Sunteți pe pagina 1din 100

Où va

Où va n n n n n n n USA À l’heure du Tea Party SOUDAN
Où va n n n n n n n USA À l’heure du Tea Party SOUDAN

n

n

n

n

n

n

n

USA À l’heure du Tea Party

SOUDAN Le divorce

TUNISIE Une transition chaotique

CAF La lutte des places

ALGÉRIE La jeunesse loin des clichés

CÔTE D’IVOIRE Deux armées face à face

MÉDIAS À l’assaut du monde arabe

ARTS NÈGRES Couacs à Dakar

À l’assaut du monde arabe ARTS NÈGRES Couacs à Dakar le Soudan? n Février 2011 www.afrique-asie.fr

leSoudan?

du monde arabe ARTS NÈGRES Couacs à Dakar le Soudan? n Février 2011 www.afrique-asie.fr Jacques Jacques
du monde arabe ARTS NÈGRES Couacs à Dakar le Soudan? n Février 2011 www.afrique-asie.fr Jacques Jacques

n

du monde arabe ARTS NÈGRES Couacs à Dakar le Soudan? n Février 2011 www.afrique-asie.fr Jacques Jacques
du monde arabe ARTS NÈGRES Couacs à Dakar le Soudan? n Février 2011 www.afrique-asie.fr Jacques Jacques
du monde arabe ARTS NÈGRES Couacs à Dakar le Soudan? n Février 2011 www.afrique-asie.fr Jacques Jacques
du monde arabe ARTS NÈGRES Couacs à Dakar le Soudan? n Février 2011 www.afrique-asie.fr Jacques Jacques

Février 2011

www.afrique-asie.fr

Jacques Jacques Jacques Jacques Jacques Vergès Vergès Vergès Vergès Vergès L’anticolonialiste
Jacques
Jacques
Jacques
Jacques
Jacques
Vergès
Vergès
Vergès
Vergès
Vergès
L’anticolonialiste
L’anticolonialiste
L’anticolonialiste
L’anticolonialiste
L’anticolonialiste

M 03276 - 63 - F: 4,00 E

3:HIKNMH=[UYUUW:?a@a@q@n@a;

Afrique Zone CFA 2 000CFA - Algérie 200 DA - Canada 6,5$ - Comores 3
Afrique Zone CFA 2 000CFA - Algérie 200 DA - Canada 6,5$ - Comores 3 € - Égypte 4 € - États-Unis 6,5$ -
Europe Zone euro 5 € - Ghana 7,00 C - Guinée 3 € - Haïti 5$ - Hongrie 3 € - Kenya 4 € - Liban 6 000 LBP - Madagascar 3 € -
Maroc 25 DH - Mauritanie 4 € - Nouvelle-Calédonie 850 XPF - Roumanie 4 € - Rwanda 4 € - Suisse 7,00 FS - Tunisie 3 DT

Continents

3

DES CHIFFRES…   Bozizé: un score de dictateur? …ET DES MOTS

DES CHIFFRES…

DES CHIFFRES…
 
DES CHIFFRES…   Bozizé: un score de dictateur? …ET DES MOTS

Bozizé: un score de dictateur?

Bozizé: un score de dictateur?
DES CHIFFRES…   Bozizé: un score de dictateur? …ET DES MOTS

…ET DES MOTS

DES CHIFFRES…   Bozizé: un score de dictateur? …ET DES MOTS

7 milliards de dollars,

A près l’élection présidentielle du 21 janvier, les premières estimations, à l’heure où nous mettions sous presse, don-

w

« Ce n’est pas la Banque centrale africaine qui paye les salaires des fonctionnaires. C’est l’argent de la Côte d’Ivoire. La décision de l’UEMOA n’a aucun sens. » n

Laurent Gbagbo.

c’est le coût de la piraterie pour la communauté internationale, selon l’estimation donnée par Jack Lang, chargé par les Nations unies d’une enquête sur ce phénomène au large de la Somalie, où se concentrent 92 % des prises d’otages. Actuellement, 407 otages et

naient quelque 80 % des voix sur le plan national au président sortant, François Bozizé. En eût-il récolté 70 ou même 55 % que la surprise n’en serait pas une, tant ses opposants s’atten- daient à des fraudes massives. « Tout de même, voir arriver l’ancien président Ange-Félix Patassé en deuxième position avec, paraît-il, 6 % des voix et les deux autres candidats, Jean- Jacques Demafouth et Martin Ziguélé, ex æquo à 5 %, c’est incroyable… », confie un fin connaisseur de la politique cen-

w

« Il est très clair que la nation tunisienne s’est soulevée contre un dictateur soutenu par l’Occident, en utilisant des slogans islamiques, humains, monothéistes et pro-justice… En un mot, les Tunisiens cherchent à établir la loi islamique. » n

29

navires sont retenus par

 
Inhua trafricaine. Une opinion confirmée par l’un des intéressés, Jean-Jacques Demafouth : « J’ai fait

Inhua

trafricaine. Une opinion confirmée par l’un des intéressés, Jean-Jacques Demafouth : « J’ai fait un score semblable à celui réalisé en 2005 en étant à l’extérieur du pays. Or cette année, j’ai mené une excellente campagne de terrain et mes compatriotes s’y sont montrés très réceptifs. » Parmi les nombreuses irrégularités relevées, il est à noter que les militaires, qui devaient voter 48 heures avant la population, ont voté le jour même de l’élection. Leur présence dans les bureaux de vote a été perçue comme une intimidation par les électeurs, incités de ce fait à voter Bozizé. Par ailleurs, les bour- rages d’urnes, les listes électorales trafiquées et les cartes d’élec- teurs distribuées à tort et à travers ont également permis cette victoire de François Bozizé dès le premier tour. Ces irrégularités ont été confirmées par les observateurs, en particulier ceux de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Martin Ziguélé, Emile Gros Nakombo et Jean-Jacques Demafouth ont tenu une conférence de presse le 25 janvier pour dénoncer cette « mascarade d’élection ». n

les

pirates somaliens. n

2412 morts

 

et 6 215 blessés, c’est le

nombre des victimes civiles en Afghanistan pendant les

dix

premiers mois de

 

Mahmoud Ahmadinejad, président de l’Iran.

w

l’année 2010, soit une hausse de 20 % par rapport à 2009, selon un rapport des Nations unies publié fin décembre. n

« Voici que s’avance l’immobilisme et nous ne savons pas comment l’arrêter. » n

15273 morts

 

Edgar Faure, homme politique français,

violentes au Mexique ont

1908-1988.

été

liées au crime organisé

 

en 2010, une hausse de

 

w

« Il est plus facile de céder son siège à une femme dans l’autobus qu’à l’Assemblée nationale. » n

60

% par rapport à l’année

précédente. n

 

2 milliards de dollars

est

le chiffre d’affaires de

 

Laurent Fabius, ancien premier ministre français.

Facebook en 2010, dont

   

400

millions de profits.

« En parlant au président Bush, le 31 janvier 2003, j’ai mis fin à ce débat permanent sur la légalité au sein de mon gouvernement. » n

w

Tony Blair, ancien premier ministre britannique.

500

millions de dollars

ont

été injectés en

décembre par la société financière Goldman Sachs et la russe Digital Sky Technologies. n

 
Succès de la campagne contre l’occupation israélienne de la Palestine  

Succès de

la campagne contre l’occupation israélienne de la Palestine

Succès de la campagne contre l’occupation israélienne de la Palestine  
 
 

10 février prochain. La

L a célèbre chanteuse française Vanessa Paradis a décidé d’annuler le concert qu’elle devait donner à Tel-Aviv le

campagne de boycottage lancée par les progressistes israéliens, « Boycott From Within »

 
 

et la campagne internationale « Boycott, désinvestissement, sanctions » (BDS) semblent

porter leurs fruits.

 

Outre de nombreux artistes, les magasins John Lewis en Grande-Bretagne et La Baie au Canada ont annoncé

 
 

qu’ils cessaient de vendre

les cosmétiques Ahava exportés par Israël et produits dans

lem située dans les territoires palestiniens occupés. À quand Séphora, la chaîne française de magasins de cosmé-

la colonie de Mitzpe Sha-

tiques ? n

Février 2011 l A frique A sie

4 Continents

 

PROFIL HAUT…

   

Liban : retour à la case départ?

Liban : retour à la case départ?
 
  PROFIL HAUT…     Liban : retour à la case départ?   Moqtada al-Sadr veille

Moqtada al-Sadr veille

  PROFIL HAUT…     Liban : retour à la case départ?   Moqtada al-Sadr veille
« Moqtada est de retour ! » Sans lui, Nouri al-Maliki n’aurait pas été reconduit
« Moqtada est de retour ! » Sans lui, Nouri al-Maliki n’aurait pas été reconduit
« Moqtada est de retour ! » Sans lui, Nouri al-Maliki n’aurait pas été reconduit

« Moqtada est de retour ! » Sans lui, Nouri al-Maliki n’aurait pas été reconduit premier ministre. En juillet 2010, après ses entretiens avec Iyad Allaoui à Damas, on avait cru qu’il en serait autrement, mais l’Iran, où il se trouve actuellement, lui a dicté un autre choix et il a eu l’honnêteté de le reconnaître. Est-ce dire que les sadristes sont pieds et poings liés au régime de Téhéran ? Certainement pas. À Nadjaf, le 8 janvier dernier, dans son premier discours public en Irak depuis 2008, Moqtada a rappelé au premier ministre qu’il avait les « moyens politiques » de le renverser. Et qu’il n’accepterait pas la présence de troupes américaines après 2011. Pour que les choses soient claires, il a demandé à ses partisans de résister, « par tous les moyens », à l’occupation. Les activités de l’Armée du Mahdi étant officiellement gelées depuis août 2008, Moqtada dispose d’un autre bras armé, plus expérimenté et plus discipliné : la « Brigade du jour promis », que les États-Unis soupçonnent d’attaquer leurs

 

Rudolf Elmer,

 

A vec le renversement d’alliances au pays du Cèdre, grâce notamment au retournement de veste de Walid Joum-

un banquier suisse réfugié un moment donné à l’île

blatt, la voie était ouverte pour un changement de majorité, la chute du gouvernement de Saad Hariri (photo) et la désigna- tion de l’un de ses anciens alliés, Najib Mikati, un sunnite

Maurice, a remis fin janvier

à

Londres au site

natif du Nord, comme futur président du Conseil. Ce brusque changement s’explique par la division du pays à propos du Tribunal spécial sur le Liban (TSL), créé par le Conseil de sécurité de l’Onu. L’adhésion du Liban à ce tribu- nal, dont il assure une partie du financement, a été décidée par

l’Onu. L’adhésion du Liban à ce tribu- nal, dont il assure une partie du financement, a

Xinhua

WikiLeaks de l’Australien Julian Assange une liste de 2000 noms de personnes ayant procédé à des placements illégaux dans

des paradis fiscaux. Celui-ci

a

annoncé formellement

 

qu’il allait rendre public les détails de ces comptes secrets. Rudolf Elmer, lui, a décidé de faire face à la justice de son pays. Il a déjà été détenu pendant un mois en 2005, accusé d’avoir violé les lois régissant les banques suisses. n

Dimitri Medvedev,

 

le président russe, a déclaré lors de sa visite en Cisjordanie en janvier 2011 : « J’ai dit à mes amis palestiniens que l’objectif final était l’établissement d’un État palestinien moderne, unifié et souverain avec Jérusalem comme capitale. » n

Ikililou Dhoinine

l’ancien gouvernement de Fouad Siniora, sans vote du Parle- ment ni signature du président de la République. Il était clair, dès le début, que les divers enquêteurs internationaux instrui- saient uniquement à charge. Saad Hariri en personne, une fois réconcilié avec Damas, avait reconnu avoir accusé la Syrie à tort. Les quatre généraux libanais responsables de la sécurité lors de l’assassinat de Rafic Hariri ont été détenus pendant quatre ans sans preuve, avant d’être libérés. Avec la réconci- liation syro-saoudienne, le TSL, qui vient de recevoir l’acte d’accusation et s’apprête à le rendre public, est tenté d’acca-

a

été élu à la présidence

bler cette fois-ci le Hezbollah libanais. C’est dans ce contexte qu’il faut lire le dernier changement. D’ores et déjà, la collaboration du nouveau gouvernement avec le TSL sera remise en cause. Autre priorité de ce gouvernement

 

bases. n

G. M.

des Comores avec 60,91 % des suffrages, en devenant le premier

des Comores avec 60,91 % des suffrages, en devenant le premier Le Kurdistan irakien indépendant en

Le Kurdistan irakien indépendant en 2016 ?

des Comores avec 60,91 % des suffrages, en devenant le premier Le Kurdistan irakien indépendant en

ressortissant de l’île de Mohéli à prendre la tête du pays depuis l’indépendance en 1975. n

pro-syrien: l’annulation pure et simple de toutes les mesures unilatérales prises par le gouvernement de Siniora. Mais cette fois-ci, avec l’accord des trois pouvoirs exécutif et législatif désormais contrôlés « démocratiquement » par les pro-syriens. n

M assoud Barzani (photo) ne croit pas que les

Arabes et les Turcomans

   

L’optimisme factice de la jeunesse marocaine

   
    L’optimisme factice de la jeunesse marocaine    

À l’initiative de son directeur, Dominique Reynié, la Fondation pour l’innovation politique (proche de la droite française) vient de publier une vaste enquête conduite dans vingt-cinq pays, auprès de 32700 jeunes âgés de 16 à 29 ans et réalisée

 

par l'institut TNS Opinion. Elle nous renseigne sur les manières de vivre, les opinions et les aspirations de la jeunesse du

monde. Le Maroc est le seul pays arabe traité. Ce choix exclusif, ainsi que les conclusions trop optimistes de l’enquête: « Les

jeunes Marocains témoignent de leur confiance dans les institutions religieuses (73 %), dans leur leur parlement (49 %) », laissent croire qu’il s’agit plus d’une opération de communication que

gouvernement (60 %) et dans d’une étude scientifique. n

Février 2011 l A frique A sie

5

accepteront de rattacher Kirkouk au Kurdistan

accepteront de rattacher Kirkouk au Kurdistan Angolagate: l’acharnement des juges …PROFIL BAS

Angolagate: l’acharnement des juges

Angolagate: l’acharnement des juges
accepteront de rattacher Kirkouk au Kurdistan Angolagate: l’acharnement des juges …PROFIL BAS

…PROFIL BAS

accepteront de rattacher Kirkouk au Kurdistan Angolagate: l’acharnement des juges …PROFIL BAS

irakien, ou les territoires qu’il revendique dans les régions de Mossoul et de Diyala. Le 11 décembre 2010, au congrès du Parti démocratique kurde qu’il dirige – en présence de Nouri al-Maliki et de Iyad Allaoui –,

