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Travailler fatigue de Cesare Pavese : une approche du visible et de l’absence

Si l’on excepte les poèmes de jeunesse dont certains furent écrits entre 1928 et 1929, Cesare
Pavese considèrera que son œuvre débute à partir du recueil Travailler fatigue.
Ce premier ouvrage subira maintes transformations. Il fut publié une première fois en 1936
aux éditions Solaria dans un tirage fort modeste. Lors de sa deuxième parution, en 1943, chez
Einaudi, certains poèmes seront élagués ; d’autres, plus nombreux, viendront étoffer le corpus
poétique avec cet étrangeté de renouveler la permanence de ce qui a déjà été dit.
Avec le Travailler fatigue de ces années de guerre, s’achèvera un cycle à partir duquel se
valideront des données théoriques et poétiques essentielles, voire indépassables pour Cesare
Pavese. Afin de préciser les enjeux de ce que l’on peut nommer une véritable philosophie
esthétique, Pavese inclura dans son recueil deux textes théoriques : « Le métier de poète »(à
propos de Travailler fatigue) écrit en novembre 1934 et « A propos de certaines poésies non
encore écrites » datant de février 1940.
D’autres éléments « extérieurs » sont à noter, en particulier l’ossature nouvelle consistant à
compartimenter et à structurer l’ensemble des textes en sept parties (1). Ce « premier » recueil
s’échelonne donc sur dix ans de 1930 à 1940 bien que la majorité des poèmes ait vu le jour
entre 1932 et 1934, années fertiles où se concentre la production poétique de l’écrivain.
La datation nous permet de nous recentrer sur quelques indices biographiques nécessaires à la
compréhension de l’œuvre. En effet, le présent pavésien contracte à la fois ce qui le met au
monde et ce qui l’en éloigne, unité contradictoire où s’affrontent des paysages mentaux et
géographiques indissociables et extrêmement différents.
Cesare Pavese naquit à Santo Stefano Belbol en 1908 en pleine campagne piémontaise.
Son village, proche de celui de Canelli, se trouve dans la région des Langhe. Les collines
recouvertes par la monotonie des vignes, avec leurs mottes de terre brisées et durcies par la
prégnance du soleil, resurgissent réelles en plein cœur du poème :

« Je vois seulement des collines et pour moi, proches ou


Lointaines,
elles remplissent ciel et terre de leurs flancs fermement
dessinés.
Mais les miennes sont âpres et striées de vignobles
qui poussent avec peine sur le sol calciné ; Mon ami les
accepte
mais il veut les vêtir de fleurs et fruits sauvages
pour y découvrir, en riant, des filles plus nues que les
fruits.
Ce n’est pas nécessaire : un sourire ne manque pas à mes
rêves les plus âpres… » (2)

On perçoit bien que pour Pavese, les collines n’ont rien à voir avec un ornement langagier
mais elles installent une assise mentale, une possibilité d’horizon au cœur même de la ville
que le jeune homme devra affronter. Elles permettent de revivifier et de consolider
l’entêtement d’une émotion qu’il a fallu valider et peaufiner tout au long de l’existence.
Enfant, Pavese a dû s’affronter aux silences et aux sentences des collines, à leurs vies proches
et lointaines, à leurs dures réalités face auxquelles s’organise le travail des hommes.
Les collines, chez Pavese, constituent bon gré mal gré le bornage du réel. Elles constituent le
point visible de la réalité. Il n’y aura besoin que de les nommer afin qu’elles assurent le cadre
général de toute vie humaine. Ainsi, comme dans les tableaux de Cézanne, peuvent-elles

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entièrement se dénuder ou arborer de sommaires couleurs, elles appartiennent à la dilatation
du présent tout en en dessinant le fondement.

« Coteaux et vallées de cette colline sont verts et profonds. » (3)


« La colline déploie aux étoiles la blancheur de sa terre dénudée… » (4)
« Au-delà des collines jaunes, il y a la mer… » (5)
« La colline s’étend sous la pluie qui l’imprègne en silence… » (6)
« Ma compagne ne voit pas la colline nue assoupie dans l’humidité… » (7)

Maintenant, comment passer d’un paysage à un autre ? Question récurrente qui traverse
l’œuvre pavésienne. Comment ressentir un lieu, l’habiter, sans qu’il n’existe de racines
profondes ? Comment déjouer cette spoliation de l’être sans redéfinir cette alliance qu’il y a
entre sa propre existence et l’immédiateté du visible ? Il y a à éprouver un monde comme à
élaborer une méthode, une théorie de la connaissance qui permette de se ressaisir, et à travers
soi, de renouer avec la complexité du dehors.
Pavese ne dissocie pas sa vie d’avec les questions théoriques. Bien au contraire. Le premier
travail est de vivre, et s’avouer poète consiste à réorganiser le visible afin d’en valider le sens.
Peut-être se souvient-on de cette phrase d’Aragon dans Le Paysan de Paris ? « Où le
merveilleux perd ses droits commence l’abstrait… » (8) Pavese s’affronte à cela.

