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2 ème cycle de conférences

André Dupuy

Comice agricole de Feurs (Loire)

Vers de nouvelles techniques d’assolement, et de semis direct, par Claude Bourguignon, microbiologiste des sols au LAMS.

Sommaire

Cultiver la terre sans l’éroder

2

La forêt

12

Le labour

21

Nutrition du sol et des plantes

33

Cultiver la terre sans l’éroder

Donc je me présente rapidement : Claude Bourguignon, ingénieur agronome, j’ai une double formation, à la fois une formation universitaire en biochimie-régulation, et puis j’ai fait l’agro de Paris. J’ai travaillé pendant 10 ans à l’INRA en microbiologie des sols, je suis microbiologiste de sol. C’est une profession qui n’existe plus puisque la chaire de microbiologie des sols a été supprimée à l’agro en 86, donc nous ne formons plus un seul microbiologiste des sols depuis maintenant 20 ans, bientôt une génération, donc je suis un peu un fossile vivant si vous voulez. Connaissances de la vie du sol qui ne sont absolument plus enseignées.

J’ai travaillé d’abord sur les bactéries du cycle de l’azote, pour essayer à l’époque de trouver des solutions au soja américain, bon en fait on tombait sur des problèmes politiques donc les solutions n’ont pas été utilisées.

Et dans les années 80 j’ai mis au point une méthode mesure de l’activité biologique des sols, et en allant sur le terrain, je me suis rendu compte que les sols étaient en train de mourir. Pour vous donner une idée, en Europe nous avons détruit 90% de l’activité biologique de nos sols.

Donc j’ai présenté mon travail de recherche à l’INRA, qui m’a tout de suite demandé de ne pas publier -faut pas paniquer la population, faut être gentil avec.

Donc j’ai décidé de quitter l’inra avec mon épouse aussi qui était à l’inra, et nous avons fondé un laboratoire privé, qui est le laboratoire d’analyse microbiologique des sols (LAMS) où nous faisons des conseils pour les agriculteurs, comment essayer de faire une agriculture durable justement. On en parle beaucoup mais c’est pas si facile que ça.

Alors l’agriculture va être de toute façon obligée de changer, enfin l’agriculture européenne, pour plusieurs raisons. D’abord une raison économique : elle n’est pas compétitive, elle ne fonctionne que parce qu’elle est subventionnée, or vous avez déjà des agricultures non-subventionnées qui fonctionnent, en Amérique du Sud, dans ce qu’on appelle les pays de Cairns, où on a développé des modèles agricoles qui n’ont pas besoin de subventions.

Le système est si peu compétitif que nous avons détruit en 50 ans 94% de nos agriculteurs, tellement c’est peu compétitif le modèle que nous avons développé, la France perd entre 30 000 et 50 000 agriculteurs par an, l’Europe perd 200 000 agriculteurs chaque année.

Donc c’est vraiment une agriculture qui n’est plus capable de créer de l’emploi et créer de l’activité économique, et en plus nous fabriquons de la mauvaise qualité, puisque 40 % des blés produits en Europe ne sont pas panifiables, on ne peut pas faire de pain avec. Ils sont donc donnés aux cochons… Ce qui est quand même aberrant, de polluer son environnement pour créer un produit qui n’est pas consommable par l’être humain.

Et il se trouve que parallèlement à cette mauvaise qualité de nos produits agricoles, le consommateur est en train d’évoluer et il demande de la qualité.

Pour vous donner une idée, 99 % des tomates et des fraises en Europe sont produites hors-sol, c’est-à-dire n’ont jamais vu le sol, et n’ont aucun goût, et consomment 36 calories pour produire 1 seule calorie agricole. Donc c’est un gaspillage énergétique assez énorme…

Donc il y a une espèce de décalage entre le désir des consommateurs d’avoir une meilleure qualité et un système agricole qui pour le moment ne le fait pas.

Et puis pendant ce temps-là, les pays de Cairns qui privées eux de subventions, ont développé des modèles très compétitifs.

Donc il va falloir qu’on relève ce défi parce que d’après les annonces des économistes européens, les subventions devraient être supprimées pour la prochaine PAC 2012. Donc il va falloir mettre en route des systèmes qui peuvent fonctionner sans subventions. Comme a su faire l’industrie à la sortie de la guerre, au début on l’a subventionnée, et puis elle a appris à vivre sans.

Deuxième raison qui fait que cette agriculture va changer, c’est que cette agriculture est destructrice de l’environnement.

Nous avons détruit en 6000 ans d’agriculture 2 milliards d’hectares de terres, et actuellement nous détruisons, le dernier siècle qui vient de s’écouler, le XXe, a détruit 1 milliard d’hectares à lui tout seul. Nous détruisons, nous désertifions, la terre à la vitesse de 10 millions d’hectares de terres chaque année. Le désert augmente à la vitesse de 10 millions d’hectares chaque année.

Quand nous avons démarré l’agriculture les déserts ne représentaient que 11 % de la surface du globe, ils représentent 33 % de la surface du globe.

Pour compenser cette perte de 10 millions d’hectares nous détruisons 15 millions – bon à l’heure actuelle on est même à un peu plus haut- on est à 17 millions d’hectares de forêt tropicale équatoriale que nous brûlons chaque année pour faire de la culture.

Donc comme nous en ruinons 10 millions et que nous en gagnons 17, on a une balance d’à peu près 5 à 7 millions d’hectares de nouvelles terres cultivées, le problème c’est que la population elle augmente de 80 millions d’habitants, donc quand vous divisez 5 à 7 millions d’hectare par 80 millions d’habitants, ça nous fait que 700 m² chacun. C’est la définition de la FAO de la famine : quand il ne reste dans un pays plus que 700 m² de terre cultivées par habitant, les gens sont en état de malnutrition.

Alors la situation actuelle elle est la suivante : nous cultivons 1,8 milliards d’hectares pour 6,5 milliards d’habitants, nous sommes à peu près à 2700 m² de terre cultivée par habitant, or nous en France on mange sur 6000 m², les Etats-Uniens mangent sur

8000

m², donc si y’a que 2700 m² par personne et qu’il y en a qui consomment sur

6000

m², 8000 m², y’a des gens qui ne doivent pas manger. Effectivement il y a un

milliard d’êtres humains qui sont en état de malnutrition, c’est-à-dire autant qu’il y avait d’habitants en 1800. Jamais, dans l’histoire de l’humanité, il y a eu autant

d’hommes qui ont crevé de faim.

Et ça ce scandale il ne va pas durer éternellement, c’est qu’y va bien falloir à un moment que nous décidions d’arrêter de détruire cette planète, et de permettre à tout le monde d’avoir droit à manger.

Or la situation actuelle avec cette destruction de sol, elle n’est pas très encourageante, puisque la production de céréales n’a pas augmenté depuis 1984. Depuis 1984 nous faisons entre 1,8 et 1,9 milliards de tonnes de céréales par an, alors que la population elle continue à monter. Mais ça se bloque, pourquoi ? Parce que les sols sont en train de lâcher.

Quand je commençais à travailler avec les agriculteurs dans les années 80, je me souviens des gens qui faisaient partie du club des 100 quintaux en région parisienne, et on nous annonçait, je me souviens quand je suis rentré à l’INRA, on a sorti un livre blanc, c’était monsieur J. Poly à l’époque, qui annonçait que en l’an 2000 l’agriculture française produirait 150 qx de blé à l’hectare, panifiables. Nous sommes en 2007, les gens qui faisait partie du club des 100 qx dans les années 80 sont plutôt à 85-90 qx.

Ils ne font pas du tout 150 qx/ha panifiables. Vous avez à l’heure actuelle, sur le marché semé, des blés qui ont un potentiel à 150 qx, je ne connais pas un seul agriculteur céréalier français qui fait 150 qx. C’est-à-dire qu’à l’heure actuelle les européens ont des ferraris et roulent sur des chemins de terre, ils ont des blés qui génétiquement peuvent faire 150 qx, mais les sols sont en tellement mauvais état qu’ils font plutôt 80-85qx. Donc c’est un recul des rendements et non pas des lendemains qui chantent comme on nous annonçait dans les années 70.

Alors l’érosion des sols est un phénomène qui se fait en trois étapes, c’est toujours la même évolution :

- Premièrement : mort biologique du sol, (phase biologique) vous mettez des excès de pesticides, excès d’engrais, vous n’apportez plus de matière organique au sol, lentement la faune et la microflore va disparaître… Un pays comme la France, par exemple, la France est le deuxième consommateur mondial de pesticides, nous consommons presque autant de pesticides que les Etats-Unis avec une surface agricole 10 fois plus petite. Nous consommons 10 fois plus de pesticides à l’hectare que les Etats-Uniens. La France est un des pays, avec la Hollande, qui consomme le plus de pesticides à l’hectare. Le résultat c’est que votre population animale et fongique notamment, disparaît. Quand les animaux meurent, qu’est-ce qui se passe ? Il n’y a plus de remontée des éléments par les vers de terre, par toute la faune, qui passe son temps à remonter hein. La pluie fait descendre les nitrates, les phosphates, la magnésie, tout ça, et sans arrêt la faune remonte. Les sols fonctionnent depuis des millions d’années pourquoi ? Parce que la remontée biologique des éléments lutte contre la lixiviation physique. Ça ce sont des lois de la nature : la pluie fait descendre, la faune remonte. Donc quand vous tuez les vers de terre… Nous sommes passés de 2 t de vers

de terre à l’hectare à 50 kg en France (réduction de 4 000 % terres ils ne remontent plus.

), bah les vers de

- Donc à ce moment-là vous allez rentrer dans une phase de lixiviation, (phase chimique) vous allez commencer à polluer les nappes et les rivières, vous allez envoyer les phosphores dans les rivières, les nitrates vont arriver dans les

nappes, c’est-à-dire que votre sol va commencer à se lixivier. Donc il va s’acidifier, c’est-à-dire que vous allez perdre en particulier des éléments comme le calcium, l’humus et l’agrile ne vont plus pouvoir s’attacher, l’argile va partir, et ce sont vos rivières qui sont pleines de boue.

- Et vous rentrez dans la dernière phase qui est la phase physique, c’est-à-dire que la terre s’en va.

Ça ce sont des photos, y’a pas besoin d’aller dans les pays tropicaux pour le voir :

voilà par exemple des choses qu’on voit très bien en France, on arrive à perdre de la terre même, vous voyez ça c’est un drain dans la Sarthe, un drain de 90 cm de profondeur, vous voyez l’eau est totalement boueuse.

Maintenant dès qu’il pleut en Europe, toutes vos rivières pleines de boue, ça c’est un phénomène totalement anormal, une rivière doit rester transparente, quand vos rivières sont boueuses ou que les fossés sont boueux c’est que c’est la terre qui s’en va. Donc vous perdez votre patrimoine.

Bon et c’est mondial, ce n’est pas seulement l’Europe, c’est toute la planète qui est en train de perdre ses sols, et on arrive à des situations, par exemple là c’est en zone betteravière en bassin parisien, on a maintenant des zones (en voie de désertification).

Alors ils parlent de « fatigue des sols », bon parce que des gens qui étaient habitués à faire 90 t/ha de betteraves en font plus que 50, alors ils parlent de « sols fatigués ».

Nous on fait des mesures, les sols ne sont pas fatigués, les sols sont morts, y’a une différence entre quelqu’un qui est fatigué et quelqu’un qui est mort hein, c’est pas tout à fait pareil. Là ils sont carrément morts, c’est-à-dire que vous ne décelez plus d’activité biologique au laboratoire, vous ne comptez plus d’animaux, y’a plus rien, le sol est dans un état… et vous avez des phénomènes de sol qui s’en vont (ravines).

Donc le problème qu’a l’agriculture il est le suivant : Comment répondre à la fois – c’est ça toute la difficulté- comment répondre à la fois à un impératif économique et un impératif environnemental ?

Bah pour ça il faut apprendre à cultiver la terre sans l’éroder.

Et ça, ça n’a jamais été fait, en 6000 ans d’agriculture, l’homme n’a jamais été capable de développer une technique, une pratique agricole qui protège la terre.

Et c’est ça le grand challenge de ce millénaire, il va falloir que nous apprenions à cultiver la terre sans érosion.

Alors comment faire ?

Bah il faut changer le dogme dans lequel fonctionne l’agriculture, vous savez que l’agriculture est une activité économique qui n’a pas de bases scientifiques, qui a une base purement dogmatique, le dogme de l’agriculture actuelle c’est : « Les sol c’est un support inerte, je mets des engrais dessus, ça rend les plantes malades, je les soigne avec des pesticides et je produis. »

Or c’est faux, le sol n’est pas un milieu inerte, c’est le milieu le plus vivant de la planète, 80 % des êtres vivants sont dans le sol, 80 % ! C’est pas un petit chiffre hein.

80 % de la biomasse vivante est dans les sols, c’est donc absolument pas un milieu inerte, et il n’y a absolument pas besoin de pesticides. Si y’a des pesticides c’est que vos plantes sont malades, si vos plantes sont malades c’est qu’elles sont mal nourries, et pourquoi elles sont mal nourries ? C’est qu’il n’y a plus de vie dans le sol, or ce sont les microbes qui nourrissent les plantes. (par « microbes » on désigne non-seulement les bactéries, mais aussi tous les organismes vivants, le sol contient tous les règnes du vivant, dont une majorité d’organismes inconnus.)

Donc il faut repenser complètement le la façon dont fonctionne le sol.

Comment faire ? Bah il faut revoir toutes les bases.

-La sélection.

On sélectionne génétiquement (on parle de sélection pas de modification génétique) à l’heure actuelle des plantes pour qu’elles répondent à la consommation d’engrais, par exemple au début du XXe siècle la France cultivait 10 espèces de blés je ne parle pas de variétés, je parle d’espèces, à l’heure actuelle nous n’en cultivons plus que 2, le blé dur et le blé tendre. Et nous avons éliminé toutes les espèces qui ne répondaient

pas aux « engrais » (stimulants artificiels pour plante) : c’est-à-dire qu’on met des « engrais » NPK, si ça répond à l’engrais, on garde, si ça répond pas, on l’élimine.

Prenez par exemple l’épeautre. L’épeautre a été éliminé de l’agriculture française parce qu’il ne répondait pas à l’azote. Ce sont des agriculteurs biologiques qui ont sauvé l’épeautre, puisque eux justement ils n’utilisent pas d’azote, et si nous avons encore du triticum spelta, cette espèce qui est l’épeautre, c’est grâce aux agriculteurs biologiques qui ont sauvé cette espèce parce que eux justement ils appréciaient sa rusticité, c’est-à-dire le fait qu’il poussait sans avoir besoin d’azote.

Donc vous pouvez génétiquement faire, au lieu de pratiquer ce que nous pratiquons, c’est-à-dire de détruire la biodiversité, ne cultivez plus que 2 espèces de blés, au lieu de 10. Nous sommes passés de 3600 variétés de fruits cultivés en Europe, à moins de

40.

Au lieu de pratiquer cette destruction de la biodiversité c’est au contraire utiliser cette biodiversité et de rechercher non pas des plantes qui vivent à coup d’engrais et de pesticides, mais au contraire sélectionner ce qu’il y a de plus rustique, qui protège les sols, qui n’ont pas besoin d’eau pour pousser, pas besoin de prendre de l’ogm pour faire pousser des maïs sans eau, vous avez dans la famille des maïs (les graminées) des espèces qui ne consomment pas d’eau. Pas besoin d’irrigation pour faire pousser un sorgho, pour faire pousser un moha, pour faire pousser un mil, ou des millets…

Pas besoin d’ogm pour faire ce genre de choses.

Vous avez sur Terre des plantes qui vivent même dans les déserts totaux, sans eau, c’est pas la peine d’aller injecter des choses dont on ne connaît pas en plus les résultats sur l’environnement, alors que nous avons 350 000 espèces de plantes à notre disposition, que nous pouvons peut-être sélectionner de façon différente.

Donc c’est avoir une génétique non pas appauvrissante, mais au contraire, des plantes qui poussent sans eau, des plantes qui mettent en valeur des sols pauvres etc. Donc c’est une autre approche de la génétique.

-Les pesticides :

C’est aussi au niveau des pesticides, apprendre à diminuer les doses et arrêter de mettre les doses excessives que nous mettons en France, et apprendre à gérer les pesticides de façon beaucoup plus utile.

-Troisième domaine : le travail du sol.

Alors, l’homme n’a pas à travailler le sol, il est dur, l’homme l’a inventé. La première agriculture a été inventée avec le feu.

Ça a été inventé y’a 500 000 ans, le feu c’est première grande invention qui permet à l’homme de changer son milieu écologique. Donc comment il pratique ? Il pratique ce qu’on appelle l’agriculture sous brûlis, qui consiste à mettre le feu à la végétation locale, et dans les cendres, vous prenez un bâton à fouir, vous faites un trou dans le sol, vous mettez une graine de légumineuse, une graine de céréale, vous rebouchez avec l’orteil, et vous laissez pousser.

Et puis au bout d’un moment avec cette technique-là, bah la nature qui a horreur du vide va commencer à faire pousser des « mauvaises herbes », quand y’en a trop, qu’est-ce que fait l’agriculteur sous brûlis ? Il s’en va, ils ont des villages qui sont en bois, ils sont mobiles, et ils se déplacent. Ils reviennent, y’a un cycle de rotation, vous êtes en Nouvelle-Guinée, en Amazonie –parce qu’il y a encore des hommes qui travaillent comme ça- le cycle de rotation est d’à peu près 60 ans. Tous les 60 l’homme revient au même endroit, remet le feu, cultive, dès que les mauvaises herbes arrivent il repart.

Donc c’est une agriculture extraordinairement reposante, à peu près 2 à 3 h de travail par jour. C’est plutôt cool, et ça a duré comme ça pendant 500 000 ans.

Puis on a inventé y’a 10 000 ans, une catastrophe pour les agriculteurs, qui est la ville en dur. On a commencé à inventer les pyramides, les grandes villes de Babylone, tout ça… Plus moyen pour l’agriculteur de partir.

Parce qu’autant c’est facile de laisser pourrir un village pygmée ou papou, autant une pyramide ça ne se déplace plus.

Donc à partir de ce moment-là les hommes ont été obligés de trouver une technique pour continuer à cultiver avec les mauvaises herbes. Et ils vont inventer le travail du sol…

C’est la malédiction divine, dans tous les romans, la Bible etc. toutes les légendes de tous les peuples, l’homme vivait dans le paradis, c’est-à-dire qu’il n’avait pas à se fatiguer, il avait juste à brûler un peu et ça poussait tout seul, et puis il invente le

travail du sol, c’est la malédiction de Dieu, « la terre ne produira que des épines et tu te nourriras à la sueur de ton front ». Et on passe à 14 h de travail par jour. Le désherbage à la main, je parle d’agriculture manuelle, en Afrique le désherbage manuel c’est 140 h de travail à l’hectare.

Et depuis 6000 ans, l’homme travaille la terre, la terre fait pousser des mauvaises herbes, l’homme re-détruit les mauvaises herbes… ça fait 6000 ans que la terre explique à l’homme que le sol ne doit jamais être nu, le sol doit toujours être couvert.

C’est pour ça que dès que l’homme met le sol à nu, immédiatement la nature fait repousser quelque chose pour protéger le sol, car ce sont les plantes, qui sont un peu comme les cheveux sur votre crâne, les plantes sont là pour protéger le sol contre l’attaque de la pluie, contre la violence des rayons du soleil, contre l’érosion.

Donc ce qu’il faut c’est de se dire, « Tiens, nous créons de l’érosion parce que nous croyons absolument qu’il faut travailler les sols, la nature elle fonctionne depuis des millions d’années sans travail, est-ce qu’on ne pourrait peut-être pas imaginer une agriculture qui ne mette pas les sols à nu, puisque la nature elle ne veut pas que le sol soit à nu puisqu’elle passe son temps à faire pousser les mauvaises herbes ? »

Ce que nous nous appelons « mauvaises herbes », qui sont en fait des herbes qui viennent protéger le sol.

Est-ce qu’on ne pourrait pas trouver un autre modèle ?

Et pour ça, on va simplement faire une chose : on va étudier ce que la nature fait.

La nature elle a un avantage sur nous, c’est que elle, elle est pérenne, elle est fortement durable, et donc elle a forcément des modèles qui fonctionnent puisqu’elle est capable de durer des milliers d’années sans érosion et sans appauvrissement de son.

Donc comment fait-elle ?

Je vais vous montrer une photo prise d’un avion en forêt amazonienne, vous allez tout de suite comprendre comment fonctionne la nature.

Donc c’est une photo prise par mon épouse sur le bassin amazonien, vous avez au- dessus la grande réserve de l’Iguaçu, ça c’est un milieu sauvage, naturel, qui a 70 millions d’années, qui reçoit 3 mètres d’eau par an. Vous pouvez remarquer que la rivière qui sort de la réserve, le grand fleuve est absolument transparent, et toute les zones d’eau que vous voyez au milieu de la réserve sont absolument transparentes.

