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08/06/2019 Une Anthropologie de l'Astrologie par Illel Kieser

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Une Anthropologie de l'Astrologie


par Illel Kieser

A mes étudiants afin que les astres de la liberté brillent dans les ciels obscurs de notre temps.

"L'univers m'embarrasse et je ne puis songer que cette horloge existe et n'ait pas d'horloger."
(Voltaire, Satires)

Il y a quelques chose d'agaçant avec l'Astrologie, c'est sa permanence! Dans un début de


siècle marqué par la présence totale et totalitaire du rationalisme, il se trouve encore des
astrologues et, loi du marché oblige, des clients pour les consulter. Pourquoi l'Astrologie existe-
t-elle encore? C'est là un grave problème posé aux sociétés du Nord. L'Inquisition a réussi à
éradiquer le mal de la sorcellerie, la médecine a chassé les "sages femmes" pour en faire des
auxiliaires de santé disciplinées autant que dévouées. Les juges se sont occupés des "rebouteux"
grâce à la vigilance d'un ordre issu du régime de Pétain mais les astrologues sont toujours là,
tiennent congrès, possèdent des circuits d'édition, leurs ouvrages occupant des rayons
impressionnants dans le rayons des librairies. Et une vedette très médiatique de cette discipline-
mancie vient d'obtenir un doctorat... de sociologie. Cela fit scandale en France mais pas
uniquement car de nombreux médias européens en firent des commentaires.

Soit dit en passant, faut-il que l'Université soit devenue un lieu de normalisation des savoirs
pour être choqué de ce qu'une propagandiste de l'Astrologie soutienne une thèse avec succès?
Où est le problème, d'autant qu'avant elle des Jacques Halbronn, Patrice Guinard et quelques
autres érudits, historiens, voire praticiens de l'Astrologie ont soutenu des thèses sur ou autour de
l'Astrologie, en France ou dans d'autres pays européens? [N. Éd.: cf. "L'astrologie (et l'épi-astrologie) à
l'université: Un siècle de thèses doctorales", http://cura.free.fr/01authd.html] La question serait-elle devenue si
cruciale qu'il faille en faire un débat de société? Il y a dans l'Astrologie quelque chose qui
affirme sa présence et qui dépasse cette pseudo-science.

Positionnement et mode d'approche


J'ai déjà affirmé que pour permettre au lecteur de mieux appréhender les résultats d'une
recherche, l'anthropologue devait au préalable le prévenir de son positionnement. En effet,
l'intérêt que je porte à tel ou tel événement signale que quelque chose de moi y est investi d'une
façon ou d'une autre. Dans les sciences humaines, la neutralité du chercheur est une utopie et si
elle s'affirme comme un préalable cela devient de l'imposture. Parfois l'objet de la recherche
correspond à un manque et le comblement de ce dernier orientera mes investigations au point de
me rendre aveugle. Mais, contrairement à ce qu'un entendement trop strict de la rigueur
imposerait, quelque soit l'orientation de mes motivations inconscientes constitue une
contribution de valeur égale à celle d'un autre chercheur, qui dans le même domaine procédera
autrement. L'exposé anthropologique est d'abord témoignage.

À ce titre, l'usage de la première personne du singulier s'impose car ma contribution doit


autant à mes ancêtres, à ma culture ainsi qu'à mes pairs, mais je demeure l'interprète singulier de
cette partition composite.

L'astrologie m'est connue depuis environ 40 ans. Auparavant j'avais abordé la géomancie
telle qu'on la pratique en quelques lieux d'Afrique du Nord et du Niger. L'usage d'une mancie
m'a toujours été familier et cela ne me choque pas d'entendre dire que l'on va consulter un devin

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à des moments particuliers de la vie. Et j'ai rencontré de nombreuses personnes qui, tout en étant
bien ancrées dans la réalité consultent régulièrement un astrologue ou un devin quelconque.

Je dois à Madame Boucquillon [1] mon premier apprentissage de l'Astrologie et mon


itinéraire s'est ensuite poursuivi sans que cela me gêne dans mes études de droit administratif ou
de psychologie clinique...

Depuis, probablement parce que je suis à cheval sur deux cultures, je me suis, en quelque
sorte, spécialisé dans l'étude des mancies et des médecines traditionnelles... En fait, on pourrait
dire que je n'avais pas d'autre choix que de m'orienter vers ce que je connaissais déjà, ces
lointaines montagnes de mon enfance, au mode de vie qui s'étalait hors du temps et dont le
rythme immuable fut un jour perturbé par l'arrivée des militaires français, porteurs de
modernité...

La lecture que je fais de l'Astrologie, dans cet article, comme dans tous les autres, consiste à
en rapprocher des éléments à ceux d'autres disciplines, psychologie, psychanalyse, histoire,
histoire des religions, ethnologie...

Ce que l'on nomme Astrologie montre actuellement à son public et à ses détracteurs deux
visages que d'aucuns croient percevoir.

- Au premier niveau, celui de la "caractérologie", il s'agirait d'une psychologie individuelle


plus ou moins élaborée suivant les écoles et les systèmes. Il existe de nombreuses variantes
autour d'un noyau central connu à peu de choses près depuis le IVe siècle av. J.-C. C'est
l'astrologie que tout le monde croit connaître. En disant : "Les "Lion", les "Cancer"; etc. ont telle
ou telle vertu...". Pour un observateur rationaliste, on dévoile là un ancrage fétichiste, les restes
desséchés d'une antique science dont, en fait, on sait peu de choses. Le caractère tabou de
l'Astrologie a probablement repoussé nombre de chercheurs.

- L'autre niveau évoque plutôt une ouvre spirituelle, un chemin initiatique, un travail sur soi.
L'astrologie y voisine avec des disciplines comme la psychanalyse mais aussi avec la branche
mystique de certaines religions. Cette tendance "transpersonnelle" s'est propagée dans les
milieux du "New Age". Cet orientation dont l'Astrologie humaniste est un modèle. L'Astrologie
y acquiert une dimension ésotérique au sens noble où Antoine Faivre en parle dans Accès de
l'ésotérisme, [2] .

Mais, ne soyons pas naïfs c'est aussi en ce point que l'astrologie côtoie de nombreuses
entreprises douteuses au plan de la rigueur et de l'épistémologie. Ce pourrait être un troisième
niveau de manifestation de l'astrologie. Jacques Halbronn s'est penché sur la question, je ne
reviendrai pas sur ses travaux. [3]

En deux points, l'astrologie rencontre la psychologie sur son terrain, la connaissance de


l'humain, et se trouve en concurrence avec la psychanalyse, l'éducation spirituelle et
l'anthropologie des religions.

Seul Jung s'est attaqué au problème posé par l 'astrologie sous ces deux angles, rendant ainsi
transmissibles ses hypothèses au travers d'une théorie et d'une pratique psychothérapeutique.
Mais certaines pesanteurs culturelles font encore de la recherche sur l'ésotérisme un sujet tabou.
Et les chercheurs qui s'en approchent semblent comme contaminés par une sorte de maladie dont
le remède serait la mise au ban de l'académisme. [4] Pourtant il est bien nécessaire et de grand
intérêt de se pencher sur certains courants de la mystique autant que sur l'histoire de l'astrologie.
C'est une branche essentielle à l'élaboration d'un savoir faire et d'un savoir-théoriser en relation
avec les disciplines dites traditionnelles, les expériences de sagesse, les techniques de
méditation... Et l'on sait qu'il manque des moyens d'approche de ces techniques singulières qui
touchent aux limites de la psyché humaine comme le sont la divination, les transes, les exercices
spirituels, les rituels, l'usage spécifique de drogues hallucinogène, etc.

A propos d'astrologie, je propose d'esquisser ici une ligne de réflexion et de lancer des pistes
qui sans être forcément toutes dotées de futur auront le mérite de pousser la réflexion hors des
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sentiers que l'académisme a si bien tracés.

Jung nous a déjà donné une clef générale d'approche au plan psychologique. Mais nous
n'allons pas ici nous mettre à relire son oeuvre. Disons que celle-ci est à intégrer dans ses aspects
essentiels si l'on veut approcher la dimension psychique de l'astrologie comme mancie.