Dès lors, il faut se forger des armes sachant qu’il y aura à élaborer un travail critique de
grande ampleur, tourné autant vers ce qui nous est lointain que proche, élaguant parfois
jusque dans son œuvre ce qui nous est apparu un moment présentable.
Pavese a étudié la littérature anglaise à Turin et a écrit une thèse sur le poète américain Walt
Whitman en 1930. En 1932, il traduit Moby Dick d’Herman Melville ainsi que des œuvres de
William Faulkner, de John Dos Passos, de James Joyce, de Sherwood Anderson, de Daniel
Defoe ou encore de Charles Dickens. Ces travaux de traduction lui permettent de se dégager
de l’ambiance politique de son époque (bien que Pavese sera inscrit au Parti national fasciste
de 1932 jusqu’en 1935. Il en sera exclu au cours de cette année pour activités incompatibles et
exilé en Calabre, à Brancaleone, pour huit mois) ainsi que du panorama littéraire et poétique
italien.
En effet, Pavese cherche à se débarrasser de cette sensiblerie savante des crepuscolari, sorte
de post-symbolistes italiens, autant que du flamboyant lyrisme d’un d’Annunzio. Il se
retournera contre la poésie hermétique dont les représentants les plus illustres sont Ungaretti
et Montale. Les territoires explorés par la littérature italienne ne lui conviennent pas, pas plus
et cela avec regret, mais pour d’autres raisons, que l’ample vers whitmanien. Ainsi,
s’exprime-t-il clairement dans Le Métier de poète :

« Quant au vers libre à la Whitman, qu’au contraire j’admirais et redoutais beaucoup, j’ai
dit ailleurs ce que j’en pense et de toute manière je pressentais déjà confusément qu’il fallait
une inspiration très oratoire pour lui insuffler la vie. Je n’avais ni assez de souffle ni assez de
tempérament pour m’en servir. » (9)

Quelquefois, l’évidence est au service de la complexité. Pavese découvre son outillage


rhétorique en marmonnant une litanie de mots dont la teneur oratoire échappait à la métrique
traditionnelle. Ces vers qui tournaient autour de treize syllabes avec une accentuation
particulière (en général quatre accents), font éclater ce que nous pourrions nommer la « poésie
poétique » au profit d’un traitement quasiment prosaïque de la poésie. Pavese invente un vers
dont une des finalités sera d’échapper à la fascination oraculaire d’un Ungaretti et par-delà, à
ce synthétisme que promulgue l’image. Il peut exister de nouveau une poésie analytique,

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narrative, s’exprimant dans un style sobre, privilégiant cette équation directe qu’il y a entre
l’objet et le mot. Pavese parlera d’une adhérence entre le signifiant et le signifié où les mots
doivent se contenter d’être justes ; ils sont là pour simplement nommer quand la grande loi
serait de se taire :

« Un peu de silence suffit et les choses s’immobilisent


à leur place réelle, pareilles à mon corps immobile. » (10)

Même s’il nuance fortement ses propos, Pavese ne sous-estime pas la teneur de son
exploration créatrice :
« J’ai simplement devant moi une œuvre qui m’intéresse, non pas parce que j’en suis l’auteur
mais parce que, pendant un certain temps au moins, j’ai considéré qu’elle était ce que l’on
écrivait de mieux en Italie, et actuellement, je suis l’homme le plus qualifié pour la
comprendre. » (11)