Dans la rive de l’autre côté, en face de la réserve, c’est cultivé, la rivière qui sort de la zone cultivée est entièrement boueuse.

Ça veut dire que la nature elle fait un modèle absolument durable, y’a pas de sol qui s’en va, dès que l’homme intervient, dès qu’il met le sol à nu, la rivière devient totalement orange.

Ici vous pêchez, c’est plein de poisson, de l’autre côté tous les poissons crèvent noyés par la boue.

Donc l’idée est la suivante : puis que ce modèle-là fonctionne, bah avant de la détruire, d’y foutre le feu, de le saccager, je vais l’étudier.

Je vais essayer de comprendre comment un système est capable pendant 70 millions d’années de recevoir 3 m d’eau par an sans perte de sol.

Donc on va regarder comment ça marche, comment un système biologique a réussi, au cours de l’évolution, c’est-à-dire au cours de centaines de millions d’années, d’évolution de faire un modèle qui ne perd rien.

La forêt

Alors le modèle est le suivant :

Comment le système biologique a réussi au cours de l’évolution, c’est-à-dire au cours de centaines de millions d’années d’évolution, de faire un modèle qui ne perd rien ?

Je vais prendre le modèle qu’il y avait en France avant que nous arrivions, c’est-à-dire la forêt.

Donc, avant l’arrivée de l’homme, un pays comme la France était couvert à 98 % de forêts, une forêt de feuillus, il n’y avait de résineux que dans les montagnes, la forêt de feuillus vierge tempérée. On en a des traces dans les toitures de nos cathédrales, et il existe encore quelques lambeaux de forêt vierge tempérée au Sub- Chili.

C’est une forêt qui culmine à 40-45 m de haut, ce qui n’a rien à voir avec ce qu’on appelle couramment « forêt », ce que vous vous appelez forêt ce sont des taillis, il n’y

a plus de forêt au sens « des grands chênes qui sont capables de faire des poutres de

15 m de long 60x60 cm », c’est fini, il n’y plus ça en Europe, toute la forêt européenne

a été coupée.

Alors comment fait-elle cette forêt pour fonctionner pendant aussi longtemps, sans rien ?

Elle fonctionne de la manière suivante :

Tous les ans la forêt fait tomber -je prends la forêt tempérée de nos régions- ce qu’on appelle la litière : les rameaux, toutes les branches mortes des arbres, et les feuilles. Selon les systèmes climatiques, en Europe ça fait tomber entre 3 et 8 tonnes sur le sol.

Ces rameaux et ces litières vont être attaqués (pour s’en nourrir) par 2 groupes d’organismes :

- Premier organisme : les « broyeurs primaires » c’est-à-dire les animaux qui vont attaquer ces bouts de bois, qui font faire des crottes.

- Deuxième organisme : les champignons, les seuls organismes au monde capables d’attaquer la lignine (= le bois).

La forêt est composée essentiellement de lignine, qui est la matière la plus abondante produite sur terre par la vie, et ces champignons vont transformer cette lignine en humus, qui la molécule la plus complexe que nous connaissons au point de vue biologique.

C’est-à-dire qu’on se rend compte que qu’est-ce que fait la nature ? Elle prend une substance, des rameaux des feuilles, donc de la lignine, une substance qui est déjà complexe, et elle la rend encore plus complexe !

C’est ce qu’on appelle en biologie les phénomènes « d’agradation », c’est-à-dire que pour lutter contre l’érosion, contre les lois physiques qui sont très dures, que fait la nature ? Elle agrade, elle complexifie, elle répond à la destruction du milieu physique par une complexification.

C’est l’inverse de ce que fait toute notre agriculture, elle minéralise, grade, passe son temps à dégrader les sols, détruire la matière organique, la minéraliser, la transformer en nitrate, donc la détruire.

La vie ce n’est pas du tout ça qu’elle fait. Première étape elle agrade, elle créée de la complexité.

Alors, ce schéma de l’humus : cet humus va se former à la surface avec d’abord des animaux qui vont attaquer les parties tendres des feuille, vous avez tous vu dans les bois des feuilles qui sont transformées en dentelles, ces animaux c’est ce qu’on appelle des collemboles, des organismes assez particuliers, très variés au point de vue forme. Nous connaissons à peu près 10% de ces espèces, c’est un monde totalement inconnu, très peu étudié… population de ces animaux en forêt : 3 à 4 milliards à l’hectare. Leur travail c’est attaquer les parties tendres.

Ensuite vous avez les animaux qui attaquent les parties plus costaudes, ce sont les acariens. Pareil, 3 à 4 milliard / ha, des formes extrêmement variées. Eux sont capables d’attaquer les nervures des feuilles, les bouts de bois.

Vous avez ensuite les vers de terre qui vivent à la surface su sol, qui sont des animaux qui mangent plutôt les excréments des acariens et des collemboles, donc les vers épigés. ( épi = sur et gé = la terre – du grec) Y’en a que vous connaissez bien c’est Eisenia fetida (le ver du fumier ou « ver rouge »), qui se nourrit uniquement d’excréments d’animaux, il nettoie toutes les crottes d’animaux sauvages.

Et puis, vous avez des animaux capables carrément d’attaquer des bouts de bois, comme les cloportes, c’est-à-dire des crustacés, des iules qui ont des mandibules extrêmement costauds et qui mangent carrément des tiges de colza, des trognons de maïs… Ils sont capables d’attaquer des choses dures.

Après vous avez des prédateurs qui mangent tous ces animaux : des pseudo- scorpions, des araignées…

Donc vous voyez, tout un monde qui est à l’intérieur du sol et qui va participer à cette première étape qui est de broyer pour faciliter l’attaque des champignons.

Quand vous regardez l’attaque de ces animaux, en microscopie, vous vous rendez compte qu’ils ont créé des crottes, ce qu’on appelle des boulettes fécales (microscopiques), et qu’ils ont incroyablement aéré le sol. Grâce au travail de cette faune, le sol va devenir absolument comme de la moquette, vous avez tous été marché dans les bois et vous avez remarqué l’incroyable moelleux du sol forestier. C’est que le sol forestier c’est 80 % de « vide », c’est que de l’air.

Ça va permettre à la forêt de résister à la pluie, car quand il pleut, elle n’est pas gênée, elle ne connait pas l’érosion : elle a une perméabilité de 150 mm d’eau à l’heure. C’est-à-dire qu’un sol forestier peut recevoir 150 mm d’eau à l’heure, toute l’eau va rentrer dans le sol. Pour vous donner une idée, un limon labouré a une perméabilité d’1 mm d’eau / heure.

La forêt 150, l’homme travaille le sol, le laboure : 1 mm d’eau / heure. Vous avez maintenant des limons dans la région de la somme qui sont tombés à 1 mm d’eau en 24 heures, ils ne boivent qu’un millimètre d’eau en 24 h, c’est-à-dire que l’eau stagne pendant plusieurs jours sur le sol.

Les forêts équatoriales boivent 300 mm d’eau / h, je ne sais pas si vous voyez, mais l’érosion n’existe pas, toute l’eau va être freinée et passer à travers ces boulettes fécales.

Ensuite les champignons, si on regarde dans le détail, c’est-à-dire en grossissement plus fort les boulettes fécales, vous allez voir le vide que ça fait par rapport à la matière pleine :

Vous voyez c’est comme des grosses billes qui sont superposées, donc l’eau peut rentrer là-dedans extrêmement facilement.

Alors, les arbres eux vont s’adapter à ce système, c’est-à-dire que la litière est attaquée, elle est transformée en humus, et au printemps qu’est-ce qui va se passer ? Eh bien une partie de l’humus, 1 à 2 % chaque année, va se minéraliser sous l’action des bactéries ce coup-ci (ce n’est plus le rôle des champignons), et lentement une partie de cet humus va se minéraliser, va donner naissance à du nitrate, du phosphate, du sulfate… qui va descendre à travers la couche du sol, qui sera récupéré, si vous avez vu les enracinements d’arbres, vous avez vu qu’ils ont une première couche de racines horizontales, qui rampent sous la litière, ces racines vont récupérer le nitrate, phosphate etc. et vont le recycler

Le système sol-plante est fermé, y’a pas de pertes, pas de perte de phosphate, de nitrate, de magnésie, de calcium : tout est constamment recyclé, par qu’il y a un réseau de racine sous la matière organique. C’est ça le système astucieux de la nature, c’est que les racines se mettent sous la matière organique, et ne sont pas au- dessus comme nous le faisons avec le labour, nous mettons la paille au fond, sous les racines, donc nous polluons. Là, la matière organique elle est bien au-dessus.

Les arbres ont ensuite un deuxième système d’enracinement, qui est un système pivotant qui lui va plonger dans le sol, profondément, jusqu’à la roche-mère.

Là il y a deux solutions :

- La roche-mère est fissurée et la racine va continuer son chemin, et là elle va descendre très profond. Record mesuré dans un pays comme la France : sous chêne 150 m de profondeur, sous merisier 140 m, sous orme 110 m… c’est-à- dire que l’arbre va jusqu’à la nappe, et il est la seule plante au monde capable de prendre l’excédent de la pluie et de l’emmener jusqu’à la nappe phréatique le long de ses racines. Les spéléologues qui nous ramènent ces racines, -parce qu’on ne prend pas une pelleteuse pour creuser

sur 150 m !- ce sont eux qui nous rapportent ces racines de grande profondeur, ils nous disent que dans les grottes souterraines ils voient l’eau ruisseler le long des racines. L’arbre c’est LE grand gestionnaire de l’eau, parce que d’une part il va développer des champignons qui retiennent l’eau à la surface du sol, c’est pour ça que les sols forestiers sont toujours frais et ne sont jamais sec, et d’autre part il gère, il remplit, il stocke l’excédent d’eau de pluie dans la nappe. L’arbre est une plante absolument unique de par son fonctionnement, ce sont vraiment eux qui gèrent l’eau.

- Là où ce n’est pas fissuré, la racine va ramper sur le caillou et va l’attaquer, avec des acides, elle va sécréter des acides organiques et elle va le dissoudre. Elle va être pour ça aidée par des bactéries, c’est-à-dire que l’arbre va envoyer du sucre dans ses racines (toutes les plantes font ainsi), sucre qui vient de la photosynthèse, qui nourrit des microbes qui vont attaquer le caillou et fabriquer du nitrate, du phosphate, de la potasse, du souffre etc. et vont le donner à l’arbre. Donc il y a un échange. L’arbre va remonter les éléments de la roche-mère jusque dans son feuillage.

A cette profondeur, il y a des racines qui meurent, et ces racines mortes seront à nouveau nettoyée par une faune spécialisée, qu’on appelle la faune endogée, des collemboles, des acariens mais de grande profondeur), qui vont nettoyer tout ça pour permettre aux jeunes racines de revenir.

Cette attaque de la roche-mère par les racines va transformer la roche en une fraction minérale très complexe Là encore on retrouve toujours le système biologique qui passe d’un système simple à un autre plus complexe – ces cristaux sont les plus complexes que nous connaissons sur terre, ils s’appellent les argiles.

Les argiles sont des silicates de fer et d’alumine : Comment sont-ils formés par les racines ?

Quand j’ai fait l’agro, personne ne savait comment elle se formait, donc on sortait des théories totalement délirantes et incompréhensibles, et puis à la fin des années 80 une équipe Canadienne et Australienne a montré comment ça se faisait, il ne fallait pas aller chercher des théories très compliquées, c’est tout simple :

La plante, lorsqu’elle attaque une roche, qu’est-ce qu’elle va pomper ?

Elle va pomper tout ce dont elle a besoin -soufre, calcium, magnésium, potasse, phosphore, … tout ce qui la nourrit.

Or les roche de quoi sont-elles formées ?

Elles sont formées essentiellement de silice, de fer et d’aluminium, qui sont les atomes majoritaires dans la roche (croûte terrestre : Silicium 26%, Aluminium 7%, Fer 4%), donc lorsqu’une plante va pomper tout ce dont elle a besoin, elle va laisser dans la périphérie racinaire beaucoup de silice, de fer et d’aluminium, car elles en utilise très peu, ce sont des oligo-éléments pour elle.

Or vous avez une loi en chimie qui dit que quand une substance en solution dans l’eau devient trop concentrée, elle cristallise. C’est comme ça qu’on récolte le sel marin, on fait évaporer de l’eau de mer, et puis à un moment le sel cristallise tout seul car il est arrivé à un certain niveau de concentration dans l’eau de mer.

Il va se passer la même chose autour de racines des plantes, tous ces éléments de silice, de fer et d’aluminium qui se concentrent de plus en plus, à un moment vont cristalliser en silicate de fer et d’alumine, c’est-à-dire les argiles, qui sont des cristaux extrêmement grand, de grand feuillets, et ces feuillets ont une capacité d’échange en cation. C’est-à-dire que ces minéraux ont la propriété remarquable de retenir la potasse, la magnésie, le calcium (tous les cations)… c’est-à-dire que la vie fabrique un système qui va lui permettre de se nourrir.

C’est quand même assez extraordinaire de voir à quoi l’évolution a abouti, en attaquant un matériel minéral, la roche, pour la transformer en les cristaux les plus complexes que nous connaissons sur Terre, l’argile ; elle attaque des rameaux et des feuilles pour en faire la molécule biologique la plus complexe du monde, l’humus.

Et il se trouve que dans le sol, humus et argile vont s’attacher grâce à une troisième faune, que vous connaissez tous, qui s’appelle les vers de terre, ceux-là vous les connaissez bien, ce sont les grands vers de terre qu’on voit sortir la nuit pendant leur période de reproduction au printemps, qui s’appelle donc la faune anécique.

Ces grands vers qui circulent verticalement dans leurs galeries, et qui vont remonter constamment de la terre, toutes les nuits ils remontent dans leurs galeries, ils

viennent chercher de la matière organique, ils vident leur intestin pour former ce qu’on appelle un turricule, ils redescendent dans leurs galeries, ils revident un turricule etc.

On a montré que c’est en fait dans l’intestin de ces vers de terre que l’humus et l’argile se mettaient ensemble pour former le complexe argilo-humique. Les deux éléments de ce complexe sont attachés par des ions qui ont deux charges positives, le calcium, l’argile et l’humus étant négatifs, or les vers de terre ont une glande appelée la glande de Morren, qui sécrète énormément de calcium. Dans l’intestin du vers de terre, argile et humus vont s’attacher ensemble. C’est pour ça que lorsqu’on prend une crotte de vers de terre et qu’on la met dans un bocal d’eau, vous verrez que la crotte ne s’effondre pas – si vous prenez de la terre ça fait de la boue au fond du bocal – tandis que le turricule ne bouge pas car c’est un complexe argilo- humique parfaitement stable.

Donc on voit que le sol est un modèle tout à fait remarquable, c’est le milieu le plus riche du monde, c’est le seul milieu qui est formé d’une matière organique et d’une matière minérale. L’atmosphère et l’eau sont des milieux purement minéraux, ce sont des milieux qu’on ne se prive pas de polluer, mais ce ne sont pas des milieux que nous pouvons détruire. Quand un milieu est minéral, les attaches sont atomiques, c’est indestructible. Tout qu’on pourrait faire si on voulait faire disparaître l’eau de la surface du sol, c’est chauffer le tout jusqu’à évaporation, mais ce serait toujours de l’eau. L’atmosphère, pour casser des molécules d’azote, qui font 70% de l’atmosphère, avec une triple liaison, on sait le faire maintenant pour fabriquer les engrais chimiques, il faut en gros une tonne de pétrole pour faire une tonne d’engrais. Ce sont des énergies énormes.

Par contre détruire un sol c’est excessivement simple : il suffit tout simplement que vous arrêtiez d’apporter de la matière organique à votre sol, il suffit qu’au lieu de laisser la matière organique au-dessus vous l’enfouissiez avec un labour, et vous allez faire disparaître la matière organique, faire disparaître les humus. A ce moment-là les argiles ne sont plus attachées, et c’est l’érosion, vous avez de la boue plein les rivières.

Le sol a la propriété d’être le milieu le plus riche du monde, puisqu’il a une capacité d’échange en cation, il retient les éléments nutritifs, mais il est le plus fragile, le plus sensible à l’action humaine. C’est donc quand on connaît le fonctionnement du sol qu’on peut éviter de le détruire.

Je vais vous montrer une photo, ça devient difficile de trouver des sols cultivés ou il y a pas mal de vers de terre, mais des personnes qui travaillent encore correctement on en trouve.

Voilà le travail des vers de terre sur un limon, vous voyez comment ils rayent, tous ces traits verticaux sont des galeries de vers de terre qui y circulent constamment du haut jusqu’en bas.

Ils mangent leur poids de terre tous les jours, un bon sol forestier c’est entre 2 t et 4 t de vers de terre / ha, donc tous les jours ils remontent leur poids de terre, vous voyez le brassage que ça fait ! C’est-à-dire que les vers de terre brassent entre 100 t et plus de 1000 t de terre par hectare et par an. Ce sont plusieurs centimètres de terre chaque année.

Ce sont eux qui sont responsables de l’enfouissement des restes humains, vous savez que lorsque les archéologues font des fouilles, ils trouvent tout en bas la pierre taillée, ensuite les mosaïques romaines, ensuite les restes du Moyen-Age, ce n’est pas parce que les gens de la pierre taillée vivaient sous terre, ils vivaient comme nous à la surface de la terre, mais les vers de terre ont recouvert constamment ces restes. Darwin a été le premier à donner une datation des restes humains en mesurant l’épaisseur de terre déposée par ces vers, connaissant le poids de terre transporté tous les jours par les vers de terre, il a été le premier à donner des datations par ex. ceci a 10 000 ans vu l’épaisseur de terre etc.

Si vous avez mis des pas japonais dans votre jardin, vous avez remarqué que les pierres disparaissent lentement… ce sont les vers de terre qui déposent de la terre constamment par-dessus. C’est pour ça que souvent j’entends les agriculteurs qui me disent « Roh là là ! J’ai les pierres qui remontent ! », Non ce ne sont JAMAIS les pierres qui remontent, ça n’existe pas, c’est la terre qui s’en va

Donc quand vous voyez les pierres apparaître, c’est que vous êtes en train de perdre votre sol. Les pierres ne font que s’enfoncer sous le travail de la faune.

Si vous allez dans les forêts, autrefois toutes les forêts étaient cultivées, faites un trou dans la forêt, vous retrouverez l’ancien horizon cultivé par un petit lit de pierre, caractéristique, qui était l’ancienne surface agricole, et les vers de terre ont remis de la terre par-dessus, ils ont fait doucement disparaître ces couches de terre.

On les étudie, c’est ainsi qu’on sait que les gaulois labouraient dans les deux sens, car on voit ces petites couches qui sont intactes depuis longtemps, et on se rend compte, par les orientations des feuillets d’argile, orientés perpendiculairement, qu’on travaillait une fois dans un sens, et une fois dans l’autre.

Donc vous voyez, le sol ce n’est pas du tout un milieu inerte, mort, c’est un milieu extraordinairement vivant, très complexe, et que si on veut faire une agriculture « durable », il faut cesser de violer les lois du sol, cesser de raconter que c’est un milieu mort, inerte, et qui a juste besoin d’engrais chimiques, mais il faut essayer de le comprendre, donc d’étudier son système biologique.

Le labour

Alors, pourquoi le labour est une catastrophe, pourquoi il produit tellement d’érosion, associé avec les engrais chimiques ? Déjà que les engrais chimiques favorisent la minéralisation de la matière organique, les pesticides détruisent la faune et puis le labour, lui, met tout à l’envers - Alors pourquoi est-ce une catastrophe ?

Quand vous avez labouré, qu’est-ce que vous faites ?

D’abord vous faites une semelle, c’est-à-dire qu’avec votre charrue plus vous labourez profond plus la semelle va être dure, plus il faut de puissance au tracteur, et plus vous lissez le sol. Cette semelle va déjà empêcher l’eau de circuler.

Puis vous avez pris la paille et vous l’avez mis au fond du profil. Ça, la nature elle n’est pas du tout au courant de ça, il y a des millions d’années que les animaux travaillent la matière organique en surface.

Donc quand vous allez la mettre au fond, que se passe-t-il ?

Il y a énormément d’espèces qui vont disparaitre parce qu’elles ne savent pas vivre en profondeur dans le sol, elles ont l’habitude de vivre au-dessus. Donc déjà vous faites chuter tout de suite la population du sol.

Ensuite les animaux qui vont transformer cette paille, qui arrivent à vivre profondément dans le sol, vont faire des crottes, celles-ci vont être attaquées par les microbes, et le problème des microbes c’est qu’ils consomment énormément de dioxygène, on dit qu’ils ont une forte demande biologique en dioxygène. Ils consomment 350 fois plus de dioxygène que nous, à masse égale.