Il nous faut évidemment aussi connaître les notions psychologiques aussi essentielle que sont
: la projection, la confusion et la différenciation. Gardons présent à l'esprit que rien du
psychologique ne peut se réduire à une seule interprétation, si géniale et pertinente soit-elle.
Seuls les axes dynamiques d'une entité humaine nous apparaissent parfois au travers de quelques
démonstrations, d'événements, de témoignages et d'interprétation. Nous percevons un
mouvement mais la personne elle-même nous demeure à jamais inconnue.

L'autre legs de la psychanalyse est la certitude de l'existence de l'Inconscient comme


irréductible, par définition, à la Raison. Disons, pour simplifier, que si la qualité de l'Inconscient
dépend de la représentation que l'être se fait du monde, l'existence même de l'Inconscient ne peut
être mise en doute. Cela fait partie des données de la science. Tous les scientifiques ne nomment
pas Inconscient cette part d'inconnu ou de chaos, mais l'existence d'un "champ aléatoire" ou d'un
"espace fractif", d'un "trou noir",... ne fait pas de doute. Et la psychanalyse, loin de donner à la
culture occidentale des clefs de lecture de cet inconnu, a réussi, au moins, à mettre notre
conscience en éveil de ce côté. Nous sommes maintenant habitués à vivre en côtoyant
l'incertitude et cette "conviction" se tisse dans l'épreuve que nous faisons de l'existence en nous
de cette dimension. En ce sens la psychanalyse est, à l'insu de nombreux psychanalystes, une
réconciliation avec les chemins de la mystique. Elle est une philosophie de l'épreuve et du
dialogue à l'autre. C'est tout à la fois une doctrine, une esthétique et une morale. Et cela ne veut
pas dire qu'il y ait rupture entre cette discipline et la science, elle l'a complète, l'humanise et la
prolonge.

"Jung n'a pas voulu abandonner la perspective du psychologue pour nous proposer une
philosophie basée sur la dialectique de la coïncidentia oppositorum. Mais il est permis d'espérer
que ses disciples vont un jour reprendre et prolonger son effort pour préciser les rapports entre
l'expérience consciente de l'individu et "l'histoire" consciente par l'inconscient collectif." [5]
Mircea Eliade nous encourage donc à poursuivre l'oeuvre du maître de Zurich mais son
optimisme pourrait être actuellement tempéré car, que nous sachions, hormis Luigi
Aurigemma, [6] nul disciple de ce psychologue n'a entrepris une étude de fond sur l'astrologie.
Dans la dialectique à laquelle Jung nous sensibilise, la relation dynamique qui se tisse entre les
niveaux collectifs et individuels de la psyché ouvre des perspectives intéressantes pour la
recherche.

Et, comme pour anticiper sur ces voies que Jung explorera, Don Neroman affirmait déjà :
"Les constellations sont dans l'infini du ciel lointain, elles sont les heures peintes sur le cadran...
Au contraire les signes zodiacaux ou hiéroglyphes sont dans notre habitat humain, qui est le
système soleil-terre." [7] Même si la métaphore est à prendre avec précaution, nous voyons là
s'affirmer une sorte de synchronisme [8] entre deux mouvements, entre un ici et maintenant et
un ailleurs qu'il faudra au moins approcher.

Mais cela pose un problème que les rationalistes n'ont pas manquer de relever. Plus le savoir
astrologique quitte la réalité physique objective et plus celui-ci est concerné par des niveaux de
réalité que les instruments de la science ne reconnaissent plus. Il est question à chaque "progrès"
de l'outil astrologique, d'ajouter des théorèmes sans trop se poser la question de savoir où cela va
enfin finir par se loger et s'arrêter, peut-être par épuisement de matière grise. L'empirisme de
chaque praticien finit par l'emporter mais rien ne raccroche plus l'astrologie à un savoir et à une
explication du monde. Cela devient un acte de foi, une religion, un fétiche ou du délire. Et, pour
la plupart des astrologues, rien ne peut venir contredire que ce savoir soit vérité puisqu'il est
fondé sur leur pratique, laquelle vérifie la tradition perçue ici comme une entité éternelle,
comme une sorte de bloc d'archives de l'humanité. L'astrologue finit par se confondre avec la
lecture qu'il fait de l'Histoire du monde. Et cette figuration se retrouve dans certains écrits tels
ceux de l'Ordre Rosicrucien A.M.O.R.C. [9] qui évoquent l'éxistence d'archives se trouvant

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dans un niveau particulier de l'univers et que seul un initié, soigneusement préparé, pourrait lire
à son aise. On parvient alors à discerner la naissance, ou la renaissance, de croyances qui ne
manquent pas d'intriguer. René Guénon, dans Le roi du monde, décrit une croyance semblable en
supposant qu'il existe dans des lieux secrets de la planète une sorte de conclave de sages qui
orchestrent le ballet du monde.

S'agit-il d'un mythe, dans l'esprit des tenants de ces doctrines ou d'une croyance en l'existence
réelle de tels mondes "parallèles"? L'anthropologue ne se pose pas la question ainsi mais de cette
manière. Cette légende semble durer et afficher sa permanence, que veut-elle dire?

Mais, cet exercice de lecture à l'infini des pages de la source éternelle et autiste de la
Tradition conduit à un paradoxe. Oublie-t-on que cette vérité, à force de se démultiplier, est en
fait devenue un système fort individualisé ? Il n'existerait finalement que des individus
astrologues et non une astrologie, des interprétations de la Tradition et des illusions d'existence
de la Tradition. Car, en quoi, objectivement, la Tradition peut-elle se répérer, se maintenir dans
sa vérité originelle. C'est pourquoi, dans le Miroir irréel [10], j'ai dit d'elle qu'elle était la plus
grande prostituée de l'Histoire. Mais loin d'en faire un argument critique rédhibitoire, c'est
probablement l'un des points forts de l'astrologue car ce serait un moyen bien bizarre certes mais
pertinent d'ouvrir la porte étroite des autres dimensions de la psyché que la Raison ne pénètre
pas, parce que cela n'a jamais été son objet, par définition. La Tradition serait une voie
indifférenciée d'accès à l'Inconscient, taillée sur mesure pour l'astrologue par des outils que sont
le thème personnel et la consultation.

L'astrologie, dans son exercice contemporain n'a plus beaucoup à voir avec les astres, son
affaire, son commerce se font avec les astres de l'âme. [11]

Et nous devons à Jung le terme "Complexe" qui nomma ainsi les étoiles vers lesquelles
quelques curieux pointent leurs instruments. Mais l'astrologues n'est plus seul sur ce terrain !
Dotés d'instrument forts différents, le psychologues et ses avatars pointent leurs regards vers les
mêmes ciels.

Se pose donc la question de l'objet du savoir astrologique, de sa dynamique par rapport à


l'Histoire et aux autres disciplines même s'il paraît s'épaissir à mesure qu'il s'affirme. Si cet objet
est, en première approche, l'Homme et l'Univers, à quelle finalité propre nous conduit
l'astrologue ? Quel est son but ? Quel part lui réserve-t-on dans notre vie, puisqu'il existe, qu'on
le paie et que la profession n'est pas en voie d'extinction ?

A voir la multiplicité et la complexité des systèmes astrologiques contemporains, l'astrologie


apparaît comme un outil touffu et labyrinthique, pourtant sa finesse apparaît dans
l'approfondissement de son étude ; puissance et complétude plus pertinentes que les attributs de
la psychologie. [12] L'astrologie ne se domestique pas facilement. L'expérience quotidienne le
montre bien. Cependant si la psychologie se fixe toutes sortes de limites par son objet et son
éthique entre autre, l'astrologie, elle, à cause de l'étendue de son objet semble ne pas en avoir.
N'y a-t-il pas de quoi rester médusé devant l'ampleur du phénomène, terrassé par l'importance de
ce qui se cache derrière cette discipline, ce corps de savoir ? L'astrologie serait-elle alors la
manifestation maniaque d'un phénomène de société plus ample et plus infiltré dans le tissu
culturel ?