« L’Angolagate », jugée en appel à Paris depuis le 19 janvier, est une affaire, au demeurant, surprenante. Il s’agit d’exami-

Hassan al-Tourabi,

ner le sort de Pierre Falcone (photo), un homme d’affaires franco- brésilien accusé d’un commerce d’armes illicite. Des magistrats l’accusent d’avoir vendu, sans autorisation, des armes des anciens pays socialistes à l’Angola. Falcone et ses associés répliquent: le marché n’a en rien transité par la France. Position renforcée par

chef de l’opposition islamiste soudanaise, a été arrêté le 17 janvier 2011 avec d’autres membres de son Parti du congrès populaire, à Khartoum, après ses déclarations en faveur d’un soulèvement de la population. Celui qui fut l’inspirateur de l’adoption de la charia au Soudan, à l’origine de l’éclatement de la guerre civile, tente de tirer profit de l’affaiblissement de Khartoum confronté à la partition du Sud et à une crise économique. n

Jakaya Kikwete,

il

a déclaré que le Kurdistan

 

avait « droit à l’autodétermination », c’est- à-dire, tout le monde l’aura compris, à l’indépendance. Parag Khanna, ancien conseiller de Barack Obama en matière de gouvernance mondiale, avance même une date : 2016. Ainsi, dit-il, les champs gaziers du Kurdistan

irakien – dont la production

 

une lettre d’Hervé Morin, alors ministre de la Défense, attestant que la législation relative aux ventes d’armes « ne s’appliquait pas à l’activité exercée par M. Falcone ». Mais rien n’y fait. Le

ventes d’armes « ne s’appliquait pas à l’activité exercée par M. Falcone » . Mais rien

Maxppp

D. R.

D. R.

président tanzanien, a cautionné la répression brutale – qui a fait entre deux et cinq morts, le 5 janvier 2011 – d’une manifestation du principal parti de l’opposition, le Chadema, dirigé par le candidat malheureux à la présidentielle d’octobre 2010, le prêtre catholique Wilbrod Slaa. Ce dernier, ainsi qu’une trentaine de dirigeants et militants de son parti, devront être jugés prochainement pour « rassemblement illégal », ce que Slaa récuse, affirmant avoir eu les autorisations réglementaires. n

franco-brésilien, à l’étonnement des experts, a déjà écopé de trois ans de prison, condamné dans un autre procès (relatif à la Sofremi) pour fraude fiscale, alors qu’il déclare avoir payé ses impôts au Brésil. Et l’inculpé risque de payer tout aussi cher le volet « tra- fic d’armes » vers l’Angola, dont il est encore question aujour- d’hui. Rejugé avec vingt autres inculpés, pour l’essentiel accusés d’avoir reçu des commissions de sa société Brenco, dont l’ancien ministre Charles Pasqua, Pierre Falcone entend se battre avec la dernière énergie pour faire valoir son droit. Il a acheté de l’arme- ment pour le compte du gouvernement légitime angolais, qui

est estimée à 9 milliards de

m

3 par an – pourront être

venait de remporter des élections dont les résultats avaient été sanctionnés par l’Onu et la communauté internationale, mais dont la survie était menacée par l’Unita qui avait lancé une offensive militaire généralisée et avait pour cela été condamnée par le Conseil de sécurité. Si le ministère français de la Défense dédouane Falcone et que le destinataire final des armes en ques- tion est à tout point de vue légitime, pourquoi cet acharnement? Les défenseurs de Falcone accusent des lobbies français impliqués autrefois dans le conflit angolais. Mais du mauvais côté. n J.-M. B.

raccordés au futur pipeline Nabucco destiné à réduire la dépendance de l’Europe à l’égard de la Russie. Avec ses 45 milliards de barils de brut de réserve, l’État kurde serait alors le 6 e producteur mondial de pétrole. n G. M.

250000 balles américaines ou israéliennes par résistant tué  

250000 balles américaines ou israéliennes par résistant tué

250000 balles américaines ou israéliennes par résistant tué  
 
 

tiré plus de 6 millions

A ux États-Unis, les fabricants de munitions n’arrivent plus à répondre à la demande. Entre 2002 et 2005, les GI’s ont

de balles. Le nombre de tirs ayant doublé ces cinq dernières années en raison des guerres

 
 

d’Irak et d’Afghanistan et de la doctrine militaire préconisant des mitraillages nourris, le Pentagone passe commande de 1,8 milliard de balles par an. En clair, cela signifie que pour chaque « insurgé » tué, plus de 250 000 balles ont été tirées, selon les décomptes officiels. Pour répondre à ses besoins grandissants, l’armée américaine s’approvisionne aux États-

Unis chez Olin-Winchester et en Israël auprès d’Israel Military Industries. n

   

G. M.

Février 2011 l A frique A sie

6 Continents

 

Le plus grand théâtre romain d’Afrique du Nord à Skikda

 
théâtre romain d’Afrique du Nord à Skikda   Iran : aide à la résistance   durement

Iran : aide à la résistance

Iran : aide à la résistance
 

durement sur les doigts après avoir imprudemment formulé le vœu de voir la génération qui a conduit l’Algérie à l’indépendance laisser sa place à une « nouvelle génération » aux commandes de l’Algérie. Ineffable candidate à la candidature socialiste pour l’élection présidentielle française de 2014, Ségolène Royal n’en a tiré aucune leçon. Elle a mis ses pas dans ceux de Kouchner pour réclamer (à quel titre ?) que le président Abdelaziz Bouteflika « organise sa succession ». Faut-il lui rappeler que, dans un an, l’Algérie célébrera le cinquantième anniversaire de son indépendance et qu’elle n’a nul besoin de la tutelle de la candidate à la candidature socialiste à la présidence française pour envisager son avenir, et qu’il est quelque peu indécent de hurler avec les loups. n

 
 
 
 

D es gradins et une partie de la scène

originelle d’un théâtre romain, au centre-ville de Skikda, en Algérie ont été fortuitement mis au jour. Ils étaient enfouis à environ trois mètres du sol et donnent une idée de la dimension considérable du théâtre romain de Skikda, qui serait le plus grand en Afrique du Nord. D’un diamètre de près de 87

mètres, il avait été fermé pour deux ans en mars 2006 pour une vaste opération de restauration, un délai largement dépassé. Cette opération, d’un coût estimé

   

L e 12 janvier, une majorité de sénateurs français a apporté son soutien « à la Résistance iranienne » des Moudjahi-

dine du peuple d’Iran. Les sénateurs ont appelé le gouverne- ment français à intervenir d’urgence pour la protection des habitants du camp d’Achraf, en Irak, victime d’un blocus inhumain. Le sénateur Jean-Pierre Michel, co-fondateur du Comité français pour un Iran démocratique (CFID), a remis, au cours d’une réunion au Sénat, les signatures des sénateurs à

M

me Maryam Radjavi, présidente élue du Conseil national de

la

Résistance iranienne.

D. R.

D. R.

50 millions de dinars, a permis de

à

restaurer, à ce jour, une partie des vestiges pour permettre de réceptionner le parc archéologique appelé à devenir un musée

Cette réunion a eu lieu après deux événements majeurs

ciel ouvert, à proximité

à

du théâtre. Une seconde tranche portera sur la réalisation des loges. n

touchant la situation du camp d’Achraf qui abrite 3 400 membres des Moudjahidine du peuple, principal mouve- ment d’opposition iranienne. D’abord l’attaque de

juillet 2009 contre Achraf qui a fait 11 morts et 500 blessés

Aqmi : conflit d’ego

   

et

qui a fait l’objet le 28 décembre d’une ordonnance, sans

    et qui a fait l’objet le 28 décembre d’une ordonnance, sans
    et qui a fait l’objet le 28 décembre d’une ordonnance, sans
 
 

Ségolène-Kouchner, même combat?

 

précédant en matière de justice internationale, de la justice espagnole dans le cadre de crime de guerre et de crime

 

L e rapt et l’assassinat de deux otages français,

contre la communauté internationale. Ensuite l’agression  
contre la communauté internationale. Ensuite l’agression  

contre la communauté internationale. Ensuite l’agression

 
 
 

A ncien ministre des Affaires étrangères de

 

des résidents d’Achraf, le 7 janvier, par des agents du

 

enlevés le 7 janvier 2011 à Niamey, ont déclenché une guerre des ego entre les deux principaux « émirs » d’Aqmi au Sahel:

régime iranien et des forces aux ordres du comité chargé de

Nicolas Sarkozy et champion du droit d’ingérence dans les affaires internes des pays souverains, toujours ceux du Sud, Bernard Kouchner, s’était fait taper

la

répression du camp, des services du premier ministre ira-

kien, qui a fait 176 blessés.

Ce consensus au sénat démontre l’importance de ce sujet de politique internationale. D’autant plus qu’avant le Sénat,

Abdelhamid Abou Zeid et Mokhtar Belmokhtar. Abou Zeid a à son palmarès l’égorgement, en juin 2009, d’un touriste anglais, Edwin

la

majorité des députés, en juillet 2010, et plus de 5 000

maires de France, en décembre, ont signé un texte similaire. n

Jean Levert

Arabistan : des résistants arrêtés en Irak et menacés d’expulsion vers l’Iran  

Arabistan : des résistants arrêtés en Irak et menacés d’expulsion vers l’Iran

Arabistan : des résistants arrêtés en Irak et menacés d’expulsion vers l’Iran  
 
 

P lusieurs résistants arabes originaires de la région iranienne d’Al-Ahwaz (le Khouzistan, en Perse), dont une famille

entière, sont incarcérés en Irak et vont être remis aux autorités iraniennes, au mépris des

conventions internationales

dont ce pays est signataire. Amnesty International rappelle au régime de Bagdad les obligations de l’Irak en matière de

 

droit international: un pays encourent la peine de mort.

n’a pas le droit d’expulser des prisonniers dans un autre État pratiquant la torture et où ils Cette affaire intervient alors que l’Irak et l’Iran s’apprêtent à conclure un accord permettant

l’échange de prisonnier de « droit commun ». n

   
permettant l’échange de prisonnier de « droit commun ». n     Février 2011 l A

Février 2011 l A frique A sie

7

Dyer et du français Michel Germaneau. Abou Zeid a basculé dans le terrorisme après l’interdiction du Front islamique du salut (Fis) en 1991 en Algérie. En 2006, il s’est rallié au chef d’Aqmi, Abdelmalek Droukdal, dit Abou Mossaab. Depuis deux ans, à la tête de la katiba Tarek Ibn Zyad (200 hommes environ), il a étendu son champ d’action en kidnappant des touristes dans le sud tunisien et en ouvrant le « front » du Niger. Belmokhtar a voulu briser dans l’œuf la célébrité naissante d’Abou Zeid en envoyant ses hommes enlever les deux Français à Niamey, au cours d’une opération très risquée. Celui-ci, plus âgé,

 
opération très risquée. Celui-ci, plus âgé,   Le Mediator comme coupe-vie!   de trafics lui

Le Mediator comme coupe-vie!

Le Mediator comme coupe-vie!
 

de trafics lui permettant de s’approvisionner en armes et en munitions. n

L e Médiator a-t-il fait des morts ailleurs qu’en France ? Il serait grand temps que la presse française se pose la ques-

fait des morts ailleurs qu’en France ? Il serait grand temps que la presse française se

Prix Turgot

fait des morts ailleurs qu’en France ? Il serait grand temps que la presse française se

tion. Le coup de gueule du professeur Philippe Even, pneumo- logue, ancien doyen de la faculté de médecine de Necker et actuel président de l’Institut Necker, n’a pas vraiment éveillé les consciences journalistiques. Et pourtant, il ne manquait pas d’intérêt : « C’est l’estampille France qui fait vendre, a-t-il déclaré sur France Info. C’est à l’étranger que Servier va faire son chiffre d’affaires. Alors on le félicite. Le président de la République le félicite. Seulement il vend des saloperies… Applaudissez tout de même le laboratoire Servier parce que

République le félicite. Seulement il vend des saloperies… Applaudissez tout de même le laboratoire Servier parce

L ’essai Crise et naufrage des économistes, écrit

par notre collaborateur Hakim Ben Hammouda avec Nassim Oulmane et Mustapha SadniJallab, édité par De Boeck, a été sélectionné parmi 120 essais pour le prix Turgot 2010. Équivalent du prix Goncourt pour la littérature,

le prix Turgot récompense le meilleur livre d’économie financière de l’année et sera décerné en mars à Paris. n

   

OMS : encore trop

de tuberculose dans le monde

OMS : encore trop de tuberculose dans le monde
 
 
 

D. R.

vendre des coupe-faim en Afrique, c’est à la fois magnifique- ment cynique, et magnifique commercialement… » En effet, les laboratoires Servier, aujourd’hui poursuivis en justice par des familles de victimes, réalisent 86 % de leur chiffre d’affaires à l’étranger. L’Afrique représente un immense marché en évolu- tion permanente. Le laboratoire est représenté dans dix-sept pays francophones, avec « une aide active au corps médical africain par des formations post-universitaires de qualité et par l’attribution de bourses de formation », selon son service de communication. En Égypte, Servier est le premier laboratoire français avec un chiffre d’affaires de 38 millions d’euros, en

évolution de 20 %. Au Maroc, il est le premier sur le marché de l’hypertension avec un chiffre d’affaires de 15 millions d’euros. En Arabie saoudite et dans les pays du Golfe, le chiffre d’af- faires a progressé de 22 % et atteint plus de 15 millions d’euros. Gageons qu’en cherchant un peu, on trouvera quelques cen- taines de victimes, voire quelques milliers, du laboratoire Ser-

S elon le rapport de l’OMS « 2010/2011 -

Faits et chiffres sur la tuberculose », 4 700 personnes sont mortes chaque jour de tuberculose dans le monde en 2009, soit 1,7 million de personnes dont 380 000 femmes. Cette maladie contagieuse, souvent associée au VIH, figure parmi les trois plus importantes causes de décès chez la femme entre 15 et 44 ans. En 2010, les données collectées par l’OMS font état des plus hauts taux de tuberculose multirésistante jamais enregistrés. n

 

D. R.

vient des groupes djihadistes d’Afghanistan mobilisés par Ben Laden contre l’armée soviétique, ce qui lui donne à ses yeux une plus grande légitimité que son rival. Il est par ailleurs allié à de puissants chefs tribaux touaregs dans la région, lesquels se livrent en son nom à toutes sortes

