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MARDI 5 JUIN 2012

Lagauchepeut-elleperdre? Notre sondageexclusif «Libération»-Viavoice souhaitent 59 % 62 % 51 % sa victoire
Lagauchepeut-elleperdre?
Notre sondageexclusif «Libération»-Viavoice
souhaitent
59
%
62
%
51
%
sa victoire
des Français
font confiance
jugent qu’une
cohabitation
aux législatives
à FrançoisHollande
serait unemauvaise chose
Le portrait officiel de François Hollande, par Raymond Depardon, dévoilé hier par l’Elysée. RAYMOND DEPARDON . PALAIS DE L’ÉLYSÉE . REUTERS AVEC PLAINPICTURE

2 EVENEMENT

LÉGISLATIVES J-5

LIBÉRATION MARDI 5 JUIN 2012

ÉDITORIAL

Par PAUL QUINIO

Parfum

La gauche peut-elle perdre ? Pourquoi cette question, alors que notre sondage Viavoice, comme les dernières enquêtes d’opinion, indique que les Français devraient voter dimanche et le 17 juin en cohérence avec leur choix du 22 avril et du 6 mai ? Parce qu’il flotte sur la campagne législative un étrange parfum, comme ce fut le cas pour la campagne présidentielle. Les Français s’ennuyaient, pensait-on. Ils ont voté finalement en masse. Bis repetita

placent ? Il est possible que cette divine surprise citoyenne se réalise deux fois de suite. Possible mais pas certain. Car ce drôle de parfum persistant a un nom : l’antisarkozysme. Il

a donné à la présidentielle

un faux air de référendum contre le président sortant. Sa quasi-retraite laisse une droite sans chef et sans axe, mais aussi une gauche sans punching-ball. Son absence accentue la dimension locale d’un scrutin pourtant national. Nombre de députés UMP espèrent passer entre les gouttes de l’antisarkozysme. C’est le paradoxe du vote de dimanche : les enjeux nationaux majeurs (majorité large ou relative pour la gauche, présence significative ou pas de députés écologistes, rapport de force à la gauche du PS, survivance du centre, axe de gravité de l’UMP et, surtout, enracinement d’un fort vote d’extrême droite…)

sont minorés alors qu’ils sont cruciaux. Le paysage politique qui sortira du scrutin variera profondément en fonction du niveau d’abstention. Et

quelle que soit la couleur de l’Hémicycle le 17 juin, même en cas de victoire de

la gauche, une

participation en berne affaiblirait nécessairement François Hollande.

A l’approche des législatives, la cote de popularité du nouveau président est en hausse (62%), selon un sondage Viavoice pour «Libération».

Hollande a lesfaveurs, la gauche estfavorite

Par FRANÇOISWENZ-DUMAS

D ernière ligne droite avant les législatives. A moins d’une semaine du premier tour, la campa-

gne semble ronronner dans une semi-indifférence. Comme si les Français étaient lassés d’entendre échanger des arguments ressassés depuis des mois, entre un Prési- dent qui décline sa «normalité» et une droite tétanisée par la pers-

pective d’une nouvelle défaite. Et si le tableau n’était pas

exactement

Notre sondage Viavoice pour Libération (1) fait ressortir quelques tendances inattendues. La première est nette: oui, le nou- veau président connaît ce qu’il est convenu d’appeler un «état de grâce». Va-t-il se traduire dans les urnes ? C’est une autre question.

celui-là ?

d’opinions positives contre 31% de négatives. Rien à envier à la cote de Nicolas Sarkozy dans les semaines qui ont suivi son élection en 2007. L’institut LH2 créditait, en juin 2007, le président nouvel- lement élu de 63% de bonnes opi- nions, et l’on saluait alors l’am- pleur de la victoire. Avant que la vague de sympathie ne retombe, dès la fin de l’année 2007. Surtout, souligne François Mi- quet-Marty, directeur associé de Viavoice, «cette popularité s’est nettement renforcée depuis

le 6 mai. Les sondages

réalisés dans les jours qui ont suivi l’élection de François Hol- lande le plaçaient autour de 55% d’opinions positives. On est aujour- d’hui bien au-dessus». Cette tendance ne surprend pas Bruno Le Roux, secrétaire national du PS en charge des élections et probable successeur de Jean-Marc Ayrault à la présidence du groupe socialiste. «Il y a pas mal de gens

qui n’ont pas voté pour lui et qui le découvrent aujourd’hui», assure le député sortant de Seine-Saint-

ANALYSE

HOLLANDE PLUS POPULAIRE QU’APRÈS SON ÉLECTION Quatre semaines après son élec- tion, François Hollande atteint un niveau élevé de popularité : 62%

L’ESSENTIEL

LE CONTEXTE

Notre enquête Viavoice fait apparaître un «état de grâce» pour François Hollande.

L’ENJEU

Cette confiance va-t-elle se traduire dans les urnes aux législatives?

Denis, qui fut un des porte-parole de campagne de Hollande: «Avec Jean-Marc Ayrault, ce sont deux personnalités qu’une partie des Français demande à mieux connaître.» Si le nouveau président est plébis- cité par l’électorat socialiste (95% d’opinions positives chez les sym- pathisants PS), il bénéficie aussi d’une bonne image chez les élec- teurs centristes, où il récolte plus de 60% d’opinions favorables. «La séquence de ces dernières

semaines a rassuré ceux des Fran- çais qui s’interrogeaient sur sa ca- pacité à acquérir une stature inter- nationale, souligne François Miquet-Marty. Ils le jugent plus vo- lontaire et déterminé qu’il n’appa- raissait dans la campagne.»

UNE CONFIANCE VARIABLE Les Français n’attendent pas pour autant de François Hollande et de son Premier ministre des résultats tous azimuts. S’ils sont plutôt confiants dans leur capacité à «améliorer la situation de l’Educa- tion nationale» (72%) ou à «trouver des accords avec les syndicats» (72%) et, dans une moindre mesure, «relancer la croissance» (56%), ils ne se font guère d’illu- sions sur la réduction du chômage ou des déficits publics. «S’étant bien gardé de faire des effets de manche en amont, il suscite plutôt des bonnes surprises une fois élu», souligne François Miquet-Marty.

LA VICTOIRE (TROP ?) ATTENDUE DE LA GAUCHE Une nette majorité d’électeurs,

BAROMÈTRE DE L’EXÉCUTIF

Pour chacune des personnalités suivantes, dites-moi si vous avez une opinion… positive négative NSPP 10
Pour chacune des personnalités suivantes,
dites-moi si vous avez une opinion…
positive
négative
NSPP
10 juin
17 juin

PREMIER

TOUR

SECOND

TOUR

François Hollande en tant que président de la République 62% 31% 7%
François
Hollande
en tant que
président de
la République
62%
31%
7%

CONFIANCE PAR SECTEUR AU NOUVEL EXÉCUTIF

2% 26% 72%
2%
26%
72%

Améliorer la situation de l’Education nationale

25%

Jean-Marc Ayrault en tant que Premier ministre en tant que Premier ministre

57%

24%

25% Jean-Marc Ayrault en tant que Premier ministre 57% 24% 19% INTÉRÊT POUR LES LÉGISLATIVES Etes-vous

19%

Jean-Marc Ayrault en tant que Premier ministre 57% 24% 19% INTÉRÊT POUR LES LÉGISLATIVES Etes-vous

INTÉRÊT POUR LES LÉGISLATIVES

Etes-vous intéressé ou pas par les élections législatives qui auront lieu les 10 et 17
Etes-vous intéressé ou pas par les élections
législatives qui auront lieu les 10 et 17 juin ?
NSPP
1%
Intéressé
72%
Pas
intéressé
27%

Pour l’avenir, faites-vous confiance ou pas à François Hollande et au gouvernement

3%

72%

Trouver des

accords avec

les syndicats

42%

2%

56%

Relancer

la croissance

DR

LIBÉRATION MARDI 5 JUIN 2012

59% (contre 33%), souhaite une

victoire de la gauche aux législati- ves. Et ils sont 67% (contre 20%)

à penser qu’elle va gagner.

Pour autant, la victoire de la gau- che n’est pas acquise. «Dans les sondages d’intentions de vote, la gauche est à un haut niveau de 45 à 47%, relève Gaël Sliman, de

l’institut BVA. Cela rappelle la ten- dance de 1997 et laisse à penser que le PS et leurs alliés écologistes de- vraient passer le seuil de 290 à 300 députés.» Compte tenu des incertitudes du scrutin majoritaire

à deux tours par circonscription,

la victoire pourrait être plus serrée et ne se concrétiser qu’avec une majorité incluant le Front de gau- che. Et une défaite ne peut être totalement exclue.

LA COHABITATION N’EST PAS UN ÉPOUVANTAIL L’hypothèse d’une cohabitation, que la droite défend désormais plus discrètement qu’en début de campagne, ne fait pas peur aux Français. Nous avons posé la ques- tion: «Une cohabitation entre Fran- çois Hollande et un gouvernement de droite serait une bonne ou une mau- vaise chose?» Réponse: une bonne chose pour 47% des personnes in- terrogées, une mauvaise pour 51%. L’écart n’est pas aussi im- portant que l’on pourrait s’y at- tendre, nombre d’électeurs cen-

tristes se ralliant à l’idée que ce serait «plutôt» une bonne chose. «La cohabitation ne fait plus peur

parce qu’elle a existé, mais ils savent aussi que ce ne serait pas une bonne chose», s’agace Bruno Le Roux. «Elle est davantage perçue comme une posture de rassemblement que comme une contrainte institution- nelle», nuance Miquet-Marty.

L’INCONNUE DE L’ABSTENTION Les Français vont-ils se mobiliser pour ces législatives ? C’est une des grandes incertitudes du scru-

tin. Une chose est certaine: l’abs- tention sera plus élevée que lors de la présidentielle, toujours plus mobilisatrice. Mais quand on leur pose la question, les Français se disent à 72% «intéressés» par ces législatives. Même si, sur le ter- rain, certains découvrent qu’il faut encore aller voter (lire page 4). «Au premier tour, l’abstention peut favoriser la droite, estime Gaël Sli- man. Mais si elle est importante au premier, cela peut aussi mobiliser les électeurs de gauche pour le second tour.» Elle pourrait surtout avoir comme effet de limiter le nombre de circonscriptions où le FN pour- rait se maintenir en triangulaire, le seuil de 12,5% des inscrits étant d’autant plus difficile à atteindre que l’abstention est élevée. (1) Réalisé les 31 mai et 1 er juin, auprès de 1005 personnes.

LES FRANÇAIS DE L’ÉTRANGER, DE GAUCHE MAIS PEU MOBILISÉS

L’UMP les espérait de droite. Les Français de l’étranger ont placé la gauche en tête au premier tour des législatives dans sept des onze circonscriptions lors d’un scrutin inédit destiné à leur donner pour la première fois des députés. La faible participation (entre 13,4% et 24%) rend toutefois le second tour incertain. D’où un appel lancé hier par le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, à confirmer ces résultats le 17 juin afin notamment de «redresser l’image de la France». Parmi les personnalités en lice, Frédéric Lefebvre (zone Etats-Unis, Canada) est en difficulté tandis qu’un autre ex-ministre sarkozyste, Thierry Mariani, (Russie, Iran, reste de l’Asie, Océanie) est plutôt bien parti. Tout comme le socialiste Pouria Amirshahi (Afrique du Nord et de l’Ouest) et le Vert Sergio Coronado (Amérique latine).

3

Pascal Jan, vice-président du Cercle des constitutionnalistes:

«Tout dépend du score du FN et de la mobilisation»

P ascal Jan, professeur de droit public à Scien- ces-Po Bordeaux et vice-président du Cercle des constitutionnalistes, estime que le pas-

sage au quinquennat et l’inversion du calendrier n’empêchent pas la possibilité de cohabitation. Existe-t-il un risque pour la gauche de perdre les législatives et d’avoir une cohabitation? Il y a toujours ce risque, dans la mesure où le mode

de scrutin est différent de celui de la présidentielle. La droite n’a pas subi une défaite si im-

portante le 6 mai. Objectivement, elle

peut prétendre à une victoire le 17 juin. Tout dépendra de la capacité des candidats du FN

à se maintenir en triangulaire et de la mobilisation

à gauche.

A qui profiterait l’abstention? On a coutume de dire qu’elle désavantage la gauche… D’habitude, après la présidentielle, la démobilisa- tion touche le camp du perdant. Elle serait ainsi plus favorable à la gauche. Mais une forte abstention empêcherait aussi les candidats FN de se maintenir. Pour quelles raisons? Un candidat peut se maintenir au second tour s’il réalise au moins 12,5% des inscrits –et non des suffrages ex- primés. Par conséquent, il faut réaliser 16, 17, voire 18% des voix pour se qua- lifier. Plus l’abstention est haute, plus la barre pour

être au second tour l’est aussi. Le passage au quinquennat, en 2002, et l’inversion du calendrier étaient censés empêcher toute coha- bitation. Or, dix ans après, on craint toujours –ou espère, c’est selon– un tel cas de figure. Pourquoi? Les cohabitations de 1986, 1993 et 1997 s’étaient produites après un certain temps de majorité favo- rable au chef de l’Etat. Elles étaient donc politi- quement gérables. Depuis 2002, une telle cohabi- tation serait une incohérence politique complète. Dès lors, que ferait le chef de l’Etat? Laisserait-il faire? Déciderait-il de dissoudre immédiatement l’Assemblée nationale pour convoquer de nou- velles législatives ? Plus tard ? Tout est ouvert. Le quinquennat et l’inversion du calendrier n’ont

donc pas atteint le but recherché… Non. Certes, quelques semaines après la présiden- tielle, on ne voit pas les électeurs changer d’avis. Mais ce n’est pas impossible. De plus, la réforme de 2000 n’empêche pas le cas d’une majorité rela- tive. Or, on oublie souvent qu’en 1988, après la vic-

toire de Mitterrand et celle de la gauche aux législa- tives, Michel Rocard avait gouverné sans majorité absolue. Mais, à l’époque, en cas de blocage, le Premier ministre pouvait utiliser l’arti-

cle 49-3 de la Constitution pour passer

en force à l’Assemblée. Or, depuis la ré- forme constitutionnelle de 2008, on ne peut l’utili-

ser que sur les lois de finances et une fois seulement

par session parlementaire pour un texte ordinaire. Voter lemême jour pour le Président et les députés serait-il alors une solution? C’est une des solutions possibles. On pourrait aussi imaginer le premier tour des législatives le jour du second tour de la présidentielle. Mais l’écueil des modes de scrutin diffé- rents serait toujours là! Si on veut ab- solument éviter la cohabitation dans notre système politique, il faudrait, en plus d’un mode de scrutin identique, supprimer aussi le droit de dissolution et lier, quoi qu’il arrive, le mandat des

députés à celui du président. Justement, quel mode de scrutin empêcherait une cohabitation? Le même que la présidentielle: les deux candidats en tête au premier tour sont qualifiés pour le second. Quitte à renforcer le bipartisme? François Hollande a pourtant promis de la proportionnelle…

Oui. Et cela n’aidera pas à la clarté électorale. Un mode de scrutin a pour objet de dégager, en étant

le plus juste possible, une majorité claire. Hollande

a choisi, lui, la justice électorale. Mais l’émiette- ment de la majorité, les négociations entre groupes

et partis n’arrangeront pas le gouvernement, dont

la priorité est de disposer d’une majorité claire pour mener des politiques publiques claires.

Recueilli par LILIAN ALEMAGNA

INTERVIEW

publiques claires. Recueilli par LILIAN ALEMAGNA INTERVIEW JUGEMENT SUR UNE COHABITATION NSPP pour…

JUGEMENT SUR UNE COHABITATION

NSPP pour… Confiance
NSPP
pour…
Confiance
Finalement, si les élections législatives donnaient lieu à une cohabitation entre François Hollande et un
Finalement, si les élections législatives donnaient
lieu à une cohabitation entre François Hollande et
un gouvernement de droite, cela serait…
Une
47
51
Une
bonne
mauvaise
chose
chose
2%

Pas confiance

4%

Eviter un trop grand nombre de plans sociaux dans les entreprises plans sociaux dans les entreprises

un trop grand nombre de plans sociaux dans les entreprises 43% SOUHAIT DE VICTOIRE AUX LÉGISLATIVES

43%

grand nombre de plans sociaux dans les entreprises 43% SOUHAIT DE VICTOIRE AUX LÉGISLATIVES A
grand nombre de plans sociaux dans les entreprises 43% SOUHAIT DE VICTOIRE AUX LÉGISLATIVES A

SOUHAIT DE VICTOIRE AUX LÉGISLATIVES

A l’issue des élections législatives, préféreriez-vous à l’Assemblée nationale une majorité… … de gauche
A l’issue des élections législatives, préféreriez-vous
à l’Assemblée nationale une majorité…
… de gauche
59%
… de droite
33%
NSPP
8%

NSPP

PRONOSTIC DE VICTOIRE AUX LÉGISLATIVES

A votre avis, qui va gagner ces élections législatives ?

67%
67%
20% NSPP 13%
20%
NSPP
13%

La gauche

La droite

Sondage Viavoice pour «Libération» réalisé par téléphone les 31 mai et 1 er juin sur un échantillon de 1 005 personnes, représentatif de la population âgée de 18 ans et plus

représentatif de la population âgée de 18 ans et plus 4% 47% 49% Améliorer la situation

4%

47% 49%
47%
49%

Améliorer la situation de la zone euro

3% 48% 49%
3%
48%
49%

Réduire

les déficits

publics

2% 50% 48%
2%
50%
48%

Réduire

le chômage

4 EVENEMENT

LÉGISLATIVES J-5

Dans un quartier ouvrier de Tourcoing ou sur le marché Saint-Cyprien à Toulouse, le désintérêt pour la campagne et pour l’issue du scrutin domine.

A Tourcoing, «ils l’auront, la majorité, avec ou sans nous»

L a Bourgogne, à Tourcoing, un de ces quartiers emblématiques des années 70. Tours, barres, et petites maisons mi-

toyennes, avec un bout de jardinet, et une po- pulation, à majorité ouvrière, souvent issue de

l’immigration. C’est la 10 e circonscription du Nord, celle dont Christian Vanneste, fraîche- ment radié de l’UMP pour ses propos homo- phobes, est le député depuis deux mandats.

A la Bourgogne, on vote socialiste, avec fidélité,

au contraire des autres secteurs de la circons- cription, plus ruraux et plus à droite. Mais sur- tout, on s’abstient. Aux législatives de 2007, seulement la moitié des inscrits se sont dépla- cés. Alors, Zina Dahmani, candidate PS, use ses talons hauts pour faire du porte à porte. Elle es- père profiter des divisions à droite: Vanneste, qui se maintiendrait face à Gérald Darmanin, investi par l’UMP, et le FN en embuscade. «Frigo». «Il faut que tous ceux qui ont voté Hol- lande apportent leur voix à Zina», s’exclame Pa- trick, un des militants PS. Samedi, c’était donc séance de pédagogie. Pas un habitant pour avouer qu’il n’ira pas voter. Même si les légis- latives, c’est parfois un concept flou: «Ah oui, je vote ! Tous les ans pour le président.» Cette dame râle parce qu’elle n’a pas encore reçu «les papiers avec les enveloppes», sans doute les professions de foi. Zina Dahmani insiste sur les dates des premier et second tours: «Les 10 et

17 juin, hein! C’est marqué sur le tract. Le mieux, c’est de l’afficher sur le frigo, comme ça, vous aurez tout sous les yeux.» «Et pourquoi il y a François Hollande avec vous sur la photo ?» ré- torque la dame. «Parce que je le soutiens», ré- pond Dahmani. Illico, l’habitante lui serre la main, avec un sourire complice: «Faut pas le répéter, mais je vous donne ma promesse que je voterai pour vous.»

