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INTRODUCTION

En s’appuyant sur les règles qui les organisent, les institutions administratives ne
peuvent accomplir leur mission dans la société que si elles correspondent à cette société. A
cet égard, l’originalité du droit administratif des Etats africains de succession française a été
établit à partir de l’observation de la société profonde. En effet, le système administratif ne
peut être étudié sans tenir compte des réalités particulières du milieu social. Il faut alors au
droit administratif un encrage social pour se positionner comme un outil de liberté, de
sécurité, de paix, de gouvernance et de développement. Mais comment y parvenir dans un
environnement socio politique marqué par des menaces à la paix, la sécurité et la santé, à la
liberté, à l’identité et même à la foi ?

Les flux de personnes et des biens à travers les frontières étatiques étant accéléré par les
TIC (technologies de l’information et de la communication), la régulation sociale est devenue
fort « complexe ». L’Etat dont la raison d’être est de servir l’intérêt général devient très
perméable aux intérêts particuliers, le citoyen censé trouver son épanouissement au sein de
l’Etat par le respect de l’ordre établit estime ne rien lui devoir mais exige tout de lui.

Le droit administratif est donc appelé à s’affirmer aujourd’hui comme un droit de


l’action. L’administration devrait réagir aux multiples défis de l’heure, anticiper sur les
éventuels problèmes et demeurer le bras séculier de l’exécutif, toujours plus agissant et plus
entreprenant. Ceci revient à dire qu’elle devrait à tout moment prévoir, préparer, informer et
exécuter. Au vu de ces considérations, l’on examinera successivement les principes directeurs
(Titre 1), les moyens normatifs (Titre 2) et les finalités de l’action administrative (Titre 3).

TITRE 1 : LES PRINCIPES DIRECTEURS DE L’ACTION


ADMINISTRATIVE
Dans un Etat de droit, l’action administrative ne saurait être la manifestation du bon
plaisir des agents. En l’absence de toutes règles obligatoires, ceux-ci (les agents) pourraient
céder à l’arbitraire. La soumission au droit a donc été consacrée en droit administratif à
travers le principe de juridicité ; que l’administration se soumette au droit ou non, elle est
tenue de répondre aux conséquences préjudiciables de son action. C’est ce qui amène à
étudier tour à tour le principe de juridicité (chapitre 1) et celui de responsabilité (Chapitre 2).

CHAPITRE 1 : LE PRINCIPE DE JURIDICITE

Anciennement appelé principe de légalité, et actuellement désigné principe de


juridicité selon la terminologie de Charles EISENMANN, ce principe est au cœur de l’action
administrative. A l’origine, il renvoyait à une obligation pour l’administration de respecter la
loi. A l’heure actuelle, le principe de juridicité postule une exigence pour toute institution

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administrative de respecter le droit, on parle alors de principe de juridicité pour signifier que
l’administration doit respecter non seulement la loi mais encore l’ensemble des règles
définissant les modalités de son fonctionnement et le contenu de l’intérêt général. Le principe
de juridicité sera ainsi abordé dans ses contours (Section 1) ainsi que dans ses limites (Section
2).

SECTION 1 : LES CONTOURS DU PRINCIPE

Le principe de juridicité implique un triple rapport de l’action administrative aux règles


qui s’imposent à elle : le rapport d’habilitation (Paragraphe 1), de conformité (Paragraphe 2)
et celui de compatibilité (Paragraphe 3).

PARAGRAPHE 1 : LE RAPPORT D’HABILITATION

« Habiliter » c’est rendre apte à agir. Pour cela, le rapport d’habilitation s’exprime par
la nécessité d’attribuer un pouvoir d’action à un agent public pour qu’il puisse intervenir
valablement dans un champ donné de la vie administrative. A la différence de la capacité qui
permet à l’homme de choisir son action dans divers domaines de la vie. Toute activité
administrative doit être fondée sur une attribution textuelle ou jurisprudentielle. S’il était
laissé aux agents publics la possibilité d’agir ou bon leur semble, le désordre aurait été
incontrôlable dans les services et les citoyens en auraient été les premières victimes.

La soumission de l’administration au droit n’est dont envisagée que si les autorités qui
la représentent agissent sur autorité de l’ordre juridique c'est-à-dire sur la base d’un texte. Le
pouvoir est attribué à l’agent public à l’effet d’adopter ce type d’acte : on dit qu’il a la
compétence de sa compétence. Faute de cette compétence, ses actes seraient dépourvus de
validité juridique et réduits à des manifestations de pure force. Selon le cas, le juge déclare de
tels actes entachés d’incompétence ou frappés d’inexistence (conseil d’Etat -31 Mai- 1957
ROSAN GIRARD) ou encore constitutifs de voies administratives (CFJ, cour fédérale de
justice 17 Octobre 1958 MVE NDONGO Abraham contre NGABA Victor).

Toutefois, la compétence attribuée à l’agent public ne s’exerce que dans certaines


limites et dans un degré de pouvoir déterminé, on distingue alors le pouvoir réglementaire de
la décision individuelle. En droit positif camerounais par exemple, le Président de la
république est le représentant de l’Etat dans tous les actes de la vie publique et à ce titre, il
exerce le pouvoir réglementaire général. Il peut déléguer ce pouvoir au premier ministre et
aux ministres ; le pouvoir réglementaire délégué est par nature limité. Justifiant de son
habilitation, l’agent public doit agir conformément au droit.

PARAGRAPHE 2 : LE RAPPORT DE CONFORMITE

Le rapport de conformité astreint l’administration non seulement à agir mais également


à agir dans le sens des prescriptions juridiques. L’obligation d’agir pèse sur l’agent public.
Lorsque les conditions légales de sa compétence sont remplies, l’agent public ne saurait
refuser d’agir. Le faire reviendrait à substituer sa volonté à celle de l’autorité investie du
pouvoir de régler sa compétence. C’est ainsi que l’article 35 du statut général de la fonction
publique (décret du 12 Octobre 2001) dans la ligne de l’arrêt « société Maritri », arrêt rendu

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par le tribunal d’Etat (TE 1960) pose l’obligation pour le fonctionnaire de servir et de se
consacrer aux services. C’est dire que le fonctionnaire doit servir personnellement avec
diligence, respect de la chose publique et sens élevé du professionnalisme.

La conformité exige que l’administration soit secundum legem c'est-à-dire que ses
actes doivent se référer au droit et exister d’après le droit.

Le rapport de conformité implique la contrariété de l’action administrative au droit.

PARAGRAPHE 3 : LE RAPPORT DE COMPATIBILITE

Il pose l’obligation pour l’administration de ne pas se heurter à la réglementation


existante même si elle ne s’y réfère pas expressément. A bien des égards, le pouvoir des
agents publics existe en dehors de toute habilitation. En effet, la diversité des interventions
administratives et les aléas auxquels donne lieu l’exécution des lois ont conduit à admettre
que les administrateurs puissent prendre spontanément des mesures réglementaires. Dans ce
cas, on parle de pouvoir réglementaire autonome (conseil d’Etat 28 Juin 1918, HEYRIES).
Les autorités centrales décentralisées et déconcentrées exercent ce pouvoir réglementaire
autonome ; en outre, il a été consacré un pouvoir d’organisation et de direction du service en
faveur de tout responsable administratif (conseil d’Etat 07 février 1936 JAMART).

Tel qu’il vient d’être présenté, la tentation est grande de croire que le pouvoir
réglementaire autonome est exempt de toute règle de droit. Le professeur René CHAPU fait
donc bien de souligner à ce propos « pour exempt qu’ils soient du respect des lois, les
règlements autonomes sont pas entièrement affranchis de toute soumission au droit ».

Cet auteur démontre que ces règlements en appellent au préambule de la constitution


qui énonce les grands principes républicains relatifs aux conventions en vigueur ainsi qu’aux
principes généraux du droit élaborés par le Juge.

Le rapport de compatibilité suppose que l’action administrative s’exerce


« praeterlegen » c'est-à-dire sans remettre en cause les textes en vigueur (fonction supplétive).
Toutefois, le principe de juridicité n’emporte pas une soumission de l’administration au droit
en tout et pour tout.

SECTION 2 : LES LIMITES DU PRINCIPE

L’action administrative est dans certaines situations et dans certains domaines


relativement libérés de l’emprise des textes. Cela se vérifie en matière d’actes in justiciables
(Paragraphe 1), de pouvoir discrétionnaire (Paragraphe 2) et de circonstances exceptionnelles
(Paragraphe 3).

PARAGRAPHE 1 : LES ACTES INJUSTICIABLES

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Pour des raisons d’efficacité, certains actes de l’administration ont été mis à l’abri du
contrôle juridictionnel ; il en est ainsi des actes de gouvernement (A), des actes bénéficiant
d’une immunité juridictionnelle (B) et es actes à faible normativité (C).

A/ LES ACTES DE GOUVERNEMENT

Ces actes sont ceux que les autorités exécutives supérieures adoptent non pas dans la
fonction administrative mais dans ma fonction gouvernementale.

Les actes de gouvernement sont apparus en France sous le critère du mobile politique
dès 1822, le conseil d’Etat applique ce critère dans l’arrêt LATIFFE en rejetant le recours du
banquier sus nommé qui demandait le paiement d’arrérage d’une rente que lui avait cédée la
princesse BORGHESE, membre de la famille BONAPARTE. La raison avancée par le Juge
étant que la réclamation du sieur LATIFFE tenait à une question politique dont la décision
appartenait exclusivement au gouvernement (conseil d’Etat 01 Mai 1822). Quelques
décennies plus tard, le conseil d’Etat a réintégré la mobile du critère politique à propos de la
saisie d’un ouvrage d’histoire appartenant au DUC D’AUMAL et le refus de lui restituer les
exemplaires du fait qu’il critiquait le gouvernement en place (CE 09 Mai 1867 DUC
D’AUMAL et Michel LEVY). Dans ces affaires, la jurisprudence protégeait la raison d’Etat
au détriment de la légalité des droits ; l’acte de gouvernement apparaissait alors comme un
outil de domination des citoyens par l’Etat et de violation de leurs droits.