La question se pose aussi de la qualité de ce savoir, surtout quand il s'agit de prendre en


compte la thèse selon laquelle l'astrologie, comme "savoir" traditionnel renvoie à la figure de
l'Homme Total porteur de sens en lui-même et indissociable de ses rapports à l'univers. Une
écologie dynamique en quelque sorte, et qui aurait intégré la dimension affective ! Admettre que
l'astrologie se donne comme objet d'étude l'Adam cosmique, l'Anthropos dans sa double
composante historique et contemporaine, c'est définir un nouveau champ du savoir que seule la
physique contemporaine s'était donné jusque là, l'écologie également mais sans y réussir.

La qualité du savoir
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Tout en parlant de symbole, [13] savoir global, unité de l'expérience humaine, les figures de
l'Homme subissent des distorsions dont l'ambition louable est de rendre "l'objet" accessible à la
conscience. Le discours perd en "pensée symbole" et en poésie ce qu'il gagne en dissection.
Telle est la tendance actuelle de l'astrologie, qu'elle se prétende scientifique ou traditionnelle,
échappement vers un discours qui explique tout et c'est pour cela qu'il relève de l'obsession
fétichiste. Mais il s'inscrit ainsi parfaitement dans la culture contemporaine, dans un monde où
tout doit être repéré et balisé afin d'alimenter l'illusion d'échapper à l'angoisse de la condition
humaine et aux incertitudes d'un futur qui ne trouve plus de repères, se noie dans l'opacité des
lendemains.

Chacun cherche la caution d'un savoir institué, celui de l'Université si possible. Ainsi, peu à
peu, s'organise une science qui est la compilation désordonnée de vastes chaînes de concepts, de
définitions, et de théorèmes divers... Tel est le résultat de cette dissection et l'expression d'une
pensée fondamentalement causaliste mise au service de l'Astrologie. C'est l'Astrologie
scientifique.

Sur l'autre versant, moins représenté actuellement et constitué d'un savoir, dit traditionnel et
mystique, on reste prudemment en réserve, ce qui n'empêche pas la constitution d'échafaudages
mystérieux et suspects tant ils s'entourent de préalables fumeux de grandiloquences verbeuses où
le mot " symbole " rythme le discours. La nouvelle mystique astrologique étale ses branches
"hérétiques" des cabinets poussiéreux des tenants d'une astrologie dogmatique car pure et non
contaminée par les miasmes de la modernité aux séminaires des doctrines transpersonnelles qui
mêlent dans un gigantesque maëlstrom les techniques chamaniques de l'extase, les croyances
hopis, la récitation des mantras...

L'astrologie scientifique a rejeté cette parenté trouble pour mieux se donner une caution
acceptable. Comme les sophrologues, sous l'impulsion de Caycedo, ont renié Mesmer pour se
donner une caution médicale, les astrologue voudraient oublier les représentations historiques de
leur discipline ainsi que certains avatars parfumés de soufre.

Cette mise à l'index des sorcières et cette sorte d'épuration peut-elle être efficace et ouvrir les
portes d'un véritable savoir ? A jouer le jeu d'une telle éradication, que gagnerait l'astrologie
sinon le risque de coupure à des "savoirs nécessaires" c'est à dire soumis à la rigueur des règles
scientifiques et au contrôle d'une communauté par l'entremise de publication, de congrès, etc.?

Les astrologues, avec l'ironie de l'inconscient, parlent de "loi saturnienne" à ce propos et il


n'en pense pas que du bien, au moins sur ce plan toutes les écoles sont d'accord. Saturne est aussi
pour eux l'expression de la sécheresse analytique. Mais le dieu carnaval, le libérateur a été oublié
car c'est ici que s'exprime aussi le pessimisme mélancolique de notre fin de siècle. Et les
astrologues n'y échappent pas. En voulant dégager des lois universelles sans voir d'où surgissait
le discours, les voilà empêtrés dans la gangue des idées reçues. Du mythe de Saturne, ils ne
voient qu'une partie, celle qui convient à leur effort d'institutionnalisation. Comme d'ailleurs les
psychanalystes n'ont retenu du mythe d'Odipe que le meurtre du père et le mariage avec sa mère,
oubliant le destin qui lui était assigné dès la naissance et sa mort repenti et devin. À trop vouloir
être rigoureux, on en oublie l'implacable rigueur de la lecture des mythes.

Si la psychanalyse a mis un demi-siècle pour se réconcilier avec la chamanisme, et encore ne


l'est elle pas totalement, il lui aura fallu d'abord se donner une "raison" scientifique. François
Roustang, qui remet à l'honneur ce terme si connu des astrologues, l'influence, ne sait pas qu'il
présente un futur aux recherche des astrologues. [14] Las, ces derniers ont depuis longtemps
renié ces influences du magisme dont ils ont cependant extrait leurs idées les plus pertinentes. Et
ils feignent d'ignorer que la rencontre entre l'astrologue et son client se produit dans un espace
cérémoniel scellé par un mandala - le thème astrologique. Or cela définit un espace sacré à
l'intérieur duquel des influences inconnues se trament et manifestent une forme de réalité.
N'importe quel ethnologue sait cela! L'astrologue, sans le vouloir et sans le savoir recrée une
cérémonie et sa méthode une liturgie!

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L'astrologie aura-t-elle alors un avenir sans astrologue ?


L'astrologie peut-elle délibérément courir le risque de se "couper" de son histoire magique
sous prétexte de s'aligner sur le discours scientifique alors que rien ne les relie ? Ce qu'elle ne
cesse de tenter depuis les grecs.

Que l'astrologie soit un langage ou une science du temps... cela paraît secondaire,
comparativement au fait que cette discipline se propose de donner un ordre à l'univers, en tous
lieux et en tous temps, entendant aussi que cela ne puisse se faire qu'à la condition qu'il y ait un
homme/une femme pour en parler. L'univers existe si quelqu'un peut en parler. Cette pétition de
principe de fondement épicurien ouvre la voie d'une discussion dont on doit admettre qu'elle
n'est plus scientifique mais idéologique, théologique ou philosophique. Si l'on reprend le mot
que Roustang lui-même, et probablement sans le savoir, emprunte aux astrologues, l'échange ne
peut être que philosophique ou épistémologique, anthropologique au sens où il s'agit d'un
discours sur le mystère et sur ce que la science ne peut pas encore valider.

L'univers commence-t-il à l'instant où je le vois ?

"Pour les primitifs", toute situation désespérée et apparemment sans issue se présente comme
un chaos. Nous aussi, modernes, disons à propos d'une situation inexplicable que nous sommes
dans les ténèbres, que nous ne voyons pas de solution. "Voir" la solution, c'est retrouver la
lumière et, par conséquent, déceler une structure. Pour l'homme archaïque, comme pour le
moderne technicien le but d'une vie - au plan modeste du quotidien - c'est avant tout réussir à
s'orienter, structurer l'amorphe "cosmique", le "chaotique" [15] et le "sans forme". Cela n'est
déjà pas si mal et constitue une belle oeuvre dans la vie d'un homme ou d'une femme.

L'astrologie, telle que nous la fantasmons, s'ajuste bien à ce besoin d'orientation et de "savoir
un ordre universel et intemporel". D'où son ambivalence fondamentale : sa puissance vient de
ces desseins à relier tous les signes de la vie. Mais la critique et la suspicion surgissent au point
où elle se transforme en totalitarisme de la pensée.

C'est une des raisons fondamentales pour lesquelles il importe de mettre l'astrologie en
discussion sans se soucier des tabous qui pèsent sur elle et, au besoin, sans y inviter les
astrologues.

Avec l'astrologie, nous touchons à un mythe qui nous met en présence d'un penser-
différemment qui cherche à naître dans le champ de la culture et qui végète pour l'instant dans
l'ésotérisme. Si l'on abstrait les éléments que ce savoir apporte au monde présent, nous nous
trouvons face aux items suivants :
a) Orientation dans la composante espace/temps
b) Recherche d'ordre dans le chaos
c) Transmission de ce savoir comme hygiène et comme morale
d) Création d'un métalangage, dépassement de tous les langages communs pour accéder à une
dimension supposée universelle.