Mehdi (1), torse nu et short de sport, se prélasse devant son entrée. La candidate débite son dis- cours: «Je vous promets que ma

première fête, quand je serai élue, ce sera place de la Bourgo- gne. Et j’emmènerai les enfants du quartier à l’Assemblée…» Mehdi, nonchalant: «Ce serait sympa.» Il reconnaît que «le principal, c’est que le FN ne passe pas». Mais de là à se mo-

tiver pour aller voter: «C’est dimanche prochain», insiste Dahmani. «Et il y a deux tours?» interroge-t-il. La petite équipe rencontre toutefois des moti- vés, comme Ahmed (1), prêt à aller «booster» ses amis pour limiter l’abstention. «Les je-m’en-foutistes, ça existe, confie-t-il. Pour- tant, le vote, c’est comme une manette, ça ne sert à rien si on ne l’utilise pas.» Jackye, 63 ans, ap- prouve : «Il faut donner du pouvoir au nouveau

président, sinon ce n’était pas la peine d’aller vo- ter la première fois. Si encore les politiques pou- vaient cohabiter en bonne intelligence, comme des bons voisins, où on peut être français, marocain, avoir des opinions différentes et vivre ensemble. Mais ils ne savent pas faire ça.» «Colorer». Devant le salon de thé Le Mascara, des jeunes fument leur cigarette, le café à la main. L’équipe de campagne a plié bagage. «On ne les voit que quand il y a des élections, ironise Bachir. Je ne vote pas, y a rien qui va changer. Ici, ya pas de boulot, on ne donne

même pas 1 euro aux jeunes.» Toufir, plus âgé, essaie de tem- pérer: «On voit déjà du change- ment avec Hollande, il abaisse le salaire des ministres, il augmente de 25% l’allocation de rentrée scolaire.» Mohamed, étudiant en gestion financière, hausse

les épaules, sûr de lui :«Ils l’auront, la majorité, avec ou sans nous!» Il n’apprécie pas la candidate choi- sie par le PS, «juste là pour colorer l’Assemblée». Les anciens secouent la tête, et regrettent: «Si tous ces jeunes votaient, il n’y aurait pas ce trou qui s’élargit en faveur du FN.»

De notre correspondante dans le Nord STÉPHANIE MAURICE

(1) Les prénoms ont été modifiés.

Mer du Tourcoing Nord BELGIQUE Lille PAS - DE - CALAIS NORD SOMME AISNE 25
Mer du
Tourcoing
Nord
BELGIQUE
Lille
PAS -
DE - CALAIS
NORD
SOMME AISNE 25 km

Sur le marché, à Toulouse, «personne ne les lit, ces tracts»

A sa cliente : «545 grammes. Je vous les laisse?» A son interlocuteur, en même temps : «On ne com-

prendrait pas s’ils n’étaient pas là…» Ceux dont l’absence ne serait pas comprise, ce sont les militants distributeurs de tracts du marché couvert Saint-Cyprien à Toulouse. Tout

à la pesée de son steak haché, le moins ventru des bouchers de ce marché n’est pas le plus

avare de commentaires sur la fréquentation politique du lieu aux heures de campagne électorale: «Personne ne les lit, ces papiers. Les clients me les laissent parfois pour s’en débarrasser.» Il tend un tract du Parti ouvrier indépendant : «Je l’ai gardé celui-là, c’est le plus rigolo.» «Ennuyeuses». Sa cliente opine du chef quand le commerçant poursuit: «L’autre jour, il y avait là le président de la région [Martin Malvy, PS, ndlr], le président du conseil général [Pierre Izard, PS] et même le maire de Toulouse [Pierre Cohen, PS]. Ça ne fait de mal à personne de savoir qu’ils existent vraiment et pas que sur des bulletins de vote.» Le boucher dit ressentir «moins d’intérêt pour ces législatives» qu’il n’y en a eu pour la présidentielle. Il se ravise: «Je dis peut-être ça parce que je l’ai entendu à la ra- dio. En fait, je n’ai rien pour peser ce genre de chose.» Dans la même phrase, une autre cliente explique que chaque campagne électorale est

«toujours considérée comme plus ennuyeuse que

les précédentes». Elle hausse les épaules devant

ce qui serait l’insoutenable

légèreté de l’être citoyen. «Allez, avance!» A son petit- fils, elle explique en partant

ne pas croire que «les gens», qui ont élu François Hollande le 6 mai, ne soient pas «lo-

giques avec eux-mêmes» et ne lui donnent pas une Assem-

blée nationale de gauche.

«Cette dame est peut-être de gauche», s’amuse un monsieur qui passe par là, se dirigeant vers l’étal du poissonnier. Lui, en tout cas, ne s’abstiendra pas de voter à gau- che: «J’ai 58 ans et déjà quarante ans de cotisa- tions. Je ne vais pas rater l’occasion d’être à la retraite l’année prochaine.» Il sourit: «Allez in-

«Pff! J’ai déjà voté Sarkozy en sachant que c’était perdu d’avance. Je peux bien aller voter “je ne sais qui” en sachant que c’est un socialiste qui sera élu député, comme toujours ici…» Il y avait huit cir- conscriptions en Haute-Garonne en 2007. Il y en aura dix ce coup-ci. «Je ne connais même pas

le nom du candidat UMP, reprend-il. Il y a eu re- découpage, j’attends de recevoir les papiers de la préfecture pour savoir.» «Y a pas urgence». Les Toulousains ne sont pas tous amènes, loin s’en faut. Les «de quoi je me mêle?» le disputent aux «ils sont seize can- didats dans ma circonscription, c’est du grand n’importe quoi» et aux «j’ai autre chose à faire que de choisir celui qui aura la paye que je n’aurai jamais». Jusqu’à cette dame d’un âge certain, qui s’étonne: «Ah bon, il va falloir revoter? Mais je ne savais pas, moi…» Parmi les chalands, un adhérent UMP. Qui dit que «la perspective d’une seconde défaite n’est, hélas,

pas ce qu’il y a de mieux pour mobiliser». Enfin, ce jeune couple avec double panier de poireaux: «Bah! Y a pas urgence

à aller voter. Les gens donneront une majorité de gauche à Hollande, comme ils ont donné une majorité de droite à Sarkozy», prédit le jeune homme. «Et toi, tu te crois dispensé de faire par- tie des “gens”, peut-être ?» rétorque la jeune femme.

De notre correspondant à Toulouse GILBERT LAVAL

Toulouse TARN GERS HAUTE- AUDE GARONNE H TES - PYRÉN ARIÈGE 25 km ESP
Toulouse
TARN
GERS
HAUTE- AUDE
GARONNE
H TES -
PYRÉN
ARIÈGE
25 km
ESP

«Pff! J’ai déjà voté Sarkozy en sachant que c’était perdu d’avance. Je peux bien aller

voter “je ne sais qui” en sachant que c’est

un socialiste qui sera élu député…»

Un homme de droite sur le marché Saint-Cyprien

terroger ce monsieur, là, avec le chapeau. Il est de droite.» Levant la paume de sa main, l’homme au chapeau interrompt la question:

«Je me fais un devoir de voter à tous les scrutins. Mais avec plus ou moins d’enthousiasme.» Il semble, pour le coup, ne pas en être débordé:

LIBÉRATION MARDI 5 JUIN 2012

ne pas en être débordé: LIBÉRATION MARDI 5 JUIN 2012 QUEL LEADER POUR L’OPPOSITION ? Pour

QUEL LEADER POUR L’OPPOSITION ?

Pour l’avenir, préféreriez-vous que le principal leader de la droite, en dehors du Front national, soit…

en %

Ensemblede la droite, en dehors du Front national, soit… en % Dont sympathisants UMP François Fillon

Dont sympathisants UMPdroite, en dehors du Front national, soit… en % Ensemble François Fillon 1 9 Alain Juppé

François Fillon

1 9 19

Alain Juppé

32

16 18
16
18

Nicolas Sarkozy

12 22 Dominique de Villepin 8 2 Rama Yade 7 1
12
22
Dominique de Villepin
8
2
Rama Yade
7
1

Jean-Louis Borloo

5 1 Jean-François Copé 5 14
5
1
Jean-François Copé
5
14

Nathalie Kosciusko-Morizet

3 1 Xavier Bertrand 2 2 Sondage Viavoice
3
1
Xavier Bertrand
2
2
Sondage Viavoice

LIBÉRATION MARDI 5 JUIN 2012

EVENEMENT 5

MARDI 5 JUIN 2012 E V E N E M E N T • 5 A

A droite depuis l’après-guerre, l’ex-circonscription de François Fillon risque de tomber aux mains du Parti socialiste. Le mettant ainsi en difficulté à l’UMP.

A Loué, Fillon pourrait perdre des plumes

S i la gauche devient majoritaire dans la prochaine Assemblée nationale,

elle sera sans doute tentée de faire de la conquête de la

4 e circonscription de la Sarthe l’un des emblèmes de cette victoire. Le mi- nistre socialiste de l’Agri- culture, Stéphane Le Foll, part favori sur cette terre dont les députés sont de droite depuis l’après- guerre. C’est le fief dont François

Fillon a hérité de Joël Le Theule, ministre du général de Gaulle. Il y a été élu pour la première fois en 1981, à 27 ans, ce qui fit de lui le plus jeune député de France. Systématiquement réélu depuis – dès le premier tour en 2002 comme en

2007–, il a décidé, après sept succès, de pas- ser la main à son suppléant, Marc Joulaud. Désormais candidat à Paris, le Sarthois était hier en campagne pour sauver le soldat Joulaud. Débridés. Il sait que ses

adversaires dans la com- pétition pour la tête de l’UMP ne manqueraient pas de lui faire payer un éventuel échec. Les atta-

ques seront d’autant plus vives que les sondages sont désespérants pour

Copé: le dernier en date, réalisé par Viavoice et publié ce matin par Libération, confirme que Fillon est le leader de droite préféré des Français (lire ci-contre). Ils sont 19% à le citer, devant Alain Juppé (16%), tandis que l’actuel secrétaire général

SARTHE Sablé- Le Mans sur-Sarthe Malicorne-sur-Sarthe 3 4 e circonscription 10 km
SARTHE
Sablé- Le Mans
sur-Sarthe
Malicorne-sur-Sarthe
3
4 e circonscription
10 km

de l’UMP n’est retenu que par 5% des son- dés. Exaspérés par cette popularité qu’ils ju- gent usurpée, les amis de Copé s’émeuvent déjà que Fillon prenne le risque de faire per- dre son camp pour aller se faire élire dans les beaux quartiers de Paris. C’est la peur de la

«Marc Joulaud est quelqu’un de

François Fillon, hier chez les volaillers de Loué. Il est venu soutenir l’UMP Marc Joulaud (à dr.), qui est menacé par le socialiste Stéphane Le Foll.

PHOTO THIERRY

PASQUET.SIGNATURES

présence de quelques dizaines d’élus locaux. En dépit des apparences, la circonscription n’aurait, selon lui, rien d’un fief historique. «Ici, ça a toujours été compliqué pour la droite. En 1988, Mitterrand avait écrasé Chirac avec 58%des suffrages.» Près d’un tiers des élec- teurs est issu du Mans, une commune socia- liste, et certains même de la communiste Al- lonnes. Pas étonnant, dans ces conditions, que François Hollande soit, lui aussi, arrivé nettement en tête avec 52,6% des suffrages, à peu près le score que pourrait espérer Stéphane Le Foll, à en croire un sondage Opinionway publié la semaine dernière par le Figaro. VTT. Ici, tout le monde connaît «Stéphane» et personne ne veut en dire du mal. Le nou- veau ministre de l’Agriculture est le fils d’Ar- mand Le Foll, ancien maire de Longnes, dans le canton de Loué. Candidat malheureux contre Fillon à deux reprises, il ratisse mé- thodiquement la circonscription. On les a vus tous deux, le père et le fils, s’attarder longuement à la «fête du poulet», le week- end dernier. Alain Ormin, conseiller national de l’UMP, raconte qu’il

a un peu charrié Ar-

REPORTAGE

mand: «Je lui ai dit pro- fites-en bien, ton fils, il n’est ministre que pour un mois.» Y croit-il vraiment ? Raide et ti- mide, Marc Joulaud a bien du mal à concur- rencer le très convivial Le Foll. Du haut de son mètre quatre-vingt-dix, il a des allures d’échassier. «Marc Joulaud est quelqu’un de sérieux, confie Fillon. Assez discret, c’est vrai, mais les gens du pays sont ainsi.» A côté de son éternel suppléant, l’ex-Premier ministre ferait presque figure d’extraverti. De fait, il ne fait pas mystère de son «émotion» de de- voir quitter «les visages et les paysages» qu’il aime. Volontiers blagueur, il s’excuse de devoir re- venir sur la gravité de la crise de la dette «dans ce cadre idyllique où l’on procédait, pas plus tard qu’hier, à l’élection de Miss guin- guette». La plupart des élus qui l’entourent ne sont pas encartés. Avec Daniel Coudreuse, maire de Brûlon, Fillon a surtout des souve- nirs de randonnée en VTT à travers champ:

«Tu avais une peur bleue des taureaux.» A un ami boucher, il dit sa «fierté» d’avoir décou- vert, dans une boucherie du V e arrondisse- ment de Paris, du «bœuf fermier du Maine»,

«ce label, tu te souviens ? C’est moi qui l’ai

créé. Pas facile car les éleveurs de bovins sont des individualistes, contrairement aux éleveurs de volailles.» Son petit périple en Sarthe, Fillon le conclut auprès de son vieux complice Yves de la Fouchardière, directeur général des fermiers de Loué. Les deux

hommes échangent sur l’art de

photographier les chevreuils. Il est temps de rentrer. Une autre cam- pagne attend Fillon à Paris. N’est-il pas déjà nostalgique de ses émotions sarthoises ? Fillon proteste : à Paris aussi, il se trouve bien accueilli, «quand je me déplace rue de Buci, c’est même l’émeute», plaisante-t-il, allusion aux francs succès qu’il se taille parfois dans ses déam- bulations parisiennes.

Envoyé spécial dans la Sarthe ALAIN AUFFRAY

sérieux. Assez discret, c’est vrai, mais

les gens du pays sont ainsi.»

François Fillon hier, à propos de son ex-suppléant

défaite qui l’a poussé à fuir la Sarthe, martè- leront les antifillonistes les plus débridés. A Fillé-sur-Sarthe, dans le cadre idyllique de l’île Moulins’art, François Fillon balaie les commentaires des malveillants: «Ils ne sa- vent pas de quoi ils parlent», confie-t-il en marge de l’apéritif rillettes-sauvignon en

6 EVENEMENT

LÉGISLATIVES J-5

LIBÉRATION MARDI 5 JUIN 2012

Patrick Mennucci, fin mai. Une victoire pourrait lui servir de tremplin pour les municipales, en
Patrick Mennucci,
fin mai. Une victoire
pourrait lui servir de
tremplin pour les
municipales, en 2014.
PHOTO PATRICK GHERDOUSSI

Dans une circonscription acquise au PS, le candidat officiel Mennucci se retrouve face à une proche du dissident Guérini.

A Marseille, pas de cadeau de Jean-Noël

S ur le marché de Noailles,

quartier très populaire du

centre de Marseille, Patrick

Mennucci distribue ses

tracts. Le verbe est haut, les pas- sants moins pressés qu’ailleurs, on prend le temps de discuter. Et sou- vent revient cette question. Si je vote pour vous, qu’est-ce que ça me rapporte ? Un logement, un emploi, une place en crèche pour le petit ? «Moi, je fais pas de clienté- lisme, répond le socialiste. De toute façon, j’en ai pas les moyens.» Maire du premier secteur (I er et VII e arrondissements), il se pré- sente dans cette 4 e circonscription des Bouches-du-Rhône, hyper- centre concentrant les principaux enjeux marseillais. Chômage à plus de 40% dans certains quartiers, lo- gements insalubres, port autonome enlisé, grands chantiers… Une vic- toire lui servirait de tremplin pour viser la mairie en 2014. Mais Jean- Noël Guérini, dont il dirigeait la campagne aux municipales de

BOUCHES- DU-RHÔNE 7 3 MARSEILLE 5 1 2 6 4 e circonscription
BOUCHES-
DU-RHÔNE
7 3
MARSEILLE
5
1
2
6
4 e circonscription

2008, a juré sa fin politique. Et con- vaincu Lisette Narducci, maire du 2 e secteur (II e et III e arrondisse- ments) et vice-présidente de son conseil général, de se présenter contre lui. Fidèle parmi les fidèles, elle a démissionné du PS et tente de faire battre celui que le clan consi- dère comme un traître. Voyous. Face à ce duel, la droite est reléguée au rôle d’arbitre. L’UMP Solange Biaggi assure qu’elle joue la victoire, mais le territoire penche trop à gauche (69,39% pour Fran- çois Hollande le 6 mai) depuis que la droite l’a charcuté. Pour confor-

ter les circonscriptions des députés Renaud Muselier et Dominique

Tian, l’UMP a regroupé les bureaux votant trop à gauche dans cette

4 e circonscription. Patrick Men-

nucci a ensuite obtenu que les

investitures soient données par

Solférino, sans consulter les mili- tants. «Il savait qu’il ne serait jamais désigné, grince Lisette Narducci. Il avait besoin de Paris pour être majo- ritaire chez lui.» En fait, le PS natio- nal a distribué les investitures dans les Bouches-du-Rhône parce qu’il savait les plus grosses sections marseillaises toujours tenues par Guérini et ses amis. Mennucci explique en boucle que le président du conseil général a choisi de l’affronter via Lisette Narducci :

«Il faut me donner les moyens de la battre pour changer le système.» La dissidente répond que Jean-Noël Guérini n’est «ni de près ni de loin dans cette campagne», qu’elle tire sa légitimité de son ancrage de maire d’arrondissement (réélue dès

le premier tour en 2008). «Patrick Mennucci mène une campagne innommable. Il fait du porte-à-porte en disant que je vais être mise en exa- men, qu’Alexandre Guérini [frère de Jean-Noël, mis en examen avec son aîné pour association de malfai- teurs, ndlr] finance ma campagne. Mais plus il m’attaque, plus je suis dé- terminée à le battre.» La campagne est donc rude. Les deux candidats dépensent des for- tunes en affiches pour se recouvrir mutuellement à longueur de jours et de nuits. Ils s’accusent d’enrôler des voyous et l’un des adjoints de Mennucci a été passé à tabac, dans

une cité acquise à Guérini. Un son- dage réalisé fin mars pour le PS (1)

donnait Patrick Mennucci large-

ment en tête au premier tour (30%)

sette Narducci, explique-t-elle, on arrive à travailler. Avec lui, c’est im- possible. Il est toujours dans le rap- port de force. Même dans son camp, il est détesté.» Sébastien Barles, candidat et porte-parole régional d’Europe Ecologie-les Verts, a un regard plus nuancé. «Mennucci a de la truffe, il est intelligent, il est sans doute celui qui a le plus d’étoffe pour devenir maire. Mais il manque de constance. Il a un discours parfait sur la nécessité d’en finir avec le clienté- lisme, mais il continue dans sa mairie de secteur d’attribuer de façon dis- crétionnaire les logements sociaux.» Mennucci répond qu’il n’a attribué «que sept logements» l’an passé. Que lui aussi veut en finir avec le clientélisme et propose de donner aux députés l’accès aux listes de demandeurs de loge-

ments et de places en crèche, pour imposer un contrôle parlemen- taire transparent. De son côté, Lisette Nar-

ducci accuse son rival d’arroser en subventions la cir- conscription, grâce à son poste de vice-président chargé de la culture à la région. L’écologiste Sébastien Barles les renvoie dos à dos : «Ils sont héritiers du système Guérini. Certains, comme Patrick Mennucci, ont eu le mérite de se dégager plus tôt, mais, maintenant, c’est en actes qu’il va falloir traduire le changement.»

De notre correspondant à Marseille OLIVIER BERTRAND

(1) Réalisé par TNS-Sofres du 26 au 28 mars auprès de 607 personnes.