C’est dans ce sens que Charles DESAINT EVERMOND souligne pertinemment que
« la raison d’Etat est une raison inventée par la politique pour autoriser ce qui se fait sans
raison ». Pour cette raison, cette conception des actes de gouvernement a été abandonnée sous
la 3èmerépublique. L’arrêt prince Napoléon a déclenché cette révolution (19 Février 1875).
Dans cette affaire, le prince Napoléon BONAPARTE, nommé général de division en 1853 par
son cousin Napoléon III, avait été écarté de l’annuaire des généraux qui parut pour la
première fois après la chute de ce dernier. Il demanda au ministère de la guerre s’il s’agissait
d’une inadvertance ou d’une omission volontaire, le ministre lui répondit que son nom n’avait
pu être porté sur l’annuaire parce que sa nomination au regard des textes se rattachait aux
conditions particulières d’un régime politique aujourd’hui disparu et donc, elle subissait
nécessairement la caducité.

Manifestement fondée sur un mobile politique comme les affaires précédentes, cette
décision a été connue par le Juge administratif. En acceptent de contrôler le refus de
prononcer par le ministre de la guerre, le conseil d’Etat a mis fin au critère du mobile
politique. A ce jour, les actes de gouvernement peuvent être identifiés à partir de critères
objectifs. Entrent ainsi dans ces catégories :

Les actes concernant le pouvoir exécutif et le parlement (par exemple, la


promulgation des lois, la dissolution de l’assemblée, la convocation d’une session
extraordinaire.
Les actes concernant les rapports entre le pouvoir exécutif et le code électoral
qui constituent une forte pression de la souveraineté (l’acte de convocation du corps

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électoral), mise en œuvre des pouvoirs exceptionnels, nomination d’un membre du
conseil constitutionnel.
Les actes intervenant dans les relations internationales de l’Etat (ratification et
exécution des traités, extradition d’une personne mise en cause (arrêt CE 03 Juillet
1996).

De manière générale, les actes de gouvernement sont en net recul en droit positif
français ou du reste la doctrine préconise le contrôle de ceux-ci par le juge constitutionnel.

En droit positif camerounais, les actes de gouvernement ont été consacrés sur leur
conception objective. En effet, dans le jugement du 30 Mai 1969, KOUANG Charles contre
Etat du Cameroun, le Juge affirme : « c’est la matière à laquelle ils sont relatifs qui
déterminent les actes de gouvernement. Ainsi, les actes qui ont trait aux rapports du
gouvernement avec le parlement et ceux à caractère international et diplomatique ». Dans la
suite, il ajoutera dans l’affaire de ESSOMBA Marc Antoine  du 19 Novembre 1969 à propos
d’autres types d’actes de gouvernement lorsqu’il cite notamment: « les actes par lesquels sont
déterminés les modalités à l’élection de l’assemblée nationale, les actes portant convocation
du corps électoral en vue de l’élection à l’assemblée nationale, les décisions du gouvernement
relatives à son pouvoir d’initiative des lois ».

Ainsi identifiés, les actes de gouvernement ne pourraient être assimilés à d’autres actes
bénéficiant d’une simple immunité juridictionnelle.

B/ LES ACTES BENEFICIANT D’UNE SIMPLE IMMUNITE JURIDICTIONNELLE

Dans un contexte où l’autoritarisme était considéré comme un gage de la mise en place


d’un Etat fort, le législateur du Cameroun avait soustrait certains actes de tout débat
contentieux.

C’est dans ce sens que la loi du 26 Juin 1964 Portant répression du terrorisme avait
prescrit l’irrecevabilité des actions dirigées contre la république fédérale des Etats fédérés et
les autres collectivités publiques dans le but d’obtenir réparation des dommages occasionnés
par les activités terroristes ou par la répression du terrorisme.

La loi de 1980 s’inscrit dans la même lignée et annule pour toutes les juridictions, les
contestations pendantes et à venir, relatives à la désignation des chefs traditionnels. Par
ailleurs, la loi du 22 Décembre 2003 exclue de toute cour les actes de délimitation des
circonscriptions administratives et des unités de commandement. C’est le lieu d’observer que
tous les actes énumérés ci-dessus ne sont pas susceptibles de recours sans pour autant être des
actes de gouvernement.

C/ LES ACTES A FAIBLE NORMATIVITE

Par acte à faible normativité, il faut entendre des actes dont les effets sont mineurs ou
négligeables, il peut s’agir entre autres :

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- De simples mesures d’orientation (directive, circulaire instruction de service)
qui véhicule la doctrine administrative dans une matière précise.

S’agissant des circulaires, la jurisprudence a beaucoup évolué. En 1954, le conseil


d’Etat avait posé la distinction circulaire interprétative (non normatrice) et circulaire
réglementaire (normatrice) (institution notre dame de Kreisler). Selon la note de juridiction,
les premières circulaires sont insusceptibles de porter préjudice et restent pourtant
inattaquables, contrairement aux secondes.

Plus tard, le conseil d’Etat va sacrer la distinction circulaire impérative (attaquable


parce que proférant une menace)/ circulaire non impérative (dépourvu de tels caractères). Voir
à cet égard l’arrêt du 08 Décembre 2002, Madame DUVIGNERE.

Les actes à faible normativité sont souvent des mesures d’ordre intérieur qui ont pour
rôle d’assurer la discipline minimale au sein de chaque administration. Il peut leur être associé
les mesures indicatives comme simple renseignement aux usagers ou encore des mesures
confirmatives à l’instar des actes d’approbation.

Toutes ces mesures aux effets juridiques négligeables sont justifiées par le principe
selon lequel « le Juge ne s’occupe pas des affaires mineures ». L’intérêt en est que le Juge ne
devrait pas entraver l’exercice du pouvoir hiérarchique et provoquer l’insubordination des
agents à travers des interventions fréquentes.

PARAGRAPHE 2 : LE POUVOIR DISCRETIONNAIRE

Dans l’expression pouvoir discrétionnaire, l’idée de discrétion renseigne sur l’existence


d’un choix libre dans la prise de décision. Tenir quelqu’un ou chose à sa discrétion c’est
pouvoir en faire ce que l’on veut. Le décideur est parfaitement libre du parti qu’il prend ou de
l’attitude qu’il adopte. Il lui appartient de nommer tel agent plutôt que tel autre, d’accorder
une permission ou non, d’affecter à tel lieu et non à tel autre. Il est reconnu au décideur la
liberté d’appréciation et de choix dont il fait l’usage sans l’exposer à des débats contentieux.
Cependant, la discrétionnalité elle-même a une mesure. En effet, elle tire sa source d’un
certain nombre de lois réglementaires qui ne déterminent pas de manière stricte et rigoureuse
de l’action de l’autorité qu’il s’agit. La règle véhiculant le pouvoir discrétionnaire est
formulée en « peut pourra » et non en « doit devra ».

Le pouvoir discrétionnaire s’oppose à la compétence liée. Ce pouvoir se ramène à la


possibilité de choix laissée à une autorité devant une alternative légalement prévue tandis que
la compétence liée oblige l’autorité à agir dans un sens précis sans aucune possibilité
d’appréciation et de choix. Selon Charles EISENMANN, « le pouvoir discrétionnaire
constitue l’essence, le tout original et le monopole de l’administration ». Force est cependant
de reconnaitre qu’en dehors des cas extrêmes ou le pouvoir administratif peut être absolument
discrétionnaire ou absolument lié, ce pouvoir s’accompagne généralement de ces deux
modalités. Elles coexistent en lui. Pour cette raison, le Juge administratif peut effectuer un
contrôle minimum du pouvoir discrétionnaire, un tel contrôle portant sur les motifs de l’acte

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en cas de détournement de pouvoir ou sur l’erreur manifeste d’appréciation des implications
juridiques d’une situation de fait.

Statuant sur l’opportunité des actes issus du pouvoir discrétionnaire, le Juge tend à lier
ce pouvoir.

PARAGRAPHE 3 : LES CIRCONSTANCES EXCEPTIONNELLES

Après avoir élaboré la théorie des pouvoirs de guerre après la première guerre mondiale,
le conseil d’Etat a atténué le principe de juridicité dans les circonstances autres que la guerre.
C’est dans ce sens qu’il a élaboré la théorie des pouvoirs de crise ou de circonstances
exceptionnelles. Cette théorie admet que l’administration soit dispensée des règles valables et
leur application dès lors que celles-ci sont en mesure de compromettre son action au regard
des circonstances. En effet, lorsque l’application de la légalité met à mal les fin ou but que le
droit a pour mission de servir, il faut, comme le recommande MONTESQUIEU « il jetait
momentanément un voile comme l’on couvre les statuts des dieux ».

La jurisprudence ne conçoit cependant pas les circonstances exceptionnelles de façon


générale ou abstraite, c’est à l’occasion d’un litige qu’elle admet que la violation de la légalité
soit en quelque sorte excusée.

Pour que la théorie des circonstances exceptionnelles s’applique, deux conditions


doivent être remplies :

Les circonstances doivent être graves, anormales et imprévues (trouble grave,


émeute générale, cataclysme naturel…) ;
Les circonstances doivent avoir mis l’autorité administrative dans
l’impossibilité de respecter la légalité normale pour des raisons matérielles ou
juridiques.

Les circonstances exceptionnelles ont été établies selon ces conditions dans les arrêts
ERIES et DANE DOL& LAURENT (CE 28 Février 1918). Dans la première affaire, la
révocation du Sieur ERIES en violation de communication préalable de son dossier, avait été
jugée valable au non des circonstances exceptionnelles créées par les IGM. Et dans la
deuxième affaire, les mêmes circonstances avaient justifié l’interdiction faite par le préfet de
Toulon au tenancier de café de recevoir des filles galantes, et le refus par le Juge d’annuler
cette interdiction comme le réclamaient les intéressés.