 

vier et de ses « coupe-faim ». n

C. A.-D.

  Sasol accusé par Greenpeace  
 

Sasol accusé par Greenpeace

 
  Sasol accusé par Greenpeace  

G reenpeace a porté plainte, en décembre dernier, devant la cour fédérale de Washington DC, contre la branche améri- caine du géant chimique sud-africain, Sasol, pour espionnage et sabotage. L’organisation écologiste a accusé Sasol

États-Unis d’avoir engagé des détectives privés de l’agence Beckett Brown International pour voler ses documents – y com- pris en fouillant dans ses poubelles –, d’avoir mis sur écoute ses téléphones et piraté ses ordinateurs entre 1998 à 2000. Au cœur de l’affaire, les affirmations de Greenpeace, selon lesquelles deux usines Sasol implantées en Louisiane ont gravement

 

pollué le Lac Charles, et la lutte des habitants riverains pour dénoncer les effets de la pollution sur leur santé. n

C. A.-D.

Février 2011 l A frique A sie

8 Continents

 

Atlas des Palestiniens :

   

Afrique du Sud : l’emploi encore et toujours

Afrique du Sud : l’emploi encore et toujours
Afrique du Sud : l’emploi encore et toujours
   

exporter sa production (475 000 tonnes cette année) via les ports de Tema au Ghana et de Lomé au Togo, et non plus par Abidjan. Ce port fait partie des onze « entités » économiques ivoiriennes sanctionnées par l’Union européenne qui a reconnu, comme la quasi- totalité de la communauté internationale, Alassane Ouattara vainqueur de la présidentielle du 28 novembre 2010. Ce détournement des exportations de coton comporte un surcoût pour la Société des fibres et textiles du Burkina Faso (Sofitex), la principale société cotonnière du pays, qui exportait en moyenne 60 % de sa production via Abidjan. Le Mali et le Niger, traditionnellement tributaires du port d’Abidjan, se sont repliés sur les autres débouchés maritimes de la région. Selon des sources proches du Conseil burkinabè des chargeurs (CBC), quelque 20 000 tonnes de marchandises burkinabè sont en ce moment bloquées au port d’Abidjan. n

un peuple en quête d’un État

P resque trois ans après l’élection de Jacob Zuma à la pré- sidence sud-africaine, la
P resque trois ans après l’élection de Jacob Zuma à la pré- sidence sud-africaine, la

P resque trois ans après l’élection de Jacob Zuma à la pré- sidence sud-africaine, la question de l’emploi reste la

   
 

C ’est l’ouvrage de référence que viennent

de publier aux éditions Autrement Jean-Paul Chagnollaud et Sid-Ahmed Souiah, cartes à l’appui (cartographie de Madeleine Benoit-Guyod), pour raconter l’histoire du peuple palestinien qui, « depuis le démantèlement de l’Empire ottoman et le mandat britannique en 1922, a cherché à être maître de son

destin en exigeant l’avènement d’un État sur son territoire ». Un ouvrage didactique et fort utile au moment où les négociations de paix traversent une impasse totale. « Aujourd’hui, écrivent les auteurs, toute perspective de paix paraît lointaine, les rapports de force continuant d’être défavorables aux Palestiniens malgré les soutiens internationaux dont ils bénéficient. » À lire absolument. n

Le coton burkinabé ne transite plus par Abidjan

première revendication de la population. Selon un rapport de l’Organisation pour la coopération et le développement éco- nomique (OCDE) publié début janvier, le taux de chômage, qui touche la population noire majoritairement (28,6 % contre 4,0 % chez les Blancs), est passé de 22,3 % en 2007 à 24,5 % en 2010. Au cours du – luxueux – repas annuel de l’ANC, Jacob Zuma, entouré entre autres des milliardaires sud-africains, a dressé – une énième fois – la liste des

Jacob Zuma, entouré entre autres des milliardaires sud-africains, a dressé – une énième fois – la

D. R.

mesures envisagées pour créer de nouveaux emplois. L’im- plantation d’usine à grande échelle est censée créer 350 000 emplois dans les dix prochaines années, l’économie « verte » 300 000, le développement des infrastructures 250 000 et la fonction publique verra son personnel augmenté de 10 %. Le secteur du tourisme devrait produire 250 000 nouveaux emplois, celui des mines 140 000, tout comme celui de la communication, l’information et les biotechnologies. L’éco-

nomie sociale (investissements sociaux) devrait apporter 260 000 emplois nouveaux et le développement africain régional,
nomie sociale (investissements sociaux) devrait apporter 260 000 emplois nouveaux et le développement africain régional,

nomie sociale (investissements sociaux) devrait apporter 260 000 emplois nouveaux et le développement africain régional, c’est-à-dire, principalement, les exportations de biens et de services, 150 000. Mais, pour atteindre ces objectifs, l’Afrique du Sud a besoin d’un taux de croissance supérieur à 5 % dans les années à venir, selon l’OCDE. Ce qui est peu probable, selon la confédération syndicale Cosatu qui se plaint de ne pas avoir été associée à l’élaboration du dernier document straté- gique économique de l’ANC. n C. A.-D.

Nigeria :

 

P armi les nombreuses conséquences

 
  P armi les nombreuses conséquences   recrudescence de la violence

recrudescence de la violence

  P armi les nombreuses conséquences   recrudescence de la violence

économiques de la crise politique et institutionnelle de la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, premier producteur de coton d’Afrique subsaharienne mais sans accès à la mer, va

T riste bilan que celui tiré par l’organisation International Crisis Group pour le Nigeria. Au cours du seul mois de décembre 2010, le pays a été frappé par

  Égypte: une fin de règne chaotique  
 

Égypte: une fin de règne chaotique

 
  Égypte: une fin de règne chaotique  
 

D eux manifestants à Suez et un policier au Caire sont morts le 25 janvier au cours des manifestations qui se sont déclenchées dans tout le pays. Le mot d’ordre de mobilisation a été véhiculé par Internet. Il aurait touché quelque

 

87 000 personnes, lesquelles ont aussitôt confirmé leur participation aux manifestations par l’intermédiaire des réseaux sociaux, Facebook et Twitter. Les experts estiment que les heurts violents qui opposent la police et la population

 

devraient se poursuivre, sur

fond de fin de règne et de refus par certains groupes de pression au sein du pouvoir de voir

 

succéder à Hosni Moubarak, au pouvoir depuis une trentaine d’années, son fils Gamal. n

 

Février 2011 l A frique A sie

9

 

plusieurs attentats et on a observé une résurgence de la violence islamiste. Au moins quatre-vingts personnes ont été tuées dans les explosions qui ont secoué la ville de Jos (État du Plateau, centre du pays) le 24 décembre. Ces attaques, revendiquées par la secte islamiste Boko Haram, ont servi de détonateur à une vague de violences entre chrétiens et musulmans. La ville de Maiduguri (État de Borno, nord-est) a également été l’objet de plusieurs assauts de membres supposés de Boko Haram, dont une série dirigée contre des églises, également le 24 décembre, qui ont fait six morts. Le mois s’est achevé par un attentat à la bombe dans un marché de la capitale, Abuja, qui a tué quatre personnes au soir de la Saint-Sylvestre. Un meeting politique qui se tenait dans l’État de Bayelsa (sud) a également été perturbé par l’explosion de deux engins, sans faire de victimes. n

l’explosion de deux engins, sans faire de victimes. n Kimberley et Israël roulent-ils pour Gbagbo ?

Kimberley et Israël roulent-ils pour Gbagbo ?

Kimberley et Israël roulent-ils pour Gbagbo ?

pouvoir en mars 2009. La ministre de la Justice, Christine Razanamahasoa, a confirmé à l’AFP cette plainte contre X, ainsi que celle contre le lieutenant- colonel Charles Andrianasoavina, qui avait précédemment reconnu « s’être rendu coupable d’attentat et de complots en vue de détruire ou de changer le gouvernement ». En effet, celui-ci fait partie des éléments de l’armée qui se sont soulevés contre le régime de Marc Ravalomanana en mars 2009 pour soutenir Andry

éléments de l’armée qui se sont soulevés contre le régime de Marc Ravalomanana en mars 2009

S elon son président, l’Israélien Boaz Hirsch, « le proces- sus de Kimberley tient à s’assurer que les diamants ne

servent à financer aucun des camps » en Côte d’Ivoire. « Les seuls diamants considérés aujourd’hui comme des diamants de guerre viennent de ce pays », a-t-il encore déclaré peu avant la Saint-Sylvestre. À première vue, rien à redire. Le processus de Kimberley, qui rassemble États producteurs et consommateurs, représen- tants de l’industrie et ONG, a en effet pour objectif de juguler le trafic des diamants de la guerre. Cette attitude qui renvoie

AFP dos à dos le président élu Alassane Ouattara, reconnu par l’Onu, et l’auteur du

AFP

dos à dos le président élu Alassane Ouattara, reconnu par l’Onu, et l’auteur du coup de force qu’est Laurent Gbagbo, risque de facto de favoriser ce dernier en cas de conflit. Le diamant est en effet une des rares ressources dont puissent disposer les Forces nouvelles qui contrôlent le nord du pays, hier rebelles aujourd’hui légitimistes pour avoir exprimé leur soutien au président Ouattara. Les principaux gisements sont en effet situés dans la région de Séguéla, à 125 km à l’ouest de Bouaké, et dans celle de Tortiya, à 100 km au sud de Korhogo. Pour rappel, le premier ministre Guillaume Soro a déclaré début janvier que les Forces nouvelles étaient prêtes à appuyer un éventuel contingent des forces de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest, en cas d’affron- tement avec l’armée de Gbagbo. Face donc à la Côte d’Ivoire utile, qui peut encore exporter son cacao, son café et son pétrole, la question est de savoir à qui profite l’embargo sur les diamants du pays? La sortie de Boaz Hirsch tient-elle du hasard ou relève-t-elle d’un soutien masqué d’Israël au régime de Gbagbo, qui ne date pas d’hier? n F. M.

Madagascar :

Ravalomanana

 

D. R.

Rajoelina. Alors qu’il est en détention préventive suite à

son implication dans une tentative de coup d’État militaire le 17 novembre 2010 contre le régime de M. Rajoelina, il a déclaré à la presse le 5 janvier 2011 que, lors du renversement de Ravalomanana, il avait été payé pour participer à « un double coup d’État en

se rebiffe

se rebiffe

se rebiffe

M arc Ravalomanana (photo), qui vit en exil

en Afrique du Sud, a déposé une plainte, le 19 janvier, auprès de la justice malgache, avec constitution de partie civile visant les auteurs et complices de ce qu’il estime être le « coup d’État » qui l’a évincé du

2009

». n

  Haïti: vers une sortie de crise?
 

Haïti: vers une sortie de crise?

  Haïti: vers une sortie de crise?
 

A près l’ex-dictateur Jean-Claude Duvalier, rentré dans sa patrie le 16 janvier dernier, l’ancien président Jean-Bertrand Aristide, en exil en Afrique du Sud, a lui aussi annoncé qu’il était prêt à revenir. La transition démocratique, qui por-

 

tait tant d’espoirs depuis 2004, a sombré dans le naufrage électoral du 28 novembre 2010.

Les résultats, contestés, ont

donné Mirlande Manigat en tête, suivie par le candidat du pouvoir, Jude Célestin. Les partisans de Michel Martelly, déçus, ont violemment protesté. Le second tour a dû être annulé. Sollicitée pour un audit par le président sortant René

Préval, l’Organisation des États d’Amérique estime qu’effectivement, Martelly est deuxième. n

Février 2011 l A frique A sie

10 Courrier

Non à toute intervention militaire en Côte d’Ivoire!

Non à toute intervention militaire en Côte d’Ivoire!
Non à toute intervention militaire en Côte d’Ivoire! Paru dans Le Monde   son pays à

Paru dans Le Monde

Paru dans Le Monde
 

son pays à plusieurs rébellions sanguinaires dont celle du RUF en Sierra Leone, ou celui des contrats d’exploitation des infrastructures burkinabé, lesquels sont régulièrement attribués à des groupes français comme Bolloré, qui sécurise la route de l’uranium entre les installations d’Areva au Niger et les ports d’expédition ivoiriens et togolais. La « visite de travail » qu’il a effectuée à Paris les 17 et 18 janvier en compagnie d’une délégation de la Cédéao pour rencontrer le

 

P rofondément

convaincus qu’une

intervention militaire

 

en Côte d’Ivoire serait de nature à aggraver une situation qui est suffisamment tragique et

plongera à coup sûr le pays

et

la sous-région dans la

 

tourmente, les signataires de

la

présente lettre ouverte en

 

appellent aux opinions publiques de toutes les

nations et aux gouvernements de tous les pays épris de démocratie, de paix et de liberté afin d’enrayer la menace de

La circulaire de la honte  

La circulaire de la honte

La circulaire de la honte
 

guerre qui plane sur ce pays. Dans le cas hypothétique où en dépit du bon sens et après une dizaine d’années de crise armée et de partition, la menace d’intervention armée serait

L a campagne internationale « Boycott, désinves- tissement, sanctions contre l’occupant israé- lien » vient de marquer plusieurs points, mais

l’action doit se poursuivre, avec une mobilisation de soutien aux militants français poursuivis en justice pour avoir appelé à ce boycott des produits israéliens. Comme l’a écrit, dans Libération, Benoist Hurel, secrétaire général adjoint du syndicat de la magistra-

président Nicolas Sarkozy en plein imbroglio ivoirien laisse en tout cas penser que Blaise Compaoré reste à Paris un partenaire de

choix. [

complaisance doit cesser, d’autant que la France fait actuellement valoir son

]

Une telle

mise à exécution [

],

celle-

 

ci

ne serait guère que le

 

ture, la circulaire de Michèle Alliot-Marie (la même qui proposait son soutien à Ben Ali) est « un attentat juri- dique d’une rare violence contre l’un des moyens les plus anciens et les plus efficaces de la contestation des États par les sociétés civiles, à savoir le boycott. L’ins- trumentalisation d’un texte qui visait à combattre le racisme, le nationalisme et le sexisme est inadmissible, surtout lorsqu’elle vise à faire taire l’engagement citoyen. La notion de discrimination ne peut s’entendre que d’une différence de traitement n’obéissant à aucun but légitime. Une action collective qui viserait à ne pas consommer de produits d’une entreprise parce qu’elle licencie ou délocalise sa production, ou d’un État parce qu’il maltraite ses minorités ne peut être quali- fiée de discriminatoire, sauf à ôter aux consommateurs

leur seul pouvoir, celui de ne pas consommer n’importe quoi et n’importe comment. » n