Donc qu’est-ce qui va se passer ? Eh bien comme le dioxygène ne va pas avoir le temps de traverser la couche labourée, on va rentrer en anaérobiose, ça va se mettre à puer, si vous avez enfoui du fumier ça va carrément sentir mauvais, ça va vous faire dégueuler.

Or il est totalement impossible de faire de l’humus en anaérobiose !

Car les champignons sont tous aérobies, il n’existe aucun champignon anaérobique sur Terre.

Donc vous ne faite plus d’humus. Le jour où vous labourez, vous arrêtez la production d’humus. C’est pour ça que curieusement, les agriculteurs ont du mal à comprendre pourquoi nous avons triplé le volume de paille depuis 1900 -2 t paille/ha, maintenant 6 t- et nous avons divisé par quatre la teneur en matière organique du sol. C’est quand même curieux ! Comment ça ce fait qu’on avait plus de 4% de matière organique en 1900, et qu’on en a plus que 1,4 %, alors que nous produisons trois fois plus de paille ?!

C’est simplement qu’en 1900, les gens travaillaient au cheval, et vous ne labourez pas à 30 cm, même avec les chevaux les plus puissants, au cheval on « gratte » la surface du sol. Donc ils laissaient encore de la paille proche de la surface du sol, l’humus était encore fabriqué.

Le jour où vous labourez à plus de 8 cm de profondeur, c’est fini, vous pouvez faire une croix sur l’humus.

Venise est une ville qui est sur l’eau, et pourquoi elle tient ? Parce que les piliers de chêne sont sous l’eau, il n’y a pas de décomposition, cette ville tient depuis 1000 ans parce qu’il n’y a pas de champignons pour attaquer les piliers.

Tout agriculteur, surtout les éleveurs, qui ont eu l’occasion de faire des clôtures, aura remarqué que lorsqu’il sort un piquet en bois, donc de la lignine qui n’est attaqué que par les champignons les bactéries ne peuvent pas toucher à la lignine-, il aura constaté que le piquet n’est attaqué, creusé, qu’en haut, et la pointe qui était enfouie est intacte.

Donc quand vous enfouissez votre paille, tout comme la pointe du piquet qui reste intacte, elle ne fait plus d’humus.

Le jour où vous pratiquez ça, où vous retournez votre terre, votre terre va mourir. C’est-à-dire que vous avez commencé l’érosion (phase 1 : mort biologique). C’est inévitable, c’est une pratique qui ne peut pas faire autre chose que de l’érosion.

En plus, les grands vers de terre, qu’est-ce qu’y vont faire ?

Bah, ils ne vont pas s’amuser à remonter jusqu’en surface, puisque votre paille vous l’avez mis au fond. Donc les vers de terre arrêtent leur galeries à partir de là, ils ne remontent plus les éléments, puisque de toute façon vous leur donnez à manger au fond. (phase 2 : lixiviation)

Ensuite le blé, quand il va descendre avec ses racines, il descend dans la couche anaérobique, ça pue, il s’arrête. Il attend que la fermentation soit finie.

Donc si votre blé est semé en octobre, ses racines descendent à la vitesse d’1 cm / jour, si vous avez enfoui à 30 cm, il lui faut 1 mois pour arriver à la zone putréfiée, et là ça pue, donc il attend. Tant que ça pue, il ne passera pas.

Si y’a un mois de fermentation, vous perdez 30 cm d’enracinement, deux mois 60 cm… et pendant ce temps-là comme vous n’avez que des transformations anaérobies, ça minéralise, il n’y a pas d’humus, comme ce n’est pas complexe, vous avez au contraire une dégradation, vous perdez les éléments car ils ne sont pas captés par les racines puisqu’elles sont en attente au-dessus, donc vous polluez la nappe.

Donc vous avez tout faux pour le sol, tout faux pour l’évolution de la matière organique, tout faux pour la faune, tout faux avec la pollution de la nappe. Donc il faut arrêter cette méthode-là.

Le problème c’est que, comme c’est écrit dans la Bible, et que les gens font des concours de labour, que c’est rentré dans l’inconscient collectif, c’est un travail de sociologie. C’est-à-dire que c’est exactement comme il faut expliquer en Afrique qu’on n’a pas à tuer les femmes comme ça, etc. il faut leur expliquer des bases, il faut expliquer que le labour est une pure vision ancienne, à l’époque où on ne pouvait pas faire autrement, alors que maintenant on sait comment fonctionne le sol et qu’on a plus besoin de labourer, mais ça demande du temps, ce ne sont pas les sols qui sont difficiles à décompacter, c’est la tête des gens. Parce qu’ils sont bloqués depuis 6000 ans dans des légendes, qui n’ont rien de scientifique, qui sont… des légendes… On n’a jamais augmenté un rendement avec un labour, dans aucune expérience agronomique sur Terre, mais les gens sont persuadés que si on ne laboure pas, ça ne produit pas. Alors qu’on a au contraire des augmentations de rendement quand on arrête de labourer.

Mais c’est vrai que psychologiquement, je le reconnais, ce n’est pas simple.

Alors, comment faire ? Comment l’agriculteur peut-il passer à un arrêt du labour ?

Bon, il faut d’abord que dans sa tête il soit bien, car il ne va pas être encouragé par ses voisins qui vont se moquer de lui, « tu vas rater, tu vas couler, tu vas rayer ta

ferme, tu vas la vendre… », Il faut qu’il lutte psychologiquement contre un environnement défavorable.

Mais il faut surtout, le problème, il faut qu’il relance la faune. Quand vous êtes tombé à 50 kg de vers de terre / ha, vous n’allez pas leur demander de décomposer tout de suite la paille. Donc en général on passe par des étapes, ça va dépendre un peu des rotations que vous avez, si vous avez des rotations très dures pour le sol comme betterave/patate/oignon/haricot vert/blé, c’est-à-dire une céréale tous les 5 ans, vous comptez à peu près 15 ans avant de remettre votre sol debout, si vous avez des rotation de type blé/orge/colza, c’est-à-dire que des cultures d’hiver qui sont semées dans des bonnes conditions et moissonnées en bonne conditions, en général en 3-4 ans la faune est revenue.

Donc on peut pendant une étape, si vous êtes en prairie vous n’avez pas besoin de cette étape-là, passer par le TCS c’est-à-dire la « technique de culture simplifiée », qui consiste à remuer superficiellement la matière organique. Alors vous avez des tas de machines, ça va des machines rotatives type Horsh ou Dutzi, qui vont mélanger superficiellement la paille et le sol. Moi je les appelle les « techniques compliquées de semis », parce que ce sont des techniques qui sont quand même embêtantes, vous mélangez de la paille avec le sol donc vous créez des soifs azotées, donc il faut mettre de l’azote au moment du semis, ce n’est pas recommandé à l’heure actuelle par les chambres d’agriculture. Vous avez des problèmes de limaces, les vers de terre ne reviennent pas tout de suite, vous avez beaucoup plus de mauvaises herbes parce que l’intérêt au moins du labour, parce qu’il n’a été créé que pour ça, c’est de désherber -c’est un désherbant le labour.

Là au contraire vous allez stimuler les mauvaises herbes, donc ça demande pendant un moment d’utiliser des herbicides, ce qui n’est pas top pour le sol, mais c’est souvent une étape assez indispensable avant que la vie revienne, et quand le sol redevient vivant, on peut vendre la charrue et passer aux techniques de semis direct sous couvert.

Alors le semis directe sous couvert c’est quoi le principe ? Eh bien c’est copier la nature, c’est-à-dire à l’inverse de ce qu’on voit faire, enfouir tout avec une putréfaction.

Là c’est du tournesol labouré, vous voyez tous les côtés bleutés de la putréfaction en anaérobiose, c’est de ne surtout pas faire ça, c’est au contraire se baser sur une observation très simple, qui est que quand j’observe un blé qui se développe, on constate qu’il a extrêmement bien structuré le sol.

Si je regarde une plante sur le sol, qu’est-ce que je constate ? Un contraste énorme entre la zone compactée par la charrue -ce qu’on appelle la semelle de labour, qui est du vrai béton- puis au-dessus j’ai un sol extraordinairement aéré, c’est-à-dire que la racine, la biologie, elle ne compacte pas, elle fait exactement l’inverse, elle décompacte, elle créée une énorme aération.

Or quel est le problème de l’agriculteur depuis 6000 ans ? C’est :

- Ne pas avoir de mauvaises herbes

- Et avoir un lit de semence

Un lit de semence c’est quoi ? C’est une terre grumeleuse, c’est justement pas des grosses mottes, qui va permettre à la graine d’avoir et du dioxygène et de la fraîcheur pour germer. Car toute la difficulté pour la graine, c’est qu’il lui faut de l’eau sinon elle ne germe pas, mais il lui faut quand même de l’air pour respirer.

Or qu’est-ce que je constate ? On voit que les racines créent exactement ce que je veux. Donc si je trouve une plante qui m’étouffe les mauvaises herbes et que je peux détruire facilement, par exemple une plante qui gèle, qui va mourir aux premiers coups de l’hiver, et qui me structure le sol, bah j’ai mon lit de semence, j’ai un sol propre, je peux semer.

Donc l’idée c’est, au milieu de ces 350 000 espèces de plantes qui existent sur Terre, de rechercher les plantes qui sont capables de structurer le plus efficacement les sols, et puis je vais semer dedans. Alors vous avez des plantes remarquables, qui ont des capacités de faire de la racine qui sont tout à fait remarquables.

Alors le grand spécialiste de ça c’est Wes Jackson aux Etats Unis, c’est un monsieur qui travaille depuis très longtemps sur des plantes intercalaires pour préparer les sols et les décompacter. Donc voyez, il sélectionne les graminées ce sont les graminées qui sont les plus performantes Il sélectionne des plantes qui font énormément de racines. C’est-à-dire qui en très peu de temps sont capables de faire des volumes racinaires tels que le sol n’est plus qu’un lit de semence, cette plante, si vous la choisissez parce qu’elle gèle, alors vous allez tout simplement passer dedans et semer directement dans la végétation, et vous allez profiter du travail fabuleux qu’ont fait ces racines. Alors on travaille à l’heure actuelle avec des plantes qui font 12 milliards de kilomètres de racines à l’hectare, je ne sais pas si vous voyez ce que ça fait : vous transformez les terres. On les utilise en milieu amazonien, dans des milieux extrêmement durs, où on a 95 % d’argile, avec des pluviométries de 3 m d’eau par an, donc des sols que les agronomes disaient jusque-là incultivables, parce que quand vous descendez une charrue dans un sol à 95 % d’argile et qu’il pleut 3 m d’eau par

an, je peux vous dire que vous faites une bouillie, ce sont des sols que l’agriculture classique ruine en 5 ans, en 5 ans il n’y plus rien qui pousse. Alors qu’avec ces plantes intercalaires-là, on fait de la production sans arrêt, puisqu’on ne laisse jamais le sol nu et qu’on va le structurer avec les racines.

Donc l’idée c’est de mettre une plante intercalaire : alors en plus cette plante intercalaire vous pouvez la choisir comme plante énergétique, vous allez la mettre entre deux cultures, c’est-à-dire que par exemple vous récoltez une orge d’hiver, avant que vous plantiez votre culture d’hiver vous avez un certain temps, hé bien pendant ce temps-là vous pouvez faire une culture énergétique (ou n’importe quelle autre culture intercalaire). Car raconter qu’on va faire des cultures énergétiques à la place des cultures alimentaires alors qu’on n’a déjà plus assez à manger sur Terre, est une idée totalement farfelue. Il va falloir qu’on garde nos surfaces agricoles pour manger. Par contre à partir du moment où vous ne labourez plus, c’est-à-dire que vous ne faites plus un passage de labour pour faire des mottes, ensuite un passage pour casser les mottes, ensuite un passage pour aplanir tout ça, c’est-à-dire 4 passages avant d’installer une culture, si vous avez juste à semer, vous avez quand même gagné trois passages, vous gagnez du temps, au lieu d’attendre entre tous vos passages et de laisser le sol nu, vous pouvez produire. Donc l’idée c’est : « je vais installer une culture tout de suite derrière la plante récoltée». Comment on va faire ? Eh bien si on prend un itinéraire derrière une céréale d’hiver, je prends une situation où il n’y a pas d’élevage donc je n’ai pas besoin des pailles, je ne moissonne que les épis, avec ce qu’on appelle un « stripper », qui est une moissonneuse qui travaille très haut, je ne prends que les épis donc je consomme déjà beaucoup moins de fioul puisque je n’ai pas à broyer les pailles, je laisse les pailles debout (c’est très important de les laisser debout), et avec un semoir à disque je sème directement dedans une culture intercalaire. Ça peut être une culture à gibier, une culture qui récupère l’azote, ou qui fait de l’énergie, c’est-à-dire qui produit par exemple, si elle est à cycle court, de l’huile. On a maintenant des crucifères qui ont des cycles à 90 jours, donc vous pouvez très bien entre une moisson 15 juillet et un semis 15 octobre, avoir le temps de produire une crucifère qui vous fait de l’huile.

Alors ça vous fait des semis qui sont un petit peu différent de ce que l’on a l’habitude de faire, puisque vous allez semer directement dans la paille.

Voilà par exemple un semis intercalaire sur le plateau blanc en Bourgogne, conditions assez froides, donc là c’était un sarrasin qui est un excellent précédent au blé, donc là on est en train de semer dans le sarrasin. Alors vous voyez le principe, quand vous regardez par en haut, on dirait qu’on a rien fait, parce que la machine se contente de

fendre, laisser tomber la graine et refermer sillon, donc pas de levée de mauvaises herbes. Puisque dès que vous touchez la terre les mauvaises herbes se lèvent, le principe c’est surtout de ne pas faire de mauvaises herbes et de tout de suite s’installer.

Alors ça fait de temps en temps des semis marrant, voilà par exemple un semis dans l’Ain, près le Lyon, là on sème sous la pluie, ce jour-là il était tombé 12 mm d’eau. On sème direct, on s’en fiche qu’il y ait de l’eau puisque de toute façon on roule sur des plantes. Donc vous ouvrez votre calendrier de semis de façon très intéressante.

Là je suis en train de semer ! Alors c’est vrai que c’est choquant quand vous voyez ça. « Holà dis-donc le gars y sème, qu’est-ce qui va faire ? » Bah ça c’est une plante qui gèle donc y’a absolument pas de souci à se faire, et on sème notre culture.

Plus il fait chaud, plus vous faites des cultures intercalaires imposantes : quand vous descendez dans le Sud de la France, où on a un climat fait qu’il y a plus de chaleur entre le 15 juillet et le 15 octobre, donc on arrive à faire des végétations qui sont très hautes. Là vous voyez le tracteur y commence à plus voir grand-chose. Alors là, vous terminez votre culture avec 2 à 3 kg d’azote en reliquats, tout l’azote est dans la plante intercalaire.

Voilà ce que donne une culture blé sur blé zéro herbicide. Vous voyez qu’il est propre, il n’est pas salit par les mauvaises herbes. Pourquoi ? Parce que je n’ai pas laissé pousser les mauvaises herbes puisque j’ai mis une plante qui a tout étouffé. Donc quand je le regarde de près mon blé, on se rend compte qu’il n’y rien qui a eu le temps de pousser : J’ai deux paille, et la paille, là c’était un blé sur blé, donc du blé précédent, et la paille de la plante intercalaire (ici en l’occurrence un sorgho que j’ai couché sur le sol). Vous voyez il y a des petites bicoques qui commencent à apparaître, mais au stade où est le blé, elles ne le rattraperont plus, c’est fini, lui il a gagné.

Donc vous rendez compte que vous arrivez à faire des itinéraires très économiques :

un itinéraire labour c’est 140 L de fuel / ha, un itinéraire en semis direct c’est 25 L. Donc au niveau économie ce n’est pas inintéressant puisque vous n’avez plus besoin de gros tracteurs de 200 chevaux pour faire du boulot.

Alors voilà ce que ça donne sur le sol : ça c’est un essai sur un limon battant dans la région du Mans. Donc on a divisé la parcelle en deux : parcelle avec labour, voyez l’état des surfaces… ça c’est un limon qui a une perméabilité de 0,5 mm d’eau / h. 1 an de culture sans labour, regardez déjà toutes les crottes de vers de terre qui apparaissent, tous les trous, ça y est maintenant l’eau ne reste plus sur le champ. Ça,

ça s’est fait en un an seulement. Simplement, de ne pas avoir tout de suite déchaumé, tout enfoui, ou même brûlées les pailles, d’avoir tout laissé sur le sol, voyez déjà l’état du sol. Donc les sols répondent vite quand vous arrêtez de tout enfouir.

Alors si vous avez un maïs à faire derrière un blé, c’est-à-dire si vous faites une culture de printemps derrière une culture d’hiver, on fera deux cultures intercalaires :

- On récolte le blé

- Dans le blé je mets ma culture d’été, en plus le gros avantage de la culture intercalaire c’est que vous profitez des 3 derniers mois chauds, fin juillet tout le mois d’août et tout le mois de septembre, qui sont les derniers mois chauds où vous pouvez faire encore de la biomasse et où vous pouvez encore faire de la photosynthèse.

- Derrière je vais mettre une culture d’hiver. Car ce système ne marche que si la plante dans laquelle je sème est vivante, si elle est morte depuis plusieurs mois, elle est toute pourrie, elle n’a plus du tout d’effet. Je vais avoir de la terre qui va coller sur mes disques, je vais sortir de la terre donc je vais avoir des mauvaises herbes. Il faut que ma plante soit broyée la veille pour pouvoir semer. Je mets cette culture d’hiver.

- et dans cette culture d’hiver je sème.

Alors ça fait des levées de maïs qui sont assez marantes, parce qu’on n’est pas habitué à voir le maïs sortir au milieu de ça.

Vous voyez vous avez le maïs qui sort au milieu du « caca », ce n’est pas gênant, c’est tout mort, y’a pas de mauvaises herbes.

Ce qui fait que vous vous retrouvez au moment de la récolte un maïs qui est propre, vous voyez au sol c’est tout propre. J’ai encore un gros mulch, j’ai encore un gros tas de matière organique, donc y’a tous les vers de terre qui reviennent, les collemboles, les acariens etc. et puis mon sol il est propre.

Ce maïs je vais à nouveau le récolter au stripper, je vais prendre que les épis, je laisse tout au sol, et je ressème immédiatement une culture d’hiver.

Donc vous voyez je n’arrête jamais, c’est-à-dire que le principe c’est de copier la nature : je ne laisse jamais mon sol nu.

C’est la règle de base, tout le temps occuper le sol avec une plante, et pour ça il faut du semoir rapide, il ne faut surtout pas être obligé de labourer la terre et de la

remuer, sinon, si je suis obligé de tripatouiller la terre, je vais perdre du temps et je ne vais pas avoir le temps de faire mes itinéraires.

Alors, on a avec le travail de W. Jackson sur la sélection des plantes, on des plantes remarquables.

Voilà par exemple à l’heure actuelle la championne qu’on a dans le monde, qu’on n’utilise pas ici, c’est une plante tropicale qu’on utilise pour mettre en valeur et pour arrêter les dégâts dans les sols équatoriaux amazoniens. Alors vous êtes ici sur un latosol dans la région de Lucas de Verde avec 95 % d’argile, cette plante elle a 60 jours, en 60 jours elle a transformé un sol argileux en un « couscous », et là on fait passer le bétail d’abord puisqu’elle est très sucrée, le bétail adore, on fait brouter par le bétail et on sème directement dedans, les sojas, les riz.

Si on prend une plante comme le colza, alors on n’a pas le temps de faire une intercalaire entre une orge et un colza, donc on va semer directement le colza dans les pailles de l’orge.

Voilà ce que ça donne. Ça c’est un semis qui est réussi, l’agriculteur a travaillé à la bonne vitesse, il faut travailler à 8-9 km/h, il ne faut pas travailler trop vite sinon vous projetez de la terre et vous aurez des mauvaises herbes. Donc c’est un semis bien réussi, on a l’impression qu’il y a juste les graines qui sortent au milieu de la paille, comme je n’ai pas touché à la terre, pas de mauvaises herbes.

C’est le principe de base, si vous ne touchez pas à la terre vous n’aurez pas de mauvaises herbes. Dès que vous touchez la terre, ça se lève. Mais cette technique demande du doigté. Attention la technique que je vous décris, elle est beaucoup plus compliquée que le labour. N’importe qui peut faire du labour, ça par contre c’est très technique.

La paille est broyée là ?

Non, surtout pas broyée !

Nature.

Vous la laissez comme ça.