Du fait des circonstances exceptionnelles, l’autorité administrative peut transgresser les


règles de compétence (voire la théorie du fonctionnaire de fait appliquée dans l’arrêt
MARION du 5 Mai 1948), de forme (arrêt ERIES) et même de fond. Dans ce dernier cas, une
voie de fait administrative devient aux yeux du Juge une simple bavure policière soumise à un
contrôle ordinaire (tribunal des conflits, 27 Mars 1952, dame Lamurette).

Cependant, les atteintes à la légalité doivent rester strictement limitées à ce qui est
nécessaire et la durée de circonstance car la responsabilité de l’administrateur pourrait ne pas
être exclue.

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Au Cameroun, l’accession à l’indépendance n’avait pas dissipé les luttes nationalistes
et les rivalités tribales, les nouveaux dirigeants du jeune pays indépendant étaient confrontés à
une sorte de guerre civile qui avait conduit selon les termes du professeur Joseph OWONA à
« l’institutionnalisation de la légalité d’exception en droit public camerounais ». De nos jours,
l’article 9 de la constitution prévoit les circonstances exceptionnelles que sont :

- L’état d’urgence ;
- L’état d’exception.

Lesquelles sont aménagées par la loi.

CHAPITRE 2 LE PRINCIPE DE RESPONSABILITE ADMINISTRATIVE

Comme toute activité humaine, l’activité administrative peut causer un tort à autrui, ceci
est d’autant plus probable que l’administration se déploie dans de activités extrêmement
diverses ; à l’occasion de ces activités elle met en œuvre des prérogatives de puissance
publique et en contrepartie, il pèse sur elle une obligation de répondre des conséquences
dommages de ses interventions : c’est la responsabilité administrative. Cette responsabilité
sera envisagée comme celle résultant de la gestion quotidienne des services publics, à
l’exclusion d’autres types de responsabilités. En outre, l’on prendra uniquement en compte sa
dimension extra contractuelle.

Depuis l’arrêt BLANCO, il est affirmé que la responsabilité de l’Etat sort de l’orbite du
droit privé, elle obéit au régime administratif c'est-à-dire à l’ensemble de règles spéciales
contrôlées par une juridiction spéciale ; ce régime sera mis en lumière à travers le fait
générateur de responsabilité (Section 1) et les modalités de réparation lorsque les conditions
sont réunies (Section 2).

SECTION 1 : LE FAIT GENERATEUR DE RESPONSABILITE

La responsabilité administrative peut résulter d’un fait fautif (Paragraphe 1) ou d’un fait
non fautif (Paragraphe 2) dans le premier cas, on parle de responsabilité pour faute et dans le
second cas, de responsabilité sans faute.

PARAGRAPHE 1 : LE FAIT FAUTIF

Par ce terme générique, l’on distingue, les actes, les abstentions, les omissions ou les cas
de négligence de l’administration. Ces faits doivent être constitutifs d’une faute c'est-à-dire
selon PLANIOL « un manquement à une obligation préexistante ». De manière générale, on
distingue la faute personnelle de celle de service (tribunal de conflit 30 Juillet 1873
PELLETIER).

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Au Cameroun, le Juge a plutôt consacré les fautes causées par l’agent public qu’il
distingue de celles résultant d’un disfonctionnement de service public. On parle donc de faute
de l’agent et la faute du service public depuis l’arrêt LITTY HERMANN contre MBELECK
du 08 Juillet 1967.

S’agissant de la faute de l’agent, il faut distinguer la faute personnelle de la faute de


service, sous l’arrêt aumônier Carroll (tribunal des conflits 05 Mai 1986) Edouard
LAFERIERE indique que la faute personnelle révèle « l’homme dans ses passions, ses
faiblesses et ses imprudences. Elle est donc une défaillance liée au comportement de l’agent
public, lequel ne devrait engager que lui et en principe devant le Juge judiciaire. Cette
solution est d’application difficile au regard des circonstances complexes de la commission de
la faute. La jurisprudence française a donc reconnu des fautes personnelles dépourvues de tout
lien avec le service et des fautes personnelles non dépourvues de tout lien avec le service.
Dans l’arrêt du 16 Mars 1967 Georges BIAU et compagnie générale d’assurance, le Juge
administratif camerounais considère comme faute personnelle l’utilisation à des fins
personnelles d’un moyen de service ; à cet effet il exclue la substitution de la responsabilité de
l’Etat à celle de l’agent. Pour lui, il faut que la faute, même personnelle soit commise à
l’occasion du service pour que l’Etat en endosse la responsabilité.

Pour ce qui est de la faute de service distinguée de la faute personnelle, l’on emprunte
encore à LAFERRIERE pour la définir comme « un fait relevant un administrateur plus ou
moins sujet à l’erreur ». En d’autres termes, à l’occasion d’une prestation de service, un agent
sans malveillance tombe sous le coup d’une erreur humaine. Le conseil constitutionnel a
systématisé la notion de faute personnelle de faute service dans son arrêt ANGUET du 03
Février 1911.

En ce qui concerne la faute du service public, elle est considérée comme une faute
anonyme relevant d’un disfonctionnement de l’administration. L’on a pu recenser à cet égard
le paiement à un inconnu du mandat qu’un client de poste avait expédié de la France à son
propre nom (jugement CSCK 23 Novembre 1989 ; ENYEGUE DIPOKO contre Etat du
Cameroun) ; la jambe foulée d’un usager de la poste ayant emprunté un escalier défectueux
(CFJ 16 Mars 1962 DAME FERRIERE Mary contre Etat du Cameroun), la perte d’une
cargaison de marchandises par un commerçant suite à l’effondrement d’un pont non entretenu
(jugement CSCA 20 Juillet 1986 KONTCHOU Levy bord) ; une intervention chirurgicale
manquée entrainant la stérilité d’une patient (jugement CSA NKONDOCK Emile Valentin
contre Etat du Cameroun).

En matière de responsabilité pour faute, il est important de distinguer d’une part la faute
simple de la faute lourde (conseil d’Etat 10 Février 1905, Thomas ogrecco) et d’autre part la
faute présumée de la faute prouvée.

A propos de cette dernière distinction, il convient de relever que le principe du procès


administratif est que « celui qui reproche une faute à l’administration la prouve » en vertu de
la maxime « actoriincombitprobitio ». Mais dans une attitude de protection des justiciables, la
jurisprudence a dû renverser la charge de la preuve dans deux hypothèses essentielles :

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- Les accidents subis par les usagers des ouvrages publics sauf preuve d’un
entretient normal ;
- Les accidents subis par les personnes en traitement dans les hôpitaux à savoir :
Le cas d’un accident causé par une vaccination antitétanique ;
Une infection intraveineuse provocant la paralysie d’un membre (conseil d’Etat
23 Février 1962, Meier) ;
Les infections nosocomiales (conseil d’Etat 09 Décembre 1988, COHEN).

PARAGRAPHE 2 : LE FAIT NON FAUTIF

En dehors de toute faute, il est possible d’engager la responsabilité de l’administration.


On dit qu’elle est responsable mais pas coupable. La responsabilité sans faute est fondée soit
sur le risque soit sur la rupture d’égalité devant les charges publiques.

S’agissant du risque, la responsabilité administrative peut être engagée lorsque


l’administration use une chose ou exerce une activité comportant un risque de dommage et
que ce risque se réalise. En droit administratif, c’est la loi de l’arrêt CAMES qui consacre la
responsabilité sans faute sur les seuls fondements du risque (conseil d’Etat 21 Juin 1985). En
l’espèce, un ouvrier du gouvernement travaillant dans un arsenal avait été grièvement blessé à
la main gauche alors qu’il forgeait un paquet de fer du fait d’un éclat de métal, éclat de métal
provoqué par le choc d’un marteau-pilon. A la suite de ce choc, il s’est retrouvé dans
l’impossibilité de se servir de sa main gauche et de pourvoir à sa subsistance. Dans cet
accident, aucune faute ou imprudence ne pouvait être reprochée à l’administration ou à
l’agent victime. Mais la responsabilité de l’administration a été engagée pour le risque
professionnel qu’elle a fait courir à son agent. En outre, le risque peut être lié au voisinage des
choses dangereuses comme les explosifs et les carburants (conseil d’Etat 28 Mars 1919
RENAULT DESROSIER).

Le risque peut enfin tenir aux activités dangereuses telles que la manipulation du sang
dans les hôpitaux, la poursuite des délinquants.

En ce qui concerne la rupture d’égalité devant les charges publiques, le principe est que
« dans la réalisation des missions d’intérêt général, une ou quelques personnes ne devraient
pas subir un préjudice que le reste de la population n’a pas subi. Si cela venait à arriver, il y
aurait à leur détriment rupture d’égalité devant les charges publiques ». Il en est ainsi des
dommages qui peuvent être causés aux tiers à l’occasion de l’exécution des travaux publiques
qui entrainent la responsabilité de l’administration (CFJ arrêt du 25 Mars 1969 DAMENGUE
contre commune de plein exercice de Mbalmayo).

La responsabilité pour rupture d’égalité des charges publiques peut aussi être liée aux
effets de certaines mesures d’ordre économique ou social ou alors au refus par
l’administration de prêter main forte à l’exécution des décisions de justice.

Engagée pour faute ou sans faute, l’administration donne lieu à réparation selon des
règles particulières.

SECTION 2 : LE REGIME DE REPARATION


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Pour engager la responsabilité de l’administration, certaines conditions doivent être
réunies. Le fait générateur de responsabilité devrait avoir causé un préjudice indemnisable
(Paragraphe 1) susceptible d’être imputé à l’administration qui le répare (Paragraphe 2 s’il y’a
lien de causalité entre le fait générateur et le préjudice (Paragraphe3).

PARAGRAPHE 1 : LE PREJUCICE INDEMNISABLE

Le préjudice subi par la victime doit présenter certains caractères pour qu’il y’ait
possibilité de réparation :

- Il doit être direct c'est-à-dire résulter immédiatement d’une intervention de


l’administration ;
- Il doit être certain et actuel c'est-à-dire non éventuel ou futur ;
- Il peut aussi être légitime c'est-à-dire qu’il résulte d’un intérêt à protéger, à cet
égard, le Juge administratif camerounais a admis l’indemnisation d’une concubine
suite au décès de son concubin causé par un véhicule administratif (arrêt 28 Juillet
1978 OWOUNDI Jean Louis contre Etat du Cameroun). Cette solution avait déjà été
consacrée par le conseil d’Etat dans l’affaire Mademoiselle RUCHETON du 11 Mai
1920.

