […]
5. Tel se plaint qui n’a rien : c’est celui
qui n’a rien, pas le moindre mal, qui se Et Renart repart, fort satisfait de lui, les laissant à leurs lamenta-
plaint. tions.
Le Roman de Renart (1174-1250), branche XXIV, traduction de M. de Combarieu du Grès
et J. Subrenat, © Bordas, coll. « Classiques Bordas », 2004, p. 28-29.

84

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?
A s - t u b ie n l u

1 Quel repas Renart reçoit-il chez son oncle ? Qu’aurait-il préféré ?


Son oncle lui offre des abats. Il est déçu car il espérait manger des jambons.

2 a. Surligne dans le texte le conseil que Renart donne à son oncle pour protéger ses jambons.
b. Pourquoi lui donne-t-il ce conseil ?
pour protéger son oncle des voleurs. ✗ parce qu’il a une idée en tête.
c. Cite une expression qui laisse deviner ses intentions dès les six premières lignes.
« avec un sourire en coin ».

3 Qu’est-ce que Renart fait semblant de croire, aux lignes 30-36 ? Comment s’y prend-il ?
Il fait semblant de croire que son oncle a suivi son conseil. Il le complimente.

4 Renart se révèle un manipulateur très doué, capable de tromper le loup avec habileté.
Résume les étapes de sa stratégie.
1. l. 1 à 14 : D’abord, Renart donne à Ysengrin le conseil de cacher les jambons.
2. l. 15 à 20 : Ensuite, il vole les jambons.
3. l. 25 à 27 : Puis Renart revient complimenter son oncle d’avoir suivi son conseil.
4. l. 30 à 31 : Enfin, il prétend que les jambons n’ont pas été volés afin qu’Ysengrin ne puisse pas le
soupçonner.

5 Pourquoi peut-on dire de Renart qu’il ne respecte rien ?


Renart ne respecte ni sa famille ni les lois. Il est menteur et voleur.

6 Quelles qualités peut-on toutefois reconnaître à Renart ? Justifie ta réponse.


– l’agilité, l’habileté : il passe par le toit, découpe les jambons et les cache dans la paille.
– l’ingéniosité, la ruse : il met rapidement au point un plan efficace.

7 Les animaux de ce récit se comportent-ils comme des animaux ou comme des hommes ?
Ils habitent une maison, parlent et raisonnent comme des hommes.

!
À t o i de j o u e r
8 Tu es chargé de rédiger un article dans la rubrique « Faits divers » du journal
de classe. Raconte le vilain tour que Renart a joué à son oncle. Pense à mettre
en évidence à la fois les qualités et les défauts de Renart.
Boîteà mots
Un vol sans effraction
La ruse et le mensonge
„ noms : stratagème, fourberie,
Le rusé Renart a bien trompé son oncle : Il a d’abord insinué que les
malice, roublardise
« méchants voisins » pourraient venir les voler. Il a alors fait semblant „ adjectifs : astucieux, habile,
rusé, malin, manipulateur
de conseiller à son oncle de bien cacher ses jambons. Puis pendant la „ verbes : insinuer, prétendre,

nuit, il est allé les voler ! Le lendemain, Renart a simulé la surprise. Enfin, faire semblant de, tromper,
ruser, manigancer, manœuvrer
il a fait mine de féliciter son oncle d’avoir été prudent en cachant ses
jambons… Quel manipulateur !

85

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co urs 6 • Méf i ez - vo u s d e R e n a
Par rt !
Objectif
44 Un coup de maître !
◆ Découvrir une scène où Renart
se moque des hommes
Renart, qui a épuisé ses réserves, est affamé ainsi que sa famille. À
la recherche de nourriture, il voit approcher une charrette.

À la vue de la charrette pleine d’anguilles et de lamproies1, il se


dépêche de se rapprocher, se cachant pour ne pas être vu, afin
d’être mieux en mesure de tromper les marchands. Il se couche au
milieu du chemin et voici comment il s’y prend pour les attraper :
5 allongé de tout son long sur une touffe d’herbe, il fait le mort. Lui,
qui s’y entend à tromper son monde, est là, les yeux fermés, babines
retroussées et retenant sa respiration. Vit-on jamais pareille four-
berie ? Il reste donc gisant à terre tandis qu’arrivent les marchands,
sans méfiance. […]
10 Suivi de son compagnon, le marchand s’avance rapidement jusqu’à
Renart ; ils le trouvent toujours ventre à l’air et le retournent de tout
côté, sans crainte, persuadés qu’ils ne courent aucun risque d’être
mordus. Ils évaluent la peau de son dos puis de sa gorge : selon l’un,
elle vaut trois sous, mais l’autre renchérit :
15 « Dieu garde2 ! À quatre sous, elle serait bon marché. Nous ne
sommes pas trop chargés, mettons-le sur notre charrette. Regarde
donc comme sa gorge est blanche et sans taches. »
À ces mots, ils se décident et le jettent sur leur chargement, puis
ils reprennent leur chemin sans cacher leur commune satisfaction.
20 « Tenons-nous-en là maintenant, disent-ils, mais ce soir, chez
nous, nous lui retournerons sa veste. »
La plaisanterie leur paraît bonne, mais Renart ne s’en soucie guère
car il y a loin entre dire et faire. Couché à plat ventre sur les paniers,
il en ouvre un avec les dents et en retire, croyez-moi si vous voulez,
25 plus de trente harengs. Après cela, le panier était quasiment vide,
et Renart s’était joyeusement rempli l’estomac sans réclamer sel ni
sauge3. Mais avant de s’en aller, il va de nouveau lancer sa ligne, je
vous le garantis. Il s’attaque en effet à un autre panier, et, y plon- 1. Lamproie : sorte de poisson,
très appréciée au Moyen Âge.
geant le museau, en extrait trois chapelets d’anguilles4. […] Puis il 2. Dieu garde ! : Dieu nous en garde !
30 s’avance un peu et, prenant appui sur ses pattes de devant, il s’élance (de vendre sa fourrure si peu cher).
du haut de la charrette jusqu’au chemin, emportant son butin autour 3. Sauge : plante aromatique.
4. Chapelet d’anguilles : les anguilles
du cou. Une fois à terre, il crie aux marchands : sont enfilées sur une corde comme
« Dieu vous garde ! Me voilà bien servi en anguilles, vous pouvez des perles sur un collier.
garder le reste. »
Le Roman de Renart, 1174-1250, branche III, traduction de M. de Combarieu du Grès
et J. Subrenat, © Bordas, coll. « Classiques Bordas », 2004, p. 47-49.

? Le sais-tu ?
A s - t u b ie n l u Au Moyen Âge, se nourrir est une
préoccupation majeure. Le peuple
connaît la misère et ne mange pas
1 Quel stratagème Renart utilise-t-il pour pouvoir se nourrir ? toujours à sa faim. C’est cette quête
de nourriture qui pousse aussi Renart
Il fait semblant d’être mort. à sortir de sa tanière.

86

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2 À quoi Renart recourt-il pour attirer l’attention des marchands ?
Coche la ou les bonnes réponses, puis surligne deux expressions pour justifier ton choix.
au mensonge ✗ à la ruse ✗ à la dissimulation ✗ à la fourberie à la moquerie

3 Qu’est-ce qui facilite la manœuvre de Renart ? Cou p


Souligne au moins deux expressions pour justifier ta réponse. de pouce
¥ Relis les lignes 8 à 14.
L’imprudence et la naïveté des marchands facilitent la manœuvre de Renart.

4 Comment peut-on expliquer une telle attitude des marchands ?


Ils pensent à l’argent qu’ils vont gagner avec la fourrure de Renart, avant de vérifier s’il est bien mort.

5 a. Qui se moque de qui aux lignes 18 à 21 ?


Le sais-tu ?
Les marchands se moquent de Renart. Ils plaisantent en pensant Souvent, dans Le Roman de Renart, la situa-
qu’ils vont lui retourner sa peau. tion s’inverse : les rieurs deviennent l’objet
de la risée (ou bien le trompeur est finale-
b. Et à la fin du texte, lignes 32 à 34, qui se moque de qui ? ment trompé). Cette situation crée un effet
comique.
À la fin du texte, c’est Renart qui se moque des marchands.

6 Quels types de comique retrouves-tu dans cet épisode ? Relis l’aide page 56.
Justifie chaque choix par une citation ou une explication.
Comique de mots : « sans réclamer sel ni sauge », « vous pouvez garder le reste ».
Comique de situation : Renart fait semblant d’être mort, les marchands se réjouissent de l’argent qu’ils
vont tirer du renard mort, mais pendant ce temps Renart engloutit leur marchandise.
Comique de caractère : la cupidité des marchands qui les rend imprudents.

7 Que comprends-tu de la phrase « il y a loin entre dire et faire », à la ligne 23 ?


Reformule-la avec tes propres mots.
Cette phrase signifie que les marchands pensent vendre la peau de Renart, mais que c’est loin d’être fait,
car Renart va faire échouer leur projet.

!
À t o i de j o u e r
Cou p
de pouce
8 Renart rentre chez lui et donne les anguilles à ses enfants (Male- ¥ Pense à varier les verbes : deman-
branche, Percehaie et Rovel) et à sa femme Hermeline. Imagine der, questionner, interroger, s’excla-
mer, poursuivre, répliquer, répondre,
leur dialogue : les questions qu’ils lui posent et les réponses de exposer.
Renart. Ce dernier ne manque pas de se moquer des marchands.

Quel bon tour !


« Où as-tu trouvé ces poissons, Renart ?, demande sa femme Hermeline.
— Je les ai trouvés sur une charrette, ma chère ! s’exclame Renart en riant.
— Mais comment as-tu fait ? interroge Rovel.
— Je me suis allongé sur le chemin et j’ai fait le mort ! poursuit Renart, très content de lui.
Et ces stupides marchands m’ont jeté sur les paniers d’anguilles !
— Ah, comme c’est drôle ! s’écrie Percehaie plié de rire.
— Il faut dire que notre fourrure se vend cher, mes enfants. Ils s’imaginaient déjà riches,
ces idiots ! »

87

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co urs 6 • Méf i ez - vo u s d e R e n a
Par rt !
Objectif
45 Un personnage
◆ Découvrir une nouvelle ruse de Renart
sans scrupules !
Renart a convaincu Ysengrin de devenir moine. Il fait croire au loup
qu’il doit subir une épreuve pour prouver son courage : il s’agit de pêcher
la nuit dans un étang gelé. Les deux compères découvrent un seau sur
la glace, près d’un trou. Renart se tourne vers Ysengrin :
« Approchez, seigneur, c’est là qu’il y a profusion de poissons, et
voici l’outil avec lequel nous pêchons anguilles, barbeaux1 et autres
bons et beaux poissons.
— Prenez-le d’un côté, frère Renart, demande Ysengrin, et attachez-le
5 moi solidement à la queue. »
Renart s’en saisit et le lui noue à la queue de son mieux.
« Maintenant, frère, conseille-t-il, il faut rester sans bouger pour
attirer les poissons. »
Il s’installe alors au pied d’un buisson, le museau entre les pattes,
10 pour voir ce que l’autre va faire. Ysengrin est assis sur la glace, tandis
que le seau, plongé dans l’eau, se remplit de glaçons de belle façon ;
puis l’eau commence à geler autour, et la queue elle-même, qui trempe
dans l’eau, est prise par la glace, si bien que lorsque Ysengrin entre-
prend de se relever en tirant le seau à lui, tous ses efforts restent vains ;
15 très inquiet, il appelle Renart car on ne va pas tarder à le voir : déjà
le jour se lève. Renart dresse la tête, ouvre les yeux et jette un regard
autour de lui.
« Tenez-vous-en là, frère, dit-il, et allons-nous-en, mon très cher
ami. Nous avons pris assez de poissons.
20 — Il y en a trop, Renart ; j’en ai pris je ne sais combien. »
Et Renart de lui dire tout net en riant :
« Qui trop embrasse mal étreint.2 »
C’est la fin de la nuit, l’aube apparaît, le soleil matinal se lève, les
chemins sont couverts de neige et Monseigneur Constant des Granges,
25 un riche vavasseur3 qui demeurait au bord de l’étang, est déjà levé, frais
et dispos4, ainsi que toute sa maisonnée. Il prend un cor de chasse,
ameute ses chiens et fait seller son cheval. Ses hommes, de leur côté,
crient et mènent force tapage5. Renart, à ce bruit prend la fuite et se
réfugie dans sa tanière. Ysengrin, lui, se trouve toujours en fâcheuse
30 position, tirant désespérément sur sa queue au risque de s’arracher
la peau. Elle est le prix à payer s’il veut s’échapper de là. […]
Les chiens attaquent le loup qui se défend de tous ses crocs. Le chas-
seur sort alors son épée.
1. Barbeaux : poissons de rivière. Ce fut un combat farouche que celui-là. Alors qu’il vise la tête, le
2. Proverbe qui signifie « celui
qui veut trop finit par tout perdre ». 35 coup dévie : l’épée descend jusqu’à la queue qu’elle coupe net, au ras
3. Vavasseur : petit seigneur. du derrière. Ysengrin en profite pour sauter de côté et pour s’éloigner,
4. Frais et dispos : en pleine forme. mordant l’un après l’autre les chiens qui lui collent aux fesses. Mais il
5. Mènent force tapage :
font beaucoup de bruit. se désespère d’avoir dû laisser sa queue en gage6 : pour un peu, il en
6. Laisser en gage : perdre. mourrait de douleur.
Le Roman de Renart (1174-1250), branche III, traduction de M. de Combarieu du Grès
et J. Subrenat, © Bordas, coll. « Classiques Bordas », 2004, p. 58-59.

88

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?
A s - t u b ie n l u

1 Selon Renart, que doit faire Ysengrin pour parvenir à pêcher les poissons ?
D’après Renart, Ysengrin doit rester immobile pour attirer les poissons dans le seau.

2 Explique ce qui arrive au loup.


Sa queue gèle dans l’eau et il ne peut plus bouger : il est prisonnier de la glace.
Cou p
de pouce
3 Que révèle cette épreuve à propos d’Ysengrin ?
¥ On parle de crédulité pour
son intelligence sa clairvoyance ✗ sa crédulité ✗ sa bêtise qualifier quelqu’un de trop naïf.

4 Surligne, dans le texte, les expressions qu’emploie Renart pour s’adresser à Ysengrin.
À ton avis, que cachent ces mots ? Justifie ton choix.
de l’admiration de l’affection du respect Le sais-tu ?
L’ironie consiste à dire le contraire
✗ de la moquerie de la méchanceté ✗ de l’ironie de ce que l’on pense, le plus sou-
vent dans le but de se moquer.
Renart se moque en réalité d’Ysengrin. Il s’adresse aussi à lui « en riant » « Quelle intelligence ! » pour dire
que la personne est stupide.
(l. 21). Ses paroles sont ironiques lorsqu’il l’appelle « mon très cher ami ».

5 Pourquoi Renart s’enfuit-il (l. 28) ? Que penses-tu de son comportement ?


Il s’enfuit pour échapper au chasseur et à ses chiens. Il se comporte lâchement.

6 Quel risque Renart fait-il courir au loup ?


Le loup peut être tué par le chasseur et ses chiens.

7 Relie chaque acte de Renart à l’adjectif qui le caractérise.


Renart prétend qu’Ysengrin va faire une bonne pêche. lâche
Il s’enfuit. menteur
Il abandonne le loup. cruel
Il fait souffrir le loup gratuitement. égoïste

!
À t o i de j o u e r
Cou p
de pouce
8 Ysengrin, très en colère, retrouve Renart et lui dit ce qu’il pense ¥ Pense à employer le vocabulaire
de son comportement. Fais-le parler. rencontré dans les questions 3 et 7.