CAPJPO-Europalestine

 

premier acte d’un enchaînement de violences, de carnages et de massacres appelé à bouleverser l’Afrique de l’Ouest tout entière. C’est la raison pour laquelle nous, intellectuels africains et occidentaux,

   

attachement au respect de résultats électoraux transparents dans un pays voisin et très lié au Burkina Faso. n

Europe Écologie - Les Verts

Tarek Aziz en attente d’exécution *  

Tarek Aziz en attente d’exécution *

Tarek Aziz en attente d’exécution *
 

sommes fondés de dire « Non! » à toutes les logiques médiatiques,

militaires et politiques qui conduiront à coup sûr, une nouvelle fois, à un désastre en Afrique. [

]

n

Un collectif d’intellectuels franco- africains et de citoyens engagés

A lors que les États- Unis et la Grande- Bretagne accusent

la Russie de prononcer une « condamnation motivée politiquement » et que le pape accuse la Chine de restreindre la liberté des chrétiens, l’ancien vice- premier ministre irakien et ministre des Affaires

Blaise Compaoré :

une autre complaisance française

 
 

été réélu le 25 novembre

coup d’État au cours

   

étrangères, Tarek Aziz,

duquel fut assassiné son  
duquel fut assassiné son  

duquel fut assassiné son

 
   

A lors que les

élections récentes

 

dernier président de la République du Burkina Faso, pour la quatrième fois consécutive, avec un score de 80,15 % dès le premier tour de scrutin. Blaise Compaoré est pourtant connu pour avoir pris le pouvoir dans le sang le 15 octobre 1987, lors du

prédécesseur et jadis ami, le très populaire Thomas

 

attend son exécution. Chrétien et victime d’un procès à fortes consonances politiques, il connaît la duplicité de l’Occident quand il s’agit de l’Irak. Le silence du pape, des archevêques, du Foreign Office, en dépit des

 

au Togo, en

Sankara. [

]

Guinée et en Côte d’Ivoire ont été si disputées et si commentées par les médias

 

Longue de plus de vingt- trois ans, la présidence de Blaise Compaoré est

internationaux, personne ne s’étonne aujourd’hui que Blaise Compaoré ait

depuis sans partage, si ce n’est celui des armes ukrainiennes livrées via

 

Février 2011 l A frique A sie

11

proclamations de William Hague de placer les droits de l’homme au centre de sa politique, est affligeant. Des opposants à la peine capitale, dont des

personnes éminentes telles que des évêques, les ont tous approchés. Aucun n’a répondu à la correspondance qui leur a été adressée. Tarek Aziz est un symbole de cette

« démocratie » introduite

en Irak. Son procès a été condamné par Human Rights Watch, qui l’avait constamment réclamé,

comme ayant été

« fondamentalement vicié » et a demandé que le

« tribunal casse le

verdict ». Tarek Aziz a eu, au moins, un semblant de procès. Il est le symbole des centaines de prisonniers qui attendent la mort en Irak sans avoir eu cette chance. Il est aussi un nationaliste qui a plaidé auprès de l’ancien pape que l’Irak ne soit pas détruit pas une invasion et a refusé de quitter ce pays auquel, malgré tous ses défauts, il a consacré sa vie. Sous Saddam Hussein, les prisonniers âgés de plus de 70 ans ne pouvaient être exécutés. Tarek Aziz a 74 ans et a été victime d’une attaque cardiaque. Il semble à beaucoup que ce que les États-Unis et la Grande-Bretagne ont engendré en Irak perpétue les excès du régime précédent. On ne peut qu’en être honteux. Saddam a été exécuté – d’aucuns disent lynché – le 31 décembre. Espérons que l’histoire ne dupliquera pas cette honte, en notre nom. n

Par Felicity Arbuthnot

pas cette honte, en notre nom. n Par Felicity Arbuthnot w * « Tariq Aziz still
pas cette honte, en notre nom. n Par Felicity Arbuthnot w * « Tariq Aziz still

w * « Tariq Aziz still faces execution in Iraq », Lettre au Guardian, 29 décembre 2010.

www.guardian.co.uk/world/2010/d

ec/29/aziz-faces-execution-in-iraq

 

Contrepoints

Immobilisme fécond

Immobilisme fécond

Immobilisme fécond

L orsque le pessimisme gagne concernant la « bonne gouver- nance » au Sud, on peut se tourner vers la Belgique pour chas-

ser les idées noires. Depuis près d’un an, les Belges sont « gouver- nés » par des ministres chargés d’expédier les affaires courantes. Sans aucune perspective pour un avenir commun. Flamands et Wallons, protagonistes d’un conflit linguistique absurde et inter- minable, continuent à vaquer à leurs occu- pations dans l’ignorance de l’Autre, en

D. R.

attendant que ce pays, créé de toutes pièces il y a moins de deux siècles, tombe comme

un fruit mûr. Cet immobilisme fascine ou révolte les étrangers, il laisse de marbre les Belges, qui semblent gagnés par la résigna- tion et une forme de fatalisme qui les fait ressembler à certains pays du Sud. Atten- dent-ils que la solution leur tombe du ciel, ou veulent-ils vérifier une célèbre règle de gouvernance énoncée par un président du conseil français : il n’existe aucun problème que l’absence de solution n’aide à résoudre ? Certains, qui ne manquent pas d’humour, ont décidé de se laisser pousser la barbe jusqu’à la formation d’un gouvernement « pour une Belgique au poil ». n

Par Hassen Zenati

pousser la barbe jusqu’à la formation d’un gouvernement « pour une Belgique au poil ». n
Arabité

Arabité

Arabité

L es tourments des chrétiens d’Orient ont pour origine l’échec du projet politique arabe. Mais l’Occident y a aussi sa part. À

commencer par l’agression des États-Unis contre l’Irak, qui a livré au fanatisme islamiste les chrétiens de ce pays, partie de son identité profonde. Au-delà de cet épisode criminel, il faut rappe- ler que l’Occident avait très tôt fait son choix, dans une politique à courte vue, entre des monarchies rétrogrades, dégageant l’odeur du pétrole, et les mouvements arabes nationalistes, modernistes et laïques. Tournant le dos à l’arabité – fondée sur la culture et une histoire commune, à l’exclusion de toute référence à la race, l’ethnie ou la religion –, il a préféré Al-Saoud, le wahabisme

salafiste et Israël, à Nasser. Alors lorsque Paris, Londres ou Washington versent des larmes de crocodile sur le sort cruel qui frappe les coptes d’Égypte et les chrétiens d’Irak, on est tenté de leur dire : « Ôtez-vous de là, cette affaire arabe ne sera réglée qu’entre Arabes. » n

Trauma

Trauma

Trauma

O n savait le traumatisme provoqué dans l’establishment israé- lien par la défaite de Tsahal en octobre 1973 face aux

armées arabes. Des documents israéliens déclassifiés nous apprennent qu’il fut encore plus profond. Face à son premier ministre Golda Meir, paniquée, Moshé Dayan, ministre de la Défense, dépouillé de ses certitudes sur l’invincibilité d’Israël, se laisse à prévoir une catastrophe imminente : « Le troisième Temple est en danger. » Mais Washington était encore là pour sauver la mise et transformer une victoire arabe décisive en semi-

défaite de son protégé. n

Février 2011 l A frique A sie

Xinhua

12 Sommaire

Xinhua 1 2 Sommaire Rédaction et administration 3, rue de l’Atlas – 75 019 Paris Tél.

Rédaction et administration 3, rue de l’Atlas – 75 019 Paris Tél. : 01 42 38 14 50 Fax : 01 40 03 97 00 Courriel : afriam@wanadoo.fr

Site web : www.afrique-asie.fr

Fondateur : Simon Malley
Fondateur : Simon Malley

Fondateur : Simon Malley

Fondateur : Simon Malley
Fondateur : Simon Malley
 

Directeur de la rédaction Majed Nehmé

Rédacteur en chef délégué Valentin Mbougueng

Rédacteur en chef technique Bachar Rahmani

Secrétaire général

Brahim Madaci

Directrice administrative

Marie-Édith Berthellemy

Comité de rédaction Augusta Conchiglia, Maureen Smith, Corinne Moncel, Samy Abtroun, Valérie Thorin, Hassen Zenati, Gilles Munier, Giulia Gié, Hakim Ben Hammouda, João Quartim de Moraes, Christine Abdelkrim-Delanne, Mamo Zeleke

Géopolitique : Habib Tawa Culture et société : Luigi Elongui

Collaborateurs Nayla Abdul Khalek, Samir Amin, Uri Avnery, Nestor Bidadanure, Victoria Brittain, Barbara Caron, Subhi Hadidi, Remy Herrera, Mary Johnson, Bouzid Kouza, Muftah Lahmidi, Jean Levert, Catherine Millet, François Misser, Philippe Tourel, Joana Viera, Hugues Wagner, Kaye Whiteman, Jean Ziegler.

Reporters et correspondants Nicolas Abena, Tembiré Daouda, Laurence D’Hondt, Benoît Hili, François Janne d’Othée, Benjamin Kadio, Ahmadou Keguelé, Yéo Koré Koffi, Jack Thompson, Fabrice Yassoua.

Keguelé, Yéo Koré Koffi, Jack Thompson, Fabrice Yassoua. Afrique Asie Mensuel édité par la SARL de
Keguelé, Yéo Koré Koffi, Jack Thompson, Fabrice Yassoua. Afrique Asie Mensuel édité par la SARL de

Afrique Asie

Mensuel édité par la SARL de presse

AFRIAM

RCS Paris B 482 704 368 — Code APE 5813 Z

Directeur de la publication Majed Nehmé

Impression Roto Presse Numéris 36-40, boulevard Robert Schuman 93190 — Livry Gargan

36-40, boulevard Robert Schuman 93190 — Livry Gargan Photogravure MIP. Tél. : 01 40 03 96
36-40, boulevard Robert Schuman 93190 — Livry Gargan Photogravure MIP. Tél. : 01 40 03 96

Photogravure MIP. Tél. : 01 40 03 96 60

— Livry Gargan Photogravure MIP. Tél. : 01 40 03 96 60 Dépôt légal à parution
— Livry Gargan Photogravure MIP. Tél. : 01 40 03 96 60 Dépôt légal à parution

Dépôt légal à parution N ° de Commission paritaire : 0113 I 87473 ISSN : 1779-0042 Diffusion NMPP

paritaire : 0113 I 87473 ISSN : 1779-0042 Diffusion NMPP Photo de couverture : Ammar Abd
paritaire : 0113 I 87473 ISSN : 1779-0042 Diffusion NMPP Photo de couverture : Ammar Abd

Photo de couverture : Ammar Abd Rabbo

Diffusion NMPP Photo de couverture : Ammar Abd Rabbo Abonnement : voir page 77 50 50
Diffusion NMPP Photo de couverture : Ammar Abd Rabbo Abonnement : voir page 77 50 50

Abonnement : voir page 77

5050

 
 

Continents

Combats : « Algériens »

 
   
 

et non « Français »,

8888

3 Des exclusives, des chiffres et des profils

« résistants » et non

« malfaiteurs »

 
• Portrait: « Poussez-vous
• Portrait: « Poussez-vous

Portrait: « Poussez-vous

10

Réactions des lecteurs

que je me fasse une place »

Théâtre : du prétoire

aux planches
aux planches

aux planches

 

11

 

Documentaire :

Contrepoints

Vergès, ce diable d’avocat

 

Par Hassen Zenati

Débat : (In)justice internationale

 

Tribunes et débats

Dossier dirigé par Gilles Munier avec Majed Nehmé, Hassen Zenati, Jacques-Marie Bourget, Corinne Moncel et Samy Abtroun

64

La sagesse de l’espion

et des poissons volants…

 
 

Par Richard Labévière

Afrique
Afrique

Afrique

76

La nouvelle

36

Soudan

 

Stuart Cary Welch

révolution chinoise

Divorce à l’amiable ?

42

Politique africaine

 

Par Hakim Ben Hammouda

Par Hakim Ben Hammouda

Par Hassen Zenati

Par Hassen Zenati

Aldo Ajello

et Marc-Antoine Pérouse de Montclos :

 

Événement

 

38

Côte d’Ivoire

« Il faut cesser de se focaliser sur les élections »

16

Jacques Vergès,

Deux armées face à face

l’anticolonialiste

 

Par Fabrice Yassoua

Itinéraire :

Itinéraire :
• Itinéraire :   Propos recueillis par Laurence D’Hondt
 

Propos recueillis par Laurence D’Hondt

une vie dédiée à

40

Congo

Congo

l’anticolonialisme

l’anticolonialisme
   

Interview :

Nimi-Madingou :

46

 

« Je me moque

«

L’homme doit être

Burundi

complètement

initiateur et bénéficiaire

Démocratisation

de ce que l’on peut

du développement »

à reculons

dire de moi »

 

Propos recueillis par Valérie Thorin

 

Par François Misser

Février 2011 l A frique A sie

     

Économie

 
    68 Infos, brèves
 

68

Infos, brèves

Infos, brèves
   

70

Devise

Le franc CFA, « monnaie anticonstitutionnelle »

Thierry Gouegnon / Reuters

 

Par François Misser

» Thierry Gouegnon / Reuters   Par François Misser 72 Centrafrique   38 38 Un eldorado

72

Centrafrique

 

3838

Un eldorado qui fait grise mine

 

Par François Misser

3636

 

5656

 
     

APS

36 36   56 56         APS 54 Algérie   74 Reportage •

54

Algérie

 

74

Reportage

Les quartiers

Afrique de l’Est:

populaires entre

le lac Victoria a la pêche

colère et

manipulation Par Hamid Zyad

 

Par Arnaud Bébien

   

Culture

Culture

Jeunesse : loin

 

des clichés et proche du pays, patriote et studieuse

des clichés et proche du pays, patriote et studieuse
 

78

Infos culture

Infos culture
 
 

Par Philippe Lebeaud

 

80

Festival mondial

 

4848

 

des arts nègres

 

Moyen-Orient

Couacs à Dakar

62

Iran

Iran
 

Par Catherine Millet

 
 

48

Niger

Kambou Sia / AFP

La « chirurgie

 

82

 

économique »

Oasis de Siwa

Promesses tenues?

d’Ahmadinejad Par Jean Levert

Mythes et mirages au Sahara

 

Par Daouda Tembire

     

Par Habib Tawa

 

Monde arabe

 

Amériques

Amériques
 

50

Tunisie

66

États-Unis

 

84

Médias

Ne pas faner le jasmin

Le Congrès américain

Les chaînes occidentales à l’assaut du monde arabe

de la révolution

à l’heure du

Parole de général

Tea Party

 

Par Philippe Tourel

 