Le préjudice peut être spécial et anormal dans le cas où il résulte d’une rupture
d’égalité devant les charges publiques. Le préjudice peut être moral lorsqu’il y’a atteinte à
certaines valeurs non matérielles.

Après avoir considéré que les larmes ne se monnaient pas le Juge s’est convaincu
par la suite que la réputation d’un acteur/agent, l’esthétique du visage, la souffrance
endurée après la perte d’un proche etc. sont des préjudices moraux indemnisables (Dame
veuve KWEDI EYOUM). Le préjudice ainsi décrit doit être rattaché à l’administration, on
dit qu’il lui est imputable.

PARAGRAPHE 2 : LE LIEN DE CAUSALITE

Pour que la responsabilité administrative soit engagée, il faut encore qu’une relation
de cause à effet lie directement le fait générateur imputé à l’administration au préjudice
subi par la victime. Le Juge administratif du Cameroun l’a affirmé dans l’affaire
MOUTONI Christophe contre Etat du Cameroun du 22 Février 1972 et l’a réaffirmé
récemment dans le jugement du 20 Juin 2012 Serge DASSIER contre Etat du Cameroun.

Raymond AUDAN et René CHAPU rendent compte de la méthode par laquelle la


cour de cassation a établi le lien de causalité à travers trois énoncés de base

La théorie de l’équivalence des conditions consistant à juger que tout fait sans
lequel le dommage ne se serait pas produit en est la cause ;
La théorie de la proximité de la cause préconisant que seul le dernier fait ayant
rendu le dommage.

PARAGRAPHE 3 : LES MODALITEES DE REPARATION

11
En vue de procéder à la réparation d’un préjudice, le Juge évalue ce préjudice en argent,
qu’il ait été porté aux personnes physiques ou biens ; et selon les cas, il tient compte de la
dépréciation monétaire et des intérêts. Dans cette évaluation, le conseil d’Etat a établit une
distinction entre les dommages matériels et ceux corporels.

Pour les premiers, l’évaluation du préjudice se fait au jour du dommage ou lorsque pour
les seconds, elle se fait au jour du jugement (conseil d’Etat 21 Mars 1947 compagnie générale
des eaux et Dame veuve AUBRY). C’est à partir de cette évaluation que le Juge prononce la
condamnation de la personne publique à indemniser la victime à hauteur de tel ou tel montant.
Au Cameroun, le Juge administratif n’a pas un pouvoir d’injonction à l’égard de
l’administration comme en France.

Ainsi, lorsque l’administration consent à exécuter la décision qui la condamne, non sans
réticence, elle s’assure que la faute de l’agent, qu’elle soit une faute personnelle ou une faute
de service, a été commise à l’occasion du service. Dès lors, l’administration endosse la
responsabilité de l’agent tant au niveau des poursuites qu’au niveau de la condamnation. Elle
se présente au procès et si elle est condamnée, elle indemnise alors la victime pour ensuite
exercer contre son agent une action récursoire (affaire MBEDEY Norbert contre Etat du
Cameroun 29 Mars 1972).

TITRE 2 : LES MOYENS NORMATIFS DE L’ACTION ADMINISTRATIVE

L’administration ne peut remplir ses missions sociales que si elle est dotée de
personnels, de biens, de finances et d’instruments juridiques adéquats. Les personnels utilisent
les biens mis à leur disposition en mobilisant les moyens normatifs. Ces moyens sont la
décision administrative (Chapitre 1) et le contrat administratif (Chapitre 2).

CHAPITRE 1 : LA DECISION ADMINISTRATIVE

12
Connue sous de multiples appellations telles qu’acte d’autorité, décision exécutoire, acte
faisant grief et acte administratif unilatéral, la décision administrative est le moyen par lequel
les personnes publiques agissent à titre principal.

N’ayant pas été défini par le législateur, il lui a été donné un sens depuis 1954 par le
Juge administratif camerounais. Ce dernier a même proposé une sorte de synthèse de la notion
d’acte administratif unilatéral dans le jugement tabernacle des aigles en 2004 : « attendu que
pour qu’un acte soit susceptible d’être référé devant le Juge, il faut satisfaire à deux catégories
de forme et de fond. Attendu que, s’agissant des conditions de forme il faut notamment que
l’acte soit pris unilatéralement par l’autorité habilité à le faire, quant à ce qui concerne les
conditions de fond ou matérielles, il faut notamment que l’acte soit décisoire à savoir qu’il
porte atteinte aux droits et intérêts légaux du requérant ». La décision administrative a
également fait l’objet de définition par la doctrine afin d’éviter que celle-ci demeure un alibi
pour la Juge, permettant de méconnaitre les droits des particuliers manifestement existants
(voir arrêt NGOLKA DJANKE contre Etat du Cameroun 20 Mars 1968). L’auteur de ces
lignes propose de substituer le terme mesures à celui d’acte et de souscrire à l’expression
décision administrative : « toute mesure inhérente à la fonction administrative susceptible de
modifier les normes juridiques, de porter atteinte à un intérêt juridiquement protégé, d’être
attaquée devant le Juge ».

Ainsi identifiée, la décision administrative apparait comme le moyen le plus performant


de l’action administrative. L’administration fait d’elle le mode privilégié de prise en charge
des services publics qui conforte sa puissance et son efficacité dans cette loi, c’est du moins
ce que révèlent sa naissance (Section 1), sa consistance (Section 2) et son existence (Section
3).

SECTION 1 : LA NAISSANCE DE LA DECISION ADMINISTRATIVE

L’arrivée de la décision administrative dans l’ordre juridique suppose l’intervention


d’un auteur (paragraphe 1), l’utilisation de certains procédés (Paragraphe 2) qui aboutira à une
présentation particulière de la décision subséquente (paragraphe 3).

PARAGRAPHE 1 : L’AUTEUR DE LA DECISION

Il s’agit d’une autorité administrative et la notion est ici entendue au sens large. En
effet, dans le jugement du 19 Décembre 1975 NKONG Emmanuel contre l’Etat du Cameroun,
le Juge administratif camerounais avait écarté les décisions des autorités législatives et
judiciaires sur la base du principe de la séparation des pouvoirs. Plus tard, il s’est rendu à
l’évidence que la nature administrative d’une décision ne tient pas surtout à la qualité de son
auteur, c’est davantage la fin par laquelle cette mesure a été prise qui compte. L’on peut
distinguer les auteurs primitifs des auteurs dérivés des décisions administratives.

Sont considérés comme auteurs primitifs :

13
- Les représentants légaux des administrations rattachées à l’exécutif, à une collectivité
locale, à un établissement public administratif ou indépendant. La qualité d’auteur dérivé des
décisions administrative peut être reconnue aux personnes publiques non exécutives et aux
personnes essentiellement privées.

Dans la catégorie des personnes publiques non exécutives, on peut citer les autorités
législatives et non juridictionnelles. Bien que la Juge administratif ait au départ du caractère
administratif les actes pris par les autorités parlementaires (société des grands travaux de l’Est
du 08 Décembre 1970), il est indéniable de nos jours que les actes émanant des services
administratifs du parlement sont des actes administratifs (gestion de la carrière des agents et
gestion quotidienne des services administratifs).

Quant aux actes juridictionnels, il faut relever qu’en France, le tribunal des conflits
(dans l’arrêt l’AGUYAN du 27 Novembre 1962) a distingué les actes d’organisation du
service public de la justice pris par l’exécutif et attaquable devant le Juge des actes de
fonctionnement liés à la marche même des services juridictionnels, ces derniers étant pris par
les autorités juridictionnelles et étant en principe non attaquables directement devant le Juge
administratif.

Au Cameroun le Juge administratif a reconnu « les actes administratifs participant à la


fonction judiciaire » (jugement du 26 Juin 1986 YOUMBI Alphonse contre Etat du
Cameroun) il le fait après avoir affirmé que les actes intervenus au cour d’une procédure
judiciaire ne peuvent être appréciés soit en eux-mêmes soit dans les conséquences qu’ils
emportent que par l’autorité judiciaire (arrêt 16 Mars 1967 TAGNY Mathieu contre Etat du
Cameroun). De nos jours, il n’est plus contestable que le pouvoir de rotation exercé par les
présidents de tribunaux sur les magistrats du siège et les procureurs sur les magistrats du
parquet donne lieu à l’édiction des décisions administratives.

Les personnes essentiellement privées comptent parmi les auteurs dérivés de la décision
administrative. L’on peut loger à cette enseigne les personnes administratives de droit privé
(entreprise publique, cf. loi du 12 Mai 2017), les fonctionnaires de fait (arrêt 4 Novembre
1967 Dame KIEFER Marguerite contre Etat du Cameroun), les organismes corporatifs (ordre
et chambre professionnelle), les chambres et les fédérations sportives (affaire aigle de
Dschang).

Primitif ou dérivé, l’auteur de la décision administrative exerce un pouvoir administratif


c'est-à-dire le pouvoir qui administre par opposition au pouvoir gouvernemental, au pouvoir
législatif et au pouvoir judiciaire (arrêt KOUMA DJAN).

PARAGRAPHE 2 : LES PROCEDES D’EVICTION DE LA DECISION

Ce sont les méthodes par lesquelles l’auteur d’une décision exprime la volonté de
l’administration, on regroupe souvent ces procédés sous le vocable de « negotium ». Dans les
décisions administratives, la manifestation de la volonté est unilatérale et non consensuelle
comme en matière de contrat. Celle-ci est soumise au respect d’un ensemble de formalités à
des fins de publicité ou à peine de nullité. Le Juge a distingué les formalités consensuelles ou

14
obligatoire des formalités non substantielles dont il ne sanctionne pas la violation (arrêt CFS
03 Septembre 1969 EVINA ADA Christophe). Comme formalité substantielle, l’on peut citer
au regard de la jurisprudence les enquêtes et les consultations par lesquelles l’administration
sollicite l’avis des destinataires par décision. C’est le lieu de préciser qu’il existe trois types
d’avis :

- L’avis simple ou facultatif que l’on peut prendre ou ne pas prendre ;


- L’avis obligatoire que l’administration doit prendre mais n’est pas tenu de
suivre ;
- L’avis conforme que l’administration est tenue de prendre et de suivre.

