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Évaluationdurisque

deliquéfactiondessols
surlesitedunouveauport
deT anger

Résumé
La présente communication a pour objectif d’exposer
B. DEMAY l'ensemble des démarches effectuées pour l'analyse du
risque de liquéfaction des sols sur le site du nouveau port
M.-L. S A R G E N T O N I de Tanger-Méditerranée (Maroc).
L'intérêt de l'étude réside en une analyse exhaustive du
SAIPEM-SA risque de liquéfaction des terrains sous-jacents aux
Immeuble Énergies caissons de la digue principale. Elle s'est en effet appuyée
1à7Av. San Fernando sur plusieurs phases successives :
Montigny-le-Bretonneux - essais in situ (CPTet SPT) ;
78884Saint-Quentin- - essais de laboratoire ;
en-Yvelines cedex - étude de l'influence du chargement apporté par les
bruno.demay@saipem-sa.com caissons ;
- analyse de stabilité pseudo-statique avec prise en
compte de l'accroissement de pression interstitielle ;
- étude dynamique d'interaction sol-structure.
Ces différentes phases ont permis d'éclairer les résultats
ambigus, voire contradictoires, obtenus dans la phase
initiale des essais in situ, phase à laquelle les études de
liquéfaction des sols sont trop souvent réduites.
A chaque étape de l'étude des observations intéressantes
ont pu être faites, par exemple quant à la plus grande
précision des essais CPTvis-à-vis de la préhension du
risque de liquéfaction comparés aux essais SPT, à
l'apport indispensable des essais de laboratoire dans une
telle étude, aux effets du chargement apporté par
l'ouvrage, ou encore aux effets d'une liquéfaction
partielle quant à la stabilité des caissons de la digue. On
a également mis en relief la complexité et les limites
d'une étude dynamique d'interaction sol-structure.

Mots-clés : liquéfaction, caisson, digue, pénétromètre,


interaction sol-structure, sable, résistance au cisaillement.

Assessment of soils liquefaction hazard


on the new Tangiers harbour site
Abstract

The present communication deals with the assessment of soils


liquefaction hazardon the site of the newTangiers harbour in
Morocco.
The interest of this study lies inan exhaustive analysis of the
liquefaction hazard for the soils that underlie the big caissons of
the main breakwater. The study was divided inseveral stages:
- insitutests (CPTand SPT);
- laboratory tests;
- ananalysis of the influence of the load due to caissons;
- a pseudo-static stability analysis, accounting for the increase of
pore pressure;
- adynamic soil-structure interaction analysis.
These successive stages allowed ustoclarifythe ambiguous oreven
contradictoryresults of the preliminaryanalysis, basedon the in-situ
teststowhichliquefactionassessment studiesaretoooften limited.
Several interestingobservations havebeenmade, forinstance about
thegreater precisionofthe CPTtests inliquefactionhazard
assessment comparedtoSPT, about theessential contributionof
laboratorytests insuchastudy, about the effects ofthe loaddue to
thecaissons, orabout the effects of apartial liquefactiononthe
caissons stability. Thecomplexityandthe limits ofadynamicsoil-
structure interactionanalysishave also beenenlightened.
NDLR: Les discussions sur
cet article sont acceptées Key words : liquefaction hazard, breakwater, caisson, CPT, SPT,
jusqu'au 1ermars2007. soil-structure interaction, sand, shear resistance.
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1 1.3

Présentation du projet du nouveau Descriptiondes ouvrages àréaliser


port Tanger-Méditerranée Le projet se compose d'une digue principale d'une
longueur de 2056 m, composée pour une partie d'une
digue à talus traditionnelle et pour une autre partie
1.1 d'une digue à caissons préfabriqués, et d'une digue
secondaire de 588 m, encadrant une zone où un tirant
Situationgéographique d'eau minimal est requis, faisant l'objet de dragages.
Le site choisi pour le projet du nouveau port de Tan­ Les caissons sont d'abord préfabriqués en partie à
ger-Méditerranée est situé sur le détroit de Gibraltar à terre dans une zone remblayée conquise sur la mer, puis
35 kmà l'est de Tanger et à 15 km, à vol d'oiseau, à mis à l'eau en flottaison et rehaussés jusqu'à la hauteur
l'ouest de Ceuta, au lieu dit «Punta Ciress ». Il se pré­ requise en étant amarrés à un quai de rehausse. Ils sont
sente sous la forme d'une plage de 2kmde long orien­ ensuite remorqués à l'endroit de leur échouage puis
tée nord-est/sud-ouest, bordée à l'est par la colline du finalement ballastés par un remplissage de sable issudu
Djebel At-Tala culminant à 228md'altitude, et à l'ouest dragage (Fig. 1). L'assise des caissons est à lacôte-20 et
par le relief intitulé Dhat Al Haq. ceux-ci reposent sur un tout-venant 0/500 kg réglé à la
côte requise par du ballast, ces matériaux étant clapés
sur le fond marin préalablement à l'échouage des cais­
1.2 sons. L'emprise au sol des caissons est de l'ordre de
28mx28 met ils apportent sur le sol une surcharge de
Lesintervenants 300kPa. Leur hauteur est d'environ 35m.
Le maître d'ouvrage de l'opération représentant
l'État marocain est l'Agence spéciale Tanger-Méditer­ 2
ranée (TMSA). Le maître d'œuvre délégué est la
DAPTMreprésentant le ministère de l'Équipement et Contexte géologique
duTransport. Ces entités sont assistées dans leur tâche
par les bureaux d'études Ingema et Halcrow. Pour Les terrains rencontrés à l'emplacement du site du
l'évaluation du risque de liquéfaction des sols TMSA nouveau port de Tanger-Méditerranée sont constitués
s'est attaché les services du professeur Leslie T. Youd. d'une couverture quaternaire reposant sur un socle ter­
tiaire et secondaire appartenant aux nappes de flysch
Les travaux de réalisation du port (lots 1et 2) ont été
de Tisirène et de Beni Ider.
confiés à un groupement d'entreprises composé de Sai-
pem-SA et du groupe Bouygues, réunis pour la cir­ Les dépôts quaternaires ont une origine fluviatile et
constance dans la Société pour la réalisation du nou­ marine :
veau port de Tanger-Méditerranée (SRPTM), laquelle - sédimentation marine : sable fin à moyen coquillier
s'est adjoint les services de Mécasol. recouvrant les formations hétérogènes fluviatiles ;

fig 1 Le chantier en octobre 2005 : caissons en cours de fabrication. A l'arrière-plan, la digue en caissons.
Works inOctober, 2005: Caissons at precasting yard. See the caissons breakwater inthe background.