Pour en revenir au seigle ou blé, j’aime pas trop le maïs, puisqu’au moment du semis du maïs la plante est quand même à très forte hauteur… Elle est détruite de quelle manière ?

On utilise ce qu’on appelle le « rouleau faca », c’est-à-dire qu’à l’avant du tracteur on a un rouleau qui a des barres, qui casse la paille tous les 10 cm, la paille est barrée, et comme vous le faites au moment de l’épiaison sur le seigle ou le blé, quand vous venez pour semer votre maïs, la plante crève. Mais il faut absolument que vous ayez les bonnes distances sur votre rouleau faca, ça vous étale votre seigle sur le sol. Le meilleur précédent pour le maïs c’est l’avoine, l’avoine d’hiver c’est ce qu’il y a de mieux. Et vous l’écrasez sur le sol, donc le sol est complètement couvert de la paille de blé qui était au sol quand vous avez semé l’avoine d’hiver, et vous allez écraser votre avoine avec le rouleau faca devant vous, et derrière vous semez.

Ça coupe le stade végétatif de l’avoine ?

Complètement. Elle crève. Et ça vous fait un espèce de matelas. Alors c’est vrai qu’il y a des éleveurs qui eux préfèrent la faucher et la donner aux bêtes, mais là c’est toujours un peu dangereux, c’est le printemps, faut faire attention aux conditions humides, mais c’est vrai que si les conditions le permettent, que le sol est porteur, ça vaut le coup de le faucher puis de le donner aux animaux.

Et par rapport aux problèmes de limaces et de rongeurs parce que la paille est en surface…

Alors les invasions de limaces sont liées à la disparition de leurs prédateurs qui sont les carabes. Vous êtes dans la même situation qu’étaient les vignerons avec les araignées rouges dans les années 70 : ils balançaient des insecticides à haute dose, ils avaient tué les typhlodromes qui sont les parasites des araignées rouges, une fois qu’on a compris le phénomène on a arrêté de tuer les typhlodromes, maintenant plus aucun vigneron ne traite contre les araignées rouges.

Alors il faut que vous remettiez les carabes, le problème c’est qu’ils dorment dans les haies, y passent l’hiver dans les haies, or vous avez arraché les haies… Donc là il y a tout un problème de remettre les prédateurs, et surtout de faire très attention à ce que vous mettez dans le sol, surtout si vous mettez des anti-taupins ou des choses comme ça, là vous massacrez massivement vos carabes. Et là vous aurez des problèmes de limaces.

Mais les études qui ont été faites dans différentes chambres d’agriculture en France montrent qu’il y a autant de problème de limaces en TCS, en semis direct, alors c’est vrai que le labour a l’avantage de les mettre bien au fond. Mais vous ne réglez va le problème des limaces, les limaces, si vous en avez, ça se traite au mois de juin, dans les blés, il faut aller la nuit dans les blés avec une lampe de poche quand elles

montent le long de vos tiges de blé, parce que c’est cette génération-là qui va pondre et qui va détruire vos semis d’automne.

Donc si vous avez de la limace au mois de juin, faut traiter. En plus si vous traitez au mois de juin, le gros avantage c’est que pendant que vous faites ça, vous mettez un épandeur d’anti-limace à l’avant de votre tracteur ou à l’arrière, le gros avantage c’est que tous les vers de terres sont rentrés parce que la céréale a séché le sol, donc vous n’allez pas tuer vos vers de terre, et vous allez pouvoir vous débarrasser de vos limaces. Sinon vous allez en avoir des milliers… Mais bon y’a pas mal de gens qui commencent à maitriser ce problème-là, il vaut mieux que vous alliez voir des gens qui font du semis direct depuis déjà un moment en France, qui vous expliqueront comment ils ont fait pour lutter contre. Mais c’est vrai que les premiers temps, il ne faut pas laisser les limaces vous envahir. C’est vrai que ce sont des bêtes très embêtantes.

Mais c’est un phénomène de déprédation, les limaces sont une vraie plaie, on le sait maintenant, des études ont montré que c’était parce qu’elles n’ont plus de prédateurs, elles n’ont plus de carabes. Des régions comme la Beauce, où il y avait il n’y a pas encore si longtemps que ça, y’a 40 ans, il y avait encore une quinzaine d’espèces de carabes, il n’y a plus rien… Donc les limaces elles sont ravies, hein, un carabe lui il vous mange une bande de limaces au 4h, c’est une bête qui limite bien les populations de limaces.

Voilà un autre semis, vous voyez, bien réalisé, voilà, l’agriculteur a bien travaillé, il n’a pas projeté de terre, vous voyez, aucune terre n’est revenu en surface, la levée se fait toute seule. Ça c’est vraiment un doigté, c’est-à-dire qu’apprendre à semer sans projeter de la terre, ça c’est technique.

Alors quand on regarde le principe du semoir, c’est tout bête, bon une fois de plus c’est un agriculteur qui a inventé ça. Ce sont deux disques, un qui est plus long que l’autre, qui va donc fendre la terre, l’autre sert d’espace pour faire tomber la graine, et vous avez une roue latérale qui va refermer le sillon. C’est tout simple, donc ça vous permet de semer, par exemple au Brésil on sème dans 4 mètres de végétation, pour vous donner une idée de ce qu’on est capable de faire dans les pays tropicaux, où là le climat est beaucoup plus puissant que chez nous, en 60 jours on fait 4 mètres de végétation. On sème dans 95 tonnes de matière organique à l’hectare. Y’a pas une seule mauvaise herbe au sol, alors que moi j’ai vu des gars labourer au Brésil, y pleuraient. Le type y sème son soja, et puis vous revenez 15 jours après, vous cherchez vainement le soja, vous avez de la mauvaise herbe partout, tout est étouffé.

Les types chialaient devant leurs cultures, parce que ce sont des pays où la violence du climat est telle que les mauvaises herbes prennent le pas sur vos cultures.

Là le principe est tout bête : la nature veut faire pousser des plantes ? eh bien on va lui en mettre, mais je vais mettre des plantes que moi je contrôle, des plantes que moi je connais.

J’ai par exemple un excès d’azote, je vais prendre en intercalaire une crucifère qui pousse très vite, qui consomme beaucoup d’azote, par exemple un radis chinois qui consomme énormément d’azote, je vais arrêter de polluer. Si par exemple je suis en Bretagne avec un excès de lisier, j’ai beaucoup trop d’azote dans ma rotation, par ce que j’ai pas assez d’espace, j’ai trop de cochons par rapport à mes hectares, eh bien je vais utiliser une crucifère qui va pomper cet azote.

Si je ne suis pas dans un cas d’excès d’azote, que mon problème c’est plutôt qu’au mois de juillet j’ai pas beaucoup d’eau, que mon climat est plutôt séchant, eh bien je vais mettre une graminée qui pousse sans eau, qui a pas besoin pour pousser, je ne vais surtout pas détruire ma paille et remuer le terrain, par ce que là je dessèche tout, et c’est fini, y’a plus rien qui poussera avant les pluies de septembre. Je vais surtout garder ma fraîcheur que j’ai dans ma paille qui est encore debout, puisque quand vous couchez une paille debout, vous allez maintenir ce qu’on appelle l’arrêt du film capillaire dans un sol, vous allez garder de la fraîcheur, juste ce qu’il faut pour faire démarrer l’intercalaire, qui ensuite vont pousser, là ce sont des plantes qui descendent à la vitesse de 5 cm / jour dans le sol, donc elles sont vite dans la fraîcheur, et elles vont remplacer, elles vont nettoyer. Mais c’est vrai que tout ça demande une adaptation à chaque région, c’est une agriculture si vous voulez qui est beaucoup plus scientifique et beaucoup plus technique que de simplement labourer.

Alors cette technique va très bien même pour la toute petite agriculture. On l’utilise même pour les tout petits agriculteurs des pays pauvres, alors pour les plus pauvres de tous on utilise le « tico-tico », qui est donc un semoir à disque pour semis direct manuel, à main, c’est-à-dire que la personne au lieu d’avoir sa houe pour essayer de travailler son sol, on va lui faire mettre cette culture, qui sera fauchée à la faux, là je parle des gens, par exemple du Vietnam, qui ont 2500 m² de terre cultivées pour faire vivre la famille, ou l’Afrique où là c’est 1 hectare. On fauche, et on prend cette machine, qui a un réservoir de graines, on en a même des plus sophistiquées avec 2 réservoirs, un pour les graines et l’autre pour l’azote, alors on va mettre 15 unités d’azote / ha, on plante dans la végétation, ils l’ont appelée « tico-tico » puisque lorsque vous mettez la graine, la machine fait ce bruit. Vous avez la machine tirée au cheval qui fait 2 rangées d’un coup, puis vous avez les machines rotatives pour les

maraîchers, avec des roues avec des trous de différentes tailles en fonction des graines que vous mettez, là le principe c’est de semer des trèfles Trifolium subterraneum, une légumineuse, on la tond très raz, on prend la roue et on sème directement les radis, les plantes dans la couverture de la légumineuse.

Nutrition du sol et des plantes

Lorsque vous arrêtez de tout enfouir et que vous redonnez à manger aux animaux et aux microbes, les microbes ils fabriquent le « moins », ils fabriquent ce qu’on appelle les anions, nitrate, sulfate, phosphate, et vous allez renourrir vos plantes.

Ça ce sont des modèles où très vite vous tombez à 1 unité (1 kg) d’azote par quintal de blé, quand vous relancez bien la vie de votre sol, vous n’avez plus besoin d’autant d’engrais. Plus le sol est mort, plus il lui faut d’engrais, plus il est vivant, moins vous en consommez.

Alors, rapidement, on va regarder comment la plante se nourrit dans un sol. On va vieux comprendre pourquoi il faut arrêter de détruire la vie des sols.

La plante se nourrit dans deux milieux.

Elle se nourrit d’abord et avant tout dans l’atmosphère. Dans l’atmosphère la plante va prendre sa quantité, la qualité c’est le sol qui va la donner. C’est pour ça que le hors sol ne donne pas de qualité. Pourquoi une tomate hors-sol n’est pas bonne ? Pourquoi une fraise hors sol n’est pas bonne ? C’est qu’elle n’est pas en contact avec le sol, donc elle n’a que sa photosynthèse qui fait du sucre, elle n’a aucun goût. La qualité d’un produit c’est le sol qui la donne, la quantité c’est l’atmosphère.

Dans l’atmosphère la plante prélève 94 % de sa matière sèche. Donc vous voyez c’est l’énorme majorité, l’estomac de la plante c’est sa feuille.

Elle n’y prélève pourtant que trois atomes : le carbone, l’oxygène, et l’hydrogène. C’est tout ce qu’elle prélève, par la photosynthèse, elle ouvre ses stomates.

Alors le carbone et l’oxygène qui font chacun 44 % du poids sec des plantes, elle va le capter sous forme de gaz carbonique (dioxyde de carbone), en ce moment les agriculteurs sont très gagnants avec le réchauffement terrestre, parce que l’humanité

dégage beaucoup de gaz carbonique dans l’atmosphère, et les rendements ont augmenté d’un peu plus de 7 % grâce à la pollution atmosphérique. Donc les agriculteurs sont plutôt gagnants de cette pollution de l’atmosphère au gaz carbonique, car ça fait de la photosynthèse.

Et on a montré par exemple que si les agriculteurs arrêtaient de labourer, sur la planète, on diminuerait de 40 % le dégagement de gaz carbonique planétaire. Puisqu’avec le semis direct vous remontez le taux d’humus dans le sol, vous stockez le carbone… Pour vous donner une idée, un labour dégage 1 t de gaz carbonique à l’hectare, un semis direct stocke 4 t de gaz carbonique à l’hectare (vous augmentez votre taux de matière organique de 0,3 % par an.). Vous stockez le gaz carbonique puisque sans arrêt vous fabriquez de la biomasse, et cette biomasse vous la laissez se transformer en humus sur le sol.

On a calculé que si tous les agriculteurs arrivaient à se décompacter le crâne, arrivaient à quitter leurs charrues et à acheter des petits tracteurs, on diminue de 40 % le dégagement de gaz carbonique. C’est ENORME, ce ne sont pas des petits chiffres, vous avez un milliard huit cent millions d’hectares de terres cultivées, si vous stockez 4 t de gaz carbonique par hectare, ça vous fait quand même 7 milliards de tonnes de gaz carbonique fixé, l’humanité en dégage 6,5 milliard de tonnes, donc ça change tout. Le problème c’est qu’il faut comprendre, ce n’est pas seulement par la forêt qu’on va arrêter le gaz carbonique, c’est ARRÊTER LES SOL NUS !

Le jour où on interdira le feu, on interdira les gens du brûler les mauvaises herbes, de brûler le bois, à une époque la France brûlait 13 millions de tonnes de paille à l’hectare par an, dans les années 80. Bon maintenant ça y est, c’est calmé, on voit plus de gars brûler leur pailles. Donc la suppression du feu déjà, mais même dans les jardins privés, y’a des gens qui brûlent leur mauvaises herbes, ça c’est le geste primitif, archaïque de l’homme primitif, il faut arrêter de brûler. La matière organique c’est de l’or pour le sol. Il faut arrêter de brûler, il faut la transformer en humus. Il faut la laisser à la surface du sol quand vous tondez votre gazon vous laissez le gazon au pied de vos rosiers vous n’aurez pas à les désherber, et vous allez renourrir votre sol. Là c’est une règle de base : ne jamais brûler de matière organique.

Ce gaz carbonique, il est transformé tout de suite en sucres par les plantes. Donc si vous avez des plantes qui travaillent toute l’année, vous allez fixer beaucoup plus de gaz carbonique, vous allez lutter très efficacement contre le réchauffement terrestre.

Ce gaz carbonique va être transformé, dans la feuille, au cours d’une réaction qu’on appelle la photosynthèse, en sucres (C 6 H 12 O 6 ). L’hydrogène (H) vient de l’eau de pluie, l’eau de pluie va être transformée lors de la réaction de photosynthèse en hydrogène qui va rentrer dans les sucres. Donc la photosynthèse c’est quoi ? C’est gaz carbonique + eau donne (l’eau va se décomposer en oxygène et en hydrogène qui va dans les sucres) oxygène + sucres.

Quand le citadin va manger le pain, il va dégager du gaz carbonique par ses poumons, il va uriner, ça va repartir dans les nuages, ça va retomber dans les champs, le vent va souffler sur les villes, le gaz carbonique va repartir dans les champs, et c’est repartit… Ça c’est un cycle qui peut durer pendant des millions d’années, il ne se passera rien, puisque ça va revenir automatiquement, c’est 94 % du poids sec des plantes y revient simplement par la météo. Donc il faut arrêter ce mensonge agricole qui dure depuis 50 ans de faire croire aux gens que s’il n’y avait pas d’engrais, on mourrait de faim, c’est un énorme mensonge.

Les forêts tropicales ont une productivité énorme, elles n’ont jamais reçu un engrais de leur vie, elles continuent toujours de faire des arbres de 90 m de haut, depuis des millions d’années, le plus vieux modèle qu’on connait c’est Bornéo 150 millions d’années, 9 mètres d’eau de pluviométrie annuelle, les arbres font 80 m de haut personne n’a jamais mis d’engrais sur Bornéo.

Bornéo fonctionne toujours. Il faut arrêter de dire que sans engrais on crèverait de faim, c’est faux. Relancez la vie des sols, vous nourrirez l’humanité.

Alors le sol lui par contre il ne fournit « rien », seulement 6 % de la matière sèche. Mais attention, l’atmosphère ne fournit que 3 atomes, carbone, oxygène, hydrogène.

C’est 28 atomes qui vont être prélevés dans le sol et qui vont rentrer dans les plantes. Et c’est ça qui va donner toute la qualité, c’est ça qui va donner les goûts. Tous les parfums, tous les arômes qu’il y a dans les plantes, que ce soit dans le vin, que ce soit dans n’importe quel fruit. Alors l’argument des gens c’est « mais non, le sol ne peut pas donner le goût puisque les arômes sont des produits carbonés, et que le carbone vient de l’atmosphère ».

Mais ils oublient une chose, les gens qui ne connaissent pas bien la physiologie, c’est qu’un arôme, pour être synthétisé, dans tous les organismes vivants, toutes les molécules sont synthétisées par des protéines qu’on appelle des enzymes. Toutes les réactions biochimiques du monde vivant sont synthétisées par des enzymes. Or les enzymes c’est quoi ? Les enzymes sont des protéines, qui contiennent un

cofacteur, c’est-à-dire un oligo-élément (qui vient du sol), qui lui permettre de faire cette réaction.

Le nitrogénase qui fixe l’azote est une enzyme qui contient du molybdène. L’enzyme qui fait la photosynthèse, la chlorophylle, est une enzyme qui contient du magnésium. Toutes les enzymes respiratoires, qui nous permettent de respirer, utilisent le fer comme cofacteur.

C’est-à-dire que tous les enzymes qui vont servir à la synthèse des arômes ont besoin d’oligo-éléments. Plus il y’aura de vie dans votre sol, plus votre plante aura d’oligo- éléments, plus elle sera parfumé, plus elle aura de goût. C’est pour ça qu’une tomate hors-sol n’a strictement aucun goût, elle a une couleur de tomate, elle a une allure de tomate, quand vous la mangez, le goût 0, tout simplement par ce qu’il n’y a pas de vie autour de ses racines, c’est un milieu mort, un milieu inerte, et donc aucun arôme n’est synthétisé. Vous avez juste de la photosynthèse (sucres) et gorgé d’eau en plus.

Alors comment fait la plante pour se nourrir dans le sol ? Eh bien, elle a un mécanisme assez particulier, la plante se nourrit en solution dans l’eau du sol. C’est-à-dire que dans le sol y’a de l’eau, et elle va prélever, dans l’eau, tout ce dont elle a besoin : le potassium etc. qui a une charge positive, et elle va prendre aussi des charges négatives, le nitrate, le phosphate

Alors comment fait-elle ce prélèvement ?

Il y a une loi en physique –je vais faire un petit peu d’équilibre chimique- qui dit que de part et d’autre d’une membrane vivante, ça doit être la même la concentration, ce qu’on appelle la loi osmotique. Donc normalement la plante devrait avoir la même concentration que le sol, même concentration en nitrate, même concentration en phosphate etc., et la vie ne peut pas accepter ça, parce que le sol est très pauvre en nitrate, et si la plante avait la même concentration en nitrate que l’eau du sol, elle mourrait

Donc les plantes vont inventer un système remarquable, et vous utilisez le même système, tous les êtres vivants font pareil : ils vont se battre contre cette loi osmotique, cette loi de concentration, qu’on appelle la force de concentration, la force osmotique. Ils vont créer une force électrique (ce qu’on appelle l’absorption active).

Alors comment elle fait la plante ?

C’est très astucieux : elle va envoyer dans ses racines du sucre, parce que du sucre elle en a plein avec sa photosynthèse, elle a juste à montrer ses feuilles au soleil… un blé c’est 5m² de contact avec le soleil avec ses feuilles, en racines c’est 1000 m² de contact avec le sol. Vous voyez la différence qu’il y a : avec 5m² elle fait 94 % de sa matière sèche, et avec 1000 m² de contact avec le sol, elle ne fait que 6 %.

Et là elle va envoyer du sucre, elle en a autant qu’elle veut, elle l’envoie aux racines, et là ce sucre quand il va arriver, il va être transformé, par les lois biochimiques, en une molécule qu’on appelle l’adénosine-triphosphate, l’ATP, qui est la grande molécule énergétique de tout le monde vivant. Avec cette molécule énergétique, elle va faire tourner des pompes autour de ses membranes, et ces pompes, qu’est-ce qu’elles vont faire ? Elles vont tirer vers elles tous les cations : la potasse, l’hydrogène… tout ce qui est positif.

Tout ce qui positif, on l’a vu, c’est dans quoi ? C’est dans le complexe argilo-humique, donc le complexe argilo-humique, si vous en avez un bon, eh bien il est bourré de potasse, d’hydrogène, etc. Lui il est en équilibre osmotique avec l’eau du sol, et comme la plante va faire tourner ses pompes, elle va prendre tous les cations qu’il y a dans l’eau du sol, et puis le complexe va continuer à en relâcher (en vertu de la loi osmotique).

Une fois qu’elle est devenue une petite pile positive, elle attend que les microbes ils fassent du « moins », du nitrate, du sulfate, du phosphate, et aussi tous les chélates… C’est-à-dire que si on regarde les réactions que font les microbes, eh bien leur travail c’est de fabriquer du « moins ». Comme la racine, grâce à ses sucres, et à son complexe argilo-humique, s’est chargé positivement, elle attend que les microbes fabriquent du moins. Les microbes vont transformer l’ammonium qui est positif en nitrate qui est négatif, le soufre en sulfate deux fois négatif, le phosphore en phosphate trois fois négatif, et tous les oligo-éléments, les microbes vont les chélater, c’est-à-dire qu’il vont les attacher avec des acides organiques que eux synthétisent, qui ont des charges négatives. Par exemple fer, il va le transformer en citrate de fer, en succinate de fer, donc la plante n’a plus qu’à attendre que les microbes travaillent pour elle, et elle pompe.