Les reproches d’Ysengrin


Les poils hérissés et les yeux injectés de sang, Ysengrin s’écrie : « Tu n’es qu’un être
malfaisant et cruel ! Tu savais très bien que je laisserais ma queue dans la glace. Tu as
profité de ma crédulité pour te moquer de moi. Quand tu as entendu les chiens, tu t’es
sauvé comme un lâche dans ta tanière. Tu ne perds rien pour attendre, indigne neveu ! »

89

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co urs 6 • Méf i ez - vo u s d e R e n a
Par rt !
46 Renart est-il coupable ? Objectif
◆ Découvrir la justice médiévale
Ysengrin se rend à la cour de Noble le lion.

L a cour au grand complet était réu-


nie en séance plénière1. Il y avait là
des animaux de toute espèce, grands et
petits, tous vassaux2 du roi. Celui-ci était
5 assis sur un trône d’apparat3 comme
il convient à son rang. Autour de lui
siègent en cercle sans souffler mot les
gens de sa maison4. C’est alors que se
présentent Ysengrin et sa femme pour
10 prendre la parole. Dans le silence géné-
ral, le loup, en soupirant, s’adresse au
roi en ces termes :
« Seigneur, il n’y a plus de justice, la
vérité est tournée en dérision5, on ne
15 tient plus parole. Vous avez fait procla-
mer officiellement dans le royaume que
personne n’ait l’audace de troubler ni
de briser un mariage. Renart vous res-
pecte si peu qu’il viole les interdictions
20 que vous avez fait publier. Il est capable
de tout, comme il l’a bien montré en me Le Roi Noble et sa cour. Miniature,
déshonorant avec ma femme. Il n’y a pour lui ni mariage ni liens XIIIe siècle, dans Le Roman de Renart,
de Jacquemart Gielée de Lille,
familiaux, qu’il s’agisse de parents par le sang ou par alliance. Sa BnF, Paris.
conduite est inqualifiable. Ne croyez surtout pas, très cher seigneur
25 roi, qu’il y ait là calomnie6 ou malveillance de ma part. Je ne fais
que dire ce qui est : Hersent que voici en est témoin.
[…] C’est vrai, seigneur, reprend alors Ysengrin, je l’ai pris sur le
fait, le sieur Renart ! Qu’en pensez-vous ? Ne s’est-il pas conduit là
de façon contraire au Bien et à la Raison ? Je porte plainte devant
30 vous. Rendez-moi justice en présence de tous vos barons sur les
chefs d’accusation que voici. D’abord, il est allé chercher querelle
à mes louveteaux dans ma tanière ; il leur a pissé dessus, les a bat-
tus, leur a arraché des touffes de poil, les a traités de bâtards […].
Voilà tout ce qu’il a dit, mais ce sont des mensonges. En plus, il
35 n’arrête pas de chercher comment me faire honte. »
Le Roman de Renart (1174-1250), branche Va, traduction de M. de Combarieu du Grès
et J. Subrenat, © Bordas, coll. « Classiques Bordas », 2004, p. 95-96.

1. Séance plénière : réunion de tous les seigneurs du royaume.


2. Vassal : seigneur qui a juré fidélité et hommage à son suzerain, en échange d’un fief.
3. Trône d’apparat : siège somptueux sur lequel le roi s’installe en de grandes occasions.
4. Gens de sa maison : ensemble des personnes qui entourent le roi (famille, serviteurs et vassaux).
5. Tournée en dérision : n’est pas prise au sérieux.
6. Calomnie : accusation mensongère.

90

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?
A s - t u b ie n l u
1 Pourquoi le loup se rend-il à la cour ? S’y rend-il en position de vic- Le sais-tu ?
time ou de coupable ? Surligne une phrase à l’appui de ta réponse. À l’époque féodale, le seigneur
avait droit de justice sur ses vas-
Le loup se rend à la cour pour demander justice. Il s’y rend en tant que saux. À la cour, c’est le roi qui
victime, car seul Noble le lion peut rendre la justice. rendait la justice pour régler les
conflits entre les seigneurs.

2 Relis les lignes 13 à 26 : quel portrait Ysengrin dresse-t-il de Renart ?


Justifie ta réponse.
Ysengrin dresse un portrait très négatif de Renart : il dit qu’il ne respecte ni le roi si ses lois, et il juge
« sa conduite inqualifiable ».

3 Relis les lignes 31 à 35. En trois mots, résume les chefs d’accusation d’Ysengrin
contre Renart. Surligne tes choix dans la liste suivante :
vol – mensonge – mauvais traitements – violence physique – outrage – fraude

Cou p
de pouce
4 Les méfaits de Renart provoquent-ils chez toi de la colère ?
Te font-ils rire ? Justifie ta réponse.
¥ Pose-toi ces questions : le loup est-il
Les méfaits de Renart sont vraiment odieux, car il s’en prend à la une victime ? un trompé ridicule ?
famille innocente d’Ysengrin. Mais on rit malgré tout de la naïveté du Renart est-il coupable ou un trom-
peur talentueux ?
loup qui est tourné en ridicule.

5 Relis les lignes 13 à 15.


a. Que dit Ysengrin de la société dans laquelle il vit ?
Il dit que c’est une société sans justice ni honnêteté. Plus personne ne respecte ni la parole ni les lois du
roi.
b. Ces propos, prononcés par un animal, font-ils sourire ? réfléchir ? ou les deux ?
Ils font sourire car ils sont prononcés par le loup, mais ils font en même temps réfléchir.

!
À t o i de j o u e r
6 Brun l’ours, un des vassaux de Noble le lion, a assisté à toute la scène.
Imagine ce qu’il raconte à sa femme, de retour dans sa tanière.
Insiste à la fois sur la culpabilité de Renart et sur le comique de la situation.

Le récit de Brun l’ours


Ma commère, me voilà revenu de la cour. Ysengrin a bien raison de demander justice.
Les méfaits de Renart sont épouvantables. Combien de fois il a volé, trompé Ysengrin et
les siens ! Mais je dois te dire que j’ai quand même bien ri en écoutant le naïf Ysengrin
raconter les nombreux forfaits de Renart. Quel grand farceur !

91

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s6• Méf i ez - vo u s d e R e n a É c r i t u r e l ong u e
Pa r co u r rt !
47 Le procès de Renart Objectif 4
◆ Imaginer le jugement de Renart

Quel jugement mérite Renart ?


Imagine le déroulement du procès de Renart, à la
suite du discours d’Ysengrin (p. 90). Tu le présen-
teras sous la forme d’un dialogue théâtral que tu
pourras ensuite jouer avec tes camarades.

Noble le lion et Ysengrin assiège Renart dans sa forteresse pour le juger.


Miniature, XIIIe siècle, dans Le Roman de Renart, de Jacquemart Gielée
de Lille, BnF, Paris.

La scène se déroule à la cour de Noble le lion.

D’un ton solennel, Noble le lion donne la parole à l’avocat de Renart.


Noble le lion. — La parole est à l’avocat de l’accusé. Maître, c’est à vous !

L’ avocat se lève et commence sa plaidoirie. Il met en doute les propos


d’Ysengrin et essaie de séduire l’auditoire des vassaux.
L’ avocat de Renart. — Mes chers compères, vous venez d’entendre le
discours d’Ysengrin.
Mais quelles preuves avons-nous ? Il n’y a que la parole du loup contre celle
de mon client. Entre nous, chers vassaux, tout cela n’est qu’une dispute
entre amis de longue date, dispute bien drôle, n’est-ce pas ? Vous n’allez
pas lui en voul…

Cite les chefs Ysengrin, fou de rage, lui coupe la parole et énumère les chefs d’accusa-
d’accusation en allant tion contre Renart.
du moins grave au plus
grave. Sers-toi de tes Ysengrin. — Comment ? Personne ne doit ignorer tout ce que m’a fait
lectures. subir Renart ! Je sais aujourd’hui qu’il est coupable de larcins, c’est lui qui
m’a volé mes jambons, on me l’a dit. Il m’a trompé et j’ai failli mourir gelé !
Boîteà mots Il nous a outragés, moi et mes pauvres louveteaux innocents ! Il s’est
„ acteurs : juge, avocat, montré violent et cruel en abusant de leur faiblesse ! Bref, il n’y a pas plus
« maître », témoin,
coupable, accusé, grand coupable !
victime
„ chefs d’accusation :
larcin, vol, affront, Noble le lion prend la parole pour donner son verdict.
outrage, injure, Noble le lion. — J’ai bien écouté votre plaidoirie, Maître, et votre
violence, tromperie
„ actions : faire réquisitoire, Ysengrin, et voici mon verdict.
une plaidoirie, un
réquisitoire, prononcer
Je reconnais Renart coupable de violence envers de pauvres enfants
un jugement, innocents, coupable également de tromperie aggravée. Je l’engage donc
un verdict.
publiquement à demander pardon à Ysengrin pour l’affront subi et à
réparer les torts qu’il lui a faits.

92

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Fai
s le
b

ila
48 Pourquoi lire Le Roman de Renart ?

n
1 Observe bien les images. Laquelle retiendrais-tu pour illustrer
ta première de couverture du Roman de Renart ?
Observe les détails et justifie ton choix.

3. Renart épie Ysengrin.

1. Renard dans la nature. 2. Renart s’amuse sur le dos d’Ysengrin.

Je choisirais l’illustration :
n° 3 : parce qu’elle représente un renard personnifié (il est habillé) et rusé, en embuscade, prêt à jouer
un mauvais tour à son principal ennemi, le loup Ysengrin.
n° 2 : parce qu’elle représente les deux personnages importants du Roman de Renart : un renard
moqueur et un loup furieux. Renart se joue du loup en grimpant sur son dos et en brandissant la
nourriture qu’il lui a volée, et le loup enrage.

2 Rédige maintenant le texte de la quatrième de couverture du Roman de Renart


Renart.

Commence par une question Savez-vous qu’avant Le Roman de Renart, le renard s’appelait
qui suscitera l’intérêt des lecteurs, « goupil » ? En lisant ce livre, vous comprendrez pourquoi Renart
par exemple sur le nom de Renart.
Aide : Relis l’activité 1. a marqué les esprits au point de donner son nom à cet animal.

Renart a une grande préoccupation : manger. Il est vrai qu’il vit


Mets en évidence la principale
préoccupation de Renart.
au Moyen Âge et qu’il est souvent affamé…
Aide : Relis l’activité 3.

Invite le lecteur à découvrir les Alors, pour se nourrir, il est prêt à tout : voler son oncle Ysengrin
exploits de Renart en donnant et lui mentir, l’abandonner pris dans les glaces, ou faire le mort
des exemples de ses méfaits.
pour tromper des marchands.

Ajoute une phrase de conclusion Ouvrez ce livre et vous ne pourrez plus vous passer de Renart
de ton choix pour inciter les et de ses fourberies, je vous le promets !
lecteurs à découvrir cette œuvre.

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co urs 7 • La fable, mi roi r d e l ’ h
Par omme
49 La tortue peut-elle voler ? Objectif
La tortue et les deux canards ◆ Comprendre dans quel but
Jean de La Fontaine a écrit ses fables
Une Tortue était, à la tête légère1,
Qui, lasse de son trou, voulut voir le pays,
Volontiers on fait cas d’une terre étrangère :
Volontiers gens boiteux2 haïssent le logis.
5 Deux Canards à qui la commère3
Communiqua ce beau dessein4,
Lui dirent qu’ils avaient de quoi la satisfaire :
« Voyez-vous ce large chemin ?
Nous vous voiturerons, par l’air, en Amérique,
10 Vous verrez mainte République,
Maint Royaume, maint peuple, et vous profiterez
Des différentes mœurs5 que vous remarquerez.
Ulysse en fit autant. » On ne s’attendait guère
De voir Ulysse en cette affaire.
15 La Tortue écouta la proposition.
Marché fait, les oiseaux forgent une machine
Pour transporter la pèlerine6.
Dans la gueule en travers on lui passe un bâton.
« Serrez bien, dirent-ils ; gardez de lâcher prise. »
20 Puis chaque Canard prend ce bâton par un bout.
La Tortue enlevée on s’étonne partout
De voir aller en cette guise7
L’animal lent et sa maison,
Justement au milieu de l’un et l’autre Oison8. « La tortue et les deux canards », Fables choisies
25 « Miracle, criait-on. Venez voir dans les nues9 de La Fontaine, illustration de Georges Fraipont
(vers 1900).
Passer la Reine des Tortues.
– La Reine. Vraiment oui. Je la suis en effet ;
Ne vous en moquez point. » Elle eût beaucoup mieux fait
De passer son chemin sans dire aucune chose ; 1. À la tête légère : étourdie.
2. Boiteux : ici, déséquilibrés, sans jugement
30 Car lâchant le bâton en desserrant les dents, ni bon sens.
Elle tombe, elle crève aux pieds des regardants. 3. Commère : femme curieuse, indiscrète et bavarde.
Son indiscrétion10 de sa perte fut cause. 4. Dessein : projet.
5. Mœurs : coutumes et mode de vie.
Imprudence, babil11, et sotte vanité, 6. Pèlerin(e) : voyageur, voyageuse.
Et vaine curiosité, 7. En cette guise : de cette manière.
35 Ont ensemble étroit parentage. 8. Oison : oisillon. Désigne ici le canard.
9. Nues : ciel.
Ce sont enfants tous d’un lignage. 10. Indiscrétion : ici, manque de jugement, bêtise.
Jean de La Fontaine, Fables, livre X, fable 2, 1678. 11. Babil : bavardage.

?
A s - t u b ie n l u
1 Quel est le projet de la tortue ? Qu’en pense Jean de La Fontaine ?
Relis les vers 1 à 4 et les notes de vocabulaire.
La tortue veut voyager. Jean de La Fontaine critique ce projet que seuls des « gens boiteux », c’est-à-dire
insensés, peuvent avoir envie de faire.

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2 a. La tortue réussit-elle ?
Non, la tortue ne parvient pas à réaliser son projet.
b. Pourquoi ? Sélectionne la bonne réponse et justifie-la en relevant un indice.
Elle refuse la proposition des canards Elle a le vertige et fait un malaise
✗ Elle veut parler, lâche le bâton et meurt.
Je choisis cette dernière réponse car il est écrit dans la fable : « Son indiscrétion de sa perte fut cause. »

3 a. Quand le fabuliste commente les paroles des canards (vers 13-14) en faisant allusion
au voyage d’Ulysse, est-il
élogieux ? ✗ moqueur ? indifférent ?
b. Justifie ton choix.
Il est moqueur car il tourne en ridicule à la fois les canards qui évoquent Ulysse pour parler du voyage,
et la tortue qui croit en leurs belles paroles.

4 Comment qualifier la tortue ?


a. Choisis les adjectifs qui conviennent. Le sais-tu ?
Au xviie siècle, l’« honnête homme »
Surligne des indices dans la fable à l’appui de ta réponse. était un modèle : c’était un homme
curieuse, bavarde, aventureuse, modeste, écervelée, héroïque, cultivé, de mesure et de finesse.
La modestie devait être une de
intelligente, vaniteuse, imprudente
ses qualités majeures. Porteur de
cet idéal, La Fontaine ne cessa de
b. Quels défauts ont causé la perte de la tortue ? dénoncer la vanité des hommes.
Reformule-les en quatre noms. Relis au besoin les quatre La « vanité » est aussi un type de
derniers vers de la morale. peinture, reconnaissable à la pré-
sence d’un crâne, rappelant à cha-
cun sa condition de mortel. Le
curiosité • bavardage • vanité • imprudence genre s’est beaucoup développé
au xviie siècle.
c. Quelles qualités, par opposition, La Fontaine aimerait-il rencontrer
chez les hommes ? Cou p
Reformule-les en retrouvant les antonymes. de pouce
¥ Aide-toi d’un dictionnaire des
discrétion • réserve /concision • modestie • prudence antonymes en ligne :
http://www.cnrtl.fr/antonymie.