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- sédimentation fluviatile due à l'oued R'Mel : alter­ Selon les propres termes du rapport établi par l'uni­
nances de sable, d'argile et graviers très hétérogènes, versité, la démarche suivie par les spécialistes maro­
d'argile molle avec un faible taux de matières orga­ cains pour l'élaboration de ces données a consisté en :
niques, de sables grossiers et très fins, de graves.
- une synthèse de l'évaluation de l'aléa sismique sur le
D'après la carte géologique (feuille de Sebta/Nord site du futur port par le biais d'un recueil et d'une ana­
du Maroc) les terrains composant le substratum ter­ lyse des principaux documents géologiques (analyse
tiaire et secondaire de la vallée de l'oued R'Mel et les structurale/néotectonique/stratigraphie), géophysiques
collines bordant le site du port sont constitués : et sismologiques disponibles à cejour ;
- à l'ouest, d'alternances de grès micacés calcareux - une analyse critique et une synthèse des données de
et de pélites (Oligocène, nappe du flysch des Beni base recueillies depuis l'échelle du territoire du Maroc
Ider) ; jusqu'à l'échelle du site ayant pour objet un zonage sis-
- au centre, de calcaires, de calcaires et marnes mica­ motectonique définissant les zones sources et les prin­
cées rouges (Paléocène-Eocène), puis de marno-cal- cipales failles et séismes associés pouvant avoir une
caires (Crétacé supérieur. BenI Ider) ; influence sur le site du futur port ;
- à l'est, d'une alternance de grès vert jaune à grain - une sélection des séismes majeurs des zones sources
fin et de pélites (Crétacé inférieur, nappe du flysch du (zones sismotectoniques et failles) en fonction de l'état
Djebel Tisirène). En particulier, cette formation des connaissances et des données disponibles, afin
concerne la colline du Djebel At-Tala qui domine l'est d'évaluer leur potentialité en terme de magnitudes et
du site. d'intensités macrosismiques (échelle MSK 1964) sus­
La profondeur du fond marin varie de 0 à - 35 m ceptibles de se produire sur lesite ;
selon les cartes bathymétriques existantes, avec une - unedéfinitiondes caractéristiques (intensité, magnitude,
pente relativement régulière de 3à 4%en direction du distance, profondeur) des séismes de référence conformé­
nord-ouest. ment àlapratique réglementaire pour les installations clas­
La profondeur d'eau maximale est de 35 mètres sées définissant le tremblement de terre de dimensionne­
dans la zone située à l'extérieur du musoir de la digue ment (SMHV) et le séisme majoré de sécurité (SMS) ;
principale (Fig. 2). - enfin, le calcul les accélérations maximales plausibles,
pour chaque séisme de référence, à partir de relations
3 empiriques couramment utilisées.
Selon l'étude conduite par l'université marocaine, il
Conditions sismiques apparaît que plusieurs sources sismiques conduisent aux
mouvements les plus pénalisants sur lesite. Il s'agit de la
Le maître d'ouvrage TMSA a chargé l'université source locale, qui génère les mouvements les plus péna­
Mohammed Vde Rabat de définir l'aléa sismique sur lisants dans le domaine des hautes fréquences, et les
le site du futur port. Ces données ont été explicitement deux sources lointaines du golfe de Cadix et du SWdu
intégrées aux conditions techniques du contrat de réa­ cap Saint-Vincent qui génèrent les mouvements les plus
lisation. pénalisants dans le domaine des basses fréquences :

Port de Tanger-Méditerranée : digue principale.


Coupe transversale vers le PM2050.

fig. 2 Une coupe type des terrains sous les caissons.


Atypical geological cross-section under the caissons.

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FIG. 3 Méthodologie suivie pour l'étude de la liquéfaction
Methodology for liquefaction hazard assessment

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- lasource proche (celle du site), qui conduit aux mou­ - diamètre à 50 %d50compris entre 50µmet 1,5mm;
vements les plus pénalisants pour un séisme de type - et soumis en l'état final du projet à une contrainte ver­
SMS avec une accélération horizontale maximale ah= ticale effective inférieure à 200 à 300 kPa (valeur
0,24 g au site pour les hautes fréquences (magnitude variable selon des zones définies en fonction de l'inten­
retenue de 4,7) ; sité du phénomène sismique).
- la source lointaine (SWdu cap Saint-Vincent) qui
Ce dernier point est très important dans le cas pré­
conduit aux mouvements les plus pénalisants pour un sent, puisque la contrainte apportée sur le sol par les
séisme de type SMS avec une accélération horizontale caissons est de l'ordre de 300 kPa et donc, si l'on suit
maximale ah= 0,093 g au site pour les basses fré­
cette recommandation sans analyse complémentaire, le
quences (magnitude retenue de 8,5). sol sous l'ouvrage ne doit pas être considéré comme
Il est à noter que, dans cette étude, les conditions potentiellement liquéfiable. Hormis le problème posé
particulières de site n’ont pas été prises en compte, car par la délimitation précise des zones influencées par le
les mouvements spécifiés sont fournis pour un site chargement, l'action de charger lesol ne suffit pas à éli­
rocheux sans tenir compte des amplifications ou des miner les risques inhérents au phénomène de liquéfac­
atténuations potentielles liées à l'influence des terrains tion, comme on le verra ci-après.
sus-jacents. Egalement, l'étude ne fournit pas de signal
Sont également à considérer comme liquéfiables les
sismique ou de spectre de référence pour une éven­
sols argileux présentant les caractéristiques suivantes :
tuelle étude spécialisée.
- diamètre à 15 %d1 5>5pm;
4 - limite de liquidité <35 %;
- teneur en eau supérieure à 0,9 fois la limite de liqui­
Méthode développée pour l’analyse dité WL;
du risque de liquéfaction - et dont le point représentatif sur le diagramme de
plasticité se situe au-dessus de la droite du dit dia­
gramme Ip=0,73 (WL -20) pour WL>30 et Ip=7,3 pour
4.1 WL<30.