Le poème inaugural de Travailler fatigue – « Les mers du sud » – répondra à bon nombre
d’exigences notamment en validant le concept d’une poésie récit apte à dérouler une histoire,
à faire prévaloir le thème bien avant sa réalisation stylistique, basculant le poème vers « la
conception matérialiste du récit». (12) Pavese choisit des « objets » littéraires qui l’éloignent
de toute inspiration soudaine (les Muses n’y sont pour rien). Non seulement ils vont se
présenter comme une finalité à atteindre mais ils vont aussi constituer et définir ce « style
objectif » que Pavese cherche à approfondir. Pour l’heure, la difficulté qui se présente peut se
cristalliser à partir d’une question à la fois banale et extrêmement complexe. Comment la
poésie pavésienne répond-elle au défi qu’elle s’est lancé, sachant qu’une théorie pertinente
n’accouche pas forcément d’un résultat adéquat ? C’est avec le visible que tous les accords se
font. Cette matérialité-là, Pavese la trouvera à travers cette lente géologie émotive qui
s’élabora lors de son enfance et adolescence piémontaises ainsi qu’à travers ce champ
d’attractions permanent que peut représenter une ville comme Turin. Sans doute, de manière
un peu trop rapide, il opposera au départ la ville à la campagne comme tout jeune homme ivre
de se confronter à une nouvelle vie :
« …La campagne, c’est peut-être bien pour un repos momentané de l’esprit, très bien pour le
paysage, pour le regarder et voir filer dans un train électrique, mais la vie, la vraie vie
moderne, comme je la rêve et je la redoute, c’est une grande ville, pleine de fracas, d’usines,
de bâtisses énormes, de foules et de jolies femmes… » (13)

Cependant, cette vaste surface événementielle, si elle concentre et accélère tout ce que les
hommes peuvent produire, risque d’être rongée par l’illisibilité, du moment où chaque geste a
le pouvoir d’en gommer un autre, où chaque visage peut remplacer à loisir un énième visage,
chaque scène abolissant la suivante. La multiplicité n’a que le don du présent. Comme la
permanence du paysage urbain résulte souvent de l’habitude de la métamorphose, Pavese
taillera donc dans la masse mouvante des blocs visibles où l’activité humaine se déclinera à
travers un certain type d’individus. Les enfants, le copain, la femme, la prostituée, le
mécanicien ivre, le vieil ivrogne, les ouvriers, les fumeurs de papier, les paysans, les
musiciens, les passants, l’homme qui a été en prison, le mendiant… sont repérables par une
caractéristique extérieure et sommaire qui leur permettra de s’intégrer dans un processus
d’objectivation plus vaste. Si l’on devait évoquer un traitement pictural, les hommes
n’évoluent pas dans un paysage, ils sont eux-mêmes paysage, matière mouvante s’agençant et
agençant la réalité.
Cette saisie poétique et quasiment sociologique du monde permet de balayer une grande part
du vivant et il n’est pas rare d’assister à des scènes qui pourraient débuter un roman :

3
« Puis la lune se lève. Le mari est couché
dans un champ, le crâne fracassé de soleil
– une épouse ne peut pas traîner un cadavre
comme un sac – La lune se lève et projette un peu d’ombre
sous les branches crochues. » (14)

Il paraît indéniable que Travailler fatigue bouleverse la poésie italienne et même au-delà, que
la composition de cette œuvre est d’abord la construction et la validation poétiques d’un
authentique regard mais il n’en demeure pas moins vrai que des lignes de fragmentation
surgissent et préexistèrent à ce projet.
D’abord le titre, s’il peut évoquer un vague écho lafarguien, n’a rien à voir avec celui-ci. Il ne
s’agit pas d’un constat politique, plutôt de cette impossibilité à vivre, à se hausser au niveau
de la simple existence, souhaitant qu’elle nous emplisse, nous comble, afin que nous soyons
définitivement ancrés dans le réel.
Malgré tout ce qui fut pris, recueilli, quelque chose s’efface. S’élève alors une poignante
prière pavésienne pour que les choses et les êtres existent :

« Pour que les pierres et les maisons se recouvrent de vert


-en sorte que le ciel ait un sens- des racines très noires
doivent plonger dans l’ombre. Quand l’aube reviendrait,
la lumière glisserait pénétrant la terre,
comme un choc. Chaque sang reviendrait plus vivant :
les corps aussi sont faits de veines noirâtres.
Les paysans qui passent auraient alors un sens. » (15)

Pavese avouera que le spectacle de la vie n’est pas la vie. Il y a une réversibilité du visible,
dénouant celui qui saisit de ce qui fut touché, une opacité interne dans le geste même de
prendre. Je ne cesse de m’éloigner alors que mon unique souhait fut de m’approcher au plus
près des choses. Une fois le tableau achevé, Pavese constate cette dévoration du réel par le
vide et l’absence.
Cette thématique transversale et paroxystique, minant et structurant en même temps le projet
pavésien, se concrétise à travers la vision qu’il a des femmes. Elles oscillent entre le dégoût et
la fascination, entre l’apparaître et l’être, entre le rêve et la réalité toute entière. Elles sont
toujours le lieu du paradoxe, centre de gravité et lignes de fuite, et participeront à édifier ce
que Pavese appellera « l’objectivité virile ».

