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Extrait n°2

Pistes d’analyse

Dans les Chaises deux vieux parvenus aux termes de leur existence vivent dans une sorte de
délire de grandeur, un délire à deux comme le montre leur complicité mutuelle. Ils
s’imaginent que le Vieux a un message à transmettre à l’humanité avant de mourir.
Curieusement (paradoxalement ?) Ionesco pense qu’une œuvre n’est pas censée
transmettre un message comme le prône le théâtre brechtien.

Les démonstrations d'amour, malgré les signes d’affection (la Vieille l'appelle « mon choux ».
Lui est fasciné par elle), sont néanmoins grotesques puisqu'ils sont souvent caricaturales et
mal déplacés (« il s’assoit sur ses genoux ») ce qui n’est pas sans provoquer un sentiment de
malaise chez le lecteur/spectateur. Rappelons ce que Ionesco dit à propos des Chaises : « Le
thème des Chaises est le vide ontologique, l'absence...par les moyens du langage, des gestes,
du jeu, des accessoires, exprimer le vide...Exprimer les regrets, les remords. »

La présence des Vieux est aussi fantomatique et immatérielle que celle des chaises vides qui
occuperont plus tard la scène. Le décor circulaire (demi-circulaire, un phare, une île) qui
comme le monde emprisonne les êtres (qui n’est pas sans lien avec le sentiment du
dramaturge lui-même). Malgré l'indication scénique très détaillée, le décor de la pièce reste
sommaire au début composé uniquement de deux chaises, des éléments qui déclencheront
toute l'intrigue.

Le souvenir la vieillesse

Le spectateur assiste à un tableau, à un dialogue à mi-chemin entre le rêve et la réalité où


deux personnages qui -au début du moins- sont calmes et familiers mais qui, au fur et à
mesure, ne cessent d'étonner et de surprendre. Ils rappellent, semble-t-il, au spectateur des
idées qu'ils sont entrain d'oublier, à savoir la vieillesse, la fuite du temps et sans doute la
mort. Le temps est considéré comme la conséquence de l’imperfection de l’homme et le
signe de son malheur. Le vieux avec ses regrets, sa fragilité et ses illusions perdues ne peut
que rappeler au spectateur l'image de la vieillesse, image d’un âge inéluctable et
redouté-symbole de désespoir souvent voire de dégoût. La sénilité, plus terrible que la mort,
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apporte avec elle déchéance, décrépitude, et désillusions et expose l'homme aux remords.
L’extrême vieillesse des deux personnages principaux et leur attente d'un orateur qui
viendra sauver l’humanité ne manque pas d’être inquiétantes. Le dramaturge semble placer
ces vieux dans un autre monde (il choque et surprend le lecteur/spectateur) comme s'ils
sortaient de nos mémoires (des gens qu'on a connus) ou de nos peurs et de nos phobies (la
peur de vieillir ou de mourir).

« Comme dans un rêve » : le paradis perdu

Le Vieux va essayer de chercher dans ses souvenirs l'idée d'un âge d'or perdu. D'où l'image
de ce « Paris » (ville-lumière) une sorte de paradis perdu que le personnage, rêvant
d'éternité, essaie de se rappeler. Un retour sur la biographie d’Ionesco explique en grande
partie sa nostalgie de cette époque paradisiaque : « J'avais environ dix-sept ou dix-huit ans;
j'étais dans une ville de province. C'était en juin, vers midi. Je me promenais dans une des
rues de cette ville très tranquille. Tout à coup j'ai eu l'impression que le monde à la fois
s'éloignait et se rapprochait, ou plutôt que le monde s'était éloigné de moi, que j'étais dans
un autre monde, plus mien que l'ancien, infiniment lumineux; […] Il me semblait que la
lumière était presque palpable, que les maisons avaient un éclat jamais vu, un éclat
inhabituel, vraiment libéré de l'habitude. C'est très difficile à définir; ce qui est plus facile à
dire, peut être, c'est que j'ai senti une joie énorme, j'ai eu le sentiment que j'avais compris
quelque chose de fondamental ». ​Ionesco, entre la vie et le rêve​, Belfond 1977 (entretien
avec Claude Bonnefoy).