Comme autre formalité substantielle, l’on peut citer le principe du contradictoire par
lequel l’administration est tenue d’écouter l’une et l’autre partie avant de prendre une sanction
(arrêt MAKOUBE EPE contre Etat du Cameroun) ; le parallélisme des procédures qui exige
que l’administration, pour abroger une décision, respecte les formalités qui étaient
obligatoires à son édiction (CE 10 Avril 1959 FOURRE CORNERAY) ; le respect des délais
lorsque ceux-ci sont impératifs et non indicatifs.

Quant aux formalités non substantielles, l’on peut citer sans rigueur les propositions, les
visas, les délais indicatifs et autres.

PARAGRAPHE 3 : LA PRESENTATION DE LA DECISION

De manière générale, la volonté exprimée par l’administration est consignée sur un


support écrit appelé « instrumentum », mais la décision administrative peut aussi être non
formalisée.

La présentation des décisions non formalisées obéit à des règles issues de la pratique et
de la jurisprudence. Certaines mentions apparaissent comme étant facultatives à l’instar de
l’entête, le timbre, le numéro d’ordre, la date et l’objet de la décision, les visa, la formule
décisoire et celle exécutoire, les ampliations…

En revanche, certaines mentions doivent être obligatoirement portées sur la décision au


risque de la voir annulée, il en est ainsi des avis conformes, la motivation, et l’on ajoutera la
date parce qu’elle permet de savoir à quel moment a été prise. Dès lors, il sera possible de
revendiquer les droits qu’elle crée, de contester le préjudice qu’elle cause ou même de la
retirer.

Par ailleurs, le Juge administratif a reconnu une valeur normative aux actes gestuels (par
exemple, l’agent de police qui régule la circulation), aux actes verbaux et à ceux tacites ou
implicites. Dans les jugements TCHUNGUI Charles du 29 Novembre 1972 et NGWE
Apollinaire du 11 Septembre 1986, le Juge affirme respectueusement que « des actes
administratifs (…) peuvent être écrits ou verbaux ou constituer un signe d’abstention (…) ».

« Qu’un acte administratif peut être implicite ou même verbal, que très souvent les
décisions sont contenues dans de simples lettres adressées aux intéressés.

15
SECTION 2 : LA CONSISTANCE DE LA DECISION ADMINISTRATIVE

La décision administrative a pour objet de créer des règles pouvant modifier


l’ordonnancement juridique (Paragraphe 1) ou simplement affecter cette ordonnance juridique
(Paragraphe 2).

PARAGRAPHE 1 : LA MODIFICATION DE L’ORDONNANCEMENT


JURIDIQUE

C’est une propriété de la décision qui consiste à apporter un changement dans l’état
juridique de la société en créant ou en supprimant des normes. Les décisions sont normatives
par nature lorsqu’elles apportent des modifications directes dans l’ordonnancement juridique,
mais une mesure non décisoire peut se transformer en décision si elle fait le grief. On
distingue donc : les mesures décisoires par nature des mesures décisoires par dénature.

Les mesures décisoires par nature peuvent porter soit organisation et fonctionnement du
service, soit création des droits et ou des obligations.

Organiser un service c’est définir la façon d’intervenir dans tel ou tel domaine de
l’activité administrative par le biais d’organes précis.

Faire fonctionner un service c’est accomplir les prestations qui constituent sa raison
d’être au profit des usagers : créer les droits ou les devoirs. C’est d’une par conférer des
avantages, des pouvoirs, des prérogatives et d’autre part, faire des charges sur une personne
dans sa relation avec l’institution administrative (cf. affaire EMINI TINA).

En ce qui concerne les mesures décisoires par dénaturation, ce sont celles qui ne font
pas grief mais peuvent devenir décisoires par deux techniques :

La détachabilité, qui est la technique contentieuse par laquelle le Juge détache
un acte de son régime ordinaire pour le soumettre à distinct, c’est ainsi qu’il peut
extraire du contrat administratif des actes unilatéraux tels que : l’adjudication (acte par
lequel on attribue un contrat), les mesures de direction, de modification et même de
résiliation. Il considère que ces mesures sont prises dans l’opération contractuelle des
actes unilatéraux qu’il peut annuler en préservant le contrat lui-même (arrêt Martin,
conseil d’Etat 04 Août 1905 ; au Cameroun, le jugement du 27 Octobre 1988,
compagnie forestière sanga oubangui).

En ce sens également, le Juge administratif a détaché les actes de gouvernement de


certaines mesures d’exécution des traités et des conduite des relations diplomatiques dont les
effets se limitent à l’ordre interne (conseil d’Etat 1993 colonie royale de Hong-Kong). De
même, le Juge a-t-il détaché les opérations administratives complexes des avis conformes.

La technique de ratachabilité quant à elle consiste à relier tous les actes juridiques et
tous faits matériels à l’activité qu’il tente de réaliser. Les parties sont intégrées à un ensemble
auquel l’appartenance ne leur était pas reconnue. A cet égard, plusieurs mesures à faible
normativité telles que : les directives, les instructions de service, les mesures d’ordre intérieur,

16
ont é été considérées comme de véritables décisions (jugement 07 Avril 1983 KOUH
Emmanuel Christian contre Etat du Cameroun).

PARAGRAPHE 2 : L’AFFECTATION DE L’ORDONNANCEMENT JURIDIQUE

Limiter la décision à sa faculté de modification de l’ordonnancement c’est éluder la


relation étroite qui existe entre elle et le contentieux. En effet, c’est le contentieux qui é relevé
les différents actes administratifs unilatéraux dans la mesure où l’attaquabilité par recours
pour excès de pouvoir suffisait à un acte pour qu’il fut considéré comme décisoire. Dans
l’affaire Dame LAMOTTE du 17 Février 1951, le Juge français consacre le principe selon
lequel « tout acte administratif est susceptible de faire l’objet d’un recours pour excès de
pouvoir en dépit d’un texte contraire ». Le juge du Cameroun a repris cette solution dans son
jugement du 29 Mars 198 MONKAN TCHENKEU David. De la sorte, certaines décisions ne
tiennent leur qualité que du fait de leur caractère préjudiciable ; cette préjudiciabilité pouvant
résulter soit de leur contenu soit de leur incidence.

S’agissant tout particulièrement des incidences, il est à noter que les mesures de refus en
cas de compétence liée de leur auteur maintiennent l’ordonnancement juridique en l’état.
S’opposant à son changement, ces mesures expriment la volonté de l’administration de
garder le « statu quo ante », à ce titre, elles sont décisoires, c’est ainsi que le refus de
délivrance d’un certificat à un organe de presse l’empêchant de bénéficier des facilités fiscales
avait été jugé « attaquable » (conseil d’Etat 18 Mai 1969 LALLEMAND). 

SECTION 3 : L’EXISTENCE DE LA DECISION

Une décision administrative existe dans l’univers juridique lorsqu’elle est entrée en
vigueur (Paragraphe 1), cette existence cesse quand elle sort de vigueur (Paragraphe 3)
logiquement après avoir été appliquée (Paragraphe 3).

PARAGRAPHE 1 : L’ENTREE EN VIGUEUR D’UNE DECISION ADMINISTRATIVE

C’est l’opération par laquelle une décision est insérée dans l’ordonnancement juridique.
Celle-ci s’effectue à travers deux principaux procédés : la signature et la publicité.

L’entrée en vigueur d’une décision dès sa signature est soutenue par les signaturistes
dont le chef de file est Maurice HAURIOU. Ceux-ci considèrent que la décision entre en
vigueur lorsqu’elle est rédigée et signée par une autorité à un lieu et à une date indiquée ; elle
est alors exécutoire même s’il manque une propriété qui est l’opposabilité (possibilité de vous
imposer face à une décision), cette opposabilité étant conférée par la publicité. Les
signaturistes considèrent pourtant la publicité comme une formalité secondaire dont ne
dépend pas l’existence juridique de la décision : celle-ci est déjà parfaite dès lors qu’elle est
signée. La position des signatutristes avait été consacrée par le conseil d’Etat dans les arrêts
Demoiselle MATTE 19 Décembre 1952 et compagnie générale des chemins de fer 16 Juin
1913. Le Juge du Cameroun a également consacré la théorie signaturiale dans sa décision du
30 Septembre 1963 MESSOMO ATENEN Pierre ; en l’espèce, il décide que : « l’acte

17
administratif entre en vigueur du fait et à partir de son émission par l’autorité compétente,
même s’il ne devient opposable aux administrés que dès le jour où il a été porté à leur
connaissance par les procédés de publicité.

Quant à l’entrée en vigueur par la publicité, Charles EISENMAN l’a défendue pour
réagir à la thèse signaturiste. Il va critiquer cette dernière pour établir la thèse publicitariste.
Pour cet auteur en effet, une norme générale non publiée ne saurait être en vigueur et encore
moins produire des mesures individuelles. Si tel est le cas, ces mesures ne pourraient être ni
revendiquées ni sanctionnées, elles restent léthargiques, en attente de vigueur et sans force
actuelle. La création des normes étant une opération, la publicité en est la phase terminale et
la condition « sine qua non » de l’entrée en vigueur. Le Juge camerounais a consacré cette
théorie de son jugement du 27 Juillet 19 (NJIKIAKAM TOWA contre Etat du Cameroun).dès
lors, le droit positif du Cameroun a largement opté pour l’entrée en vigueur de l’acte
unilatéral par la décision de la publicité.

Deux méthodes de publicité ont d’ailleurs été systématisées dans le jugement NGONO
Arikon de 1983 à savoir la notification de la publication.