!
À t o i de j o u e r
5 Tu dois prononcer un discours en mémoire de la tortue. Rappelle qui elle était, ce qui lui
est arrivé et la leçon que chacun peut en tirer. N’hésite pas à t’adresser directement à elle.

Hommage à Commère la tortue


Nous nous retrouvons aujourd’hui pour célébrer la mémoire de notre amie la tortue, notre
chère commère. Hélas ! te voilà perdue ! Toi qui jamais ne cessais de parler, toi qui voulus
sans doute voir trop loin, la vanité mit fin à ton périple. Nous nous souviendrons de toi et
retiendrons la leçon qui, bien malgré toi, te perdit.

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co urs 7 • La fable, mi roi r d e l ’ h
Par omme
50 Pourquoi périr pour une poule ?
Objectifs
Les deux Coqs
◆ Étudier le langage de La Fontaine
Deux Coqs vivaient en paix : une Poule survint,
◆ Aborder la parodie dans une fable
Et voilà la guerre allumée.
Amour, tu perdis Troie1 ; et c’est de toi que vint
Cette querelle envenimée2,
5 Où du sang des Dieux même on vit le Xanthe3 teint. 1. Troie : ville d’Asie Mineure (située en actuelle Turquie).
Longtemps entre nos Coqs le combat se maintint : 2. Envenimée : pleine de haine, virulente.
3. Le Xanthe : fleuve de la plaine de Troie.
Le bruit s’en répandit par tout le voisinage. 4. La gent qui porte crête : l’ensemble des coqs.
La gent qui porte crête4 au spectacle accourut. 5. Sa retraite : sa cachette, son poulailler.
Plus d’une Hélène au beau plumage
10 Fut le prix du vainqueur ; le vaincu disparut.
Il alla se cacher au fond de sa retraite5, Le sais-tu ?
Selon la légende de Troie, Hélène, épouse du roi
Pleura sa gloire et ses amours, grec Ménélas, fut enlevée par le Troyen Pâris.
Ses amours qu’un rival tout fier de sa défaite Les rois grecs décidèrent alors de déclarer la
guerre aux Troyens. Cette guerre est évoquée
Possédait à ses yeux. Il voyait tous les jours par Homère dans son épopée l’Iliade. Celle-ci
15 Cet objet rallumer sa haine et son courage. raconte notamment le combat terrible qui teinta
Il aiguisait son bec, battait l’air et ses flancs, du sang des combattants le fleuve Xanthe, à
Troie.
Et s’exerçant contre les vents
S’armait d’une jalouse rage.
Il n’en eut pas besoin. Son vainqueur sur les toits
20 S’alla percher, et chanter sa victoire.
Un Vautour entendit sa voix :
Adieu les amours et la gloire.
Tout cet orgueil périt sous l’ongle du Vautour.
Enfin par un fatal retour6
25 Son rival autour de la Poule
S’en revint faire le coquet7 :
Je laisse à penser quel caquet8,
Car il eut des femmes en foule.
La Fortune9 se plaît à faire de ces coups ;
30 Tout vainqueur insolent à sa perte travaille.
Défions-nous du sort, et prenons garde à nous
Après le gain d’une bataille.
Jean de La Fontaine, Fables, livre VII, fable 13, 1678.

6. Un fatal retour : un retour du destin.


7. Le coquet : La Fontaine joue sur les deux sens du mot : petit coq
et personne qui cherche à plaire.
8. Caquet : gloussement que font les poules en train de pondre.
9. La Fortune : divinité qui décidait du bonheur ou du malheur
des hommes, le destin, le hasard.

« Les deux coqs », illustration de Félix Lorioux (1872-1964).

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? Le sais-tu ?
A s - t u b ie n l u Une parodie est une imitation d’un sujet sérieux
dans le but de se moquer (voir page 79).

1 Résume le récit de la fable (vers 1 à 28) en cinq courtes phrases.


Vers 1-10 : Deux coqs se battent pour une poule.
Vers 10-19 : Le vaincu se cache, désespéré et plein de haine.
Vers 19-20 : Le vainqueur chante son succès sur les toits.
Vers 21-23 : Il est alors dévoré par un vautour.
Vers 24-28 : Le vaincu retrouve la poule.

2 Relis les mots en gras dans le texte. Qu’évoquent-ils pour toi ?


Le comportement d’animaux ✗ Les actes et sentiments de héros humains

3 Surligne, dans la fable, trois noms qui font allusion à une guerre légendaire.

4 a. Que désigne l’expression les « Hélène au beau plumage » ? Le sais-tu ?


Une périphrase est une expression
Elle désigne les poules. qui permet de désigner une per-
b. Quel effet produit cette périphrase sur le lecteur ? Pourquoi ? sonne, un animal, un lieu ou un objet
sans citer son nom : le « roi des ani-
Elle fait sourire le lecteur parce qu’elle compare des animaux à une maux », pour dire le lion. La « gent qui
porte crête », pour dire les « coqs ».
héroïne antique légendaire.

5 Quel regard le fabuliste porte-t-il sur la guerre lorsqu’il l’envisage


comme un combat de coqs ? Boîteà mots
Il porte un regard critique en ridiculisant la fierté excessive des
Expressions avec le mot « coq »
combattants et l’admiration que les femmes leur portent. „ Être le coq du village : être l’homme le
plus admiré des femmes.
6 Pourquoi peut-on dire que le fabuliste fait ici la parodie de la „ Être fier comme un coq : être très fier.
guerre de Troie ? „ Être rouge comme un coq : rougir sous
le coup de la colère.
Il établit un parallèle entre un combat de coqs et la guerre de Troie
pour insister sur l’importance démesurée prise par le conflit et se moquer de la guerre stupide des coqs.

7 Relis la morale aux vers 29 à 32. Comment La Fontaine conseille-t-il aux hommes
de se comporter après une victoire ? Pourquoi ?
Il leur conseille d’être modestes car la situation peut changer.

!
À t o i de j o u e r
Cou p
de pouce
8 Compose trois vers faisant suite au vers 20 dans lesquels le ¥ Pense à exprimer l’orgueil dont
vainqueur chante sa victoire. le vainqueur fait preuve. Tu n’es
pas obligé de faire des rimes.

Le chant du vainqueur
« Ce n’est que justice bien méritée,
Après ce combat acharné,
De voir mon courage et ma force récompensés ! »

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co urs 7 • La fable, mi roi r d e l ’ h
Par omme
51 La mouche Objectif

est-elle indispensable ? ◆ Comprendre comment


La Fontaine approfondit
la critique d’un travers humain

Le coche et la mouche
Dans un chemin montant, sablonneux, malaisé1,
Et de tous les côtés au soleil exposé,
Six forts chevaux tiraient un coche2.
Femmes, moine, vieillards, tout était descendu.
5 L’attelage suait, soufflait, était rendu3.
Une mouche survient, et des chevaux s’approche,
Prétend les animer par son bourdonnement,
Pique l’un, pique l’autre, et pense à tout moment
Qu’elle fait aller la machine,
10 S’assied sur le timon4, sur le nez du cocher.
Aussitôt que le char5 chemine,
Et qu’elle voit les gens marcher,
Elle s’en attribue uniquement la gloire,
Va, vient, fait l’empressée : il semble que ce soit
15 Un sergent de bataille allant en chaque endroit
Faire avancer ses gens et hâter la victoire.
La mouche, en ce commun besoin,
Se plaint qu’elle agit seule, et qu’elle a tout le soin ;
Qu’aucun n’aide aux chevaux à se tirer d’affaire.
20 Le moine disait son bréviaire6 :
Il prenait bien son temps ! Une femme chantait : « Le coche et la mouche », imagerie d’Épinal, XIXe siècle.

C’était bien de chansons qu’alors il s’agissait !


Dame mouche s’en va chanter à leurs oreilles,
Et fait cent sottises pareilles.
25 Après bien du travail, le coche arrive au haut : 1. Malaisé : difficile.
« Respirons maintenant, dit la mouche aussitôt : 2. Coche : voiture tirée par des chevaux.
J’ai tant fait que nos gens sont enfin dans la plaine. 3. Rendu : extrêmement fatigué.
4. Timon : longue pièce de bois à laquelle étaient attachés
Ça, Messieurs les Chevaux, payez-moi de ma peine. » les chevaux.
Ainsi certaines gens, faisant les empressés, 5. Char : dans l’Antiquité, voiture à deux roues tirée
par des chevaux.
30 S’introduisent dans les affaires : 6. Bréviaire : livre de prières qu’un prêtre catholique
Ils font partout les nécessaires, doit lire chaque jour à certaines heures.
7. Importuns : mal venus, encombrants.
Et, partout importuns7, devraient être chassés.
Jean de La Fontaine, Fables, livre VII, fable 8, 1678.

?
A s - t u b ie n l u
1 Résume en une phrase ce qui se passe dans cette fable, des vers 1 à 28.
Un coche/une voiture tiré(e) par six forts chevaux parvient au haut d’un chemin après une montée très
difficile, malgré la présence d’une mouche.

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2 Relis les vers 1 à 5.
a. Surligne les verbes caractérisant les actions des chevaux. À quel temps sont-ils conjugués ?
Les verbes sont conjugués à l’imparfait.
b. Que met en valeur l’emploi de ce temps ? Le sais-tu ?
L’imparfait est un temps du passé,
L’utilisation de l’imparfait met en valeur les actions des chevaux utilisé pour décrire, mais aussi pour
en train de produire un effort qui paraît interminable. caractériser des actions, dont on ne
connaît ni le début ni la fin.

3 Relis les vers 6 à 8. Qu’est-ce qui met en valeur l’entrée


en scène de la mouche ? Examine les verbes et leur temps.
Le sais-tu ?
L’entrée en scène de la mouche est mise en valeur par l’utilisation du Le présent peut être employé dans
présent, qui rend vivant le récit de ses actions, par la répétition un récit au passé. C’est le présent
de narration. Il met en relief les
du verbe « piquer » et par l’utilisation du nom « bourdonnement » qui actions, comme si elles se passaient
sous les yeux des lecteurs. Il rend
caractérise son entrée bruyante. le récit plus vivant.

4 Quel rôle la mouche pense-t-elle jouer par rapport au coche ?


Surligne d’une autre couleur tous les indices à l’appui de ta réponse.
Elle pense jouer le rôle le plus important. Elle est persuadée que c’est grâce à elle que le coche avance
et qu’il parvient en haut du chemin.

5 a. À qui est comparée la mouche aux lignes 14 à 16 ?


La mouche est comparée à un « sergent de bataille » qui doit mener ses troupes à la victoire.
b. Pourquoi agit-elle de cette façon ? Relis les vers 26 à 28.
par humanité ✗ par intérêt par pitié ✗ par orgueil

6 Dans les vers 23 à 25, quel regard le fabuliste porte-t-il sur le comportement de la mouche ?
Justifie tes choix.
Il se montre : ✗ critique amusé ✗ méprisant ✗ sévère élogieux
Il oppose en effet les agissements inutiles de la mouche (« s’en va chanter » et « sottises ») au travail
efficace des chevaux.

7 Relis la morale (lignes 29 à 32) et reformule ce que Jean de La Fontaine dénonce.


Jean de La Fontaine dénonce le comportement des personnes qui, comme la mouche, font croire, par
leur agitation, qu’elles travaillent alors qu’elles ne font rien.

!
À t o i de j o u e r
8 Les chevaux prennent la parole pour rétablir la vérité et exprimer leur indignation vis-à-vis
de la mouche. Imagine ce qu’ils pourraient lui dire. Tu n’es pas obligé(e) de faire des vers.

La parole des chevaux


« Cessez vos bourdonnements, Dame mouche, et allez au diable ! Mais sachez auparavant
voir les choses telles qu’elles sont ! Vous, misérable petit insecte, n’avez fait que nous
gêner. Seuls notre force et notre courage nous ont permis de gravir ce chemin si malaisé. »

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co urs 7 • La fable, mi roi r d e l ’ h
Par omme
52 Quand la fable Objectif

nous apprend à réfléchir ◆ Comprendre comment


la fable peut questionner
nos comportements
Le rat et l’éléphant
Se croire un personnage1 est fort commun en France. Les deux parties de la fable :
On y fait l’homme d’importance,
Et l’on n’est souvent qu’un bourgeois2 :
C’est proprement le mal François3.
5 La sotte vanité nous est particulière.
la morale
Les Espagnols sont vains4, mais d’une autre manière.
Leur orgueil me semble en un mot
Beaucoup plus fou, mais pas si sot.
Donnons quelque image du nôtre
10 Qui sans doute en vaut bien un autre.
Un Rat des plus petits voyait un Éléphant
Des plus gros, et raillait5 le marcher un peu lent
De la bête de haut parage6,
Qui marchait à gros équipage.
15 Sur l’animal à triple étage l’histoire
Une Sultane7 de renom,
Son Chien, son Chat et sa Guenon,
Son Perroquet, sa vieille8, et toute sa maison,
S’en allait en pèlerinage.
20 Le Rat s’étonnait que les gens
Fussent touchés de voir cette pesante masse :
Comme si d’occuper ou plus ou moins de place
Nous rendait, disait-il, plus ou moins importants.
Mais qu’admirez-vous tant en lui, vous autres hommes ? « Le rat et l’éléphant »,
25 Serait-ce ce grand corps qui fait peur aux enfants ? illustration de J.-J. Granville (1803-1847).
Nous ne nous prisons pas9, tout petits que nous sommes,
D’un grain10 moins que les Éléphants.
Il en aurait dit davantage ;
Mais le Chat sortant de sa cage,
30 Lui fit voir en moins d’un instant
Qu’un Rat n’est pas un Eléphant.
Jean de La Fontaine, Le Rat et l’Éléphant, livre VIII,
fable 15, 1678.

1. Un personnage : quelqu’un d’important.


2. Bourgeois : homme qui appartenait à la classe supérieure
du tiers-état mais ne faisait pas partie de la noblesse,
qui seule avait de l’importance à l’époque de La Fontaine.
3. François : français ; le mot « françois » est conservé
pour préserver la rime.
4. Vains : orgueilleux, prétentieux.
5. Raillait : se moquait.
6. De haut parage : de haut rang.
7. Sultane : femme du sultan, souverain de l’empire turc.
8. Vieille : gouvernante.
9. Nous ne nous prisons pas : nous ne nous estimons pas.
10. Grain : ancienne unité de mesure, le plus petit des poids.

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?
A s - t u b ie n l u

1 Observe les deux parties de la fable.


a. Distingue par des accolades l’histoire et la morale. Que constates-tu à propos de leur place ?
Je constate que la morale introduit la fable (des vers 1 à 10).
b. Quel rôle le fabuliste attribue-t-il donc à l’histoire ? Justifie ta réponse.
Pour le fabuliste, l’histoire est un exemple, une illustration de la morale, pour convaincre ses lecteurs.
Il dit ainsi, au vers 9, « donnons quelque image du nôtre » (de notre orgueil), juste avant de commencer
l’histoire.

2 a. Relis à présent la morale : que reproche Jean de La Fontaine à ses concitoyens ?


l’avarice l’égoïsme ✗ la vantardise
b. Surligne des indices à l’appui de ta réponse.