Ce rêve serait également celui d'un Dieu qui retient l’homme et l'empêche de tomber dans
l'abime. L’image d'un paradis dissimule la croyance à un être supérieur qui ordonne le
monde et à la promesse d'une autre vie. Le monde n’est pas vraiment absurde car si
l’homme est face à un monde dont il ne comprend pas les règles il est toujours en quête
d’un sens. Une sorte d’aspiration vers Dieu semble marquer particulièrement le théâtre
d’Ionesco (contrairement à celui de Beckett par exemple). Il y a chez Ionesco une nostalgie
de quelque chose qui relève du divin. Cette croyance est d’autant plus forte que Ionesco a
toujours vécu avec le désir de voir se produire son expérience mystique, un désir qui a
motivé son écriture scénique.

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La ville de Paris serait, selon une approche psychanalytique, l’image de la mère et le jardin
interdit au couple primitif Adam et Eve. Plusieurs strates de sens se superposent, en fait,
dans cette référence à la ville lumière qu’est Paris. Ionesco a recours au mythe, celui de l'âge
d'or ou du paradis perdu. L’idée de la lumière suggérée par « le beau temps » c'est-à-dire du
soleil et de la ville de Paris connue sous le nom de la ville-lumière établit un contraste avec la
demi-obscurité qui règne sur la scène depuis le début (ainsi que le seul tableau qui est censé
orner la chambre des Vieux et qui est noir). Comme l'écrit Marjorie Schöne « La symbolique
de la lumière est donc essentielle dans la dramaturgie ionescienne car elle correspond au
Paradis des personnages dans lequel ils trouvent une certaine sérénité. Toutefois, les
personnages de passer de l'ombre à la lumière, étant dorénavant à la recherche d'un Paradis
perdu, impossible à retrouver. La lumière est aussi synonyme du souffle de la vie, source de
liberté d'action, qui emporte l'homme et l'incite à l'envol… » (​Le théâtre d’Eugène Ionesco​,
l’Harmattan, p. 19).

Le vide que ​Les chaises exprime est également celui de l'absence de Dieu dans l'univers. Il
incarne la solitude de l'homme dépourvu de toute identité et aspirant à une essence qui
incessamment lui échappe. Ce qui explique pourquoi le Vieux cherche la lumière, le soleil
dans les premières répliques (scène d’ouverture) et qu'il essaie même d'en cueillir le reflet
sur l’eau « les taches d'ombre ». Le Vieux se penche et comme Narcisse il veut se contempler
mais ne semble rien trouver que le vide, image de sa propre conscience, reflet de sa
personne (l’image de son image) tel ce tableau noir qui domine la scène. Tout cela contribue
à créer une curieuse correspondance entre l'intérieur (du foyer conjugal mais aussi des
personnes qui l'habitent) et du monde extérieur auquel aspire le Vieux particulièrement.

La solitude du couple n'est pas sans rappeler d'ailleurs le couple premier Adam et Eve.
Ionesco donne une définition très personnelle du «péché originel», qu’il considère comme
étant «la perte de la faculté de s’émerveiller» (​Eugène Ionesco, ​Entre la vie et le rêve,​ ​op.​
cit​., p. 83)​. Cette idée est en rapport étroit avec une certaine perception du temps, lui-même
associé par l’auteur à des sentiments de regret, d’ennui et de peur devant l’idée de la mort
ainsi que d’une sorte de nostalgie d’un âge d’or. L’exposition ludique et dérisoire du langage
(nous le verrons plus loin) oppose l’image utopique du paradis perdu à la perception d’une
temporalité ennuyeuse. La chute de l’homme de l’Eden originel se manifeste chaque fois
que l’individu passe de l’émerveillement et de la prise de conscience (le moment de lucidité

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par excellence pour Ionesco) à une temporalité quotidienne et accablante souffrant ainsi de
l’absence de lumière. Le beau quartier auquel renvoie le Vieux correspond à un état de grâce
où le temps semble suspendu et qui incarne l’espoir de l’individu de pouvoir se soustraire à
sa finitude et à sa condition de simple mortel. De manière révélatrice, le personnage
souhaite réussir la mémoration de tous les éléments de cette aventure onirique afin de
pérenniser l’extase initiale (vécue pendant l’adolescence).