Donc vous voyez que c’est un mécanisme qui est très différent. Alors vous constatez d’ailleurs que les microbes, pour fabriquer des éléments assimilables par les plantes, qu’est-ce qu’ils font ? Ils fixent de l’oxygène, voyez pour l’azote, ils ont fixé 3 atomes d’oxygène sur l’atome d’azote (NO 3 ) 4 atomes d’oxygène sur le soufre (SO 4 ) et sur le phosphore (PO 4 ), deux atomes d’oxygène par oligo-élément.

Pour que les microbes puissent fixer de l’oxygène, il faut que le sol soit comment ? Aéré. Qui fait l’aération ? La faune.

Donc vous vous arrivez, vous mettez vos pesticides, vous tuez la faune, vous faite détruire votre matière organique, plus de nitrate, plus de phosphate fabriqué, alors vous appelez la coopérative « tient il me faut tant d’unité nitrate, de sulfate etc. » et les marchand d’engrais y rigolent. En plus comme vous n’avez plus de complexe argilo-humique, ils vont aussi vous vendre de la potasse.

Alors ce qui est amusant c’est de se poser la question : pourquoi, sur les 28 éléments dont a besoin la plante, pourquoi on vous vend que NPK ? C’est quand même marrant ! Pourquoi on ne vous vend pas les 28 ? Eh bien ils ne sont pas fous les marchands d’engrais, ça a été compris, analysé dès la fin du XIX e siècle : « Il faut absolument qu’on file aux agriculteurs des éléments qui leur font croire qu’il y a de la production. » Et on va leur en vendre trois : N.P.K.

Pourquoi ?

Vous n’avez plus de complexe argilo-humique, au lieu que la plante soit obligée de tirer le potassium du complexe, vous en balancez plein de la potasse dans l’eau du sol, vous allez provoquer ce qu’on appelle de la consommation de luxe : la plante face à un excès de potasse dans l’eau du sol, elle va en pomper massivement. Comme vous lui avez filé plein de phosphore, elle a fait trop d’ATP, donc elle fait tourner ses pompes encore plus vite, et elle fait de la consommation de luxe, vous avez une petite bombe électrique positive. Maintenant vous allez balancer du nitrate, le nitrate, manque de chance, ce n’est pas un atome comme le potassium, c’est une molécule, et ça va saliniser la plante. Donc votre plante est salée, elle est remplie de nitrate, elle a un sel à l’intérieur, elle n’a qu’une seule façon de ne pas mourir : c’est de prendre de l’eau. Et zwouf ! ça se gonfle d’eau ! Alors c’est spectaculaire à l’œil, sauf que c’est plein de flotte

C’est-à-dire que votre blé, au lieu de faire comme autrefois, d’être séché à l’air, bah faut le sécher dans des silos. Le problème c’est que quand vous séchez du blé dans des silos, ou du maïs, bah on ne peut plus faire de pain avec. Alors il faut faire venir des blés de force, il faut mélange, bref toute une tambouille à faire… la France, l’Europe, n’est plus capable de faire un maïs consommable par l’homme. Quand vous faites sécher les maïs dans les silos, vous essayez de faire des corn-flakes avec, ça tient pas, ils tombent en miettes dans les sacs, donc les clients n’en veulent pas. Tout le maïs que nos gamins bouffent au petit déjeuner, il vient d’Argentine et du Canada. Ce qui est quand même un comble ! Donc on pollue notre environnement, on pollue

nos nappes phréatiques pour faire du maïs qui n’est pas transformable en corn-flakes parce qu’il est de trop mauvaise qualité, parce qu’il est bourré d’azote, de potasse et d’eau…

Vous voyez la notion de turgescence : vous vendez de l’eau au prix du maïs, au prix de la carotte… Ce qui n’est quand même pas logique.

Comme les plantes sont pleines d’eau, elles sont malades, comme elles sont malades elles émettent des odeurs particulières qui attirent les insectes, on leur balance des pesticides, ces pesticides ont la propriété de les perturber complètement le métabolisme de synthèse des protéines et du sucre, qui rend les plantes encore plus malades, elles sentent encore plus fort pour les insectes qui viennent encore plus les détruire… et c’est la course, c’est l’enfer, c’est-à-dire que vous rentrez dans un cercle infernal, vous dépensez de plus en plus d’argent, puis vos produits comme ils ne sont pas de bonne qualité, votre prix d’achat on ne peut pas dire qu’il monte…

Donc si vous voulez revenir vers une agriculture de qualité il faut respecter ces lois du sol, c’est avec ça qu’on fait de la bonne qualité.

C’est très spectaculaire, je travaille avec les vignerons, c’est impressionnant de voir, dès qu’on relance l’activité biologique dans une vigne, de voir comment les vins se transforment.

D’abord, il est capable à nouveau de vieillir, une des caractéristiques des vins fait avec les engrais chimiques c’est qu’ils ne vieillissent plus, ouvrez des bouteilles des années 70-80 elles sont déjà mortes, ouvrez des bouteilles des années 40, elles sont superbes. C’est-à-dire que tous les vins ne vieillissent plus, parce qu’ils sont bourrés d’engrais chimiques, ils tiennent plus. Dès que vous relancez la vie du sol, les vins changent, c’est très spectaculaire. Pareil pour les fruits, pareil pour les légumes, le problème c’est qu’effectivement vous allez produire moins, puisque vous allez mettre moins d’eau, donc comme les agriculteurs sont payés au poids, ils continuent à courir après la notion de poids. Sauf qu’ils font de la mauvaise qualité.

Alors ça va assez vite quand vous arrêtez de mettre des artificiels, évitons aussi tout ce qui est engrais toxiques, ne mettez pas des engrais qui tuent la vie de votre sol :

- Jamais de chlorure dans un sol, le chlore est un poison violent : un grain de chlorure de potasse tue une grenouille, vous lui collez un grain de chlorure de potasse sur le dos et elle est morte. Alors je vous dis pas quand vous en mettez sur les vers de terres, vous flinguez tout. Jamais de chlorure, très toxique le chlorure.

- Jamais de chaux. Jamais de chaux calcique, jamais de chaux magnésienne :

poison violent. La chaux est un excellent désinfectant pour les étables : si vous voulez garder les murs d’étables propres, passez-les à la chaux, ne mettez jamais de chaux dans un sol, c’est comme si vous le passez au lance flamme.

Par contre vous pouvez utiliser les engrais qui ne sont pas toxiques : les engrais utilisés par les hommes depuis très longtemps :

- nitrate de potasse, nitrate de soude. Le fameux guano du Chili utilisé par les Incas. En plus gros intérêt c’est que quand vous mettez du chlorure vous voyez c’est KCl, le chlore tue, et il ne sert à rien aux plantes, les plantes n’utilisent pas le chlore. Sur 100 kg de chlorure y’a 50 kg de chlore, 50 kg de potasse, donc vous traînez 50 kg de poison avec votre tracteur qui ne servent à rien. L’avantage du KNO 3 (Guano du Chili), c’est que c’est 100 % utilisé : la potasse sera utilisée, le nitrate aussi. Ou le nitrate de sodium, puisque les plantes utilisent le sodium comme la potasse, vous serez utilisés à 100 %.

- Vous pouvez utiliser les sulfates, pareil, c’est utilisé à 100% : sulfate de potasse, qu’on appelle le patenkali, ou le sulfate de magnésie, qu’on appelle la kiesérite

- Et puis les carbonates, si vous avez besoin de calcium ou de magnésium :

utilisez de la craie, la craie c’est pas toxique, c’est une roche broyée, c’est à pH 8, euh la chaux c’est pH 12 ! ça c’est un poison hein. Dans les épidémies de pestes on mettait une couche de cadavre, une couche de chaux etc. jamais ça dans les sols. Ça, la craie, vous pouvez le mettre, c’est une roche naturelle. La dolomie, si vous manquez de magnésie, pareil, c’est une roche, aucun danger, tous les organismes vivants sont habitués au caillou. Le caillou ça fait partie de la vie, et ça leur sert de source de nourriture.

Donc si vous mettez des engrais, surtout ne mettez pas des engrais qui empoisonnent la vie de votre sol.

Alors, les résultats vont vite : là c’est la courbe de l’activité biologique du sol avec le premier agriculteur que j’ai réussi à faire passer au semis direct, qui est à Mont Louis, près de Tour. Je l’ai d’abord fait passer au TCS puis après au semis direct, donc il a commencé au TCS en 1992, il est passé au semis direct en 2000, on a gardé une parcelle divisée en 2. Il y a une parcelle qu’il continue de garder en labour, vous voyez l’activité biologique du sol labouré c’est quasi l’électro-encéphalogramme plat, le sol est mort. C’est des rendements à 80 quintaux de blé à l’hectare, là en labour il lui faut

200 unités d’azote pour lui faire ses 80 qx, et en semis direct regardez comment l’activité biologique est en train de monter années après années, il est plus qu’à 110 unités. Et puis j’espère bien l’amener à 90 unités d’ici 5 ans. Petit à petit on avance, mais l’activité repart, c’est extraordinaire, et son sol n’a plus rien à voir. Il faisait du maïs irrigué, il n’irrigue plus. Y’a plus besoin d’irriguer, puisque ses racines plongent, donc il est dans la nappe phréatique, ici la nappe de la Loire, il se rend compte qu’il n’a plus à traîner des tuyaux, pendant que les copains se réveillent la nuit pour aller changer les tuyaux d’irrigation, lui il reste tranquille dans son lit. C’est quand même plus agréable de ne pas avoir à traîner des tuyaux d’irrigation, simplement parce qu’il a un bon enracinement, et que donc ses plantes se passent d’arrosage.

Et les rendements ?

Il a les même que ses voisins. Il est toujours à 80 qx il n’a jamais baissé, lui la seule chose qu’il voit c’est qu’il consomme beaucoup moins d’argent, c’est-à-dire qu’il a un revenu hectare qui est le jour et la nuit.

Et ses voisins n’ont pas compris ?

Ah, non. C’est ce que je vous ai dit, vous êtes face à un problème sociologique, un problème culturel, vous savez les agriculteurs, y’en a qui commencent à calculer, mais la plupart sont encore dans des réactions passionnelles avec le sol, « un beau labour », ils ont l’impression d’exister en défonçant la terre, « ah que c’est beau cette terre qui se retourne », ça leur fait plaisir, c’est un plaisir culturel, ça n’a rien n’a voir avec de la science, ça n’a rien à voir avec de la production agricole, c’est un plaisir culturel donc là vous heurtez une tradition pluri-millénaire. Donc il faut changer les mentalités.

Pourquoi le semis direct ? Pourquoi y’a 110 millions d’hectares de semis direct dans le nouveau monde et y’en a pas chez nous ? Parce que dans le nouveau monde les gars, les argentins, les Brésiliens, ils sont arrivés avec les techniques d’Europe dans des milieux qui n’ont rien à voir. Vous êtes dans des milieux extrêmement difficiles, pour vous donner une idée, au Brésil, quand vous êtes dans le Mato Grosso, sur le front Amazonien, quand la saison des pluies arrive, premier jour vous prenez 150 mm d’eau, le lendemain 50 mm, le troisième jour 100 mm d’eau, vous avez labouré, je peux vous dire que la terre vous en perdez 3000 tonnes à l’hectare en 3 jours. Et vous ne pouvez pas rentrer dans votre champs puisque ce sont des sols à 90 % d’argile, donc vous attendez, vous vous dites « pourvu qu’il ne repleuve pas », et puis manque de pot il se remet à pleuvoir, et cette année vous ne produisez pas.

Tandis qu’en semis direct, quand vous êtes dans 3 m de végétation, c’est bon. Les gars au début ils ont essayé d’utiliser les vieilles techniques, et ça a été le fiasco. Donc les agronomes on dit : « ce sont des sols incultivables ».

Je me souviens quand j’ai commencé à travailler avec la banque mondiale sur le bassin amazonien, je travaillais avec des agronomes américains, ils disaient « ça ce sont des sols de merde y’a rien qui pousse dessus», je lui dis « t’es vraiment con, je vais t’apprendre un mouvement de ton cou qui est de lever la tête : t’as vu les arbres ils font 60 m de haut, comment tu peux m’expliquer ? » « euh, ouais mais ça a rien n’a voir, c’est de la nature sauvage ! », « nan je lui dis- t’arrêtes ces conneries, ton modèle il est nul, t’as un modèle à chier dans la tête, il faut que tu arrêtes de dire que ce sont des sol nuls, ce sont des sols qui font pousser des plantes magnifiques, donc c’est toi qui est pas bon, arrêtes de d’accuser la forêt Amazonienne »

La forêt Amazonienne a un fonctionnement très astucieux : y’a pas de matière organique dans les sols tropicaux. Et pour cause : si jamais la nature avait laissé la matière organique, on minéralise 60 % de la matière organique de l’année dans les milieux tropicaux, tellement il fait chaud et humide. Donc qu’est-ce qu’elle a fait la nature ? C’est très simple, elle n’a pas fait comme chez nous, chez nous comme il fait froid en hiver, qu’est-ce que fait la nature ? Elle laisse tomber les feuilles (et les radicelles) des arbres. Pourquoi ? Parce que comme il fait froid, la nature arrête de travailler, le sol se met au repos, les microbes ne minéralisent plus, les champignons ne travaillent plus, tout le monde se met au repos. Bah les arbres ils ont rien à manger, donc ils font tomber les feuilles (et les radicelles), ils sont pas fous. Ils vont pas s’amuser à avoir de l’évapotranspiration alors qu’il gèle, et si il fallait qu’ils fassent sortir de l’eau par leurs feuilles, ils exploseraient, ils mourraient, et puis ils ne vont pas s’amuser à nourrir des alors qu’il n’y a plus personne qui bosse en dessous. Donc ils se mettent au repos. En pays tropical c’est pas ça, comme il pleut et qu’il fait chaud toute l’année, toute l’année les arbres ont des feuilles (et leurs radicelles), donc toute l’année, dès qu’une feuille tombe, qu’est-ce qui se passe ? Y’a immédiatement les animaux qui la prennent, qui la mange, les termites, là ce sont les termites qui bossent, et hop ça repart dans l’arbre. Donc quand il pleut, bah il n’y a rien à lessiver. Quand vous faites une étude sur une forêt équatoriale, 95 % du carbone est dans la forêt, 5 % dans le sol, faites une étude dans une forêt Européenne : la moitié du carbone est dans le sol, la moitié dans la forêt.

Des modèles qui n’ont rien à voir. Les types sont arrivés avec leurs modèles Européens, ils ont voulu plaquer ça, ils ne font que des conneries. Donc les agronomes, jusque dans les années 90, disaient : en pays tropical on ne peut faire

que du café, que de la plante pérenne. Café, chocolat… Non ! C’était eux qui ne savaient pas réfléchir.

Le problème de l’homme c’est qu’il arrive dans les milieux, au lieu de les étudier, et puis de faire une vraie approche scientifique ; car c’est quoi la démarche scientifique ? La démarche scientifique c’est : j’observe, à partir de cette observation - ça c’est la méthode scientifique décrite par Claude Bernard, on ne va pas la réinventer, y’a des gens qui ont déjà très bien réfléchit à ce qu’était la science- j’observe, à partir de cette observation je me dit « tient, ce modèle-là, si c’est ça qui se passe, c’est peut- être ce mécanisme-là », j’émet une hypothèse, et ensuite je rentre au laboratoire et je fais une expérience pour confirmer ou pour infirmer cette hypothèse.

Ce n’est pas du tout ce que font les agronomes, les agronomes ne sont pas des scientifiques, c’est des gens qui arrivent dans un milieu, ils ne l’étudient pas, ils cassent tout, foutent le feu à la forêt, ils mettent tout sous forme minérale. Alors je vous dis pas quand avez minéralisé, ils brûlent en moyenne 200 t de matière organique à l’hectare quand ils foutent le feu à la forêt amazonienne, ils coupent tous les grands arbres et les retirent, ils laissent le feuillage, ils foutent le feu : 200 t de gaz carbonique qui se dégage à l’hectare. C’est-à-dire qu’à l’heure actuelle le brûlis des forêts équatoriales génère autant de gaz carbonique que l’industrie humaine. Juste le feu des forêts équatoriales. Ils mettent tout sous forme minérale, il pleut, tout est lessivé, et il disent : « tu vois y’a rien qui pousse ». Evidemment ! toute la richesse qui était dans la forêt, ils l’ont envoyée dans la rivière… Donc ce sont des gens qui n’ont pas de démarche scientifique.

Moi quand j’arrive dans une région pour aider et pour bosser avec des paysans, je pars dans la forêt pendant plusieurs jours, pour essayer de comprendre comment marche le système local. Ce n’est pas moi qui vais l’inventer, c’est le modèle qui existe depuis des millions d’années, et c’est à partir de ce modèle-là qu’on va développer un modèle qui s’adapte. Si vous arrivez dans la savane, c’est un modèle complètement différent, là il y a beaucoup de matière organique, ce n’est pas la même faune, donc il faut que je développe des itinéraires qui fassent fonctionner les termites. Bon en plus les termites sont très intéressantes puisque ce sont des animaux qui indiquent le fonctionnement du sol rien que par les espèces qu’il y a dedans.

L’homme ne veut plus observer, on a plus que des gars qui sont dans les labos, qui font des modèles sur informatique totalement délirants, type ogm quoi, les mecs ils croient qu’avec les ogm ils vont nourrir l’humanité, mais c’est du n’importe quoi. On voit vraiment que ce sont des types qui veulent faire du pognon sur le dos des

agriculteurs, mais ce ne sont pas des types qui étudient les modèles vivants tels qu’ils existent.

Moi ça m’a amusé quand les généticiens ont étudié l’adn de l’être humain –donc on a dépensé énormément de pognon pour étudier tout l’adn de l’être l’humain, et on s’est rendu compte que nous avons deux fois moins de gènes que l’orge, enfin que les plantes d’une façon générale. Alors les hommes, vachement vexés, parce qu’ils étaient persuadés que comme ils étaient les êtres les plus évolués du monde, ils avaient l’adn le plus grand de la planète : non, deux fois plus court que les plantes, alors les gars ils comprennent pas. Moi j’émets une hypothèse toute bête : pourquoi les plantes ont deux fois plus d’adn que nous ? La grande différence qu’il y a entre la plante et nous, c’est quoi ? C’est que quand le climat change, la plante elle ne peut pas se barrer. Tandis que nous, si le climat change, on migre. Les oiseaux, quand il fait trop froid, ils migrent. En ce moment on voit des cigognes qui ne migrent plus parce qu’il commence à faire doux, eh bien elles restent tranquilles. La plante ne peut pas faire ça. Je pense que cet adn que les généticiens appelle « junk adn », « l’adn de merde », qui sert à rien, je crois que c’est complètement faux. Cet adn, c’est l’histoire de cette plante. C’est-à-dire que si les conditions varient un peu, elle va utiliser cette partie de l’adn pour résister, et que si les plantes ont des adn plus abondants, c’est simplement parce qu’elles ont accumulé dans leur adn des histoires météorologiques qui changent. Tout le monde le dit : « les années se suivent et ne se ressemblent pas ». Bah les plantes elles se sont adapté à cette histoire. Donc au lieu de dire que c’est de l’adn de merde qui ne sert à rien, ils feraient mieux de se dire « bon là apparemment y’a un truc qu’on a pas compris, faudrait peut-être qu’on sache pourquoi les plantes ont un adn si grand. » Moi mon hypothèse c’est que ce sont des adaptations à des situations environnementales qui changent contre leur volonté et auxquelles elles ne peuvent pas échapper.

Mais ce n’est pas avec les ogm que vous nourrirez l’humanité, ce n’est pas en fabriquant des chimères qui en plus ont des problèmes de fragilité et qui bouleversent toute la microflore du sol autour de leurs racines, on a plus du tout les même microbes autour des racines. Une fois que vous avez mis l’ogm vous contaminez tout le monde, donc ça veut dire plus de liberté. Les ogm c’est la fin de la démocratie, c’est-à-dire que si un gars a envie d’être en bio, ou s’il veut être en biodynamie, bah il ne pourra pas, alors vous pouvez être contre la biodynamie, vous pouvez être contre l’agriculture biologique, m’enfin déjà on est dans une démocratie, la base d’une démocratie c’est le choix : à partir du moment où tout est contaminé, bah c’est fini, il n’y a plus de démocratie puisqu’il n’y a plus de choix.