Fidèle parmi les fidèles à Guérini, Lisette Narducci a démissionné du PS pour tenter de battre Patrick Mennucci, investi par Solférino.

devant l’UMP Solange Biaggi (18%) et le Front de gauche à 15%. Lisette Narducci obtenait 14%, mais sa campagne démarrait à peine. Crèche. Sa présence au second tour reste une hypothèse plausible, et périlleuse pour Mennucci. La droite et une partie du PS pour- raient faire voter pour elle afin d’écarter un concurrent sérieux aux prochaines municipales. So- lange Biaggi refuse de se projeter mais se montre plus dure avec le candidat officiel du PS. «Avec Li-

Communiqué U Pour répondre à la demande croissante de bio en France, un grand nombre
Communiqué U
Pour répondre à la
demande croissante de bio en France, un grand nombre
de produits
est importé. Plutôt que de
se
satisfaire
de
cette situation, les
Magasins U
ont décidé
de favoriser
la production
française
en
soutenant
durablement le développement
de 700 producteurs
locaux du groupement Biolait.
se sont
engagés
à soutenir
durablement
le
E
n décidant d’agir pour le développement
de la filière
bio française, les Magasins U
développement de
700 producteurs français
bon
font un choix
pour l’emploi mais
du
groupement
Biolait.
Ce
partenariat,
né en
doit
sa réussite à
aussi pour les prix.
avril 2011,
Pour le lait
bio par
la
mise
en
place
exemple, les Magasins U
d’un circuit court
entre le distributeur et
les producteurs
qui permet de
maintenir les
prix bas.
de litres de
lait
en
2011,
Après 5 millions
l’enseigne
s’engage
en
2012
à s’appro-
visionner
auprès
du
groupement
Biolait
à hauteur de
12 millions de
litres de
lait,
à rémunérer
davantage le litre
de
lait bio
que
le
lait
conventionnel
et
à
favoriser
la reconversion des
à
nouveaux adhérents
la production
incluse dans le
laitière biologique via une aide
prix payé.
bénéfique à plus d’un
Ce type de partenariat est
titre parce qu’il
encourage le développement
de
produits
bio
et
la
production
locale,
juste
Les Magasins U se sont engagés à soutenir
tout en garantissant une rémunération
durablement le développement de 700
producteurs français du groupement Biolait.
aux agriculteurs. Les
nouveaux commerçants
en sont fiers,
convaincus qu’ils
font aujourd’hui
monde
ce que tout le
fera demain.
U LE COMMERCE QUI PROFITE À TOUS.
SYSTEME U CENTRALE NATIONALE - RCS Créteil n° B304 602 956 - Photo non contractuelle - Année 2012.

8 MONDE

Latolérance

assiégéeauMali

LIBÉRATION MARDI 5 JUIN 2012

La dérive fondamentaliste de Ansar ed-Dine, au pouvoir dans le Nord, divise les autorités religieuses à Bamako et inquiète le fondateur du groupe.

Par JEAN-LOUIS LE TOUZET Envoyé spécial à Bamako

une confusion dans les esprits», dit-il. Le cheik Haïdara raconte toujours la même histoire qui l’af- fecte à chaque fois un peu plus, celle «de l’usurpation de l’identité d’Ansar ed-Dine. C’est un Ansar ed- Dine dévoyé qui est pratiqué dans le Nord par la faute d’Iyad Ag Ghali

[chef des milices islamistes à Gao et Tombouctou, ndlr] et qui s’est tota- lement accaparé notre nom pour prô- ner la violence». Cela

s’imposer au Mali», claironne Mah- moud Dicko. Pourtant dans la même phrase, il estime qu’un champignon vénéneux s’est déposé sur l’islam malien : «Que voulez- vous ? Nous sommes condamnés à vivre désormais avec cette branche dissidente d’Ansar ed-Dine. Ce sont quand même des Maliens, ce sont nos frères…» Mahmoud Dicko conteste qu’il ait pu un moment laisser planer «une ambiguïté» dans ses propos et rec- tifie en affirmant qu’il a «bien con- damné les agissements dans le Nord». Il se dit surtout «surpris du tournant radical qu’a pris Iyad Ag Ghali» «Je l’ai bien connu autre- fois, jamais je n’aurais supposé qu’un homme comme lui se radicalise de la sorte!» Dicko affirme être plus que jamais partisan «d’une négociation avec les gens du Nord. Mais si elles n’aboutissaient pas, ajoute-il, c’est à défaut alors qu’il faudrait entrer en

L a mosquée wahhabite Mali Mag, du nom de l’immeu- ble qui la jouxte, dans le centre de Bamako, près de

la cathédrale, se remplit de fidèles pour la prière du vendredi. L’imam

s’adresse aux fidèles : «Veillez à ce que vos filles s’habillent décemment et que vos fils ne fré-

quentent pas les endroits

où l’on vend de l’alcool.» Et fait passer ce message : «Nous combattrons où qu’ils se trouvent les ennemis de l’islam.»

Le cheik Haïdara, qui prône «un is- lam doux et modéré», a fondé il y a presque trente ans le mouvement Ansar ed-Dine. Mais il s’est fait «voler» son mouvement par les is- lamistes du Nord qui veulent «créer

REPORTAGE

depuis début février,

date du début des ré- bellions touaregs au Mali sur les- quelles se sont greffées les bandes islamistes.

L’imam, dont la mosquée bénéficie d’un chemin goudronné baptisée «Route cheick Chérif Haïdara», donne audience dans un salon meublé de canapés profonds au dernier étage d’un bel immeuble de

standing. Il se dit très «inquiet par ce qui se passe au Nord. Ce n’est pas l’islam malien que je prône de-

puis trente ans dans le mouve- ment que j’ai fondé», affir- me-il. A l’écouter, ce qui se «passe dans le Nord a été porté par des fondamentalistes relayés

par des forces extérieures au Mali». Le cheick, par «prudence», n’entend pas s’étendre plus et se dit «éprouvé» par cette «affaire d’usur- pation, car les gens ont gâté notre nom et nos valeurs. Ces gens-là ont dévoyé la pensée de l’islam». Le cheick Haïdara imaginait bien, dit-il, que la situation pouvait vite se «dégrader» dans le Nord, «mais

ce qui est en jeu, c’est l’identité de

l’islam malien. Je suis bouleversé de

l’image que donne l’islam là-bas. Des

fondamentalistes sont en train d’in-

toxiquer les populations, et nos frères sont prisonniers de ces fondamenta- listes.»

REPÈRES 400 km ALGÉRIE Kidal MAURITANIE Tombouctou NIGER Bamako BURK FASO GUIN GH C -
REPÈRES
400 km
ALGÉRIE
Kidal
MAURITANIE
Tombouctou
NIGER
Bamako
BURK
FASO
GUIN
GH
C - D’IV
MALI
Population 15,85 millions d’hab.

Superficie

1 200 000 km 2

PIB par hab. (2010) 480,4 euros

+ 3,1 %

Inflation

De e extérieure 28,6% du PIB

Croissance du PIB + 2,7 % Espérance de vie 51,44 ans 175 e sur 187
Croissance du PIB
+ 2,7 %
Espérance de vie
51,44 ans
175 e sur 187 sur l’indicateur de
développement humain (IDH)
Sources : FMI, The Economist, PNUD 2011

Depuis le coup d’Etat du 22 mars, le Mali est divisé. Dans le Nord, les Touaregs du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) se sont alliés aux islamistes d’Ansar ed-Dine. Mais le projet de fusion entre les deux formations a été rejeté.

«Ce qui est en jeu aujourd’hui, c’est l’identité de l’islam malien.»

Le cheikh Haïdara imam à Bamako

guerre avec nos frères». Dans le quartier de Kalaban Koura à Bamako, le député Nataniel Dem- bele, de la circonscription de Tomi- nia, entre Ségou et Mopti, est pro- priétaire d’un hôtel-restaurant «pour séminaires, mariages et bap- têmes». Dans la nuit du 26 au 27 septembre 2011, le Flamboyant, son affaire, a été la proie des flam-

mes : «Les islamistes du quartier et

de bien d’autres endroits de Bamako

ont brûlé mon établissement et sac-

cagé ma voiture à coups de pierres.» Il a depuis tout reconstruit «à l’identique», mais le député est maintenant totalement désabusé:

«Quand j’ai ouvert au début des an- nées 2000, il n’y avait aucune mos- quée aux alentours. Puis une première est sortie de terre, une deuxième et une troisième. Les religieux m’ont de- mandé de fermer. Je leur ai répondu que c’était un endroit clos, privé, et qui ne gênait personne. Et qu’aux dernières nouvelles le Mali était une république laïque.» Le député Dem- bele raconte que l’enquête menée par «un commissaire proche des isla- mistes» au niveau idéologique n’a

CHAMPIGNON. Mahmoud Dicko est imam et président du Haut Con- seil islamique à Bamako. Ce der- nier, au contraire du cheick Haïdara, se montre «optimiste» et réfute l’analyse que donne Haïdara:

«Intoxiquer les populations ? Mais c’est une plaisanterie. Un millénaire de tolérance ne pourra pas être détruit par une bande d’islamistes en quel- ques mois! Je fais confiance aux Ma- liens pour ne pas tomber dans l’isla- misme. Cet islam-là ne pourra jamais

rien donné «alors que je croise cha- que jour des types qui ont saccagé mon restaurant».

«GROS ARGENT». Lors de questions orales au gouvernement, peu avant le putsch, le député aurait demandé «si la laïcité était juste un slogan ou alors une réalité». Il dit avoir reçu «des signes positifs» de ses collè- gues, mais se montre très soucieux du «tournant religieux» que prend le Mali depuis trois ans: «Ai-je été attaqué comme chrétien ? Comme personne qui vend de l’alcool? Ou les

deux?» s’interroge ce luthérien. Il dit avoir demandé à être reçu par le cheick Haïdara. Nataniel Dembele pense que «ce qui arrive au Nord est symptomatique des dérives observées depuis quelques années au Mali». «Je vois pousser à la fois un islam de business avec du gros argent venu dont on ne sait où et aussi un islam qui se radicalise, ajoute-t-il. Ce qui fait que je suis aujourd’hui très inquiet pour mon pays, avec un Nord sous la coupe islamiste et ces dérives sectai- res qui se glissent dans la société et même ici à Bamako.»

LIBÉRATION MARDI 5 JUIN 2012

MONDE 9

Touaregs affaiblis, Union africaine et Cédéao impuissantes: la situation est bloquée dans le Nord.

Les islamistes bien installés

Des combattants islamistes d’Ansar ed-Dine, le 24 avril, à proximité de Tombouctou.

PHOTO AP

I l est devenu l’une des

nouvelles terrae incogni-

meture des bars et la des- truction de mausolées de saints jugés «impies» à Tombouctou.

Mais, cinq jours après avoir annoncé l’alliance avec les islamistes, le MNLA a fait soudain marche arrière, no- tamment sous la

pression de ses

cadres installés en France et Mauritanie. Hama Ag Mahmoud, mem- bre du bureau politique du MNLA, joint par RFI, décla- rait ainsi: «Cette rupture peut coûter cher au MNLA, mais

nous sommes les seuls à pou- voir combattre les islamistes dans cette région.» Reste à le prouver. D’autant qu’à la suite de cette rupture, une bran-

sion. Et Bamako, la capitale, tétanisée depuis le coup d’Etat du 22 mars, sans véritable pouvoir, est inca- pable d’intervenir dans le nord du pays.

groupe les Etats de la région, a elle aussi multiplié les réu- nions, sans aboutir à autre chose que des menaces de sanctions. A Paris, le nou- veau locataire du Quai d’Or-

J.-L.L.T. et

che du MNLA affirmait vou- loir garder le contact avec Ansar ed-Dine, dont le chef

La solution peut-elle venir de l’extérieur ?

say, Laurent Fabius, a exclu toute intervention dans une zone où se trouvent au moins

est lui aussi un ancien leader touareg des années 90. Si Ansar ed-Dine et Aqmi (Al- Qaeda au Maghreb islami- que) ne cachent plus leur collaboration, les Touaregs, en revanche, sont plus

Dernière tentative, des chefs traditionnels arabes du Nord- Mali se sont réunis lundi en Mauritanie pour tenter de dénouer la crise. Ils ont dé- noncé l’«occupation du nord du pays», mais que peuvent-

sept otages français. Et mer- credi, le président de l’Union africaine a appelé l’ONU à parrainer l’envoi d’une force militaire africaine. Sera-t-il entendu?

que jamais menacés de scis-

ils faire? La Cédéao, qui re-

MARIA MALAGARDIS

FRANCE 3 PREMIÈRE SUR L’INFO DE PROXIMITÉ
FRANCE 3
PREMIÈRE SUR L’INFO
DE PROXIMITÉ

tae sur la carte du monde:

le Nord-Mali échappe depuis six mois à tout regard exté-

rieur. Ni journalistes ni hu- manitaires étrangers n’ont accès à cette vaste zone, grande comme la

France et la Bel-

gique réunies. Dans l’immédiat, la pire crainte est de voir la moitié nord du Mali devenir l’«Africanistan» du conti- nent : un territoire qui, comme l’Afghanistan des années 1996-2001, aurait vo- cation à offrir aux jihadistes une terre d’accueil et une base de repli. Au sud du Ma- ghreb et à quelques heures d’avion de l’Europe.

DÉCRYPTAGE

Qui contrôle le Nord-Mali ?

D’un point de vue militaire et politique, ce sont les isla- mistes qui semblent avoir désormais l’avantage. Même s’il faut rester prudent en l’absence de tout observa- teur neutre sur le terrain, le fait d’avoir imposé au centre du débat l’instauration d’un Etat islamique montre que tout se joue pour le moment aubour des intégristes d’An- sar ed-Dine. Ce mouvement a réussi une OPA inattendue en récupé- rant sans coup férir les terri- toires conquis par les Toua- regs du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad). Leur guerre de «libération», amorcée en janvier et remportée en mars grâce à une offensive éclair, n’aura finalement abouti qu’à isoler le Nord et à le li- vrer aux fondamentalistes, dont les Touaregs voulaient se démarquer.

Les Touaregs et les islamistes font-ils cause commune ?

Le 26 mai, coup de théâtre :

les Touaregs du MNLA et les intégristes d’Ansar ed-Dine annoncent leur volonté commune de créer un «Con- seil transitoire de l’ Etat isla- mique de l’Azawad». Con- trairement à ce qu’ils affirmaient jusqu’alors, les leaders du MNLA auraient ainsi accepté la charia dans ce territoire qu’ils souhai- taient laïc et multiconfes- sionnel. En réalité, ils ne fai- saient qu’entériner une situation établie, puisque la charia est désormais la règle dans les grands centres de cette région désertique, en- traînant notamment la fer-

cette région désertique, en- traînant notamment la fer- FRANCE 3 ET SES 24 ANTENNES RÉGIONALES OUVRENT

FRANCE 3

ET SES 24 ANTENNES RÉGIONALES OUVRENT LE DÉBAT

Des émissions spéciales, région par région, au plus près des enjeux de la campagne.

Des émissions spéciales, région par région, au plus près des enjeux de la campagne. Ce soir

Ce soir à 22 h 50

Des émissions spéciales, région par région, au plus près des enjeux de la campagne. Ce soir

france3.fr

10 MONDE

LIBÉRATION MARDI 5 JUIN 2012

Mormonsetgays,mariageforcé

Dans l’Utah, fief du groupe religieux du candidat républicain, Mitt Romney, des fidèles se sont joints dimanche au cortège de la Gay Pride. Bien que leur Eglise réprouve l’homosexualité.

Pride. Bien que leur Eglise réprouve l’homosexualité. La Gay Pride à Salt Lake City, dimanche. Des

La Gay Pride à Salt Lake City, dimanche. Des mormons ont défilé en «habits d’Eglise» (costume cravate). PHOTO JIM URQUHART. REUTERS

Par LORRAINE MILLOT Envoyée spéciale à Salt Lake City

I ls avaient promis de venir en «habits d’église» et l’ont fait:

chemises blanches et cravates pour les hommes,

robes longues pour les

femmes… Le tout au mi- lieu des gays et lesbiennes, en biki- nis, colliers ou vêtements arc-en- ciel. Pour la première fois, comme si l’eau et le feu s’étaient donné rendez-vous, une centaine de mor- mons ont défilé dimanche dans les rangs de la Gay Pride de Salt Lake City, la capitale de l’Utah, fief de l’Eglise de Jésus-Christ des saints

des derniers jours et Etat parmi les plus conservateurs aux Etats-Unis. «Je ne suis pas gay moi-même, pré- cise d’entrée Reed Grew, déjà père de trois bambins à 26 ans. Mais je veux montrer qu’on peut accepter nos frères et sœurs homosexuels.» «Dieu aime tous ses enfants», proclame sa pancarte. Erika Munson, l’initia-

trice de cette délégation mormone chez les gays, rappelle qu’il y va même souvent de vie ou de mort :

«Ces derniers mois dans l’Utah, nous en sommes à un suicide d’adolescent par semaine, parmi lesquels de nom- breux mormons qui dé-

couvrent leur homosexua-

lité et ne trouvent pas leur place dans l’Eglise. Ils se sentent si différents qu’ils ne pensent plus que Dieu les aime. Pour cela, nous devons dire que nous les aimons.»

REPORTAGE

«BONNE FIGURE». Jusque dans l’Utah et chez les mormons, l’ac- ceptation de l’homosexualité sem- ble progresser à grande vitesse ces derniers temps aux Etats-Unis. Dé- but mai, Barack Obama s’est dé- claré «personnellement» favorable au mariage homosexuel et sa sortie, en pleine année électorale, n’est pas sans effets. Même ici : l’Eglise de Salt Lake City, qui aimerait beaucoup faire élire le premier pré- sident mormon de l’histoire du

IDAHO REPÈRES WYOMING Great Salt Lake Salt Lake City Cit UTAH COLORADO Lac Powel 150
IDAHO
REPÈRES
WYOMING
Great
Salt
Lake
Salt Lake City
Cit
UTAH
COLORADO
Lac Powel
150 km
ARIZONA
NOUV - MEX
o
ad
Color
NEVADA

pays, en l’occurrence Mitt Romney,

a besoin de montrer qu’elle n’est

pas totalement obtuse. Même si le candidat républicain continue de s’opposer au mariage gay. Et même

riage, et trois enfants, Dale a vu

tous ses anciens coreligionnaires et ses voisins refuser soudain de lui parler quand il s’est mis en couple avec un homme. «Mes enfants ont perdu tous leurs amis,

raconte-t-il d’une voix triste. Parce que je vivais avec un homme, plus aucun enfant mor- mon n’avait le droit de

venir jouer chez nous. Ma fille aînée m’a haï,

elle disait que je gâchais sa vie. Et maintenant ce sont mes petits-en- fants qui paient.»

«Mes enfants ont perdu tous leurs amis, […] parce que je vivais avec un homme. Et maintenant ce sont mes petits-enfants qui paient.»

Dale Smith ancien mormon

si cette Eglise interdit toute relation

homosexuelle à ses fidèles. «Ces quelques mormons qui ont défilé avec les gays, c’est juste pour faire bonne figure, grimace Dale Smith, 49 ans, descendant de la famille même du prophète Joseph Smith qui a inventé cette religion en 1830.

Ils peuvent défiler autant qu’ils veu- lent, le mal est fait.» Comme beau- coup d’autres à Salt Lake City, Dale était mormon… jusqu’à ce qu’il se décide à vivre son homosexualité,

à 32 ans. Après des années de ma-

AGRESSIONS. L’Utah fait partie des Etats américains qui non seulement ne permettent pas le mariage ho- mosexuel, mais refusent aussi de reconnaître les unions conclues dans d’autres Etats. «C’est à cause du poids de l’Eglise mormone sur les hommes politiques locaux, expli- quent Josh et Peter, 21 et 23 ans, qui

envisagent déjà de se marier, mais

L’Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours est née dans l’Etat de New York, en 1830. Révélée par le prophète

Joseph Smith, cette Eglise qui

place la famille au cœur de sa doctrine a abandonné la polyga- mie en 1890. Elle compte 14 mil- lions de membres dans 176 pays.