Représentation de la conjugalité (Rôle de la femme)​:

Tout se joue au début sous le signe de la mémoire et du souvenir. La Vieille rappelle sans
cesse au Vieux ce qui n'a pas été ou ce qui aurait dû être "tu aurais pu être Président Chef,
Roi Chef, Maréchal Chef, si tu avais voulu"(voir texte d'ouverture). La structure hypothétique
(la conditionnelle) fonctionne comme un leitmotiv qui ponctue tout le début de la pièce. Il
correspond d’ailleurs à la réplique qui précède exactement le texte, objet de notre étude :

LA VIEILLE : Tu aurais pu être marin chef, ébéniste chef, roi chef d'orchestre.

Long silence. Ils restent un temps figés, tout raides sur leurs chaises.

Le silence annoncé par la didascalie serait même provoqué par la phrase de la Vieille. Mais
tous les reproches se font néanmoins (au début du moins) dans la douceur et l’amabilité
puisque la Vieille n’hésite pas à bercer son vieux et à le consoler de n’avoir pas été ceci où
cela. Le Vieux croit que le message qu'il a préparé minutieusement et qu'il compte
transmettre à l’aide d’un Orateur serait salutaire pour lui et pour l'humanité : « LE VIEUX :
Ah ! j'ai tant de mal à m'exprimer... Il faut que je dise tout. » La Vieille s’avère très complice
en jouant le jeu. Non seulement elle finit ses phrases (à bon escient très souvent) mais elle
l'encourage « ​LA VIEILLE : Je suis si fière de toi... ». Rappelons que Ionesco et malgré un
mariage heureux ( ​https://youtu.be/utlBcDeDmTE ) semble reprocher toujours à la femme de
vouloir entraver l’ascension de son mari en l'accablant de remords ou en occupant sa place
dans la société (comme dans ​Amédée ou Comment s’en débarrasser ​qui se termine par
l’apothéose de l’homme seulement) ou en le maintenant dans le stade de l’enfance comme
c’est le cas dans les passages que nous avons examinés jusque là. Ionesco s'en prend à la
femme qui semble entraver les ambitions de l'homme. Faut-il rappeler d’ailleurs que cette
complicité dans le couple contraste avec l’image des autres couples du théâtre ionescien.
Dans ​Délire à deux,​ ​Jacques ou la soumission et ​L'avenir est dans les œufs par exemple, les

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relations amoureuses sont dénaturées et la communication vouée à l’échec). Dans le théâtre
ionescien les discussions et les rencontres se transforment en disputes alors que dans ​Les
chaises elles sont moins remarquables et demeurent latentes. La Vieille joue le rôle de la
mère auprès du Vieux pleurant et indécis, abandonné à son désespoir et à ses angoisses.
Devant cette menace le vieillard effrayé et tel qu'un enfant cherche des précautions, des
prétextes, et, fragilisé par la solitude, il a surtout besoin d'être rassuré.

LE VIEUX : Hélas, j'ai tant de mal à m'exprimer, pas de facilité.

LA VIEILLE : La facilité vient en commençant, comme la vie et la mort... il suffit d'être bien
décidé

Tout au long de la pièce elle incarne l’image d’une épouse fidèle et aimante. Cependant la
suite révèle souvent sa nature hystérique et coquette (Elle cherchera à plaire au
photograveur (nous en avons parlé):

LA VIEILLE : Je suis toute dépeignée... attends un peu...

Elle arrange ses cheveux, sa robe, tout en marchant

boitilleusement, tire sur ses gros bas rouges.

Le nom de la Vieille (Sémiramis) a une résonance mythique. En effet, Sémiramis selon la


légende est une reine assyrienne ou babylonienne qui aurait jeté le monarque en prison et
l'aurait fait exécuter. Elle aurait un fils avec lequel elle nourrissait une passion incestueuse et
incarne le type de la femme dominatrice et conquérante. Elle est souvent assimilée à Ishtar,
à Isis ou à Aphrodite.

Le lyrisme​ :

Le lyrisme des voix est lié pour Ionesco à un état de grâce, à une sorte d'extase mystique
vécue à l'adolescence. L’expérience mystique est accompagnée d’un sentiment de plénitude,
de légèreté dans un monde fait de lumière et de mélodie. Nous savons qu’au grand
désespoir d’Ionesco, l'expérience ne s'est jamais reproduite. Mais le dramaturge en reprend
les impressions dans ce rêve ; il tâche d’en reproduire les impressions par la poésie. Le
lyrisme - qui trouve dans l’œuvre dramatique de Ionesco l'une de ses plus fortes

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expressions- domine une bonne partie de ce dialogue (la première partie de notre extrait).
Le personnage du Vieux apparait comme le porte porte-parole du dramaturge ; il est chargé
de transmettre ce lyrisme.