3 Résume l’histoire inventée par Jean de La Fontaine.


C’est l’histoire d’un rat qui observe un convoi composé d’un éléphant majestueux accompagné de tout
son équipage, dont un chat. Le rat se moque de la grosseur et de la lenteur de l’éléphant. Mais il n’a pas
le temps de continuer sa moquerie car il se fait dévorer par le chat.

4 Décris l’éléphant en reformulant les informations contenues dans la fable.


C’est un éléphant gigantesque, noble et majestueux.

5 Complète les phrases suivantes pour retrouver les pensées du rat.


Le rat se moque de la grosseur et de la lenteur de l’éléphant.
Il s’étonne que les hommes admirent l’éléphant.
Il estime que la qualité d’une personne ne dépend pas de sa taille.

6 Quels défauts du rat Jean de La Fontaine indique-t-il ?


Le rat s’est montré trop orgueilleux et en a oublié les lois de la nature : il est petit et le chat peut le
manger. Il ne s’est pas montré assez vigilant et a manqué de lucidité.

!
À t o i de j o u e r
7 Imagine le conseil que Jean de La Fontaine pourrait adresser aux hommes,
au terme de cette fable, pour les inviter à changer de comportement.
Appuie-toi sur ce qui est arrivé au rat et formule la morale à retenir.

Jean de La Fontaine donne un conseil aux hommes


Retenez bien ce que je viens de raconter. Le sort subi par le rat pourrait être le vôtre. Cet
animal nous apprend que l’orgueil est l’ennemi de la clairvoyance. Alors, ouvrez l’œil, et
restez vous-mêmes, sans prétention.

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s7• La fable, mi roi r d e l ’ h É c r i t u r e l ong u e
Pa r co u r omme
53 Écrire une fable sur la vanité Objectif 5
◆ Écrire une fable à la manière
Dans ce parcours, tu as compris quelles peuvent être les consé- de La Fontaine
quences de l’orgueil et de la vanité. Souviens-toi de la chute ver-
tigineuse de la tortue, de l’imprudence fatale du coq, de la mort Le sais-tu ?
du rat vaniteux. Dans la mythologie grecque, le
paon est l’animal favori d’Héra,
À toi de raconter les déboires d’un paon trop vaniteux. épouse de Zeus. Celle-ci plaça des
yeux sur la queue du paon pour sur-
veiller une nymphe dont elle était
jalouse.

Le paon et le moineau

Décris, en trois vers, le paon dans Monsieur le Paon exhibait fièrement


toute sa splendeur.
Son chatoyant plumage bleu et vert.
Boîteà mots Il avançait lentement pour faire admirer
„ chatoyant – Sa superbe roue aux reflets irisés.
splendide – superbe – irisé

Emploie une périphrase (voir p. 97) Tous les oiseaux se perchaient pour contempler
qui valorise son origine légendaire.
L’oiseau préféré de la déesse Héra.
Exprime l’admiration des autres
animaux. Les lapins sortaient de leurs terriers,
Les taupes arrêtaient de creuser
Pour regarder cette merveille passer.
Raconte comment le paon se moque Le paon croisa un moineau sautillant
du moineau.
près d’une haie : « Hé ! l’oisillon !
Boîteà mots Que ta robe est terne et décolorée !
„ noms : oisillon, N’as-tu pas honte de tes plumes fanées ?
médiocrité, petitesse, banalité
Petit, grisâtre et sans éclat,
„ adjectifs : décoloré, terne,
grisâtre, terreux, minable Tu passes inaperçu, ce n’est pas comme moi !
„ expressions : sans éclat

Rédige la réponse du moineau. – Il est vrai que je ne suis point admiré


Mais je vis heureux en toute simplicité. »
Imagine dans quelle situation ridicule À peine le moineau eut-il ces paroles achevé
se retrouve le paon lorsque le vent
Qu’une bourrasque s’engouffra dans le pré.
s’engouffre tout à coup dans ses
plumes. Le bel oiseau déséquilibré bascula en arrière.
Pattes en l’air, il alla rouler dans le tas de fumier.
Décris la réaction des animaux Pour la plus grande joie du parterre des spectateurs
présents. Qui riaient de cette farce inespérée.
Le paon se releva et s’éclipsa honteux
Comme Ysengrin lorsqu’il perdit sa queue.
Quant au moineau, il s’envola tout joyeux.
Formule une morale.
Pense à opposer l’orgueil du paon Mieux vaut faire preuve d’humilité
et la simplicité du moineau. Que se vanter et parader.

102

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Fai
s le
b

ila
54 Que voulez-vous nous dire,

n
monsieur de La Fontaine ?
En 1684, Jean de la Fontaine est élu à l’Académie française.
Tu es chargé(e) de rédiger son discours de réception. Le sais-tu ?
L’Académie française a été créée en 1635
Organise ton discours en trois parties en t’aidant par le cardinal de Richelieu, dans le but de
défendre la langue française et d’en établir
des informations données et de l’ensemble du parcours : un dictionnaire. Les 40 membres de l’Aca-
– une première partie de remerciements ; démie, « les immortels », sont élus à vie. À
– une seconde partie dans laquelle le fabuliste fait le point la mort de Colbert, ministre de Louis XIV,
Jean de la Fontaine lui succède.
sur son œuvre et rappelle le rôle de ses fables.
Inspire-toi de celles du parcours ;
– une conclusion dans laquelle il souligne l’idéal qu’il entend toujours servir.

Discours de réception
Jean de La Fontaine
(1621-1695) de monsieur Jean de La Fontaine, fabuliste
Il écrivit des contes, des nouvelles et de
nombreuses fables (243 au total). Ses pre-
Chers immortels, chers amis,
mières fables (livres 1 à 6) furent publiées C’est un honneur pour moi d’être reçu aujourd’hui dans
en 1668. Dans la dédicace au dauphin, il
précisa : « Je me sers d’animaux pour ins- cette institution à la place de monsieur Colbert, ministre
truire les hommes. » dévoué de notre roi. Je vous remercie tous du privilège
Dix ans plus, tard, il fit paraître deux
autres recueils de fables (livres 7 à 11). que vous m’accordez de lui succéder.
Plus complexes, celles-ci livrent une cri-
tique plus radicale des comportements Toute ma vie, humblement, j’ai essayé de servir notre
humains.
langue et notre culture, de les faire vivre, à travers mes
À travers ses fables, Jean de La Fon-
taine n’a cessé de mettre en valeur l’idéal fables en particulier. Dans des récits plaisants, la mouche,
de l’« honnête homme » tout en souli-
gnant la vanité des hommes.
le coq, l’ourse, la vache, la lionne, et bien d’autres
animaux ont pris la parole et célébré le pouvoir des mots
pour instruire les hommes. Ils ont ainsi dénoncé, à travers
de petites mises en scène, un des plus terribles de leurs
défauts : la vanité.
Me voici donc parmi vous, immortel moi aussi, mais
honnête homme surtout. Et c’est bien cet idéal de
modestie que j’entends servir jusqu’à ma mort.

Simone Veil, Je vous remercie.


femme politique
française, élue
à l’Académie
française en 2008.

Pour aller plus loin


Chaque académicien reçoit une épée qu’il
peut personnaliser en l’ornant de gravures
sur la lame et sur le manche. Imagine celle
du fabuliste, en expliquant tes choix.

103

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co urs 8 • Va l e ts e t s e r va n te s c
Par h ez M o l i è r e
55 Qu’est-ce qu’un valet ? Objectifs
◆ Étudier la signification du mot « valet »
?
E s - t u p e r sp i c a c e ◆ Identifier les caractéristiques
du valet de comédie chez Molière

1 Que nous apprend le dictionnaire ? Examine l’article suivant


avant de répondre aux questions.
a. Dans cet article, le valet désigne-t-il un valet [valɛ] nom masculin
personnage de condition sociale I 1. Domestique. ➜ laquais. — anciennement VALET DE PIED :
domestique de grande maison, en livrée. Des valets à la fran-
supérieure ? ✗ inférieure ? çaise. — VALET DE CHAMBRE : domestique masculin servant dans
b. Justifie ton choix en surlignant les indices une maison ou un hôtel.

dans l’article. 2. Salarié chargé de travaux manuels, à la campagne. Valet de


ferme : ouvrier agricole. Valet d’écurie.
c. La condition de valet est-elle de servir ou
II Carte à jouer sur laquelle est représenté un jeune écuyer, et
de commander ? qui vient en général après le roi et la dame. Le valet de pique.
Examine l’ensemble des informations de
ÉTYMOLOGIE : latin populaire vassellitus, de vassalus « vassal ».
l’article et l’étymologie du mot, et justifie
ta réponse. © Le Robert Collège, 2014, version numérique.

La condition de valet est de servir. En effet le valet, qu’il soit employé dans une grande maison, comme le
valet de chambre, ou dans une ferme, comme le valet de ferme, est au service d’un maître, tout comme
le vassal était au service du seigneur.
d. Fais le bilan : en t’appuyant sur l’article du dictionnaire, récapitule les synonymes
du mot « valet ». Dis également ce qu’il n’est pas.
Le valet est un serviteur, un laquais, un domestique, un ouvrier agricole (dans le cas de « valet de ferme »).
Il n’est ni un seigneur ni un maître.
e. Quels mots emploie-t-on pour désigner une femme exerçant le même métier que le valet ?
On emploie les mots de domestique, gouvernante, servante ou femme de chambre.

2 Examine à présent ces deux extraits de comédies de Molière et les images


des mises en scène de Colette Roumanoff.

Texte 1
Les Fourberies de Scapin
Acte I, scène 2 : Scapin
Voici comment se présente le valet Scapin à Octave, un ami de son
maître Léandre, venu lui demander son aide.
Scapin. — À vous dire la vérité, il y a peu de choses qui me soient
impossibles, quand je m’en veux mêler. J’ai sans doute reçu du Ciel
Scapin et Octave un génie assez beau pour toutes les fabriques de ces gentillesses d’es-
prit1, de ces galanteries ingénieuses2, à qui le vulgaire ignorant a donné
1. Fabriques de ces gentillesses
d’esprit : inventions ingénieuses. le nom de fourberies3, et je puis dire sans vanité qu’on n’a guère vu
2. Galanteries ingénieuses : flatteries d’homme qui fût plus habile ouvrier de ressorts et d’intrigues4, qui ait
habiles.
3. Fourberies : ruses.
acquis plus de gloire que moi dans ce noble métier.
4. Ouvrier de ressorts et d’intrigues : Molière, Les Fourberies de Scapin, 1671, acte I, scène 2.
auteur de machinations, de ruses.

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a. D’après ce texte, t’attends-tu à trouver en Scapin un serviteur :
passif ? ✗ entreprenant ? obéissant ? respectueux ? ✗ intrigant ?
humble ? soumis ? ✗ ingénieux ? ✗ vantard ?
b. Justifie tes choix en surlignant les expressions qui l’indiquent dans sa déclaration.

Texte 2
Le Malade imaginaire
Acte I, scène 5 : Argan, Toinette
Toinette, la servante, discute avec son maître Argan au sujet du mariage
futur d’Angélique, fille d’Argan.
Argan. — Je lui commande absolument de se préparer à prendre le
mari que je dis.
Argan et Toinette Toinette. — Et moi, je lui défends absolument d’en faire rien1.
Argan. — Où est-ce donc que nous sommes ? Et quelle audace est-ce
là à une coquine de servante de parler de la sorte à son maître ?
Toinette. — Quand un maître ne songe pas à ce qu’il fait, une ser-
1. Je lui défends absolument vante bien sensée est en droit de le redresser.
d’en faire rien : je lui défends de faire
quoi que ce soit. Molière, Le Malade imaginaire, 1673, acte I, scène 5.

c. Quels adjectifs qualifient le mieux Toinette dans ce texte ?


obéissante ✗ audacieuse ✗ effrontée réservée effacée ✗ décidée
d. Fais le bilan : dirais-tu que Scapin et Toinette agissent comme des valets ? Pourquoi ?
Scapin et Toinette ne se comportent pas comme des valets. Toinette en effet ne se met pas au service de
son maître, elle lui tient tête. Scapin ne se définit pas comme un domestique, mais comme un homme
rusé et ingénieux, capable de tout.

!
À t o i de j o u e r
3 Le valet Crispin se présente à Scapin et lui propose son aide
pour tromper son maître. Imagine ce qu’il pourrait dire. Exploite
tout ce que tu as découvert au fil de ces pages.

La réplique du valet
CRISPIN, à Scapin en chuchotant. — Je m’appelle Crispin, je
suis au service d’un maître très autoritaire et très riche. Mais
je suis loin d’être servile et il ne me fait pas peur. Rusé et très
adroit, je suis prêt à tout pour vous aider dans de nouvelles
Honoré Daumier (1808-1879),
fourberies. Crispin et Scapin, vers 1864,
Paris, musée d’Orsay.
Crispin, en noir, chuchote
à l’oreille de Scapin en blanc.

105

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co urs 8 • Va l e ts e t s e r va n te s c
Par h ez M o l i è r e
56 Jacquinot, maître ou valet ? Objectif
◆ Découvrir les origines
La Farce du cuvier de la comédie à travers
un extrait de farce
Scène 4
La femme de Jacquinot trouve son mari paresseux et veut l’obliger à parti-
ciper aux tâches ménagères. Elle lui fait écrire sur un rouleau de parche-
min (un rôlet) une longue liste des corvées qu’il devra effectuer. Le couple
se dispute en faisant la lessive, et la femme tombe dans la grande cuve où
l’on lave le linge. Elle supplie son mari de la sauver mais Jacquinot refuse.
Entre sa belle-mère…
[…]
La Femme. — Mère, regardez, je mourrai si vous ne me secourez pas.
La Mère. — Je ne suis pas assez habile pour ça. Jacquinot, votre main,
s’il vous plaît.
5 Jacquinot. — Cela n’est pas sur mon rôlet.
La Mère. — Vous avez vraiment tort.
La Femme. — Hélas ! Aidez-moi !
La Mère. — Infecte saligaud ! La
10 laisserez-vous mourir là-dedans ?
Jacquinot. — Si ça ne tient qu’à
moi, elle y restera ! Je ne veux plus
être son valet.
La Femme. — Aidez-moi !
15 Jacquinot. — Ce n’est point sur
mon rôlet. Impossible de le trou-
ver !
Pieter Balten (1540-1598),
La Mère. — Diable ! Jacquinot, La Foire paysanne (détail),
arrête de délirer et aide-moi à soulever ta femme ! Amsterdam, Rijksmuseum.
20 Jacquinot. — Sur mon âme, je n’en ferai rien si on ne me promet d’abord
que je serai désormais le maître chez moi.
La Femme. — Si vous voulez bien me tirer d’ici, je le promets de bon cœur.
Jacquinot. — Et vous ferez donc…
La Femme. — … tout le ménage, sans jamais rien vous demander, ni vous
25 commander quoi que ce soit, sauf si c’est absolument nécessaire.
Jacquinot. — Eh bien, allons ! Il faut la sortir de là. Mais, par tous les
saints de la messe, je veux que vous teniez la promesse que vous m’avez
faite, exactement comme vous l’avez dit.
La Femme. — Jamais je ne reviendrai là-dessus, mon ami, je vous le jure.
Le sais-tu ?
Une farce est une courte
Jacquinot sort sa femme du cuvier. pièce comique du Moyen
Âge que l’on jouait au
Anonyme, La Farce du cuvier, XVe siècle, traduction et présentation de Nathalie Sol, milieu des pièces reli-
© Nathan, coll. « Carrés classiques », 2006, p. 37-39. gieuses pour détendre
les spectateurs. Elle doit
son nom au fait qu’elle
venait s’intercaler entre
des scènes de miracles
et de mystères, comme
une farce en cuisine.