Généralités 4.3
Dans ce qui suit, le terme de liquéfaction corres­
pond au phénomène de perte de résistance au cisaille­ Évaluationdurisque de liquéfaction
ment d'un sable fin saturé, lâche ou dense, qui peut des terrains liquéfiables
avoir lieu pendant un séisme à cause de l'augmentation
des pressions interstitielles. L'évaluation du risque de liquéfaction est fondé sur
Les contraintes de cisaillement cycliques dues aux la définition d'un facteur de sécurité FS qui est défini
phénomènes vibratoires causés par le séisme entraî­ comme le rapport entre la résistance cyclique normali­
nent une augmentation de la pression interstitielle, et sée du matériau, CRR(cyclicresistance ratio), et la solli­
la théorie veut que lorsque cette pression atteint la citation cyclique normalisée induite par le séisme à la
valeur de la contrainte totale en place, annulant ainsi la même profondeur, CSR (cyclic stress ratio) : FS =
contrainte effective, le sable perd l'essentiel de sa résis­ CRR/CSR.
tance au cisaillement et on dit qu'il a liquéfié. On considère, en générai, un coefficient de sécurité
La méthodologie utilisée dans le cadre de ce projet nécessaire supérieur ou égal à 1,3 pour s'affranchir du
est résumée sur le logigramme de la figure 3. risque de liquéfaction (Pecker, 1986). Al'inverse, un
coefficient de sécurité strictement inférieur à 1traduit
Par rapport aux démarches courantes en la matière,
généralement un risque important de liquéfaction.
la méthodologie proposée faisait explicitement réfé­
rence à des essais de laboratoire, nécessaires à l'identi­
fication des sols et à la mesure de la résistance à la 4.4
liquéfaction dans des conditions simulant l'état de
contraintes du sol en place avant et après construction Sollicitations cycliques normalisées (C
SR)
de l'ouvrage.
Ces essais de laboratoire ont été conduits au NGI Le CSR est déduit de l'accélération maximale du
(Norwegian Geotechnical Institute) à Oslo et chez Geo- séisme à la surface du sol, a selon la formule sui-
labo au Plessis-Robinson. vante :

4.2 OÙ:
rd coefficient réducteur de la contrainte en fonc­
Critères d'identificationdes sols tion de la profondeur ;
potentiellement liquéfiables g accélération de la gravité ;
Selon les recommandations AFPSen vigueur sont a amax accélération maximale du séisme à la surface
priori suspects de liquéfaction les sables, sables vasards du sol ;
et silts présentant les caractéristiques suivantes : σv contrainte verticale totale ;
- degré de saturation voisin de 100 %; σ'v contrainte verticale effective ;
- granulométrie correspondant à un coefficient d'uni­ Le coefficient rd est défini conformément aux
formité Cu=d60/d10inférieur à 15; recommandations NCEER(Youd et Idriss, 2001).
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4.5 A contrario, l'interprétation des résultats SPTéqui­
valents (Fig. 5) ne permettait pas de conclure qu'il y
Priseencompte des données sismiques avait réellement risque de liquéfaction.
D'une manière générale l'interprétation des essais
Une double analyse a été faite en considérant les insitu montrait que le séisme lointain de magnitude 8,5
deux séismes de référence définis dans l'étude de l'aléa était plus défavorable vis-à-vis du risque de liquéfac­
sismique (cf. §4) : tion que le séisme local de magnitude 4,7, bien que
- séisme de source lointaine (cap Saint-Vincent) : celui-ci soit réputé d'accélération 2,5 fois plus élevée
magnitude Mw=8,5, accélération am ax=0,093g ; (0,24 g contre 0,093 g). Ce résultat est imputable à la
- séisme de source proche (NWRif) : magnitude Mw= prise en compte de l'influence de la magnitude selon
4,7, accélération am
x =0,24g.
a les recommandations NCEER.
Il est intéressant de noter que les résultats des son­
5 dages SPTétaient en contradiction avec les résultats
des essais CPTet concluaient au contraire au fait qu'il
Conclusions tirées des essais in situ n'y avait pas réellement risque de liquéfaction. Il fallait
donc lever cette ambiguïté.
Une campagne de reconnaissances géotechniques Par ailleurs, la prise en compte de la surcharge
marines a été réalisée au deuxième semestre 2003 par importante apportée par l'ouvrage et de la pente natu­
l'entreprise Seacore. Elle incluait des sondages carot­ relle du sol par l'intermédiaire des facteurs Kσet Kα
tés et la réalisation d'essais insitu CPTet SPT. selon les recommandations NCEERavait pour effet de
Les essais CPTet SPTont été interprétés selon la réduire significativement le coefficient de sécurité vis-
procédure décrite dans les recommandations NCEER à-vis de la liquéfaction obtenu dans l'interprétation des
(Youdet Idriss, 2001). L'interprétation des essais CPTet essais in situ, alors qu'une interprétation hâtive des
SPTa été revue par le professeur Youd. recommandations AFPS donnerait à penser que les
Un exemple d'analyse des résultats CPT (Fig. 4) sols soumis en l'état final du projet à une contrainte
montre clairement l'existence d'un risque de liquéfac­ verticale effective supérieure à 200à 300 kPa ne sont à
tion sous séisme de magnitude 8,5dans certaines zones priori pas suspects de liquéfaction.
de la digue principale, correspondant à des terrains Pour pouvoir se prononcer sur le risque de liqué­
constitués par le dépôt de matériaux alluvionnaires faction il fallait donc d'une part confirmer la suscepti­
récents apportés par l'oued R'Mel. bilité des sols à la liquéfaction par d'autres analyses, et

fig. 4 Interprétation d'un essai CPT selon les fig. 5 Interprétation d'un essai SPT selon les
recommandations NCEER. recommandations NCEER.
CPT interpretation according to NCEER SPT interpretation according to NCEER
recommandations. recommandations.

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d'autre part estimer le coefficient de sécurité réel en - et des essais visant à déterminer lecomportement en
prenant en compte de façon précise l'influence du char­ déformation des sols concernés sous sollicitations
gement apporté par l'ouvrage :c'est ici que les essais cycliques (essais à la colonne résonnante, essais de
de laboratoire prennent tout leur sens. mesure du module de cisaillement aux petites défor­
Il fallait également analyser l'incidence de l'amplifi­ mations de cisaillement).
cation ou de l'atténuation du signal sismique à travers
les terrains meubles recouvrant le substratumrocheux. 6.2