L'alternance des répliques et leurs échanges rapides entre les deux vieux permettent de
rythmer tout le début de ce passage. Malgré la monotonie et l’angoisse que suggère la
vieillesse le lyrisme se veut une note d’espoir dans un monde dominé par la violence et la
solitude. C’est le moment d’un extrême espoir qui contrebalance le désespoir suscité par
l’angoisse et la solitude de la vie quotidienne. La vraie solitude -la pire peut-être - d’après
Ionesco est celle qui consiste à ne pas penser comme les autres. C’est d’ailleurs la raison
pour laquelle la complicité des deux vieux est un élément décisif dans la réalisation du projet
du Vieux, un projet qui consiste à inviter et à accueillir respectivement les invités. Il s’agit
d’un lyrisme fait de poésie dans ce dialogue où le Vieux essaie d’évoquer un passé
paradisiaque. La lyrique est travaillée jusque dans les sonorités du texte.

LA VIEILLE : Mon chou, était quoi, mon chou, était qui?


LE VIEUX : C'était un lieu, un temps exquis...
LA VIEILLE : C'était un temps si beau, tu crois?
LE VIEUX : Je ne me rappelle pas l'endroit...
[…]
LE VIEUX : C'est trop loin, je ne peux plus... le rattraper... où était-ce?...
LA VIEILLE : Mais quoi ? LE VIEUX : Ce que je... ce que ji... où était-ce ? et qui ? LA VIEILLE :
Que ce soit n'importe où, je te suivrai partout, je te suivrai, mon chou

En fait, le dialogue se construit selon une forme poétique où succèdent les rimes plates
« Chérie/Paris » ; « qui/exquis » ; « crois/endroit » ; ainsi que des sortes de rimes internes
« ji/qui » « où/chou ». Dans ce jeu de répliques le vocabulaire utilisé est un vocabulaire
mélioratif « beau, exquis, chérie ».
La lyrique semble se briser à un moment juste après la réplique de la Vieille lorsqu’elle invite
le Vieux à ne plus essayer d’invoquer sa mémoire :

« LA VIEILLE : Ne te fatigue donc pas l'esprit... »

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L’injonction : « bois ton thé » deux fois répétée signale un retour au quotidien et estompe le
lyrisme déclenché par l’attitude rêveuse du Vieux.

Plus loin, la Vieille exagère la portée du message et lui confère un aspect sacré. L’ironie est
crée par ce décalage entre le statut du Vieux (sa vieillesse et son statut de concierge) et le
message universel qu’il est censé transmettre à l’humanité. Il s’agit d’un message salutaire.
La restriction «l'univers n'attend plus que toi », la gradation « les hommes » « l’univers »
montrent non seulement l’universalité de ce message tel qu’il est perçu par les deux
personnages mais aussi que le sort de l’humanité en dépend. L’humour surgit de la création
d’un décalage entre la gravité d’un enjeu -le message universel- et le statut du Vieux que la
Vielle ne cesse d’ailleurs de mettre en cause. Cela ne fait que rendre, en cas d’échec,
l’attente plus décevante.

Double du dramaturge le Vieux exprime comme l’auteur la difficulté de s’exprimer « j’ai tant
de mal à m’exprimer », une phrase qui fonctionne comme une mise en abyme de l’écriture
ionescienne où il est très souvent question de réflexion sur l’écriture et sa capacité
d’expression.

Réflexion sur le langage​ :


Dans le théâtre de Ionesco, le langage est problématique car s’il il est impossible de se taire
il est aussi impossible de parler (d’où les difficultés du vieux à terminer ses phrases) et de
trouver un sens à ce qu’on dit. La désarticulation du langage peut être expliquée comme une
tentative de jeter du désordre dans la représentation conventionnelle de la parole, des
relations humaines et même de la vie.