106

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?
A s - t u b ie n l u

1 À quel milieu les personnages appartiennent-ils ?


Justifie ta réponse en t’aidant également de l’introduction.
Ils appartiennent au peuple, comme l’indique leur situation : Jacquinot est cuvier, et lui et sa femme
n’ont pas de domestique : ils font eux-mêmes la lessive. La mère, elle, a un langage peu châtié
(l. 9 : « infecte saligaud »).

2 Où le farceur a-t-il puisé son sujet ?


dans la Bible dans la vie de hauts personnages ✗ dans la vie quotidienne

3 Quel effet cette scène produit-elle sur le lecteur ?


Elle le fait rêver. ✗ Elle le fait sourire. Elle le fait réfléchir.

4 Dans quels autres textes, rencontrés dans le cahier,


Le sais-tu ?
pourrais-tu retrouver ces personnages ?
La farce, qui recourt volontiers au comique
On pourrait retrouver ces personnages dans les fabliaux et de gestes (scènes de bastonnade) et de mots
(jurons), a inspiré Molière lorsqu’il a écrit
dans les pièces de Molière. Le Médecin malgré lui ou Les Fourberies de
Scapin.
5 Surligne la phrase que répète Jacquinot.
Dans quel but la répète-t-il ainsi ?
Cou p
Jacquinot veut rappeler à sa femme qu’elle a passé un contrat de pouce
avec lui et l’a réduit à l’état de valet. Or sauver sa femme ne figure ¥ Demande-toi à quelle fonction la femme
pas sur ce contrat. a réduit son mari.

6 Pourquoi peut-on dire que la femme se retrouve prise à son propre piège ?
La femme est prise à son propre piège car elle a fixé des règles que Jacquinot respecte scrupuleusement :
comme il n’a pas l’obligation de secourir sa femme, il ne le fera pas.

7 Qu’est-ce Jacquinot veut prouver à sa femme dans cette scène ?


Il veut lui prouver qu’un mari n’est pas seulement un valet.

!
À t o i de j o u e r
8 Imagine l’annonce que
le farceur crie à travers Oyez ! Oyez, bonnes gens !
la ville pour présenter
La Farce du cuvier et Connaissez-vous l’histoire de Jacquinot, l’homme qui ne
attirer les spectateurs. voulait pas devenir le valet de sa femme ? Voulez-vous bien
vous amuser et savoir comment il redevint maître chez lui ?
Venez voir La Farce du cuvier cet après-midi, sur la place du
Marché !

107

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Par h ez M o l i è r e
57 Maître et servante, Objectifs
une drôle de relation ! ◆ Étudier la relation
maître-servante chez Molière

Le Bourgeois gentilhomme ◆ Comprendre quelques ressorts


comiques
Acte III, scène 3 : Madame Jourdain, Monsieur Jourdain, Nicole
Monsieur Jourdain, un riche bourgeois, désire être reconnu comme un
noble gentilhomme. Il décide d’en apprendre les manières auprès de
maîtres spécialisés. C’est affublé d’un habit de gentilhomme qu’il
affronte les reproches de sa femme et de Nicole, la servante.
Madame Jourdain. — Vraiment on n’a pas attendu
jusqu’à cette heure, et il y a longtemps que vos façons de
faire donnent à rire à tout le monde.
Monsieur Jourdain. — Qui est donc tout ce monde-là,
5 s’il vous plaît ?
Madame Jourdain. — Tout ce monde-là est un
monde qui a raison, et qui est plus sage que vous.
Pour moi, je suis scandalisée de la vie que vous
menez. Je ne sais plus ce que c’est que notre mai-
10 son. On dirait qu’il est céans carême-prenant1
tous les jours ; et dès le matin, de peur d’y man-
quer, on y entend des vacarmes de violons et
de chanteurs, dont tout le voisinage se trouve
incommodé.
15 Nicole. — Madame parle bien. Je ne saurais
plus voir mon ménage propre, avec cet attirail de
Illustration de Bertall (1820-1882)
gens que vous faites venir chez vous. Ils ont des pieds pour Le Bourgeois Gentilhomme.
qui vont chercher de la boue dans tous les quartiers de la ville,
pour l’apporter ici ; et la pauvre Françoise est presque sur les dents,
20 à frotter les planchers que vos biaux2 maîtres viennent crotter régu-
lièrement tous les jours.
Monsieur Jourdain. — Ouais, notre servante Nicole, vous avez le
caquet3 bien affilé pour une paysanne.
Madame Jourdain. — Nicole a raison, et son sens est meilleur que
25 le vôtre. Je voudrais bien savoir ce que vous pensez faire d’un maître
à danser à l’âge que vous avez.
Nicole. — Et d’un grand maître tireur d’armes, qui vient, avec ses
battements de pied, ébranler toute la maison, et nous déraciner tous
les carriaux4 de notre salle ?
30 Monsieur Jourdain. — Taisez-vous, ma servante, et ma femme. 1. On dirait qu’il est céans carême-
Madame Jourdain. — Est-ce que vous voulez apprendre à danser, prenant : on dirait que c’est tous les jours
carnaval.
pour quand vous n’aurez plus de jambes ? 2. Biaux : beaux, en patois.
Nicole.– Est-ce que vous avez envie de tuer quelqu’un ? 3. Vous avez le caquet bien affilé :
vous parlez beaucoup.
Monsieur Jourdain. — Taisez-vous, vous dis-je, vous êtes des igno- 4. Carriaux : carreaux, en patois.
rantes l’une et l’autre, et vous ne savez pas les prérogatives5 de tout cela. 5. Prérogatives : avantages.
Molière, Le Bourgeois gentilhomme, 1670, acte III, scène 3, (extrait).

108

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?
A s - t u b ie n l u
1 S’agit-il d’une scène :
de retrouvailles ? ✗ de dispute ? ✗ de ménage ? d’explication ?
Cou p
2 Que reproche madame Jourdain à son mari ? de pouce
Relis sa réplique (l. 6 à 14) puis reformule ses arguments. ¥ Rappelle-toi qu’on appelle réplique les
Madame Jourdain reproche à son mari de transformer sa maison paroles d’un personnage. On parle de
tirade lorsqu’un personnage s’exprime
en un lieu de carnaval bruyant et agité, ce dont se plaignent longuement sans être interrompu.
les voisins.

3 Que reproche Nicole à son maître ?


Relis ses répliques (l. 15 à 21 et l. 27 à 29) puis reformule ses arguments.
Nicole reproche à son maître de faire venir chez lui des gens qui salissent et dégradent la maison, et qui
l’empêchent de faire correctement son travail.

4 Que veut faire monsieur Jourdain ? Qui veut-il imiter ?


Il veut apprendre à danser et à manier les armes. Il veut imiter les gentilshommes.

5 Quelle servante Nicole est-elle ?


a. Quel est, selon monsieur Jourdain, son principal défaut ? Surligne un passage.
Monsieur Jourdain pense qu’elle est insolente.
b. Quelle est, selon madame Jourdain, sa principale qualité ? Souligne une phrase.
Elle fait preuve de bon sens.
Cou p
6 Donne des exemples précis de chaque forme de comique de pouce
présente dans cette scène. ¥ Relis les explications p. 56 :
Comique de langage : Nicole parle patois et tourne en ridicule le intéresse-toi au rôle pris par chacun
des personnages et relis bien les
maître d’armes en parlant de ses battements de pied (lignes 27 à 29). répliques de Nicole.

Comique de caractère : le maître de maison est ridicule, grotesque ;


Nicole est très impertinente et madame Jourdain est pleine d’humour.
Comique de situation : les rôles sont inversés : Nicole fait la leçon à son maître ; les femmes osent se
moquer du maître de maison.

!
À t o i de j o u e r
7 En aparté, sans que personne ne l’entende, Nicole s’adresse aux spectateurs
et revient sur ce qui s’est passé, en se moquant avec impertinence de son maître.

Nicole se moque de son maître


NICOLE, en aparté. — Hi ! Hi ! Je ne peux plus tenir ! Avez-vous vu mon maître comme
moi ? L’avez-vous bien vu, lui qui se croit un gentilhomme alors qu’il n’est qu’un sot ?
Qu’il est drôle ! Je n’ai peut-être que les habits d’une servante, mais j’ai du bon sens et du
jugement. Jamais il ne me fera taire, croyez-moi !

109

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Par h ez M o l i è r e
58 Toinette : une servante Objectif

pleine d’audace ◆ Découvrir comment une servante


peut s’opposer ouvertement
à son maître
Molière, Le Malade imaginaire
Acte I, scène 5 : Toinette, Argan
Argan vient d’annoncer à sa fille Angélique sa décision de la marier à un
médecin, Thomas Diafoirus. Angélique, qui aime Cléante, est désespérée. La
servante Toinette intervient alors.
Toinette. — Quoi ? Monsieur, vous auriez fait ce dessein burlesque1 ? Et avec
tout le bien que vous avez, vous voudriez marier votre fille avec un médecin ?
Argan. — Oui. De quoi te mêles-tu, coquine, impudente2 que tu es ?
Toinette. — Mon Dieu ! tout doux : vous allez d’abord aux invectives3. Est-ce
5 que nous ne pouvons pas raisonner ensemble sans nous emporter ? Là, par-
lons de sang-froid. Quelle est votre raison, s’il vous plaît, pour un tel mariage ?
Argan. — Ma raison est que, me voyant infirme et malade comme je suis, je
veux me faire un gendre et des alliés4 médecins, afin de m’appuyer5 de bons
secours contre ma maladie, d’avoir dans ma famille les sources des remèdes
10 qui me sont nécessaires, et d’être à même6 des consultations et des ordon-
nances.
Toinette. — Eh bien ! voilà dire une raison, et il y a plaisir à se répondre dou-
cement les uns aux autres. Mais, Monsieur, mettez la main à la conscience :
est-ce que vous êtes malade ?
15 Argan. — Comment, coquine, si je suis malade ? Si je suis malade, impu-
dente ?
Toinette. — Eh bien ! oui, Monsieur, vous êtes malade, n’ayons point de
querelle là-dessus ; oui, vous êtes fort malade, j’en demeure d’accord, et
plus malade que vous ne pensez : voilà qui est fait. Mais votre fille doit
20 épouser un mari pour elle ; et, n’étant point malade, il n’est pas nécessaire
de lui donner un médecin.
Argan. — C’est pour moi que je lui donne ce médecin ; et une fille de bon
naturel7 doit être ravie d’épouser ce qui est utile à la santé de son père. […]
Toinette. — Monsieur, tout cela est bel et bon ; mais j’en reviens toujours
25 là : je vous conseille, entre nous, de lui choisir un autre mari, et elle n’est
point faite pour être madame Diafoirus.
Argan. — Et je veux, moi, que cela soit.
Toinette. — Eh fi ! ne dites pas cela.
Argan. — Comment, que je ne dise pas cela ?
30 Toinette. — Hé non.
Argan. — Et pourquoi ne le dirai-je pas ?
1. Ce dessein burlesque :
Toinette. — On dira que vous ne songez pas à ce que vous dites. ce projet ridicule.
Argan. — On dira ce qu’on voudra ; mais je vous dis que je veux qu’elle exé- 2. Impudente : effrontée,
cute la parole que j’ai donnée. insolente.
3. Invectives : insultes.
35 Toinette. — Non : je suis sûre qu’elle ne le fera pas. 4. Des alliés : des proches.
Argan. — Je l’y forcerai bien. 5. M’appuyer : m’aider.
Toinette. — Elle ne le fera pas, vous dis-je. 6. Être à même : avoir à ma
disposition.
Molière, Le Malade Imaginaire, 1673, acte 1, scène 5 (extraits). 7. De bon naturel : agréable.

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? Le sais-tu ?
A s - t u b ie n l u Au xviie siècle, les parents décidaient
des mariages en fonction de leurs
intérêts. Molière a dénoncé les mariages
forcés dans ses pièces, par exemple dans
1 Surligne le passage qui explique pourquoi Argan veut faire
L’École des femmes.
épouser un médecin à sa fille, puis résume-le en une phrase.
Il veut avoir un gendre médecin à sa disposition qui le soigne car il se croit malade.

2 Toinette trouve-t-elle cette raison valable ? Justifie ta réponse.


Toinette refuse cette raison car c’est Angélique et non Argan qui va se marier. Or celle-ci n’a pas besoin
d’épouser un médecin puisqu’elle n’est pas malade.

3 a. L’explication qu’Argan donne à Toinette (l. 22-23) révèle qu’il est un père :
aimant attentif ✗ égoïste ✗ tyrannique ouvert tolérant
b. Justifie ta réponse.
Il est tyrannique et égoïste, car il veut marier sa fille sans son consentement. Il trouve tout naturel qu’elle
se sacrifie pour son père.

4 Pourquoi Argan traite-t-il Toinette d’impudente ?


Il traite Toinette d’impudente car elle ose contester sa décision de marier sa fille à un médecin.

5 Pour s’opposer à son maître Argan, Toinette utilise plusieurs stratégies.


Relie chaque passage (en gras dans le texte) à l’attitude qu’elle adopte.
Lignes 4 à 5 Elle reconnaît que son maître est malade.
Lignes 17 à 19 Elle essaie de calmer Argan.
Lignes 19-20 Elle conteste la décision d’Argan.
Lignes 25-26 Elle oppose à Argan une réflexion de bon sens.
Ligne 32 Elle critique l’absurdité du comportement d’Argan.

6 Au cours de cet échange, Argan reste-t-il le maître du jeu, selon toi ? Justifie ta réponse.
Argan perd la face, car il est ridicule dans ses réponses et manque de bon sens : c’est Toinette qui paraît
davantage raisonnable et sensée.