Tout cela se retrouve aussi dans les objets de la science. De plus, l'astrologie à l'instar de la
mathématique se propose comme un métalangage.

Envisager l'astrologie comme un saisine mathématique des phénomènes naturels, c'est se


livrer à une gymnastique plutôt absconse. Mais pourquoi pas ? À condition de clarifier l'objet de
ce savoir. Les astres, on l'a dit ne sont plus en lice!

Au travers de tout ce discours, nous parlons d'une tentative plus ou moins habile de dresser
une cosmographie, un discours sur les rapports que l'homme/la femme entretient avec une
Nature, elle-même en constante mutation.

Nous évoquons finalement le mythe de l'homme/la femme moderne face à un monde en


pleine mouvance, en l'absence des critères communs que la civilisation a fondés pour englober la

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réalité. N'est-ce pas suffisant pour expliquer l'engouement progressif dont l'astrologie bénéficie
auprès de personnes ancrées dans le monde ? L'astrologie serait une manière de concilier les
impératifs de rigueur que la science réclame et les soucis contemporains de rester en relation
avec une dimension mythique de l'humain. Cette position double, quelques astrologues la
soutiennent et la portent, le mouvement conditionnaliste par exemple.

Mais, se dit-on alors, quel rapport l'astrologie entretient-elle avec la science en général ?
Quelles relations peut-on puiser dans la pratique de l'astrologie qui fasse penser à l'exercice du
savoir ?

1. Le caractère scientifique de la prévision


"Toute science est avant tout l'étude d'une phénoménologie. (...) Il s'agit donc avant tout " de
caractériser " un phénomène en tant que forme, forme spatiale. Comprendre signifie donc avant
tout géométriser c'est aussi avoir recours à une certaine forme d'abstraction." [16] Par ailleurs
Ch. Perrin de Brichambaut, succinctement définit ainsi la science : " Dans l'esprit des hommes
d'aujourd'hui, la science a essentiellement pour origine et pour objet l'observation et l'étude des
phénomènes naturels, qu'ils soient d'ordre physique, sociologique, psychologique, économique

Il s'agit alors d'une phase de synthèse : l'intuition du type artistique n'en est pas absente,
l'imagination permet d'élaborer diverses théories explicatives où, comme en poésie, les
analogies, les images et les métaphores jouent un rôle important.

Intervient alors l'étape fatale, celle de l'expérimentation, de la vérification des hypothèses, de


la généralisation d'une théorie, de la découverte de lois quantitatives applicables au domaine
étudié.

Les lois n'expliquent pas toujours le comportement du système mais elles deviennent le
fondement même de toute prévision ultérieure concernant l'évolution d'un système semblable. Et
c'est là le but de la science : savoir pour prévoir, afin de pouvoir. [17]

Ces considérations seraient cependant assez banales si l'on n'y rencontrait pas des aspects
particuliers qui se retrouvent dans l'astrologie et qui précisément servent aussi à la démonter. Ch.
Perrin de Brichambaut introduit la question de l'importance de l'intuition, de l'acte ou de la
pensée "révélés". L'imaginaire tend alors à prendre une place importante dans la mesure où il est
pressenti comme porteur de la richesse d'une dimension que le rationalisme pur occulte trop
souvent.

Il n'est pas plus possible de nier à l'astrologie son caractère scientifique que de le lui accorder
gracieusement. Entre les systèmes rationalistes et ce que l'astrologie dévoile, même sous un
aspect parfois obscur, il n'existe de pont que si l'on admet ce que Roustang appelle "le flair" ou
qu'il appelle de ses voux sous la forme d'une possibilité d'invention perpétuelle. Mais c'est aussi
cette dimension psychique dont Elie Humbert relève la pertinence dans le processus de
découverte et d'invention. [18] Selon de nombreux penseurs, psychologues, chercheurs, il y
aurait un moment juste dans l'axe duquel l'individu puiserait le maximum de ses ressources.
Comme si à travers la trame du banal se produisait une fissure d'où surgiraient des prodiges
grâce aux seules ressources intrinsèques de l'individu. Quoi de plus légitime alors de consulter
un astrologue puisque celui-ci est censé percevoir le moment de cette déchirure, entendre le
grincement des gonds d'une porte s'ouvrant sur notre éternité, en accord avec les lois propres à
chacun?

Cette dimension qui intervient comme l'étrangère qui ne serait pas invitée au banquet de la
Raison rappelle la dimension poétique, inventive, de la création des oeuvres humaines,
l'intervention de ce que Ibn Sina appela l'Ange et que Henri Corbin nomma "imagination
agente", que Pierre Solié [19] reprendra sous le terme "Imaginal".

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Sous l'angle rationaliste, Science et Astrologie ne sont pas ni comparables ni compatibles


dans l'état actuel des limites des savoirs en présence. Mais il s'agit plus d'un problème de culture
que d'une entrave qui serait due au langage scientifique. Les choses sont ainsi faites qu'il nous
faut bien accepter les limites humaines, présentes et partisanes des systèmes scientifiques
contemporains, gardés par quelques mandarins jaloux. Il n'est pas possible de faire admettre
d'autres vérités que celles qui sont juste à la limite des mondes.

Pour être admise, une nouveauté doit être à la juste limite entre ce qui est totalement familier
et ce qui ne l'est plus du tout. Il est même coutumier de penser que cette position ne peut être
tenue que par des psychotiques ou des génies [20] . Tous les novateurs ont dû affronter ce désert,
cette zone dans laquelle, explorant de nouveaux horizons de la dimension du savoir, il leur fallut
assumer, rompant avec les académismes, de se mettre au ban des savoirs établis, au risque de
passer pour fou. Dans ces limbes, l'être humain est soumis à de telles estocades de la part de
ceux qu'il quitte qu'il peut y perdre la raison. L'humain ne peut accepter de sortir d'une
représentation du monde que s'il est soumis à une pression interne bien plus puissante que celle
qui crée et tisse le "lien social". Cela pose le problème des limites de tout savoir, de la science
donc, mais aussi du passage de l'aventure de la connaissance à la fixation idéologique et à
l'écrasement de l'invention par le pouvoir du dogme.

2. De la science au fétichisme
Peut-être l'existence d'angoisses très fortes au plan éthique montre-t-elle que science et
technique sont sorties de leurs limites et que désormais deux dimensions de la science existent?
Il y aurait une science bonne, celle du progrès humain et une science mauvaise, celle de la
pollution et de l'industrialisation sauvage et inhumaine.

A l'aspect classique, habituel, laborieux, s'associe maintenant une dimension morale tenus par
l'écologie et par divers groupes d'expression.

Qu'il le veuille ou non, qu'il l'assume ou s'en serve à différentes fins, le scientifique en dehors
de sa fonction technique est aussi souvent investi de la mana de notre société. La fonction du
savant est autant sacerdotale que technique, elle remplit comme l'astrologue une fonction de
"féticheur", de barrière immunisant contre les démons du futur et du chaos incertain.

D'où, alors, les récriminations sur l'éthique et les protestations sur les supposés pouvoirs de la
science. Quand la foule manifeste devant un ministère pour protester contre les méfaits d'une
maladie, il y a de l'angoisse là dedans et beaucoup de pensée magique. C'est le discours de la
foule ! Mais il y a plus extraordinaire encore, les scientifiques, aveugles, s'engouffrent dans cette
brèche et se constituent en prêtre de la santé, chacun y allant de ses modes de pénitence,
abstinence, condom, moralisations de la vie sexuelle, etc. Ce qu'une foule clame permet à
certains de sortir de leur fonction et de se transformer en moralistes et en prélats d'un nouveau
puritanisme... avec l'appui de la foule venue selon eux implorer cette justice. L'irrationalité des
uns, portée par leur douleur, sert le pouvoir magique des autres.

Il y a de quoi être frappé par tant de candeur, alors que le problème - la maladie en question,
le SIDA ou quelque autre atteinte encore inconnue mais tout aussi ravageuse - touche aux
soubassements de l'être, au mystère de l'individu dont il n'est plus du tout question. Au plan de la
réalité objective, l'Homme blanc du Nord, frappé dans ses certitudes les plus établies, réagit avec
une époustouflante crédulité.