Par Maureen Smith

 

Par Théo Corbucci

13

86 Livres

Chrétiens

dans l’Espagne

musulmane

Par David Alexandre

Plongée

au cœur de l’art moyen-oriental

Par Bachar Rahmani

88 Anthologie

Littérature érotique :

contes de fées et de fesses

Par Samy Abtroun

90 Saga

Kenizé Mourad :

comment l’Inde

a défié la perfide Albion

Par Marc Yared

92 Musique

Laure Rekoula :

l’eau qui coule,

le temps qui passe

 

Par Roger Calmé

La pirogue

de Tia Yova

 

Par Luigi Elongui

94 Tradition

Abeer Hamad :

parfum de passion

Par Luigi Elongui

95 Il y a 30 ans

Brésil :

le revers de la

médaille

Par Alfredo Benites

95 Il y a 30 ans Brésil : le revers de la médaille Par Alfredo Benites

Sport

96 Football

Caf : la lutte des places

Par Faouzi Mahjoub

96 Football Caf : la lutte des places Par Faouzi Mahjoub La dernière page 98 53

La dernière page

98 53 États en 2010,

54 en 2011… L’Afrique est en pleine croissance

Par Valentin Mbougueng

Février 2011 l A frique A sie

Xinhua

14

Éditorial

Le bébé et l’eau du bain

P ar ces journées fiévreuses en Tunisie, on peut comprendre que le mouvement populaire, qui a conduit à la chute de la « maison Ben Ali », soit impatient de marquer son territoire en scandant à tue-tête et à tout bout de champ : « Plus jamais

ça et plus jamais eux. » On peut comprendre aussi les craintes de ceux qui doutent de l’issue de leur action, s’en allant répéter que « le dictateur est parti, mais [que] la dic- tature est restée ». On comprend que la parole libérée après tant d’années de silence forcé soit spontanément portée à l’excès, sans parler des adeptes, quelque peu démodés, du « grand soir », qu’il soit rouge ou vert.

faire plus? Vraisemblablement. Il aurait fallu que les « déci- deurs » s’ouvrent à la critique pour ajuster le modèle de croissance libéral, essentiellement tourné vers l’extérieur, conçu dans les années 1970 sous l’égide de Hédi Nouira, et suivi avec constance depuis, malgré ses faiblesses. Ce n’est que lorsque celles-ci sont devenues béantes, que l’on s’est aperçu que le type de croissance choisi – fondé sur le tou- risme de masse, les délocalisations, les investissements étrangers et le recours aux emplois non qualifiés – ne tarde- rait pas à atteindre ses limites. La crise financière mondiale l’a achevée, laissant sur le carreau des dizaines de milliers de diplômés chômeurs trop qualifiés pour accepter d’être réduits au rang d’une main-d’œuvre servile et bon marché. L’arrêt brutal de l’émigration en Europe n’a fait qu’ajouter à leur désespoir. Tout comme la raréfaction des débouchés dans les pays du Golfe et en Libye, jadis grands pour- voyeurs d’emplois qualifiés. Ils aspiraient à la « mondialisa- tion heureuse » qu’on leur vantait, ils ne l’ont pas rencon- trée. Finalement, ce modèle de croissance extraverti, inégalitaire, a scindé le pays en deux : un pays « vitrine » s’étalant sur le littoral, tourné vers la mer, et un pays pro- fond, replié à l’intérieur des terres, empêtré dans la misère. Personne n’a vu venir la révolte. Nous non plus. L’obs- cène exercice de rétroclairvoyance auquel se livrent cer- tains analystes depuis la chute de Ben Ali, ne convainc per-

sonne. Par ces moments cruciaux que vit la Tunisie, nous

ne voulons pas hurler avec les loups. Nous avions certes conscience des insuffisances, des zones d’ombres et des limites de ce modèle de développement imposé d’en haut par un pouvoir devenu, ces dernières années, autiste devant la sourde revendication sociale et politique qui montait du pays profond. Le verrouillage de l’espace politico-média- tique au nom de la lutte contre l’intégrisme et le terrorisme, une opposition fragmentée, en guerre contre elle-même autant que contre le régime, et qui – souvent à partir de l’étranger – se complaisait dans la dénonciation creuse et l’invective plutôt que dans la proposition programmatique, ont sans doute renforcé le pouvoir dans sa dérive autori- taire. On le sait trop, un pouvoir absolu corrompt, absolu- ment. C’est pourquoi il n’a pas voulu se remettre en cause, ses intérêts le lui interdisant et l’empêchant, avec le temps, de prendre la mesure de ses déficiences et de mettre en question ses choix qu’il estimait les seuls possibles. À cet autisme en temps de crise se sont ajoutés d’autres facteurs déterminants : l’usure d’un

pouvoir sans partage qui aura duré vingt-trois ans ; l’entrée du pays, depuis 2009, dans une guerre de succession non déclarée

w Le théorème de Tocqueville

Pourtant, ces journées fébriles, à cheval entre deux années civiles, comme la Tunisie est à cheval entre deux ères politiques, ont apporté jusqu’ici le témoignage de la grande maturité politique des Tunisiens dans la gestion de l’avenir de leur cité. Ils ont dit que s’il fallait traquer les responsables du dérapage meurtrier et en punir les cou- pables, poursuivre les corrupteurs et les corrompus, démas- quer et dénoncer les opportunistes et les arrivistes de tout poil qui ont pris le pays en otage, il fallait aussi prendre garde de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. En cinquante ans d’indépendance, la Tunisie a accumulé les acquis, n’en déplaise aux nostalgiques du protectorat qui tiennent encore ce peuple pour mineur, l’interrogeant sur ses perspectives d’avenir avec une condescendance – sor- dide en ces temps tragiques – dont ils devraient se départir désormais. Au-delà de toute obédience intellectuelle et de toute appartenance politique, en effet, deux ou trois généra- tions de cadres formés à l’école tunisienne, qui ne sont pas tous, loin de là, des « khobzistes » (mus par leurs seuls inté- rêts personnels ou alimentaires, dans la terminologie locale) ont monté un État, lancé des réformes économiques,

sociales et culturelles, fait reculer les traditions archaïques, se sont confrontés aux intégrismes en gagnant des batailles sur plusieurs fronts. Ceux-là n’ont certainement pas démé- rité. Le pays a été transformé de fond en comble. Malgré le manque criant de ressources, la Tunisie a pu afficher sur le long terme quelques performances très flatteuses à son pal- marès, saluées il y a peu encore par les instances internatio- nales : des taux de croissance et de scolarisation élevés, la formation d’une élite intellectuelle dans plusieurs domaines, l’affirmation du rôle déter-

minant de la femme dans la vie nationale, le recul de la pauvreté, etc. Pouvait-elle faire mieux ? Sans doute. Pouvait-elle

etc. Pouvait-elle faire mieux ? Sans doute. Pouvait-elle LA DÉMOCRATIE EST « LE PIRE DES SYSTÈMES,
etc. Pouvait-elle faire mieux ? Sans doute. Pouvait-elle LA DÉMOCRATIE EST « LE PIRE DES SYSTÈMES,

LA DÉMOCRATIE EST « LE PIRE DES SYSTÈMES,

À L’EXCEPTION DE TOUS LES AUTRES ». CHURCHILL

Février 2011 l A frique A sie

15

Après la révolution, reste à construire les contre-pouvoirs, qui protègeront de toute dérive et de tout enfermement.

Après la révolution, reste à construire les contre-pouvoirs, qui protègeront de toute dérive et de tout
 
la révolution, reste à construire les contre-pouvoirs, qui protègeront de toute dérive et de tout enfermement.

entre les divers prétendants au sein de l’État, du parti et surtout dans l’entourage familial qui cherchait à faire main basse sur l’économie. Nous n’avions pas été assez vigilants pour dénoncer cette dérive. Pour nous, un régime tire une partie de sa légitimité de la croissance qu’il génère. La perestroïka d’abord, la glasnost naturellement. Comme l’écrit avec grande lucidité Jacques Julliard (Marianne, 22 janvier 2011), « d’une certaine manière, Ben Ali, ce tyran à l’antique, avec son régime policier et jaloux, avait été victime de ce qu’il avait laissé se développer de moder- nité dans la société : émancipation de la femme, développe- ment de l’enseignement et de la culture, relative laïcité des institutions. Oui, Ben Ali est victime du théorème de Toc- queville, qui veut qu’un régime autoritaire périt par ce qu’il laisse se développer en lui de libéral. » Cela étant, nombreux étaient ceux qui pensaient, comme nous, que les voies vers la libération et la démocratie, notamment dans les pays émergents, n’étaient pas forcé- ment celles empruntées pendant plus de deux siècles par l’Occident. La méthode progressive prônée par Bourguiba

et Ben Ali nous semblait plus adaptée à la réalité tuni- sienne. Et puis, si la Tunisie a pu basculer dans la transition démocratique, n’est-ce pas justement en raison de sa classe moyenne accomplie, de ses élites ouvertes, de son enrichis- sement économique global, de son système éducatif qui a formé, rien qu’en 2010, quelque 100 000 nouveaux diplô- més – dont la moitié seulement a trouvé un emploi –, de ses acquis accumulés depuis des années ? De l’épisode sanglant qu’ils viennent de vivre, les Tuni- siens seraient tentés de réduire l’État post-indépendant aux agissements criminels d’un clan, dont ils ont découvert à

cette occasion l’étendue des pouvoirs occultes et des méfaits. Ce serait une erreur. Il y a mieux à faire :

construire patiemment les contre-pouvoirs – justice, presse, associations, partis, syndicats, etc. – qui veilleront à barrer la route à toutes les dérives et tous les enfermements de quelque nature qu’ils soient. Et ils sont légion. C’est le choix de la voie vers la démocratie, dont Chur- chill disait qu’elle est « le pire des systèmes, à l'exception

de tous les autres ». n

Afrique Asie

Février 2011 l A frique A sie

16 Événement

Vergès

l’anticolonialiste

Vergès l’anticolonialiste E ngagé à 17 ans dans les Forces françaises libres contre l’occupation nazie,
Vergès l’anticolonialiste E ngagé à 17 ans dans les Forces françaises libres contre l’occupation nazie,

E ngagé à 17 ans dans les Forces françaises libres contre l’occupation nazie,

animateur du Comité des étu- diants anticolonialistes, puis défenseur des militants du FLN, mais aussi des Carlos, Naccache, Barbie et autres Bongo et Gbagbo, Jacques Vergès est l’un des avocats les plus talentueux et controversés du monde judiciaire contemporain. Celui qui a conceptualisé le procès de rupture dénonce l’in- justice internationale et ses tribu- naux instrumentalisés, une inqui- sition qui se met, encore aujourd’hui, au service des plus forts. La partialité de la justice va de pair avec les entreprises colo- nisatrices d’hier et celles, plus pernicieuses car moins visibles, qui minent le monde actuel, explique-t-il. En morcelant les territoires qu’elles convoitent et en affaiblissant leurs populations par l’affrontement, les puis- sances occidentales, qui s’as- soient d’ailleurs volontiers sur les sacro-saints principes qu’elles appellent à défendre – droits de l’homme en tête –, n’ont en effet rien à envier à leurs prédécesseurs. Or « le plus fort n’a pas toujours raison et le vaincu toujours tort », témoigne- t-il, refusant « qu’un homme soit humilié, même mes ennemis ». Ce dossier comprenant un entretien exclusif avec l’avocat, retrace sa vie de combattant, dis- tille ses engagements et nous offre un portrait vivifiant de la justice, telle qu’énoncée dans les prétoires, un principe moral qui exige le respect du droit et de l’équité. Jacques Vergès, dira-t-on, ne connaît l’échec que dans les jeux éponymes qu’il collectionne sans malice – ou presque. Dans les salles d’audience, il faut plutôt compter ses victoires acquises de… main de maître. n Afrique Asie

main de maître. n A f r i q u e A s i e Biographie

Biographie À un détracteur qui l’accusait d’antisémitisme lors du procès Barbie, Jacques Vergès eut cette réponse cinglante :

« Ma mère n’avait pas besoin de porter l’étoile jaune, elle était jaune de la tête aux pieds. » Rétablir la vérité dans toute sa nudité – et parfois sa cruauté –, tel est le credo choisi par cet avocat hors normes dont le pas marquera encore longtemps les salles d’audience.

17

Gamma

17 Gamma Jacques Vergès blessé à Paris, le 16 février 1961, lors d’une manifestation de protestation

Jacques Vergès blessé à Paris, le 16 février 1961, lors d’une manifestation de protestation contre l’assassinat de Patrice Lumumba.

de protestation contre l’assassinat de Patrice Lumu mba. Une vie dédiée à l’anticolonialisme Par Gilles Munier
de protestation contre l’assassinat de Patrice Lumu mba. Une vie dédiée à l’anticolonialisme Par Gilles Munier

Une vie dédiée à l’anticolonialisme

Par Gilles Munier

Une vie dédiée à l’anticolonialisme Par Gilles Munier J acques Vergès est né le 5 mars
Une vie dédiée à l’anticolonialisme Par Gilles Munier J acques Vergès est né le 5 mars

J acques Vergès est né le 5 mars 1925, au Siam (aujourd’hui Thaï- lande). Il est le fils de Pham Thi

Khang, institutrice vietnamienne, et du

docteur Raymond Vergès, originaire

de la Réunion, consul de France à Oubone. Suite à ce mariage, considéré comme une mésalliance par la société coloniale de l’époque, son père dut démissionner et reprendre ses activités de médecin. Après le décès de sa mère alors qu’il avait trois ans, son père

s’installa à la Réunion où Jacques Ver- gès fut élevé par une vieille tante. À l’âge de 10 ans, il rencontra Abdelkrim al-Khattabi, assigné à rési- dence à la Réunion. La forte personna- lité du résistant, héros légendaire de la guerre du Rif (1921-1926) contre

Â

Février 2011 l A frique A sie

D. R.

18 Événement Vergès l’anticolonialiste

D. R. 1 8 Événement Vergès l’anticolonialiste Jacques Vergès, directeur de Révolution Africaine, reçu en 1963

Jacques Vergès, directeur de Révolution Africaine, reçu en 1963 par le président Mao Tsé Toung.

Africaine, reçu en 1963 par le président Mao Tsé Toung. Bibliographie choisie J acques Vergès est
Africaine, reçu en 1963 par le président Mao Tsé Toung. Bibliographie choisie J acques Vergès est

Bibliographie choisie

Bibliographie choisie J acques Vergès est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages parmi lesquels : • Pour
Bibliographie choisie J acques Vergès est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages parmi lesquels : • Pour

J acques Vergès est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages parmi lesquels :

Pour Djamila Bouhired, Jacques Vergès et Georges Arnaud, Éd. de Minuit,

1957.