6 Analyse des essais d’identification

Apport des essaisde laboratoire En ce qui concerne les critères granulométriques


relatifs aux sables suspects de liquéfaction, les couches
de sols remplissant strictement ce critère de liquéfac­
6.1 tion se situaient généralement dans la frange supé­
rieure des sondages carottés. Acontrario la partie supé­
Programme d ’essais rieure d'un sondage, qui était identifié comme très
franchement liquéfiable par les CPTvoisins, présentait
La campagne de reconnaissances menée par une courbe granulométrique avec un coefficient d'uni­
l'entreprise Seacore a comporté une partie importante formité nettement supérieur à 15.
de sondages carottés qui ont permis de prélever un
Par ailleurs, les formations argileuses rencontrées
certain nombre d’échantillons jugés de qualité suffi­
n'étaient pas dans le cas d'une teneur en eau très
sante pour y procéder à des essais représentatifs. En
proche de la limite de liquidité.
particulier, l'utilisation d'un carottier haut de gamme
comme le Geobor S Atlas Copco a permis d'avoir des La densité relative des sables, d'après les essais sur
pourcentages de récupération satisfaisants et même les échantillons intacts, s'établissait entre 30et 70 %, ce
dans certains cas l'obtention d'échantillons intacts que confirmait les extrapolations faites à partir des CPT.
(Fig. 6).
Les essais de laboratoire ont eu pour but d'appor­ 6.3
ter des informations sur :
- le caractère potentiellement liquéfiable des sols Analyse des essais de cisaillement cyclique
concernés ;
- leur comportement vis-à-vis des sollicitations 6.3.1
cycliques à la fois en champ libre et sous un état de
contraintes correspondant au chargement apporté par Généralités
l'ouvrage. Il a été effectué une vingtaine d'essais, répartis de
Il a été procédé à : façon à peu près équivalente entre l'essai triaxial
- des essais d'identification au sens large (courbes gra- cyclique et la boîte de cisaillement cyclique.
nulométriques, densités mini maxi, limites d'Atter- On a cherché à mettre en évidence le caractère
berg...); déterminant de paramètres susceptibles d'influer sur le
- des essais de résistance au cisaillement cycliques déclenchement et l'amplitude du phénomène de liqué­
(essais triaxiaux cycliques, essais à la boîte de cisaille­ faction :
ment cyclique) visant à évaluer leur résistance au phé­ - les paramètres caractérisant la granulométrie (coeffi­
nomène de liquéfaction ; cient d'uniformité, pourcentage de fines) ;

FIG. 6 Échantillons intacts dans les sables silteux.


Intact samples inloose silty sands.

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fig. 7 Évolution du module de cisaillement fig. 8 Augmentation de la pression interstitielle
pendant un essai de cisaillement cyclique. Durant un essai de cisaillement cyclique.
Shear modulus decreases during a direct cyclic Pore pressure increases during a direct cyclic
shear test. shear test.

- la densité relative Dr du sable à l'état initial, c'est-à- cisaillement), des déformations de cisaillement finales
dire avant consolidation (les échantillons non intacts importantes, le tout pour un nombre de cycles réduit
étaient reconstitués à une valeur de Dr choisie) ; (Fig. 7et 8);
- la consolidation de l'échantillon, simulant les condi­ - un groupe d'essais non réactifs où l'augmentation de
tions de chargement (champ libre/chargement apporté pression interstitielle est non significative (Δu/σ'v <
par l'ouvrage) ; 10%) et où les caractéristiques de déformation ne sont
- la contrainte de cisaillement statique initiale (avant pas modifiées.
essai) ; L'analyse des essais a permis de faire un certain
- l'intensité de la sollicitation cyclique (ici le rapport τ/σ nombre d'observations instructives.
correspondant au CSR selon la formule (1) sera de
l'ordre de 0,13 à 0,15 avec une accélération de 0,093 g
pour une profondeur comprise entre 0et 15m). 6.3.2