Il s'agit bien avant tout d'un problème de croyance. Notre société s'était installée sur des
illusions qui avaient fini par ressembler à des certitudes et à se substituer à la réalité.
L'abondance, la paix, la santé, le confort et la sécurité - de slogans - sont devenus des idoles
servis par des sacerdotes prestigieux, savants et techniciens de toutes sortes, chacun étant chargé
d'assurer la pérennité des fétiches dont il a la garde.

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08/06/2019 Une Anthropologie de l'Astrologie par Illel Kieser

L'enthousiasme des savants fut bien souvent à l'origine de comportements de foules dont il est
permis de se préserver tant ils furent sanglants.

Nul ne peut ignorer les formidables chants de victoire, d'espoir et de conquête poussés par les
savants eux-mêmes dans les années 60. Dans tout le monde occidental, ce n'était que cri d'espoir
:

"La mort vaincue !"


"Plus de faim dans le monde"
"La guerre devenue inutile"
"Les planètes colonisées"....

L'Homme Blanc du Nord, trônant en son pays, promu au rang de centre du monde, lançait ses
défis à l'Univers entier. Mais la maladie demeurée dans quelques coins délaissés fit son
apparition au cour des villes modernes. La guerre, implacable machine à tuer, dotée des atouts
de la science, est de plus en plus présente. Pendant ce temps une large, très large part de la
population mondiale vit et se nourrit avec le centième de ce que nous jugeons nécessaire à notre
Santé, cette sublime Déesse. Ce qui caractérise la science et notre siècle, ce n'est pas tant la
froideur de la technique qui n'est qu'un outil mais la démesure, l'absence de tempérance.

Responsabilité et éthique
Ceci fournit un autre prétexte pour la consultation astrologique : chercher la limite de nos
actes et la mesure qui manque à nos prétentions.

Quand certains savants, soudain, se sentent une conscience morale [21] , c'est un peu hâtif,
timide et source d'ironie. À notre époque, la science ne doute pas.

Nul n'échappe aux mythes présents. Un dieu est là, puissant tyrannique et sot, avide de toute
manière. Ce dieu là, une fois reconnue sa puissance, nous lui sacrifions tous nos biens ! Ce n'est
pas tant un pouvoir technique qui est en jeu, c'est la puissance de la Croyance aveugle et sourde
à toute Raison, au point que, parfois, nous pourrions nous croire revenus au Moyen Age.

L'astrologie et le mythe dominant


Elle s'aligne volontiers sur la trajectoire des sacrificateurs au dieu dominant. Chaque discours
d'école se plaque sur la réalité subjective du moment avec plus ou moins de bonheur et
d'efficacité.

Au résultat, il faut que le dieu soit satisfait. Entendez par là que le discours doit être
scientifique et la théorie coller aux dernières découvertes de la science moderne. C'est dans cette
adhésion immédiate au mythe moderne que nous situons une certaine candeur des courants
astrologiques. C'est aussi ce sur quoi les scientifiques iconoclastes ironisent car il leur est facile
de relever les impasses de l'astrologie par rapport au savoir astronomique. [22]

Le mérite des théologiens, c'est qu'ils surent que leur discours s'opposait à celui des savants.
L'astrologue, avide de reconnaissance sociale, ne veut pas assumer cette différence, ce qui
traduirait un certain courage moral. Il faut être bien fort en effet, pour se donner le double
objectif de sortir de l'occultisme tout en prenant à rebours le discours dominant et situer sa
fonction dans la traîne de l'Imaginaire. Peu d'écoles astrologiques ont cette détermination.

La psychologie, au XVIIe siècle, se soumit aux mêmes pressions, aux mêmes slogans. Il y
eut Condillac, l'Homme fut transformé en mécanique soumise aux aléas de rouages dont il était
possible de connaître tous les ressorts.

Puis il y eut Janet, Freud, Jung, Rogers, Foucault, Roustang lequel réhabilite, sans le savoir,
les rites chamaniques. Les nouveaux courants de la psychothérapie qui diversifient les
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techniques d'approche de la psyché, notamment aux U.S.A., renouent eux aussi avec des rites
antiques - ceux des temples d'Esculape par exemple. Tout cela indique que le discours sur la
psyché est quelque peu dépassé. Pourtant, aucune tentative n'est parvenue à sortir la psychologie
de l'ornière du positivisme. L'engouement contemporain pour les sciences cognitives, les
remises en cause légitimes du discours psychanalytique ne font que renforcer cette tendance. La
connaissance de la psyché semble vouloir retrouver une voie que les exercices spirituels et que
les rites de l'extase ont déjà balisée.

Il faut bien une compensation à la formidable pression du totalitarisme rationnel induit par
l'explication génétique ou par la prééminence du cerveau dans l'activité humaine. [23]

Or l'Astrologie pouvait représenter, au moins partiellement, cette voie d'ouverture à des


mondes sensibles et inexplorés de la psyché. Mais aucun astrologue contemporains ne
reconnaîtra que sa pratique relève plus du chamanisme que de la pratique du conseil
psychologique.

L'astrologie, à se faire si complaisamment avaler par le monstre scientifique, ne représente-t-


elle pas un alibi aux méfaits de celui-ci ?

L'astrologie comme exutoire


En échappant à sa propre histoire, l'astrologie devient un merveilleux exutoire à l'angoisse
née des illusions de la science. Car l'Homme moderne vit comme une exigence la soumission de
la nature à sa volonté. Quand celle-ci montre ses griffes, gronde et se fait meurtrière, au lieu de
devenir humble le petit Moi s'offense et s'insurge contre une telle indiscipline. L'Homme
moderne ne supporte pas d'être assujetti à des virus comme celui de l'hépatite ou du SIDA. Cela
est incongru !

De cette supposée indiscipline de la Nature et du corps naît chez le sujet l'angoisse qui
conduit à la consultation d'un devin chargé d'exorciser, de situer le mal. La consultation
conjointe du médecin et de l'astrologue serait alors censée rétablir l'harmonie de l'espace,
recréant un lieu stable, protégé des intempéries de l'espace, du temps et de la vie.

L'astrologue ne peut nier qu'il ait d'abord à répondre à la question : "Que faire ?" et non à
celle-ci: "Pourquoi?". Dans un monde nourri par l'illusion d'une toute puissance face à l'univers
tout entier, la validité de la réponse à cette question urgente devient un droit. La science s'y
refusant, non par déontologie mais par impuissance, l'astrologue devient l'instrument aisé pour
l'exécution d'un tel devoir. Pendant un siècle ce furent les psychanalystes qui furent chargés de
ce rôle mais la décadence de cette dernière, la voie redevint vacante pour les pythonisses de
toutes sortes.

La question est si sensible, si empreinte de valeur sacrée, chargée de mana que la plupart des
écoles modernes d'astrologie refusent de faire de la prédiction, et même de pudiques prévisions,
ce en quoi, paradoxe, elles rompent avec le projet de la science.

L'astrologie se trouve alors dans une position particulière, probablement sans précédent dans
l'histoire des sciences humaines. La voilà investie d'un rôle que son histoire et son public situent
du côté de la divination et de la révélation pendant que l'astrologue lui-même nie jusqu'à
l'existence de sa fonction de devin, se confinant alors dans le seul espace qui lui soit imparti par
la psychologie : la caractérologie et la cyclologie.

L'astrologie face à l'inconnu


Nous voilà revenus au XIXe siècle, outre que l'astrologie soit tout à fait inutile comme
caractérologie même si elle surpasse en finesse nombre de psychologies comportementales, il ne
s'agirait que d'une psychologie de surface. Les astrologues ont beau tenter de se débarrasser de
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leur histoire poisseuse d'occultisme, celle-ci leur colle à la peau, empeste leurs théories et pollue
leur discours. Car l'astrologie, c'est d'abord l'accès à l'inconnu conjugué aux trois temps, passé,
présent et futur. Sinon, nous devons nous demander s'il s'agit encore d'astrologie,
épistémologiquement parlant. Ce sera aux historiens de nous dire si l'astrologue contemporain
reste dans la ligne historique de sa discipline ou s'il l'a déjà quittée en voulant jouer au
psychologue sans en avoir tout à fait les moyens.