Je pense que c’est beaucoup plus intéressant d’utiliser la biodiversité que nous avons, il y a un nombre de plantes incroyable sur cette planète, par exemple là en ce moment on travaille avec les eupater (Eupatorium) dans les milieux secs tropicaux. Les Eupatorium sont des plantes qui captent l’eau atmosphérique, ce sont des plantes qui arrivent à vous apporter 2 m d’eau par an dans un sol, on se rend compte que sur des sols secs où on ne pouvait rien faire pousser, on fait pousser des eupatoires, ce qui revient à irriguer le sol. C’est quand même peut-être plus intéressant que d’essayer de tirer des tuyaux, de désaliniser de l’eau de mer avec de l’énergie nucléaire, bon je veux dire qu’il y a sur cette planète des solutions extraordinaires parce qu’on a une richesse biologique.

Prenez l’Afrique par exemple, elle a plus d’ongulés, de ruminants, que toute la planète réunie, et ces espèces sont toutes en voie de disparition. Je travaille sur le Sahel, vous avez au Sahel trois espèces d’antilopes qui ne boivent jamais. Quand vous êtes au Sahel, vous avez des gars qui font 40 km à pied par jour avec le bétail pour les emmener à un point d’eau, c’est-à-dire que la bête elle broute le matin et elle maigrit tout ce qu’elle a bouffé pendant le matin pour aller au point d’eau parce qu’elle a 30 bornes à faire à pied. Et vous avez des antilopes qui boivent pas qui sont toutes en voie de disparition.

Mais ce serai pas plus intelligent, plutôt que d’amener de la Holstein, moi j’ai vu des programmes Europe, financés par la CE, de Holstein au Congo qui faisait 2 L de lait par jour, programme très intelligent, est-ce qu’on n’aurait pas plutôt intérêt à utiliser les antilopes locales, parce que vous savez qu’on n’arrive pas à faire d’élevage sous les tropiques en Afrique à cause des maladies locales, donc on arrive à faire de l’élevage que sur la zone Sahélienne, la zone Nord. Parce que nos vaches ne résistent pas aux parasites locaux. Les buffles se portent à merveille, le buffle est le plus gros bovin du monde, il est deux fois plus lourd à l’état sauvage que l’auroch, on ne l’élève pas. Aucun programme génétique d’amélioration du buffle. Il n’y a aucune antilope africaine qui bénéficie d’un programme génétique d’amélioration.

Pourquoi ?

Comme si les agriculteurs n’avaient plus d’imagination. Comme si les agriculteurs ne domestiquent plus rien, comme s’ils étaient stériles quoi, ou qu’il y avait une espèce de stérilisation de la pensée. Alors qu’on a des capacités en génétique d’innovation extraordinaire. On a devant nous un éventail fabuleux, on a l’impression que l’humanité veut se suicider, veut absolument aller à la catastrophe pour voir ce que ça donne, je crois que l’humanité veut voir ce que ça donne quand ça va péter, parce que quand ça va péter ça va faire mal. Les estimations à l’heure actuelle au rythme de

disparition des sols c’est 4 milliards de morts pour les années 2050, donc ça va faire du bruit quand ça va tomber. Quand une civilisation tombe, c’est 80 % de la population qui meure. Quand la civilisation romaine s’est écroulée, 80 % des romains on disparut. Donc on sait que nous quand ça va casser, c’est 80 % de l’humanité qui va dégager, parce que pour la première fois ça être une situation planétaire qui va se casser la gueule.

Mais nous avons les solutions devant, c’est à nous de les prendre. Ou on ne les prend pas, on reste dans les conneries de type ogm, on continue avec nos engrais chimiques, on continue à délirer, ou on se dit « bon, la nature a un fonctionnement qui marche, qui est durable, qui est pérenne, est-ce qu’on ne peut pas s’inspirer de ces modèles-là et de travailler avec ? ». Bon mais ça je dirai, bon bah c’est une prise de conscience, je pense qu’on a la même prise de conscience à faire avec notre environnement qu’il y a eu à faire à l’époque romaine où les gens s’amusaient à faire mourir des gens dans les cirques, et où les premiers chrétiens ont commencé à leur expliquer que la vie humaine devait être respectée… « Quoi tu veux qu’elle soit respectée, aller toi aussi t’ira aux lions, crac ! » ça a démarré comme ça les premiers chrétiens ! « Ah bon tu dis que tu veux respecter l’être humain, boum ! Aux lions ! ». Et puis petit à petit, ça y est, maintenant je dirai que même les tyrans, bon Pinochet a pu mourir dans son lit, mais il se sent quand même un peu coupable… Je veux dire que tous les êtres humains savent que la vie humaine est sacrée.

Il va falloir maintenant qu’on respecte l’environnement, et qu’on comprenne que les plantes et les animaux sont sur terre, qu’ils ont leur rôle à jouer comme nous, et qu’on a pas à arriver en cassant tout. Bon mais ça, ça va être une mentalité (inédite), et ça bouge hein, moi je m’occupe d’environnement depuis 30 ans, je vois les choses bouger. Je me souviens dans les années 60 les gars en région parisienne le dimanche, ils prenaient la voiture, on vidangeait la voiture dans les forêts de fontainebleau, on reculait la bagnole dans la rivière, on la shampouinait pour qu’elle soit toute belle, bon ce sont des gestes qu’on ne voit plus. Donc on voit quand même que maintenant y’a un espèce de respect, les gens ne font plus ce genre de geste, c’était courant dans les années 60. Donc petit à petit les mentalités évolue, mais il falloir que les choses s’accélèrent dans la prise de conscience de l’environnement parce que ça va pas bien hein ! ça ne va pas bien la planète, moi qui la suis depuis un moment, là l’autre fois j’étais allé dans l’Himalaya, ça faisait 25 ans que je n’y avait pas été, je voulais montrer à mon épouse les grandes forêts de rhododendrons etc., il n’y avait plus un seul arbre ! Mais tout était nettoyé hein, avec des collines entières qui dégoulinent, des villages que j’avais connu prospères et tous les gens mangeait, c’est la famine. Donc la pauvre planète elle souffre, bon maintenant est-ce que les

hommes comprendront que détruire notre environnement c’est nous détruire nous- même…

Mais il y a énormément de solutions, c’est qui est rageant quoi, c’est de se dire qu’on

a les solutions à condition d’observer simplement.

Vous êtes optimiste alors ?

Oui je suis optimiste ! Bah sinon je ne serai pas là en train de vous parler, je serai en train de dire « bon bah de toute façon c’est foutu, on va attendre que ça casse ». Je pense qu’il faut essayer de faire prendre conscience. Mais les choses bougent, vous savez, y’a 15 ans quand je faisais des conférences comme ça la moitié des gens se barraient en disant « chui pô v’nu là pour entend’ ces conneries ». Donc là personne n’est parti, donc ça montre quand même que ça bouge. C’est-à-dire que quand je présentais les techniques de semis direct comme ça y’a 15 ans, je peux vous dire que

là j’en entendais, les gens me traitaient de fou à lier quoi. Maintenant vous savez petit

à petit, le CIRAD s’en occupe, voilà ça y est les choses bougent, mais c’est long… C’est

long, mais y’a des gens un peu partout dans le monde, des gars comme W. Jackson qui font un boulot extra, y’a de plus en plus de gens qui prennent conscience qu’on peut quand même innover en agriculture, ne pas rester dans cette pensée unique dans laquelle on est bloqué depuis 50 ans, qui est que « il faut faire disparaître les agriculteurs d’Europe, c’est une notion politique indispensable », on peut quand même avoir une autre vision, peut être garder de l’activité économique dans nos campagnes et peut-être avoir une agriculture qui ne soit pas uniquement mortifère,

mais qui au contraire qui gère la vie et qui nourrit les hommes.

Mais ça, ça demande un vrai bouleversement de la pensée, il faut changer la génétique, il faut changer la façon d’utiliser les pesticides, faut changer la façon de travailler le sol, faut changer, donc il faut tout revoir, donc c’est un vrai bouleversement, c’est ce que j’appelle moi la nouvelle « évolution verte ». On a fait une révolution, c’est-à-dire qu’on a tout cassé, on l’a appelée la révolution verte, on fait 10 millions d’hectares de désert par an, ce n’est pas d’une révolution dont on a besoin, c’est d’une évolution. On a besoin d’une évolution verte, c’est comme ça qu’on s’en sortira, surtout pas de révolution, quand on voit le dégât qu’a fait la révolution verte, non merci. Il faut une évolution, il faut évoluer, mais c’est long.

Une question : la terra-preta, vous pouvez nous en parler ?

Au Brésil oui, ça ce sont des découvertes, oui, ce sont des croyances, on croyait que ces gens-là sont des êtres primitifs, vous savez, on pense toujours que, moi je suis désolé quand je vois les grottes de Lascaux je trouve que c’est beaucoup beaucoup plus beau que les graffitis que les gars font dans le métro à Paris, je trouve que les gars de Lascaux étaient à un niveau d’évolution bien plus grand que les gars qui font les graffitis dans le métro, mais les amazoniens ne sont pas du tout débiles. Ils ont développé des techniques, bon vous savez qu’on vous parle d’agriculture intensive, mais nous ne sommes pas dans une agriculture intensive, nous sommes dans une agriculture productiviste, faut pas confondre. Les agricultures traditionnelles produisent beaucoup plus productives au mètre carré que l’agriculture actuelle. Pour vous donner une idée, dans un pays comme Bali, 0 engrais, absolument 0 engrais, on fait 120 quintaux de riz à l’hectare, uniquement avec l’équilibre paysan (en trois récoltes). Pourquoi ? Parce que le paysan a développé des techniques très élaborées, car plus il est descendu vers le Sud, plus il est tombé sur une grande biodiversité et des climats extrêmement violents, avec des fortes saisons des pluies etc. plus il a développé une agriculture d’association.

Par exemple si vous comparez le champ de maïs américain avec le champ de maïs du paysan mexicain, le paysan mexicain produit trois fois plus que l’américain sur une même surface, parce que qu’est-ce qu’il fait le paysan mexicain ? Il prend son maïs, au pied de son maïs il a mis un haricot, et entre les rangs il a planté une courge. Dans le même champ il fait du maïs, alors vous allez me dire « oui mais il fait que 40 quintaux / ha c’est pas beaucoup », mais il fait 40 qx de maïs, à ça il fait 20 qx de haricots et puis il rajoute 300 qx de courges. Euh le champ de maïs américain il est battu. Mais attention, ça, ça se récolte tout à la main, parce qu’on n’a pas de machine qui sait en même temps moissonner le maïs, le haricot et la courge. Donc c’est une agriculture qui n’est pas productive par individu, c’est une agriculture qui demande beaucoup de main d’œuvre, mais qui produit énormément au mètre carré.

Nous par contre nous avons une agriculture productiviste, c’est-à-dire que chaque agriculteur est capable, par exemple aux Etats Unis, dans le nouveau monde, un agriculteur cultive 500 hectares tout seul, mais sa production au mètre carré est beaucoup plus faible. C’est-à-dire que quand on raconte que (seule l’agriculture actuelle peut nourrir l’humanité, c’est du n’importe quoi). Bon moi je travaille dans un pays comme le Vietnam, le gouvernement vietnamien ne veut surtout pas de mécanisation de son agriculture, parce qu’ils sont 80 millions d’habitants sur un peu moins que la moitié de la France, ils nourrissent 1500 habitants au kilomètre carré en milieu cultivé, donc sur des toutes petites surfaces, et eux il leur faut beaucoup de la main d’œuvre au mètre carré.

Parce que dès qu’ils ont fini un riz, alors c’est étonnant à voir, ce sont des systèmes paysans, ils ont des haies avec des légumineuses, alors ils ramassent le riz, le riz c’est un épi lâche donc y’a plein de petits grains qui tombent par terre, on ne peut pas ramasser des épis comme on faisait en Europe, en Europe on faisait passer les glaneuses qui ramassaient les épis tombés. Là vous ne pouvez pas, ce sont des grains qui tombent, alors on passe des troupeaux de canards, vous avez un gamin qui arrive avec un grand bambou avec un chiffon blanc, il amène 500 canards, tous les canards se mettent en ligne dans le champ, ils nettoient tout, ils recompostent derrière, donc y’a de l’apport de matière organique, ensuite ils taille les feuilles de légumineuse dans les haies, ils ont des haies d’acacias, ils mettent les feuilles dans le champs et y recommence, on replante à nouveau. Et ils n’arrêtent pas, donc ils sont très productifs au mètre carré, mais ils ne sont pas productifs par surface cultivée par être humain.

Donc il faut faire attention l’agriculture intensive, elle n’est pas intensive notre agriculture, elle très intensive en intrants, elle consomme entre 10 et jusqu’à 36 calories fossile pour faire une calorie alimentaire, mais elle n’est pas intensive en travail du milieu biologique lui-même, elle est intensive en énergie fossile à l’intérieur et en machines, mais au mètre carré elle produit très peu.

Si on voulait vraiment nourrir les hommes, il faudrait le système vietnamien ou mexicain etc. ça ce sont des modèles qui nourrissent très bien les hommes sur des petites surfaces, mais je ne vois pas les français retourner à ce genre d’agriculture… C’est une agriculture qui demande beaucoup de travail humain, donc nous ce qu’on cherche c’est quand même une meilleure productivité par individu.

S’il vous plaît ? Moi je suis agriculteur à la retraite et je voudrais vous faire part de mes interrogations de par mon vécu, je me rappelle que dans les années 60 je sortais de l’école d’agriculture, et c’était le début de l’utilisation des engrais, j’avais à côté de chez un agriculteur qui ne mettait pas d’engrais, qui labourait avec son cheval, il passait son dimanche après-midi à gratter les chiendents, vous savez ce que c’est… Parce qu’il n’y avait pas de moyens,

Oui c’est ce que je vous ai dit, désherbage épouvantable.

Oui il ne faut pas les détruire. Et du fait qu’il ne mettait pas d’engrais chimiques, il n’avait aucune production, et ses sols s’étaient complètement dégradés, bon il était dans des terrains sableux. Et je me rappelle très bien à cette époque puisqu’on moissonnait avec des moissonneuses lieuses dont le mécanisme était entraîné par une roue en fer, la roue en fer n’arrivait plus à tourner dans ses sols. Nous par contre on a

commencé à mettre à peu près 60 unités d’azote sur le blé, et on produisait 60 quintaux à l’hectare,

Vous étiez encore à 1 unité d’azote par quintal.

Oui, c’est vrai qu’aujourd’hui c’est plus possible.

Non vous n’y arrivez plus, vous êtes obligés de mettre 3 unités pour faire 1 quintal.

Non, on ne faisait pas ça parce que c’est vrai que chez nous y’a beaucoup de fumier, donc y’a sans doute des résidus, donc on est nettement inférieur, mais bon…

Alors, là vous parlez des sols ruinés en Europe, parce que les sols ils ne sont pas tout neufs hein, vous n’êtes pas dans l’Oregon, vous n’êtes pas dans les sols neufs du Brésil, y’en a qui sont conquis sur la forêt qui eux ont d’extrêmement peu d’engrais pour produire, vous êtes sur des sols qui sont cultivés depuis 5000 ans, donc ils sont « épuisés ». Si vous prenez par exemple la Champagne, la Champagne a été autrefois extrêmement riche, croyez pas qu’on a construit la cathédrale de Reims sur le tas de craie que vous voyez maintenant. A l’époque y’avait 1 m 50 à 2 m de terre, le duché de Reims était un des plus riches de France, moi j’habite le plateau de Langres en Bourgogne, Langres était le premier évêché de France. Maintenant il ne reste plus que 10 cm de terre sur le caillou, et la région s’est vidée. Moi mon village il faisait 3000 habitants au Moyen-Âge, y’en a plus que 300. Ce sont des régions qui se sont vidées.

Donc quand vous avez un sol qui a été ruiné par l’homme, c’est le cas de la Champagne pouilleuse qui a été ramenée jusqu’à la craie, et qu’est-ce qu’ils avaient ? des moutons.

Et puis les Bretons ils ont crevé de faim, alors qu’on sait qu’à l’époque celtique, car y’a des études qui ont été faites au niveau archéologique, ils produisaient 35 quintaux de blé à l’hectare, ils sont tombés à 5 quintaux au Moyen-Âge. Donc ça a été la famine, ce sont des régions qui ont été dévastées par la famine.

Quand vous avez un sol qui est ruiné, c’est le cas de l’essentiel de l’Europe, on a des techniques pour relancer (la vie du sol), nous on travaille sur des milieux qui ont été récemment détruits par l’homme, c’est-à-dire les milieux Sahéliens et dans les pays tropicaux, quand vous ruinez un sol il devient ce qu’on appelle de la latérite. C’est-à- dire qu’il devient dur comme du métal, et il faut un marteau piqueur pour le mettre en valeur, donc ce sont des sols qui sont abandonnés à l’heure actuelle. Et on les

refait mettre en valeur par des petits paysans locaux, qu’est-ce qu’on fait ? Eh bien on remet tout simplement du bois.

Parce que c’est la base de tout. Y’a un moment, il faut que vous relanciez le mécanisme biologique, si vous ne redémarrez pas le mécanisme biologique, c’est-à- dire si vous ne mettez pas du bois, autrefois les anciens comment ils ont entretenu les sols pendant la renaissance ? Après l’empire romain, les rendements se sont cassé la figure, on est descendu donc à 7 quintaux au Moyen-Âge, et puis on va rester comme ça jusqu’au XVII ième , et puis au XVII ième , vous avez tous appris cette phrase à l’école « labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France », l’Europe va inventer la haie, ils le savent pas mais ça va avoir des conséquences énormes, pourquoi la haie ? Parce qu’on va se mettre à parquer du bétail, on fait rentrer la pâture, alors qu’avant on était uniquement en vaine pâture, avec des bêtes qui étaient tenues à la corde le long des chemins et dans les forêts domaniales, dans les forêts du seigneur. Donc on fait rentrer l’animal, l’animal apporte du fumier, et lentement les rendements remontent, on va terminer à 18 qx / ha début 1900. Donc y’a une restauration lente des sols.

Bon maintenant on a arraché toute les haies, on a tout cassé, mais la haie avait un rôle fondamental, c’est que les anciens ils taillaient la haie, ils prenaient les bois de taille et ils les mettaient sous les bêtes, y’a une partie qui allait pour chauffer la cheminée, puis une partie qui allait sous les bêtes, et quand ils remettaient ça sur le sol, ils relançaient tous les champignons, et ces champignons sont à la base de la pyramide alimentaire du sol, donc vous relancez la faune, vous allez remonter à nouveau vos éléments nutritifs. Vous enrichissez les sols, mais c’est impressionnant, en travaillant en Afrique, au Sénégal, prenez de la terre qui je vous dis est du métal, vous mettez une couche, alors là on y va franco, plus le sol est ruiné, plus on met épais, on met 8 cm de bois taillé dans les haies par les paysans, qu’on broie en morceau de 5-6 cm, en 2 ans il n’y a plus la moindre latérite, le sol est totalement grumeleux, et vous recommencez vos cultures.

Mais quand un sol a été ruiné, vous ne pouvez pas faire autrement que de remettre du bois, la France avait 3 millions de kilomètres de haies, on a tout arraché, donc maintenant on manque de bois raméal, ce qu’on appelle le bois de taille, mais en vigne ils les brûlent, c’est complètement idiot, il faut garder les bois au pied des vignes.

Quand vous avez un sol qui est tombé à 1,4% de matière organique, donc comme vous le décrivez un sol sableux qui n’a plus de complexe argilo humique et qui est épuisé par des années d’agriculture, il faut relancer la bécane biologique et là y’a pas

d’autre technique que d’apporter de l’humus, une source d’humus, c’est-à-dire de la lignine.

C’est pour ça que la base de l’équilibre agricole, c’est l’équilibre sylvo-agro-pastoral. La forêt au centre de la fertilité du terroir, la forêt doit être localisée au bord des rivières pour les protéger contre l’érosion, dans toutes les pentes trop fortes, les thalwegs, les sommets de collines… La forêt doit prendre la place dans toutes les zones fragiles du paysage, les zones érosives, et son bois doit être utilisé pour fertiliser les champs, la pâture, en rotation avec les champs, parce que sous pâture il y a un retour de la matière organique (animale) parce que les bêtes sont là, elles broutent, et vous repartez dans l’équilibre sylvo-agro-pastoral.

Alors que nous ne sommes plus du tout dedans, nous avons fait une spécialisation, il

y a des régions qui ne font que de la céréale, y’a des sols en Beauce qui n’ont pas vu 1 gramme de fumier depuis 40 ans et puis les Bretons qui crèvent sous le lisier de porc et qui savent plus quoi en foutre. C’est-à-dire qu’on a complètement déséquilibré notre système, il faut revenir à l’équilibre sylvo-agro-pastoral.

