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Nos médecins sont-ils des médecins ?

Par : D.Messaoudi

Voici l’histoire qui m’a poussé à écrire cet article. Remarque : j’ai intentionnellement caché les noms des médecins et les lieus où ils exercent, car le phénomène est plus général en Algérie pour être limité à quelques individus que j’ai rencontrés dans cette histoire.

Cette année, j’ai eu la malchance d’avoir un malade dans ma petite famille ; ma femme a eu une infection. Laquelle ? Il a fallu près d’une dizaine d’analyses dans divers laboratoires 1 pour qu’enfin nos médecins sachent qu’il s’agit d’une infection rénale ! Mais ce n’est certainement pas le génie de nos médecins qui les a conduits à cette conclusion ; c’est plutôt l’abcès qui s’est développé et qu’on peut voir à l’œil nu sur le côté gauche du corps. Cet abcès est absent durant toute la durée de l’état fiévreux et de la faiblesse générale qui ont précédé sa découverte. Son apparition témoigne de l’avancée de l’infection. Mais là encore, la nature de l’abcès accompagné d’une lithiase et l’état du rein ne sont pas bien précis. Notre médecin, Dr ***, un urologue possédant un cabinet médical à *** (W. de Béjaia) et qui exerce aussi au niveau d’une clinique privée sise à *** (W. de Béjaia) nous envoie alors faire une énième analyse au CIM du Dr ***, à Akbou. D’après ses résultats, le rein est très infecté, mais encore fonctionnel 2 . Retour chez Dr ***. Après avoir lu les résultats, il tranche : il faut envoyer le malade en urgence au bloc opératoire. Que ferai-je si ce n’est accepter tout pour sauver ma femme ? Le docteur me remet une enveloppe et m’a envoyé à la Clinique ***sise à ***, (W. de Béjaia).

Prévue le soir même, l’opération chirurgicale a été effectuée le lendemain matin. Dr *** que j’ai rencontré juste après la fin de l’opération m’a expliqué que ma femme n’a pas été opérée le jour- même en raison de son état stressé. Ensuite, la surprise : on lui a enlevé TOUT le rein ! Celui-ci, d’après le chirurgien, « est parti en miettes », donc devenu inutile ! J’ai accepté le sort de ma femme avec amertume, car je sais qu’elle est désormais en péril en raison du caractère chronique de sa maladie, mais j’ai fait semblant de ne rien sentir devant elle pour lui relever le moral.

Avant de quitter la clinique au deuxième jour de l’admission de ma femme, on m’a remis dans une bouteille un échantillon du rein et l’on m’a demandé de le déposer au Laboratoire d’Anatomie et de Cytologie Pathologiques du Dr ***, à Béjaia. Un mois après, une conclusion et des soucis encore plus durs à supporter : on soupçonne une pyélo-glomérulonéphrite chronique à plasmocytes ou un processus prolifératif plasmocytaire, i.e. un myélome ! Pour confirmer ou infirmer un tel résultat, ledit laboratoire m’a remis un autre échantillon du rein enlevé et m’a demandé d’aller le soumettre à l’analyse au Laboratoire d’Anatomie Pathologique du HCU de Tizi- Ouzou. Ce que j’ai fait sans perte de temps. Mais pour les résultats, je dois attendre un long mois, selon le type au guichet.

Au lendemain de mon retour de Tiz-Ouzou, j’accompagne ma femme chez Dr *** pour un deuxième contrôle postopératoire et pour lui remettre les résultats du labo de Béjaia. Après la lecture du contenu de l’enveloppe et le changement du pansement, Dr *** nous fixe un autre RDV ; revenir après deux jours ! Mais, étant donnés la distance entre Takerboust et *** (+35 km), la route barrée presque quotidiennement par les manifestants au niveau de Tazmalt, ou d’Allaghen ou d’Akbou, en plus des risques qui pèsent sur la plaie de ma femme toutes les fois qu’on doit contourner les obstacles en empruntant des pistes, et bien d’autres inconvénients de tels déplacements, j’ai pris la décision de faire venir à domicile, chaque deux jours, notre médecin

de famille pour le contrôle de la plaie et le changement du pansement 3 . Entretemps, j’ai rédigé une lettre dans laquelle j’ai expliqué en détails les raisons qui me contraignent à ne plus respecter toute cette série de RDV et je la lui ai envoyée par e-mail. Passé le RDV fixé, son infirmier me contacte sur mon téléphone portable. Elle m’a contacté non pas pour me demander ce qui m’a retenu, mais pour simplement me blâmer avec un ton menaçant. En essayant de lui expliquer, elle coupe ! Inutile de vous décrire la situation dans laquelle je me suis retrouvé depuis cet instant-là.