45%

C’est la hausse du nombre de mormons aux Etats-Unis entre 2000 et 2010, selon un sondage de l’Association of Religion Data Archives.

ne voient guère comment ils le pourront. L’Utah sera même certai- nement le dernier des Etats améri- cains à reconnaître le mariage homo- sexuel.» Cela ne les empêche pas de vivre gays et heureux à Salt Lake City, une ville beaucoup plus libé- rale que le reste de l’Etat, et où les lieux de rencontre arc-en-ciel sont nombreux. «Mais nous restons pru- dents, expliquent-ils. Même au cen- tre de Salt Lake City, on ne se tien- drait pas la main dans la rue, il y a eu des cas d’agressions récemment à la sortie de clubs.»

CHASTE. Au sein même de l’Eglise mormone, quelques kamikazes tentent de concilier leur foi et leur homosexualité. «L’heure est favora- ble aux gays et favorable aux mor- mons. Peut-être ces deux moments favorables vont-ils se croiser», es- père Adam White, 21 ans, qui s’affi- che ouvertement homosexuel au sein même de sa communauté. Cel- le-ci le tolère… tant qu’il reste chaste. «En tant qu’étudiant à l’uni- versité Brigham Young [l’université mormone, ndlr], j’ai dû de toute fa- çon adhérer à un code d’honneur qui nous interdit toute relation sexuelle hors mariage, explique Adam. Pour la suite, on verra. J’ai bien l’intention de me marier avec un homme et fon- der une famille. Je sais que cela peut me faire excommunier. Mais les cho- ses évoluent : même le Président dé- fend maintenant le mariage gay !» Venue défiler en pantalon noir, plutôt qu’en robe comme le vou- drait l’Eglise, Bridey Jansen, 24 ans, redoute que le chemin soit encore long. «Les mormons n’acceptent pas les gays, et vice versa, résume-t- elle. Dans la communauté homo- sexuelle, on m’a déjà dit que je ferais mieux de quitter cette Eglise qui m’a lavé le cerveau. Mais ce n’est pas fa- cile! L’Evangile que prêchent les mor- mons, j’y crois du fond de mon cœur.» Quand elle a réalisé son attirance pour les femmes, à l’adolescence, Bridey a aussi tenté plusieurs fois de se suicider. «Je pensais que j’étais dans le mal, j’essayais d’y remédier en priant beaucoup, mais cela ne marchait pas. Je me haïssais.» Sur ce point, elle est aujourd’hui philoso- phe: «Cela m’a pris longtemps avant de m’accepter telle que je suis, je peux comprendre que les gens aient besoin de temps pour nous accepter.»

«Je pense que les couples du même sexe doivent pouvoir se marier.»

Barack Obama dans un entretien, le 9 mai, à la chaîne ABC

LIBÉRATION MARDI 5 JUIN 2012

LES GENS
LES GENS

TENDULKAR, STAR DU CRICKET ET SÉNATEUR INDIEN

Du cricket au Parlement indien, il n’y a qu’un pas pour Sachin Tendulkar. Ce sportif de 39 ans a été déclaré hier membre de la Chambre haute du Parle- ment. Alors qu’il avait affirmé vouloir rester à l’écart de la sphère politi- que, le joueur a prêté serment pour siéger à la Rajya Sabha. Le quotidien The Times of India avait émis des doutes sur cette nomination à une place honorifique, réservée à des personnalités des arts ou des sciences. Et l’opposi- tion de crier à la dérive populiste. Selon un mem- bre du Parti conservateur hindou, le joueur serait uti- lisé par le Parti du Con-

grès, qui dirige la coalition au pouvoir, afin d’accroître

la popularité de l’exécutif.

Que ses fans se rassurent:

le sportif a affirmé vouloir

donner la priorité à sa car- rière sportive. PHOTO AP

«D’un point de vue légal et d’un point de vue moral […], nous avons agi de manière tout à fait honnête et en accord avec la loi.»

Dmitri Medvedev hier

à propos de son échange de poste avec Poutine

41

C’est le nombre de mar- ches nocturnes consécuti- ves contre la hausse des

frais de scolarité à Mon- tréal (Canada). La police

a déclaré les derniers

rassemblements illégaux.

Le«dépeceur»enbout

decourseàBerlin

CAVALE Le suspect canadien du meurtre d’un étudiant chinois a été arrêté hier par la police allemande.

T raqué par Interpol, qui

a délivré le 31 mai une

«notice rouge» à son

encontre, Luka Rocco Ma- gnotta, alias «le dépeceur canadien», a été arrêté, hier, dans un cybercafé de Berlin où il a dû arriver quatre jours plus tôt, en provenance de Paris. La brigade nationale de recherche des fugitifs (BNRF) française, qui a reconstitué après coup les quatre jours passés à Paris par ce Cana- dien âgé de 29 ans, n’a su qu’hier matin qu’il «avait pris jeudi un car Eurolines pour Berlin», selon un commis- saire. La PJ française a aussi- tôt alerté son homologue al- lemande de la présence potentielle du suspect sur son

territoire. La police berlinoise

a confirmé que Magnotta a

été interpellé dans un café internet du quartier popu-

laire de Neukölln, dans le sud

de la capitale.

Décapité. La police cana- dienne accuse cet acteur porno d’avoir tué, dans la nuit du 24 au 25 mai, avec un pic à glace comme dans Basic Instinct, un étudiant chinois puis de l’avoir violé post mortem et démembré. Le lendemain, la vidéo de cet assassinat baptisée «1 Luna- tic 1 IcePick» («un fou et un

pic à glace») fut postée sur le site internet BestGore avec en fond sonore la musique du film American Psycho.

C’est mardi que la décou- verte, sur un tas d’ordures à Montréal, d’une valise con- tenant un torse décapité a permis de conduire la police

à l’appartement de Luka

Rocco Magnotta dans ce quartier de la Côte-des-Nei- ges. Le même jour, un colis qui recelait un pied en état de décomposition, parvenait au siège du Parti conserva- teur à Ottawa. Un autre pa- quet, renfermant une main,

destinée au Parti libéral, fut intercepté par la poste.

destinée au Parti libéral, fut intercepté par la poste. Le cybercafé berlinois où le «dépeceur» présumé

Le cybercafé berlinois où le «dépeceur» présumé a été

interpellé hier. PHOTO THOMAS PETER. REUTERS

La police française fut avertie le 31 mai que Magnotta avait pris un avion Montréal-Pa-

de la compagnie aérienne.

Mais pas Magnotta qui s’est déjà enfui. «Lorsque nous avons été prévenus

de son arrivée à Paris, ce type avait déjà presque quitté la France», souli- gne un enquê-

teur : «Il a dû voir sa tête à la télé et s’arracher en laissant ses affaires à l’hôtel».

Gare routière. Les investi-

gations à la gare routière de Paris et l’examen des bandes de vidéosurveillance ont permis à la police judiciaire d’établir que Luka Rocco Magnotta avait pris dès jeudi un autocar pour Berlin.

PATRICIA TOURANCHEAU

«Il a dû voir sa tête à la télé et s’arracher en laissant ses affaires à l’hôtel.»

Un enquêteur au sujet du dépeceur

ris, le 27 mai. L’enquête dé- marre alors de l’aéroport de Roissy, puis s’oriente vers l’hôtel Soummam de Bagno- let. Ayant reconnu à la télé en l’un de ses clients le «dé- peceur canadien», le gérant prévient la PJ qui perquisi- tionne la chambre de Ma- gnotta, trouve des revues pornos, des sacs vomitoires

MONDEXPRESSO 11

VU DE BOGOTÁ

Par MICHEL TAILLE

Un ex-otage des Farc accusé de double jeu

C ’ est peut-être la vidéo

la plus regardée du

moment en Colom-

bie: un plan fixe sur des cro- quis de bâtiments, décrits d’une voix monocorde par un homme qui laisse aperce- voir le bout de son nez un court instant. Les plans sont ceux du parlement départe- mental du Valle, la région de Cali. Les assistants, invisi- bles, seraient des guérilleros, quelques semaines avant le rapt spectaculaire de 12 dé- putés régionaux au cœur de l’assemblée, en avril 2002. La voix et le nez seraient, se- lon la police judiciaire, ceux de Sigifredo López, l’un des élus kidnappés. Captif pen- dant sept ans, il fut le seul survivant d’un massacre perpétré par ses ravisseurs qui a coûté la vie à tous ses compagnons en 2007. A sa libération, toute la Colombie l’a vu s’effondrer en larmes dans les bras de ses deux fils devenus grands. Il est aujourd’hui incarcéré et ac- cusé d’avoir aidé les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) à planifier son propre enlèvement. «C’est absurde, a-t-il pro- testé pendant son premier interrogatoire, fin mai. Je suis victime des délits dont on m’accuse.»

Pourtant, pour les enquê- teurs, la voix de l’enregistre- ment, qui détaille où se trouve «l’ennemi» policier au parlement, est bien la sienne. Même timbre, même défaut de prononciation sur certains «r». Et la silhouette qui ap- paraît fugacement avec son nez busqué et sa moustache

ressemble à la sienne. López, qui exige une expertise d’In- terpol ou du FBI, a dénoncé «la plus grande erreur judi-

ciaire de l’histoire» du pays. Dès 2007, après la tuerie de ses collègues, un déserteur des Farc l’avait accusé d’être

à leur solde ; il s’est depuis

rétracté. Souvent interrogé par les médias, le rescapé a expliqué avoir échappé à la fusillade parce qu’il se trou- vait «isolé pour mauvaise con-

duite». Le commandant qui aurait dirigé le rapt l’a exo- néré de toute responsabilité depuis sa cellule.

Mais d’autres éléments jouent contre lui. Une de ses geôlières, démobilisée, s’est étonnée des «traitements de faveur» qu’il recevait en cap- tivité. Revenu en politique depuis sa libération, López a par ailleurs déjà des cassero- les. Lors de sa candidature malheureuse au Sénat, en 2010, il a été accusé de liens ponctuels avec un groupe armé mafieux, les Rastrojos. Le patron de ce cartel, Diego Perez, a d’ailleurs été arrêté diman- che soir par la police.

Les familles des onze députés assassinés restent perplexes. «Sigifredo n’était pas en balade pendant sept ans», a réagi l’une des veuves. D’autres s’interrogent :

pourquoi n’a-t-il pas assisté

à une première convocation

de la justice, avant son arres- tation? A-il vendu ses com- pagnons avant d’être trahi par les Farc, ou est-il victime d’un montage ? Le cas Sigi- fredo reste une énigme.

LIBYE Une milice a pris d’as- saut hier l’aéroport de Tri- poli , bloquant le trafic aé- rien, pour dénoncer «l’enlèvement» de son chef.

ÉGYPTE Les militants appel- lent à des manifestations, aujourd’hui, contre le verdict

jugé trop clément envers des proches de Hosni Moubarak.

DANEMARK Quatre hommes ont été condamnés pour ter- rorisme, hier, dans l’affaire des caricatures de Mahomet pour avoir conspiré l’assassi- nat de journalistes danois.

rorisme, hier, dans l’affaire des caricatures de Mahomet pour avoir conspiré l’assassi- nat de journalistes danois.

12 FRANCE

Nicolas Sarkozy et Muammar al-Kadhafi, le 25 juillet 2007, à Tripoli.

PHOTO PATRICK KOVARIK. AFP

UnprochedeKadhafi

enmissioninvisible

Rencontre avec un ancien membre du protocole libyen, qui aurait été envoyé en août 2011 à Djerba. But du voyage: ramener à Tripoli le détenteur des «preuves» de versements à Sarkozy.

Par VIOLETTE LAZARD Envoyée spéciale à Djerba (Tunisie)

rendre public les preuves de l’ar- gent versé par son pays à Nicolas Sarkozy. Discréditer ce président, cet ancien ami, parti en guerre

contre lui. Il n’existe aucune preuve que le Guide ait pris une telle déci- sion. Aucun papier signé. Aucun enregistrement. Mais

deux témoignages l’at-

testent: celui de l’ancien avocat de la Jamahiriya libyenne (l’Etat libyen) Marcel Ceccaldi, présent à Tripoli en août 2011 (lire ci-contre). Et le récit d’Idriss (1),

T ripoli, mi-août 2011. L’of-

fensive des rebelles libyens a débuté depuis six mois. En plein ra-

madan, la chute du ré-

gime de Kadhafi paraît inéluctable. Réfugié dans son pa- lais, jurant qu’il ne se rendrait ja- mais, le colonel Muammar al-Kad- hafi aurait alors pris une décision:

ENQUÊTE

LIBÉRATION MARDI 5 JUIN 2012

45 ans, ancien membre du proto-

cole de Kadhafi. Réfugié en Tunisie depuis la chute de Tripoli, ce Libyen affirme avoir été envoyé mi-août à Djerba (Tuni- sie) chercher les preuves des vire- ments effectués par la Libye à la France. Les routes étant coupées par les rebelles, il ne reviendra pas. Mais, selon lui, des preuves de ces versements existeraient et seraient aux mains d’un intermédiaire.

PLAINTE. Aujourd’hui, aucune pro- cédure judiciaire n’est ouverte en France sur ces soupçons de verse- ments illégaux. Seule une enquête préliminaire pour «faux et usage de faux» et «publication de fausses nouvelles», déclenchée par une

plainte de l’ex-président contre le site Mediapart, qui a publié pen- dant l’entre-deux-tours un docu- ment évoquant un versement de

50 millions d’euros par Kadhafi à la

France, est en cours. Le récit d’Idriss devrait donc déclencher de nouvelles investigations.

AFP

AP

AFP

AP

LIBÉRATION MARDI 5 JUIN 2012

REPÈRES
REPÈRES

« Vous croyez vraiment qu’avec ce que j’ai fait à M. Kadhafi, il m’a fait un virement? Pourquoi pas un chèque endossé? C’est grotesque.»

Nicolas Sarkozy le 30 avril sur France2,aprèsla publication parMediapart d’un document évoquant une somme de50millionsversées par Tripoli

évoquant une somme de50millionsversées par Tripoli SAÏF AL-ISLAM Le second fils de Kadhafi, souvent présenté

SAÏF AL-ISLAM

Le second fils de Kadhafi, souvent présenté comme son possible successeur, est aujourd’hui détenu par d’ex- rebelles libyens. Il fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internatio- nale pour crimes contre l’humanité. Le 16 mars 2011, il avait déclaré: «Il faut que Sarkozy rende l’argent qu’il a accepté de la Libye pour financer sa campagne électorale. […] Nous en avons la preuve. Nous sommes prêts à tout révéler.»

en avons la preuve. Nous sommes prêts à tout révéler.» BACHIR SALEH L’ancien chef de cabinet

BACHIR SALEH

L’ancien chef de cabinet de Kadhafi connaîtrait tous les secrets de l’ancien régime. C’est à ce titre que le Libyen, recherché par Interpol, aurait été accueilli en France cet hiver au nom du regroupement familial –sa femme étant française. Il aurait aujourd’hui quitté l’Hexagone, après une petite réunion au Ritz avec Dominique de Villepin et son ami Alexandre Djouhri.

avec Dominique de Villepin et son ami Alexandre Djouhri. MAHMOUDI AL-BAGHDADI L’ancien Premier ministre libyen est

MAHMOUDI

AL-BAGHDADI

L’ancien Premier ministre libyen est détenu depuis le 19 septembre en Tunisie. La dernière demande d’extradi- tion de la Libye a été acceptée par la justice, mais non exécutée. Depuis sa cellule, il aurait confirmé l’authenticité du document de Mediapart révélant le versement de 50 millions de la Libye vers la France. Avant de le nier, via de nouveaux avocats.

FRANCE 13

Marcel Ceccaldi, avocat d’ex-dignitaires du régime libyen:

«On m’a dit que l’argent a été transféré en Suisse»

M arcel Ceccaldi a été l’avocat français de l’Etat libyen jusqu’à la chute du régime. Il défend aujourd’hui l’ancien Premier

ministre de Muammar al-Kadhafi, Mahmoudi al-Baghdadi, et Bachir Saleh, l’ancien directeur de cabinet du Guide. Que savez-vous de l’existence de virements d’ar- gent entre la Libye de Kadhafi et Nicolas Sarkozy? Mi-août, alors que la chute de Tripoli paraissait inéluctable, deux sources appartenant au pre-

mier cercle du Guide m’ont appris l’existence de virements entre les deux pays. Ils m’ont affirmé qu’il existait des preu- ves et qu’elles allaient être révélées. Je me trouvais à Tripoli depuis le 7 août pour deux raisons: préparer l’assem- blée générale de l’ONU à New York du 15 septembre et la saisine de la cour de

justice de l’Union africaine sur la li-

céité de l’intervention de l’Otan en Libye. Les Libyens souhaitaient profiter de l’as- semblée générale pour se faire entendre. Pendant toute la durée de mon séjour, j’ai été en contact non pas avec le Guide directement mais avec ses conseillers, notamment avec le ministre de la Justice, le vice-ministre des Affaires africaines, le ministre des Affaires étrangères, etc. Les ac- tions en justice à lancer relevaient exclusivement du premier cercle du Guide. Qui sont les personnes qui ont évoqué les preuves de ces versements? Aucune preuve n’existe sur des remises de cash. Seuls ceux qui allaient chercher l’argent à la banque libyenne le savent. En revanche, il est exact qu’il m’a été dit, mais je n’en ai aucune preuve, que des virements ont eu lieu. Il s’agit d’un très proche de Saïf al-Islam [le fils du Guide, nldr], Zidane. Il est mort, depuis, les armes à la main. Et d’un dignitaire. J’ai donc eu une double confirmation.

Comment celles-ci devaient être divulguées par le régime de Tripoli? L’un d’eux m’a expliqué la procédure: un mem- bre du protocole de Kadhafi devait aller à Djerba, chercher un homme d’affaires disposant des preuves des virements. Le lendemain soir, à l’hôtel Radisson Blue de Tripoli où nous avions pour habitude de nous retrouver, j’ai rencontré cet émissaire qui allait prendre la route. J’ai su par la suite qu’il avait pu partir, accueillir l’homme d’affaires à Djerba, mais n’avait jamais pu revenir à Tripoli à cause des rebel- les. Pour ma part, je suis resté à Tripoli jusqu’à la chute de la ville, puis j’ai été évacué par avion vers la Tunisie. Je suis rentré en France, via Djerba, le 8 septembre 2011. En savez-vous plus sur le circuit em- prunté par ces virements? On m’a dit que l’argent a été transféré en Suisse. On m’a précisé également que les noms des bénéficiaires de ces virements permet- tent d’identifier les véritables destinataires car, d’une part, le calendrier de ces virements cor- respond, à chaque fois, à des visites en Libye de délégations françaises; d’autre part, ces bénéfi- ciaires, au nombre de deux, étaient à chaque fois présents lors de ces visites. Pourquoi le régime de Kadhafi a-t-il attendumi- août 2011 pour décider de révéler l’existence de ces versements d’argent? C’est Muammar al-Kadhafi lui-même qui s’y est toujours opposé. L’explication est d’ordre sub- jectif : il n’a jamais compris pourquoi Sarkozy était parti en guerre contre la Libye. Il a toujours cru que la France n’irait pas jusqu’au bout. Mon propos va vous surprendre: je crois, quelles que soient ses dérives, qu’il était attaché irrationnel- lement à la France.