En fin d'essai, on a noté les valeurs de certains para­ Descriptiondes phénomènes observés
mètres caractéristiques :
- rapport pression interstitielle/contrainte verticale La liquéfaction n'a été réellement observée que sur
effective υ/σ'v; deux échantillons, soumis à une sollicitation cyclique
correspondant à un rapport de 0,2 (CSR) ce qui
- nombre de cycles ;
correspondait, toutes choses égales par ailleurs, à une
- déformation de cisaillement. accélération de 0,13 à 0,15 g, soit 50 %de plus que
La population des essais se sépare en deux groupes l'hypothèse considérée (0,093g).
d'égale importance : Les deux essais correspondaient tous deux à une
- un groupe d'essais réactifs où l'influence des sollici­ consolidation isotrope, soit à une contrainte de cisaille­
tations cycliques se manifeste par une augmentation ment initiale nulle. Il est par contre intéressant de noter
significative de la pression interstitielle, une diminu­ que l'un correspondait à la situation en champ libre,
tion des caractéristiques de déformation (module de l'autre à une situation sous chargement.
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Pour un rapport τcy/σ'vde l'ordre de 0,13, corres­ reil triaxial, soit par imposition d'une contrainte de
pondant à l'accélération de référence, on a observé un cisaillement préalable à la boîte de cisaillement. Le rap­
phénomène que nous appellerons liquéfactionpartielle, port τa/σ'vyest supérieur à 0,22.
caractérisé par une augmentation de 30 à 60 %de la A l'inverse, tous les essais qui donnent lieu à un
pression interstitielle et une diminution du module de phénomène notable (liquéfaction, augmentation signi­
cisaillement, ainsi que par une valeur importante de la ficative de la pression interstitielle, déformation exces­
déformation de cisaillement à la fin de l'essai. sive, diminution du module) sont des essais où le
Sur les échantillons n'ayant pas liquéfié, les essais cisaillement initial (τa) peut être estimé nul (ou très
de cisaillement jusqu'à rupture post-cycliques mon­ faible). Les deux essais qui échapperaient à priori à
traient un angle de frottement résiduel de l'ordre de cette règle sont des essais à la boîte de cisaillement
40°, soit la valeur d'origine. Par contre, les courbes cyclique (DSS), fortement consolidés, où l'on ne connaît
efforts/déformations montraient des accroissements de pas en réalité le niveau de contrainte horizontale
déformation importants pour une faible augmentation s'exerçant sur l'échantillon après consolidation mais où
des contraintes le long de la surface de rupture, ce qui l'on peut supposer qu'il est loin d'être négligeable.
traduit une diminution significative des modules de On retrouve ici un résultat mis en évidence dans la
cisaillement. littérature (Pecker, 1986; Vaid et al., 2001), relatif au rôle
Ces résultats, montrant un état intermédiaire entre joué par la contrainte de cisaillement statique à laquelle
la liquéfaction franche et une absence de réaction aux vient se superposer à la contrainte de cisaillement
sollicitations cycliques, permettaient d'affiner la per­ cyclique, qui se produit ainsi autour d'une valeur non
ception du risque de liquéfaction que l'on avait après nulle de cisaillement. Seul le cas où la valeur de la
l'interprétation des essais insitu :les essais CPTétaient contrainte de cisaillement cyclique est suffisamment éle­
probablement conservatifs et, inversement, les essais vée pour inverser la direction du cisaillement est sus­
SPTétaient trop optimistes en ce sens qu'ils ne révé­ ceptible de conduire àlaliquéfaction.
laient pas l'amplitude du phénomène affectant les carac­ Ces résultats conduisaient tout naturellement à exa­
téristiques de résistance et de déformation des terrains. miner de façon détaillée la répartition des contraintes
dans le sol sous l'effet du chargement apporté par
6.3.3 l'ouvrage, puisqu'il a plusieurs effets concomitants :
Influencede ladensité relative - un tel niveau de charge (300kPa) augmente nécessai­
rement la compacité des sables sous-jacents et accroît
Tous les essais réactifs, c'est-à-dire ayant montré un leur densité relative ;
accroissement significatif de la pression interstitielle, - il va générer une contrainte de cisaillement statique
correspondaient à des échantillons de densité relative qui va se superposer aux sollicitations cycliques sis­
initiale de l'ordre de 40à 55 %. miques, mais la répartition de cette contrainte de
cisaillement varie spatialement sous l'ouvrage.
6.3.4
7
Influencedes caractéristiquesgranulométriques
Les deux échantillons ayant liquéfié sont des sables Étude de l’influence du chargement
propres (7 %de fines) qui possèdent une granulomé­ apporté par l’ouvrage
trie uniforme (coefficient d'uniformité = 3) ; mais on
remarque que des échantillons ayant 15à 20 %de fines Nous avons donc étudié à l'aide d'un modèle de cal­
et un coefficient d'uniformité de 40subissent une aug­ cul aux éléments finis réalisé avec le code PLAXIS
mentation importante de la pression interstitielle. Le l'influence du chargement apporté par l'ouvrage sur la
critère granulométrique de l'AFPS n'est donc pas un répartition des contraintes dans le sol.
critère exclusif.
La surcharge importante apportée par le remblai
d'assise et les caissons a pour effet de modifier la
6.3.5 contrainte verticale mais aussi la contrainte de cisaille­
ment statique initiale.
Conditions de chargement
Le calcul aux éléments finis (en déformation plane)
Si l'on fait référence aux deux essais ayant liquéfié, permet de calculer en tout point du maillage la valeur
dans un cas la liquéfaction survient en champ libre, des contraintes verticales et horizontales (soit σzet σx)
dans l'autre sous chargement. Dans le reste des essais ainsi que de la contrainte de cisaillement statique τxz.
réactifs, il y a autant de situations de chargement que On trace ensuite des coupes parallèles à la surface libre
de situations de champ libre. à différentes profondeurs (1 m, 2 m, 5 m, 10 m...) sur
Laseule augmentation de lacontrainte verticalesous lesquelles on obtient les valeurs de la contrainte verti­
l’effet du chargement dû àl'ouvrage n'est doncpas une cale effective et de la contrainte de cisaillement sta­
condition de nature à empêcher la liquéfaction. Le cri­ tique ; on en déduit alors le rapport des contraintes
tère de densité relative reste par contre essentiel. τa/σ'vpréexistant à la sollicitation sismique.
Un exemple de courbes donnant la valeur du rap­
port τ/σ'vest donné dans lafigure 9. Lacourbe part de0
6.3.6 à l'axe de l'ouvrage, elle passe par un maximumà une
Influencede lacontraintede cisaillementstatique initiale distance d de l'axe (ordre de grandeur d =25m, variable
avec la profondeur) avant de tendre asymptotiquement
Tous les essaisjugés non réactifs sont des essais où vers 0en changeant de sens. La courbe n'est pas symé­
la contrainte de cisaillement statique initiale avant essai trique par rapport à l'axe des caissons, compte tenu de
est non nulle soit par consolidation anisotrope à l'appa­ la géométrie de l'ouvrage et de la pente.
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FIG. 9 Ratio de contrainte de cisaillement sous l'ouvrage.
Cyclic shear stress ratio under the caisson,

Port de Tanger-Méditerranée : digue principale.


Coupe transversale vers le PM1695.
FIG. 10 Impact de l'aléa sismique sur le sol chargé par l'ouvrage.
Impact of seismic event on loaded ground.