Puis près d’un mois après, une conclusion finale et un semblant de soulagement : l’aspect lésionnel est en faveur d’une glomérulonéphrite interstitielle chronique ; autrement dit, ce n’est point un cancer. Immédiatement, je suis allé chez notre médecin de famille 4 pour l’en informer et lui demander ce que je dois faire désormais. Celui-ci, tout en me laissant le libre choix, m’a conseillé qu’on continue les contrôles et les changements de pansement (chaque deux jours) à domicile pour les raisons susmentionnées ; quant aux contrôles qui relèvent de la spécialité du Dr *** (ceux-ci se déroulent de cette manière : 1 mois, 3 mois, etc.), ils devraient être effectués chez le spécialiste qui a opéré le malade. Raisonnable et cela me convient.

Le lendemain, je vais seul chez Dr *** pour lui remettre le rapport émanant du labo du HCU de Tizi-Ouzou. Arrivé au cabinet, un accueil des plus surprenants m’a été réservé : dès que l’infirmière ouvre la porte et qu’elle m’a reconnu, elle commence à me reprocher le fait de ne m’être pas présenté depuis le second rendez-vous postopératoire. Je lui ai alors présenté une lettre écrite dans laquelle j’ai rassemblé mes justificatifs. Elle refuse et de la prendre et de la lire ! Elle m’ordonne (le mot « invite » serait impropre dans ce contexte) d’aller attendre dans la salle d’attente. J’exécute toute en essayant d’empêcher d’exploser une boule de colère qui m’est restée dans la gorge. Un quart d’heure plus tard, l’infirmière vient me faire savoir que le docteur ne me recevra pas si le patient, mon épouse, n’est pas là ! En quittant la salle d’attente pour suivre l’infirmière, je tombe nez à nez avec Dr *** qui vient de sortir de son bureau. Il a l’air en colère, comme presque d’habitude. Je tente de lui expliquer la raison de ma venue ce jour-là et les empêchements qui m’ont retenu depuis le deuxième rendez-vous. Impossible de lui faire passer le message même à quelques centimètres de lui. Il ne m’écoute pas ; il ne fait que me réprimander. Notre altercation attire l’attention des « clients » présents dans les deux salles d’attente. Dr *** ouvre la porte de la salle réservée aux soins et m’y entraîne. Nous en sortirons au bout de quelques secondes en continuant à parler tous les deux au même temps. J’insiste à lui faire comprendre que je lui ai envoyé des e-mails. Alors là, c’est un mépris total qu’il a affiché en ma personne. « Moi, je lis TON e-mail ! (ad γreγ e-mail-ik kečči !) », m’a-t-il dit, en exerçant de la

pression sur moi avec tout son corps pour me conduire à la sortie. Têtu, mais tout en gardant mon sang froid, je continue à lui parler et lui continue à s’avancer pour me pousser de son corps vers la porte de sortie. Près du seuil de celle-ci, je résiste à sa pression et essaie de le convaincre d’écouter ou de lire mes justificatifs. En vain. « Va-t-en ! Dehors ! (g leεnaya-k ffeγ-iyi sya !), m’a-t-il

dit d’un air méprisant. La porte se referme aussitôt et je me retrouve ainsi dans la cage d’escalier menant vers l’extérieur du bâtiment. En quittant les lieux, j’ai éprouvé un sentiment de honte envers moi-même pour avoir accepté un tel traitement. Pour m’empêcher de réagir déraisonnablement, je me suis consolé par l’idée que j’ai accepté tout cela pour l’intérêt de ma femme malade. Mais jusqu’à quand pourrai-je supporter l’humiliation de cette étrange créature, pour ne pas dire médecin ?

Le lendemain, un dimanche 13 mars, j’accompagne ma femme chez Dr ***. L’accueil est froid ; ce qui annonce déjà une rencontre agitée. Quelques minutes après avoir pris ma place dans la salle d’attente, l’infirmière m’appelle ; c’est notre tour. Ma femme et moi entrons presque crispés dans

le bureau du Dr ***. Je lui remets l’enveloppe contenant le rapport du laboratoire du HCU de Tizi-

Ouzou. A peine s’est-il rendu compte que le pli a été déjà ouvert, qu’il devient agité comme un fou 5 . « Il n’a pas le droit de l’ouvrir ! », dit-il, faisant allusion au médecin de famille. J’essaie de lui

faire comprendre que c’était bien moi qui l’ai ouvert, mais qui peut calmer une mer agitée en pleine tempête ? J’ai dû encore jouer au soumis, et même au lâche, pour l’amener à se calmer. Ensuite, il fait passer une échographie à ma femme et nous donne un RDV après 3 mois. En quittant, j’ai lu sur le visage de ma femme encore affaiblie un sentiment d’angoisse. Ou peut-être de dégoût envers moi-même qui me suis conduit comme un lâche.