C’est aberrant que l’ONF soit dirigée par des polytechniciens et non pas par des agros, il faudrait que tout ce qui est culture forestière soit enseignée aux agriculteurs au même titre que la céréale et la pâture, parce que ça fait partie du paysage indispensable d’une agriculture durable. Vous ne pouvez pas faire d’agriculture durable sans les arbres. C’est impossible par ce que ce sont eux qui sont à la base de tout le fonctionnement biologique du sol.

Il faut absolument retirer l’ONF aux polytechniciens qui sont des fous furieux, qui

n’ont rien compris à la dimension biologique de l’arbre, il faut absolument leur retirer la forêt, ce sont des malades mentaux, ils raisonnent mètres cube, je vais brûler ça

dans des chaudières… Ce sont des gars qui n’ont rien compris, la forêt pour eux c’est du pétrole. Ils confondent une matière morte avec une matière vivante, ils ne savent pas faire la distinction entre le vivant et le mort. Ce sont des gens dangereux. Il faut retirer la forêt aux polytechniciens, il faut la redonner à des gens qui comprennent que c’est la base de la vie.

Mais remettez des haies dans vos champs, vous allez voir c’est spectaculaire. Alors évidemment le problème c’est qu’avec nos machines on croit que ça gêne, mais le remembrement qu’on a fait a été un remembrement absolument pas réfléchi : à partir du moment où vous avez des machines, dans un pays comme l’Europe, vous passez 30 % de votre temps à faire des demi-tours, par ce que vous avez des parcelles qui ne sont pas adaptées aux mécanismes. Si vous voulez avoir des parcelles

adaptées à votre mécanisme, il faut que vos parcelles suivent le paysage (les courbes de niveau), c’est-à-dire que normalement dans une colline, un agriculteur devrait avoir un tour de colline, un autre agriculteur un autre tour de colline, etc. De telle sorte que quand vous partez avec votre tracteur, vous longez des haies donc vous faites toujours votre tour, jamais de demi-tour, et vous sortez de votre parcelle. Ça, ça aurait été un remembrement intelligent, un remembrement en fonction du paysage, ça aurait permis de remettre des haies sans qu’elles vous gênent puisque vous seriez toujours en train de travailler parallèle à des haies. Ensuite vous avec des machines maintenant que vous tirez avec votre tracteur, qui vous broie et vous envoie directement les déchets de taille dans les champs, donc ce n’est pas un boulot énorme, vous faites ça en été juste après la moisson, vous remettez du bois, et vous ressemer avec le semis direct tout de suite.

On aurait pu repenser le paysage à partir du moment où il y avait des machines, or on a continué à faire des parcelles carrées complètement en dehors des courbes de niveau et du paysage, c’est du n’importe quoi, et du coup on a arraché trop de haies.

Il faut concevoir les champs les plus faciles à travailler, qui ont le maximum de longueur de haies par hectare. Puisque 1 km de haie c’est 30 t de bois de taille tous les ans. 30 t ! Donc vous imaginez on a coupé 3 millions de km de haies, qui produisaient 90 millions de tonnes de bois tous les ans qu’on aurait pu mettre sur nos 30 millions d’hectares, c’est-à-dire 3 t / ha, ça change tout.

Mais ils étaient brûlés à l’époque.

A l’époque on brûlait, eh oui parce qu’on ne connaissait pas tous ces mécanismes. Il n’y avait toujours pas d’observation du mécanisme biologique. Mais imaginez qu’on refasse un paysage en courbe de niveau avec les haies, et la haie ne devient plus un obstacle, remettre des haies le long de toutes les routes, pas des arbres parce que les voitures n’aiment pas les arbres, taillez ces haies, mais vous avez une source de fertilité extraordinaire.

Mais ça demande de remettre l’arbre en position (au centre) dans l’agriculture. En plus la haie sert d’ombrage aux bêtes, les bêtes adorent brouter les feuillages d’arbres, donc en plus dans l’équilibre sylvo-pastoral elle a vraiment sa place. (Les éleveurs viennent chougner en période sécheresse parce qu’ils n’ont pas de fourrage, alors qu’avec des haies fourragères, et même des arbres au milieu des champs, il ne peut pas y avoir de trou fourrager).

Voyez c’est une repensée complète de la notion de paysage. D’ailleurs autrefois on ne disait pas « un agriculteur », on disait « un paysan », un homme qui fait le pays.

Alors maintenant ce sont des exploitants agricoles, c’est-à-dire qu’on les mets dans le secteur primaire, ça a été une catastrophe :

A la sortie de la guerre on a modifié l’équilibre économique du pays, autrefois vous aviez le secteur primaire qui était les mines, la pêche, puisque la pêche à l’époque c’était de la simple exploitation, y’avait pas de gestion, et on gère toujours très mal les poissons, ils diminuent à toute allure, le charbonnage etc. les mines tout ça c’était dans le secteur primaire. Vous aviez ensuite le secteur secondaire qui comportait l’agriculture et l’industrie, c’est-à-dire des gens qui exploitait un capital, on parlait d’ailleurs de gestionnaire : on cultivait son sol en « bon père de famille ». C’est-à-dire que le paysan c’était un homme qui faisait le pays, il le gérait son pays, puis on a dit maintenant, non toi maintenant t’es un exploitant agricole, c’est-à-dire que maintenant l’agriculture elle est dans le secteur primaire. Elle exploite, et puis après moi le déluge, quand j’aurai ruiné mes sol, quand je n’aurai plus de capital, parce que c’est ce qui se passe, l’agriculture mondiale se décapitalise, et apporte de plus en plus d’énergie, d’engrais chimiques, du monde industriel, du secteur secondaire, et les secteurs primaires, je suis désolé mais ils s’appauvrissent. Quand vous exploitez une mine, quand y’a plus de charbon, bah y’a plus qu’à partir… Et puis quand y’a plus de sol, bah les paysans ils s’en vont, on en a perdu déjà 92 %.

Le monde agricole n’a pas à être mis dans le secteur primaire, c’est le secteur secondaire : j’ai un capital fondamental qui doit nourrir des générations, qui doit être durable, qui est le capital sol, on ne fait pas du capitalisme en agriculture (moderne), on ruine le capital, c’est le pire des capitalismes qui existe. Le bon capitalisme en agriculture c’est celui normalement qui doit rendre un sol plus fertile que celui qu’il a reçu de son père, de laisser à son fils un sol plus fertile. En ce moment c’est l’inverse. En ce moment il lui laisse un sol plus pauvre. C’est de la décapitalisation. Vous vous êtes fait avoir hein, vous vous êtes fait avoir en beauté par les industriels ! Ils vous ont roulés dans farine, chiquosse…

Le bois raméal fragmenté doit être utilisé frais ?

Ah oui.

Tout de suite donc.

Dès qu’il tombe. Comme dans la forêt, dès qu’il tombe au sol.

Et est-ce que cette technique-là peut s’appliquer dans des jardins ?

Bien sûr. Enfin si vous avez une haie. Alors évidemment si vous vous êtes fabriqué un blockhaus végétal avec des thuyas, là vous allez tuer tout. Attention, les résineux tuent les sols. Les résineux sont des plantes qui à l’état sauvage, vivent dans ce qu’on appelle la grande forêt, la taïga, et le sommet des montagnes, d’accord ? Et les forêts de résineux sont là dans des milieux où il pleut très peu, moins de 400 mm d’eau par an, et surtout, il gèle très fort, c’est pour ça qu’ils ont une résine. Parce qu’ils n’ont pas de sève liquide, sinon ils exploseraient, quand il fait -30°, avec une sève liquide vous explosez. Donc ces arbres se sont adaptés à des conditions de grand gel.

Autrefois, y’a longtemps, à l’époque dite du Carbonifère, les premières plantes qui sont apparues ont été les fougères (sous forme arborescente), les prêles (arborescentes aussi, mais ces formes-là se sont éteintes) et les conifères, les gymnospermes. Ces plantes sont toxiques. Elles sont toutes toxiques. Il n’y avait aucun ver de terre à l’époque des grands dinosaures, aucun. Il n’y avait pas de faune du sol. La matière organique tombait sur le sol et ne se décomposait pas, c’est pour ça que nous avons du charbon et du pétrole. C’étaient des terres qui ne circulaient pas, comme il n’y avait pas de faune c’étaient des sols marécageux, c’est-à-dire qu’il faisait chaud et humide, la flotte qui tombait sur le sol (stagnait) –c’étaient des sols qui n’étaient pas aérés par la faune- c’étaient des marécages, tout pataugeait, et les arbres, au fur et à mesure qu’ils tombaient, ils s’accumulaient les uns sur les autres ça y faisait de la tourbe. La planète était couverte de tourbières à cette époque, ce sont les immenses réserves de charbon et de pétrole que nous attaquons.

A la fin du Crétacé, on pense, c’est une hypothèse, on le sait pas, mais il semble bien qu’une météorite soit tombée sur terre (catastrophe du Crétacé/Tertiaire), elle a très certainement pas fait ce qu’on nous raconte, c’est-à-dire -30° pendant 3 ans, parce que sinon, les tortues et les crocodiles qui sont bien plus vieux que les dinosaures ne seraient pas arrivés jusqu’à nous. Mais cette météorite a très certainement provoqué une mutation, elle a fait une mutation fondamentale qui va bouleverser la vie sur la planète : c’est l’apparition des feuillus, qu’on appelle les angiospermes. Ces arbres vont avoir deux propriétés remarquables :

- Premièrement, le vent, la planète était en train de se refroidir, le vent apparaît, les conifères qui se reproduisent uniquement par le pollen qui tombe sur les cônes femelle vont être obligés de changer de technique, parce qu’il y a des espèces qui ont disparue simplement parce que le vent emmenait le pollen et il ne tombait jamais sur les cônes. Ils vont donc être obligés de changer, ils vont se réfugier dans les zones froides, où il y a moins de vent, il fait tout le temps froid, où là ils peuvent féconder leur cônes comme ça. Et les

angiospermes ils s’associent avec les insectes, c’est la grande idée des angiospermes : le vent apparaît sur Terre, ils vont donc utiliser les insectes pour se faire féconder. C’est-à-dire que l’insecte va leur transporter le pollen de fleur en fleur, ça c’est l’idée géniale des angiospermes. Les premiers ont été les magnoliales qui vont apparaître au Crétacé.

Et ensuite : elles ne sont pas toxiques. Et elles vont s’associer avec un nouveau groupe d’organismes, les animaux du sol, les collemboles, les acariens, à qui elles vont donner à manger. Et les vers de terre apparaissent à la fin du Crétacé, et on à ce moment-là les sols se drainer. C’est-à-dire que ce ne sont plus des marécages, la terre devient saine. Elle devient agréable, elle devient aérée. L’eau circule à l’intérieur du sol.

Ça va être le bouleversement que nous connaissons à l’heure actuelle. Donc surtout pas de conifères, les conifères eux devant le succès fabuleux des angiospermes qui eux améliorent le sol au lieu de les détruire, ils ont été éliminé, ou ils ont survécu comme l’if ou comme le pin sylvestre, isolés dans des forêts de feuillus, et le gros des conifères s’est réfugié dans les zones très froides où les autres ne pouvaient pas les atteindre.

Et alors là il n’y a aucun ver de terre dans la taïga. Quand vous faites un profil dans la taïga, toutes les aiguilles sont toutes parallèles les unes aux autres, et arrivé à un moment elles sont attaquées par des microbes, qui arrivent à les décomposer, mais vous voyez que rien n’a bougé, parce qu’il n’y a pas une bestiole, alors que dans la forêt de feuillus, tout est bougé constamment par de la faune.

Donc si vous avez mis un blockhaus végétal autour de votre pavillon avec des thuyas, vous ne pourrez pas faire de bois raméal, parce que ce sont des plantes toxiques. Mais si vous avez eu l’astuce de prendre les plantes de votre région, par exemple quand avec mon épouse on a acheté une maison en bourgogne, on a repéré les 22 espèces d’arbres, on a mis les 22 espèces d’arbres dans la haie autour de la maison, on a planté 550, enfin semés 550 arbres, et qui nous servent de source de bois raméal pour le jardin potager, pour les rosiers, pour tout. Et on utilise strictement rien, on a une production, alors que c’étaient des sols quand on est arrivé y’avait rien qui poussait dessus puisqu’on a 10 cm de sol après c’est le caillou. Tous les voisins

arrosent leurs patates, moi je n’arrose rien du tout. Je pose mes patates sur le sol et je leur mets 30 cm de paille et puis c’est tout j’attends qu’elles sortent, je n’ai pas à désherber, puis quand je veux des pommes de terre je soulève la paille, je prends les patates et elle m’en refabrique. Le voisin lui il bute, il se casse les reins, il est là toute la journée, il a plein de doryphores, moi je n’ai pas de doryphores. Ça ce sont les paysans boliviens qui m’ont appris cette technique.

Je veux dire on s’embête beaucoup vous savez, l’homme a absolument à travailler, depuis la Bible il pense qu’il doit en chier sur la planète avec la terre, donc il lui en veut à mort à cette terre, puisqu’il est là tout le temps à se casser les reins, à biner, à se débarrasser des mauvaises herbes…

Moi en automne en ce moment mon jardin il est totalement couvert de céréales, y’a un mélange avoine-orge-vesce, et puis je vais attendre que l’épi commence à se faire, tous les matins je vais couper pour voir quand est-ce que les épis arrivent, quand ils vont arriver je vais passer ma tondeuse et puis je vais planter tranquille au travers, mon sol je n’y touche jamais. Jamais. D’abord je commence à être âgé donc j’ai mal au dos, j’ai pas envie de m’embêter, et ça m’embête totalement, c’est tellement plus simple de lancer ses patates sur le sol, de les recouvrir de paille plutôt que de s’embêter à buter, à s’énerver,

Vous ne mettez rien dedans ?

Rien ! Mais vous avez besoin de rien, avec le bois raméal vous apportez tellement à manger à votre plante que…

Non, c’est-à-dire que vous posez vos pommes de terre sur le sol (sol recouvert de brf) et vous recouvrez de paille ?

C’est tout. Elles sont posées directement sur le sol.

Mais il faut que ce soit un sol qui soit fertile

Ah, vivant, évidemment. Moi ça fait 30 ans que j’ai pas jeté une épluchure, que j’ai pas jeté tout ce qui est organique, bon soit ça va aux pigeons, enfin ce qu’ils veulent bien manger, tout le reste c’est tout composté. Je n’ai pas sorti un seul élément de mon sol depuis 30 ans. Donc c’est le cycle permanent.

Et les arbres ne cessent de grandir donc chaque année j’ai un peu plus bois raméal, donc le sol est un peu plus fertile… Alors qu’au début j’en ai bavé, c’était pas drôle.

Et je n’arrose pas puisque comme j’ai épandu du brf…

Bon ça c’est encore un processus : vous avez trois règnes sur terre, le règne des champignons, le règne des végétaux, le règne des animaux.

Les champignons sont les seuls organismes au monde qui possèdent des aquasporines dans toutes les cellules de leur organisme, et les aquasporines permettent la rétention d’eau. C’est pour ça que les sols forestiers sont humides. Les champignons sont les grands régulateurs de l’humidité du sol. Donc dès que vous avez remis des champignons…

Je ne sais pas si vous avez remarqué, tous les sols à l’heure actuelle ils se mouillent très vite et ils se sèchent très vite. Tous les agriculteurs qui travaillent depuis longtemps vous le diront : les sols ne se comportent absolument plus comme avant. Avant il pleuvait, ils gardaient la fraîcheur pendant un moment, maintenant ils se mouillent, ils sont gorgés d’eau, et puis tout de suite après ils sont secs, parce qu’il n’y a plus de champignons dedans. On a détruire 90 % des champignons qu’il y avait dans nos sols. Et ce sont eux qui gèrent l’eau. Donc dès que vous remettez des champignons, vous allez voir mais votre sol garde une fraîcheur, en pleine canicule vous avez 12 degrés de moins, j’ai fait des mesures, 12 degrés de moins de montée thermique dans un sol qui contient des champignons par rapport à un sol qui n’en a pas.

Donc votre sol ne chauffe pas, donc les plantes sont pas stressées, pas besoin d’arroser, vous voyez tout ça ce sont des processus naturels.

L’irrigation gaspille 70 % de l’eau douce tout simplement parce que les sols sont morts, mettez-les en vie vous verrez. C’est pas si compliqué que ça.

Donc dans l’ordre des processus à mettre en place, par exemple vous avez un jardin à la sortie de l’hiver où il y a plein d’herbes,

Bah y’a plein d’herbes parce que vous l’avez pas semé en céréales en automne.

Voilà, donc c’est d’abord de semer des céréales,

C’est plus facile à retirer

Pas d’engrais verts ?

Non. Dans un jardin faut toujours penser rotation. Dans un jardin de légumes vous ne cultivez pas de graminées, vous cultivez des légumineuses, des crucifères, des composées, mais pas de graminées. Donc mettez dans votre jardin, en rotation, des graminées. Comme ça vous aurez pas de maladies. Ne remettez pas des crucifères alors qu’il y en a déjà plein dans le jardin. Ne remettez pas des légumineuses etc. vous voyez.

Donc graminées, orge-avoine, idéal, et puis vous tondez et vous semez, avec la roue que je vous ai montrée, ça c’est l’idéal, vous changez la taille du trou en fonction de la graine, ça va de la graine de haricot jusqu’à la graine de radis, et vous roulez dans votre truc tondu. La tonte ça va vite, c’est beaucoup plus reposant que de vous embêter à désherber et à bêcher.

Comment est-ce que vous expliquez l’absence de doryphores dans votre jardin ?

Ah bah tout simplement les pommes de terre sont nourries avec tous les éléments, elles sont en bonne santé.

L’insecte, ce qu’il faut que vous compreniez, c’est que l’insecte c’est le charognard des plantes malades. Vous n’avez des attaques d’insectes que par ce que la plante émet

une odeur comme quoi elle est malade, et dans la nature, un être malade ne doit surtout pas se reproduire, ça c’est une règle, c’est comme ça que la vie s’est maintenue en bon état de santé pendant des millions d’années, c’est qu’elle élimine tout ce qui est malade. Elle ne les laisse pas se reproduire.

Les études génétiques récentes ont montré que lorsqu’un organisme subit des stress alimentaires etc. il transmet ce stress pendant 4 générations. Donc ça veut dire qu’une plante qui est pourrie, pendant 4 générations vous aurez des plantes pourries, moi je le vois très bien : faites une expérience toute simple, achetez des pommes de terre dans le commerce, ce sont des pommes de terre génétiquement, enfin ce ne sont pas des ogm, mais qui sont très mal sélectionnées sur engrais chimique. Vous verrez que ce sont des plantes extrêmement fragiles. Vous allez avoir une grosse perte (la première année). Il va y avoir de l’oïdium, il va y avoir du mildiou, elles vont vraiment mal se porter.

Ne gardez que les tubercules qui ont survécu, ne faites aucun traitement, vous ne gardez que les tubercules qui ont survécus à votre système, ceux-là vous les reproduisez, 3 ans après vous n’aurez plus de maladies sur vos pommes de terre.

Et plus de doryphores non plus ?

Et plus de doryphores. Moi je suis entouré de jardins bourrés de doryphores, ils viennent tous voir chez moi. Alors au début c’était drôle parce que quand ils venaient me voir, ils me voyaient planter des patates, ça les rendait perplexes… bon ils savent que je suis fou donc c’est pas trop grave, mais ce qu’il y a d’amusant c’est que l’autre fois, y’a 3 ans, j’ai vu un gars qui faisait la même chose que moi, je lui dis « ah bon,

qu’est que tu

tu vois mais c’est pour voir quoi ». Donc ils l’adoptent quand même donc c’est marrant. Moi j’y ai dit « tu sais t’as raison de le prendre, ce sont les paysans de Bolivie qui me l’ont appris, ils ne sont pas plus bêtes que les autres hein. » Mais c’est marrant

« Ah non non non ! C’est juste pour voir, mais tes conneries, bon euh,

»

la réaction.

Mais c’est, arrêtez de croire que la nature fonctionne comme ça : que y’a toujours le méchant insecte qui vous attend au virage pour vous flinguer vos plantes, c’est pas comme ça que ça marche. C’est : le malade ne doit pas donner de descendants et doit disparaître, donc c’est à vous d’avoir des plantes qui ne soient pas malades, pour

qu’elles ne soient pas malades, faut qu’elles soient nourries non pas par des engrais chimiques, mais par des haies.

Mais j’ai fait des expériences, faites des expériences toutes bêtes, si vous avez une haie ce sont des choses simples à faire- prenez par exemple une plante qui réagit particulièrement bien c’est l’épine-vinette, si vous avez par exemple 10 pieds d’épine- vinette sur votre terrain, sur 5 pieds vous mettez des NPK, puis sur 5 autres pieds vous mettez rien. Les 5 pieds où vous aurez mis le NPK, les 5, auront le feu bactérien. Vous allez voir, immédiatement elles auront le feu bactérien. Parce qu’elles sont déséquilibrées au niveau du sol. Elles vont devenir toutes noires, c’est une plante qui prend bien le feu bactérien, et vous allez voir, mais les 5 qui n’ont pas eu d’engrais, nickel, pas de maladies.