!
À t o i de j o u e r
7 Dresse le portrait moral de Toi- Portrait de Toinette
nette en tirant parti de ta lecture
de la scène et en employant le Toinette n’hésite pas à contredire son maître car elle est
vocabulaire que tu as rencontré pleine de bon sens et ne veut pas tout accepter. Elle sait
au cours des activités. rester calme devant la colère et les invectives d’Argan.
C’est une servante habile et intelligente : elle démontre
à Argan que la raison qui le pousse à obliger sa fille à
Boîte
à mots épouser un médecin n’est pas une bonne raison. Elle
„ verbes : contredire, démontrer, révéler
cherche à le faire changer d’avis.
„ adjectifs : calme, habile, intelligente
„ noms : invectives, égoïsme, tyrannie

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Par h ez M o l i è r e
59 Qui est vraiment Objectif

le maître du jeu ? ◆ Étudier le rôle central


du personnage de valet
chez Molière
Les Fourberies de Scapin
Acte I, scène 3 : Octave, Scapin, Sylvestre
Octave s’est marié en secret avec la belle Hyacinthe pendant l’absence
de son père Argante. Scapin va l’aider à affronter son père, assisté de
Sylvestre, valet d’Octave.
Scapin. — […] Là, tâchez de vous composer par étude1. Un peu de har-
diesse2, et songez à répondre résolument sur tout ce qu’il pourra vous dire.
Octave. — Je ferai du mieux que je pourrai.
Scapin. — Là, essayons un peu, pour vous accoutumer. Répétons un
5 peu votre rôle, et voyons si vous ferez bien. Allons. La mine résolue, la
tête haute, les regards assurés.
Octave. — Comme cela ?
Scapin. — Encore un peu davantage.
Octave. — Ainsi ?
10 Scapin. — Bon ! Imaginez-vous que je suis votre
père qui arrive, et répondez-moi fermement,
comme si c’était à lui-même. « Comment ! pen-
dard, vaurien, infâme3, fils indigne d’un père
comme moi, oses-tu bien paraître devant mes
15 yeux, après tes bons déportements4, après le lâche
tour que tu m’as joué pendant mon absence ?
Scapin et Octave.
Est-ce là le fruit de mes soins, maraud5, Est-ce là le fruit de mes soins ? Mise en scène C. Roumanoff,
le respect qui m’est dû ? le respect que tu me conserves ? » Allons donc ! dans DVD Place au théâtre !
© Bordas, 2013.
« Tu as l’insolence, fripon, de t’engager sans le consentement de ton père,
20 de contracter un mariage clandestin ? Réponds-moi, coquin ! Réponds-
moi ! Voyons un peu tes belles raisons ! » Oh ! que diable ! vous demeu-
rez interdit6 ?
Octave. — C’est que je m’imagine que c’est mon père que j’entends.
Scapin. — Eh ! oui ! C’est par cette raison qu’il ne faut pas être comme
25 un innocent.
Octave. — Je m’en vais prendre plus de résolution, et je répondrai fer-
mement. 1. De vous composer par étude :
Scapin. — Assurément ? de travailler à changer d’apparence.
2. Hardiesse : courage.
Octave. — Assurément.
3. Pendard : personne qui mériterait
30 Sylvestre. — Voilà votre père qui vient. d’être pendue – Vaurien : de « qui
ne vaut rien », jeune effronté sans
Octave, s’enfuyant. — Ô Ciel ! je suis perdu ! moralité – Infâme : honteux, indigne.
Scapin. — Holà ! Octave, demeurez, Octave ! Le voilà enfui ! Quelle pauvre 4. Tes bons déportements :
ta belle conduite (ironique).
espèce d’homme ! Ne laissons pas d’attendre le vieillard7.
5. Maraud : misérable, vaurien.
Sylvestre. — Que lui dirai-je ? 6. Interdit : sans voix, paralysé
par la peur.
35 Scapin. — Laisse-moi dire, moi, et ne fais que me suivre.
7. Ne laissons pas d’attendre
Molière, Les Fourberies de Scapin, 1671, acte I, scène 3 (extrait). le vieillard : attendons le vieillard.

112

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?
A s - t u b ie n l u
1 Relis la première partie de l’extrait (l. 1 à 12). Si le valet Scapin était un homme de théâtre,
quel métier exercerait-il ? Justifie ta réponse.
Scapin aurait le métier de metteur en scène car il dirige Octave, comme le metteur en scène le ferait avec
son acteur. Il explique et montre à Octave le rôle qu’il doit tenir devant son père.

2 a. Relis les lignes 1 à 22. Dans les répliques de Scapin, à quel temps et à quel mode
les verbes sont-ils majoritairement employés ? Surligne ces verbes.
Il s’agit de l’impératif présent.
b. Que révèlent-ils sur la personnalité du valet Scapin ?
Ils soulignent l’autorité de Scapin, sa capacité à prendre les choses en main avec assurance.
Cou p
3 Lis plus attentivement les lignes 10 à 23. de pouce
a. Quel nouveau rôle Scapin prend-il ? ¥ Observe bien la réaction d’Octave.
Il prend le rôle du père d’Octave.
b. Est-il un bon acteur, selon toi ? Relève des indices à l’appui de ta réponse.
C’est un bon acteur, selon moi, car Octave croit au rôle que Scapin joue : « C’est que je m’imagine que
c’est mon père que j’entends » (l. 23), au point d’en perdre la voix, comme Scapin le souligne : « […] vous
demeurez interdit ? » (l. 21-22)

4 a. Souligne les mots utilisés par Scapin, dans cette réplique, pour désigner Octave.
Que constates-tu ?
Scapin utilise des mots injurieux.
b. Dirais-tu que Scapin joue son rôle avec rigueur et sérieux pour aider Octave
à affronter son père ? ou qu’il s’amuse de la situation ? ou les deux ? Justifie ta réponse.
Scapin cherche bien à aider Octave en le préparant à répondre aux reproches que son père pourrait lui
faire : se marier clandestinement, manquer de respect et s’opposer à son autorité de père. Mais Scapin
en profite aussi pour s’amuser de la situation et prendre du plaisir à injurier Octave qui pourrait être
son maître.

5 a. À l’issue de ta lecture, dirais-tu de Scapin, lorsqu’il est face au maître, qu’il est plutôt
respectueux ? dévoué ? ✗ méprisant ?
b. Relis également la réplique aux lignes 32-33 et justifie ta réponse.
Il traite Octave de pauvre homme et son père de vieillard, ce qui souligne son manque de respect.

!
À t o i de j o u e r
6 Fais le bilan en rédigeant un Portrait de Scapin
portrait de Scapin aussi précis
que possible. Explique quelle Scapin est un valet rusé qui n’a peur de rien et surtout pas
sorte de valet il est. des maîtres qu’il n’hésite pas à malmener et à injurier. Il sait
se montrer autoritaire quand il le faut. C’est aussi un artiste
complet, à la fois comédien et metteur en scène.

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co urs 8 • Va l e ts e t s e r va n te s c
Par h ez M o l i è r e
60 Place au théâtre ! Objectif
◆ Découvrir les ruses
Les Fourberies de Scapin des valets
Acte II, scène 6 : Sylvestre, Argante, Scapin
Argante veut casser le mariage de son fils Octave avec Hyacinthe. Scapin
fait croire à Argante que celle-ci a un frère, soldat mercenaire disposé à faire
rompre le mariage s’il est payé deux cents pistoles1. Scapin fait passer Syl-
vestre, valet d’Octave, pour le frère qui, déguisé en spadassin, un homme
armé prêt à tuer, cherche Argante et veut son argent.
Sylvestre. — C’est ce que je demande, morbleu2 ! C’est ce que je demande.
(Il met l’épée à la main, et pousse de tous les côtés, comme s’il y avait plusieurs
personnes devant lui.) Ah, tête ! ah ! ventre ! que ne le trouvé-je à cette heure
avec tout son secours ! Que ne paraît-il à mes yeux au milieu de trente per-
5 sonnes ! Que ne les vois-je fondre sur moi les armes à la main ! Comment,
marauds3 ! vous avez la hardiesse de vous attaquer à moi ! Allons, morbleu,
tue ! Point de quartier4. (Poussant de tous les côtés, comme s’il avait plu-
sieurs personnes à combattre.) Donnons5. Ferme. Poussons. Bon pied, bon
œil. Ah ! coquins ! ah ! canaille ! vous en voulez par là, je vous en ferai tâter
10 votre soûl. Soutenez6, marauds, soutenez. Allons. À cette botte. À cette
autre. À celle-ci. À celle-là. (Se tournant du côté d’Argante et de Scapin.)
Comment ! vous reculez ? Pied ferme, morbleu ! pied ferme !
Scapin. — Eh ! Eh ! Eh ! Monsieur, nous n’en sommes pas.
Sylvestre. — Voilà qui vous apprendra à vous oser jouer à moi. (Il s’éloigne.)
15 Scapin. — Eh bien ! vous voyez combien de personnes tuées pour deux
cents pistoles. Oh sus7 ! je vous souhaite une bonne fortune.
Argante, tout tremblant. — Scapin !
Scapin. — Plaît-il ?
Argante. — Je me résous à donner les deux cents pistoles.
Scapin, Sylvestre et Argante
20 Scapin. — J’en suis ravi, pour l’amour de vous. dans Les Fourberies de Scapin,
Argante. — Allons le trouver, je les ai sur moi. mise en scène de J.-L. Benoît,
Comédie-Française, 1997.
Scapin. — Vous n’avez qu’à me les donner. Il ne faut pas, pour votre hon-
neur, que vous paraissiez là, après avoir passé ici pour autre que ce que vous
êtes ; et, de plus, je craindrais qu’en vous faisant connaître, il n’allât s’aviser
25 de vous en demander davantage.
Argante. — Oui ; mais j’aurais été bien aise de voir comme je donne mon
argent.
Scapin. — Est-ce que vous vous défiez8 de moi ?
Argante. — Non pas, mais… 1. Pistole : monnaie ancienne.
2. Morbleu : juron.
30 Scapin. — Parbleu, Monsieur, je suis un fourbe9 ou je suis honnête homme ; 3. Maraud : misérable, vaurien.
c’est l’un des deux. Est-ce que je voudrais vous tromper, et que dans tout 4. Point de quartier : point de pitié.
ceci j’ai d’autre intérêt que le vôtre et celui de mon maître, à qui vous 5. Donnons : donnons l’assaut.
6. Soutenez : soutenez l’attaque.
voulez vous allier ? Si je vous suis suspect, je ne me mêle plus de rien, et 7. Sus ! : debout !
vous n’avez qu’à chercher, dès cette heure, qui accommodera vos affaires. 8. Vous vous défiez : vous vous
35 […] méfiez.
9. Fourbe : traître.
Argante. — Tiens, te dis-je, ne me fais point contester davantage. Mais 10. Tes sûretés : tes précautions.
songe à bien prendre tes sûretés10 avec lui. 11. Et un : et d’un.

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Scapin. — Laissez-moi faire, il n’a pas affaire à un sot.
Argante. — Je vais t’attendre chez moi.
40 Scapin. — Je ne manquerai pas d’y aller. (Seul.) Et un11. Je n’ai qu’à cher-
cher l’autre. Ah ! ma foi, le voici. Il semble que le Ciel, l’un après l’autre, les
amène dans mes filets.
Molière, Les Fourberies de Scapin, 1671, acte II, scène 6 (extrait).

? Illustration de
A s - t u b ie n l u A.-J. Mazerolle (1826-1889)
représentant Scapin.

1 a. Relis la première réplique de Sylvestre (l. 1 à 12).


Comment caractériserais-tu son personnage ?
C’est un soldat agressif, prêt à tout et qui n’a peur de rien.
b. Quel effet le jeu de Sylvestre produit-il sur Argante ? et sur les spectateurs ? Pourquoi ?
Le jeu de Sylvestre fait peur à Argante. Mais il fait rire les spectateurs car ils prennent plaisir à voir
Sylvestre jouer au soldat agressif et effrayant.

2 a. Comment Argante comprend-il la phrase de Scapin aux lignes 31 à 33 (en gras) ?


Il comprend que Scapin veut l’aider et se mettre à son service.
b. Et toi, comment comprends-tu cette phrase ? Scapin veut-il servir les intérêts d’Argante ?
Qu’en conclus-tu ?
Je comprends que Scapin veut tromper Argante et servir ses propres intérêts. J’en conclus que Scapin dit
le contraire de ce qu’il pense vraiment.
c. Pourquoi Scapin agit-il ainsi ?
Il agit ainsi car il veut manipuler Argante.

3 Choisis les bons adjectifs pour qualifier chacun des personnages et justifie tes choix
en une phrase.
provocateur – peureux – manipulateur – fourbe – rusé – naïf – habile – joueur – fidèle – ridicule
Argante est : peureux, naïf, ridicule Il cède au chantage et va se réfugier chez lui.
Scapin est : rusé, manipulateur, provocateur, fourbe Il piège Argante avec habileté.
Sylvestre est : habile, fidèle, joueur Il joue bien son rôle et suit le plan de Scapin.

!
À t o i de j o u e r
4 Imagine un dialogue entre Sylvestre et Scapin à l’issue de cette scène.
Chacun se félicite du bon tour joué à Argante.

Le dialogue des valets heureux


SCAPIN, prenant Sylvestre dans ses bras. — Ah ! mon bon Sylvestre, laisse-moi te féliciter. Tu as été
parfait !
SYLVESTRE, se vantant. — Je suis un acteur né ! Je pense qu’il n’y a pas meilleur soldat que moi !
Argante n’y a vu que du feu !
SCAPIN, avec autorité. — Tout doux, mon beau Sylvestre… N’oublie pas que je suis le seul maître
du jeu !
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s8• Va l e ts e t s e r va n te s c É c r i t u r e l ong u e
Pa r co u r h ez M o l i è r e
61 Le procès des maîtres Objectif
◆ Rédiger une scène dans laquelle valets
Tu vas rédiger une scène dans laquelle des serviteurs et servantes font le procès de leur maître
évoquent leurs maîtres.

1 Rappelle, en une phrase, l’attitude des valets et servantes vis-à-vis


Boîteà mots
des maîtres et précise le défaut qu’ils ont voulu dénoncer.
SCAPIN (Les Fourberies de Scapin, p. 114) : Il joue la comédie devant Argante „ couard, peureux, craintif,
et révèle l’avarice et la couardise de celui-ci. tremblant, avare, égoïste, naïf,
ridicule, comique, bouffon
SYLVESTRE (Les Fourberies de Scapin, p. 114) : Il se déguise en soldat pour
faire peur à Argante et révèle aussi le caractère peureux de celui-ci.
TOINETTE (Le Malade imaginaire, p. 110) : Elle affronte Argan qui prétend marier sa fille contre son gré et
révèle l’égoïsme de celui-ci.
NICOLE (Le Bourgeois gentilhomme, p. 108) : Elle se moque des manières de monsieur Jourdain et de sa
prétention.

2 Rédige maintenant la scène de conversation entre les serviteurs en complétant les répliques
à l’aide des conseils donnés.

Scapin et Sylvestre sont seuls SCAPIN, d’un air satisfait. — Franchement Sylvestre, ne
sur scène.
trouves-tu pas notre fonction plaisante ? Nos maîtres croient
détenir le pouvoir, mais nous sommes les vrais maîtres du jeu !
Sylvestre se moque de l’attitude SYLVESTRE, en riant. — Oui, il suffit de se déguiser en soldat pour
d’Argante et rappelle le tour
découvrir le vrai visage d’Argante. Lorsqu’on brandit une épée, il
qu'il lui a joué.
se met à trembler comme un couard ! Il nous donne volontiers
ses chères pistoles de peur de perdre la vie.
Scapin et Sylvestre rappellent SCAPIN, d’un air entendu et supérieur. — Il faut dire que nous
combien ils ont su jouer la comédie.
avons fait preuve d’un grand talent de comédiens ce jour-là.
(Ajoute une didascalie qui souligne
sa fierté.) Quel égoïste, cet Argante !
Toinette vient d’entrer et a suivi la TOINETTE. — Et que dites-vous d’un père qui veut marier sa fille à
conversation. Elle dresse le portrait
un médecin, simplement parce qu’il se croit malade ?
de son maître Argan.
Elle rappelle ce qu’elle lui a rétorqué. Moi, je n’ai pas mâché mes mots : je lui ai dit qu’Angélique
n’accepterait jamais de devenir madame Diafoirus.
Nicole, entrée à son tour, affirme NICOLE. — Vos maîtres exagèrent, mais le mien détient le record
que son maître, monsieur Jourdain,
du ridicule : il prétend apprendre à faire des vers et à danser. Il
est le plus ridicule de tous.
Elle explique pourquoi. veut être gentilhomme, mais il se conduit comme un bouffon
bête et naïf.
Scapin reprend la parole et SCAPIN. — Réjouissons-nous ! Notre ingéniosité et notre bon sens
se réjouit du triomphe des valets,
nous permettent de triompher des difficultés. Allons, à présent,
avant de quitter la scène.
retrouver nos maîtres, mais restons vigilants et gardons
toujours une bonne ruse en réserve !

116

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Fai
s le
b

ila
n
62 Valets et servantes à l’honneur
Te voici metteur en scène dans le cadre d’un festival de théâtre
amateur. Tu dois diriger tes camarades dans une scène d’une
comédie de Molière.

1 Pour motiver tes camarades à choisir le rôle du valet ou de la servante,


fais l’inventaire de ceux que tu as rencontrés et montre le rôle qu’ils jouent
dans les comédies de Molière. Appuie-toi sur ce que tu as découvert dans
le parcours.