« Allant de pair, il y avait aussi un certain ton sentimental de virilisme misogyne dont j’étais
fier et qui, en définitive, avec quelques autres partis pris de ce genre, formait le vrai canevas,
le vrai déroulement des faits, de ma poésie récit que j’imaginais objective… » (16)
Pavese ne peut se dépêtrer de l’insignifiance qu’il souhaite accorder aux femmes et de leur
rôle vivifiant, beaucoup plus ample, débordant largement dans la vie intime. Il est clair aussi
que Pavese cherche à incorporer la femme dans son aventure plastique où elle devra intégrer
la tonalité commune ou nuancée du tableau. Comme d’autres « éléments », elle aura ce jeu
d’ombre et de lumière, possédera cette qualité de relief et d’effacement, encore faut-il
neutraliser tous les effets indésirables.
Dès les tout premiers poèmes, c’est avec une extrême violence que Pavese leur assigne un
rôle :

« Et dans notre famille, les femmes ne comptent pas.

4
C'est-à-dire que chez nous elles restent à la maison
Et nous mettent au monde et ne disent pas un mot
Et ne comptent pour rien et nous les oublions.
Chaque femme répand dans notre sang quelque chose
De nouveau
Mais il s’anéantit entièrement dans cette œuvre
Et nous seuls nous subsistons, ainsi renouvelés.
Nous sommes pleins de vice, de tics et d’horreur
– nous les hommes, les pères – certains se sont tués,
Mais il y a une honte qui jamais n’a touché l’un de nous :
Nous ne serons jamais femmes, jamais l’ombre de personne. » (17)

Quel que soit son aspect moral, on s’aperçoit que la brutalité pavésienne sert à se démarquer
d’une part du cadre de la poésie italienne autant par le discours que par la forme que devra
prendre le discours, et d’autre part, elle entre dans une composition plus générale où les
éléments doivent être mis à distance afin d’être traités. La violence même à laquelle recourt
Pavese, prouve que le matériau est rebelle. La contemplation objective insère des indices
biographiques qui dynamitent l’ensemble du processus.
Pavese déclinera ses propos à travers un mode beaucoup plus contrasté. Atomiser la femme
dans un espace quelconque, c’est oublier les formes multiples qui nous relient à elles. Les
rapports de force masquent difficilement des aveux de faiblesse. Les femmes peuvent se
dégager de l’emprise de la cruauté masculine malgré sa hautaine prétention :

« …Si jamais il y eut


un homme qui la sait gémissante, humiliée d’amour,
il expie chaque jour car il ne sait pour qui
elle vit aujourd’hui. » (18)

Avoir est d’abord le verbe de la dépossession. Tout au plus, il instaure l’absence au cœur
même de ce que l’on veut saisir. Il constitue le premier mode d’aliénation sur lequel pourtant
on institue toute chose. Dans les vers suivants qui terminent le poème, s’esquisse le sourire de
la Joconde en guise de réponse :

« En marchant dans la rue,


toute seule elle sourit son sourire le plus ambigu. » (19)

Le modèle échappe au maître tant et si bien qu’il en redessine le fond et la forme, déplace
l’unité du tableau vers autre chose, vers du vivant qui témoigne et n’aboutit pas à un balisage
préétabli. Il suffit de peu pour que l’ordre se renverse. Il est des moments sans tutelle, des
respirations humbles qui ne répondront pas au cadre imposé. Ainsi, submerge une nécessaire
et tranquille liberté où chaque possédant, poète, ou tout ce que l’on veut, n’ont plus de
pouvoir sur autrui :

« Bien qu’un peu étourdie, elle est fraîche aujourd’hui,


Deola, et elle aime être libre, boire son lait
et manger des brioches. Ce matin, elle presque une dame,
si elle regarde les passants, c’est seulement pour ne pas s’ennuyer. » (20)
Jusqu’au regard de l’homme qui ne pourra que glisser :
« … Et pouvoir rester seule
le matin, et s’asseoir au café. Sans besoin de personne. » (21)