Recueilli par V.L.

irrationnel- lement à la France. Recueilli par V.L. C’est à la Marsa, banlieue cossue si- tuée

C’est à la Marsa, banlieue cossue si- tuée à quelques kilomètres de Tu- nis, que Libération a rencontré le Li- byen. Depuis l’été dernier, c’est ici que de nombreux ex-dignitaires du régime libyen, comme Idriss, vivent un exil forcé et doré. Il nous attend à la terrasse d’un café. Son français est impeccable. Pour la première fois, il accepte de raconter la mis- sion qui lui a été confiée mi-août 2011 pour que «Sarkozy paye ce qu’il a fait à mon pays». «Le mot d’ordre était assez simple, débute Idriss, la quarantaine ron- douillarde, moustache noire, che- veux gominés sur le crâne, montre et bracelet clinquant. Le 15 août, je devais partir avec une voiture diplo- matique chercher un homme d’affai- res à Djerba.» Il ne nous livrera pas l’identité de ce mystérieux busi- nessman dont on sait seulement qu’il est africain et qu’il arrivait en provenance du Tchad. Pourquoi le Tchad ? «C’est dans ce pays que la Libye envoyait l’argent qui revenait ensuite en France via la Suisse», af-

firme une autre source, française, autrefois proche du régime de Kad- hafi. «Au début, je n’ai pas compris le sens exact de ma mission, poursuit Idriss. Ce n’était pas dans mes fonc- tions de poser des questions préci- ses», relate cet ancien guide touris- tique, arrivé au service du protocole de Kadhafi en 2002.

ROUTES COUPÉES. Le 15 août,

Idriss raconte avoir rejoint Djerba en quatre heures, grâce à des lais- sez-passer. Il réceptionne l’homme mystérieux. Tous deux dorment à

Ben Guerdane, situé à la frontière entre la Libye et la Tunisie. Puis tentent de re-

gagner Tripoli le lendemain. Mais les routes sont coupées par les rebelles. «Nous avons été arrêtés à Zaouïa, précise Idriss. Nous avons dû faire demi-tour et retourner à Djerba. Nous y sommes restés trois jours, dans l’espoir de pouvoir retourner à Tripoli. Quand

nous avons compris que ce ne serait pas possible, l’homme d’affaires est retourné au Tchad. Je n’ai jamais pu revenir dans mon pays…» C’est pen- dant ces trois jours qu’Idriss, qui dit vivre aujourd’hui à Tunis grâce à l’argent envoyé par sa famille, spécialisée dans la sécurité des in- frastructures pétrolières de Zintan, affirme avoir compris le véritable objet de sa mission. «Il voulait à tout prix rentrer en Libye. Je lui ai posé des questions. Il m’a alors indiqué dispo- ser des preuves du financement de la

L’ex-Premier ministre de Kadhafi, emprisonné à Tunis, Mahmoudi al-Baghdadi, a lui aussi évoqué des versements entre les deux pays.

France par le régime de Kadhafi. Je sais qu’il est reparti avec.» D’après lui, les documents se monnaie- raient aujourd’hui 150 000 euros. Idriss n’est pas le seul ex-dignitaire du régime Kadhafi à accréditer la thèse d’un financement occulte de

la France par la Libye. L’ex-Premier

ministre du Guide aujourd’hui em- prisonné à Tunis, Mahmoudi al-Ba- ghdadi, a lui aussi évoqué des ver- sements entre les deux pays. Ses déclarations remontent à octo- bre 2011 et avaient été faites, à l’époque, dans une relative indiffé-

rence.

CAMPAGNE. «Le 25 octobre 2011,

Al-Baghdadi a été entendu par la jus- tice à Tunis suite à une demande d’extradition de la Libye, rappelle

M e Mehdi Bouaougia, l’avocat tuni-

sien mandaté par la famille de l’ex- dignitaire. Il a déclaré que la Libye avait financé des hommes politiques français et notamment la campagne de Nicolas Sarkozy. Il a également in- diqué que l’argent transitait par la Suisse. Evidemment, les procès-ver- baux de cette audience ne nous ont jamais été donnés. Nous ne les aurons jamais.» Lors de la deuxième demande d’extradition, quelques semaines plus tard, l’ex-Premier ministre n’a

pas pu confirmer et éclaircir ses propos puisqu’il n’était pas présent lors de l’audience. «Des menaces de mort ont été évoquées pour justifier son absence au tribunal, poursuit l’avocat. Ces menaces n’ont jamais été confirmées.» Aujourd’hui, le prisonnier est silencieux et toujours sous la menace d’une extradition vers la Libye. «M. Baghdadi nous a demandé de ne plus prononcer son nom au sujet des versements d’argent vers des pays étrangers, affirme son autre avocat tunisien M e Moham-

med Salah Hassen, qui a pu le voir pour la dernière fois le 26 mai. Il n’infirme ni ne confirme. Il considère qu’il est prisonnier politique, que sa vie est en danger. Ce n’est pas le mo- ment d’aborder ces sujets.» Il appartient désormais à la justice de vérifier la réalité de ces témoi- gnages et rechercher les éventuelles preuves des versements libyens. Nicolas Sarkozy, de son côté, a tou- jours nié farouchement avoir reçu de l’argent de Kadhafi. (1) Le prénom a été modifié.

14 • FRANCE LIBÉRATION MARDI 5 JUIN 2012
14 • FRANCE
LIBÉRATION MARDI 5 JUIN 2012

A Villeurbannes, hier, la direction de l’école Beth Menahem avec l’un des jeunes agressés (à droite).

«Jefaisunlienavecl’affaireMerah»

Après l’agression de samedi, la communauté juive de Villeurbanne évoque un climat malsain.

Par CATHERINE COROLLER Correspondante à Lyon Photo JEAN-FRANÇOIS MARIN

«J’ ai pas la kippa parce qu’à chaque fois c’est source d’embrouilles.» En com- pagnie de quatre autres

adolescents juifs, Da- vid, 14 ans, est en train

de manger un sandwich sur un banc situé en face de la mai- rie de Villeurbanne. Yoel, lui, porte la kippa. «Je ne veux pas renoncer à ma religion», dit-il. «Quand tu la mets, on va te dire “sale juif”», lui répond David. Dylan, tête nue, se mêle à la conversation. «Un jour on jouait au foot et le ballon a roulé dans

la rue. On m’a dit : “Sale juif de merde.”» Ces cinq adolescents af- firment tous avoir été l’objet, un jour, de propos antisémites. Tous ne sont pas de Villeurbanne. Yoel habite Paris, dans le XIX e arrondis- sement, quartier à forte concentra- tion juive. Mais tous se sentent me- nacés. «On se sent pas en sécurité, même devant la “syna” [synagogue, ndlr]», dit Yoel. Bien sûr, ils ont entendu parler de l’agression, sa- medi, à Villeurbanne, de quatre jeunes juifs portant la kippa. David dit d’ailleurs les connaître. Alors qu’ils se rendaient à la syna- gogue de l’école Beth Menahem pour un office religieux, ces quatre hommes, âgés d’une vingtaine d’années, ont été «insultés et bous-

culés par trois individus» décrits comme étant «d’origine maghré- bine». Ils ont continué leur trajet. Mais les agresseurs sont revenus à la charge, rejoints par une dizaine de personnes armées d’un mar- teau, d’une batte de base-ball et

d’une barre de fer. Selon la police, s’en est suivi un

«échange de coups» du-

rant lequel deux des quatre jeunes ont reçu «un coup de marteau et un coup de barre de fer au niveau de la tête», selon la police, le troisième étant frappé au bras, et le quatrième indemne. A leur sortie de l’hôpital, les trois victimes ont déposé plainte et une enquête a été ouverte.

REPORTAGE

BARBELÉS. A l’école Beth Mena- hem, l’émotion était grande, hier. Les parents des trois agressés y tra- vaillent. Eux-mêmes y ont étudié. De l’extérieur, l’établissement n’est pas franchement accueillant. Il est séparé de la rue par un mur de béton surmonté de barbelés. Cette protection a été installée à la de- mande du préfet de l’époque, après qu’une voiture piégée ait explosé, en 1995, devant une autre école juive de Villeurbanne. Comme Sarcelles (Val-d’Oise), Vil- leurbanne compte une importante communauté juive, essentiellement composée de rapatriés originaires d’Afrique du Nord. Le rabbin Sa- muel Gurewitz, directeur de l’école

Beth Menahem l’évalue à 17000 personnes environ. Y a-t-il plus d’antisémitisme à Villeur- banne qu’ailleurs? «Nous ne vivons pas dans une ville en état de siège, mais apaisée. Il s’agit d’un fait divers tragique», rétorque Jean-Paul Bret, le maire (PS) de la ville. Récem- ment, plusieurs attaques s’y sont pourtant produites. Ariel Goldman, le porte-parole du service de pro- tection de la communauté juive (SPCJ), qui dépend du Conseil re-

REPÈRES
REPÈRES

«La France est faite pour vivre avec des individus différents qui respectent les lois de la République, celles que nous avons en commun.»

Martine Aubry

présentatif des institutions juives de France (Crif), signale une «agression du même type que celle de samedi, au marteau». Sammy Gho- zlan, président du Bureau national de vigilance contre l’antisémi- tisme, rapporte un autre exemple:

«Un monsieur d’une quarantaine d’années portant la kippa allait vers son magasin. Une voiture s’est arrê- tée à son niveau et on lui a tiré dessus avec un pistolet à billes, ce qui a pro- voqué un hématome à la jambe.» Une

140

C’est le nombre d’actes qui ont été recensés entre le 19 mars et le 30 avril con- tre des membres de la com- munauté juive par le SPCJ.

La Conférence des évêques de France (CEF) et le Conseil français du culte musulman (CFCM) ont condamné une agression «antisémite», assu- rant la communauté israélite de leur «solidarité fraternelle». Le président de l’Observatoire de l’islamophobie a dénoncé une «agression inacceptable».

Israël a exprimé, hier, sa «profonde préoccupation» après l’agression à Villeur- banne de «citoyens français d’origine juive», et dit sa con- fiance dans les autorités fran- çaises pour faire «entière lumière et justice» sur ces faits, selon un communiqué publié par son ambassade à Paris.

agression bénigne, mais qui témoi- gne, selon lui, d’un climat. «Méca- niquement, je suis obligé de faire un lien avec l’affaire Merah», reconnaît Ariel Goldman.

RÉFÉRENCE. Dans un document rendu public aujourd’hui, le SPCJ affirme que «l’attentat [contre

l’école juive] de Toulouse a déclenché une explosion des actes antisémites en France». Entre le 19 mars et le

30 avril, 140 actes (actions violen-

tes, menaces et actes d’intimida- tion) ont été recensés, soit le tiers du total de l’année 2011. Parfois, les liens avec l’assassin présumé sont explicites. Exemple : l’inscription «Merah nique les juifs» accompa-

gnée d’une croix gammée, le

24 mars à Carpentras. Ou «Vive

Mohamed Merah nik les juifs», le 7 avril à Caluire-et-Cuire (Rhône). Il semble, en revanche, que les auteurs de l’agression de Villeur- banne n’aient pas fait référence à la tuerie de Toulouse. A priori, leur identification ne devrait pas être difficile puisqu’il semble qu’agres- seurs et agressés se connaissaient. Hier, en fin d’après-midi, l’enquête se poursuivait sans l’annonce d’une interpellation. Aujourd’hui, Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur, re- cevra les responsables de la com- munauté juive afin d’aborder «de manière concrète, les questions liées à la sécurité de la communauté juive sur l’ensemble du territoire».

LIBÉRATION MARDI 5 JUIN 2012

CARNET DE SANTÉ

Par ÉRIC FAVEREAU

Diagnostic: quand lamédecine en fait trop

C ’ était, il y a quelques

semaines: une étude

montrait qu’un test

usuel de dépistage du cancer de la prostate se révélait non seulement inutile, mais po- tentiellement dangereux. La Haute Autorité de santé (HAS), peu après, a décidé de ne plus le recommander. Un cas unique? Simple bavure? Nullement, répondent avec force trois chercheurs dans un article paru, le 29 mai, dans la grande revue médi- cale internationale, The Bris- tish Medical Journal (1): «Il y a aujourd’hui trop de patients qui sont surdosés, voire sur- traités, ou encore surdiagnos- tiqués», écrivent-ils. Notant qu’aux Etats-Unis le coût de ces traitements inutiles cor- respond à l’équivalent de 1,60 milliard d’euros.

La force de cet article est de montrer que toutes ces prati- ques abusives s’inscrivent dans la logique des progrès médicaux, qui veulent tou- jours en faire trop. Les auteurs pointent plusieurs facteurs. D’abord le screen- ing, ces vastes programmes de prévention où l’on va tes- ter toute une population pour voir si telle personne a des risques d’avoir telle ma- ladie, sans pour autant qu’elle en ressente actuelle- ment de symptômes. On va donc la détecter, puis sans savoir si la maladie se déve- loppera, on va la traiter. Sans un intérêt clinique clair. Deuxième facteur de risques, la batterie des nouveaux tests de diagnostic qui sont sou- vent mal maîtrisés. Par leur

intermédiaire, on va s’aper- cevoir de choses «anorma- les», de radios bizarres, d’analyses troublantes à qui on va donner un sens patho- gène. On va même les traiter. Autre facteur : l’apparition de nouvelles maladies, aux contours assez floues.

Au final, tout cela fait masse. Les auteurs de l’article no- tent qu’au Canada, «30% des personnes diagnostiquées asthmatiques ne le sont en fait pas, et 66% d’entre elles ne nécessiteraient aucun traite- ment». En Amérique du Nord, les enfants nés en dé- cembre ont 30% de risque de plus d’être diagnostiqués hy- peractifs. Et donc traités. Un diagnostic bien peu perti- nent. Sur le cancer de la prostate, des travaux indi- quent que le risque de surdiagnostic est évalué à plus de 60%. Dans le cas du cancer de la thyroïde, un grand nombre de nouveaux cas ne mériteraient pas d’être traités. Ou encore, le diabète gestationnel qui surgit lors de

la grossesse: avec l’élargisse-

ment de ces critères, il est surdiagnostiqué dans 20% des cas. Ces dérapages se nourrissent «de nombreux conflits d’intérêts». Mais les auteurs pointent qu’il y a des croyances qu’il faut battre en brèche ; à savoir l’idée que «plus on en fait, mieux c’est». Ce n’est manifestement pas toujours le cas.

(1) «Preventing overdiagnosis:

how to stop harming the healthy» («The BMJ» du 29 mai, par Ray Moynihan, Jenny Doust, et David Henry).

du 29 mai, par Ray Moynihan, Jenny Doust, et David Henry). BRAQUAGE Un fourgon blindé a

BRAQUAGE Un fourgon blindé a été attaqué à l’arme de guerre et un convoyeur de fonds a été blessé griève- ment, hier matin, à Auber- villiers (Seine-Saint-Denis). Les braqueurs ont pris la

fuite avec un butin de 195 000 euros. Un homme, connu des services de police,

a été interpellé un peu plus tard, près d’un véhicule ayant servi aux auteurs de l’attaque. PHOTO AFP

ARME À FEU Un agriculteur de Saône-et-Loire a été tué lors d’une «chasse aux nui- sibles» par son fils, lui- même retrouvé suicidé hier. Les deux hommes faisaient cette «sauvagine» (chasse aux fouines et renards) quand, pour une raison en- core indéterminée, le fils a tiré sur le père avant de dis- paraître, puis de se suicider. L’enquête doit dire si l’homi- cide est volontaire ou s’il s’agit d’un accident.

FRANCEXPRESSO 15

F R A N C E X P R E S S O • 1 5

Immeubles dans le quartier de Ménimontant à Paris. PHOTO PHILIPPE LESPRIT. PICTURE TANK

LamesureDuflotfait

tremblerlesmurs

LOYERS L’annonce de blocage, saluée par les associations de locataires, est très critiquée du côté des bailleurs.

L’ immobilier est intoxi- qué à la hausse des prix. Le blocage des

loyers à la relocation, an- noncé par la ministre du Lo- gement Cécile Duflot, vient

donc contrarier de vieilles habitudes. Les propriétaires ne pourront plus procéder à des augmentations à leur en- tière discrétion à l’occasion d’un changement de loca- taire. Cette mesure ne signi- fie pas pour autant que les loyers vont être gelés : ils continueront à augmenter en fonction de l’indice de révi- sion annuel qui colle à l’in- flation. Les revenus locatifs des propriétaires sont donc protégés de l’érosion moné- taire.

«Appétence». Mais l’an-

nonce gouvernementale sus- cite des réactions très hosti- les parmi les associations de bailleurs et les professionnels de l’immobilier. «Des pro-

priétaires vont retirer des biens du marché et des investisseurs ne vont plus venir dans le mar- ché, car l’un des attraits de l’immobilier était cette pro- gressivité possible des reve- nus», estime Jean-Pierre Perrin, le président de l’UNPI (Union nationale de la propriété immobilière). «L’investisseur […] a besoin d’un certain degré de liberté. La contrainte tue l’appétence à investir», tonne pour sa part François Gagnon, le président du réseau d’agen- ces ERA. «Toute mesure qui contraint le bailleur n’est pas viable. Elle est même suscepti- ble d’en décourager beau-

coup», estime enfin le prési- dent de la Fnaim (Fédération nationale de l’immobilier), René Pallincourt. Ces réactions montrent qu’en dépit de la crise éco- nomique, la montée du chô- mage, la modération des re- venus, les milieux de l’immobilier veulent conti- nuer à augmenter leurs prix au-delà de l’inflation. Depuis une quinzaine d’années, les tarifs des logements à la transaction comme à la loca- tion galopent à un rythme quasi systématiquement su- périeur à l’inflation dans les zones tendues comme l’Ile- de-France, où le coût du lo- gement est devenu insoute- nable même pour les classes moyennes. Les détenteurs de patrimoine (bailleurs, pro- priétaires occupants) de même que les professionnels

formité avec la réalité des bud- gets des familles», pointe Serge Incerti-Formentini, le président de la CNL, la prin- cipale association de locatai- res. «Même si c’est un progrès [le blocage] n’agit pas pour que les loyers baissent», re- grette pour sa part Michel Fréchet, le président de la Confédération générale du Logement (CGL), qui consi- dère qu’ils sont vraiment trop hauts. Il faudrait une «vraie baisse des loyers» pour «redonner de l’oxygène aux couches populaires», estime Jean-Baptiste Eyraud, qui préside le DAL (Droit au lo- gement). Menace. Toutes les associa- tions font état de loyers trop chers dans les zones tendues. Du coup la déclaration de l’ancien Premier ministre François Fillon, qui a agité la menace d’une

fuite des inves- tisseurs, semble très en décalage avec le quoti-

dien des fa- milles. «Enca- drer les loyers, ça veut dire qu’il n’y a plus aucun investis- sement immobilier», a-t-il af- firmé hier en marge d’un dé- placement dans la Sarthe. «Ce n’est pas en prenant des mesures législatives, en con- traignant les choses, qu’on ar- rivera à faire baisser les loyers», a ajouté l’ancien lo- cataire de Matignon. Depuis 1997 les loyers sont totale- ment libres : ils n’ont cessé d’augmenter.

TONINO SERAFINI

«Encadrer les loyers, ça veut dire qu’il n’y a plus aucun investissement immobilier.»

François Fillon hier

(promoteurs, agents immo- biliers, notaires, administra- teurs de biens…) sont les grands gagnants de cette in- flation immobilière qui met à mal les capacités contribu- tives des ménages. Jusqu’au ras-le-bol: l’idée d’encadrer les loyers est plébiscitée dans les sondages, par les élec- teurs de gauche comme de droite. Toutes les associa- tions de locataires applau- dissent le blocage. «Le coût du logement n’est plus en con-

 

CARNET

 

NAISSANCE

Jean-Louis et Christine BUREAU, alias Grand-Père et Zaza, voient leur famille s'agrandir ! Léonard est né le 27 septembre 2010, chez Jean et Emma, Ulysse, le 23 août 2011, chez Pauline et Victor, et Arsène, le 30 mai 2012, chez Benoîte et Ambroise.

 

DÉCÈS

34 - AGDE

Mme Galina VION, son épouse, Franck, Stève, Virginie, ses enfants, Maxime, Léo, Lou, ses petits-enfants, Parents et amis.