La publication est un mode impersonnel de publicité réalisant une information à


destination générale. Elle s’applique aux actes réglementaires, collectifs, particuliers et aux
actes individuels dont les destinataires sont inconnus. La publication se fait soit par la
procédure ordinaire soit par celle d’urgence. La première consiste à insérer la décision dans
un journal d’annonces légales, dans un recueil officiel ou à l’afficher ; la seconde consiste en
la lecture ou à faire lire la décision dans les médias de radio diffusion et de télévision.

La notification quant à elle est un mode personnelle de publicité effectué par lettre
simple avec des charges ou par lettre recommandée avec accusé de réception (arrêt 10 Août
1957 Sieur NDJOCK). La notification peut en outre s’effectuer par la remise de la décision
aux concernés par tout moyen laissant trace écrite (jugement 24 Avril 2003 DIBAGO
Emmanuel contre Etat du Cameroun).

La portée de la publicité est toutefois relative. Celle-ci peut être insuffisante ; exemple :
comme dans le cas des décisions des maires qui n’entrent en vigueur qu’après transmission au
préfet. Tout comme elle peut être inopérante notamment pour les décisions verbales ou
implicites. Enfin, la théorie de la connaissance acquise a permis au Juge d’établir que le
destinataire d’une décision n’est plus en droit d’exiger l’accomplissement ensa faveur d’une
formalité de publicité lorsqu’il s’est trouvé en état de prendre connaissance de celle-ci (cf.
Dame NGUEH contre commune de plein exercice de Mbalmayo 20 Mars1969).

PARAGRAPHE 2 : L’APPLICATION DE LA DECISION

Elle consiste à inscrire dans la réalité la volonté que la décision exprime. Si elle nomme
un agent public, la hiérarchie l’applique en installant cet agent à son poste et ce dernier devrait
lui-même effectivement prendre service en rejoignant ce poste.

Si la décision interdit une activité, les forces de l’ordre devraient veiller à ce que cette
activité cesse. C’est par cette application que la décision atteint sa perfection juridique.

18
La décision administrative garantit son application par sa propre autorité, cette autorité
se manifeste à travers deux propriétés mises en exergue par Maurice HAURIOU à savoir :

- Le privilège du préalable qui énonce l’exigence d’obéissance préalable à la


décision parce qu’elle bénéficie d’une présomption de régularité. GABOLDE exprime
cela en ces termes éloquents : « l’on exécute d’abord et on discute après » (autorité des
choses décidées).
- Le privilège d’exécution quant à lui constitue la faculté pour l’administration
d’appliquer ses décisions par ses propres moyens y compris la force.

Pour que sa volonté se concrétise, l’administration est fondée à employer la force


physique afin que force reste à la loi. La doctrine majoritaire a critiqué la dangerosité d’un tel
attribut entre les mains de l’administration, mais le commissaire du gouvernement ROMIEU a
réagi à cette critique en faisant valoir que « quand la maison brûle, on ne va pas demander au
Juge d’y envoyer les pompiers » et pour prévenir les dérives qui accompagnent l’emploi de la
force, ROMIEU propose de fixer 04 conditions qui ont été consacrées par le tribunal des
conflits dans l’arrêt société immobilière de saint-juste (15 Décembre 1902) notamment :

- L’acte à exécuter doit s’appuyer sur un texte de loi ;


- Le destinataire doit avoir résisté à son exécution ;
- Les mesures d’exécution doivent uniquement tendre à la réalisation de la
volonté administrative ;
- Les sanctions pénales ne doivent pas être prévues et il doit y avoir urgence.

PARAGRAPHE 3 : LA SORTIE DE VIGUEUR DE LA DECISION

Elle s’effectue à travers deux procédures classiques consacrées par la jurisprudence


camerounaise depuis l’arrêt DONFACK Etienne contre Etat du Cameroun 11 Mai 1963, il
s’agit :

 Du retrait : c’est la mesure par laquelle une autorité administrative fait disparaitre de
l’ordonnancement juridique une décision avec tous ses effets passés et futurs, on dit que la
décision est anéantie. La mesure de retrait emporte des effets graves sur les droits des
citoyens, c’est la raison pour laquelle son régime politique vise à empêcher ses excès sans
contrarier ses avantages. A cet égard, le retrait doit être fondé sur le souci de l’administration
de corriger ses propres erreurs. La jurisprudence exclue qu’une mesure de retrait soit fondée
sur des motifs d’opportunité (jugement du 22 Novembre 2007 WABO Rigobert). La
procédure de retrait répond à des conditions de forme et de relais fixés par la jurisprudence du
Cameroun depuis l’arrêt fondateur dame Cachet du 03 Novemvre1922, le retrait d’une
décision individuelle créatrice de droit mais illégale doit intervenir dans les deux mois
pendant lesquels celle-ci est susceptible d’être contestable devant le Juge. Cette solution a
également été adoptée par le Juge camerounais dans l’affaire EMINI TINA Félicité, dans
l’arrêt TERNON du 26 Octobre 2001. Le conseil d’Etat a porté le délai du retrait à 4 mois,
solution qu’a retenu le code des relations entre l’administration et le public du 25 Octobre
2015.

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Les décisions réglementaires légales et non créatrices de droit ne peuvent pas être
retirées. Le Juge camerounais a émis des hypothèses de retrait sans condition de délai
lorsqu’il s’agit d’un acte créateur de droit fondé sur la pure faveur (jugement du 09 Novembre
1990 AYINA ABE Benoît contre Etat du Cameroun). Le retrait doit obéir au parallélisme de
compétence c'est-à-dire que l’autorité compétente pour prendre une décision doit également
être compétente pour supprimer ladite décision, à moins qu’il ne s’agisse de son supérieur
hiérarchique (conseil d’Etat 15 mars 1952 TIESSIER en France ; jugement du 28 Août 2002
TCHIEF TAME Joseph contre Etat du Cameroun).

Enfin, le retrait peut résulter d’une annulation de la décision par le Juge.

 L’abrogation est le deuxième procédé de disparition de la décision administrative. Il


faut entendre par là « ensemble de mesures par lesquelles une autorité administrative met fin à
l’existence d’une décision pour l’avenir en préservant des situations juridiques générées par
cette décision ». A cet effet, le terme abrogation est utilisé dans la jurisprudence et même dans
la doctrine de manière imprécise car plusieurs modalités de suppression des normes pour
l’avenir ont été recensées :
- L’abrogation proprement dite qui consiste en la suppression d’une norme par une autre
norme suivie du retour à la norme antérieure ;
- La modification qui s’analyse en une subrogation suivie du remplacement de la
disposition supprimée par une nouvelle autre ou encore par un simple ajout à la décision
existante ;
- La caducité qui est la perte des faits d’une décision pour l’avenir la suite d’un
évènement juridique ou factuel postérieur indépendant de la volonté de son auteur. Il en est
ainsi quand la décision n’a plus d’objet ou alors quand elle n’est plus observée par ses
destinataires et encore moins sanctionnée par les pouvoirs publics. Si cette mort naturelle de
la décision arrive après une longue période d’application, on dit de la décision qu’elle est
tombée en désuétude.

Les modalités de suppression de décision pour l’avenir sont fondées sur le principe de
mutabilité ou d’adaptation constante du service public, c’est ce que traduit en la matière la
règle « nul n’a de droit acquis au maintien d’un règlement ». Cette règle rend valable la
suppression des décisions pour l’avenir même si elles sont légales.

Une décision illégale à caractère réglementaire doit obligatoirement être abrogée


non seulement à l’initiative de l’administration mais aussi à la demande de tout
administré.

Dans l’affaire EMINI TINA Félicité, il ressort que l’abrogation d’une décision
individuelle dépend de sa faculté à créer des droits ou non :

 Lorsqu’elle ne crée pas le droit ou que les droits créés ont un caractère précaire,
l’abrogation est possible à toute époque (arrêt 16 Mars 1967 KOLLE KOINGUE Louis) ;
 Lorsqu’elle fait naitre des droits non précaires, l’abrogation de la décision ne peut
intervenir que par voie d’un acte contraire.

20
CHAPITRE 2 : LE CONTRAT ADMINISTRATIF

Le contrat administratif désigne toute convention par laquelle une personne publique se
procure des biens et services. A la différence de la décision dite acte unilatéral qui se passe du
consentement, le contrat administratif résulte d’un accord entre la personne publique et une
autre personne pouvant être publique ou privée. Cet accord engage l’administration envers
son cocontractant. Il faut également souligner que l’administration peut avoir des
engagements non contractuels tels que des promesses (le jugement du 12 Septembre 2013
DINE DINE Ferdinand contre Etat du Cameroun).

Le contrat administratif est un contrat public qui se distingue d’autres contrats publics
tels que les contrats d’Etat. Il peut avoir un caractère international lorsqu’il s’exécute à
l’étranger ou alors lorsqu’il comporte une clause d’une juridiction internationale en cas de
litige (une sentence arbitraire de la chambre internationale de commerce de Paris du 13 Juillet
2010 dans l’affaire Etat du Cameroun contre groupement d’entreprise UDECTO-ETIC).

Sous le bénéfice de ces considérations, l’on identifiera le contrat administratif (Section


1) avant d’en examiner le régime juridique (Section 2).

SECTION 1 : L’IDENTIFICATION DU CONTRAT ADMINISTRATIF

Celle-ci passe par la détermination de ses critères (Paragraphe 1) et de ses catégories


(Paragraphe 2).

PARAGRAPHE 1 : LES CRITERES DU CONTRAT ADMINISTRATIF

Ils ont été définis par la jurisprudence et les textes, ils sont organiques et matériels.

- Sur le plan organique, la jurisprudence estime que pour qu’il y’ait contrat
administratif, il faut la présence d’au moins une personne publique ;
- Sur le plan matériel, elle exige que le contrat ait pour objet même l’exécution
d’un service public ou qu’il soit une modalité même de cette exécution (arrêt conseil
d’Etat 20 Avril 1956 époux BERTIN). Toujours sur le plan matériel, la jurisprudence
exige que le contrat comporte une clause exorbitante de droit commun (conseil d’Etat
31 Juillet 1912 société des Granites porphyroïdes des Vosges). Le Juge administratif a
consacré les critères dans l’affaire UM NTIAM François en 2005).

