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à la Une

Blé : au cŒur de la machine 

à exporter

Avec 11 millions de tonnes, la France s’apprête cette année à battre son record absolu d’exportation de blé. Toute la logistique est sur le qui-vive, comme le montre ce reportage à Rouen.

tExtE Et phOtOs : aLExis DuFumiEr

D es organismes collecteurs jusqu’aux ports, une formidable machine à exporter s’est mise en route depuis le mois de juillet sur notre terri- toire. Car la demande en blé français n’a jamais été si forte, alors que c’est la seule origine, avec les Etats-Unis, à pouvoir approvisionner le marché en blé meunier de qualité en ce début de campagne. Com-

ment les professionnels s’adaptent-ils ? Et jusqu’où la France pourra-t-elle

servir les exportations ? Réponses à Rouen, dans le plus grand port européen d’expédition de céréales.

« Ça chauffe ! On n’a plus beau-

coupdetemps à soi ! » s’exclamait le 16 septembre Gilles Kindelber- ger, directeur opérationnel de Sena- lia, première entreprise européenne d’exportation de céréales, dans son bureau de la presqu’île d’Elie, en plein cœur du port de Rouen. «Depuis le 1 er juillet, c’est parti très rapidement. Aujourd’hui, on se de- mande si la logistique d’approvi- sionnement des silos va pouvoir satisfaire la demande. Toutes les voies d’approvisionnement en cé- réales du port sont très sollicitées. En train, le trafic d’arrivée est deux fois plus important qu’en temps normal, et les programmes sont bouclés jusqu’au 30 novembre. Le flux d’approvisionnement par pé-

niche est optimisé au maximum. Avec la hausse de la demande, on a prolongé les périodes d’accès pour les camions, qui peuvent ar- river sur le site dès 5 heures du ma- tin, contre 5 h 45 d’habitude. On décharge entre 850 et 900 camions par jour, contre 600 en période normale», témoigne-t-il. C’est un ballet incessant de poids lourds qui serpentent depuis les plates-formes d’échantillonnage jusqu’à la fosse de remplissage des silos. La pres- qu’île compte 250 000 tonnes de capacité de stockage. Régis, routier, la trentaine, multiplie les allers-retours depuis les silos d’une coopérative basée à Dreux, en Eure-et-Loir. «On fait des gros- ses journées. On démarre à 6 heu-

res, pour finir parfois à 21 heures. Ça déménage!» lance-t-il, enthou- siaste, sur la plate-forme de déchar- gement, avant de céder la place. Le port de Rouen est alimenté en cé- réales dans un rayon de 350 kilo- mètres, mais cet «hinterland» tend à s’élargir. Grâce à des accords de fret ferroviaire, l’Yonne, la Nièvre, la Champagne sont accessibles.

L’EgyptE s’OriEntE  

vErs La FrancE

Ce jeudi, l’activité bat son plein également sur les quais de charge- ment. Le Cetus Star, un cargo flam- bant neuf de 180 mètres de long, à destination de Cuba, doit remplir ses cales de près de 34 000 tonnes de blé meunier. Il faudra un peu plus d’une journée pour finir le chantier, à une cadence de pointe de 3 000 tonnes par heure. «Cuba est une destination peu fréquente pour nos blés, observe Gilles Kin- delberger. On charge plus réguliè-

rement vers l’Algérie, le Maroc, la

Le retrait des expor-

Côte-d’Ivoire

tations des pays de la mer Noire nous a ouvert des destinations plus «exotiques»: la Palestine, Israël, la

Différentes étapes entre l’achat et l’expédition des grains

Différentes étapes entre l’achat et l’expédition des grains

Lorsque l’acheteur est un organisme d’achat  public, il réalise un appel d’offres. Les grands exportateurs mondiaux sont ainsi mis en concurrence. Ces exportateurs sont des multinationales telles que Cargill, ADM, Bünge, ou des opéra- teurs nationaux (Soufflet, InVivo, Granit négoce, etc.). Une fois le contrat remporté, l’opérateur s’approvisionne jusqu’au lieu d’expédition en faisant appel à des courtiers. Si de grandes quantités sont achetées, alors il faut s’y prendre en plusieurs fois pour ne pas risquer de faire s’envoler les prix. L’exportateur af- frète ensuite un navire dans un port d’expédition. Le gestionnaire

du silo d’exportation est alors mandaté pour collecter la marchandise et charger le navire en qualité et quantité voulues. « Nous devons scrupuleusement respecter le cahier des charges des acheteurs. Pour y parvenir, nous échantillonnons tous les lots qui arrivent. Ils sont ensuite allotés dans des cellules de qualités différentes. Le mélange est effectué au chargement du navire, pour obtenir précisément les caractéristiques deman- dées », observe Gilles Kindelberger. Le circuit est le même quand l’acheteur est un organisme privé, mais il n’y a pas d’appel d’offres initial.