Mais attention, alternez vos espèces, ne faites pas une haie avec une seule espèce, biodiversité toujours.

Mr Bourguignon, sur un plan purement agronomique, qu’est-ce que vous pensez du compostage des déchets verts avec des boues de station d’épuration ?

Bon alors, il faut composter tout ce qui contient des pathogènes. Tous vos excréments animaux faut les composter, parce que vous avez remarqué qu’une vache ne broute jamais l’herbe qui a poussé sur sa bouse, ce qu’on appelle le refus en pâturage. C’est l’herbe qui est sortie de la bouse de la vache, et la vache elle n’y touche jamais, elle ne se réinfecte pas hein. Je ne vous conseille pas de vider votre fosse septique sur votre jardin potager et d’aller manger vos salades, parce que ça va mal se terminer dans votre famille. Faut jamais se réinfecter.

Donc le compostage il faut le pratiquer pour les animaux, tout de qui est déchet animal doit être monté en température pour être désinfecté, en vigne, si vous taillez des bois de plus d’un an, qui peuvent contenir des maladies, il faut les composter, pour éviter de salir votre champ.

Donc là le compostage il est indispensable. Alors le problème du compostage des boues des villes, c’est que si les boues des villes sont bien triées, ça va, si y’a des déchets industriels dedans avec des métaux lourds, là c’est très embêtant. Donc avant de prendre des déchets d’une ville, il faut que la ville ait fait son tri préalable. Bon les déchetteries se mettent en place, je pense que les choses vont aller en s’améliorant,

mais c’est sûr que les boues des villes, quand vous voyez tous les gens malades qu’il y a, tout ça part aux toilettes, avec toutes les maladies qu’il y a, faites attention quand même. Le parasitisme ce n’est pas inexistant, si vous arrosez massivement votre champ avec des staphylococcus etc.

Ça tue les vers de terre. Le lisier de porc industriel il tue les vers de terre tellement il est riche en pathogènes, en particulier en clostridium. Donc si il tue les vers de terre, je vous dis pas ce qu’il va vous faire à vous, donc, compostez, très important.

Moi j’ai fait des études en Bretagne sur le lisier de porc composté : il ne tue pas les vers de terre, dès qu’il est composté, dès qu’il est monté en température hein, on arrose des tas de pailles avec du lisier de porc, il chauffe, on le met sur le champ, il n’y a plus de mort de vers de terre.

Alors que quand vous le mettez pur, anaérobique, sans épandre de la chaux sur le sol, y’a tous les vers de terre qui sortent du sol et qui crèvent.

Donc vous voyez le même produit peut être bon pour le sol, ou peut le tuer. C’est pour ça, faites attention, le compost réussissez-le bien, faites-le bien fermenter, faites-le bien monter en température, un compost qui pue, qui pue l’anaérobiose et tout, ne le mettez pas sur le sol, il est toxique.

Parce que en France les meilleurs systèmes d’agriculture durable ce sont bien les systèmes de polyculture-élevage, équilibrés, et d’ailleurs ce qu’on peut observer c’est que dans les grandes régions céréalières, la Beauce, la Brie, y’a un siècle, ils avaient 50% de cultures, 50 % d’élevage.

Exactement, on moutonnait les blés en Beauce, au XIXe. Il y avait toujours cette rotation de l’animal et de la culture, et on a tout spécialisé, c’est une catastrophe la spécialisation.

C’est comme dans les vignes, les vignes dans le Beaujolais y’a encore 20 ans y’avait encore des animaux aussi

Oui, les moutons passaient dedans en hiver, les moutons broutaient l’herbe entre les vignes en hiver, on associait.

Les oliviers aussi

Pareil, quand vous allez en Toscane, en Italie, qui a gardé des systèmes assez traditionnels (coltura promiscua), vous verrez dans la même exploitation : de l’olivier, de la vigne, de la céréale, de l’élevage… Tout est dans le même paysage, et les animaux servent à nettoyer les rangs des vignes.

Mais on a cassé tout cet équilibre, alors c’est vrai que c’est un équilibre qui est consommateur de main d’œuvre, mais à mon avis, faire 3 millions de chômeurs en France pour abandonner nos paysages, je ne sais pas si c’est une très très bonne idée politique hein. On aurait peut-être pu laisser un peu plus de gens. Mais pour ça il ne faut pas faire des mauvais blés qu’on paie 10€ du quintal, ça va pas ça. Il faut que le prix du blé soit payé, hein le prix du blé n’a cessé de baisser depuis 50 ans, c’est-à- dire que maintenant les gens, on s’est rendu compte que les français avaient un tel mépris pour leur nourriture qu’ils jettent 400 000 t de pain à la poubelle par an, c’est- à-dire la consommation annuelle du Portugal.

Je ne sais pas si vous voyez, l’état de mépris dans lequel on a mis l’alimentation. L’alimentation ça se jette, c’est impressionnant, de temps en temps quand je vais au restaurant, les gens qui renvoient des assiettes pleines, enfin c’est effrayant, la nourriture c’est vraiment le mépris. On méprise notre nourriture. Alors que c’est le travail humain, y’a quand même un symbole.

Maintenant ce n’est plus (la source de la vie), on bouffe quoi, on ne se nourrit plus. La civilisation c’est quand même l’alimentation, c’est la cuisine, vous voyez, on transcende la nourriture dans une civilisation. L’habillement c’est une transcendance de la nudité, l’architecture c’est une transcendance du climat, bon quand vous commencez à faire des maisons merdiques c’est que quelque part la civilisation s’écroule. Quand on s’habille n’importe comment, quand on se nourrit comme des porcs, c’est que la civilisation elle commence à aller très très très très mal.

Y’a une nouvelle question qui se pose à l’agriculture, on veut nous faire produire des « bio-carburants », les agro-carburants.

En intercalaire, moi ça me gêne pas. Si c’est en intercalaire. Vous ne prendrez que la graine de toute façon vous laisserez la paille hein, ça c’est une règle de base en agriculture, la paille est pour le sol, la graine est pour l’homme, ce n’est pas gênant. La graine elle ne contient que du sucre, que de l’amidon, et de l’huile.

Mais ce sont des composés carbonés, ça vient de l’atmosphère, vous ne videz pas votre sol en vendant de l’huile hein. Mais il faut que ce soit en intercalaire, entre une culture d’orge par exemple, que j’ai moissonnée tôt et avec un semis tardif de blé, ou un maïs par exemple, eh bien vous avez le temps de faire une culture énergétique. Mais il faut être en semis direct.

Oui mais faut prendre en compte le climat, puisque si vous tombez sur des années où on a 300 mm d’eau, en plus très mal répartis, du mois de juillet au mois de septembre, y poussera rien du tout hein, semis direct ou pas.

Ah oui, mais il faut trouver la crucifère qui accepte de pousser dans votre climat,

Y’a aussi le discours qu’on peut avoir sur l’irrigation, faut quand même qu’il soit assez nuancé, par ce que c’est vrai que bon, c’est bien qu’on se pose des questions, mais si l’irrigation est bien gérée, c’est une technique nécessaire sous nos climats et avec les

techniques qu’on a pousser chez nous…

Si vous avez des années avec 300 mm d’eau, vous ne ferez rien

Oui mais vous pouvez travailler avec des mils et des sorghos sucrés que les bêtes adorent, avec lesquels vous faites de l’ensilage.

Non mais je dis pas qu’on a pas des progrès à réaliser,

Ouais des gros progrès à réaliser

Faut trouver par exemple des variétés de maïs qui consomment moins d’eau, sans passer par les ogm je vous l’accorde, je vous dis pas qu’on peut pas trouver des variétés de blé qui consomment moins d’eau aussi, mais l’irrigation elle date pas de ce siècle dernier, elle date du temps des romains hein, c’est pour ça que la polémique arrive sur les arroseurs mais il faut nuancer

Oui mais on a fait disparaître de l’agriculture française tout ce qui était mil, tout ce qui était sorgho, qui avaient été cultivés et améliorés pendant tout le XVIIIe et tout le XIXe, qui avaient été éliminés après-guerre. Dans le Sud-Ouest, on n’irriguait pas avant, à l’époque on n’avait pas d’eau dans le Sud-Ouest, on mettait des sorghos. Et tout ça, ça a été retiré du marché, alors c’est vrai que vous arrivez plus à les vendre.

Faudrait revoir les choses

Il faut laisser les pailles sur le sol et on ne sèche plus le terrain, en plus il se trouve que la paille nourrit les moutons, les moutons passent sur le champ, et on change complètement la dynamique du champ, simplement en touchant un petit facteur :

arrêter de sécher les sols.

Ça nous a amusés car quand on fait faire ça aux agriculteurs tunisiens, ils nous ont dit « vous les français, vous êtes vraiment à l’ouest… Alors nous c’est ce qu’on pratiquait avant, vous avez amené votre école d’ingénieurs agronomes qui nous ont raconté qu’on était des cons et qu’il fallait labourer profondément et puis maintenant vous nous dites ‘nan faut plus labourer, faut faire comme vous faisiez avant’. Vous nous prenez vraiment pour des couillons »

Et les gars ça les a offusqués au début, parce qu’ils disaient « vous avez cassés tous nos systèmes pour nous ramener à ce que nous on faisait depuis toujours !».

Simplement, c’étaient des paysans qui avaient observé, parce que quand vous êtes dans un milieu séchant, faut jamais toucher à la terre, faut jamais la mettre au soleil, et vous garderez de l’eau.

Une autre question sur le compostage. Là je suis dans un secteur où il y a des périmètres de protection d’eau qui sont en train de se mettre en place, et bon moi je

composte sur mon exploitation, et on m’interdit de mettre du compost sur ces périmètres de protection alors que j’ai le droit qu’à ça

Pfff… … …Ça c’est le lobbying des marchands d’engrais,

Non mais c’est un agronome qui a fait une étude, qui a pondu ça quoi

N’importe quoi. Mais c’est comme pour les cultures intercalaires, quand vous faites une culture intercalaire au mois de juillet votre sol il est sec, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de minéralisation, donc vous êtes obligés de mettre de l’azote sinon votre culture intercalaire elle ne pousse pas. Alors, les abrutis qui sont dans les ministères ont dit :

interdit de mettre de l’azote au mois de juillet. Vous ne mettez pas d’azote au mois de juillet, votre interculture elle va faire 10 cm. Donc elle ne servira à rien, elle ne récupérera pas l’azote qui lui est déjà à 40 cm de profondeur voire 50 cm, donc vous avez perdu votre temps, jeté des graines par la fenêtre et ça vous a servi à rien.

Quand vous semez une intercalaire, il faut lui mettre à manger, et vous inquiétez pas, les 30-40 unités d’azote que vous allez manger, vous allez largement les récupérer, et en plus avec cette azote elle va pouvoir allez chercher l’azote qui est plus loin. Et on se retrouve avec des vrais itinéraires qui ne polluent plus. Mais y’a des abrutis dans les ministères qui ont décidé qu’il ne fallait pas mettre d’azote au mois de juillet.

Le problème c’est que pour faire évoluer les choses, il faut que les gars qui sont assis sur le cul dans leurs bureaux viennent un peu sur le terrain regarder ce qu’il se passe.

Faut un peu se mettre à la place des agriculteurs aussi

Non mais ce n’est pas aux agriculteurs que j’en veux, c’est au fait qu’on les a emmenés dans un système qui leur pourrit la vie. C’est pour ça que je vous dis que vous vous êtes fait avoir par le système agro-industriel qui a su vous faire dépenser beaucoup d’argent.

Mais vous pouvez faire une agriculture propre, faut arrêter de dire que l’agriculture pollue, l’agriculture pollue parce qu’on a décidé de la rendre polluante, mais vous

pouvez faire une agriculture productive et non-polluante. Mais pour ça il faut changer les règles, parce que sinon ça marchera jamais : si vous ne mettez pas à manger à votre plante intercalaire, elle ne poussera pas, parce qu’elle n’est pas à une période où il y a minéralisation dans le sol. La minéralisation ça se fait au printemps, ça se fait à l’automne, vous pouvez faire un semis de printemps, un semis d’automne, y’a de la minéralisation pour les nourrir, mais pas un semis au mois de juillet, tout le monde est au repos hein. Les bactéries sont au repos, les champignons sont au repos, y’a pas de minéralisation à ce moment-là.

Quand je fais une courbe d’activité biologique dans le sol y’a la bosse printanière, le creux d’été, y’a la bosse d’automne, et puis le creux en hiver. Donc si vous travaillez en creux d’été, il faut que vous donniez à manger. Mais ce sera récupéré largement parce qu’après la plante elle va profiter de toute la chaleur de l’été pour pousser, elle va descendre ses racines, elle va vous récupérer les engrais, et vous ne polluerez pas.

Au prix où elle est (l’azote) on devrait faire pousser les moutardes. Moi je fais des dérobés, agriculture intercalaire comme vous dites, je vais surtout pas mettre de l’azote au mois de juillet pour les faire pousser. S’il reste de l’azote elles poussent, si il en reste pas trop elles sont un peu moins hautes et puis c’est tout hein.

Ah oui mais le fait qu’elles ne poussent pas ce n’est pas qu’il ne reste pas d’azote, c’est que le climat les empêche de pousser.

Oui mais pour qu’elles poussent il faut aussi qu’il pleuve hein, on n’ira pas les arroser

Ah oui mais attendez, je m’en doute, mais vous êtes en semis direct ou en labour ?

Ah ben avec mes moutardes je gratte sur 8 cm,

Donc vous séchez le sol

Je les sème avec mon semoir à disque, et puis ça fait -

-ce que le climat veut bien. Tandis que quand vous ne grattez pas du tout, vous verrez que vous êtes beaucoup moins dépendant du climat.

Euh vous avez parlé de variétés de maïs qui ne consomment pas beaucoup d’eau

Non j’ai dit des plantes (de la même famille, celle des graminées, or la famille des graminée est vaste…), qu’on appelle les sorghos, les mils, les millets qui ne consomment pas d’eau.

Et pas de variétés maïs, si ?

Ah le maïs c’est une plante tropicale, de milieu humide, qui consomme de l’eau. On essaye à l’heure actuelle de faire pousser d’autres choses, millets etc. Mais le problème c’est que comme l’industrie contrôle totalement le maïs, ils ont tout, ils ont les graines, ils ont les ogm, ils ont tout, donc ils ne veulent pas que le maïs leur échappe. Pourquoi ils ont fait les ogm sur les 5 plantes les plus importantes sur le plan économique ? Y’a quoi en ce moment en ogm ?

Le maïs, qui est présent dans 95 % des aliments que vous consommez ;

le soja, présent dans 85 % des aliments que vous consommez ;

le coton, première culture industrielle du monde ;

le colza, première plante pour l’huile ;

le riz, parce que ça nourrit l’Asie.

Ce sont ces cinq-là qu’ils ont fait, ce n’est pas pour rien, ils ne se sont pas amusés à prendre des cultures type tournesol, qui ne représentent pas grand-chose. Donc à l’heure actuelle ils ont fait du maïs et du soja parce qu’ils contrôlent parfaitement toute la chaîne de transformation, donc ils ont par tellement envie que des

agriculteurs se mettent à faire du sorgho, à faire du millet, parce que ça va leur échapper. C’est pour ça que plus ils peuvent attacher les agriculteurs mieux c’est, parce qu’avec les ogm ils les attachent complètement. Ils leur vendent des semences, ils leur vendent l’herbicide dont la semence se protège, ils tiennent tout le circuit, ils leur disent « vous serez obligés de passer par nos silos », donc l’agriculteur il est pied et poings liés. C’est un système d’enfermement si vous voulez.

Oui mais est-ce qu’il existe des variétés de maïs qui consomment peu d’eau ?

Oui mais je ne vois pas l’intérêt, pourquoi vous voulez absolument mettre du maïs ? C’est une plante toxique, c’est la seule graminée toxique du monde le maïs, donc c’est une plante qui est plutôt embêtante, elle contient des hématoglutinines (substance qui fait s’agglomérer le sang, formant des caillots)… Vous savez que les espagnols quand ils sont arrivés au Mexique, ils ont vu les mexicains, puisqu’ils n’avaient que le maïs donc ils l’ont cultivé, ils les ont vu mettre de la chaux, comme pour les murs, ils mettaient de la chaux dans leurs galettes de maïs. Les espagnols ils ont regardé et ils se sont dit « on est vraiment chez des primates, ils confondent architecture et alimentation ». Et en fait, les Incas, les Mayas, avaient observé que quand on mettait de la chaux, ils le savaient pas mais ils remontaient le pH, ils bloquaient les hématoglutinines et le maïs devient digeste. Les espagnols se sont moqué des mayas, et n’ont pas voulu mettre de chaux, ils sont tombés malades les gars.

Donc c’est une plante qui est toxique, ce n’est pas une très bonne graminée.

On vous a bien eu. Les sorghos sont plus appétant, sont plus sucrés en plus, beaucoup plus digestifs par les animaux et même par l’homme, on fait des meilleurs biscuits avec le sorgho, gustativement parlant, qu’avec le maïs.

Le problème c’est que le maïs a été industrialisé, c’est une réussite extraordinaire au niveau industriel, donc ils tiennent à cette plante mordicus.

Non pas par ses qualités, y’a bien mieux comme graminée, on fait des meilleures croissances au Brésil avec des sorghos qu’avec des maïs, mais c’est tenu par l’industrie, c’est pour ça, c’est tout.

Mais y’a plein d’autres espèces, vous savez, le jour où on se mettra à tout cultiver…

Mais y’a des variétés anciennes de maïs, les variétés population qui ne consomment pas tellement d’eau…

Oui y’en a qui consomment moins d’eau, mais d’une façon globale c’est quand même une plante qui pousse au moment du début de la saison des pluies en milieu tropical, c’est une plante qui a besoin d’eau. Elle a besoin de chaleur et d’eau pour pousser. C’est spectaculaire, quand vous allez dans un pays comme le Mexique, dans sa patrie d’origine, vous allez voir à la vitesse à laquelle pousse un maïs, c’est absolument spectaculaire. Des vitesses, que moi j’ai mesuré au Mexique, des vitesses d’enracinement de 12 cm / jour sur le maïs. Je ne sais pas si vous voyez, 12 cm/ jours !

Le maïs pousse de plusieurs centimètres par jour quand il est chez lui, qu’il est dans son milieu.

Chez nous il a un coup de froid au mois de mai, il devient tout rouge, il souffre, il est pas content, on est obligé de lui mettre du superphosphate en localisé sur la graine, parce qu’à cette époque-là il fait trop froid, les champignons travaillent pas bien donc y’a pas de phosphate, donc il n’est pas dans son milieu.

Alors que le sorgho, qui est une plante de milieu sec, très différent, avec des nuits froides, est beaucoup mieux adapté à notre climat.

Bon bah c’est sûr que les américains avec leur climat tropical au Texas, ils tiennent à leur maïs. Le maïs, vous allez voir au Canada, quand y fait chaud là-bas, il fait vraiment chaud, le maïs il pousse vite.

Pas chez nous, nous on a un climat tempéré, ce n’est pas la plante idéale de pays tempéré. Vous avez des mils, des millets de Chine bien mieux adaptés à notre climat que le maïs. C’est parce que l’industrie a forcé, forcé, forcé pour faire du maïs, mais c’est pas une plante très digeste, ce n’est pas une plante qui donne de la qualité gustative. Alors y’a les canards qui le supportent bien le maïs, et les poulets, eux ils le valorisent mieux. Mais le bétail, ça vous fait pas de la bonne viande le maïs, vous faites de la meilleure viande avec le sorgho. Allez manger de la viande en Argentine ou au Brésil, vous allez voir comment elle est goûteuse la viande, parce qu’elle est nourrie au sorgho, elle n’est pas nourrie au maïs.

Ça dépend de ce que vous voulez faire, si vous voulez faire de la qualité… ça c’est un vrai débat.

Les règles de base :

- Ne pas enfouir la matière organique, l’incorporer en surface ou la laisser en surface.

- ARRÊTER LES SOLS NUS. Tout le temps occuper le sol avec une plante.

- Si vous ne touchez pas à la terre vous n’aurez pas de mauvaises herbes. Dès que vous projetez de la terre et la ramenez en surface, les mauvaises herbes se lèvent.

- Ne pas brûler la matière organique, la laisser se transformer en humus (paille, bois…).

- La paille est pour le sol, la graine pour l’homme.

- Tous les organismes vivants ont leur rôle à jouer.