Le valet et la servante chez Molière,


des personnages d’importance
À l’époque de Molière, le valet et la servante sont des personnages comiques
essentiels. D’origine modeste, comme Nicole qui vient de la campagne (dans Le
Bourgeois gentilhomme), la servante comme le valet ne sont pas que des domestiques.
Pleins de bon sens, à l’image de Toinette (dans Le Malade imaginaire), ou rusés, comme
Scapin (dans Les Fourberies de Scapin), ils osent affronter leurs maîtres et se moquer d’eux
pour devenir les alliés des jeunes gens. Ils sont souvent les véritables maîtres du jeu.

Cou p
2 Explique à présent comment tu imagines le personnage de pouce
afin de décider l’un de tes camarades à prendre le rôle. ¥ À qui pourrais-tu comparer le valet :
à un caméléon ? à un clown ? à un
Description du rôle artiste ? ou aux trois ?

Celui ou celle qui jouera ce rôle doit pouvoir changer


d’apparence et d'attitude à la manière d’un caméléon, doit être
capable d’apparaître comme un(e) domestique fidèle, puis Boîteà mots
de devenir un ingénieux manipulateur ou une ingénieuse
„ rôles : domestique, confident(e),
( )
manipulatrice. Tel un clown, il/elle aime faire rire. Artiste complet allié(e), ennemi(e), acteur/actrice,
metteur/metteuse en scène
surtout, il/elle doit savoir danser, mimer, parler bas, crier, être
„ qualités : rusé(e), ingénieux(euse),
moqueur/moqueuse et aimer jouer avec le public. généreux(euse), habile,
clairvoyant(e), intelligent(e)
„ verbes : danser, mimer, imiter, crier,
parler bas, rire, amuser, s’amuser,
3 Précise enfin l’extrait que tu retiens, parmi ceux étudiés, moquer, feindre, se moquer de…
et explique pourquoi.

L’extrait que j’ai préféré


J’ai choisi de retenir la scène entre l’impertinente Nicole et son bouffon
de maître, monsieur Jourdain, dans Le Bourgeois gentilhomme. Sa malice,
son ingéniosité, associées à son langage populaire, en font en effet un
personnage comique de premier ordre. Elle n’a rien à envier à Scapin.
Rusée comme lui, elle est également clairvoyante, mais sans fourberie excessive.

117

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co urs 9 • R i r e ave c l e v a u d e v i l l
Par e
63 Allons au Boulevard ! Objectif
◆ Découvrir un genre théâtral
nt
Observe attentiveme particulier : le vaudeville

Examine les deux affiches suivantes, évoquant des pièces de Georges Feydeau.

Affiche de l’adaptation au cinéma de la pièce Occupe-toi d’Amélie


eau,
de G. Feydeau par Claude Autant-Lara, 1949. Affiche de Un fil à la patte de G. Feyd
en scène par le Gren ier de Noh ain, Cosne-sur-Loire, 2002.
mis

1 a. À ton avis, en regardant ces affiches et leurs titres, penses-tu que ces pièces
vont développer :
le défaut d’un personnage identifié ? ✗ une histoire qui a pour but de provoquer le rire ?
l’histoire tragique d’un personnage ? ✗ une succession d’événements et de péripéties ?
b. Justifie tes choix. Cou p
Les titres ne mettent pas en évidence un travers, comme dans Le
de pouce
¥ Celui qui tient la chandelle se trouve
Malade imaginaire ou L’Avare, ni l’histoire d’un valet rusé, comme dans une situation inconfortable,
Scapin dans Les Fourberies de Scapin. On s’attend à découvrir des face à un couple amoureux.
¥ Celui qui a un fil à la patte est tenu
histoires amusantes, où les personnages semblent pris dans de par un engagement, comme
multiples situations. le mariage, et ne peut pas agir
comme il le souhaite.

2 Les affirmations suivantes sont-elles vraies ou fausses ?


Justifie ton choix en t’appuyant sur ton observation des affiches.
– Les personnages sont des bourgeois : VRAI. Les vêtements des personnages sont très soignés, avec
des femmes vêtues de belles robes de soirée et des hommes en costume.

118

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– Le vaudeville raconte des intrigues amoureuses : VRAI
Le sais-tu ?
Le « théâtre de boulevard » désigne un
On voit bien, sur la première affiche, que le personnage masculin genre théâtral représenté, à l’origine, dans
des salles situées boulevard du Temple, à
séduit la jeune femme, qui lui sourit en retour. Paris, puis sur les grands boulevards.
On y jouait – et on y joue encore – des
– Le vaudeville met en scène des personnages dans des pièces divertissantes appelées vaudevilles :
des comédies d’intrigue légères, riches en
situations cocasses, à la fois drôles et ridicules : VRAI
péripéties, rebondissements (générale-
L’homme, plus âgé sur la première affiche, est ridicule avec sa ment amoureux) et quiproquos. Le vau-
deville se développe au xixe siècle avec
chandelle dans la main : il ne semble pas savoir quoi en faire. Le Eugène Labiche (1815-1888) et connaît un
jeune bourgeois de la seconde affiche, attaché à la cheville par très grand succès avec des auteurs comme
Georges Feydeau (1862-1921) ou Georges
un fil, ressemble à une marionnette grotesque. Courteline (1858-1929).

3 a. Lis à présent les titres et la présentation des vaudevilles suivants.


Relie alors chacun d’eux à l’intrigue qui lui correspond.
Amour et piano (Georges Feydeau, 1883)
Un homme se rend chez une jeune fille qui attend son
Une scène de ménage
professeur de piano. Il est persuadé de se retrouver
chez une actrice qu’il a le projet de séduire.
Tailleur pour dames (Georges Feydeau, 1886)
Une histoire de tromperie
Le docteur Moulineaux veut cacher sa liaison à sa
entre mari et femme
femme en multipliant les mensonges…
La Paix chez soi (Georges Courteline, 1903)
Un mari et une femme se disputent. Le mari n’en Une intrigue amoureuse
peut plus des lamentations de sa femme…

b. À partir de ces éléments, qui sont d’après toi,


les personnages principaux de ces vaudevilles ?
Barre les intrus. Pour aller plus loin
Le mari – le voleur – la femme – le commerçant – l’amant – Choisis une des pièces en fonction
le valet – le maître – la servante – l’amante – le policier – de son titre et de son sujet, et lis-la.
le roi – la reine

!
À t o i de j o u e r
4 Tu dois présenter un spectacle conçu en l’honneur des maîtres du vaudeville,
avec des extraits de leurs pièces les plus connues. Attise, par ton discours, la curiosité
des spectateurs tout en leur rappelant les grandes caractéristiques du vaudeville.

Au théâtre, ce soir !
Mesdames, messieurs, c’est avec un immense plaisir que je vous reçois dans ce superbe
théâtre pour une soirée consacrée au vaudeville, qui met à l’honneur trois de ses maîtres :
Eugène Labiche, Georges Feydeau et Georges Courteline. Vous allez assister à un
spectacle hilarant, aux rebondissements incessants, avec des maris, des femmes et des
amants qui se retrouvent bien malgré eux dans des situations cocasses.
Très bon spectacle à vous !

119

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co urs 9 • R i r e ave c l e v a u d e v i l l
Par e
Objectif
64 Une nuit agitée !
◆ Découvrir les ressorts
du vaudeville
Georges Feydeau, Tailleur pour dames
Le docteur Moulineaux a accepté le rendez-vous d’une charmante
cliente au bal de l’Opéra. Mais la dame ne l’a pas rejoint et Mouli-
neaux est resté dehors dans le froid, de peur de réveiller sa femme en
rentrant. Cette dernière vient justement de découvrir qu’il a passé la
nuit dehors.

Acte I, scène 5 : Yvonne, Moulineaux


[…]
Yvonne, sortant de sa chambre. — Ah ! Vous voilà
enfin !...
Moulineaux, se dressant comme mû1 par un res-
sort. — Oui, me voilà !... Euh ! Tu… tu as bien dormi ?
5 Comme tu es matinale !
Yvonne, amère. — Et vous donc ?...
Moulineaux, embarrassé. — Moi ?... Oui, tu sais,
j’avais un travail à faire.
Yvonne, martelant chaque syllabe. — Où avez-vous passé la nuit ? Tailleur pour dames,
mise en scène de Bernard Murat,
10 Moulineaux, même jeu.– Hein ? théâtre Édouard VII, 2008.

Yvonne, même jeu. — Où avez-vous passé la nuit ?


Moulineaux. — Oui, j’entends bien… « Où j’ai passé la… » Com-
ment, je ne t’ai pas dit ?... Hier en te quittant, je ne t’ai pas dit : « Je
vais chez Bassinet ? » Oh ! Il est très malade, Bassinet !...
15 Yvonne, incrédule2. — Ah ! Et vous y avez passé la nuit ?
Moulineaux, avec aplomb. — Voilà… Oh ! Tu ne sais pas dans quel
état il est, Bassinet.
Yvonne, narquoise3. — Vraiment ?
Moulineaux. — Aussi j’ai dû le veiller.
20 Yvonne, même jeu. — En habit noir ?
Moulineaux, pataugeant4. — En habit noir, parfaitement !... C’est-à-
dire, non… Je vais t’expliquer ! Bassinet… hum ! Bassinet est si malade,
n’est-ce pas… que la moindre émotion le tuerait ! Alors, pour lui cacher
la situation… on a organisé une petite soirée chez lui… avec beaucoup
25 de médecins. Une consultation en habit noir et l’on a dansé… toujours
pour lui cacher la… Alors, tout en dansant, n’est-ce pas… sans avoir
l’air de rien. (Dansant et chantant sur l’air du Petit vin de Bordeaux.)
1. Comme mû : comme animé, propulsé.
Oui, c’est le petit choléra5
2. Incrédule : qui se laisse difficilement
Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! persuader, sceptique.
30 Il n’en réchappera pas, bis. 3. Narquoise : moqueuse, ironique.
4. Pataugeant : s’empêtrant dans ses
Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! explications.
Ça a été d’un gai !... Avec les malades il faut souvent user de subterfuges ! 5. Choléra : grave maladie.
Yvonne. — C’est très ingénieux ! Ainsi il est perdu ?
Moulineaux, avec conviction. — Oh ! Perdu ! Il ne s’en relèvera pas !
Georges Feydeau, Tailleur pour dames, 1886, acte I, scène 5.

120

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?
A s - t u b ie n l u
Cou p
1 Comment se traduit l’embarras de Moulineaux au début de pouce
de cette scène ? ¥ Observe la longueur des répliques,
les phrases qui les composent,
Les répliques de Moulineaux sont composées de phrases inachevées et les signes de ponctuation.
hésitantes, comme le montrent les points de suspension.

2 Le discours de Moulineaux te semble-t-il :


logique ? ✗ décousu ? ✗ improvisé ? préparé ? ✗ confus ?
Cou p
3 a. Que répète Yvonne aux lignes 9 à 15 ? de pouce
Yvonne répète trois fois presque la même question (« Où avez-vous ¥ Observe la longueur des répliques
et le type de phrase employé.
passé la nuit ? ») car elle essaie de piéger son mari.
b. En quoi son attitude s’oppose-t-elle à celle de son mari ?
Elle parle sans hésitation et sèchement, comme le prouve la didascalie « martelant chaque syllabe »,
alors que Moulineaux, lui, « patauge » (l. 21).

4 Résume, en une phrase, le mensonge qu’invente Moulineaux pour expliquer son absence.
Il prétend avoir passé la nuit chez un homme gravement malade nommé Bassinet.

5 Yvonne est-elle dupe ? Cite deux didascalies qui le prouvent.


Non, Yvonne n’est pas dupe, comme le montrent les didascalies l. 13 : « incrédule » et l. 16 : « narquoise ».

6 Comment Moulineaux justifie-t-il sa tenue de soirée ?


Il dit qu’il a dû organiser une petite fête avec d’autres médecins, de façon à annoncer à Bassinet sa
maladie en chantant.

7 Penses-tu que cette explication est :


crédible ? ✗ invraisemblable ? ✗ farfelue ? sensée ?

8 Qu’est-ce qui fait rire le public ?


C’est l’énorme mensonge de Moulineaux qui fait rire et le fait qu’il s’empêtre dans ses explications. (l. 21)

!
À t o i de j o u e r
9 Imagine les conseils que le metteur en scène pourrait donner aux deux acteurs
pour jouer la scène que tu viens de lire. Pense au ton, aux gestes et aux déplacements.

Conseils du metteur en scène


Vous qui jouez Yvonne, tenez-vous droite, immobile, sûre de vous, et parlez sèchement.
Détachez bien chaque syllabe : « Où-a-vez-vous-pa-ssé-la-nuit ? » N’oubliez pas que vous
êtes furieuse.
Vous qui jouez Moulineaux, faites les cent pas et, surtout, n’hésitez pas à bafouiller. Vous
êtes en train d’improviser et prêt à tout pour échapper à la colère d’Yvonne.

121

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co urs 9 • R i r e ave c l e v a u d e v i l l
Par e
65 Est-ce une plaisanterie ? Objectif
◆ Lire intégralement une courte
Lis attentivement comédie de Georges Courteline

Texte intégral Georges Courteline, Le Coup de fusil


1 Petite salle à manger bourgeoise. Au-dessus du couvert dressé et du potage
déjà servi dans les assiettes, la lampe brûle dans sa suspension. Madame,
très agacée, va, vient, se lève, se rassied, se relève, va de la porte à la fenêtre
et de la fenêtre à la pendule. Soudain la porte s’ouvre. Paraît Monsieur.
5 Madame. — Sept heures vingt ! Tu n’es pas honteux, de rentrer dîner à
de telles heures ? Tu t’es encore attardé à ta saleté de brasserie, à jouer ta
saleté de manille, avec tes saletés d’amis, qui se gobergent à ton compte1
et se fichent2 de toi, le dos tourné.
Monsieur, pâle et défait3. — Tais-toi ! Ah tais-toi, je t’en prie... Ne dis pas
10 cela ! (Il se laisse tomber sur un siège.)
Madame, étonnée et vaguement inquiète. — Ah ça ! mais... (S’approchant
de lui.) Tu n’es pas malade ?
Monsieur, d’une voix faible.– Donne-moi un verre d’eau.
(Madame, effrayée, apporte la carafe.)
15 Monsieur, après avoir bu.– Merci. (Serrant la main de sa femme avec
une effusion émue4.) Ma pauvre chère !... ma pauvre chère !... Ah ! J’ai bien
cru que je ne te reverrais jamais !
Madame, aux cent coups5. — Tu me fais mourir d’inquiétude ! Il t’est
arrivé quelque chose ? Tu as couru quelque danger ?
20 Monsieur, d’une voix à peine perceptible. — J’ai reçu un coup de fusil.
Madame. — Un coup de... ! Ah ! Seigneur ! Dis-moi tout ! Je veux savoir 1. qui se gobergent à ton compte :
la vérité. Oh ! Je suis forte devant le malheur. (Le tâtant sur toutes les cou- qui mangent et boivent à tes frais.
2. se fichent : se moquent.
tures.) Tu es blessé ?
3. défait : affaibli et semblant
Monsieur. — Non... Je ne crois pas. Seulement, tu sais ce que c’est... la perdu.
25 surprise... les nerfs... J’en suis encore malade d’émotion. Redonne-moi un 4. avec une effusion émue :
avec émotion.
verre d’eau, veux-tu ? (Madame s’empresse. Il boit. Sur le cristal, ses dents 5. aux cent coups : très inquiète.
font un bruit de castagnettes6.) 6. castagnettes : petites
percussions.