Ont la tristesse de vous faire part du décès de

M. Robert VION

Survenu le samedi 2 juin 2012, à l'âge de 69 ans.

La cérémonie religieuse aura lieu le mardi 5 juin 2012 à 11 heures en la Cathédrale D'Agde, suivie de la crémation au crématorium de SÈTE à 14 heures. Visite à 29 A chemin de Janin 34300 AGDE. Le présent avis tient lieu de faire-part et de remerciement.

 
Le Carnet

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Tarifs 2012 : 16,30 TTC la ligne Forfait 10 lignes :

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Christiane Nouygues

 

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16 ECONOMIE

16 • ECONOMIE Lycéens manifestant contre la réforme Woerth des retraites, le 15 octobre 2010. PHOTO

Lycéens manifestant contre la réforme Woerth des retraites, le 15 octobre 2010. PHOTO VINCENT NGUYEN. RIVA PRESS

Retraites:

Hollande sort le rabot

Le projet de décret sur le retour à 60 ans pour les personnes ayant débuté à 18 ans est présenté demain en Conseil des ministres.

Par LUC PEILLON

J usqu’ici, le virage a été assez bien négocié. Entre la pro- messe initiale du PS de reve- nir à la retraite à 60 ans pour

tous ceux qui ont leurs annuités et l’ultime proposition de François Hollande, à la veille de la présiden-

tielle, de la réserver à ceux qui ont commencé à travailler à

18 ans, l’évolution s’est

faite en douceur. Et sans accusation de trahison. Avec la présentation, demain, des détails de la mesure en Conseil des minis- tres, le nouvel exécutif en arrive aux travaux pratiques. La bien- veillance des partenaires sociaux (et accessoirement celle des Fran- çais) sera-t-elle toujours d’actua- lité ? Tout dépendra des derniers arbitrages rendus d’ici là. Tour

LIBÉRATION MARDI 5 JUIN 2012

près de 40000 en 2011 pour le dis-

positif actuel «carrières longues». Soit moins que ce que le PS avait d’abord estimé. Résultat, comme l’a expliqué le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, la mesure ne coûterait pas autant que prévu. Au lieu des 5 milliards budgétés en 2017 (financés par une hausse des cotisations salariés et em- ployeurs de 0,5 point), la réforme pourrait nécessiter 2 milliards d’euros seulement, selon les esti- mations des Echos. Une marge de manœuvre bienvenue pour le gou- vernement, qui lui permet ainsi d’envisager un élargissement de la mesure à ceux ayant commencé à 19 ans ou en considé-

rant comme «cotisés» davantage de périodes non travaillées. S’ajouterait néan- moins à ces 2 milliards

l’impact financier de la réforme pour les régimes de re- traites complémentaires, qui équi- vaut à la moitié du coût supporté par les régimes de base.

UN DEUXIÈME ROUND DE RÉFORME ? Ce premier décret concernant les retraites devrait être suivi d’autres mesures, dont les contours seront négociés lors du sommet social prévu dans la première quinzaine de juillet. Devraient notamment être abordés la pénibilité et le fi- nancement pérenne du système. La CFDT, elle, souhaite une grande re- mise à plat du système dès cet été, alors que la loi de 2010 ne l’a pro- grammée qu’en 2013. Pour, à terme, aller vers une grande ré- forme des différents régimes. Pas sûr, cependant, que le gouverne- ment soit prêt à aller aussi loin.

REPÈRES
REPÈRES

100000

personnes sont concernées par le dispositif qui élargirait les départs anticipés en retraite à ceux qui ont com- mencé de travailler à 18 ans.

«Les annonces qui commencent à être faites, même si on entretient le flou, ouvrent la boîte de Pandore du retour à la retraite à 60 ans.»

Jean-François Copé hier sur France Inter

2

milliards d’euros, c’est le coût que représenterait finale- ment la réforme, contre 5 milliards prévus initialement.

d’horizon d’une mesure complexe, mais à haute valeur politique.

QUE PRÉVOIT LA LOI POUR CEUX QUI ONT COMMENCÉ À TRAVAILLER TÔT ? Négocié en 2003, à la demande de la CFDT, le dispositif «carrières longues» permet à ceux qui ont dé- buté leur carrière avant 18 ans de partir avant l’âge légal de départ à la retraite (porté progressivement de 60 à 62 ans depuis la réforme Woerth de l’automne 2010). Ce sys- tème compliqué, qui autorise ces salariés à liquider leur retraite à taux plein entre 56 et 60 ans sui- vant l’année de naissance et l’âge

Le gouvernement pourrait faire un geste, et prendre en compte davantage de trimestres liés à la maternité comme «cotisés».

de début d’activité, exige égale- ment une certaine durée d’assu- rance, dont une partie doit avoir été réellement cotisée. Exemple: peut aujourd’hui partir à 59 ans le sala- rié qui a commencé sa carrière à 15 ans et qui dispose de 174 trimes- tres de durée d’assurance, dont 170 «cotisés». Les trimestres «cotisés» sont ceux acquis par le travail, mais, aussi, et dans la limite de quatre trimestres, le service natio- nal et les périodes d’incapacité temporaire pour maternité, mala- die ou accident du travail. A ces tri- mestres peuvent s’ajouter des tri- mestres «validés» pour obtenir la durée totale d’assurance requise, comme le chômage (dans la limite de quatre trimestres).

QUE PRÉVOIT LA RÉFORME HOLLANDE ? Le projet du gouvernement, en cours d’arbitrage, prévoit d’étendre ce dispositif à ceux ayant com- mencé à 18, voire désormais 19 ans. Il n’y aura plus de distinction entre périodes validées et périodes coti- sées. Il faudra, pour en bénéficier, avoir atteint la durée minimale de cotisation pour une retraite à taux plein (41 ans aujourd’hui, 41,5 ans en 2017 pour la génération née en 1955). Mais le gouvernement pourrait faire un geste, et prendre en compte davantage de trimestres liés à la maternité comme «coti- sés». «Ils semblent plutôt vouloir agir en direction des femmes que des chô- meurs», croit ainsi savoir un syndi- caliste proche du dossier. Un choix qui répond aussi aux règles actuel- les. En effet, ceux qui ont connu une période de chômage sont déjà pris en partie en compte puisqu’il suffit d’avoir travaillé 200 heures au Smic pour valider un

trimestre, ou 800 heu-

res sur l’année, soit l’équivalent d’un mi-temps au Smic, pour quatre trimestres. Bref, si un salarié a été au chômage la moitié de l’année, il peut quand même valider tous ses trimestres.

DÉCRYPTAGE

QUI SERA CONCERNÉ ET POUR QUEL COÛT ? Le dispositif devrait toucher 100 000 personnes par an, contre

LIBÉRATION MARDI 5 JUIN 2012

LIBÉRATION MARDI 5 JUIN 2012 Jérôme Kerviel au palais de justice de Paris, hier. PHOTO VINCENT

Jérôme Kerviel au palais de justice de Paris, hier. PHOTO VINCENT NGUYEN. RIVA PRESS

Premièrestensions

auprocèsKerviel

L’ex-employé de la Socgen, jugé en appel depuis hier, a fait face à une présidente du tribunal très incisive.

J érôme Kerviel a fait son retour, hier, au palais de justice de Paris. Deux ans

après son premier procès, et un an et demi après sa con- damnation à trois ans de pri- son et 4,9 milliards d’euros de dommages et intérêt, l’ex-trader de la Société gé- nérale est revenu plaider sa cause, en appel jus- qu’au 28 juin. Première question : a-t-il changé? Pas vraiment. Cette fois-ci, il est sans cravate, mais avec ses cheveux courts, son costume et son teint blafard de fumeur. On l’imagine toujours dans la peau du trader qui passe des nuits blanches sur le Nasdaq. En face, on retrouve la même Claire Dumas, une responsa- ble du contrôle des risques de la Socgen, pour représen- ter la banque. Avec ses lu- nettes de soleil sur la tête, son bronzage et ses vête- ments décontractés, elle a l’air de débarquer de vacan- ces. Du côté du public, ce n’est pas l’affluence des grands jours. «Caprices». Kerviel ne fait plus autant l’actualité qu’en 2010. Mais les enjeux sont les mêmes, et la tension est assez vite palpable. Pas forcément entre les repré- sentants de la banque et le trader, mais avec la prési- dente. Ancienne juge d’ins- truction, Mireille Filippini joue d’emblée à la maîtresse d’école : «Les parties civiles n’ont rien à faire à gauche, du côté de la défense. Tout le

monde à droite !» Visée :

l’équipe de défenseurs de la Socgen, qui s’est étalée et a pris la place des avocats des petits actionnaires, qui ont dû s’installer près de Kerviel. Cela fait fulminer Jean Veil, qui représente la banque. «Nous avons loué ce banc pour 4,9 milliards», grogne-t-il en allant bouder dans le public. «M e Veil, ne faites pas de ca- prices», ironise la présidente. Qui, pour bien montrer qu’elle n’a pas de parti pris,

«On dépassait souvent

des limites de risque qui lui sont octroyées. Vous vous en souvenez?» demande la pré- sidente. «Je l’ai signé, mais je n’ai pas lu», répond Kerviel.

«Bébé trader». Autre in-

terrogation, jusqu’où le tra- der avait-il le droit de spécu- ler? Officiellement, pas plus de 125 millions d’euros pour son desk (lui et ses sept col- lègues). Mais cette limite était «poreuse, informelle», avance Kerviel, qui ajoute :

«On la dépassait souvent, et on n’était pas sanc- tionnés.» Cela ne

satisfait pas la pré-

sidente : «Cette li- mite, elle existe bien, s’énerve-t-elle. Et les autres traders ont dû la prendre en compte. Si- non, le risque du desk aurait augmenté de manière expo- nentielle !» L’après-midi, les premières

[la limite], et on n’était pas

sanctionnés.»

Jérôme Kerviel hier

s’en prend aussi à David Koubbi, l’avocat de Kerviel, qui veut parler quand ce n’est pas son tour, ou à l’avocat général, qui pose une question hors sujet: «On y reviendra plus tard !» Mais celui qui se fait le plus taper sur les doigts, c’est Kerviel. La présidente l’as- saille de questions, l’inter- rompt sans cesse et tente de le prendre en faute en lui ci- tant des déclarations passées contradictoires. De quoi dés- tabiliser l’ex-trader, même s’il est plus sûr de lui qu’en première instance. Premier sujet de fond abordé : le mandat du trader, décrit dans un «trading book» qui lui a été distribué. «Ce cahier dit que les relations sont fon- dées sur la confiance et que chacun doit avoir conscience

opérations fictives de Ker- viel, datant de 2005, sont abordées. Celui qui n’est

alors qu’apprenti trader avait joué sans autorisation

11 millions d’euros, en

pariant à la baisse sur le ti- tre Allianz, et gagné 500000 euros. Son supérieur avait découvert après coup la manip, et lui avait fait une petite remontrance. Là, la présidente s’étonne : «Une faute faite par un bébé trader

n’aurait-elle pas dû être sanc- tionnée ?» Non sanctionné, Kerviel a continué les opéra- tions fictives, jusqu’à jouer

50 milliards d’euros.

NICOLAS CORI

«[Les euro- obligations] seront envisageables à la fin d’un processus d’intégration politique en Europe. […] Nous parlons de nombreuses années.»

Steffen Seibert porte- parole du gouvernement allemand, hier, à propos de la proposition française visant à mutualiser les dettes publiques de la zone euro

249

salariés de l’usine Schering-Plough d’Eragny- sur-Epte (Oise) ont tenté hier de faire annuler leur licenciement devant le tri- bunal de grande instance de Beauvais. L’usine appar- tient au géant pharmaceu- tique Merck, qui a décidé de fermer l’établissement et de supprimer tous les emplois. La décision a été mise en délibéré au 9 juillet.

ECONOMIEXPRESSO 17

mise en délibéré au 9 juillet. ECONOMI EXPRESSO • 17 +0,14 % / 2 954,49 PTS
mise en délibéré au 9 juillet. ECONOMI EXPRESSO • 17 +0,14 % / 2 954,49 PTS
+0,14 % / 2 954,49 PTS 2 240 424 463€ -52,20% Les 3 plus fortes
+0,14 % / 2 954,49 PTS
2 240 424 463€ -52,20%
Les 3 plus fortes
Les 3 plus basses
SOCIETE GENERALE
BNP PARIBAS ACT.A
STMICROELECTRONI.
RENAULT
CAP GEMINI
SAFRAN
12 079,51 -0,32 % 2 736,64 -0,39 % Marché clos 8 295,63 -1,71 %
12
079,51
-0,32 %
2
736,64
-0,39 %
Marché clos
8
295,63
-1,71 %
% 2 736,64 -0,39 % Marché clos 8 295,63 -1,71 % LES GENS HENRI PROGLIO RENONCE
LES GENS
LES GENS

HENRI PROGLIO RENONCE AU SALAIRE… AUQUEL IL N’A PAS DROIT CHEZ EDISON

Henri Proglio joue au patron modèle. Nommé à la prési- dence de l’italien Edison, dont EDF va détenir 80%, il «ne touchera aucune rémunération supplémentaire», a pré- cisé le groupe à Libération. A priori, le patron d’EDF s’assoit sur 630000 euros par an, le salaire du dirigeant d’Edison. Bel esprit de sacrifice? Que nenni: «Le PDG reverse toujours à EDF le salaire perçu au titre d’une filiale.» Et puis, Henri Proglio «ne restera à la tête d’Edi- son que le temps de l’OPA». Rien à voir, donc, avec la décision du gouvernement de plafonner les salaires des PDG du public (Libération du 29 mai). Proglio devrait voir sa rémunération à EDF chuter de 68%, à 500000 euros annuels, mais il semble s’être fait une raison… PHOTO AFP

sa rémunération à EDF chuter de 68%, à 500000 euros annuels, mais il semble s’être fait

18 ECONOMIEXPRESSO

AU RAPPORT

Par CHRISTOPHE ALIX

Déficit: la potion libérale de l’Inspection des finances

C ommandé l’automne dernier par l’ex-Pre- mier ministre François

Fillon, un rapport de l’Ins- pection générale des finan- ces recommande de faire porter l’essentiel de l’effort de réduction du déficit pu- blic sur la baisse des dépen- ses et fait des propositions pour parvenir à 5,3 milliards d’économies supplémentai- res par an. Ceci alors que le ministre de l’Economie, Pierre Moscovici, a réaffirmé hier à Bruxelles que la France serait bien à 3% de déficit public fin 2013 et ce «sans mesure d’austérité». Ce rap- port s’annonce explosif à cinq jours du premier tour des élections législatives

Ce document de 122 pages préconise la baisse de la dé- pense en faisant remarquer que la hausse des prélève- ments – privilégiée par le candidat Hollande– «singu- lariserait» la France par rap- port au reste de l’Europe et

serait «contradictoire» avec l’objectif d’amélioration de la compétitivité de l’écono- mie. En excluant les dépen- ses incompressibles, telle la charge de la dette, le rapport propose de freiner de 8% le rythme de progression du reste de la dépense publique.

Aucune source d’économie n’est négligée. Par ordre d’importance, le rapport suggère une baisse de 2% des 57 milliards d’euros de dépenses annuelles d’inter- vention (allocations diverses et dotations de l’Etat), de geler le salaire des fonction- naires et d’en diminuer le nombre (retour du un sur deux, voire deux sur trois), de geler les retraites et les investissements militaires… «Il y a d’autres moyens de ré- duire les dépenses», a réagi Martine Aubry, selon la- quelle il existe d’«énormes marges de manœuvre en fai- sant rentrer des impôts com- plémentaires».

APPEL D’OFFRES - AVIS D’ENQUÊTE

01.49.04.01.85 - annonces@osp.fr

01.49.04.01.85 - annonces@osp.fr

 

RÉPUBLIQUE FRANCAISE

PRÉFECTURE DE LA RÉGION D'ILE-DE-FRANCE, PRÉFECTURE DE PARIS

DIRECTION RÉGIONALE ET INTERDÉPARTEMENTALE DE L'EQUIPEMENT ET DE L'AMÉNAGEMENT

 

Unité territoriale de Paris

AVIS D'ENQUETES PUBLIQUES Projet d9aménagement de l'ensemble immobilier 266 rue Lecourbe / 181 rue de la Croix Nivert à Paris 15 ème arrondissement

En

exécution

d'un

arrêté

de

Monsieur

le

préfet

de

la

région

d'Ile-de-France, préfet de Paris, vont être ouvertes à la mairie du 15

ème

arrondissement de Paris

du lundi 18 juin au vendredi 6 juillet 2012 inclus,

les enquêtes publiques conjointes, une enquête préalable à la déclaration d'utilité publique et une enquête parcellaire, relatives au projet d'aménagement,

de la Croix Nivert à Paris 15

ème

arrondissement.

Les dossiers d'enquêtes seront mis à la disposition du public qui pourra en prendre connaissance et produire, s'il y a lieu, ses observations sur le projet en cause, à la mairie du 15 ème arrondissement de Paris, 31 rue Péclet, les lundis,

Les observations seront consignées ou annexées aux registres d'enquêtes ouverts à cet effet. Elles pourront également être adressées par écrit à Monsieur Gilbert LAZAR, désigné en qualité de commissaire enquêteur, à la mairie du 15 ème arrondissement.

Le commissaire enquêteur se tiendra à la disposition du public pour recevoir

ses observations à la mairie suivants :

du 15 ème arrondissement de Paris les les jours

enquêteur donnera son avis et rédigera ses conclusions motivées sur l'utilité publique du projet et sur l'enquête parcellaire, soit 1 mois maximum à compter de la clôture des enquêtes.

Une copie du rapport relatif à l'enquête préalable à la déclaration d'utilité publique, dans lequel le commissaire enquêteur aura énoncé ses conclusions

motivées sera déposée à la mairie du 15

ème

arrondissement de Paris pour y être

tenue à la disposition du public pendant un an. Toute personne intéressée pourra en obtenir communication en s'adressant par écrit à la préfecture de la région d'Ile-de-France, préfecture de Paris (direction régionale et interdépartementale de l'équipement et de l'aménagement - unité territoriale de Paris - service utilité publique et équilibres territoriaux - pôle urbanisme d'utilité publique), 5 rue

EP 12-103

LIBÉRATION MARDI 5 JUIN 2012

G

À CHAUD L’OFFRE LOW-COST DE LA SNCF INQUIÈTE LES CHEMINOTS

TGV «Aspartam»: réactions non édulcorées

Le TGV low-cost, nom de code «As- partam», que veut lancer la SNCF, dé- frise les cheminots. Ce TGV pro- grammé pour 2013 pousse très loin l’économie: voiture-bar transformée en salle de repos pour les contrôleurs de façon à supprimer les temps morts, entretien des rames programmé de nuit de façon à multiplier par deux le nombre de kilomètres avalés par mois

(80000 au lieu de 40000 par rame), contrôle des billets sur le quai afin de réduire l’effectif à bord, prise de ser- vice à Marne-la-Vallée, gare de dé- part de ces TGV, préférée à la gare de Lyon, plus coûteuse… Autant de bou- leversements qui inquiètent les syn- dicats qui se sont tous prononcés (la CFDT s’est abstenue) contre ce ser- vice. Le client non exigeant devrait en

revanche y trouver son compte, avec des prix allégés. Le document de 40 pages que Libération s’est procuré évoque «un million de places à moins de 25 euros sur le Sud-Est» au lancement de l’offre. Avec deux dessertes par jour: une vers Marseille, via Lyon, et une vers Montpellier. A condition que la SNCF arrive à faire avaler la pilule à ses troupes. C.Ms.

SNCF arrive à faire avaler la pilule à ses troupes. C.Ms. Le ministre Arnaud Montebourg et

Le ministre Arnaud Montebourg et la délégation d’ArcelorMittal Florange, hier, à l’Elysée. PHOTO SÉBASTIEN CALVET

Uneexpertisepourforger

unaveniràFlorange

ARCELORMITTAL Le gouvernement a promis aux syndicats d’agir, hier.