En ce qui concerne les critères définis par les textes, il faut remarquer que certains
contrats tirent leur caractère administratif de la volonté des textes, il s’agit notamment des
contrats de travaux publics qui ont été prévus comme tels par la loi du 28 FLUVIO an VIII.
De même en est-il des marchés publics qui sont des contrats administratifs en vertu du décret
camerounais de 24 Septembre 2004.

Pour conclure, sur les critères du contrat administratif, il est à retenir que :

21
Primo un contrat entre deux personnes est présumé administratif sauf s’il
aboutit à des rapports de droit privé (arrêt Union des assurances de Paris 1982) ;
Secundo un contrat entre personnes privées est présumé non administratif sauf
si l’une d’entre elles représente une personne publique ;
Troisièmement, dans un contrat entre une personne publique et une personne
privée, le critère lié au service public ne suffit pas toujours, il est parfois exigée une
clause exorbitante ;
Quatrièmement, tout contrat conclut que le domaine public a une présomption
d’administrativité.

PARAGRAPHE 2 : LES CATEGORIES DU CONTRAT

A ce jour, on recense plusieurs catégories de contrat qui sont :


- Les concessions des services ;
- Les contrats d’affermage ;
- Les régies intéressées ;
- Les contrats plans ;
- Les contrats de partenariat ;
- Les baux emphytéotiques ;
- Les ventes domaniales.

SECTION2 : LE REGIME JURIDIQUE DU CONTRAT

Les règles qui gouvernent le contrat ont été de tout temps dominées par les
prérogatives de puissance publique. Mais de nos jours, elles sont de plus en plus
tempérées par l’équité, l’équilibre et la bonne foi. Cette tendance traverse la conclusion
(Paragraphe 1) et l’exécution du contrat administratif (Paragraphe 2).

PARAGRAPHE 1 : LA CONCLUSION DU CONTRAT ADMINISTRATIF

Pour conclure un contrat, l’administration étudie et conçoit le projet, ensuite, elle


lance l’appel d’offre, reçoit les soumissions (commission de passation des marchés), et
choisit le cocontractant par adjudication. Dans cette phase, le respect des principes d’accès
à la commande publique est exigé. Ces principes sont :

- La liberté d’accès ;
- L’égalité de traitement des candidats ;
- La transparence des procédures ;
- La concurrence.

Le contrat passé peut se présenter sous une forme écrite (article 5 codes marchés
publics) ou sous forme verbale (jugement UM NTIAM 2005).

PARAGRAPHE 2 : L’EXECUTION DU CONTRAT ADMINISTRATIF

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Elle consiste pour le cocontractant à réaliser l’objet du contrat. Exemple : réalisation des
travaux de construction d’une route ou d’un bâtiment, livraison de fournitures, prestations de
services…

Dans le cadre de l’exécution du contrat, l’administration doit à son tour payer le prix
convenu selon les modalités fixées. En outre, l’administration exerce sur le cocontractant des
pouvoirs exorbitants qui ont été indiqués dans l’affaire TAMEGHI Boniface et
AMSECOM.COM du 1er Février 1985. Il s’agit du pouvoir de modification unilatéral, du
pouvoir de résiliation, du pouvoir de sanction à l’égard du cocontractant. L’administration ne
peut renoncer à ces pouvoirs mais si elle le veut parce qu’ils existent mais sans texte.

Par ailleurs, l’administration peut être amenée à payer un surcoût au cocontractant en


cas d’imprévision ou du fait du prince.

L’imprévision renvoie à tout aléa économique qui n’a pas pu être dans le contrat mais
dont la survenance bouleverse l’exécution. Par exemple la rareté du charbon pendant la
première guerre mondiale a amené le Juge administratif français à se référer à l’équité pour
condamner l’Etat à payer un surcoût à la compagnie d’éclairage de bordeaux qui était venue
fournir l’énergie dans des conditions plus onéreuses que ce qui était prévu par le contrat (arrêt
du 31 Mars 1916 compagnie d’éclairage de Bordeaux). Ce faisant, le Juge préserve l’équilibre
contractuel.

Le fait de principe quant à lui est un aléa administratif résultant de l’abrogation par les
pouvoirs publics d’une mesure de police ou d’une mesure fiscale ou autre qui bouleverse les
conditions d’exécution du contrat ; et comme en matière d’imprévision l’administration est
tenue de payer un surcoût au cocontractant. Ces considération renseignent bien sur la prise en
compte des règles morales dans les obligations administratives (voire conseil d’Etat,
commune de BEZIER 2009 en France et CSCA 12 Septembre 2012 CARMCO au
Cameroun).

TITRE 3 : LES FINALITES DE L’ACTION ADMINISTRATIVE

En précédant à l’exécution des lois, l’administration participe à la réalisation des fonds


sociaux de l’Etat, à cet égard, elle règlemente la vie des particuliers tout en leur procurant des
prestations de biens et services. Ces fonctions peuvent être regroupées autour du service
public (Chapitre 1) et de la police (Chapitre 2).

CHAPITRE 1 LE SERVICE PUBLIC

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Par service public, il faut entendre de manière générique toute activité, d’intérêt général,
assurée (prise en charge par une personne privée sous le contrôle d’une personne publique)
par l’administration. L’idée de service public se situe au cœur de l’organisation étatique. En
effet, l’hypothèse d’un contrat social ne s’impose que dans la mesure où par ce contrat, l’on
réalise l’aspiration de tout homme à la paix, à la justice, à la sécurité et au bonheur depuis la
pensée ecclésiastique de saint Thomas DACQUIN « le bien commun est sacré et constitue la
finalité de tout pouvoir. Au 21e siècle, le service public est à nouveau victime d’une crise aux
causes multiples :

Manque d’efficacité, de qualité, d’éthique, de professionnalisme etc. le service public


n’est plus supporté en tant que sacerdoce pour autrui, il tend à devenir une sinécure.

Cet ordre de fait commande de se réapproprier le statut de cette institution (Section 1) et


les règles de gestion (Section 2).

SECTION 1 : LE STATUT DU SERVICE PUBLIC

Il résulte des règles présidant à sa création (Paragraphe 1) et des différentes catégories


répertoriées à ce jour (Paragraphe 2).

PARAGRAPHE1 LA CREATION DU SERVICE PUBLIC

Elle est essentiellement une réponse de l’Etat à un besoin social identifié. Ce peut être
un besoin en infrastructure, en santé, en éducation, en sécurité… et cette réponse est donnée
par un mécanisme spécifique.

En France, la compétence de principe pour la création des services publics revient au


législateur hors mis les services publics constitutionnels.

Au Cameroun, les articles 8 alinéa 8 et 9 de la constitution disposent que le Président de


la république exerce le pouvoir réglementaire, il crée et organise les services publics de l’Etat.
Toutefois, d’autres personnes publiques telles que les collectivités locales peuvent aussi créer
les services publics. C’est d’ailleurs le lieu de souligner que devant le silence des textes (lois)
et en cas de nécessité avérée, toute personne publique, peut créer un service sur la base du
pouvoir réglementaire autonome.

La création des services publics peut enfin être dictée par l’urgence ou la carence de
l’initiative privée.

PARAGRAPHE 2 : LES CATEGORIES DE SERVICE PUBLIC

Les services publics créés font l’objet d’une classification, celle-ci est en fonction non
pas de la nature de l’activité mais du régime juridique applicable à celle-ci et de l’intérêt que
lui porte la société.

De manière classique, on distingue les services publics régaliens des services publics
non régaliens. Rentrent dans la catégorie du service public régalien la défense, la sureté, la
diplomatie, les finances.

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On peut encore distinguer les services publics administratifs des services publics
industriels ou commerciaux. Les services publics administratifs s’occupent des prestations à
caractère administratif et restent soumis aux règles exorbitantes du droit commun, tandis que
les SPIC s’occupant d’une activité industrielle ou commerciale sont régis par le droit privé.

On sein du service public administratif, on peut encore isoler les services publics locaux
des services publics nationaux ; de même, d’autres catégories telles que les services publics
essentiels et les services sociaux s’affirment davantage.

SECTION 2 : LA GESTION DU SERVICE PUBLIC

La gestion du service public obéit à certains modes d’intervention (Paragraphe 1) dont


l’efficacité repose sur des principes et des valeurs essentiels (Paragraphe 2).

PARAGRAPHE 1 : LES MODES DE GESTION DU SERVICE PUBLIC

Le service public peut être géré soit directement par une personne publique, soit
indirectement par une personne privée. La gestion directe est assurée par les personnes
publiques à travers deux procédés :

- La régie simple
- L’établissement public

Un service public est géré en régie simple lorsqu’il est pris en charge par la collectivité
publique dont il dépend. Ladite collectivité est dépourvue de personne morale parce que
directement rattachée à l’Etat mais elle assure le service public avec ses moyens budgétaires
et ses ressources humaines. Les services publics de l’Etat et des collectivités territoriales sont
également gérés de cette façon.

A côté de la régie simple, l’on accorde souvent à certains services publiques une
autonomie administrative et budgétaire sans aller jusqu’à créer une nouvelle personne
publique. Cette formule correspond à la régie indirecte (les établissements scolaires, les
hôpitaux).

La gestion directe cède le pas devant la gestion indirecte lorsqu’il apparait qu’une
activité d’intérêt général ne peut être efficacement prise en charge que si un organe spécial
s’en occupe. Cette gestion indirecte est incarnée par l’établissement public.

L’établissement public est un service public individualisé auquel une mission spéciale
est confiée. Il est doté de la personnalité morale et de l’autonomie financière.
L’autonomisation du service public par la notion d’établissement public permet à ce service
de bénéficier facilement de la générosité privée, de la liberté intellectuelle qu’exige son
activité (les universités par exemple) et de parvenir à la performance souhaitable.

PARAGRAPHE 2 : LES PRINCIPES ET VALEURS DU SERVICE PUBLIC

Au regard de son importance particulière, le service public ne peut être géré que dans le
respect de certaines règles fondamentales tournées vers la recherche du bien commun. Avant

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1940, le professeur Louis ROLAND exige certains principes en loi du service public. Il s’agit
de :

- L’égalité ;
- La continuité ;
- La mutabilité.