1 Relis la première réplique de Madame.


a. Comment la prononcerais-tu ? avec indifférence avec colère ✗ d’un air amusé
b. Quels termes péjoratifs employés par Madame traduisent son état d’esprit ? Surligne-les.

2 Que reproche-t-elle à son mari ?


Elle lui reproche de rentrer tard et d’être allé à la brasserie jouer avec ses amis.

3 a. Dans les didascalies des lignes 1 à 14, souligne les quatre adjectifs qui nous renseignent
sur les émotions de Madame puis recopie-les.
agacée, étonnée, inquiète, effrayée

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Cou p
b. Quel changement remarques-tu dans les émotions de Madame ? de pouce
Je remarque que Madame éprouve d’abord de la colère, puis ressent ¥ Les cinq émotions principales sont :
la joie, la tristesse, la surprise,
de la peur. la colère et la peur.

c. Comment expliques-tu ce changement ? Intéresse-toi


à l’attitude de Monsieur, décrite dans les didascalies.
Le sais-tu ?
J’explique cette évolution par la pâleur du visage de Monsieur, puis la Les didascalies sont, entre autres,
faiblesse de sa voix, qui finissent par effrayer Madame. des indications de mise en scène,
écrites en italiques, qui donnent
des informations sur les décors et
les costumes, les déplacements,
d. Qu’avoue Monsieur à Madame ? les gestes et le ton employé par
Il lui avoue avoir reçu
ç un
n coup
p de fusil. les personnages.

Madame. — Et où cela t’est-il arrivé, mon chéri ?


Monsieur, qui s’interrompt de boire.– Dans le tramway. (Il achève son verre.)
30 Madame, stupéfaite. — Comment, tramway ! Tu as reçu un coup de fusil
dans le tramway ?
Monsieur. — Oui.
Madame. — Mais c’est insensé ! Mais c’est à peine croyable !
Monsieur. — Croyable ou non, il en est ainsi, cependant.
35 Madame. — Et qui est l’infâme7 ?...
Monsieur. — Le chasseur, parbleu ! (Il se dresse, pris d’une rage subite.)
Le chasseur ! l’éternel chasseur !!! l’indispensable chasseur, plaie de ce siècle
pourri !!! Qui nous dépoisonnera8 du chasseur, grand Dieu ! (Il lève les mains
au ciel.) Et puis d’abord, je te le demande, de quel droit ces gens-là errent-
40 ils par les rues avec des armes à longue portée, alors qu’on m’arrêterait, 7. L’infâme : le méprisable
responsable.
moi, si je me hasardais à mettre le pied dehors avec un méchant revolver 8. Dépoisonnera : enlèvera
de six francs dans la poche de mon pantalon ? C’est une honte, je te dis ; le poison.
9. Congestion : afflux
c’est une véritable honte ! Tiens, donne-moi un troisième verre d’eau ; car de sang pouvant provoquer
le sang me monte à la tête. Je finirais par attraper une congestion9. une hémorragie.

5 a. Quelle nouvelle émotion s’empare de Madame à partir de la ligne 28 ?


Surligne une didascalie et une réplique qui te renseignent.
Il s’agit de la stupéfaction.
b. Quelle en est la cause ?
Elle est très surprise que le coup de fusil ait été donné dans le tramway.

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co urs 9 • R i r e ave c l e v a u d e v i l l
Par e
45 Madame, après qu’il a bu. — Voyons, calme-toi, je t’en supplie, et conte-
moi la chose en détail.
Monsieur. — Eh bien ! voilà. M’étant attardé, en effet, à perdre un cer-
tain nombre de consommations et avide d’éviter tes éternels reproches,
j’avais pris place sur la plate-forme du tramway Bastille-Porte-Rapp. À la
50 hauteur de Saint-Germain-des-Prés, des « psst ! psst ! » désespérés atti-
rèrent mon attention, mais non point celle du conducteur, lequel discutait
courses, tuyaux et performances avec un garçon pâtissier que surplombait
un croquembouche10. Je me retournai aussitôt et je vis un gros bougre11
essoufflé qui, les mains tendues en avant, galopait derrière la voiture avec
55 l’espoir de l’attraper. Il avait des guêtres de cuir12 et une veste à boutons
de métal ; la crosse du fusil à deux coups qu’il portait en bandoulière bat-
tait la mesure sur ses fesses culottées d’un velours à raies. Et je songeais :
« Y a-t-il des gens qui sont bêtes ! Voilà pourtant un gros fourneau13 qui
pense rattraper des chevaux à la course ! Ah ! l’imbécillité humaine est un
60 bien curieux spectacle !... »
Madame. — Tu aurais peut-être mieux fait de prévenir le conducteur ; ça
aurait été plus charitable.
Monsieur. — Tiens, est-ce que ça me regardait, moi ! – À ce moment,
d’ailleurs, et j’en demeurai ébahi, l’homme parvint, d’un suprême effort, à
65 sauter sur le marchepied. La force acquise le projetant en avant, il pénétra
ainsi qu’une flèche à l’intérieur du tramway, tandis que moi-même, pré-
cipitamment, je me rejetai en arrière, non sans avoir eu le nez heurté du
bout brinquebalé14 de son arme !
Madame, anxieuse. — Et après ?
70 Monsieur. — Quoi et après ?
Madame, ahurie. — C’est tout ?
Monsieur, vexé. — Alors non ! Tu ne comprends pas qu’elle eût pu être
chargée, cette arme ? que chargée, elle eût pu partir ? que, partant, elle eût
pu me ravager la face, me priver de l’usage si précieux de mes yeux ?... (Iro-
75 nique). Ah ! que voilà donc bien les femmes ! Sans doute il eût fallu, sale
bête, pour que tu daignasses t’émouvoir, que l’on me rapportât infirme,
estropié à tout jamais, sur un brancard municipal !
Madame, hors d’elle.– Non, jamais, depuis que le monde est monde, on
n’eut exemple d’une stupidité plus grande, d’une plus écœurante poltron- 10. Croquembouche : pièce
80 nerie15 ! Ainsi, voilà un idiot qui rentre chez lui dans l’état que vous savez, montée formée de petits choux.
11. Gros bougre : gros bonhomme.
avale deux litres d’eau, me tourne les sangs, m’affole, et tout ça parce qu’un 12. Guêtres de cuir : enveloppes
chasseur lui a, du canon de son fusil, effleuré le nez au passage ! de cuir qui recouvrent le bas
de la jambe.
Monsieur. — Du canon... Au fait, mais c’est vrai ! (Il se trouble, pâlit, 13. Gros fourneau : gros homme.
roule des yeux hagards.) Ce n’est pas un coup de fusil que j’ai reçu... (Avec 14. Brinquebalé : qui remue,
85 éclat.) C’est un coup de canon !!! Ah ! mon Dieu ! mon Dieu ! Eh bien ! je se balance.
15. Poltronnerie : grande lâcheté.
l’ai échappé belle ! J’ai reçu un coup de canon dans le tramway de la Porte- 16. Au songer du péril : à l’idée
Rapp !!! Ah ! Ah ! Ah ! de l’eau !... Je m’évanouis !... De l’eau, donc ! de l’eau. du péril.
(Au songer du péril16 couru, Monsieur tombe en défaillance.)
Georges Courteline, Le Coup de fusil, 1895.

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6 As-tu bien compris ce qui s’est passé ? Numérote les propositions pour remettre
dans l’ordre chronologique les événements qui sont arrivés à Monsieur :
– Un homme habillé en chasseur court derrière le tramway : 3
– Monsieur reçoit le bout du fusil du chasseur sur le nez : 5
– Monsieur prend le tramway pour rentrer chez lui : 1
– L’homme parvient à se hisser sur la plateforme du tramway : 4
– Monsieur, qui est ivre, décide de rester sur la plateforme du tramway : 2

7 Pourquoi Monsieur a-t-il imaginé cette histoire ?


Choisis les propositions en surlignant celles qui conviennent :
– Monsieur voulait que sa femme l’admire.
– Il voulait que sa femme le plaigne.
– Il voulait échapper à la colère de sa femme.
– Il voulait justifier son retard.

8 a. Comment Madame réagit-elle en apprenant ce qui s’est réellement passé ?


Explique pourquoi.
Elle entre dans une colère noire car elle réalise qu’elle s’est inquiétée pour rien.
b. Comment considère-t-elle alors son mari ?
Elle le considère comme un poltron, un homme stupide, un idiot.

9 Comment comprends-tu maintenant la réplique de Monsieur à la ligne 20 :


« J’ai reçu un coup de fusil » ? Est-ce conforme à tes premières hypothèses?
Je comprends que Monsieur a été cogné involontairement par le bout du fusil du chasseur. Mes
premières hypothèses étaient différentes puisque je pensais qu’il avait reçu une balle.

10 Relis les dernières répliques (l. 72 à 88). Quelle image donnent-elles de Monsieur ?
Explique en quoi c’est un personnage comique.
Les dernières répliques donnent l’image d’un homme peureux et ridicule, qui transforme un geste banal
en grave accident. Il provoque le rire à cause de son attitude excessive et grotesque.

!
À t o i de j o u e r
Cou p
de pouce
11 Tu dois présenter cette comédie à tes camarades. Donne-leur ¥ Examine à la fois la situation,
le caractère des personnages
envie de la lire en insistant sur les différents éléments comiques.
et leur langage
Cherche à éveiller leur curiosité en ne dévoilant pas tout.

Une pièce comique


Dans la comédie de Georges Courteline, Le Coup de fusil, vous découvrirez comment un
homme, pour échapper à la colère de sa femme, est capable de transformer un incident
anodin en une impressionnante catastrophe. Son imagination débordante vous fera rire
mais vous rirez aussi de lui, et vous vous amuserez des réactions de sa femme qui passe
de l’inquiétude à la colère en quelques secondes !

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s9• R i r e ave c l e v a u d e v i l l É c r i t u r e l ong u e
Pa r co u r e
Objectif
66 Un coup de foudre ? ◆ Écrire une scène de vaudeville

Complète la scène de vaudeville ci-dessous. Le sais-tu ?


Monsieur prétexte un coup de foudre pour expli- Au sens propre, un coup de foudre est le
résultat d’une décharge électrique lors
quer son retard, en jouant sur les différents sens d’un orage, accompagnée d’éclairs.
de l’expression. Lorsque Madame comprend, elle Au sens figuré, il correspond à une vio-
s’emporte. lente attirance éprouvée pour quelqu’un.

La scène se déroule dans un intérieur bourgeois, le soir de la Saint-Valentin. Madame, habillée


avec soin, attend le retour de son mari. L’orage est terrible et l’on entend au loin le tonnerre.

Exprime l’impatience de MADAME, tout en se regardant et s’admirant dans le grand miroir du


Madame, dans l’attente de
salon. — Qu’il me tarde que mon chéri rentre ! J’ai hâte qu’il me voie
cette soirée en amoureux.
ainsi, j’ai hâte que nous nous retrouvions….

La porte s’ouvre, Monsieur paraît, la mine décomposée et son habit


froissé.
Montre la joie de Madame MADAME, lui sautant au cou. — Te voilà enfin, mon chéri, mon doudou !
quand Monsieur rentre.
MONSIEUR, cherchant à se libérer et à s’asseoir. — Peux-tu m’apporter un
verre d’eau… ?
Fais part de l’inquiétude
MADAME. — Mais qu’as-tu ? Que t’est-il arrivé ? Tu sembles si faible ?
de Madame devant Monsieur
qui parle à peine. Mais qu’as-tu ? Qu’as-tu donc ?

Rédige MONSIEUR, balbutiant, les mains tremblantes. — Une chose incroyable


– la réponse de Monsieur
m’est arrivée, ma douce… J’ai été frappé… d’un coup de foudre.
qui dit avoir reçu un coup
de foudre MADAME, effrayée, retenant des cris. — Comment ? quoi ? Tu étais
– et la réplique de Madame dehors au moment de l’orage ?
qui pense à l’orage grondant
au dehors. MONSIEUR. — Je me dirigeais vers le métro quand…
MADAME, s’apitoyant sur son mari et sur le point de l’embrasser. — Tu n’as
Développe le quiproquo.
pas eu le temps de te mettre à l’abri ? Mon pauvre chéri !
MONSIEUR. — Le coup de foudre ! d’un coup ! une surprise totale !

Montre comment Madame, MADAME, remarquant alors une trace de rouge à lèvres sur le col de
comprenant tout à coup
chemise. — Mais dis-moi, mon chéri… ce coup de foudre était-il joli ?
son erreur, mène alors le jeu
du quiproquo. MONSIEUR, ne remarquant rien. — Très joli ! Si tu savais !
MADAME, tirant sur la cravate de son mari, comme si elle allait lui tordre le
cou. — J’imagine bien… Et dis-moi, ton cœur n’a fait qu’un bond ?
MONSIEUR, ne comprenant toujours pas que sa femme a tout compris. —
Oh ! oui ! j’ai même cru qu’il allait se rompre, tant le coup fut violent !

Imagine la vengeance MADAME, traînant son mari par la cravate jusqu’à la porte. — Eh bien !
de Madame.
dehors ! Va le retrouver ton coup de foudre !
Pense à préciser ses gestes
dans les didascalies.

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Fai
s le
b

ila
67 Le vaudeville en kit !

n
Tu dois présenter le vaudeville à une classe de 5e qui s’apprête
à découvrir le genre.
1 Prépare-toi en retrouvant, derrière chaque définition, les élé-
ments nécessaires pour rédiger ton mode d’emploi du vaudeville.
– Nous constituons le trio clé des personnages du vaudeville :
nous sommes le mari, la femme et l’amant.
– Je suis une expression désignant une dispute au sein d’un couple :
je suis une scène de ménage.
– Je suis un nom qui désigne l’action de tromper son mari ou sa femme avec un ou une autre :
je suis un adultère.
– Je suis une classe sociale aisée, mise en scène dans le vaudeville : je suis la bourgeoisie.
– Je désigne un malentendu ayant pour conséquence de prendre une chose ou une personne
pour une autre : je suis un quiproquo.
– Je désigne le fait de tromper quelqu’un : je suis une duperie.

2 Rédige maintenant le mode d’emploi.

Comment faire un bon vaudeville ?


Explique comment Étape 1 :
bien planter le décor.
Commencez par créer le décor, en installant avec soin tous les détails d’un
intérieur bourgeois : un canapé, des fauteuils, un lustre, une table basse,
un téléphone, des placards (pour cacher l’amant/l’amante), des portes (qui
vont claquer), etc.
Introduis quatre Étape 2 :
ou cinq personnages :
décris-les rapidement
Introduisez la femme, le mari, l’amant et le chien.
en précisant leur rôle. La femme est belle et raffinée. Le mari, préoccupé par ses affaires, cherche
à se distraire ailleurs que chez lui. L’amant ou l’amante est plus
séduisant(e) et le chien de Madame fouille partout.
Développe le début de Étape 3 :
l’intrigue en t’appuyant
sur les caractéristiques
Créez un quiproquo : le mari découvre un vêtement masculin qui ne lui
du vaudeville. appartient pas sur le fauteuil (la taille est trop petite, ce ne sont pas ses
goûts…) et interroge sa femme sur cette présence. La femme se défend
maladroitement (cadeau ? erreur de pressing…).
Créez une scène de dispute. La dispute enfle et les échanges deviennent
comiques.
Précise la chute finale. Étape 4 :
Créez une péripétie surprenante et comique.
Le fauteuil se renverse au cours des échanges, et l’amant est découvert à
moitié habillé, ou l’amant chute en tentant de s’échapper.

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N° projet : 10212811
Dépôt légal : avril 2015
Imprimé en France
par Pollina