Une fois tracées ces courbes à différentes profon­ Onen déduit alors un schéma de principe (Fig. 10) qui
deurs, il est facile de superposer deux droites horizon­ définit dans une coupe transversale l'étendue des zones
tales figurant la valeur absolue du CSR (Cyclic Stress susceptibles deliquéfaction. Ces zonessont situéesenpied
Ratio), lequel varie également en fonction de la pro­ de digueet dans une bandecentrée sur l'axede l'ouvrage.
fondeur, suivant la formule de Seed. On définit alors
des zones où, à cause de la modification des Il est intéressant de noter que dans l'axede l'ouvrage,
contraintes due au chargement, la liquéfaction ne peut il existe effectivement une zone où le CSRest supérieur
avoir lieu suivant le principe exposé au paragraphe au rapport (τ/σ'v) préexistant et où la liquéfaction (totale
précédent (seul le cas où la valeur de la contrainte de ou partielle) est donc théoriquement possible, ce qu'ont
cisaillement est suffisamment élevée pour inverser la effectivement montré certains essais de laboratoire. En
direction du cisaillement est susceptible de conduire à réalité, dans les conditions réelles, compte tenu du confi­
la liquéfaction). On constate que le rapport (τ/σ'v) pré­ nement exercé latéralement et en surface, la liquéfaction
existant est dans le cas présent augmenté jusqu'à des serait vraisemblablement remplacée par un affaiblisse­
valeurs très nettement supérieures au CSR(0,4à 0,5 à ment des caractéristiques mécaniques du sol, amenant
comparer à 0,13-0,15). par exemple des tassements (Zhang et al., 2002).
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8 Dans la zone centrale sous le caisson nous avons
considéré un incrément de pressions interstitielles Au
Étude de l’influence des phénomènes égal à 0,3σ'v.
Dans les zones ou le risque de liquéfaction était le
de liquéfaction sur la stabilité plus avéré, la prise en compte de ces hypothèses de
pression interstitielle ramenait lecoefficient de sécurité
de la digue : calculs pseudo-statiques vis-à-vis de la rupture au grand glissement de 1,5dans
Dans cette partie de l'étude nous avons cherché à le cas statique aux alentours de 1,1 ou 1,2.
étudier la stabilité de la digue sous séisme avec liqué­ L'étude de la stabilité au glissement sous l'effet de
faction, en analysant l'impact de grands glissements l'augmentation des pressions interstitielles dans lazone
sur des surfaces de rupture passant dans les sables, la aval et sous lecentre de l'ouvrage conduisait à des coef­
rupture étant potentiellement générée par un méca­ ficients de sécurité globalement supérieurs à 1,1, ce qui
nisme consécutif à l'augmentation de pression intersti­ était acceptable vis-à-vis de la stabilité d'ensemble.
tielle dans les terrains sous et à côté de l'ouvrage. L'étudede stabilitémontrait par ailleursque l'augmen­
En effet, le CCTP stipulait : « La stabilité des tationde lapression hydrostatique dans lazoneamont ne
ouvrages sera évaluée par des calculs pseudo-statiques semblait pas avoir d'influence (outrès peu) sur lastabilité
tels que décrits dans l'AFPS(ouvrage poids déplaçable) de ladiguevis-à-vis du glissement lelongde lasurface de
prenant en compte la dégradation des caractéristiques rupture concernée. Ceci dit, un basculement vers l'amont
mécaniques des zones liquéfiables, incluant des ana­ du caisson consécutif à un tassement différentiel entre
lyses de rupture circulaire (type Talren). On visera un l'amont et le centre de la structure n'était pas à exclure.
coefficient de sécurité de 1 sous charges non pondé­ L'influence de la berme en pied de caisson a égale­
rées en tenant compte du caractère non simultané du ment été étudiée. Par rapport au cas statique équiva­
pic d'accélération et de l'apparition de la liquéfaction. » lent, le coefficient de sécurité en cas de liquéfaction est
Les calculs de stabilité pseudo-statiques usuels type ramené de 3,5 à 1,9. Enfin, on a également analysé la
AFPS, n'intégrant que la valeur de l'accélération, sécurité de la stabilité du caisson vis-à-vis d'une rup­
auraient privilégié l'influence du séisme court au détri­ ture due un défaut de portance du sol consécutive au
ment du séisme long et n'auraient pas été représentatifs. phénomène de liquéfaction.
Des calculs ont donc été faits avec le logiciel Talren Les calculs de contrainte de rupture sous une fonda­
(Fig. 11), en utilisant la possibilité qu'il offre de modi­ tion superficielle à partir de l'angle de frottement
fier localement le champ des pressions hydrostatiques interne du matériau (Meyerhof) ont démontré que le
à partir d'un maillage éléments finis fait sur Plaxis. risque de rupture du type portance sous un caisson de
L'influence de la liquéfaction est prise en compte par 28mx28mavec une contrainte de référence de 300kPa
une augmentation de la valeur des pressions intersti­ n'apparaissait que pour un angle de frottement résiduel
tielles, à rajouter à la valeur hydrostatique initiale dans de l'ordre de 19°. Or les essais de cisaillement statique à
le terrain (niveau de nappe +1,00). rupture post-cyclique n'ont jamais mis en évidence une
Pour les zones en amont et à l'aval on a supposé une valeur aussi faible de l'angle de frottement du matériau,
augmentation de pression interstitielle égale à 60 %de tous les essais effectués donnant des valeurs de l'angle
la valeur de la contrainte verticale effective. de frottement résiduel comprises entre 40et 43°.

fig. 11 Analyse de stabilité pseudo-statique.


Pseudo-static stability analysis.

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R
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9 Les signaux fournis comprenaient à chaque fois
deux composantes horizontales orthogonales et une
Étude de l’influence des phénomènes composante verticale.

de liquéfaction sur la stabilité 9.3


de la digue : calculs dynamiques
M odélisationde l’interactiondynamique
9.1 sol-structure
Cette étude a été confiée àTerrasol qui a utilisé pour
Lesraisons d’unetelleétude ce faire le code Plaxis (module dynamique). Deux pro­
Ace stade de l'étude, on pouvait estimer que l'action fils ont été étudiés, l'un correspondant à lazonejugée la
des sollicitation sismiques les plus défavorables se tra­ plus critique en terme de risque de liquéfaction, l'autre
duisait dans les zones les plus sensibles, d'une part, par à des terrains représentatifs de la zone courante.
un risque de liquéfaction partielle amenant une diminu­ Ce type d'étude pose un certain nombre de pro­
tion des caractéristiques mécaniques des sols sous et blèmes qu'il a fallu résoudre.
autour de l'ouvrage et, d'autre part, par une augmenta­
tion significative de la pression interstitielle de part et 9.3.1
d'autre des caissons. Le risque de voir les caissons et
donc les superstructures de la digue affectés par des Choixdusignal
mouvements de basculement et de rotation, et par des
tassements, a amené le maître d'ouvrage à demander Plaxis prend en compte un signal temporel pour le
au groupement d'entreprises de procéder à une analyse séisme qui est positionné à la base du modèle, au niveau
dynamique d'interaction sol-structure afinde vérifier les du substratum. Le logiciel développe analytiquement
résultats obtenus par les analyses pseudo-statiques et l'amplification, l'amortissement et la duplication des
également d'essayer de quantifier l'importance des ondes aux interfaces géologiques. Le signal est repré­
désordres pouvant affecter l'ouvrage, sachant que le senté par une série de points par pas de temps régulier
risque de ruine de l'ouvrage était a priori exclu. représentant soit le déplacement, soit la vitesse, soit
Cette étude dynamique a comporté deux étapes : l'accélération du substratum en fonction du temps.
- tout d'abord la recherche et le choix de signaux sis­ Plaxis n'accepte qu'un seul signal. La prise en compte
miques (accélérogrammes et spectres) compatibles simultanée des composantes horizontale et verticale du
avec les données sismiques de base définies au § 4 ; séisme est réalisée par un coefficient multiplicateur
variable sur le signal. Pour l'étude il a été décidé de
- ensuite l'utilisation de ces signaux dans un logiciel
prendre en compte simultanément la composante hori­
permettant de modéliser l'interaction sol-structure.
zontale de l'accélération et comme composante verticale,
une fraction de 30 %de la composante horizontale.
9.2 Le choix des signaux parmi ceuxproposés par Geo­
ter s'est fait enfonction de leur contenu fréquentiel, de
Recherchedesignauxsismiquesreprésentatifs la durée du séisme et sur l'allure générale du signal.
La recherche de signaux sismiques ad hoc a été C'est ainsi qu'ont été sélectionnés comme les plus
confiée par le groupement à Geoter. représentatifs les accélérogrammes suivants : séisme
de Kocaeli (Turquie) du 17/08/1999 comme référence
Les données sismiques initiales (§4) ne comportant pour le séisme de source lointaine, et séisme d'Ombrie
pas de spectres de référence, Geoter a donc calculé en du 29/04/1984 comme référence pour le séisme de
préalable des spectres de réponse élastique pour lesite source proche.
(spectres cibles) en adoptant les lois d'atténuation utili­
sées dans l'étude de l'université Mohammed V. Ensuite, Les deux accélérogrammes sont représentés res­
il lui a fallu sélectionner dans les bases de données pectivement sur lesfigures 12et 13. Lesignal du séisme
accélérométriques (USGS1996; Ambraseys et al., 2000) de Kocaeli Aavait l'avantage d'être de longue durée
des enregistrements correspondant à des séismes de (plus de 100secondes) et présentait donc un intérêt cer­
caractéristiques proches des séismes de référence, en tain pour l'étude des phénomènes relatifs à la liquéfac­
calant les composantes horizontales à l'accélération de tion car il impliquait un nombre de cycles représentatif.
dimensionnement et en vérifiant lecontenu spectral de Le contenufréquentiel des séismes lointains est plus
l'accélérogramme par comparaison des spectres de riche dans les basses fréquences (entre 0,7 à 3 Hz) que
réponse élastique de ses composantes au spectre cible celui des séismes proches, plus développé dans les
résultant de l'application des lois d'atténuation. hautes fréquences (3à 10 Hz). Il est alors plus préjudi­
GEOTERa sélectionné les séismes suivants : ciable pour la digue en caisson dont la fréquence
propre est proche de 1 Hz, malgré une accélération
Nom Date Durée (s) maximale 2,5fois plus faible.
Séismes proches Friuli (Italie) 16/08/1977 16
Izmir (Turquie) 09/12/1977 5 9 3.2
LazioAbruzzo (Italie) 11/05/1984 26 Priseencompte de l’effet de l’eau
Umbria (Italie) 29/04/1984 26
Séismes lointains Kocaeli A(Turquie) 17/08/1999 106
L'approche utilisée est celle des masses ajoutées de
Kocaeli B(Turquie)
Newmark (1971). Pour une structure longitudinale (que
17/08/1999 140
l'on peut assimiler à un prisme rigide sur un support
Kocaeli C(Turquie) 17/08/1999 25
flexible) se déplaçant dans un fluide perpendiculaire-
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FIG. 12 Séisme long jugé représentatif.
Typical long duration seismic event.