Trois mois après, retour chez Dr ***. Encore une foi, c’est la querelle entre lui et moi. Motif de l’altercation : le médecin de famille, selon notre chirurgien, n’aurait pas dû prolonger l’application des pansements jusqu’à trois mois. Je vaudrais tant lui expliquer qu’on couvrait légèrement la plaie pour éviter qu’elle adhère aux sous-vêtements de la patiente quand elle s’allonge sur le dos, mais il n’écoute pas. Pire encore, après l’échographie et au moment où il rédige son rapport, il prend à témoin sa propre infirmière, et devant la patiente, que si désormais il arrive quoi que ce soit à cette dernière, il n’en sera pas responsable ! Bien entendu, à l’entente de cette parole meurtrière, le visage de ma femme est devenu encore plus terne que durant les durs moments de sa maladie. Puis une fois le rapport terminé, il sort du bureau d’un air hautain et sans nous adresser la parole et c’est à son infirmière de nous raccompagner à la porte de sortie. En route vers le taxi que j’ai loué, j’essaie de dédramatiser la situation pour ma femme, mais elle n’a pas l’air d’être convaincue. La parole meurtrière du Dr *** semble raisonner encore plus fort dans ses oreilles.

Que cette expérience nous révèle-t-elle?

L’expérience que j’ai vécue depuis la deuxième moitié du mois de décembre m’a révélé trois choses importantes en ce qui concerne les médecins algériens. Primo, ils ne possèdent pas une culture de communication. Très rares sont les médecins qui interrogent ou écoutent leurs patients. Très souvent, le médecin passe directement d’un examen à l’œil nu ou avec un simple instrument médical à la rédaction de l’ordonnance. Or, recueillir des informations aussi bien médicales que sociales sur le patient peut aider le médecin à mieux traiter la maladie et à éviter bien des problèmes relatifs aux frais des opérations chirurgicales et de diverses consultations. Secundo, nos médecins se montrent souvent arrogants, surtout quand le patient a l’apparence d’une personne au bas de l’échelle sociale ou analphabète. Ce sentiment de détenir une plus grande science 6 par rapport aux gens ordinaires a fait que nos médecins sont très peu communicatifs et intolérants, voire assujettissants. Le patient est sommé à exécuter les ordres du médecin à la

lettre, même quand c’est évident qu’il n’en peut pas, faute de quoi il est sévèrement réprimandé à chaque consultation, ce qui rajoute à sa maladie une bonne dose d’angoisse. Inutile de penser à changer de médecin : il y a très peu de chance d’en trouver un qui soit différent. Tertio, en Algérie, il semble n’y avoir aucune coordination entre le médecin spécialiste et le médecin généraliste. Pire encore, il y a un conflit entre eux. Normalement, quand un patient se confie à un généraliste au tout début, celui-ci décidera, au terme d’une consultation, si la maladie sera traitée uniquement à son niveau, ou s’il est nécessaire d’orienter le malade vers un spécialiste. Le médecin spécialiste

a le devoir de commencer son travail sur le patient en se basant sur les observations et les

suggestions contenues dans la correspondance du médecin généraliste. Et tout au long du traitement, les deux médecins devront se communiquer des informations sur leur patient afin de prodiguer à celui-ci des soins efficaces. Mais qui est ce médecin spécialiste algérien qui se

réfèrerait aux notes d’un médecin généraliste ? Pourtant, leur coordination ne peut qu’être bénéfique au patient.

Quelques liens utiles :

1 Cela a été impossible d’effectuer des analyses aussi simples que le NFS et la VS aux hôpitaux d’Akbou, Tazmalt et Imcheddalen en raison d’indisponibilité des produits nécessaires. Ce qui contraint le malade à s’adresser aux laboratoires privés payants et chers.

2 Ce que je n’ai pas encore compris c’est puisque le rein était fonctionnel au dernier examen préopératoire, pourquoi alors le chirurgien a-t-il recouru à la néphrectomie radicale ? Le médecin a-t-il évité la technique de la chirurgie rénale conservatrice après avoir soupçonné un cancer ? Si l’on soupçonnait un cancer, l’imagerie médicale, examen effectué chez Dr ***, serait-elle incapable de distinguer une tumeur cancéreuse d’un simple abcès rénal ?

3 Dr *** n’a pas apprécié qu’un autre médecin, et de surcroît un généraliste, contrôle SON patient ; les frais de l’opération et des consultations pré et postopératoires (+100.000 DA) ne semblent pas l’avoir satisfait. Ma pauvre épouse a été donc considérée non pas comme une patiente, mais comme une source de revenu !

4 Dr ***, un médecin généraliste venu d’Alger, possède un cabinet à quelques 200 m de chez-moi. Ancien dans le métier, sage, communicatif et modeste, il est vite devenu le médecin de ma petite famille.

5 Les médecins ne sont pas libres de se révéler des informations entre eux sans l’accord du malade. Ils peuvent toutefois, sauf opposition de la personne dûment avertie, échanger des informations relatives à une même personne prise en charge, afin d’assurer la continuité des soins ou de déterminer la meilleure prise en charge sanitaire possible.

6 La vraie nature des médecins algériens, autrement dit la médiocrité de leur niveau de connaissance en médecine, se révèle dès qu’ils vont travailler en Occident. Certains quittent l’Algérie avec des titres de professeur en médecine pour se retrouver au Canada ou ailleurs comme des infirmiers !