L'accès à l'inconnu par l'entremise d'un médiateur fait l'essentiel de tout média, mais c'est
aussi l'évocation du danger potentiel par la contamination aux forces de l'inconscient,
naturellement perçue comme porteuses de mort et d'extermination. Par sa charge ambivalente, le
sorcier peut ainsi opérer sur le réel mais il est aussi potentiellement apte à opérer en faveur des
forces de l'ombre. Quand on a constamment recours à l'éthique de la science on reconnaît
implicitement qu'une certaine forme d'Ombre a envahit le monde et que l'académisme ne peut
pas y faire face.

Voilà en quoi cet alibi des sciences, tout en cherchant une explication totale des phénomènes,
révèle, en même temps, un seuil à partir duquel on aperçut les forces ambivalentes de
l'Inconscient. Mais celle-ci se referma vite car la psychanalyse ne sut échapper à l'emprise de la
surpuissance de la science. On échappa donc à la reconnaissance de la dimension du mystère
sacré en l'Homme. Ce que Rudof Otto nomma "le numineux".

Voilà l'Homme moderne craintif et implorant face à une dimension qui occupe désormais le
champ de sa toute puissance. Mais, dans le même temps, l'orgueil salvateur le pousse à trouver
la solution dans l'existence de nouveaux sorciers.

Nous pouvons nous demander encore une fois si l'astrologue n'est pas comme un signe
indiquant de loin la direction pour sortir d'une trop grande platitude de la vie normalisante des
villes et des angoisses urbaines. Relier ainsi les trois dimensions du temps : passé, présent [24] ,
futur, c'est en quelque sorte et parfois maladroitement une certaine manière de renouer avec un
temps cyclique. De là découle la question de la prévision.

3. Le prédictif et le prévisionnel...
a) Le prévisionnel

Les astrologues savent bien que leur art repose sur un aspect essentiel qui se retrouve dans
toutes les mancies : le caractère prédictif. La distinction doit se faire entre prévision et
prédiction. Toute science se veut prévisionnelle, cela n'a rien de magique car c'est scientifique.

René Thom relève le caractère quasi universellement admis du "prédictif" des théories
scientifiques. "On va jusqu'à en faire le critère exclusif de la scientificité." affirme-t-il.

Ailleurs, la présentation d'un ouvrage d'histoire de la médecine évoque le caractère prédictif


de la nouvelle médecine : "Les auteurs entrevoient enfin une médecine prédictive qui, grâce à la
connaissance d'une partie de notre patrimoine héréditaire permettra de définir à l'avance les
points faibles de chacun de nous et d'individualiser nos facteurs de risques personnels" [25] .

Ainsi, ce qui est admis par le "scientifique" comme un critère constitutif devient vapeur
diabolique dès qu'il est question d'astrologie.

Un tel emportement subjectif est révélateur d'un "complexe" [26] de société et, donc,
fortement chargé d'affects. Ces comportements normalisateurs influent le courant astrologique
contemporain qui se livre quasi systématiquement à une autocensure. Et c'est probablement ce
qui jettera cette mancie dans la banalité, par fusion progressive avec l'ensemble des sciences
humaines. De ce point de vue, le tapage médiatique autour de la thèse d'Elizabeth Tessier n'est
qu'un signe avant coureur.

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L'astrologie, "ce n'est pas la prédiction!", crient les astrologues modernes, et cela sous
prétexte de scientificité!

On peut être médusé par ces allégations qui se présentent comme un discours prudent, car un
des aspects les plus importants de l'astrologie est ainsi occulté au profit d'une sorte de sécheresse
pseudo-scientifique. Même le psychologue sait bien que le juge qui l'a commis comme expert lui
demandera de prévoir les comportements de la personne qu'il sera chargé de juger. Ainsi quand
les principaux témoins, les astrologues se retranchent dans le no man's land de la rigueur, on se
demande ce qu'il demeure du révélé, du poétique dans l'acte astrologique.

Et du prédictif au prévisionnel se joue une singulière joute dont il n'est pas possible de tirer
profit tant les lacunes sont énormes entre la notion de révélation et ce que la science accepte de
valider comme événement objectif. Ce n'est pas le chercheur instrumentiste qui court le risque
de redécouvrir la Sainte Trinité comme une image qui s'imposerait à lui, l'astrologue, par contre
le pourrait... Si l'on suppose que la dimension révélée de l'invention est cruciale, il est sûr
cependant que l'astrologie s'en exclut par souci de normalisation.

b) Le prédictif
C'est la caractère prédictif qui vérifie bien souvent la cohérence d'une théorie.

Prévoir l'événement à partir de l'élaboration d'un plan de mouvement, c'est ce qui permettra
de donner forme et durée aux hypothèses. Que l'astrologie contemporaine perde ce caractère
pour des raisons d'alignement à des pseudo-usages scientifiques, cela cache-t-il un épuisement
théorique ?

Il est un fait, que le courant astrologique contemporain perd de vue les grands exercices
prédictif de fin d'année. Ce n'est pas forcément une preuve de bonne santé car comme nous
l'avons noté ce dernier est un des éléments de la théorie scientifique. Et il devrait être privilégié
dans l'astrologie.

Les prévisions et les prédictions obéissent à un schéma de présentation relativement repérable.

Au point final, nous trouvons :


a) L'histoire, le passé d'une situation,
b) Son état, sa manifestation, son caractère spécifique, ce qui rend toute expérience humaine
unique,
c) Les apocalypses ou ultime révélation mais aussi cata-strophe finale.

Toute cosmologie comporte une genèse et un cataclysme final, la physique moderne


n'échappe pas à la règle. Chaque théorie scientifique sécrète en même temps ses simulations de
cataclysme ultime. Ce n'est pas forcément nouveau et si cela n'est pas toujours utile au plan
technique, on ne peut douter qu'au plan imaginaire, une fonction importante se trouva ainsi
satisfaite. La catastrophe finale nourrit l'imagination une grande population d'inquiets toujours
prêts à se mouvoir pour une "bonne cause".

Dans le monde astrologique contemporain il est frappant de constater l'extrême pauvreté sur
ces points. L'héritage judéo-chrétien reste marquant à moins que la discrétion ne renvoie aussi au
même fantasme de scientificité par automutilation. Nul n'ose se pencher sur cette dimension des
mentalités contemporaines, alors que dans la foule les idées de destruction totale se consomment
comme pain quotidien.

Au plan où se place l'astrologie, comme métalangage, concevoir des apocalypses serait


normal et cohérent. L'élucidation d'une telle question par les courants modernes fait partie de la
recherche, des extrapolations et des applications que l'on fera d'une théorie astro-psychologique
générale.

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Jung, en son temps, s'est livré à diverses prospectives qui, tout en heurtant certaines idées
établies, n'en révélèrent pas moins la cohérence de la psychologie des complexes. [27]

Ainsi, du caractère prédictif, aux simulations des causes finales, il reste une place pour la
recherche dans le domaine de l'astrologie autant que des sciences humaines qui, elles-mêmes ne
se sont guère risquées à ce type d'exercice. De telles recherches n'auraient pas un but
métaphysique mais pourraient aider à la vérification d'une théorie générale de la psychologie et
qui reste à découvrir.