fig. 1
3 Séisme court jugé représentatif.
Typical short duration seismic event.

ment à son axe longitudinal, lamasse ajoutée est évaluée 9.3.3


par la masse d'un cylindre de liquide ayant un diamètre
égal à la hauteur de la structure immergée dans l'eau. Paramètresgéotechniques
Ainsi pour un caisson de hauteur 24 m immergé Les nombreux essais en laboratoire (essais de
dans l'eau sur une hauteur de 21 m la masse ajoutée cisaillement cycliques, colonne résonnante) ont permis
correspond à celle d'un volume Πx 212/4 = 346 m3/m une modélisation réaliste du comportement des sables.
soit 353 t/m réparties sur le voile central du caisson. Ceux-ci ont été modélisés avec un modèle élastique
Enpratique, l'effet de ces masses ajoutées est de dimi­ non linéaire de type HSM(hardening soil model selon
nuer lafréquence de résonance du système et de limiter le manuel d'utilisation de Plaxis).
les déformations du caisson. A contrario, elles augmen­
Le modèle HSMdéfinit une relation non linéaire
tent lamassetotaledu caissonet doncles tassements sous entre le déviateur q et la déformation ε:
lecaisson. Il adonc étédécidéd'étudier comparativement
lecomportement ducaissonavecet sans masses ajoutées.
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avec qa=qf/rf, qfétant le déviateur à rupture mesuré Le module tangent en un point quelconque de la
par exemple lors d'essais triaxiaux, et qala valeur courbe E= dq/dε vaut alors par dérivation de la for­
asymptotique à l'infini (on prend souvent la valeur de mule ci-dessus :
0,9 pour rf).
Pour un sol répondant au critère de rupture de Pour ε = 0 on a E = 2E50= Em axmodule tangent à
Mohr-Coulomb la valeur de qrvaut : l'origine.
Sachant que G= E/(2*(l + v)) et que la distorsion y
Pour un sol de type HSM, trois modules caractéris­ est égale à (1+v)*e, il vient :
tiques sont à définir : E (module tangent à l'origine), avec G
E50et Eur(décharge/recharge). Le module E50se déduit
par exemple à partir de résultats d'essais triaxiaux don­ Pour γ =0 on a G=Gm ax=2G50et la formule précé­
nant la valeur du demi-déviateur à rupture et la défor­ dente s'écrit :
mation correspondante.
Le module Eurest pris (à défaut d'informations spé­ Ce qui se traduit par une courbe représentée dans la
cifiques issues de résultats d'essais) par défaut comme figure 15.
3XE50. Les résultats des différents essais ont révélé un coef­
La figure 14 représente graphiquement les diffé­ ficient multiplicateur entre paramètres «statiques »et
rents paramètres en question. «dynamiques »compris entre 5et 8.
Il a été choisi d'appliquer un coefficient multiplica­
teur de 6 entre modules statiques et modules dyna­
miques dans les sols relativement lâches.
Pour les sols plus raides (graves sableuses, substra­
tum argileux) et les éléments de construction (ballast,
carapace), un coefficient multiplicateur plus faible (4) a
été appliqué, afin de ne pas raidir excessivement dans
le calcul dynamique la structure mise en place.

9.3.4

Résultatsdes calculs :
déform ations, surpressions interstitielles
Les déformations irréversibles en fin de séisme
F
IG. 14 Les paramètres du modèle HSMPlaxis. apparaissent comme relativement limitées car les
HSMPlaxis parameters. déplacements horizontaux du caisson et les tassements
observés enfin de séisme n'excédent pas 5cm(Fig. 16).
Ils s'élèvent à 7 cm au maximum pendant le séisme
Les valeurs de module utilisées dans le programme long et sont deux fois moins importants avec le séisme
PLAXIS correspondent à la valeur du module E50ref court. Des déformations irréversibles de consolidation
ramené à la pression de référence pref = 100 kPa et post-sismique ont également été mises en évidence
défini par laformule : mais elles sont limitées à des valeurs de l'ordre de 10à
15mm.
mvariant entre 0,5 pour des sables lâches à moyenne­ Le séisme lointain génère plus de distorsions
ment consolidés et 0,65 pour des sables denses. (γ=1,2 %) que leséisme court (0,3à 0,6 %).

