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H.L.

P (Philosophie) Mme Catherine Leferme-Jouary, Lycée Carnot, Paris XVII°

-I-
PLATON, Théétète (172c-173b).

SOCRATE
(…) Mais je m’aperçois, Théodore, qu’un argument en amène un autre et qu’après un plus petit un plus grand nous
réclame.

THEODORE
Eh bien, ne sommes-nous pas de loisir1, Socrate ?

SOCRATE
Certainement si, et j’ai souvent fait réflexion, mon divin Théodore, et en particulier en ce moment, combien il est naturel
que ceux qui ont passé beaucoup de temps dans l’étude de la philosophie, paraissent de ridicules orateurs, lorsqu’ils se
présentent devant les tribunaux.

THEODORE
Que veux-tu donc dire ?

SOCRATE
Il semble bien que ceux qui ont, dès leur jeunesse, roulé dans les tribunaux et les assemblées du même genre, comparés
à ceux qui ont été nourris de philosophie et dans les études de cette nature, sont comme des esclaves en face d’hommes
libres.

THEODORE
Pour quelle raison ?

SOCRATE
Par la raison que, comme tu le disais à l’instant, les uns ont toujours du loisir et conversent ensemble en paix tout à leur
aise. Ils font comme nous, qui venons de passer pour la troisième fois d’un propos à un autre, lorsque le propos qui
survient leur plaît, comme à nous, plus que celui qui était sur le tapis. Que la discussion soit longue ou brève, que leur
importe,pourvu qu’ils atteignent le vrai ? Les autres, au contraire, n’ont jamais de temps à perdre, quand ils parlent.
Pressés par l’eau qui coule 2, ils ne peuvent parler de ce qu’ils voudraient. La partie adverse est là, qui les contraint, avec
l’acte d’accusation, appelé antomosie3, qu’on lit devant eux, aux termes duquel ils doivent renfermer leurs discours. Ces
discours roulent toujours sur un compagnon d’esclavage et s’adressent à un maître qui siège, ayant en main quelque
plainte, et les débats ne sont jamais sans conséquence ; mais toujours l’intérêt personnel, souvent même la vie des orateurs
est l’enjeu de la course. Il résulte de tout cela qu’ils deviennent tendus et âpres, savants à flatter le maître en paroles et à
lui complaire par leurs actions ; mais leurs âmes s’étiolent et gauchissent ; car la servitude où ils sont astreints leur a ôté
la croissance, la droiture et la liberté, en les forçant à des pratiques tortueuses et en les exposant, lorsqu’ils étaient encore
dans la tendre jeunesse, à de graves dangers et à de grandes craintes. Ne pouvant les supporter en prenant le parti de la
justice et de la vérité, ils se tournent aussitôt vers le mensonge, ils répondent à l’injustice par l’injustice, ils se courbent
et se fléchissent en mille manières, en sorte qu’ils passent de l’adolescence à l’âge d’homme avec un esprit entièrement
corrompu, en s’imaginant qu’ils sont devenus habiles et sages. Et voilà, Théodore, ce que sont les orateurs.

Questions sur le texte :

1. Comment Socrate caractérise-t-il les philosophes ici ? Appuyez-vous sur des expressions précises du texte et
commentez-les.

2. A qui les oppose-t-il ? Récapitulez le sens de cette opposition et expliquez ce qui vous semble le plus propice à l’éclairer.

3. Quel est l’objectif d’une discussion selon Socrate ? Aidez-vous des connaissances du cours pour approfondir cette
réponse.
- II -

1 N’avons-nous pas le loisir de le faire ?


2 Le temps de chaque discours était réglé par la clepsydre, ou horloge à eau.
3 L’antomosie était un serment réciproque prêté par les deux parties au début d’un procès, du défenseur s’engageant à
prouver ses griefs, et du défenseur s’engageant à se justifier.
Aristote, Rhétorique, Livre I, chapitre 1

De surcroît, il serait absurde, alors qu’il est honteux d’être incapable de se défendre physiquement, qu’il ne soit pas
honteux de ne pouvoir le faire verbalement, mode de défense plus propre à l’homme que le recours à la force physique.
Mais, objectera-t-on, user à des fins injustes de cette puissance du discours peut nuire gravement, à quoi l’on rétorquera
que cet inconvénient est commun à tous les biens, excepté la vertu, et surtout aux biens les plus utiles comme la force, la
santé, la richesse et le pouvoir. Qui en fait juste usage peut rendre les plus grands services, qui s’en sert injustement peut
causer les plus grands torts.

Question de réflexion philosophique :

Faut-il se méfier des bons orateurs ?

Pour construire votre réponse, vous vous référerez au texte ci-dessus, ainsi qu’aux
lectures et connaissances, tant littéraires que philosophiques, acquises durant
l’année.

- III -

Exercices d’entraînement à l’’oral, pour élèves volontaires

1) Soit inventer et construire un discours , sur une cause que vous choisissez de
défendre et que vous présenterez au préalable.Durée : entre 3 et 5 minutes.
2) Soit inventer un court débat, à deux ou trois, dans lequel chacun défend une position
contre celle(s) des autres. Durée : 10 à 15 minutes.
3) Soit improviser sur un sujet donné sur le champ. Préparation 20 minutes. Passage :
3 minutes.
4) Soit restituer sans les notes une partie (imposée) du cours. Durée : 3 minutes.