Quant à l'aspect global des cosmologies, le problème de leur cohérence et leur situation à
l'origine et à la limite de toute théorie scientifique.

c) Les processus cycliques


L'astrologie connaît une autre particularité intéressante laquelle repose sur l'utilisation de la
notion de cycle. Cette notion est très connue également des science naturelles mais il se trouve
que l'astrologie peut en tirer un profit particulier. En effet, il ne faut pas perdre de vue que les
vieilles religions astrales qui sont à l'origine de l'astrologie reposaient sur des cultes à caractère
saisonnier. Il a souvent été question de rituels agraires sans que pour autant la chose soit
prouvée. Il est sûr cependant que le caractère singulier de l'astrologie renvoie à la notion de
cycle circadien, circannuel mais aussi à des cycles beaucoup plus amples, ce sont ceux que nos
ancêtres situèrent dans les mouvements des planètes. C'est un des grands intérêts de l'astrologie
que de fournir un langage de lecture des grands cycles de la nature. A ce stade de notre
raisonnement peu importe que ces observations soient fictives ou non, l'important réside en la
familiarisation avec une notion de répétition incluse dans la nature même des choses. La
climatologie nous a déjà habitué à ce type de décryptage des faits et les études récentes sur les
cycles biologiques humains confirment de façon frappante les intuitions de l'astrologie. On a
aussi remarqué la puissance d'impact des explosions solaires sur les mouvements sociaux. Les
sages-femmes connaissent les affluences de plein lune dans les cliniques. Enfin il est tout à fait
singulier de repérer des cycles dans le "travail" du rêve et son évolution à l'intérieur de la
psyché. Les rêves se répètent en qualité selon des cycles qui recouvrent très exactement ceux
que l'astrologie repère. [28]

Il serait tout à fait possible de mettre à nu de multiples autres cycles à partir du moment où la
nature cyclique de la psyché serait admise et étudiée. En effet si nous nous en tenons à l'étude
des cycles naturels il est permis de connaître une foule d'informations qui seraient utiles si nous
les rapportions à la psyché.

Enfin il faut avoir à l'esprit que l'existence des cycles recoupe la question de la prédiction.
Connaissant un cycle il est tout à fait possible d'en inférer telle ou telle hypothèse sur le futur. La
base de raisonnement qui sert à prévoir le retour d'une lointaine comète peut tout autant servir au
plan de la psyché humaine. Les complexes ne sont-ils pas des astres psychiques se mouvant dans
l'espace interstellaire de la psyché ? C'est là un point singulier mais riche de promesses qu'il
convient de ne pas négliger. Les eldorados du futur ne sont-ils pas ceux de l'âme ? La métaphore
est un outil précieux de raisonnement et d'enseignement et nous pouvons grâce à elle passer du
plan concret et physiquement objectif des planètes à leurs contrepartie/symétrique psychique. Si
cela ne concerne aucune réalité concrètement enregistrable pas la science, ce peut être un jeu
poétique et c'est déjà beaucoup. Par la liberté que nous gagnons à nous dégager des
académismes.

4. cosmologies et anthropologie
a) Les frontières de la science
"Le discours cosmologique a introduit un certain nombre de conceptions révolutionnaires
dans la connaissance que nous pouvons nous former à propos de l'univers. Tout d'abord, à
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l'évidence, il a levé le vieil interdit kantien selon lequel on ne pouvait étudier le cosmos dans son
ensemble.

Puisque l'univers n'est plus seulement un "objet" comme on le pensait auparavant mais que
nous avons pris clairement conscience que nous en faisons partie et que, de façon subtile, nous
en somme des participants.

Seconde révolution, l'univers est le sujet d'une histoire." [29] Michel Cazenave parle autant
de globalisme que de cosmographie.

C'est aussi ce qu'exprime le jeu poétique de la caverne : nous voyons uniquement la réalité
qui nous échappe et qui nous échappera toujours. Mais nous n'en voyons qu'un reflet momentané
sur l'écran intérieur de notre psyché, y voyant se jouer notre réalité individuelle.

Autrement dit, toute cosmologie participe d'une tension pour ordonner le chaos. Rien ne dit
que la réalité - si celle-ci est ! - existe ainsi comme vérité universelle et éternelle. La conscience
soucieuse de trouver ordre et stabilité à tout peut se trouver prise au dépourvu d'une telle
conception relativiste du monde. Qu'importe, car à l'intérieur de toute cosmographie, l'univers
s'ordonne et trouve une cohérence. L'important n'est-il pas de s'abandonner à l'instant, jetant
dans l'infini toutes les ressources de notre personnalité ? Mais comment prendre ce risque ?
Troisième raison de consulter une pythonisse.

Passé, présent et futur s'articulent selon des lois qui nous sont accessibles. Il existe des
articulations évidentes entre le passé, le présent, le futur et nous. La notion de médiateur prend
une importance insoupçonnée. Que les médiateurs soient charnellement perçus ou qu'il
appartiennent à des sphères plus psychiques.

C'est ce qui importe psychologiquement, car c'est le moyen de trouver un ordre, une
cohérence au tissu corporel et à la trame de vie.

Le scientifique lutte de manière quasi forcenée contre la notion d'infini, de singularité ou de


chaos. Parmi ces aberrations, Dieu, ou Diable, pourraient cacher quelques dessein irrationnels,
continuant ainsi à nier l'existence du Savant, et cette idée est insupportable.

Dans les cosmologies modernes, Dieu n'existe pas, tout juste pourrait-il s'appeler hasard.
Mais depuis les travaux de Jung, la synchronicité héberge Dieu et son âme. Et dans le même
temps, la plupart des scientifiques s'accordent pour reconnaître les outrances de la science et le
besoin de recourir à la mesure de ses abus. Non pas soumettre la Nature mais l'apprivoiser
comme le formulerait Epictète. Cela implique d'aller plus loin que les morales et les hygiènes de
surface qui visent un but précaire de préservation et de maintien dans une stase sans invention ni
avenir. Moins cela bouge et plus l'individu se sent en harmonie - en réalité dans l'antichambre de
la mort.

Ultime raison de consulter l'astrologue : "Comment puis-je faire l'économie de l'invention, de


l'aventure et de l'insécurité ?" [30]

Paradoxe auquel peu d'astrologues ont répondu. Comment se préserver de la vie ? Cela paraît
si aberrant dans la formulation qu'il est impossible d'avancer une quelconque réponse. Tout dans
nos idéologies "zoofères" se construit sur un projet de vie. Elle est partout cette vie mais quand
elle arrive vraiment, par le mouvement, le vent du changement, elle passe pour un virus. Et
l'espoir vient de s'en protéger en la diabolisant. La divination finit par se résoudre en un acte
préservatif.

b) Questions sur la divination


Quels rapports l'astrologie entretient-elle avec la divination ? Et d'abord, qu'évoque ce mot
"divination" qui fait si peur aux astrologues contemporains. Et pourquoi l'aspect divinatoire de
sa discipline lui fait-il donc tracas ?
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Cette frayeur est-elle révélatrice d'une tendance contemporaine au magisme que l'astrologue
serait censé assumer plus que ses collègues psychologue ou philosophe ?

Il y a des fréquentations qui présentent des risques. On ne se dresse pas sur les ruines
fumantes de l'occultisme sans être quelque peu éclaboussé.

Cette vieille promiscuité nauséabonde de l'astrologie ne prédispose-t-elle pas à des


théorisations fondées sur des conceptions rétrogrades ?

Ne sommes nous pas une civilisation qui a peur des pères et des maîtres comme le disait si
bien J. P. Sartre: "Le lien de paternité est pourri!".

Ces vieilles odeurs ne sont-elles pas alors à la base de l'effort tinanesque de l'astrologie pour
chercher une une reconnaissance universitaire, sociale ou scientifique? On est d'autant plus
fasciné par les lumières de la ville que l'on habite dans les bidonvilles.

Mais si l'on accepte cette aventure de l'esprit qui naît à l'exact conjonction de la poésie et de
la rigueur, il vient soudain l'idée que l'astrologie pourrait médiatiser quelque chose de ces dieux
que la modernité a si vite enterrés. L'astrologie peut contribuer par l'étude des théophanies, à
l'émergence d'une psychologie de l'Homme Total. Cette manière de renouer avec les expériences
chamaniques de l'extase. La réunion de deux êtres autour d'un cercle fermé pour dialoguer avec
des dimensions autres - c'est ce qu'est l'astrologie - constitue une sorte de balbutiement de
cérémonie chamanique. Pourquoi s'engoncer timidement dans sa morosité et son quant-à-soi
quand il paraît possible de s'aventurer sur des terres marquées par les millénaires ?

De même, le recours à l'esprit psychanalytique nous montrera comment, par la rencontre de


ces deux souffles, l'homme moderne peut retrouver le chemin de la Beauté comme révélation
fondant ainsi une éthique de l'être présent réconciliation du Moi et l'Autre de "Je" et mon
"Maure".