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De cette fragmentation permanente qui allie saisie et dessaisie, Pavese appréhendera les deux
aspects de manière contradictoire. En effet, étrangement, le poème pavésien est la somme
d’un travail abouti ainsi que la certitude puissante de son érosion, non pas en tant qu’œuvre
mais en tant qu’œuvre impuissante à endiguer un vide existentiel. Le très grand Pavese
s’affronte à cette illustre montagne cézanienne, pariant un moment donné sur la répétition de
l’événementiel à pouvoir engager l’être et l’au-delà de l’être à travers la compréhension du
visible. Or, rapidement chez Pavese, le possible est déjà enfermé dans le fini. Il semblerait que
les preuves du réel épuisent la réalité.
De maintes façons, Pavese tentera de donner des couleurs au monde, une sorte de médiation
entre le perçu et le sens qui pourrait en découler :

« Je désire des couleurs et c’est tout. Les couleurs ne


pleurent pas,
Elles sont comme un éveil : dès demain les couleurs
reviendront. Chaque femme sortira dans la rue,
chaque corps une couleur – et même les enfants.
Ce corps vêtu d’un rouge clair
après tant de pâleur retrouvera sa vie.
Je sentirai glisser les regards près de moi,
je saurai que j’existe en jetant un coup d’œil,
je me verrai dans la foule. Chaque nouveau matin,
je sortirai dans la rue en cherchant les couleurs. » (22)

Dans le poème Tolérance, la profusion des couleurs anéantira personnages et paysages. La


combinaison claire d’une femme, la porte noirâtre, le soir qui perle sur les demeures, la fumée
bleutée, les fenêtres rougeoyantes, la maison noirâtre, le soleil sur la mer, l’écume rosée, les
cheveux d’un blond agressif ressemblant aux écorces d’orange, le gamin moricaud, de
sombres femmes, les maris qui dorment dans le noir, la pluie du soir crépitants sur les
brasiers, de nouveau la maison noirâtre, la femme blonde.
Dans le parcours poétique de l’auteur, le recueil Travailler fatigue ne pourra jamais être égalé
car son apport indéniable installe la poésie hors de ses frontières habituelles, vers une
prosaïque nouveauté, comme il demeurera à tout jamais un puissant tutoiement entre la vie
d’un homme et son œuvre. Son suicide éclairera rétrospectivement une œuvre mineure d’où
l’on extraira plusieurs chansons, affaire de quelques sous et de mauvais journalisme. Pourtant,
pour qui désire voir et encore voir, a surgi une colline pavésienne au milieu d’autres
collines…
« où les choses du jour, versants, arbres et vignes,
étaient nettes et mortes, et la vie était autre
faite de vent, de ciel, de feuilles et de néants. » (23)

Christian Viguié, le 7 octobre 2007

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Toutes les citations sont extraites du double recueil : Travailler fatigue, éditions
Poésie/Gallimard

(1) Ancêtres, Après, Ville à la campagne, Maternité, Bois vert, Paternité ainsi que
l’appendice comprenant Le métier de poète et A propos de certaines poésies non
écrites.
(2) Dépaysement, p.35
(3) Paysage I, p.33
(4) Paysage II, p.39
(5) Lune d’Août, p.43
(6) Après, p.74
(7) Idem
(8) Le Paysan de Paris de Louis Aragon – Folio p.248
(9) Le métier de poète, p.173
(10) Manie de la solitude, p.53
(11) Le métier de poète, p.167
(12) Idem, p.17
(13) Notes, p.301
(14) Lune d’août, p.43
(15) Paysage V, p.97
(16) Le métier de poète, p.173
(17) Ancêtres, p.32
(18) Un souvenir, p.125-126
(19) Idem, p.126
(20) A quoi pense Deola, p.70
(21) Idem, p.71
(22) Agonie, p.59-60
(23) La nuit, p.49

Né le 13 juillet 1960 à Decazeville (Aveyron), Christian Viguié vit à Condat-sur-Vienne près


de Limoges.

Père de deux enfants, il exerce le métier d’instituteur en zone d’éducation prioritaire.

Il a travaillé avec de nombreux plasticiens, photographes. Il a illustré plusieurs livres aux


éditions Le Bruit des autres.

Il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages (recueils de poèmes, scénarii, romans, théâtre,
récits, articles littéraires…).