L’égalité signifie que les citoyens doivent accéder dans les mêmes conditions et être
traités de manière identique devant les services publics. Elle interdit de faire les
discriminations entre les usagers. Consacré par l’article 6 de la déclaration des droits de
l’homme et du citoyen en 1789, ce principe n’est ignoré dans aucun système juridique. Il est
souvent associé à la neutralité et à l’impartialité de l’administration (conseil d’Etat 28 Mai
1951 BAREL).

La continuité du service public voudrait que la satisfaction des besoins communs


d’intérêt général ne se fasse pas se façon intempestive ou intermittente. Ces besoins sont
constants et incessants, il est nécessaire d’y pourvoir en permanence sans interruption. Le
service public est donc souvent aménagé de sorte qu’il puisse toujours répondre aux
sollicitations des usagers. Mais la continuité du service public ne signifie pas que celui-ci
fonctionne 7 jours sur 7,24h/24. Les heures d’ouverture et de fermeture sont fixées, le service
de garde peut être organisé dans les hôpitaux et celui de permanence dans les services de
sécurité et les agents sont mis en congé de manière rotative.

La mutabilité du service public signifie que celui doit nécessairement s’adapter aux
évolutions politiques et économiques, sociales et même technologiques (voire les télé-
procédures administratives).

Parmi ces principes, la gratuité a du mal à être retenue (lire droit des services publics de
Jean Gilles). D’autres principes complémentaires ont été associés aux principes classiques ci-
dessus énumérés qui apparaissent pour l’essentiel dans le rapport annuel du conseil d’Etat
français de 1994. Ce rapport commande l’élimination des tracasseries, la participation des
usagers, la responsabilité, la transparence, la confiance, l’accessibilité, la qualité…

Au regard des manquements qu’il connait, le service public s’ouvre de plus en plus aux
préoccupations  d’éthique et de gouvernance. C’est dans ce sens que la charte africaine sur les
valeurs et principes du service public adoptée par l’union africaine le 31 Janvier 2011 met un
accent tout particulier sur la moralité des agents publics. Ce texte leur prescrit la probité,
l’intégrité et le désintéressement, autant de valeurs qui peuvent épargner l’administration de la
pratique étendue de la corruption.

Il n’est pas excessif de penser que ces valeurs peuvent se regrouper autour de ce que
CHENAU et ROLIN ont appelé le  «  principe de dignité du service public ». Cette dignité est
ce qui pourrait faire en sorte que le service public redevienne selon l’expression du doyen
Jean BOULOUS « l’ombre de l’Etat éclairée par la lumière du siècle ».

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CHAPITRE 2 LA POLICE ADMINISTRATIVE

Même dans une société organisée, la libre action des particuliers s’accompagne toujours
de débordements. Il appartient donc à l’autorité publique de poser les limites nécessaires à la
liberté de chacun pour éviter les désordres de toute nature.

Depuis l’arrêt LABONNE du 08 Août 1919, il a été établit que la liberté ne peut être
pleinement exercée que là où l’ordre règne. La police administrative désigne alors selon Jean
LIVERO « l’ensemble des interventions de l’administration qui tendent à imposer à la libre
action des particuliers la discipline imposée par la vie en société ». Elle comprend un
ensemble de prestations réglementaires et d’actions matérielles visant à assumer l’ordre
public. Il convient alors d’examiner les fondements (Section 1) et l’encadrement de la police
administrative (Section 2).

SECTION 1 : LES FONDEMENTS DE LA POLICE ADMINISTRATIVE

La police administrative est omniprésente dans la vie sociale en raison des nécessités de
l’ordre public (Paragraphe 1) ; cet ordre public est assuré grâce à la mise en œuvre des
pouvoirs de police (Paragraphe 2).

PARAGRAPHE 1 : LA NECESSITE D’ORDRE PUBLIC

L’ordre public est le bien fondé des activités de police. Il revêt une conception
classique qui a connu aujourd’hui des évolutions.

Dans sa conception classique, l’ordre public renvoie à un état matériel et extérieur de la


société caractérisé par une trilogie :

- La sécurité publique ;
- La tranquillité publique ;
- La salubrité publique.

Les mesures de police ont alors pour but d’empêcher tout d’abord les atteintes à la
sécurité publique (accident de la circulation, agression, cambriolage). Ces mesures contrôlent
et protègent également l’individu contre sa propre dangerosité (port obligatoire du casque
pour les motocyclistes et ceinture de sécurité obligatoire pour les automobilistes, alcotest pour
les conducteurs de véhicules).

Ensuite, les mesures de police ont pour but de prévoir les atteintes à la tranquillité
publique. Ceci est observable dans la réglementation des débits de boisson.

Enfin, les mesures de police préviennent les atteintes à la salubrité publique notamment
les dépôts d’ordures sur la voie publique et autres atteintes à l’hygiène ainsi que la lutte contre
certaines maladies animales telles que la grippe aviaire et aussi les maladies humaines telles
que l’Ébola.

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La conception évoluée de l’ordre public quant à elle se ramène à la prise en compte des
considérations de bien-être, de solidarité et même de dignité de la personne humaine. C’est
ainsi que d’autres éléments ont été rattachés à l’ordre public. Il s’agit de :

- La moralité publique qui vise le maintien d’un bon ordre moral dans la société en vue
de la préservation des bonnes mœurs. C’est ce qui a justifié l’arrêté préfectoral du 02
Novembre 2015 portant interdiction de vente, de diffusion et de promotion de l’œuvre
musicale de l’artiste FRANCO (coller la petite) (conseil électoral 10 Décembre 1959 société
les films LUTECIA à propos de l’interdiction d’un film dans sa commune par un Maire).
- L’ordre public a également été au respect de la dignité humaine, c’est la raison pour
laquelle les autorités locales ont interdit un spectacle consistant au lancé du Nin (arrêt du 27
Octobre 1995 conseil d’Etat commune de MORSANG-SUR-POCHE, VILLE d’AIX –en-
Provence). Toujours dans le même sens, un spectacle a été interdit par le préfet de la Loir
atlantique aux motifs que celui-ci véhiculait des propos à caractère antisémites incitant à la
haine raciale et faisant l’apologie des persécutions contre les juifs (ordonnance du 09 Janvier
2014 société des productions Laplume et MBALA Dieudonné).
- En outre, l’esthétique publique a été associée à l’ordre public notamment en matière
d’affichage (conseil d’Etat 03 Juin 1983 société des usines Renault) et de construction (permis
de bâtir et autres normes de constructibilité).

PARAGRAPHE 2 : LES POUVOIRS DE POLICE

Deux distinctions permettent de cerner ces deux pouvoirs :

 La distinction police administrative- police judiciaire

Ici, on peut retenir que la police administrative est une activité de service public dont le
but est de prévenir les troubles à l’ordre public grâce à des mesures de surveillance et de
contrôle des activités privées, son objectif premier n’étant pas de punir les auteurs de troubles.
Elle se distingue de la police judiciaire.

La police judiciaire quant à elle a pour rôle de constater les infractions, d’en chercher
les auteurs, de rassembler les indices et de les mettre à la disposition de la justice.

En clair, la police administrative est préventive tandis que la police judiciaire est
répressive.

 La distinction police générale – police spéciale

Ici, l’on notera que la police générale est celle dont les mesures s’imposent à tout
individu ou à toutes les activités. Le pouvoir de police générale est détenu par la Président de
la république qui le délègue au premier ministre, aux ministres et aux chefs des unités de
commandement. Au niveau local, ce pouvoir est exercé par les autorités municipales. Si la
police générale est à la recherche de l’ordre public, la police spéciale poursuit ce but dans le
cadre d’activités spécifiques. Ce peut être la chasse, la pêche, l’utilisation du chemin de fer, la
prévention routière, le respect des bonnes mœurs.

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SECTION 2 : L’ENCADREMENT DE LA POLICE ADMINISTRATIVE

Comme toute activité administrative, les activités de police sont soumises au principe de
juridicité (Paragraphe 1), le respect de cette exigence est garanti par le contrôle juridictionnel
(Paragraphe2).

PARAGRAPHE1 : LA JURIDICITE DES ACTIVITES DE POLICE

Pour qu’une mesure de police soit considérée comme valable au regard du droit il faut
que son initiative soit justifiée par la nécessité. Cette nécessité est une condition
fondamentale. En effet, la police administrative vise la préservation de l’ordre public et une
mesure de police ne doit donc être prise que si une activité présente une certaine menace à
l’ordre public. Ladite mesure doit être prise par une autorité compétente.

L’atteinte à l’ordre public cessant, cesse aussi la mesure de police. La juridicité des
mesures de police tient aussi à l’exigence de modération ou de proportionnalité ; cette
proportionnalité voudrait que les interventions de police soient ajustées à l’intensité ou à la
gravité de l’atteinte de l’ordre public.

Enfin, la juridicité des mesures de police voudrait enfin que celles-ci soient interprétées
par le Juge dans le sens le plus favorable à la liberté.

PARAGRAPHE 2 : LE CONTROLE JURIDICTIONNEL DES ACTIVITES DE POLICE

Pour remédier aux éventuels abus que peuvent causer les activités de police, il est prévu
que celle-ci soit contrôlée par le Juge administratif et par le Juge judiciaire.

Le Juge administratif vérifie la conformité des mesures de police à la réglementation et


aux normes en vigueur. Les mesures normatives lui sont référées par voie de recours pour
excès de pouvoir et les mesures matérielles par voie de recours pour indemnisation. La loi du
29 Décembre 2006 fixant l’organisation des tribunaux administratifs attribue une compétence
générale au Juge administratif pour contrôler les opérations de maintien de l’ordre.

A côté du Juge administratif, le Juge judiciaire s’est vu attribuer la compétence de


contrôler certaines mesures de police touchant directement à la liberté des citoyens, il en est
ainsi du contentieux des journaux et du contentieux des manifestations publiques.

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