D e la détermination, mais pas (encore) d’engagement de sau-

ver Florange. François Hol- lande et son ministre du Redressement productif, Ar- naud Montebourg, ont reçu hier les syndicats de l’aciérie lorraine du groupe indien ArcelorMittal, dont les hauts fourneaux (qui emploient 500 salariés) sont à l’arrêt depuis près d’un an. «Mission». Le ministre a confié hier à Pascal Faure, vice-président du Conseil général de l’industrie, une «mission d’expertise» sur l’avenir de Florange. Son rapport sera rendu «au plus tard le 31 juillet». Dominique Gillier, secrétaire général de la CFDT métallurgie, a salué

un premier pas positif: «On ne s’attendait pas à ce que le Président nous fasse des pro- messes qui auraient pu être in- considérées.» Même si le temps presse. Es- timant la demande d’acier insuffisante, ArcelorMittal a annoncé vendredi que la fer- meture «temporaire» des hauts fourneaux était pro- longée jusqu’à la fin de l’an- née. Ce qui fait craindre aux syndicats une fermeture définitive, l’usine étant de plus en plus difficile à redé- marrer à mesure que le temps passe. Arnaud Monte- bourg a d’ailleurs demandé à Mittal «de ne procéder à aucune décision qui remettrait en cause la viabilité du site». La mission d’expertise devra

plancher sur l’état du mar- ché de l’acier, la compétiti- vité de l’usine, et trouver des «solutions durables» pour la sauver.

Projet pilote. Le plus sim-

ple serait qu’ArcelorMittal accepte d’investir, ce qu’il n’a pas fait depuis des an- nées. Mais son patron, l’In- dien Lakshmi Mittal, n’y semble pas prêt, malgré la perspective d’un projet pilote de captation de CO 2 , qui se- rait essentiellement financé sur fonds publics. «On est conscient que ça sera difficile, parce que c’est un bras de fer qui s’engage avec M. Mittal», a expliqué Dominique Giller. La CFDT envisage également des scénarios de reprise du site. Ce qui ne sera pas évi-

dent, vu l’ampleur des in- vestissements nécessaires. «Nous voulons nous battre», a promis hier le Premier mi- nistre, Jean-Marc Ayrault. Mais face à un groupe privé, l’Etat est, pour l’instant, dé- sarmé. D’où l’idée, née pen- dant la campagne électorale, avec (notamment) le cas Flo- range en ligne de mire, de contraindre les entreprises à vendre les sites qu’elles veu- lent fermer, s’il y a un repre- neur. Cette mesure, dont les contours restent à affiner, fera l’objet d’un projet de loi. Vu l’urgence industrielle et sociale, le texte devrait être examiné très vite par le Par- lement. A condition que la gauche gagne les législatives.

YANN PHILIPPIN

LIBÉRATION MARDI 5 JUIN 2012

TERRE 19 AuCongo,les risquesdubaril

Le parc des Virunga, en RDC, classé par l’Unesco, est menacé par les projets d’exploitation pétrolière.

Par FANNY PIGEAUD

projets d’exploitation pétrolière. Par FANNY PIGEAUD Un ranger sur la rivière Semliki (parc des Virunga), en

Un ranger sur la rivière Semliki (parc des Virunga), en 2008. Le pétrolier Soco va débuter une étude aérienne du parc. PHOTO B. STIRTON. GETTY IMAGES

les conclusions d’une large étude d’impact, prévues pour la fin de l’année. Et seule ENI a renoncé à toute activité dans la zone. Mais, depuis, Kinshasa a autorisé Soco à y prospecter : la société commence ce mois-ci une étude aérienne. En

fonction des résultats de celle-ci, «la prochaine étape sera

sans doute des tests sismi-

ques au sein du parc. Les événements semblent donc se précipi- ter», s’inquiète Colin Robertson de Global Witness. En avril, le ministère de l’Environ- nement avait annoncé la couleur dans une lettre à l’Unesco: s’il est d’accord pour respecter ses enga- gements internationaux, le gouver- nement doit également «tenir compte de son opinion intérieure, qui pense que l’exploitation future du pé- trole et des ressources minières est une des solutions pour l’amélioration de sa situation matérielle et pour son développement».

Aux alentours des Virunga, la mo- bilisation contre les projets pétro- liers est forte. La tension aussi. «Nous vivons dans une insécurité to- tale», confie Bantu Lukambo, di- recteur de l’ONG Innovation pour le développement et la protection

dent et de pollution, quelles seront les conséquences ? La marge de manœuvre est faible pour convaincre Kinshasa de faire machine arrière. «Nous n’avons pas vu de signes clairs montrant que le

gouvernement est sensible à la criti- que internationale», dit

Filip Verbelen. Restent donc les pétroliers: «Si une pression suffisante est exercée sur eux, ils pourraient être obligés de revoir leurs plans. Il

faut les convaincre que l’exploration pétrolière dans les Vi- runga peut nuire à leurs affaires.»

«[Une autorisation d’exploitation dans les Virunga] serait le signal pour les industriels qu’ils peuvent opérer n’importe où.»

Filip Verbelen de Greenpeace-Belgique

de l’environnement (IDPE), basée à Goma. Comme d’autres activis- tes, il a reçu des menaces de mort. Le gouvernement et Soco «cher- chent à nous museler pour réaliser leur plan», dit-il, évoquant égale- ment des tentatives de corruption. Il craint notamment pour le lac Edouard, «visé par Soco pour l’ins- tallation de plateformes». Comme le Nil y prend sa source, en cas d’acci-

PÉRIPHÉRIE. A Paris, le WWF mène campagne auprès de Total par mé- dias interposés, mais pas seule- ment. Lors de l’AG annuelle des ac- tionnaires de l’entreprise, en mai, l’ONG a interpellé son PDG, Chris- tophe de Margerie. Qui a assuré que

Total ne mènerait aucune opération dans le parc. «Pour nous, il est clair depuis le début qu’on n’y travaillera pas», explique Jean-Marc Fontaine, adjoint au directeur hygiène-sécu- rité-environnement de la branche exploration et production. Mais la société ne renoncera pas, en revan- che, à la partie de son permis (60%) située en périphérie du parc, où To- tal se prépare à prospecter. «On n’en est qu’au tout début. Nous com- mençons d’abord par une étude d’im- pact environnemental et social. […] Nous mettons tout en œuvre pour tra- vailler le plus proprement possible», affirme Fontaine. Cela ne sera pas suffisant pour dissiper les craintes des écologistes: «On sait que les ac- tivités d’exploration ont toujours un impact important sur l’environne- ment», insiste Jean-Baptiste Roe- lens, chargé de campagne au WWF. Même menées en périphérie du parc, elles auront de graves réper- cussions sur sa biodiversité.

C ’ est un scandale de plus

qui se joue dans l’est de

la république démocra-

tique du Congo (RDC),

où depuis des décennies les multi- nationales du secteur minier opè- rent sur fond de conflits armés sans fin. Cette fois, ce sont des pétro- liers, dont le français Total, qui se mêlent à la fête, en convoitant le sous-sol du mythique parc national des Virunga et de sa région. Créé en 1925 à la frontière avec l’Ouganda, ce parc, le plus ancien d’Afrique, est classé au patrimoine mondial de l’Unesco en raison de sa biodiversité exceptionnelle. Englo- bant le lac Edouard, qui fait vivre 50000 personnes, il abrite de nom- breuses espèces protégées, notam- ment le gorille des montagnes, cher à Dian Fossey. Normalement, en vertu de son double statut de parc et de patrimoine mondial, il ne peut faire l’objet d’aucune ac- tivité extractive: les lois congolai- ses et la Convention du patrimoine mondial, ratifiée par la RDC, l’in- terdisent.

«PÊCHE». Mais c’était faire abs- traction de la pugnacité des indus- tries fossiles. A la grande stupeur de l’Unesco, Kinshasa a délivré de- puis 2010 des permis de prospec- tion pétrolière sur 85% de la sur- face du parc à Soco International (Royaume-Uni), ENI (Italie) et To- tal. Non seulement ces permis me- nacent «gravement la faune et les communautés locales, dont le mode de vie dépend de la pêche dans le lac Edouard», s’indigne Colin

Robertson, de l’ONG Glo-

bal Witness (Londres), mais si la communauté internatio- nale laisse se développer l’exploita- tion pétrolière dans les Virunga, «ce sera le signal pour les industries extractives qu’elles peuvent désor- mais opérer n’importe où dans le

monde», avertit Filip Verbelen, de Greenpeace-Belgique. La pression exercée sur les autorités congolaises par l’Unesco, des dépu- tés européens et des ONG n’a pour l’heure pas donné grand-chose. A part gagner du temps: le gouverne- ment a annoncé, en mars 2011, qu’il suspendait les permis, en attendant

ANALYSE

REPÈRES Parc des Virunga RDC Kinshasa OUGANDA Lac Edouard Goma RÉPUBLIQUE RW DÉMOCRATIQUE TANZ DU
REPÈRES
Parc des Virunga
RDC
Kinshasa
OUGANDA
Lac Edouard
Goma
RÉPUBLIQUE
RW
DÉMOCRATIQUE
TANZ
DU CONGO
BUR
200 km

UNE ZONE INSTABLE

Le parc national des Virunga est à proximité immédiate du Rwanda et de l’Ouganda. Sa faune et sa flore sont également menacées par les populations installées dans son périmètre pour fuir les conflits de la région.

«Total s’est engagé à ne pas opérer dans les Virunga […], et respecte les lois en vigueur dans les pays où il opère.»

Christophe de Margerie président de Total

L’Afrique est le terrain de jeu principal du géant Total qui officie en Angola, au Gabon, en Algérie, en Côte-d’Ivoire, au Cameroun… En 2011, la pro- duction de Total en Afrique s’est établie à 659000 barils équiva- lent pétrole par jour, soit 28% de la production totale du groupe.

20 SPORTS

LIBÉRATION MARDI 5 JUIN 2012

20 • SPORTS LIBÉRATION MARDI 5 JUIN 2012 Richard Gasquet, hier. Le Français s’est incliné pour

Richard Gasquet, hier. Le Français s’est incliné pour la onzième fois en huitièmes de finale d’un tournoi du Grand Chelem. PHOTO KENZO TRIBOUILLARD. AFP

MurrayfaitcasquerGasquet

Le Français s’est effondré face au numéro 4 mondial. Tsonga sera le seul tricolore en quarts.

Par LIONEL FROISSART

les plus désespérées est la marque des champions. Djokovic, une fois retrouvés ses esprits et après une colère monstrueuse dans les ves- tiaires habituellement feutrés, a confirmé cet état d’esprit : «J’ai toujours cru que je pouvais remporter ce match. C’est le seul enseignement que je peux en retirer.» Cet après-midi, il est probable que Novak Djokovic aura déjà rangé dans une case hermétique de son cerveau ce désagréable inci-

dent de parcours saupoudré

de 77 fautes. Inutile égale- ment d’espérer de quelconques sé- quelles physiques. Il n’a pas entamé son capital de ce côté-là. Ce n’est peut-être pas tout à fait la même chose pour ce qui est de la con- fiance. D’autant que ce quart de fi- nale propose un duel que les statis- tiques présentent comme équilibré:

cinq victoires chacun! Tsonga, plu- tôt que de se rengorger au rappel d’un tel bilan, a relativisé la vérité des chiffres: «J’ai gagné cinq fois, il y a dix ans ! a-t-il exagéré. Il faut plutôt compter le nombre de fois où je

l’ai battu les dernières fois qu’on s’est rencontré. Ça ne fait pas beaucoup.»

Il faut remonter à 2009 pour sa der-

nière victoire. Le Serbe, en quête à Roland-Garros d’un Grand Chelem sur deux sai-

sons, reste en effet sur une victoire expéditive sur la terre romaine face

à Tsonga. Mais le numéro 1 mondial

a longtemps eu en aversion le jeu

parfois déroutant du Français. Pour

J o-Wilfried Tsonga est revenu hier sur le court central de Roland-Garros pour y terminer son huitième de

finale contre l’Helvète Stalinas Wawrinka. Affaire réglée avec autorité malgré une petite peur en perdant son service d’entrée, his-

toire de se remettre dans le sujet. Après cette frayeur effacée une vingtaine de minutes plus

tard par deux points de

conclusion monstrueux, le Français a longuement étreint son pote et voisin en Suisse, avant de se projeter sur son premier quart de finale à Roland-Garros.

RÉCIT

COLÈRE. Le numéro 1 français a (déjà) rendez-vous aujourd’hui avec Novak Djokovic. Reste à savoir lequel. Le «Nole» qui a gentiment démantelé Nicolas Devilder au

3 e tour en trois sets assassins. Ou le «Djoko» déboussolé humant le parfum de l’élimination dimanche face à l’Italien Andreas Seppi, qui

a malmené le numéro 1 mondial

jusqu’à entrevoir l’exploit avant d’être emporté par les bourrasques d’un vent mauvais. Comme l’a reconnu le Serbe, il a connu un jour parsemé de grands trous d’air. Il a transpiré, douté, pesté, mais jamais abandonné. Et

c’est ainsi qu’il s’est qualifié pour

le tour suivant. Il paraît que cette

capacité à se sortir des situations

LES RÉSULTATS

Hommes, 8 es de finale Ferrer (Esp, n°6) bat Gra- nollers (Esp, n°20) 6-3, 6-2, 6-0; Almagro (Esp, n°12) bat Tipsarevic (Ser, n°8) 6-4, 6-4, 6-4; Tsonga (Fra, n°5) bat Wawrinka (Sui, n°18) 6-4, 7-6 (8/6), 3-6, 3-6, 6-4; Del Potro (Arg, n°9) bat Berdych (Tch, n°7) 7-6 (8-6), 1-6, 6-3, 7-5. Nadal (Esp, n°2) bat Monaco (Arg, n°13) 6-2, 6-0, 6-0; Murray (G-B, n°4) bat Gasquet (Fra, n°20) 1-6, 6-4, 6-1, 6-2. Les quarts de finale Djokovic-Tsonga; Federer-Del Potro; Murray-Ferrer, Nadal-Almagro. Femmes, 8 es de finale Shvedova (Kaz, n°142) bat Li Na (Chi, n°7) 3-6, 6-2, 6-0; Sharapova (Rus, n°2) bat Zakopalova (Tch, n°44) 6-4, 6-7 (5/7), 6-2; Kvitova (Tch, n°4) bat Lepchenko

(E-U, n°44) 6-1, 6-2, Kanepi (Est, n°23) bat Rus (P.-B., n°88) 6-1, 4-6, 6-0. Les quarts de finale Sibulkova (Slo, n°16)-Stosur (Aus, n°6); Errani (Ita,

n°24)-Kerber (All, n°10);

Shvedova-Kvitova; Sharapova-Kanepi.

Tsonga, 27 ans, il serait judicieux de rajeunir de quelques années.

BOURREAU. Contrairement à Jo- Wilfried Tsonga, ce joli cadeau d’un premier quart de finale devant son public à Roland-Garros, Richard Gasquet n’avait pas les moyens de

se l’offrir face au talent, à l’expé- rience et aussi la rouerie de l’Ecos- sais Andy Murray. Hier, Gasquet avait pourtant com-

mencé son récital de façon magistrale. A chaque frappe, il sortait un son cris-

tallin de sa raquette. Pas la moindre fausse note. Un doigté remarquable et un seul jeu envolé au cours du 1 er set. Puis, encore une fois, celui qui n’a plus grand-chose du petit Mozart qu’il fut, a boulotté sa partition. Et Richard Gasquet ne l’a pas bien digérée. D’autant qu’il s’est re- trouvé à devoir avaler, au kilo, les lobs, les passings, les amortis, les retours missiles délivrés par l’Ecos- sais et tant de balles déposées sur les lignes. Oubliant d’un coup le mal qui sem- blait lui vriller le bas du dos un peu plus tôt à chaque balle ratée, ce fut alors au tour du numéro 4 mondial de faire ses gammes de manière re- marquable, empilant le deuxième set, gagné 6-4, le troisième (6-1), le quatrième (6-2), et donc le match. Quelques instants plus tard, à peine marqué par la déception,

qu’il disait pourtant énorme, sou- pirant mais pas rancunier, Richard Gasquet a loué la qualité de jeu de l’Ecossais. «A 4-4 dans le 2 e set, je n’ai pas converti cette occasion. Ça m’a fait mal. Après, il gagne en con- fiance. Il ne fait pas de fautes. Il dé- fend bien. Il est partout et il a beau- coup de réussite. Il est intelligent sur le court… et t’oblige à jouer un coup supplémentaire. C’est vraiment un

«J’ai gagné cinq fois [contre Djokovic]… il y a dix ans!»

Jo-Wilfried Tsonga hier. Il joue le Serbe en quarts

super joueur.» On ne peut pas dire que le Français est un mauvais per- dant. Hier soir, il a couvert de louanges son bourreau, sans se trouver d’excuses. Richard Gasquet a quitté la terre parisienne en silence, comme s’il marchait déjà sur le gazon de Wim- bledon. Murray, lui, a rendez-vous avec David Ferrer. Il faut lui sou- haiter bonne chance, bon courage et surtout bonne santé. Après Nadal – ultra-expéditif hier face à Juan Mónaco–, c’est l’Espagnol le plus impressionnant du tournoi. Ferrer, véritable mur d’entraînement a mis en pièce Granollers. Les qualités de défenseur d’Andy Murray ne de- vraient pas troubler ce maratho- nien des courts. Il lui faudra juste se montrer un peu plus créatif pour ne pas se prendre dans la toile de l’Ecossais.

LIBÉRATION MARDI 5 JUIN 2012

SPORTS 21

LES GENS
LES GENS

JOEY BARTON MARQUE ENCORE… LES ESPRITS

Le very bad boy du foot anglais ne se calme pas. Joey Barton –l’homme qui avait écrasé un cigare dans l’œil d’un comparse de beuverie, puis agressé au point de le défigu- rer son coéquipier Ousmane Dabo lors d’un entraîne- ment– a été secouru par la police lors d’une bagarre, dimanche, avec deux types à la sortie d’une discothèque de Liverpool. Le milieu de terrain et capitaine des Queen Park Rangers, 29 ans, portait d’importantes coupures à la tête. Les deux hommes ont été interpellés pour trouble à l’ordre public. Barton sort d’une saison plutôt sage: seule- ment 12 matchs de suspension pour une manchette sur Carlos Tévez (Manchester City) il y a deux semaines. Son club réfléchirait à des sanctions. PHOTO REUTERS

73

C’est le nombre de tournois remportés par Tiger Woods, après sa victoire au Memorial Tournament. Il égale le légendaire Jack Nicklaus, mais reste à 9 victoires de Sam Snead et ses 82 succès sur le circuit américain.

NBA Boston revient dans la course. Les Celtics ont éga- lisé dans la finale de confé- rence Est contre le Miami Heat (93-91), et égalisent à deux victoires partout.

BUSINESS Qatar Sports In- vestment officialise le rachat du Paris Handball. L’action- naire majoritaire du Paris-SG entend faire du club «une équipe de premier plan aux ni- veaux national et européen». Le PHB version qatarie pour-

rait frapper sur le marché des transferts en recrutant l’en- traîneur de Chambéry, Phi- lippe Gardent, et l’ailier de l’Atlético Madrid Luc Abalo.

CYCLISME Cadel Evans a remporté hier au sprint la première étape du Critérium du Dauphiné. Sur un par- cours de moyenne monta- gne, l’Australien s’est imposé devant le Français Jérôme Coppel. Bradley Wiggins prend le maillot de leader.

JeanMaurel

metlesvoiles

DISPARITION Le skipper baulois, qui dirigeait les courses de Pen Duick, est mort dimanche, à 51 ans.

L a vie est pleine de noirs moments et c’en est un pour la course au large.