Le procédé de la liste utilisé ici transforme le dialogue en une sorte de délire langagier :
« LA VIEILLE : Les gardiens? les évêques? les chimistes? les chaudronniers? les violonistes?
les délégués? les présidents? les policiers? les marchands? les bâtiments? les porte-plume?
les chromosomes? »
Une sorte de fantaisie verbale accompagne ces listes arbitraires constituant ainsi une sorte
de digression dans l’intrigue où le rêve s’estompe. Le langage, après le passage lyrique, est
alors déconstruit, démystifié et disloqué. Ionesco mélange les registres procède par jeux de
mots, paronomase et allitérations : «LA VIEILLE : Le pape, les papillons et les papiers? »

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Le côté ludique comme le montre le jeu sur les sonorités ‘(les allitérations et les assonances)
est en rapport avec les lois du théâtre ionescien mais aussi avec le monde des enfants. En
effet, il ya chez Ionesco cette intuition initiale et enfantine provoquée par l’étonnement
devant le monde. Les répliques du Vieux et de la Vieille s’apparente à un délire verbal et crée
un discours de plus en plus incohérent et insolite. Une perte de souvenir ou une amnésie des
mots à laquelle la Vieille essaie de remédier caractérise cet échange. Des phrases il n’en
reste que des bribes comme dans cet exemple « Ce que je …ce que ji…où était-ce ? et
qui ? » Ce défaut de prononciation rend le Vieux ridicule même si son langage enfantin peut
être lu comme une tentative de rejoindre un monde paradisiaque autrefois vécu sous le
signe de l’euphorie.

Le discours du couple et de son entourage est ainsi ridiculisé au point d'atteindre


l'infantilisme. Le langage est dégradé et banalisé par sa charge ludique. La déformation
atteint ici la forme (la syntaxe) et non le fond, autre aspect de l'automatisme qui nous
révèlent des personnages bafouillant comme des enfants. Le mélange des tons et des
registres obéissent à la règle d’or ionescienne selon laquelle « On peut tout oser au théâtre,
c’est le lieu où on ose le moins. Je ne veux avoir d’autres limites que celles des possibilités
techniques de la machinerie » (Eugène Ionesco, ​Notes et contre-notes,​ p. 83-84).
Les aberrations lexicales trouvent leur écho dans la syntaxe (« ​LE VIEUX : Oui, oui, je dirai. »)
Celle-ci se démarque par la trivialité, l'infantilisme, la discontinuité et, enfin, l'insignifiance
qui contribuent à dessiner une image négative du couple. Bref, la crise conjugale se traduit
par une crise linguistique. Ionesco lui-même le souligne:

« Il s' agit bien plutôt, par exemple, de la constatation d ' une sorte de crise de la pensée, qui
se manifeste bien sûr par une crise du langage - les mots ne signifiant plus rien, les systèmes
de pensée n'étant plus eux-mêmes que des dogmes monolithiques, des architectures de
clichés [ ... ].Les systèmes de pensée, de tous les côtés, n'étant plus que des alibis, que ce qui
nous cache le réel (encore un mot cliché), ce qui canalise irrationnellement nos passions - il
est évident que nos personnages sont fous , malheureux, perdus, stupides, conventionnels,
et que leur parler est absurde, que leur langage est désagrégé, comme leur
pensée. »(Eugène Ionesco, ​Notes et contre-notes​, p.223).

Les personnages malgré le rêve semblent sombrer dans le scepticisme comme le montre
toutes les questions posées par la Vieille. Malgré la complicité un certain antagonisme
semble germer dans le dialogue des deux Vieux. Et la violence verbale n’est pas moins

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présente. Victimes de l'habitude et de l’automatisme aveugle, ils se trouvent emprisonnés
par le doute. Chez Ionesco, deux visions de l’existence s’opposent constamment la légèreté,
l’euphorie et le pessimisme la lumière et la perception sombre et nocturne de l’existence,
deux visions caractéristiques de la personnalité de l’auteur et qui travaillent son œuvre
comme il l’écrit lui-même :
« Deux états de conscience fondamentaux sont à l’origine de toutes mes pièces : tantôt l’un,
tantôt l’autre prédomine, tantôt ils s’entremêlent. Ces deux prises de conscience originelles
sont celles de l’évanescence et de la lourdeur, du vide et du trop de présence ; de la
transparence irréelle du monde et de son opacité ; de la lumière et des ténèbres épaisses »
Eugène Ionesco, ​Notes et contre-notes​, ​op.cit.​, p. 226.