Le Droit et la colère, Éd. de Minuit, 1960.

Nuremberg pour l’Algérie, avec Abdessamad Benabdallah

et Mourad Oussedik, Éd. Maspero, 1961.

De la stratégie judiciaire, Éd. de Minuit, 1968.

Pour les fidayine - La résistance palestinienne, Éd. de Minuit, 1969.

Agenda, Éd. Jean-Claude Simoën, 1979.

Beauté du crime, Éd. Plon, 1988.

Je défends Barbie, préface de Jean-Edern Hallier, Éd. Jean Picollec, 1988.

Lettre ouverte à des amis algériens devenus tortionnaires, Éd. Albin Michel, 1993.

Le Salaud lumineux, entretiens avec Jean-Louis Remilleux, Éd. Michel Lafon, 1996.

Intelligence avec l’ennemi, Éd. Michel Lafon, 1996.

Omar m’a tuer - Histoire d’un crime, Éd. J’ai Lu, 2001.

Dictionnaire amoureux de la justice, Éd. Plon, 2002.

Justice pour le peuple serbe, Éd. L’Âge d’Homme, 2003.

La Démocratie à visage obscène - Le vrai catéchisme de George W. Bush, Éd. La Table Ronde, 2004.

Rien de ce qui est humain ne m’est étranger - Journal 2003-2004,

Éd. Plon, 2005.

Malheur aux pauvres, Éd. Plon, 2006.

Crimes contre l’humanité - Massacres en Côte d’Ivoire, Éd. Pharos, 2006.

Que mes guerres étaient belles !, Éd. du Rocher, 2007.

Journal- La passion de défendre, Éd. du Rocher, 2008. n

les troupes espagnoles et françaises – commandées par le maréchal Pétain –, eut très certainement une grande influence sur sa manière de percevoir le monde.

À 12 ans, il milite avec son père, fon-

dateur du parti communiste réunion- nais, et Paul – son frère jumeau – pour le Front populaire. En 1942, son bac en poche, obtenu brillamment au coude à coude avec le futur premier ministre français Raymond Barre, Jacques Ver- gès et son frère Paul rejoignent le géné- ral de Gaulle et les Forces françaises libres (FFL) en Grande-Bretagne. Ils ont 17 ans et demi. Sous-officier, Jacques Vergès parti- cipe aux combats en Afrique du Nord,

en Italie, puis en France. Après la guerre, en 1946, il adhère au Parti com- muniste français (PCF) – où son mili-

tantisme au sein du Comité des étu- diants anticolonialistes passe mal – et entame des études d’histoire, puis de droit. C’est là qu’il fait la connaissance de la génération d’hommes politiques, africains et asiatiques, qui lutteront pour l’indépendance de leur pays, ainsi que du Cambodgien Saloth Sar, futur chef des Khmers rouges sous le nom de Pol Pot, et de Khieu Samphan dont il assure aujourd’hui la défense. En 1950, Jacques Vergès est élu – contre l’avis du PCF – membre, puis secrétaire général du bureau de l’Union internationale des étudiants dont le siège est à Prague. En 1955, de retour en France, il obtient sa licence en droit, passe le Capa, et s’inscrit au barreau de Paris. La Conférence du stage, associa- tion d’avocats célèbre pour son concours d’éloquence, le sacre orateur de l’année. En avril 1957, il propose ses services aux avocats qui défendent les militants du FLN et se jette, à corps perdu, dans le combat pour l’indépendance de l’Al- gérie. Michel Debré, premier ministre du général de Gaulle, dira que le collectif, dont il est le leader, est « plus dange- reux qu’une division ». Finalement, il est suspendu pendant un an. Il s’ins- talle au Maroc où le docteur Khatib, ministre des Affaires africaines, en fait son conseiller et son agent de liaison avec les mouvements de libération à qui il fournissait des faux passeports, des vivres, de l’argent et des armes.

Alger, après avoir été directeur du

département Afrique de Mohamed Khémisti – ministre des Affaires étran-

À

19

D. R.

gères assassiné en avril 1963 – Jacques Vergès crée Révolution africaine. Dans le n° 2 de l’hebdomadaire, il rend un vibrant hommage à Abdelkrim Al- Khattabi qui vient de décéder au Caire. Le « Lion du Rif », écrit-il, a démontré « à nous, hommes de couleur, que l’im- périalisme n’était pas invincible ». Il signe l’article de son nom de guerre :

Mansour (le victorieux).

w La vedette des barreaux

Suite à des dissensions idéologiques avec le président Ben Bella, il quitte l’Algérie et fonde à Paris, en sep- tembre 1963, le mensuel Révolution avec l’aide de la Chine et de l’entou- rage de Che Guevara. Après le renver- sement de Ben Bella, le 19 juin 1965, il revient en Algérie, épouse Djamila Bouhired, héroïne de la bataille d’Al- ger qu’il a défendue au cours d’un procès retentissant, et s’inscrit au bar- reau d’Alger. À la demande d’Abdela- ziz Bouteflika, alors ministre des Affaires étrangères du président Bou- médiène, il assure la défense de fidayine palestiniens du FPLP ayant attaqué des avions d’El Al à Athènes et Zurich et de Mahmoud Hedjazi, condamné à mort pour avoir tiré sur des gardes-frontière. Les Israéliens le bloquent à l’aéroport de Tel-Aviv et l’expulsent. Jacques Vergès « disparaît » de 1970 à 1978. Qu’on ne compte pas sur lui pour dire où il était et ce qu’il fai- sait ! Les brides de réponses qu’il dis- tille dans Agenda, roman à clés paru en 1979, aboutissent à des impasses. Selon la DST (service français de contre-espionnage), il aurait séjourné à Cuba, en Allemagne de l’Est, au Viêt Nam du Nord, et serait un des pères de la Constitution algérienne de 1975. Mais ces informations sont à prendre avec des pincettes. De retour en France, il reprend ses activités comme si de rien n’était. Sui- vront des procès qui feront de lui un des avocats les plus talentueux et controversés du monde judiciaire contemporain. Aujourd’hui, respecté par la majorité de ses confrères, y compris par ceux qui ne partagent pas ses engagements, il est l’invité vedette des rentrées solennelles des barreaux français et des colloques internatio- naux consacrés au droit pénal. Son triomphe au théâtre, avec Serial plai- deur, témoigne de sa popularité hors des prétoires. n

deur , témoigne de sa popularité hors des prétoires. n Torture : Djamila Bouhired, héroïne de

Torture : Djamila Bouhired, héroïne de la guerre d’indépendance de l’Algérie, lors d’un interrogatoire policier, avec en arrière plan… une infirmière.

policier, avec en arrière plan… une infirmière. Djamila, Vergès… de Gaulle A près le procès de
policier, avec en arrière plan… une infirmière. Djamila, Vergès… de Gaulle A près le procès de

Djamila, Vergès… de Gaulle

Djamila, Vergès… de Gaulle A près le procès de Djamila Bouhired, Jacques Vergès publia sa plaidoi-
Djamila, Vergès… de Gaulle A près le procès de Djamila Bouhired, Jacques Vergès publia sa plaidoi-

A près le procès de Djamila Bouhired, Jacques Vergès publia sa plaidoi-

rie aux Éditions de Minuit, avec une préface de l’écrivain Georges

Arnaud. Il l’adressa au général de Gaulle qui répondit : « Messieurs,

je vous remercie de m’avoir adressé votre petit livre sur Djamila Bouhired. Je sais, dirai-je, par expérience personnelle, que tout drame français est un monde de drames humains. De celui-là, vous avez eu raison de ne rien cacher. Votre éloquente sincérité ne peut laisser personne indifférent. Post-scriptum :

avec pour vous, Vergès, mon fidèle souvenir. » n

Février 2011 l A frique A sie

20 Événement Vergès l’anticolonialiste

Entretien Une Europe qui veut transformer ses avocats en mouchards, une France tartuffe, des tribunaux internationaux partiaux… Jacques Vergès n’en est certainement pas à sa première rupture d’avec le monde établi et les usages, conservant même, dit-il un brin moqueur, « cet avantage de ne pas avoir une peur physique de la mort ». Exclusif.

« Je me moque complètement de ce que l’on peut dire de moi »

Propos recueillis par Gilles Munier et Majed Nehmé

moi » Propos recueillis par Gilles Munier et Majed Nehmé n Vos années d’expérience en tant
moi » Propos recueillis par Gilles Munier et Majed Nehmé n Vos années d’expérience en tant

n Vos années d’expérience en tant qu’avocat vous ont conduit à fré- quenter l’institution judiciaire dans tous ses aspects : capitaliste, impéria- liste, colonial. Comment évaluez- vous le développement de la justice et les réformes que l’on y apporte en France et dans le monde ? r L’expérience de la guerre d’Algérie a corrompu la justice française parce qu’aucun tortionnaire n’a été condamné. Quand mon confrère Amo- krane Ould Aoudia a été assassiné par le SDECE, on n’a pas recherché son meurtrier. Ce matin-là, au procès de l’Association des étudiants musulmans algériens, nous avons demandé une minute de silence pour rendre hom- mage à notre ami. Le président de la Chambre correctionnelle – Monsieur Fiama, son nom mérite d’être cité – a répondu que ce n’était pas le premier Algérien tué et il est resté assis. Autre exemple : un confrère communiste qui assistait un militant torturé et disait que ce dernier avait été sodomisé avec une bouteille, s’était vu répondre : « C’est comme au temps de la marine à voiles… pour qu’il lui confie ses secrets. » Il reste des traces de tous ces comportements. Aujourd’hui, la crise est évidente dans la justice. Autant, hier, les juges étaient tenus, autant ils sont maintenant « lâchés dans la nature ». L’affaire de Bruay-en-Artois – le meurtre d’une jeune fille de 16 ans, jamais élucidé – est symptomatique, on devrait ériger une statue au juge Pascal, finalement dessaisi! Il est l’ancêtre de tous les

juges justiciers et populistes. Il préfi- gure le juge Bruguière, spécialisé dans la lutte antiterrorisme, instruisant l’af- faire de l’attentat contre le DC-10 d’UTA Brazzaville-Paris, demandant à aller à Tripoli, en Libye, sur un navire de guerre. Ces juges sont devenus des vedettes bien qu’ils aient conduit les affaires dont ils avaient la charge dans un naufrage.

w Transformer l’avocat en mouchard

L’Europe, heureusement, a parfois du bon : elle a condamné la France à propos des gardes à vue et la Cour de cassation a dû en tenir compte. La garde à vue sera désormais conforme aux droits de la défense. Jusqu’ici, l’avocat était regardé avec méfiance, comme un complice de l’accusé. Pour- quoi ne pas admettre dans les affaires de terrorisme ou de drogue, la présence de l’avocat dès la première heure ? Par contre, l’Europe impose à l’avocat les dénonciations de fraudes que lui feraient ses clients, le transformant en mouchard. Le bâtonnier Maître Char- rière-Bournazel a réagi en disant qu’il se mettait en position de désobéissance civile. Il recevra ce que lui diront les avocats, mais ne le transmettra pas à la justice. Certaines réformes sont parfois dan- gereuses pour le justiciable. On ne va pas pleurer sur les juges d’instruction qui instruisent trop souvent à charge ! Mais pourquoi vouloir les remplacer

par des avocats autorisés à enquêter avec l’aide de détectives ? Ce sera for- midable pour les riches qui choisiront, pour les défendre, un avocat expéri- menté et qui lui donneront les moyens de recruter une dizaine de détectives enquêtant selon ses instructions. Par contre, celui qui n’aura pas ces moyens aura un avocat débutant et aucun bud- get pour enquêter. Voilà ce que l’on veut imposer en France avec, en plus, un procureur sous les ordres de l’État. n Dans le contexte de la justice mon- dialisée, l’établissement de tribunaux comme la Cour pénale internationale (CPI), les tribunaux pour la Yougo- slavie, le Rwanda, le Liban, le Cam- bodge n’ont-ils pas pour objectif de déplacer la responsabilité des maîtres d’œuvre vers les exécutants ? r Première observation : ces tribunaux sont constitués par le plus fort, pas par le plus faible ; autrement, par le vain- queur, pas par le vaincu. Or, le plus fort n’a pas toujours raison et le vaincu tou- jours tort. Quel est le but de ces tribu- naux : faire porter le chapeau du désastre de la guerre sur la tête de l’ad- versaire, sachant que si l’on n’y par- vient pas, les accusations reviendront comme un boomerang dans la figure du vainqueur. Vu cette situation, les enquêtes sont menées uniquement à charge. Au moins, au procès de Nuremberg, souvent cité en exemple, l’accusation tenait, même si elle n’était pas blanc-

DANS LE TRIBUNAL POUR LA YOUGOSLAVIE, IL N’Y A PAS DE SERBE.

LE TRIBUNAL POUR LA YOUGOSLAVIE , IL N’Y A PAS DE SERBE. ON JUGE UN SERBE…
LE TRIBUNAL POUR LA YOUGOSLAVIE , IL N’Y A PAS DE SERBE. ON JUGE UN SERBE…

ON JUGE UN SERBE… SANS LES SERBES.