La france agricoLe 3352 - 14 - 24 septembre 2010

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Libye, la Jordanie, l’Arabie Saoudi- te, le Soudan et l’Egypte, le premier importateur mondial!» En raison de la rupture de stock en Russie, Le Caire oriente ses achats mas- sivement vers la France. Cette se- maine, du 20 au 24 septembre, la presqu’île d’Elie s’apprête d’ailleurs à recevoir le Conquistador, un car- go de 75 000 tonnes, destiné à être acheminé au port d’Alexandrie.

tion. Ceux qui n’étaient pas com- pétitifs pour exporter des céréales le deviennent, dans l’urgence, pour répondre à la demande. Pour l’heure, cette formidable ma- chine à exporter montre une éton- nante efficacité. Etonnante car, en 2007, on avait accusé les produc- teurs de retenir la marchandise et, en 2009, on avait montré du doigt la logistique hexagonale.

certains clients inhabituels vont découvrir la valeur meunière et la fiabilité de cette source d’appro- visionnement. Le rythme d’exportation actuel est-il tenable? La France ne ris- que-t-elle pas de manquer de mar- chandise pour l’export, et pour elle-même? Au rythme actuel, les 11 millions de tonnes (Mt) d’ex- portation vers les pays tiers pré-

Le vraquier ne repartira qu’avec 46 000 tonnes de blé maximum. Il

rEtEntissEmEnt 

vus pour la campagne par France AgriMer devraient être largement

fera le complément dans un autre

intErnatiOnaL

dépassés. Mais l’organisme n’ex-

port maritime français. A Rouen, la hauteur d’eau de la Seine limite le remplissage des plus gros navires. Un projet d’arasement des points hauts du chenal est en cours. Bordeaux, Blaye, Fos-sur-Mer, Saint-Nazaire, Port-la-Nouvelle, La Pallice, Les Sables-d’Olonne, Caen… de nombreux ports profi- tent de ce nouvel élan à l’exporta-

«La qualité des blés français prend du grade d’année en année. D’ail- leurs, l’Hexagone exporte depuis plusieurs campagnes près de 60 % de sa collecte, presque exclusive- ment à destination de la meunerie. Mais, cette année, l’origine France va avoir un retentissement inter- national extrêmement fort», se fé- licite Gilles Kindelberger. En effet,

clut pas que le pays puisse attein- dre 15 Mt d’expéditions si certains ajustements se réalisaient. La Fran- ce a en effet commencé à importer du blé fourrager, présent en relative abondance dans l’Union européen- ne. Cela pourrait inciter les éleveurs à apporter plus de blé de qualité meunière aux collecteurs, quitte à racheter ensuite des aliments. n

La france agricoLe 3352 - 15 - 24 septembre 2010

1. destinations 

Le 16 septembre, le Cetus Star charge 30 000 t de blé meunier

à destination

de Cuba, sur les quais de la presqu’île d’Elie,

au cœur du port de Rouen.

de la presqu’île d’Elie, au cœur du port de Rouen. 2. cadence Chaque jour, 850 à 900

2. cadence

Chaque jour, 850

à 900 camions

arrivent dans les silos de Senalia, premier exporta- teur européen de céréales.

de Senalia, premier exporta- teur européen de céréales. 3. reprise du Blé Le blé, déchargé dans la fosse,

3. reprise du Blé

Le blé, déchargé dans la fosse, est alloté, en fonction de sa qualité, dans les gigantes- ques cellules.

fonction de sa qualité, dans les gigantes- ques cellules. 4. renommée  mondiale « L’origine France va avoir

4. renommée 

mondiale

« L’origine France va avoir un retentissement international très fort au cours de cette campagne », se félicite Gilles Kindelberger, di- recteur opération- nel de Senalia.

très fort au cours de cette campagne », se félicite Gilles Kindelberger, di- recteur opération- nel