L'astrologie réunit des dimensions importantes que l'on retrouve dans les grands rites que
l'humanité a préservés. Fondé d'abord sur une représentation du monde, une cosmographie, l'acte
astrologique implique également une invocation ou une prière, tous deux exercices simples de
concentration ou de méditations aux implications puissantes et inopinées. De plus, dans la
séance astrologique se repère un comportement de mise en transe qui en fait une véritable
cérémonie de prise de contact avec le sacré, avec la dimension in-nommable de l'être. Celle avec
laquelle on sait devoir composer sans avoir toujours les moyens ni la force d'un dialogue qui
favoriseraient une meilleure dynamique psychique.

Si, à 67 ans François Roustang retrouve la fonction primordiale de cette médiation - sans
jamais évoquer l'astrologie - n'est-ce pas aussi que, dans l'au-delà de la psychanalyse et dans le
dévoilement de ce que l'on nomme astrologie, il existerait des territoires communs? Sans avoir à
évoquer le caractère unique, universel ou local d'une divinité, n'y a-t-il pas matière à réflexion et
prétexte à se pencher sur les antiques exercices spirituels qu'un certain anticléricalisme avait
chassé du champ du savoir ? Mais quand les prêtres sont plutôt les psychanalystes rien
n'empêche plus de se pencher sur ces ascèses qui, pour la plupart, s'appuyaient sur un cercle
figurant l'Univers et à l'intérieur duquel se jouait au figuratif la vie de chacun.

N'est-ce pas cette figuration que le client de l'astrologue viendrait retrouver, y voir
représenter les personnages de sa vie intérieure, s'en emparant, pour en délester l'astrologue et
recomposer ainsi l'ordre de son monde devenu un instant vacillant. L'astrologue ne serait alors
que l'instrument bien involontaire d'un rite antique de renouvellement et de repérage du monde
que l'Homme moderne, plutôt une "certaine instance" en l'Homme moderne, aurait recréé à l'aide
des instruments du moment.

Qu'importe alors le discours astrologique ?

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Conclusion
Il y a des millénaire, Epicure avait déjà nommé le phénomène du magnétisme, son élève
Epictète en arriva à une véritable théorie des influences qui anticipait sur les découvertes de la
psychanalyse et sa suite. L'astrologie, ersatz d'un antique savoir qui fut puissant et fondateur de
civilisation, ne porte-t-il pas en lui les germes d'une mémoire du futur ? Telle est la question que
je pose aux jeunes chercheurs. La condition, ne serait-elle pas alors de se dégager tant des tutelle
du savoir doctrinaire que des postulats de l'astrologie elle-même, ou de la psychanalyse ?
Inventer une science des complexes - aster - inspirée du patrimoine divinatoire de l'humanité
sans rien avoir à sacrifier aux astrologues.

[1] - Installée rue Lecourbe à Paris... « Texte

[2] - Gallimard, Paris 1979. « Texte

[3] - Voir certains de ses exposés sur ce site. « Texte

[4] - C'est là, dans nos sociétés, un réflexe de défense inconscient contre une "contamination psychique". Et cela
relève vraiment de l'anthropologie. En obéissant ainsi à ce mécanisme la plupart des élites intellectuelles ne savent pas
qu'elle reproduisent une attitude très antique que le peuple avait face aux sorciers mais aussi à l'égard de tous ceux qui
pouvaient être contaminés par les effluves de l'au-delà, les guérisseurs, les prêtres, les devins, les étrangers, les poètes,
les "médiateurs" en quelque sorte. D'où, ne l'oublions pas le terme "médecin", "thérapeute". « Texte

[5] - Briser le toit de la maison, article la créativité et ses symboles, par Mircea Eliade, Gallimard - Essais, 1986 «
Texte

[6] - Le signe zodiacal du Scorpion, éd. Mouton - CNRS, Paris 1984. « Texte

[7] - In Grande encyclopédie des sciences occultes, 1947. « Texte

[8] - Les termes synchrone, synchronisme et synchronicité reviendront souvent. Il convient de préciser que l'acception
jungienne diffère sensiblement de celle de l'historien. Cf. Jacques Halbronn, notamment. « Texte

[9] - Ancien et Mystique Ordre de la Rose Croix, une congrégation de même origine que la Franc maçonnerie mais
moins connue. Un Ordre Martiniste, d'inspiration mystique chrétienne lui est adjoint.« Texte

[10] - Centre de documentation de la Faculté Libre d'Anthropologie de Paris. Inédit. « Texte

[11] - Cf. J. Halbronn, déjà cité.« Texte

[12] - Psychologie académique, mâtinée de psychanalysme, que j'appelle primaire au regard d'autres "psychologies"
contemporaines en cours d'élaboration et qui commencent à inclure l'astrologie dans leur champ théorique et pratique.«
Texte

[13] - J'en reste à ces mots vagues pour l'instant. Comme tout le corps de l'étude est autour du symbole, on ne se
lassera pas d'y revenir. « Texte

[14] - Influence, éd. de Minuit, 1991.« Texte

[15] - Mircea Eliade, opus cité, p.86,87.« Texte

[16] - René Thom, Paraboles et catastrophes, Flammarion, 1983.« Texte

[17] - Ch. Perrin de Brichambaut : Science et Hasard in revue N?, 1985 : Lierre et Coudrier . « Texte

[18] - Hexagrammes N° 2, 1ère édition, Centre Johi, 2e éd. Lierre & Coudrier, 1991. « Texte

[19] - La femme essentielle, Paris, éd. Imago. « Texte

[20] - Mes études et mes intérêts m'ont donc conduit à étudier plus précisément ces questions. C'est ce qui m'a permis
de nuancer des propos souvent abusifs sur la promiscuité apparente de l'art et de la folie. Ces recherches m'ont alors
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08/06/2019 Une Anthropologie de l'Astrologie par Illel Kieser

amené à aborder le phénomène prophétique tel qu'il nous apparaît d'abord dans la Bible puis au cours de l'histoire des
religions monothéistes. « Texte

[21] - Je ne nie pas cette conscience chez l'individu, je parle là d'une fonction. Je ne tiens pas à ce que l'on me prête
des propos désobligeants à l'égard de personnes qui n'en peuvent mais. Moi-même, suis à la même place qu'eux,
impuissant à réagir, terrassé par ce qui se passe. Mais nous avons des moyens pour réintégrer le champ de la culture et
faire en sorte que les choses les plus impossibles se mettent à changer. « Texte

[22] - Voir notamment le numéro d'août de Sciences et Vie, 1991. « Texte

[23] - In Conscience de, Politique et cour des hommes, octobre, 1991, éd. Lierre & Coudrier. « Texte

[24] - La sexualité me semble appartenir à la dimension présente, horizontale, comportementale de la personne


humaine. Les autres dimensions appartiennent à une composante que nous essayons de cerner. « Texte

[25] - J. Ruffie, J.C Sournia, Les épidémies dans l'histoire de l'homme Flammarion Paris 1984.« Texte

[26] - Noud énergétique, lieu de concentration d'affects qui empêchent la différenciation. « Texte

[27] - Un bel hommage serait rendu à la psychologie des complexes en montrant que celle-ci est fiable dans un
analyse du monde moderne et dans l'élaboration de prospectives à grande échelle.« Texte

[28] - Recherches de La Faculté Libre d'Anthropologie de Paris, service de documentation. « Texte

[29] - Michel Cazenave : in Chaos et Cosmos, P. 16O/161, ouvrage collectif, Edition Le Mail 1986. « Texte

[30] - Consulter les réflexions que François Roustang livre à ce sujet in Concsience de, opus cité. 17 « Texte

Note Éd.: Illel Kieser est psychologue clinicien et anthropologue (voir son site Hommes et
Faits). Ce texte, paru à Paris (Lierre et Coudrier) le 15/08/1991, a été revu et corrigé à
Toulouse le 17/01/2002.

Référence de la page :
Illel Kieser: Une Anthropologie de l'Astrologie
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