FIG. 15 Variation des modules avec la déformation.


Relation between deformation/shear moduli and strain/distortion.

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f ig . 16 Évolution des déplacements horizontaux pendant le séisme.
Horizontal displacements during seismic event.

f ig . 17 Évolution des pressions interstitielles pendant le séisme.


Pore pressure development during seismic event.

Les surpressions interstitielles sont essentiellement nies au toit du substratumrocheux ; il se posait donc la
générées dans les couches d'argile sous-jacentes, là où question de l'évolution de ces accélérations dans les
l'on observe les distorsions les plus importantes. A la terrains meubles sus-jacents.
verticale du milieu du caisson on observe des valeurs Les diagrammes d'accélération montraient dans
de surpressions interstitielles de l'ordre de 50kPa dans trois cas sur quatre (2 profils x2 types de séisme) une
les sables silteux sous le matériau de remblai, ce qui atténuation de l'accélération entre le niveau du sub­
corrobore les hypothèses faites précédemment d'une
stratumet la surface du sol. Par contre, dans un cas de
augmentation de 30 à 60 %de la pression hydrosta­
tique (Fig. 17). figure correspondant à des terrains jugés plutôt raides
et au séisme long, l'accélération passait de 0,09 g au
niveau du substratum à 0,15 g au niveau de la surface
9.3.5 (Fig. 18). C’est d'ailleurs dans cette configuration (ter­
Amplification/atténuationdusignal sismique rains plutôt raides et séisme long) que l'on obtenait les
déplacements les plus importants. Acontrario, la zone
L'étude dynamique d'interaction sol-structure a per­ la plus sensible à la liquéfaction montrait systémati­
mis également de donner des informations sur ce quement une atténuation de l'accélération entre le sub­
point. En effet, les accélérations de projet étaient défi- stratum et la surface quel que soit le type de séisme.
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EVU
EFR
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AISED
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fis. 18 Accélérations observées pendant le séisme.
Accelerations during seismic event.

10 sieurs fois dans des essais de cisaillement cyclique.


Pour les fortes densités relatives la liquéfaction n'est
Conclusion pas atteinte, même pour des accélérations de l'ordre de
0,15 g. Les essais de laboratoire apportent donc un
Cette étude a permis une analyse exhaustive du éclairage indispensable dans le cas relativement cou­
risque de liquéfaction des terrains sous-jacents à la rant où l'intensité des sollicitations sismiques n'est pas
digue en caissons du nouveau port de Tanger-Méditer­ manifestement complètement destructrice.
ranée. Elle s'est en effet appuyée sur plusieurs phases 3) Pour le niveau de sollicitations sismiques de pro­
successives : jet et non atténuées, les phénomènes auxquels on peut
- essais insitu (CPTet SPT) ; s'attendre correspondent à une augmentation relative
- essais de laboratoire ; partielle des pressions interstitielles de l'ordre de 30 à
- étude de l'influence du chargement apporté par les 60 %accompagnée d'une diminution sensible des
caissons ; caractéristiques de déformation (modules). Il s'agit d'un
phénomène que l'on pourrait appeler liquéfactionpar­
- analyse de stabilité pseudo-statique avec prise en tielle, mais non liquéfaction au sens strict du terme. Les
compte de l'accroissement de pression interstitielle ; risques liés à cette augmentation des pressions inter­
- étude dynamique d'interaction sol-structure. stitielles est en partie, mais en partie seulement, anni­
Ces différentes phases ont permis d'éclairer les hilé par l'influence du chargement apporté à l'ouvrage,
résultats ambigus, voire contradictoires, obtenus dans puisque l'analyse de l'effet du chargement sur la répar­
la phase initiale des essais in situ, phase à laquelle les tition des contraintes montre qu'il subsiste une bande
études de liquéfaction des sols sont trop souvent centrale et des bandes latérales où le chargement
réduites. n'induit pas d'effet d'augmentation de la contrainte de
Nous en avons retenu les enseignements suivants : cisaillement statique, ce qui est un facteur déterminant
vis-à-vis de la sensibilité à la liquéfaction.
1) Les essais insitu donnent des résultats apparem­
ment contradictoires, les essais CPTdonnant à penser 4) Seules des analyses élaborées permettent alors
qu'il y a effectivement risque de liquéfaction alors que d'estimer l'influence de cette dégradation des caracté­
les SPTne mettent pas en évidence ce phénomène. Ala ristiques de déformation des terrains ; en particulier
lumière des analyses ultérieures il s'avère que les CPT des études de stabilité pseudo-statiques basées sur la
donnent une perception plus juste, quoique conserva­ seule valeur de l'accélération auraient amené à des
trice, de lasituation. L'analyse par les essais insituavec conclusions disproportionnées, alors que l'étude de sta­
les outils actuels (recommandations NCEER) permet bilité au glissement montre qu'avec l'augmentation de
par contre de mettre clairement en évidence l'influence la pression interstitielle envisagée dans les zones
de la magnitude en complément de l'accélération. concernées et sans atténuation, les coefficients de sécu­
2) Les essais en laboratoire ont mis en évidence que rité obtenus sous liquéfaction partielle restent supé­
le risque de liquéfaction est réel avec certains sols rieurs à 1,1 ce qui exclut à priori la nécessité d'un trai­
concernés, en particulier dans la zone de dépôt de tement de terrain.
matériaux alluvionnaires apportés par l'oued R'Mel 5) Compte tenu de la diminution des caractéris­
mais pour un niveau de sollicitations sismiques supé­ tiques de déformabilité des matériaux, observée dans
rieur de 50 %aux hypothèses envisagées (0,13/0,15 g les essais de laboratoire, la liquéfaction partielle est sus­
au lieu de 0,093 g), le phénomène ayant été simulé plu­ ceptible de générer des déplacements (glissements et
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rotations) non négligeables, leur quantification ne pou­ portement élaborées). Ce type d'analyse permet égale­
vant se faire qu'au travers d'une analyse détaillée ment d'apporter des réponses précises quant à l'effet
d'interaction sol-structure sous sollicitations dyna­ d'amplification ou d'atténuation de l'accélération par
miques. Ce type d'étude, lourde au demeurant, requiert les terrains sus-jacents au substratum. Dans lecas pré­
une démarche rigoureuse et vigilante dans le choix des sent, pour ce type d'ouvrage, il a été observé que les
paramètres et des hypothèses de calculs (choix des terrains les plus sensibles au risque de liquéfaction
signaux, prise en compte de l'effet de l'eau, lois de com­ atténuaient l'accélération au lieu de l'amplifier.

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