A. A. Rabbo

A. A. Rabbo « Aimer les échecs, dit Jacques Vergès (ici devant sa collection de jeux),

« Aimer les échecs, dit Jacques Vergès (ici devant sa collection de jeux), c’est aimer le combat, la lutte, le jeu et la loyauté. »

c’est aimer le combat, la lutte, le jeu et la loyauté. » bleu : la France
c’est aimer le combat, la lutte, le jeu et la loyauté. » bleu : la France

bleu : la France colonisait l’Afrique, l’URSS était responsable du massacre de Katyn, dans le Commonwealth les indigènes n’étaient pas recensés, les Américains avaient détruit Hiroshima

et Nagasaki. Mais, les crimes imputés aux accusés étaient évidents et dans les pays alliés, les opinions publiques étaient mobilisées. À Nuremberg, les Russes n’ont pas

21

obtenu que Katyn soit imputé aux nazis. Mais dans les procès, tout est différent. Certains n’observent pas les règles de procédure. Dans celui de Milosevic, la procédure a été changée vingt-deux fois par les juges. Adieu Montesquieu ! La loi n’est plus faite par l’autorité politique, mais par le juge qui l’applique. Quand une loi ne lui convient, il la change.

w Manuel de torture

Monsieur Jamie Shea, porte-parole de l’Otan a rappelé que l’organisation était le principal financier du tribunal pour la Yougoslavie. Elle se comporte comme Elf le faisait avec ses sous-trai- tants en Afrique. Pire encore : les dons étant acceptés, M. Soros, condamné en France pour délit financier, en est un des contributeurs. En France, aurait-on accepté d’être jugé par un tribunal payé en partie par Stavisky ? Dans le passé,

il y avait un contrôle de l’opinion sur

l’activité des tribunaux. Aujourd’hui, comment les Serbes pourraient-ils

exercer la leur? Dans ce tribunal, il n’y

a pas de Serbe. On juge un Serbe…

sans les Serbes. Au Cambodge, le président estime que quatre personnes mises en juge- ment, c’est suffisant. Dans ce pays, l’opinion n’est pas intéressée. Qui se souvient que les Khmers rouges étaient reconnus par la communauté interna- tionale, soutenus par les Occidentaux et la Chine populaire jusqu’en 1979 ? Vaincus, ils sont devenus brusquement coupables. Le chef du gouvernement souhaite que le procès se termine au plus vite ; que s’il traîne en longueur, c’est parce que les juges sont bien payés. Excédé, il est même allé jusqu’à déclarer: « Ces gens ne vont tout de même pas organiser la guerre civile chez nous ! » À la CPI, la procédure a été fixée d’avance, mais comment expliquer que tous les accusés sont noirs ? J’appelle cela du daltonisme moral. Comment expliquer que les tortures de la prison d’Abou Ghraib, de celle de Guanta- namo ne concernent pas ce tribunal, ou celles sous-traitées à l’étranger par la CIA ? Avez-vous lu le manuel de tor- ture de la CIA ? Il est en vente partout. C’est un recueil d’instructions données aux tortionnaires par le Département d’État américain à la Justice. On y explique comment pratiquer le sup- plice de la baignoire, comment priver un prisonnier de sommeil. L’un

Â

Février 2011 l A frique A sie

22 Événement Vergès l’anticolonialiste

d’eux en a été privé pendant dix jours. On va dans le détail, comme les mensu- rations d’un cachot construit afin qu’un homme ne puisse se tenir debout, ou le conseil d’enfermer un prisonnier avec des insectes s’il en a la phobie. Com- ment se fait-il que le gouvernement américain ne soit pas poursuivi pour avoir donné ces instructions ? La France est un pays de tartuffes. Comme la loi y interdit d’effectuer des

moment où une de ses filles, qui était l’invitée d’honneur du roi de Jordanie, s’est prononcée contre ma présence et pour celle d’autres personnes. J’ai pensé que la famille étant divisée à ce moment-là, la défense était handicapée et je ne voulais pas m’imposer dans une défense qui était vouée à l’échec. n Mais vous aviez eu le temps d’en- treprendre des démarches… r Oui, j’avais fait une démarche auprès

toute évidence n’étaient, selon moi, pas respectées.

n Ces démarches pourraient-elles

être relancées en direction du gou- vernement français ?

r Je pense que la rupture dont parlait le

candidat Nicolas Sarkozy ne concerne ni la politique étrangère ni les intérêts de la France. La France est partie pre- nante de ce pacte sur les droits

civiques, elle se doit de faire respecter les obligations qu’il implique. Il y a une continuité de l’État.

n Pouvez-vous nous parler de la

défense de Tarek Aziz ?

r J’ai demandé un visa à l’ambassade

d’Irak à Paris. Je ne l’ai pas eu. J’ai fait une démarche auprès des Américains

pour qu’ils m’autorisent à rencontrer Tarek Aziz. Bien sûr, je n’ai pas obtenu cette autorisation, de sorte que je me suis contenté de prendre publiquement position à travers l’obligeance des ami- tiés franco-irakiennes en rendant publique une lettre ouverte aux juges de Tarek Aziz. Je leur ai dit que s’ils prononçaient la peine de mort, la condamnation serait illégale comme illégale était la condamnation à mort du président Saddam Hussein.

n

Illégales, pourquoi?

r

Parce que la jurisprudence internatio-

nale dit que s’il existe une loi au moment des faits reprochés, fondés ou pas, pro-

nonçant des peines lourdes, et que la même loi existe au moment du juge- ment, mais qu’entre-temps une loi inter- médiaire plus clémente a été en vigueur, c’est la loi intermédiaire qui doit s’appli- quer. Or, entre les faits reprochés au pré- sident Saddam Hussein qui étaient pas- sibles de la peine de mort, au cas où ils

auraient été fondés, et le moment où il a été jugé, il y a eu une période pendant laquelle les Américains ont suspendu la peine de mort. Si Saddam Hussein avait été jugé pendant cette période intermé- diaire, on n’aurait pas pu le condamner à mort. Dans ce cas-là, dit la jurisprudence internationale, c’est la loi intermédiaire qui doit s’appliquer. Les condamnations à la peine capi- tale de Tarek Aziz, de Saadoun Shaker et de trois autres anciens dirigeants ira- kiens, n’auraient pas, non plus, dû être prononcées.

Tarek Aziz réduit au silence

Tarek Aziz réduit au silence Tarek Aziz connaît trop de secrets compromettants, explique Jacques Vergès, il
Tarek Aziz réduit au silence Tarek Aziz connaît trop de secrets compromettants, explique Jacques Vergès, il

Tarek Aziz connaît trop de secrets compromettants, explique Jacques Vergès, il faut le faire taire définitivement, mais, avant de le pendre et le

faire taire à jamais, le Tribunal est là pour le condamner déjà au silence. Comme me l’écrivait, au nom de M. Chirac, M. Gourdault- Montagne * que j’avais saisi en son temps à propos des conditions de déten- tion de M. Tarek Aziz : “S’agissant des garanties judiciaires auxquelles peut prétendre M. Tarek Aziz, je relève que l’Irak est partie prenante du Pacte des Nations unies de 1966 sur les droits civils et politiques qui reconnaît à toute personne le bénéfice de garanties judiciaires procédurales. Les autorités ira- kiennes ont, certes, le droit d’adopter des mesures qui dérogeraient aux obli- gations qu’impose cet instrument, mais seulement en cas de danger public exceptionnel menaçant l’existence de la nation et sous réserve de l’accomplis- sement de certaines formalités d’information des autres parties au Pacte, par l’intermédiaire du secrétaire général des Nations unies. Or, à ce jour, les autorités irakiennes n’ont pas signalé aux autres États parties l’adoption de mesures dérogatoires. M. Tarek Aziz bénéficie donc, dans ses relations avec les autorités irakiennes, de la protection que lui offre le Pacte des Nations Unies de 1966 précité”. » n

«

lui offre le Pacte des Nations Unies de 1966 précité”. » n « w * Conseiller

w * Conseiller diplomatique de Jacques Chirac.

lui offre le Pacte des Nations Unies de 1966 précité”. » n « w * Conseiller

tortures laissant des traces, ils envoient les prisonniers à torturer à l’étranger. Un officiel suisse a fait un rapport sur ce genre de sous-traitance en Europe, plus particulièrement en Pologne, Rou- manie et Lituanie. Des avions survo- lent la France, sans que personne ne demande qui il y a dedans. Il y a com- plicité générale. Évidemment, la CPI ferme les yeux. En fait, il n’y a pas de justice internationale, mais une inquisi- tion au service des puissances occiden- tales, et de la France en particulier. n Vous avez pris la défense du prési- dent Saddam Hussein, en faisant partie du groupe d’avocats constitué à cet effet, puis vous vous en êtes retiré. Pourquoi? r J’ai accepté la défense de Saddam Hussein à la demande d’une dizaine de membres de sa famille que j’ai rencon- trés à Paris, Genève et Sanaa, au Yémen. Je me suis retiré à partir du

du président de la République, en France, et auprès des ambassades du Royaume-Uni, de la France et de la Russie, sur le respect des droits de l’homme dans les procès qui allaient s’ouvrir en Irak. J’étais également l’avocat pressenti de Tarek Aziz. J’avais reçu une réponse un peu for- melle de la Russie et, surtout, une lettre très détaillée de M. Gourdault- Montagne, conseiller diplomatique du président Chirac. Il me disait que l’Irak, partie prenante du Pacte inter- national sur les droits civiques qui pré- voyaient la liberté de la défense, était tenu de respecter des règles élémen- taires dans ce domaine ; règles qui de

À LA CPI, COMMENT EXPLIQUER QUE TOUS LES ACCUSÉS SONT NOIRS ?

CPI , COMMENT EXPLIQUER QUE TOUS LES ACCUSÉS SONT NOIRS ? J’APPELLE CELA DU DALTONISME MORAL.
CPI , COMMENT EXPLIQUER QUE TOUS LES ACCUSÉS SONT NOIRS ? J’APPELLE CELA DU DALTONISME MORAL.

J’APPELLE CELA DU DALTONISME MORAL.

Février 2011 l A frique A sie

23

D. R.

n Oui, mais on les accuse d’avoir été

membres du Conseil de commande- ment de la révolution (CCR) qui était l’organe suprême du pays. Était-ce suffisant pour les condamner à mort?

r Sûrement pas. C’est le retour au droit

le plus primitif. C’est de la vendetta. C’est le principe de la responsabilité collective. Elle refait également sur- face au Cambodge avec la notion d’en- treprise criminelle commune. À Nuremberg, le docteur Schacht, qui avait été ministre des Finances de Hit- ler, a été acquitté. On a considéré que ce grand bourgeois réactionnaire n’avait rien à voir avec Dachau, de même que Franz von Papen, ancien

chancelier, puis vice-chancelier.

w Le cas de l’Irak

Pendant la guerre d’Algérie, le colo- nel Aussaresses a pendu Larbi Ben M’hidi, héros de la guerre de libéra- tion. On pouvait accuser M. Mitterrand qui était informé tout comme M. Lacoste, mais il serait juridique- ment inadmissible d’accuser le prési- dent René Coty qui dans la Constitu-

tion de la IV e République n’avait pas de responsabilités très grandes dans ce domaine.

n La défense des prisonniers poli-

tiques irakiens semble moins organi-

sée que ne l’était celle des militants algériens du FLN…

r C’est le sentiment que l’on a… La

défense du FLN, le Front de libération nationale, était une défense modèle. C’est le Front qui dirigeait la défense, non par l’intermédiaire des avocats, mais par les militants eux-mêmes. Les militants étaient organisés en comités qui élisaient leur direction. Quand un militant était arrêté et emprisonné, il savait quel avocat désigner. Ici, dans le cas de l’Irak, ce sont les

familles qui organisent la défense et elles sont divisées et manifestement dépendantes des pays qui les ont

recueillies. Il est évident que lorsque l’on est en Jordanie ou au Qatar, la situation politique est différente.

n Le procès de rupture dont vous êtes

à l’origine avec les procès des mili- tants du FLN algérien a toujours été violemment critiqué parce que vous présentiez les accusés à l’opinion publique sous un jour différent de celui que leur donnaient les autorités politiques, judiciaires et certains médias. Ces critiques vous ont-

Â

judiciaires et certains médias. Ces critiques vous ont- Â Décembre 2010 : Jacques Vergès avec Roland

Décembre 2010 : Jacques Vergès avec Roland Dumas à Abidjan pour soutenir Laurent Gbagbo.

avec Roland Dumas à Abidjan pour soutenir Laurent Gbagbo. Côte d’Ivoire: Sarkozy parle à Gbagbo comme
avec Roland Dumas à Abidjan pour soutenir Laurent Gbagbo. Côte d’Ivoire: Sarkozy parle à Gbagbo comme

Côte d’Ivoire: Sarkozy parle à Gbagbo comme Hitler au roi de Bulgarie…

Sarkozy parle à Gbagbo comme Hitler au roi de Bulgarie… F in décembre 2010, lors de
Sarkozy parle à Gbagbo comme Hitler au roi de Bulgarie… F in décembre 2010, lors de

F in décembre 2010, lors de la visite qu’il a effectuée à Abidjan, pour ren- contrer le président Laurent Gbagbo, en compagnie de Roland Dumas, Jacques Vergès n’y est pas allé par quatre chemins. Il a interpellé vive-

ment Nicolas Sarkozy qui venait de sommer le président ivoirien de quitter le pouvoir : « Vous donnez 48 heures à Gbagbo pour démissionner. Vous parlez comme Hitler au roi de Bulgarie. Mais les rapports de forces ne sont plus les mêmes. D’ailleurs, au bout de 48 heures, rien ne s’est passé. Nous disons donc ceci: vous menacez, à travers des tirailleurs africains, de faire une inva- sion ici. Eh bien, n’oubliez pas la guerre du Viêt Nam où vous avez été battu par des Vietnamiens qui n’avaient ni avions ni chars. N’oubliez pas l’Algérie, où le FLN n’avait ni avions, ni chars ni canons. Mais il vous a battu. Alors, ne recommencez pas cette expérience en Côte d’Ivoire. Si vous le faites, Abidjan sera votre tombeau. » Au sortir d’une audience avec le président Gbagbo, Jacques Vergès a déclaré à la presse : « Ce que nous sommes venus dire à Gbagbo est que le gouvernement français n’est pas encore entré dans l’histoire et pense encore régner sur l’Afrique où il y avait des gouverneurs, des juges de paix à compé- tence étendue, des canonnières et des dirigeants corrompus qui volaient leurs peuples et partageaient les fruits de la corruption avec les dirigeants français. Tandis que lui, Gbagbo, il représente l’Afrique nouvelle, une Afrique qui ne s’incline pas, une Afrique qui n’est pas une Afrique de boys… Il n’entend pas se faire commander de l’extérieur. C’est ça qui est intolérable pour les diri- geants français… » Jacques Vergès et Roland Dumas ont préconisé un recomptage des bulletins de vote ou l’organisation d’une nouvelle élection. Les deux avocats sont ren- trés à Paris avec des documents prouvant les fraudes électorales. Un livre blanc sur le second tour est envisagé. n

Février 2011 l A frique A sie

D. R.

24 Événement Vergès l’anticolonialiste

Les mystères de l’affaire Omar Raddad « Omar Raddad a été gracié après un mouvement

Les mystères de l’affaire Omar Raddad

Les mystères de l’affaire Omar Raddad « Omar Raddad a été gracié après un mouvement d’opinion
Les mystères de l’affaire Omar Raddad « Omar Raddad a été gracié après un mouvement d’opinion