Jean Maurel est mort diman- che matin à 51 ans d’un can- cer et, depuis, la girouette miaule en haut du mat. Jean Maurel, après une carrière notamment sur multicoques, avait pris en mains en 2005 la direction sportive de Pen Duick, organisateur de cour- ses transatlantiques. Il avait entre autres gagné (en dou- ble) la Transat AG2R avec Jean-Luc Nélias en 1989, la Twostar avec Michel Des- joyeaux en 1990 et la Transat Jacques-Vabre avec Fred Da- hirel en 1995. Il était respon- sable de la Transat Jacques- Vabre et de la Route du rhum, une course à laquelle il avait participé à trois reprises. Ironie. Jean Maurel avait les yeux bleus, pouvait être en proie à des colères froides, possédait une intelligence rapide qu’il fallait suivre et qui en a laissé plus d’un le cul par terre. C’était aussi une ironie féroce mais qui n’était jamais de la raillerie. Maurel fumait des clopes à bout doré avec la fumée qui lui fermait la paupière. Il affichait parfois un ennui distingué au zinc avec les copains, et les larmes ne lui venaient pas souvent malgré tous les camarades disparus (Loïc Caradec, Oli- vier Moussy, Daniel Gilard). En 1999, entre le Portugal et les Açores, le trimaran de Paul Vatine, avec lequel il fait équipe dans la Transat en double vers Carthagène (Co- lombie), chavire. Paul Vatine disparaît. Maurel est sauf. Il dit alors : «La compétition, c’est parfois une vraie conne- rie.» Il n’aimait que les cho- ses ailées. Les bateaux pour

Il n’aimait que les cho- ses ailées. Les bateaux pour Jean Maurel, en 2003, à bord

Jean Maurel, en 2003, à bord d’un multicoque. M. MOCHET. AFP

faire simple. Ses parents voulaient en faire un méde- cin. A défaut, il fut un sacré marin avec une réputation de mec pas toujours commode, ce qui l’arrangeait bien pour faire fuir les casse-pieds. Impatient. Jean Maurel a connu des professeurs de ri- chesse sur l’eau, mais l’ar- gent avec lui, c’était «j’en ai, puis j’en ai plus». Son côté bien élevé, jamais dans la plainte, c’était aussi «je ne me refuse rien dans la vie même s’il faut attendre long- temps». L’homme pouvait être impatient comme un ado et se serait fait arracher

les poils du ventre, comme un gros lapin mâle, pour mettre sa famille à l’abri du besoin. Un jour qu’on était devant un verre, Jean ra- conte le naufrage et la perte de Paul : «J’étais à califour- chon sur le flotteur et le feu prend dans le cockpit. Je me dis “merde c’est pas possible de mourir brûlé comme ça sur autant de flotte !”» Il y a une phrase qui le résumerait :

«Contre la peur, un seul re- mède, le courage.» Il y aura des roses de Ronsard vendredi à La Baule, où les obsèques seront célébrées.

JEAN-LOUIS LE TOUZET

«Je les sens heureux […]. Reste à voir comment cette ambiance va perdurer.»

Noël Le Graët président de la FFF, à propos des Bleus

Libération est habilité aux annonces légales et judiciaires pour le département 75 en vertu de l’arrêté préfectoral n° 2011361-0007

 

1097285

d’une assemblée générale extraordinaire le même jour (art. 38 des statuts),

suelles adoptées par l’Assemblée générale ordinaire du 16 juin 2011)

LA SACD SOCIÉTÉ DES AUTEURS ET COMPOSITEURS DRAMATIQUES

Suppression des enveloppes de confi-

dentialité pour le vote par correspondance postale aux assemblées générales (art. 37 des statuts),

11.

9- Vote de la résolution conférant la qualité d’administrateur aux présidents des comi- tés belge et canadien de la SACD. (Cette résolution sera votée exclusivement sur

Société civile à capital variable Siège social : 11bis, rue Ballu 75442 Paris Cédex 09 RCS Paris D 784 406 936 – APE 9002 Z Le jeudi 21 juin 2012, la SACD réunit au Cinéma des Cinéastes, 7 avenue de Cli- chy à Paris (17 ème ) :

12.

Mise à jour purement formelle de cer-

place lors de l’assemblée générale ordi- naire, dans la mesure où la désignation de leurs nouveaux présidents par les Comités

taines dispositions statutaires. (art. 9, 29 et 29 bis des statuts).

2) - ORDRE DU JOUR DE L’ASSEM- BLEE GENERALE ORDINAIRE

belge et canadien n’a pas encore eu lieu à ce jour).

A

- Présentation du rapport d’activité

de gestion, des rapports du commis-

D - Elections aux instances statutaires :

à

dinaire destinée à modifier certains articles

14h00 : une assemblée générale extraor-

et

le mandat des élus à chacune des instances

saire aux comptes, du rapport de la

des statuts et du règlement général ;

15h30 : son assemblée générale ordi-

naire annuelle, dont les ordres du jour sont les suivants :

1) ORDRE DU JOUR DE L’ASSEM-

à

Commission de contrôle du budget et

du

de

B

Commission permanente de contrôle

- Communication sur le rapport de

la

rapport de la Commission du droit

communication.

est de trois ans : (Les CV et déclaration d’intention de chacun des candidats sont

accessibles sur l’espace membre du site

web de la SACD www.sacd.fr et dispo-

nibles au siège de la SACD depuis le 20

avril 2012. Ils peuvent vous être adressés

par la Poste à votre demande. Ils sont éga-

BLEE

GENERALE

EXTRAORDI-

lement accessibles sur le site de vote élec- tronique depuis le 21 mai 2012). Conseil d’Administration :

13 sièges à pourvoir

NAIRE

des SPRD. (Ce rapport est à la disposi- tion des associés au siège de la société et accessible sur l’espace membre du site web de la SACD www.sacd.fr depuis le 20 avril 2012).

Les modifications statutaires, dont l’ap- probation doit être acquise à la majorité absolue des voix des votants, sont les suivantes : (le rapport sur ces modifica- tions est à la disposition des associés au siège de la SACD. Il est également acces- sible sur l’espace membre du site web de la SACD www.sacd.fr depuis le 20 avril 2012, et disponible sur le site de vote élec- tronique depuis le 21 mai 2012).

Mention de l’Animation dans le réper-

toire de la SACD (art. 1 des statuts),

Création d’un siège supplémentaire au

2.

1.

- Approbation à la majorité relative

des voix des votants des résolutions sui- vantes, à l’exception de la résolution 5 qui doit être approuvée à la majorité

C

des deux tiers : (les rapports et les textes des résolutions proposées sont à la dispo- sition des associés au siège de la SACD.

Ils sont également accessibles sur l’espace

membre du site web de la SACD www.sacd.

fr depuis le 20 avril 2012 et disponibles

- 1 auteur d’œuvres dramatiques

- 1 compositeur dramatique

- 1 auteur d’œuvres chorégraphiques

 

- 1 auteur des arts du cirque

 

- 2 scénaristes/réalisateurs d’œuvres

cinématographiques

 

- 3 scénaristes d’œuvres télévisuelles

- 2 réalisateurs d’œuvres télévisuelles

- 1 auteur d’œuvres d’animation

- 1 auteur de créations interactives

Commission de Contrôle du Budget :

Conseil d’administration pour les auteurs

sur le site de vote électronique depuis le 21 mai 2012):

3

sièges à pourvoir

 

d’animation (art. 12 des statuts),

3 . Création de conditions spécifiques pour l’accès aux différents grades sociaux (sociétaire-adjoint et sociétaire) pour les

1- Approbation du rapport d’activité et de gestion de l’exercice 2011. 2- Approbation des comptes de l’exercice 2011 et des rapports (général et spécial) du

Commissaire aux Comptes les concernant. 3- Approbation des conventions réglemen- tées mises en œuvre dans le courant de l’exercice 2011 et du rapport spécial du commissaire aux comptes les concernant.

4-Affectation de l’excédent de gestion pour 2011.

3 auteurs d’œuvres audiovisuelles

Commission du Droit de Communica tion :

4 sièges à pourvoir

 

auteurs d’animation (art. 5 et 6 du Règle-

ment général), 4.Instauration de critères d’éligibilité propres pour les administrateurs représen- tant l’animation (art. 13 des statuts), (Les résolutions 1 à 4 assurent la mise en œuvre de la résolution 8 relative à la re- connaissance statutaire de la représenta- tion des auteurs d’animation au sein de la SACD, adoptée par l’Assemblée générale ordinaire du 16 juin 2011)

Déclaration d’intention obligatoire pour

5.

les candidatures au Conseil d’administra- tion, à la Commission de contrôle du bud- get et à la Commission du droit de commu- nication (art. 15, 29 et 29bis des statuts),

- 2 auteurs d’œuvres du spectacle vivant

- 2 auteurs d’œuvres audiovisuelles.

Les associés n’ayant pas voté par correspon- dance postale ou par voie électronique à dis- tance pour l’une et/ou pour l’autre des deux assemblées, pourront le faire en séance. Le scrutin sera ouvert :

5-Approbation du budget de l’action cultu- relle de l’année 2012. Il s’agit d’approuver la répartition de la part de la rémunération

pour copie privée et des droits irrépartis-

sables issus de la gestion collective obliga- toire, qui doivent être affectés à des actions d’aide à la création, à la diffusion du spec- tacle vivant et à la formation (Cette résolu-

tion doit être approuvée à la majorité des

pour l’assemblée générale extraordinaire, de 14h00 à 15h30, pour le vote des réso- lutions afférentes aux réformes statutaires ; pour l’assemblée générale ordinaire, jusqu’à 16h30 pour l’élection des candi- dats aux instances statutaires de la société. Le vote des résolutions s’effectuera en séance à l’issue des débats.

Précisions concernant les règles d’adhé-

sion à la SACD : mention de la compétence du conseil d’administration en matière de définition des conditions d’adhésion déro- gatoires pour les auteurs, notamment les dérogations accordées aux auteurs diplô- més ou en stage de fin d’étude, aux auteurs parrainés et aux auteurs bénéficiant d’un contrat de commande dans le domaine du spectacle vivant (art. 21 des statuts et art.1 du Règlement général),

6.

deux tiers - article L. 321-9 du Code de la Propriété Intellectuelle). 6-Approbation des nouvelles règles de répartition des droits de télédiffusion et de copie privée d’œuvres de fiction télévi-

1097889

Par ASSP en date du 29/05/2012, il a été consti-

tué une société avec les caractérisitiques sui- vantes :

Dénomination sociale :

 

suelles, selon une clé fixe entre scénaristes et réalisateurs, à compter du 1 er janvier

2013.

 

LE CHAMP DES POSSIBLES

 

Forme sociale : EURL Siège social : 35 rue d’hauteville 75010 PARIS. Objet social : Cabinet de conseil et de formation d’orientation psychosociologique Capital : 2000 euros Durée : 99 ans à compter de son immatricula- tion au RCS de PARIS Gérant : Agnès SANTOURIAN demeurant

7-Approbation de la modification de la définition des groupes de diffuseurs et de

Information concernant les dérogations

aux règles d’incompatibilité accordées aux

membres du Conseil d’administration, de la Commission de contrôle du budget et de la Commission du droit de communica- tion (art. 16 des statuts),

7.

l’unification des règles de pondération sur

l’ensemble des chaînes gratuites nationales en matière de répartition des droits de télédiffusion et de copie privée d’œuvres de fiction télévisuelles à compter du 1 er janvier 2013.

8-Approbation du principe selon lequel,

35

rue d’Hauteville, 75010 PARIS.

 

Compétence de la SACD en matière de

gestion des droits à rémunération issus des

systèmes de licence légale et de gestion collective obligatoire en ce qui concerne les œuvres du répertoire de la SACD qui ont fait l’objet d’une publication (art. 1 des statuts),

Modification de la procédure de visa

des bulletins de déclaration de certaines

œuvres musicales et dramatico-musicales

9.

8.

en ce qui concerne les droits de concep-

tion d’une série d’animation, la part des graphistes ne devra plus être intégrale- ment prise sur celle des scénaristes mais également sur celle des réalisateurs. En cas d’approbation de cette résolution, le

Conseil d’administration déterminera les

modalités de mise en œuvre de cette règle qui seront soumises à l’assemblée générale

annuelle de 2013.

 

1098014

CROIX DE FER

SARL au capital de 47.500 Siège social : 4 avenue René Coty, 75014 Paris 512 490 160 RCS Paris Suite à l’Assemblée Générale Extraor- dinaire du 23 Mai 2012, les associés ont décidé d’augmenter le capital social de

200 euros afin de le porter de 47 500 à

 

47

700 .

 

(art. 11 du règlement général), 10. Faculté pour la SACD d’organiser une assemblée générale mixte en cas de tenue d’une assemblée générale ordinaire et

(Les résolutions 6, 7 et 8 assurent notam- ment la mise en œuvre des résolutions 7 et 9 relatives au partage entre scénaristes et réalisateurs d’œuvres de fiction télévi-

Les statuts ont été modifiés en consé-

quence. Mention sera faite au RCS de PARIS.

 

22 REBONDS

LIBÉRATION MARDI 5 JUIN 2012

«Insécurité culturelle» et différentialisme de gauche

Par RÉGIS

MEYRAN

Anthropologue

et VALÉRY

RASPLUS

Sociologue

A près la Droite populaire, c’est au tour aujourd’hui de la Gauche populaire d’utiliser des concepts socio-anthro- pologiques qui pourraient s’avérer glissants. La Gauche populaire est un jeune collectif d’intellectuels, initié par le politologue Laurent Bouvet, qui

explique la montée du vote pour le Front national dans la récente élection présidentielle non seulement par

«l’économique et le social» mais encore, et c’est là sa trouvaille, par des «variables culturelles» telles que «la peur de l’immigration, des transformations du “mode de vie”, de l’effacement des frontières nationales». Cette idée, défendue dans un texte issu du blog du collectif, tenu par Laurent Macaire (1), débouche sur une con- clusion quelque peu alambiquée, faisant foi d’hypo- thèse politique, mais clairement centrée sur l’idée que «l’insécurité culturelle» doit être prise en compte par la gauche : «L’insécurité culturelle n’est pas un thème identitaire destiné à masquer la question sociale comme le ferait la Droite populaire, mais relève d’une question économique qui a une implication culturelle.» Cette démarche témoigne de la banalisation et de la sous-estimation d’un certain type d’idées culturalis- tes qui traversent désormais une grande part du spec- tre politique. Elle se fonde en outre sur une utilisation assez malvenue de la notion de culture. En effet, grâce à une opération sé-

mantique qui tient de la magie, la peur de l’immigration est pré- sentée comme une «variable culturelle». Un sentiment de peur,

dont on sait à quel point il est labile, à quel point il peut être instrumentalisé, devient une réalité: la peur de l’immigration se trouve incrustée dans la culture. Que penser de cette hypothèse d’«insécurité cultu- relle»? Notons d’abord que la question de l’idéologie est passée à la trappe: si des personnes manifestent un sentiment de peur de l’immigration, ce n’est pas pour autant que cette peur est justifiée, et la somme des opinions contradictoires, comme l’ampleur des débats sur le sujet, nous montrent qu’on est bien loin d’être dans la réalité avérée d’une immigration en soi mena- çante. Par ailleurs, nous pourrons rappeler que le con- cept scientifique de culture, tel qu’il est consensuelle- ment admis en anthropologie sociale, a été élaboré par l’Anglais E. B. Tylor à la fin du XIX e siècle et reformulée par Claude Lévi-Strauss au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, malgré le flou relatif à la défi- nition, les anthropologues et les sociologues convien- nent par commodité, à la suite de Tylor, qu’une culture est constituée d’un ensemble de savoirs, de croyances, d’arts, de morale, de lois et, à la suite de Lévi-Strauss, qu’elle s’organise en système cohérent, à l’image des langues. Or, la notion a été fabriquée pour analyser des cultures exotiques et traditionnelles, qui vivaient dans un temps relativement cyclique, en tout cas en marge des grands bouleversements historiques qui accélérè- rent le rapport des peuples à l’histoire. Cette notion est du coup assez difficilement applicable à la France, pays d’immigration de longue date, où se mélangent des cultures diverses. Mais admettons, en forçant le trait, qu’il existe une culture française dominante, en perpétuelle évolution, centrée sur la langue et l’his- toire (qui comprend d’ailleurs l’histoire de l’immigra- tion). La peur de l’immigration, sentiment récent qui

Grâce à une opération sémantique

qui tient de la magie, la peur de l’immigration est présentée comme une «variable culturelle». Un sentiment de peur devient

une réalité.

remonte à la III e République, revient certes dans les périodes de crise, étant instrumentalisée par des idéo- logues afin de capter un électorat souvent en perte de repères sociaux. Toutefois, on ne voit pas en quoi elle constituerait une variable culturelle, si on s’en tient à la définition ci-dessus. Le sentiment de peur est une croyance anormale, qui ne structure pas la société française. La peur, véritable pathologie sociale, ne fait pas partie de la culture, elle ne participe pas au main- tien à l’équilibre du système culturel. Par ailleurs, il existe un autre dérapage idéologique visant à présenter la xénophobie comme un sentiment acceptable voire normal, selon une lecture faussée d’un texte célèbre de Lévi-Strauss. Nous nous référe- rons à un autre article du blog de la Gauche populaire dans lequel est commis un abus d’interprétation: il est écrit que Lévi-Strauss aurait «montré» que «l’esprit de fermeture et l’hostilité envers l’étranger sont des pro- priétés inhérentes à l’espèce humaine, [débouchant] donc sur une forme de xénophobie, qui protégerait les sociétés de l’uniformisation, et assurerait donc leur pérennité». Le texte auquel il est fait allusion est Race et Culture (1971). Claude Lévi-Strauss y présente comme accep- table l’ethnocentrisme, c’est-à-dire le rejet de l’autre et la fidélité à ses propres valeurs culturelles qui, selon lui, permet d’éviter l’uniformisation culturelle géné- ralisée. Le texte a suscité des réactions critiques, pour- tant il est de même teneur que Race et Histoire (1952),

célèbre manifeste contre le racisme. Car, pour Lévi- Strauss, il est nécessaire de respecter les particularités de chaque culture, sans les enfermer dans une identité cloisonnée ou une identité nationale figée, qui mène droit à la xénophobie et au racisme. Il écrivait ailleurs qu’il n’y a pas de monoculture et que «toutes les cultu- res résultent de brassages, d’emprunts, de mélanges». Finalement, si Lévi-Strauss réhabilite l’ethnocen- trisme, il ne considère pas pour autant, loin s’en faut, que tous les peuples de la Terre sont par nature xéno- phobes! Quant à la xénophobie, elle peut varier, quand elle existe, en nature et en concentration selon les épo- ques, et se développe surtout dans les moments de crise. Bref, ce n’est pas une catégorie universelle comme on voudrait nous le faire croire. Avec cette hypothèse, la Gauche populaire use ici d’une lecture déformée de Lévi-Strauss et elle s’avance dans le terrain quelque peu miné du différen- tialisme culturel : faut-il considérer que la culture d’un peuple doit être préservée, et que la xénophobie comme la peur de l’immigration sont des traits nor- maux d’une culture qui permettent qu’elle conserve ses spécificités et ne s’abîme dans l’uniformisation au contact des autres cultures ? En s’engouffrant dans l’hypothèse, encore en développement, de l’«insécu- rité culturelle», la gauche populaire pourrait légitimer l’usage du différentialisme culturel à gauche. (1) http://gauchepopulaire.wordpress.com/

L'ŒIL DE WILLEM

l’usage du différentialisme culturel à gauche. (1) http://gauchepopulaire.wordpress.com/ L'ŒIL DE WILLEM

LIBÉRATION MARDI 5 JUIN 2012

LIBÉRATION MARDI 5 JUIN 2012 Par THOMAS PIKETTY Une seule solution: le fédéralisme Que sortira-t-il de