« Omar Raddad a été gracié après un mouvement d’opinion que j’avais suscité, note Jacques Vergès. Je ne suis plus dans l’affaire. C’est un homme impatient, ce que je comprends parfaitement. Un détective et

une avocate lui ont promis de faire repartir l’affaire ; il a accepté. Je leur sou- haite du succès. Auparavant, j’avais introduit une demande de révision. Je demandais que l’on analyse deux taches de sang jouxtant l’inscription “Omar m’a tuer”. L’expertise a eu lieu. Leur ADN est différent dans les deux cas, et différent de celui d’Omar Raddad. La cour de révision a

décidé que ce n’était pas un fait nouveau. L’avocate d’Omar Raddad et le détective voulaient qu’on compare ces ADN à ceux du fichier des délinquants sexuels en France. Apparemment, si cela a été fait, ce n’était pas concluant. Si cela avait été le cas, cela aurait situé le meurtre de M me Marchal dans le cadre d’un crime commis par des tueurs d’habitude, des professionnels, ce qui n’apparaît pas plau- sible du premier coup. Ce meurtre ne ressemble pas à un contrat. On ne l’a pas tuée d’une balle dans la tête, mais de treize coups de couteau et quatre coups de madrier. Cela a un aspect très passionnel. Il s’est produit dans cette affaire des choses étranges. Dans la chambre de M me Marchal, il y avait un appareil photo avec une pellicule engagée. Le juge a estimé, à juste titre, qu’il y avait peut-être dessus des photos de personnes utiles à interroger. Or, de cette pellicule il ne reste qu’un rapport de gendarmerie qui dit qu’il y avait onze photos, que le juge a estimé qu’elles n’avaient aucun intérêt et qu’il a ordonné de les détruire ainsi que la pellicule. Cela ne se fait jamais. C’est une destruction de preuve. La décision n’a pu être prise qu’en accord avec la partie civile et la famille. Pourquoi a-t-on fait cela ? Mystère. D’autre part, on a trouvé M me Marchal, femme d’un certain âge, mais coquette et mondaine, nue dans son peignoir. Une autopsie a été pratiquée, ce qui est normal, mais dans ce genre de cas, on effectue également un examen vaginal. Là, il n’y en a pas eu. Puis, on a communiqué les résultats de l’autop- sie à la défense – ce n’était pas moi à l’époque – après avoir autorisé la famille à incinérer la morte. Nouvelle destruction de preuve, si je puis dire. Demander une contre-autopsie était devenu impossible. Pourquoi a-t-on fait cela ? Autre mystère. Seuls le juge et la partie civile pourraient répondre. » n

impossible. Pourquoi a-t-on fait cela ? Autre mystère. Seuls le juge et la partie civile pourraient

elles perturbé quand on vous quali- fiait de terroriste, de nazi, quand vous défendiez Klaus Barbie, ou de communiste « polpotien » ? r Le procès de rupture a toujours existé. Dans l’Antiquité, Antigone ne savait pas qu’elle en faisait un quand on a voulu livrer le corps de son frère aux corbeaux et aux chiens. Elle a dit : « Non, la loi divine l’interdit. » À la loi de la cité, elle opposait la loi divine. Mais le procès de rupture n’avait

jamais été conceptualisé. Je pense être le premier à l’avoir fait. L’idée m’est venue pendant la bataille d’Alger. Le gouvernement français avait fait arrêter les avocats algériens. La charge de la défense reposait sur des avocats de gauche venus de France : socialistes

dissidents, trotskistes, communistes, PSU. C’étaient de vieux routiers de l’anticolonialisme. Mais la plupart plaidaient comme ils l’auraient fait devant une Cour d’assises en France. Ils ne justifiaient pas les crimes, ils cherchaient des circonstances atté- nuantes du genre : mon client a fait la guerre 14-18… C’est un père de famille… Or, plus ils faisaient l’éloge de leur client, plus ils l’enfonçaient. Si le juge n’était pas lui-même un tortion-

Si le juge n’était pas lui-même un tortion- Omar Raddad, gracié après le courant d’opinion suscité

Omar Raddad, gracié après le courant d’opinion suscité par Maître Vergès.

après le courant d’opinion suscité par Maître Vergès. naire ou un raciste, l’accusé était au mieux

naire ou un raciste, l’accusé était au mieux un citoyen français comme les autres. Pour lui, le FLN était une orga- nisation terroriste et donc l’accusé, un criminel, un ennemi de principe.

w S’adresser à l’opinion

Nous, nous disions que si on ne pou- vait pas éviter la condamnation à mort, on pouvait éviter l’exécution, car elle ne dépendait pas du juge, mais du pré- sident de la République, sensible à l’opinion publique. Les procès étaient pour nous une tribune nous permettant de nous adresser à l’opinion. Nous mettions en cause la justice, dénon- cions sa partialité. On nous disait que nous nous moquions du sort de nos clients, que

IL N’Y A PAS DE JUSTICE INTERNATIONALE, MAIS UNE INQUISITION

A PAS DE JUSTICE INTERNATIONALE , MAIS UNE INQUISITION AU SERVICE DES PUISSANCES OCCIDENTALES. Février 2011
A PAS DE JUSTICE INTERNATIONALE , MAIS UNE INQUISITION AU SERVICE DES PUISSANCES OCCIDENTALES. Février 2011

AU SERVICE DES PUISSANCES OCCIDENTALES.

Février 2011 l A frique A sie

25 25

D. R.

A. A. Rabbo

nous voulions seulement faire de la publicité pour le FLN. Quand l’un d’entre eux était condamné à mort, on disait que c’était de notre faute. C’était pénible à supporter, alors on serrait les dents. Nous nous gardions bien de dire que nos clients n’étaient pas exécutés. Si nous l’avions fait, on aurait coupé la tête de l’un d’eux, rien que pour nous embêter. Aujourd’hui, les archives de la justice sont ouvertes. Je mets au défi quiconque de trouver un de mes clients exécuté. n Pendant la guerre d’Algérie, la cause que vous défendiez était aussi la vôtre. Mais quand on vous a vu défendre Barbie, il y a eu incompré- hension. Certains vous ont assimilé à votre client… r J’ai cet avantage, depuis ma guerre dans les Forces françaises libres et la guerre d’Algérie, où j’étais menacé du pire, de ne pas avoir une peur physique de la mort. D’autre part, je me moque complètement de ce que l’on peut dire de moi ! Il est évident que les rapports que j’avais avec Barbie ne sont pas les mêmes que ceux que j’ai avec Georges Ibrahim Abdallah. Tous les deux, nous avons la même culture politique ; je le comprends. Je me dis que si j’étais à sa place, je ferais comme lui. Barbie, c’était un rescapé du Radeau de la méduse… Pour le défendre, j’ai dit qu’il n’était pas un gardien de camp de concentration, qu’il n’avait pas fait partie d’un groupe de destruction en URSS. Qu’il était flic en France et que s’il s’était comporté comme un flic, il avait tué moins de personnes que le colonel Aussaresses à Alger qui rendait compte chaque matin à Monsieur Mit- terrand, alors ministre de la Justice. Alors, disais-je, avant de le juger:

« Balayez d’abord devant votre porte ! » n

le juger: « Balayez d’abord devant votre porte ! » n Interview de Maître Vergès par

Interview de Maître Vergès par Afrique Asie.

porte ! » n Interview de Maître Vergès par Afrique Asie. « Avec Georges Ibrahim Abdallah,
porte ! » n Interview de Maître Vergès par Afrique Asie. « Avec Georges Ibrahim Abdallah,
porte ! » n Interview de Maître Vergès par Afrique Asie. « Avec Georges Ibrahim Abdallah,

« Avec Georges Ibrahim Abdallah, nous avons la même culture politique. Si j’étais à sa place, je ferai comme lui… »

Si j’étais à sa place, je ferai comme lui… » Arracher la libération de Georges Ibrahim
Si j’étais à sa place, je ferai comme lui… » Arracher la libération de Georges Ibrahim

Arracher la libération de Georges Ibrahim Abdallah

Arracher la libération de Georges Ibrahim Abdallah « Comment les Libanais peuvent-ils oublier Georges Ibrahim Abdallah
Arracher la libération de Georges Ibrahim Abdallah « Comment les Libanais peuvent-ils oublier Georges Ibrahim Abdallah

« Comment les Libanais peuvent-ils oublier Georges Ibrahim Abdallah ? Pourquoi aucune action n’est entreprise en faveur de sa libération et, surtout, pourquoi l’État libanais ne prend aucune initiative avec les

autorités françaises, alors que l’homme est libérable depuis 1999 ? », s’inter- rogeait encore Jacques Vergès en mars dernier (L’Orient - Le Jour, 29 mars

2010).

Georges Ibrahim Abdallah, membre de la Fraction armée révolutionnaire libanaise (Farl), est détenu depuis 1984, suite à l’exécution à Paris, en 1982, de Charles Ray, attaché militaire de l’ambassade des États-Unis, et de Yakov Bar- simantov, secrétaire à l’ambassade d’Israël et responsable du Mossad en France. Ces attentats étaient une réponse des combattants libanais et arabes à

l’invasion du Liban par Israël en 1982 (25000 Libanais tués, et 45000 blessés). Condamné à perpétuité avec une peine de sûreté de quinze ans, il aurait dû être libéré en novembre 2003. Sept ans se sont écoulés et il n’en est toujours pas question. Quelles sont les véritables raisons empêchant sa libération? Jacques Vergès : « Les véritables raisons sont que la France s’aplatit devant les Américains qui s’y opposent fermement. Le gouvernement français est sourd à nos arguments juridiques. C’est l’opinion libanaise au premier chef qui peut arracher – je dis bien arracher – sa libération. Il semble qu’elle bouge. On dit qu’il y a eu une tentative d’enlèvement au Liban et que ce serait lié à son cas. Après tout, la pratique d’échange d’otages existe, et Georges Ibrahim Abdallah en est devenu un. En mars 1985, les Farl avaient enlevé Gilles Peyrolles, conseiller culturel français à Tripoli. Suite à des négocia- tions, menées par l’intermédiaire de l’ambassadeur d’Algérie à Beyrouth, sa libération avait été prévue contre celle de Georges Ibrahim Abdallah. Les Farl ont libéré Peyrolles, mais la France n’a pas tenu parole. Yves Bonnet, directeur de la DST à cette époque, le reconnaît. » Les États-Unis avaient opposé leur veto, exercé des pressions comme l’avait fait William Casey, directeur de la CIA, sur Robert Pandraud, ministre de la Sécurité, pour le faire condamner. En 2007, Maître Vergès avait conclu sa plaidoirie réclamant la libération de son client, en demandant à la justice française « de signifier à nos condescendants amis américains que la France n’est pas une fille soumise, en un mot une putain ». n

26 Événement Vergès l’anticolonialiste

Algérie Jacques Vergès est intimement lié à ce pays dont il comprendra très vite le besoin impérieux d’indépendance et défendra jusqu’au bout ses plus grandes figures, dont Djamila Bouhired, qui deviendra son épouse.

« Algériens » et non « Français », « résistants » et non « malfaiteurs »

Par Hassen Zenati

« résistants » et non « malfaiteurs » Par Hassen Zenati L orsqu’il débarque à Alger
« résistants » et non « malfaiteurs » Par Hassen Zenati L orsqu’il débarque à Alger

L orsqu’il débarque à Alger pour participer à la défense de mili- tants du Front de libération

nationale (FLN – le mouvement qui portait la lutte pour l’indépendance nationale) devant la justice militaire française, Jacques Vergès, devenu avocat sur le tard, à trente ans, après des études d’histoire et de lettres, n’était pas étranger à la cause algé- rienne.

w Fraternité d’armes

Né colonisé d’un père réunionnais et d’une mère vietnamienne, engagé à 17 ans dans les Forces françaises libres (FFL) du général de Gaulle contre l’occupation nazie, il se retrouve tout naturellement à la fin de la Seconde Guerre mondiale au Quartier latin à Paris parmi les animateurs du Comité des étudiants anticolonialistes. En 1950, il est même élu au congrès de Prague de l’Union internationale des étudiants – une référence du mouve- ment anticolonialiste. C’est l’époque des grands massacres coloniaux de la seconde moitié du XX e siècle, et l’aube de la décolonisation, qui prendra des formes très violentes notamment au Viêt Nam et en Algérie. Dans cette ambiance de fraternité d’armes, il se fait de nombreux amis parmi les mili- tants algériens, marocains, tunisiens, asiatiques, africains de l’indépen- dance, dont beaucoup deviendront plus tard des dirigeants de leur pays. Quelques années plus tard, il rejoindra, sous le nom de guerre de Mansour, le collectif des avocats du FLN, après une première expérience qu’il jugera décevante avec des collègues français communistes, socialistes et trotskistes.

Avec Mandela et un certain « commandant Abdelkader el-Mali »

Mandela et un certain « commandant Abdelkader el-Mali » « Un avocat n’est libre que s’il
Mandela et un certain « commandant Abdelkader el-Mali » « Un avocat n’est libre que s’il

« Un avocat n’est libre que s’il n’appartient pas à un parti politique, sinon il en est prisonnier. C’est pour cette raison que j’ai quitté le parti communiste pendant la bataille d’Alger, sans pour autant me comporter

en renégat. J’ai simplement dit à la cellule du Palais de justice : “Écoutez camarades, je ne discute pas la ligne du parti. Elle peut être fondée sur l’état de l’opinion, mais elle ne me convient pas. Je suis engagé plus que vous. Si demain il m’arrive des problèmes, je ne veux pas vous mettre dans une situa- tion impossible : devoir vous montrer solidaires de moi et de mes actes, ou me désavouer et devoir expliciter les réserves que vous avez à l’égard du FLN. Alors, la solution serait que je ne renouvelle pas ma carte du parti.” J’ai entendu un oui unanime… Mais la liberté, parfois, se paie. J’ai été suspendu un an à compter de l’an- née 1961. Le gouvernement marocain m’a proposé d’être conseiller du doc- teur Khatib, ministre des Affaires africaines. À l’époque, le Maroc faisait par- tie du Groupe de Casablanca, de l’Afrique progressiste. Ce ministère aidait les mouvements de libération africains des colonies portugaises : le Frelimo du Mozambique, le MPLA d’Angola, le PAIGC de Guinée et du Cap-Vert, ainsi que des territoires d’occupation française comme le Cameroun. Nous les aidions financièrement, fort modestement, leur fournissions des vrais faux passeports pour se déplacer, et fermions les yeux sur les colis, très lourds, venant de Chine ou d’ailleurs. Nous envoyions également, près d’Oujda, des militants s’entraîner à la guérilla sur la base de l’ALN, l’Armée de libération algérienne. Je me rappelle y être allé un jour en compagnie de Nelson Man- dela. Nous y avions été accueillis par le “commandant Abdelkader el-Mali” avec qui je collaborais, un maquisard connu plus tard sous le nom d’Abdela- ziz Bouteflika… » n

D’emblée, il dit « comprendre la lutte des Algériens et ne condamne pas leur violence